<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
	<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/</link>
	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
Contact : gr-ds@orange.fr.
Suivez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/democratisation.scolaire
Et sur Instagram : www.instagram.com/democratisation_scolaire/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?id_mot=27&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
		<url>https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L144xH16/siteon0-ac0ed.png?1790689034</url>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/</link>
		<height>16</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317</guid>
		<dc:date>2020-05-23T14:38:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;cole unique</dc:subject>
		<dc:subject>Savoir</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Comp&#233;tences</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Combattre l'ignorance est la raison d'&#234;tre de l'&#233;cole. Baisser les bras, renoncer &#224; cette lutte serait pour elle s'en prendre au fondement de sa propre existence, se voir min&#233;e par une sorte de maladie auto-immune. Soutenir qu'il se joue aujourd'hui quelque chose de cet ordre, en esquisser m&#234;me l'hypoth&#232;se, aurait toute chance de susciter l'incr&#233;dulit&#233; ; et de passer au mieux pour une provocation gratuite, au pire pour un affront &#224; l'institution, &#224; ses personnels, &#224; leur conscience (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;&#233;cole unique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot18" rel="tag"&gt;Savoir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;Comp&#233;tences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH117/arton317-75604.png?1790689109' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Combattre l'ignorance est la raison d'&#234;tre de l'&#233;cole. Baisser les bras, renoncer &#224; cette lutte serait pour elle s'en prendre au fondement de sa propre existence, se voir min&#233;e par une sorte de maladie auto-immune. Soutenir qu'il se joue aujourd'hui quelque chose de cet ordre, en esquisser m&#234;me l'hypoth&#232;se, aurait toute chance de susciter l'incr&#233;dulit&#233; ; et de passer au mieux pour une provocation gratuite, au pire pour un affront &#224; l'institution, &#224; ses personnels, &#224; leur conscience professionnelle et &#224; leur d&#233;vouement. Et pourtant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre l'affaire quelque peu intelligible, un minimum de recul historique s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ambivalence constitutive de l'&#233;cole unique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1950, le patronat fran&#231;ais estime qu'il est temps d'am&#233;liorer significativement le niveau de formation des jeunes g&#233;n&#233;rations, condition indispensable de la poursuite de l'accumulation du capital dans un contexte de croissance mondiale forte et de vive concurrence internationale. Reprenant l'exigence &#224; son compte, le pouvoir gaulliste s'engage dans la voie d'une unification du syst&#232;me scolaire h&#233;rit&#233; de la Troisi&#232;me R&#233;publique. Le d&#233;cret Berthoin (1959) porte l'obligation scolaire &#224; 16 ans. Il supprime l'examen d'entr&#233;e en 6&#232;me et les petites classes des lyc&#233;es, qui pr&#233;servaient jusque-l&#224; le cloisonnement entre primaire et secondaire. Les conditions d'une g&#233;n&#233;ralisation de l'entr&#233;e au coll&#232;ge se mettent ainsi en place, le primaire devenant une prop&#233;deutique du secondaire et non plus un ordre d'enseignement s&#233;par&#233;. Le processus s'op&#232;rera par &#233;tapes, l'acc&#232;s de tous au coll&#232;ge finissant de se r&#233;aliser en 1972/73, et le coll&#232;ge unique &#233;tant instaur&#233; en 1975. On peut dire que la cr&#233;ation du bac pro en 1985 parach&#232;ve l'architecture du nouveau dispositif, l'&#233;cole unique proposant d&#233;sormais trois fili&#232;res lyc&#233;ennes conduisant au terme du secondaire : l'ancien bac devenu bac g&#233;n&#233;ral ; le bac technologique cr&#233;&#233; en 1968 ; et maintenant le bac professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dispositif a deux faces. Une face affich&#233;e, d'allure progressiste : l'&#233;cole unique ne recrute plus sur crit&#232;res sociaux, comme le souligne le d&#233;cret Berthoin, elle accueille tout le monde, elle donne &#224; chacun sa chance, et r&#233;compense le travail, le m&#233;rite, et les &#171; aptitudes &#187; individuelles. Dans l'univers &#233;ducatif beaucoup estimeront que cette recherche de l'&#233;galit&#233; des chances, quelle que soit ses limites, est un pas en avant vers la r&#233;alisation des id&#233;aux du plan Langevin-Wallon, et qu'il faut prendre au s&#233;rieux ses intentions &#233;galitaires pour les rendre le plus effectives possibles. L'autre face est elle aussi explicit&#233;e par les responsables gaullistes : accepter tous les jeunes au coll&#232;ge ne doit pas remettre en cause la diff&#233;renciation des parcours et le caract&#232;re pr&#233;serv&#233; des voies de l'&#233;lite. Le march&#233; du travail a besoin de tous les niveaux de qualification, &#224; commencer par la main d'&#339;uvre banale. L'objectif du nouveau dispositif ne doit pas &#234;tre en ce sens la transmission &#233;galitaire d'une culture commune, mais d'&#233;lever la formation de chacun sans bouleverser le jeu des positions sociales. La cr&#233;ation successive des fili&#232;res technologiques et professionnelles s'av&#232;rera &#224; cet &#233;gard tr&#232;s efficace pour d&#233;river de l'enseignement g&#233;n&#233;ral la masse des jeunes issus des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole unique donnera une impulsion puissante &#224; la prolongation g&#233;n&#233;rale des parcours. Le taux de bacheliers, de 5% au sortir de la guerre, est &#224; 15% en 1965, et &#224; 29% en 1985. Le minist&#232;re Chev&#232;nement va acc&#233;l&#233;rer encore la tendance. De fa&#231;on tr&#232;s vigoureuse : le taux de bacheliers va passer &#224; 63,5 % en une d&#233;cennie, ayant plus que doubl&#233;. Il y a l&#224; certes l'effet de la cr&#233;ation du bac pro, qui repr&#233;sente 11 % des bacheliers en 1995, mais pas seulement : les titulaires du bac g&#233;n&#233;ral sont pass&#233;s de 20 &#224; 34 %, ceux du bac technologique de 9,5 &#224; 18,5 %. Il faut s'arr&#234;ter sur cette d&#233;cennie 1985/1995, souvent qualifi&#233;e de &#171; seconde explosion scolaire &#187; (apr&#232;s celle des ann&#233;es 1960), car ses effets se font encore sentir aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1985/95 : les dipl&#244;mes contre la crise, mais pour quelle formation ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1985 que le ministre Chev&#232;nement assigne &#224; notre syst&#232;me &#233;ducatif la mission de mener 80 % des nouvelles g&#233;n&#233;rations au niveau du bac, au titre de l'exigence de modernisation du pays et de r&#233;duction du ch&#244;mage. Dans les ann&#233;es 1960 la prolongation des scolarit&#233;s devait permettre la poursuite d'une croissance soutenue : elle est maintenant mise au service de la lutte contre la crise &#233;conomique et le sous-emploi. &#192; un moment o&#249; les cohortes les plus r&#233;centes comptent encore moins de 30 % de bacheliers, l'objectif est d'une ambition consid&#233;rable. Pour soutenir cette ambition, une politique efficace, produisant des r&#233;sultats rapides, para&#238;t incontournable. Le minist&#232;re Chev&#232;nement va prendre en ce sens des d&#233;cisions qui engageront tout l'appareil scolaire dans une direction sans doute mal pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une am&#233;lioration effective et massive de la formation des jeunes que poursuit, la chose fait peu de doute, le ministre. Mais s'en donne-t-il vraiment les moyens ? La volont&#233; de parvenir, l'urgence ressentie, une analyse certainement trop courte des conditions d'une v&#233;ritable formation, vont favoriser l'adoption d'une politique massivement volontariste. Tout se passe comme si le seul probl&#232;me &#233;tait d'obtenir l'allongement des &#233;tudes, dans l'enseignement professionnel en r&#233;affectant &#224; la pr&#233;paration du bac pro des moyens jusque-l&#224; d&#233;volus au CAP, et &#224; tous les niveaux en fluidifiant le passage d'une classe &#224; l'autre, donc en limitant drastiquement les redoublements et en facilitant la r&#233;ussite aux examens. Le succ&#232;s sera au rendez-vous, gr&#226;ce au jeu conjoint de ces mesures, &#224; la crainte du ch&#244;mage, aux perspectives ouvertes aux familles par la d&#233;claration &lt;i&gt;urbi et orbi&lt;/i&gt; que terminer ses &#233;tudes secondaires est d&#233;sormais une norme qui s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles orientations scolaires s'appliquent d&#232;s l'enseignement &#233;l&#233;mentaire. De 1987 &#224; 1997, la proportion d'&#233;l&#232;ves n'ayant redoubl&#233; aucune classe avant le coll&#232;ge passe de 64 &#224; 77%. Or cette am&#233;lioration des parcours ne correspond &#224; aucune am&#233;lioration de la formation r&#233;elle. Au contraire, au cours de la m&#234;me p&#233;riode, les r&#233;sultats &#224; l'entr&#233;e au coll&#232;ge, mesur&#233;s &#224; partir des m&#234;mes &#233;preuves, stagnent en fran&#231;ais et diminuent tr&#232;s sensiblement &#224; toutes les &#233;preuves de calcul&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP-MEN, Note d'information 08.38.