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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>L'&#233;cole finlandaise : la chute d'une ic&#244;ne (et ses enseignements)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabienne Andr&#233;</dc:creator>



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&lt;p&gt;Des succ&#232;s, un d&#233;clin, et un besoin d'explication &lt;br class='autobr' /&gt; On se souvient peut-&#234;tre de la surprise provoqu&#233;e par les donn&#233;es de la premi&#232;re enqu&#234;te PISA, publi&#233;es en 2001, dont ressortaient les super scores de l'&#233;cole finlandaise, en t&#234;te de tous les pays de l'OCDE en mati&#232;re de ma&#238;trise de la langue &#233;crite, quatri&#232;me en sciences, cinqui&#232;me en maths. Nous avions rendu compte ici de l'ouvrage de Paul Robert qui, en 2008, avait salu&#233; ces succ&#232;s et soulign&#233; ce qui alors avait frapp&#233; les esprits et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH127/arton379-25427.png?1790688752' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='127' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des succ&#232;s, un d&#233;clin, et un besoin d'explication&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; On se souvient peut-&#234;tre de la surprise provoqu&#233;e par les donn&#233;es de la premi&#232;re enqu&#234;te PISA, publi&#233;es en 2001, dont ressortaient les super scores de l'&#233;cole finlandaise, en t&#234;te de tous les pays de l'OCDE en mati&#232;re de ma&#238;trise de la langue &#233;crite, quatri&#232;me en sciences, cinqui&#232;me en maths&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'essentiel : financ&#233;e par l'OCDE et con&#231;ue par des chercheurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous avions rendu compte ici de l'ouvrage de Paul Robert qui, en 2008, avait salu&#233; ces succ&#232;s et soulign&#233; ce qui alors avait frapp&#233; les esprits et &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un &#233;l&#233;ment essentiel d'explication : la r&#233;forme des ann&#233;es 1970 et la mise en place d'une &#233;cole fondamentale pour tous, jusqu'&#224; 16 ans, tronc v&#233;ritablement commun : sans redoublements, sans notes pendant les six ann&#233;es du cycle initial, sans classes de niveau, donc sans classement ni hi&#233;rarchisation des &#233;l&#232;ves, et m&#234;me sans examen &#224; la sortie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Paul Robert, La Finlande : un mod&#232;le &#233;ducatif pour la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GRDS ne pouvait qu'&#234;tre sensible &#224; la r&#233;ussite d'un syst&#232;me &#233;ducatif dans lequel, notions-nous, &#171; L'objectif affich&#233; d'&#171; une bonne &#233;cole pour tous &#187; est ici pris au s&#233;rieux : tout semble fait dans la pratique pour que tous les &#233;l&#232;ves sortent du tronc commun en possession du m&#234;me bagage cognitif et culturel de base. Les enseignants ont une forte responsabilit&#233; dans la gestion du dispositif de rem&#233;diation. D&#232;s que des difficult&#233;s apparaissent dans une mati&#232;re donn&#233;e, des s&#233;ances d'aide sont organis&#233;es, pendant ou apr&#232;s la classe, avec l'appui d'assistants d'&#233;ducation. &#187; Et nous ajoutions, toujours &#224; partir du travail de Paul Robert, &#171; Le scepticisme initial d'une partie des enseignants quant au r&#233;alisme de cette ambition a &#233;t&#233; surmont&#233; au cours de n&#233;gociations qui ont abouti &#224; r&#233;duire la taille des classes, et assur&#233; de bonnes conditions de travail gr&#226;ce &#224; une libert&#233; et une responsabilit&#233; p&#233;dagogiques maximales (accompagn&#233;es de la suppression de l'inspection). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;me : dix ans apr&#232;s, l'ic&#244;ne &#233;tait d&#233;chue. Certes la chute est relative ; elle a suscit&#233; beaucoup moins de commentaires que les performances de 2001, mais elle est manifeste&#8230; et surtout elle appelle &#224; son tour une explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Classement de la Finlande dans les enqu&#234;tes PISA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH96/capture_d_e_cran_2026-05-13_a_12.23.57-4d8c0.png?1790689035' width='500' height='96' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans TIMSS, un test international plus ax&#233; sur les programmes scolaires, les &#233;l&#232;ves finlandais de 13 ans ont vu leurs scores en math&#233;matiques chuter de 38 points entre 1999 et 2011 &#8211; laissant les &#233;l&#232;ves de 14 ans du pays obtenir des r&#233;sultats l&#233;g&#232;rement inf&#233;rieurs en 2011 par rapport &#224; ceux de 13 ans en 1999&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TIMSS (Trends in Mathematics and Science Study) est une &#233;tude comparative (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 2015 que parut en Angleterre un rapport de recherche universitaire (non traduit en fran&#231;ais), publi&#233; par le Centre for Policy Studies de la London School of Economics, se proposant d'exposer &#171; &lt;i&gt;Ce que sont en r&#233;alit&#233; les le&#231;ons de la Finlande&lt;/i&gt; &#187;, et annon&#231;ant en sous-titre : &#171; &lt;i&gt;La v&#233;ritable histoire d'une superpuissance &#233;ducative &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gabriel Heller Sahlgren, Real Finnish Lessons. The true story of an (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son auteur, Gabriel Heller Sahlgren, chercheur su&#233;dois (Stockholm), a directement enqu&#234;t&#233; au long de l'ann&#233;e 2014, pour la r&#233;alisation de sa th&#232;se de doctorat, aupr&#232;s des &#233;tablissements, des enseignants, et des responsables &#233;ducatifs finlandais. Il en a tir&#233; une &#233;tude solidement document&#233;e qui, afin de proposer une interpr&#233;tation convaincante du d&#233;clin des performances cognitives des adolescents finlandais au cours des ann&#233;es 2000, commence par revenir sur les conditions r&#233;elles des succ&#232;s de leur syst&#232;me &#233;ducatif tels qu'ils ont &#233;t&#233; relev&#233;s au d&#233;but de la d&#233;cennie gr&#226;ce &#224; PISA. Nous reprendrons, dans ce qui suit, les lin&#233;aments de son argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Reprendre l'analyse des raisons du succ&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sahlgren a doublement mis la logique de son c&#244;t&#233;. D'une part en consid&#233;rant qu'une explication cr&#233;dible du d&#233;clin des performances des jeunes finlandais supposait que les facteurs de leurs succ&#232;s ant&#233;rieurs aient &#233;t&#233; identifi&#233;s de fa&#231;on pertinente, et qu'il fallait donc commencer par reprendre cette identification &#224; nouveaux frais &#8211; sans se contenter des interpr&#233;tations qui ont fleuri au moment des premiers constats, au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Et d'autre part en se refusant, aux fins de cette identification, aux facilit&#233;s des commentaires les plus faciles et les plus fr&#233;quents : ceux qui se contentent de mettre en relation les r&#233;sultats de PISA avec telles ou telles caract&#233;ristiques des syst&#232;mes &#233;ducatifs concern&#233;s, telles qu'elles se donnent &#224; voir au moment de l'enqu&#234;te, sans trop se soucier de v&#233;rifier que les corr&#233;lations observ&#233;es rel&#232;vent effectivement d'une relation de causalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, donc, reprendre l'analyse des raisons du succ&#232;s. Parmi celles qui ont &#233;t&#233; avanc&#233;es dans les premi&#232;res ann&#233;es 2000, Sahlgren retient l'unification du syst&#232;me &#233;ducatif supprimant le dispositif ant&#233;rieur &#224; deux fili&#232;res par la r&#233;forme de 1972 ; mais aussi la fin des contr&#244;les standardis&#233;s (des enseignants comme des &#233;l&#232;ves), la collaboration autonome des enseignants, ainsi que la qualit&#233; professionnelle de ces derniers, issus d'une tr&#232;s forte s&#233;lection et tous pourvus d'un master. Or il conteste cette vision des choses de fa&#231;on assez radicale : &#171; En r&#233;alit&#233;, &#233;crit-il, il y a peu de fondements &#224; ces arguments &#187;. Pour une raison qui est d'abord d'ordre chronologique : les performances du d&#233;but des ann&#233;es 2000 ont &#233;t&#233; attribu&#233;es &#224; une organisation du syst&#232;me scolaire qui commen&#231;ait juste alors &#224; se mettre en place, et qui caract&#233;rise plut&#244;t&#8230; la p&#233;riode de leur d&#233;clin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jusqu'aux ann&#233;es 1990, le syst&#232;me &#233;ducatif finlandais &#233;tait centralis&#233; et contr&#244;l&#233; par l'&#201;tat. Le programme national &#233;tait d&#233;taill&#233; et prescriptif, et tous les enseignants devaient suivre une formation approfondie en cours d'emploi, tout en &#233;tant tenus de consigner ce qui &#233;tait enseign&#233; heure par heure dans des journaux de classe pour garantir qu'ils respectaient le contenu obligatoire. Il existait &#233;galement une inspection active des &#233;coles, et tous les manuels scolaires devaient &#234;tre approuv&#233;s par le Conseil national de l'&#233;ducation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait bien qu'on ne transforme pas les institutions, et la culture professionnelle qui va avec, celle du monde enseignant ne faisant pas exception &#224; la r&#232;gle, bien au contraire, par d&#233;cret. Les r&#233;formes dont le principe a &#233;t&#233; con&#231;u dans les ann&#233;es 1970 ont pris de fait beaucoup de temps pour prendre corps. L'autonomie des &#233;coles, comme l'abolition des inspections scolaires et de l'approbation des manuels de classe, ne sont devenues r&#233;alit&#233;s que dans la deuxi&#232;me partie des ann&#233;es 1990. Elles ne sauraient d&#232;s lors, rel&#232;ve Sahlgren, &#234;tre &#224; l'origine des remarquables performances des adolescents de 15 ans enqu&#234;t&#233;s par PISA en 2000 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il semble que la mont&#233;e en puissance de la Finlande ait principalement acc&#233;l&#233;r&#233; sous l'ancien syst&#232;me centralis&#233;. Alors que les r&#233;sultats ont augment&#233; d'environ l'&#233;quivalent de 23 points TIMSS entre 1965 et 1980, ils ont augment&#233; de 32 points suppl&#233;mentaires dans les ann&#233;es 1980. Ils ont &#233;galement augment&#233; de 34 points suppl&#233;mentaires dans les ann&#233;es 1990, mais ont commenc&#233; &#224; se stabiliser dans la derni&#232;re partie de la d&#233;cennie, pour finalement commencer &#224; d&#233;cliner au milieu des ann&#233;es 2000. En fait, &#233;tant donn&#233; l'&#226;ge des &#233;l&#232;ves test&#233;s, les gains les plus importants ont eu lieu lorsque les &#233;l&#232;ves fr&#233;quentaient principalement l'&#233;cole avant que l'ancien syst&#232;me ne soit enti&#232;rement aboli &#8211; et le pic se produit peu apr&#232;s son abolition compl&#232;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Sahlgren multiplie les observations &#224; l'appui de cette th&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entre 1970 et 1983, les performances en sciences des &#233;l&#232;ves finlandais de dix ans ont augment&#233; de l'&#233;quivalent de 48 &#224; 59 points TIMSS, selon l'ajustement effectu&#233;, un gain plus important que celui de tout autre pays. En 1983, la Finlande s'est donc class&#233;e premi&#232;re en sciences, &#224; &#233;galit&#233; avec le Japon et la Cor&#233;e du Sud. Parmi les &#233;l&#232;ves de 14 ans, les scores en sciences de la Finlande ont augment&#233; de l'&#233;quivalent de 11 &#224; 22 points entre 1970 et 1983, pla&#231;ant le pays statistiquement significativement derri&#232;re seulement la Hongrie, le Japon et les Pays-Bas parmi les 26 syst&#232;mes &#233;ducatifs au total en 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, en 1991, &#224; la fin du syst&#232;me centralis&#233;, les &#233;l&#232;ves finlandais de 9 et 14 ans surpassaient tous les autres pays en lecture. En fait, les &#233;l&#232;ves finlandais avaient d&#233;j&#224; obtenu des positions de t&#234;te dans un test similaire d&#232;s 1970, se classant troisi&#232;mes dans les deux groupes d'&#226;ge. Et en math&#233;matiques, les scores des &#233;l&#232;ves du secondaire inf&#233;rieur en Finlande ont augment&#233; davantage en termes absolus entre le milieu des ann&#233;es 1960 et le d&#233;but des ann&#233;es 1980 que dans tous les autres neuf pays ayant particip&#233; aux deux occasions, &#224; l'exception des Pays-Bas, bien que la Finlande n'ait &#233;merg&#233; comme un pays performant qu'avec les premiers r&#233;sultats du PISA en 2000. D'autres donn&#233;es soutiennent la trajectoire g&#233;n&#233;rale de mont&#233;e et de d&#233;clin dans les enqu&#234;tes internationales. Les scores moyens des tests des conscrits masculins finlandais &#226;g&#233;s de 18 &#224; 20 ans ont augment&#233; d'environ l'&#233;quivalent de 24 points PISA entre 1988 et 1997, tandis qu'ils ont diminu&#233; entre 1997 et 2009 d'environ 21 points PISA. En d'autres termes, les performances se sont am&#233;lior&#233;es lorsque les jeunes hommes fr&#233;quentaient principalement l'&#233;cole primaire et secondaire inf&#233;rieure avant que l'ancien syst&#232;me ne soit enti&#232;rement aboli, et ont commenc&#233; &#224; diminuer lorsqu'ils ont &#233;t&#233; davantage expos&#233;s au nouveau syst&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'impact de la r&#233;forme de la formation des enseignants, &#171; &#233;tant donn&#233; le temps n&#233;cessaire pour renouveler l'ensemble du corps enseignant en laissant les candidats passer par le nouveau syst&#232;me, il est &#233;galement improbable que les changements dans leur formation soient une bonne explication des premiers r&#233;sultats du PISA (&#8230;) En fait, le d&#233;part &#224; la retraite des enseignants form&#233;s sous l'ancien r&#233;gime co&#239;ncide avec la stagnation des performances du pays et son d&#233;clin &#233;ventuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : &#171; Les v&#233;ritables causes de l'ascension de la Finlande dans les tests internationaux sont peu susceptibles d'&#234;tre trouv&#233;es en examinant les caract&#233;ristiques du syst&#232;me &#233;ducatif actuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2015 donc (ndlr).