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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>La Maternelle &#224; la fran&#231;aise</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane Vaquero</dc:creator>



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&lt;p&gt;Petite histoire de la maternelle : L'ouvrage, tir&#233; d'une th&#232;se soutenue par Fabienne Montmasson-Michel &#224; l'Universit&#233; de Poitiers en 2018, mobilise les outils de la sociologie et de la sociohistoire pour montrer comment progressivement, depuis le XIX&#176; si&#232;cle, l'&#233;cole maternelle s'est institu&#233;e pour fa&#231;onner le &#171; jeune enfant langagier &#187; (p. 13). La structure de l'ouvrage participe &#224; la force et &#224; l'originalit&#233; du propos : la seconde partie se concentre sur une histoire de l'&#233;cole maternelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L94xH150/arton376-38ca6.png?1790689035' class='spip_logo spip_logo_right' width='94' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Petite histoire de la maternelle&lt;/i&gt; : L'ouvrage, tir&#233; d'une th&#232;se soutenue par Fabienne Montmasson-Michel &#224; l'Universit&#233; de Poitiers en 2018, mobilise les outils de la sociologie et de la sociohistoire pour montrer comment progressivement, depuis le XIX&#176; si&#232;cle, l'&#233;cole maternelle s'est institu&#233;e pour fa&#231;onner le &#171; jeune enfant langagier &#187; (p. 13)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fabienne Montmasson-Michel, Petite histoire de la maternelle, La Dispute, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La structure de l'ouvrage participe &#224; la force et &#224; l'originalit&#233; du propos : la seconde partie se concentre sur une histoire de l'&#233;cole maternelle en tant qu'institution, tandis que la premi&#232;re fixe les cadres intellectuels, scientifiques et militants qui permettent de comprendre comment l'&#233;cole maternelle s'est progressivement constitu&#233;e en &#171; &#233;cole du langage &#187; durant les XIX&#176; et XX&#176; si&#232;cles. L'ouvrage permet ainsi de comprendre comment des discours scientifiques ou militants se &#171; durcissent &#187; dans des institutions et comment, au sein de ces institutions, ils deviennent des pratiques fa&#231;onnant d&#232;s l'enfance, par toute une s&#233;rie d'investissements mat&#233;riels, symboliques et temporels, de processus d'int&#233;riorisation de l'autocontrainte, les mani&#232;res de penser et de parler. En sociologue, l'autrice place les rapports sociaux de classe et genre au centre (p. 12), qu'il s'agisse d'analyser l'imposition des mod&#232;les p&#233;dagogiques de l'&#233;cole maternelle ou la mani&#232;re dont les apprentissages peuvent diff&#233;rencier socialement les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois temps qui structurent la premi&#232;re partie (&#171; Cultiver la petite enfance &#187;) montrent la gen&#232;se historique du souci philanthropique puis &#233;tatique de l'enfance. En mobilisant les travaux d'historien&#183;nes de l'enfance, le premier chapitre s'attache &#224; montrer comment, depuis les Lumi&#232;res et surtout au XIX&#176; si&#232;cle, le souci de la pr&#233;servation corporelle des enfants a pos&#233; les pr&#233;mices de trois dimensions essentielles dans la constitution des &#233;coles maternelles : des discours hygi&#233;nistes, sur le lavage et l'alimentation notamment ; des institutions d'encadrement de l'enfance par la cr&#233;ation des salles d'asiles par les philanthropes des ann&#233;es 1820 puis la cr&#233;ation de la Protection Maternelle Infantile (PMI) en 1945 ; enfin un groupe social constitu&#233; de femmes bourgeoises et progressistes visant &#224; promouvoir les bonnes pratiques de maternage aupr&#232;s en particulier des m&#232;res de classes populaires. Concernant d'abord la question de la pr&#233;servation corporelle des enfants, le premier chapitre rappelle que, bien loin des discours actuels sur l'injonction &#224; la libert&#233;, au bien-&#234;tre et au d&#233;veloppement personnel omnipr&#233;sents dans les discours sur les pratiques p&#233;dagogiques &#224; l'&#233;cole maternelle, cette derni&#232;re s'est d&#233;velopp&#233;e dans un souci de contr&#244;le des corps dont l'Etat s'est progressivement