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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
Contact : gr-ds@orange.fr.
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Et sur Instagram : www.instagram.com/democratisation_scolaire/</description>
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>L'exigence intellectuelle au quotidien en REP </title>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nicolas Kaczmarek est professeur d'histoire et g&#233;ographie dans un coll&#232;ge tr&#232;s populaire, class&#233; REP , des Yvelines. C'est l'un des principaux animateurs du GRDS. Quand j'ai lu ses premi&#232;res contributions au site de notre association, ses r&#233;flexions n&#233;es de sa pratique p&#233;dagogique m'ont d'embl&#233;e paru particuli&#232;rement originales et pertinentes, m'inspirant deux observations. Bien qu'ayant moi-m&#234;me enseign&#233; une autre discipline et dans un cadre tr&#232;s diff&#233;rent, celui de l'universit&#233;, j'ai eu le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique34" rel="directory"&gt;M&#233;tier enseignant&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L93xH150/arton377-797c3.png?1790689035' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nicolas Kaczmarek est professeur d'histoire et g&#233;ographie dans un coll&#232;ge tr&#232;s populaire, class&#233; REP , des Yvelines. C'est l'un des principaux animateurs du GRDS. Quand j'ai lu ses premi&#232;res contributions au site de notre association, ses r&#233;flexions n&#233;es de sa pratique p&#233;dagogique m'ont d'embl&#233;e paru particuli&#232;rement originales et pertinentes, m'inspirant deux observations. Bien qu'ayant moi-m&#234;me enseign&#233; une autre discipline et dans un cadre tr&#232;s diff&#233;rent, celui de l'universit&#233;, j'ai eu le sentiment qu'avoir alors connu sa d&#233;marche professionnelle m'aurait permis d'am&#233;liorer sensiblement ma propre fa&#231;on de conduire les apprentissages de mes &#233;tudiants. Et je me suis aussi fait cette remarque : sa pratique d'enseignant ne pouvait que rendre ses &#233;l&#232;ves significativement plus intelligents, au point d'&#244;ter aux plus soucieux des parents tout motif de chercher &#224; fuir un coll&#232;ge aussi populaire en contournant la carte scolaire ou en choisissant l'enseignement priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas publie aujourd'hui, dans la collection &#034;L'enjeu scolaire&#034; de La Dispute, un ouvrage, &lt;i&gt;Manuel contre la mise en &#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, dans lequel il d&#233;crit pr&#233;cis&#233;ment la fa&#231;on dont il guide les apprentissages de ses &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicolas Kaczmarek, Manuel contre la mise en &#233;chec scolaire, La Dispute, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deux principes animent sa pratique. T&#233;moigner d'une part son respect &#224; ses &#233;l&#232;ves (qui le lui rendent bien) en &#233;tant aussi exigeant avec eux qu'il le serait avec des h&#233;ritiers inscrits dans les &#233;tablissements de l'&#233;lite &#8211; en assumant ainsi de contredire l'apparent bon sens qui voudrait que de ceux qui ont moins de ressources on ne puisse attendre que de moindres performances. Et d'autre part se comporter &#224; l'&#233;gard de ses &#233;l&#232;ves comme un &#171; alli&#233; dans la place &#187; au moins autant que comme un juge, en &#233;tant &#224; chaque seconde attentif &#224; mettre &#224; leur disposition les moyens de r&#233;pondre &#224; l'exigence ; ainsi qu'en transformant les &#233;valuations en autant de moments de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons plus pr&#233;cis&#233;ment sur cet ouvrage. Il nous paraissait important de signaler sans attendre sa parution en librairie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicolas Kaczmarek, &lt;i&gt;Manuel contre la mise en &#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'enjeu scolaire, Paris, 6 mai 2026, 15 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mais pourquoi donc le niveau des &#233;l&#232;ves baisse-t-il ?</title>
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		<dc:date>2026-02-24T17:39:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il est des &#233;volutions et des ph&#233;nom&#232;nes dont la prise de conscience sociale peine longtemps &#224; advenir alors m&#234;me qu'ils sont clairement document&#233;s par la statistique publique. C'est le cas, particuli&#232;rement notable, de la faible efficience p&#233;dagogique des formes d'enseignement de la lecture influenc&#233;es par la m&#233;thode globale. Assum&#233; et l&#233;gitim&#233; par le minist&#232;re depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970, le rejet de la syllabique a &#233;t&#233; tel que celle-ci, seule d&#233;marche pertinente pourtant dans le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Controverses p&#233;dagogiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L129xH150/arton373-1547c.png?1790689035' class='spip_logo spip_logo_right' width='129' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est des &#233;volutions et des ph&#233;nom&#232;nes dont la prise de conscience sociale peine longtemps &#224; advenir alors m&#234;me qu'ils sont clairement document&#233;s par la statistique publique. C'est le cas, particuli&#232;rement notable, de la faible efficience p&#233;dagogique des formes d'enseignement de la lecture influenc&#233;es par la m&#233;thode globale. Assum&#233; et l&#233;gitim&#233; par le minist&#232;re depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970, le rejet de la syllabique a &#233;t&#233; tel que celle-ci, seule d&#233;marche pertinente pourtant dans le contexte d'une &#233;criture alphab&#233;tique, n'est encore aujourd'hui adopt&#233;e que par 5% des enseignants. On peut comprendre ce qu'a pu &#234;tre, &#224; un moment donn&#233; de l'histoire, la puissance de s&#233;duction de la globale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Jean-Pierre Terrail, Petite histoire de la lecture et de son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais que celle-ci garde son &#233;clat depuis plus d'un demi-si&#232;cle, quand dans le m&#234;me temps les objectifs du minist&#232;re lui-m&#234;me en mati&#232;re d'apprentissage de la lecture restent toujours aussi inatteignables, et que la ma&#238;trise de la langue &#233;crite ne cesse de se d&#233;grader parmi les jeunes g&#233;n&#233;rations, voil&#224; qui est quand m&#234;me tr&#232;s frappant. Face aux convictions p&#233;dagogiques les plus passionn&#233;es, les donn&#233;es chiffr&#233;es (largement disponibles) qui t&#233;moignent de leur inefficience s'av&#232;rent ainsi de peu. Faudrait-il convenir avec le math&#233;maticien C&#233;dric Villani que l'homme &#171; est la seule cr&#233;ature capable de d&#233;ployer des tr&#233;sors d'abstraction, pour &#224; la fin n'en pas tenir compte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Humanit&#233; du 27-1-2026.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La baisse du niveau : une vraie question&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La baisse du niveau des &#233;l&#232;ves illustre elle aussi ce ph&#233;nom&#232;ne de prise de conscience fortement diff&#233;r&#233;e d'un processus dont la comptabilit&#233; sociale avait enregistr&#233; la trace bien plus t&#244;t. On peut en effet en identifier l'amorce dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1980 : entre 1987 et 1997, mesur&#233;s &#224; la sortie du primaire, les performances des &#233;l&#232;ves stagnent en fran&#231;ais et baissent en maths. Au long des quatre derni&#232;res d&#233;cennie, l'affaissement des acquisitions cognitives n'aura d&#232;s lors plus de cesse. Cet affaissement est spectaculaire : en calcul, sur les m&#234;mes &#233;preuves, les performances des &#233;l&#232;ves de CM2 de 2017 sont pour la plupart inf&#233;rieures au score moyen de leurs a&#238;n&#233;s interrog&#233;s en 1987. Et ces performances connaissent aussi une baisse tout aussi massive en orthographe, syntaxe, compr&#233;hension de l'&#233;crit. Les parcours du coll&#232;ge &#224; l'enseignement sup&#233;rieur d&#233;pendant moins de l'origine sociale que de la fa&#231;on dont s'est d&#233;roul&#233;e la scolarit&#233; &#233;l&#233;mentaire, c'est &#224; tous les niveaux du cursus que se r&#233;percute cette r&#233;gression des acquis initiaux, qui affecte tous les milieux sociaux, m&#234;me si elle est plus marqu&#233;e encore pour les &#233;l&#232;ves d'origine populaire. Pourtant clairement identifi&#233; par les donn&#233;es publi&#233;es par la DEPP (service d'&#233;tudes statistiques du minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale), comme par toutes les enqu&#234;tes internationales, au premier chef desquelles l'enqu&#234;te PISA, le ph&#233;nom&#232;ne reste longtemps invisibilis&#233; par la tendance contraire, et profond&#233;ment paradoxale, &#224; l'inflation (elle aussi tr&#232;s spectaculaire) du nombre de dipl&#244;m&#233;s de l'enseignement secondaire et du sup&#233;rieur : il suffit de rappeler &#224; cet &#233;gard que dans les m&#234;mes quatre d&#233;cennies, entre 1985 et 2025, la proportion de bacheliers est pass&#233;e de 35 &#224; plus de 80%&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce site Jean-Pierre Terrail, La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes quelques chercheurs ont &#233;t&#233; alert&#233;s par les donn&#233;es concernant la baisse des performances cognitives, et s'en sont &#233;mus. Christian Baudelot et Roger Establet avaient publi&#233; leur ouvrage &#171; Le niveau monte &#187;, qui connut un succ&#232;s retentissant, en 1989. On peut supposer que ce succ&#232;s, comme l'occultation dans la p&#233;riode suivante de la baisse du niveau qui, en r&#233;alit&#233;, s'amor&#231;ait alors, ont un facteur en commun : la forte conviction, parmi les protagonistes de l'univers scolaire, que les r&#233;formes p&#233;dagogiques des d&#233;cennies 1970/80 ne pouvaient avoir que des cons&#233;quences b&#233;n&#233;fiques. C'est d'ailleurs sans &#234;tre vraiment entendus que Baudelot et Establet corrigeront le tir vingt ans apr&#232;s, en 2009, soulignant l'incapacit&#233; du syst&#232;me &#233;ducatif &#224; r&#233;duire et m&#234;me &#224; limiter l'&#233;chec scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Baudelot et Roger Establet, Le niveau monte, Seuil, Paris, 1989 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Antoine Prost lui-m&#234;me, thurif&#233;raire de la r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1960/70, et convaincu de ses heureux effets, proclame avec un certain courage, dans Le Monde du 20-2-2013 : &#171; Le niveau scolaire baisse, cette fois-ci c'est vrai &#187;. Plus r&#233;cemment, en 2020, Emmanuel Todd s'alarme de la gravit&#233; des atteintes port&#233;es &#224; la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Todd, Les Luttes de classe en France au XXI&#232;me si&#232;cle, Seuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce n'est qu'aujourd'hui que les instances publiques se saisissent du probl&#232;me et officialisent, en quelque sorte, sa r&#233;alit&#233;. La Cour des comptes acte en mai 2025 le d&#233;clin des acquisitions cognitives &#224; l'issue de l'enseignement primaire, malgr&#233; l'augmentation r&#233;guli&#232;re des investissements qui lui sont consacr&#233;s depuis dix ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cour des comptes, &#171; L'enseignement primaire. Une organisation en d&#233;calage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la foul&#233;e, le Haut-Commissariat &#224; la strat&#233;gie et au plan rel&#232;ve qu'&#171; en comparaison internationale, les &#233;l&#232;ves fran&#231;ais du primaire, du coll&#232;ge, voire du d&#233;but du lyc&#233;e, ont aujourd'hui un niveau globalement moyen, voire faible, notamment en math&#233;matiques et en sciences. En math&#233;matiques, ce niveau s'est fortement d&#233;grad&#233; au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Yves Cusset, &#171; Niveau scolaire : faut-il s'inqui&#233;ter ? &#187;, Note (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s lors les m&#233;dias peuvent s'emparer de l'affaire, ainsi du dossier que lui consacre la revue &#224; large diffusion Sciences Humaines, qui &#233;voque le d&#233;clin de notre syst&#232;me &#233;ducatif et s'interroge sur ses raisons, sans trancher, mais en ayant au moins le m&#233;rite d'ouvrir la question et d'appeler &#224; la r&#233;flexion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marion Rousset, &#171; Le niveau scolaire baisse. Oui&#8230; et maintenant, que fait-on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne peut, de fait, identifier les moyens de mettre fin &#224; ce d&#233;clin sans au pr&#233;alable en interroger les facteurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des raisons extra-scolaires ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s rencontr&#233;es au cours des apprentissages scolaires sont immanquablement, en premi&#232;re instance, imput&#233;es aux &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes, qu'elles rel&#232;vent de leur responsabilit&#233; individuelle (manque d'attention, de travail, d'int&#233;r&#234;t, etc.) ou de l'insuffisance des ressources h&#233;rit&#233;es de leur milieu socio-culturel. Le sens commun incline &#224; ce point de vue : les apprentissages sont les m&#234;mes pour tous, si certains y &#233;chouent, c'est bien de leur c&#244;t&#233; qu'il convient d'en chercher la cause. C'est tout aussi bien le cas des agents &#233;ducatifs, puisque cette fa&#231;on de voir les d&#233;fausse de toute incrimination possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est remarquable &#224; cet &#233;gard de relever la fa&#231;on dont l'institution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et &#231;a l'est encore de la majorit&#233; des chercheurs eux-m&#234;mes, qui n'en finissent pas aujourd'hui encore, s'agissant de comprendre les in&#233;galit&#233;s scolaires, de d&#233;cliner les modalit&#233;s des h&#233;ritages culturels et de mesurer leurs in&#233;galit&#233;s et leurs effets aux diff&#233;rentes &#233;tapes de l'enfance, contribuant ainsi en creux &#224; innocenter, et donc &#224; l&#233;gitimer la conduite des apprentissages dans les salles de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui vaut &#224; un moment donn&#233; pour rendre compte des in&#233;galit&#233;s sociales face &#224; l'&#233;cole vaut pour expliquer les &#233;volutions de la r&#233;ussite des apprentissages dans la dur&#233;e : on leur cherche d'abord des ressorts extra-scolaires. Et ceux que l'on peut invoquer de fa&#231;on plausible en l'occurrence ne manquent pas, s'inscrivant sur les deux registres d'une part des transformations du contexte socio-&#233;conomique, et d'autre part du bouleversement des modes de communication inh&#233;rent &#224; la submersion informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Crise &#233;conomique, crise sociale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise &#233;conomique, la d&#233;sindustrialisation, la mont&#233;e du ch&#244;mage, le d&#233;litement du lien social, &#224; l'&#339;uvre depuis un demi-si&#232;cle, n'auraient-ils eu aucun impact propre sur la r&#233;ussite des apprentissages ? Si, &#233;videmment, m&#234;me si une corr&#233;lation temporelle n'implique en elle-m&#234;me aucune relation causale. Un impact toutefois particuli&#232;rement difficile &#224; &#233;valuer, non seulement en raison de l'absence d'instruments de mesure, mais parce que les effets de la crise socio&#233;conomique de longue dur&#233;e ne sont vraisemblablement pas univoques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, la d&#233;gradation des liens sociaux et familiaux ne favorise pas la tranquillit&#233; d'esprit des jeunes enfants, indispensable aux apprentissages intellectuels. L'on sait de fait, &#224; cet &#233;gard, que diff&#233;rents indicateurs concernant la sant&#233; mentale des jeunes sont aujourd'hui au rouge, un quart des 18-25 ans &#233;tant ou ayant &#233;t&#233; affect&#233;s de troubles psychiques, les dispositifs d'accueil et de soin peinant &#224; faire face aux besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, la d&#233;sindustrialisation et la mont&#233;e d'un ch&#244;mage qui affectent particuli&#232;rement les salari&#233;s les moins dipl&#244;m&#233;s, ont profond&#233;ment modifi&#233; le rapport des classes populaires &#224; l'enjeu de la scolarisation. Celles-ci s'&#233;taient tr&#232;s rapidement empar&#233; des nouveaux possibles scolaires ouverts par la g&#233;n&#233;ralisation de l'acc&#232;s au secondaire dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1960, au point que leurs membres, d&#232;s les ann&#233;es 1970, se d&#233;clarent majoritairement d&#233;sireux que leurs enfants parviennent &#224; entrer dans l'enseignement sup&#233;rieur. Joignant le geste &#224; la parole, ils adopteront de plus en plus le mod&#232;le familial propre jusque-l&#224; aux classes moyennes, marqu&#233; par une f&#233;condit&#233; limit&#233;e &#224; deux enfants, sur la r&#233;ussite scolaire et sociale desquels pourront &#234;tre concentr&#233;es les ressources disponibles, en temps et en argent. La mont&#233;e en puissance de cette mobilisation des milieux populaires sera telle qu'aujourd'hui l'aspiration aux &#233;tudes sup&#233;rieures pour les enfants et le temps consenti chaque jour &#224; l'aide &#224; leur travail scolaire varient assez peu, quelle que soit la place dans l'espace social. Au point aussi que l'attitude d&#233;l&#233;gative et confiante envers les enseignants, traditionnelle dans les milieux d&#233;favoris&#233;s, tend &#224; c&#233;der la place &#224; un interventionnisme jusque-l&#224; aussi apanage des classes moyennes et sup&#233;rieures, quand ce n'est pas &#224; l'amertume, voire &#224; l'acrimonie. Une chose est s&#251;re : s'il est possible que la d&#233;gradation de la situation &#233;conomique et sociale des derni&#232;res d&#233;cennies ait multipli&#233; le nombre d'enfants perturb&#233;s, compromettant ici et l&#224; la s&#233;r&#233;nit&#233; des apprentissages scolaires, elle n'a en rien emp&#234;ch&#233; une implication croissante des parents des classes populaires au service d'une scolarisation r&#233;ussie de leur prog&#233;niture&#8230; et ce n'est certainement pas du c&#244;t&#233; de leur suppos&#233;e indiff&#233;rence &#224; cet &#233;gard que r&#233;side l'explication de la m&#233;diocrit&#233; des apprentissages dans les jeunes g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La submersion informatique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre corr&#233;lation : entre la r&#233;gression des acquisitions cognitives et la r&#233;volution informatique. L'impact de cette derni&#232;re sur tous les aspects de la vie sociale n'a pas besoin d'&#234;tre soulign&#233;. La mont&#233;e en puissance d'internet affecte l'imprim&#233; dans tous ses emplois, presse, &#233;dition, correspondance. La baisse de la lecture sur papier est frappante : au cours des trois derni&#232;res d&#233;cennies, le tirage moyen des ouvrages en sciences humaines et sociales a &#233;t&#233; r&#233;duit de plus de moiti&#233;, pour ne prendre que cet exemple. Soustrait au livre, mais aussi &#224; d'autres affectations, le temps quotidien pass&#233; devant &#233;cran est impressionnant : cinq heures en moyenne pour les adultes (hors activit&#233;s professionnelles), quatre heures pour les 6-17 ans, une heure et demie m&#234;me pour les 3-5 ans. Ces chiffres sont en progression constante, et ils varient fortement selon le milieu social. L'exposition aux &#233;crans est inversement proportionnelle au niveau de dipl&#244;me des parents : chez les 3-5ans, elle d&#233;passe une heure en moyenne dans 72% des familles les moins dipl&#244;m&#233;es, dans 35% seulement des familles plus dipl&#244;m&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tude de sant&#233; sur l'environnement, la biosurveillance, l'activit&#233; physique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les effets de cette exposition sur les enfants sont d&#233;sormais bien document&#233;s, effets &#224; la fois directs (tenant &#224; la m&#233;diocrit&#233; et &#224; la nocivit&#233; &#233;ventuelles des contenus visionn&#233;s, aux cons&#233;quences de la lumi&#232;re bleue des &#233;crans sur la qualit&#233; du sommeil), et pour beaucoup indirects : le temps consacr&#233; aux &#233;crans ne l'est pas &#224; l'activit&#233; physique, &#224; la lecture bien s&#251;r, aux interactions sociales o&#249; l'on apprend &#224; communiquer et &#224; coop&#233;rer ; son exc&#232;s induit un retard dans le d&#233;veloppement du langage, et des comp&#233;tences sociales et cognitives. Un usage mod&#233;r&#233; et contr&#244;l&#233; ne pose pas probl&#232;me : on peut &#233;largir ses connaissances sur &#233;cran, d&#233;velopper certaines habilet&#233;s avec les jeux vid&#233;o, d&#233;couvrir des productions filmiques de grande qualit&#233; culturelle et esth&#233;tique. Mais d'&#233;vidence nous avons largement bascul&#233; aujourd'hui du c&#244;t&#233; d'une surexposition aux cons&#233;quences non ma&#238;tris&#233;es, &#233;videmment peu favorables aux apprentissages scolaires&#8230; d'autant qu'elles affectent plus particuli&#232;rement les enfants des milieux populaires, d&#233;j&#224; les plus vuln&#233;rables face &#224; l'&#233;chec scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une perc&#233;e technologique majeure nous menace d'un effondrement intellectuel &#187; &#233;crit en ce sens Emmanuel Todd, alert&#233; par les donn&#233;es statistiques validant la r&#233;gression en France des performances cognitives des &#233;l&#232;ves. Cette v&#233;ritable &#171; crise &#233;ducative &#187; doit en effet beaucoup selon lui &#224; l'invasion des &#233;crans, qui provoque un &#171; reflux massif de l'&#233;crit comme instrument de loisirs pour les enfants en cours de formation c&#233;r&#233;brale &#187;. On peut donc &#224; cet &#233;gard consid&#233;rer que &#171; l'&#233;cole n'est pas la seule ni m&#234;me la principale responsable du d&#233;clin de nos facult&#233;s intellectuelles &#233;l&#233;mentaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Todd, op. cit&#233;, p. 72.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle pr&#233;sentation des faits cependant interroge. Elle ne rend qu'imparfaitement compte des donn&#233;es factuelles. La baisse des performances cognitives des &#233;l&#232;ves d&#233;marre dans la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 1980, bien avant donc la captation des enfants par les &#233;crans. Outre ce d&#233;calage temporel, les enqu&#234;tes PISA mettent en &#233;vidence une r&#233;gression sensible de la position relative de la France dans l'&#233;valuation internationale de l'efficience des syst&#232;mes &#233;ducatifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, La crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par rapport &#224; des pays donc tout aussi affect&#233;s par l'irruption d'internet et de la t&#233;l&#233;phonie mobile. La r&#233;alit&#233; de la d&#233;gradation du contexte &#233;conomique, social et technologique ne suffit pas, autrement dit, &#224; &#233;puiser l'explication de &#171; l'effondrement intellectuel &#187; redout&#233; par Todd. Il reste &#224; examiner la palette des facteurs endog&#232;nes qui ont pu contribuer, sur les quatre derni&#232;res d&#233;cennies, &#224; la baisse du niveau des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du c&#244;t&#233; de l'institution scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de l'&#233;cole, deux facteurs sont invoqu&#233;s de mani&#232;re r&#233;currente pour expliquer les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves : la r&#233;duction des horaires d'enseignement, et le taux d'encadrement des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La r&#233;duction des horaires d'enseignement&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement &#171; Sauver les lettres &#187; s'insurge de longue date contre la r&#233;duction des horaires d'enseignement du fran&#231;ais, en primaire et au coll&#232;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Agn&#232;s Joste et Philippe Le Qu&#233;r&#233;, Les programmes de fran&#231;ais : de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De 1968 &#224; aujourd'hui, les horaires de fran&#231;ais ont perdu 360 heures en primaire, soit l'&#233;quivalent de pr&#232;s d'une ann&#233;e d'enseignement ; et au coll&#232;ge 162 heures, soit l&#224; aussi pr&#232;s d'une ann&#233;e de formation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauver les lettres, Comparaison des horaires en primaire et coll&#232;ge, .&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Perte totale : 522 heures d'enseignement, pr&#232;s donc de deux ans d'enseignement de la langue &#233;crite. L'argument gouvernemental justifiant ces r&#233;ductions horaires, appelant au respect des rythmes biologiques et du repos indispensable aux &#233;l&#232;ves, masque mal la r&#233;alit&#233; des restrictions budg&#233;taires. Lesquelles, notent Joste et Le Qu&#233;r&#233;, &#171; compromettent toutes les chances des &#233;l&#232;ves de milieu populaire, priv&#233;s de temps scolaire, de s'approprier la langue &#233;labor&#233;e et la syntaxe conceptuelle n&#233;cessaires &#224; leur r&#233;ussite &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agn&#232;s Joste et Philippe Le Qu&#233;r&#233;, article cit&#233;.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de ces r&#233;ductions d'horaires (&#233;largie au-del&#224; du fran&#231;ais &#224; l'ensemble des disciplines scolaires) et de leur impact d&#233;l&#233;t&#232;re sur les apprentissages des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires, est reprise r&#233;cemment dans un ouvrage collectif coordonn&#233; par St&#233;phane Bonn&#233;ry, &lt;i&gt;Temps de l'enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux d&#233;bats&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Bonn&#233;ry (coor.), Temps de l'enfant, rythmes scolaires : vraies (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les auteurs rappellent l'ampleur des r&#233;ductions, soulignent eux aussi combien leur impact affecte en priorit&#233; les non h&#233;ritiers, qui ont le plus besoin de l'aide des enseignants ; et s'inqui&#232;tent des conclusions r&#233;centes de la &#171; Convention citoyenne sur les temps de l'enfant &#187;, mise en place par Macron, qui menacent de limiter plus encore les temps d'enseignement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir St&#233;phane Bonn&#233;ry, Sur la question des temps scolaires, GRDS, 2025, .&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Associer la baisse des acquisitions cognitives aux r&#233;ductions d'horaires d'enseignement n'a &#233;videmment a priori rien d'invraisemblable, s'agissant particuli&#232;rement en effet des &#233;l&#232;ves dont la famille n'a gu&#232;re les moyens de se substituer &#224; l'&#233;cole. Leur mise en relation appelle cependant deux r&#233;serves. La premi&#232;re concerne la chronologie des &#233;v&#233;nements. C'est en primaire, on le sait, que beaucoup se joue en mati&#232;re de r&#233;ussite scolaire. Or les r&#233;ductions d'horaire affectant l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire ont lieu pour l'essentiel en 1969, quand les horaires consacr&#233;s &#224; l'&#233;tude, si d&#233;cisive, de la langue &#233;crite, perdent un tiers de leur volume&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agn&#232;s Joste et Philippe Le Qu&#233;r&#233; rel&#232;vent &#224; juste titre le caract&#232;re peu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; et en 2008, avec le passage &#224; la semaine de quatre jours. Trop t&#244;t et trop tard, autrement dit, pour rendre vraiment compte de la baisse du niveau, qui d&#233;marre &#224; la fin des ann&#233;es 1980, et est d&#233;j&#224; largement jou&#233;e en 2008. Et pour ce qui est du coll&#232;ge, la dommageable r&#233;forme de Najat Vallaud-Belkacem, qui supprime une demi-ann&#233;e d'enseignements disciplinaires, n'a lieu qu'en 2016 : elle aggrave les choses, mais la dynamique lui est bien ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le taux d'encadrement des &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La limitation du nombre d'&#233;l&#232;ves par classe contribue &#224; la qualit&#233; des conditions de travail des enseignants. Il s'agit de fait d'une revendication syndicale ancienne, souvent avanc&#233;e comme condition d'efficacit&#233; p&#233;dagogique. Diff&#233;rents chercheurs ont tent&#233; de v&#233;rifier l'existence d'une relation statistique entre taux d'encadrement et performances des &#233;l&#232;ves, sans r&#233;sultats tr&#232;s probants. On dispose toutefois, pour la France, de trois exp&#233;rimentations grandeur nature des cons&#233;quences d'une r&#233;duction sensible du nombre d'&#233;l&#232;ves par classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1998, alert&#233;s par le rapport d'un inspecteur d'acad&#233;mie mettant en relief le tr&#232;s sensible d&#233;savantage des moyens financiers, mat&#233;riels et humains dont disposait l'&#233;ducation nationale en Seine-Saint-Denis, d&#233;partement pourtant suppos&#233; b&#233;n&#233;ficier d'une forte discrimination positive justifi&#233;e par l'importance de ses besoins, les enseignants concern&#233;s engagent une gr&#232;ve massive, soutenue par une mobilisation exceptionnelle des &#233;l&#232;ves et des familles. Promettant trente postes suppl&#233;mentaires au bout de la premi&#232;re semaine d'action, le ministre All&#232;gre en l&#226;chera finalement trois mille au bout de la troisi&#232;me. Les postes d'enseignants, certes, n'en repr&#233;sentaient qu'une partie. Il reste que cette victoire syndicale retentissante, acquise au nom de la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves, n'aura en fin de compte que des effets peu perceptibles sur cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction des effectifs apaise le climat de la classe, surtout dans les zones difficiles, favorise les interactions entre l'enseignant et chacun de ses &#233;l&#232;ves, est vivement souhait&#233;e par beaucoup de ma&#238;tres&#8230; mais contribue-t-elle pour autant par elle-m&#234;me, de fa&#231;on sensible, &#224; l'am&#233;lioration des apprentissages ? Il semble assez clairement que ce ne soit pas le cas : deux autres &#233;pisodes encore laissent tout aussi sceptiques que celui qui vient d'&#234;tre &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'abord de l'exp&#233;rimentation, lors du premier passage de Jack Lang au minist&#232;re (1992-93), du d&#233;doublement de 100 classes de CP : les &#233;valuations de la DEPP concluent &#224; un effet modeste en fin d'ann&#233;e, massivement &#233;vapor&#233; un an plus tard, &#224; l'issue du CE1. Jean-Michel Blanquer n'avait pas d&#251; avoir vent de cette tentative, puisqu'il en reprend &#224; son tour le principe, &#224; une &#233;chelle bien plus vaste. Ce sont en effet pr&#232;s de trois cent mille &#233;l&#232;ves de CP puis de CE1, en REP et REP+, qui b&#233;n&#233;ficieront de classes d&#233;doubl&#233;es &#224; partir de 2017-2018. La mesure est tr&#232;s bien accueillie par les enseignants. En s'appuyant sur leurs r&#233;ponses &#224; une enqu&#234;te men&#233;e aupr&#232;s d'eux, leur principal syndicat, le SNUIPP-FSU souligne que : &#171; Les effectifs all&#233;g&#233;s sont propices &#224; l'am&#233;lioration des conditions d'apprentissage &#187; et constituent &#171; un levier puissant &#224; la fois pour transformer les pratiques et favoriser les apprentissages &#187; ; et il demande qu'ils soient g&#233;n&#233;ralis&#233;s &#171; &#224; l'ensemble des classes, sur tout le territoire. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SNUIPP-FSU, Enqu&#234;te CP &#224; 12, 2018, .&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. H&#233;las, et bis repetita : les effets r&#233;els sur les apprentissages ne sont pas plus convaincants cette fois-ci que dans les deux cas pr&#233;c&#233;dents&#8230; ou plut&#244;t, en raison de l'&#233;chelle de l'exp&#233;rimentation, ils sont &#224; l'inverse tr&#232;s d&#233;monstratifs de l'impact particuli&#232;rement limit&#233; de la seule r&#233;duction de l'effectif des &#233;l&#232;ves sur la qualit&#233; de leurs apprentissages. En reprenant les conclusions du suivi de l'exp&#233;rimentation par la DEPP (Service statistique du minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale), le chercheur Pierre Merle souligne ainsi la modestie des effets du d&#233;doublement sur les apprentissages du CP, et leur inexistence pour le CE1&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Merle, &#034;Le d&#233;doublement des classes de CP et CE1 : quel bilan ?&#034; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;sultats qui contrastent fortement avec la relative ampleur des moyens mis en &#339;uvre pour les obtenir. Au point que la Cour des comptes d&#233;noncera un &#171; bilan d&#233;cevant &#187;, et qu'un rapport de l'inspection de l'&#201;ducation nationale d'avril 2023, lui aussi tr&#232;s critique, ne sera pas rendu public (selon Le Monde du 30 mai 2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et la conduite des apprentissages ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces constats insistent, convergent, et interrogent. Pourquoi des am&#233;liorations aussi sensibles des conditions de la relation &#233;ducative ont-elles si peu d'effets sur les apprentissages ? Faut-il incriminer avec Fran&#231;ois Jarraud, du Caf&#233; P&#233;dagogique, les conditions de vie difficiles des &#171; enfants pauvres &#187; qui sont scolaris&#233;s en REP+ ? Sur plusieurs centaines de milliers d'&#233;l&#232;ves b&#233;n&#233;ficiant des classes d&#233;doubl&#233;es, tous cependant ne sont pas &#171; &#224; la rue ou ballot&#233;s d'h&#244;tel en h&#244;tel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Jarraud, &#171; Classes d&#233;doubl&#233;es : un bilan tr&#232;s d&#233;cevant &#187;, Le Caf&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qui plus est l'enqu&#234;te de suivi de la DEPP indique que, dans les classes &#224; douze, ces &#233;l&#232;ves &#171; s'engagent davantage dans les activit&#233;s scolaires &#187;, sous l'effet des stimulations plus individualis&#233;es des enseignants. Pourquoi alors leurs efforts paient-ils si mal ? Il se trouve que, du c&#244;t&#233; des enseignants concern&#233;s par le d&#233;doublement, la DEPP rel&#232;ve une &#171; absence de modifications majeures dans les pratiques enseignantes telles qu'elles sont appr&#233;hend&#233;es &#224; travers les observations mises en &#339;uvre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP, &#171; &#201;valuation de l'impact de la r&#233;duction de la taille des classes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ne doit-on pas en conclure que ce sont ces pratiques qui sont &#224; r&#233;fl&#233;chir, tant elles s'av&#232;rent tout aussi &#224; la peine face &#224; un petit nombre d'enfants qui investissent activement leurs apprentissages que dans des conditions d'enseignement plus ordinaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le point de vue d&#233;fendu par Pierre Merle : &#171; L'efficacit&#233; limit&#233;e de la politique de d&#233;doublement des classes des CP et CE1 de l'&#233;ducation prioritaire pose la question des pratiques p&#233;dagogiques des enseignants &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Merle, article cit&#233;.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or l'affaire est d&#233;licate, et beaucoup moins consensuelle que de s'int&#233;resser aux enfants pauvres : le CP est le moment crucial de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite ; l'apprentissage du lire-&#233;crire y occupe une place essentielle... et fait l'objet de la pol&#233;mique que l'on sait depuis plus d'un si&#232;cle. Il se trouve que l'enqu&#234;te Formalect de 2023, la plus vaste jamais r&#233;alis&#233;e au monde sur l'enseignement de la lecture, associant l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure et la DEPP, valid&#233;e par le Conseil scientifique de l'&#233;ducation nationale, vient de trancher sans ambigu&#239;t&#233; en faveur de la vieille syllabique : la toute petite minorit&#233; des ma&#238;tres qui l'utilisent obtiennent des r&#233;sultats diff&#233;rentiels, notamment au b&#233;n&#233;fice des &#171; enfants pauvres &#187;, tr&#232;s largement sup&#233;rieurs &#224; ceux qu'apporte le d&#233;doublement des classes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, L'efficacit&#233; des m&#233;thodes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les facteurs qui agissent de l'ext&#233;rieur sur l'institution scolaire ne suffisent pas &#224; rendre compte de l'&#233;volution de la qualit&#233; des apprentissages. C'est aussi le cas des politiques minist&#233;rielles d&#233;terminant les temps scolaires et les taux d'encadrement. Ne serait-ce donc pas de fait, au bout du compte, du c&#244;t&#233; des pratiques p&#233;dagogiques qu'il faudrait tourner le regard ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La baisse du niveau, une proph&#233;tie auto-r&#233;alisatrice&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La faute &#224; la &#171; p&#233;dagogie de la d&#233;couverte &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la &#171; m&#233;thode constructiviste et inductive d'enseignement &#187; que Pierre Merle impute le manque d'efficience de la conduite des apprentissages qui persiste selon la DEPP dans les classes d&#233;doubl&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le rapport de la DEPP indique que la quasi-totalit&#233; [des ma&#238;tres enqu&#234;t&#233;s] est d'accord avec la proposition selon laquelle &#171; c'est lorsque les &#233;l&#232;ves r&#233;solvent eux-m&#234;mes des probl&#232;mes qu'ils apprennent le mieux &#187;. Cette proposition correspond &#224; une des d&#233;finitions de la &#171; p&#233;dagogie de la d&#233;couverte &#187;, m&#233;thode constructiviste et inductive d'enseignement s'appuyant sur les essais, erreurs et t&#226;tonnements de l'&#233;l&#232;ve lors de la construction de ses apprentissages. Par contre, seulement un enseignant de CP sur deux est d'accord avec l'id&#233;e, caract&#233;ristique de la p&#233;dagogie explicite, selon laquelle &#171; en d&#233;but d'apprentissage, il est important de guider fortement les &#233;l&#232;ves pour leur permettre de r&#233;ussir les t&#226;ches propos&#233;es (&#8230;) &#192; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, la pr&#233;f&#233;rence professorale pour une p&#233;dagogie constructiviste est susceptible d'expliquer l'efficacit&#233; limit&#233;e de la politique de d&#233;doublement des classes. Elle peut aussi expliquer l'absence d'efficacit&#233; du d&#233;doublement des classes en CE1. Dans celles-ci, seuls 25 % des enseignants des REP+ d&#233;doubl&#233;s sont d'accord avec la proposition selon laquelle &#171; les bons enseignants montrent la bonne fa&#231;on de r&#233;soudre un probl&#232;me &#187;, autre &#233;nonc&#233; caract&#233;ristique de la p&#233;dagogie explicite. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Merle, article cit&#233;.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, le cas du CP illustre parfaitement le propos de Pierre Merle. L'apprentissage de la lecture y est crucial ; l'immense majorit&#233; des ma&#238;tres a recours pour le conduire &#224; une d&#233;marche semi-globale ; l'opposition globale/syllabique est bien celle d'une m&#233;thode de l'essai, de l'erreur, du t&#226;tonnement, du d&#233;chiffrage par devinette, oppos&#233;e &#224; un guidage explicite et pr&#233;cis, bannissant toute devinette ; et les travaux de recherche attestent sans contestation possible que la semi-globale est nettement moins efficiente, particuli&#232;rement dans le cas des &#233;l&#232;ves d'origine populaire (lesquels sont massivement repr&#233;sent&#233;s dans les REP et les classes d&#233;doubl&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la fa&#231;on de conduire les apprentissages est bien le facteur d&#233;cisif des acquisitions des &#233;l&#232;ves au cours du CP, n'en irait-il pas de m&#234;me aux autres moments du parcours scolaire ? Et, par suite, ne serait-ce pas du c&#244;t&#233; des pratiques p&#233;dagogiques qu'il faudrait chercher la cl&#233; de la baisse du niveau des &#233;l&#232;ves au long des quatre derni&#232;res d&#233;cennies, au moins autant que du c&#244;t&#233; de la crise sociale, de l'irruption des &#233;crans, de la r&#233;duction des temps d'enseignement, du nombre d'&#233;l&#232;ves par classe ? L'hypoth&#232;se est d'autant plus cr&#233;dible que la r&#233;novation p&#233;dagogique qui entend en finir avec les pratiques de guidage &#171; explicites &#187; et &#171; frontales &#187; se met en place dans les ann&#233;es 1970/80, &#224; l'or&#233;e pr&#233;cis&#233;ment du d&#233;clin des acquisitions des jeunes g&#233;n&#233;rations. Pourrait-on notamment invoquer l'impact sur ce d&#233;clin de la r&#233;duction des heures d'enseignement sans l'associer &#224; ce qu'il en est de l'usage de ces heures dans les salles de classes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Temps d'enseignement et r&#233;novation des apprentissages&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Bernard Lahire l'avait montr&#233; de fa&#231;on tr&#232;s convaincante dans sa recherche sur l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, et comme Anne-Sophie Romainville l'a ult&#233;rieurement tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment document&#233;, la r&#233;ussite des apprentissages scolaires se joue sur l'acquisition par les &#233;l&#232;ves de cette capacit&#233; r&#233;flexive qui permet d'objectiver, de distancier, d'interroger les textes &#233;crits &#8211; et qui facilite du m&#234;me coup les appropriations cognitives dans l'ensemble des disciplines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Lahire, Culture &#233;crite et in&#233;galit&#233;s scolaires, Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La formation de cette capacit&#233; s'op&#232;re d&#232;s les premi&#232;res classes de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il eut &#233;t&#233; logique, dans ces conditions, que l'entreprise de g&#233;n&#233;ralisation de l'entr&#233;e des jeunes g&#233;n&#233;rations dans le secondaire, d&#233;cid&#233;e par la 5&#232;me R&#233;publique &#224; partir des ann&#233;es 1960, donne la priorit&#233; dans le primaire au renforcement pour tous des apprentissages consacr&#233;s &#224; la langue &#233;crite : lecture, &#233;criture, grammaire, travail sur les textes. Or c'est tout le contraire qui se produit. L'enseignement du fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire perd un tiers de son volume horaire en 1969 ; r&#233;duit de 15 &#224; 10H, il perdra encore une heure en 1995. Conjointement les programmes de grammaire sont all&#233;g&#233;s, renvoyant vers l'aval, vers le coll&#232;ge donc, l'&#233;tude de diff&#233;rents aspects de la langue &#233;crite, telle celle de la subordination grammaticale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre ce paradoxe ? Qu'est-ce que politiques et p&#233;dagogues pouvaient bien avoir alors en t&#234;te ? On peut relativiser le souci d'&#233;conomies budg&#233;taires : la mise en place de l'&#233;cole unique, qui fait entrer tous les jeunes au coll&#232;ge, est une r&#233;forme phare des ann&#233;es 1960, pens&#233;e comme indispensable &#224; l'essor du pays, r&#233;clam&#233;e par le patronat, soutenue par de Gaulle lui-m&#234;me. Si des mesures sont prises limitant les ambitions de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, c'est qu'elles sont jug&#233;es indispensables &#224; la r&#233;ussite de la r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif. Or celle-ci implique l'ouverture du secondaire &#224; la masse des enfants d'ouvriers et de paysans qui en &#233;taient exclus jusque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le montre le retour aux textes de l'&#233;poque, la pr&#233;occupation essentielle des responsables du pilotage de la r&#233;forme &#233;tait bien l&#224; : comment rendre possible l'acc&#232;s &#224; des savoirs r&#233;serv&#233;s jusqu'alors &#224; la petite minorit&#233; des enfants de l'&#233;lite &#224; des quantit&#233;s de jeunes cens&#233;s n'avoir h&#233;rit&#233; de leur famille ni les connaissances, ni les r&#233;f&#233;rences culturelles, ni m&#234;me l'app&#233;tence pour le travail intellectuel, ingr&#233;dients indispensables d'une scolarit&#233; prolong&#233;e ? &#192; leurs yeux, l'obstacle impliquait un profond r&#233;am&#233;nagement des apprentissages. Il convenait en tout premier lieu d'assurer ou de renforcer chez ces jeunes la motivation pour l'&#233;tude : ce &#224; quoi a voulu r&#233;pondre la promotion in&#233;dite et insistante des m&#233;thodes actives ch&#232;res &#224; l'&#233;ducation nouvelle. Pour impliquer les &#233;l&#232;ves, ne faut-il pas que l'enseignement magistral laisse place &#224; l'&#233;coute attentive et individualis&#233;e par le ma&#238;tre de chaque &#233;l&#232;ve et de ses besoins ? C'est bien l'avis du ministre Alain Peyrefitte qui, en mars 1968, demande des &#171; ma&#238;tres qui soient moins les serviteurs d'une discipline que les serviteurs des enfants &#187;, et des professeurs qui soient &#171; des animateurs &#187;. Il promeut ainsi pour l'ensemble du syst&#232;me scolaire une p&#233;dagogie dite de &#171; l'&#233;l&#232;ve au centre de l'action &#233;ducative &#187;, laquelle avait &#233;t&#233; pr&#244;n&#233;e dans un premier temps pour les &#171; classes de transition &#187; (destin&#233;es aux &#233;l&#232;ves faibles des anciennes classes de fin d'&#233;tudes du primaire) dans les textes officiels des ann&#233;es 1963-66 ; et va de fait monter en puissance jusqu'&#224; se voir inscrite dans la loi d'Orientation de l'&#233;ducation de 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proclamant donc que &#171; l'&#233;l&#232;ve est au centre du syst&#232;me &#233;ducatif &#187;, celle-ci pr&#233;cise qu'il &#171; construit un savoir... par sa propre activit&#233; &#187;. L'enseignement lui-m&#234;me doit en effet partir des besoins, des connaissances famili&#232;res et concr&#232;tes d'enfants qui, issus des classes populaires, sont susceptibles de ne pas disposer des m&#234;mes facilit&#233;s d'acc&#232;s aux savoirs abstraits et g&#233;n&#233;raux que ceux qui peuplaient depuis longtemps d&#233;j&#224; les rangs du secondaire&#8230; et qu'on ne saurait d&#232;s lors assommer sous l'expos&#233; ordonn&#233; et syst&#233;matique des fondamentaux des diff&#233;rentes disciplines scolaires. Aussi mettre &#171; l'&#233;l&#232;ve au centre &#187; doit-il logiquement s'accompagner de l'&#233;mergence de cette &#171; p&#233;dagogie de la d&#233;couverte &#187; dont Pierre Merle rel&#232;ve l'impact encore massif aujourd'hui dans la conduite des apprentissages, et selon laquelle &#171; c'est lorsque les &#233;l&#232;ves r&#233;solvent eux-m&#234;mes des probl&#232;mes qu'ils apprennent le mieux &#187;. P&#233;dagogie inductive et constructiviste, de la d&#233;couverte et de l'apprendre &#224; apprendre, son principe va s'imposer pour des d&#233;cennies, confort&#233; par une vigoureuse disqualification de toute approche &#171; frontale &#187; et explicite des savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;novation p&#233;dagogique, limitation des ambitions &#233;ducatives et baisse du niveau&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour quel r&#233;sultat ? Le recours aux m&#233;thodes actives et constructivistes n'a pas repr&#233;sent&#233; une fa&#231;on diff&#233;rente et plus efficace d'entrer dans les savoirs disciplinaires, mais a conduit &#224; un affaiblissement de leur transmission, comme l'injonction d'Alain Peyrefitte semblait d'ailleurs y consentir &#224; l'avance&#8230; et comme on en v&#233;rifie a posteriori aujourd'hui l'incontestable r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Olivier Mottint, Faut-il renoncer aux p&#233;dagogies actives ? , GRDS, 2018, .&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cet affaiblissement ne semblait d'ailleurs pas m&#233;connu par les responsables de l'&#233;poque, qui le consid&#233;raient comme le prix &#224; payer pour permettre la prolongation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des scolarit&#233;s de la masse des &#233;l&#232;ves. La scolarisation des &#233;lites restait pour sa part largement &#224; l'&#233;cart de la r&#233;forme et de ses cons&#233;quences : la gestion p&#233;dagogique des fili&#232;res d'excellence et des classes pr&#233;paratoires est demeur&#233;e tr&#232;s classique, s'embarrassant peu de m&#233;thodes actives. Pour les autres, l'affaiblissement des savoirs disciplinaires n'&#233;tait pas n&#233;cessairement un drame : l'essentiel n'&#233;tait-il pas de former des &#171; comp&#233;tences &#187; utilisables sur le march&#233; du travail, des salari&#233;s capables de communiquer &#224; l'oral, et dot&#233;s d'un &#233;crit auquel on ne demandait pas de qualit&#233;s litt&#233;raires ? P&#233;dagogue renomm&#233;, Philippe Perrenoud exprimera plus tard cet utilitarisme avec un d&#233;tachement peu dissimul&#233;, s'en prenant aux enseignants qui &#171; continuent &#224; privil&#233;gier un savoir sur la langue qui rel&#232;ve de la culture plus que de la ma&#238;trise pratique, quand bien m&#234;me les travaux de recherche permettent de douter que la ma&#238;trise th&#233;orique de la syntaxe soit aussi indispensable qu'on l'imagine pour produire des &#233;nonc&#233;s intelligibles et communiquer avec autrui. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Perrenoud, Quand l'&#233;cole entend pr&#233;parer &#224; la vie/, ESF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a deux choses, en fait, dont on ne saurait douter. Que ce soit l'&#233;cole elle-m&#234;me dont il n'y a nul besoin pour &#171; produire des &#233;nonc&#233;s intelligibles et communiquer avec autrui &#187;. Et que la &#171; ma&#238;trise th&#233;orique de la syntaxe &#187; soit un ingr&#233;dient ma&#238;tre de la r&#233;ussite scolaire, quelle que soit la discipline. Ajoutons-en une troisi&#232;me : ne doutons pas que tout commentaire, ici, soit superflu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bref rappel historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui reprend quelques &#233;l&#233;ments d'une analyse d&#233;velopp&#233;e dans mon livre Pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'indique suffisamment : on ne peut invoquer l'impact des r&#233;ductions horaires d'enseignement sur la baisse du niveau sans associer ces r&#233;ductions &#224; ce qui se joue parall&#232;lement du c&#244;t&#233; des contenus enseign&#233;s et de la fa&#231;on de les transmettre. Les responsables politiques et p&#233;dagogiques qui sont en charge de l'entr&#233;e des publics populaires dans le secondaire, au long des ann&#233;es 1960/70, sont hant&#233;s par une repr&#233;sentation d&#233;ficitariste de ces nouveaux entrants, dont ils ne voient, comparativement aux h&#233;ritiers d&#233;j&#224; dans la place, que la culture familiale qui leur fait d&#233;faut, sans jamais s'interroger sur les ressources dont ils disposent n&#233;anmoins, et par suite sur la conduite des apprentissages qui leur permettraient de les mobiliser. D&#232;s lors, maintenir ces non h&#233;ritiers dans le syst&#232;me scolaire passe in&#233;luctablement &#224; leurs yeux par l'all&#232;gement des programmes et le renoncement &#224; un enseignement m&#233;thodique et approfondi des disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;duction des ambitions ne se donne pas comme telle : elle avance sous le manteau de la mise en place des m&#233;thodes actives et de la p&#233;dagogie de la d&#233;couverte. En proposant aux &#233;l&#232;ves de d&#233;couvrir par eux-m&#234;mes les savoirs &#224; acqu&#233;rir plut&#244;t que de les enseigner m&#233;thodiquement, la r&#233;forme p&#233;dagogique est cens&#233;e leur permettre de d&#233;velopper leur esprit critique et leur capacit&#233; d'apprendre &#224; apprendre. Ceux qui l'introduisent et la d&#233;fendent semblent ne jamais prendre conscience qu'il ne peut y avoir d'esprit critique sans savoirs sur lesquels s'appuyer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nico Hirtt, Sans transmission des savoirs, pas d'esprit critique, GRDS, 2021,&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ni que ce n'est qu'en apprenant qu'on peut &#171; apprendre &#224; apprendre &#187;, faute de quoi la formule reste totalement creuse. Ce sont les &#233;l&#232;ves &#8211; &#224; l'exception r&#233;p&#233;tons-le des h&#233;ritiers fr&#233;quentant les meilleures fili&#232;res, o&#249; l'enseignement n'est bizarrement jamais mis en cause pour son &#171; classicisme &#187; &#8211; qui paieront le prix de cette na&#239;vet&#233; p&#233;dagogique si tant est, et toutes les observations men&#233;es &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; l'ont confirm&#233; &#8211; qu'une conduite constructiviste des apprentissages ne peut jamais assurer par elle-m&#234;me une appropriation efficace des savoirs disciplinaires. Au contraire, elle complique consid&#233;rablement la t&#226;che des &#233;l&#232;ves, confront&#233;s &#224; des cheminements d'entr&#233;e dans les savoirs peu lisibles et difficilement compr&#233;hensibles, souvent m&#234;me par des adultes avertis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution des manuels scolaires au fil de ces d&#233;cennies de la r&#233;novation p&#233;dagogique est r&#233;v&#233;latrice de &#171; la complexit&#233; croissante de l'activit&#233; intellectuelle que les &#233;l&#232;ves sont tenus de r&#233;aliser &#187;, et que les auteurs d'un ouvrage collectif ont mise en &#233;vidence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Bonn&#233;ry (dir.), Supports p&#233;dagogiques et in&#233;galit&#233;s scolaires, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces derniers, illustrant leur propos par de nombreux exemples, soulignent combien &#171; l'une des &#233;volutions les plus marquantes des manuels tient au fait que le centre de gravit&#233; s'est d&#233;plac&#233; des savoirs expos&#233;s vers des activit&#233;s consid&#233;r&#233;es comme le moyen de les construire &#187;, ce qui rend &#171; les savoirs plus difficiles &#224; s'approprier &#187;. Du m&#234;me coup l'attention des enseignants eux-m&#234;mes se d&#233;porte vers la r&#233;alisation des activit&#233;s cens&#233;es introduire aux savoirs et &#224; leur armature conceptuelle, plus qu'&#224; ces derniers, qui deviennent les grands sacrifi&#233;s de l'affaire. Les apprentissages sont devenus plus complexes, mais paradoxalement moins exigeants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; cet &#233;gard la critique de Janine Reichstadt, Une &#233;cole plus in&#233;gale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'exigence port&#233;e par la p&#233;dagogie constructiviste &#8211; et la difficult&#233; intellectuelle qui va avec &#8211; concernent en effet d&#233;sormais d'abord le d&#233;tour p&#233;dagogique cens&#233; conduire &#224; l'appropriation des objectifs cognitifs, l'effectuation autrement dit des t&#226;ches de leur d&#233;couverte ; et cette exigence premi&#232;re affaiblit d'autant l'attention et le temps d'apprentissage consacr&#233;s aux savoirs vis&#233;s proprement dits, contraignant les enseignants &#224; r&#233;duire dans la m&#234;me mesure leurs attentes et leurs ambitions &#224; l'&#233;gard de ces derniers. De nombreux relev&#233;s d'observations de classe illustrent tr&#232;s bien ce processus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On en trouvera de nombreux exemples in Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sumer que les &#233;l&#232;ves &#171; n'ont pas le niveau &#187;, organiser en cons&#233;quence le contournement de la difficult&#233; intellectuelle, r&#233;duire par l&#224; m&#234;me le niveau des exigences, ne pouvait ainsi conduire qu'&#224; v&#233;rifier la pr&#233;somption initiale. Les mesures prises pour parer &#224; l'insuffisance des ressources des &#233;l&#232;ves r&#233;duisent leurs possibilit&#233;s d'apprendre et confirment au bout du compte les raisons qu'on avait de s'inqui&#233;ter. On a bien affaire ici &#224; une sorte de proph&#233;tie autocr&#233;atrice, un cercle vicieux qui se met en place dans les d&#233;cennies de la r&#233;novation p&#233;dagogique ; et qui &#233;tait destin&#233; &#224; perdurer aussi longtemps que le paradigme d&#233;ficitariste vient borner l'horizon de toute politique p&#233;dagogique possible, imposant la baisse des exigences comme r&#233;ponse incontournable au constat des difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves. Une baisse qui sera le plus souvent masqu&#233;e sous les oripeaux d'un gain p&#233;dagogique, comme l'illustre la r&#233;forme du coll&#232;ge par Najat Vallaud-Belkacem de 2015, marqu&#233;e par la mise en place, &#224; l'encontre d'une forte r&#233;sistance des enseignants concern&#233;s, des &#171; Enseignements pratiques interdisciplinaires &#187;. Ces EPI limitent le temps des enseignements proprement disciplinaires, au profit d'enseignements th&#233;matiques au fort parfum de &#171; formation des comp&#233;tences sociales &#187;. Leur c&#244;t&#233; &#171; pratique &#187; s'adresse aux &#233;l&#232;ves qu'on suppose rebut&#233;s par l'aust&#233;rit&#233; des savoirs conceptuels, tout en se parant de la dignit&#233; d'un statut d'&#171; interdisciplinarit&#233; &#187; &#8211; laquelle ne pourrait tirer son sens que d'une ma&#238;trise pr&#233;alable des disciplines concern&#233;es&#8230; disciplines dont l'enseignement se voit pr&#233;cis&#233;ment r&#233;duit au m&#234;me moment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Les enjeux cach&#233;s de &#171; l'interdisciplinarit&#233; &#187; au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Une fois de plus l'institution r&#233;duit le niveau des exigences intellectuelles (sans le reconna&#238;tre) ; et il est frappant que dans le d&#233;bat public qui a accompagn&#233; cette r&#233;forme, des propositions (qui n'ont pas eu de suite) soient venues sur le devant de la sc&#232;ne concernant la simplification de l'orthographe et celle de notre syst&#232;me de num&#233;ration, dans l'intention bien s&#251;r, encore et toujours, de rendre les apprentissages plus faciles pour toute une partie des &#233;l&#232;ves&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'encha&#238;nement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La baisse du niveau des &#233;l&#232;ves n'est donc rien d'autre en fin de compte que l'effet en miroir de la baisse des exigences intellectuelles d&#233;finies par le pilotage p&#233;dagogique de notre syst&#232;me &#233;ducatif &#224; partir des ann&#233;es 1960/1970. Deux questions restent en suspens. Pourquoi la baisse du niveau ne se manifeste-t-elle qu'&#224; partir de la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 1980, si les conditions en sont cr&#233;&#233;es plus pr&#233;cocement ? Et pourquoi se poursuit-elle jusqu'&#224; aujourd'hui, en prenant une telle ampleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avancer deux &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse concernant son d&#233;marrage tardif. Le premier r&#233;f&#232;re &#224; l'inertie, &#224; la r&#233;sistance au changement de la culture professionnelle enseignante, dont on v&#233;rifie aujourd'hui la r&#233;alit&#233; face aux recommandations minist&#233;rielles concernant l'enseignement de la lecture au CP&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau, &#192; Paris et &#224; New York, comment am&#233;liorer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les premi&#232;res incitations &#224; recourir aux m&#233;thodes actives et &#224; la p&#233;dagogie de la d&#233;couverte remontent certes aux ann&#233;es 1960/70. Mais il faudra pour qu'elles soient pleinement entendues que de nouveaux manuels adapt&#233;s se diffusent, que l'encadrement p&#233;dagogique se convertissent aux nouveaux principes, qu'une partie significative du corps professoral se renouvelle et int&#232;gre de jeunes enseignants form&#233;s aux nouvelles pratiques. Si la loi l'Orientation de 1989 reprend pour les r&#233;affirmer avec beaucoup de force les principe de l'&#233;l&#232;ve au centre et du constructivisme, c'est bien qu'ils n'&#233;taient pas encore pleinement entr&#233;s dans les classes&#8230; Second &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse : si le niveau des &#233;l&#232;ves commence &#224; baisser, alors que les r&#233;quisits conditionnant le d&#233;roulement de leurs &#233;tudes (s'agissant des passages dans la classe sup&#233;rieure, de la r&#233;ussite des examens, de l'entr&#233;e ou du maintien dans telle ou telle fili&#232;re) restent inchang&#233;s, la baisse ne sera gu&#232;re perceptible, surtout dans un contexte historique marqu&#233; par une croissance d&#233;mographique qui compense les sorties pr&#233;coces de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ces deux registres que s'op&#232;re ce qui appara&#238;t aujourd'hui, avec le recul, comme la bascule des ann&#233;es 1980. D'une part c'est la d&#233;cennie o&#249;, dans le contexte de la conqu&#234;te du pouvoir par le PS et de l'oreille du minist&#232;re par la CFDT, la promotion de la p&#233;dagogie de la d&#233;couverte, de la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e, et d'un &#171; savoir minimum garanti &#187; dans lequel les connaissances disciplinaires doivent laisser place &#224; la formation de comp&#233;tences utiles, monte en puissance, et commence &#224; modifier r&#233;ellement la fa&#231;on de conduire les apprentissages. D'autre part l'arriv&#233;e de Chev&#232;nement au minist&#232;re en 1985 va jouer un r&#244;le de d&#233;tonateur, en amenant l'institution scolaire &#224; ent&#233;riner et normaliser la baisse du niveau. On a retenu de son action la cr&#233;ation du bac pro et la conversion de classes de CAP en classes de pr&#233;paration &#224; ce nouveau bac. Mais l'appel &#224; conduire 80% des jeunes g&#233;n&#233;rations au niveau bac et les consignes donn&#233;es aux conseils de classes, en vue de se rapprocher de cet objectif, de limiter drastiquement les redoublements, ont sans doute jou&#233; un r&#244;le plus crucial encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ces consignes vont &#234;tre entendues : de 1987 &#224; 1997 la proportion de sortants du primaire n'ayant redoubl&#233; aucune classe passe de 64 &#224; 77%... alors que, le point est essentiel, les &#233;valuations &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me au long de la m&#234;me d&#233;cennie stagnent en fran&#231;ais et diminuent sensiblement en math&#233;matiques. Logique : par quel miracle supprimer le redoublement sans am&#233;liorer la conduite des apprentissages pourrait-il produire un autre r&#233;sultat ? Les injonctions chev&#232;nementistes ont des effets en cascade consid&#233;rables. Elles ouvrent l'acc&#232;s au secondaire &#224; des &#233;l&#232;ves dot&#233;s d'une formation &#233;l&#233;mentaire (qu'on sait si d&#233;cisive pour toute la suite du cursus) insuffisante, voire gravement insuffisante : ainsi de ceux qui arrivent en 6&#232;me sans &#234;tre encore vraiment lecteurs. Elles sont d&#233;courageantes pour les enseignants, &#224; qui on demande de faire comme si le fait que la mission qui leur a &#233;t&#233; confi&#233;e reste inaboutie n'avait, au fond, pas grande importance (puisque les &#233;l&#232;ves d&#233;faillants poursuivent leur parcours comme si de rien n'&#233;tait). Elles normalisent &#224; chaque niveau l'insuffisance des acquisitions cognitives, avec des r&#233;percussions en cha&#238;ne qui se font progressivement sentir, d&#233;cennie apr&#232;s d&#233;cennie, jusqu'&#224; l'universit&#233;. D&#233;j&#224; engag&#233;e par la r&#233;novation p&#233;dagogique, la baisse des exigences va s'institutionnaliser &#224; tous les degr&#233;s du syst&#232;me &#233;ducatif, examens compris ; et elle est valid&#233;e par l'encadrement minist&#233;riel et acad&#233;mique, recommandant par exemple avec insistance aux jurys de bac de ne pas sanctionner trop s&#233;v&#232;rement les lacunes des candidats, remontant les moyennes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; dipl&#244;mes, les effets du processus sont quasi miraculeux. De 1985 &#224; 1995, en dix ans seulement, la proportion de bacheliers passe de 29 &#224;&#8230;65% d'une cohorte annuelle ; elle a d&#233;pass&#233; aujourd'hui les 80%, pas seulement gr&#226;ce au bac pro, mais aussi au bac g&#233;n&#233;ral. Neuf candidats sur dix d&#233;crochent le dipl&#244;me, dont pr&#232;s des deux tiers avec une mention. On se f&#233;liciterait volontiers de ces superbes performances &#233;ducatives si l'am&#233;lioration des apprentissages &#233;tait &#224; la mesure de leur progression fulgurante. Malheureusement l'&#233;volution des acquisitions cognitives, test&#233;es de d&#233;cennies en d&#233;cennies sur le m&#234;me type d'&#233;preuves, suit en r&#233;alit&#233; une pente totalement inverse : le divorce entre les deux courbes, celle des acquisitions et celle des certifications, ne cessant de se creuser au long des quatre derni&#232;res d&#233;cennies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Satisfaire la curiosit&#233; historiographique n'est &#233;videmment pas le seul enjeu de l'identification des ressorts de la baisse du niveau au long des quatre derni&#232;res d&#233;cennies en France. Si cette identification importe, c'est d'abord parce qu'elle seule peut permettre de d&#233;signer les moyens de stopper l'h&#233;morragie des savoirs dans les jeunes g&#233;n&#233;rations et de redresser la barre. L'analyse men&#233;e ici conduit en la mati&#232;re &#224; une conclusion au fond assez simple : parmi les diff&#233;rents facteurs qui ont pu favoriser la baisse du niveau des &#233;l&#232;ves, le plus d&#233;cisif est la baisse des exigences de l'institution scolaire &#224; leur &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Con&#231;ue comme le passage oblig&#233; d'une prolongation g&#233;n&#233;rale des scolarit&#233;s, la limitation des ambitions &#233;ducatives visait au premier chef les enfants des classes populaires, en raison de l'insuffisance pr&#233;sum&#233;e de leurs ressources linguistiques, intellectuelles et culturelles. &#192; l'exception toutefois des fili&#232;res les plus &#233;litistes, c'est l'ensemble du syst&#232;me scolaire qui s'est trouv&#233; remodel&#233; par les mesures p&#233;dagogiques et institutionnelles prises dans les ann&#233;es 1970 et 1980. Celles-ci n'ont pas permis une v&#233;ritable int&#233;gration des enfants des familles d&#233;favoris&#233;es, qui se sont massivement retrouv&#233;s dans les fili&#232;res d&#233;valoris&#233;es du secondaire ; mais elles ont aussi fini par affecter, comme le montrent les r&#233;sultats des &#233;valuations, la qualit&#233; des acquisitions d'une bonne partie des h&#233;ritiers eux-m&#234;mes &#8211; dont les parents tendent &#224; privil&#233;gier de plus en plus l'enseignement priv&#233;, jug&#233; plus traditionnel, plus efficace et plus protecteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, La crise del'&#233;cole..., op. cit&#233;.