&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les donn&#233;es pr&#233;sent&#233;es jusqu'&#224; pr&#233;sent indiquent que nous devons remonter plus loin dans le temps pour trouver des explications. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;cole et construction nationale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon Sahlgren, la politique scolaire a constitu&#233; de longue date un instrument majeur de la construction de la Finlande comme nation ind&#233;pendante, alors qu'elle n'&#233;tait au d&#233;part qu'une r&#233;gion autonome de l'empire tsariste. La scolarisation devait assurer la diffusion de l'&#233;thique patriotique, tout en int&#233;grant les r&#233;gions rurales finnophones dans un ensemble culturellement unifi&#233;. Cette double mission fut confi&#233;e &#224; des enseignants formant &#171; une arm&#233;e bien disciplin&#233;e d'&#233;ducateurs &#187; au service du nationalisme finlandais, et que la seconde guerre mondiale a rendu encore plus imp&#233;rative. Sorte de hussards noirs de la r&#233;publique version finnoise, ces enseignants b&#233;n&#233;ficiaient du m&#234;me coup d'un statut social particulier et tr&#232;s reconnu. La profession &#233;tait enviable, la s&#233;lection &#233;tait forte et retenait des candidats dont la comp&#233;tence n'&#233;tait sans doute pas pour rien dans l'efficience du syst&#232;me &#233;ducatif. Le respect dont ils jouissaient permettait de maintenir un enseignement de type magistral et autoritaire : &#171; Quelle que soit l'activit&#233; sp&#233;cifique dans laquelle les &#233;l&#232;ves s'engagent, souligne Sahlgren &#224; cet &#233;gard, la caract&#233;ristique cl&#233; de ce style &#233;ducatif est que le mode d'instruction est dirig&#233; par l'enseignant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nombre de t&#233;moignages semblent attester que ce type de rapport p&#233;dagogique, solidement ancr&#233; dans la tradition du monde &#233;ducatif finlandais, a perdur&#233; jusqu'aux ann&#233;es 2000, bien apr&#232;s donc les r&#233;formes institutionnelles des ann&#233;es 1970 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; la fin des ann&#233;es 1980, des chercheurs ont analys&#233; des enregistrements vid&#233;o de cours et ont conclu que la dynamique en classe dans le pays ne semblait pas avoir beaucoup chang&#233; au cours des 50 ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, les enseignants parlant plus des deux tiers du temps et les &#233;l&#232;ves donnant des r&#233;ponses courtes aux questions des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1996, quatre ans avant la premi&#232;re &#233;tude PISA, un groupe de chercheurs britanniques de l'Universit&#233; d'East Anglia a visit&#233; 50 &#233;coles finlandaises et a rapport&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Toute une classe suivant ligne par ligne ce qui est &#233;crit dans le manuel, &#224; un rythme d&#233;termin&#233; par l'enseignant. Rang&#233;es et rang&#233;es d'enfants faisant tous la m&#234;me chose de la m&#234;me mani&#232;re. &#187; En 2003, une &#233;quipe de chercheurs finlandais a interrog&#233; environ 3 600 &#233;l&#232;ves de 15 ans dans 61 &#233;coles s&#233;lectionn&#233;es au hasard sur les m&#233;thodes d'enseignement utilis&#233;es dans les cours de sciences. Ils ont constat&#233; que &#171; les cours de sciences semblent &#234;tre assez traditionnels. L'enseignement direct, la r&#233;solution de probl&#232;mes de base, la lecture de manuels et la r&#233;alisation de travaux pratiques sont souvent utilis&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, au milieu des ann&#233;es 2000, un chercheur a film&#233; des cours de math&#233;matiques avec dix enseignants finlandais s&#233;lectionn&#233;s au hasard et a rapport&#233; que &#171; les enseignants finlandais sont plut&#244;t traditionnels et conservateurs sur le plan p&#233;dagogique en classe [&#8230;] [et] m&#232;nent leurs cours de mani&#232;re assez uniforme &#187;. [&#8230;] Nous n'avons pas vu beaucoup de preuves, par exemple, d'un apprentissage centr&#233; sur l'&#233;l&#232;ve ou d'un apprentissage ind&#233;pendant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En d'autres termes, souligne Sahlgren, les m&#233;thodes p&#233;dagogiques finlandaises sont rest&#233;es traditionnelles tout au long de l'&#232;re des am&#233;liorations &#233;ducatives, en contraste marqu&#233; avec l'id&#233;al constructiviste et progressiste. Elles semblent &#233;galement avoir &#233;t&#233; uniformes entre les enseignants et les &#233;coles, malgr&#233; l'autonomie &lt;i&gt;de jure &lt;/i&gt; dont jouissaient les enseignants. &#187; Et il en conclut que &#171; les m&#233;thodes traditionnelles utilis&#233;es en Finlande pendant son ascension dans les enqu&#234;tes internationales sont efficaces pour produire des scores &#233;lev&#233;s aux tests. Cela renforce l'id&#233;e que la pr&#233;servation d'une culture d'autorit&#233;, tout en traversant des changements soci&#233;taux rapides, est une explication partielle des performances &#233;ducatives croissantes du pays au cours du XXe si&#232;cle. Ce constat converge avec ce que l'on sait d'apr&#232;s le travail de John Hattie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Olivier Mottint, Faut-il renoncer aux p&#233;dagogies actives ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme des r&#233;sultats d&#233;sastreux de l'exp&#233;rience qu&#233;becoise des ann&#233;es 2000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A propos du &#171; Renouveau p&#233;dagogique &#187; au Qu&#233;bec, voir Jean-Pierre Terrail, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l'auteur d'en conclure : &#171; Les m&#233;thodes d'enseignement autoritaires semblent pr&#233;f&#233;rables, du moins pour atteindre l'objectif traditionnel d'am&#233;liorer les performances cognitives. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les effets de la modernisation sociale et p&#233;dagogique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La modernisation tardive de la Finlande et son d&#233;veloppement &#233;conomique alors rapide ont eu deux cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le pays a commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper &#233;conomiquement, l'&#233;ducation de masse s'est v&#233;ritablement mise en place, en b&#233;n&#233;ficiant de l'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement traditionnelles qui se perp&#233;tuaient : c'est alors, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, que l'&#233;cole finlandaise obtient ses plus grands succ&#232;s. Mais ce m&#234;me d&#233;veloppement a tr&#232;s vite commenc&#233; &#224; saper les fondements culturels et sociaux du syst&#232;me &#233;ducatif, sous l'impact de la transformation des valeurs et des modes de vie promus par les jeunes g&#233;n&#233;rations. Parmi ces derni&#232;res, &#171; les attitudes favorables &#224; l'apprentissage ont diminu&#233; entre 2001 et 2012. Entre 2000 et 2009, la part des &#233;l&#232;ves finlandais de 15 ans qui lisaient plus de 30 minutes par jour est pass&#233;e de 48 % &#224; 34 %. &#187; On peut invoquer ici le poids &#171; des am&#233;liorations technologiques, en particulier la mont&#233;e des r&#233;seaux sociaux &#187;. &#201;galement le reflux du respect de l'ob&#233;issance, que rel&#232;vent beaucoup d'enseignants, favoris&#233; sans doute par les parents eux-m&#234;mes, moins nombreux &#224; souhaiter l'inculquer &#224; leurs enfants, et plus critiques eux-m&#234;mes vis-&#224;-vis des enseignants, car plus instruits. Soit &#171; Les pressions de la soci&#233;t&#233; post-industrielle &#233;rodent de nombreux fondements sur lesquels reposaient les performances &#233;ducatives de la Finlande, tout comme elles ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;es dans la plupart des pays occidentaux plus t&#244;t dans l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au plan des pratiques p&#233;dagogiques ? Le signal du changement est donn&#233; par le programme national de 1994 &#171; selon lequel toutes les &#233;coles devaient concevoir leurs propres programmes d'&#233;tudes de mani&#232;re &#224; am&#233;liorer l'enseignement et l'apprentissage selon les id&#233;es &#233;ducatives constructivistes. &#187; Mais il a fallu du temps pour que les pratiques changent majoritairement, au point que les ann&#233;es 2000 sont celles de l'apog&#233;e des m&#233;thodes traditionnelles. Celles-ci restent encore r&#233;pandues dans les ann&#233;es 2010, marqu&#233;es toutefois par la mont&#233;e en puissance progressive d'une p&#233;dagogie beaucoup plus centr&#233;e sur les &#233;l&#232;ves, leur activit&#233; individuelle, leurs questionnements. &#171; Entre 1994 et 2010, la part moyenne des &#233;l&#232;ves finnois de 11, 13 et 15 ans qui ont explicitement d&#233;clar&#233; que leurs enseignants les encourageaient &#224; exprimer leurs opinions en classe est pass&#233;e de 36 % &#224; 54 %. La part de ceux qui ont explicitement d&#233;clar&#233; que leurs enseignants s'int&#233;ressaient &#224; leur vie est pass&#233;e de 18 % &#224; 32 %, tandis que la part de ceux qui &#233;taient en d&#233;saccord explicite a diminu&#233; de 39 % &#224; 24 %. &#187; Et cette transformation de la relation p&#233;dagogique est encourag&#233;e par les pouvoirs publics. Le programme national de 2016 ne stipule-t-il pas que &#171; les &#233;l&#232;ves devraient avoir plus d'influence sur l'enseignement &#187; ? &#171; Cette &#233;volution, commente Sahlgren, montre que les enseignants finlandais ont rejoint leurs coll&#232;gues du monde entier dans la transition vers des m&#233;thodes d'apprentissage dirig&#233;es par les &#233;l&#232;ves depuis le pic de performance &#233;ducative du pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir du moment o&#249; l'&#233;cole finlandaise rentre ainsi dans le rang mondial de la modernisation p&#233;dagogique que les performances de ses &#233;l&#232;ves se mettent &#224; r&#233;gresser. Difficile d&#232;s lors de ne pas consid&#233;rer, avec Sahlgren, que le recul voire l'abandon de la p&#233;dagogie magistrale traditionnelle est pour le moins &#171; une raison pour laquelle le pays a commenc&#233; &#224; d&#233;cliner &#187; dans les classements internationaux des syst&#232;mes &#233;ducatifs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;l&#233;ments de discussion et de r&#233;flexion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le monde change, l'&#233;cole doit changer&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sahlgren souligne &#224; juste titre tout ce que ce recul doit &#224; la pression exerc&#233;e sur l'institution scolaire par les transformations de la vie sociale. &#171; Les m&#233;thodes autoritaires ne sont plus consid&#233;r&#233;es comme adapt&#233;es ou possibles dans une soci&#233;t&#233; post-industrielle o&#249; les &#233;l&#232;ves deviennent moins dociles et ob&#233;issants (&#8230;) Lorsque le monde &#233;tait plus autoritaire en g&#233;n&#233;ral, les &#233;l&#232;ves acceptaient plus facilement les enseignants autoritaires. (&#8230;) Les m&#233;thodes p&#233;dagogiques changent tout simplement parce qu'il n'est plus possible de contr&#244;ler la classe avec les anciennes m&#233;thodes (&#8230;) Les m&#233;thodes constructivistes ont probablement &#233;merg&#233; pour aligner ce qui se passe dans les &#233;coles avec la soci&#233;t&#233; ext&#233;rieure (&#8230;) La soci&#233;t&#233; et les pratiques scolaires semblent avoir chang&#233; simultan&#233;ment de mani&#232;re qui pourrait nuire aux performances des &#233;l&#232;ves, refl&#233;tant un sch&#233;ma observ&#233; dans d'autres pays occidentaux en g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la force de ce processus, il se garde cependant d'en faire une destin&#233;e fatale, hors de tout contr&#244;le possible. &#171; Aujourd'hui, la soci&#233;t&#233; est moins ax&#233;e sur l'autorit&#233; et l'ob&#233;issance, et davantage sur la libert&#233; et l'ind&#233;pendance. Par cons&#233;quent, selon cet argument, les &#233;coles doivent adopter ces valeurs. Mais c'est une erreur. Les &#233;coles ne sont pas cens&#233;es &#234;tre des microcosmes du monde ext&#233;rieur. Elles sont cens&#233;es &#234;tre des institutions qui pr&#233;parent les &#233;l&#232;ves &#224; ce monde. Les &#233;l&#232;ves ne sont pas des citoyens adultes et ne devraient pas &#234;tre trait&#233;s comme tels. Ainsi, bien que la soci&#233;t&#233; &#233;volue vers moins d'autorit&#233; et plus d'ind&#233;pendance, cela ne signifie pas que l'&#233;ducation doit suivre cette trajectoire. En fait, on pourrait soutenir qu'il devient encore plus important que les &#233;coles conservent certaines structures autoritaires pour garantir que les &#233;l&#232;ves acceptent l'institution scolaire. Si ce raisonnement est juste, le changement de m&#233;thodes pourrait en r&#233;alit&#233; avoir contribu&#233; &#224; une diminution de l'acceptation de l'autorit&#233; dans les &#233;coles, plut&#244;t que l'inverse (&#8230;) Apr&#232;s