arrog&#233; le monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second chapitre montre comment se produit, de la seconde moiti&#233; du XIX&#176; si&#232;cle &#224; l'apr&#232;s-Guerre, une extension du souci de la pr&#233;servation des enfants vers le souci de leur d&#233;veloppement. L'ambivalence de ce processus, entre vis&#233;e hygi&#233;niste et vis&#233;e expressive, est &#224; l'origine de la constitution des &#233;coles maternelles et de la mani&#232;re dont elles font entrer les enfants dans le langage et dans les apprentissages. L'originalit&#233; et l'int&#233;r&#234;t de ce chapitre est de fournir une grille de lecture des diff&#233;rentes approches du point de vue de leurs finalit&#233;s (entre compr&#233;hension et prescription de pratiques), du point de vue de la perception du social (n&#233;gation ou prise en compte de l'enfant comme &#234;tre social et socialis&#233;) mais aussi du point de vue des rapports de genre pr&#233;sents dans la production des discours, entre une approche f&#233;minine-domestique et une approche masculine-scientifique. Cette division genr&#233;e se retrouve dans la production du discours portant sur les finalit&#233;s de l'&#233;cole maternelle : psychologie diff&#233;rentielle (Binet) mettant l'accent sur le classement selon des capacit&#233;s pr&#233;tendument individuelles, lecture naturaliste du d&#233;veloppement (Piaget) d'un c&#244;t&#233; ; lecture maternaliste mettant l'accent sur &#171; l'attention aux autres, la maternit&#233;, les savoirs domestiques, l'expression verbale et la pratique de l'&#233;crit &#187; (p. 29) de l'autre. Sous la III&#176; R&#233;publique, l'Etat est tr&#232;s attentif au discours du courant maternaliste. Il trouve dans cette &#171; expertise sp&#233;cifique de genre &#187; (maternit&#233;, foyer domestique, aide sociale aux plus d&#233;munis, petite enfance, &#233;ducation) un moyen de mener la bataille d'influence qu'il m&#232;ne avec l'&#201;glise sur le terrain de l'&#233;ducation et de la morale. Pour les femmes appartenant &#224; ce courant maternaliste, l'audience acquise aupr&#232;s des inspecteurs et ministres de l'instruction publique est une mani&#232;re de diffuser dans les programmes et dans les instructions officielles &#171; leur connaissance concr&#232;te et ethnocentrique des enfants de leurs milieux, et, quand elles en ont, de leurs propres enfants et petits-enfants &#187; (p. 35). Pauline Kergomard, inspectrice g&#233;n&#233;rale, est une figure de ces femmes influentes dans la constitution des piliers de l'&#233;cole maternelle &#224; la fin du XIX&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cadre intellectuel et militant &#233;tant pos&#233;, le troisi&#232;me chapitre 3 s'attache &#224; montrer comment les savoirs p&#233;dagogiques, psychanalytiques et plus r&#233;cemment neuroscientifiques &#171; fa&#231;onnent des dispositions morales et cognitives diff&#233;renci&#233;es &#187; (p. 49). Il met d'abord l'accent sur la diffusion des m&#233;thodes p&#233;dagogiques fond&#233;es sur la socialisation &#224; l'autocontrainte en rappelant que les p&#233;dagogies &#171; de l'autonomie et de la libert&#233; &#187;, &#224; commencer par la p&#233;dagogie montessorienne, &#171; n'en est pas moins une p&#233;dagogie du contr&#244;le &#187; (p. 46). L'apr&#232;s-68 s'inscrit dans la continuit&#233; du processus engag&#233; fin XIX&#176; si&#232;cle : la contrainte sur la pr&#233;servation des corps des enfants se rel&#226;che mais celle portant sur le contr&#244;le de la psych&#233; s'accentue, avec des modalit&#233;s d'imposition de normes morales et cognitives plus ou moins contraignantes selon les classes et fractions de classes auxquelles elles s'adressent (p. 49). La psychologie positive participe &#224; la diffusion de l'id&#233;al d'un enfant autonome, coop&#233;ratif et expressif, matrice structurante des p&#233;dagogies au sein des &#233;coles maternelles, occultant cependant le fait que cette apparente pacification des rapports entre enfants euph&#233;mise la violence symbolique ainsi produite, celle de la domination du &#171; jeune enfant langagier autonome &#187; (p. 52). Ces p&#233;dagogies ne s'imposent toutefois jamais sans une assise mat&#233;rielle et symbolique, et c'est ce que rappelle le second point du chapitre. Il montre que la