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi une forme de m&#233;pris de classe &#8211; celle qui condamne a priori les capacit&#233;s des &#233;l&#232;ves d'origine populaire, plut&#244;t que de s'interroger sur la fa&#231;on dont il conviendrait de mobiliser les ressources r&#233;flexives et logiques dont ils disposent comme tous les &#234;tres de langage &#8211; qui est au d&#233;part de la baisse de niveau, qui l'a entretenue, et qui a fini par gangrener l'ensemble du dispositif &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas d'autre issue, pour r&#233;tablir la qualit&#233; et les performances de notre &#233;cole, que de rompre avec ce m&#233;pris en faisant confiance &#224; l'intelligence de tous les enfants. Et en s'engageant, d&#232;s les petites classes de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, dans une politique p&#233;dagogique porteuse d'une v&#233;ritable exigence intellectuelle, seule &#224; m&#234;me de mettre &#224; disposition des moins bien pourvus les richesses intellectuelles et culturelles dont ils ont besoin pour mener &#224; bien une scolarit&#233; r&#233;ussie. Un tout r&#233;cent constat vient &#224; l'appui de cette conclusion : l'enqu&#234;te Formalect, men&#233;e aupr&#232;s de plus de 9 000 classes de CP et de 150 000 &#233;l&#232;ves, r&#233;v&#232;le que le manuel de CP qui affiche en couverture la mention &#171; Un apprentissage culturel de la lecture &#187;, et se d&#233;marque de fait ostensiblement par son ambition lexicale, litt&#233;raire et esth&#233;tique, s'av&#232;re le plus efficace aussi bien en d&#233;chiffrage qu'en compr&#233;hension, au premier chef parmi les enfants des classes populaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est donc &#224; l'aune, et &#224; l'aune seulement, des besoins inh&#233;rents &#224; la mise en &#339;uvre d'un enseignement ambitieux pour tous que les revendications en mati&#232;re d'horaires d'enseignement et d'encadrement des &#233;l&#232;ves pourront trouver leur pleine l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Petite histoire de la lecture et de son enseignement&lt;/i&gt;, Le Bord de l'eau, Bordeaux, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Humanit&#233; du 27-1-2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce site Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, GRDS, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317#nh2&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317#nh2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Baudelot et Roger Establet, &lt;i&gt;Le niveau monte&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1989 ; et &lt;i&gt;L'&#233;litisme r&#233;publicain&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Todd, &lt;i&gt;Les Luttes de classe en France au XXI&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cour des comptes, &#171; L'enseignement primaire. Une organisation en d&#233;calage avec les besoins de l'&#233;l&#232;ve &#187;, mai 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre-Yves Cusset, &#171; Niveau scolaire : faut-il s'inqui&#233;ter ? &#187;, &lt;i&gt;Note d'analyse &lt;/i&gt; n&#176;155, Haut-Commissariat &#224; la strat&#233;gie et au plan, juin 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marion Rousset, &#171; &lt;i&gt;Le niveau scolaire baisse&lt;/i&gt;. Oui&#8230; et maintenant, que fait-on ?&#034; , &lt;i&gt;Sciences Humaines &lt;/i&gt; n&#176; 384, d&#233;cembre 2025/janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est remarquable &#224; cet &#233;gard de relever la fa&#231;on dont l'institution scolaire a &#171; dig&#233;r&#233; &#187; les travaux de Pierre Bourdieu sur les raisons de l'&#233;chec scolaire, en favorisant la diffusion de la th&#232;se du &#171; handicap socioculturel &#187; qui retient le concept de la transmission familiale de capitaux culturels in&#233;gaux, mais oublie compl&#232;tement la d&#233;nonciation par le sociologue de la complicit&#233; entre l'&#233;cole et les milieux culturels favoris&#233;s (l'&#233;cole n&#233;gligeant d'enseigner elle-m&#234;me une part de ce qu'elle exige de ses publics, celle-ci ne peut d&#232;s lors &#234;tre acquise que par les &#171; h&#233;ritiers &#187;). On peut se reporter sur ce point &#224; l'article de Bourdieu (sans doute le texte le plus complet, synth&#233;tique et percutant qu'il ait &#233;crit sur la question scolaire), &#171; L'&#233;cole conservatrice &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de sociologie&lt;/i&gt;, VII, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;tude de sant&#233; sur l'environnement, la biosurveillance, l'activit&#233; physique et la nutrition&lt;/i&gt;, Sant&#233; Public France et Universit&#233; Paris 13, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/230409/2504914&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/230409/2504914&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Todd, op. cit&#233;, p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Agn&#232;s Joste et Philippe Le Qu&#233;r&#233;, &lt;i&gt;Les programmes de fran&#231;ais : de la stabilit&#233; au soup&#231;on&lt;/i&gt;, GRDS, 2014, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article178#nb77&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article178#nb77&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauver les lettres, Comparaison des horaires en primaire et coll&#232;ge, &lt;a href=&#034;https://www.sauv.net/horcomp.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sauv.net/horcomp.php&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agn&#232;s Joste et Philippe Le Qu&#233;r&#233;, article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phane Bonn&#233;ry (coor.), &lt;i&gt;Temps de l'enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux d&#233;bats&lt;/i&gt;, Fondation Gabriel P&#233;ri, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir St&#233;phane Bonn&#233;ry, &lt;i&gt;Sur la question des temps scolaires&lt;/i&gt;, GRDS, 2025, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article370&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article370&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agn&#232;s Joste et Philippe Le Qu&#233;r&#233; rel&#232;vent &#224; juste titre le caract&#232;re peu compr&#233;hensible de cette mesure, qui se verra justifi&#233;e par la suppression du latin en 6&#232;me. Double paradoxe : on r&#233;duit les horaires au moment o&#249; la pr&#233;occupation dominante est d'am&#233;liorer les apprentissages &#233;l&#233;mentaires afin d'&#233;tayer la g&#233;n&#233;ralisation de l'acc&#232;s au coll&#232;ge ; et on r&#233;duit l'enseignement du fran&#231;ais alors que la suppression du latin, cens&#233; conforter la ma&#238;trise de la langue &#233;crite, aurait command&#233; au contraire de le renforcer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SNUIPP-FSU, &lt;i&gt;Enqu&#234;te CP &#224; 12&lt;/i&gt;, 2018, &lt;a href=&#034;https://81.snuipp.fr/IMG/pdf/Enquete_CP_a_douze_complete.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://81.snuipp.fr/IMG/pdf/Enquete_CP_a_douze_complete.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Merle, &#034;Le d&#233;doublement des classes de CP et CE1 : quel bilan ?&#034; &lt;i&gt;La vie des id&#233;es&lt;/i&gt;, mai 2022, &lt;a href=&#034;https://laviedesidees.fr/Le-dedoublement-des-classes-de-CP-et-CE1-quel-bilan&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://laviedesidees.fr/Le-dedoublement-des-classes-de-CP-et-CE1-quel-bilan&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Jarraud, &#171; Classes d&#233;doubl&#233;es : un bilan tr&#232;s d&#233;cevant &#187;, &lt;i&gt;Le Caf&#233; p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, 30-9-2021, &lt;a href=&#034;https://www.cafepedagogique.net/2021/09/30/classes-dedoublees-un-bilan-tres-decevant&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cafepedagogique.net/2021/09/30/classes-dedoublees-un-bilan-tres-decevant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP, &#171; &#201;valuation de l'impact de la r&#233;duction de la taille des classes de CP et de CE1 en REP+ sur les r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves et les pratiques des enseignants &#187;, &lt;i&gt;Document de travail &lt;/i&gt; n&#176;2021.EO4, septembre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Merle, article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, &lt;i&gt;L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de la lecture. Une enqu&#234;te sur le cas fran&#231;ais&lt;/i&gt;, recherche men&#233;e en partenariat ENS/DEPP, Centre Maurice Halbwachs, Paris, 2024 (&lt;a href=&#034;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-lecture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-lecture&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Merle, article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Lahire, &lt;i&gt;Culture &#233;crite et in&#233;galit&#233;s scolaires&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Lyon, 1993 ; Anne-Sophie Romainville, &lt;i&gt;Les faces cach&#233;es de la langue scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2019. Voir aussi Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La comp&#233;tence m&#233;talangagi&#232;re, cl&#233; de la r&#233;ussite scolaire&lt;/i&gt;, GRDS, 2019, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article301&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article301&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Olivier Mottint, &lt;i&gt;Faut-il renoncer aux p&#233;dagogies actives ?&lt;/i&gt; , GRDS, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article287&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article287&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Perrenoud, Quand l'&#233;cole entend pr&#233;parer &#224; la vie/, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2011, p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui reprend quelques &#233;l&#233;ments d'une analyse d&#233;velopp&#233;e dans mon livre &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nico Hirtt, &lt;i&gt;Sans transmission des savoirs, pas d'esprit critique&lt;/i&gt;, GRDS, 2021, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article326&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article326&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phane Bonn&#233;ry (dir.), &lt;i&gt;Supports p&#233;dagogiques et in&#233;galit&#233;s scolaires&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; cet &#233;gard la critique de Janine Reichstadt, &lt;i&gt;Une &#233;cole plus in&#233;gale parce que plus exigeante ?&lt;/i&gt; GRDS, 2015. &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article215#nh1&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article215#nh1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On en trouvera de nombreux exemples in Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt;, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Les enjeux cach&#233;s de &#171; l'interdisciplinarit&#233; &#187; au coll&#232;ge&lt;/i&gt;, GRDS, 2015, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau, &#192; Paris et &#224; New York, comment am&#233;liorer l'apprentissage de la lecture ?, GRDS, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article358&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article358&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, GRDS, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&lt;/a&gt; ; et &lt;i&gt;La crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La crise del'&#233;cole...&lt;/i&gt;, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de la lecture. Une enqu&#234;te sur le cas fran&#231;ais, recherche men&#233;e en partenariat ENS/DEPP, Centre Maurice Halbwachs, Paris, 2024 (&lt;a href=&#034;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-&lt;/a&gt; lecture). Pour une pr&#233;sentation succincte des r&#233;sultats, voir sur ce site : Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Diffusion et efficacit&#233; des manuels de lecture, une grande premi&#232;re !&lt;/i&gt;, 2022, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php&lt;/a&gt; ? article341 ; et &lt;i&gt;Une note majeure du CSEN&lt;/i&gt;, 2024, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article355&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article355&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;cole &#233;mancipatrice : le d&#233;bat lib&#233;ration/hominisation</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article371</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article371</guid>
		<dc:date>2026-01-07T09:48:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'est au 16&#232;me si&#232;cle, dans le prolongement de la R&#233;forme puis de la Contre-R&#233;forme, que d&#233;bute en France l'alphab&#233;tisation des paysans et des ouvriers. Le potentiel &#233;mancipateur de l'instruction scolaire ne cessera plus d&#232;s lors de hanter les repr&#233;sentations de classe. Si les uns le redoutent et les autres l'esp&#232;rent, dominants et domin&#233;s n'en entretiennent pas moins, chacun de leur c&#244;t&#233;, un rapport contradictoire &#224; la scolarisation. &lt;br class='autobr' /&gt;
1 &#8211; Une aura d'&#233;mancipation &lt;br class='autobr' /&gt;
Attentes contradictoires (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Controverses p&#233;dagogiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH119/arton371-dd45b.png?1790688752' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='119' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est au 16&#232;me si&#232;cle, dans le prolongement de la R&#233;forme puis de la Contre-R&#233;forme, que d&#233;bute en France l'alphab&#233;tisation des paysans et des ouvriers. Le potentiel &#233;mancipateur de l'instruction scolaire ne cessera plus d&#232;s lors de hanter les repr&#233;sentations de classe. Si les uns le redoutent et les autres l'esp&#232;rent, dominants et domin&#233;s n'en entretiennent pas moins, chacun de leur c&#244;t&#233;, un rapport contradictoire &#224; la scolarisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; Une aura d'&#233;mancipation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Attentes contradictoires des classes dominantes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant eux-m&#234;mes b&#233;n&#233;fici&#233; d'instruction, les puissants ont laiss&#233;, du 17&#232;me si&#232;cle &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle, nombre de traces &#233;crites de cette hantise, en forme de conseil de sagesse &#224; l'intention du peuple : mieux vaut &#233;viter l'instruction, ou une instruction trop pouss&#233;e, source &#171; d'orgueil et de pr&#233;somption &#187; (Richelieu) et exposant in&#233;luctablement au d&#233;classement et &#224; la frustration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je reprends dans ce propos liminaire des observations d&#233;velopp&#233;es dans une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En m&#234;me temps, la conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une certaine formation de la main d'&#339;uvre, explicitement th&#233;oris&#233;e par les physiocrates d&#232;s le milieu du 18&#232;me si&#232;cle, va na&#238;tre et s'affirmer en accompagnement de l'&#233;mergence et de l'essor de l'accumulation du capital. La crainte d'un peuple instruit se manifestera de plus en plus d&#232;s lors sous deux formes. &#192; travers le souci d'une part que la scolarisation, puisqu'elle est devenue in&#233;vitable, inculque le respect de l'ordre &#233;tabli, souci tr&#232;s cr&#251;ment explicite sous la plume d'un Guizot ou d'un Ferry, et qui se fera plus discret au 20&#232;me si&#232;cle, en fonction de l'&#233;volution des rapports de force id&#233;ologiques. Et d'autre part &#224; travers la mise en &#339;uvre de politiques scolaires veillant &#224; la fois : &#224; satisfaire les besoins du patronat en main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e ; et &#224; contenir autant que possible les flux scolaires au minimum indispensable. Le cloisonnement du primaire et du secondaire a permis de tenir ce double imp&#233;ratif tout au long de la Troisi&#232;me R&#233;publique, et jusqu'aux ann&#233;es 1950. Institu&#233;e &#224; partir des ann&#233;es 1960 sous l'incitation du CNPF d'alors, l'&#171; &#233;cole unique &#187; de la 5&#232;me R&#233;publique conjuguera l'ouverture &#224; tous du secondaire, assurant ainsi l'am&#233;lioration g&#233;n&#233;rale des formations initiales ; et la mise en place d'un appareil de s&#233;lection et d'orientation vers les fili&#232;res d&#233;valoris&#233;es du secondaire, limitant, mais moins efficacement, les aspirations populaires aux &#233;tudes longues. Les r&#233;formes du minist&#232;re Blanquer, pour la p&#233;riode r&#233;cente, illustrent bien cette m&#234;me ligne de conduite : consentant &#224; l'effort financier du d&#233;doublement de nombreuses classes de CP dans l'espoir d'am&#233;liorer les acquisitions de base du lire-&#233;crire (rappelons que l'actuel MEDEF participe activement aux agences r&#233;gionales et nationale de lutte contre l'illettrisme) ; et limitant &#224; l'autre bout du parcours les prolongations d'&#233;tudes potentielles par les r&#233;organisations drastiques du lyc&#233;e, du baccalaur&#233;at, et de l'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Attentes contradictoires des classes populaires&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des classes populaires, les attentes vis-&#224;-vis de l'&#233;cole peuvent &#234;tre approch&#233;es &#224; partir du t&#233;moignage d'observateurs ext&#233;rieurs, ou d&#233;duites des comportements av&#233;r&#233;s &#224; l'&#233;gard des possibilit&#233;s de scolarisation. T&#233;moignages et comportements constat&#233;s convergent, attestant l'existence s&#233;culaire d'une frustration inh&#233;rente &#224; l'exclusion des savoirs de l'&#233;crit, et d'une valorisation corr&#233;lative des connaissances transmises par l'&#233;cole qui ne saurait vraisemblablement porter sur leur seule utilit&#233; pratique. L'importance de la fraction de la population concern&#233;e ne saurait certes &#234;tre estim&#233;e pr&#233;cis&#233;ment, mais sa r&#233;alit&#233; n'est pas contestable. Tout au long des quatre si&#232;cles du processus d'alphab&#233;tisation de masse en France, on constate que la fr&#233;quentation des &#233;coles communales et des &#233;coles de paroisse est assur&#233;e d&#232;s que les conditions &#233;conomiques le permettent, au-del&#224; de ceux pour qui les connaissances acquises ont une utilit&#233; professionnelle ou sociale. Cette demande populaire d'acc&#232;s au savoir se manifestera tout aussi bien, une fois l'instruction &#233;l&#233;mentaire &#233;tablie pour tous, par des pratiques de prolongation des &#233;tudes d&#232;s que les conditions en sont r&#233;unies. Un &#233;pisode beaucoup plus r&#233;cent est sans doute particuli&#232;rement r&#233;v&#233;lateur &#224; cet &#233;gard. Dans les ann&#233;es 1960, les classes populaires s'approprient les nouvelles possibilit&#233;s d'acc&#232;s au coll&#232;ge de fa&#231;on quasi imm&#233;diate : en l'espace d'&#224; peine une d&#233;cennie &#8211; et alors que la pression de la d&#233;sindustrialisation et du ch&#244;mage de masse est encore &#224; venir &#8211; la proportion de parents ouvriers souhaitant que leurs enfants poursuivent leurs &#233;tudes jusqu'&#224; l'enseignement sup&#233;rieur passe de 15 &#224; 64%...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, l&#224; non plus, le rapport &#224; l'&#233;cole n'est pas d&#233;pourvu de contradictions : dans la m&#234;me p&#233;riode historique, une partie des parents ouvriers dont les enfants avaient de bons r&#233;sultats scolaires pouvaient avoir tendance &#224; les freiner, &#224; les retenir, par peur qu'&#224; quitter les protections du quartier ou de la cit&#233;, &#224; s'&#233;manciper des solidarit&#233;s de classe, ils s'exposent &#224; des risques inconsid&#233;r&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Destins ouvriers. La fin d'une classe ? PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La demande de scolarisation l'emportera toutefois massivement, comme en t&#233;moigne aujourd'hui ce constat souvent m&#233;connu : les parents ouvriers consacrent autant de temps &#224; l'aide au travail scolaire que les parents cadres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une inscription dans la culture nationale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du sommet au bas de l'&#233;chelle sociale, la conviction du caract&#232;re &#233;mancipateur de l'&#233;ducation scolaire s'av&#232;re ainsi largement partag&#233;e. Au point de s'inscrire de longue date dans la culture nationale. Les sentences de Victor Hugo, qui portent haut les vertus de l'&#233;ducation scolaire, ne font-elles pas toujours r&#233;f&#233;rence aujourd'hui, apr&#232;s bient&#244;t deux si&#232;cles ? &#171; Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne &#187;, &#233;crit-il &#224; l'issue de la visite d'un bagne. Et cette autre formule rest&#233;e fameuse : &#171; Ouvrez une &#233;cole, vous fermerez une prison &#187;. Comment mieux identifier la scolarisation &#224; un processus de lib&#233;ration qu'en contrastant l'&#233;cole et la prison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'en disent les enseignants eux-m&#234;mes ? Nombre d'entre eux revendiquent cette identification, la proclament m&#234;me, de fa&#231;on insistante. Longtemps premi&#232;re organisation des enseignants du primaire, le SNI (Syndicat National des Instituteurs) ne d&#233;nomme-t-il pas d&#232;s 1929 sa revue hebdomadaire &#171; L'&#233;cole lib&#233;ratrice &#187; ? Et l'une des tendances internes de la FSU (F&#233;d&#233;ration Syndicale Unitaire), organisation aujourd'hui majoritaire dans le corps enseignant, n'a-t-elle pas choisi quant &#224; elle de s'intituler &#171; &#201;cole &#233;mancip&#233;e &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, former des citoyens libres, inform&#233;s, responsables, &#233;mancip&#233;s de l'ignorance et des pr&#233;jug&#233;s, capables de juger en conscience et raison des affaires du monde : voil&#224;, dans la lign&#233;e hugolienne, une fa&#231;on de d&#233;finir ce que peut (et ce que doit) faire l'&#233;ducation scolaire qui recueille un large consensus, dans et hors l'&#233;cole. Parmi les plus fermement convaincus de ce que l'&#233;cole perdrait son sens &#224; abandonner toute vis&#233;e &#233;mancipatrice, il y a toutefois deux fa&#231;ons diff&#233;rentes de penser les implications de cette vis&#233;e en mati&#232;re de p&#233;dagogie &#233;ducative.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 &#8211; L'&#233;ducation scolaire &#171; au service de la lib&#233;ration &#187; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour un courant minoritaire mais tr&#232;s vivace, le souci prioritaire de l'&#233;ducation scolaire doit &#234;tre de former des adultes pr&#234;ts &#224; s'engager dans les luttes pour la justice sociale. Le penseur phare au plan mondial de ce courant de pens&#233;e, auquel on peut sans doute rattacher pour la France C&#233;lestin Freinet et ses h&#233;ritiers, est sans conteste le Br&#233;silien Paulo Freire, dont l'ouvrage &lt;i&gt;La P&#233;dagogie des opprim&#233;s&lt;/i&gt; (1968) a connu un succ&#232;s mondial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s une &#233;tude de 2016 cit&#233;e par Ir&#232;ne Pereira dans sa pr&#233;face &#224; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui int&#233;resse l'auteur dans le processus &#233;ducatif est sa contribution potentielle &#224; l'&#233;mancipation des damn&#233;s de la terre, paysans br&#233;siliens analphab&#232;tes en l'occurrence, et leur lib&#233;ration de l'oppression (rappelons que Freire a &#233;t&#233; nomm&#233; par le pr&#233;sident br&#233;silien d&#233;mocrate de l'&#233;poque, Joao Goulart, peu avant le coup d'&#201;tat militaire de 1964, responsable d'un programme national d'alphab&#233;tisation). L'enjeu prioritaire de l'&#233;ducation n'est pas pour lui de favoriser l'&#233;mancipation individuelle de ses b&#233;n&#233;ficiaires, leur promotion personnelle, le but de l'&#233;cole n'est pas de jouer le r&#244;le d'un ascenseur social, autrement dit, mais bien de se mettre &#171; au service de la lib&#233;ration &#187;, selon sa propre expression, au service donc de l'abolition des rapports de domination et d'exploitation. L'&#233;ducateur est &#233;videmment suppos&#233; s'investir lui-m&#234;me dans cette perspective : aussi Freire pose-t-il d'embl&#233;e la relation &#233;ducateur/&#233;duqu&#233;s comme une relation entre &#171; camarades &#187;, dans laquelle chacun apprend de l'autre, l'&#233;ducateur se mettant lui-m&#234;me &#224; l'&#233;coute des &#233;duqu&#233;s et apprenant de leurs conditions de vie et de leurs besoins. Pas de relation surplombante donc ici, dans laquelle l'&#233;ducateur viendrait d&#233;verser son savoir &#224; l'intention d'&#233;l&#232;ves passifs, qu'il remplirait comme autant de r&#233;ceptacles vides : on comprend la s&#233;duction que l'approche de la relation &#233;ducative telle que con&#231;ue par Freire a pu exercer aupr&#232;s des tenants europ&#233;ens de l'&#233;ducation nouvelle. Cette conception du rapport p&#233;dagogique comme une relation dialogique entre camarades a un objet prioritaire : la &#171; conscientisation &#187; des &#233;duqu&#233;s. Ceux-ci n'ont certes pas eu besoin d'un &#233;ducateur pour prendre conscience de leur condition d'opprim&#233;s ; mais l'&#233;ducateur doit leur permettre d'acc&#233;der &#224; la compr&#233;hension des rapports sociaux structurant et perp&#233;tuant leur condition de classe, leur situation d'opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif premier de l'&#233;ducation, pour Paolo Freire, est donc d'armer intellectuellement les opprim&#233;s pour leurs luttes de lib&#233;ration. Sans doute avait-il en t&#234;te un processus d'&#233;ducation populaire, pas n&#233;cessairement scolaire au sens o&#249; nous l'entendons, et s'adressant autant &#224; des adultes qu'&#224; des jeunes. Il reste que ses r&#233;flexions &#224; l'&#233;gard de la relation entre &#233;ducateur et &#233;duqu&#233;s, comme &#224; l'&#233;gard des objectifs qu'il assigne &#224; leur dialogue, interpellent tout aussi bien les protagonistes de la p&#233;dagogie proprement scolaire. Il serait ainsi difficile de ne pas &#233;voquer ici la figure du Fran&#231;ais C&#233;lestin Freinet, qui lui aussi pensait que l'&#233;cole devait permettre aux enfants d'ouvriers et de paysans de s'approprier les savoirs et savoir-faire dont ils auraient besoin dans leur r&#233;sistance de classe et leurs luttes pour la justice sociale&#8230; et qui insistait sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper &#224; cet effet leur conscience citoyenne et solidaire via l'organisation de la &#171; communaut&#233; scolaire &#187;, de les doter de capacit&#233;s d'auto-organisation, de communication &#233;crite et orale, et de diffusion de leurs id&#233;es en s'initiant &#224; l'usage de l'imprimerie. Nous voulons &#171; ouvrir l'&#233;cole sur la vie &#187;, &#233;crit-il, &#171; nous voulons comme fin de l'&#233;ducation, non pas la seule acquisition des connaissances, le d&#233;veloppement du savoir (&#8230;) mais la formation humaine et sociale du travailleur et le d&#233;veloppement du vouloir. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#233;lestin Freinet, &#171; L'&#233;cole du travail &#187;, revue Clart&#233; n&#176;62, 1924.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 &#8211; L'&#233;ducation scolaire comme moment du processus d'hominisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; C'est une tout autre fa&#231;on de penser la relation &#233;ducative et son potentiel &#233;mancipateur que celle qui s'autorise d'une perspective anthropologique. Dans son c&#233;l&#232;bre article &#171; Les dons n'existent pas &#187;, de 1964, Lucien S&#232;ve rel&#232;ve que : &#171; Chez l'homme, ce n'est pas dans un patrimoine biologique que se fixent les progr&#232;s de l'esp&#232;ce, mais (&#8230;) dans un patrimoine social (instruments de production, institutions, langage, culture etc.&#8230;), &#224; partir duquel chaque individu, qui n'est au d&#233;part qu'un &lt;i&gt;candidat &#224; l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, fait l'essentiel de son apprentissage d'homme. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, &#034;Les dons n'existent pas&#034;, L'&#201;cole et la nation, octobre 1964.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; S&#232;ve cite &#224; cet &#233;gard le psychologue sovi&#233;tique L&#233;ontiev, selon lequel &#171; Le processus essentiel dans le d&#233;veloppement de l'enfant, processus absent chez l'animal, est l'assimilation ou &#171; appropriation &#187; de l'exp&#233;rience accumul&#233;e par l'humanit&#233; au cours de l'histoire de la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; &#187;. Et S&#232;ve poursuit : &#171; Le r&#244;le d&#233;cisif de cette appropriation sociale est particuli&#232;rement &#233;vident lors de l'acquisition du langage, qui creuse un ab&#238;me entre les possibilit&#233;s de l'animal et celles de l'homme (&#8230;) On peut exprimer cette diff&#233;rence essentielle entre l'homme et l'animal en disant que l'un des traits sp&#233;cifiques de l'homme, c'est de na&#238;tre absolument pr&#233;matur&#233; du point de vue psychique, et &lt;i&gt;de ne pouvoir devenir un homme adulte que gr&#226;ce &#224; une tr&#232;s longue enfance sociale&lt;/i&gt; &#187; (soulign&#233; par moi, JP T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; tr&#232;s longue enfance de l'homme &#187; est &#224; penser comme un processus d'hominisation des membres individuels de l'esp&#232;ce humaine (&#224; distinguer de l'hominisation en tant que processus permettant l'&#233;mergence historique de cette derni&#232;re) : les propri&#233;t&#233;s de l'esp&#232;ce &#8211; le langage, la production organis&#233;e d'outils, jusqu'&#224; la marche debout elle-m&#234;me &#8211; restent ext&#233;rieures &#224; ses repr&#233;sentants individuels jusqu'&#224; ce qu'ils se les soient activement appropri&#233;es. L'hominisation individuelle est donc d&#233;pendante de l'action &#233;ducative des adultes, laquelle vise &#224; permettre aux nouveaux arrivants de s'approprier la richesse des savoirs et savoir-faire repr&#233;sentant le patrimoine social-historique constitu&#233;. La socialisation scolaire est un moment de cette action &#233;ducative, moment centr&#233; sur la transmission de la culture &#233;crite (au sens large des savoirs et savoir-faire p&#233;n&#233;tr&#233;s de litt&#233;racie, incluant notamment les savoirs modernes des techniques du corps et de la technologie). De nos jours c'est le premier temps de la scolarisation qui est consacr&#233; &#224; la transmission du patrimoine social-historique : c'est celui auquel nous nous int&#233;resserons ici (le second &#233;tant d&#233;volu aux formations sp&#233;cialis&#233;es et professionnalisantes, o&#249; les questions se posent de fa&#231;on quelque peu diff&#233;rente).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interroger la mission de l'&#233;cole d'un point de vue anthropologique a bien s&#251;r des effets propres, au plan tant des contenus &#224; transmettre que des modalit&#233;s de leur transmission : ce sont eux que nous allons maintenant examiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les contenus &#224; transmettre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les contenus &#224; transmettre ne sauraient pour leur part faire l'objet d'une d&#233;finition conjointe de l'&#233;ducateur et des &#233;duqu&#233;s, comme Freire propose qu'ils le soient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le contenu du programme &#233;ducatif n'est pas un don ou une imposition &#8211; un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette posture a quelque sens dans le cas d'un programme d'&#233;ducation populaire et d'alphab&#233;tisation des adultes, mais elle n'est pas transposable dans un cadre proprement scolaire. Il est de la responsabilit&#233; de l'&#233;cole dans l'hominisation de ses jeunes publics de leur permettre l'appropriation des bases de la culture &#233;crite, une culture qui existe ind&#233;pendamment d'eux, et tout aussi bien de leurs enseignants ; et dont seuls ces derniers, ceux qui la poss&#232;dent d&#233;j&#224;, sont en mesure de penser la transmission organis&#233;e, parce qu'ils ont l'exp&#233;rience pr&#233;alable de son acquisition, comme des r&#233;ussites et des &#233;checs des modalit&#233;s possibles de sa transmission&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est bien ce que, au Br&#233;sil m&#234;me, admet aujourd'hui le p&#233;dagogue Dermeval (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qui plus est une conception d&#233;mocratique de l'action scolaire dans le monde d'aujourd'hui implique l'acquisition par ses b&#233;n&#233;ficiaires d'une culture commune de haut niveau ; elle suppose donc une forte exigence intellectuelle &#224; l'&#233;gard des publics populaires, seule de nature &#224; contrebattre l'effet in&#233;galitaire des transmissions lignag&#232;res du capital culturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La relation p&#233;dagogique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle d&#233;finition des contenus de l'enseignement scolaire n'est pas compatible avec une conception de la relation p&#233;dagogique en termes de dialogue entre camarades. Celle-ci, promue par Paolo Freire, a certes un c&#244;t&#233; tr&#232;s s&#233;duisant. Penser la position de l'&#233;ducateur comme celle d'un &#171; alli&#233; dans la place &#187;, comme le propose Marcel Gauchet, para&#238;t cependant bien plus appropri&#233;, cette formulation pr&#233;servant l'exigence d'une posture bienveillante de l'&#233;ducateur tout en soulignant, pr&#233;cis&#233;ment, l'in&#233;galit&#233; des &#171; places &#187; respectivement occup&#233;es dans la relation p&#233;dagogique. L'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s comme aux savoir-faire complexes a toujours besoin d'un passeur &#171; qui sera d'autant plus s&#251;r qu'il ne cache rien des emb&#251;ches du parcours &#224; franchir &#187; souligne le philosophe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel Gauchet, in Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l'efficience d'un bon passeur ne tient-elle pas &#224; la position toujours quelque peu surplombante qu'il occupe dans un processus d'apprentissage dont il organise la progressivit&#233; et dont il anticipe les obstacles, attentif &#224; la disponibilit&#233; des moyens de les surmonter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La contestation d'une position surplombante&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occuper une position surplombante n'est toutefois pas sans risque : celui d'assigner les &#233;duqu&#233;s &#224; la passivit&#233;, &#224; tout le moins d'encourager chez eux un d&#233;faut de l'engagement intellectuel qu'exigerait la r&#233;ussite des apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que Paolo Freire ne soit pas le seul, parmi les tenants d'une &#233;ducation r&#233;ellement &#233;mancipatrice, &#224; avoir contest&#233; la n&#233;cessit&#233; d'un tel surplomb. L'argument est r&#233;current : des apprentissages op&#233;r&#233;s sous la conduite d'un guide ne vont pas sans s'accompagner de l'imposition de contraintes, sans empi&#232;tements sur ce que pourrait &#234;tre la libre appropriation des savoirs par les &#233;duqu&#233;s. Or vouloir &#233;manciper en contraignant n'a-t-il pas quelque chose d'une aporie ? De fait, sous des formes vari&#233;es, des &lt;i&gt;Libres enfants de &lt;i&gt;Summerhill&lt;/i&gt;&lt;/i&gt; &#224; Ivan Illitch, les voix n'ont pas manqu&#233; depuis un si&#232;cle, projets d'&#233;coles voire exp&#233;rimentations &#224; l'appui, pour s'&#233;lever contre le principe d'une &#233;ducation s'appuyant sur la contrainte. Les plus radicales vont jusqu'&#224; soumettre enti&#232;rement les apprentissages aux desiderata des enfants ; d'autres, plus subtiles ou plus perverses, comme on voudra, telle la p&#233;dagogie montessorienne, maintiennent le principe d'un apprentissage enti&#232;rement guid&#233;&#8230; mais guid&#233; par le mat&#233;riel &#233;ducatif &#224; disposition, lequel dissimule sous une apparente neutralit&#233; l'imposition de fait d'une volont&#233; ext&#233;rieure &#224; l'enfant. Une volont&#233; qui n'est pas seulement intellectuelle &#8211; celle qui pr&#233;forme les modalit&#233;s des apprentissages &#8211; mais qui est tout aussi bien celle d'une autorit&#233; elle aussi invisibilis&#233;e, mais tr&#232;s efficace : une fois dans sa classe d'&#233;cole, personne n'oblige l'enfant &#224; s'emparer des mat&#233;riels &#224; disposition et &#224; s'investir dans les apprentissages, mais il ne lui serait humainement gu&#232;re possible de ne pas le faire, sauf &#224; supporter un ennui exorbitant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4 &#8211; La double face de la relation p&#233;dagogique : transmission et appropriation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; propos du &#171; ma&#238;tre ignorant &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces voix, l'une des plus r&#233;centes mais pas la moindre, celle de Jacques Ranci&#232;re, m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te. Son ouvrage consacr&#233; &#224; Joseph Jacotot, le &#171; ma&#238;tre ignorant &#187;, se conclut sur l'&#233;pitaphe port&#233;e en 1840 par ses disciples sur la tombe de ce p&#233;dagogue napol&#233;onien : &#171; Je crois que Dieu a cr&#233;&#233; l'&#226;me humaine capable de s'instruire toute seule et sans ma&#238;tre &#187; ; &#233;pitaphe que Ranci&#232;re qualifie de &#171; v&#233;ritable credo de l'&#233;mancipation intellectuelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant, 10/18, Fayard, Paris, 1987, p. 230.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'anecdote &#224; l'origine de cette conviction est connue : lecteur de fran&#231;ais en 1818 &#224; l'universit&#233; de Louvain mais ignorant le flamand, Jacotot demande &#224; des &#233;tudiants qui voulaient mieux comprendre ce qu'il enseignait d'apprendre le fran&#231;ais, qu'ils ne connaissaient pas ; et il leur confie &#224; cette fin une version bilingue du T&#233;l&#233;maque de F&#233;nelon. Ceux-ci s'ex&#233;cutent sans autre aide que celle de cet ouvrage, et &#224; sa grande surprise, parviennent &#224; une ma&#238;trise jug&#233;e remarquable de notre langue. Jacotot en inf&#232;re que le ma&#238;tre efficace est le ma&#238;tre absent, qui n'explique rien, qui se contente d'inviter ses &#233;l&#232;ves &#224; l'appropriation autonome des savoirs : et qui de mieux pour assumer cette posture que celui qui ignore la mati&#232;re &#224; s'approprier, qu'un &#171; ma&#238;tre ignorant &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on vraiment conclure de cet &#233;pisode que le meilleur des ma&#238;tres est celui qui laisse les &#233;duqu&#233;s totalement libres dans la conduite de leurs propres apprentissages ? Ranci&#232;re pare &#224; une premi&#232;re objection. Jacotot n'a pas laiss&#233; le choix &#224; ses &#233;tudiants, il a d&#233;cid&#233; que ce n'&#233;tait pas &#224; lui d'apprendre le flamand mais &#224; eux d'apprendre le fran&#231;ais, et il les a mis en demeure de le faire sans son appui, et avec le seul secours d'un ouvrage bilingue. Et Ranci&#232;re de reconna&#238;tre &#224; cet &#233;gard qu'ils &#171; avaient appris sans ma&#238;tre explicateur, mais non pas pour autant sans ma&#238;tre. &#187; De fait, souligne-t-il, &#171; L'homme &#8211; et l'enfant en particulier &#8211; peut avoir besoin d'un ma&#238;tre quand sa volont&#233; n'est pas assez forte pour le mettre et le tenir sur sa voie. &#187; Mais la suj&#233;tion qui s'instaure alors, poursuit-il, est de volont&#233; &#224; volont&#233; : elle n'est pas d'intelligence &#224; intelligence. Au contraire : en imposant sa volont&#233; &#224; ses &#233;tudiants, Jacotot a lib&#233;r&#233; leur intelligence, il a &#171; retir&#233; son intelligence du jeu pour laisser leur intelligence aux prises avec celle du livre. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant, ibid., pp. 24-25.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Quand Ranci&#232;re qualifie Jacotot de &#171; ma&#238;tre &#233;mancipateur &#187;, ce n'est donc pas au sens d'une &#233;mancipation sociale et politique &#8211; on n'est plus ici chez Freire ou Freinet &#8211; mais d'une &#171; &#233;mancipation intellectuelle &#187;. En se refusant &#224; enseigner, Jacotot a cr&#233;&#233; un manque que ses &#233;tudiants ont d&#251; combler avec leurs propres forces. Ira-t-on jusqu'&#224; dire qu'ils se sont instruits &#171; tout seuls et sans ma&#238;tre &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur r&#233;ussite doit incontestablement beaucoup &#224; l'intensit&#233; de leur investissement psychique et &#224; la mobilisation autonome de leur propre intelligence. On ne saurait toutefois oublier qu'il s'agit de jeunes adultes que leur parcours pr&#233;-universitaire a pr&#233;alablement dot&#233; d'un bagage intellectuel cons&#233;quent, et notamment des ressources intellectuelles suffisantes pour leur permettre de tirer profit de l'outil de transcription bilingue que leur ma&#238;tre leur avait confi&#233;&#8230; et qu'il avait mis &#224; leur disposition car il savait, tout ignorant qu'il fut, qu'ils ne pourraient s'en passer. Qu'un groupe d'&#233;tudiants, invit&#233;s par leur enseignant &#224; adopter une posture de recherche &#224; l'&#233;gard d'une question qu'il leur a donn&#233; les moyens de r&#233;soudre par eux-m&#234;mes, r&#233;pondent &#224; sa sollicitation, n'est pas forc&#233;ment tr&#232;s exceptionnel. Ce que d&#233;montre sans doute surtout cette exp&#233;rience, c'est combien l'intelligence humaine peut surmonter d'obstacles, d&#232;s lors d'une part qu'elle dispose des ressources de pens&#233;e et des outils intellectuels ad&#233;quats ; et qu'elle mobilise activement, d'autre part, l'&#233;nergie psychique appropri&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on peut tirer un enseignement p&#233;dagogique g&#233;n&#233;ral de l'affaire, c'est bien celui-l&#224;. Les &#233;tudiants de Jacotot n'ont pas &#339;uvr&#233; &#224; partir de rien : ils avaient pr&#233;alablement form&#233; leurs capacit&#233;s intelligentes sous la houlette de ma&#238;tres qui connaissaient les exigences de progressivit&#233; et de cumulation propres &#224; tout apprentissage. L'on sait d'ailleurs bien que les intuitions g&#233;niales ne surgissent que l&#224; o&#249; le terrain est d&#233;j&#224; fortement labour&#233;. Autrement dit, l'anticipation et la programmation des apprentissages, et donc leur subordination &#224; une intelligence ext&#233;rieure, sont bien des modalit&#233;s indispensables de la transmission du patrimoine aux jeunes g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La mobilisation active des &#233;duqu&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne suffit pas. Pour que cette transmission soit effective, il y faut une seconde condition : la mobilisation active de l'intelligence des &#233;duqu&#233;s, gr&#226;ce &#224; laquelle ce qui se donnait comme transmission appara&#238;tra en r&#233;alit&#233; comme appropriation. Le challenge assum&#233; par les &#233;tudiants de Louvain est tr&#232;s explicite &#224; cet &#233;gard. Pour qu'un apprentissage soit r&#233;ussi, il est donc imp&#233;ratif qu'il rel&#232;ve &#224; la fois de la transmission et de l'appropriation. Mais est-il pour autant indispensable &#224; cette fin que l'&#233;ducateur &#171; retire son intelligence du jeu &#187; (Ranci&#232;re), qu'il soit ou se fasse ma&#238;tre absent, ma&#238;tre ignorant ? N'y a-t-il pas d'autres fa&#231;ons d'encourager ou de susciter les investissements psychiques des &#233;duqu&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut juger pr&#233;f&#233;rable le recours &#224; ce que Samuel Johsua d&#233;signait, d'une heureuse expression, comme la &#171; libido cognitive &#187; des &#233;duqu&#233;s. La curiosit&#233; intellectuelle, le besoin de savoir, le d&#233;sir de conna&#238;tre la fin de l'histoire sont des ressorts puissants et massivement partag&#233;s de ladite &#171; &#226;me humaine &#187; &#8211; ce dont le r&#233;cit de la Gen&#232;se, rappelons-le au passage, porte d&#233;j&#224; t&#233;moignage ! &#8211; Faire jouer ce mobile par une mise en sc&#232;ne qui &#171; probl&#233;matise &#187; les savoirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le t&#233;moignage par Nicolas Kaczmarek de la fa&#231;on dont il conduit les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a un double avantage. C'est une d&#233;marche plus r&#233;aliste que celle de Jacotot, en ce qu'elle n'oublie pas que dans la dynamique du processus &#233;ducatif, si la transmission n'est rien sans appropriation, l'inverse est tout aussi vrai : l'appropriation se nourrit de transmission, et pas d'un ma&#238;tre absent. Et c'est une d&#233;marche qui &#233;mancipe la connaissance de toute finalit&#233; utilitariste, qui invite et enseigne &#224; apprendre pour le seul plaisir de la connaissance et de l'intellection des choses du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les d&#233;rives d'une pr&#233;occupation trop unilat&#233;rale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir de la mise en activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves, le souci de se pr&#233;munir contre le risque qu'elle soit ob&#233;r&#233;e par le discours &#171; transmissif &#187; du ma&#238;tre, si fortement port&#233;s par Jacotot et soutenus par Ranci&#232;re, ont constitu&#233; un axe recteur de la r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1960/70 en France, donnant lieu &#224; une forte valorisation de la p&#233;dagogie dite &#171; constructiviste &#187; ou &#171; de la d&#233;couverte &#187;. On sait aujourd'hui, apr&#232;s quatre d&#233;cennies de baisse r&#233;guli&#232;re des acquisitions cognitives des &#233;l&#232;ves &#224; chaque niveau du parcours scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que cette d&#233;marche a eu, pour le moins, peu de r&#233;sultats. Ce constat ne remet &#233;videmment pas en cause la n&#233;cessit&#233; de mettre les &#233;l&#232;ves en position d'appropriation active des savoirs. Il atteste seulement que la fa&#231;on dont le souci constructiviste a &#233;t&#233; mis en &#339;uvre n'a pas eu l'efficacit&#233; escompt&#233;e, et qu'il n'est pas parvenu &#224; favoriser la transmission des savoirs. Comme l'observe Jean-Pierre Astolfi, le constructivisme, s'il &#171; ne devrait pas faire discussion dans son principe &#187;, implique une &#171; ing&#233;nierie didactique complexe &#187;, d&#233;licate &#224; concevoir et &#224; mettre en &#339;uvre, qui doit &#224; la fois mobiliser les &#233;l&#232;ves et &#234;tre ad&#233;quate &#224; l'objectif cognitif vis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Astolfi, La Saveur des savoirs, ESF, 2008. Pour une pr&#233;sentation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De fait, un certain nombre d'observations men&#233;es en France dans les salles de classe sugg&#232;rent, de fa&#231;on r&#233;currente, combien l'intention d'amener les &#233;l&#232;ves &#224; &#171; construire leurs savoirs &#187; pouvait facilement les induire en erreur quant &#224; la nature des savoirs vis&#233;s, et cela sans que l'enseignant ait conscience des m&#233;prises auxquelles il les exposait. Une bonne conduite des apprentissages scolaires suppose une &#233;gale attention port&#233;e aux deux faces du processus &#233;ducatif, transmission et appropriation. L'on voit ici que la qu&#234;te d'une implication active des &#233;l&#232;ves, lorsqu'elle m&#233;conna&#238;t les exigences de la transmission (&#224; commencer par la claire identification des savoirs vis&#233;s), peut grever lourdement la conduite des apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tr&#232;s nombreuses enqu&#234;tes internationales attestent la port&#233;e g&#233;n&#233;rale de cette observation. De fait, la synth&#232;se r&#233;alis&#233;e par J. Hattie de plus de 800 m&#233;ta-analyses synth&#233;tisant elles-m&#234;mes quelque 50 000 &#233;tudes auxquelles ont pris part des dizaines de millions de participants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Hattie, Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; conclut que les p&#233;dagogies priorisant la mise en activit&#233; des &#233;l&#232;ves, qu'elles soient bas&#233;es sur la r&#233;solution de probl&#232;mes, la d&#233;couverte, l'enqu&#234;te, l'exp&#233;rimentation, sont syst&#233;matiquement et tr&#232;s sensiblement moins efficaces que les p&#233;dagogies explicites, caract&#233;ris&#233;es par un &#171; guidage &#187; important de l'enseignant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire la pr&#233;sentation et le commentaire de cette synth&#232;se que propose Olivier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Soulignons-le encore : de tels constats ne sont pas &#224; entendre comme des encouragements &#224; abandonner le souci de la mise en activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves, car c'est bien leur intelligence que sollicite un guidage bien men&#233; des apprentissages ; mais ils confirment que ce guidage rel&#232;ve d'une &#171; ing&#233;nierie didactique complexe &#187; dans laquelle il n'est pas si facile de faire tenir ensemble la mise en activit&#233; intellectuelle effective des &#233;l&#232;ves et l'encadrement organis&#233; de leurs apprentissages, sans que l'une de ces deux exigences de la relation p&#233;dagogique n'empi&#232;te sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5 &#8211; La socialisation scolaire aujourd'hui a-t-elle des effets &#233;mancipateurs ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le fort impact de la scolarisation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;largissons la question : que sait-on de l'impact r&#233;el de la scolarisation sur ses b&#233;n&#233;ficiaires ? La multiplication ces derni&#232;res d&#233;cennies des enqu&#234;tes sociologiques prenant en compte l'exp&#233;rience scolaire des enqu&#234;t&#233;s sous l'angle de sa dur&#233;e (ou du dipl&#244;me obtenu) en t&#233;moigne &#224; l'envi : on tient l&#224; le facteur le plus d&#233;terminant de tout un ensemble de comportements adultes. Et la chose est v&#233;rifi&#233;e dans tous les domaines de la vie, qu'il s'agisse du niveau d'exigence concernant les conditions du travail professionnel comme des pratiques de consommation en g&#233;n&#233;ral, et a fortiori des activit&#233;s culturelles et de loisir. Le plus frappant est sans doute l'efficace exerc&#233;e par la dur&#233;e de scolarisation sur les comportements familiaux. En mati&#232;re de choix du conjoint : si dans un cas sur deux les conjoints en France appartiennent &#224; la m&#234;me cat&#233;gorie socioprofessionnelle, c'est dans deux cas sur trois qu'ils ont en commun une dur&#233;e de scolarisation identique. En mati&#232;re aussi de f&#233;condit&#233;, qui s'est uniformis&#233;e en France, mais reste tr&#232;s d&#233;pendante de la scolarisation des femmes au plan mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; diff&#233;rents &#233;gards la scolarisation appara&#238;t ainsi comme un facteur d'&#233;mancipation partielle, qui transforme le rapport au monde de ses b&#233;n&#233;ficiaires sous bien des aspects, notamment en ce qu'elle leur ouvre l'acc&#232;s &#224; la litt&#233;racie, &#224; une part d&#233;cisive donc aujourd'hui de la richesse sociale qui se transmet de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration ; et en ce qu'elle leur rend possible du m&#234;me coup une participation instruite et r&#233;fl&#233;chie aux grands d&#233;bats qui traversent la soci&#233;t&#233;. La scolarisation prolong&#233;e (et donc r&#233;ussie) s'av&#232;re &#224; cet &#233;gard &#224; la fois comme un facteur d'&#233;mancipation individuelle qui rapproche l'homme moderne de l'individu &#171; int&#233;gral &#187; r&#234;v&#233; par Marx, et aussi comme un &#233;l&#233;ment crucial de la vie d&#233;mocratique des soci&#233;t&#233;s contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Scolarisation et comportements politiques et sociaux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point reste &#224; approfondir : un &#233;largissement des capacit&#233;s de participation d&#233;mocratique &#224; la vie politique et sociale va-t-il n&#233;cessairement b&#233;n&#233;ficier &#224; l'&#233;mergence d'une soci&#233;t&#233; plus juste, lib&#233;r&#233;e des rapports de domination et d'exploitation, de la mis&#232;re et des diff&#233;rentes formes d'injustice sociale ? On peut aborder la question sous deux angles. Celui, au plan politique, des postures partisanes favoris&#233;es par l'essor des scolarit&#233;s, plus ou moins progressistes ou conservatrices ; et celui des comportements adopt&#233;s dans la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan des choix partisans, le constat est paradoxal : dans la tradition historique, c'est en ce domaine que la scolarisation des classes populaires inqui&#233;tait particuli&#232;rement les puissants, alors qu'elle nourrissait les espoirs &#233;mancipateurs des militants progressistes ; or c'est en ce domaine que ses cons&#233;quences sont peut-&#234;tre les plus incertaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le niveau d'instruction s'av&#232;re en effet peu pr&#233;dictif du comportement &#233;lectoral. Une importante r&#233;serve toutefois. D'une part une scolarisation prolong&#233;e &#233;l&#232;ve tr&#232;s sensiblement la participation aux &#233;lections, car elle permet de se sentir en mesure d'&#233;mettre un avis autoris&#233;, favorisant ainsi l'int&#233;r&#234;t pour, et l'implication dans, les affaires publiques. Le constat de cet effet est ancien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Daniel Gaxie, Le Cens cach&#233;, Seuil, 1978.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est toujours pertinent : l'abstention syst&#233;matique aux quatre votes de l'ann&#233;e 2022 (pr&#233;sidentielle et l&#233;gislatives) a &#233;t&#233; de 30% chez les inscrits non dipl&#244;m&#233;s, et de 10% chez ceux qui &#233;taient dipl&#244;m&#233;s du sup&#233;rieur (la prise en compte des non-inscrits accentuerait &#224; coup s&#251;r cet &#233;cart). Et d'autre part le vote pour l'extr&#234;me-droite d&#233;cro&#238;t tr&#232;s sensiblement avec l'augmentation de la dur&#233;e des &#233;tudes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi les intentions de vote Le Pen + Zemmour avant le 1er tour de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les donn&#233;es disponibles sont probantes : la prolongation des scolarit&#233;s va incontestablement de pair avec un attachement croissant &#224; la vie d&#233;mocratique de notre soci&#233;t&#233; et avec une implication plus nette dans sa mise en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que confirme le solide travail de Vincent Tiberj publi&#233; sous le titre &#171; La Droitisation fran&#231;aise &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Tiberj, La Droitisation fran&#231;aise, mythes et r&#233;alit&#233;s, PUF, Paris, 2024.