tout, si les adultes ne se comportent pas comme des autorit&#233;s, pourquoi les enfants les consid&#233;reraient-ils comme tels ? &#187; Et de conclure : &#171; La le&#231;on politique [de l'exp&#233;rience finlandaise] la plus forte est le danger de rejeter l'autorit&#233; dans les &#233;coles, en particulier en abandonnant l'enseignement structur&#233; et centr&#233; sur les enseignants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sahlgren a certainement raison de souligner l'impact de la pression de parents plus instruits, d'enfants plus agit&#233;s, moins attentifs et moins respectueux, incitant les enseignants &#224; adopter une p&#233;dagogie moins directive et les responsables politiques &#224; pr&#244;ner le recours aux m&#233;thodes actives. Le ph&#233;nom&#232;ne affecte tous les pays d&#233;velopp&#233;s de fa&#231;on comparable, et avec une contemporan&#233;it&#233; croissante (mondialisation, internet, r&#233;seaux). Qu'il ait eu sur les performances de l'&#233;cole finlandaise des effets aussi ostensibles tient &#224; la longue r&#233;sistance que lui a oppos&#233; une p&#233;dagogie traditionnelle efficiente, laquelle a c&#233;d&#233; &#224; son tour, mais plus tardivement qu'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serait-il souhaitable, ou m&#234;me possible, comme il le pr&#233;conise, de pr&#233;server les relations &#233;ducatives des transformations qui affectent, hors &#233;cole, l'ensemble de la vie sociale ? Proposons quelques remarques &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;formes de structure et posture p&#233;dagogique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fait m&#233;rite d'abord d'&#234;tre soulign&#233;. Dans la foul&#233;e des toutes premi&#232;res enqu&#234;tes PISA, la plupart des commentateurs ont associ&#233; les brillants r&#233;sultats de l'&#233;cole finlandaise aux r&#233;formes des ann&#233;es 1970, au premier rang desquels le Fran&#231;ais Paul Robert, qui y voit explicitement, en 2009, &#171; le secret de la r&#233;ussite &#187; et un &#171; mod&#232;le &#187; possible pour la France. Or ces r&#233;formes concernaient l'organisation des parcours de scolarisation (tronc commun jusqu'&#224; 16 ans, suppression des redoublements, des notes et du classement des &#233;l&#232;ves), mais sans se prononcer sur la nature de la relation p&#233;dagogique elle-m&#234;me, dont la gestion devait &#234;tre librement assum&#233;e par des enseignants dont l'autonomie de d&#233;cision se voyait renforc&#233;e. Ce que montrent les indicateurs mobilis&#233;s par Sahlgren, c'est la force d'inertie de la culture professionnelle du monde enseignant qui, trois d&#233;cennies plus tard, continuent massivement &#224; pratiquer la p&#233;dagogie h&#233;rit&#233;e de la tradition. Forg&#233;e dans l'histoire nationale, c'est paradoxalement cette p&#233;dagogie qui assure, gr&#226;ce &#224; son efficience en mati&#232;re de transmission cognitive, les succ&#232;s du pays dans les premi&#232;res ann&#233;es 2000. Voil&#224; qui rappelle avec insistance que l'essentiel des apprentissages scolaires se joue dans la classe&#8230; et que les transformations de la relation p&#233;dagogique sont le moteur d&#233;cisif de leur am&#233;lioration ou de leur d&#233;t&#233;rioration. L'impact des r&#233;formes du dispositif structurel de scolarisation d&#233;pend toujours de ce qui se passe au plan des relations d'enseignement, et donc de leurs effets &#224; cet &#233;gard. C'est bien ce que nous disions d&#233;j&#224; il y un quart de si&#232;cle dans notre compte-rendu de l'ouvrage de Paul Robert, et gr&#226;ce &#224; quoi, alors m&#234;me que nous approuvions au GRDS le principe de r&#233;formes de structure qui au final ne se sont pas av&#233;r&#233;es d&#233;cisives, les apports de la recherche de Sahlgren ne nous prennent pas aujourd'hui &#224; revers. Citons la fin de notre compte-rendu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Paul Robert insiste &#233;norm&#233;ment sur ce que l'efficacit&#233; de l'enseignement finlandais doit &#224; des apprentissages qui s'op&#232;rent dans une atmosph&#232;re bienveillante et d&#233;tendue, sans stress et sans pression (&#8230;). Peu d'enseignants je suppose contesteraient qu'il soit plus agr&#233;able de travailler dans une ambiance confiante et calme (&#8230;). Mais l'on ne saurait confondre les conditions de travail et le travail lui-m&#234;me. L'efficacit&#233; cognitive d'un syst&#232;me &#233;ducatif d&#233;pend des proc&#233;dures d'apprentissage proprement dites (&#8230;) Et Paul Robert, agr&#233;g&#233; de lettres classiques, sait bien que l'absence de stress ne suffit pas &#224; faire des forts en th&#232;me. Il ne nous dit pourtant pratiquement rien sur les modalit&#233;s d'apprentissage pratiqu&#233;es en Finlande. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Paul Robert, La Finlande : un mod&#232;le &#233;ducatif pour la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (soulign&#233; par nous, F.A.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelle &#171; autorit&#233; &#187; pour garantir la qualit&#233; des apprentissages ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons la conclusion essentielle de la recherche de Sahlgren : &#171; La le&#231;on politique la plus forte est le danger de rejeter l'autorit&#233; dans les &#233;coles, en particulier en abandonnant l'enseignement structur&#233; et centr&#233; sur les enseignants. &#187; L'emploi de la notion d'autorit&#233; m&#233;rite &#233;videmment ici d'&#234;tre sp&#233;cifi&#233;, sauf &#224; para&#238;tre faire fi du lourd passif historique accumul&#233;, du ma&#238;tre du fouet des &#233;coles sum&#233;riennes aux turpitudes de B&#233;tharram, par l'exercice du pouvoir sur les enfants dans les enceintes scolaires. Ce que souligne en fait l'exp&#233;rience finlandaise, et cette mention sans doute aurait suffi, c'est l'efficience d'un &#171; enseignement structur&#233; et centr&#233; sur les enseignants &#187; : l'efficience donc d'apprentissages scolaires organis&#233;s et pilot&#233;s de pr&#232;s par les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en &#233;vidence, par l'analyse de Sahlgren, des cons&#233;quences r&#233;gressives du renoncement &#224; un guidage ferme des apprentissages cognitifs n'a rien de vraiment tr&#232;s surprenant. Les m&#234;mes cons&#233;quences ont &#233;t&#233; constat&#233;es et document&#233;es par les milliers d'&#233;tudes dont l'&#233;quipe n&#233;o-z&#233;landaise de Hattie a fait la synth&#232;se&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hattie, J. (2009). Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par le suivi de l'exp&#233;rience du &#171; Renouveau p&#233;dagogique &#187; au Qu&#233;bec, comme par l'analyse des conditions de la baisse des performances des &#233;l&#232;ves fran&#231;ais depuis les ann&#233;es 1980&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Mais pourquoi donc le niveau des &#233;l&#232;ves baisse-t-il ?, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cas finlandais vient donc s'ajouter &#224; une exp&#233;rience internationale d&#233;j&#224; abondamment fournie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, &#233;voquer un &#171; guidage ferme des apprentissages &#187; est une fa&#231;on de rappeler l'asym&#233;trie de la relation &#233;ducative. L'&#233;ducateur et l'&#233;duqu&#233; ne sont pas des camarades, comme le voudrait le p&#233;dagogue br&#233;silien Paulo Freire, car l'enseignant occupe une position surplombante dans le processus de transmission des connaissances. Ce surplomb peut s'accompagner d'une maltraitance des &#233;l&#232;ves, ou tout simplement d'une inculcation peu attentive &#224; ses effets sur ces derniers. Il peut toutefois aussi, de la part d'enseignants conscients d'&#234;tre les &#171; alli&#233;s dans la place &#187; de leurs &#233;l&#232;ves, &#234;tre mis &#224; profit pour cr&#233;er les conditions d'une appropriation r&#233;fl&#233;chie par leur public des savoirs &#224; transmettre. Dans ce dernier cas l'&#171; autorit&#233; &#187; du ma&#238;tre lui est toujours d&#233;l&#233;gu&#233;e par l'institution, mais sa v&#233;ritable reconnaissance par les &#233;l&#232;ves doit l'essentiel &#224; leur sentiment de r&#233;ussir gr&#226;ce &#224; lui des apprentissages difficiles, et d'&#234;tre ainsi entendus et respect&#233;s. Cette autorit&#233;-l&#224; est toujours indispensable, et elle l'est d'autant plus que les &#233;volutions de la vie sociale tendent &#224; fragiliser, voire &#224; effriter celle que l'on pr&#234;te spontan&#233;ment &#224; l'institution. Pr&#233;server &#171; l'autorit&#233; dans les &#233;coles &#187;, comme le recommande Sahlgren, passe donc aujourd'hui de plus en plus par la capacit&#233; des enseignants &#224; engager leurs &#233;l&#232;ves dans des activit&#233;s intellectuelles exigeantes dont ils sauront surmonter les difficult&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira avec profit, &#224; cet &#233;gard, l'ouvrage de Nicolas Kaczmarek, Manuel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour l'essentiel : financ&#233;e par l'OCDE et con&#231;ue par des chercheurs australiens, PISA soumet tous les trois ans (2 000, 2 003, 2 006, etc.), dans chacun des pays enqu&#234;t&#233;s (57 en 2006), environ 5 000 jeunes scolaires de 15 ans &#224; une &#233;preuve de &#171; comp&#233;tences &#187; de 210 minutes portant sur trois domaines : la compr&#233;hension de l'&#233;crit, la culture math&#233;matique, la culture scientifique. L'enqu&#234;te porte en outre sur les caract&#233;ristiques &#233;conomiques et socioculturelles des familles des &#233;l&#232;ves enqu&#234;t&#233;s (et le profil de leur &#233;tablissement scolaire). Elle permet ainsi de comparer les performances des adolescents sous l'angle tant de leur moyenne que de leur dispersion dans chaque pays ; et de rapporter ces performances aux ressources des familles, en mesurant ainsi ce qu'elles doivent en propre &#224; l'action des syst&#232;mes scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Paul Robert, La Finlande : un mod&#232;le &#233;ducatif pour la France ? Les secrets de la r&#233;ussite&lt;/i&gt;, ESF, Paris, 2009, GRDS, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TIMSS (&lt;i&gt;Trends in Mathematics and Science Study&lt;/i&gt;) est une &#233;tude comparative internationale qui mesure le niveau des connaissances scolaires des &#233;l&#232;ves de CM1 et de 4e en math&#233;matiques et en sciences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gabriel Heller Sahlgren,&lt;i&gt; Real Finnish Lessons. The true story of an education superpower&lt;/i&gt;, Center for Policy Studies, GB, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2015 donc (ndlr).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Olivier Mottint, &lt;i&gt;Faut-il renoncer aux p&#233;dagogies actives ?&lt;/i&gt; GRDS, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article287&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article287&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A propos du &#171; Renouveau p&#233;dagogique &#187; au Qu&#233;bec, voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'enjeu scolaire, Paris, 2024, pp. 66-69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, Paul Robert, &lt;i&gt;La Finlande : un mod&#232;le &#233;ducatif pour la France ? Les secrets de la r&#233;ussite&lt;/i&gt;, ESF, Paris, 2009, GRDS, 2010, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article68&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article68&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hattie, J. (2009). &lt;i&gt;Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses Relating to Achievement&lt;/i&gt;. New York : Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Mais pourquoi donc le niveau des &#233;l&#232;ves baisse-t-il ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2026, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article373&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article373&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On lira avec profit, &#224; cet &#233;gard, l'ouvrage de Nicolas Kaczmarek, &lt;i&gt;Manuel contre la mise en &#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'enjeu scolaire, Paris, 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trois curricula lyc&#233;ens europ&#233;ens, et la perspective d'un lyc&#233;e unique</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article375</link>