culture enfantine se diffuse par trois dimensions mat&#233;rielles : des espaces domestiques, publics et scolaires d&#233;di&#233;s, des jouets et jeux et des livres pour enfants (p. 54). En guise de conclusion de la premi&#232;re partie de l'ouvrage, le dernier point du chapitre montre l'importance prise, depuis les ann&#233;es 1970, par l'id&#233;e selon laquelle les enfants sont porteurs d'un &#171; potentiel &#187; et d'une singularit&#233; qu'il s'agit de pr&#233;server et de d&#233;velopper. La notion de plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale, qui se diffuse &#224; partir des ann&#233;es 1980, l&#233;gitime l'id&#233;e selon laquelle chaque enfant est &#171; &#224; la fois vuln&#233;rable et d&#233;tenteur d'un potentiel &#224; r&#233;v&#233;ler &#187; (p. 67). Deux visions se confrontent alors : celle, port&#233;e par la psychanalyse, d'un &#171; enfant expressif &#187; qui se d&#233;veloppe par l'acc&#232;s au langage r&#233;flexif et celle, port&#233;e par les neurosciences, d'un &#171; enfant acteur &#187; qu'il faut entra&#238;ner par le biais d'exercices r&#233;p&#233;t&#233;s et calibr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour retracer l'histoire de la scolarisation de la petite enfance, Fabienne Montmasson-Michel s'appuie sur un important corpus documentaire : des archives photographiques, des ouvrages sur le langage des jeunes enfants, des programmes scolaires mais aussi des articles du &lt;i&gt;Caf&#233; p&#233;dagogique&lt;/i&gt;. L'objectif de la seconde partie est de reconstituer l'histoire sociale et institutionnelle de la scolarisation de la petite enfance et, ce faisant, de la construction des cadres sociaux et cognitifs de l'apprentissage scolaire du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire sociale et institutionnelle prend ses racines dans la cr&#233;ation des premi&#232;res salles d'asiles par Jean Denys Marie Cochin &#224; partir des ann&#233;es 1830. Elles sont pens&#233;es comme des lieux dans lesquels la mise en forme scolaire de la petite enfance prend progressivement forme, dans un premier temps dans un souci d'&#171; ordonnancement des corps &#187; (p. 82). Ce quatri&#232;me chapitre montre avec force d&#233;tails comment, &#224; grands renforts de chants, d'ordres qui s'apparentent &#224; des ordres militaires (&#171; &#171; Au temps ! &#187;, &#171; Marquez le pas ! &#187;, &#171; Halte ! &#187;, &#171; Front ! &#187;, etc. &#187; (p. 82), la m&#233;thode de ces salles d'asiles est &#171; suppos&#233;e faire apprendre &#224; ob&#233;ir dans la joie et pr&#233;parer [les enfants] en douceur aux quelques ann&#233;es d'&#233;cole primaire qui pr&#233;c&#233;deront leur mise au travail productif &#187; (p. 84). Pour les femmes, des inspectrices et directrices, souvent issues de la bourgeoisies et proches du courant maternaliste, aux femmes de service, issues de classes populaires, la diffusion des salles d'asiles constitue une rare opportunit&#233; d'acqu&#233;rir une autonomie financi&#232;re, professionnelle et parfois symbolique (p. 87). Certaines d'entre elles, &#224; l'image de Marie-Pape Carpentier, mettent &#224; profit leur exp&#233;rience p&#233;dagogique pour d&#233;velopper des pratiques proches des m&#233;thodes actives simultan&#233;ment d&#233;velopp&#233;es &#224; l'&#233;cole primaire et commencent &#224; organiser l'apprentissage du langage &#171; afin de pr&#233;ciser leur pens&#233;e, stabiliser leur m&#233;moire et saisir les notions abstraites &#187; (p. 93) et ce en s'appuyant sur l'observation des pratiques langagi&#232;res des enfants massivement issus des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation des &#233;coles maternelles et leur int&#233;gration au sein de l'ordre primaire en 1881 participe pleinement, comme le montre le cinqui&#232;me chapitre, au projet r&#233;publicain de scolarisation o&#249; &#171; les enfants comprennent ce qu'ils apprennent et adh&#232;rent par la raison &#224; la morale r&#233;publicaine &#187; (p. 96). Le maternalisme continue &#224; exercer une forte influence dans l'&#233;laboration des programmes et m&#233;thodes p&#233;dagogiques &#171; dans des perspectives d'&#233;ducations bourgeoises &#187; (p. 97) cherchant &#224; rompre avec la &#171; tonalit&#233; disciplinaire et religieuse &#187; (p. 99) des salles