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Construites de fa&#231;on tr&#232;s convaincante, les donn&#233;es d'opinion disponibles, une fois rassembl&#233;es sous la forme de trois indices longitudinaux de pr&#233;f&#233;rences sociales, de pr&#233;f&#233;rences culturelles (portant sur la peine de mort, la tol&#233;rance &#224; l'&#233;gard de l'homosexualit&#233;, la place des femmes&#8230;), et de tol&#233;rance (&#224; l'&#233;gard de l'immigration, des religions&#8230;), montrent, en fait de &#171; droitisation &#187;, la r&#233;alit&#233; d'une France de plus en plus tol&#233;rante au long des quatre derni&#232;res d&#233;cennies &#224; l'&#233;gard des fa&#231;ons de vivre et de croire des uns et des autres, de plus en plus ouverte &#224; l'immigration et &#224; la diversit&#233;. Les donn&#233;es de contexte permettent d'associer cette &#233;volution &#224; deux facteurs : la croissance du niveau de dipl&#244;me, et le renouvellement des g&#233;n&#233;rations. Le fait que l'allongement des dur&#233;es de scolarisation soit elle-m&#234;me une marque distinctive des jeunes g&#233;n&#233;rations vient encore souligner le r&#244;le &#171; civilisateur &#187; de la socialisation scolaire, qui produit des citoyens mieux inform&#233;s et plus soucieux de l'&#233;tayage rationnel et document&#233; de leurs convictions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; cet &#233;gard Janine Reichstadt, Scolarisation et vote d'extr&#234;me-droite, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, en 1992, 44% des sond&#233;s consid&#233;raient que les immigr&#233;s sont une source d'enrichissement culturel : ils sont 76% en 2022. Autre donn&#233;e, emprunt&#233;e cette fois &#224; l'enqu&#234;te Statista d&#233;j&#224; cit&#233;e : on constate en 2018 que la proportion d'enqu&#234;t&#233;s adh&#233;rant &#224; cinq th&#233;ories du complot ou plus diminue r&#233;guli&#232;rement de 28 &#224; 8% quand on passe des dipl&#244;mes les moins &#233;lev&#233;s aux dipl&#244;mes les plus &#233;lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance prise sous l'effet des enseignements scolaires avec les formes autoritaires et x&#233;nophobes de gouvernement, comme avec les convictions sociales les moins interrog&#233;es, n'implique toutefois en rien un d&#233;saveu des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et sociales qui gr&#232;vent nos d&#233;mocraties. L'indice des pr&#233;f&#233;rences sociales construit par Tiberj (qui touche au r&#244;le &#233;conomique et social de l'&#201;tat, aux questions de salaires, des nationalisations, etc.) ne conna&#238;t pas d'&#233;volution marqu&#233;e au cours des quatre d&#233;cennies &#233;tudi&#233;es. Autrement dit, l'&#233;l&#233;vation des niveaux de scolarisation n'a pas de cons&#233;quence univoque sur le choix entre conservatisme et progressisme. Ce dernier est soumis &#224; bien des d&#233;terminants extra-scolaires. Le poids de l'h&#233;ritage familial en mati&#232;re de r&#233;f&#233;rents &#233;thico-politiques s'av&#232;re tr&#232;s pr&#233;gnant d&#232;s l'adolescence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Annick Percheron, Les 10-16 ans et la politique, PNFSP, Paris, 1975.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Retravaill&#233; par les transmissions scolaires et par l'immersion dans le groupe des pairs, il ne se traduira en orientation politique que dans la confrontation, jeune adulte, aux rapports de travail et aux nouvelles responsabilit&#233;s familiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parcours scolaire r&#233;ussi, un dipl&#244;me de l'enseignement sup&#233;rieur ouvrent l'acc&#232;s &#224; des positions professionnelles et des niveaux de revenu qui n'incitent pas forc&#233;ment &#224; vouloir changer le monde. L'&#233;cole aura alors constitu&#233; un moteur d'&#233;mancipation individuelle, notable pour ceux qui &#233;taient issus d'une lign&#233;e jusque-l&#224; faiblement scolaris&#233;e, mais de port&#233;e n&#233;anmoins limit&#233;e, comme en t&#233;moignent ces dipl&#244;m&#233;s de grandes &#233;coles en rupture de ban, qui d&#233;cident que le mara&#238;chage et la permaculture sont apr&#232;s tout pr&#233;f&#233;rables aux servitudes d'un emploi salari&#233; du priv&#233;, serait-il de cadre sup&#233;rieur et bien r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'immense majorit&#233; des cas, les parcours d'&#233;tudes r&#233;ussis d&#233;bouchent sur des int&#233;grations professionnelles et sociales dont les b&#233;n&#233;ficiaires &#171; font avec &#187; les servitudes qu'elles impliquent, plus ou moins importantes selon les cas. Pour une partie de ces b&#233;n&#233;ficiaires, le &#171; faire-avec &#187; s'accompagnera, sous des formes diverses, d'un engagement visant &#224; r&#233;duire ces servitudes, engagement qui aura trouv&#233; au moins partiellement son inspiration, le cas &#233;ch&#233;ant, dans les contenus transmis par l'enseignement scolaire. Mais m&#234;me dans le cas de dipl&#244;m&#233;s qui adh&#232;rent compl&#232;tement &#224; un ordre social injuste, le d&#233;fendent et le promeuvent parce qu'ils en escomptent des dividendes, dira-t-on que l'&#233;cole, n'a pas assum&#233; ses responsabilit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6 &#8211; Que peut l'&#233;cole ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qu'elle fait aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre syst&#232;me scolaire a re&#231;u pour mission de transmettre au moins les bases des connaissances patrimoniales &#8211; les rappels en sont fr&#233;quents dans les d&#233;bats sur les programmes d'enseignement &#8211; et il se veut neutre &#224; l'&#233;gard des convictions religieuses et politiques de ses publics. La r&#233;alit&#233; de ses effets &#233;mancipateurs, on vient de le souligner, est peu contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une scolarisation prolong&#233;e, de fait, change assez profond&#233;ment le rapport au monde dans la plupart des domaines de la vie. Au plan social et politique, elle p&#232;se en faveur d'une participation &#224; la vie de la cit&#233;, de l'exercice d'une citoyennet&#233; &#233;clair&#233;e et tol&#233;rante, soucieuse d'&#233;tayer ses convictions par des arguments rationnels. Elle a par contre peu d'impact sur les orientations &#233;thico-politiques qui rapprochent plut&#244;t du conservatisme ou plut&#244;t du progressisme. &#192; cette r&#233;serve pr&#232;s, non n&#233;gligeable : elle &#233;loigne des id&#233;es d'extr&#234;me-droite, jug&#233;es insuffisamment tol&#233;rantes et d&#233;mocratiques. L'&#233;cole produit ainsi, au moins tendanciellement, des sujets politiques conscients de et soucieux de leurs comp&#233;tences citoyennes, mais qui peuvent pencher aussi bien vers la r&#233;action que vers la r&#233;volution ; et qui ont surtout en commun un respect au moins affich&#233; de tol&#233;rance, de gouvernance d&#233;mocratique, de comportements fond&#233;s en raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anticipant les cons&#233;quences induites par l'accumulation du capital et ses perp&#233;tuelles fuites en avant technologiques, Marx pr&#233;voyait que &#171; l'individu morcel&#233; &#187; constitutif du prol&#233;tariat des d&#233;buts de la grande industrie, asservi &#224; une t&#226;che parcellaire et r&#233;p&#233;titive, finirait par laisser la place &#224; &#171; l'individu int&#233;gral &#187;, capable de tenir t&#234;te aux exigences diversifi&#233;es d'un processus productif de plus en plus complexe&#8230; et en mesure aussi, d&#232;s lors, de prendre en main la gestion de la vie sociale. Force est de constater, pas loin de deux si&#232;cles plus tard, que sa pr&#233;diction est largement av&#233;r&#233;e. Entre la capacit&#233; acquise &#224; contribuer &#224; une gestion d&#233;mocratique des affaires communes et l'engagement dans l'action collective pour changer le monde, toutefois, le pas &#224; franchir est rude ; mais il est r&#233;alisable, comme en t&#233;moigne en creux la violence aujourd'hui des r&#233;pressions politico-id&#233;ologiques, militaires et polici&#232;res qui s'exercent un peu partout au plan mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de l'&#233;cole dans cette histoire n'est pas anodin. D'un c&#244;t&#233; elle contribue significativement &#224; l'&#233;mergence de &#171; l'homme int&#233;gral &#187; : rappelons que 42% des &#233;l&#232;ves acc&#232;dent actuellement &#224; l'enseignement sup&#233;rieur dans le monde, 52% des jeunes Fran&#231;ais y obtenant un dipl&#244;me. Les &#233;tudes longues prot&#232;gent ainsi une bonne partie de leurs publics des effets ravageurs des scolarit&#233;s &#233;court&#233;es, dont les victimes sont particuli&#232;rement expos&#233;es aux formes les plus brutales du travail contraint, aux formes les plus grossi&#232;res des discours manipulateurs, aux s&#233;ductions du pouvoir suppos&#233; protecteur de gouvernements autoritaires. Les effets &#233;mancipateurs de la scolarisation sont relatifs, mais non contestables. Reste &#224; savoir dans quelle mesure ils pourraient &#234;tre renforc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;radication de l'&#233;chec scolaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachant l'impact si d&#233;l&#233;t&#232;re de l'&#233;chec scolaire, la premi&#232;re urgence pour une &#233;cole &#233;mancipatrice est de tout faire pour le r&#233;duire de fa&#231;on drastique. L'objectif imm&#233;diat consiste &#224; mettre sans plus attendre un terme &#224; la baisse des acquisitions cognitives des jeunes g&#233;n&#233;rations, baisse qui ne se d&#233;ment pas dans notre syst&#232;me &#233;ducatif depuis quatre d&#233;cennies, et qui touche les &#233;l&#232;ves de tous les milieux sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les moyens mis en &#339;uvre pour y parvenir sont aussi ceux qui devraient permettre de r&#233;duire fortement l'in&#233;galit&#233; des parcours de scolarisation, en assurant la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves dans les milieux sociaux o&#249; elle fait le plus souvent d&#233;faut, celui des classes populaires et, &#224; un moindre degr&#233;, celui des cat&#233;gories sociales interm&#233;diaires. Nous avons suffisamment insist&#233;, au GRDS, sur les axes qui nous paraissent essentiels &#224; la r&#233;alisation de ces objectifs pour qu'il ne soit pas n&#233;cessaire d'y revenir longuement ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'abord d'assurer &#224; tous les &#233;l&#232;ves une entr&#233;e r&#233;ussie dans la culture &#233;crite, puisqu'il est av&#233;r&#233; que le ratage des apprentissages initiaux est la source de la plupart des difficult&#233;s ult&#233;rieures ; or on sait aujourd'hui, en tout cas pour ce qui est du lire-&#233;crire, quelles sont les formes de conduite des apprentissages les plus efficientes : ce sont pr&#233;cis&#233;ment les moins souvent mises en &#339;uvre dans la pratique, au point que la marge de progression possible est consid&#233;rable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce site les contributions de notre rubrique &#171; Apprendre &#224; lire &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, pour tous les niveaux de classe, nous appelons &#224; une sorte de r&#233;volution copernicienne de la posture p&#233;dagogique la plus courante et la plus commun&#233;ment admise, tant elle semble relever du sens commun. Depuis les ann&#233;es 1960, face aux &#233;l&#232;ves qui paraissent les moins bien pr&#233;par&#233;s aux apprentissages scolaires, issus donc le plus souvent des milieux populaires, le bon sens p&#233;dagogique (notamment mis en forme doctrinale par les penseurs de la &#171; p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e &#187;) incline &#224; r&#233;duire les ambitions, en sorte de les adapter &#224; l'insuffisance pr&#233;sum&#233;e des capacit&#233;s des apprenants. L'exp&#233;rience des six d&#233;cennies &#233;coul&#233;es montre &#224; l'&#233;vidence les limites de cette fa&#231;on de faire, qui n'aboutit qu'&#224; creuser les &#233;carts. Le GRDS propose d'en finir avec elle, et pr&#233;conise de faire preuve de la m&#234;me exigence intellectuelle &#224; l'&#233;gard de tous les &#233;l&#232;ves, que ce soit dans les beaux ou dans les bas quartiers. Ce principe est contre-intuitif, mais on conviendra peut-&#234;tre que c'est le seul moyen pour l'&#233;cole de contrecarrer les effets des in&#233;galit&#233;s culturelles qui clivent notre soci&#233;t&#233;, au lieu comme aujourd'hui de s'y soumettre voire de les renforcer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui est actuellement le cas : selon la DEPP, les &#233;carts cognitifs moyens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est en effet qu'en assignant des objectifs &#233;lev&#233;s aux &#233;l&#232;ves les moins dot&#233;s que l'&#233;cole peut mettre &#224; leur disposition les ressources dont ils n'auront pas h&#233;rit&#233; dans leur milieu familial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce renversement paradigmatique : Jean-Pierre Terrail, Pour une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, l'&#233;cole &#233;mancipatrice doit, plut&#244;t que de consacrer tous ses efforts &#224; encourager la r&#233;ussite des meilleurs, mobiliser son savoir-faire au service des moyens &#224; mettre en &#339;uvre pour permettre aux plus vuln&#233;rables d'atteindre les objectifs cognitifs assign&#233;s &#224; l'identique &#224; tous ses publics. Les &#233;l&#232;ves faibles &#233;tant facilement sujets au d&#233;couragement, elle devra pr&#234;ter la plus grande attention &#224; ce que les modalit&#233;s de la transmission des savoirs soient aussi favorables que possible &#224; leur appropriation par ces derniers, appel&#233;s &#224; s'investir de fa&#231;on soutenue dans les apprentissages. L'&#233;chec r&#233;it&#233;r&#233; des strat&#233;gies de mobilisation des apprenants en difficult&#233;, soit par r&#233;f&#233;rence aux b&#233;n&#233;fices escomptables de la r&#233;ussite scolaire, professionnels et autres, soit par la menace des notes et des examens, invite &#224; faire fond sur leur curiosit&#233; intellectuelle, stimul&#233;e par une mise en sc&#232;ne probl&#233;matisante des savoirs. Assur&#233;ment, les meilleurs n'en seront pas p&#233;nalis&#233;s, car ils trouveront leur compte dans le d&#233;ploiement des tr&#233;sors d'intelligence requis par cette &#171; ing&#233;nierie didactique complexe &#187;, pour reprendre le mot de J-P Astolfi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera de pr&#233;cieuses indications sur les modalit&#233;s pratiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et on aura l&#224; le moyen d'en finir avec l'amertume, fortement teint&#233;e de rancune, voire de rage, ressentie dans les milieux populaires vis &#224; vis d'une &#233;cole qui semble indiff&#233;rente, si ce n'est m&#233;prisante, &#224; l'&#233;gard de leur exclusion des savoirs de l'&#233;crit : on percevra &#224; ce sujet de troublantes r&#233;sonances entre les propos de la &lt;i&gt;Lettre &#224; une enseignante&lt;/i&gt; r&#233;dig&#233;s par les &#233;l&#232;ves italiens de l'&#233;cole de Barbiana et ceux qui ont &#233;t&#233; recueillis par F&#233;licien Faury aupr&#232;s d'actuels &#233;lecteurs fran&#231;ais du Rassemblement national&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;cole de Barbiana, Lettre &#224; une enseignante, Agone &#233;dition, 2022 (1967) ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me si elle est avalis&#233;e et cautionn&#233;e par l'appareil de l'institution scolaire, cette exclusion des enfants du peuple se joue dans les salles de classe. Les enseignants en sont un maillon essentiel : ils ont d&#232;s lors &#034;en main les possibilit&#233;s d'une r&#233;sistance et d'une transformation du syst&#232;me&#034;, comme le souligne Laurence de Cock&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In sa Pr&#233;face &#224; La lettre &#224; une enseignante, op. cit&#233;.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'extension du domaine d'enseignement&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le premier objectif d'une &#233;cole &#233;mancipatrice doit &#234;tre d'assurer la r&#233;ussite de tous, le second consiste &#224; repenser les contenus de cette r&#233;ussite. Sous deux angles : celui des mati&#232;res &#224; enseigner, et celui du caract&#232;re critique de leur enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, en France, la scolarit&#233; est obligatoire jusqu'&#224; seize ans, et les programmes sont les m&#234;mes pour tous jusqu'&#224; quinze ans, &#224; la fin du coll&#232;ge. Compte tenu de l'ampleur des champs du savoir &#224; couvrir de nos jours pour qu'un adulte puisse &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un citoyen &#233;clair&#233;, et donc pour que l'institution scolaire assure correctement son r&#244;le dans le processus d'hominisation des jeunes g&#233;n&#233;rations, deux r&#233;formes paraissent s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il conviendrait d'abord de porter &#224; dix-huit ans la scolarit&#233; obligatoire, en sorte qu'&#224; l'or&#233;e de l'enseignement sup&#233;rieur les &#233;l&#232;ves aient dispos&#233; de suffisamment de temps pour s'approprier, dans chaque discipline, un bagage leur permettant de poursuivre des &#233;tudes les sp&#233;cialisant dans l'une d'entre elles ; tout en disposant dans les autres des connaissances de base n&#233;cessaires &#224; la compr&#233;hension des enjeux scientifiques, &#233;conomiques, sociaux et culturels qui leur sont associ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'autre part la configuration des mati&#232;res &#224; enseigner qu'il s'agirait de r&#233;examiner. La question est complexe, et m&#233;riterait un large d&#233;bat social. Le GRDS, qui a rassembl&#233; les r&#233;flexions d'une diversit&#233; de sp&#233;cialistes concernant l'histoire des disciplines scolaires et les enjeux inh&#233;rents &#224; leur enseignement, insiste pour sa part sur l'int&#233;r&#234;t d'incorporer au cursus unique, d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et jusqu'&#224; un bac de culture commune, un enseignement de technologie &#224; partir duquel les &#233;l&#232;ves qui le souhaitent pourraient int&#233;grer les instituts sup&#233;rieurs de formation professionnelle ; ainsi qu'un enseignement de sciences humaines et sociales, dont les liens avec l'histoire et la g&#233;ographie seraient repens&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les contributions concernant ce remaniement d'ensemble des contenus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un enseignement critique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assurer le processus d'hominisation ne consiste pas seulement &#224; permettre l'appropriation du patrimoine l&#233;gu&#233; par les g&#233;n&#233;rations ant&#233;rieures, mais &#224; le faire d'une fa&#231;on telle que les nouveaux arrivants soient en mesure de d&#233;passer le legs en le transformant, en le contestant, en montant sur les &#233;paules des g&#233;ants qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;s pour porter le regard plus loin encore. Le r&#244;le d'une &#233;cole &#233;mancipatrice, si l'on pr&#233;f&#232;re, ne peut se limiter &#224; passer des informations, &#224; transmettre des messages, &#224; inculquer des connaissances utiles : il lui faut doter ses publics d'une capacit&#233; &#224; penser par eux-m&#234;mes, en toute autonomie r&#233;flexive. En acceptant, par cons&#233;quent, qu'ils en viennent &#224; penser autrement que leurs &#233;ducateurs et leurs enseignants, voire contre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On songe &#224; cet &#233;gard &#224; la r&#233;flexion de Maud Mannoni, selon laquelle : &#171; Une &#233;ducation est r&#233;ussie le jour o&#249; l'adolescent peut dire &#224; ses parents et &#224; ses ma&#238;tres : vous vous &#234;tes tromp&#233;s, votre univers, nous, on n'en veut pas &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maud Mannoni, &#201;ducation impossible, Seuil, 1973, p.285.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est bien ce pourquoi la psychanalyste juge, d'une formule frappante, que l'&#233;ducation est par nature &#171; impossible &#187; : car entreprendre d'&#233;duquer implique la vis&#233;e d'un id&#233;al, et d&#232;s lors un ensemble de contraintes s'opposant aux d&#233;sirs de l'enfant, limitant sa libert&#233;, &#233;dictant r&#232;gles de conduite et fa&#231;ons de penser, imposant leur respect&#8230; alors m&#234;me qu'il s'agit de former une personne responsable de soi-m&#234;me, ma&#238;tresse de ses choix et de son destin, et qui ne pourra mieux faire preuve de son autonomie qu'en rejetant l'id&#233;al auquel il &#233;tait pr&#233;par&#233; &#224; se conformer. Il est illusoire de pr&#233;tendre &#233;chapper &#224; cet impossible de l'&#233;ducation. &#201;lever l'&#171; enfant-roi &#187; sans guidage ni contraintes le prive de tout, &#224; commencer par un cadre de r&#233;f&#233;rence contre lequel se r&#233;volter, si tant est qu'on ne peut transmettre sans inspirer les pens&#233;es et influencer les conduites. La seule fa&#231;on pour l'&#233;ducateur d'assumer cet impossible, c'est de contribuer &#224; former les capacit&#233;s d'autonomie r&#233;flexive des enfants. N'est-ce pas ce que m&#233;connaissent les courants d'&#233;ducation nouvelle pour lesquels seule une &#233;ducation sans contrainte peut former de libres adultes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel enseignement peut-il donc former les &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole &#233;mancipatrice &#224; penser par eux-m&#234;mes ? &#171; Penser par soi-m&#234;me &#187; n'est pas en effet un objet de connaissance qu'on pourrait transmettre &#8211; et qui pourrait s'apprendre &#8211; en tant que tel. On pourrait en dire ce que Marcel Gauchet dit du mot d'ordre voisin &#171; apprendre &#224; apprendre &#187; pris&#233; par certains courants d'&#233;ducation nouvelle : &#171; On n'apprend pas &#224; apprendre. On apprend, et en apprenant on apprend &#224; apprendre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel Gauchet, op. cit&#233;.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si l'on pr&#233;f&#232;re, savoir apprendre et savoir penser par soi-m&#234;me sont des bienfaits collat&#233;raux du processus d'apprentissage des connaissances positives. L'effectivit&#233; de ces retomb&#233;es heureuses, toutefois, d&#233;pend sans doute encore de la nature des connaissances transmises et des fa&#231;ons de les transmettre. L'&#233;cole de la RDA (R&#233;publique D&#233;mocratique Allemande, 1949-1990) &#233;tait une sorte d'&#233;cole commune tr&#232;s efficiente, qui a form&#233; une main-d'&#339;uvre hautement qualifi&#233;e dont le capitalisme ouest-allemand a su tirer apr&#232;s la chute du Mur le plus grand profit. Mais son r&#244;le &#233;mancipateur s'est trouv&#233; limit&#233; par la r&#233;duction des enseignements en sciences humaines et sociales &#224; un marxisme cat&#233;chis&#233;, bas de gamme. Au lieu de s'attacher &#224; introduire leurs &#233;l&#232;ves au &lt;i&gt;comment penser&lt;/i&gt;, les ma&#238;tres de RDA avaient re&#231;u pour mission de leur enseigner &lt;i&gt;quoi penser&lt;/i&gt; &#8211; pour reprendre un distinguo propos&#233; par l'historien Shlomo Sand. Cette politique scolaire &#233;voque malheureusement la propension de toutes les classes dominantes &#224; concevoir l'enseignement de l'histoire comme celui d'un roman national (le &#171; &lt;i&gt;quoi penser &lt;/i&gt; &#187;), et &#224; donner &#224; cet enseignement ainsi con&#231;u la part belle par rapport aux disciplines critiques par essence telle la philosophie (tourn&#233;e vers le &#171; &lt;i&gt;comment penser&lt;/i&gt; &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette propension fait l'objet de l'ouvrage de Shlomo Sand, Cr&#233;puscule de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle indique bien, en creux, ce &#224; quoi doit s'attacher une &#233;cole &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'abord de faire toute leur place, dans le cursus, aux disciplines qui cultivent l'art de la r&#233;flexivit&#233;. C'est particuli&#232;rement le cas de la philosophie, mais ce l'est aussi des disciplines des sciences humaines et sociales, qui sont in&#233;vitablement vou&#233;es &#224; s'affronter aux repr&#233;sentations naturalistes l&#233;gitimant l'ordre social existant, et dont les apports ne peuvent d&#232;s lors qu'interroger le sens commun port&#233; par les &#233;l&#232;ves. Sous des formes appropri&#233;es, ces disciplines pourront &#234;tre introduites dans le curriculum d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple &#224; ce sujet : J&#233;r&#244;me Deauvieau, Quel enseignement pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second imp&#233;ratif, qui vaut pour toutes les disciplines scientifiques : on n'enseigne pas des faits, mais la connaissance qu'on en a. La distinction pourra d'abord s'appuyer sur le soin mis, pour chaque sujet trait&#233;, &#224; pr&#233;ciser l'&#233;tayage empirique qui permet de valider la connaissance enseign&#233;e. Ce sera du m&#234;me coup l'occasion de rappeler ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; d'un savoir, qui n'est ni une croyance, profane ou religieuse, ni une opinion, et qui s'en distingue par le fait qu'il peut, lui, &#234;tre r&#233;fut&#233;, et ne se met pas d'embl&#233;e (et trop facilement) hors d'atteinte de la contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;voquer l'historicit&#233; de la connaissance scientifique &#8211; &#171; On n'a pas toujours vu les choses de cette fa&#231;on ! &#187; &#8211; fera &#233;galement ressortir la diff&#233;rence entre le fait et son intellection. Et il sera sans doute particuli&#232;rement utile de souligner, en puisant &#224; cette fin dans l'histoire des disciplines, que cette derni&#232;re n'est pas purement, ni m&#234;me principalement d'ordre architectonique, mais que la raison pol&#233;mique y joue un r&#244;le essentiel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces concepts sont ceux de Gaston Bachelard, in La Formation de l'esprit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour le sens commun, la connaissance tient du jeu de Lego, chaque d&#233;couverte s'additionnant aux pr&#233;c&#233;dentes &#224; la mani&#232;re dont une brique vient s'ajouter &#224; un mur en construction. Jean-Pierre Astolfi y insistait &#224; juste titre : transmettre une discipline scientifique, ce n'est pas seulement int&#233;resser aux connaissances qu'elle produit, mais faire comprendre les questions qu'elle pose et leur remaniement incessant au fil du temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Astolfi, La Saveur des savoirs. Disciplines et plaisir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Faire prendre conscience aux &#233;l&#232;ves que le &lt;i&gt;penser contre&lt;/i&gt; (contre les &#233;vidences de la connaissance acquise) est un moteur essentiel de ce remaniement &#8211; et donc des progr&#232;s de la connaissance lorsque ce remaniement est valid&#233; par l'exp&#233;rience empirique &#8211;, ne peut que contribuer &#224; les familiariser avec les modalit&#233;s du raisonnement et du d&#233;bat scientifiques, avec les exigences de l'administration de la preuve et les conditions de sa r&#233;futabilit&#233;, avec la diff&#233;rence entre un argument d'autorit&#233; et une d&#233;monstration probante, avec l'exercice autrement dit de la pens&#233;e rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fameuse &#171; formation de l'esprit critique des &#233;l&#232;ves &#187; impose ainsi non seulement la transmission effective des savoirs patrimoniaux, mais une fa&#231;on de les transmettre attentive &#224; ne pas les r&#233;duire &#224; une masse d'informations, &#224; un &#171; quoi penser &#187;, attentive &#224; ne pas s&#233;parer la pr&#233;sentation des produits de l'activit&#233; de connaissance de la r&#233;flexion sur les modalit&#233;s de cette activit&#233; et les d&#233;bats dont elle est l'objet, attentive au bout du compte &#224; ne pas s&#233;parer le &#171; quoi penser &#187; du &#171; comment penser &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour r&#233;fl&#233;chir plus avant ces questions, on pourra se reporter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7 &#8211; Et la lib&#233;ration ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole qui vient d'&#234;tre &#233;voqu&#233;e entend prendre toute sa place dans le processus d'hominisation des jeunes g&#233;n&#233;rations, en rendant &#224; tous ses publics un service aussi ambitieux, quels que soient le genre et l'appartenance sociale de leurs membres. Par les connaissances qu'elle transmet et la fa&#231;on de les transmettre, elle vise &#224; leur permettre l'acc&#232;s &#224; l'autonomie intellectuelle indispensable au citoyen &#233;clair&#233; et libre, apte &#224; se d&#233;fendre contre les manipulations de tous ordres, et &#224; participer de fa&#231;on consciente et r&#233;fl&#233;chie aux d&#233;bats essentiels et aux luttes de son &#233;poque. Telle est sa contribution &#224; leur &#233;mancipation : elle ne cherche pas &#224; formater par avance les comportements adultes, mais &#224; conf&#233;rer les ressources n&#233;cessaires &#224; des choix instruits et librement d&#233;lib&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serait-ce une ambition trop modeste pour une &#233;cole qui se veut &#233;mancipatrice ? Sa contribution &#224; l'&#233;mancipation est certes partielle : elle lib&#232;re de l'ignorance, transmet des ressources de pens&#233;e, enrichit les capacit&#233;s r&#233;flexives&#8230; tout cela, pourrait-on objecter, pour livrer des personnels tr&#232;s qualifi&#233;s &#224; des entreprises dans lesquelles ils n'auront que tr&#232;s peu de ma&#238;trise sur leur activit&#233;, et pas la moindre sur ses finalit&#233;s ? Cette perspective ne justifie-t-elle pas la conviction marxienne, selon laquelle la v&#233;ritable &#233;mancipation des domin&#233;s ne peut proc&#233;der que de l'abolition de toute domination particuli&#232;re, et donc de l'ordre &#233;conomique et social existant ? Sans doute, mais les ressources que l'&#233;cole &#233;mancipatrice a procur&#233;es &#224; ses b&#233;n&#233;ficiaires, et dont le capital fait son miel, peuvent aussi bien &#234;tre retourn&#233;es contre lui. D'autant qu'elle a &#339;uvr&#233; en ce sens, tout en se refusant au formatage des esprits, en valorisant le &lt;i&gt;penser contre&lt;/i&gt;, contre la facilit&#233; des apparences, les s&#233;ductions de la pens&#233;e dominante, l'attraction des consensus &#233;tablis. En s'attachant, aussi, &#224; remplir au mieux sa mission de transmission patrimoniale : sans tricher, sans soustraire du patrimoine ce dont les puissants voudraient effacer la m&#233;moire, id&#233;es subversives, r&#233;voltes populaires, conqu&#234;tes ouvri&#232;res, luttes f&#233;ministes, r&#233;pressions de masse et crimes coloniaux. Non pas pour brandir ces processus sociaux comme des oriflammes, ce n'est pas le lieu, mais parce que leur prise en consid&#233;ration est tout simplement indispensable &#224; l'intelligibilit&#233; de notre monde et de son histoire. Et rendre intelligibles les choses du monde, c'est bien ce &#224; quoi doit s'occuper l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste se joue sur d'autres sc&#232;nes. C'est l'affaire des int&#233;ress&#233;s : l'&#233;cole &#233;mancipatrice &#339;uvre pr&#233;cis&#233;ment pour qu'ils soient libres de choisir leur destin. Son affaire &#224; elle, c'est le &lt;i&gt;comment penser&lt;/i&gt; ; et elle ne peut la mener &#224; bien qu'en faisant appel &#224; la curiosit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves, en sollicitant leur libido cognitive, en les invitant en quelque sorte &#224; pratiquer l'art pour l'art, &#224; consentir l'effort de l'apprentissage pour go&#251;ter la saveur des savoirs. Comment pourrait-elle d&#232;s lors ne pas consacrer elle-m&#234;me tous ses efforts &#224; la transmission d'une connaissance aussi vraie et compl&#232;te que possible, sans pr&#233;juger de l'usage qui en sera fait ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je reprends dans ce propos liminaire des observations d&#233;velopp&#233;es dans une contribution ant&#233;rieure, &#171; &#201;cole et &#233;mancipation &#187;, GRDS, 2013, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article176&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article176&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Destins ouvriers. La fin d'une classe ?&lt;/i&gt; PUF, Paris, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'apr&#232;s une &#233;tude de 2016 cit&#233;e par Ir&#232;ne Pereira dans sa pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;La P&#233;dagogie des opprim&#233;s&lt;/i&gt; (Agone, 2023), cet opus serait &#171; le troisi&#232;me ouvrage le plus cit&#233; au monde dans le domaine des sciences humaines et sociales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C&#233;lestin Freinet, &#171; L'&#233;cole du travail &#187;, revue &lt;i&gt;Clart&#233;&lt;/i&gt; n&#176;62, 1924.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, &#034;Les dons n'existent pas&#034;, &lt;i&gt;L'&#201;cole et la nation&lt;/i&gt;, octobre 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le contenu du programme &#233;ducatif n'est pas un don ou une imposition &#8211; un ensemble d'informations qu'il faudrait d&#233;poser chez les &#233;l&#232;ves &#8211; mais un retour organis&#233;, syst&#233;matis&#233; et enrichi des &#233;l&#233;ments que le peuple lui a remis de fa&#231;on d&#233;structur&#233;e. &#187; Paolo Freire, &lt;i&gt;La P&#233;dagogie des opprim&#233;s&lt;/i&gt;, Agone, p. 93).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est bien ce que, au Br&#233;sil m&#234;me, admet aujourd'hui le p&#233;dagogue Dermeval Saviani, qui a pris quelque distance &#224; l'&#233;gard de la d&#233;marche de Freire en insistant pour sa part sur l'exigence pour l'&#233;cole de transmettre les fondements essentiels du patrimoine des connaissances &#233;labor&#233;es, ce qu'il d&#233;signe par la formule &#171; les classiques des sciences, de la philosophie et des arts &#187;. Ainsi s'opposent, chez ces deux p&#233;dagogues se r&#233;clamant l'un et l'autre d'une &#233;ducation tourn&#233;e vers l'&#233;mancipation, une &#233;cole &#171; au service de la lib&#233;ration &#187;, et une &#233;cole au service de l'acquisition de connaissances permettant &#224; ses publics de s'&#233;lever &#171; du sens commun &#224; la conscience philosophique &#187;. Voir &#224; ce sujet, sur ce site, la traduction d'un extrait d'un ouvrage de r&#233;f&#233;rence que Saviani a consacr&#233; &#224; la &#171; P&#233;dagogie historico-critique &#187; : &#171; Sur la nature et la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;ducation &#187;, GRDS, 2025, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article363&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article363&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcel Gauchet, in Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi, &lt;i&gt;Transmettre, apprendre&lt;/i&gt;, Stock, Paris, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Le ma&#238;tre ignorant&lt;/i&gt;, 10/18, Fayard, Paris, 1987, p. 230.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Le ma&#238;tre ignorant&lt;/i&gt;, ibid., pp. 24-25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le t&#233;moignage par Nicolas Kaczmarek de la fa&#231;on dont il conduit les apprentissages dans son coll&#232;ge de REP est tr&#232;s convaincant &#224; cet &#233;gard, cf. Nicolas Kaczmarek, Ouvrage &#224; para&#238;tre en 2026, La Dispute, coll. L'enjeu scolaire, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'Enjeu scolaire, Paris, 2024&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Astolfi, &lt;i&gt;La Saveur des savoirs&lt;/i&gt;, ESF, 2008. Pour une pr&#233;sentation de l'ouvrage : Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;L'&#233;cole et les savoirs. &#192; propos d'un ouvrage d'Astolfi&lt;/i&gt;, GRDS, 2012, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article142#nh&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article142#nh&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;John Hattie, &lt;i&gt;Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses Relating to Achievement&lt;/i&gt;, Routledge, New York, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire la pr&#233;sentation et le commentaire de cette synth&#232;se que propose Olivier Mottint, &lt;i&gt;Faut-il renoncer aux p&#233;dagogies actives ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article287&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article287&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Daniel Gaxie, &lt;i&gt;Le Cens cach&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi les intentions de vote Le Pen + Zemmour avant le 1er tour de la pr&#233;sidentielle de 2022 diminuaient r&#233;guli&#232;rement, quand on passait d'une scolarisation &#233;l&#233;mentaire au niveau bac+5, de 45% &#224; 19% (&lt;i&gt;Enqu&#234;te Statista&lt;/i&gt; aupr&#232;s de 16 228 personnes, octobre 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Tiberj, &lt;i&gt;La Droitisation fran&#231;aise&lt;/i&gt;, mythes et r&#233;alit&#233;s, PUF, Paris, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; cet &#233;gard Janine Reichstadt, &lt;i&gt;Scolarisation et vote d'extr&#234;me-droite&lt;/i&gt;, GRDS, 2022, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article350&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article350&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Annick Percheron, &lt;i&gt;Les 10-16 ans et la politique&lt;/i&gt;, PNFSP, Paris, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce site les contributions de notre rubrique &#171; Apprendre &#224; lire &#187;, et notamment &#171; Une note majeure du CSEN &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article355&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article355&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui est actuellement le cas : selon la DEPP, les &#233;carts cognitifs moyens entre un enfant de cadre et un enfant d'ouvrier sont multipli&#233;s par deux entre l'entr&#233;e au CP et la fin du CM2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce renversement paradigmatique : Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'enjeu scolaire, Paris, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouvera de pr&#233;cieuses indications sur les modalit&#233;s pratiques d'apprentissage ainsi conduits dans le t&#233;moignage de Nicolas Kaczmarek (op.cit&#233;). Voir &#233;galement Jean-Pierre Terrail (coordination), &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux populaires&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'enjeu scolaire, Paris, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;cole de Barbiana,&lt;i&gt; Lettre &#224; une enseignante,&lt;/i&gt; Agone &#233;dition, 2022 (1967) ; F&#233;licien Faury, &lt;i&gt;Des &#233;lecteurs ordinaires. Enqu&#234;te sur la normalisation de l'extr&#234;me-droite&lt;/i&gt;, Seuil, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In sa Pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;La lettre &#224; une enseignante&lt;/i&gt;, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les contributions concernant ce remaniement d'ensemble des contenus d'enseignement au sein du bagage de culture commune &#224; transmettre de deux &#224; dix-huit ans peuvent &#234;tre consult&#233;s sur le site du GRDS, rubrique &#171; Culture commune &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique3&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maud Mannoni, &lt;i&gt;&#201;ducation impossible&lt;/i&gt;, Seuil, 1973, p.285.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcel Gauchet, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette propension fait l'objet de l'ouvrage de Shlomo Sand, &lt;i&gt;Cr&#233;puscule de l'histoire&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple &#224; ce sujet : J&#233;r&#244;me Deauvieau, &lt;i&gt;Quel enseignement pour penser le monde social ?&lt;/i&gt; GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces concepts sont ceux de Gaston Bachelard, in &lt;i&gt;La Formation de l'esprit scientifique&lt;/i&gt;, Vrin, Paris, 1967 (1934).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Astolfi, &lt;i&gt;La Saveur des savoirs. Disciplines et plaisir d'apprendre&lt;/i&gt;, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2008, r&#233;&#233;d. 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour r&#233;fl&#233;chir plus avant ces questions, on pourra se reporter particuli&#232;rement, sur ce site, aux contributions suivantes : Nico Hirtt, &lt;i&gt;Sans transmission des savoirs, pas d'esprit critique !&lt;/i&gt;, GRDS, 2021, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article326&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article326&lt;/a&gt; ; Janine Reichstadt, &lt;i&gt;Croire ou savoir. Pour une &#233;pist&#233;mologie exigeante en classe&lt;/i&gt;, GRDS, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article292&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article292&lt;/a&gt; ; Serge Cosp&#233;rec, &lt;i&gt;D&#233;velopper l'esprit critique des &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt;, GRDS, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article286&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article286&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Nouveau Front Populaire et l'&#233;cole</title>
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		<dc:date>2024-10-14T16:01:53Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les affrontements &#233;lectoraux de l'ann&#233;e 2024 offrent l'occasion d'un examen et d'une confrontation des programmes politiques concernant l'&#233;cole. Qu'envisagent les partis de gauche en ce domaine, quelles sont leurs convergences et leurs diff&#233;rences ? Tous se r&#233;f&#232;rent &#224; un objectif de justice sociale, mais les timidit&#233;s assez &#233;videntes de leurs propositions invitent &#224; la r&#233;flexion. Qu'en est-il notamment des possibilit&#233;s et des exigences d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L146xH150/arton357-156d4.png?1790693197' class='spip_logo spip_logo_right' width='146' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les affrontements &#233;lectoraux de l'ann&#233;e 2024 offrent l'occasion d'un examen et d'une confrontation des programmes politiques concernant l'&#233;cole. Qu'envisagent les partis de gauche en ce domaine, quelles sont leurs convergences et leurs diff&#233;rences ? Tous se r&#233;f&#232;rent &#224; un objectif de justice sociale, mais les timidit&#233;s assez &#233;videntes de leurs propositions invitent &#224; la r&#233;flexion. Qu'en est-il notamment des possibilit&#233;s et des exigences d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs ? Pourquoi les organisations politiques progressistes n'ouvrent-elles pas le d&#233;bat sur ces questions ? Ne serait-il pas opportun que la soci&#233;t&#233; civile, en tant que &#034;cinqui&#232;me composante du NFP&#034; (selon Lucie Castets, qui s'en r&#233;clame), les y convie, apr&#232;s avoir assur&#233; leurs succ&#232;s &#233;lectoraux ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2024 : les affichages programmatiques&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les convergences&lt;br class='autobr' /&gt;
Les engagements du NFP&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un programme &#224; l'autre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Restauration ou d&#233;mocratisation ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Effacer l'ardoise, mais encore ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Financement public et efficience p&#233;dagogique&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; de l'am&#233;lioration des ressources budg&#233;taires&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pouvoir aux enseignants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enjeux d'une politique scolaire progressiste&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
De quelle crise de l'&#233;cole parle-t-on ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Affronter la question des missions de l'&#233;cole&lt;br class='autobr' /&gt;
Une mutation des postures p&#233;dagogiques&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment assurer la r&#233;ussite des non h&#233;ritiers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Structures scolaires et p&#233;dagogie : l'indispensable d&#233;bat&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2024 : les affichages programmatiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;quence ouverte par les &#233;lections europ&#233;ennes, suivies par la dissolution de l'Assembl&#233;e Nationale du 9 juin 2024, a conduit les partis politiques &#224; actualiser et afficher leurs propositions propres, les organisations de gauche r&#233;ussissant &#224; s'accorder sur un m&#234;me programme, celui du Nouveau Front Populaire (NFP). En mati&#232;re de politique scolaire, qu'en est-il des convergences et des diff&#233;rences au sein du NFP ? &#192; quelles attentes r&#233;pondent les objectifs affich&#233;s ? Lesquelles restent pendantes, qui exigeraient l'intervention de ceux - enseignants, parents, syndicats, associations - qui ont rendu possibles les succ&#232;s &#233;lectoraux des partis de gauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les convergences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole fran&#231;aise est confront&#233;e &#224; deux probl&#232;mes majeurs. D'une part, et au m&#234;me titre que les autres services publics, elle subit une politique de sous-financement drastique qui permet de parler de crise de l'&#233;cole comme on parle de crise du syst&#232;me hospitalier. Et elle doit faire face, d'autre part, &#224; la crise d'efficience p&#233;dagogique que r&#233;v&#232;le la baisse des acquisitions cognitives des &#233;l&#232;ves &#224; toutes les &#233;tapes de leurs &#233;tudes : baisse particuli&#232;rement s&#233;v&#232;re, faut-il le souligner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette seconde crise ne saurait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une simple cons&#233;quence de la premi&#232;re, ne serait-ce que parce que ses premi&#232;res manifestations remontent &#224; quelque quatre d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les partis de gauche (Verts, PS, LFI, PCF) envisagent-ils de rem&#233;dier &#224; cette double crise ? Commen&#231;ons par le trait commun le plus &#233;vident et le plus saillant de leurs programmes : ils ignorent totalement la crise d'efficience p&#233;dagogique. Aucun n'y fait la moindre r&#233;f&#233;rence. Comme si la baisse du niveau des &#233;l&#232;ves n'&#233;tait pas signal&#233;e, reconnue et valid&#233;e par de nombreuses enqu&#234;tes nationales et internationales depuis vingt-cinq ans. Ce silence est coh&#233;rent avec la discr&#233;tion g&#233;n&#233;rale dont ces programmes font preuve concernant le champ de la transmission des savoirs. Celui-ci serait-il consid&#233;r&#233; comme une affaire de professionnels sp&#233;cialis&#233;s dans laquelle le politique n'a pas &#224; s'impliquer ? La question m&#233;rite d'&#234;tre r&#233;fl&#233;chie : comment une politique progressiste pourrait-elle se d&#233;sint&#233;resser de ce qui est au c&#339;ur de la mission de l'institution scolaire, de ce qui fait sa raison d'&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes des quatre organisations sont de ce fait centr&#233;s sur le probl&#232;me du sous-financement du syst&#232;me &#233;ducatif, et de ses cons&#233;quences pratiques sur les recrutements et la formation des enseignants, la pr&#233;carisation de leur statut, les remplacements, leur carri&#232;re et les salaires, les effectifs par classe, l'entretien des b&#226;timents&#8230; ; l'objectif affich&#233; s'identifiant &#224; chaque fois &#224; la satisfaction des revendications syndicales correspondantes. S'y ajoute l'intention de revenir sur tout ou partie des r&#233;formes adopt&#233;es de Sarkozy &#224; Macron, notamment sous Blanquer, la critique de Parcoursup s'av&#233;rant particuli&#232;rement unanime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis de gauche entendent donc r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts provoqu&#233;s par les politiques n&#233;o-lib&#233;rales. Mais s'agit-il pour eux simplement de retrouver gr&#226;ce &#224; un financement correct un fonctionnement plus satisfaisant du syst&#232;me &#233;ducatif (tel qu'on l'a connu avant ces politiques), ou d'engager des transformations d&#233;mocratiques ? Se pr&#233;occupe-t-on exclusivement de r&#233;parer, ou cherche-t-on aussi &#224; am&#233;liorer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formes de structure propos&#233;es sont plut&#244;t timides. Ainsi aucun des quatre programmes ne propose-t-il de modifier l'organisation des parcours des &#233;l&#232;ves. L'unification des trois voies du lyc&#233;e est un objectif ancien &#224; gauche, qui avait nourri le projet d'&#171; &#233;cole progressive &#187; du SNES dans les ann&#233;es 1970, avant que celui-ci ne l'abandonne apr&#232;s la cr&#233;ation du bac pro pour s'en tenir, jusqu'&#224; aujourd'hui, &#224; l'ambition de faire r&#233;ussir tous les &#233;l&#232;ves gr&#226;ce au dispositif des trois voies existantes. La perspective d'un lyc&#233;e unique continue pourtant, de fa&#231;on assez r&#233;currente, &#224; faire l'objet de r&#233;flexions et de d&#233;bats ici et l&#224; ; et le syndicat CGT &#201;duc'Action la met d&#233;sormais en avant. Elle n'est pourtant &#233;voqu&#233;e dans aucun des programmes de gauche : il est vrai que pour la retenir il faudrait expliquer comment on va &#233;radiquer l'&#233;chec scolaire, et donc ouvrir le dossier de l'efficience p&#233;dagogique de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Au bout du compte, le seul champ de r&#233;forme d&#233;mocratique que ces programmes mettent en avant, et o&#249; il semble que doit se jouer pour eux l'essentiel de l'action pour la justice sociale &#224; l'&#233;cole, est celui de la carte scolaire et de la concurrence entre &#233;tablissements : c'est de fa&#231;on assez consensuelle en effet que les uns et les autres proposent des mesures susceptibles d'am&#233;liorer significativement la mixit&#233; sociale des publics accueillis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les engagements du Nouveau Front Populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;dig&#233; dans une grande urgence politique, destin&#233; &#224; une large diffusion, on ne pouvait attendre du programme du NFP des analyses fouill&#233;es de notre syst&#232;me &#233;ducatif et des perspectives de sa d&#233;mocratisation. Ce bref panorama programmatique avait vocation &#224; lister les points d'accords entre les quatre protagonistes : on ne s'&#233;tonne pas d&#232;s lors d'y retrouver les convergences que nous venons d'examiner, configurant la &#171; grande loi &#233;ducation &#187; que le NFP entend faire adopter dans les cent premiers jours de son gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de cette loi : l'engagement &#171; d'investir dans l'&#233;ducation nationale &#224; hauteur des besoins &#187;, afin de pouvoir revaloriser les salaires, r&#233;investir dans les locaux, renforcer les effectifs de la m&#233;decine et de la vie scolaires, conforter l'accompagnement des &#233;l&#232;ves en situation de handicap en formant et titularisant les accompagnantes (AESH). Il s'agit aussi de revenir sur la r&#233;forme Blanquer instaurant Parcoursup et la s&#233;lection &#224; l'entr&#233;e de l'universit&#233;. R&#233;parer donc. Et am&#233;liorer ? Quelque peu, par un recrutement d'enseignants suffisant pour faire tomber les effectifs par classe en dessous de la moyenne europ&#233;enne de 19 &#233;l&#232;ves ; par la modulation de la dotation aux &#233;tablissements en fonction de leur respect d'objectifs de mixit&#233; sociale ; par la mise en place d'une garantie d'autonomie financi&#232;re accessible d&#232;s 18 ans pour les m&#233;nages situ&#233;s en-dessous du seuil de pauvret&#233; et d&#232;s 16 ans pour les &#233;l&#232;ves de la voie professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re partie du programme du NFP est consacr&#233;e aux transformations &#224; entreprendre au-del&#224; des cent premiers jours de gouvernement. On n'y trouve aucune r&#233;f&#233;rence &#224; la question de l'&#233;cole. Ce silence manifeste-t-il l'existence de divergences entre les quatre protagonistes du NFP sur les r&#233;formes de structure &#224; long terme ou bien leur impr&#233;paration et leur absence de perspectives pr&#233;cises en ce domaine ? Voyons ce que disent leurs programmes pour l'&#233;cole, au-del&#224; des points de convergences que nous avons signal&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'un programme &#224; l'autre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#201;cologistes : une &#233;cole pour &#171; apprendre &#224; apprendre &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les perspectives des &#233;cologistes pour l'&#233;cole se ressentent de l'absence d'un patrimoine historique de r&#233;flexions en ce domaine et d'un int&#233;r&#234;t port&#233; prioritairement sur les questions environnementales. Leur programme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple :&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; affiche des pr&#233;occupations humanistes : l'&#233;ducation doit &#171; cultiver l'ouverture d'esprit et la curiosit&#233; &#187; et &#171; surtout apprendre &#224; apprendre &#187; ; elle a besoin &#224; cet effet d'une organisation collective stimulant la coop&#233;ration bien plus que la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves ; elle doit assurer diff&#233;rentes &#171; &#233;ducations &#224; &#187; : la communication non violente, la sant&#233; et la sexualit&#233;, la protection du patrimoine naturel ; elle doit prot&#233;ger les plus jeunes par l'imposition de mesures de sobri&#233;t&#233; informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan de l'organisation des scolarit&#233;s, les &#233;cologistes se prononcent pour la modulation des dotations aux &#233;tablissements en fonction de leurs objectifs de mixit&#233; sociale ; sugg&#232;rent une organisation par cycles suivis par les m&#234;mes enseignants afin de faciliter la gestion des rythmes individuels diff&#233;renci&#233;s d'apprentissage ; plaident pour un renforcement de l'enseignement professionnel et de l'apprentissage, en r&#233;orientant les fili&#232;res d'enseignement agricole &#224; partir des principes de l'agriculture durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Parti socialiste : &#171; Une soci&#233;t&#233; sans &#233;ducation est une soci&#233;t&#233; sans avenir &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La posture du PS, dont toute l'histoire est intimement li&#233;e, et de multiples fa&#231;ons, &#224; celle du syst&#232;me &#233;ducatif, puise pour sa part dans une longue tradition. Son programme pour l'&#233;cole 2024, Quelle &#233;cole pour demain, d&#233;cline ses propositions sur trois axes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit pour lui &#171; d'acc&#233;l&#233;rer la transformation de l'&#233;cole &#187;, en l'aidant &#224; se confronter aux &#233;volutions des jeunes g&#233;n&#233;rations, en accentuant le recours aux outils num&#233;riques tout en &#233;vitant &#171; les illusions du 100% distanciel &#187;, en limitant la concurrence entre les &#233;l&#232;ves et les exclusions punitives. Second axe : l'aide aux familles et aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, via le renforcement des RASED et des REP pour ces derniers, et l'aide &#224; l'accueil des handicap&#233;s. Troisi&#232;me axe, et non le moindre : &#171; donner &#224; l'&#233;cole les moyens de r&#233;ussir sa mission &#187;, en favorisant la diff&#233;renciation p&#233;dagogique et le &#171; plus de ma&#238;tres que de classes &#187; dans le premier degr&#233; ; le recrutement d'enseignants et la modification de la carte scolaire dans le second degr&#233; ; la limitation des stages et le renforcement des capacit&#233;s d'accueil en lyc&#233;e professionnel ; de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale la revalorisation des carri&#232;res et des salaires des personnels ; la cr&#233;ation d'un grand service d'orientation et la suppression de Parcoursup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La France insoumise : &#171; Instruire et qualifier tous-tes les &#233;l&#232;ves &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La FI met en avant un programme d&#233;taill&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, visant par un financement cons&#233;quent &#224; satisfaire toutes les revendications syndicales, et revenant sur l'ensemble des r&#233;formes adopt&#233;es depuis Sarkozy et mettant en cause le service public et son cadre national. Mais elle ne s'en tient pas &#224; des mesures de restauration. Elle se prononce contre le &#171; choc des savoirs &#187; et insiste notamment sur l'am&#233;lioration de la transmission des savoirs, &#224; laquelle devrait contribuer une s&#233;rie de mesures : la r&#233;duction des effectifs par classe en-dessous de la moyenne europ&#233;enne de 19 &#233;l&#232;ves ; le report &#224; 18 ans de l'obligation scolaire ; le renforcement de la formation des enseignants et la revalorisation de leur carri&#232;re ; la reconnaissance de leur expertise professionnelle et de leur libert&#233; p&#233;dagogique ; un r&#233;examen des curricula r&#233;tablissant le cadre des disciplines, revenant tant sur la r&#233;forme des enseignements du lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral que sur l'affaiblissement des enseignements g&#233;n&#233;raux dans la voie professionnelle, renfor&#231;ant la culture manuelle et technique et encourageant la cr&#233;ation d'associations culturelles dans tous les &#233;tablissements, en sorte d'orienter le syst&#232;me &#233;ducatif vers la diffusion d'une culture commune &#224; tous les jeunes ; la garantie d'un soutien scolaire gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, l'&#233;cole envisag&#233;e par LFI entend accro&#238;tre les qualifications professionnelles gr&#226;ce &#224; un d&#233;veloppement de l'enseignement professionnel et technologique public, dot&#233; d'un CAP en trois ans et d'un bac pro en 4 ans ; se constituer en &#233;cole de la citoyennet&#233; en encourageant la d&#233;mocratie scolaire, en assurant des formations en droit du travail, en faisant des parents d'&#233;l&#232;ves en acteurs de la vie des &#233;tablissements, dans un contexte o&#249; le droit de vote serait abaiss&#233; &#224; 16 ans ; r&#233;server enfin les fonds publics &#224; l'&#233;cole publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Parti communiste : &#171; Ne pas en rabaisser sur l'exigence d'une culture commune de haut niveau &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCF propose un plan d'urgence permettant &#224; l'&#233;ducation nationale de retrouver des conditions normales de fonctionnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : nombreux recrutements, revalorisations salariales, construction et r&#233;novation des b&#226;timents scolaires ; abandon de Parcoursup et restauration du bac ; am&#233;lioration de la ma&#238;trise publique de l'&#233;ducation par la fermeture des &#233;coles priv&#233;es hors contrat et modulation des aides au priv&#233; sous contrat en fonction de la mixit&#233; sociale des &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce plan d'urgence s'inscrit dans la perspective beaucoup plus ambitieuse d'une &#171; r&#233;volution de l'&#233;ducation et des connaissances &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit ici pour le PCF d'&#233;lever le niveau des connaissances et de la qualification de toute la population par une &#233;ducation commune transmettant une culture commune de haut niveau. Tous les enfants en effet sont capables d'apprendre, ce qui impose de &#171; refonder tout le syst&#232;me &#233;ducatif sur le mod&#232;le de l'&#233;l&#232;ve qui n'a que l'&#233;cole pour apprendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCF a accumul&#233; au fil de son histoire une longue exp&#233;rience de r&#233;flexions, d'analyses et de projets sur la question de l'&#233;cole. Son int&#233;r&#234;t pour le r&#244;le potentiellement &#233;mancipateur de l'&#233;ducation scolaire des jeunes g&#233;n&#233;rations ne s'est jamais d&#233;menti. Il est le seul, aujourd'hui, &#224; &#233;diter une revue p&#233;riodique consacr&#233;e aux questions scolaires. Au-del&#224; d'un plan d'urgence r&#233;parateur, son programme actuel pour l'institution scolaire met en avant de fortes affirmations de principe (&#171; refonder tout le syst&#232;me &#233;ducatif &#187;) dont les implications pratiques - on pense notamment &#224; cet &#233;gard au d&#233;bat sur le lyc&#233;e unique - ne sont cependant gu&#232;re pr&#233;cis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Restauration ou d&#233;mocratisation ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effacer l'ardoise, mais encore ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifestement, et le programme du NFP en t&#233;moigne, les partis de gauche sont d&#233;cid&#233;s &#224; r&#233;investir dans l'&#233;cole afin de restaurer un syst&#232;me &#233;ducatif digne de ce nom. La n&#233;cessit&#233; de satisfaire l'essentiel des revendications syndicales fait pour eux consensus, et ce n'est pas rien sachant l'impact des politiques n&#233;o-lib&#233;rales au long des deux derni&#232;res d&#233;cennies. Mais une politique progressiste pour l'&#233;cole peut-elle se contenter de r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts ? Le retour &#224; la normale ne serait-il pas en l'occurrence, pour reprendre une formule qui eut son heure de gloire il n'y a pas si longtemps, un retour &#224; l'anormal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment oublier en effet que l'&#233;cole &#171; unique &#187; de la 5&#232;me R&#233;publique perp&#233;tue depuis les ann&#233;es 1960 des in&#233;galit&#233;s sociales que les d&#233;cennies n'ont pas r&#233;duites, mais plut&#244;t aggrav&#233;es, au point qu'en France l'origine sociale p&#232;se aujourd'hui sur la r&#233;ussite scolaire plus que partout ailleurs dans l'OCDE ? Et il y a plus : depuis les ann&#233;es 1980 les acquisitions cognitives des jeunes g&#233;n&#233;rations ne cessent de se d&#233;grader &#224; chaque niveau du parcours de scolarisation, ce que la tendance inverse et paradoxale &#224; l'inflation des dipl&#244;mes rend peu perceptible. Cette h&#233;morragie des savoirs creuse les &#233;carts mais touche toutes les cat&#233;gories sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir, op. cit&#233;.