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		<dc:date>2026-04-02T08:42:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabienne Andr&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Dans son ouvrage &#171; Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France &#187;, Luisa Lombardi donne &#224; voir l'organisation curriculaire (tr&#232;s contrast&#233;e) de l'enseignement secondaire sup&#233;rieur g&#233;n&#233;ral dans ces trois nations europ&#233;ennes. L'&#233;vocation ci-dessous de son travail est l'occasion de rappeler de fa&#231;on succincte, dans une seconde partie du texte, la perspective d&#233;mocratique de lyc&#233;e unique avanc&#233;e par le GRDS.] &lt;br class='autobr' /&gt; I - Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Traits communs et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH106/arton375-ea878.png?1790688752' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Dans son ouvrage &#171; Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France &#187;, Luisa Lombardi donne &#224; voir l'organisation curriculaire (tr&#232;s contrast&#233;e) de l'enseignement secondaire sup&#233;rieur g&#233;n&#233;ral dans ces trois nations europ&#233;ennes. L'&#233;vocation ci-dessous de son travail est l'occasion de rappeler de fa&#231;on succincte, dans une seconde partie du texte, la perspective d&#233;mocratique de lyc&#233;e unique avanc&#233;e par le GRDS.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luisa Lombardi, Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France, PU du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Traits communs et diff&#233;rences&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le segment du cursus scolaire situ&#233; entre l'&#233;cole des savoirs fondamentaux (&#233;cole primaire et coll&#232;ge) et l'enseignement sup&#233;rieur qui int&#233;resse l'auteure ; et c'est la configuration d'ensemble de ce segment (&#226;ge modal et modalit&#233;s d'acc&#232;s, dur&#233;e du cursus, organisation des enseignements obligatoires et optionnels, modalit&#233;s des &#233;valuations) qu'elle s'attache &#224; appr&#233;hender dans sa coh&#233;rence interne. D'embl&#233;e, l'organisation de ce segment (l'enseignement secondaire sup&#233;rieur, ESS) pr&#233;sente des variations cons&#233;quentes d'une nation &#224; l'autre. En Angleterre, o&#249; l'obligation scolaire est &#224; dix-huit ans, il dure deux ans, succ&#233;dant &#224; un cursus coll&#233;gien de cinq ans : ce sont les deux ann&#233;es de &#171; sixth forms &#187; qui pr&#233;parent aux examens dits de &#171; A Levels &#187;. En Italie (scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans comme en France), sa dur&#233;e est de cinq ann&#233;es, et de trois en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois configurations r&#233;sultent d'une &#233;volution historique marqu&#233;e par des traits communs d'une nation &#224; l'autre : transmission de savoirs abstraits compartiment&#233;s en disciplines scolaires ; utilisation du latin pour la s&#233;lection sociale des publics ; &#233;mergence de nouvelles fili&#232;res au fil de la massification de l'ESS. Ce dont on peut induire les trois missions communes persistantes de l'ESS :&lt;br class='autobr' /&gt;
* former l'esprit via la transmission de savoirs sans finalit&#233; pragmatique ; &lt;br class='autobr' /&gt;
* s&#233;lectionner par la mise en place de barrages aux nouveaux publics (depuis l'unification du cursus du premier cycle du secondaire, via la r&#233;ussite &#224; ce dernier, et via la cr&#233;ation de fili&#232;res hi&#233;rarchis&#233;es dans l'ESS) ; &lt;br class='autobr' /&gt;
* orienter, via la cr&#233;ation de nouvelles fili&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de l'offre d'enseignement est tr&#232;s contrast&#233;e. En Angleterre, sur soixante-dix mati&#232;res possibles, chaque &#233;tablissement en propose une vingtaine, chaque &#233;l&#232;ve devant en choisir librement trois ou quatre, les universit&#233;s demandant que trois d'entre elles aient &#233;t&#233; valid&#233;es. En Italie, les cinq ann&#233;es du cursus peuvent &#234;tre accomplies selon six parcours possibles propos&#233;s dans les lyc&#233;es sp&#233;cialis&#233;s correspondant : chaque parcours comprend quinze enseignements, et se voit valid&#233; par la r&#233;ussite &#224; quatre &#233;preuves. En France, jusqu'&#224; la r&#233;forme Blanquer, les trois ann&#233;es du lyc&#233;e d'enseignement g&#233;n&#233;ral et technologique &#233;taient dot&#233;es de deux voies (G et T), et couronn&#233;es par un examen &#224; multiples &#233;preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les pratiques d'&#233;valuation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Angleterre&lt;/i&gt; : Treize &#233;preuves de validation pour quatre disciplines, uniquement &#224; la fin de la seconde ann&#233;e : pour &#233;viter le bachotage on s'assure que chaque discipline a &#233;t&#233; comprise dans plusieurs de ses aspects ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Italie &lt;/i&gt; : Contr&#244;le continu d&#233;terminant le passage d'ann&#233;e en ann&#233;e ; puis quatre &#233;preuves pour dix disciplines, portant sur le programme de la derni&#232;re ann&#233;e : on s'assure de la pr&#233;paration de l'&#233;l&#232;ve sur un large spectre de disciplines ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;France&lt;/i&gt; : Contr&#244;le continu comme en Italie, d&#233;terminant ici &#224; la fois la progression et l'orientation, puis l'examen terminal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de la litt&#233;rature illustre bien les attentes nationales respectives port&#233;es par ces dispositifs d'&#233;valuation. En Angleterre il s'agit de former des experts en litt&#233;rature anglophone ; en Italie d'attester la ma&#238;trise de la langue, requise dans toutes les fili&#232;res ; en France &#233;galement, avec toutefois un recours plus manifeste aux connaissances litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre la formation est con&#231;ue comme un entra&#238;nement &#224; la r&#233;ussite des &#233;preuves finales ; &#224; l'oppos&#233;, en Italie : &#171; La formation re&#231;ue assume une fin en soi ; elle est ensuite valid&#233;e par l'examen terminal. &#187;. Si en Angleterre la s&#233;lection se base essentiellement sur la performance scolaire stricto sensu (dont les crit&#232;res sont raccords avec la demande des universit&#233;s), en France elle rel&#232;ve davantage du classement, qui exige que le lyc&#233;en conjugue bonne performance scolaire et strat&#233;gie efficiente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La posture de l'&#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une nation &#224; l'autre, l'&#233;l&#232;ve est ainsi plac&#233; dans une posture tr&#232;s diff&#233;rente. En Angleterre il est confront&#233; &#224; une offre tr&#232;s vari&#233;e non compartiment&#233;e en fili&#232;res ; totalement libres, ses choix pr&#233;figurent ses futures sp&#233;cialit&#233;s universitaires. Son parcours lui est personnel, il en est le seul responsable. En Italie, il est invit&#233; &#224; choisir entre six parcours de cinq ans pr&#233;construits par l'&#201;tat, sans pression d'une admission universitaire trop lointaine, et sans passerelles de r&#233;orientation en cours de route ni panachage possible. Mais les six programmes partagent un large tronc commun assurant une formation g&#233;n&#233;raliste ; le groupe-classe est stable du d&#233;but &#224; la fin, les enseignants sont reconduits dans chaque mati&#232;re. Aux antipodes de l'exp&#233;rience anglaise, l'&#233;l&#232;ve est ainsi amen&#233; &#224; s'identifier &#224; une communaut&#233; de savoir, de camarades, d'enseignants : toute la distance entre l'individualisme protestant anglo-saxon, et l'&#233;thique communautaire eccl&#233;siale du catholicisme romain. En France, l'&#233;l&#232;ve a le choix entre des parcours au contenu pr&#233;&#233;tabli, un choix contraint par les perspectives d'un acc&#232;s conditionnel &#224; l'enseignement sup&#233;rieur &#8211; contrainte que la mise en place de Parcoursup n'a fait qu'accentuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total : un seul moment de choix partout, &#224; l'entr&#233;e dans l'ESS ; seul le syst&#232;me fran&#231;ais admet des bifurcations de parcours. Les m&#233;canismes de s&#233;lection/orientation se ressemblent, l'autocensure y jouant pleinement son r&#244;le : ce sont les bons &#233;l&#232;ves qui s'inscrivent au liceo classico ou scientifico en Italie, comme aux A Levels &#224; sujet g&#233;n&#233;ral en Angleterre. En France l'orientation est plus souvent impos&#233;e, d'autant que le choix des options (des modules depuis la r&#233;forme Blanquer) doit tenir compte des contraintes d'admission dans l'enseignement sup&#233;rieur. Entre l'Anglais tenu d'assumer ses choix et l'Italien beaucoup moins responsabilis&#233;, le lyc&#233;en fran&#231;ais se voit exiger une r&#233;flexion continue quant aux cons&#233;quences que les choix op&#233;r&#233;s en cours de formation auront sur la suite de son parcours d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le sens global des trois curricula &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun des trois syst&#232;mes privil&#233;gie l'une des trois missions de l'ESS : le curriculum anglais valorise l'orientation ; l'italien la formation : le fran&#231;ais la s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;L'expert anglais&lt;/i&gt; Le curriculum est structur&#233; autour de la d&#233;cision d'orientation du lyc&#233;en. Aucun enseignement obligatoire : on s'embarrasse peu ici de culture commune. Pas d'orientation institutionnalis&#233;e non plus : ce sont d&#232;s lors les r&#232;gles d'admission &#224; l'universit&#233; qui disposent d'un pouvoir prescriptif. Le lyc&#233;en doit se montrer doublement expert : par les connaissances qu'il a choisi d'approfondir ; par sa capacit&#233; &#224; g&#233;rer librement ses choix et son temps d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;L'Italien &#171; cultiv&#233; &#187;&lt;/i&gt; Le &#171; liceo &#187;, lui, entend former &#224; une culture g&#233;n&#233;raliste et partag&#233;e. Les six parcours possibles (classique, scientifique, artistique, linguistique, musical, de sciences humaines) partagent un large tronc commun d'enseignements, r&#233;duisant ainsi l'impact du choix de l'un d'entre eux &#224; l'entr&#233;e de l'ESS ; et tous les enseignements qui composent un parcours donn&#233; sont obligatoires. L'acc&#232;s anticip&#233; &#224; l'universit&#233; p&#232;se peu cinq ans avant : l'enjeu est plut&#244;t d'achever le cursus, en validant ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e l'ensemble des disciplines &#233;tudi&#233;es. Les notes des trois derni&#232;res ann&#233;es sont prises en compte pour la note globale du dipl&#244;me final, la &#171; Maturit&#224; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * &lt;i&gt;Le Fran&#231;ais &#171; strat&#232;ge &#187;&lt;/i&gt; Le lyc&#233;e fran&#231;ais est centr&#233; sur la diff&#233;renciation des &#233;l&#232;ves dans des parcours hi&#233;rarchis&#233;s. La formation commune est relativement large, mais combin&#233;e au choix des voies, des s&#233;ries et/ou modules, des options, des enseignements de sp&#233;cialit&#233;. Les options sont hi&#233;rarchis&#233;es, en raison notamment des crit&#232;res d'admission dans les CPGE, qui instaurent la voie scientifique en &#171; bon chemin &#187;. Du coup l'acc&#232;s aux s&#233;ries est r&#233;gul&#233; par les enseignants, les &#233;l&#232;ves ne disposant que des options pour influencer la d&#233;cision du conseil de classe, lesquelles ne sont plus d&#232;s lors une occasion pour une formation d&#233;sir&#233;e mais l'instrument d'une strat&#233;gie de parcours. Et la compensation des notes entre disciplines pour le bac sugg&#232;re qu'il s'agit moins de valider les connaissances acquises dans chacune d'entre elles que d'&#233;tablir un classement hi&#233;rarchique de fin de parcours entre les &#233;l&#232;ves. Ici donc la s&#233;lection appara&#238;t comme le principe recteur de l'organisation du curriculum et de l'exp&#233;rience des lyc&#233;ens : les savoirs deviennent &#171; irresponsables &#187; car instrumentalis&#233;s (on choisit de travailler telle mati&#232;re non pour elle-m&#234;me mais parce qu'elle a un gros coefficient).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II &#8211; La perspective d'un lyc&#233;e unique pour la France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La comparaison des cas anglais, italien et fran&#231;ais a le grand avantage de mettre en &#233;vidence la large amplitude des modes possibles d'organisation de l'enseignement secondaire sup&#233;rieur dans des pays hautement d&#233;velopp&#233;s, dont la confrontation &#224; la litt&#233;ratie est particuli&#232;rement ancienne. Elle invite ainsi &#224; relativiser, &#224; &#171; d&#233;naturaliser &#187; la configuration fran&#231;aise, segment d'un syst&#232;me scolaire dont on sait, gr&#226;ce aux enqu&#234;tes PISA, qu'il est le plus in&#233;galitaire des pays de l'OCDE : accentuant les in&#233;galit&#233;s socioculturelles qui clivent la population, plut&#244;t que de les corriger ou simplement les att&#233;nuer. Et elle donne du m&#234;me coup un nouveau relief &#224; la proposition d'&#233;cole commune avanc&#233;e par le GRDS, laquelle vise pr&#233;cis&#233;ment &#224; assurer une profonde d&#233;mocratisation de notre syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne reviendra pas ici sur les traits g&#233;n&#233;raux du projet d'&#233;cole commune, ni sur l'argumentation soutenant sa cr&#233;dibilit&#233;, largement expos&#233;s par ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, La crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;cole commune ayant pour colonne vert&#233;brale un tronc commun d'enseignements de 2 &#224; 18 ans, le segment du secondaire sup&#233;rieur est assur&#233; par un lyc&#233;e unique, qui a vocation &#224; accueillir l'ensemble des membres des jeunes g&#233;n&#233;rations dans un m&#234;me cursus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des trois missions attribu&#233;es &#224; l'ESS, former l'esprit, s&#233;lectionner, orienter, l'&#233;cole commune ne retient que la premi&#232;re. Elle ne s&#233;lectionne pas : le curriculum est obligatoire pour tout un chacun. Elle n'oriente pas : le curriculum est con&#231;u en sorte de permettre tous les choix d'enseignement sup&#233;rieur. De leur c&#244;t&#233; les formations d'enseignement sup&#233;rieur doivent concevoir leur offre &#224; l'aune du bagage de culture commune assur&#233; par l'ESS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un programme commun d'enseignements&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport aux trois lyc&#233;es &#233;tudi&#233;s par Luisa Lombardi, la d&#233;marche port&#233;e par l'&#233;cole commune est