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l&#224; un point absolument crucial. Ses implications sont de trois ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant au premier chef les &#233;l&#232;ves qui vont poursuivre leurs &#233;tudes l&#224; o&#249; leurs a&#238;n&#233;s les avaient interrompues, mais sans disposer de plus de ressources intellectuelles qu'eux pour autant, voire en disposant d'une moindre ma&#238;trise des &#171; fondamentaux &#187;, handicap qu'ils vont de plus en plus souvent tra&#238;ner&#8230; jusqu'&#224; l'universit&#233;, dont le public se massifie &#224; partir des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant bien s&#251;r du m&#234;me coup leurs enseignants. D'un c&#244;t&#233; on ne leur a donn&#233; aucun moyen de rendre plus efficiente leur conduite des apprentissages. Mieux, on les prie vivement de poursuivre la mise en &#339;uvre de principes p&#233;dagogiques dont les limites d'efficacit&#233; sont d&#233;sormais av&#233;r&#233;es. De l'autre, ils sont somm&#233;s de laisser passer dans la classe sup&#233;rieure des &#233;l&#232;ves dont ils savent qu'ils sont mal pr&#233;par&#233;s, et on n'h&#233;site pas pour les convaincre &#224; leur ass&#233;ner l'argument issu de la recherche (et pertinent !) selon lequel le redoublement ne sert &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se joue ainsi &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire implique l'arriv&#233;e aux &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me &#233;ducatif d'une masse nouvelle d'&#233;l&#232;ves dot&#233;s d'une ma&#238;trise m&#233;diocre des fondamentaux de la culture &#233;crite, alors que leurs a&#238;n&#233;s sortaient bien plus t&#244;t sur le march&#233; du travail. Leur survenue pose des probl&#232;mes difficiles aux enseignants concern&#233;s, car elle met en cause des pratiques p&#233;dagogiques adapt&#233;es &#224; des &#233;l&#232;ves disposant d'acquis de base mieux assur&#233;s. Nombre d'entre eux r&#233;agiront par une tendance &#224; la baisse des exigences cognitives, qu'ils con&#231;oivent comme la seule fa&#231;on de faire face &#224; la situation sans trop p&#233;naliser leurs &#233;l&#232;ves. La baisse des exigences en amont, seule modalit&#233; imagin&#233;e par l'&#233;quipe chev&#232;nementiste pour favoriser l'essor g&#233;n&#233;ral des scolarit&#233;s, va ainsi susciter celle des exigences en aval. C'est une dynamique sans doute impr&#233;vue par ses initiateurs qui se met d&#232;s lors en place, marqu&#233;e par une tol&#233;rance nouvelle du corps enseignant (tol&#233;rance contrainte et malheureuse pour beaucoup) &#224; l'&#233;gard : des insuffisances cognitives de leurs &#233;l&#232;ves ; des &#233;carts entre les programmes officiels (dont l'ambition tend plut&#244;t &#224; cro&#238;tre) et ce qui en est r&#233;ellement trait&#233; en classe ; et au bout du compte des &#233;carts entre la certification et les comp&#233;tences effectivement acquises. Seules sans doute les fili&#232;res les plus &#233;litistes &#233;chappent significativement &#224; cette dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me cons&#233;quence de la politique chev&#232;nementiste concerne l'encadrement du corps enseignant, somm&#233; pour sa part de la faire appliquer, et progressivement amen&#233; lui aussi (s'agissant au moins d'une partie de l'inspection) &#224; int&#233;grer de ce fait dans sa culture professionnelle une dose de fatalisme &#224; l'&#233;gard de l'&#233;chec scolaire, particuli&#232;rement quand il concerne les classes populaires, et &#224; encourager les enseignants &#224; faire de m&#234;me, en mod&#233;rant le cas &#233;ch&#233;ant leurs ardeurs r&#233;pressives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le tournant du si&#232;cle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trois des cons&#233;quences de l'essor des scolarit&#233;s 1985/1995 seront rapidement per&#231;ues : l'arriv&#233;e au lyc&#233;e et &#224; l'universit&#233; d'&#233;l&#232;ves mal pr&#233;par&#233;s pour y suivre normalement les programmes ; le creusement assez vertigineux de ce fait des in&#233;galit&#233;s cognitives r&#233;elles correspondant au m&#234;me niveau de scolarit&#233; (entre les &#233;tablissements de l'&#233;lite et ceux des &#171; quartiers &#187;), qui fragilise beaucoup la fiction de l'&#233;cole &#171; unique &#187; ; et le fait que malgr&#233; toutes les stimulations, une partie non n&#233;gligeable des publics reste &#224; la tra&#238;ne. Le rapport Fauroux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Normalien fils de proviseur, ex-directeur de l'ENA, etc.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de 1996, qui aura un retentissement consid&#233;rable, en tire les enseignements &#224; sa mani&#232;re. Il propose de &#171; simplifier les programmes, du CP &#224; l'entr&#233;e au lyc&#233;e &#187;, de donner &#171; la priorit&#233; aux activit&#233;s p&#233;riscolaires dans les zones d&#233;favoris&#233;es &#187; (d'amuser la galerie, si l'on pr&#233;f&#232;re), d'ouvrir l'&#233;cole sur la vie, notamment en favorisant l'apprentissage ; et pour les lyc&#233;es il pr&#244;ne &#171; la mise en place de parcours individuels&#8230; en fonction des aptitudes &#187;. Au c&#339;ur de la pol&#233;mique qui s'ensuivra, Jupp&#233; se ralliera publiquement &#224; &#171; la poursuite de la red&#233;finition et de la simplification des programmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport Fauroux est un sympt&#244;me fort de l'usure de la th&#233;matique de l'&#233;galit&#233; des chances. Les in&#233;galit&#233;s scolaires paraissent d&#233;sormais irr&#233;ductibles : mieux vaut dans ces conditions, pour la cr&#233;dibilit&#233; des affichages, jeter un voile pudique sur ce visage historique de l'&#233;cole unique, au b&#233;n&#233;fice d'une &#233;cole peut-&#234;tre in&#233;gale, mais efficace face aux exigences du march&#233; du travail. Et qui n&#233;anmoins, prend soin des plus fragiles. Aux c&#244;t&#233;s de l'appel &#224; des programmes moins exigeants, la conjoncture historique est ainsi marqu&#233;e &#224; cet &#233;gard par la mont&#233;e en puissance de la notion de &#171; minimum culturel commun &#187;. D&#232;s 1985 le rapport du Coll&#232;ge de France cornaqu&#233; par P. Bourdieu et command&#233; par F. Mitterrand avait donn&#233; un premier signal du ralliement de la gauche socialiste au principe d'un SMIC culturel, dont le th&#232;me est repris en 1989 tant dans le rapport Bourdieu-Gros que dans l'ouvrage de Baudelot et Establet, &lt;i&gt;Le Niveau monte&lt;/i&gt; ; puis ult&#233;rieurement par le sociologue Fran&#231;ois Dubet (1999) et l'historien Claude Leli&#232;vre (2003)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur cette histoire, Jean-Pierre Terrail, Que faire avec le socle et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La voie est d&#233;sormais ouverte &#224; la mise en place des politiques de socle commun des ann&#233;es 2000 dans lesquelles se retrouveront, quelles que soient leurs divergences de mise en &#339;uvre, partis de droite (rappelons que Giscard avait &#233;t&#233; le premier &#224; parler de minimum culturel en 1974), partis et syndicats r&#233;formistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, D'un socle &#224; l'autre, GRDS, 2014, .&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant du si&#232;cle appara&#238;t ainsi comme le moment d'une c&#233;sure entre deux &#233;poques de l'&#233;cole unique : la premi&#232;re se r&#233;clamant de l'&#233;galit&#233; des chances, la seconde de la protection des plus faibles (qui b&#233;n&#233;ficieront des comp&#233;tences du socle). Cette bascule des politiques scolaires ne doit pas masquer des continuit&#233;s plus fondamentales. La fa&#231;on de traiter les difficult&#233;s d'apprentissage des &#233;l&#232;ves d'origine populaire par la &#171; simplification des programmes &#187; en est une, essentielle, qui pr&#233;vaut des ann&#233;es 1960 &#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un &#233;cart croissant entre la certification scolaire et les comp&#233;tences cognitives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une autre de ces continuit&#233;s est la dynamique impuls&#233;e par la politique chev&#232;nementiste des ann&#233;es 1980, qui va susciter dans les d&#233;cennies suivantes une mont&#233;e en puissance inqui&#233;tante de la tol&#233;rance &#224; l'ignorance au sein du monde &#233;ducatif. Les donn&#233;es statistiques produites par le service d'&#233;tudes du minist&#232;re de l'&#233;ducation, particuli&#232;rement riches et fouill&#233;es, les meilleures sans doute au monde, sont &#224; cet &#233;gard parfaitement d&#233;monstratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une am&#233;lioration consid&#233;rable des parcours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ressons-nous d'abord aux prolongations d'&#233;tudes et &#224; l'am&#233;lioration de la certification. Au boom assez sid&#233;rant de la d&#233;cennie 1985/1995, pendant laquelle le taux de bacheliers fait plus que doubler, succ&#232;de une d&#233;cennie de stabilisation des parcours. Comme si la force propulsive de l'&#233;cole unique &#233;tait &#233;puis&#233;e, atteignant aux limites que lui assignent ses in&#233;galit&#233;s internes : comment continuer &#224; pousser en avant des &#233;l&#232;ves aux fondamentaux de plus en plus faibles ? Pourtant la croissance va reprendre &#224; partir de 2005, et elle ne cessera plus jusqu'&#224; aujourd'hui. De 63,5 % en 1995, le taux de bacheliers par cohorte est pass&#233; &#224; 80 % en 2019. La croissance de la voie professionnelle, inh&#233;rente aux r&#233;formes du bac pro, et qui est la plus compatible avec la persistance de fondamentaux mal assur&#233;s, y est certes pour beaucoup, comme on le voit ci-dessous :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_282 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH362/capture_d_e_cran_2020-05-19_a_10.01.01-2-39c56.png?1790689109' width='500' height='362' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, ph&#233;nom&#232;ne plus surprenant, l'augmentation de la proportion de bacheliers est &#233;galement due &#224; l'essor de l'enseignement g&#233;n&#233;ral. Apr&#232;s le pic de 1994, et le tassement qui s'en est suivi, et alors que le poids de la voie technologique se maintient, la voie g&#233;n&#233;rale reprend sa croissance &#224; partir de 2005. Ce sont aujourd'hui 42,1 % des jeunes g&#233;n&#233;rations qui d&#233;crochent un bac g&#233;n&#233;ral, contre 33,8 en 1995 (et 19,8 en 1985).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;sultat ne tient pas seulement &#224; la croissance des effectifs inscrits dans la voie g&#233;n&#233;rale. Il est aussi largement redevable &#224; l'am&#233;lioration des taux de r&#233;ussite &#224; l'examen. L'&#233;volution de ces derniers est tr&#232;s significative. Jusqu'en 1985, ils sont assez stables autour d'une moyenne de deux admis sur trois candidats : 63% en 1967, 65% en 1975, 67% en 1985. Puis ils gagnent huit points en 10 ans, et leur croissance se poursuit : ils sont &#224; 75% en 1995, &#224; 80% en 2005, 86% en 2010, 88% en 2019. Et c'est le bac g&#233;n&#233;ral qui exhibe le meilleur taux d'admission : 91% en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cerise sur le g&#226;teau, cette am&#233;lioration spectaculaire des parcours se traduit aussi par une v&#233;ritable inflation des mentions obtenues. Qu'on en juge. En 1967, un candidat sur trois (32%) obtenaient le bac avec une mention ; en 2018, c'est le cas de pr&#232;s de deux sur trois (60% en moyenne, et jusqu'&#224; 63 % pour le bac g&#233;n&#233;ral). 