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est urgent d'y mettre un terme ; or la baisse de l'efficience p&#233;dagogique de notre syst&#232;me scolaire s'amorce bien avant la crise de financement budg&#233;taire. In&#233;galit&#233;s scolaires structurelles, perte d'efficience p&#233;dagogique ancienne : une simple r&#233;&#233;valuation de la dotation budg&#233;taire &#224; l'&#233;cole sera loin de r&#233;gler les probl&#232;mes. D'autant que les d&#233;cennies de d&#233;gradation de la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations &#233;tant aussi celles d'un formidable essor scientifique et technique, celles de l'urgence climatique et de ses cons&#233;quences, l'&#233;cart n'a cess&#233; de cro&#238;tre entre le niveau des connaissances acquises et des capacit&#233;s de compr&#233;hension du monde et celui qu'exigerait la ma&#238;trise collective des bouleversements contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes scolaires des partis de gauche proposent-ils des mesures efficaces pour r&#233;duire cet &#233;cart ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Financement public et efficience p&#233;dagogique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus ou moins explicite l'ensemble de ces programmes semblent consid&#233;rer le retour &#224; un financement public satisfaisant comme facteur par lui-m&#234;me d'un gain d'efficience p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t peu contestable qu'une &#233;l&#233;vation sensible des recrutements d'enseignants, permettant notamment d'assurer les remplacements, soit effectivement de nature &#224; limiter l'&#233;chec scolaire : on a bien vu a contrario combien les fermetures d'&#233;tablissements pendant la p&#233;riode du Covid avaient eu &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne des effets globalement n&#233;gatifs sur les apprentissages des &#233;l&#232;ves, et provoqu&#233; l'aggravation des in&#233;galit&#233;s scolaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dalibor Sternadel, Covid : impacts sur la scolarisation en France et en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l'on voit mal comment le fait de pouvoir enseigner et apprendre dans des conditions mat&#233;rielles correctes, qu'il s'agisse de la r&#233;mun&#233;ration des personnels, des bourses des &#233;l&#232;ves, de la qualit&#233; et de l'entretien des b&#226;timents scolaires, pourrait nuire &#224; une transmission efficace des savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un financement correct de l'&#233;cole est une condition indispensable de bons apprentissages, mais qu'il en soit par lui-m&#234;me le moteur para&#238;t beaucoup plus discutable. Le cas du nombre d'&#233;l&#232;ves par classe l'illustre tr&#232;s bien (rappelons que l'objectif d'une r&#233;duction de ce nombre &#224; la moyenne europ&#233;enne de 19 &#233;l&#232;ves voire au-dessous figure en bonne place dans les programmes de la gauche). On dispose &#224; cet &#233;gard en France de trois exp&#233;riences historiques assez &#233;loquentes. En 1998, apr&#232;s deux mois de conflit en Seine-Saint-Denis, le ministre All&#232;gre accorde trois mille postes suppl&#233;mentaires pour les &#233;tablissements du 93. Si cette rallonge consid&#233;rable contribue &#224; la r&#233;duction des effectifs par classe, les effets sur le taux d'&#233;chec scolaire dans le d&#233;partement seront imperceptibles. Seconde exp&#233;rimentation grandeur nature : le d&#233;doublement de 100 classes de CP d&#233;cid&#233; par le ministre Jack Lang en 2001. Selon le suivi de la DEPP, la tr&#232;s l&#233;g&#232;re am&#233;lioration des r&#233;sultats observ&#233;e en fin de CP a disparu en fin de CE1. Plus r&#233;cemment, et malgr&#233; ces pr&#233;c&#233;dents, le ministre Blanquer a d&#233;cid&#233; en 2017 de d&#233;doubler les classes de CP et CE1 en REP et REP+. Les effets mesur&#233;s par la DEPP en fin de CP en fran&#231;ais sont positifs, mais modestes. La recherche men&#233;e par Deauvieau et Gioia en 2022 sur l'apprentissage de la lecture au CP montre que l'essentiel se joue en fait au plan des pratiques p&#233;dagogiques : &#171; La politique de r&#233;duction de la taille des classes, positive en soi pour les conditions d'&#233;tudes des &#233;l&#232;ves et de travail des enseignant&#183;es, doit &#234;tre accompagn&#233;e d'un changement dans les mani&#232;res d'enseigner pour permettre une progression sensible du niveau en lecture des &#233;l&#232;ves concern&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quid alors de l'am&#233;lioration des carri&#232;res et des salaires des enseignants ? La mesure est essentielle pour leur moral, les encourage &#224; s'investir dans leur travail, peut contribuer &#224; restaurer l'attractivit&#233; du m&#233;tier&#8230; mais elle non plus n'est pas en soi l'assurance d'un gain d'efficience p&#233;dagogique. Et concernant les AESH ? L'accueil des &#233;l&#232;ves handicap&#233;s dans les classes ordinaires est difficile &#224; g&#233;rer par les enseignants : le recrutement d'AESH et la revalorisation de leur carri&#232;re sont de nature &#224; am&#233;liorer l'atmosph&#232;re des classes concern&#233;es et &#224; limiter les pertes d'efficience p&#233;dagogique, mais n'apporteront aucun gain suppl&#233;mentaire en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; de l'am&#233;lioration des ressources budg&#233;taires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Outre l'augmentation des dotations financi&#232;res les partis de gauche avancent, d'un programme &#224; l'autre, diff&#233;rentes propositions. Les bonnes intentions ne manquent pas : l'&#233;cole doit apprendre &#224; apprendre, &#233;veiller la curiosit&#233;, former des citoyens. Des objectifs qui ne permettent pas de faire l'impasse sur la question centrale des apprentissages scolaires. &#171; Personne n'apprend pas &#224; apprendre, note ainsi Marcel Gauchet, de fa&#231;on aussi percutante que pertinente. En apprenant, on apprend &#224; apprendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Audition du philosophe Marcel Gauchet par la commission Th&#233;lot le 27 mai 2013.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &#201;veiller la curiosit&#233; ? Il faudrait d'abord veiller &#224; ce que la r&#233;p&#233;tition des &#233;checs face &#224; la difficult&#233; intellectuelle ne l'&#233;mousse, et ne finisse par l'&#233;puiser. Pr&#233;parer &#224; la citoyennet&#233; ? Mais un enseignement moral et civique adress&#233; &#224; des jeunes auxquels l'&#233;cole n'a rien appris par ailleurs a peu de chances d'&#234;tre entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel autre programme appelle &#224; la reprise de recettes qui n'ont pourtant jamais fait leurs preuves. Il entend favoriser la diff&#233;renciation p&#233;dagogique, dont on sait qu'elle n'a jamais conduit qu'&#224; creuser les &#233;carts, et alors que de nombreux enseignants se sont &#233;lev&#233;s avec vigueur contre la mise en place des &#171; groupes de niveau &#187; pr&#244;n&#233;s par Gabriel Attal. Il est aussi question de restaurer les RASED dans l'enseignement primaire, dont l'exp&#233;rience l&#224; encore a d&#233;montr&#233; la bien faible efficacit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Bonnard, Jean-Fran&#231;ois Giret, C&#233;line Sauvageot, Quels effets du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La limitation de la concurrence entre &#233;tablissements, afin de favoriser la mixit&#233; scolaire, est r&#233;guli&#232;rement mise en avant. Pr&#233;occupation l&#233;gitime : la recherche a bien &#233;tabli les effets b&#233;n&#233;fiques de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale des &#233;l&#232;ves sur la r&#233;ussite des plus vuln&#233;rables. Il s'agit toutefois de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des &#233;l&#232;ves au sein de la classe. Les &#233;l&#232;ves faibles progressent d'autant plus vite, r&#233;duisant ou limitant ainsi les in&#233;galit&#233;s scolaires, que le niveau moyen de la classe est &#233;lev&#233; &#8211; qu'il s'agit donc de classes h&#233;t&#233;rog&#232;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'&#233;tude classique de Marie Duru-Bellat et Alain Mingat, &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ce constat tenant certainement aux variations de la pratique des enseignants en fonction des capacit&#233;s pr&#233;sum&#233;es de leurs publics d'&#233;l&#232;ves, les &#233;l&#232;ves faibles &#233;tant p&#233;nalis&#233;s quand l'enseignant en rabat sur les ambitions du programme (et vice-versa). Or l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; au sein des &#233;tablissements est une chose, une autre &#233;tant l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; au sein de la classe : car une minorit&#233; seulement de coll&#232;ges r&#233;partit les &#233;l&#232;ves en sorte d'assurer leur h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; dans les classes, si bien qu'au total une classe de coll&#232;ge sur deux est une &#171; classe de niveau &#187; (homog&#232;ne). Autrement dit : un &#233;tablissement peut accueillir un public h&#233;t&#233;rog&#232;ne sans pour autant assurer l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des classes, ce qui &#233;claire la r&#233;cente d&#233;monstration par Olivier Monso d'une absence de relation statistique entre l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des &#233;tablissements et les in&#233;galit&#233;s sociales de performances scolaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Outre les travaux de Monso men&#233;s dans le cadre de la DEPP, une autre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On rappellera en outre que cette absence de corr&#233;lation peut aussi s'expliquer par le fait que les in&#233;galit&#233;s scolaires sont d&#233;j&#224; largement &#233;tablies au moment de l'entr&#233;e au coll&#232;ge, l'impact de la s&#233;gr&#233;gation sociale se jouant surtout dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inverse toutefois n'est pas vrai : un &#233;tablissement qui accueille un public homog&#232;ne n'est &#233;videmment pas en mesure de constituer des classes h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Les &#233;tablissements socialement h&#233;t&#233;rog&#232;nes sont donc la condition, mais non la garantie, de la constitution de classes h&#233;t&#233;rog&#232;nes, les plus favorables &#224; la d&#233;mocratie scolaire. Ils ont un autre avantage : ils peuvent contribuer, en assurant la confrontation pr&#233;coce &#224; la diversit&#233; sociale, &#224; la formation citoyenne des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment encourager la mixit&#233; sociale des &#233;tablissements ? Modifier la carte scolaire, mieux en contr&#244;ler le respect, accueillir les &#233;l&#232;ves boursiers dans les &#233;tablissements favoris&#233;s ? On ne saurait oublier que la concurrence entre &#233;tablissements est un effet de la mise en concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e des &#233;l&#232;ves au sein de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Tant que celle-ci constituera le contexte oblig&#233; des apprentissages cognitifs, on voit mal comment, d'une fa&#231;on ou d'une autre, les familles favoris&#233;es pourraient cesser leur qu&#234;te d'entre-soi au sein des &#233;tablissements les plus s&#233;lectifs, l&#224; o&#249; la r&#233;ussite des parcours est la mieux assur&#233;e. La limitation des &#233;carts de performances entre les &#233;tablissements constituerait sans doute le meilleur moyen de d&#233;courager le contournement de la carte scolaire : autant dire que le premier probl&#232;me, et le premier objectif, devrait &#234;tre la r&#233;duction drastique de l'&#233;chec scolaire massif qui gr&#232;ve les &#233;tablissements populaires. En d&#233;courageant les parents des classes moyennes et sup&#233;rieures d'en retirer leurs enfants, une telle r&#233;duction favoriserait la mixit&#233; scolaire, qui &#224; son tour contribuerait &#224; promouvoir la r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves. On en revient toujours l&#224; : pour engager ce cercle vertueux, il faudrait commencer par ouvrir le dossier de l'efficience p&#233;dagogique de notre syst&#232;me &#233;ducatif, au lieu de faire l'impasse sur la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir aux enseignants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;matique sensible de la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants, laquelle est r&#233;guli&#232;rement oppos&#233;e par leurs syndicats aux injonctions minist&#233;rielles, et l'a particuli&#232;rement &#233;t&#233; sous Blanquer, revient elle aussi ici et l&#224; dans les programmes de gauche. Faut-il donc, &#224; suivre ces derniers, &#171; redonner du pouvoir aux enseignants &#187;, &#171; garantir leur libert&#233; p&#233;dagogique &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, assumer un r&#244;le d'enseignant c'est accepter une mission de transmission du patrimoine de la culture &#233;crite et de socialisation intellectuelle des jeunes g&#233;n&#233;rations. L'affaire est cruciale pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, sa reproduction et son devenir sont en jeu. Il para&#238;t &#224; cet &#233;gard non seulement l&#233;gitime mais imp&#233;ratif de demander des comptes aux ma&#238;tres, en mati&#232;re tant d'efficience p&#233;dagogique que d'attention bienveillante port&#233;e &#224; chaque &#233;l&#232;ve qui leur est confi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, les enseignants sont en premi&#232;re ligne du retour d'exp&#233;rience, face &#224; des situations sans cesse renouvel&#233;es qu'eux seuls peuvent g&#233;rer. On peut prescrire les buts de leur mission et valider son accomplissement, beaucoup plus difficilement les modalit&#233;s de leur travail r&#233;el. De ce point de vue on comprend qu'ils puissent &#234;tre tr&#232;s sensibles &#224; tout ce qui peut leur appara&#238;tre comme des mesures intrusives limitant leur autonomie professionnelle et d&#233;valorisant leurs comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t, pour avancer la r&#233;flexion, de distinguer les fa&#231;ons dont le probl&#232;me se pose dans le premier et dans le second degr&#233;. Les enseignants du secondaire sont recrut&#233;s sur la base de leur ma&#238;trise d'une discipline &#224; laquelle ils sont attach&#233;s, leur choix du m&#233;tier &#233;tant largement motiv&#233; par le d&#233;sir de la pratiquer et de la transmettre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau, Enseigner dans le secondaire, La Dispute, Paris, 2009.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'engageant dans ce dernier de fa&#231;on instruite et d&#233;sirante, il leur reste &#224; acqu&#233;rir l'exp&#233;rience des situations de classe et des proc&#233;dures p&#233;dagogiquement les plus efficaces, ce qu'ils peuvent faire gr&#226;ce aux apports conjugu&#233;s de leur propre travail quotidien et de la r&#233;flexion collective de leur milieu disciplinaire. Leur comp&#233;tence savante leur permet plus ais&#233;ment, individuellement et collectivement, de prendre la main sur leur m&#233;tier. Il est frappant &#224; cet &#233;gard de constater que chaque corps disciplinaire du secondaire s'est historiquement dot&#233; d'une (ou plus) association professionnelle qui favorise la circulation autonome des informations sp&#233;cialis&#233;es entre ses membres et le d&#233;bat sur les gestes du m&#233;tier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il arrive que ce soit l'organisation syndicale qui prenne en charge cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; et que le contr&#244;le minist&#233;riel sur la mani&#232;re d'ex&#233;cuter ces derniers est relativement l&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre est la situation dans le premier degr&#233;. L'attachement &#224; une discipline sp&#233;cifique n'est pas ici un motif significatif du choix du m&#233;tier enseignant. Le tr&#232;s large &#233;ventail de la formation scolaire initiale des futurs ma&#238;tres et la polyvalence disciplinaire qui est attendue d'eux exclut la possibilit&#233; d'une formation professionnelle initiale digne de ce nom. Ils entrent dans le m&#233;tier tr&#232;s incertains de leurs propres comp&#233;tences et tr&#232;s demandeurs de pr&#233;conisations p&#233;dagogiques &#171; cl&#233;s en main &#187;. Leur socialisation professionnelle s'op&#232;re pour beaucoup via des &#233;changes sur des sites sp&#233;cialis&#233;s ; et il s'agit d'&#233;changes de recettes p&#233;dagogiques ponctuelles beaucoup plus que de r&#233;flexions de fond sur la didactique des disciplines qu'ils ont en charge d'enseigner. Le minist&#232;re fait face &#224; la situation par la mise en place d'un r&#233;seau d'encadrement p&#233;dagogique bien plus serr&#233; que dans le secondaire, celui des conseillers p&#233;dagogiques de circonscription qui consacrent une bonne partie de leur temps de travail &#224; l'assistance individuelle aux ma&#238;tres des &#233;coles de leur ressort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'&#233;tonner dans ces conditions que la mise en avant de la libert&#233; p&#233;dagogique enseignante soit surtout le fait des organisations syndicales du premier degr&#233;, alors que c'est l&#224; qu'elle est le moins assur&#233;e&#8230; Mais pr&#233;cis&#233;ment : les enseignants du secondaire ont d'autant moins de raisons de r&#233;clamer le respect de leur autonomie qu'ils en jouissent de fait, l'imposant plus facilement gr&#226;ce &#224; leur ma&#238;trise savante des contenus enseign&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concluons sur ce point. L'apport potentiel des enseignants &#224; l'am&#233;lioration de l'efficience p&#233;dagogique de notre syst&#232;me &#233;ducatif, &#224; partir de leur exp&#233;rience pratique, est irrempla&#231;able ; il est d&#232;s lors parfaitement l&#233;gitime de reconna&#238;tre et d'encourager leur libert&#233; p&#233;dagogique. Mais encore faut-il qu'ils aient les moyens de l'exercer efficacement, qu'il s'agisse autrement dit d'une libert&#233; p&#233;dagogique instruite : instruite par la qualit&#233; de la formation professionnelle initiale, comme par l'appropriation des travaux de la recherche sp&#233;cialis&#233;e, auxquels il leur serait possible de se confronter lors des stages de formation continue. S'agissant de la qualit&#233; de la formation initiale, celle des professeurs des &#233;coles m&#233;riterait assur&#233;ment d'&#234;tre r&#233;examin&#233;e : comment leur assurer une r&#233;elle ma&#238;trise des contenus &#224; transmettre dans le cadre actuel de la polyvalence disciplinaire qui est exig&#233;e d'eux ? Cette derni&#232;re m&#233;riterait d'&#234;tre remise en question, en sorte au minimum d'avoir deux ma&#238;tres par classe, l'un pour le champ maths et sciences &#171; dures &#187;, l'autre pour les mati&#232;res litt&#233;raires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce que propose le GRDS, cf. La formation des enseignants de l'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les enjeux d'une politique scolaire progressiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelle crise de l'&#233;cole parle-t-on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'&#233;vidence l'objectif du retour &#224; un fonctionnement normal de l'&#233;cole &#171; unique &#187; de la 5&#232;me R&#233;publique, &#224; un syst&#232;me &#233;ducatif donc qui &#233;tait pourtant profond&#233;ment in&#233;galitaire, prime massivement, dans les programmes scolaires de la gauche, sur celui d'un &#233;largissement d&#233;mocratique de l'acc&#232;s aux savoirs &#171; puissants &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La formule est du sociologue anglais Michael Young.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ceux qui permettent d'intervenir de fa&#231;on r&#233;fl&#233;chie et efficace dans la vie &#233;conomique, sociale, politique et culturelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les consid&#233;rations qui suivent sont inspir&#233;s des travaux du GRDS, que l'on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de ne pas voir dans cette timidit&#233; politique l'effet d'une r&#233;duction de la crise de l'&#233;cole &#224; une crise de sous-financement. Car consid&#233;rer qu'il s'agit aussi d'une crise d'efficience p&#233;dagogique, &#224; laquelle il convient tout aussi n&#233;cessairement de faire face, aurait in&#233;vitablement conduit les protagonistes du NFP &#224; ouvrir le dossier des modalit&#233;s de la transmission des savoirs. S'impliquer dans ce domaine en effet :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; interdirait de penser, et de laisser penser, qu'en finir avec le sous-financement aurait automatiquement des effets b&#233;n&#233;fiques sur l'efficience p&#233;dagogique ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#233;viterait de pr&#244;ner le retour &#224; des recettes p&#233;dagogiques qui n'ont en rien emp&#234;ch&#233; l'h&#233;morragie des savoirs ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; obligerait &#224; affronter la question des modalit&#233;s de mise en &#339;uvre des intentions les plus g&#233;n&#233;reusement progressistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le programme du PCF &#233;voque certes l'objectif d'une &#171; &#233;ducation commune (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; inciterait &#224; d&#233;velopper la r&#233;flexion sur les moyens non seulement de stopper l'h&#233;morragie des savoirs dans les jeunes g&#233;n&#233;rations, mais du m&#234;me coup de reprendre avec les plus grandes ambitions d&#233;mocratiques la pente ascendante de leurs acquisitions scolaires, pente interrompue et d&#233;clinant depuis quatre d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Affronter la question des missions du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;unifiant les deux r&#233;seaux de scolarisation de la 3&#232;me R&#233;publique, le primaire (&#233;cole du peuple) et le secondaire (&#233;cole des &#233;lites), la 5&#232;me avait un double souci : &#233;lever le niveau g&#233;n&#233;ral de formation, sans remettre en cause les hi&#233;rarchies sociales. Le succ&#232;s fut largement au rendez-vous : il suffit d'examiner la composition sociale des trois voies du lyc&#233;e aujourd'hui pour s'en convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les ressorts qui ont permis d'assurer le maintien d'in&#233;galit&#233;s scolaires inchang&#233;es depuis les ann&#233;es 1960, en raison notamment d'un taux d'&#233;chec scolaire &#233;lev&#233; et persistant, p&#233;nalisent lourdement aujourd'hui notre syst&#232;me &#233;ducatif : en 2022, en maths, un &#233;l&#232;ve de 15 ans sur trois est en difficult&#233; ; en mati&#232;re de compr&#233;hension de l'&#233;crit, les jeunes fran&#231;ais ont des performances inf&#233;rieures &#224; la moyenne de l'OCDE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon PISA 2022.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela dans une nation o&#249; l'alphab&#233;tisation de masse a d&#233;but&#233; au 16&#232;me si&#232;cle, et qui a toujours aim&#233; se penser comme une grande puissance intellectuelle&#8230; Une politique scolaire progressiste n'aurait-elle pas d&#232;s lors toute l&#233;gitimit&#233; &#224; vouloir en finir avec ces ressorts et assurer une pleine d&#233;mocratisation de l'&#233;cole ? Une d&#233;mocratisation, si l'on pr&#233;f&#232;re, qui ne se contenterait pas d'&#233;largir pas &#224; pas la minorit&#233; des &#233;l&#232;ves d'origine populaire r&#233;ussissant &#224; acc&#233;der &#224; l'enseignement sup&#233;rieur dans des conditions correctes, mais ouvrirait cet acc&#232;s &#224; tous les non h&#233;ritiers &#8211; ce que, d'ailleurs, l'immense majorit&#233; des familles modestes appelle de ses v&#339;ux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incontestablement, une telle vis&#233;e implique le passage d'un mod&#232;le scolaire qui accueille tous les publics (l'&#233;cole &#171; unique &#187;), les met en concurrence via les notes et les classements et les oriente en cons&#233;quence, &#224; un mod&#232;le (l'&#233;cole commune) &#224; la mission profond&#233;ment transform&#233;e, consistant non seulement &#224; &#171; faire progresser tout le monde &#187; mais, s'&#233;tant d&#233;barrass&#233; des notes et des classements, &#224; conduire la totalit&#233; de ses publics, au fil d'un tronc commun, jusqu'au terme du secondaire o&#249; ils arriveraient dot&#233;s d'un bagage scolaire du meilleur niveau, lequel serait valid&#233; par un bac de culture commune ouvrant sur toutes les formations de l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mutation d'un mod&#232;le &#224; l'autre peut para&#238;tre tr&#232;s (trop) radicale. Mais l'hypoth&#232;se d'une troisi&#232;me voie est entach&#233;e d'irr&#233;alisme. La perspective d'un lyc&#233;e &#171; unique &#187; associant les trois voies d'aujourd'hui autour d'enseignements g&#233;n&#233;raux communs est avanc&#233;e ici ou l&#224; par tels ou tels penseurs progressistes&#8230; qui n'expliquent pas par quel miracle des adolescents sortant du coll&#232;ge avec des acquisitions cognitives aussi in&#233;gales pourraient se voir proposer les m&#234;mes enseignements g&#233;n&#233;raux. Aucun lyc&#233;e unique n'est concevable sans un coll&#232;ge lui-m&#234;me v&#233;ritablement unique ; et un tel coll&#232;ge suppose &#224; son tour une &#233;l&#233;vation massive et g&#233;n&#233;rale de l'efficience de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire. Seule une refonte g&#233;n&#233;rale de notre syst&#232;me &#233;ducatif, autrement dit, peut &#234;tre oppos&#233;e de fa&#231;on cr&#233;dible &#224; l'injustice sociale qui r&#232;gne aujourd'hui en mati&#232;re d'acc&#232;s aux savoirs &#171; puissants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une mutation des postures p&#233;dagogiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole de la 3&#232;me R&#233;publique s&#233;lectionnait par la r&#233;ussite scolaire (qui sera pr&#233;sent&#233; au certificat d'&#233;tudes ?). Celle de la 5&#232;me s&#233;lectionne par l'&#233;chec : des notes insuffisantes, un classement trop m&#233;diocre conduiront au redoublement, &#224; la m&#233;dicalisation, &#224; l'affectation aux classes d'enseignement sp&#233;cialis&#233;, &#224; celles qui regroupent les bas niveaux, aux sections pr&#233;professionnelles&#8230; &#192; ce jeu, les &#233;l&#232;ves les moins dot&#233;s culturellement, les moins aid&#233;s au quotidien, les non h&#233;ritiers sont s&#251;rs de perdre, ont en tout cas peu de chances de tirer leur &#233;pingle du jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instauration d'un tronc commun aurait des effets tant sur les &#233;l&#232;ves, qui pourraient &#233;tudier dans une atmosph&#232;re bienveillante, d&#233;barrass&#233;s de la menace permanente du d&#233;classement, que sur la culture professionnelle des enseignants. L'&#233;cole unique a confi&#233; aux ma&#238;tres une double mission, transmettre et trier : ils jouent leur comp&#233;tence professionnelle sur la qualit&#233; d'ex&#233;cution de chacune d'elles. Dans l'&#233;cole commune, ils seraient invit&#233;s &#224; se consacrer pleinement &#224; leur t&#226;che de formateurs, en conduisant tout le monde au bout, sans recours aux sanctions institutionnelles de la difficult&#233; intellectuelle (mauvaises notes, r&#233;orientations, etc.). Ils ne pourraient affronter les difficult&#233;s de leurs &#233;l&#232;ves qu'avec les moyens propres au travail et &#224; l'&#233;change intellectuel, ceux de la p&#233;dagogie. Ils seraient ainsi invit&#233;s &#224; centrer prioritairement leur attention non plus sur les gagnants (&#224; qui il faudrait &#233;viter d'&#234;tre frein&#233;s dans leur &#233;lan par le reste de la classe), mais sur les plus vuln&#233;rables et sur les moyens &#224; mettre &#224; leur disposition afin de leur permettre de surmonter les asp&#233;rit&#233;s de l'appropriation des savoirs. Les &#171; bons &#233;l&#232;ves &#187; n'auraient rien &#224; y perdre, tant la r&#233;flexion collective sur la nature des obstacles susceptibles d'ob&#233;rer la compr&#233;hension des savoirs vis&#233;s est un puissant stimulant intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune exigerait donc une mutation de la culture professionnelle format&#233;e par l'&#233;cole unique au long des d&#233;cennies, qui associe les apprentissages aux notes et &#224; la menace des sanctions. Une mutation de cette ampleur ne s'op&#232;rerait pas par un coup de baguette magique. Mais les conditions essentielles de sa r&#233;alisation sont d&#233;j&#224; l&#224;. Un enseignant qui ma&#238;trise et appr&#233;cie sa discipline trouve son bonheur professionnel dans sa transmission r&#233;ussie au plus grand nombre, id&#233;alement &#224; la totalit&#233; de ses &#233;l&#232;ves. Dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, la limitation de la polyvalence des professeurs des &#233;coles, un recrutement et une formation ax&#233;s sur la ma&#238;trise intellectuelle et didactique des contenus &#224; enseigner, comme pour leurs coll&#232;gues du secondaire, les rapprocheraient &#224; cet &#233;gard de leur ethos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment assurer la r&#233;ussite des non h&#233;ritiers ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question cruciale : l'&#233;cole peut-elle assurer &#224; tous une entr&#233;e correcte dans la culture &#233;crite malgr&#233; l'ampleur des in&#233;galit&#233;s qui traversent nos soci&#233;t&#233;s ? Au sortir de la seconde guerre mondiale, les membres de la commission pr&#233;paratoire au plan Langevin-Wallon n'ont pas cru pouvoir apporter une r&#233;ponse pleinement positive, et s'en sont tenus &#224; la perspective d'une &#233;cole garantissant &#224; chacun un cursus &#224; la mesure de ses aptitudes. Cette notion d'aptitude &#233;tait alors l'horizon ind&#233;passable de toute conception des scolarit&#233;s, &#224; gauche comme &#224; droite. Les ann&#233;es 1960 commencent &#224; l'&#233;branler (travaux de Lucien S&#232;ve, Bourdieu et Passeron, des biologistes eux-m&#234;mes). Elle est aujourd'hui d&#233;finitivement mise &#224; mal par les approches linguistiques, anthropologiques, et de la psychologie cognitive : tous les enfants sont de merveilleuses petites machines &#224; apprendre, et les capacit&#233;s intellectuelles de chacun ne sont que le produit de son parcours existentiel. Les possibilit&#233;s de scolarisation ne sont plus soumises &#224; l'al&#233;a biologique ; la question est d&#233;sormais : comment l'&#233;cole peut-elle mobiliser efficacement les outils mentaux &#8211; les capacit&#233;s d'abstraction, de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie et de raisonnement logique &#8211; dont sont dot&#233;s tous les petits humains normalement entr&#233;s dans le langage oral ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant commencer par se demander pourquoi elle n'y a pas r&#233;ussi jusqu'ici. L'examen de la modernisation p&#233;dagogique qui a accompagn&#233; dans les ann&#233;es 1970/80 l'accueil des enfants des milieux populaires dans le secondaire montre combien elle a &#233;t&#233; domin&#233;e par l'appr&#233;hension des manques de ces derniers : manque d'app&#233;tence spontan&#233;e pour les savoirs scolaires, manque d'esprit d'abstraction, pauvret&#233; culturelle, lexique r&#233;duit et langage rel&#226;ch&#233;. Et combien elle a &#233;t&#233; format&#233;e du m&#234;me coup par le souci de s'adapter &#224; ces manques gr&#226;ce &#224; un enseignement susceptible d'aplanir et/ou de contourner la difficult&#233; intellectuelle, en adoptant une approche concr&#232;te et ludique des savoirs vis&#233;s. Cet esprit p&#233;dagogique a eu tout le temps &#8211; un bon demi-si&#232;cle ! &#8211; de faire la preuve de son inefficacit&#233;. On le retrouve pourtant toujours &#224; l'&#339;uvre dans les d&#233;bats et les choix qui ont marqu&#233;s la r&#233;forme du coll&#232;ge de Najat Vallaud Belkacem en 2015. Le secret de son emprise et de sa long&#233;vit&#233; : certainement la conjonction entre l'inclination spontan&#233;e d'une majorit&#233; d'enseignants &#224; limiter leurs ambitions quand ils sont face &#224; des publics populaires, et la diffusion officielle des discours experts pr&#244;nant la n&#233;cessit&#233; de la diff&#233;renciation p&#233;dagogique, qui vient l&#233;gitimer la posture intuitivement adopt&#233;e par les ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule chose que montre l'exp&#233;rience, valid&#233;e par nombre de recherches universitaires, c'est que la diff&#233;renciation p&#233;dagogique, quelle qu'en soit la forme (groupes de besoin, enseignement sp&#233;cialis&#233;, classes de niveau), &#224; l'instar du redoublement, creuse les &#233;carts en p&#233;nalisant ceux qui sont suppos&#233;s en b&#233;n&#233;ficier. Mettre en &#339;uvre &#224; l'&#233;gard de ces derniers des moyens p&#233;dagogiques suppos&#233;s adapt&#233;s conduit en effet toujours &#224; leur assigner des objectifs cognitifs revus &#224; la baisse. Rappelons que, selon la DEPP, les &#233;carts d'acquisition cognitive entre un enfant d'ouvrier et un enfant de cadre sont tout simplement multipli&#233;s par deux entre l'entr&#233;e au CP et la sortie du CM2&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le point de d&#233;part de cette doxa p&#233;dagogique d&#233;sastreuse, c'est la conviction d&#233;ficitariste, selon laquelle le fait de ne pas &#234;tre des h&#233;ritiers compromet, ou pour le moins limite drastiquement, les possibilit&#233;s de d&#233;veloppement intellectuel des enfants du peuple. Leurs ressources intellectuelles ne sont per&#231;ues qu'&#224; travers un prisme comparatif : elles sont moindres que celles des h&#233;ritiers. La question de ce qu'elles sont par elles-m&#234;mes n'est jamais pos&#233;e&#8230; alors que nous savons aujourd'hui qu'&#224; l'entr&#233;e &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, tous les enfants disposent des capacit&#233;s d'abstraction, de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie, de raisonnement logique n&#233;cessaires et suffisantes pour entrer normalement dans la culture &#233;crite. Ces capacit&#233;s ne sont-elles pas plus d&#233;velopp&#233;es, d&#232;s cet &#226;ge, chez les h&#233;ritiers ? Certes. Mais le probl&#232;me qui se pose &#224; l'institution scolaire n'est pas de s'adapter aux manques relatifs des non h&#233;ritiers, il est de jouer, au service de leur d&#233;veloppement intellectuel et culturel, le r&#244;le que leur famille a jou&#233; pour les autres. Et elle ne saurait le faire sans renverser le paradigme p&#233;dagogique sous lequel elle vit depuis un demi-si&#232;cle, sans passer autrement dit d'une p&#233;dagogie d&#233;ficitariste &#224; une p&#233;dagogie de l'exigence intellectuelle, la seule susceptible d'apporter aux enfants des classes populaires ce dont les autres ont b&#233;n&#233;fici&#233; dans leur milieu familial. C'est cette mutation paradigmatique qu'ont d'ores et d&#233;j&#224; accomplie, avec bonheur, un certain nombre d'enseignants &#339;uvrant dans des quartiers populaires. R&#233;cusant tout d&#233;nivel&#233; d'ambition p&#233;nalisant leurs &#233;l&#232;ves, ils s'attachent de fa&#231;on inventive &#224; mettre &#224; leur disposition les moyens, notamment linguistiques et conceptuels, d'une mise en activit&#233; intellectuelle efficace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'ouvrage collectif P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion - Structuration scolaire et p&#233;dagogie : l'indispensable d&#233;bat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La scolarisation des jeunes g&#233;n&#233;rations est un d&#233;terminant essentiel de l'avenir de nos soci&#233;t&#233;s. C'est une grande question de soci&#233;t&#233;, et donc une grande question politique. Re&#231;oit-elle toute l'attention qu'elle m&#233;riterait de la part des partis progressistes ? Il est frappant de constater combien les programmes pour l'&#233;cole de ces derniers restent cantonn&#233;s pour l'essentiel &#224; la satisfaction des revendications syndicales. Certes, &#224; gauche, partis et syndicats partagent les m&#234;mes objectifs : la d&#233;fense d'un service public respectueux des conditions de vie et de travail de ses personnels et soucieux de remplir au mieux ses missions &#224; l'endroit de l'ensemble de la population. Il reste que dans la poursuite de ces objectifs leurs pr&#233;occupations rel&#232;vent par nature de priorit&#233;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme enseignant est au premier chef le repr&#233;sentant et le d&#233;fenseur de ses adh&#233;rents, et c'est ce qui l&#233;gitime ses interventions dans la sph&#232;re publique. Les partis politiques ont en charge le devenir social, et donc en responsabilit&#233; la vis&#233;e d'une &#233;cole ad&#233;quate &#224; la conception du futur qu'ils proposent. Certes, le syndicalisme enseignant a toujours constitu&#233;, bien qu'&#224; des degr&#233;s et sous des formes diverses, un milieu de r&#233;flexion essentiel sur les pratiques &#233;ducatives. Ses militants n'ont jamais circonscrit leur int&#233;r&#234;t aux questions relevant de l'indispensable et vital financement public : en prise directe avec le travail r&#233;el, ils ne peuvent se d&#233;sint&#233;resser de son sens et de ses effets sociaux. Au point que le projet de d&#233;mocratisation scolaire le plus avanc&#233; jamais port&#233; par une organisation l'a &#233;t&#233; par le SNES dans les ann&#233;es 1970, et non par un parti politique. Mais les partis n'ont-ils pas la responsabilit&#233;, en tant que tels, d'une &#233;laboration prospective autonome, particuli&#232;rement alors que se sont distendus, par rapport &#224; des p&#233;riodes historiques ant&#233;rieures, les liens organiques avec les syndicats ? Redisons-le : entre syndicats et partis de gauche les valeurs peuvent &#234;tre partag&#233;es, mais les postures diff&#232;rent. Les premiers tirent leur efficacit&#233; de leur capacit&#233; &#224; rassembler l'ensemble de la profession, ce qui peut les conduire &#224; minorer ou ignorer les questions qui divisent. Les partis sont porteurs d'une vision d'ensemble de la vie sociale, et en charge de la coh&#233;rence de ses diff&#233;rents aspects : ils ne peuvent jouer pleinement leur r&#244;le s'ils font l'&#233;conomie d'une pens&#233;e propre, ad&#233;quate &#224; cette responsabilit&#233;, concernant chaque domaine d'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'occurrence, et sachant que l'ampleur des in&#233;galit&#233;s culturelles actuelles handicape notre capacit&#233; collective &#224; faire face demain aux d&#233;r&#232;glements et p&#233;rils qui menacent l'humanit&#233;, comment les organisations politiques progressistes pourraient-elles se d&#233;sint&#233;resser de l'efficience p&#233;dagogique de notre syst&#232;me &#233;ducatif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or non seulement leurs programmes font compl&#232;tement l'impasse sur la s&#233;rieuse d&#233;gradation de cette efficience depuis quatre d&#233;cennies, mais quand ils se pr&#233;occupent de transmission des savoirs, la reprise de propositions souvent typiquement syndicales semblerait t&#233;moigner d'une absence de r&#233;flexion propre en la mati&#232;re. Il en va ainsi, on l'a not&#233;, de l'hypoth&#232;se selon laquelle la revalorisation du m&#233;tier enseignant suffirait par elle-m&#234;me &#224; am&#233;liorer l'efficience p&#233;dagogique, mais aussi bien du projet de restauration des RASED dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, a fortiori de l'invite faite aux enseignants &#224; pratiquer la diff&#233;renciation p&#233;dagogique (ce que tant d'entre eux font d&#233;j&#224; de fa&#231;on spontan&#233;e !). L'insistance sur la r&#233;duction du nombre d'&#233;l&#232;ves moyen par classe, qu'on retrouve d'un programme &#224; l'autre, illustre particuli&#232;rement bien ce processus. La r&#233;cente enqu&#234;te Formalect, la plus vaste jamais r&#233;alis&#233;e au plan mondial sur l'apprentissage de la lecture, ne montre-t-elle pas que l'apport &#224; l'efficience des ma&#238;tres du d&#233;doublement des classes de CP de REP r&#233;alis&#233; par le minist&#232;re Blanquer est tout &#224; fait minime compar&#233; &#224; l'impact des bonnes pratiques d'enseignement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? La revendication syndicale l&#233;gitime d'effectifs par classe propres &#224; assurer un confort d'enseignement &#224; tous, enseignants et &#233;l&#232;ves, n'est &#233;videmment pas en cause ici. Mais consacrer l'attention qu'il m&#233;rite &#224; ce crit&#232;re n'exon&#232;re en rien de l'exigence d'interroger pour eux-m&#234;mes les d&#233;terminants essentiels de l'efficience p&#233;dagogique, lesquels ne rel&#232;vent pas au premier chef, on le voit, du taux d'encadrement des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe en fin de compte comme si les partis du NFP s'interdisaient par principe toute intrusion dans un domaine, celui des pratiques d'enseignement, qui rel&#232;verait exclusivement de la professionnalit&#233; des ma&#238;tres et de leur libert&#233; p&#233;dagogique. Or il n'en a pas toujours &#233;t&#233; ainsi, bien loin de l&#224;, pour les organisations historiques, PS et PCF. Les luttes d'influence sur le monde enseignant entre ces deux organisations sont pass&#233;es pendant de longues d&#233;cennies par la m&#233;diation de leurs implantations syndicales respectives, lesquelles s'affrontaient sur les diff&#233;rents aspects du syst&#232;me &#233;ducatif, pratiques p&#233;dagogiques comprises. D'ob&#233;dience socialiste, le syndicat des instituteurs au sein de la F&#233;d&#233;ration de l'&#233;ducation nationale consacrait aux questions p&#233;dagogiques une partie de son hebdomadaire, &lt;i&gt;L'&#233;cole lib&#233;ratrice&lt;/i&gt; (1929-1992). Le PCF avait sa propre revue sur les questions de l'&#233;cole et de la p&#233;dagogie, &lt;i&gt;L'&#233;cole et la nation&lt;/i&gt; (1951/1999), et &#233;dite aujourd'hui son successeur, &lt;i&gt;Carnets rouges&lt;/i&gt;. Ses liens &#233;taient &#233;troits avec le Groupe fran&#231;ais d'&#233;ducation nouvelle (GFEN), fond&#233; en 1922 par des militants communistes. Il a soutenu le plan Langevin-Wallon (1946), et les &#171; classes nouvelles &#187; qui en sont issues (elles-m&#234;mes h&#233;riti&#232;res des classes exp&#233;rimentales d'observation instaur&#233;es par le ministre socialiste du Front Populaire, Jean Zay (1937-1939)) ; son quotidien &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt; a d&#233;fendu en 1972 la r&#233;forme de l'enseignement du fran&#231;ais dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, moment essentiel de la r&#233;novation p&#233;dagogique qui a accompagn&#233; la mise en place de l'&#233;cole unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait d&#232;s lors difficile d'imputer la timidit&#233; de leur programme en mati&#232;re de transmission des savoirs &#224; quelque sacralisation d'un champ dans lequel la moindre intervention de leur part risquerait d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme portant atteinte &#224; l'autonomie enseignante. Pas plus qu'on ne peut y voir la marque d'une trop faible familiarit&#233; avec les questions pos&#233;es. Cette timidit&#233; ne t&#233;moigne de rien d'autre que d'une acceptation tacite des deux traits constitutifs de l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique : sa structuration m&#233;ritocratique, qui conjugue mise en concurrence de tous et s&#233;lection des meilleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plusieurs de ces programmes se veulent critiques de la mise en concurrence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; et sa doxa p&#233;dagogique, soumise au paradigme d&#233;ficitariste et ouverte &#224; tous les vents de l'enseignement diff&#233;renci&#233;. De fait, ni Jean Zay ni les auteurs du plan Langevin-Wallon n'ont pens&#233; pouvoir renoncer au principe m&#233;ritocratique, que seul le projet d'&#233;cole progressive du SNES a remis en cause dans le contexte du rapport des forces favorable des ann&#233;es 1970&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Visages du progressisme scolaire en France (1919-2021). (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant &#224; la r&#233;novation p&#233;dagogique de cette m&#234;me p&#233;riode, elle a &#233;t&#233; soutenue par le PCF et irrigue toujours manifestement les orientations du PS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire face aujourd'hui &#224; la question scolaire n'est donc pas simple pour la gauche. Plut&#244;t que le silence de ses programmes, et face &#224; l'exigence historique d'une r&#233;volution culturelle de masse qui permette d'affronter de fa&#231;on d&#233;mocratique les &#233;volutions mena&#231;antes du monde actuel, on attendrait d'elle un engagement r&#233;solu et instruit dans la lutte contre des in&#233;galit&#233;s scolaires que l'&#233;cole unique s'est av&#233;r&#233;e incapable de r&#233;duire au fil des d&#233;cennies ; qui placent la France &#224; un rang d&#233;shonorant en ce domaine, et se trouvent aggrav&#233;es par la crise d'efficience p&#233;dagogique des quatre derni&#232;res d&#233;cennies. Mais un tel engagement impliquerait un r&#233;examen douloureux de l'adh&#233;sion consentie de longue date au principe m&#233;ritocratique et au paradigme p&#233;dagogique dominant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que les formations politiques les plus r&#233;centes, &#201;cologistes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puisque ce sont eux qui ont conduit notre syst&#232;me &#233;ducatif au point o&#249; nous en sommes. Peut-on esp&#233;rer que le jour vienne au plus t&#244;t o&#249; la gauche dans son ensemble, cinqui&#232;me composante inclue, ouvrira le d&#233;bat sur ces deux points cl&#233;s : m&#233;ritocratie ou d&#233;mocratie ? P&#233;dagogie d&#233;ficitariste ou p&#233;dagogie de l'exigence ? Soit en fin de compte : &#233;cole unique ou &#233;cole commune ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple : &lt;a href=&#034;https://lesecologistes.fr/pages/iJUJizJIdURmTBrAdlE1C/iii-education-et-culture-en-partage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lesecologistes.fr/pages/iJUJizJIdURmTBrAdlE1C/iii-education-et-culture-en-partage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.parti-socialiste.fr/quelle_ecole_pour_demain&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.parti-socialiste.fr/quelle_ecole_pour_demain&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://melenchon2022.fr/wp-content/uploads/2022/01/LIVRET-EDUCATION_AEC_WEB.pdf/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://melenchon2022.fr/wp-content/uploads/2022/01/LIVRET-EDUCATION_AEC_WEB.pdf/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pcf.fr/education_le_plan_d_urgence_du_pcf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pcf.fr/education_le_plan_d_urgence_du_pcf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pcf.fr/une_revolution_de_l_education_et_des_connaissances&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pcf.fr/une_revolution_de_l_education_et_des_connaissances&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dalibor Sternadel, &lt;i&gt;Covid : impacts sur la scolarisation en France et en Europe&lt;/i&gt;, GRDS, 2022, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article348&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article348&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, &lt;i&gt;L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de la lecture. Une enqu&#234;te sur le cas fran&#231;ais&lt;/i&gt;, recherche men&#233;e en partenariat ENS/DEPP, Centre Maurice Halbwachs, Paris, 2024, p. 53 (&lt;a href=&#034;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-lecture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-lecture&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Audition du philosophe Marcel Gauchet par la commission Th&#233;lot le 27 mai 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claire Bonnard, Jean-Fran&#231;ois Giret, C&#233;line Sauvageot, &lt;i&gt;Quels effets du passage en RASED sur le parcours des &#233;l&#232;ves ?&lt;/i&gt;, IREDU, Universit&#233; de Bourgogne-Franche-Comt&#233;, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'&#233;tude classique de Marie Duru-Bellat et Alain Mingat, &#171; La constitution de classes de niveau dans les coll&#232;ges : les effets pervers d'une pratique &#224; vis&#233;e &#233;galisatrice &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de sociologie&lt;/i&gt;, vol. 28, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Outre les travaux de Monso men&#233;s dans le cadre de la DEPP, une autre recherche donne des r&#233;sultats convergents, celle de Grenet, Huilery, Souili, montrant une absence de tout effet d'une augmentation de la mixit&#233; scolaire sur les r&#233;sultats scolaires en coll&#232;ge, voir &lt;i&gt;Note du Conseil Scientifique de l'.&#201;ducation Nationale &lt;/i&gt; n&#176;9, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau, &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il arrive que ce soit l'organisation syndicale qui prenne en charge cette activit&#233; de socialisation professionnelle autonome, comme c'est notamment le cas du Syndicat national de l'&#233;ducation physique (SNEP-FSU).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ce que propose le GRDS, cf. &lt;i&gt;La formation des enseignants de l'&#233;cole commune&lt;/i&gt;, 2012, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La formule est du sociologue anglais Michael Young.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les consid&#233;rations qui suivent sont inspir&#233;s des travaux du GRDS, que l'on pourra consulter sur ce m&#234;me site, notamment dans les rubriques &#171; &#201;cole commune &#187; et &#171; Culture commune &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le programme du PCF &#233;voque certes l'objectif d'une &#171; &#233;ducation commune transmettant une culture commune ambitieuse (&#8230;) ce qui impose de refonder tout le syst&#232;me &#233;ducatif sur le mod&#232;le de l'&#233;l&#232;ve qui n'a que l'&#233;cole pour apprendre. &#187; Il s'avance ainsi dans le domaine de la transmission des savoirs, en d&#233;signant la question cl&#233; de la d&#233;mocratisation scolaire : la fa&#231;on dont la p&#233;dagogie traite les enfants des classes populaires. Mais l'ambition proclam&#233;e est mal d&#233;finie, le programme parlant d'&#233;lever le niveau des connaissances de toute la population car tous les enfants sont capables de progresser, ce qui n'implique en rien une r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s scolaires. Et l'on ne saura rien des r&#233;formes pratiques qui permettraient de refondre &#171; tout le syst&#232;me &#233;ducatif &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon PISA 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'ouvrage collectif &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux populaires&lt;/i&gt; (coord. Jean-Pierre Terrail), La Dispute, Paris, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, &lt;i&gt;L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de la lecture. Une enqu&#234;te sur le cas fran&#231;ais&lt;/i&gt;, recherche cit&#233;e pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plusieurs de ces programmes se veulent critiques de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves : mais on ne pourrait en finir avec elle qu'en supprimant les proc&#233;dures d'orientation vers des voies lyc&#233;ennes (tr&#232;s) in&#233;galement valoris&#233;es. Or aucun des quatre partis n'envisage l'unification de ces voies, au profit d'un tronc commun et du report des orientations professionnalisantes dans l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Visages du progressisme scolaire en France (1919-2021). M&#233;ritocratie ou d&#233;mocratie &lt;/i&gt; ?, GRDS, 2021, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que les formations politiques les plus r&#233;centes, &#201;cologistes et LFI, ne remettent pas davantage en cause le principe m&#233;ritocratique qui inspire le maintien des trois voies de l'enseignement secondaire ; et il en va de m&#234;me pour ce qui est de la p&#233;dagogie d&#233;ficitariste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel devenir d&#233;mocratique pour l'enseignement professionnel ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article353</link>