aux antipodes de l'individualisme anglais. Elle est proche par contre du curriculum italien, par sa fa&#231;on d'organiser une communaut&#233; scolaire stable et rassurante, et d'assurer &#224; ses membres une culture largement partag&#233;e. En Italie, certes, les lyc&#233;ens doivent choisir entre six parcours possibles pour les cinq ann&#233;es de l'ESS ; et c'est dans ce choix que se joue la s&#233;lection, puisque les meilleurs sortants de l'enseignement secondaire inf&#233;rieur, et vraisemblablement les h&#233;ritiers, mieux inform&#233;s et visant plus loin, choisissent le liceo scientifico ou le liceo classico, qui pr&#233;parent le mieux &#224; l'enseignement sup&#233;rieur ; alors que les autres &#233;l&#232;ves s'autocensurent. Les effets de cette s&#233;lection sont limit&#233;s toutefois par le fait que les six parcours partagent un large tronc commun d'enseignements. L'&#233;cole commune radicalise cette logique en s'opposant &#224; toute s&#233;lection, s'en tenant &#224; un seul parcours d'enseignements communs obligatoires. Il ne s'agit l&#224;, apr&#232;s tout, que de prolonger jusqu'&#224; la fin du secondaire le principe de la diffusion d'une culture commune qui est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans le primaire et au coll&#232;ge. D'autant que ce principe ne contredit en rien la diversit&#233; des go&#251;ts et des choix de vie qui commencent &#224; se dessiner, voire &#224; s'affirmer, aux &#226;ges du lyc&#233;e fran&#231;ais (16/18 ans). Le programme d'enseignements communs peut tout &#224; fait se voir suppl&#233;ment&#233; par des formations librement choisies, approfondissant les mati&#232;res d&#233;j&#224; trait&#233;es dans le cursus commun ou abordant d'autres domaines intellectuels, culturels, artistiques ou sportifs. L'&#233;ducation nationale peut elle-m&#234;me faciliter ces compl&#233;ments de formation en incitant les &#233;tablissements &#224; s'instaurer en foyers locaux de rayonnement culturel, gr&#226;ce auxquels les lyc&#233;ens peuvent d&#233;velopper leurs capacit&#233;s dans les domaines de leur choix et tester leurs affinit&#233;s &#233;ventuelles pour telle ou telle orientation possible dans l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#233;valuations&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune ne note ni ne classe, mais elle &#233;value. Les notes et les classements mettent les &#233;l&#232;ves en concurrence ; les apprentissages peuvent tr&#232;s bien s'en passer, alors qu'ils ont toujours besoin d'&#233;valuations. Les notes et les classements transforment les enseignants en juges. Les &#233;valuations aussi ; mais le juge peut rester l'indispensable &#171; alli&#233; dans la place &#187; en adoptant une proc&#233;dure d'&#233;valuation qui, sans rien sacrifier de sa rigueur, contribue prioritairement &#224; la formation des &#233;l&#232;ves et se pr&#233;occupe au premier chef de donner &#224; chacun toute chance de r&#233;ussite. C'est ce type de proc&#233;dure qui convient au lyc&#233;e unique propos&#233; par le GRDS (on en trouvera une illustration tr&#232;s convaincante dans le r&#233;cent ouvrage de Nicolas Kaczmarek&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicolas Kaczmarek, Manuel contre la mise en &#233;chec scolaire, La Dispute, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Les &#233;valuations de contr&#244;le continu permettront de s'assurer que l'essentiel du programme r&#233;alis&#233; est assimil&#233; et que la progression de l'&#233;l&#232;ve au long des trois ann&#233;es peut se poursuivre. Le dipl&#244;me final (&#171; Bac de culture commune &#187;) prend acte de l'effectuation du parcours des trois ann&#233;es et a valeur de certificat d'admission dans l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation curriculaire du lyc&#233;e italien montre le chemin d'une scolarisation centr&#233;e sur la transmission des savoirs, dans laquelle la formation re&#231;ue et largement partag&#233;e &#171; assume une fin en soi &#187; (Lombardi), pr&#233;serv&#233;e des empi&#232;tements des contraintes de s&#233;lection et d'orientation. Il reste, pour parvenir &#224; un syst&#232;me scolaire v&#233;ritablement d&#233;mocratique, d'une part &#224; faire entrer la totalit&#233; des jeunes dans le secondaire sup&#233;rieur g&#233;n&#233;ral ; et d'autre part &#224; unifier ce dernier car, en Italie comme en France, le maintien de fili&#232;res diff&#233;renci&#233;es est le cheval de Troie qui rend possible l'in&#233;vitable hi&#233;rarchisation des cursus et la persistance des in&#233;galit&#233;s sociales. C'est ce que propose le GRDS.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luisa Lombardi, &lt;i&gt;Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France&lt;/i&gt;, PU du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2024, ainsi que les contributions &#224; ce site, notamment dans les rubriques &lt;i&gt;&#201;cole commune &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Culture commune&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicolas Kaczmarek, &lt;i&gt;Manuel contre la mise en &#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'enjeu scolaire, Paris, 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Apprendre. Les &#171; aptitudes &#187;, vie et mort, et Dehaene</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article361</link>
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		<dc:date>2025-04-17T11:04:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabienne Andr&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Au sein de chaque g&#233;n&#233;ration les apprentissages de la culture &#233;crite, ceux que l'on r&#233;alise au cours de la scolarit&#233;, sont, comme l'on sait, tr&#232;s in&#233;galement r&#233;ussis. Au long des deux premiers tiers du 20&#232;me si&#232;cle ces in&#233;galit&#233;s sont attribu&#233;es de fa&#231;on fataliste, &#224; gauche autant qu'&#224; droite, &#224; des diff&#233;rences d'aptitudes fond&#233;es en nature : bornant ainsi, puisque tous les jeunes ne peuvent r&#233;ussir des &#233;tudes longues, l'ambition des vis&#233;es d&#233;mocratiques pour l'&#233;cole. Lorsque ce fatalisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH132/arton361-a4eca.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='132' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au sein de chaque g&#233;n&#233;ration les apprentissages de la culture &#233;crite, ceux que l'on r&#233;alise au cours de la scolarit&#233;, sont, comme l'on sait, tr&#232;s in&#233;galement r&#233;ussis. Au long des deux premiers tiers du 20&#232;me si&#232;cle ces in&#233;galit&#233;s sont attribu&#233;es de fa&#231;on fataliste, &#224; gauche autant qu'&#224; droite, &#224; des diff&#233;rences d'aptitudes fond&#233;es en nature : bornant ainsi, puisque tous les jeunes ne peuvent r&#233;ussir des &#233;tudes longues, l'ambition des vis&#233;es d&#233;mocratiques pour l'&#233;cole. Lorsque ce fatalisme biologique sera mis en cause, &#224; partir des ann&#233;es 1960, ce sera pour c&#233;der progressivement la place, dans la culture du monde scolaire, au fatalisme sociologique du handicap socioculturel. Pour ce dernier les parcours scolaires doivent l'essentiel &#224; l'impact de la socialisation familiale, au cours de laquelle se transmet une culture de classe, ses ressources et ses manques. Cette repr&#233;sentation reste aujourd'hui tr&#232;s pr&#233;gnante, m&#234;me dans le milieu des chercheurs. Au point qu'elle ne laisse gu&#232;re de place &#224; l'investigation de ce que la r&#233;ussite ou l'&#233;chec doivent &#224; la conduite des apprentissages scolaires eux-m&#234;mes. On voit d&#232;s lors qu'il est indispensable, si l'on souhaite interroger les conditions de p&#233;dagogies plus efficientes, de contester le principe m&#234;me du fatalisme scolaire, qu'il tienne &#224; la biologie ou aux in&#233;galit&#233;s culturelles de classe. Cette contestation est devenue un enjeu de connaissance essentiel. Voil&#224; donc la question cruciale d&#233;sormais pos&#233;e &#224; tout effort de compr&#233;hension de notre syst&#232;me &#233;ducatif : peut-on valider, par-del&#224; tout fatalisme, la th&#232;se de l'&#233;ducabilit&#233; universelle ? D'un c&#244;t&#233; les ressources des sciences humaines ont &#233;t&#233; mobilis&#233;es afin d'interroger sa pertinence, et le GRDS a pris toute sa part &#224; l'entreprise. Du c&#244;t&#233; de la biologie elle-m&#234;me l'avanc&#233;e des connaissances a &#233;t&#233; particuli&#232;rement marqu&#233;e par les travaux de Stanislas Dehaene, qui proclame avec vigueur dans sa derni&#232;re parution, destin&#233;e &#224; un large public, &#171; Une id&#233;e dans la t&#234;te &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, Une id&#233;e dans la t&#234;te, Odile Jacob, 2025, 17 &#8364;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; S'il y a bien un message que je voudrais marteler, c'est que tous les cerveaux sont capables d'apprendre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vie et mort des aptitudes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1903&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfred Binet d&#233;signe par la notion d'&#171; aptitude &#187; les dispositions individuelles permettant d'envisager telle ou telle carri&#232;re scolaire et professionnelle. Les aptitudes sont d'ordre essentiellement naturel, ancr&#233;es dans le biologique (on parlera plut&#244;t de &#171; comp&#233;tences &#187; en cas de connaissances et de savoir-faire acquis par la formation, l'&#233;ducation)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred Binet, L'&#233;tude exp&#233;rimentale de l'intelligence, Schleicher Fr&#232;res et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit d'un &#171; donn&#233; &#187; originaire, dont le concept est flou, mais appel&#233; &#224; jouer le r&#244;le d'un op&#233;rateur id&#233;ologique majeur. Pourquoi contesterait-on l'in&#233;galit&#233; des destin&#233;es scolaires, d&#232;s lors qu'elle refl&#232;te la diversit&#233; des &#171; aptitudes &#187; ? Mieux, m&#234;me : il est vivement pr&#233;f&#233;rable que les parcours soient accord&#233;s &#224; la r&#233;alit&#233; des aptitudes, sauf &#224; augmenter &#171; le nombre des d&#233;class&#233;s, des m&#233;contents &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred Binet, Les id&#233;es modernes sur les enfants, Flammarion, Paris, 1911.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que l'&#233;ducation maintienne chacun &#224; sa place n'est pas une recommandation nouvelle : une longue lign&#233;e d'hommes politiques, de Richelieu &#224; Jules Ferry, avaient d&#233;j&#224; soulign&#233; combien un tel objectif s'imposait. Mais la &#171; th&#233;orie &#187; des aptitudes qui, sous l'impulsion de Binet, les pr&#233;tend en ce d&#233;but de 20&#232;me si&#232;cle suffisamment assur&#233;es et consistantes pour &#234;tre mesurables, donne une force de conviction renouvel&#233;e &#224; la relation aptitudes/destin scolaire. Et cette force n'aura pas fini de peser dans les d&#233;bats ult&#233;rieurs sur le syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1919&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la premi&#232;re guerre mondiale, les &#171; Compagnons de l'Universit&#233; nouvelle &#187; commencent &#224; rendre audible un questionnement auparavant tr&#232;s minoritaire. Pourquoi n'y aurait-il pas, dans les classes populaires cantonn&#233;es jusque-l&#224; &#224; l'enseignement primaire, des jeunes dot&#233;s d'&#171; aptitudes &#187; susceptibles de leur permettre des &#233;tudes prolong&#233;es ? Seule une &#233;cole &#171; unique &#187;, o&#249; le secondaire serait ouvert aux meilleurs &#233;l&#232;ves du primaire, permettrait &#224; ces jeunes de rejoindre l'&#233;lite sociale. Ce serait l&#224; une r&#233;forme servant &#224; la fois l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et la justice sociale. Le &#171; premier devoir &#187; des ma&#238;tres, dans cette &#233;cole, serait, autant ou plus que d'enseigner, de &#171; discerner les vocations &#187; (lesquelles manifestent la pr&#233;sence d'aptitudes n&#233;cessaires aux &#233;tudes prolong&#233;es)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Compagnons, L'Universit&#233; nouvelle, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1937&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre de l'instruction publique du Front Populaire, Jean Zay, lance une exp&#233;rimentation de plusieurs centaines de &#171; classes d'orientation &#187; afin de tester les modalit&#233;s d'une s&#233;lection efficace des &#233;l&#232;ves en fonction de leurs &#171; aptitudes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1946/47&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan Langevin-Wallon est con&#231;u dans une perspective d'&#233;mancipation des jeunes g&#233;n&#233;rations. Il reprend &#224; son compte en ce sens le principe de l'&#233;cole unique, qui doit assurer une scolarit&#233; longue pour tous (18 ans minimum). Son ambition n'en demeure pas moins born&#233;e par la th&#233;matique des &#171; aptitudes &#187;. Ce que peut une &#233;cole d&#233;mocratique, nous dit-il, c'est donner &#224; chacun la possibilit&#233; de faire la preuve de son talent jusqu'au maximum de ses aptitudes. Ce sera donc in&#233;vitablement, sachant la disparit&#233; de ces derni&#232;res, une &#233;cole in&#233;gale r&#233;partissant ses &#233;l&#232;ves entre trois fili&#232;res : &#171; &#233;tudes th&#233;oriques &#187;, pour former les futurs responsables ; &#171; &#233;tudes professionnelles &#187; &#171; destin&#233;es &#224; fournir les cadres moyens de la production &#187; ; &#171; &#233;tudes pratiques (apprentissage) &#187;, pour