d'asiles. Pauline Kergomard exerce &#224; ce titre une influence majeure et durable aupr&#232;s du minist&#232;re de l'instruction publique au moment d&#233;terminant de la constitution l&#233;gislative des &#233;coles maternelles (1881-1887 notamment). Le r&#244;le jou&#233; par cette inspectrice g&#233;n&#233;rale, r&#233;publicaine et appartenant au p&#244;le culturel de la bourgeoisie (l'ouvrage comporte une biographie tr&#232;s &#233;clairante, p. 101), est d&#233;terminant dans la mani&#232;re dont l'&#233;cole maternelle s'organise concr&#232;tement dans les salles de classes, dans le d&#233;coupage du temps en activit&#233;s ludiques visant &#224; d&#233;velopper l'individualit&#233;, contre les pratiques h&#233;rit&#233;es des salles d'asiles. Mais ces lib&#233;ralit&#233;s assum&#233;es s'accompagnent &#233;galement de pratiques p&#233;dagogiques d'apprentissage du langage socialement situ&#233;es mais aussi inscrites dans une &#171; temporalit&#233; inspir&#233;e des pratiques des familles bourgeoises o&#249; l'apprentissage commen&#231;ait d&#232;s quatre ou cinq ans &#187; (p. 110). Pour Fabienne Montmasson-Michel, &#171; ces vis&#233;es lectorales et cette p&#233;dagogie de l'oral pr&#233;supposent un enfant &#224; l'image de celui de son milieu, la bourgeoisie cultiv&#233;e &#187; et &#171; pr&#233;figure les socialisations langagi&#232;res des groupes sociaux dominants du monde occidental et familiers de la culture scolaire, d&#233;crits &#224; partir des ann&#233;es 1970 &#187; (p. 111).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse sociohistorique des pratiques p&#233;dagogiques, inscrite dans les rapports sociaux de classe et de genre, constitue un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant dans le raisonnement men&#233; par la sociologue. Elle montre que la diffusion de pratiques p&#233;dagogiques visant &#224; s'extraire des logiques de contr&#244;le et d'ob&#233;issance des corps, ici h&#233;rit&#233;es des salles d'asiles, la valorisation de la dimension expressive et ludique des apprentissages, s'inscrivent dans des histoires militantes progressistes, soucieuses la plupart du temps de faire entrer les enfants de classes populaires dans les apprentissages. N&#233;anmoins ces p&#233;dagogies sont structur&#233;es &#224; l'image des attendus de ces enseignant&#183;es et militant&#183;es form&#233;&#183;es et socialis&#233;&#183;es dans les fractions dominantes de l'espace social (alors m&#234;me que les institutrices de maternelle, d&#233;but XX&#176; si&#232;cle, &#171; proviennent majoritairement des classes populaires [&#8230;] et des petites classes moyennes &#187; (p. 121)). Les processus de domination qui en d&#233;coulent sont d'autant plus efficaces qu'ils sont invisibilis&#233;s par l'apparent bon sens de ces pratiques : d&#233;velopper l'individualit&#233; et l'expressivit&#233; est &#233;videmment jug&#233; pr&#233;f&#233;rable au fait de contr&#244;ler et contraindre les corps et les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre se conclut en montrant comment, au d&#233;but du XX&#176; si&#232;cle, en particulier au tournant de 1921 (d&#233;cret alignant les statuts des institutrices d'&#233;coles maternelles sur les personnels du primaire, cr&#233;ation de l'AGIEM (Association g&#233;n&#233;rale des institutrices des &#233;coles maternelles et des classes enfantines publiques)), ce corps professionnel f&#233;minin se structure progressivement, en qu&#234;te de l&#233;gitimit&#233; entre l'h&#233;ritage des salles d'asiles et les &#233;coles primaires bien plus masculines, mais aussi dans un contexte structurel de manque de moyens mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc en ayant bien en t&#234;te la sociogen&#232;se l'&#233;cole maternelle depuis la cr&#233;ation des salles d'asiles au XIX&#176; si&#232;cle que l'on aborde le sixi&#232;me et dernier chapitre et les enjeux contemporains de l'institution, l'&#233;volution de ses finalit&#233;s dans le contexte d'une &#233;cole massifi&#233;e. Fabienne Montmasson-Michel distingue tout d'abord deux &#171; &#226;ges &#187; de l'&#233;cole maternelle : jusqu'aux ann&#233;es 1970, l'institution acquiert une forme d'autonomie symbolique au sein de l'&#233;cole massifi&#233;e, &#224; la fois en termes de finalit&#233;s et en termes de