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		<dc:date>2023-02-07T15:42:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves de la voie professionnelle repr&#233;sentent plus du quart des effectifs de l'enseignement secondaire. 20% d'entre eux pr&#233;parent un CAP et 80% un bac pro. Ceux qui d&#233;crochent un bac pro repr&#233;sentent 22% de l'ensemble des bacheliers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;formes de cette voie, r&#233;alis&#233;es au cours de l'&#232;re macroniste ou encore en projet, en mettent &#224; mal trois &#233;l&#233;ments constitutifs, essentiels aux yeux de beaucoup de ses acteurs et de leurs organisations syndicales : une association &#233;quilibr&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH110/arton353-c935a.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves de la voie professionnelle repr&#233;sentent plus du quart des effectifs de l'enseignement secondaire. 20% d'entre eux pr&#233;parent un CAP et 80% un bac pro. Ceux qui d&#233;crochent un bac pro repr&#233;sentent 22% de l'ensemble des bacheliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formes de cette voie, r&#233;alis&#233;es au cours de l'&#232;re macroniste ou encore en projet, en mettent &#224; mal trois &#233;l&#233;ments constitutifs, essentiels aux yeux de beaucoup de ses acteurs et de leurs organisations syndicales : une association &#233;quilibr&#233;e d'enseignements g&#233;n&#233;raux et professionnels, seule susceptible de garantir la formation du travailleur, mais aussi celle de l'homme et du citoyen ; une formation des comp&#233;tences techniques alliant th&#233;orie et pratique, dotant les &#233;l&#232;ves d'une ma&#238;trise consciente de leurs savoir-faire et assurant leur future adaptabilit&#233; professionnelle ; une d&#233;finition nationale des contenus de formation, permettant d'assurer aux b&#233;n&#233;ficiaires la reconnaissance de leur qualification dans les conventions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme Blanquer de 2018 r&#233;duit les enseignements g&#233;n&#233;raux de 4,5 heures par semaine. Elle instaure des heures de &#171; co-intervention &#187; entre enseignants de disciplines g&#233;n&#233;rales et enseignants de disciplines professionnelles qui ne peuvent avoir pour effet que d'infl&#233;chir les enseignements g&#233;n&#233;raux dans le sens d'un utilitarisme &#233;troit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jacques Dordoigne, R&#233;forme de la voie professionnelle : examen (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deux autres mesures t&#233;moignent de la volont&#233; minist&#233;rielle d'introduire, dans l'esprit m&#234;me qui inspirera la r&#233;forme ult&#233;rieure de la voie g&#233;n&#233;rale, la concurrence et les in&#233;galit&#233;s entre &#233;l&#232;ves et entre &#233;tablissements : l'exigence de r&#233;alisation d'un &#171; chef-d'&#339;uvre &#187; en fin de formation, et la cr&#233;ation de deux &#171; campus d'excellence &#187; par acad&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet annonc&#233; en 2022 confirme cette orientation et l'intention pr&#233;sidentielle proclam&#233;e de faire de la r&#233;forme de la voie professionnelle un objectif essentiel du second quinquennat. Il s'agirait notamment de rapprocher la carte nationale des formations de celle des besoins patronaux locaux ; de rompre avec le principe de la d&#233;finition nationale des contenus de formation pour adapter ces derniers aux m&#234;mes besoins patronaux locaux ; d'augmenter de 50% le temps consacr&#233; aux stages en entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le flux et le reflux de l'emprise publique sur la formation professionnelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La perspective r&#233;formatrice de Macron prend tout son sens si on la replace dans l'histoire longue de la formation professionnelle initiale en France. Celle-ci est d'abord assur&#233;e dans des &#233;tablissements &#8211; &#201;coles pratiques du commerce et de l'industrie, &#201;coles nationales professionnelles, &#201;coles de la Ville de Paris &#8211; qui rel&#232;vent jusqu'aux ann&#233;es 1930 d'une Direction de l'Enseignement Technique (DET) rattach&#233;e en cette p&#233;riode non pas au minist&#232;re de l'Instruction publique, mais &#224; celui du Commerce et de l'Industrie. Les circonstances de leur cr&#233;ation, le poids dans leur financement et dans la d&#233;finition de leurs programmes du minist&#232;re, des collectivit&#233;s locales concern&#233;es et du patronat varient, mais le lobbying de ce dernier est toujours tr&#232;s pr&#233;sent, qu'il s'agisse du patronat local ou de branches d'industrie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Philippe Marchand, &#034;Les EPCI dans le Nord de la France, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mainmise de l'&#201;tat va croissante des ann&#233;es 1930 aux ann&#233;es 1970, du fait d'abord de l'action de responsables de la DET qui s'attacheront &#224; standardiser les contenus de formation et les dipl&#244;mes, et &#224; conjuguer les enseignements g&#233;n&#233;raux, th&#233;oriques et pratiques. Cr&#233;&#233;s en 1939 les centres d'apprentissage sont plac&#233;s par le gouvernement de Vichy sous la tutelle de la DET. La loi de 1949 les &#171; int&#232;gre dans le syst&#232;me &#233;ducatif de la nation &#187; et les charge de la pr&#233;paration du CAP qui forme les ouvriers et les employ&#233;s qualifi&#233;s. La constitution d'un corps d'inspecteurs compos&#233; de fonctionnaires de l'&#201;ducation nationale et non plus d'employeurs, ainsi que la mise en place des commissions consultatives nationales professionnelles (CNPC), en charge de la d&#233;termination des contenus de formation et associant les employeurs et les acteurs publics de la formation professionnelle, compl&#232;tent le dispositif et ach&#232;vent le processus de nationalisation et d'homog&#233;n&#233;isation amorc&#233; en 1920. Dispositif &#224; succ&#232;s : la pr&#233;paration du CAP contribuera tr&#232;s significativement &#224; l'essor de la scolarisation dans les ann&#233;es 1950&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment : les contributions de Guy Brucy et Fabienne Maillard &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec l'instauration de l'&#233;cole unique &#224; partir de 1959, nombre d'&#233;coles professionnelles relevant en propre de grandes entreprises industrielles c&#232;deront la place aux formations de l'&#201;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1970, avec l'essor du ch&#244;mage de masse, que s'amorce une p&#233;riode de reflux de l'emprise publique, l'enseignement professionnel court faisant l'objet de pressions croissantes du patronat visant &#224; subordonner les formations aux emplois disponibles gr&#226;ce &#224; un recours croissant aux stages en entreprise. La substitution dans cette p&#233;riode de jeunes dipl&#244;m&#233;s aux ma&#238;tres ouvriers exp&#233;riment&#233;s qui assuraient dans l'apr&#232;s-guerre la formation proprement technique des &#233;l&#232;ves a favoris&#233; ce recours aux stages...sans gu&#232;re de garantie d'une formation v&#233;ritablement qualifiante, la place et le r&#244;le attribu&#233;s aux stagiaires dans les entreprises &#233;tant tr&#232;s variables. La promotion du th&#232;me de &#171; l'entreprise formatrice &#187; ne suffisant pas &#224; l&#233;gitimer un recours qui forme souvent au mieux &#224; un type donn&#233; de poste de travail, insuffisant face &#224; la volatilit&#233; des besoins de recrutement sur le march&#233; du travail, l'institution scolaire mettra l'accent sur une p&#233;dagogie de la formation des comp&#233;tences, de r&#233;solution de probl&#232;mes, de &#171; l'apprendre &#224; apprendre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, sur la promotion des formations initiales en alternance et sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est tr&#232;s manifestement dans la lign&#233;e de ce reflux vers une mainmise patronale sur la voie professionnelle que s'inscrit la politique macroniste, reflux qu'elle accentue et acc&#233;l&#232;re. On sait que de 1995 &#224; 2020, la part de la taxe d'apprentissage consacr&#233;e aux lyc&#233;es professionnels a chut&#233; de 60% &#224; 13%. Non seulement la politique gouvernementale actuelle participe de cet effort pour favoriser la pr&#233;paration du CAP dans des Centres d'apprentissage soumis aux besoins imm&#233;diats du patronat plut&#244;t qu'en lyc&#233;e professionnel, mais elle tend &#224; r&#233;duire les LP eux-m&#234;mes &#224; des sortes de Centres d'apprentissage, en d&#233;truisant un &#224; un les acquis des d&#233;cennies d'apr&#232;s-guerre. Pour que les choses sans doute soient parfaitement claires, la ministre d&#233;l&#233;gu&#233;e &#224; la formation professionnelle rel&#232;ve depuis juillet dernier d'une double tutelle, celle de l'&#201;ducation nationale et celle du Travail. Avant un retour complet &#224; ce dernier minist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ouverture d'un d&#233;bat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant d&#232;s lors que s'affiche, du c&#244;t&#233; des enseignants de LP et de leurs organisations syndicales, une franche opposition &#224; une politique jug&#233;e profond&#233;ment r&#233;gressive, conduisant in&#233;vitablement &#224; un enseignement secondaire &#224; deux vitesses, creusant un foss&#233; entre deux jeunesses. L'abandon d'une voie professionnelle possiblement promotionnelle pour les jeunes des classes populaires qui l'empruntaient, au b&#233;n&#233;fice d'un asservissement &#233;troitement utilitariste aux besoins imm&#233;diats des entreprises, est largement comment&#233;e et condamn&#233;e. Les critiques s'en tiennent tr&#232;s souvent au refus de la destruction de l'existant dont on rappelle les vertus. L'assaut contre une fili&#232;re consid&#233;r&#233;e depuis des d&#233;cennies comme l'un des trois piliers de notre syst&#232;me &#233;ducatif est si rude, toutefois, qu'il entrouvre le champ de la prospective. D'autant que les deux autres piliers, les fili&#232;res de l'enseignement technologique et g&#233;n&#233;ral, ont elles-m&#234;mes &#233;t&#233; profond&#233;ment bouscul&#233;es au cours des derni&#232;res ann&#233;es. N'est-il pas temps, l&#224; o&#249; il risque de ne plus y avoir bient&#244;t que ruines et privatisations, d'engager &#224; nouveaux frais la r&#233;flexion sur le lyc&#233;e et son dispositif de fili&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accent sera mis en ce sens, &#224; tout le moins, sur l'exigence &#171; d'un mod&#232;le &#233;mancipateur et ambitieux de la formation professionnelle initiale &#187;, tel que le souhaite la responsable du syndicat FSU de l'enseignement professionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigrid G&#233;rardin, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale du SNUEP, dans l'Humanit&#233; du 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le syndicat CGT &#201;duc'action pour sa part est plus pr&#233;cis, pr&#244;nant une r&#233;vision de &#171; l'ensemble de l'architecture du lyc&#233;e &#187; et l'engagement d'un processus d&#233;bouchant &#224; terme sur &#171; la mise en place d'un lyc&#233;e unique et polytechnique &#187; dans lequel tous les &#233;l&#232;ves b&#233;n&#233;ficieront d'un enseignement professionnel et pratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CGT &#201;duc'action, 4 pages Lyc&#233;es, janvier 2018.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'hypoth&#232;se d'un rapprochement des fili&#232;res ou d'un lyc&#233;e unique dans lequel serait int&#233;gr&#233;e la voie professionnelle est &#233;galement &#233;voqu&#233;e ici et l&#224;, plus timidement, dans le d&#233;bat qui s'amorce. Certains plaident pour l'instauration d'un programme de mati&#232;res g&#233;n&#233;rales qui serait commun &#224; toutes les fili&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi de L&#233;on Deffontaines (MJCF) dans l'Humanit&#233; du 3 novembre 2022.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; d'autres pour un lyc&#233;e unique comportant une moiti&#233; de tronc commun et l'autre d'enseignements de sp&#233;cialit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la tribune de Rodrigo Arenas (FCPE) et Philippe Meirieu dans l'Humanit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; des professionnels de l'orientation scolaire pr&#244;nent la suppression de toute orientation impos&#233;e en fin de coll&#232;ge et, &#224; sa suite, la mise en place d'un lyc&#233;e unique comportant une seconde commune qui faciliterait les choix d'orientation en premi&#232;re et terminale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Desclaux et Jean-Marie Quairel, &#171; Supprimer les proc&#233;dures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouverture de ce d&#233;bat &#233;tait sans doute in&#233;vitable, compte tenu de la d&#233;gradation de notre syst&#232;me &#233;ducatif dans les derni&#232;res d&#233;cennies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce propos, sur ce site, Jean-Pierre Terrail, La tol&#233;rance &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de l'&#233;tat de d&#233;liquescence dans lequel l'a plong&#233; le minist&#232;re Blanquer. Comment sortir au mieux de cette situation ? La question en appelle d'autres, pr&#233;alables. R&#233;tablir la voie professionnelle telle qu'elle &#233;tait avant 2017 ne serait-il pas la solution la plus simple, la plus cr&#233;dible ? Le projet d'un rapprochement des fili&#232;res, qu'elles restent s&#233;par&#233;es ou qu'elles soient int&#233;gr&#233;es dans le cadre d'un lyc&#233;e unique, plus ambitieux, r&#233;pondrait-il pour autant aux probl&#232;mes pos&#233;s aujourd'hui ? Et quelle autre solution pourrait-on encore envisager ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;tablir la fili&#232;re professionnelle dans son meilleur &#233;tat ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les arguments favorables au r&#233;tablissement de la voie professionnelle ne font pas d&#233;faut. Celle-ci accueille des jeunes en d&#233;samour avec les savoirs classiques de la culture &#233;crite, jeunes auxquels elle propose l'accueil de la deuxi&#232;me chance, souple et p&#233;dagogiquement adapt&#233;. Elle en fait des &#233;l&#232;ves qui s'&#233;panouissent d'autant plus dans les &#171; savoirs appliqu&#233;s &#187;, les &#171; savoirs d'exp&#233;rience &#187;, qu'ils ont &#171; l'intelligence de la main &#187;. Gr&#226;ce &#224; ses propres enseignements g&#233;n&#233;raux elle forme des citoyens en capacit&#233; de comprendre le monde ; gr&#226;ce aux enseignements th&#233;oriques elle leur conf&#232;re des comp&#233;tences transversales et transf&#233;rables ; et elle d&#233;livre des dipl&#244;mes nationaux sur lesquels appuyer l'exigence de qualification professionnelle. Enfin, elle ouvre des possibilit&#233;s promotionnelles &#224; des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral : 82% des candidats d&#233;crochent le bac pro. Cr&#233;&#233; en 1985, celui-ci permet aujourd'hui &#224; plus d'un jeune sur cinq de devenir bachelier et de postuler &#224; l'enseignement sup&#233;rieur. La voie pro, pourra-t-on lire ici ou l&#224;, a port&#233; la d&#233;mocratisation du bac depuis quarante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par diff&#233;rents aspects, cette repr&#233;sentation valorisante de la voie professionnelle ne manque pas de pertinence. D'apr&#232;s un sondage Viavoice r&#233;cent, deux Fran&#231;ais sur trois en ont effectivement une image positive ; et 84% des anciens &#233;l&#232;ves, en d&#233;calage complet avec les vis&#233;es macronistes, en parlent comme d'une &#171; bonne exp&#233;rience &#187;, manifestant par leurs r&#233;ponses leur attachement au cadre proprement scolaire, et non exclusivement professionnel, fourni par un &#171; lyc&#233;e &#187; dot&#233; d'une fonction &#233;ducative effectivement assum&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Institut Viavoice, Le Lyc&#233;e professionnel vu par les Fran&#231;ais,&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe toutefois une autre lecture possible de la voie professionnelle et de son r&#244;le dans notre syst&#232;me &#233;ducatif. Les enqu&#234;t&#233;s interrog&#233;s par Viavoice la sugg&#232;rent d'ailleurs eux-m&#234;mes : l'orientation en LP est &#224; leur sens surd&#233;termin&#233;e par le jeu conjoint de la valeur scolaire et de l'origine sociale. Seuls 10% d'entre eux estiment qu'elle a &#233;t&#233; r&#233;ellement choisie. Elle appara&#238;t dans ces conditions comme une voie d&#233;valoris&#233;e, dont l'emprunt renforce les discriminations : comme le reflet en quelque sorte des in&#233;galit&#233;s sociales ; et elle est v&#233;cue comme telle par ses anciens &#233;l&#232;ves. Aux yeux de neuf enqu&#234;t&#233;s sur dix, en fin de compte, il faudrait pour r&#233;habiliter la voie professionnelle que l'orientation soit r&#233;ellement choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dimensions moins enviables de la voie professionnelle n'ont rien d'imaginaire : la sociologie spontan&#233;e des enqu&#234;t&#233;s ne s'y trompe pas. L'orientation vers l'enseignement professionnel est massivement la cons&#233;quence d'une confrontation difficile aux apprentissages de la culture &#233;crite. Toutes les enqu&#234;tes le montrent : ce sont pour beaucoup des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; d&#232;s l'&#233;cole primaire, et qui fr&#233;quentent des dispositifs de rel&#233;gation au coll&#232;ge, qui fourniront le gros des effectifs de l'enseignement professionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Ugo Palheta, La Domination scolaire. Sociologie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachant combien la r&#233;ussite des apprentissages en primaire et au coll&#232;ge diff&#232;re selon l'origine sociale, rien d'&#233;tonnant d&#232;s lors si la voie professionnelle concentre les enfants des milieux populaires. 93% des LP ont un IPS (indice de position sociale) inf&#233;rieur &#224; la moyenne nationale. Les enfants d'ouvriers et d'employ&#233;s repr&#233;sentent moins du tiers des &#233;l&#232;ves de terminale g&#233;n&#233;rale ; et 55% des effectifs des LP, auxquels s'ajoutent 13% d'enfants de ch&#244;meurs n'ayant jamais travaill&#233; ou d'inactifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Tristan Poullaouec et Jean-Pierre Terrail, Les trois voies du lyc&#233;e : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dira-t-on que ces derniers pourront au moins d&#233;ployer &#171; l'intelligence de la main &#187; dont ils feraient preuve &#224; d&#233;faut de r&#233;ussite intellectuelle ? En pr&#234;tant un instant un minimum de pertinence &#224; l'argument, rappelons pour le moins que la majorit&#233; des bacs pro sont des bacs tertiaires (55%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dira-t-on alors que le LP r&#233;ussit quand m&#234;me &#224; transformer les &#233;l&#232;ves en perdition qui lui arrivent de la voie g&#233;n&#233;rale en citoyens capables de comprendre le monde ? Sans doute ses enseignants font-ils le maximum en ce sens, mais la meilleure des p&#233;dagogies r&#233;paratrices aura toujours bien du mal &#224; compenser les apprentissages rat&#233;s et le temps perdu en amont. Quant &#224; la mission qui leur est confi&#233;e d'enseigner &#224; leurs &#233;l&#232;ves comment apprendre, convoquons ce qu'en dit le philosophe Marcel Gauchet, &#224; si juste titre : &#171; Personne n'apprend &#224; apprendre. En apprenant, on apprend &#224; apprendre. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au cours d'une audition devant la Commission Th&#233;lot, le 10 d&#233;cembre 2004.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dira-t-on que le bac pro ouvre sur l'enseignement sup&#233;rieur ? Mais le destin de ses titulaires qui s'y risquent t&#233;moigne de la force de rappel exerc&#233;e par les &#233;checs subis lors des premiers apprentissages : 56% d'entre eux en sortent sans dipl&#244;me, ce qui n'est le cas que de 29% des titulaires d'un bac technologique, et de 9% des bacheliers g&#233;n&#233;raux. Autre indication : &#224; l'entr&#233;e de la seconde professionnelle, 60% des &#233;l&#232;ves, les plus ambitieux et les plus d&#233;termin&#233;s, souhaitent d&#233;crocher un BTS ; 16% l'obtiendront au final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapide examen des diff&#233;rentes facettes de la voie professionnelle sugg&#232;re &#224; mon sens deux conclusions. D'une part, quelles que soient ses vertus r&#233;paratrices et formatrices, l'enseignement professionnel s'inscrit dans un processus de segmentation des jeunesses de France par lequel notre syst&#232;me &#233;ducatif reproduit les hi&#233;rarchies sociales, maintient tendanciellement chaque &#233;l&#232;ve dans la position de classe de son lignage, et limite drastiquement l'acc&#232;s des enfants des classes populaires aux savoirs &#233;labor&#233;s de la culture &#233;crite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est d'ailleurs frappant de constater combien, dans l'histoire de l'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, et c'est la seconde conclusion, il para&#238;trait de peu d'int&#233;r&#234;t, face aux politiques destructives actuelles, de se contenter de d&#233;fendre la fili&#232;re professionnelle telle qu'elle a exist&#233;. La crise d'aujourd'hui a au moins le m&#233;rite de nous obliger &#224; ouvrir le dossier de l'organisation du lyc&#233;e en fili&#232;res s&#233;par&#233;es et in&#233;gales ; et, concernant sp&#233;cifiquement la formation professionnelle, &#224; imaginer un mod&#232;le conjuguant le meilleur de la fili&#232;re (pr&#233;sence consistante d'enseignements g&#233;n&#233;raux ainsi que d'&#233;l&#233;ments th&#233;oriques assurant une comp&#233;tence &#233;largie, dipl&#244;mes nationaux reconnus) et une insertion non d&#233;valorisante du cursus dans le syst&#232;me &#233;ducatif. Les propositions de lyc&#233;e unique qui &#233;mergent aujourd'hui dans le d&#233;bat r&#233;pondraient-elles &#224; cette exigence ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un lyc&#233;e unique &#224; fili&#232;res ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La plupart des propositions de lyc&#233;e unique le con&#231;oivent comme le produit d'un rapprochement (aux modalit&#233;s variables) et non pas d'une fusion pure et simple, jug&#233;e utopique ou non appropri&#233;e, des trois fili&#232;res actuelles. C'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas de la posture adopt&#233;e par des responsables du SNES-FSU dans un d&#233;bat lanc&#233;e il y dix ans &#224; l'initiative du GRDS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce site, dans la rubrique &#171; &#201;cole commune &#187; les contributions en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces derniers, dans la ligne de leur organisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le th&#232;me de la r&#233;ussite pour tous gr&#226;ce &#224; l'emprunt par chacun de celle des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soulignent 1/ que la culture commune acquise en fin de coll&#232;ge n'est plus suffisante aujourd'hui 2/ qu'une seule voie lyc&#233;enne pour tous rel&#232;verait cependant d'une uniformit&#233; en trompe-l'&#339;il, &#224; l'instar de celle du coll&#232;ge 3/ que le maintien de la diversit&#233; des voies est la seule solution qui corresponde &#224; &#171; la diversit&#233; des int&#233;r&#234;ts &#187; et &#171; ne mette pas en difficult&#233; une part importante d'une g&#233;n&#233;ration &#187;. L'argument essentiel est l&#224; : une culture commune propos&#233;e &#224; tous dans les trois ann&#233;es lyc&#233;ennes ne serait pas accessible &#224; nombre d'&#233;l&#232;ves, notamment dans les classes populaires, par manque d'int&#233;r&#234;t ou en raison de ressources intellectuelles insuffisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision des choses est tr&#232;s proche de l'esprit, et m&#234;me de la lettre, du Plan Langevin-Wallon adopt&#233; il y a maintenant trois-quarts de si&#232;cle, et qui portait la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans en proposant un &#233;ventail de trois fili&#232;res pour les 16-18 ans : &#233;tudes th&#233;oriques, professionnelles, pratiques. Dans les d&#233;bats pr&#233;paratoires &#224; son adoption, deux arguments sont avanc&#233;s pour justifier cette diversification : les besoins du march&#233; du travail, d'une part ; et l'in&#233;gale capacit&#233; des &#233;l&#232;ves &#224; suivre un cursus long, seuls les meilleurs &#233;l&#233;ments des classes populaires notamment &#233;tant susceptibles d'acc&#233;der aux &#171; &#233;tudes th&#233;oriques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Visages du progressisme scolaire en France : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les concepteurs du Plan auraient r&#234;v&#233; que l'orientation dans les fili&#232;res s'op&#232;re selon ce qu'on appelait alors les &#171; aptitudes &#187;, notion qui recouvre les deux dimensions &#233;voqu&#233;es aujourd'hui pour justifier le maintien des fili&#232;res, la valeur scolaire et la &#171; diversit&#233; des int&#233;r&#234;ts &#187; des &#233;l&#232;ves. Mais la &#171; p&#233;dagogie des aptitudes &#187; qui permettrait d'y parvenir nous fait d&#233;faut, reconnaissent-ils. Son &#233;laboration fut pour cette raison au c&#339;ur de la mission confi&#233;e par Jean Zay aux &#171; classes d'orientation &#187; (1937/1939), et &#224; nouveau de celle confi&#233;e par Gustave Monod aux &#171; classes nouvelles &#187; (1945/1951). Mais ce fut aussi l'&#233;cueil principal sur lequel ces exp&#233;rimentations &#233;chou&#232;rent : la p&#233;dagogie de l'orientation persistant &#224; se d&#233;rober, que restait-il d'autre pour &#233;tayer l'orientation qu'un retour aux notes et aux examens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concepteurs du Plan auraient aussi r&#234;v&#233; d'une orientation sans hi&#233;rarchisation, d'une &#171; &#233;gale dignit&#233; &#187; conf&#233;r&#233;e &#224; chacune des trois fili&#232;res du lyc&#233;e ; sachant que pour y parvenir il conviendrait d'assurer &#171; l'&#233;gale dignit&#233; de toutes les t&#226;ches sociales &#187;, et de reconna&#238;tre &#171; la haute valeur mat&#233;rielle et morale des activit&#233;s manuelles &#187;. Mais c'&#233;tait l&#224; sans doute poursuivre une autre chim&#232;re. Car l'indignit&#233; s'attache moins &#224; l'activit&#233; manuelle en elle-m&#234;me (apr&#232;s tout, le prestige d'un chirurgien se tient-il pas pour beaucoup &#224; ce que d'aucuns qualifierait d'&#171; intelligence de la main &#187; ?) qu'aux t&#226;ches programm&#233;es et effectu&#233;es sous contr&#244;le &#233;troit, dans une soci&#233;t&#233; qui polarise l'ex&#233;cution d'un c&#244;t&#233;, la conception et le commandement de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elle avait pu avoir lieu, la mise en &#339;uvre du Plan aurait-elle &#233;chapp&#233; &#224; la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, &#224; l'orientation par les notes et &#224; la hi&#233;rarchisation des parcours, conform&#233;ment &#224; l'intention de ses promoteurs&#8230; et au bout du compte &#224; la reproduction des hi&#233;rarchies sociales ? Il est permis de nourrir quelques doutes &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan Langevin-Wallon rel&#232;ve des principes de scolarisation initialement con&#231;us et pr&#244;n&#233;s par les Compagnons de l'universit&#233; nouvelle au lendemain de la premi&#232;re guerre mondiale. L'&#233;cole con&#231;ue par ces derniers accueille tous les jeunes, c'est en ce sens une &#233;cole &#171; unique &#187; (en rupture donc avec la dualit&#233; des r&#233;seaux de scolarisation alors existants) ; elle les met en concurrence afin que se d&#233;gage la hi&#233;rarchie des m&#233;rites qui d&#233;cidera des parcours d'&#233;tude ; et elle se doit d'assurer l'&#233;galit&#233; des chances, quelle que soit le milieu social des &#233;l&#232;ves. Pour les Compagnons, &#171; l'enseignement d&#233;mocratique sera en m&#234;me temps un proc&#233;d&#233; de s&#233;lection. Le ma&#238;tre a pour premier devoir de discerner les vocations, d'en encourager l'&#233;closion (&#8230;) Tout enfant peut avoir acc&#232;s &#224; l'universit&#233;. Place au talent. Place aux meilleurs ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Compagnons, L'universit&#233; nouvelle, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Certes le Plan est une version progressiste et g&#233;n&#233;reuse de ce mod&#232;le m&#233;ritocratique, soucieuse de donner &#224; chacun la possibilit&#233; de faire la preuve de son talent jusqu'au &#171; maximum de ses aptitudes &#187; et cherchant (mais en vain) &#224; &#233;chapper &#224; la dictature des classements et des examens. De la m&#234;me fa&#231;on l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique en sera une version malthusienne, insistant moins sur la promotion de tous que sur l'omnipotence de l'&#233;valuation et de l'&#233;limination. Leur conception respective s'autorise du m&#234;me pr&#233;suppos&#233; : l'&#233;cole subit les &#171; aptitudes &#187;, elle ne les produit pas ; son r&#244;le est les d&#233;celer telles qu'elles se manifestent dans la confrontation concurrentielle des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions actuelles de lyc&#233;e unique &#224; fili&#232;res ressortissent du m&#234;me mod&#232;le d'&#233;cole m&#233;ritocratique r&#233;publicaine, dans lequel l'objectif le plus progressiste dont on puisse r&#234;ver est celui de l'&#233;galit&#233; des chances. Elles aussi consid&#232;rent que les &#171; aptitudes &#187; des &#233;l&#232;ves (sous le double aspect : capital de ressources intellectuelles/int&#233;r&#234;t pour tel type d'activit&#233; sociale) sont des donn&#233;es ind&#233;passables auxquelles l'&#233;cole ne peut que s'adapter par une forme ou une autre de maintien des fili&#232;res. Or ces fili&#232;res seront toujours in&#233;galement valoris&#233;es. Et on y acc&#232;dera non pas en fonction des &#171; int&#233;r&#234;ts &#187;, mais comme aujourd'hui en fonction de la valeur scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que pr&#232;s de neuf employ&#233;s et ouvriers sur dix souhaitent pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On aura alors r&#233;alis&#233; une nouvelle r&#233;forme du lyc&#233;e, sans remettre en cause le caract&#232;re de classe d'une &#233;cole qui reproduit largement, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, les hi&#233;rarchies sociales. La voie professionnelle sera int&#233;gr&#233;e dans un lyc&#233;e unique, mais n'aura pas perdu son statut de fili&#232;re d&#233;valoris&#233;e &#224; orientation tr&#232;s majoritairement subie par ceux qui n'ont pas eu de &#171; chance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s pourrait-il ne plus &#234;tre une question de &#171; chance &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parler d'&#233;galit&#233; des chances suppose un acc&#232;s s&#233;lectif aux savoirs et donc une mise en concurrence des &#233;l&#232;ves. Dans un tel contexte &#8211; celui de l'&#233;cole m&#233;ritocratique r&#233;publicaine &#8211; on voit mal, en fin de compte, comment l'enseignement professionnel, int&#233;gr&#233; ou pas dans un lyc&#233;e unique, pourrait &#233;chapper &#224; son statut de fili&#232;re d&#233;consid&#233;r&#233;e accueillant principalement les perdants de la comp&#233;tition. D'un autre c&#244;t&#233;, les qualifications requises aujourd'hui dans le monde du travail n'ont plus grand-chose &#224; voir avec celle qui pr&#233;valaient du temps du Plan Langevin-Wallon. Comment ne pas souscrire &#224; cet &#233;gard au constat de ce responsable du SNES estimant que la culture commune acquise en fin de coll&#232;ge n'est plus suffisante aujourd'hui, en pr&#233;cisant, et cela vaut au premier chef pour la voie professionnelle, qu'il s'agit d'&#233;lever significativement le contenu des apprentissages th&#233;orico-scientifiques aussi bien que dans les mati&#232;res dites g&#233;n&#233;rales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenir compte de ce double imp&#233;ratif, &#233;viter les mises &#224; l'&#233;cart disqualifiantes et am&#233;liorer sensiblement les contenus savants de la formation, et restaurer ainsi une voie professionnelle digne de ce nom, les &#233;l&#232;ves doivent b&#233;n&#233;ficier pleinement de la culture commune d&#233;di&#233;e &#224; tous les lyc&#233;ens, l'orientation vers ce qui pourrait prendre la forme d'&#233;coles sup&#233;rieures d'enseignement professionnel n'intervenant qu'ult&#233;rieurement, une fois le bac de culture g&#233;n&#233;rale en poche. Cette perspective n'est plus celle d'un rapprochement des fili&#232;res, mais celle d'une refondation de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Il s'agirait, apr&#232;s l'unification du cursus &#233;l&#233;mentaire sous Jules Ferry, puis celle du coll&#232;ge en 1975, suivie de quasiment un demi-si&#232;cle d'acc&#233;l&#233;ration vertigineuse des connaissances, de fixer au niveau d'un bac de culture commune un nouveau seuil d'&#233;tudes communes pour les jeunes g&#233;n&#233;rations : le cursus unique qui s'ach&#232;ve avec le lyc&#233;e &#233;tant d&#233;barrass&#233; de toute voie de d&#233;rivation s&#233;lective, et autorisant &#224; son terme tous les choix d'orientation possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginer que l'acc&#232;s &#224; un lyc&#233;e de culture commune ne serait plus une question de &#171; chance &#187;, mais une &#233;tape normale dans le cursus scolaire de chaque &#233;l&#232;ve, n'est-il pas pure utopie ? Un tel lyc&#233;e ne laisserait-il pas sur le carreau toute une fraction de la jeunesse, en incapacit&#233; de s'approprier ses contenus ? L'&#233;cart cognitif aujourd'hui entre ceux qui empruntent la voie professionnelle et ceux qui se maintiendront dans la voie g&#233;n&#233;rale n'est-il pas tout, en effet, sauf n&#233;gligeable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objection m&#233;rite d'&#234;tre examin&#233;e de pr&#232;s. Elle p&#232;se d'&#233;vidence tr&#232;s lourd si l'insuffisance des ressources intellectuelles et culturelles des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; tient &#224; un manque d'aptitudes natif. C'est l&#224; le pr&#233;suppos&#233; qui amena les auteurs du Plan Langevin-Wallon &#224; pr&#233;voir la fili&#232;re des &#171; &#233;tudes pratiques &#187; pour accueillir ces jeunes. L'inn&#233;isme dont il est empreint reculera tr&#232;s sensiblement dans les ann&#233;es 1960/70 pour laisser place &#224; la th&#232;se du handicap socio-culturel. Pour contestable qu'elle soit, celle-ci a un tr&#232;s grand avantage : elle admet que le capital linguistique et culturel dont disposent les &#233;l&#232;ves n'est pas h&#233;rit&#233; &#224; la naissance, mais transmis et appropri&#233; dans la famille, au travers du processus &#233;ducatif. Elle admet, autrement dit, que les comp&#233;tences intellectuelles, les fameuses &#171; aptitudes &#187;, ne sont pas donn&#233;es mais produites. Un pas d&#233;cisif est ainsi franchi : si &#171; l'intelligence &#187; n'est pas inn&#233;e, si les comp&#233;tences intellectuelles sont produites, leur insuffisance &#224; un moment donn&#233; interroge le r&#244;le de toutes les instances qui sont intervenues dans leur production et leur d&#233;veloppement, au premier rang desquelles bien s&#251;r l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il donc pass&#233; en amont de la scolarit&#233; des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; &#224; l'issue du coll&#232;ge, et notamment au cours de leur scolarit&#233; &#233;l&#233;mentaire, si d&#233;cisive pour toute la suite du parcours ? Peut-on se contenter de dire que l'&#233;cole a fait ce qu'elle pouvait face &#224; la faiblesse du capital culturel transmis par la famille, tout sp&#233;cialement dans les milieux populaires ? Elle semble de fait largement impuissante &#224; contrer l'in&#233;galit&#233; des capitaux culturels constitu&#233;s dans la famille ; et m&#234;me pire, puisque l'&#233;cart moyen entre les comp&#233;tences d'un enfant d'ouvrier et celles d'un enfant de cadre est tout simplement multipli&#233; par deux entre l'entr&#233;e au CP et la fin du CM2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole pourrait-elle faire mieux ? La question est capitale : car c'est seulement s'il en allait bien ainsi que l'on pourrait raisonnablement d&#233;fendre l'objectif d'un rel&#232;vement pour tous du seuil de scolarit&#233; commune obligatoire au niveau du bac.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avant le lyc&#233;e : comment r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s curieusement cette question appara&#238;t rarement dans les propositions de d&#233;fense, sauvetage, voire promotion de la voie professionnelle. Les projets de lyc&#233;e unique &#224; fili&#232;res pr&#233;voient des enseignements g&#233;n&#233;raux communs, pouvant repr&#233;senter jusqu'&#224; 50% du temps de formation&#8230; mais comment, sachant l'actuelle disparit&#233; des acquis cognitifs &#224; la fin du coll&#232;ge, tous les &#233;l&#232;ves pourraient-ils s'en approprier correctement les contenus ? Sauf &#224; se contenter de v&#339;ux pieux, il faut bien affronter la difficult&#233; ! Ce n'est pas le cas. L'on peut m&#234;me se plaire &#224; rappeler l'article historique de Lucien S&#232;ve (1964), &#171; Les dons n'existent pas &#187;, sans s'inqui&#233;ter ni de ce qui fait pourtant l'ampleur des &#233;carts &#224; l'entr&#233;e du lyc&#233;e, ni de la fa&#231;on de les r&#233;duire ; alors que seule une telle r&#233;duction pourrait &#233;tayer la d&#233;fense de l'enseignement professionnel et &#171; permettre &#224; tous les jeunes d'acc&#233;der &#224; une culture commune de haut niveau &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la contribution de Paul Devin au d&#233;bat organis&#233; par L'Humanit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe toutefois de signaler ici l'int&#233;r&#234;t de la contribution de deux directeurs honoraires du Centre d'information et d'orientation, B. Desclaux et J-M Quairel, qui remettent en cause l'orientation de fin de 3&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Desclaux et Jean-Marie Quairel, Supprimer les proc&#233;dures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Celle-ci en effet impacte &#224; leurs yeux la p&#233;dagogie mise en &#339;uvre au coll&#232;ge, charg&#233;e d'exhiber les diff&#233;rences entre les valeurs scolaires des &#233;l&#232;ves que r&#233;clament les proc&#233;dures d'orientation ; et suscite un effet de feed-back sur les dispositifs internes du coll&#232;ge o&#249; la diff&#233;renciation des parcours s'organise tr&#232;s t&#244;t (Segpa, classes de niveau). Ces critiques convergent avec celles que le GRDS formulent de longue date&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Jean-Pierre Terrail, Pas de coll&#232;ge unique sans lyc&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et se voient s&#233;rieusement &#233;tay&#233;es par les r&#233;formes scolaires de quatre pays europ&#233;ens qui montrent que retarder la s&#233;lection ne serait-ce que d'une ann&#233;e s'accompagne d'une am&#233;lioration tr&#232;s significative des performances moyennes des &#233;l&#232;ves. Une &#233;tude approfondie du cas polonais conclut que la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s qui a suivi la prolongation d'un an du tronc commun semble essentiellement provenir de l'homog&#233;n&#233;isation des conditions d'apprentissage au sein des &#233;tablissements du tronc commun, ce changement ayant &#233;t&#233; bien plus profitable aux &#233;l&#232;ves peu performants et socialement d&#233;favoris&#233;s qu'ils n'ont &#233;t&#233; d&#233;savantageux pour les plus performants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir No&#233;mie Le Donn&#233;, &#171; La r&#233;forme de 1999 du syst&#232;me &#233;ducatif polonais. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Desclaux et Quairel proposent en cons&#233;quence la mise en place d'un lyc&#233;e unique dot&#233; d'une seconde commune qui permettrait aux &#233;l&#232;ves de m&#251;rir leur choix, puis de s'orienter librement &#224; l'issue de cette premi&#232;re ann&#233;e lyc&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas si fr&#233;quent que soit ainsi identifi&#233; le r&#244;le que joue dans la production des in&#233;galit&#233;s scolaires ces deux aspects de notre &#233;cole unique &#224; la fran&#231;aise, comme de tout contexte m&#233;ritocratique : d'une part la double mission confi&#233;e aux enseignants, de formation et de s&#233;lection, qui conduit &#224; l'adoption des proc&#233;dures p&#233;dagogiques les plus susceptibles de rendre manifeste (et de figer) la hi&#233;rarchie des valeurs scolaires, et incite les ma&#238;tres &#224; s'occuper en priorit&#233; des meilleurs &#233;l&#233;ments ; et d'autre part les proc&#233;dures de s&#233;lection/orientation de fin de parcours qui produisent de redoutables effets en retour, en raison d'une anticipation qui affecte les repr&#233;sentations et les d&#233;cisions scolaires bien en amont d'ailleurs du coll&#232;ge lui-m&#234;me, jusqu'&#224; la maternelle o&#249; l'on peut entendre des ma&#238;tresses de grande section, lors de la transmission des informations &#224; l'entr&#233;e au CP, qualifier certains enfants d'&#233;l&#232;ves en difficult&#233; qui auront de la chance d'aller jusqu'&#224; un CAP. Alors qu'&#224; l'inverse l'absence de s&#233;lection invite les enseignants &#224; s'occuper en priorit&#233; des &#233;l&#232;ves les plus fragiles, qui doivent &#234;tre conduits au bout malgr&#233; leurs difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant la seule instauration d'un tronc commun d&#233;barrass&#233; des voies de d&#233;rivation et des proc&#233;dures de s&#233;lection, si elle est n&#233;cessaire, ne suffirait pas &#224; supprimer les in&#233;galit&#233;s scolaires. Rappelons-nous : les pressions du minist&#232;re Chev&#232;nement pour limiter les redoublements, dont les travaux de recherche avaient montr&#233; l'inefficacit&#233;, n'ont en rien favoris&#233; les apprentissages scolaires. Au contraire : rien n'ayant &#233;t&#233; entrepris pour rem&#233;dier aux difficult&#233;s que sanctionnaient les redoublements, leur suppression a enclench&#233; un processus de d&#233;gradation des performances des &#233;l&#232;ves qui a touch&#233; tous les milieux sociaux et continue aujourd'hui &#224; produire ses effets r&#233;gressifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La lutte contre l'&#233;chec scolaire suppose des conditions favorables (l'absence de s&#233;lection et de redoublement), qui restent cependant plus ou moins op&#233;rantes si la conduite des apprentissages cognitifs demeure elle-m&#234;me inchang&#233;e. Comment de plus pourrait-on oublier ce principe alors que l'efficacit&#233; p&#233;dagogique globale de notre syst&#232;me &#233;ducatif s'est si fortement affaiss&#233;e, et que s'accroissent les in&#233;galit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a de cesse de le rappeler : les acquis cognitifs &#224; la sortie du primaire sont d&#233;terminants pour toute la suite. Au point qu'&#224; valeur scolaire donn&#233;e &#224; l'entr&#233;e du secondaire, le fameux h&#233;ritage culturel des &#233;l&#232;ves bien n&#233;s, et &#224; l'inverse le &#171; handicap &#187; des autres, n'aient plus qu'une influence modeste sur le parcours ult&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi, parmi le meilleur quart des entrants en 6&#232;me, 93% des enfants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est donc tr&#232;s clairement en primaire, plus pr&#233;cis&#233;ment dans les ann&#233;es de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite, du CP au CE2, que se joue pour une bonne part le champ des devenirs possibles de notre enseignement professionnel. C'est la qualit&#233; des apprentissages op&#233;r&#233;s dans cette p&#233;riode qui peut permettre, ou pas, aux enfants des classes populaires de s'approprier les contenus exigeants d'un lyc&#233;e de culture commune. On comprend difficilement d&#232;s lors l'absence totale de r&#233;f&#233;rence au primaire dans les d&#233;bats actuels ; et encore moins le m&#233;pris manifest&#233; &#224; l'&#233;gard des &#171; fondamentaux &#187; par des partisans d'une &#233;cole &#233;mancipatrice qui, eux, n'en ont certainement pas fait l'&#233;conomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la querelle des fondamentaux, voir Janine Reichstadt, Les fondamentaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un lyc&#233;e de culture commune, et des &#233;coles sup&#233;rieures d'enseignement professionnel ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une tr&#232;s forte am&#233;lioration des apprentissages fondamentaux peut-elle &#234;tre raisonnablement envisag&#233;e pour la masse des &#233;l&#232;ves actuellement en &#233;chec ? Il n'entre pas dans mon propos ici de traiter pr&#233;cis&#233;ment cette question. Je me limiterai &#224; r&#233;f&#233;rer mon optimisme &#224; son &#233;gard aux constats des enqu&#234;tes concernant l'apprentissage de la lecture, jusqu'aux plus r&#233;centes, qui montrent et qu'un enfant d'ouvrier apprend mieux &#224; lire avec une m&#233;thode efficace qu'un enfant de cadre avec une m&#233;thode m&#233;diocre ; et que le recours des ma&#238;tres aux m&#233;thodes efficaces est particuli&#232;rement minoritaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, Savoirs acad&#233;miques et culture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'apprentissage du lire/&#233;crire est d&#233;cisif pour toute la suite du parcours. Mais c'est &#224; tous les niveaux du cursus qu'une action p&#233;dagogique novatrice efficace peut &#234;tre men&#233;e. Car c'est &#224; tous les niveaux que la mise en &#339;uvre avec les publics &#171; difficiles &#187; d'un enseignement intellectuellement exigeant, &#224; rebours de l'obsession contemporaine consistant &#224; tout faire, concernant ces publics, pour contourner les asp&#233;rit&#233;s de l'acc&#232;s aux savoirs, s'av&#232;re &#224; l'exp&#233;rience particuli&#232;rement fructueuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. P&#233;dagogies de l'exigence, ouvrage collectif coordonn&#233; par Jean-Pierre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective d'un lyc&#233;e de culture commune, qui int&#232;grerait la culture technique dans son programme, et permettrait, une fois acquis le bac de culture commune, les orientations volontaires vers des &#233;coles sup&#233;rieures d'enseignement professionnel en charge de la formation courte du salariat des premiers niveaux de qualification, n'a donc rien d'irr&#233;aliste. Et quels enseignants des LP actuels ne trouveraient pas avantage &#224; accueillir et former des jeunes gens dot&#233;s d'un large bagage de culture g&#233;n&#233;rale et ayant vraiment choisi de venir b&#233;n&#233;ficier de leurs comp&#233;tences p&#233;dagogiques dans ces &#233;coles sup&#233;rieures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le projet d'&#233;cole commune avanc&#233; par le GRDS depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2010&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui d'une &#233;cole structur&#233;e autour d'un tronc commun de la maternelle &#224; la fin du secondaire, et diffusant une culture commune dont la technique et la technologie seraient des composantes &#224; part enti&#232;re. Ces derni&#232;res constitueraient une discipline scolaire comme les autres, enseign&#233;e d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment Yves-Claude Lequin, Technique et technologie dans l'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parmi les forces politiques et syndicales, seul le syndicat CGT &#201;duc'Action s'engage aujourd'hui clairement dans cette voie, pr&#244;nant la fin de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, l'abandon si l'on pr&#233;f&#232;re de la forme m&#233;ritocratique-r&#233;publicaine de l'&#233;cole, et l'adoption d'un &#171; lyc&#233;e unique et polytechnique dans lequel une v&#233;ritable place sera faite &#224; l'enseignement professionnel et pratique pour tous les &#233;l&#232;ves, &#224; &#233;galit&#233; avec les enseignements scientifiques, litt&#233;raires, sportifs et artistiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CGT &#201;duc-Action, 4 pages Lyc&#233;e, janvier 2018.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNES-FSU, pour sa part, reste fid&#232;le &#224; la ligne adopt&#233;e en 1990 associant &#171; la r&#233;ussite pour tous &#187; &#224; la diversit&#233; des voies propos&#233;es au lyc&#233;e. Pourtant cette organisation avait publi&#233; en 1981 un projet d'&#171; &#233;cole progressive &#187;, nourri au long des ann&#233;es 1970, qui s'affirmait en faveur d'un lyc&#233;e unique visant l'unification des cursus. La rupture &#233;tait nette &#224; cet &#233;gard avec le Plan Langevin-Wallon, dans la filiation duquel se situait pourtant le SNES, et s'accompagnait de fa&#231;on significative de l'abandon total de la notion d'&#171; aptitudes &#187;, ainsi que de l'exigence affirm&#233;e d'un r&#233;am&#233;nagement d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif &#224; partir de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, dont il s'agissait d'&#233;lever significativement l'efficience&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, sur l'histoire de ce projet, Jean-Pierre Terrail et Tristan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les quatre &#224; cinq d&#233;cennies &#233;coul&#233;es depuis la conception de ce projet ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par un tel bouleversement des connaissances, et une telle mont&#233;e des exigences de formation des qualifications individuelles et de l'intelligence collective, qu'il para&#238;t difficile que son ambition moderniste et d&#233;mocratique ne revienne pas &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jacques Dordoigne, &lt;i&gt;R&#233;forme de la voie professionnelle : examen critique&lt;/i&gt;, GRDS, 2021, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article331#nh1&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article331#nh1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Philippe Marchand, &#034;Les EPCI dans le Nord de la France, 1892-1940&#034;, &lt;i&gt;Actes des congr&#232;s nationaux des soci&#233;t&#233;s historiques et scientifiques&lt;/i&gt;, Ann&#233;e 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment : les contributions de Guy Brucy et Fabienne Maillard &#224; l'ouvrage collectif publi&#233; par l'Institut de recherches de la FSU, &lt;i&gt;Valoriser l'enseignement professionnel, une exigence sociale&lt;/i&gt;, IR-FSU, 2017 ; Lucie Tanguy, Arlette Poloni et Catherine Agulhon, &#171; Les institutions d'enseignement technique court en France &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, n&#176;78, 1987 ; Tristan Poullaouec et Jean-Pierre Terrail,&lt;i&gt; Les Trois voies du lyc&#233;e, rep&#232;res socio-historiques&lt;/i&gt;, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, sur la promotion des formations initiales en alternance et sa critique, Philippe Hambye et Jean-Louis Siroux, &lt;i&gt;Le Salut par l'alternance. Sociologie du rapprochement &#233;cole/entreprise,&lt;/i&gt; La Dispute, Paris, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigrid G&#233;rardin, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale du SNUEP, dans &lt;i&gt;l'Humanit&#233; &lt;/i&gt; du 3 novembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CGT &#201;duc'action, 4 pages Lyc&#233;es, janvier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi de L&#233;on Deffontaines (MJCF) dans &lt;i&gt;l'Humanit&#233; &lt;/i&gt; du 3 novembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la tribune de Rodrigo Arenas (FCPE) et Philippe Meirieu dans &lt;i&gt;l'Humanit&#233; &lt;/i&gt; du 18 mars 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Desclaux et Jean-Marie Quairel, &#171; Supprimer les proc&#233;dures d'orientation au coll&#232;ge pour faire respirer le syst&#232;me &#233;ducatif &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lemonde.fr&lt;/a&gt;, 23 janvier 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce propos, sur ce site, Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, GRDS, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Institut Viavoice,&lt;i&gt; Le Lyc&#233;e professionnel vu par les Fran&#231;ais&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.institut-viavoice.com/le-lycee-professionnel-une-voie-pour-tous-janvier-2023&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.institut-viavoice.com/le-lycee-professionnel-une-voie-pour-tous-janvier-2023&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Ugo Palheta, &lt;i&gt;La Domination scolaire. Sociologie de l'enseignement professionnel et de son public&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2012 ; voir &#233;galement sur ce site Alain Beitone, &lt;i&gt;La r&#233;forme des LP et la perspective du lyc&#233;e unique&lt;/i&gt;, GRDS, 2019, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article304&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article304&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Tristan Poullaouec et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Les trois voies du lyc&#233;e : rep&#232;res socio-historiques&lt;/i&gt;, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au cours d'une audition devant la Commission Th&#233;lot, le 10 d&#233;cembre 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est d'ailleurs frappant de constater combien, dans l'histoire de l'&#233;cole unique, depuis le d&#233;cret Berthoin de 1959, chaque nouveau seuil qui devient accessible aux classes populaires s'accompagne bient&#244;t de la mise en place de voies de d&#233;rivation (technologique, puis professionnelle) de la voie g&#233;n&#233;rale, r&#233;servant ainsi tendanciellement aux h&#233;ritiers l'acc&#232;s aux meilleures scolarit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce site, dans la rubrique &#171; &#201;cole commune &#187; les contributions en 2011/2012 de Pascal Binet, Bernard Calabuig, Roland Hubert (alors co-secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Snes), Denis Paget (en charge de la p&#233;dagogie au Snes), Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, Jos&#233; Tovar, cf. &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le th&#232;me de la r&#233;ussite pour tous gr&#226;ce &#224; l'emprunt par chacun de celle des trois fili&#232;res qui lui correspond le mieux a &#233;t&#233; adopt&#233; par le Snes en 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Visages du progressisme scolaire en France : m&#233;ritocratie ou d&#233;mocratie ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2022, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Compagnons, L'universit&#233; nouvelle, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que pr&#232;s de neuf employ&#233;s et ouvriers sur dix souhaitent pour leurs enfants une entr&#233;e en seconde g&#233;n&#233;rale d&#232;s lors qu'ils atteignent une moyenne de douze, et que c'est &#224; un bac g&#233;n&#233;ral qu'on aspire majoritairement dans la quasi-totalit&#233; des milieux sociaux, cf. Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Les trois voies du lyc&#233;e&lt;/i&gt;, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la contribution de Paul Devin au d&#233;bat organis&#233; par &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; des 25-27 novembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Desclaux et Jean-Marie Quairel, &lt;i&gt;Supprimer les proc&#233;dures d'orientation au coll&#232;ge pour faire respirer le syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lemonde.fr&lt;/a&gt;, 24 janvier 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pas de coll&#232;ge unique sans lyc&#233;e unique&lt;/i&gt;, GRDS, 2011, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article112&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article112&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir No&#233;mie Le Donn&#233;, &#171; La r&#233;forme de 1999 du syst&#232;me &#233;ducatif polonais. Effets sur les in&#233;galit&#233;s sociales de comp&#233;tences scolaires &#187;, Revue fran&#231;aise de sociologie, 2014/1, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2014-1-page-127.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2014-1-page-127.htm&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, GRDS, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi, parmi le meilleur quart des entrants en 6&#232;me, 93% des enfants de cadres sont admis cinq ans apr&#232;s, sans redoublement ni orientation vers la voie professionnelle, en seconde g&#233;n&#233;rale&#8230; et c'est aussi le cas de 85% des enfants d'ouvriers, cf. Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Le Dipl&#244;me, arme des faibles&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2010. Et, toujours parmi ce meilleur quart, 71% des enfants de cadres obtiendront une licence, et encore 68% des enfants d'ouvriers, cf. Ya&#235;l Brinbaum, C&#233;dric Hugr&#233;e, Tristan Poullouec, &#171; 50% &#224; la licence&#8230; mais comment ? &#187;, &lt;i&gt;&#201;conomie et Statistique,&lt;/i&gt; INSEE, n&#176;499, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la querelle des fondamentaux, voir Janine Reichstadt, &lt;i&gt;Les fondamentaux au CP : une question cl&#233;&lt;/i&gt;, GRDS, 2022, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article345&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article345&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Savoirs acad&#233;miques et culture enseignante. Un cas d'&#233;cole : la guerre des m&#233;thodes de lecture&lt;/i&gt;, GRDS, 2021, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328&lt;/a&gt; ; et Jean-Pierre Terrail,&lt;i&gt;Diffusion et efficacit&#233; des manuels de lecture : une grande premi&#232;re !&lt;/i&gt; GRDS, 2022, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article341&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article341&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf.&lt;i&gt; P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, ouvrage collectif coordonn&#233; par Jean-Pierre Terrail, La Dispute, Paris, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. GRDS,&lt;i&gt; L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment Yves-Claude Lequin, &lt;i&gt;Technique et technologie dans l'&#233;cole commune, premi&#232;res propositions&lt;/i&gt;, GRDS, 2012, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article158&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article158&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CGT &#201;duc-Action, &lt;i&gt;4 pages Lyc&#233;e&lt;/i&gt;, janvier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, sur l'histoire de ce projet, Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Les trois voies du lyc&#233;e, rep&#232;res socio-historique&lt;/i&gt;s, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Diffusion et efficacit&#233; des manuels de lecture : une grande premi&#232;re !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1960/70, quand est n&#233;e en France et dans les pays anglo-saxons la guerre des m&#233;thodes de lecture, sous l'effet de la mont&#233;e en faveur de la m&#233;thode globale, nombre d'enqu&#234;tes statistiques s'attachant &#224; comparer les fa&#231;ons de conduire les apprentissages ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es. Il s'agit en g&#233;n&#233;ral d'enqu&#234;tes locales ou portant sur des &#233;chantillons nationaux de taille relativement modeste, &#224; partir desquelles ont &#233;t&#233; publi&#233;es, aux &#201;tats-Unis (2000), en Grande-Bretagne et en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Apprentissage lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH149/arton341-e2eb4.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1960/70, quand est n&#233;e en France et dans les pays anglo-saxons la guerre des m&#233;thodes de lecture, sous l'effet de la mont&#233;e en faveur de la m&#233;thode globale, nombre d'enqu&#234;tes statistiques s'attachant &#224; comparer les fa&#231;ons de conduire les apprentissages ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es. Il s'agit en g&#233;n&#233;ral d'enqu&#234;tes locales ou portant sur des &#233;chantillons nationaux de taille relativement modeste, &#224; partir desquelles ont &#233;t&#233; publi&#233;es, aux &#201;tats-Unis (2000), en Grande-Bretagne et en Australie (2005), des &#171; m&#233;ta-enqu&#234;tes &#187; s'effor&#231;ant d'en d&#233;gager les enseignements sous une forme synth&#233;tique. Les conclusions de ces m&#233;ta-enqu&#234;tes et des enqu&#234;tes men&#233;es en France entre 2000 et 2016 convergent largement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de consensus sur la lecture tenue en France en 2016 tirera profit de ces apports, en insistant sur la n&#233;cessit&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt; - d'associer le travail de discrimination phon&#233;mique pratiqu&#233; en grande section de maternelle &#224; l'identification des signes alphab&#233;tiques correspondants ;&lt;br class='autobr' /&gt; - de d&#233;marrer le CP par l'&#233;tude soutenue des correspondances grapho-phon&#233;miques afin de permettre au plus vite un d&#233;codage autonome ;&lt;br class='autobr' /&gt; - de faire r&#233;guli&#232;rement lire les &#233;l&#232;ves &#224; voix haute ;&lt;br class='autobr' /&gt; - de mener conjointement une activit&#233; d'&#233;criture r&#233;guli&#232;re ;&lt;br class='autobr' /&gt; - de d&#233;velopper les capacit&#233;s de compr&#233;hension des &#233;l&#232;ves gr&#226;ce &#224; l'enrichissement de leur vocabulaire, &#224; un travail explicite et r&#233;fl&#233;chi sur la morphologie des &#233;nonc&#233;s, &#224; leur familiarisation avec les genres de l'&#233;crit et &#224; une introduction &#224; la &#171; lecture litt&#233;raire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence soutient l'exigence de &#171; faire de l'acc&#232;s aux comp&#233;tences de lecture et de compr&#233;hension un objectif prioritaire pour tous les &#233;l&#232;ves, y compris pour les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; &#187;. Et elle insiste, dans cette perspective, sur un principe essentiel : &#171; La question du d&#233;chiffrage est importante. Tout &#233;l&#232;ve, quel que soit son &#226;ge, doit poursuivre cet apprentissage tant qu'il n'est pas parvenu &#224; automatiser les proc&#233;dures d'identification des mots &#233;crits &#187;, invitant &#224; cet effet &#224; &#171; proposer un enseignement particuli&#232;rement explicite, avec des r&#233;p&#233;titions suffisamment nombreuses &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir Jean-Pierre Terrail, Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, toutes les &#233;tudes r&#233;alis&#233;es mettent en &#233;vidence une tr&#232;s forte corr&#233;lation entre fluence et compr&#233;hension &#233;crite : si &#171; Lire, c'est comprendre &#187;, la compr&#233;hension passe par l'excellence de la fluence. Et ces recherches montrent tout aussi bien que l'acquisition d'une bonne fluence passe elle-m&#234;me par un apprentissage syst&#233;matique du code des correspondances grapho-phon&#233;miques. Impossible de voir dans ces conclusions autre chose qu'une pleine r&#233;habilitation des principes de la m&#233;thode syllabique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces apports de la recherche acad&#233;mique, confirm&#233;s enqu&#234;te apr&#232;s enqu&#234;te, n'ont toutefois affect&#233; les pratiques d'enseignement que de fa&#231;on relative, les limites de leur impact sur la conduite des apprentissages m&#233;ritant r&#233;flexion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, Savoirs acad&#233;miques et culture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que, d'un c&#244;t&#233;, la diffusion de r&#233;sultats de recherche valorisant l'importance de l'&#233;tude des correspondances grapho-phon&#233;miques a favoris&#233; une &#233;volution des pratiques enseignantes au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, au b&#233;n&#233;fice d'un temps croissant consacr&#233; au d&#233;chiffrage dans les apprentissages. Mais cette &#233;volution reste fortement entrav&#233;e, en France mais aussi dans beaucoup d'autres pays, par l'inertie de la culture professionnelle qui reste dominante dans l'univers de l'enseignement primaire, et pour laquelle une mise en &#339;uvre sans r&#233;serve des principes de la m&#233;thode syllabique, stigmatis&#233;e depuis cinq d&#233;cennies, demeure une perspective insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nouvelle enqu&#234;te, &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les enqu&#234;tes statistiques &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle, permettant de saisir finement la diversit&#233; des activit&#233;s scolaires, notamment celles men&#233;es en France par la DEPP, le service d'&#233;tudes statistiques du minist&#232;re, s'int&#233;ressent aux parcours de scolarisation et aux performances des &#233;l&#232;ves, mais ne se sont donn&#233; que tr&#232;s r&#233;cemment pour objectif de saisir la r&#233;alit&#233; des pratiques d'enseignement. Les informations concernant ces derni&#232;res, provenant d&#232;s lors de recherches universitaires et non de la statistique publique, n'ont port&#233; que sur des &#233;chantillons modestes. Concernant la lecture, l'enqu&#234;te coordonn&#233;e par Roland Goigoux en 2015, et portant sur une &#233;chantillon national repr&#233;sentatif de 131 classes de CP, faisait jusqu'ici figure d'exception&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Goigoux (coordination), Lire et &#233;crire. Synth&#232;se du rapport de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te &lt;i&gt;Formalect&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233;e en 2021 par J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, a &#233;t&#233; men&#233;e &#224; une tout autre &#233;chelle, sans commune mesure. Elle s'appuie sur les r&#233;ponses de 9 500 professeurs des &#233;coles, repr&#233;sentant autant de classes de CP et quelque 150 000 &#233;l&#232;ves. Travailler &#224; cette &#233;chelle &#8211; une premi&#232;re mondiale &#8211; a un double avantage : permettre de prendre en compte les pratiques les plus minoritaires ; et conf&#233;rer une grande fiabilit&#233; aux r&#233;sultats obtenus du fait d'un taux de sondage exceptionnel (ici au quart environ de la population repr&#233;sent&#233;e). Cette enqu&#234;te est en cours d'exploitation : un premier aper&#231;u, sur lequel nous nous appuyons ici, en a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; &#224; l'inspection de l'enseignement primaire le 22 mars dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs ont proc&#233;d&#233; en deux temps. Ils ont d'abord adress&#233; aux enseignants, au moyen d'un questionnaire en ligne, des questions portant sur leurs caract&#233;ristiques personnelles ; sur leurs pratiques d'enseignement du lire-&#233;crire (supports p&#233;dagogiques utilis&#233;s, et modalit&#233;s pratiques de la conduite des apprentissages : temps consacr&#233; &#224; la lecture &#224; voix haute en classe et aux dict&#233;es, enseignement de mots-outils, d&#233;chiffrabilit&#233; des textes propos&#233;s &#224; leurs &#233;l&#232;ves...) ; ainsi que sur les conditions dans lesquelles ils ont r&#233;alis&#233; les &#233;valuations p&#233;riodiques de leurs &#233;l&#232;ves (&#233;l&#232;ves s&#233;par&#233;s ou non...), et sur les formations qu'ils ont suivies durant les trois ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Puis ils ont confront&#233; les indicateurs des pratiques enseignantes avec les performances aux &#233;valuations de septembre, janvier, puis septembre suivant, des &#233;l&#232;ves concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Formalect&lt;/i&gt; permet ainsi de faire le point d'une part sur l'&#233;tat actuel des pratiques d'enseignement de la lecture en France, et d'autre part sur l'impact effectif de ces pratiques sur les apprentissages r&#233;alis&#233;s par les &#233;l&#232;ves. L'enqu&#234;te prend en consid&#233;ration les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s par les &#233;l&#232;ves (qui ont &#233;t&#233; test&#233;s &#224; l'entr&#233;e) pendant le CP lui-m&#234;me ; et tient compte de leur milieu social, en comparant les &#233;coles des quartiers populaires et celles des quartiers favoris&#233;s. L'aper&#231;u qui en a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; s'int&#233;resse aux performances en &#171; fluence &#187; (rapidit&#233; et correction du d&#233;chiffrage) mesur&#233;es par les &#233;valuations de janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques aspects des pratiques d'enseignement du lire-&#233;crire en France en 2021&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;chiffrabilit&#233; des textes donn&#233;s &#224; lire aux &#233;l&#232;ves&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question concernant la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes donn&#233;s &#224; lire est &#224; elle seule riche d'enseignements. Les r&#233;ponses mettent en &#233;vidence l'importance de l'&#233;volution des pratiques enseignantes au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Rappelons que dans les ann&#233;es 1970 les ouvrages publi&#233;s par &#201;veline Charmeux et Jean Foucambert et promouvant &#171; la m&#233;thode id&#233;ovisuelle &#187;, qui allait jusqu'&#224; bannir toute initiation au d&#233;chiffrage syllabique, &#233;taient port&#233;s au firmament de la pens&#233;e p&#233;dagogique progressiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;veline Charmeux, Lire &#224; l'&#233;cole, CEDIC, Paris, 1975 ; Jean Foucambert, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'exp&#233;rience pratique que cette variante de la m&#233;thode globale pure d&#233;bouchait sur une impasse a rapidement conduit p&#233;dagogues et enseignants &#224; une position de repli : on enseignait les bases du d&#233;chiffrage dans les &#171; le&#231;ons de sons &#187;, mais beaucoup de mots des textes propos&#233;s aux &#233;l&#232;ves devaient &#234;tre devin&#233;s en les d&#233;duisant du contexte litt&#233;raire (que dit le reste de la phrase ?) ou du contexte graphique (que nous apprend le dessin ?) Cette invitation &#224; la lecture devinette &#233;tait donn&#233;e pour essentielle au d&#233;veloppement de l'intelligence enfantine, alors que l'apprentissage du d&#233;chiffrage passait pour une contrainte dangereuse, favorisant un &#226;nonnement m&#233;canique et stupide.