13% des bacs g&#233;n&#233;raux sont d&#233;cern&#233;s avec une mention TB, longtemps quasiment r&#233;serv&#233;e aux laur&#233;ats du concours g&#233;n&#233;ral. Certes la possibilit&#233; de pr&#233;senter des options (dont certaines s'av&#232;rent tr&#232;s rentables, comme le latin) y est pour quelque chose, sans tout expliquer : en 2013, la proportion de bacheliers avec mention &#233;tait de 55 % pour un bac avec option, mais encore de 45% pour un bac sans option&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;gradation des performances cognitives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est bel et bon. Le niveau monte, qui s'en plaindrait ? L'on devrait logiquement s'attendre, avec de tels parcours scolaires, &#224; une forte progression de la qualit&#233; des apprentissages. Or c'est une tout autre chanson que nous donnent &#224; entendre les indicateurs des performances cognitives. Non seulement celles-ci ne s'am&#233;liorent pas autant que les parcours, non seulement elles ne progressent d'aucune fa&#231;on, pire, elles r&#233;gressent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne reviendra pas ici sur ce que l'on sait du poids des acquisitions du primaire pour toute la suite de la scolarit&#233;, jusqu'aux dipl&#244;mes d&#233;croch&#233;s dans l'enseignement sup&#233;rieur : rappelons simplement qu'il est absolument d&#233;cisif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; cet &#233;gard par exemple Yael Brinbaum, C&#233;dric Hugr&#233;e, Tristan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Int&#233;ressons-nous donc aux comp&#233;tences manifest&#233;es par les &#233;l&#232;ves &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En calcul au CM2 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique chev&#232;nementiste se traduit, entre 1987 et 1999, par une baisse tr&#232;s marqu&#233;e des performances des &#233;l&#232;ves de CM2 (mesur&#233;es sur les m&#234;mes &#233;preuves, corrig&#233;es des changements de programmes scolaires aux deux dates, comme pour toutes les comparaisons qui suivent) : 75% des &#233;l&#232;ves obtenaient en 1999 un r&#233;sultat inf&#233;rieur &#224; la m&#233;diane de 1987. Cette d&#233;gradation se poursuit dans les ann&#233;es suivantes : en 2007, ce sont 80% des r&#233;sultats qui sont inf&#233;rieurs &#224; la m&#233;diane de 1985. Et dix ans encore apr&#232;s, en 2017, on constate que la plupart des &#233;l&#232;ves ont des r&#233;sultats inf&#233;rieurs au score moyen des &#233;l&#232;ves interrog&#233;s en 1987 :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_283 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH426/capture_d_e_cran_2020-05-19_a_17.36.04-0f81c.png?1790689109' width='500' height='426' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le recul est tr&#232;s frappant : le score moyen aux &#233;preuves de calcul est pass&#233; de 250 en 1987 &#224; 210 en 1999, 202 en 2007, et la d&#233;gradation s'acc&#233;l&#233;rant &#224; nouveau dans la derni&#232;re d&#233;cennie, 176 en 2017&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir DEPP-MEN, Note d'information 19.08, mars 2019 : &#171; Les taux de re&#769;ussite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme on pouvait s'y attendre, compte-tenu du caract&#232;re massif de cette r&#233;gression, tous les milieux sociaux sont concern&#233;s, dans des proportions globalement comparables, m&#234;me si c'est un peu moins le cas des enfants de cadres et professions sup&#233;rieures :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_284 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH464/capture_d_e_cran_2020-05-19_a_17.40.19-25786.png?1790689109' width='500' height='464' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En maths en 3&#232;me&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les donn&#233;es dont on dispose concernant les performances en maths en fin de coll&#232;ge ne portent que sur la p&#233;riode 2008/2014. Elles confirment, pour un laps de temps aussi court, la r&#233;gression observ&#233;e au CM2 : le score moyen des &#233;l&#232;ves est en baisse significative, la proportion d'&#233;l&#232;ves de faible niveau passe de 15 &#224; 20 %, la corr&#233;lation entre r&#233;ussite en maths et origine sociale se renforce, m&#234;me si aucun milieu social n'&#233;chappe &#224; la tendance &#224; la baisse des performances. Les auteurs de la recherche concluent : &#171; Cette situation s'inscrit dans la continuit&#233; des &#233;tudes d&#233;j&#224; men&#233;es par la DEPP &#224; travers PISA et les r&#233;sultats du brevet &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP/MEN, Note d'information 15.19, mai 2015.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En science en 3&#232;me&lt;/i&gt;, par ailleurs, les r&#233;sultats ne sont pas en reste : &#171; Les performances en science des &#233;l&#232;ves de 3&#232;me sont en baisse en 2018, alors qu'elles &#233;taient rest&#233;es stables entre 2007 et 2013 (&#8230;) La baisse concerne tous les &#233;l&#232;ves, quel que soit le niveau social moyen des coll&#232;ges &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP-MEN, Note d'information 19.33, septembre 2019.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En fran&#231;ais, CM2 et 3&#232;me&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;gradation des comp&#233;tences orthographiques est un ph&#233;nom&#232;ne bien connu. Son ampleur est saisissante. En fin de CM2, &#224; la dict&#233;e (la m&#234;me &#224; chaque fois), 25% des &#233;l&#232;ves de 1987 font plus de 15 fautes : ils sont 60 % dans ce cas en 2015. La r&#233;gression est d'importance comparable quels que soient l'&#226;ge, le sexe, l'origine sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit essentiellement d'une perte d'orthographe grammaticale, significative de l'&#233;volution globale des rapports &#224; la langue &#233;crite. Les r&#233;sultats aux &#233;preuves de &#171; lecture &#187; du CM2 (qui posent des questions de compr&#233;hension sur des textes courts) sont d'ailleurs corr&#233;l&#233;s &#224; 51% en 1987 et 58 % en 2015 &#224; ceux de la dict&#233;e. Et les 20% d'&#233;l&#232;ves qui en 2015 font 25 erreurs ou plus &#224; la dict&#233;e ne r&#233;ussissent qu'une &#233;preuve sur deux en lecture. L'&#233;volution des performances en lecture est toutefois un peu moins catastrophique que celles r&#233;alis&#233;es en dict&#233;e. Le taux de r&#233;ussite moyen &#224; l'&#233;preuve de lecture est de 71 % en 1987 et de 64 % en 2007 et 2015. La baisse affecte l&#224; aussi toutes les cat&#233;gories de public scolaire ; et elle concerne aussi bien la compr&#233;hension imm&#233;diate du texte &#233;crit que la construction d'informations et de significations. On rel&#232;ve que le taux de non r&#233;ponse aux &#233;preuves &#171; n&#233;cessitant la r&#233;daction d'une r&#233;ponse construite &#187; est en hausse constante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir DEPP-MEN, Notes d'information 08.38, d&#233;cembre 2008 ; et 16.28, novembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de coll&#232;ge, les donn&#233;es sont moins riches et portent sur une moins longue p&#233;riode. Selon une enqu&#234;te de la DEPP men&#233;e en 2015 et concernant les &#171; comp&#233;tences langagi&#232;res et la litt&#233;racie &#187;, 25% des enqu&#234;t&#233;s ma&#238;trisent les comp&#233;tences attendues ; 60 % d'entre eux ont des r&#233;sultats insuffisants mais qui n'interdisent pas une poursuite d'&#233;tudes ; et 15% n'ont aucun ma&#238;trise, ou une ma&#238;trise r&#233;duite, de ces comp&#233;tences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP-MEN, Note d'information 16.21, juillet 2016.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De leur c&#244;t&#233; les enqu&#234;tes PISA men&#233;es par l'OCDE aupr&#232;s des jeunes de 15 ans font &#233;tat d'une baisse sensible des performances en &#171; compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187; entre 2000 et 2009, qui s'est poursuivie depuis de fa&#231;on tr&#232;s att&#233;nu&#233;e : la part des &#233;l&#232;ves de bas niveau passe de 15% en 2000 &#224; 20% en 2009, puis 21% en 2018&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP-MEN, Note d'information 19.49, d&#233;cembre 2019.