former les ex&#233;cutants. Roger Gal, secr&#233;taire adjoint de la Commission du Plan et proche de Langevin, note &#224; cet &#233;gard dans un article de 1946 : &#171; C'est un fait que la nature de la plupart des individus les pr&#233;dispose &#224; des activit&#233;s pratiques et professionnelles bien plus qu'&#224; des activit&#233;s th&#233;oriques et intellectuelles abstraites &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;ducation nationale, n&#176;5, janvier 1946. Voir sur cet historique et ce qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La grande question qui a pr&#233;occup&#233; la Commission pr&#233;paratoire, et qui sera laiss&#233;e sans r&#233;ponse bien tranch&#233;e par le Plan, concerne la fa&#231;on dont seront appr&#233;ci&#233;es les aptitudes des &#233;l&#232;ves et dont leur orientation sera d&#233;cid&#233;e en cons&#233;quence. Une chose est s&#251;re : le progressisme scolaire de Jean Zay et de Langevin-Wallon retient le principe d'un syst&#232;me &#233;ducatif unifi&#233;, qui accueille tous les &#233;l&#232;ves et donne sa chance &#224; chacun ; mais parce qu'il reste soumis &#224; l'id&#233;ologie des aptitudes, il ne voit pas d'autre horizon possible que la d&#233;mocratie s&#233;lective et in&#233;galitaire de l'&#233;cole m&#233;ritocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1959 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place effective de l'&#233;cole unique sera le fait de la droite, et le d&#233;cret du ministre gaulliste Berthoin en donne le signal. Le report &#224; 16 ans de l'obligation scolaire, la suppression des classes &#233;l&#233;mentaires des petits lyc&#233;es et celle de l'examen d'entr&#233;e en 6&#232;me annoncent la fin de la s&#233;paration du primaire et du secondaire et la g&#233;n&#233;ralisation de l'entr&#233;e au coll&#232;ge. L'&#233;cole unique version 5&#232;me R&#233;publique propose les m&#234;mes programmes et les m&#234;mes parcours &#224; tous ; elle est cens&#233;e r&#233;aliser l'&#233;galit&#233; des chances. Dans les quatre pages d'attendus qui accompagnent son d&#233;cret, le ministre le souligne : ce ne sera plus d&#233;sormais l'origine sociale, mais le m&#233;rite et les aptitudes qui ouvriront l'acc&#232;s aux fili&#232;res scolaires les plus valoris&#233;es. Et particuli&#232;rement les &#171; aptitudes &#187; : le terme revient 23 fois dans ces quatre pages. C'est bien ici encore au nom des aptitudes que la s&#233;lection scolaire, dont on sait combien elle s'av&#232;rera, dans la pratique, s&#233;lection sociale, doit s'op&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan Langevin-Wallon &#233;tait une version de gauche de l'&#233;cole unique, projetant une d&#233;mocratisation maximale du syst&#232;me &#233;ducatif. L'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique en est une version de droite, &#233;troitement s&#233;lective, visant &#224; r&#233;pondre aux exigences patronales en &#233;levant le niveau g&#233;n&#233;ral de formation initiale des jeunes g&#233;n&#233;rations, mais s&#251;rement pas &#224; favoriser l'acc&#232;s du plus grand nombre aux savoirs &#233;labor&#233;s en remettant en cause les hi&#233;rarchies sociales. Ces deux versions partagent n&#233;anmoins un principe essentiel, celui du recrutement au m&#233;rite et de l'&#233;galit&#233; des chances. Elles sont h&#233;riti&#232;res d'une m&#234;me inspiration, l'&#233;thique m&#233;ritocratique r&#233;publicaine, qui entend faire place &#224; la promotion scolaire des meilleurs. L'une et l'autre orientent et s&#233;lectionnent d&#232;s l'adolescence, m&#234;me si c'est pour le Plan Langevin-Wallon &#224; son corps d&#233;fendant, et s'il s'agit pour les r&#233;formes scolaires de la 5&#232;me R&#233;publique d'une d&#233;marche d&#233;lib&#233;r&#233;ment malthusienne. Car, pour l'un comme pour l'autre, les aptitudes aux &#233;tudes longues sont in&#233;galement distribu&#233;es, et le syst&#232;me &#233;ducatif se doit d'en tenir compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1964&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e des premi&#232;res mises en cause des &#171; aptitudes &#187;. Par la philosophie : l'article de Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, aura un grand retentissement dans les milieux p&#233;dagogiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, Dou&#233;, non dou&#233;, &#201;ditions sociales, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par la sociologie : l'ouvrage de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, &lt;i&gt;Les H&#233;ritiers&lt;/i&gt;, marque lui aussi un tournant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, Les H&#233;ritiers, &#201;ditions de Minuit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et m&#234;me certains biologistes commencent &#224; avancer en cette d&#233;cennie l'id&#233;e que notre cerveau n'est &#224; la naissance qu'un ensemble de potentialit&#233;s, lesquelles se r&#233;aliseront en capacit&#233;s intellectuelles sous l'effet seulement de leur mise en &#339;uvre effective &#8211; c'est en pensant qu'on apprend &#224; penser, via l'acquisition et l'usage du langage. Dans les milieux de la recherche, la th&#232;se &#233;merge ainsi, qui va largement gagner en audience au long des d&#233;cennies suivantes : ce qui d&#233;termine les in&#233;galit&#233;s scolaires n'est pas d'ordre biologique. Il faut regarder ailleurs, du c&#244;t&#233; de la socialisation familiale et de la socialisation scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des ann&#233;es 1960 aux ann&#233;es 1990&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent pas imaginer que l'&#233;cole soit par elle-m&#234;me productrice d'in&#233;galit&#233;s, il ne reste qu'&#224; se retourner vers la responsabilit&#233; de la famille. Ce qui ne va pas tarder &#224; se r&#233;aliser. L'&#233;chec scolaire sera de moins en moins souvent imput&#233; &#224; l'insuffisance des aptitudes, au b&#233;n&#233;fice d'un nouveau d&#233;terminant, le &#171; handicap socio-culturel &#187;. Au fatalisme biologique succ&#232;de ainsi un fatalisme sociologique, qui retient de la d&#233;marche bourdieusienne le concept d'h&#233;ritage culturel familial&#8230; mais oublie (ou occulte) son compl&#233;ment, i.e. la th&#232;se selon laquelle les difficult&#233;s rencontr&#233;es par les enfants du peuple tiennent &#224; ce que l'&#233;cole ne leur donne pas les moyens de r&#233;pondre &#224; ses propres exigences, moyens que les &#171; h&#233;ritiers &#187; trouvent, eux, dans leur famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fatalisme pour un autre, rien n'aurait donc chang&#233; ? Pas si simple. Le fatalisme biologique invite &#224; penser que tout est jou&#233; &#224; la naissance. &#192; l'encontre de ce pr&#233;suppos&#233; d'inn&#233;it&#233;, le fatalisme sociologique admet que &#171; l'intelligence &#187; se construit au cours de l'histoire familiale des enfants. Un pas absolument d&#233;cisif a ainsi &#233;t&#233; franchi : les &#171; aptitudes &#187;, si l'on veut reprendre ce terme, ne sont plus consid&#233;r&#233;es comme un donn&#233;, mais comme le produit d'une histoire. Et cette histoire n'est pas seulement celle de la socialisation familiale : elle est aussi celle de la socialisation scolaire. Ne faudrait-il d&#232;s lors pas interroger de plus pr&#232;s ce qui se passe au cours de cette derni&#232;re ? Les non h&#233;ritiers ne pourraient-ils pas eux aussi conna&#238;tre le succ&#232;s scolaire si l'&#233;cole les accueillait autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, de fait, n'a pas manqu&#233; d'&#234;tre pos&#233;e. N'&#233;tait-ce pas c'&#233;tait in&#233;vitable dans un contexte o&#249; les r&#233;formes de la 5&#232;me R&#233;publique permettait &#224; l'&#233;cole fran&#231;aise de jouer un r&#244;le d'ascenseur social in&#233;dit pour elle &#224; cette &#233;chelle ? Si une minorit&#233; de non h&#233;ritiers ont pu mener leur parcours &#224; bon port jusqu'&#224; devenir des &#171; transfuges de classe &#187;, la chose n'est-elle pas possible pour les autres ? Et &#224; quelles conditions ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la question a bien &#233;t&#233; pos&#233;e, c'est de fa&#231;on toutefois relativement confidentielle, tant le constat de l'&#233;chec persistant de la grande majorit&#233; des enfants d'ouvriers et d'employ&#233;s donnait de cr&#233;dibilit&#233; &#224; la th&#232;se du handicap socioculturel. Pour que la n&#233;cessit&#233; d'interroger les modalit&#233;s de la socialisation scolaire des classes populaires conqui&#232;re une &#233;vidence de masse, il restait du chemin &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les ann&#233;es 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment convaincre, autrement dit, que les choses pourraient &#234;tre diff&#233;rentes de ce qu'elles sont, que les in&#233;galit&#233;s scolaires qui tiennent &#224; l'origine sociale pourraient &#234;tre massivement r&#233;duites ? Comment entamer l'incr&#233;dulit&#233; massive qui r&#232;gne en ce domaine, alors que la reproduction des in&#233;galit&#233;s sociales demeure intangible d'ann&#233;e en ann&#233;e, et se trouve si opportun&#233;ment expliqu&#233;e par le poids des in&#233;galit&#233;s culturelles qui clivent le corps social ? Face au fatalisme biologique qui reste tapi dans l'ombre, face au fatalisme sociologique qui ne voit que du manque dans les transmissions familiales populaires, seule la preuve que tous les enfants, quel que soit leur milieu d'origine, disposent de ressources que l'&#233;cole peut mobiliser pour les faire entrer correctement dans la culture &#233;crite, seule une telle preuve est susceptible de bousculer les convictions &#233;tablies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, au plan de la recherche, les ann&#233;es 2000 sont marqu&#233;es par deux approches novatrices, aboutissant par des voies tr&#232;s diff&#233;rentes au m&#234;me constat : tous les enfants poss&#232;dent les moyens n&#233;cessaires pour &#233;viter l'&#233;chec et accomplir normalement des &#233;tudes longues. L'une de ces approches s'inscrit dans le champ des sciences humaines. En s'appuyant sur les connaissances accumul&#233;es par l'anthropologie cognitive, et concernant les performances intellectuelles observ&#233;es dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;pourvues du support puissant de l'&#233;criture, elle souligne combien la seule disposition du langage oral suffit &#224; autoriser l'acc&#232;s aux capacit&#233;s d'abstraction, de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie et de raisonnement logique ; et combien d&#232;s lors tous les humains normalement entr&#233;s dans le langage sont dot&#233;s de ce m&#234;me potentiel. Or l'institution scolaire n'a besoin de rien d'autre pour assurer &#224; ses publics une appropriation normale de la culture &#233;crite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment Jean-Pierre Terrail, De l'in&#233;galit&#233; scolaire (2002), De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &#224; partir de cette conviction que le GRDS a &#233;labor&#233; et diffus&#233; un projet d'&#233;cole commune visant &#224; assurer la g&#233;n&#233;ralisation des &#233;tudes longues et une r&#233;elle d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le projet d'&#233;cole commune, voir sur le site du GRDS : .&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche donc proc&#232;de par l'examen des comportements intelligents dont l'humanit&#233; s'est montr&#233;e capable m&#234;me sans l'aide d'un syst&#232;me d'&#233;criture. La seconde approche, elle, observe ce qui se passe &#224; la source : dans le cerveau des int&#233;ress&#233;s. Dans un monde, autrement dit, auxquels les immenses progr&#232;s de l'imagerie c&#233;r&#233;brale commencent &#224; nous permettre d'acc&#233;der. Et l&#224; aussi les constats sont sans appel : tous les jeunes humains sont dot&#233;s de capacit&#233;s d'apprentissages intellectuels largement suffisantes pour faire face aux exigences scolaires. L'un des pionniers majeurs de leur exploration, Stanislas Dehaene et son &#233;quipe fran&#231;aise, le notait d&#232;s 2007 : les enfants sont de formidables petites machines &#224; apprendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, Les neurones de la lecture, Odile Jacob, 2007.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y revient aujourd'hui dans un ouvrage qui fait le point des connaissances acquises sur la question, un ouvrage que sa pr&#233;sentation rend accessible &#224; un large public : &lt;i&gt;Une id&#233;e dans la t&#234;te&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, Une id&#233;e dans la t&#234;te, Odile Jacob, 2025.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son insistance est sans ambigu&#239;t&#233;, et signe l'acte de d&#233;c&#232;s d&#233;finitif des &#171; aptitudes &#187;, qu'elles soient &#224; tonalit&#233; biologique ou sociologique : &#171; Tous les cerveaux sont capables d'apprendre &#187;. Voici maintenant quelques notes prises au fil de la lecture de cet ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Une id&#233;e dans la t&#234;te &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apprendre est le plus grand talent de l'esp&#232;ce humaine &#187; (page 13) : quelles sont les sp&#233;cificit&#233;s de notre cerveau qui nous ont permis de d&#233;velopper ce talent, et que se passe-t-il dans cet organe quand nous nous approprions connaissances et savoir-faire ? L'ouvrage est issu des chroniques de Stanislas Dehaene sur France Inter en 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capacit&#233; d'apprendre est universelle dans le monde animal : m&#234;me dans les esp&#232;ces les plus simples la marge d'apprentissage est &#233;norme, l'activit&#233; donc est loin de n'&#234;tre mue que par l'instinct. Et tout apprentissage remod&#232;le le cerveau, c'est ce que d&#233;signe l'expression &#171; plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale &#187;, maximale dans l'enfance (au point que l'ablation d'un h&#233;misph&#232;re &#224; ce moment-l&#224; n'emp&#234;che pas les apprentissages ult&#233;rieurs), forte chez l'homme jusqu'&#224; 20-25 ans. Chez un b&#233;b&#233;, chaque seconde, 2 &#224; 3 millions de synapses se font et se d&#233;font ; puis les circuits neuronaux se stabilisent progressivement, limitant les capacit&#233;s d'apprentissage [ce qui est particuli&#232;rement perceptible concernant l'apprentissage des langues, mais &#233;claire aussi les raisons de l'impact si d&#233;cisif de la scolarit&#233; &#233;l&#233;mentaire sur toute la suite du parcours].