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH110/capture_d_e_cran_2022-04-09_a_12.19.52-6fff7.png?1790689110' width='500' height='110' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or le tableau 1 montre que cette position de repli est elle-m&#234;me aujourd'hui assez largement d&#233;pass&#233;e : moins de 4% des enseignants continuent &#224; pratiquer la non d&#233;chiffrabilit&#233; &#224; grande &#233;chelle ; et au total un petit tiers d'entre eux seulement proposent des textes comportant des mots &#224; deviner. Le principe d'un apprentissage syst&#233;matique du d&#233;chiffrage est donc devenu tr&#232;s majoritaire dans le corps enseignant... &#224; une r&#233;serve pr&#232;s. Deux enseignants sur trois utilisent des &#171; mots-outils &#187; pour conduire l'apprentissage de la lecture. Ces mots-outils sont des mots que les enseignants demandent aux &#233;l&#232;ves non pas de d&#233;chiffrer, mais de photographier mentalement pour en m&#233;moriser la forme globale, comme on peut le faire d'un id&#233;ogramme chinois. Le recours aux mots-outils repr&#233;sente donc la derni&#232;re &#233;tape de l'&#233;volution conduisant de la globale pure &#224; la syllabique : seul le renoncement &#224; ce recours pourrait permettre de se r&#233;clamer d'une d&#233;marche d'apprentissage relevant de la syllabique (contrairement &#224; ce que croient nombre d'enseignants utilisant des mots-outils et qui pensent faire de la syllabique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La syllabique en effet s'en tient au 100% d&#233;chiffrable, r&#233;cusant l'injonction p&#233;dagogique contradictoire propre &#224; l'usage des mots-outils, qui conduit &#224; tenir un double langage aux &#233;l&#232;ves : n'inventez rien, donnez-vous la peine d'examiner ce qui est &#233;crit &#224; la lettre pr&#232;s (d&#233;chiffrage) / regardez ces mots et retenez leur profil graphique (vous ne savez pas les d&#233;chiffrer, ne vous embarrassez pas des d&#233;tails, consid&#233;rez-les comme un dessin &#224; m&#233;moriser : ce sont les mots-outils). Derni&#232;re information de ce tableau 1 : les enseignants qui s'en tiennent au 100% d&#233;chiffrable, et pratiquent donc la syllabique, sont encore particuli&#232;rement minoritaires (3,4%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le questionnaire soumis aux enseignants demandait &#233;galement que soit pr&#233;cis&#233;e l'ampleur du recours aux mots-outils de la rentr&#233;e aux cong&#233;s de no&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH71/capture_d_e_cran_2022-04-09_a_12.20.10-1be00.png?1790689110' width='500' height='71' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, l'utilisation de mots-outils d&#233;bute d&#232;s les premi&#232;res le&#231;ons, et se poursuit tout au long de l'ann&#233;e. On voit ici que ce recours n'est pas un d&#233;tail de l'apprentissage : d&#232;s avant no&#235;l, dans une majorit&#233; des classes de CP en France, les &#233;l&#232;ves doivent avoir appris &#224; identifier de fa&#231;on globale un minimum de 20 mots, et le plus souvent nettement davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les manuels utilis&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs dizaines de manuels de CP pour l'apprentissage du lire-&#233;crire sont diffus&#233;s dans le syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais. Dans ce premier aper&#231;u de l'enqu&#234;te &lt;i&gt;Formalect,&lt;/i&gt; les auteurs ont retenu une liste des dix manuels les plus utilis&#233;s. Cette liste appara&#238;t en compl&#232;te coh&#233;rence avec les d&#233;clarations des enseignants concernant leur conduite des apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_313 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH261/capture_d_e_cran_2022-04-09_a_12.22.04-364df.png?1790689110' width='500' height='261' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trois manuels dominent tr&#232;s largement la diffusion :&lt;i&gt; Taoki,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Piano&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Pilotis&lt;/i&gt;. Ces ouvrages proposent un apprentissage syst&#233;matique du d&#233;chiffrage &#224; l'aide d'un recours tout aussi syst&#233;matique aux mots-outils, des premi&#232;res aux derni&#232;res le&#231;ons (environ 80 au total pour le champion &lt;i&gt;Taoki&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viennent ensuite dans cette liste cinq ouvrages plus traditionnels, faisant une place plus ou moins importante aux mots &#224; deviner en fonction du contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en queue de cette liste des dix ouvrages les plus diffus&#233;s, deux manuels proprement syllabiques, sans aucun recours &#224; la lecture devinette ni aux mots-outils, &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L&#233;o et L&#233;a&lt;/i&gt;, qui repr&#233;sentent &#224; eux deux moins de 4% de la diffusion totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concordance globale entre les pratiques d'enseignement (tableau 1) et le manuel utilis&#233; (tableau 3) est nette : une majorit&#233; absolue des enseignants (plus de 60%) se centrent sur l'apprentissage du d&#233;chiffrage en utilisant des mots-outils ; une forte minorit&#233; (le tiers environ) continuent &#224; donner la priorit&#233; &#224; l'appr&#233;hension du sens sur la reconnaissance de la lettre. Plus de neuf enseignants sur dix donc mettent en &#339;uvre une m&#233;thode d'apprentissage &#171; mixte &#187;, combinant (dans une proportion variable) l'&#233;tude des correspondances grapho-phon&#233;miques et des proc&#233;dures emprunt&#233;es &#224; la m&#233;thode globale (reconnaissance visuelle des mots, lecture devinette).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une toute petite minorit&#233; (entre 3 et 4% des enseignants) s'en tient &#224; la pr&#233;conisation syllabique du 100% d&#233;chiffrable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les effets des pratiques sur les apprentissages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;tat des apprentissages en France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons l'&#233;tat actuel de l'apprentissage de la lecture en France. Les observations de terrain de l'enqu&#234;te &lt;i&gt;Lire et &#233;crire&lt;/i&gt; coordonn&#233;e par Roland Goigoux ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es en 2013-2014 aupr&#232;s de 131 classes de CP dont les enseignants ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s pour leur exp&#233;rience professionnelle et leur confiance &#224; l'&#233;gard de leurs propres comp&#233;tences p&#233;dagogiques. Dans de telles conditions, les donn&#233;es collect&#233;es apparaissent particuli&#232;rement spectaculaires : en fin d'ann&#233;e de CP, un tiers des &#233;l&#232;ves de ces classes sont incapables de d&#233;chiffrer plus de 18 mots en une minute ; et seuls 30% d'entre eux atteignent l'objectif fix&#233; par le minist&#232;re d'un seuil minimum de 50 mots par minute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas s&#251;r que les choses se soient beaucoup am&#233;lior&#233;es aujourd'hui (sachant que les performances en d&#233;chiffrage peuvent varier un peu selon la difficult&#233; du texte propos&#233;). En 2021, 47% des &#233;l&#232;ves entrant en CE1 n'atteignaient toujours pas le seuil des 50 mots par minute. Et si l'on ne consid&#232;re que ceux qui fr&#233;quentaient les &#233;tablissements des quartiers populaires, cette proportion atteint 60%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'on sait depuis pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle que les difficult&#233;s rencontr&#233;es au CP impactent toute la suite de la scolarit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Christian Baudelot et Roger Establet, L'&#233;cole primaire divise, Masp&#233;ro, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le fait &#233;tant confirm&#233; par des &#233;tudes r&#233;centes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or dans pr&#232;s de neuf cas sur dix, ces difficult&#233;s tiennent essentiellement &#224; un retard dans l'apprentissage de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc d'une question cruciale pour l'ensemble de notre syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous apprend l'enqu&#234;te &lt;i&gt;Formalect&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce premier aper&#231;u, les auteurs de l'enqu&#234;te ont confront&#233; les pratiques enseignantes et le niveau des &#233;l&#232;ves en fluence quatre mois apr&#232;s la rentr&#233;e, lors des &#233;valuations de janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est sans appel. La m&#233;thode syllabique (pratiquant donc le 100% d&#233;chiffrable sans aucun recours aux mots-outils) obtient syst&#233;matiquement les meilleurs r&#233;sultats par rapport &#224; toutes les m&#233;thodes mixtes, quelle qu'en soit la variante consid&#233;r&#233;e. L'&#233;cart est particuli&#232;rement net dans les &#233;coles &#224; recrutement populaire. Dans ces derni&#232;res en effet, en janvier, les &#233;l&#232;ves apprenant avec la m&#233;thode syllabique lisent en moyenne 5,33 mots par minute en plus par rapport &#224; ceux qui apprennent avec une m&#233;thode mixte. Autrement dit : m&#234;me quand l'apprentissage est centr&#233; sur l'&#233;tude des correspondances grapho-phonologiques, le recours aux mots-outils handicape les progr&#232;s possibles des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cart ainsi constat&#233; est consid&#233;rable. Dans ces &#233;coles populaires, la moiti&#233; des &#233;l&#232;ves lisent en effet en janvier moins d'une vingtaine de mots par minute. L'avantage de plus de cinq mots procur&#233; par l'utilisation de la m&#233;thode syllabique appara&#238;t d&#232;s lors particuli&#232;rement sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance de cet &#233;cart ressort &#233;galement de la comparaison suivante : 64% des &#233;l&#232;ves des &#233;coles populaires apprenant avec une m&#233;thode syllabique sont bien entr&#233;s dans la lecture en janvier, alors que les &#233;l&#232;ves des &#233;coles favoris&#233;es apprenant avec une m&#233;thode mixte ne sont que 57% dans ce cas. Disons-le cr&#251;ment : on voit l&#224; que l'h&#233;ritage culturel familial est loin de d&#233;terminer &#224; lui seul les performances scolaires... performances dans lesquelles la conduite des apprentissages scolaires intervient en r&#233;alit&#233; de fa&#231;on cruciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier r&#233;sultat rappelle et confirme amplement un constat mis en &#233;vidence par l'enqu&#234;te &lt;i&gt;Manuels&lt;/i&gt;, beaucoup plus modeste, de 2013 : en fin de CP, dans les &#233;coles de REP enqu&#234;t&#233;es, les &#233;l&#232;ves qui avaient appris avec le manuel de la mixte &lt;i&gt;Ribambelle&lt;/i&gt; et dont au moins un des deux parents &#233;tait bachelier lisaient 56 mots par minute ; ceux qui avaient appris avec la syllabique &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, et dont aucun des parents n'avait le bac, en lisaient 63&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, Lecture au CP : enfin une &#233;tude comparative, 2013, .&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan 2000-2016 et enseignements&lt;/i&gt;, GRDS, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Savoirs acad&#233;miques et culture enseignante. Un cas d'&#233;cole : la guerre des m&#233;thodes de lecture&lt;/i&gt;, GRDS, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328#nb8&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328#nb8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Goigoux (coordination), &lt;i&gt;Lire et &#233;crire. Synth&#232;se du rapport de recherche&lt;/i&gt;, IFE, Lyon, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;veline Charmeux, &lt;i&gt;Lire &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;, CEDIC, Paris, 1975 ; Jean Foucambert, &lt;i&gt;La Mani&#232;re d'&#234;tre lecteur&lt;/i&gt;, Paris, Sermap-OCDL, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Christian Baudelot et Roger Establet, &lt;i&gt;L'&#233;cole primaire divise&lt;/i&gt;, Masp&#233;ro, Paris, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire. Construction et &#233;volution &#187;, &lt;i&gt;France, portrait social&lt;/i&gt;, INSEE, 2006 ; Jean-paul Caille et al. &#171; A 18-19 ans, la moiti&#233; des jeunes envisagent leur avenir professionnel avec optimisme &#187;, &lt;i&gt;INSEE Premi&#232;re&lt;/i&gt;, n&#176; 1633.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;Lecture au CP : enfin une &#233;tude comparative&lt;/i&gt;, 2013, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article174&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article174&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Visages du progressisme scolaire en France (1880-2021) : m&#233;ritocratie ou d&#233;mocratie ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338</guid>
		<dc:date>2021-12-20T15:21:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Introduction &lt;br class='autobr' /&gt; Les ann&#233;es 1990 ont marqu&#233; un net infl&#233;chissement des objectifs affich&#233;s par les politiques scolaires. Celles-ci mettaient en avant jusque-l&#224; la recherche de l'&#233;galit&#233; des chances ; elles se pr&#233;occupent ensuite prioritairement, avec les politiques dites du socle commun, des conditions de sortie sur le march&#233; du travail des &#233;l&#232;ves en &#233;chec, dont le taux ne s'est pas r&#233;duit malgr&#233; les mesures de discrimination positive cens&#233;es am&#233;liorer la situation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les minist&#232;res de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH133/arton338-68296.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='133' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1990 ont marqu&#233; un net infl&#233;chissement des objectifs affich&#233;s par les politiques scolaires. Celles-ci mettaient en avant jusque-l&#224; la recherche de l'&#233;galit&#233; des chances ; elles se pr&#233;occupent ensuite prioritairement, avec les politiques dites du socle commun, des conditions de sortie sur le march&#233; du travail des &#233;l&#232;ves en &#233;chec, dont le taux ne s'est pas r&#233;duit malgr&#233; les mesures de discrimination positive cens&#233;es am&#233;liorer la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les minist&#232;res de la pr&#233;sidence Hollande se sont av&#233;r&#233;s particuli&#232;rement d&#233;cevants. Celui de Vincent Peillon a pr&#233;par&#233; une version sociale-d&#233;mocrate du socle, dite de &#171; refondation &#187;, mais dont les diff&#233;rences avec le socle Fillon se sont av&#233;r&#233;es finalement assez modestes ; et promulgu&#233; une r&#233;forme des rythmes scolaires dont on cherche toujours l'apport positif &#224; une &#233;cole d&#233;mocratique. Celui de Najat Vallaud Belkacem s'est signal&#233; par une r&#233;forme des enseignements du coll&#232;ge inspir&#233;e de pr&#233;ceptes p&#233;dagogiques qui ont fait la preuve de leur impuissance depuis les ann&#233;es 1960, r&#233;forme impos&#233;e malgr&#233; l'hostilit&#233; majoritaire des enseignants concern&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, Les enjeux cach&#233;s de &#171; l'interdisciplinarit&#233; &#187; au coll&#232;ge, 2015, .&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le minist&#232;re Blanquer s'est lanc&#233; pour sa part dans une offensive ouvertement lib&#233;rale et anti-d&#233;mocratique, visant &#224; transformer les &#233;tablissements scolaires en entreprises concurrentielles dot&#233;es d'autonomie et d'un directeur statutaire en position de choisir ses enseignants ; &#224; intensifier par l'instauration des lyc&#233;es modulaires une concurrence entre les &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es qui ne peut que favoriser les &#171; h&#233;ritiers &#187; ; &#224; rendre plus difficile aux autres l'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur par la transformation du bac et la mise en oeuvre de Parcoursup ; &#224; soumettre &#233;troitement les formations courtes au patronat en promouvant l'apprentissage pr&#233;coce et en limitant les enseignements g&#233;n&#233;raux dans les fili&#232;res professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;tier enseignant est fortement affect&#233;. Le travail intellectuel et culturel des professeurs est d&#233;valoris&#233; par la politique p&#233;dagogique des &#171; comp&#233;tences &#187;, par la r&#233;duction du temps r&#233;el d'enseignement en classe, par la charge chronophage des proc&#233;dures bureaucratiques impos&#233;es, par le bac &#171; &#224; la carte &#187; qui autorise toutes les d&#233;magogies &#233;valuatives locales, par la baisse des salaires : le sens du m&#233;tier est remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indispensable, la r&#233;sistance syndicale &#224; cette offensive est rendue particuli&#232;rement difficile par le contexte politique : affaiblissement de la gauche, puissance concentr&#233;e des m&#233;dias dominants, recours des responsables gouvernementaux aux diversions les plus d&#233;brid&#233;es (imputations d'islamogauchisme et autres wokismes), etc. Dans une telle situation une posture purement d&#233;fensive a toutes chances d'&#234;tre entendue comme une intention de retour &#224; l'ordre scolaire ant&#233;rieur : perspective &#224; vrai dire peu susceptible de d&#233;clencher de grands enthousiasmes. Notre syst&#232;me &#233;ducatif n'est pas en bonne sant&#233; tant les in&#233;galit&#233;s scolaires qui l'affectent sont importantes, persistantes, et impactent le travail d'enseignants qui se sentent en difficult&#233; face &#224; l'&#233;chec des uns et aux m&#233;diocres performances des autres. Et les choses ne sont pas all&#233;es s'am&#233;liorant au fil des d&#233;cennies. En apparence tout va bien : les &#233;l&#232;ves vont de plus en plus loin dans le cursus, la courbe du nombre de bacheliers grimpe comme jamais, le nombre des mentions obtenues explose. En r&#233;alit&#233; la courbe des acquisitions cognitives effectives suit une pente sym&#233;triquement inverse : depuis 1985 le niveau de ces acquisitions, &#233;valu&#233;es par la DEPP-MEN &#224; l'entr&#233;e et &#224; la sortie du coll&#232;ge en fran&#231;ais et en maths, ne cesse de baisser dans des proportions impressionnantes ; et si cette baisse est plus forte pour les &#233;l&#232;ves des milieux populaires, elle touche aussi les enfants de cadres et d'intellectuels. Seul un essor (malheureux) de la tol&#233;rance &#224; l'ignorance au sein m&#234;me de l'institution vou&#233;e &#224; la combattre peut expliquer la coexistence de ces deux courbes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire, 2020, .&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps d&#232;s lors, pour les partisans de la d&#233;mocratisation scolaire, et plus largement pour les d&#233;fenseurs du service public d'&#233;ducation, non seulement de stopper l'h&#233;morragie, mais de se tourner r&#233;solument vers l'avenir, un autre avenir que celui qu'on nous pr&#233;pare aujourd'hui, d'en mettre &#224; plat les modalit&#233;s possibles et de les soumettre au d&#233;bat le plus large. Les observations qui suivent s'int&#233;ressent en ce sens aux traits marquants de l'histoire du progressisme scolaire en France. Savoir d'o&#249; l'on vient pour mieux penser o&#249; l'on peut aller.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La vis&#233;e d'une &#233;cole unique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Troisi&#232;me R&#233;publique h&#233;rite d'un double syst&#232;me de scolarisation : celui des lyc&#233;es napol&#233;oniens, qui prennent eux-m&#234;mes la suite des coll&#232;ges d'Ancien R&#233;gime ; et celui de l'enseignement primaire d&#233;fini par la loi Guizot de 1833, qui prolonge le r&#233;seau des petites &#233;coles, paroissiales et communales, lesquelles commencent &#224; essaimer en France d&#232;s le 16&#232;me si&#232;cle. La structuration et l'&#233;volution de ces deux r&#233;seaux ne remettront pas en cause leur s&#233;paration. Chacun a son administration propre, ses r&#232;gles de fonctionnement, ses b&#226;timents, son corps enseignant... et ses publics, qui ne se croisent pas : les enfants de l'&#233;lite fr&#233;quentent le secondaire, qui commence en 11&#232;me (CP) au petit lyc&#233;e, et donne acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur ; les enfants du peuple entrent &#224; l'&#233;cole primaire, gratuite, qui ne pr&#233;pare pas &#224; l'examen d'entr&#233;e en 6&#232;me mais au Certificat d'&#233;tudes, les meilleurs d'entre eux pouvant postuler &#224; l'enseignement primaire sup&#233;rieur et pr&#233;parer &#233;ventuellement l'&#233;cole normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cloisonnement revient &#224; vouer chaque milieu social &#224; un destin scolaire pr&#233;d&#233;fini &#8211; de fait, la proportion d'enfants des classes populaires entrant dans le secondaire s'av&#232;re statistiquement infime. Des ann&#233;es 1880 &#224; la guerre, l'id&#233;e que les meilleurs &#233;l&#232;ves du primaire seraient aptes &#224; suivre un cursus secondaire, et le principe conjoint d'un acc&#232;s pour eux libre et gratuit aux &#233;tudes lyc&#233;ennes, se frayent un chemin difficile et tr&#232;s minoritaire, port&#233;es par quelques intellectuels et responsables politiques, tel Ferdinand Buisson, comme par les instituteurs syndicalistes. L'objectif d'une &#233;cole assurant &#171; l'&#233;galit&#233; des enfants devant l'instruction &#187; et permettant &#171; la s&#233;lection des v&#233;ritables capacit&#233;s &#187; est n&#233;anmoins clairement formul&#233; &#224; la Chambre d&#232;s 1901 par un groupe de d&#233;put&#233;s socialistes et radicaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie ici &#224; l'excellent travail, inform&#233; et rigoureux, de Jean-Michel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette revendication prendra une nouvelle ampleur au sortir de la guerre, particuli&#232;rement port&#233;e par un groupe de jeunes professeurs du secondaire et du sup&#233;rieur, qui adoptent comme pseudonyme collectif &#171; Les Compagnons de l'universit&#233; nouvelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers ouvrent en grand le d&#233;bat moderne autour du principe m&#233;ritocratique d'une &#233;cole juste. Ils plaident en 1919 pour &#171; un enseignement d&#233;mocratique &#187;, au service d'une soci&#233;t&#233; &#171; o&#249; la seule hi&#233;rarchie est celle du m&#233;rite ou de l'utilit&#233; &#187;. La revendication m&#233;ritocratique a un grand avantage. Elle peut &#234;tre l&#233;gitim&#233;e &#224; la fois par des arguments d'ordre &#233;thique (assurer une v&#233;ritable d&#233;mocratie) et d'ordre socio&#233;conomique (garantir au pays le concours des meilleurs quelle que soit leur origine sociale). Elle peut &#234;tre soutenue en ce sens de gauche comme de droite. C'est bien le cas des Compagnons dont les membres se r&#233;clament les uns de la premi&#232;re, les autres de la seconde. Et de fait leur plaidoyer r&#233;f&#232;re tant&#244;t &#224; un principe de justice (&#034;Un peuple qui s'est uni dans la guerre ne peut &#234;tre divis&#233; dans la paix (...) Les p&#232;res ont veill&#233; dans les m&#234;mes tranch&#233;es, partout o&#249; cela est r&#233;alisable, les fils peuvent s'asseoir sur les m&#234;mes bancs.&#034;), tant&#244;t &#224; des raisons de pure efficacit&#233; pratique : au sortir de la guerre, la France a besoin de reconstituer ses &#233;lites dirigeantes, qu'il s'agit de recruter dans l'ensemble des classes sociales, et pas seulement dans le vivier trop &#233;troit du seul enseignement secondaire (qui n'accueille alors qu'environ 3% des jeunes g&#233;n&#233;rations). Ils se prononcent pour une &#171; &#233;cole unique &#187; gratuite &#224; tous les niveaux, l'unification du primaire qui deviendrait pour tous la prop&#233;deutique du secondaire, et... l'int&#233;riorisation d'une s&#233;lection qu'assurait jusque-l&#224; le cloisonnement des r&#233;seaux de scolarisation primaire et primaire sup&#233;rieur vs secondaire : &#171; L'enseignement d&#233;mocratique sera en m&#234;me temps un proc&#233;d&#233; de s&#233;lection. Le ma&#238;tre a pour premier devoir de discerner les vocations, d'en encourager l'&#233;closion (...) Tout enfant peut avoir acc&#232;s &#224; l'universit&#233;. &#171; Place au talent ! Place aux meilleurs !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Compagnons, L'universit&#233; nouvelle, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Compagnons esquissent ainsi les traits g&#233;n&#233;raux de &#171; l'&#233;cole unique &#187;. R&#233;cusant par principe toute entrave administrative &#224; l'acc&#232;s des bons &#233;l&#232;ves, quelle que soit leur origine sociale, aux meilleurs cursus, accueillant tous les enfants en leur donnant des chances de r&#233;ussite identiques, elle a quatre cons&#233;quences. L'int&#233;riorisation d'abord des fili&#232;res, qui vont remplacer les r&#233;seaux de scolarisation, car l'&#233;cole unique ne supprime pas la diff&#233;renciation des cursus. L'int&#233;riorisation ensuite de la s&#233;lection : ce qui comptait jusque-l&#224; &#233;tait de savoir dans quelle &#233;cole on entrait ; l'&#233;cole unique, elle, accueille sans distinction, le tout est d&#233;sormais de savoir comment on en sort. Puis la mise en concurrence, par l&#224;-m&#234;me, des &#233;l&#232;ves : qui seront les exclus, et qui seront les heureux &#233;lus des cursus les plus valoris&#233;s ? Et enfin une forte transformation de la professionnalit&#233; enseignante : le ma&#238;tre n'a plus pour &#171; premier devoir &#187; d'enseigner mais, selon les Compagnons, de &#171; discerner les vocations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Plan Langevin-Wallon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole unique ne conna&#238;tra un d&#233;but de r&#233;alisation qu'avec le d&#233;cret Berthoin de 1959, quatre d&#233;cennies plus tard. Le cloisonnement du primaire et du secondaire avait entretemps perdu de sa rigueur, du fait notamment de l'&#233;tablissement de la gratuit&#233; des lyc&#233;es en 1930&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gratuit&#233; qui devait leur permettre de faire face aux d&#233;ficits de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parall&#232;lement le projet de leur unification avait beaucoup chemin&#233;, port&#233; par la gauche syndicale et intellectuelle, face &#224; ceux qui d&#233;fendent l'autonomie et de l'enseignement technique, et de l'enseignement secondaire classique. Le physicien Paul Langevin, membre du PCF et partisan de l'&#233;ducation nouvelle, est port&#233; en 1929 &#224; la pr&#233;sidence de l'association des Compagnons, qui a repris les orientations et l'intitul&#233; du groupe des Compagnons de 1919. L'&#233;quipe de Jean Zay qui acc&#232;de au minist&#232;re en 1936 et porte l'obligation scolaire &#224; 14 ans est critique du caract&#232;re &#233;litiste et trop classique de l'enseignement secondaire ; et pr&#233;pare un programme de r&#233;organisation d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif. Inquiets cependant du risque qu'un libre acc&#232;s aux &#233;tudes longues d&#233;bouche sur une surproduction d'intellectuels qui ne trouveraient pas d'emplois, ils se pr&#233;occupent au premier chef de ce qui peut le pr&#233;venir : la mise en place d'un processus efficace de s&#233;lection des &#233;l&#232;ves en fonction de leurs &#171; aptitudes &#187;, et lancent &#224; la rentr&#233;e de 1937 d&#233;part une exp&#233;rimentation de quelques centaines de &#171; classes d'orientation &#187; pratiquant les m&#233;thodes actives, qui dispara&#238;tront &#224; la rentr&#233;e 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte d'espoir et d'audace de la Lib&#233;ration permet aux intellectuels progressistes qui s'y &#233;taient investis avant-guerre, Paul Langevin, Henri Wallon, Gustave Monod notamment, de reprendre le projet d'&#233;cole unique. Le Rapport remis par la Commission constitu&#233;e en 1944 et pr&#233;sid&#233;e par Langevin se r&#233;f&#232;re non pas d'abord &#224; une exigence &#233;conomique, mais &#224; un &#171; principe de justice &#187;, celui de la possibilit&#233; donn&#233;e &#224; chacun de faire la preuve de son talent jusqu'au maximum de ses &#171; aptitudes &#187;, gr&#226;ce au caract&#232;re d&#233;mocratique de la scolarisation. Pr&#233;conisant en outre le report &#224; 18 ans de l'obligation scolaire (qui avait &#233;t&#233; port&#233;e &#224; 14 ans par le Front Populaire, dix ann&#233;es plus t&#244;t seulement), il conf&#232;re &#224; ses propositions une tonalit&#233; g&#233;n&#233;rale &#171; &#233;mancipatoire &#187; : des &#233;tudes longues pour tous, au sein d'une &#233;cole unique qui rassemble les enfants du peuple et ceux de l'&#233;lite. Le Plan devient ainsi, pour longtemps, l'horizon du progressisme scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, le Plan pr&#233;voit que tous les &#233;l&#232;ves suivent &#224; l'identique les deux premiers cycles du cursus : 3 &#224; 11 ans et 11 &#224; 15 ans. Le second doit permettre de former le citoyen et le travailleur, et en m&#234;me temps de d&#233;terminer l'orientation des &#233;l&#232;ves. Ceux-ci seraient ensuite en effet ventil&#233;s entre les fili&#232;res constitutives du troisi&#232;me cycle : &#171; &#233;tudes th&#233;oriques &#187;, pour former les futurs responsables ; &#171; &#233;tudes professionnelles &#187; &#171; destin&#233;es &#224; fournir les cadres moyens de la production &#187; ; &#171; &#233;tudes pratiques (apprentissage) &#187;, pour former les ex&#233;cutants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les membres de la Commission du Plan, deux contraintes justifient l'introduction du processus de s&#233;lection/orientation dans le second cycle. La n&#233;cessit&#233;, d'abord, de r&#233;pondre aux besoins diff&#233;renci&#233;s du march&#233; du travail. La recherche de l'ad&#233;quation entre la formation et l'emploi a marqu&#233; les d&#233;bats au sein de la Commission, sans r&#233;sultats tr&#232;s clairs semble-t-il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le d&#233;pouillement des proc&#232;s-verbaux des r&#233;unions de la Commission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celle-ci faisant ainsi l'exp&#233;rience du caract&#232;re &#171; introuvable &#187; de la relation formation/emploi, qui ne sera reconnu que bien plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucie Tanguy (dir.), L'introuvable relation formation-emploi, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre contrainte tient &#224; la capacit&#233; des &#233;l&#232;ves &#224; suivre un cursus long et ambitieux. Les membres de la Commission s'inqui&#232;tent de ce que des &#233;tudes prolong&#233;es soient inaccessibles &#224; une proportion importante d'&#233;l&#232;ves. C'est bien s&#251;r la fili&#232;re lyc&#233;enne des &#171; &#233;tudes th&#233;oriques &#187; qui suscite le plus d'interrogations. Roger Gal, secr&#233;taire adjoint de la Commission et proche de Langevin, note &#224; cet &#233;gard dans un article de 1946 : &#171; C'est un fait que la nature de la plupart des individus les pr&#233;dispose &#224; des activit&#233;s pratiques et professionnelles bien plus qu'&#224; des activit&#233;s th&#233;oriques et intellectuelles abstraites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;ducation nationale, n&#176;5, janvier 1946, art. cit&#233; par J-M Chapoulie.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ces inqui&#233;tudes peuvent se comprendre : l'enseignement secondaire n'est alors fr&#233;quent&#233; que par une toute petite minorit&#233; d'&#233;l&#232;ves (en 1946, seuls 5% de la cohorte ont d&#233;croch&#233; un bac) ; et dans l'enseignement primaire, seul un &#233;l&#232;ve sur deux obtient le CEP. Pas loin au total d'un jeune Fran&#231;ais sur deux sort de l'&#233;cole sans aucun dipl&#244;me. Difficile, dans ces conditions, d'imaginer le bac pour tous &#224; 18 ans...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne dispose pas alors de statistiques pr&#233;cises et fiables concernant les in&#233;galit&#233;s scolaires, l'on sait bien que les difficult&#233;s d'apprentissage se concentrent sur les enfants d'origine populaire, au-del&#224; m&#234;me dit-on de la proportion parmi eux de &#171; retard&#233;s &#187; ou d'&#171; anormaux &#187;. Quelques ann&#233;es plus tard, Roger Gal &#233;crira : &#171; Chacun admet que le malheur d'&#234;tre n&#233; dans un milieu in&#233;duqu&#233; se remarque au plan du langage par toutes sortes d'inf&#233;riorit&#233;s, mais l'on sait moins que la m&#233;moire est, d'apr&#232;s certaines &#233;tudes, handicap&#233;e en moyenne dans la proportion de 30% par ces m&#234;mes conditions. Et (...) l'&#233;chelle verbale des &#233;l&#232;ves des centres d'apprentissage est tr&#232;s inf&#233;rieures &#224; celle des lyc&#233;ens du m&#234;me &#226;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roger Gal, &#171; &#201;ducation et d&#233;mocratie &#187;, Esprit, n&#176; 215, 1954, cit&#233; par J-M (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cole unique, &#233;galit&#233; des chances, report &#224; 18 ans de l'obligation scolaire : les r&#233;formes structurelles propos&#233;es par la Commission (je n'&#233;voque pas ici les pr&#233;conisations du Plan en mati&#232;re de contenus et de pratiques d'enseignement, favorables aux p&#233;dagogies actives et &#224; l'&#233;ducation nouvelle) sont de nature &#224; ouvrir les &#233;tudes longues et l'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur aux meilleurs &#233;l&#232;ves des classes populaires ; et &#224; permettre aux autres d'&#233;chapper &#224; l'exploitation pr&#233;coce du travail, tout en formant et certifiant leur qualification professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s loin d'&#234;tre n&#233;gligeable... sans pour autant repr&#233;senter, dans le contexte de la Lib&#233;ration, une avanc&#233;e aussi radicale et r&#233;volutionnaire que celle de l'institution de la S&#233;curit&#233; sociale g&#233;r&#233;e par les travailleurs. Le Plan Langevin-Wallon est une version de gauche de l'&#233;cole de l'&#233;galit&#233; des chances, comme la r&#233;forme engag&#233;e par la 5&#232;me R&#233;publique en sera, douze ans plus tard, une version de droite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Plan Langevin-Wallon et l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est avec la 5&#232;me R&#233;publique qu'advient enfin l'instauration effective d'une &#233;cole unique, quelque quatre-vingt ans apr&#232;s que l'id&#233;e ait commenc&#233; d'en germer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait remonter plus loin et &#233;voquer le projet d'&#233;cole commune de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;cret sign&#233; par le ministre Berthoin en 1959 pose les bases d'une recomposition d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif qui s'ach&#232;vera, au choix, en 1975 avec l'instauration du coll&#232;ge unique par le ministre Haby, ou bien en 1985 sous le minist&#232;re Chev&#232;nement avec la cr&#233;ation du bac pro, lequel assure &#224; l'enseignement professionnel un parcours continu&#233; jusqu'au terme du secondaire, &#224; l'instar de l'enseignement technologique et de l'enseignement g&#233;n&#233;ral. L'obligation scolaire est port&#233;e &#224; 16 ans ; les petites classes des lyc&#233;es sont supprim&#233;es ; leurs classes moyennes seront int&#233;gr&#233;es dans l'ordre des coll&#232;ges, comme ce qui restait de l'enseignement primaire sup&#233;rieur ; l'examen d'entr&#233;e en 6&#232;me est supprim&#233;. &#192; partir de 1973, &#224; l'issue de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, tout le monde entre au coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;cole est dot&#233;e des traits essentiels que lui pr&#234;taient les Compagnons. Accueillant tous les enfants, elle a pris en charge leur s&#233;lection et leur ventilation entre les trois fili&#232;res. Exigeant une &#233;valuation et un classement pr&#233;coces et syst&#233;matiques des &#233;l&#232;ves, la responsabilit&#233; de l'orientation est assur&#233;e par les professeurs et les conseils de classe. L'impact de l'exigence de tri va se faire sentir &#224; tous les niveaux des pratiques enseignantes, comme le montre une diversit&#233; d'observations empiriques. Et il se traduira du m&#234;me coup par une pression nouvelle sur les &#233;l&#232;ves ainsi mis en concurrence, pression qui ira croissant au fil de la massification des &#233;tages sup&#233;rieurs du cursus. Au point que l'adolescence de ceux qui souhaitent r&#233;ussir leurs &#233;tudes est &#171; devenue un champ de bataille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael J. Sandel, La Tyrannie du m&#233;rite, Albin Michel, Paris, 2021, p. 95.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les gagnants ont bien du m&#233;rite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;cole avait d&#232;s le d&#233;part une vis&#233;e &#233;troitement s&#233;lective. Il s'agissait de r&#233;pondre aux exigences patronales en &#233;levant le niveau g&#233;n&#233;ral de formation initiale des jeunes g&#233;n&#233;rations, mais s&#251;rement pas de favoriser l'acc&#232;s du plus grand nombre aux savoirs &#233;labor&#233;s en remettant en cause les hi&#233;rarchies sociales. La r&#233;forme n'a pas vocation, &#233;crit le ministre Berthoin, de permettre &#224; des milliers de jeunes qui n'ont rien &#224; y faire d'envahir le lyc&#233;e. De Gaulle lui-m&#234;me pr&#244;nait l'entr&#233;e pour tous au coll&#232;ge, mais souhaitait une barri&#232;re infranchissable &#224; l'entr&#233;e des lyc&#233;es. On sait combien, une fois les vannes ouvertes, la pression des familles pour que leurs enfants b&#233;n&#233;ficient d'&#233;tudes longues a &#233;t&#233; forte. La mani&#232;re des ministres de la 5&#232;me R&#233;publique d'y faire face rel&#232;ve du judo plus que de la boxe. L'&#233;lan des enfants des milieux populaires et des petites classes moyennes fut canalis&#233; vers les voies de d&#233;rivation de l'enseignement technologique et de l'enseignement professionnel. La chronologie des modifications du dispositif est instructive : &#224; chaque fois qu'un seuil nouveau du cursus devient accessible aux nouveaux publics du secondaire, une nouvelle fili&#232;re est ouverte pour les accueillir. C'est le cas de la cr&#233;ation de la fili&#232;re technique dans le contexte de la premi&#232;re explosion scolaire des ann&#233;es 1960 ; puis de la r&#233;organisation de la fili&#232;re professionnelle dans le contexte de la seconde explosion scolaire initi&#233;e par le minist&#232;re Chev&#232;nement (1985-1995). Et l'on voit aujourd'hui le ministre Blanquer s'efforcer d'une main d'am&#233;liorer l'efficience de la formation &#233;l&#233;mentaire, et s'attacher de l'autre &#224; en pr&#233;venir les effets potentiels en r&#233;formant les &#233;tudes lyc&#233;ennes et le bac dans le sens le plus s&#233;lectif qui soit : lui non plus ne souhaite pas &#171; l'invasion &#187; des meilleurs parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette version malthusienne de l'&#233;cole unique n'en a pas moins eu des effets d&#233;mocratiques peu contestables puisqu'aujourd'hui de tr&#232;s nombreux enfants d'ouvriers, de petits agriculteurs ou d'employ&#233;s peuvent acc&#233;der &#224; l'enseignement sup&#233;rieur. Les in&#233;galit&#233;s scolaires se sont pour autant maintenues &#224; un niveau tr&#232;s &#233;lev&#233; : la s&#233;lection h&#233;ritocratique n'a gu&#232;re &#233;t&#233; mise en cause&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;62% des enfants d'ouvriers non qualifi&#233;s obtiennent aujourd'hui un bac... (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On est simplement pass&#233;, de la 3&#232;me &#224; la 5&#232;me R&#233;publique, d'une s&#233;lection sociale assez radicalement m&#233;canique &#224; une s&#233;lection plus souple des &#233;l&#232;ves en fonction de leurs &#171; chances &#187;, mais tout aussi marqu&#233;e socialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait identifier cette modalit&#233; d'&#233;cole unique &#224; une sorte de r&#233;alisation du Plan Langevin-Wallon. Aux vis&#233;es prioritairement utilitaristes et professionnalisantes de la premi&#232;re, ce dernier oppose l'ambition que soit transmise &#224; tous &#171; une large et solide culture (qui) lib&#232;re l'homme des &#233;troites limites du technicien &#187;. Ce qui passe par la diffusion par les m&#233;thodes actives de contenus d'enseignement rompant avec le formalisme de l'enseignement classiquement propos&#233; &#224; l'&#233;lite, ouverts sur les sciences et techniques ainsi que sur la vie sociale et le monde, contribuant par l'instruction civique &#224; former des citoyens, maintenant une dose significative de culture g&#233;n&#233;rale dans les cursus professionnalisants. Pour aider les familles &#224; maintenir leurs enfants &#224; l'&#233;cole jusqu'&#224; 18 ans, le Plan pr&#233;conise la distribution de bourses au coll&#232;ge, l'affectation d'un pr&#233;-salaire au lyc&#233;e, et en milieu rural la construction de coll&#232;ges et l'organisation du ramassage scolaire. Il pr&#233;voit &#233;galement une mesure susceptible de limiter drastiquement la concurrence entre les &#233;l&#232;ves : la suppression pure et simple des classements et des examens ! La ventilation des &#233;l&#232;ves entre les fili&#232;res ne s'op&#232;rera plus d&#232;s lors par la notation des performances, mais par l'identification de leurs &#171; aptitudes &#187;. L'orientation est ainsi confi&#233;e, dans les classes d'observation et d'orientation du coll&#232;ge, &#224; des ma&#238;tres &#171; instruits de la connaissance de la psychologie des jeunes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un horizon en commun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc deux versions d'&#233;cole unique aux vis&#233;es sociopolitiques incontestablement divergentes, oppos&#233;es sur bien des points. Il leur reste n&#233;anmoins d'&#234;tre deux versions, deux &#233;laborations issues d'un m&#234;me principe, celui d'une &#233;cole de l'&#233;galit&#233; des chances, et h&#233;riti&#232;res d'une m&#234;me inspiration, l'&#233;thique m&#233;ritocratique r&#233;publicaine, qui entend faire place &#224; la promotion scolaire des meilleurs. Trois &#233;l&#233;ments les rapprochent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;occupation d'abord de la promotion des meilleurs, qui conduit &#224; organiser l'ensemble du dispositif de scolarisation autour des proc&#233;dures d'identification des capacit&#233;s intellectuelles des &#233;l&#232;ves. L'importance accord&#233;e &#224; cet objectif proc&#232;de d'une conviction forte : ces capacit&#233;s sont in&#233;galement distribu&#233;es ; et leur distribution n'est pas r&#233;ductible &#224; l'appartenance sociale car, en derni&#232;re instance, elles sont donn&#233;es en nature. C'est ce qu'indique le recours omnipr&#233;sent &#224; la notion d'&#171; aptitude &#187;, cit&#233;e 23 fois dans les quatre pages des attendus du d&#233;cret Berthoin de 1959, et d'un usage r&#233;current dans le Plan Langevin-Wallon. Certes ce dernier se soucie de limiter autant que faire se peut l'impact du donn&#233; naturel, en soulignant que l'&#233;cole doit permettre &#171; la mise en valeurs des aptitudes &#187;, le d&#233;veloppement de chacun jusqu'au maximum de ses aptitudes. Il reste que ces derni&#232;res apparaissent toujours comme un pr&#233;alable : jamais, que ce soit chez Berthoin ou dans le Plan Langevin-Wallon, elles ne sont pens&#233;es comme le produit d'une histoire, et notamment d'une histoire scolaire. L'&#233;cole subit les aptitudes, elle ne les forme pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second &#233;l&#233;ment commun, l'organisation de fili&#232;res diff&#233;renci&#233;es dans le secondaire, afin d'offrir un cursus ad&#233;quat &#224; chaque type d'aptitudes (ou de &#171; pr&#233;dispositions &#187;, pour reprendre la formule de Roger Gal cit&#233;e ci-dessus). L'organisation propos&#233;e par le Plan Langevin-Wallon (&#233;tudes th&#233;oriques/professionnelles/pratiques) est calqu&#233;e sur les fili&#232;res alors existantes. Chacune d'entre elles voit son cursus &#233;tendu jusqu'&#224; 18 ans et se voit dot&#233;e d'un enseignement de culture g&#233;n&#233;rale : quelle que soit la voie choisie, chaque &#233;l&#232;ve a droit &#224; &#171; d'&#233;gales possibilit&#233;s de d&#233;veloppement &#187;, sachant que toutes les t&#226;ches sociales rel&#232;vent d'&#171; une &#233;gale dignit&#233; &#187; et qu'il convient de reconna&#238;tre &#171; la haute valeur mat&#233;rielle et morale des activit&#233;s manuelles, de l'intelligence pratique, de la valeur technique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#233;l&#233;ment commun, la mise en place des proc&#233;dures d'&#233;valuation/observation et d'orientation qui vont permettre de ventiler les &#233;l&#232;ves entre les trois fili&#232;res. Ces sont les enseignants de l'&#233;cole moyenne (du second cycle pour le Plan Langevin-Wallon, du coll&#232;ge pour l'&#233;cole de la 5&#232;me R&#233;publique) &#224; qui revient la charge des d&#233;cisions d'orientation. La l&#233;gitimit&#233; de ces d&#233;cisions appara&#238;t dans les deux cas comme un point crucial. Pour le Plan Langevin-Wallon il s'agit &#224; cette fin de doter les enseignants d'une &#171; p&#233;dagogie de l'orientation &#187; et de r&#233;elles connaissances psychologiques. C'est bien pour d&#233;gager les lin&#233;aments de cette p&#233;dagogie de l'orientation &#171; que nous n'avons pas &#187; qu'est lanc&#233;e la fameuse exp&#233;rimentation des &#171; classes nouvelles &#187; (1945/1951) qui, au niveau du coll&#232;ge, ont pr&#233;cis&#233;ment en charge l'orientation des &#233;l&#232;ves, comme c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas des classes exp&#233;rimentales &#171; d'observation &#187; instaur&#233;es par Jean Zay quelques ann&#233;es auparavant (1937-1939). Du c&#244;t&#233; de l'&#233;cole unique 5&#232;me R&#233;publique, la conception de la proc&#233;dure d'&#233;valuation/orientation est plus quantitative que qualitative, s'appuyant sur les notes et le classement des &#233;l&#232;ves ; mais l'on retrouve le m&#234;me souci de la l&#233;gitimer par des mesures susceptibles de mieux garantir l'&#233;galit&#233; des chances en soutenant les &#233;l&#232;ves les plus m&#233;ritants : mise en place du coll&#232;ge unique (1975)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Haby, pr&#233;sentant la loi unifiant le coll&#232;ge, le souligne : &#171; Faire en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, promotion de p&#233;dagogies diff&#233;renci&#233;es et cens&#233;es adapt&#233;es aux milieux populaires, attribution de bourses, adoption de la discrimination positive avec la cr&#233;ation des ZEP (1981). Dans l'enseignement sup&#233;rieur, les IPES (1956-1978) ont favoris&#233; l'acc&#232;s au professorat du secondaire de toute une g&#233;n&#233;ration de &#171; m&#233;ritants &#187; : l'ouverture du recrutement de Sciences Po aux meilleurs lyc&#233;ens des ZEP (2001) s'inscrit dans la lign&#233;e de cette politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les limites de l'&#233;cole m&#233;ritocratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique a eu le temps de produire tous ses effets. Ses promoteurs annon&#231;aient deux objectifs et une r&#233;serve. Les objectifs : assurer l'essor des formations initiales afin de soutenir le d&#233;veloppement &#233;conomique ; et ouvrir &#224; cette fin la possibilit&#233; d'&#233;tudes longues &#224; des cat&#233;gories sociales qui en &#233;taient exclues jusque-l&#224;, en recrutant au m&#233;rite et non plus en fonction de l'appartenance &#224; l'&#233;lite. La r&#233;serve : la r&#233;alisation de ces objectifs ne doit pas conduire &#224; encombrer les &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me &#233;ducatif par un trop grand nombre de nouveaux arrivants. Six d&#233;cennies plus tard, le programme est assez bien r&#233;alis&#233;. L'essor des scolarit&#233;s est vertigineux, et il tient essentiellement aux prolongations d'&#233;tudes dans les classes moyennes et populaires. Pour autant les meilleurs parcours, ceux qui d&#233;bouchent sur les positions de pouvoir, ont &#233;t&#233; farouchement pr&#233;serv&#233;s et accueillent toujours les enfants de l'&#233;lite : la m&#233;ritocratie n'a gu&#232;re port&#233; atteinte &#224; ce qu'il faut bien qualifier d'h&#233;ritocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Paul Pasquali, H&#233;ritocratie. Les &#233;lites, les grandes &#233;coles et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et du m&#234;me coup, le projet mis en avant par le ministre Berthoin, consistant &#224; substituer les aptitudes &#224; l'appartenance de classe au principe du recrutement des parcours d'excellence, s'est av&#233;r&#233; largement illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en oeuvre du Plan Langevin-Wallon aurait-elle conduit &#224; un r&#233;sultat tr&#232;s diff&#233;rent ? Pour le moins, elle se serait heurt&#233;e &#224; deux difficult&#233;s. La premi&#232;re concerne l'orientation, qui a d'ailleurs constitu&#233; l'&#233;cueil essentiel sur lequel a achopp&#233; l'exp&#233;rience des classes nouvelles. Les membres de la Commission du Plan ont conscience de ne pas disposer ne serait-ce que d'une amorce de ce que pourrait &#234;tre une p&#233;dagogie de l'orientation susceptible d'identifier les aptitudes des &#233;l&#232;ves. &#171; La recherche des aptitudes est encore embryonnaire &#187;, &#233;crit une inspectrice g&#233;n&#233;rale impliqu&#233;e dans la mise en oeuvre des classes nouvelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233;e par J-M Chapoulie, op. cit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Non sans raison : on sait mieux aujourd'hui qu'autant poursuivre une chim&#232;re. Il &#233;tait certes possible de chercher &#224; s'appuyer sur la tradition des tests psychom&#233;triques initi&#233;e par Binet et Simon d&#232;s 1905. Autant cependant que d'&#233;valuations quantifi&#233;es de l'intelligence, l'orientation scolaire a besoin d'indicateurs plus qualitatifs. La notion d'aptitude est d'ailleurs cens&#233;e subsumer &#224; la fois un niveau et une forme d'intelligence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons-nous &#224; ce sujet la remarque de Roger Gal cit&#233;e ci-dessus : &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Faut-il rappeler &#224; cet &#233;gard qu'Alfred Binet lui-m&#234;me s'int&#233;ressait &#224; toutes les dimensions de la personnalit&#233;, esp&#233;rant pouvoir &#233;laborer des &#171; types psychologiques &#187;, et appelant de ses voeux une psychologie susceptible d'appr&#233;hender les formes les plus qualitatives des aptitudes enfantines... mais qu'il a fini par renoncer &#224; pr&#233;dire l'orientation professionnelle la plus souhaitable pour ses propres filles ? Le probl&#232;me d'une &#171; orientation par les aptitudes &#187; n'est toujours pas r&#233;solu quatre d&#233;cennies plus tard : il fut &#224; la fois au coeur des pr&#233;occupations des classes d'orientation de Jean Zay comme des classes nouvelles de Gustave Monod, et la limite essentielle de leur exp&#233;rimentation. Il n'aurait certainement pas trouv&#233; davantage de solution dans le cadre d'une mise en oeuvre du Plan &#224; l'&#233;chelle nationale. &#192; d&#233;faut il aurait bien fallu r&#233;introduire notes et examens pour conf&#233;rer quelque l&#233;gitimit&#233; aux d&#233;cisions d'orientation... lesquelles d&#232;s lors auraient essentiellement traduit, comme dans l'&#233;cole de la 5&#232;me R&#233;publique, le poids des in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde difficult&#233; tient &#224; la volont&#233; affirm&#233;e par le Plan de conf&#233;rer une &#171; &#233;gale dignit&#233; &#187; aux sections (th&#233;orique/professionnelle/pratique) propos&#233;es &#224; l'orientation des &#233;l&#232;ves. La Commission en est bien consciente : il faut pour y parvenir &#233;tablir &#171; l'&#233;gale dignit&#233; de toutes les t&#226;ches sociales &#187; elles-m&#234;mes. Par le recours &#224; cette formule les r&#233;dacteurs du Plan manifestent une double pr&#233;occupation. D'une part ils entendent rompre avec la survalorisation traditionnelle dans le syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais de l'enseignement litt&#233;raire classique au b&#233;n&#233;fice d'une consid&#233;ration nouvelle &#224; porter aux &#233;tudes scientifiques et techniques (pr&#233;occupation particuli&#232;rement port&#233;e par le physicien Paul Langevin), ainsi qu'&#224; une culture g&#233;n&#233;rale ouverte sur le monde (valoris&#233;e par Gustave Monod). Mais il s'agit aussi pour eux, d'autre part, de faire reconna&#238;tre &#171; la haute valeur mat&#233;rielle et morale des activit&#233;s manuelles &#187;. Or il y a l&#224; d'&#233;vidence deux probl&#232;mes bien diff&#233;rents. Le premier objectif est tout &#224; fait r&#233;alisable, et sera d'ailleurs pour partie r&#233;alis&#233; par l'&#233;cole de la 5&#232;me R&#233;publique, qui fera des maths et des &#233;coles d'ing&#233;nieurs des enjeux d'excellence. Le deuxi&#232;me objectif n'a pas grand chose &#224; voir avec celui-ci. Dans un contexte historique o&#249; &#171; les activit&#233;s manuelles &#187; rel&#232;vent pour l'essentiel non pas des activit&#233;s ind&#233;pendantes de l'artisanat, mais de l'industrie et des services capitalistes, ce deuxi&#232;me objectif revient &#224; pr&#244;ner l'&#233;tablissement d'un signe d'&#233;galit&#233;, et d'&#233;gale d&#233;sirabilit&#233;, entre des activit&#233;s d'ex&#233;cution sous commandement, et des activit&#233;s de conception et de commandement. L'id&#233;e est &#233;videmment pour le moins peu r&#233;aliste. Elle a pourtant persist&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui, sans conna&#238;tre jamais la moindre traduction pratique : toutes les recherches concernant l'orientation dans notre actuelle &#233;cole unique ont montr&#233; que le choix des fili&#232;res professionnalisantes courtes se faisait sous contrainte institutionnelle, int&#233;rioris&#233;e ou subie, ou alors avec la perspective d'un emploi de type artisanal. On voit mal, l&#224; aussi, ce que la mise en oeuvre du Plan aurait pu changer &#224; cette r&#233;alit&#233;, sauf &#224; &#234;tre accompagn&#233;e d'une transformation profonde de la soci&#233;t&#233; et de l'organisation du travail. &#192; d&#233;faut, le plaidoyer pour l'intelligence de la main n'aurait &#233;t&#233; que consolation des perdants, comme il l'est dans notre &#233;cole unique d'aujourd'hui. Les fili&#232;res professionnalisantes auraient connu la m&#234;me d&#233;valorisation. Et les enseignants, aux diff&#233;rents niveaux du cursus, auraient adopt&#233; le comportement classique de la m&#233;ritocratie r&#233;publicaine, tel que le d&#233;crit J. Krop &#224; partir de sa recherche sur les instituteurs de la Seine entre 1880 et 1930, lesquels consacraient &#171; une grande &#233;nergie &#187; &#224; pr&#233;parer leurs meilleurs &#233;l&#233;ments au Certificat d'&#233;tudes, tout en &#171; laissant de c&#244;t&#233; ceux qui peinent dans leurs apprentissages &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Krop, La m&#233;ritocratie r&#233;publicaine : &#233;litisme et scolarisation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ceux-l&#224; m&#234;me qui se retrouveront quelques d&#233;cennies plus tard dans l'enseignement professionnel de l'&#233;cole unique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Coups de tonnerre dans un ciel serein&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;cole unique mettant tous les &#233;l&#232;ves en concurrence et permettant &#224; chacun, en assurant l'&#233;galit&#233; des chances, de faire valoir son talent et ses m&#233;rites ; instauration au niveau du secondaire de trois fili&#232;res in&#233;galement valoris&#233;es ; orientation des &#233;l&#232;ves vers l'une ou l'autre de ces fili&#232;res en fonction de l'&#233;valuation de leurs aptitudes individuelles ; enseignants charg&#233;s de former tout en s&#233;lectionnant, ou vice-versa. Tels sont les traits structurants de la matrice m&#233;ritocratique qui reste l'horizon ind&#233;passable du progressisme scolaire... jusqu'aux ann&#233;es 1960/70. Les auteurs du Plan Langevin-Wallon en ont propos&#233; une version qui, malgr&#233; des intentions vigoureusement progressistes, n'avait gu&#232;re de chances en l'&#233;tat d'apporter des solutions de fond aux insuffisances d&#233;mocratiques dont a souffert, et continue de souffrir, l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conviction que les parcours scolaires sont g&#233;r&#233;s en derni&#232;re instance par les &#171; aptitudes &#187; individuelles des &#233;l&#232;ves constitue la pierre angulaire de tout l'&#233;difice m&#233;ritocratique. &#201;galit&#233; des chances qui garantit &#224; chacun la possibilit&#233; de manifester son potentiel, assurance que ce potentiel est fonci&#232;rement variable d'un &#233;l&#232;ve &#224; l'autre, au point qu'une majorit&#233; d'entre eux soit dans l'incapacit&#233; d'emprunter les meilleurs parcours, organisation de l'orientation des &#233;l&#232;ves vers les parcours les plus ad&#233;quats aux possibilit&#233;s de chacun, tout ram&#232;ne &#224; l'id&#233;e d'aptitudes naturellement &#8211; et donc irr&#233;ductiblement &#8211; in&#233;gales. Les Compagnons de l'universit&#233; nouvelle parlaient de &#171; talent &#187; ou de &#171; vocation &#187; (une vocation toujours pr&#233;existante, qu'il s'agit de &#171; discerner &#187; et non pas de susciter). Jean Zay, les auteurs du Plan Langevin-Wallon, le ministre Berthoin, tous se r&#233;f&#232;rent avec constance aux &#171; aptitudes &#187;. La distribution de ces aptitudes est relativement ind&#233;pendante de l'appartenance sociale, et rel&#232;ve d'un ordre naturel qui reste cependant toujours quelque peu &#233;nigmatique, mais que la science devrait finir par &#233;lucider. Enlevez cette pierre angulaire qu'est la croyance en l'existence d'&#171; aptitudes &#187; naturelles, et donc inn&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le caract&#232;re inn&#233; des aptitudes est &#233;videmment essentiel. Dire qu'&#224; tel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et tout l'&#233;difice s'&#233;croule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de l'inn&#233;it&#233; des facult&#233;s intelligentes, aujourd'hui encore, n'a pas vraiment disparu du sens commun. Mais les lignes ont boug&#233;. Du c&#244;t&#233; des chercheurs, des personnalit&#233;s aussi reconnues qu'Alfred Sauvy et Alain Girard, responsables de l'Institut national d'&#233;tudes d&#233;mographiques (INED), pouvaient encore &#233;crire en 1974, pour rendre compte des in&#233;galit&#233;s scolaires, que &#171; les enfants n'ont pas tous la m&#234;me &#8216;facilit&#233; pour apprendre'. L'intelligence, quelle que soit la d&#233;finition qu'on en donne, ne se trouve pas, si l'on ose dire, en &#233;gale quantit&#233; chez tous. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Girard etAlfred Sauvy , L'enseignement pour tous, PUF, Paris, 1974.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La modeste r&#233;serve qui est ici &#233;mise (&#171; si l'on ose dire &#187;) doit sans doute beaucoup &#224; l'irruption dans les ann&#233;es 1960 de critiques port&#233;es &#224; la th&#232;se de l'inn&#233;it&#233; de l'intelligence, qui conna&#238;tront un assez large retentissement. Ces critiques sont venues d'horizons divers : la philosophie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, Dou&#233;, non dou&#233;, &#201;ditions sociales, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la sociologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, Les H&#233;ritiers, &#201;ditions de Minuit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et la biologie elle-m&#234;me, dont divers chercheurs soulignent en cette d&#233;cennie combien notre cerveau est &#224; la naissance un ensemble de potentialit&#233;s qui se r&#233;aliseront en capacit&#233;s intellectuelles sous l'effet seulement de leur mise en oeuvre effective &#8211; c'est en pensant qu'on apprend &#224; penser, via l'acquisition et l'usage du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les milieux instruits, puis aupr&#232;s d'un plus large public, la foi en une intelligence inn&#233;e va par la suite perdre peu &#224; peu de son impact... pour &#234;tre le plus souvent remplac&#233;e par un autre fatalisme, celui du d&#233;terminisme de l'origine sociale. Antoine L&#233;on en fait la remarque d&#232;s 1980, dans son Introduction &#224; l'histoire des faits &#233;ducatifs (PUF) : &#171; Si l'on voulait r&#233;sumer l'&#233;volution de l'image de l'aptitude depuis le d&#233;but du si&#232;cle, on pourrait dire qu'on est pass&#233; d'une sorte de fatalisme de l'h&#233;r&#233;dit&#233;, sous-tendu par la notion de disposition naturelle, &#224; une sorte de fatalisme du milieu, li&#233; &#224; l'id&#233;e de diff&#233;rences culturelles irr&#233;versibles. &#187; (p. 168). Ce &#171; fatalisme du milieu &#187; &#233;tait promis au plus bel avenir. Connu sous le nom de &#171; th&#232;se du handicap socioculturel &#187;, s'autorisant d'une r&#233;f&#233;rence tronqu&#233;e aux travaux de Pierre Bourdieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#232;se du handicap socioculturel s'appuie sur la notion de &#171; transmission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce d&#233;terminisme sociologique succ&#233;dant au d&#233;terminisme biologique a depuis massivement conquis les esprits, nouvelle version du pr&#233;jug&#233; d&#233;ficitariste &#224; l'&#233;gard des enfants des classes populaires qui cimente depuis longtemps la culture professionnelle enseignante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toutefois une diff&#233;rence de taille entre les deux d&#233;terminismes. Le fatalisme biologique invite &#224; penser que tout est jou&#233; &#224; la naissance. &#192; l'encontre de ce pr&#233;suppos&#233; d'inn&#233;it&#233;, le fatalisme sociologique admet que &#171; l'intelligence &#187; se construit au cours de l'histoire familiale des enfants. Un pas absolument d&#233;cisif a ainsi &#233;t&#233; franchi : les &#171; aptitudes &#187;, si l'on veut reprendre ce terme, ne sont plus consid&#233;r&#233;es comme un donn&#233;, mais comme le produit d'une histoire, celle de la socialisation familiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui soul&#232;ve une nouvelle question, et ouvre un nouveau champ d'investigation : quels sont les facteurs qui contribuent &#224; la socialisation cognitive des jeunes g&#233;n&#233;rations au cours de l'histoire de leurs membres ? On ne saurait certes minorer l'impact du milieu familial. Mais celui-ci n'a pas l'exclusivit&#233; de la socialisation des jeunes. Et en mati&#232;re de socialisation cognitive, comment oublier ce qui est acquis (ou non) &#224; l'&#233;cole, &#224; partir de trois ans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra dire, bien s&#251;r, que ce qui est acquis &#224; l'&#233;cole d&#233;pend des ressources d'intellection form&#233;es dans le milieu familial. C'est bien la posture adopt&#233;e par une grande partie de la sociologie de l'&#233;ducation contemporaine, pour laquelle tout ce qui se passe &#224; l'&#233;cole &#224; un moment donn&#233; fait &#233;cho &#224; tel ou tel trait de la socialisation familiale, sans que soit jamais interrog&#233; l'impact de la socialisation scolaire ant&#233;rieure. Autrement dit : une majorit&#233; de chercheurs aujourd'hui participe du &#171; fatalisme du milieu &#187; qui impr&#232;gne massivement, parall&#232;lement, le monde &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fatalisme du milieu et m&#233;connaissance du r&#244;le des apprentissages &#233;l&#233;mentaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le passage du d&#233;terminisme biologique au d&#233;terminisme sociologique &#233;tait porteur d'une possibilit&#233; d'&#233;chapper au fatalisme en r&#233;introduisant de l'historicit&#233; dans la construction des capacit&#233;s intellectuelles individuelles. En un demi-si&#232;cle, il faut bien constater que cette possibilit&#233; n'a gu&#232;re &#233;t&#233; mise &#224; profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport &#224; l'enseignement primaire illustre bien cette emprise perp&#233;tu&#233;e du fatalisme scolaire. La tradition m&#233;ritocratique n'interroge jamais le poids de ce qui se joue dans les premi&#232;res ann&#233;es de scolarisation, l'enseignement primaire &#233;tant ainsi implicitement consid&#233;r&#233; comme une simple chambre d'enregistrement du donn&#233; des aptitudes. Des Compagnons de l'universit&#233; nouvelle au Plan Langevin-Wallon, en passant par le minist&#232;re de Jean Zay, l'attention se focalise exclusivement sur l'&#233;cole moyenne, charg&#233;e des missions d'observation et d'orientation ; et les classes exp&#233;rimentales de 1937 et de 1947 ne seront jamais des classes du primaire, mais toujours des d&#233;buts du secondaire. La substitution progressive du sociologisme au biologisme, &#224; partir des ann&#233;es 1970, ne va pas changer grand chose &#224; cet &#233;gard : d'hier &#224; aujourd'hui, le progressisme scolaire ne posera qu'exceptionnellement de fa&#231;on explicite le probl&#232;me de l'efficience de l'enseignement primaire. Au contraire, il n'aura souvent de cesse de tourner en d&#233;rision le souci de l'acquisition des &#171; fondamentaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nous savons aujourd'hui trois choses d&#233;cisives concernant l'efficience de la conduite des apprentissages &#233;l&#233;mentaires et leur impact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part les &#233;carts de performances intellectuelles entre enfants de cadres et enfants d'ouvriers sont tout simplement multipli&#233;s par deux entre l'entr&#233;e au CP et la sortie du CM2. Ce creusement des &#233;carts, dans lequel l'efficacit&#233; diff&#233;renci&#233;e des aides familiales joue un r&#244;le majeur, confirme combien les capacit&#233;s scolaires se construisent tout au long de l'histoire individuelle, et combien l'&#233;cole contribue activement &#224; la production des in&#233;galit&#233;s, en d&#233;l&#233;guant aux familles une part importante des apprentissages cognitifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf . Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait d'autre part que l'action de l'&#233;cole a une efficience tr&#232;s variable d'un ma&#238;tre &#224; l'autre, et d'une fa&#231;on de conduire les apprentissages &#224; l'autre. C'est l&#224; par exemple le r&#233;sultat le plus spectaculaire (et le moins comment&#233; !) de l'enqu&#234;te coordonn&#233;e par Roland Goigoux sur l'enseignement de la lecture au CP, moment &#244; combien crucial de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite. Les ma&#238;tres des 131 classes enqu&#234;t&#233;es ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s pour leur anciennet&#233; et leur confiance dans la qualit&#233; de leurs gestes professionnels. Or il s'av&#232;re que l'amplitude des &#233;carts entre les acquisitions r&#233;alis&#233;es au long de l'ann&#233;e de CP (les performances en fin d'ann&#233;e ayant &#233;t&#233; contr&#244;l&#233;es par les performances en d&#233;but d'ann&#233;e), qu'il s'agisse de capacit&#233;s de d&#233;chiffrage ou de compr&#233;hension, sont spectaculaires d'une classe &#224; l'autre ; tout particuli&#232;rement concernant les &#233;l&#232;ves des milieux populaires (ce qui n'est pas tr&#232;s &#233;tonnant puisque les autres apprennent beaucoup dans leur famille)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Goigoux (dir.), Lire et &#233;crire, rapport de recherche IF&#201;, Lyon, 2016.&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dispose enfin, gr&#226;ce aux enqu&#234;tes de suivi de cohortes scolaires men&#233;es par la DEPP-MEN, de donn&#233;es tr&#232;s fiables d&#233;montrant combien est d&#233;cisif, &#224; milieu sociofamilial comparable, le d&#233;roulement de la scolarit&#233; primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, selon l'enqu&#234;te de la DEPP-MEN concernant les &#233;l&#232;ves entr&#233;s en 6&#232;me en 1995, et suivis jusque dans l'enseignement sup&#233;rieur, on constate que, dans chaque milieu social, la qualit&#233; des &#233;tudes au coll&#232;ge est &#233;troitement d&#233;pendante des performances en fran&#231;ais et en maths &#224; la sortie du primaire (tableau 1).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH186/capture_d_e_cran_2021-12-19_a_19.04.52-94f2b.png?1790689110' width='500' height='186' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet impact des apprentissages &#233;l&#233;mentaires sur la suite du cursus se fait sentir jusqu'&#224; la fin du cursus universitaire. Dans chaque milieu social, l&#224; aussi, la relation est av&#233;r&#233;e entre les performances &#224; la sortie du primaire et les chances de d&#233;crocher une licence (bac+3) (tableau 2). Mieux : on observe que si les enfants d'ouvriers sont beaucoup moins nombreux que les enfants de cadres &#224; sortir du primaire dans le quart des meilleurs, lorsque c'est le cas leur parcours ult&#233;rieur s'approche fortement de celui de leurs homologues issus de parents cadres (tableaux 1 et 2). Si l'on pr&#233;f&#232;re : plus le rendement p&#233;dagogique du primaire est faible, plus les &#233;carts sociaux sont sensibles (voir notamment tableau 2). Par contre une primaire r&#233;ussie par tous r&#233;duirait tr&#232;s significativement l'impact de l'origine sociale sur le parcours scolaire (il suffirait pour cela que les pratiques d'enseignement aujourd'hui les plus efficaces soient adopt&#233;es dans toutes les classes).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH193/capture_d_e_cran_2021-12-19_a_18.35.47-ebf72.png?1790689110' width='500' height='193' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La premi&#232;re &#233;chapp&#233;e de la matrice m&#233;ritocratique
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au long du demi-si&#232;cle &#233;coul&#233; depuis les &#233;branlements des ann&#233;es 1960, le &#171; fatalisme du milieu &#187; va peser sur le monde &#233;ducatif, sur celui de la recherche, comme sur les &#233;laborations du progressisme scolaire. Celui-ci restera enferm&#233; dans les limites de la matrice m&#233;ritocratique associant le dispositif des fili&#232;res du secondaire, les proc&#233;dures de s&#233;lection/orientation par les notes, et l'ignorance de l'enseignement primaire. Deux projets de d&#233;mocratisation scolaire &#233;mergent toutefois dans cette p&#233;riode et font exception. Fait marquant, con&#231;us de fa&#231;on totalement ind&#233;pendante &#224; plus de trois d&#233;cennies de distance, l'un et l'autre conjuguent l'objectif d'un lyc&#233;e unique, la disparition donc des fili&#232;res, et l'attention port&#233;e en amont aux gains d'efficacit&#233; p&#233;dagogique potentiels de l'enseignement primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier d'entre eux, le projet d'&#171; &#233;cole progressive &#187;, est &#233;labor&#233; au sein du SNES (Syndicat national de l'enseignement secondaire), et sera port&#233; par le syndicat dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1970, puis abandonn&#233; dans la d&#233;cennie suivante. Le contexte de son adoption est marqu&#233; par la n&#233;cessit&#233; pour le SNES de s'opposer au projet d'&#233;cole &#171; fondamentale &#187; promu en 1973 par le SNI (Syndicat national des instituteurs, alors majoritaire au sein de la F&#233;d&#233;ration de l'&#233;ducation nationale-FEN), qui maintient l'obligation scolaire &#224; 16 ans et propose une continuit&#233; primaire/coll&#232;ge (ce qui impliquerait l'int&#233;gration des enseignants du coll&#232;ge dans le champ de syndicalisation du SNI). Les ann&#233;es 1970 sont aussi celles d'une progression rapide des effectifs scolaris&#233;s &#224; tous les niveaux du secondaire, qui passe ainsi du statut d'enseignement r&#233;serv&#233; &#224; l'&#233;lite &#224; celui d'enseignement de masse, dont les modalit&#233;s apparaissent largement &#224; repenser. Enfin cette d&#233;cennie est celle de la mont&#233;e en puissance de la gauche du programme commun, et de la pr&#233;paration de r&#233;formes de fond en vue de son accession au gouvernement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se reportera, pour une analyse plus d&#233;taill&#233;e de cet &#233;pisode, &#224; l'&#233;tude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'&#233;cole progressive se r&#233;f&#232;re au Plan Langevin-Wallon : mais il en subvertit largement la logique. L'objectif n'est plus de conduire chacun au maximum de ses aptitudes, mais au &#171; niveau le plus &#233;lev&#233; dans l'acquisition des connaissances &#187;, en formant &#171; l'intelligence et le sens critique &#187;. Le terme d'&#171; aptitudes &#187; a d'ailleurs purement et simplement disparu du vocabulaire employ&#233;. Les difficult&#233;s scolaires ne tiennent plus ici &#224; des &#171; diff&#233;rences individuelles inn&#233;es &#187;, mais &#224; &#171; la situation sociale des int&#233;ress&#233;s &#187;. Et l'impact de l'origine sociale peut et doit &#234;tre combattu, sans en rabattre &#224; aucun moment sur les exigences intellectuelles, en sorte que tous re&#231;oivent &#171; une formation de m&#234;me qualit&#233; &#187;. Porter l'obligation scolaire &#224; dix-huit ans s'impose &#224; cette fin, donnant du temps pour r&#233;ins&#233;rer les jeunes en difficult&#233;, permettant d'&#233;viter les p&#233;dagogies &#171; h&#226;tives et autoritaires &#187;, assurant &#224; tous un niveau d'&#233;ducation suffisant pour former &#171; l'homme, le travailleur, le citoyen &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re condition pour parvenir &#224; ces objectifs est l'unification du lyc&#233;e. L&#224; o&#249; le Plan Langevin-Wallon laissait subsister trois sections nettement autonomes, le projet d'&#233;cole progressive appara&#238;t tout entier tendu vers l'effacement de leurs diff&#233;rences. Le lyc&#233;e comporterait une seconde commune d'orientation, les trois voies (enseignement g&#233;n&#233;ral, technologique, professionnel) propos&#233;es en premi&#232;re et terminale &#233;tant &#171; progressivement sp&#233;cialis&#233;es, mais de nombreuses passerelles seraient &#233;tablies afin que les orientations ne soient pas irr&#233;versibles &#187;. M&#234;me la terminale ne serait pas compl&#232;tement optionnelle du fait d'un fonds commun d'enseignements disciplinaires obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le lyc&#233;e lui-m&#234;me ne peut &#234;tre unifi&#233;, seconde condition, sans un r&#233;am&#233;nagement d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif en partant de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, qui le rende plus efficient et permette d'instaurer un tronc commun jusqu'&#224; la seconde incluse ; la marche vers l'unification de deux derniers niveaux de classe proc&#233;dant par un d&#233;cloisonnement progressif des trois lyc&#233;es (g&#233;n&#233;ral, technique, et d'enseignement professionnel).&lt;br class='autobr' /&gt;
En mati&#232;re d'enseignements, le projet ne met pas au centre l'enfant, mais les apprentissages : &#171; l'&#233;cole progressive n'est pas centr&#233;e sur l'enfant ou l'adolescent (&#8230;) mais sur la vie et le travail du jeune en relation pour cela avec des adultes &#187;. Il insiste par ailleurs sur la n&#233;cessit&#233; d'en finir avec la hi&#233;rarchie des disciplines. La manifestation la plus spectaculaire, eu &#233;gard &#224; la tradition &#233;litiste de l'enseignement secondaire fran&#231;ais, de ce souci d'&#233;gale consid&#233;ration envers les disciplines est certainement la proposition d'introduire un enseignement technologique d&#232;s l'enseignement &#233;l&#233;mentaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re p&#233;dagogique, conform&#233;ment au refus proclam&#233; de tout d&#233;nivel&#233; d'exigence au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires, les pr&#233;occupations p&#233;dagogiques du projet du SNES portent essentiellement sur la fa&#231;on d'aider ces derniers &#224; surmonter leurs difficult&#233;s intellectuelles. Le r&#233;examen des fonctionnements de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire doit y contribuer ; pour le reste, il s'agit de mobiliser une batterie de moyens propres &#224; r&#233;cup&#233;rer et r&#233;ins&#233;rer dans le flux commun les plus vuln&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce projet d'&#233;cole progressive, deux possibilit&#233;s s'offraient au SNES. Soit consid&#233;rer que l'essentiel &#233;tait de parvenir &#224; assurer &#224; tous les jeunes &#224; 18 ans un bagage de culture commune, et donc interroger plus avant la nature de la transformation &#171; en profondeur &#187; dont l'&#233;cole fran&#231;aise avait besoin afin de mettre tous ses publics en mesure de s'approprier effectivement un tel bagage. Soit renoncer &#224; tout objectif d'unification des cursus secondaires, s'en tenir au dispositif existant des fili&#232;res et des s&#233;ries, r&#233;clamer &#224; leur endroit une &#233;gale consid&#233;ration, en leur assignant pour objectif de mener tous leurs &#233;l&#232;ves &#224; l'obtention d'un dipl&#244;me qualifiant. La seconde option a pr&#233;valu jusqu'&#224; aujourd'hui, et bien des &#233;l&#233;ments dans la conjoncture des ann&#233;es 1980 peuvent &#233;clairer une telle issue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet l'&#233;tude cit&#233;e publi&#233;e sur ce site,&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le projet d'&#171; &#233;cole commune &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'&#233;cole commune, autour duquel s'est constitu&#233; le GRDS, commence &#224; &#234;tre &#233;labor&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000, et fera l'objet d'un ouvrage collectif publi&#233; en 2012&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sa conception s'est &#233;labor&#233;e hors de toute r&#233;f&#233;rence au projet d'&#233;cole progressive du SNES : non seulement cependant il en partage les objectifs et nombre de propositions, mais d'une certaine fa&#231;on on peut dire qu'il va jusqu'au bout de sa logique en s'effor&#231;ant d'approfondir l'analyse des conditions de sa mise en oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus radical de toute naturalisation des capacit&#233;s intellectuelles individuelles est au principe de ce projet, et peut s'appuyer aujourd'hui sur des connaissances plus assur&#233;es, qu'elles soient issues de recherches d'ordre biologique ou d'ordre anthropologique, qui convergent significativement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; partir de travaux s'appuyant sur l'imagerie c&#233;r&#233;brale, Stanislas Dehaene (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous les enfants, sauf handicap lourd, sont en mesure de s'approprier un bagage de culture commune au long d'une scolarit&#233; commune de 2 &#224; 18 ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce site Le projet d'&#233;cole commune du GRDS, 2012, .&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e dans le langage est constitutive chez tous les &#234;tres parlants de capacit&#233;s d'abstraction, de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie et de raisonnement logique. Cette disposition de ressources d'intelligence &#233;galement donn&#233;e &#224; tous ne supprime pas les in&#233;galit&#233;s &#224; l'&#226;ge de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite (au CP), les enfants ayant fait au pr&#233;alable, notamment dans leur milieu familial, un usage tr&#232;s diff&#233;rent de ces ressources. La question reste donc enti&#232;re de savoir comment l'institution scolaire peut se mettre en mesure de compenser les diff&#233;rences, au lieu de contribuer &#224; les creuser. Le probl&#232;me se pose toutefois tr&#232;s diff&#233;remment selon qu'il s'agit de d&#233;plorer un handicap socioculturel et de proposer des moyens et des objectifs d'apprentissage suppos&#233;s adapt&#233;s au manque, ou de trouver les fa&#231;ons efficaces de mobiliser les ressources existantes. Plut&#244;t que de chercher l'impossible contournement de la difficult&#233; intellectuelle, il convient de partir de la conviction que la difficult&#233; intellectuelle ne se contourne pas mais qu'elle s'affronte, et que tous les &#233;l&#232;ves disposent pour cela des ressources d'intelligence n&#233;cessaires, &#224; condition qu'on leur permette de les mettre en oeuvre. &#192; l'&#233;gard de tous ses publics l'&#233;cole commune doit faire preuve d'une forte exigence intellectuelle : c'est particuli&#232;rement le cas vis &#224; vis des publics populaires pour lesquels, en lieu et place de l'ordinaire compassion, cette exigence est la seule attitude susceptible de leur apporter ce que les h&#233;ritiers puisent dans leur environnement familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles seraient donc les traits essentiels d'une institution scolaire d&#233;termin&#233;e &#224; mettre en oeuvre une telle posture p&#233;dagogique &#224; vis&#233;e &#233;galitaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier imp&#233;ratif : que les enseignants investissent sa logique, de fa&#231;on active et massive. Ce qui suppose une mutation significative des dominantes de leur culture professionnelle. L'&#233;cole unique a charg&#233; les professeurs d'une mission d'&#233;valuation, d'identification des meilleurs et d'orientation des plus vuln&#233;rables, qui p&#232;se lourdement, une diversit&#233; d'enqu&#234;tes de terrain l'ont montr&#233;, sur les attentes &#224; l'&#233;gard des &#233;l&#232;ves et sur les gestes du m&#233;tier. La seule fa&#231;on de les restituer pleinement &#224; leur mission d'enseignement, l'indispensable &#233;valuation des apprentissages &#233;tant r&#233;duite &#224; sa dimension p&#233;dagogique, &#224; l'exclusion de tout usage mettant les &#233;l&#232;ves en concurrence par la notation et le classement, c'est de rendre notes et classements inutiles parce qu'on n'a plus besoin d'orienter les &#233;l&#232;ves, du fait de la suppression des classes de niveau, sections sp&#233;cialis&#233;es et fili&#232;res hi&#233;rarchis&#233;es. C'est sans doute un aspect original et tr&#232;s important du projet d'&#233;cole commune que de mettre ainsi en avant le lien incontournable entre la n&#233;cessaire mutation de la culture enseignante et l'instauration d'un tronc commun jusqu'&#224; 18 ans, lyc&#233;e unique compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une majorit&#233; d'enseignants s'attendent aujourd'hui &#224; ce que, malgr&#233; leurs efforts p&#233;dagogiques, et &#171; fatalisme du milieu &#187; aidant, une partie de leurs &#233;l&#232;ves soient en &#233;chec en fin d'ann&#233;e. Estimant ne pas &#234;tre en mesure de leur consacrer davantage de temps et d'effort, ils se r&#233;solvent, comme les instituteurs parisiens du d&#233;but du si&#232;cle dernier, &#224; laisser &#171; de c&#244;t&#233; ceux qui peinent dans leurs apprentissages &#187;. Autrement dit ils finissent de guerre lasse &#224; traiter la difficult&#233; intellectuelle par les recours d'ordre administratif que leur offre l'institution : la mauvaise note, le redoublement, l'affectation &#224; des classes de faible niveau, puis pr&#233;professionnelles, puis l'orientation vers les voies courtes d&#233;valoris&#233;es, recours dont l'exp&#233;rience a montr&#233; &#224; l'envi qu'ils ne faisaient qu'aggraver le probl&#232;me pos&#233; ; alors que, dans une institution qui vise &#224; former et non &#224; trier, le seul rem&#232;de &#224; la difficult&#233; intellectuelle ne peut &#234;tre que d'ordre... intellectuel. Ce qui souligne l&#224; encore l'importance d&#233;cisive du tronc commun et de l'&#233;radication des fili&#232;res dans le projet d'&#233;cole commune. Donnant aux ma&#238;tres la seule mission de conduire tous leurs &#233;l&#232;ves juqu'&#224; un bac de culture commune, excluant toute possibilit&#233; d'exclusion du tronc commun, ce dispositif les invite &#224; consid&#233;rer la r&#233;ussite de tous leurs &#233;l&#232;ves comme normale, &#224; la fois d&#233;sirable et in&#233;luctable ; et &#224; s'investir aux c&#244;t&#233;s de ceux &#171; qui peinent dans leurs apprentissages &#187; autant qu'&#224; choyer les meilleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'&#233;cole commune retrouve ainsi une pr&#233;occupation du Plan Langevin-Wallon, qui refusait la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves par la notation et les examens ; tout en rompant radicalement pour sa part, par la suppression des fili&#232;res, avec toute logique m&#233;ritocratique. &#192; l'instar du projet d'&#233;cole progressive du SNES, il pr&#244;ne un r&#233;examen d'ensemble des contenus d'enseignement, incluant notamment l'introduction d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire d'un enseignement scientifique et technologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, sur ces propositions de contenus d'enseignement du projet d'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme le projet d'&#233;cole progressive, celui du GRDS insiste sur le caract&#232;re d&#233;cisif d'un r&#233;examen en profondeur de l'enseignement primaire, celui qui transmet les &#171; fondamentaux &#187;, tant il est vrai qu'on ne construit pas sur du sable. Une suggestion forte du GRDS &#224; cet &#233;gard concerne la formation des enseignants de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, l'abandon de leur polyvalence, leur recrutement au sortir des fili&#232;res universitaires assurant une solide formation math&#233;matique d'un c&#244;t&#233;, litt&#233;raire de l'autre, et une s&#233;rieuse pr&#233;paration didactique &#224; une conduite d'apprentissages beaucoup plus complexes qu'on ne le laisse souvent entendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, La Formation des enseignants de l'&#233;cole commune, 2012,&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les temps sont-ils &#224; la radicalit&#233; incontournable de projets porteurs d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation scolaire, alors que le monde enseignant et ses organisations syndicales et professionnelles peinent &#224; s'opposer &#224; des r&#233;formes qui d&#233;gradent les conditions de travail, accentuent la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, menacent le service public ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut penser, &#224; l'encontre du pessimisme ambiant, que les luttes ont besoin d'un horizon de conqu&#234;te, alors que, faute d'une id&#233;e forte, elles s'&#233;puisent dans une r&#233;sistance pied &#224; pied mais trop souvent impuissante. De ce point de vue, comment ne pas voir que tout ce qui va dans le sens de la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole et de la r&#233;ussite de tous les publics va aussi dans le sens des aspirations de l'immense majorit&#233; des enseignants &#224; un bonheur professionnel in&#233;dit, et rec&#232;le ainsi un potentiel d'attractivit&#233; consid&#233;rable ? Il est notable &#224; cet &#233;gard que d'ores et d&#233;j&#224; bien des enseignants s'investissent, sans attendre des jours meilleurs, dans la recherche de p&#233;dagogies exigeantes et fructueuses pour les &#233;l&#232;ves d'origine populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment en ce sens l'ouvrage collectif P&#233;dagogies de l'exigence, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour &#224; un stade ant&#233;rieur de l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique, &#224; l'&#233;poque d'avant l'actuelle entreprise de destruction n&#233;o-lib&#233;rale, alors que l'&#233;cole &#233;tait d&#233;j&#224; affect&#233;e par de fortes in&#233;galit&#233;s sociales et un taux d'&#233;chec &#233;lev&#233;, n'appara&#238;t gu&#232;re d&#233;sirable. En m&#234;me temps les r&#233;formes actuelles invitent &#224; de nouvelles &#233;laborations. La quasi liquidation de l'enseignement professionnel, au d&#233;triment de ce qu'il tentait de transmettre de culture g&#233;n&#233;rale, et au profit d'une promotion de l'apprentissage qui ne b&#233;n&#233;ficie en r&#233;alit&#233; qu'aux dipl&#244;m&#233;s de l'enseignement sup&#233;rieur, la liquidation des fili&#232;res d'enseignement g&#233;n&#233;ral et du bac lui-m&#234;me, la suppression du libre droit d'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur : que reste-t-il &#224; d&#233;fendre dans ce champ de ruines, si ce n'est la perspective d'une &#233;cole profond&#233;ment et d&#233;mocratiquement renouvel&#233;e ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;Les enjeux cach&#233;s de &#171; l'interdisciplinarit&#233; &#187; au coll&#232;ge&lt;/i&gt;, 2015, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie ici &#224; l'excellent travail, inform&#233; et rigoureux, de Jean-Michel Chapoulie, &lt;i&gt;L'&#201;cole d'&#201;tat conquiert la France. Deux si&#232;cles de politique scolaire&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Compagnons, &lt;i&gt;L'universit&#233; nouvelle&lt;/i&gt;, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gratuit&#233; qui devait leur permettre de faire face aux d&#233;ficits de candidatures r&#233;sultant de la forte mortalit&#233; des jeunes hommes, futurs g&#233;niteurs potentiels, pendant les ann&#233;es de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon le d&#233;pouillement des proc&#232;s-verbaux des r&#233;unions de la Commission auquel a proc&#233;d&#233; Jean-Michel Chapoulie, &lt;i&gt;L'&#201;cole d'&#201;tat conquiert la France. Deux si&#232;cles de politique scolaire&lt;/i&gt;, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucie Tanguy (dir.), &lt;i&gt;L'introuvable relation formation-emploi&lt;/i&gt;, La Documentation fran&#231;aise, Paris, 1988 : ouvrage &#233;crit alors m&#234;me que les besoins du march&#233; du travail sont bien mieux connus en 1988 qu'en 1947.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#201;ducation nationale&lt;/i&gt;, n&#176;5, janvier 1946, art. cit&#233; par J-M Chapoulie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roger Gal, &#171; &#201;ducation et d&#233;mocratie &#187;, &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, n&#176; 215, 1954, cit&#233; par J-M Chapoulie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait remonter plus loin et &#233;voquer le projet d'&#233;cole commune de Peletier de Saint Fargeau en 1792. Je m'en tiens ici aux d&#233;buts, dans les ann&#233;es 1880, de la mise en cause de la s&#233;paration entre deux r&#233;seaux de scolarisation relevant l'un et l'autre de l'&#201;cole d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael J. Sandel, &lt;i&gt;La Tyrannie du m&#233;rite&lt;/i&gt;, Albin Michel, Paris, 2021, p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;62% des enfants d'ouvriers non qualifi&#233;s obtiennent aujourd'hui un bac... mais il ne s'agit d'un bac S que pour 9% d'entre eux (contre 43 % pour les enfants de cadres), d'un bac d'enseignement g&#233;n&#233;ral pour 19% (contre 72% pour les enfants de cadres). Or on sait qu'obtiendront un dipl&#244;me Bac +5 : un bachelier g&#233;n&#233;ral sur deux ; un bachelier technologique sur dix ; trois bacheliers professionnels sur cent. Cf. &lt;i&gt;Note d'information du SEIS&lt;/i&gt;, n&#176; 18.06, 2018. Et dans l'enseignement sup&#233;rieur, la protection bourgeoise des meilleurs parcours, ceux des classes pr&#233;pas et des plus grandes &#233;coles qui d&#233;bouchent sur des positions de pouvoir, a &#233;t&#233; assur&#233;e avec constance et succ&#232;s, voir Paul Pasquali, &lt;i&gt;H&#233;ritocratie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Haby, pr&#233;sentant la loi unifiant le coll&#232;ge, le souligne : &#171; Faire en sorte que toutes les cat&#233;gories sociales aient acc&#232;s, dans des conditions de chances &#233;gales, &#224; ces formations est devenu ainsi un objectif essentiel du syst&#232;me &#233;ducatif &#187; (soulign&#233; par l'auteur).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Paul Pasquali, &lt;i&gt;H&#233;ritocratie. Les &#233;lites, les grandes &#233;coles et les m&#233;saventures du m&#233;rite (1870-2020)&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233;e par J-M Chapoulie, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons-nous &#224; ce sujet la remarque de Roger Gal cit&#233;e ci-dessus : &#171; La nature de la plupart des individus les pr&#233;dispose &#224; des activit&#233;s pratiques et professionnelles bien plus qu'&#224; des activit&#233;s th&#233;oriques et intellectuelles abstraites &#187; ; ou encore la r&#233;f&#233;rence du Plan lui-m&#234;me &#224; l'existence d'une &#171; intelligence pratique &#187; qui destinerait &#224; et se manifesterait dans l'exercice des professions manuelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Krop, &lt;i&gt;La m&#233;ritocratie r&#233;publicaine : &#233;litisme et scolarisation de masse sous la III&#232;me R&#233;publique&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le caract&#232;re inn&#233; des aptitudes est &#233;videmment essentiel. Dire qu'&#224; tel moment telle personne est en mesure de, est en capacit&#233; de, ou est &#171; apte &#187; &#224; faire ceci ou cela, est une chose . Ce qui fonde tout l'&#233;difice m&#233;ritocratique en est une autre, c'est l'id&#233;e que par nature (ind&#233;passable) les individus sont aptes ou non &#224; suivre des &#233;tudes th&#233;oriques, peuvent ou non acc&#233;der &#224; la pens&#233;e abstraite, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Girard etAlfred Sauvy , &lt;i&gt;L'enseignement pour tous&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, &lt;i&gt;Dou&#233;, non dou&#233;&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, Paris, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, &lt;i&gt;Les H&#233;ritiers&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Minuit, Paris, 1964&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La th&#232;se du handicap socioculturel s'appuie sur la notion de &#171; transmission familiale du capital culturel &#187;... mais omet soigneusement ce qui la compl&#232;te chez Bourdieu, et permet de la mobiliser dans une approche non d&#233;terministe des processus de scolarisation, &#224; savoir l'id&#233;e d'une &#171; complicit&#233; &#187; objective de l'&#233;cole et des classes instruites, la conduite des apprentissages dans l'institution scolaire n'enseignant pas tout ce qu'exige leur r&#233;ussite, et d&#233;l&#233;guant ainsi aux familles le soin de le faire (ce que seules les familles instruites sont en mesure de r&#233;aliser).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf . Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#187;, &lt;i&gt;France, portrait social&lt;/i&gt;, Ins&#233;e, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Goigoux (dir.), &lt;i&gt;Lire et &#233;crire&lt;/i&gt;, rapport de recherche IF&#201;, Lyon, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se reportera, pour une analyse plus d&#233;taill&#233;e de cet &#233;pisode, &#224; l'&#233;tude publi&#233;e sur le site du GRDS, &lt;i&gt;Les trois voies du lyc&#233;e : rep&#232;res socio-historiques&lt;/i&gt;, 2017, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263#nh7&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263#nh7&lt;/a&gt;. La plupart des citations donn&#233;es ci-dessous sont emprunt&#233;es au texte du projet d'&#233;cole progressive pr&#233;sent&#233; dans l'&lt;i&gt;US&lt;/i&gt; (publication du SNES) du 22 octobre 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet l'&#233;tude cit&#233;e publi&#233;e sur ce site, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; partir de travaux s'appuyant sur l'imagerie c&#233;r&#233;brale, Stanislas Dehaene montre que tous les enfants sont de &#171; formidables petites machines &#224; apprendre &#187;, cf. &lt;i&gt;Les Neurones de la lecture&lt;/i&gt;, Odile Jacob, Paris, 2012. C&#244;t&#233; anthropologie, voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce site Le projet d'&#233;cole commune du GRDS, 2012, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, sur ces propositions de contenus d'enseignement du projet d'&#233;cole commune : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;La Formation des enseignants de l'&#233;cole commune&lt;/i&gt;, 2012, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment en ce sens l'ouvrage collectif &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Tous &#224; l'&#233;cole &#224; 18 ans !</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article333</link>
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		<dc:date>2021-10-16T09:03:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



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&lt;p&gt;[La France a rendu l'&#233;cole obligatoire jusqu'&#224; 16 ans pour les nouveaux entrants de 1959. Depuis, ce seuil n'a pas chang&#233;. Certaines organisations syndicales et politiques appellent &#224; reprendre la marche en avant des scolarit&#233;s. Un tel projet implique n&#233;anmoins une vaste r&#233;forme de l'enseignement pour r&#233;aliser toutes ses promesses d'&#233;mancipation. Le Monde Diplomatique a publi&#233; dans son num&#233;ro de septembre une version proche du texte qu'on lira ici.] &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1947, le plan Langevin-Wallon (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;La France a rendu l'&#233;cole obligatoire jusqu'&#224; 16 ans pour les nouveaux entrants de 1959. Depuis, ce seuil n'a pas chang&#233;. Certaines organisations syndicales et politiques appellent &#224; reprendre la marche en avant des scolarit&#233;s. Un tel projet implique n&#233;anmoins une vaste r&#233;forme de l'enseignement pour r&#233;aliser toutes ses promesses d'&#233;mancipation. &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt; a publi&#233; dans son num&#233;ro de septembre une version proche du texte qu'on lira ici.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1947, le plan Langevin-Wallon proposait de rendre l'&#233;cole obligatoire jusqu'&#224; 18 ans. La mesure resta lettre morte, comme le reste de ce grand programme de r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais qu'avait &#233;labor&#233; la commission minist&#233;rielle pr&#233;sid&#233;e par le physicien Paul Langevin puis, apr&#232;s sa mort, le psychologue Henri Wallon (tous deux membres du parti communiste fran&#231;ais). Soixante-quinze ans plus tard, le temps n'est-il pas venu d'ent&#233;riner ce report de l'obligation scolaire ? Ambitieux en 1947, celui-ci semble aujourd'hui &#224; port&#233;e de main. Neuf jeunes sur dix poursuivent d&#233;j&#224; leurs &#233;tudes jusqu'&#224; leur majorit&#233; au moins. Et les besoins toujours plus marqu&#233;s en comp&#233;tences scientifiques et techniques plaident en ce sens. L'aspiration aux &#233;tudes longues n'a jamais &#233;t&#233; aussi g&#233;n&#233;rale. Interrog&#233;s au moment de l'entr&#233;e en sixi&#232;me de leurs enfants, les parents esp&#232;rent dans 8 &#224; 9 cas sur 10 voir leur prog&#233;niture sur les bancs de l'&#233;cole jusqu'&#224; 20 ans au moins quel que soit les milieux d'origine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristan Poullaouec, &#171; Regrets d'&#233;cole. Le report des aspirations scolaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant la majorit&#233; des organisations politiques et syndicales se refusent &#224; un tel report&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;cente mesure gouvernementale concernant l'obligation de formation de 16 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule la gauche de transformation (Parti communiste fran&#231;ais, La France insoumise, Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail, F&#233;d&#233;ration syndicale unitaire, Sud) affiche clairement cet objectif, sans n&#233;cessairement pr&#233;ciser la fa&#231;on de l'atteindre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La question sera abord&#233;e dans un colloque co-organis&#233; par le SNES-FSU, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fix&#233;e &#224; 13 ans par les lois Ferry des ann&#233;es 1880, l'obligation scolaire est prolong&#233;e d'une ann&#233;e en 1936, par le Front populaire. En 1959, un d&#233;cret du ministre Berthoin la porte de 14 &#224; 16 ans, dans le cadre du tournant imprim&#233; par le r&#233;gime gaulliste &#224; la politique scolaire : il s'agit alors de favoriser la poursuite de l'expansion &#233;conomique, gr&#226;ce &#224; l'am&#233;lioration de la formation initiale des jeunes g&#233;n&#233;rations. Tournant d'importance historique, puisqu'il aboutit &#224; unifier les deux r&#233;seaux de scolarisation coexistant sous la Troisi&#232;me R&#233;publique, primaire pour les classes populaires et secondaire pour les milieux ais&#233;s. Au milieu des ann&#233;es 1970 l'entr&#233;e dans le secondaire est acquise pour la plupart des &#233;l&#232;ves, et l'allongement des scolarit&#233;s se poursuivra jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'opposition au report de l'obligation scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contribuant aux actions de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme, une partie du patronat s'av&#232;re soucieuse d'une meilleure alphab&#233;tisation des jeunes, mais ne tient visiblement pas &#224; peupler davantage les &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me scolaire. C'est que &#171; tout le monde ne fera pas partie de la nouvelle &#233;conomie (...) Les petits boulots ont encore de l'avenir &#187; soulignent en 2001 les ministres de l'&#233;ducation de l'OCDE. Selon l'expertise de cette organisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;OCDE, &#171; What future for our schools&#8221;, Education Policy Analysis, Paris, 2001 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et celle de l'Union europ&#233;enne (Sommet de Lisbonne), horizon des ministres fran&#231;ais successifs, l'&#233;cole doit &#224; la fois resserrer ses enseignements autour de l'utilit&#233; professionnelle, am&#233;liorer la formation des &#233;lites et, pour les autres, viser la formation de comp&#233;tences &#233;l&#233;mentaires les rendant employables. Conserver un volant de scolarit&#233;s courtes, c'est pr&#233;server une arm&#233;e de r&#233;serve &#233;loign&#233;e de la vie politique, qui tire les salaires vers le bas et alimente la tendance &#224; la d&#233;qualification des postes de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des partis et syndicats de centre-gauche p&#232;se l'h&#233;ritage de la F&#233;d&#233;ration de l'&#201;ducation nationale (FEN)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La F&#233;d&#233;ration de l'&#201;ducation nationale, domin&#233;e par le Parti socialiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Celle-ci a toujours r&#233;cus&#233; le report &#224; 18 ans de la scolarit&#233; obligatoire, privil&#233;giant sous le nom d'&#171; &#233;cole fondamentale &#187; un continuum &#233;cole-coll&#232;ge jusqu'&#224; 16 ans. Estimant qu'une partie des jeunes ne sont pas en mesure de prolonger leurs &#233;tudes au-del&#224; de cette limite, et que de toutes fa&#231;ons il faut bien pourvoir les emplois peu qualifi&#233;s, ces organisations se sont ralli&#233;es aux politiques du &#171; socle commun de connaissances &#187;. Celles-ci d&#233;finissent le bagage minimum que doivent avoir acquis tous les &#233;l&#232;ves en fin de coll&#232;ge, et s'adressent donc essentiellement &#224; ceux qui ne poursuivront pas leurs &#233;tudes jusqu'au bac. La droite en inscrit le principe dans la loi Fillon de 2005 ; il sera repris en 2012, sous le quinquennat de Fran&#231;ois Hollande, par le ministre Vincent Peillon qui insiste cependant sur la possibilit&#233; de poursuivre ses &#233;tudes apr&#232;s l'obtention du socle commun. Les diff&#233;rences entre les deux socles resteront toutefois assez modestes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De quelques critiques des effets de la prolongation des scolarit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon un argument souvent oppos&#233; (par des gens eux-m&#234;mes tr&#232;s instruits) &#224; tout allongement des scolarit&#233;s, une telle perspective alimenterait la course aux dipl&#244;mes, leur multiplication, et au bout du compte leur d&#233;valorisation, des dipl&#244;m&#233;s en venant &#224; occuper des emplois peu qualifi&#233;s. Que dire de cette objection ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ph&#233;nom&#232;nes de concurrence entre demandeurs d'emploi sur le march&#233; du travail sont &#233;videmment peu contestables... et les entreprises en profitent pour &#233;viter de reconna&#238;tre la qualification r&#233;elle des emplois. Les emplois r&#233;put&#233;s peu qualifi&#233;s occup&#233;s par des dipl&#244;m&#233;s le sont parfois vraiment, mais ne sont-ils pas en r&#233;alit&#233; le plus souvent beaucoup plus exigeants que le patronat ne veut bien l'admettre ? En particulier lorsque celui-ci intensifie au maximum la pression au rendement sur les salari&#233;s qui les occupent, et qui ne peuvent satisfaire aux r&#233;quisits manag&#233;riaux qu'en mobilisant au mieux les comp&#233;tences form&#233;es par l'&#233;cole et reconnues par leur dipl&#244;me ? Le fait m&#234;me que les entreprises privil&#233;gient toujours le recrutement des salari&#233;s les mieux scolaris&#233;s en t&#233;moignent : elles reconnaissent ce faisant qu'elles ont besoin de comp&#233;tences fortes, et que l'&#233;cole joue un r&#244;le crucial dans leur formation. Si ce n'&#233;tait pas le cas elles recruteraient pour ces postes r&#233;put&#233;s peu qualifi&#233;s... des salari&#233;s peu dipl&#244;m&#233;s, qui leur reviendraient toujours moins cher que ceux qu'elles embauchent effectivement. Plut&#244;t que de s'obnubiler sur la concurrence pour l'emploi et &#171; l'inflation-d&#233;valorisation des dipl&#244;mes &#187;, il serait donc bien plus pertinent d'interroger, au-del&#224; des m&#233;canismes du march&#233; du travail, la relation entre les capacit&#233;s form&#233;es par l'&#233;cole et leur usage dans le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre question. La dur&#233;e croissante des &#233;tudes se ferait-elle n&#233;cessairement au b&#233;n&#233;fice d'une meilleure formation des jeunes g&#233;n&#233;rations ? Voil&#224; qui n'a rien d'&#233;vident. Depuis trois d&#233;cennies en effet, on enregistre une d&#233;gradation continue des apprentissages scolaires. Le temps n'est plus o&#249; l'on pouvait, avec les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet, opposer &#224; juste titre, aux discours alarm&#233;s sur le niveau qui baisse, les performances des jeunes g&#233;n&#233;rations sup&#233;rieures &#224; celles de leurs a&#238;n&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Baudelot et Roger Establet, Le Niveau monte, Le Seuil, 1989.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon le service statistique du minist&#232;re, &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me, la plupart des &#233;l&#232;ves de 2017 obtenaient en calcul des r&#233;sultats inf&#233;rieurs au score moyen des &#233;l&#232;ves de 1987. En fran&#231;ais, la perte d'orthographe grammaticale est consid&#233;rable, marquant une d&#233;gradation sensible du rapport &#224; la langue &#233;crite, et s'accompagnant d'un affaiblissement net des performances en lecture et en compr&#233;hension. Et dans les deux cas, m&#234;me si elle est plus marqu&#233;e pour les milieux populaires, la baisse concerne tous les &#233;l&#232;ves. Le ph&#233;nom&#232;ne est compl&#233;tement masqu&#233; par la multiplication des dipl&#244;mes et des mentions obtenues : il n'en est pas moins tout &#224; fait saisissant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire, GRDS, 2020.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enjeu et contraintes du report de l'obligation scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; condition donc que l'allongement des &#233;tudes stoppe cette h&#233;morragie au lieu de l'accentuer encore, et am&#233;liore r&#233;ellement la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations, reporter la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans s'av&#232;re aussi n&#233;cessaire que souhaitable. La mesure d&#233;coule naturellement de la production acc&#233;l&#233;r&#233;e de connaissances scientifiques. Elle s'impose m&#234;me &#224; l'heure o&#249; la survie de l'humanit&#233; exige une modification profonde de nos fa&#231;ons de produire et de consommer. La prolongation de l'obligation scolaire aurait en outre l'avantage de saper les fondements du pouvoir des experts, gr&#226;ce au d&#233;veloppement en chaque individu d'une capacit&#233; &#224; penser le monde, &#224; d&#233;battre de son avenir. Et face &#224; une r&#233;volution informatique mise au service de l'ub&#233;risation du travail, elle favoriserait un recentrage de l'intervention humaine sur la ma&#238;trise des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la prolongation de l'obligation scolaire jusqu'&#224; 16 ans a constitu&#233; un progr&#232;s, son report &#224; 18 ans implique des changements bien plus radicaux. Il place l'ensemble des jeunes en position d'acc&#233;der aux savoirs les plus &#233;labor&#233;s, une possibilit&#233; qui ne concerne aujourd'hui qu'une partie des jeunes g&#233;n&#233;rations : pour l'essentiel celle qui d&#233;croche un bac d'enseignement g&#233;n&#233;ral et se trouve en position d'atteindre un dipl&#244;me de niveau bac + 5&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Obtiendront un dipl&#244;me Bac +5 : un bachelier g&#233;n&#233;ral sur deux ; un bachelier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La massification des &#233;tudes sup&#233;rieures qui d&#233;coulerait d'un report &#224; 18 ans limiterait l'exploitation &#233;conomique du travail peu qualifi&#233;, en d&#233;gonflant les effectifs de l'arm&#233;e de r&#233;serve de non dipl&#244;m&#233;s. Elle compromettrait &#233;galement la tendance &#224; polariser et opposer salari&#233;s qui pensent et encadrent (conception) et salari&#233;s qui ob&#233;issent (ex&#233;cution), tendance inh&#233;rente &#224; l'accumulation du capital dans les &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'un tel programme se heurte cependant &#224; une objection : comment maintenir &#224; l'&#233;cole des jeunes en &#233;chec, parfois depuis le CP et &#224; qui, parvenus au coll&#232;ge, le cadre scolaire d&#233;pourvu de sens devient insupportable ? Il suffit de poser la question pour en deviner la r&#233;ponse : porter l'obligation scolaire &#224; 18 ans est irr&#233;aliste sans une r&#233;forme de notre syst&#232;me &#233;ducatif susceptible de limiter drastiquement l'&#233;chec et les in&#233;galit&#233;s scolaires, sans un r&#233;examen d'ensemble de l'institution, dans ses structures, ses contenus d'enseignement, les modalit&#233;s des transmissions cognitives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les observations qui suivent prennent notamment appui sur les travaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;limination de la concurrence dans une &#233;cole commune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuel syst&#232;me scolaire accueille tous les jeunes et leur impose, par le biais du triptyque &#233;valuation-classement-orientation, une mise en concurrence pour les meilleures notes, les meilleures classes, les meilleures fili&#232;res. L'issue de cette lutte des places est jou&#233;e d'avance, d'autant qu'aux atouts dont ils disposent &#224; l'entr&#233;e les &#171; h&#233;ritiers &#187; pourront ajouter en cours de route les b&#233;n&#233;fices inh&#233;rents &#224; leur position sociale : &#233;tablissements mieux cot&#233;s et mieux dot&#233;s, enseignants plus exp&#233;riment&#233;s, enseignements plus ambitieux, aides parentales et parascolaires, etc. Comment s'&#233;tonner dans ces conditions de l'ampleur d'in&#233;galit&#233;s sociales maintenues des ann&#233;es 1960 aux ann&#233;es 1990, et encore accrues depuis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;limination de la concurrence n'est pas en elle-m&#234;me le rem&#232;de magique &#224; l'&#233;chec scolaire, mais c'en est une condition premi&#232;re. Or, supprimer la concurrence, c'est supprimer ce qui l'organise : &#224; savoir les notes (dont le seul int&#233;r&#234;t est de classer, car on peut tr&#232;s bien &#233;valuer sans noter et sans classer) et les parcours diff&#233;renci&#233;s, notamment au lyc&#233;e o&#249; les fili&#232;res professionnelles demeurent des zones de rel&#233;gation scolaire. Il s'agit donc de remplacer l'actuelle &#233;cole unique par une &#233;cole &#171; commune &#187;, dont le principe serait de conduire tous les &#233;l&#232;ves au terme de l'appropriation d'un bagage culturel commun &#224; 18 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nouveaux contenus &#224; transmettre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition de ce bagage appelle une vaste d&#233;lib&#233;ration : que voulons-nous transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations ? Avan&#231;ons quelques pistes. Son contenu devrait ouvrir, &#224; 18 ans, le champ des possibles, permettant de choisir aussi bien une formation courte dans une &#233;cole professionnelle sup&#233;rieure que des &#233;tudes prolong&#233;es, prenant appui sur de solides acquis de base, litt&#233;raires et math&#233;matiques. Il serait indispensable, dans une telle perspective, d'int&#233;grer d&#232;s le primaire une introduction aux savoirs techniques et technologiques, dont une trop grande partie des jeunes sont aujourd'hui priv&#233;s. Un second principe pourrait &#234;tre le suivant : la scolarisation vise indissociablement la transmission des savoirs et la formation de citoyens libres et responsables. Sa mission essentielle en ce sens est de permettre &#224; chacun de constituer des ressources pour penser par lui-m&#234;me. L'&#233;cole doit enseigner, si l'on pr&#233;f&#232;re, comment penser plut&#244;t que ce qu'il faut penser. Toutes les disciplines sont ici concern&#233;es, mais certaines plus que d'autres. Ainsi de la philosophie, dont un enseignement adapt&#233; pourrait commencer t&#244;t dans le cursus ; ou des sciences humaines et sociales auxquelles les &#233;l&#232;ves du primaire pourraient &#234;tre initi&#233;s d&#232;s le primaire. En mati&#232;re de formation du citoyen, une familiarisation avec la posture de recherche vaut sans doute toutes les le&#231;ons de morale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une p&#233;dagogie de l'exigence intellectuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me champ &#224; interroger concerne la mani&#232;re d'enseigner. Le nouvel esprit p&#233;dagogique qui s'instaure dans les ann&#233;es 1970 et 1980 se caract&#233;rise par un souci obsessif de renforcer la motivation suppos&#233;e chancelante des &#233;l&#232;ves. L'approche frontale des savoirs est bannie, au profit d'itin&#233;raires de d&#233;couverte qui partent des connaissances suppos&#233;ment famili&#232;res de l'enfant pour le mener en douceur vers une &#171; auto-construction &#187; des savoirs. Cette p&#233;dagogie ludique et compassionnelle irrigue encore la r&#233;forme du coll&#232;ge de 2015. Au vu de ses r&#233;sultats peu convaincants, cette doxa m&#233;rite r&#233;examen. Deux constats s'imposent : la difficult&#233; intellectuelle ne se contourne pas, elle s'affronte ; tous les humains &#8211; m&#234;me issus des classes populaires &#8211; sont dot&#233;s en tant qu'&#234;tres de langage d'une capacit&#233; d'abstraction, de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie, de raisonnement logique. Le probl&#232;me devient d&#232;s lors le suivant : s'attacher &#224; mobiliser ces ressources plut&#244;t que d&#233;plorer les &#171; handicaps socioculturels &#187;, afin que tous surmontent les difficult&#233;s d'apprentissage. Pour ce faire, il n'existe d'autre voie que la mise en &#339;uvre, par des enseignants qui se veulent des &#171; alli&#233;s dans la place &#187; plut&#244;t que des juges, de p&#233;dagogies exigeantes attentives &#224; assurer aux &#233;l&#232;ves les moyens de r&#233;pondre &#224; leurs r&#233;quisits. C'est le seul moyen pour l'&#233;cole de leur apporter ce qu'ils ne trouvent pas dans leur famille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'ouvrage collectif P&#233;dagogies de l'exigence, La Dispute, 2020.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ins&#233;parable d'une refonte d'ensemble de notre syst&#232;me &#233;ducatif, le report &#224; 18 ans de l'obligation scolaire n'est donc pas un mince objectif. Vouloir l'appliquer &#224; moindres frais ne ferait qu'aggraver la tendance &#224; l'&#339;uvre depuis la fin des ann&#233;es 1980, qui conjugue l'allongement des scolarit&#233;s et la d&#233;gradation des acquisitions cognitives. Et chercher &#224; en faire l'&#233;conomie ne ferait que retarder la solution de bien des probl&#232;mes aujourd'hui pos&#233;s &#224; notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tristan Poullaouec, &#171; Regrets d'&#233;cole. Le report des aspirations scolaires dans les milieux populaires &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, 2019/2, n&#176;114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;cente mesure gouvernementale concernant l'obligation de formation de 16 &#224; 18 ans ne vise pas &#224; &#233;radiquer les scolarit&#233;s &#233;court&#233;es des &#233;l&#232;ves en grande difficult&#233; mais propose un &#171; accompagnement sur mesure &#187; vers le march&#233; du travail pour les jeunes concern&#233;s, en d&#233;sh&#233;rence apr&#232;s leur rupture avec l'institution scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La question sera abord&#233;e dans un colloque co-organis&#233; par le SNES-FSU, &#201;duc'action CGT, et le GRDS. Intitul&#233;e &#171; Porter l'obligation scolaire &#224; 18 ans. Pourquoi, comment ? &#187;, cette rencontre se tiendra &#224; Paris les 14 et 15 janvier prochain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;OCDE, &#171; What future for our schools&#8221;, &lt;i&gt;Education Policy Analysis&lt;/i&gt;, Paris, 2001 ; et &#8220;Investing in Competencies for all&#8221;, Communiqu&#233; de la r&#233;union des ministres de l'&#201;ducation, avril 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La F&#233;d&#233;ration de l'&#201;ducation nationale, domin&#233;e par le Parti socialiste depuis 1947, devient Unsa-&#201;ducation en 2000, apr&#232;s la cr&#233;ation de la FSU.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Baudelot et Roger Establet, &lt;i&gt;Le Niveau monte&lt;/i&gt;, Le Seuil, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, GRDS, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Obtiendront un dipl&#244;me Bac +5 : un bachelier g&#233;n&#233;ral sur deux ; un bachelier technologique sur dix ; trois bacheliers professionnels sur cent. Cf. &lt;i&gt;Note d'information du SEIS&lt;/i&gt;, n&#176; 18.06, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les observations qui suivent prennent notamment appui sur les travaux accumul&#233;s depuis 2008 par le GRDS (Groupe de recherches sur la d&#233;mocratisation scolaire).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'ouvrage collectif &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, La Dispute, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Maltraitances enfantines &#224; l'&#233;cole. Fallait-il en parler ?</title>