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un processus qui s'autoalimente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nul doute possible : les courbes respectives des apprentissages effectifs et des dipl&#244;mes, des m&#233;rites et des r&#233;compenses, pour parler jud&#233;o-chr&#233;tien, se sont fortement &#233;cart&#233;es l'une de l'autre au long des trente-cinq derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question que pose ce constat est bien s&#251;r celle des conditions de l'affaissement des performances. Sans doute ne peut-on n&#233;gliger ce qu'il doit aux facteurs extrascolaires, qu'il s'agisse de l'appauvrissement de la population et du d&#233;litement du tissu social, ou de l'irruption invasive des &#233;crans, sur laquelle insiste E. Todd dans un ouvrage r&#233;cent qui souligne la gravit&#233; des atteintes port&#233;es &#224; la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Todd, Les Luttes de classe en France au XXI&#232;me si&#232;cle, &#201;ditions du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais sans ignorer non plus ce qui est d&#251; &#224; la dynamique autonome de l'appareil scolaire et de sa gestion politique. Les deux courbes ne commencent-elles pas &#224; s'&#233;carter s&#233;rieusement d&#232;s la d&#233;cennie 1985/95, alors que les &#233;crans &#233;taient encore loin d'avoir conquis l'espace juv&#233;nile ? Au vu des donn&#233;es que nous venons de rappeler, la responsabilit&#233; d'une politique qui attend l'am&#233;lioration de la formation des jeunes du seul allongement des parcours, obtenu par le recours &#224; des mesures exclusivement administratives, n'est pas contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orientation qui a consist&#233; &#224; r&#233;duire les redoublements sans traiter les facteurs qui conduisaient au redoublement s'est donc traduite sur la d&#233;cennie 1985/95 par une baisse drastique des performances en maths, et d'une stagnation du niveau en fran&#231;ais. Le minist&#232;re et l'inspection ont tacitement demand&#233; aux professeurs du primaire de fermer les yeux sur les lacunes de leurs &#233;l&#232;ves, sans leur fournir les moyens de r&#233;examiner l'efficacit&#233; de leurs propres pratiques d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers &#233;chelons ont alors contamin&#233; les &#233;chelons sup&#233;rieurs, &#224; commencer par la 6&#232;me de coll&#232;ge, dont les enseignants doivent d&#233;sormais accueillir des &#233;l&#232;ves qui peinent encore &#224; d&#233;chiffrer les textes les plus simples. Que faire ? Parce qu'ils estiment que ce n'est pas leur boulot, qu'ils ne sont pas form&#233;s pour &#231;a (et qu'on ne leur demande pas de le faire !), nombre d'entre eux se r&#233;signeront &#224; &#171; faire avec &#187;, et fermeront les yeux &#224; leur tour : rares sont ceux qui se d&#233;cideront &#224; reprendre un peu syst&#233;matiquement les fondamentaux insuffisants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que selon l'enqu&#234;te SNES/SOFRES de 2002 la majorit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et d'&#233;tage en &#233;tage, la question va se reposer dans les m&#234;mes termes, et susciter les m&#234;mes cons&#233;quences, jusqu'&#224; l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi a-t-on vu arriver dans diff&#233;rentes fili&#232;res universitaires, &#224; partir de la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 1990, un nouveau type d'&#233;tudiants souvent pass&#233;s par un bac technologique, et dont le rapport &#224; la langue &#233;crite t&#233;moignait de failles &#233;l&#233;mentaires. Il a fallu mettre en place par exemple, en premi&#232;re ann&#233;e de sociologie, des ateliers d'&#233;criture dans lesquels on devait reprendre les distinctions entre les accentuations du e, et les accords &#224; la fois orthographiques et s&#233;mantiques entre le sujet et le verbe&#8230; en faisant comprendre que la ma&#238;trise de ces savoirs de base &#233;tait absolument requise, y compris pour passer les concours de la cat&#233;gorie B de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La baisse des performances des jeunes g&#233;n&#233;rations a un double aspect. D'une part la politique d'allongement volontariste des &#233;tudes pousse loin en avant dans le cursus des &#233;l&#232;ves aux bases d&#233;faillantes et qui font baisser le niveau moyen. Second aspect, ce processus qui proc&#232;de d'une baisse du niveau d'exigence intellectuelle provoque une r&#233;action en cha&#238;ne : confront&#233;s &#224; l'arriv&#233;e des nouveaux venus les enseignants du coll&#232;ge, puis du lyc&#233;e, puis de l'universit&#233;, sont &#224; leur tour contraints de mod&#233;rer leurs exigences, parce que les nouveaux venus sont trop nombreux, par compassion &#224; leur &#233;gard, parce qu'en p&#233;riode de ch&#244;mage le dipl&#244;me leur sera indispensable, parce que l'encadrement les encourage en ce sens, etc. Les &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes s'habituent &#224; cette baisse des exigences, rel&#226;chent leurs efforts, ne voient pas de toute fa&#231;on comment ils pourraient rattraper tous les apprentissages b&#226;cl&#233;s, prennent l'habitude de n&#233;gocier leurs notes, etc. Si au d&#233;part l'affaire concerne surtout les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires, ses effets affecteront au bout du compte l'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif. J'ai souvenir d'un coll&#232;gue dont le fils, &#233;l&#232;ve bien class&#233; au demeurant, &#233;tait au d&#233;but des ann&#233;es 2000 en classe de premi&#232;re dans un &#171; bon &#187; lyc&#233;e parisien, et qui s'&#233;tonnait aupr&#232;s de son professeur de fran&#231;ais que celui-ci ne corrige pas l'orthographe des copies du rejeton. Eh bien, r&#233;pondit l'enseignant, si je commen&#231;ais &#224; m'amuser &#224; &#231;a, j'y passerai tout mon temps ! Au-del&#224; m&#234;me du cursus scolaire, les effets de cette &#233;volution se font sentir sur le march&#233; du travail. Un autre souvenir. J'&#233;tais &#224; la m&#234;me &#233;poque &#233;lu syndical au conseil de mon unit&#233; d'enseignement et de recherche, et r&#233;guli&#232;rement affront&#233; au repr&#233;sentant du patronat local. Nous sommes tomb&#233;s une fois d'accord, quand il s'est plaint de devoir recruter des titulaires d'un master de lettres&#8230; affect&#233;s &#224; la correction des rapports &#233;crits des cadres de son entreprise. Inutile d'insister : tous les enseignants qui me liront se rem&#233;moreront pour leur compte bien des anecdotes identiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s la crise sanitaire, un retour &#224; l'anormal ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a des raisons fortes, cependant, de proc&#233;der &#224; un examen explicite et critique d'un &#233;tat des choses que nul en v&#233;rit&#233; n'ignore : je les &#233;voquerai maintenant bri&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Beaucoup d'enseignants sont aujourd'hui condamn&#233;s &#224; subir l'inaccomplissement d'une mission professionnelle qu'ils ont choisie et qui leur tient &#224; c&#339;ur. Plus : ils doivent encore cautionner eux-m&#234;mes cet inaccomplissement en gonflant les notes qu'ils attribuent &#224; des apprentissages qui n'ont pas &#233;t&#233; vraiment r&#233;alis&#233;s. Cette situation a un c&#244;t&#233; pour le moins d&#233;moralisant, voire autodestructif. Mais comment faire autrement quand d'un c&#244;t&#233; l'inspection pousse &#224; la roue (on sait les recommandations donn&#233;es aux jurys de bac) et que, de l'autre, votre compassion naturelle vous enjoint de tout faire pour &#233;viter que vos &#233;l&#232;ves se confrontent sans dipl&#244;mes au ch&#244;mage et &#224; la mal vie, ou pour sauver un &#171; h&#233;ritier &#187; de la d&#233;ch&#233;ance sociale ? (j'ai moi-m&#234;me le souvenir d'&#234;tre intervenu plus d'une fois, en tant que pr&#233;sident d'un jury de bac, pour faire passer malgr&#233; tout des &#233;l&#232;ves d'origine populaire dont les requis &#233;taient pour le moins&#8230; limites.) En finir avec cette double contrainte est pour le corps enseignant une question de sant&#233; professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Le facteur essentiel qui incite &#224; d&#233;noncer la situation actuelle est sans nul doute l'exigence historique d'une &#233;l&#233;vation massive de la formation savante des jeunes g&#233;n&#233;rations. La solution des probl&#232;mes &#233;conomiques, sociaux, &#233;cologiques auxquels le monde humain est aujourd'hui confront&#233; passe par l&#224;. Si nous voulons &#233;viter de donner raison aux collapsologues, il faut assurer la r&#233;sistance aux populismes, ainsi que la capacit&#233; d'imposer et d'assumer l'auto-organisation d&#233;mocratique de nouvelles formes de production et de consommation : et pour cela nous avons besoin d'une r&#233;volution culturelle de masse dont seule l'&#233;cole peut assurer les conditions. Comment d&#233;ployer l'indispensable intelligence collective sans une vigoureuse d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs contemporains ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ La situation que nous connaissons aujourd'hui est le r&#233;sultat d'un double ph&#233;nom&#232;ne : d'une part une politique scolaire qui se r&#233;sume &#224; la gestion des flux, d'autre part un blocage de l'efficience des apprentissages &#233;l&#233;mentaires. Le seul moyen de les conjuguer a consist&#233; &#224; r&#233;duire le niveau d'exigence intellectuelle, soit tacitement (quand on permet la prolongation des cursus en l'absence des requis cognitifs), soit explicitement (quand on pr&#244;ne la &#171; simplification des programmes &#187;, ou qu'on encourage la surnotation des performances). Comment ne pas remarquer que cette perspective portant &#224; traiter les difficult&#233;s d'apprentissage par le contournement de la difficult&#233; intellectuelle et la mod&#233;ration de l'ambition p&#233;dagogique est &#224; l'&#339;uvre bien avant Chev&#232;nement : en r&#233;alit&#233;, d&#232;s les ann&#233;es 1960 et la g&#233;n&#233;ralisation de l'acc&#232;s au secondaire des jeunes d'origine populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? L'effet propre de la dynamique initi&#233;e en 1985 c'est, par sa force impulsive, d'avoir mis en exergue, et au bout de trois d&#233;cennies et demie sous les yeux de tous, ce que produit cette logique du contournement de la difficult&#233; intellectuelle : non seulement elle creuse les in&#233;galit&#233;s scolaires, car la baisse des performances affecte davantage les &#233;l&#232;ves des milieux populaires, mais elle a impact&#233; au passage la scolarit&#233; des &#171; h&#233;ritiers &#187; eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4/ Les experts et cadres p&#233;dagogiques qui aujourd'hui s'&#233;l&#232;vent contre la politique et l'autoritarisme de l'actuel ministre, et dont certaines revendications ne peuvent que rallier les tenants de l'acc&#232;s au savoir pour tous, seraient bien inspir&#233;s de nous dire au nom de quelle &#233;cole, de quelle politique scolaire ils s'insurgent : s'agit-il de construire une &#233;cole d&#233;mocratique et efficiente, ou bien simplement de revenir au monde d'hier, &#224; l'anormal, au temps o&#249; ils avaient la main et qui a produit les r&#233;sultats qu'on vient d'examiner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5/ C'est bien cette m&#234;me question que devra affronter le colloque co-organis&#233; par la CGT, le SNES et le GRDS sur la prolongation &#224; 18 ans de l'obligation scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La date a d&#251; en &#234;tre report&#233;e pour les raisons sanitaires que l'on sait.