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre &#224; parler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence dans l'ut&#233;rus &#8211; reconnaissance de la prosodie, de certaines syllabes. Tous les cerveaux humains poss&#232;dent alors la capacit&#233; de distinguer les sons de toute langue possible, et l'apprentissage de l'une d'entre elles est en r&#233;alit&#233; un d&#233;sapprentissage de la capacit&#233; &#224; percevoir les sons non utilis&#233;s dans leur environnement (p. 50). Nous comprenons 50 mots &#224; un an, 200 &#224; deux ans, 1000 &#224; trois, 2500 &#224; quatre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que m&#233;connaissent bien des enseignant.e.s pour qui les enfants du peuple (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; donc le cerveau humain est pr&#233;-organis&#233;, comprenant des r&#233;gions pour le langage, la musique, les visages, les objets ; de l'autre seul l'apprentissage constitue les circuits neuronaux efficaces&#8230; &#171; Dans le d&#233;bat sur l'inn&#233; et l'acquis, on a sous-estim&#233; les deux &#187; (60). A la naissance le cerveau &#171; est pr&#233;par&#233; mais pas enti&#232;rement pr&#233;c&#226;bl&#233; &#187; (63) D&#232;s avant la naissance les sons du langage sont dirig&#233;s vers l'aire de Broca&#8230; dont les pr&#233;dispositions se fanent si le b&#233;b&#233; ne re&#231;oit pas sa dose de langage. A 5 ans cette derni&#232;re s'active d'autant plus qu'elle a b&#233;n&#233;fici&#233; de nombreux dialogues avec les adultes (65).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'apprentissage de la lecture, la pr&#233;cision de la vision est augment&#233;e (73) ; et l'audition du langage est modifi&#233;e par l'acc&#232;s &#224; la conscience phon&#233;mique. Il s'agit donc d'un &#171; recyclage neuronal &#187;, &#224; l'origine de la constitution d'une r&#233;gion du cerveau sp&#233;cialis&#233;e pour la vision des lettres, et plus largement des mots &#233;crits pour d'autres &#233;critures, cette r&#233;gion relevant d'une sp&#233;cialisation d'une partie de l'aire d&#233;di&#233;e &#224; la vision (80-81) : &#171; la lecture r&#233;organise le cerveau &#187;, qui se diff&#233;rencie davantage (82). Chez la quasi-totalit&#233; des individus, &#171; l'h&#233;misph&#232;re gauche abrite un seul circuit qui relie la vision au langage &#187; quel que soit le syst&#232;me d'&#233;criture et qu'on lise de droite &#224; gauche ou vice versa (88).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le myst&#232;re des dyslexies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en parle quand toutes les conditions favorables sont r&#233;unies et que pourtant l'enfant n'apprend pas. Et de fait on constate &#224; l'examen que la r&#233;gion du cerveau &#171; bo&#238;te aux lettres &#187; est anormalement sous-activ&#233;e. Sans que cela ait &#224; voir avec un d&#233;chiffrage &#171; en miroir &#187;, lequel est tout &#224; fait naturel (cf. la confusion du b et du d) et que tous les jeunes lecteurs doivent &#171; d&#233;sapprendre &#187; (97-98) ; ni, la plupart du temps, avec un d&#233;faut de l'&#339;il. Il semble en fait que soit en jeu un probl&#232;me de conscience phon&#233;mique handicap&#233;e, qui peut se transmettre g&#233;n&#233;tiquement (100-102).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Variantes : la dyslexie attentionnelle, par incapacit&#233; &#224; fixer l'attention sur un seul mot de la cha&#238;ne textuelle, que le cerveau ne parvient pas &#224; isoler ; et celle qui intervertit l'ordre des lettres dans les mots (110).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre &#224; compter&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous poss&#233;dons une intuition inn&#233;e du nombre, une arithm&#233;tique approximative partag&#233;e avec nombre d'esp&#232;ces animales, et perceptible d&#232;s la naissance : c'est une comp&#233;tence ancr&#233;e dans l'&#233;volution, que le langage seul nous permettra de d&#233;velopper. Chez l'homme et d&#233;j&#224; chez les animaux, ce sens du nombre est associ&#233; au sens de l'espace : pour le cerveau, petit nombre = gauche, grand nombre = droite, le long d'une ligne orient&#233;e donc de la gauche vers la droite, y compris l&#224; o&#249; on &#233;crit dans l'autre sens. Sans syst&#232;me symbolique de num&#233;ration cependant aucun calcul pr&#233;cis n'est possible : au-del&#224; des petites quantit&#233;s, plus les nombres augmentent plus il devient impossible de les distinguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cerveau des grands math&#233;maticiens est un cerveau ordinaire, dans lequel le circuit qui permet l'appr&#233;hension intuitive des nombres a connu une extension particuli&#232;re &#224; force d'un travail acharn&#233;. Chez un math&#233;maticien aveugle, la r&#233;gion du cerveau d&#233;di&#233;e &#224; la vision a &#233;t&#233; recycl&#233;e pour les maths.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens inn&#233; du nombre est identique &#224; la naissance entre gar&#231;ons et filles ; et &#224; l'entr&#233;e au CP on n'observe aucune diff&#233;rence. &#192; la fin du CP, d'apr&#232;s les &#233;valuations, l'avantage des gar&#231;ons est d'environ 30% d'un &#233;cart-type. (153)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dyscalculie touche 3 &#224; 6% des enfants d'&#226;ge scolaire. Elle est souvent l'effet d'anomalies cong&#233;nitales affectant le circuit neuronal responsable de notre sens inn&#233; du nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mieux dormir pour mieux apprendre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dormir, c'est aussi apprendre &#187; (167). Le sommeil &#171; r&#233;active nos souvenirs, r&#233;analyse nos journ&#233;es pass&#233;es, et consolide la m&#233;moire de ce que nous venons d'apprendre &#187; (170), en rejouant les &#233;pisodes de la veille, plus vite, et plusieurs fois. De plus le sommeil a un pouvoir cr&#233;atif, on peut se r&#233;veiller avec la solution du probl&#232;me de la veille parce que &#171; pendant le sommeil, le cerveau r&#233;organise ses connaissances &#187; (179).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre &#224; mieux apprendre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le pilier le plus important de l'apprentissage, c'est probablement la mobilisation de l'attention &#187; (194), sachant que &#171; l'architecture de notre cerveau nous emp&#234;che de faire attention &#224; deux choses en m&#234;me temps &#187; (195), contrairement &#224; la conviction de beaucoup. &#171; Le plus grand talent d'en enseignant r&#233;side dans sa capacit&#233; de focaliser l'attention de ses &#233;l&#232;ves &#187; (196), car &#171; un surcro&#238;t d'attention augmente massivement l'apprentissage &#187; (197). &#171; Les enfants apprennent mieux lorsqu'on leur fournit un enseignement explicite, pas &#224; pas, les yeux dans les yeux. Un bon enseignant explique pr&#233;cis&#233;ment le but de l'apprentissage et, tout au long du cours, pr&#234;te une attention constante &#224; l'attention de l'autre (200). Il adopte &#171; des pratiques qui maximisent l'engagement actif de l'&#233;l&#232;ve &#224; travers des questions, des exercices, des discussions, des travaux de groupe&#8230; &#187; (202) &#171; Engagement actif et retour sur erreur sont des piliers de la science de l'apprentissage (&#8230;) L'erreur est indispensable &#224; l'apprentissage. &#187; (204-205)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; S'il y a bien un message que je voudrais marteler, c'est que tous les cerveaux sont capables d'apprendre &#187; (210), mais &#171; Personne n'apprend sans effort, au contraire, c'est en faisant plus d'efforts qu'on apprend mieux &#187; (212).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, &lt;i&gt;Une id&#233;e dans la t&#234;te&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2025, 17 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alfred Binet, &lt;i&gt;L'&#233;tude exp&#233;rimentale de l'intelligence&lt;/i&gt;, Schleicher Fr&#232;res et Cie, Paris, 1903.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alfred Binet, &lt;i&gt;Les id&#233;es modernes sur les enfants&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 1911.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Compagnons, &lt;i&gt;L'Universit&#233; nouvelle&lt;/i&gt;, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#201;ducation nationale&lt;/i&gt;, n&#176;5, janvier 1946. Voir sur cet historique et ce qui suit Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Visages du progressisme scolaire en France (1880-2021)&lt;/i&gt;, GRDS, 2021, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, Dou&#233;, non dou&#233;, &#201;ditions sociales, Paris, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, &lt;i&gt;Les H&#233;ritiers&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Minuit, Paris, 1964.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;De l'in&#233;galit&#233; scolaire&lt;/i&gt; (2002), &lt;i&gt;De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/i&gt; (2009), &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt; (2013), chez La Dispute &#233;diteur, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le projet d'&#233;cole commune, voir sur le site du GRDS : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, &lt;i&gt;Les neurones de la lecture&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, &lt;i&gt;Une id&#233;e dans la t&#234;te&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que m&#233;connaissent bien des enseignant.e.s pour qui les enfants du peuple ont &#224; 6 ans un lexique r&#233;duit, et encore, &#224; quelques centaines de mots. Peut-&#234;tre parce qu'ils en mobilisent beaucoup moins qu'ils n'en comprennent, d'une part parce que comme pour tout un chacun le lexique actif est plus restreint, d'autre part pour des raisons d'intimidation sociale (note de F. A.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lire comme on &#233;crit ? De quelques c&#244;t&#233;s &#233;nigmatiques dans l'histoire de l'apprendre &#224; lire</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article360</link>
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		<dc:date>2025-02-03T09:53:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabienne Andr&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pas besoin d'&#234;tre expert en litt&#233;racie ou p&#233;dagogue averti pour savoir (ni, bien souvent, pour avoir son avis sur la chose) que l'apprentissage de la lecture &#8211; n'y sommes-nous pas tous pass&#233;s ? &#8211; est grev&#233; par l'opposition entre syllabique et globale. Au c&#339;ur des d&#233;bats p&#233;dagogiques qui ont marqu&#233; le 20&#232;me si&#232;cle, il n'en a pas manqu&#233; et ils ne sont pas clos, le conflit a tous les atours d'une v&#233;ritable guerre, suscitant une litt&#233;rature abondante et des passions irr&#233;ductibles, souvent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Apprentissage lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L97xH150/arton360-b1fd2.jpg?1790693198' class='spip_logo spip_logo_right' width='97' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pas besoin d'&#234;tre expert en litt&#233;racie ou p&#233;dagogue averti pour savoir (ni, bien souvent, pour avoir son avis sur la chose) que l'apprentissage de la lecture &#8211; n'y sommes-nous pas tous pass&#233;s ? &#8211; est grev&#233; par l'opposition entre syllabique et globale. Au c&#339;ur des d&#233;bats p&#233;dagogiques qui ont marqu&#233; le 20&#232;me si&#232;cle, il n'en a pas manqu&#233; et ils ne sont pas clos, le conflit a tous les atours d'une v&#233;ritable guerre, suscitant une litt&#233;rature abondante et des passions irr&#233;ductibles, souvent d&#233;mesur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'on parle ici d'un moment crucial de la biographie de chacun : l'acc&#232;s initial &#224; la culture &#233;crite. Entre une introduction toujours appliqu&#233;e mais rapidement r&#233;ussie et gratifiante &#224; l'art de lire, et une initiation inconfortable, p&#233;nible et d&#233;moralisante, inachev&#233;e et &#226;nonnante dans le d&#233;chiffrage, ne se jouent pas seulement le parcours scolaire &#224; venir, mais toute une destin&#233;e intellectuelle, professionnelle et sociale. Quoi d'&#233;tonnant d&#232;s lors si ce qui pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une simple alternative entre techniques d'apprentissage, dont il suffirait de retenir la plus efficiente, ait fait l'objet d'investissements &#233;thico-politiques si vifs, la syllabique &#233;tant &#233;rig&#233;e en embl&#232;me de la r&#233;action p&#233;dagogique et politique dans la France des ann&#233;es 1970, et promue aujourd'hui aux &#201;tats-Unis, &#224; front renvers&#233;, par