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		<dc:date>2021-10-01T12:03:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les maltraitances enfantines &#224; l'&#233;cole : un sujet dont on n'entend jamais parler. &#171; Un sujet sale &#187;, selon &#201;ric Debarbieux, chercheur sp&#233;cialis&#233; dans le domaine de la discipline scolaire, qui rel&#232;ve, &#233;voquant un &#171; vrai tabou &#187; : &#171; On se retrouve avec des kilom&#232;tres de statistiques et d'&#233;tudes sur le harc&#232;lement et les violences entre &#233;l&#232;ves, mais jamais &#224; propos des m&#234;mes faits venant des adultes &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, si on cherche, on trouve. Un livre, Les violences scolaires, publi&#233; en 2000 par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH116/arton332-9cd6b.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les maltraitances enfantines &#224; l'&#233;cole : un sujet dont on n'entend jamais parler. &#171; Un sujet sale &#187;, selon &#201;ric Debarbieux, chercheur sp&#233;cialis&#233; dans le domaine de la discipline scolaire, qui rel&#232;ve, &#233;voquant un &#171; vrai tabou &#187; : &#171; On se retrouve avec des kilom&#232;tres de statistiques et d'&#233;tudes sur le harc&#232;lement et les violences entre &#233;l&#232;ves, mais jamais &#224; propos des m&#234;mes faits venant des adultes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si on cherche, on trouve. Un livre, &lt;i&gt;Les violences scolaires&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2000 par Defrance et Vivet, vite oubli&#233;. Un rapport de Claire Brisset, alors d&#233;fenseure des enfants, en 2003. Un rapport d'&#201;ric Debarbieux lui-m&#234;me, pour l'Unicef, en 2011, s'appuyant sur une enqu&#234;te men&#233;e aupr&#232;s d'un fort &#233;chantillon d'&#233;l&#232;ves de 7 &#224; 11 ans : 13% des enqu&#234;t&#233;s indiquent avoir &#233;t&#233; rejet&#233;s par leur enseignant, dont 4% ont &#233;t&#233; insult&#233;s et 5,5% frapp&#233;s. &#199;a fait du monde !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Bernard Defrance et Pascal Vivet, Violences scolaires. Les enfants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte o&#249; toute une partie des agents de l'&#233;cole publique se sentent vivement agress&#233;s par leur ministre de tutelle, et o&#249; la profession enseignante perd de son attractivit&#233;, fallait-il remettre le ph&#233;nom&#232;ne sur la table ? Sous un titre d&#233;lib&#233;r&#233;ment provocateur, &#171; La rentr&#233;e des claques &#187; (&lt;i&gt;Fakir&lt;/i&gt; n&#176; 100, sept/nov. 2021), le journaliste d'investigation Pierre Souchon n'h&#233;site pourtant pas &#224; en proposer une vigoureuse r&#233;actualisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cartons d'embl&#233;e l'hypoth&#232;se d'une malveillance possiblement fakenewsante ou complotiste : l'auteur travaille pour la presse de gauche, il se pr&#233;sente comme un d&#233;fenseur engag&#233; du service public d'&#233;ducation nationale, et il a l'habitude professionnelle de peser ses sources. Ce n'est d'ailleurs pas lui qui a d&#233;cid&#233; d'enqu&#234;ter sur les maltraitances scolaires : elles sont venues &#224; lui. Responsable de la FCPE dans l'&#233;cole maternelle de ses filles, en banlieue parisienne, il est alert&#233; par les parents d'une &#233;l&#232;ve primo-arrivante en butte aux brimades de son institutrice. Celle-ci est aussi la directrice de l'&#233;cole... ainsi qu'une camarade politique, syndiqu&#233;e et militante, aux c&#244;t&#233;s de laquelle il participe r&#233;guli&#232;rement aux manifestations pour la d&#233;fense de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;roulement des &#233;v&#233;nements qui s'en sont suivis est relat&#233; dans le papier de Pierre Souchon. La r&#233;alit&#233; des faits incrimin&#233;s est d'autant moins contestable qu'ils sont assum&#233;s par l'enseignante concern&#233;e. Plusieurs aspects de l'affaire retiennent l'attention. La d&#233;solidarisation imm&#233;diate, unanime et d&#233;termin&#233;e des autres enseignantes de l'&#233;cole. L'afflux de t&#233;moignages d'autres parents dont les enfants ont eux aussi subi des pr&#233;judices de la part de la m&#234;me ma&#238;tresse, d&#232;s que la premi&#232;re plainte est connue. Et l'obstination farouche de l'institution scolaire &#224; enterrer le dossier, soumis sans effet &#224; l'inspectrice de circonscription.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Cette enqu&#234;te/t&#233;moignage invite &#224; r&#233;fl&#233;chir sur le fond de l'affaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux rares enqu&#234;tes statistiques r&#233;alis&#233;es, on sait que les &#233;v&#233;nements d&#233;crits par Pierre Souchon ne constituent pas un cas isol&#233;. Le ph&#233;nom&#232;ne est certes minoritaire, mais suffisamment fr&#233;quent pour que beaucoup de familles l'aient rencontr&#233; ou en aient eu connaissance par ou&#239;-dire. Les faits de maltraitance sont r&#233;currents, plus nombreux qu'on aimerait l'imaginer, et arrivent rarement sur la place publique. Ils ne sauraient faire oublier le d&#233;vouement et le respect manifest&#233; aux enfants par l'immense majorit&#233; des enseignants : et Pierre Souchon en t&#233;moigne, lorsqu'il souligne les r&#233;actions unanimement indign&#233;es des coll&#232;gues de l'enseignante incrimin&#233;e. Mais ces faits portent pr&#233;judice &#224; l'&#233;cole publique, a fortiori &#224; la d&#233;mocratisation scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien s&#251;r &#224; leurs conditions structurelles qu'il faut s'int&#233;resser : qu'est-ce qui les suscite, qu'est-ce qui les rend possibles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation p&#233;dagogique est in&#233;vitablement une relation de domination, entre partenaires triplement in&#233;gaux : par l'&#226;ge, par le savoir, et dans nombre de cas par la position de classe. C'est une relation tr&#232;s exigeante, tant pour les ma&#238;tres dont elle requiert des efforts intenses et qu'elle tire sur une sc&#232;ne o&#249; se joue leur identit&#233; personnelle, que pour les &#233;l&#232;ves, appel&#233;s &#224; gravir les chemins escarp&#233;s de la connaissance. Comment de telles conditions pourraient-elles ne pas provoquer de d&#233;rapages ? L'institution est l&#224; pour garantir le bon d&#233;roulement du processus, en tout cas pour limiter les d&#233;g&#226;ts. Mais elle le fait plus ou moins bien. Ce n'est pas un hasard si le r&#233;sultat le plus remarquable de l'&#233;ducation nouvelle est la pacification des rapports adultes/&#233;l&#232;ves, particuli&#232;rement notable dans les quartiers populaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le ph&#233;nom&#232;ne est syst&#233;matiquement signal&#233; par les observateurs. Voir par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En creux, c'est clair : dans l'ordinaire de ces quartiers les choses ne se passent pas forc&#233;ment si bien, et s'y jouent des rapports d'autorit&#233; et de contrainte mal support&#233;s. Ayant pour ma part observ&#233; des petites classes dans le public et dans une &#233;cole Montessori, je peux t&#233;moigner que le contraste entre les fa&#231;ons respectives de g&#233;rer la relation adultes-enfants a des c&#244;t&#233;s saisissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La faiblesse dans l'enseignement public de la codification des rapports adultes-enfants ouvre le champ de la diversit&#233; des comportements enseignants, et laisse un espace de jeu chez ces derniers aux pulsions aussi bien sadiques que masochistes. Qui n'en a pas connu telles ou telles manifestations chez ses enseignants au long de sa propre scolarit&#233; ? P&#233;nibilit&#233; du m&#233;tier plus rapport de domination : une &#233;quation fatale. R&#233;solue dans les &#233;coles sum&#233;riennes par l'institution du &#171; ma&#238;tre du fouet &#187;. &#201;chapper &#224; ce type d'issue suppose une bonne dose de conscience professionnelle et de ma&#238;trise de soi, sans parler des comp&#233;tences savantes et de la capacit&#233; &#224; capter et maintenir l'int&#233;r&#234;t de son public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conna&#238;t-on d'ailleurs des rapports de domination qui ne s'accompagnent pas de formes d'exacerbation violente ? Le viol et le f&#233;minicide sont-ils autre chose que la pointe avanc&#233;e de la domination masculine ? L'inceste n'est-il pas la pointe avanc&#233;e de la domination parentale et particuli&#232;rement patriarcale ? Et comment ce qui se passe ainsi dans les espaces clos de l'intimit&#233; pourrait-il ne pas advenir dans l'espace clos des classes d'&#233;cole ? La menace doit &#234;tre pr&#233;venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord en luttant contre la maltraitance p&#233;dagogique, en assurant des formes de conduite des apprentissages susceptibles d'apaiser les tensions, leur efficacit&#233; justifiant aux yeux des &#233;l&#232;ves la discipline qu'on exige d'eux. Et, au plan disciplinaire, par la mise en place de proc&#233;dures garde-fous propres &#224; &#233;viter les d&#233;rapages. Sur ce dernier point, il y a d'&#233;vidence pour l'&#233;cole publique des le&#231;ons &#224; tirer de l'exp&#233;rience historique de l'&#233;ducation nouvelle en mati&#232;re de codification des relations entre les adultes et les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question du silence entourant les d&#233;rapages qui ont lieu. L&#224; aussi le t&#233;moignage de Pierre Souchon nous invite au parall&#232;le avec d'autres formes de violence. Comme pour Metoo, il a suffi que le voile soit lev&#233; sur un comportement litigieux pour que les t&#233;moignages affluent, dans l'&#233;cole de ses enfants comme lors de ses investigations ult&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne a &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; par le sociologue interactionniste Howard Becker. Les r&#232;gles formelles et informelles de la vie collective ne sont jamais pleinement respect&#233;es dans quelque soci&#233;t&#233; que ce soit. Les &#233;carts peuvent rester discrets ; ils peuvent aussi &#234;tre per&#231;us sans pour autant se voir d&#233;nonc&#233;s, et cela pendant tout un temps. Mais il suffit qu'un &#171; entrepreneur de morale &#187;, selon la formule du chercheur, porte l'affaire dans l'espace public au su de tous, en sorte qu'elle ne puisse plus &#234;tre cens&#233;e ignor&#233;e, pour que le tol&#233;r&#233; apparaisse soudainement intol&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re scolaire, les motifs du silence sur les d&#233;rives de l'autorit&#233; enseignante peuvent &#234;tre divers. L'institution a toutes les raisons de d&#233;fendre une cr&#233;dibilit&#233; indispensable &#224; son existence : comment, en cas de doute, les parents accepteraient-ils de lui confier ce qu'ils ont de plus cher au monde ? Dans ce contexte, les abus d&#233;nonc&#233;s par tel ou tel parent risquent peu de faire l'objet d'une publicit&#233; exag&#233;r&#233;e, et seront r&#233;gl&#233;s dans la plus grande discr&#233;tion possible, au cas par cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parents des classes moyennes, a fortiori des classes sup&#233;rieures, se contenteront le plus souvent de voir r&#233;gl&#233; leur probl&#232;me propre (surtout lorsqu'ils parviennent, pour les plus puissants d'entre eux, &#224; plier l'&#233;cole publique &#224; tous leurs desiderata : on se souvient &#224; cet &#233;gard de l'in&#233;narrable chapitre consacr&#233; par Michel et Monique Pin&#231;on, &lt;i&gt;Dans les beaux quartiers&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seuil, 1989.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au fonctionnement d'une &#233;cole primaire de Neuilly) ; et il est rare que l'affaire soit port&#233;e en place publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va autrement des parents des classes populaires, dont on sait qu'ils s'impliquent tr&#232;s peu dans la marche des &#233;tablissements et sont particuli&#232;rement absents des associations de parents. Une fraction d'entre eux aujourd'hui s'efforcent de prendre eux-m&#234;mes en main certains apprentissages sans n&#233;cessairement respecter les consignes des ma&#238;tres. Mais intervenir aupr&#232;s de la direction de l'&#233;tablissement si l'enfant se plaint de ses enseignants reste une tout autre affaire. M&#234;me si la confiance dans sa prog&#233;niture l'emporte sur celle que l'on porte &#171; naturellement &#187; au corps enseignant, on mesure les risques &#224; prendre. Le revirement des victimes identifi&#233;es par Pierre Souchon, dont certains finissent par retirer leur t&#233;moignage, illustre bien l'ampleur de ces r&#233;ticences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les enfants du peuple sont doublement vuln&#233;rables : de par l'&#226;ge, et de par leur milieu social. La distance de classe porte leurs enseignants &#224; consid&#233;rer leurs difficult&#233;s d'apprentissage comme regrettables mais in&#233;luctables. Favoris&#233;s par la faible probabilit&#233; d'intervention des parents, les abus d'autorit&#233; qui surviennent ici ou l&#224; sont-ils autre chose que la pointe avanc&#233;e d'une domination de classe qui s'habille plus ordinairement des oripeaux de la compassion paternaliste ? Cette compassion qu'on t&#233;moigne &#224; ces enfants lorsqu'on trouve normales les performances actuelles de notre syst&#232;me &#233;ducatif, marqu&#233;es par leur &#233;chec massif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite des apprentissages suppose en dose bien combin&#233;e une ferme exigence intellectuelle et une atmosph&#232;re bienveillante et encourageante. On ne bannira pas la compassion paternaliste et son pendant, l'autoritarisme et ses abus, sans un s&#233;rieux r&#233;examen de la formation des enseignants, de leurs conditions de travail, et du codage des relations adultes/enfants dans l'institution scolaire. Le refus rendu public aujourd'hui des abus d'autorit&#233;, loin de porter atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; et au d&#233;vouement de la grande masse des enseignants, para&#238;t une modalit&#233; indispensable de la lutte pour ces objectifs. C'est d'ailleurs bien ce qu'incline &#224; penser Guislaine David, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale du SNUIPP-FSU, syndicat enseignant majoritaire dans l'enseignement primaire, interrog&#233;e par Pierre Souchon : &#171; Syndicalement, on ne peut pas cautionner de tels actes &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Bernard Defrance et Pascal Vivet, &lt;i&gt;Violences scolaires. Les enfants victimes de violence &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Syros, 2000 ; Claire Brisset, &lt;i&gt;L'&#233;cole, outil de la libert&#233;, Rapport au pr&#233;sident de la R&#233;publique et au Parlement&lt;/i&gt;, 2003 ; &#201;ric Debarbieux,&lt;i&gt; &#192; l'&#233;cole des enfants heureux... Enfin presque&lt;/i&gt;, Rapport pour l'Unicef, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne est syst&#233;matiquement signal&#233; par les observateurs. Voir par exemple, pour une &#233;cole Freinet de Lille, notre compte-rendu d'un ouvrage de Yves Reuter, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article21&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article21&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Seuil, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire</title>
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		<dc:date>2020-05-23T14:38:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;cole unique</dc:subject>
		<dc:subject>Savoir</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Comp&#233;tences</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Combattre l'ignorance est la raison d'&#234;tre de l'&#233;cole. Baisser les bras, renoncer &#224; cette lutte serait pour elle s'en prendre au fondement de sa propre existence, se voir min&#233;e par une sorte de maladie auto-immune. Soutenir qu'il se joue aujourd'hui quelque chose de cet ordre, en esquisser m&#234;me l'hypoth&#232;se, aurait toute chance de susciter l'incr&#233;dulit&#233; ; et de passer au mieux pour une provocation gratuite, au pire pour un affront &#224; l'institution, &#224; ses personnels, &#224; leur conscience (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;&#233;cole unique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot18" rel="tag"&gt;Savoir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;Comp&#233;tences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH117/arton317-75604.png?1790689109' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Combattre l'ignorance est la raison d'&#234;tre de l'&#233;cole. Baisser les bras, renoncer &#224; cette lutte serait pour elle s'en prendre au fondement de sa propre existence, se voir min&#233;e par une sorte de maladie auto-immune. Soutenir qu'il se joue aujourd'hui quelque chose de cet ordre, en esquisser m&#234;me l'hypoth&#232;se, aurait toute chance de susciter l'incr&#233;dulit&#233; ; et de passer au mieux pour une provocation gratuite, au pire pour un affront &#224; l'institution, &#224; ses personnels, &#224; leur conscience professionnelle et &#224; leur d&#233;vouement. Et pourtant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre l'affaire quelque peu intelligible, un minimum de recul historique s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ambivalence constitutive de l'&#233;cole unique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1950, le patronat fran&#231;ais estime qu'il est temps d'am&#233;liorer significativement le niveau de formation des jeunes g&#233;n&#233;rations, condition indispensable de la poursuite de l'accumulation du capital dans un contexte de croissance mondiale forte et de vive concurrence internationale. Reprenant l'exigence &#224; son compte, le pouvoir gaulliste s'engage dans la voie d'une unification du syst&#232;me scolaire h&#233;rit&#233; de la Troisi&#232;me R&#233;publique. Le d&#233;cret Berthoin (1959) porte l'obligation scolaire &#224; 16 ans. Il supprime l'examen d'entr&#233;e en 6&#232;me et les petites classes des lyc&#233;es, qui pr&#233;servaient jusque-l&#224; le cloisonnement entre primaire et secondaire. Les conditions d'une g&#233;n&#233;ralisation de l'entr&#233;e au coll&#232;ge se mettent ainsi en place, le primaire devenant une prop&#233;deutique du secondaire et non plus un ordre d'enseignement s&#233;par&#233;. Le processus s'op&#232;rera par &#233;tapes, l'acc&#232;s de tous au coll&#232;ge finissant de se r&#233;aliser en 1972/73, et le coll&#232;ge unique &#233;tant instaur&#233; en 1975. On peut dire que la cr&#233;ation du bac pro en 1985 parach&#232;ve l'architecture du nouveau dispositif, l'&#233;cole unique proposant d&#233;sormais trois fili&#232;res lyc&#233;ennes conduisant au terme du secondaire : l'ancien bac devenu bac g&#233;n&#233;ral ; le bac technologique cr&#233;&#233; en 1968 ; et maintenant le bac professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dispositif a deux faces. Une face affich&#233;e, d'allure progressiste : l'&#233;cole unique ne recrute plus sur crit&#232;res sociaux, comme le souligne le d&#233;cret Berthoin, elle accueille tout le monde, elle donne &#224; chacun sa chance, et r&#233;compense le travail, le m&#233;rite, et les &#171; aptitudes &#187; individuelles. Dans l'univers &#233;ducatif beaucoup estimeront que cette recherche de l'&#233;galit&#233; des chances, quelle que soit ses limites, est un pas en avant vers la r&#233;alisation des id&#233;aux du plan Langevin-Wallon, et qu'il faut prendre au s&#233;rieux ses intentions &#233;galitaires pour les rendre le plus effectives possibles. L'autre face est elle aussi explicit&#233;e par les responsables gaullistes : accepter tous les jeunes au coll&#232;ge ne doit pas remettre en cause la diff&#233;renciation des parcours et le caract&#232;re pr&#233;serv&#233; des voies de l'&#233;lite. Le march&#233; du travail a besoin de tous les niveaux de qualification, &#224; commencer par la main d'&#339;uvre banale. L'objectif du nouveau dispositif ne doit pas &#234;tre en ce sens la transmission &#233;galitaire d'une culture commune, mais d'&#233;lever la formation de chacun sans bouleverser le jeu des positions sociales. La cr&#233;ation successive des fili&#232;res technologiques et professionnelles s'av&#232;rera &#224; cet &#233;gard tr&#232;s efficace pour d&#233;river de l'enseignement g&#233;n&#233;ral la masse des jeunes issus des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole unique donnera une impulsion puissante &#224; la prolongation g&#233;n&#233;rale des parcours. Le taux de bacheliers, de 5% au sortir de la guerre, est &#224; 15% en 1965, et &#224; 29% en 1985. Le minist&#232;re Chev&#232;nement va acc&#233;l&#233;rer encore la tendance. De fa&#231;on tr&#232;s vigoureuse : le taux de bacheliers va passer &#224; 63,5 % en une d&#233;cennie, ayant plus que doubl&#233;. Il y a l&#224; certes l'effet de la cr&#233;ation du bac pro, qui repr&#233;sente 11 % des bacheliers en 1995, mais pas seulement : les titulaires du bac g&#233;n&#233;ral sont pass&#233;s de 20 &#224; 34 %, ceux du bac technologique de 9,5 &#224; 18,5 %. Il faut s'arr&#234;ter sur cette d&#233;cennie 1985/1995, souvent qualifi&#233;e de &#171; seconde explosion scolaire &#187; (apr&#232;s celle des ann&#233;es 1960), car ses effets se font encore sentir aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1985/95 : les dipl&#244;mes contre la crise, mais pour quelle formation ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1985 que le ministre Chev&#232;nement assigne &#224; notre syst&#232;me &#233;ducatif la mission de mener 80 % des nouvelles g&#233;n&#233;rations au niveau du bac, au titre de l'exigence de modernisation du pays et de r&#233;duction du ch&#244;mage. Dans les ann&#233;es 1960 la prolongation des scolarit&#233;s devait permettre la poursuite d'une croissance soutenue : elle est maintenant mise au service de la lutte contre la crise &#233;conomique et le sous-emploi. &#192; un moment o&#249; les cohortes les plus r&#233;centes comptent encore moins de 30 % de bacheliers, l'objectif est d'une ambition consid&#233;rable. Pour soutenir cette ambition, une politique efficace, produisant des r&#233;sultats rapides, para&#238;t incontournable. Le minist&#232;re Chev&#232;nement va prendre en ce sens des d&#233;cisions qui engageront tout l'appareil scolaire dans une direction sans doute mal pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une am&#233;lioration effective et massive de la formation des jeunes que poursuit, la chose fait peu de doute, le ministre. Mais s'en donne-t-il vraiment les moyens ? La volont&#233; de parvenir, l'urgence ressentie, une analyse certainement trop courte des conditions d'une v&#233;ritable formation, vont favoriser l'adoption d'une politique massivement volontariste. Tout se passe comme si le seul probl&#232;me &#233;tait d'obtenir l'allongement des &#233;tudes, dans l'enseignement professionnel en r&#233;affectant &#224; la pr&#233;paration du bac pro des moyens jusque-l&#224; d&#233;volus au CAP, et &#224; tous les niveaux en fluidifiant le passage d'une classe &#224; l'autre, donc en limitant drastiquement les redoublements et en facilitant la r&#233;ussite aux examens. Le succ&#232;s sera au rendez-vous, gr&#226;ce au jeu conjoint de ces mesures, &#224; la crainte du ch&#244;mage, aux perspectives ouvertes aux familles par la d&#233;claration &lt;i&gt;urbi et orbi&lt;/i&gt; que terminer ses &#233;tudes secondaires est d&#233;sormais une norme qui s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles orientations scolaires s'appliquent d&#232;s l'enseignement &#233;l&#233;mentaire. De 1987 &#224; 1997, la proportion d'&#233;l&#232;ves n'ayant redoubl&#233; aucune classe avant le coll&#232;ge passe de 64 &#224; 77%. Or cette am&#233;lioration des parcours ne correspond &#224; aucune am&#233;lioration de la formation r&#233;elle. Au contraire, au cours de la m&#234;me p&#233;riode, les r&#233;sultats &#224; l'entr&#233;e au coll&#232;ge, mesur&#233;s &#224; partir des m&#234;mes &#233;preuves, stagnent en fran&#231;ais et diminuent tr&#232;s sensiblement &#224; toutes les &#233;preuves de calcul&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP-MEN, Note d'information 08.38.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l&#224; un point absolument crucial. Ses implications sont de trois ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant au premier chef les &#233;l&#232;ves qui vont poursuivre leurs &#233;tudes l&#224; o&#249; leurs a&#238;n&#233;s les avaient interrompues, mais sans disposer de plus de ressources intellectuelles qu'eux pour autant, voire en disposant d'une moindre ma&#238;trise des &#171; fondamentaux &#187;, handicap qu'ils vont de plus en plus souvent tra&#238;ner&#8230; jusqu'&#224; l'universit&#233;, dont le public se massifie &#224; partir des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant bien s&#251;r du m&#234;me coup leurs enseignants. D'un c&#244;t&#233; on ne leur a donn&#233; aucun moyen de rendre plus efficiente leur conduite des apprentissages. Mieux, on les prie vivement de poursuivre la mise en &#339;uvre de principes p&#233;dagogiques dont les limites d'efficacit&#233; sont d&#233;sormais av&#233;r&#233;es. De l'autre, ils sont somm&#233;s de laisser passer dans la classe sup&#233;rieure des &#233;l&#232;ves dont ils savent qu'ils sont mal pr&#233;par&#233;s, et on n'h&#233;site pas pour les convaincre &#224; leur ass&#233;ner l'argument issu de la recherche (et pertinent !) selon lequel le redoublement ne sert &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se joue ainsi &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire implique l'arriv&#233;e aux &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me &#233;ducatif d'une masse nouvelle d'&#233;l&#232;ves dot&#233;s d'une ma&#238;trise m&#233;diocre des fondamentaux de la culture &#233;crite, alors que leurs a&#238;n&#233;s sortaient bien plus t&#244;t sur le march&#233; du travail. Leur survenue pose des probl&#232;mes difficiles aux enseignants concern&#233;s, car elle met en cause des pratiques p&#233;dagogiques adapt&#233;es &#224; des &#233;l&#232;ves disposant d'acquis de base mieux assur&#233;s. Nombre d'entre eux r&#233;agiront par une tendance &#224; la baisse des exigences cognitives, qu'ils con&#231;oivent comme la seule fa&#231;on de faire face &#224; la situation sans trop p&#233;naliser leurs &#233;l&#232;ves. La baisse des exigences en amont, seule modalit&#233; imagin&#233;e par l'&#233;quipe chev&#232;nementiste pour favoriser l'essor g&#233;n&#233;ral des scolarit&#233;s, va ainsi susciter celle des exigences en aval. C'est une dynamique sans doute impr&#233;vue par ses initiateurs qui se met d&#232;s lors en place, marqu&#233;e par une tol&#233;rance nouvelle du corps enseignant (tol&#233;rance contrainte et malheureuse pour beaucoup) &#224; l'&#233;gard : des insuffisances cognitives de leurs &#233;l&#232;ves ; des &#233;carts entre les programmes officiels (dont l'ambition tend plut&#244;t &#224; cro&#238;tre) et ce qui en est r&#233;ellement trait&#233; en classe ; et au bout du compte des &#233;carts entre la certification et les comp&#233;tences effectivement acquises. Seules sans doute les fili&#232;res les plus &#233;litistes &#233;chappent significativement &#224; cette dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me cons&#233;quence de la politique chev&#232;nementiste concerne l'encadrement du corps enseignant, somm&#233; pour sa part de la faire appliquer, et progressivement amen&#233; lui aussi (s'agissant au moins d'une partie de l'inspection) &#224; int&#233;grer de ce fait dans sa culture professionnelle une dose de fatalisme &#224; l'&#233;gard de l'&#233;chec scolaire, particuli&#232;rement quand il concerne les classes populaires, et &#224; encourager les enseignants &#224; faire de m&#234;me, en mod&#233;rant le cas &#233;ch&#233;ant leurs ardeurs r&#233;pressives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le tournant du si&#232;cle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trois des cons&#233;quences de l'essor des scolarit&#233;s 1985/1995 seront rapidement per&#231;ues : l'arriv&#233;e au lyc&#233;e et &#224; l'universit&#233; d'&#233;l&#232;ves mal pr&#233;par&#233;s pour y suivre normalement les programmes ; le creusement assez vertigineux de ce fait des in&#233;galit&#233;s cognitives r&#233;elles correspondant au m&#234;me niveau de scolarit&#233; (entre les &#233;tablissements de l'&#233;lite et ceux des &#171; quartiers &#187;), qui fragilise beaucoup la fiction de l'&#233;cole &#171; unique &#187; ; et le fait que malgr&#233; toutes les stimulations, une partie non n&#233;gligeable des publics reste &#224; la tra&#238;ne. Le rapport Fauroux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Normalien fils de proviseur, ex-directeur de l'ENA, etc.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de 1996, qui aura un retentissement consid&#233;rable, en tire les enseignements &#224; sa mani&#232;re. Il propose de &#171; simplifier les programmes, du CP &#224; l'entr&#233;e au lyc&#233;e &#187;, de donner &#171; la priorit&#233; aux activit&#233;s p&#233;riscolaires dans les zones d&#233;favoris&#233;es &#187; (d'amuser la galerie, si l'on pr&#233;f&#232;re), d'ouvrir l'&#233;cole sur la vie, notamment en favorisant l'apprentissage ; et pour les lyc&#233;es il pr&#244;ne &#171; la mise en place de parcours individuels&#8230; en fonction des aptitudes &#187;. Au c&#339;ur de la pol&#233;mique qui s'ensuivra, Jupp&#233; se ralliera publiquement &#224; &#171; la poursuite de la red&#233;finition et de la simplification des programmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport Fauroux est un sympt&#244;me fort de l'usure de la th&#233;matique de l'&#233;galit&#233; des chances. Les in&#233;galit&#233;s scolaires paraissent d&#233;sormais irr&#233;ductibles : mieux vaut dans ces conditions, pour la cr&#233;dibilit&#233; des affichages, jeter un voile pudique sur ce visage historique de l'&#233;cole unique, au b&#233;n&#233;fice d'une &#233;cole peut-&#234;tre in&#233;gale, mais efficace face aux exigences du march&#233; du travail. Et qui n&#233;anmoins, prend soin des plus fragiles. Aux c&#244;t&#233;s de l'appel &#224; des programmes moins exigeants, la conjoncture historique est ainsi marqu&#233;e &#224; cet &#233;gard par la mont&#233;e en puissance de la notion de &#171; minimum culturel commun &#187;. D&#232;s 1985 le rapport du Coll&#232;ge de France cornaqu&#233; par P. Bourdieu et command&#233; par F. Mitterrand avait donn&#233; un premier signal du ralliement de la gauche socialiste au principe d'un SMIC culturel, dont le th&#232;me est repris en 1989 tant dans le rapport Bourdieu-Gros que dans l'ouvrage de Baudelot et Establet, &lt;i&gt;Le Niveau monte&lt;/i&gt; ; puis ult&#233;rieurement par le sociologue Fran&#231;ois Dubet (1999) et l'historien Claude Leli&#232;vre (2003)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur cette histoire, Jean-Pierre Terrail, Que faire avec le socle et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La voie est d&#233;sormais ouverte &#224; la mise en place des politiques de socle commun des ann&#233;es 2000 dans lesquelles se retrouveront, quelles que soient leurs divergences de mise en &#339;uvre, partis de droite (rappelons que Giscard avait &#233;t&#233; le premier &#224; parler de minimum culturel en 1974), partis et syndicats r&#233;formistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, D'un socle &#224; l'autre, GRDS, 2014, .&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant du si&#232;cle appara&#238;t ainsi comme le moment d'une c&#233;sure entre deux &#233;poques de l'&#233;cole unique : la premi&#232;re se r&#233;clamant de l'&#233;galit&#233; des chances, la seconde de la protection des plus faibles (qui b&#233;n&#233;ficieront des comp&#233;tences du socle). Cette bascule des politiques scolaires ne doit pas masquer des continuit&#233;s plus fondamentales. La fa&#231;on de traiter les difficult&#233;s d'apprentissage des &#233;l&#232;ves d'origine populaire par la &#171; simplification des programmes &#187; en est une, essentielle, qui pr&#233;vaut des ann&#233;es 1960 &#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un &#233;cart croissant entre la certification scolaire et les comp&#233;tences cognitives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une autre de ces continuit&#233;s est la dynamique impuls&#233;e par la politique chev&#232;nementiste des ann&#233;es 1980, qui va susciter dans les d&#233;cennies suivantes une mont&#233;e en puissance inqui&#233;tante de la tol&#233;rance &#224; l'ignorance au sein du monde &#233;ducatif. Les donn&#233;es statistiques produites par le service d'&#233;tudes du minist&#232;re de l'&#233;ducation, particuli&#232;rement riches et fouill&#233;es, les meilleures sans doute au monde, sont &#224; cet &#233;gard parfaitement d&#233;monstratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une am&#233;lioration consid&#233;rable des parcours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ressons-nous d'abord aux prolongations d'&#233;tudes et &#224; l'am&#233;lioration de la certification. Au boom assez sid&#233;rant de la d&#233;cennie 1985/1995, pendant laquelle le taux de bacheliers fait plus que doubler, succ&#232;de une d&#233;cennie de stabilisation des parcours. Comme si la force propulsive de l'&#233;cole unique &#233;tait &#233;puis&#233;e, atteignant aux limites que lui assignent ses in&#233;galit&#233;s internes : comment continuer &#224; pousser en avant des &#233;l&#232;ves aux fondamentaux de plus en plus faibles ? Pourtant la croissance va reprendre &#224; partir de 2005, et elle ne cessera plus jusqu'&#224; aujourd'hui. De 63,5 % en 1995, le taux de bacheliers par cohorte est pass&#233; &#224; 80 % en 2019. La croissance de la voie professionnelle, inh&#233;rente aux r&#233;formes du bac pro, et qui est la plus compatible avec la persistance de fondamentaux mal assur&#233;s, y est certes pour beaucoup, comme on le voit ci-dessous :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_282 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH362/capture_d_e_cran_2020-05-19_a_10.01.01-2-39c56.png?1790689109' width='500' height='362' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, ph&#233;nom&#232;ne plus surprenant, l'augmentation de la proportion de bacheliers est &#233;galement due &#224; l'essor de l'enseignement g&#233;n&#233;ral. Apr&#232;s le pic de 1994, et le tassement qui s'en est suivi, et alors que le poids de la voie technologique se maintient, la voie g&#233;n&#233;rale reprend sa croissance &#224; partir de 2005. Ce sont aujourd'hui 42,1 % des jeunes g&#233;n&#233;rations qui d&#233;crochent un bac g&#233;n&#233;ral, contre 33,8 en 1995 (et 19,8 en 1985).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;sultat ne tient pas seulement &#224; la croissance des effectifs inscrits dans la voie g&#233;n&#233;rale. Il est aussi largement redevable &#224; l'am&#233;lioration des taux de r&#233;ussite &#224; l'examen. L'&#233;volution de ces derniers est tr&#232;s significative. Jusqu'en 1985, ils sont assez stables autour d'une moyenne de deux admis sur trois candidats : 63% en 1967, 65% en 1975, 67% en 1985. Puis ils gagnent huit points en 10 ans, et leur croissance se poursuit : ils sont &#224; 75% en 1995, &#224; 80% en 2005, 86% en 2010, 88% en 2019. Et c'est le bac g&#233;n&#233;ral qui exhibe le meilleur taux d'admission : 91% en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cerise sur le g&#226;teau, cette am&#233;lioration spectaculaire des parcours se traduit aussi par une v&#233;ritable inflation des mentions obtenues. Qu'on en juge. En 1967, un candidat sur trois (32%) obtenaient le bac avec une mention ; en 2018, c'est le cas de pr&#232;s de deux sur trois (60% en moyenne, et jusqu'&#224; 63 % pour le bac g&#233;n&#233;ral). 13% des bacs g&#233;n&#233;raux sont d&#233;cern&#233;s avec une mention TB, longtemps quasiment r&#233;serv&#233;e aux laur&#233;ats du concours g&#233;n&#233;ral. Certes la possibilit&#233; de pr&#233;senter des options (dont certaines s'av&#232;rent tr&#232;s rentables, comme le latin) y est pour quelque chose, sans tout expliquer : en 2013, la proportion de bacheliers avec mention &#233;tait de 55 % pour un bac avec option, mais encore de 45% pour un bac sans option&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;gradation des performances cognitives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est bel et bon. Le niveau monte, qui s'en plaindrait ? L'on devrait logiquement s'attendre, avec de tels parcours scolaires, &#224; une forte progression de la qualit&#233; des apprentissages. Or c'est une tout autre chanson que nous donnent &#224; entendre les indicateurs des performances cognitives. Non seulement celles-ci ne s'am&#233;liorent pas autant que les parcours, non seulement elles ne progressent d'aucune fa&#231;on, pire, elles r&#233;gressent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne reviendra pas ici sur ce que l'on sait du poids des acquisitions du primaire pour toute la suite de la scolarit&#233;, jusqu'aux dipl&#244;mes d&#233;croch&#233;s dans l'enseignement sup&#233;rieur : rappelons simplement qu'il est absolument d&#233;cisif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; cet &#233;gard par exemple Yael Brinbaum, C&#233;dric Hugr&#233;e, Tristan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Int&#233;ressons-nous donc aux comp&#233;tences manifest&#233;es par les &#233;l&#232;ves &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En calcul au CM2 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique chev&#232;nementiste se traduit, entre 1987 et 1999, par une baisse tr&#232;s marqu&#233;e des performances des &#233;l&#232;ves de CM2 (mesur&#233;es sur les m&#234;mes &#233;preuves, corrig&#233;es des changements de programmes scolaires aux deux dates, comme pour toutes les comparaisons qui suivent) : 75% des &#233;l&#232;ves obtenaient en 1999 un r&#233;sultat inf&#233;rieur &#224; la m&#233;diane de 1987. Cette d&#233;gradation se poursuit dans les ann&#233;es suivantes : en 2007, ce sont 80% des r&#233;sultats qui sont inf&#233;rieurs &#224; la m&#233;diane de 1985. Et dix ans encore apr&#232;s, en 2017, on constate que la plupart des &#233;l&#232;ves ont des r&#233;sultats inf&#233;rieurs au score moyen des &#233;l&#232;ves interrog&#233;s en 1987 :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_283 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH426/capture_d_e_cran_2020-05-19_a_17.36.04-0f81c.png?1790689109' width='500' height='426' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le recul est tr&#232;s frappant : le score moyen aux &#233;preuves de calcul est pass&#233; de 250 en 1987 &#224; 210 en 1999, 202 en 2007, et la d&#233;gradation s'acc&#233;l&#233;rant &#224; nouveau dans la derni&#232;re d&#233;cennie, 176 en 2017&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir DEPP-MEN, Note d'information 19.08, mars 2019 : &#171; Les taux de re&#769;ussite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme on pouvait s'y attendre, compte-tenu du caract&#232;re massif de cette r&#233;gression, tous les milieux sociaux sont concern&#233;s, dans des proportions globalement comparables, m&#234;me si c'est un peu moins le cas des enfants de cadres et professions sup&#233;rieures :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_284 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH464/capture_d_e_cran_2020-05-19_a_17.40.19-25786.png?1790689109' width='500' height='464' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En maths en 3&#232;me&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les donn&#233;es dont on dispose concernant les performances en maths en fin de coll&#232;ge ne portent que sur la p&#233;riode 2008/2014. Elles confirment, pour un laps de temps aussi court, la r&#233;gression observ&#233;e au CM2 : le score moyen des &#233;l&#232;ves est en baisse significative, la proportion d'&#233;l&#232;ves de faible niveau passe de 15 &#224; 20 %, la corr&#233;lation entre r&#233;ussite en maths et origine sociale se renforce, m&#234;me si aucun milieu social n'&#233;chappe &#224; la tendance &#224; la baisse des performances. Les auteurs de la recherche concluent : &#171; Cette situation s'inscrit dans la continuit&#233; des &#233;tudes d&#233;j&#224; men&#233;es par la DEPP &#224; travers PISA et les r&#233;sultats du brevet &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP/MEN, Note d'information 15.19, mai 2015.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En science en 3&#232;me&lt;/i&gt;, par ailleurs, les r&#233;sultats ne sont pas en reste : &#171; Les performances en science des &#233;l&#232;ves de 3&#232;me sont en baisse en 2018, alors qu'elles &#233;taient rest&#233;es stables entre 2007 et 2013 (&#8230;) La baisse concerne tous les &#233;l&#232;ves, quel que soit le niveau social moyen des coll&#232;ges &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP-MEN, Note d'information 19.33, septembre 2019.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En fran&#231;ais, CM2 et 3&#232;me&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;gradation des comp&#233;tences orthographiques est un ph&#233;nom&#232;ne bien connu. Son ampleur est saisissante. En fin de CM2, &#224; la dict&#233;e (la m&#234;me &#224; chaque fois), 25% des &#233;l&#232;ves de 1987 font plus de 15 fautes : ils sont 60 % dans ce cas en 2015. La r&#233;gression est d'importance comparable quels que soient l'&#226;ge, le sexe, l'origine sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit essentiellement d'une perte d'orthographe grammaticale, significative de l'&#233;volution globale des rapports &#224; la langue &#233;crite. Les r&#233;sultats aux &#233;preuves de &#171; lecture &#187; du CM2 (qui posent des questions de compr&#233;hension sur des textes courts) sont d'ailleurs corr&#233;l&#233;s &#224; 51% en 1987 et 58 % en 2015 &#224; ceux de la dict&#233;e. Et les 20% d'&#233;l&#232;ves qui en 2015 font 25 erreurs ou plus &#224; la dict&#233;e ne r&#233;ussissent qu'une &#233;preuve sur deux en lecture. L'&#233;volution des performances en lecture est toutefois un peu moins catastrophique que celles r&#233;alis&#233;es en dict&#233;e. Le taux de r&#233;ussite moyen &#224; l'&#233;preuve de lecture est de 71 % en 1987 et de 64 % en 2007 et 2015. La baisse affecte l&#224; aussi toutes les cat&#233;gories de public scolaire ; et elle concerne aussi bien la compr&#233;hension imm&#233;diate du texte &#233;crit que la construction d'informations et de significations. On rel&#232;ve que le taux de non r&#233;ponse aux &#233;preuves &#171; n&#233;cessitant la r&#233;daction d'une r&#233;ponse construite &#187; est en hausse constante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir DEPP-MEN, Notes d'information 08.38, d&#233;cembre 2008 ; et 16.28, novembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de coll&#232;ge, les donn&#233;es sont moins riches et portent sur une moins longue p&#233;riode. Selon une enqu&#234;te de la DEPP men&#233;e en 2015 et concernant les &#171; comp&#233;tences langagi&#232;res et la litt&#233;racie &#187;, 25% des enqu&#234;t&#233;s ma&#238;trisent les comp&#233;tences attendues ; 60 % d'entre eux ont des r&#233;sultats insuffisants mais qui n'interdisent pas une poursuite d'&#233;tudes ; et 15% n'ont aucun ma&#238;trise, ou une ma&#238;trise r&#233;duite, de ces comp&#233;tences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP-MEN, Note d'information 16.21, juillet 2016.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De leur c&#244;t&#233; les enqu&#234;tes PISA men&#233;es par l'OCDE aupr&#232;s des jeunes de 15 ans font &#233;tat d'une baisse sensible des performances en &#171; compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187; entre 2000 et 2009, qui s'est poursuivie depuis de fa&#231;on tr&#232;s att&#233;nu&#233;e : la part des &#233;l&#232;ves de bas niveau passe de 15% en 2000 &#224; 20% en 2009, puis 21% en 2018&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP-MEN, Note d'information 19.49, d&#233;cembre 2019.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un processus qui s'autoalimente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nul doute possible : les courbes respectives des apprentissages effectifs et des dipl&#244;mes, des m&#233;rites et des r&#233;compenses, pour parler jud&#233;o-chr&#233;tien, se sont fortement &#233;cart&#233;es l'une de l'autre au long des trente-cinq derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question que pose ce constat est bien s&#251;r celle des conditions de l'affaissement des performances. Sans doute ne peut-on n&#233;gliger ce qu'il doit aux facteurs extrascolaires, qu'il s'agisse de l'appauvrissement de la population et du d&#233;litement du tissu social, ou de l'irruption invasive des &#233;crans, sur laquelle insiste E. Todd dans un ouvrage r&#233;cent qui souligne la gravit&#233; des atteintes port&#233;es &#224; la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Todd, Les Luttes de classe en France au XXI&#232;me si&#232;cle, &#201;ditions du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais sans ignorer non plus ce qui est d&#251; &#224; la dynamique autonome de l'appareil scolaire et de sa gestion politique. Les deux courbes ne commencent-elles pas &#224; s'&#233;carter s&#233;rieusement d&#232;s la d&#233;cennie 1985/95, alors que les &#233;crans &#233;taient encore loin d'avoir conquis l'espace juv&#233;nile ? Au vu des donn&#233;es que nous venons de rappeler, la responsabilit&#233; d'une politique qui attend l'am&#233;lioration de la formation des jeunes du seul allongement des parcours, obtenu par le recours &#224; des mesures exclusivement administratives, n'est pas contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orientation qui a consist&#233; &#224; r&#233;duire les redoublements sans traiter les facteurs qui conduisaient au redoublement s'est donc traduite sur la d&#233;cennie 1985/95 par une baisse drastique des performances en maths, et d'une stagnation du niveau en fran&#231;ais. Le minist&#232;re et l'inspection ont tacitement demand&#233; aux professeurs du primaire de fermer les yeux sur les lacunes de leurs &#233;l&#232;ves, sans leur fournir les moyens de r&#233;examiner l'efficacit&#233; de leurs propres pratiques d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers &#233;chelons ont alors contamin&#233; les &#233;chelons sup&#233;rieurs, &#224; commencer par la 6&#232;me de coll&#232;ge, dont les enseignants doivent d&#233;sormais accueillir des &#233;l&#232;ves qui peinent encore &#224; d&#233;chiffrer les textes les plus simples. Que faire ? Parce qu'ils estiment que ce n'est pas leur boulot, qu'ils ne sont pas form&#233;s pour &#231;a (et qu'on ne leur demande pas de le faire !), nombre d'entre eux se r&#233;signeront &#224; &#171; faire avec &#187;, et fermeront les yeux &#224; leur tour : rares sont ceux qui se d&#233;cideront &#224; reprendre un peu syst&#233;matiquement les fondamentaux insuffisants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que selon l'enqu&#234;te SNES/SOFRES de 2002 la majorit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et d'&#233;tage en &#233;tage, la question va se reposer dans les m&#234;mes termes, et susciter les m&#234;mes cons&#233;quences, jusqu'&#224; l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi a-t-on vu arriver dans diff&#233;rentes fili&#232;res universitaires, &#224; partir de la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 1990, un nouveau type d'&#233;tudiants souvent pass&#233;s par un bac technologique, et dont le rapport &#224; la langue &#233;crite t&#233;moignait de failles &#233;l&#233;mentaires. Il a fallu mettre en place par exemple, en premi&#232;re ann&#233;e de sociologie, des ateliers d'&#233;criture dans lesquels on devait reprendre les distinctions entre les accentuations du e, et les accords &#224; la fois orthographiques et s&#233;mantiques entre le sujet et le verbe&#8230; en faisant comprendre que la ma&#238;trise de ces savoirs de base &#233;tait absolument requise, y compris pour passer les concours de la cat&#233;gorie B de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La baisse des performances des jeunes g&#233;n&#233;rations a un double aspect. D'une part la politique d'allongement volontariste des &#233;tudes pousse loin en avant dans le cursus des &#233;l&#232;ves aux bases d&#233;faillantes et qui font baisser le niveau moyen. Second aspect, ce processus qui proc&#232;de d'une baisse du niveau d'exigence intellectuelle provoque une r&#233;action en cha&#238;ne : confront&#233;s &#224; l'arriv&#233;e des nouveaux venus les enseignants du coll&#232;ge, puis du lyc&#233;e, puis de l'universit&#233;, sont &#224; leur tour contraints de mod&#233;rer leurs exigences, parce que les nouveaux venus sont trop nombreux, par compassion &#224; leur &#233;gard, parce qu'en p&#233;riode de ch&#244;mage le dipl&#244;me leur sera indispensable, parce que l'encadrement les encourage en ce sens, etc. Les &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes s'habituent &#224; cette baisse des exigences, rel&#226;chent leurs efforts, ne voient pas de toute fa&#231;on comment ils pourraient rattraper tous les apprentissages b&#226;cl&#233;s, prennent l'habitude de n&#233;gocier leurs notes, etc. Si au d&#233;part l'affaire concerne surtout les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires, ses effets affecteront au bout du compte l'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif. J'ai souvenir d'un coll&#232;gue dont le fils, &#233;l&#232;ve bien class&#233; au demeurant, &#233;tait au d&#233;but des ann&#233;es 2000 en classe de premi&#232;re dans un &#171; bon &#187; lyc&#233;e parisien, et qui s'&#233;tonnait aupr&#232;s de son professeur de fran&#231;ais que celui-ci ne corrige pas l'orthographe des copies du rejeton. Eh bien, r&#233;pondit l'enseignant, si je commen&#231;ais &#224; m'amuser &#224; &#231;a, j'y passerai tout mon temps ! Au-del&#224; m&#234;me du cursus scolaire, les effets de cette &#233;volution se font sentir sur le march&#233; du travail. Un autre souvenir. J'&#233;tais &#224; la m&#234;me &#233;poque &#233;lu syndical au conseil de mon unit&#233; d'enseignement et de recherche, et r&#233;guli&#232;rement affront&#233; au repr&#233;sentant du patronat local. Nous sommes tomb&#233;s une fois d'accord, quand il s'est plaint de devoir recruter des titulaires d'un master de lettres&#8230; affect&#233;s &#224; la correction des rapports &#233;crits des cadres de son entreprise. Inutile d'insister : tous les enseignants qui me liront se rem&#233;moreront pour leur compte bien des anecdotes identiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s la crise sanitaire, un retour &#224; l'anormal ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a des raisons fortes, cependant, de proc&#233;der &#224; un examen explicite et critique d'un &#233;tat des choses que nul en v&#233;rit&#233; n'ignore : je les &#233;voquerai maintenant bri&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Beaucoup d'enseignants sont aujourd'hui condamn&#233;s &#224; subir l'inaccomplissement d'une mission professionnelle qu'ils ont choisie et qui leur tient &#224; c&#339;ur. Plus : ils doivent encore cautionner eux-m&#234;mes cet inaccomplissement en gonflant les notes qu'ils attribuent &#224; des apprentissages qui n'ont pas &#233;t&#233; vraiment r&#233;alis&#233;s. Cette situation a un c&#244;t&#233; pour le moins d&#233;moralisant, voire autodestructif. Mais comment faire autrement quand d'un c&#244;t&#233; l'inspection pousse &#224; la roue (on sait les recommandations donn&#233;es aux jurys de bac) et que, de l'autre, votre compassion naturelle vous enjoint de tout faire pour &#233;viter que vos &#233;l&#232;ves se confrontent sans dipl&#244;mes au ch&#244;mage et &#224; la mal vie, ou pour sauver un &#171; h&#233;ritier &#187; de la d&#233;ch&#233;ance sociale ? (j'ai moi-m&#234;me le souvenir d'&#234;tre intervenu plus d'une fois, en tant que pr&#233;sident d'un jury de bac, pour faire passer malgr&#233; tout des &#233;l&#232;ves d'origine populaire dont les requis &#233;taient pour le moins&#8230; limites.) En finir avec cette double contrainte est pour le corps enseignant une question de sant&#233; professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Le facteur essentiel qui incite &#224; d&#233;noncer la situation actuelle est sans nul doute l'exigence historique d'une &#233;l&#233;vation massive de la formation savante des jeunes g&#233;n&#233;rations. La solution des probl&#232;mes &#233;conomiques, sociaux, &#233;cologiques auxquels le monde humain est aujourd'hui confront&#233; passe par l&#224;. Si nous voulons &#233;viter de donner raison aux collapsologues, il faut assurer la r&#233;sistance aux populismes, ainsi que la capacit&#233; d'imposer et d'assumer l'auto-organisation d&#233;mocratique de nouvelles formes de production et de consommation : et pour cela nous avons besoin d'une r&#233;volution culturelle de masse dont seule l'&#233;cole peut assurer les conditions. Comment d&#233;ployer l'indispensable intelligence collective sans une vigoureuse d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs contemporains ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ La situation que nous connaissons aujourd'hui est le r&#233;sultat d'un double ph&#233;nom&#232;ne : d'une part une politique scolaire qui se r&#233;sume &#224; la gestion des flux, d'autre part un blocage de l'efficience des apprentissages &#233;l&#233;mentaires. Le seul moyen de les conjuguer a consist&#233; &#224; r&#233;duire le niveau d'exigence intellectuelle, soit tacitement (quand on permet la prolongation des cursus en l'absence des requis cognitifs), soit explicitement (quand on pr&#244;ne la &#171; simplification des programmes &#187;, ou qu'on encourage la surnotation des performances). Comment ne pas remarquer que cette perspective portant &#224; traiter les difficult&#233;s d'apprentissage par le contournement de la difficult&#233; intellectuelle et la mod&#233;ration de l'ambition p&#233;dagogique est &#224; l'&#339;uvre bien avant Chev&#232;nement : en r&#233;alit&#233;, d&#232;s les ann&#233;es 1960 et la g&#233;n&#233;ralisation de l'acc&#232;s au secondaire des jeunes d'origine populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? L'effet propre de la dynamique initi&#233;e en 1985 c'est, par sa force impulsive, d'avoir mis en exergue, et au bout de trois d&#233;cennies et demie sous les yeux de tous, ce que produit cette logique du contournement de la difficult&#233; intellectuelle : non seulement elle creuse les in&#233;galit&#233;s scolaires, car la baisse des performances affecte davantage les &#233;l&#232;ves des milieux populaires, mais elle a impact&#233; au passage la scolarit&#233; des &#171; h&#233;ritiers &#187; eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4/ Les experts et cadres p&#233;dagogiques qui aujourd'hui s'&#233;l&#232;vent contre la politique et l'autoritarisme de l'actuel ministre, et dont certaines revendications ne peuvent que rallier les tenants de l'acc&#232;s au savoir pour tous, seraient bien inspir&#233;s de nous dire au nom de quelle &#233;cole, de quelle politique scolaire ils s'insurgent : s'agit-il de construire une &#233;cole d&#233;mocratique et efficiente, ou bien simplement de revenir au monde d'hier, &#224; l'anormal, au temps o&#249; ils avaient la main et qui a produit les r&#233;sultats qu'on vient d'examiner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5/ C'est bien cette m&#234;me question que devra affronter le colloque co-organis&#233; par la CGT, le SNES et le GRDS sur la prolongation &#224; 18 ans de l'obligation scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La date a d&#251; en &#234;tre report&#233;e pour les raisons sanitaires que l'on sait.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qui doit r&#233;unir les organisations syndicales et politiques s'&#233;tant prononc&#233;es pour cette mesure. S'agit-il d'inscrire cette derni&#232;re dans la dynamique ancienne, au risque d'en accentuer encore les effets, ou bien dans la perspective d'une refonte d'ensemble de l'organisation des parcours et des pratiques d'enseignement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6/ Comme les lecteurs familiers de notre site le savent, le GRDS est pour sa part favorable &#224; la seconde alternative et &#224; l'instauration d'une &#171; &#233;cole commune &#187; articul&#233;e sur un tronc commun de 2 &#224; 18 ans. Lequel implique une forte ambition en mati&#232;re p&#233;dagogique, &#224; commencer par l'acquisition des &#171; fondamentaux &#187;, dont la faiblesse chronique depuis des d&#233;cennies a pes&#233; si lourd dans la mont&#233;e de la tol&#233;rance &#224; l'ignorance &#224; tous les niveaux de l'institution scolaire. Une telle vis&#233;e ne partirait pas de rien : d&#232;s aujourd'hui, de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#224; l'universit&#233;, des enseignants confront&#233;s &#224; des publics populaires refusent de baisser les bras et d'en rabattre sur une exigence intellectuelle normale, contribuant &#224; forger le &#171; d&#233;j&#224;-l&#224; &#187; de l'ambition qui devra &#234;tre au principe de l'&#233;cole d&#233;mocratique de demain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP-MEN, &lt;i&gt;Note d'information &lt;/i&gt; 08.38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Normalien fils de proviseur, ex-directeur de l'ENA, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur cette histoire, Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Que faire avec le socle et les comp&#233;tences ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2013, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article164&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article164&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;D'un socle &#224; l'autre&lt;/i&gt;, GRDS, 2014, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article198&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article198&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; cet &#233;gard par exemple Yael Brinbaum, C&#233;dric Hugr&#233;e, Tristan Poullaouec, &#171; 50 % &#224; la licence... mais comment ? Les jeunes de familles populaires &#224; l'Universit&#233; en France &#187;, &lt;i&gt;&#201;conomie et Statistique&lt;/i&gt;, n&#176;499, 2018 : &#171; Lorsque leurs r&#233;sultats aux &#233;valuations en fran&#231;ais et en math&#233;matiques les situent dans le quart inf&#233;rieur des &#233;l&#232;ves de 6&#232;me, seuls 37 % des inscrits en premier cycle universitaire obtiennent une licence. &#192; l'inverse, quand ils faisaient partie du meilleur quart, 71 % ont d&#233;croch&#233; cette licence en premier cycle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir DEPP-MEN, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; 19.08, mars 2019 : &#171; Les taux de re&#769;ussite moyens pour les additions s'e&#769;levaient a&#768; 90 % en 1987 et a&#768; 77 % en 2007. En 2017, ils sont a&#768; 69 %. Pour les soustractions, re&#769;ussies autour de 83 % en 1987, elles ne le sont qu'a&#768; hauteur de 64 % en 2007 et de 55 % en 2017. La baisse est encore plus marque&#769;e pour les divisions : 74 % en 1987, 43 % en 2007 et 37 % en 2017. Concernant les proble&#768;mes, les taux de re&#769;ussite moyens sont de 32 % en 2017. En 1987 et en 2007,ils s'e&#769;levaient respectivement a&#768; 52 % et 40 % .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP/MEN,&lt;i&gt; Note d'information&lt;/i&gt; 15.19, mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP-MEN, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; 19.33, septembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir DEPP-MEN, &lt;i&gt;Notes d'information&lt;/i&gt; 08.38, d&#233;cembre 2008 ; et 16.28, novembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP-MEN, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; 16.21, juillet 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP-MEN, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; 19.49, d&#233;cembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Todd, &lt;i&gt;Les Luttes de classe en France au XXI&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Seuil, Paris, 2020. On pourra lire sur ce site mon compte-rendu, &lt;i&gt;De l'existence d'une &#171; crise &#233;ducative &#187;, et de ses modalit&#233;s&lt;/i&gt;, GRDS, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article315&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article315&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que selon l'enqu&#234;te SNES/SOFRES de 2002 la majorit&#233; des enseignants de coll&#232;ge estimaient alors que le coll&#232;ge unique &#233;tait un pari perdu d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La date a d&#251; en &#234;tre report&#233;e pour les raisons sanitaires que l'on sait.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux populaires&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2020 (ouvrage collectif).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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