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qui doit r&#233;unir les organisations syndicales et politiques s'&#233;tant prononc&#233;es pour cette mesure. S'agit-il d'inscrire cette derni&#232;re dans la dynamique ancienne, au risque d'en accentuer encore les effets, ou bien dans la perspective d'une refonte d'ensemble de l'organisation des parcours et des pratiques d'enseignement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6/ Comme les lecteurs familiers de notre site le savent, le GRDS est pour sa part favorable &#224; la seconde alternative et &#224; l'instauration d'une &#171; &#233;cole commune &#187; articul&#233;e sur un tronc commun de 2 &#224; 18 ans. Lequel implique une forte ambition en mati&#232;re p&#233;dagogique, &#224; commencer par l'acquisition des &#171; fondamentaux &#187;, dont la faiblesse chronique depuis des d&#233;cennies a pes&#233; si lourd dans la mont&#233;e de la tol&#233;rance &#224; l'ignorance &#224; tous les niveaux de l'institution scolaire. Une telle vis&#233;e ne partirait pas de rien : d&#232;s aujourd'hui, de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#224; l'universit&#233;, des enseignants confront&#233;s &#224; des publics populaires refusent de baisser les bras et d'en rabattre sur une exigence intellectuelle normale, contribuant &#224; forger le &#171; d&#233;j&#224;-l&#224; &#187; de l'ambition qui devra &#234;tre au principe de l'&#233;cole d&#233;mocratique de demain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP-MEN, &lt;i&gt;Note d'information &lt;/i&gt; 08.38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Normalien fils de proviseur, ex-directeur de l'ENA, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur cette histoire, Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Que faire avec le socle et les comp&#233;tences ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2013, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article164&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article164&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;D'un socle &#224; l'autre&lt;/i&gt;, GRDS, 2014, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article198&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article198&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; cet &#233;gard par exemple Yael Brinbaum, C&#233;dric Hugr&#233;e, Tristan Poullaouec, &#171; 50 % &#224; la licence... mais comment ? Les jeunes de familles populaires &#224; l'Universit&#233; en France &#187;, &lt;i&gt;&#201;conomie et Statistique&lt;/i&gt;, n&#176;499, 2018 : &#171; Lorsque leurs r&#233;sultats aux &#233;valuations en fran&#231;ais et en math&#233;matiques les situent dans le quart inf&#233;rieur des &#233;l&#232;ves de 6&#232;me, seuls 37 % des inscrits en premier cycle universitaire obtiennent une licence. &#192; l'inverse, quand ils faisaient partie du meilleur quart, 71 % ont d&#233;croch&#233; cette licence en premier cycle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir DEPP-MEN, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; 19.08, mars 2019 : &#171; Les taux de re&#769;ussite moyens pour les additions s'e&#769;levaient a&#768; 90 % en 1987 et a&#768; 77 % en 2007. En 2017, ils sont a&#768; 69 %. Pour les soustractions, re&#769;ussies autour de 83 % en 1987, elles ne le sont qu'a&#768; hauteur de 64 % en 2007 et de 55 % en 2017. La baisse est encore plus marque&#769;e pour les divisions : 74 % en 1987, 43 % en 2007 et 37 % en 2017. Concernant les proble&#768;mes, les taux de re&#769;ussite moyens sont de 32 % en 2017. En 1987 et en 2007,ils s'e&#769;levaient respectivement a&#768; 52 % et 40 % .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP/MEN,&lt;i&gt; Note d'information&lt;/i&gt; 15.19, mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP-MEN, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; 19.33, septembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir DEPP-MEN, &lt;i&gt;Notes d'information&lt;/i&gt; 08.38, d&#233;cembre 2008 ; et 16.28, novembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP-MEN, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; 16.21, juillet 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP-MEN, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; 19.49, d&#233;cembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Todd, &lt;i&gt;Les Luttes de classe en France au XXI&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Seuil, Paris, 2020. On pourra lire sur ce site mon compte-rendu, &lt;i&gt;De l'existence d'une &#171; crise &#233;ducative &#187;, et de ses modalit&#233;s&lt;/i&gt;, GRDS, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article315&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article315&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que selon l'enqu&#234;te SNES/SOFRES de 2002 la majorit&#233; des enseignants de coll&#232;ge estimaient alors que le coll&#232;ge unique &#233;tait un pari perdu d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La date a d&#251; en &#234;tre report&#233;e pour les raisons sanitaires que l'on sait.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux populaires&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2020 (ouvrage collectif).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la doxa lib&#233;rale-libertaire en &#233;ducation (I)</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article293</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article293</guid>
		<dc:date>2018-10-03T08:23:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jos&#233; Tovar</dc:creator>


		<dc:subject>Syndicats</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Partis</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le temps para&#238;t loin o&#249; Bourdieu en appelait &#224; une &#171; p&#233;dagogie rationnelle &#187; propre &#224; contrecarrer les in&#233;galit&#233;s culturelles face &#224; l'&#233;cole (1966), o&#249; Baudelot et Establet se permettaient une critique radicale de &#171; l'&#233;cole capitaliste en France &#187; (1971), o&#249; le SNES adoptait un projet d'&#233;cole &#171; progressive &#187; plus ambitieusement d&#233;mocratique que le plan Langevin-Wallon (1978). Alors m&#234;me que l'&#233;chec scolaire ou la m&#233;diocre formation de beaucoup de jeunes sont devenus comme jamais une menace (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Controverses p&#233;dagogiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Syndicats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;Partis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH114/arton293-66370.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le temps para&#238;t loin o&#249; Bourdieu en appelait &#224; une &#171; p&#233;dagogie rationnelle &#187; propre &#224; contrecarrer les in&#233;galit&#233;s culturelles face &#224; l'&#233;cole (1966), o&#249; Baudelot et Establet se permettaient une critique radicale de &#171; l'&#233;cole capitaliste en France &#187; (1971), o&#249; le SNES adoptait un projet d'&#233;cole &#171; progressive &#187; plus ambitieusement d&#233;mocratique que le plan Langevin-Wallon (1978). Alors m&#234;me que l'&#233;chec scolaire ou la m&#233;diocre formation de beaucoup de jeunes sont devenus comme jamais une menace pour notre avenir commun, on ne voit gu&#232;re &#224; gauche de d&#233;bats de fond qui s'empareraient de la question essentielle d'un acc&#232;s g&#233;n&#233;ralis&#233; aux savoirs &#233;labor&#233;s de la culture &#233;crite. Sur les probl&#232;mes du climat, de l'environnement, des crises financi&#232;res, de l'agriculture industrielle, etc. l'urgence historique stimule, dans les partis, les syndicats, les associations, l'&#233;laboration r&#233;fl&#233;chie de projets novateurs et subversifs. Difficile d'en dire autant, sauf &#224; la marge, dans le domaine scolaire. Du c&#244;t&#233; de la galaxie des organisations qui gravitent autour du PS, il est souvent malais&#233; de discerner ce qui, sur les enjeux essentiels, ferait vraiment clivage avec les orientations pr&#244;n&#233;es au plan mondial par les puissances d'argent et mises en &#339;uvre en France tant par la droite que par la gauche dite &#171; de gouvernement &#187;. Et &#224; la gauche de cette gauche, si certains objectifs &#224; vis&#233;e d&#233;mocratique sont parfois encore mis en avant, telle l'obligation scolaire &#224; dix-huit ans, ils ne sont pas inscrits dans un projet de transformation d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif qui pourrait seul leur donner quelque cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce vide conceptuel et programmatique, la question ne peut pas ne pas &#234;tre pos&#233;e. Les classes dominantes auraient-elles gagn&#233; la bataille des id&#233;es sur l'&#233;cole ? Partant des d&#233;bats scolaires les plus marquants des derni&#232;res d&#233;cennies, Jos&#233; Tovar s'int&#233;resse ici &#224; l'entreprise de conqu&#234;te de l'h&#233;g&#233;monie culturelle men&#233;e par la r&#233;volution conservatrice, et interroge sa proximit&#233; id&#233;ologique &#8211; sinon politique &#8211; avec la Doxa &#233;ducative de la gauche compassionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re partie de son &#233;tude, il examine d'abord la fa&#231;on dont se sont progressivement impos&#233;s, au long du dernier demi-si&#232;cle, les grands th&#232;mes qui font aujourd'hui largement consensus : l'in&#233;galit&#233; des capacit&#233;s, la n&#233;cessit&#233; du soutien aux plus d&#233;favoris&#233;s, la revalorisation de la fili&#232;re professionnelle, etc. Il s'int&#233;resse ensuite aux d&#233;bats qui, sur des points pr&#233;cis (la continuit&#233; &#233;cole-coll&#232;ge, la co-&#233;ducation, l'interdisciplinarit&#233;, etc.), ont traduit et manifest&#233; la mont&#233;e en puissance de ces th&#232;mes consensuels et les ont d&#233;velopp&#233;s en &#171; doxa p&#233;dagogique &#187; (celle-ci a fait l'objet de plusieurs contributions sur notre site &#8211; par exemple d'Alain Beitone, Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, Jos&#233; Tovar lui-m&#234;me, notamment, mais jamais encore d'un tel essai d'inventaire de ses th&#232;mes les plus r&#233;currents et des organisations qui les soutiennent ou les promeuvent). L'auteur s'arr&#234;te pour finir sur quelques points chauds (l'&#233;ducabilit&#233; universelle, la lecture, les rythmes scolaires, l'obligation scolaire) qui divisent la gauche de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte-tenu de l'ampleur de cette premi&#232;re partie, que l'ambition de sa vis&#233;e rendait in&#233;vitable, nous publierons ult&#233;rieurement, toujours sur le site du GRDS, la deuxi&#232;me partie de l'&#233;tude dans laquelle Jos&#233; Tovar confronte les positions, propositions, &#233;ventuellement projets d'&#233;cole, port&#233;s aujourd'hui par les organisations politiques et syndicales de la gauche et les mouvements p&#233;dagogiques.