les luttes pour les droits civiques et la justice sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, &#192; Paris et &#224; New York : comment am&#233;liorer l'apprentissage de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Logiquement, les &#233;crits s'int&#233;ressant &#224; l'apprentissage de la lecture ne manquent pas. En-dehors des manuels proprement dits, nombre d'entre eux sont consacr&#233;s &#224; la valorisation de telle ou telle proc&#233;dure p&#233;dagogique, ou &#224; la comparaison de leur efficacit&#233; respective. Quelques-uns sont &#233;labor&#233;s dans une perspective principalement historiographique. C'est le cas du dernier livre de Jean-Pierre Terrail. En forme d'essai, cette &lt;i&gt;Petite histoire de la lecture et de son enseignement&lt;/i&gt; entend explorer, en adoptant le regard &#233;loign&#233; que permet l'histoire longue, quelques aspects peu connus ou encore &#233;nigmatiques des transformations qui ont marqu&#233; au fil du temps les modalit&#233;s de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Petite histoire de la lecture et de son enseignement, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont bien s&#251;r les &#233;v&#233;nements qui ont affect&#233; l'apprentissage de la lecture &#224; l'&#233;poque moderne qui int&#233;ressent l'auteur au premier chef. Si elle remonte aux d&#233;buts du 20&#232;me si&#232;cle, la m&#233;thode globale r&#233;alise la grande perc&#233;e qui va lui permettre de balayer la syllabique en Occident dans les ann&#233;es 1960/70. Or dans les diff&#233;rents pays concern&#233;s, des voix s'&#233;l&#232;vent d&#232;s ce moment qui mettent en doute son efficacit&#233;. Des voix qui ne seront pas entendues par les int&#233;ress&#233;s, malgr&#233; la multiplication des enqu&#234;tes convergentes : plus d'un demi-si&#232;cle apr&#232;s, alors que les d&#233;g&#226;ts de la globale et de ses d&#233;riv&#233;es (dites m&#233;thodes mixtes) sont ultra av&#233;r&#233;s, et viennent d'&#234;tre d&#233;finitivement confirm&#233;s par la plus grande enqu&#234;te jamais r&#233;alis&#233;e au plan mondial, seuls 5% des enseignants fran&#231;ais sont revenus &#224; la syllabique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut certes avancer diff&#233;rents &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion susceptibles d'&#233;clairer ce d&#233;calage, qui persiste et perdure de fa&#231;on assez &#233;tonnante, entre les connaissances acad&#233;miques et la pratique des ma&#238;tres dans les classes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, Savoirs acad&#233;miques et culture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La capacit&#233; de r&#233;sistance, la force d'inertie dont t&#233;moigne dans une telle occurrence historique la culture professionnelle enseignante &#233;tablie n'en gardent pas moins un c&#244;t&#233; &#233;nigmatique, constituant un bel objet d'investigation pour les recherches &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point peu explor&#233; est celui des raisons du surgissement m&#234;me de la globale, et de la s&#233;duction massive qu'elle a exerc&#233;e au 20&#232;me si&#232;cle. Son &#233;laboration et sa promotion sont certes le fait des tenants des p&#233;dagogies nouvelles, dans un contexte de transformation du regard social jet&#233; sur l'enfance. Mais encore ? Pourquoi l'int&#233;r&#234;t de ces militants p&#233;dagogiques s'est-il particuli&#232;rement port&#233; sur l'apprentissage de la lecture, et de cette fa&#231;on-l&#224; ? C'est ce questionnement dont s'empare l'ouvrage de Jean-Pierre Terrail, qui propose &#224; son endroit un &#233;clairage in&#233;dit et suggestif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment apprenait-on &#224; lire avant l'&#233;mergence de la globale ? La question se pose bien s&#251;r pour le processus s&#233;culaire d'alphab&#233;tisation des populations occidentales, qui d&#233;marre en France avec la R&#233;forme, au d&#233;but de l'Ancien r&#233;gime, pour s'achever au si&#232;cle dernier. Et qu'en &#233;tait-il encore avant ? Et plus avant encore ? De fil en aiguille, l'interrogation devient incontournable : qu'est-ce que &#171; lire &#187; ? Impossible de se prononcer &#224; cet &#233;gard sans se demander ce qu'il en est des &#233;critures humaines, s'il est vrai qu'il n'y a pas de lecture sans d&#233;codage de ce qui a &#233;t&#233; pr&#233;alablement encod&#233;. C'est dans un chapitre intitul&#233; &lt;i&gt;Ce que la lecture doit &#224; l'&#233;criture&lt;/i&gt; que Terrail rappelle les variations des modes de lecture et des conditions de leur apprentissage au regard des grands types d'&#233;criture con&#231;us et pratiqu&#233;s par l'humanit&#233; depuis cinq mille ans. Ph&#233;nom&#232;ne saillant, sur lequel l'auteur s'arr&#234;te plus longuement : l'invention de l'alphabet vocalique par les anciens Grecs au 8&#232;me si&#232;cle avant notre &#232;re, qui va avoir deux cons&#233;quences d&#233;cisives. D'une part, en permettant de transcrire tous les sons de la langue &#224; l'aide d'un petit nombre de signes, cet alphabet simplifie consid&#233;rablement l'acquisition de la capacit&#233; &#224; d&#233;coder&#8230; au point de la rendre possible au plus grand nombre, au-del&#224; m&#234;me du cercle des hommes libres : les citoyens riches ne recrutent-ils pas des esclaves pour conduire l'apprentissage de la lecture par leurs enfants ? Ainsi, et c'est une seconde cons&#233;quence, d'impact socio-historique majeur : pour la premi&#232;re fois depuis l'invention de l'&#233;criture, plus de deux mill&#233;naires auparavant, l'acc&#232;s &#224; l'&#233;crit n'est plus r&#233;serv&#233; &#224; un cercle &#233;troit et ferm&#233; de lettr&#233;s. La caste des scribes et autres mandarins, qui occupait une place tr&#232;s particuli&#232;re dans le monde social, dispara&#238;t. L'&#233;criture a chang&#233; la lecture, et contribu&#233; par l&#224; &#224; une profonde &#233;volution des rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'alphab&#233;tisation de masse red&#233;marre au 16&#232;me si&#232;cle en Occident, apr&#232;s Gutenberg, sous l'impulsion de la R&#233;forme puis de la Contre-R&#233;forme. Elle a laiss&#233; des traces qui permettent d'en saisir des aspects essentiels, s'agissant notamment de l'&#233;largissement progressif de l'acc&#232;s &#224; l'art de lire, voire d'&#233;crire ; et s'agissant aussi, gr&#226;ce &#224; l'&#233;tude historiographique des manuels utilis&#233;s si&#232;cle apr&#232;s si&#232;cle, des fa&#231;ons de conduire les apprentissages. L'entr&#233;e dans la lecture propos&#233;e dans ces manuels est r&#233;guli&#232;rement centr&#233;e sur l'apprentissage du d&#233;codage alphab&#233;tique (par &#233;pellation et syllabation). Si une &#233;volution sensible de leur d&#233;marche peut &#234;tre enregistr&#233;e au fil du temps &#8211; une la&#239;cisation des contenus donn&#233;s &#224; d&#233;chiffrer, une conduite des apprentissages de plus en plus collective, une organisation plus rationnelle et syst&#233;matique de l'enseignement du d&#233;codage &#8211; d'autres aspects de l'apprentissage restent constants. Et ces caract&#233;ristiques des modes d'alphab&#233;tisation qui perdurent depuis les d&#233;buts de l'Ancien R&#233;gime impr&#232;gnent toujours les Instructions officielles de 1923, les derni&#232;res dans lesquelles le minist&#232;re, tout en reconnaissant l'existence d&#233;sormais d'une proposition alternative, la m&#233;thode globale, persiste &#224; recommander aux ma&#238;tres de s'en tenir &#224; la tradition syllabique, qui a fait ses preuves. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'encontre de ces constantes de longue dur&#233;e, rel&#232;ve Terrail, que s'insurgent les promoteurs de la globale, qui revendiquent un acc&#232;s direct au sens de l'&#233;crit, hors d&#233;codage : et c'est cette prise de position qui va faire le succ&#232;s de leur entreprise, aupr&#232;s des militants d'&#233;ducation nouvelle dans un premier temps, puis de l'encadrement de l'enseignement primaire, et enfin des ma&#238;tres eux-m&#234;mes. L'examen historique met ainsi en &#233;vidence un ressort explicatif tr&#232;s convaincant du surgissement de la m&#233;thode globale et de l'influence qu'elle va rapidement conqu&#233;rir, apr&#232;s des si&#232;cles d'alphab&#233;tisation syllabique : les errements de la p&#233;dagogie de la lecture au 20&#232;me si&#232;cle trouveraient leur source dans les modalit&#233;s de l'apprentissage du d&#233;codage alphab&#233;tique tel qu'il &#233;tait pratiqu&#233; jusque-l&#224;. Or, comme le remarque encore Terrail, ces modalit&#233;s ne sont pas inh&#233;rentes &#224; la m&#233;thode syllabique : on peut tr&#232;s bien centrer l'enseignement de la lecture sur le d&#233;codage alphab&#233;tique sans recourir &#224; ces formes anciennes&#8230; et en r&#233;pondant du m&#234;me coup aux pr&#233;occupations des promoteurs initiaux de la m&#233;thode globale concernant le &#171; lire, c'est comprendre &#187;. C'est l&#224; une seconde th&#232;se avanc&#233;e par l'auteur : il aurait &#233;t&#233; tout &#224; fait possible de faire l'&#233;conomie historique des si nombreuses victimes de ceux qui ont cru pouvoir proposer un apprentissage de type id&#233;ographique &#224; des enfants qui avaient la chance de disposer d'une &#233;criture alphab&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir retrac&#233; la mont&#233;e en puissance &#224; partir des ann&#233;es 1990 des interrogations concernant les m&#233;thodes mixtes, lesquelles mettent de plus en plus l'accent sur le d&#233;codage mais persistent malgr&#233; tout &#224; assumer une part d'h&#233;ritage de la globale, et apr&#232;s avoir examin&#233; les facteurs de ces mises en cause, l'ouvrage d&#233;place pour finir le regard des modes d'apprentissage aux contenus donn&#233;s &#224; lire. Au plan des connaissances scientifiques, l'efficience sup&#233;rieure de l'apprentissage syllabique est d&#233;sormais solidement &#233;tablie, et le d&#233;bat peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme clos. Le temps qui s'av&#232;rera n&#233;cessaire &#224; la mise en coh&#233;rence de la conduite effective des apprentissages reste, lui, tr&#232;s incertain. Mais le champ ainsi ouvert &#224; la transformation des pratiques d'enseignement est propice &#224; l'&#233;mergence d'un nouveau questionnement p&#233;dagogique. L'auteur fait remarquer combien la diffusion des principes de la m&#233;thode globale, et notamment la &#171; lecture devinette &#187; (l'&#233;l&#232;ve devant d&#233;couvrir le sens d'un mot qu'il est incapable de d&#233;chiffrer en s'appuyant sur le contexte de l'&#233;nonc&#233; ou sur l'illustration propos&#233;e en regard), a pu peser pour limiter drastiquement la richesse des supports lexicaux et textuels de l'apprentissage. On ne peut en effet deviner que des mots d&#233;j&#224; connus, c'est l&#224; une raison imp&#233;rative pour s'en tenir, comme le recommandent les pr&#233;conisations p&#233;dagogiques respect&#233;es par la plupart des &#233;diteurs de manuels, &#224; un lexique suppos&#233; d&#233;j&#224; familier pour tout enfant de six ans. De fait, les supports ordinaires de l'apprentissage dans notre syst&#232;me &#233;ducatif sont d'une pauvret&#233; de sens insigne : si &#171; lire, c'est comprendre &#187;, ces supports se pr&#234;tent tr&#232;s mal &#224; l'exercice, tant est peu perceptible la r&#233;sistance que leur platitude, leur transparence, pourraient offrir &#224; l'effort de compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'adoption de la syllabique invite &#224; s'&#233;manciper d'un enfermement langagier aussi drastique et infantilisant. D&#233;coder plut&#244;t que deviner permet en effet de tout d&#233;chiffrer, mots connus et mots encore inconnus dont on va d&#233;couvrir le sens. &#192; un &#226;ge o&#249; l'on est capable de s'approprier tant de mots nouveaux chaque jour, une telle &#233;mancipation peut avoir un puissant effet d&#233;mocratisant, en permettant aux enfants issus des familles les moins lettr&#233;es d'acc&#233;der &#224; une richesse langagi&#232;re et litt&#233;raire que seule l'&#233;cole peut mettre &#224; leur disposition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;&#192; Paris et &#224; New York : comment am&#233;liorer l'apprentissage de la lecture ? Un entretien avec J&#233;r&#244;me Deauvieau&lt;/i&gt;, 2024, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article358&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article358&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Petite histoire de la lecture et de son enseignement&lt;/i&gt;, &#201;ditions Le Bord de l'eau, Bordeaux, 2025, 12 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, &lt;i&gt;L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de la lecture. Une enqu&#234;te sur le cas fran&#231;ais&lt;/i&gt;, recherche men&#233;e en partenariat ENS/DEPP, Centre Maurice Halbwachs, Paris, 2024, p. 53 (&lt;a href=&#034;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-lecture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-lecture&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Savoirs acad&#233;miques et culture enseignante. Un cas d'&#233;cole : la guerre des m&#233;thodes de lecture&lt;/i&gt;, GRDS, 2022, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328#nb8&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328#nb8&lt;/a&gt;. Voir aussi les observations de Paul Gioia, &lt;i&gt;Apprentissage de la lecture et in&#233;galit&#233;s scolaires en France&lt;/i&gt;, Th&#232;se pour le doctorat de sociologie, Universit&#233; PSL, Paris, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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