Accueil > Politiques scolaires > Une méprise du Trésor
Une méprise du Trésor
samedi 10 janvier 2026
Dans le bulletin du Ministère des Finances, Trésor-Éco, n°377 de décembre 2025, Vincent Barde et Blaise Leclair proposent un état des lieux de l’école en France [1]. Ils confirment l’affaiblissement des acquisitions cognitives des élèves, en cours depuis plusieurs décennies, et sur la gravité duquel nous avons alerté dans ces colonnes à plusieurs reprises [2], soulignant au passage à cet égard le poids des inégalités inhérentes à l’origine sociale, plus élevé en France qu’en moyenne internationale.
Ils rappellent combien ce processus est pénalisant pour le dynamisme de l’activité économique nationale, et la nécessité pour y mettre un terme de réduire les inégalités de scolarisation tenant à l’origine sociale et au genre. Ils préconisent à cette fin plusieurs mesures convergeant avec les revendications syndicales enseignantes : amélioration des rémunérations des enseignants, de leurs conditions de travail, de la gestion de leurs carrières, de leur formation initiale - amélioration par conséquent de l’attractivité de la profession et de la motivation de ses membres.
Deux autres recommandations paraissent beaucoup plus discutables. Pour les auteurs, la réduction du taux d’encadrement des élèves serait « un levier majeur » d’amélioration de la performance scolaire. Or l’on sait depuis longtemps qu’une telle mesure, tout à fait souhaitable en raison de sa contribution au confort de l’exercice professoral et de l’attractivité de la profession, n’a jamais eu qu’un impact très limité sur l’efficacité de la relation pédagogique. Barde et Leclair évoquent à l’appui de cette préconisation l’expérience du dédoublement des classes de CP par le ministère Blanquer. Un dédoublement dont les effets se sont en fait avérés très décevants, et particulièrement minimes comparés à ceux des modalités de la pédagogie de la lecture adoptée par les enseignants [3] : diminuer le nombre d’élèves sans changer la conduite des apprentissages ne saurait produire grand miracle.
La dernière préconisation des économètres des Finances porte sur l’appropriation des outils numériques par les enseignants. Mais ils ne précisent pas en quoi cette dernière pourra favoriser les progrès cognitifs des élèves. Dommage…
[1] Vincent Barde et Blaise Leclair, « La performance du système éducatif en France », Trésor-Éco n°377, 2025/ (https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/cc3c0d1f-0fb5-444d-b6f9-d2a960de60bd/files/230c933c-7654-460f-a1a6-1cdd5e9d4ae2.)
[2] Voir notamment Jean-Pierre Terrail, La tolérance à l’ignorance dans l’institution scolaire, GRDS, 2020, https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317.
[3] Les chercheurs du ministère des Finances n’ont pas dû prendre connaissance des travaux de leurs collègues du ministère de l’Éducation, voir « Une note majeure du Conseil scientifique de l’Éducation nationale », GRDS, 2024, https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article355.