mod&#232;le p&#233;dagogique fond&#233; sur l'expressivit&#233; et sur le langage et l'&#233;ducation culturelle pr&#233;coce (p. 131). Durant cet &#171; &#226;ge d'or &#187;, ce sont surtout les savoirs psychanalytiques et l'expression artistique qui se diffusent dans les programmes et les pratiques &#224; l'&#233;cole maternelle et c'est par ce biais que les apprentissages sont orient&#233;s vers le mod&#232;le expressif centr&#233; sur le langage (p. 144). L&#224; encore, le d&#233;tour par la description de quelques personnalit&#233;s influentes, comme ici l'inspectrice et chercheuse Germaine Tortel (p. 145) permet de mieux comprendre la sociogen&#232;se des savoirs et des pratiques p&#233;dagogiques et de comprendre comment, &#224; travers cette valorisation de l'expression artistique et langagi&#232;re, se reproduit une forme d'id&#233;ologie du don et &#171; impose un arbitraire culturel g&#233;n&#233;rateur de violence symbolique &#187; (p. 147).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais progressivement l'&#233;cole maternelle voit sa sp&#233;cificit&#233; remise en cause et &#224; partir des ann&#233;es 1970. L'autrice parle alors d'un &#171; &#226;ge de l'int&#233;gration scolaire &#187; : l'&#233;cole maternelle est pens&#233;e comme un &#171; rouage du premier degr&#233; &#187; visant &#224; lutter contre l'&#233;chec scolaire en pr&#233;parant l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite. Une figure influente de ce virage est Laurence Lentin. Cette linguiste et ma&#238;tresse de conf&#233;rences &#224; l'IUFM de Versailles a particip&#233;, dans les ann&#233;es 1990, &#224; la transformation du rapport au langage et &#224; l'&#233;crit &#224; l'&#233;cole maternelle en &#171; d&#233;finissant un langage scolaire d'embl&#233;e r&#233;flexif, structur&#233; par ses dimensions &#171; m&#233;ta &#187; : m&#233;talangagi&#232;re, m&#233;talinguistique, m&#233;tadiscursive et m&#233;tacognitive &#187; (p. 155), ent&#233;rinant ainsi une approche de l'entr&#233;e dans l'&#233;crit favorisant les enfants des familles les plus proches de la culture scolaire. A partir des ann&#233;es 2000, cette &#171; mont&#233;e des attentes scolaires dans un contexte n&#233;olib&#233;ral &#187; produit une situation paradoxale o&#249; les familles de classes populaires adoptent massivement les codes de l'&#233;cole maternelle alors m&#234;me que les exigences cognitives de l'institution accroissent les in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; embourgeoisement &#187; du recrutement social des enseignant&#183;es (p. 132), la r&#233;duction des effectifs par classe et la hausse des moyens rendant possible la r&#233;organisation des espaces scolaires, l'achat de mat&#233;riel et de mobilier p&#233;dagogique, accompagnent des normes p&#233;dagogiques mettant l'accent sur les activit&#233;s dites &#171; libres &#187;, sur les approches th&#233;matiques des activit&#233;s, sur les exercices individualis&#233;s et auto-prescrits. Cette &#171; norme tacite du &#8220;bon comportement&#8221; (silence et immobilit&#233; relatifs, absence de violence physique, participation volontaire aux activit&#233;s) se traduit par la sanction des contrevenants moins ajust&#233;s &#224; ces normes, plus souvent issus des classes populaires &#187; (p. 139). Le chapitre rev&#234;t ainsi un int&#233;r&#234;t sociologique majeur : celui de faire le lien entre le recrutement social des enseignant&#183;es de maternelles, l'analyse de leurs trajectoires et de leur influence au sein de l'institution d'une part, et d'autre part les transformations curriculaires visant &#224; promouvoir une organisation des activit&#233;s d'apprentissages par th&#233;matiques, par ateliers, le tout en montrant comment cette organisation des apprentissages valorise les dispositions des enfants de classes moyennes et sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour clore cette analyse sociologique des &#233;coles maternelles, Fabienne Montmasson-Michel montre comment, des ann&#233;es 1970 aux ann&#233;es 1980, la fragmentation des r&#244;les &#233;ducatifs au sein des &#233;coles maternelles mod&#232;le les savoirs et leurs modalit&#233;s de transmission avec l'int&#233;gration progressive des &#171; employ&#233;es communales &#187;, qui deviennent des agents territoriaux sp&#233;cialis&#233;s des &#233;coles maternelles (ATSEM) en 1989, au sein du travail &#233;ducatif. La sociologue montre comment le travail invisible men&#233; au quotidien par ces femmes majoritairement issues des classes populaires joue &#171; un r&#244;le indispensable dans l'acculturation scolaire des enfants, ceux des classes populaires et tous les autres, [par] un guidage ajust&#233; &#224; l'autonomie des enfants, une attention explicite aux aspects formels de l'oral scolaire et une entr&#233;e dans l'&#233;crit par sa mat&#233;rialit&#233; graphique, alphab&#233;tique et lectorale &#187; (p. 162).