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;ambule - La soci&#233;t&#233; fran&#231;aise face &#224; son syst&#232;me &#233;ducatif &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Emploi (48 %), sant&#233; (42 %), &#233;ducation (37 %) : tels sont aux yeux des Fran&#231;ais les trois domaines sur lesquels les pouvoirs publics devraient agir prioritairement, selon le barom&#232;tre de l'Institut Paul Delouvrier publi&#233; le 15/12/2017.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation est le socle de tout syst&#232;me d&#233;mocratique ; elle donne aux citoyens les savoirs, les modes et les cadres de pens&#233;e qui permettent de choisir et d'agir. Ce n'est donc pas par hasard que, comme l'indiquent tous les sondages, l'&#233;cole est une des questions de soci&#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement consid&#233;r&#233;es comme prioritaires. D'o&#249; de tr&#232;s forts investissements familiaux dans tous les milieux sociaux ; une revendication g&#233;n&#233;ralis&#233;e d'&#233;tudes sup&#233;rieures &#224; laquelle seule une profonde d&#233;mocratisation du syst&#232;me dans sa globalit&#233; pourrait donner satisfaction ; un m&#233;contentement croissant des classes populaires face &#224; leur exclusion massive et persistante des &#171; bons &#187; parcours scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque historique interdit de m&#233;conna&#238;tre cette aspiration &#224; la d&#233;mocratisation, de la r&#233;duire &#224; un effet de concurrence pour les &#171; bonnes places &#187; sociales, &#224; la poursuite &#233;go&#239;ste du meilleur pour soi seul. En r&#233;alit&#233; l'acc&#232;s de tous les jeunes &#224; un haut niveau de connaissances est une des conditions incontournables de l'av&#232;nement demain d'une soci&#233;t&#233; v&#233;ritablement d&#233;mocratique mais aussi tout simplement de la survie de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les grandes forces sociales se situent-elles par rapport &#224; cet enjeu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite le prend en compte en parlant de &#171; soci&#233;t&#233; de la connaissance &#187;, mais &#224; sa fa&#231;on : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;	malthusienne : la soci&#233;t&#233; de la connaissance n'est pas pour tout le monde, donc nul besoin de remettre fondamentalement en cause les in&#233;galit&#233;s sociales d'acc&#232;s aux savoirs, on se contentera du &#171; socle commun &#187; pour les pauvres ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;	utilitariste : l'&#233;cole doit essentiellement se consacrer &#224; la formation de comp&#233;tences ad hoc pour le march&#233; du travail ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;	conforme &#224; la logique marchande et entrepreneuriale : la formation des jeunes doit &#234;tre institu&#233;e en march&#233; concurrentiel, les &#233;coles en entreprises, les responsables d'&#233;tablissements en chefs d'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la fraction traditionnaliste de la droite et du patronat, ces objectifs doivent &#234;tre atteints par la mise en &#339;uvre d'une p&#233;dagogie d'autorit&#233;, conforme &#224; l'id&#233;al d'une soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchique et patriarcale. Pour la fraction moderniste, une p&#233;dagogie au visage plus lib&#233;ral et permissif peut para&#238;tre plus efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; gauche on ne retrouve pas une telle relative convergence de vues. On n'y observe gu&#232;re de d&#233;bat de fond interrogeant ce que devraient &#234;tre les principes g&#233;n&#233;raux d'une politique scolaire progressiste. Il existe peu de projets novateurs s'emparant ouvertement de l'enjeu de la d&#233;mocratisation scolaire et visant une transformation d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif. Ce sont les syndicats enseignants qui donnent le ton de l'opposition aux politiques scolaires de droite, les partis politiques s'en d&#233;marquent peu, et pour les associations p&#233;dagogiques la question des objectifs de l'enseignement est subsum&#233;e par celle des fa&#231;ons d'enseigner. Une telle conjoncture favorise l'association de la droite &#224; l'initiative et &#224; la r&#233;forme, et de la gauche &#224; une posture d&#233;fensive et trop souvent conservatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte les positions &#224; gauche apparaissent diversifi&#233;es selon deux axes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part celui du rapport aux in&#233;galit&#233;s de classe. Une bonne partie des organisations (politiques mais aussi syndicales et associatives), fortement influenc&#233;e par le syndrome d&#233;ficitariste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression est de Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; accepte pour l'essentiel, plus ou moins implicitement et sous couvert de pragmatisme, les in&#233;galit&#233;s scolaires existantes, se ralliant, comme l'ont montr&#233; les minist&#232;res successifs de la pr&#233;sidence Hollande, aux politiques de socle commun pr&#244;n&#233;es par l'Europe n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la gauche de cette gauche le refus d'abandonner une partie des jeunes aux consolations du socle commun se traduit notamment par le projet de porter l'&#226;ge de la scolarit&#233; obligatoire de 16 &#224; 18 ans. Mais l'incertitude sur la fa&#231;on de s'y prendre pour scolariser efficacement tous les &#233;l&#232;ves jusqu'&#224; cet &#226;ge qui est celui de la majorit&#233; civile incite souvent au maintien de fili&#232;res lyc&#233;ennes diff&#233;renci&#233;es et clairement s&#233;gr&#233;gatives, conduisant de fait &#224; limiter l'ambition d&#233;mocratique : la proposition du GRDS d'un tronc commun jusqu'&#224; un bac de culture commune reste encore largement minoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second axe de diversification des positions de gauche concerne les principes de la p&#233;dagogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la gauche socialisante r&#232;gne sans partage une &#034;doxa&#034;, un ensemble de repr&#233;sentations et de normes, de pr&#233;suppos&#233;s et d'implicites qui prend forme dans les ann&#233;es 1960/70, empruntant au patrimoine de l'&#233;ducation nouvelle, et qui s'est tr&#232;s largement impos&#233; et institutionnalis&#233; depuis lors dans le monde de l'&#233;cole, s'incrustant profond&#233;ment dans la r&#233;flexion p&#233;dagogique au fil des ans. Cette doxa est port&#233;e par diff&#233;rents secteurs de l'univers &#233;ducatif. Ces derniers revendiquent le monopole du discours progressiste, et toute contestation de la doxa - y compris &#233;manant du m&#234;me milieu id&#233;ologique et politique - est automatiquement class&#233;e comme conservatrice, voire r&#233;actionnaire. Son influence est devenue largement majoritaire, concernant une grande partie tant de la droite que de la gauche. C'est que &#171; &#224; l'&#233;cole comme dans l'entreprise l'action militante en faveur de l'&#233;ducation nouvelle est relay&#233;e, &#224; partir des ann&#233;es 1960 et plus encore apr&#232;s 1968, par une part croissante des responsables du syst&#232;me &#233;ducatif qui entendent r&#233;former les contenus d'enseignement et les m&#233;thodes p&#233;dagogiques pour s'adapter &#224; la massification progressive de l'enseignement secondaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur le site du GRDS : http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?artic&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses sont plus complexes &#224; gauche de la gauche. Comment ne pas avoir conscience ici qu'il serait difficile de conduire tous les jeunes jusqu'&#224; l'entr&#233;e dans l'enseignement sup&#233;rieur en s'en tenant &#224; des pr&#233;ceptes p&#233;dagogiques qui ont eu le temps en quelques d&#233;cennies d'exhiber les limites de leur efficacit&#233; ? Mais l'emprise de la m&#234;me doxa, tenant aux circonstances historiques de sa formation et &#224; ses r&#233;f&#233;rences aux courants d'&#233;ducation nouvelle, rend le d&#233;bat compliqu&#233;, jetant a priori la suspicion sur toute tentative &#171; progressiste &#187; de la remettre en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; un point crucial. Notre conviction est qu'aucune perspective de d&#233;mocratisation significative de notre syst&#232;me &#233;ducatif n'est envisageable sans recours &#224; des dispositifs p&#233;dagogiques et &#224; des pratiques d'enseignement en rupture avec les principes de cette doxa. L'examen critique de cette derni&#232;re nous para&#238;t constituer en ce sens un pr&#233;alable indispensable &#224; toute transformation d&#233;mocratique de notre &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien s&#251;r pour souligner la convergence droite/gauche de ses partisans que nous la qualifions ici de &#171; doxa &#233;ducative lib&#233;rale-libertaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La qualification de &#171; lib&#233;rale-libertaire &#187; est emprunt&#233;e &#224; Michel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est elle que nous entendons d&#233;crire et interroger dans la mesure o&#249; elle &#171; plombe &#187; le d&#233;bat, interdisant toute tentative d'&#233;laboration d'une politique scolaire alternative, et cela presque toujours avec l'alibi de l'expertise professionnelle et la caution de plus d'un si&#232;cle de combats pour la construction et la d&#233;fense d'une &#233;cole d&#233;mocratique, de l'histoire de l'&#201;ducation Nouvelle au Plan Langevin-Wallon et &#224; mai 1968&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; lire pour un r&#233;sum&#233; rapide de l'histoire de l'installation dans le d&#233;bat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les fondamentaux &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; Dons &#187;, &#171; aptitudes &#187;, &#171; qualit&#233;s &#187;, &#171; talents &#187; &#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1920-30, la revendication appara&#238;t avec force, sous l'influence des Compagnons de l'Universit&#233; Nouvelle, d'une ouverture de l'enseignement secondaire aux enfants des classes populaires, qui en &#233;taient jusqu'alors pratiquement exclus. Au moment du gouvernement de front populaire, Jean Zay &#233;tant ministre de l'instruction publique, Henri Pi&#233;ron, un des fondateurs de la psychologie scientifique en France &#233;crit, dans un article destin&#233; &#224; justifier la cr&#233;ation d'un v&#233;ritable service de l'Orientation Professionnelle des jeunes : &#171; Il est possible d'affirmer, en l'&#233;tat actuel de nos connaissances, la validit&#233; du fondement de l'OP (orientation Professionnelle), &#224; savoir l'existence chez les hommes d'aptitudes diff&#233;rentes d'origine constitutionnelle, h&#233;r&#233;ditaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Pi&#233;ron : &#171; Ennemis et amis de l'orientation professionnelle &#187;, BINOP, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le concept de diff&#233;rence des intelligences, repris sous diverses formes avec des justifications se voulant d'ordre scientifique au XIX&#232;me si&#232;cle (y compris sous la forme des &#171; dons inn&#233;s &#187;) selon les &#233;poques, marquera pour longtemps la pens&#233;e &#233;ducative des militants progressistes. C'est dans ce contexte id&#233;ologique que le syst&#232;me scolaire fran&#231;ais public tel que nous le connaissons aujourd'hui s'est historiquement construit, au travers d'une lutte permanente pour soumettre l'acc&#232;s aux titres scolaires au m&#233;rite personnel (qui renvoie &#224; des qualit&#233;s individuelles d'ordre psychologique et moral, telles que la volont&#233;, le s&#233;rieux, le travail, etc&#8230;), plut&#244;t qu'aux privil&#232;ges li&#233;s &#224; la naissance et &#224; la fortune. Mais la bataille pour faire admettre que tous (les &#234;tres humains) sont intelligents et donc capables de poursuivre avec succ&#232;s des &#233;tudes longues pourvu qu'on leur en donne la possibilit&#233; est loin d'&#234;tre achev&#233;e. Ainsi, dans le rapport du HCE sur le coll&#232;ge en 2010, on peut lire : &#171; Chaque &#233;l&#232;ve doit avoir la possibilit&#233; d'aller au plus loin de ses capacit&#233;s et de d&#233;velopper une forme de talent, quel que soit le domaine d'exercice &#187;. Pour les &#171; experts &#187; du HCE, les capacit&#233;s des &#233;l&#232;ves, d&#233;j&#224; l&#224;, ne sont qu'&#224; r&#233;v&#233;ler&#8230; et non &#224; construire. Toute une philosophie, dont les traces subsistent encore il est vrai dans le Plan Langevin-Wallon : mais plus de sept d&#233;cennies se sont &#233;coul&#233;es depuis, qui ont permis une critique radicale, anthropologique aussi bien que neurobiologique, de toute id&#233;ologie des dons ou des aptitudes inn&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'&#233;galit&#233; en droits au m&#233;rite et &#224; &#171; l'&#233;galit&#233; des chances &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, le plan Langevin-Wallon (1947) fera du concept de m&#233;rite (plus souvent d&#233;sign&#233; sous le terme de &#171; talents &#187;, sorte de compromis entre la notion de &#171; don &#187; et celle de &#171; vertu &#187;) la base de toutes ses propositions de d&#233;mocratisation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.M. Chapoulie, L'&#201;cole d'&#201;tat conquiert la France, P.U. Rennes 2010.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il re&#231;oit alors le soutien unanime des forces de gauche dans leur diversit&#233;, de la CGT et de la FEN en particulier au plan syndical, ainsi que de nombreux &#233;ducateurs progressistes proches de la SFIO ou du PCF. Ce concept s'appuie sur une bataille id&#233;ologique et politique incessante h&#233;rit&#233;e de la r&#233;volution fran&#231;aise : celle de l'&#233;galit&#233; des droits pour tous les citoyens, qui se traduit sur le plan scolaire par la revendication de l'&#233;galit&#233; des chances. La mise en &#339;uvre de ce principe rel&#232;ve de la responsabilit&#233; premi&#232;re de l'&#201;tat r&#233;publicain au travers d'un ensemble de lois et r&#232;glements inscrits dans le code de l'&#233;ducation. On sait depuis Bourdieu que les conditions de l'&#233;galit&#233; des chances ne sont pas r&#233;alis&#233;es, mais rien n'y fait : le mythe r&#233;siste, bien qu'il soit r&#233;guli&#232;rement mis en cause aussi bien par l'analyse des r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves selon leur origine sociale (voir PISA), que par les politiques in&#233;galitaires d'attribution des moyens dues tant aux gouvernements de droite qu'&#224; ceux de gauche depuis des d&#233;cennies, bien s&#251;r toujours &#224; l'avantage des &#233;tablissements les mieux pourvus en &#233;l&#232;ves plus favoris&#233;s. On pourrait &#233;voquer en ce sens le rapport r&#233;cent qui expose les discriminations dont sont victimes les services publics de la Seine-Saint-Denis. Reste que le principe de l'&#233;galit&#233; des chances est toujours &#8211; au moins officiellement - l'un des fondements de l'organisation de l'&#233;cole de la R&#233;publique, revendiqu&#233; aussi par la droite qui a bien compris, elle, que ce principe proclam&#233; sans moyens r&#233;els pour le mettre en &#339;uvre ne menace en rien ses privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De la th&#233;orie des dons &#224; celle du handicap socio-culturel&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les r&#232;gles de l'acc&#232;s aux pouvoirs ont sur le fond peu chang&#233; depuis le renversement de l'Ancien r&#233;gime fond&#233; sur les privil&#232;ges de l'aristocratie. Si l'argent et les dipl&#244;mes ont remplac&#233; les avantages li&#233;s &#224; la naissance, les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite scolaire persistent. La croyance dans la th&#233;orie des dons qui permettait d'expliquer et donc de justifier les in&#233;galit&#233;s scolaires ayant &#233;t&#233; battue en br&#232;che dans les ann&#233;es 1960-70&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Lucien S&#232;ve &#171; Les dons n'existent pas &#187;, in GFEN, L'&#233;chec scolaire. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'id&#233;ologie &#233;galitaire r&#233;publicaine explique alors la persistance de ces in&#233;galit&#233;s (malgr&#233; tous les efforts faits par l'&#201;tat notamment en mati&#232;re de r&#233;novation p&#233;dagogique) par l'existence de &#171; handicaps socioculturels &#187; qui emp&#234;cheraient certains &#233;l&#232;ves de r&#233;ussir, quelle que soit leur bonne volont&#233; : approche implicitement d&#233;fendue par des organisations telles que l'UNSA &#201;ducation, le SGEN-CFDT, ou certains chercheurs souvent sollicit&#233;s comme experts tels C. Leli&#232;vre (historien de l'&#233;ducation), ou F. Dubet (sociologue). Ce concept met l'accent sur l'importance des d&#233;terminismes sociaux comme facteurs essentiels de la r&#233;ussite ou de l'&#233;chec scolaire, et absout du coup le syst&#232;me scolaire de toute responsabilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Michel Duyme et Christine Capron, &#171; Handicap, performances (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il renvoie donc de fait la r&#233;solution du probl&#232;me au politique et &#224; la n&#233;cessit&#233; de changer la soci&#233;t&#233; comme pr&#233;alable incontournable. Sans reprendre explicitement ce concept &#224; son compte, le site &#171; N'autre &#233;cole &#187; et la revue du m&#234;me nom, d'inspiration libertaire, principalement anim&#233;s par des militants de la CNT, de SUD-&#233;ducation et le courant &#201;mancipation de la FSU, et dont l'influence sur une fraction gauchisante des militants de l'&#233;ducation est loin d'&#234;tre n&#233;gligeable, sont encore aujourd'hui largement marqu&#233;s par cette conception de la lutte pour une &#233;cole &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aide et soutien aux plus d&#233;favoris&#233;s ou l'alibi du syst&#232;me&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, chacun l'admet (et le revendique), l'exigence de justice sociale et d'&#233;galit&#233; des chances appelle l'attribution de moyens plus importants, voire la construction de strat&#233;gies de compensation, afin d'aider les &#233;l&#232;ves les plus vuln&#233;rables. Il s'agit, comme l'indique par exemple le programme &#233;lectoral du PS pour 2012 (dans son volet &#233;ducation intitul&#233; &#171; Projet pour l'&#233;galit&#233; r&#233;elle &#187;), d' &#171; adapter l'&#233;cole aux besoins des &#233;l&#232;ves &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Jos&#233; Tovar, Gen&#232;se du projet du PS pour l'&#233;cole : consid&#233;rations sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais lorsqu'on examine de pr&#232;s les effets des strat&#233;gies et/ou structures mises en &#339;uvre par l'institution &#224; cet effet, les r&#233;sultats sont loin de correspondre aux dires de leurs d&#233;fenseurs. Ainsi, comme le montre S. Chauvel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;verine Chauvel, La course aux dipl&#244;mes : qui sont les perdants ?, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la multiplication des dispositifs destin&#233;s &#224; rem&#233;dier aux difficult&#233;s d'ordre cognitif ou comportemental des &#233;l&#232;ves en grande difficult&#233; a pour effet paradoxal de s&#233;parer les &#233;l&#232;ves qui y sont affect&#233;s des autres, mais aussi des situations d'apprentissage&#8230; et d'accentuer leurs difficult&#233;s par rapport &#224; d'autres &#233;l&#232;ves de m&#234;me profil, mais qui sont rest&#233;s dans une classe &#171; banale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tude pr&#233;sent&#233;e par l'IREDU (Institut de Recherches sur l'Education, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il n'est pas question ici de nier qu'il existe des diff&#233;rences cognitives interindividuelles inh&#233;rentes au d&#233;veloppement particulier de chaque &#233;l&#232;ve dans son environnement social et culturel : toute bonne p&#233;dagogie se doit d'en tenir compte. Encore faut-il savoir comment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer notre propos, on rel&#232;vera ici deux exemples embl&#233;matiques de cet aspect de la doxa :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Consensus sur les RASED&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas, par exemple, du syst&#232;me de prise en charge de certains &#233;l&#232;ves dits &#171; en difficult&#233; &#187; par les structures et les ma&#238;tres sp&#233;cialis&#233;s des RASED (R&#233;seaux d'Aide Sp&#233;cialis&#233;e aux &#201;l&#232;ves en Difficult&#233;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On aurait pu tout aussi bien &#233;voquer dans ce chapitre la question des EREA, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cr&#233;&#233;s pour r&#233;pondre aux difficult&#233;s d'apprentissage et d'&#171; adaptation aux exigences scolaires &#187; de certains &#233;l&#232;ves en primaire. Selon une &#233;tude de l'IREDU ceux-ci ne rempliraient pas leur mission, ce serait m&#234;me le contraire : les RASED auraient un impact n&#233;gatif sur certains apprentissages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir note pr&#233;c&#233;dente.