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tude sociologique de l'&#233;cole maternelle se conclut par une mise en perspective de deux programmes politiquement oppos&#233;s, celui de 2008, port&#233; par le ministre de l'Education Xavier Darcos, et celui de 2015, port&#233; par Vincent Peillon. La mani&#232;re dont Fabienne Montmasson-Michel lit les controverses entre ces deux programmes donne &#224; voir les tensions et contradictions politiques plus globales qui traversent les politiques &#233;ducatives dans les soci&#233;t&#233;s fortement scolaris&#233;es. Elle montre que le &#171; programme 2008 &#187; est critiqu&#233; pour sa &#171; primarisation &#187;, l'&#233;cole maternelle &#233;tant alors appr&#233;hend&#233;e comme une pr&#233;paration aux apprentissages de la lecture et de l'&#233;criture. Le programme de 2015 s'inscrit, en apparence, &#224; rebours de cet usage de l'&#233;cole maternelle comme une prop&#233;deutique &#224; l'enseignement long : au contraire, la dimension expressive et ludique est mise en avant, rappelant les traits de l'&#171; &#226;ge d'or &#187; des &#233;coles maternelles des ann&#233;es 1970. Mais cette autonomie p&#233;dagogique n'est qu'apparente : pour la sociologue, ce recours au ludique et &#224; l'expressif traduit en r&#233;alit&#233; des attendus vis-&#224;-vis de la part des &#233;l&#232;ves et des familles concernant l'acquisition de dispositions &#224; la secondarisation, l'entr&#233;e dans un rapport abstrait, conceptuel et surtout trop implicite &#224; la culture &#233;crite. Cette approche se trouve &#234;tre d&#233;favorable aux &#233;l&#232;ves issus de classes populaires et, ce faisant, accro&#238;t les in&#233;galit&#233;s sociales face aux apprentissages alors m&#234;me qu'une part toujours croissante des familles de classes adh&#232;rent &#224; &#171; l'id&#233;e que les enfants apprennent en jouant [et] les socialisent dans une culture du divertissement [&#8230;] et de la petite enfance scolaire &#187; (p. 164).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;Petite histoire de la maternelle&lt;/i&gt; est ainsi &#224; la fois bien plus qu'une petite histoire, dans le sens o&#249; elle ancre l'histoire de cette institution dans le temps long de la scolarisation de masse des soci&#233;t&#233;s contemporaines et surtout elle le fait en ancrant syst&#233;matiquement les faits historiques dans une analyse en termes de rapports sociaux de classe et de genre. Mais elle est aussi bien plus qu'une histoire de la maternelle : &#224; travers la sociohistoire de cette institution scolaire, ce sont en r&#233;alit&#233; les enjeux sociocognitifs de l'&#233;cole contemporaine qui sont abord&#233;s : transformations curriculaires, malentendus sociocognitifs et effets de la litt&#233;racie &#233;tendue sur les in&#233;galit&#233;s sociales mais aussi rapports au travail au sein de l'&#233;cole constituent la matrice de cette analyse sociohistorique qui s'adresse aux enseignant&#183;es, aux chercheur&#183;euses et aux &#233;tudiant&#183;es en sociologie, en sciences de l'&#233;ducation mais aussi, il faut le pr&#233;ciser puisque les apports critiques y sont pr&#233;cieux, en psychologie de l'&#233;ducation puisque de nombreuses incises permettent de situer la place de la psychologie et des neurosciences dans la l&#233;gitimation du discours et des pratiques au sein de cette institution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fabienne Montmasson-Michel, &lt;i&gt;Petite histoire de la maternelle&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'Enjeu scolaire, Paris, 2025, 16 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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