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera que, lors de sa parution, cette &#233;tude ne fut pas m&#233;diatis&#233;e ni diffus&#233;e aupr&#232;s des enseignants, mais qu'en revanche tous les syndicats d'enseignants, de m&#234;me que la FCPE, se sont fortement mobilis&#233;s pour s'opposer au plan de suppression massive de postes d'enseignants sp&#233;cialis&#233;s Rased en 2008 par le ministre Chatel sous le gouvernement de N. Sarkozy, qui visait en r&#233;alit&#233;, &#224; terme, la suppression pure et simple de ce dispositif, et des quelques milliers de postes qui y sont li&#233;s. La d&#233;fense l&#233;gitime des postes vaut-elle approbation inconditionnelle du dispositif qui les justifie ? Quoi qu'il en soit, ce syst&#232;me &#171; d'aide &#187; fait toujours consensus &#224; gauche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La PEP (Politique d'&#201;ducation Prioritaire) et ses avatars&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place des ZEP dans les ann&#233;es 80 est le premier exemple de politique dite de &#171; discrimination positive &#187; territorialis&#233;e : (les &#233;tablissements sont class&#233;s en fonction des CSP (cat&#233;gories socio professionnelles) dont rel&#232;vent majoritairement les populations scolaires qu'elles accueillent). Dans l'esprit de ses initiateurs, il s'agissait de &#171; donner davantage &#224; ceux qui en ont le plus besoin &#187;. L'in&#233;galit&#233; de traitement &#233;tait ainsi cens&#233;e r&#233;tablir l'&#233;galit&#233; des chances r&#233;publicaine. Les &#233;tablissements class&#233;s ZEP b&#233;n&#233;ficient donc de moyens suppl&#233;mentaires destin&#233;s &#224; am&#233;liorer significativement les r&#233;sultats scolaires des &#233;l&#232;ves les plus d&#233;favoris&#233;s. Or diverses &#233;tudes men&#233;es dans les ann&#233;es 90-2000 montrent, comme le r&#233;sume B. Suchot (2005), que &#171; l'&#233;valuation de cette politique montre des r&#233;sultats mitig&#233;s, et finalement peu optimistes &#187; : dilution des moyens, instabilit&#233; des enseignants, ph&#233;nom&#232;ne de stigmatisation amenant des strat&#233;gies d'&#233;vitement et constitution de v&#233;ritables ghettos scolaires&#8230; Au final : &#171; l'appr&#233;ciation des effets de la politique ZEP est plut&#244;t n&#233;gative si l'on regarde les progr&#232;s des &#233;l&#232;ves &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#201;NABOU R., KRAMARZ F. PROST., 2004, &#171; Zones d'&#233;ducation prioritaires : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, les politiques d'&#233;ducation prioritaire (Zep, Eclair, Rep&#8230;), si elles ont sans doute &#233;vit&#233; des d&#233;gradations plus importantes, sont rest&#233;es relativement inefficaces en termes de r&#233;sultats. Pour autant, tous les syndicats, toutes les associations et tous les partis politiques de gauche ont constamment marqu&#233; leur soutien &#224; ce syst&#232;me mis en place par le ministre Savary en 1983, la critique principale mise en avant par les syndicats notamment &#233;tant celle du manque de moyens investis par les gouvernements successifs pour atteindre les r&#233;sultats esp&#233;r&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les syndicats revendiquent notamment des v&#233;ritables all&#232;gements d'effectifs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette unanimit&#233; dans le soutien s'exprime d'ailleurs vivement en 2016-2017 dans les gr&#232;ves et manifestations organis&#233;es &#224; l'initiative du collectif &#171; Touche pas &#224; ma ZEP &#187; avec le soutien de la FSU, la CGT, FO et SUD ainsi que celui des principaux partis de la gauche alternative ( PCF, NPA, Ensemble), vent debout contre la r&#233;forme de l'&#201;ducation prioritaire lanc&#233;e par la ministre Najat Vallaud- Belkacem touchant plus particuli&#232;rement les lyc&#233;es, technologiques et professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le consensus droite-gauche sur la s&#233;lection m&#233;ritocratique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'essentiel, les a priori id&#233;ologiques &#224; la source des strat&#233;gies de compensation succinctement &#233;voqu&#233;es ci-dessus, et leur mise en &#339;uvre en termes de politiques scolaires par les gouvernements successifs depuis plusieurs d&#233;cennies (ou faisant l'objet de revendications insistantes lorsqu'elles ne le sont pas encore), font consensus parmi les organisations syndicales, associatives et politiques et pour la plupart des personnalit&#233;s du monde de l'&#233;ducation. Ils l&#233;gitiment, au nom de l'int&#233;r&#234;t des &#233;l&#232;ves les plus fragiles, le syst&#232;me des fili&#232;res dans le second degr&#233;, dont la fonction est de trier les &#233;l&#232;ves afin de former au mieux ceux qui deviendront les &#171; &#233;lites &#187; de la nation dans les fili&#232;res les plus s&#233;lectives, tout en orientant les autres vers des formations pr&#233;-professionnalisantes en fonction de leurs r&#233;sultats scolaires jug&#233;s insuffisants. La s&#233;lection institutionnalis&#233;e (dissimul&#233;e derri&#232;re le syst&#232;me d'orientation scolaire plus ou moins pr&#233;coce vers des voies et fili&#232;res de formation cens&#233;es mettre en &#339;uvre des programmes et des p&#233;dagogies suppos&#233;es adapt&#233;es aux sp&#233;cificit&#233;s des &#233;l&#232;ves) aboutit ainsi tout naturellement &#224; exclure des &#233;tudes g&#233;n&#233;ralistes longues les &#233;l&#232;ves issus des classes populaires d&#232;s le coll&#232;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; longtemps situ&#233; &#224; l'issue de la classe de cinqui&#232;me, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au travers d'un processus bien rod&#233; de distillation fractionn&#233;e qui permet de s&#233;lectionner &#171; les meilleurs &#187; &#224; partir de leurs capacit&#233;s intellectuelles et de travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Bon (ou Excellent) travail &#187; ; &#171; Travail insuffisant &#187; ; &#171; Ne travaille (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; attest&#233;es par les r&#233;sultats scolaires. Comme le dit N. Hirtt : &#171; Ceux qui prennent pr&#233;texte des diff&#233;rences d'intelligences pour justifier la division pr&#233;coce des &#233;l&#232;ves en fili&#232;res g&#233;n&#233;rales et professionnelles, en th&#233;oriques et pratiques, en faibles et forts&#8230; cherchent, au mieux, &#224; &#233;viter de devoir r&#233;soudre le r&#233;el et difficile probl&#232;me de l'in&#233;galit&#233; sociale des performances scolaires ; au pire, ils cherchent &#224; justifier cette s&#233;gr&#233;gation sociale au nom de pr&#233;tendues capacit&#233;s naturelles &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nico Hirtt, &#171; Th&#233;orie et pratique &#187;, art. cit&#233;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Force est de constater ici que m&#234;me les syndicats de la FSU se font depuis plusieurs d&#233;cennies les ardents d&#233;fenseurs de la diversification des fili&#232;res en voies et s&#233;ries bien identifi&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Notre mandat de lyc&#233;e diversifi&#233; en trois voies et s&#233;ries reste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les fili&#232;res technologique et professionnelle dans le second degr&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me que les classes pr&#233;paratoires postbac en lyc&#233;e et le syst&#232;me ultra (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;tant con&#231;ues comme facteurs de r&#233;ussite scolaire, &#171; atout pour les &#233;l&#232;ves fragiles du coll&#232;ge &#187;, rejoignant ainsi les positions de presque toutes les organisations syndicales et politiques. C'est le cas &#233;galement du PCF, du P.G.et de la F.I. de M&#233;lenchon, ardents d&#233;fenseurs des voies professionnelles et technologiques, ainsi que la presque totalit&#233; des intellectuels sp&#233;cialistes en &#233;ducation en ce domaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'exception notable de &#171; Ensemble &#187; et du NPA pour ce qui concerne les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On notera, au passage, que cette orientation n'est en rien con&#231;ue comme contradictoire avec celle du coll&#232;ge unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une fili&#232;re pour former la force de travail des salari&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1959, la r&#233;forme Berthoin prolonge jusqu'&#224; 16 ans l'obligation scolaire et cr&#233;e les CET (Coll&#232;ges d'Enseignement Techniques) qui m&#232;neront &#224; des BEP accessibles apr&#232;s la 3&#232;me de coll&#232;ge. En 1985, les CET seront transform&#233;s en Lyc&#233;es Professionnels menant au Baccalaur&#233;at professionnel nouvellement cr&#233;&#233;. En 2003 J.- L. M&#233;lenchon, secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; l'enseignement professionnel dans le gouvernement Jospin, cr&#233;&#233;e les &#171; Lyc&#233;es des m&#233;tiers &#187; dans l'intention de r&#233;habiliter et promouvoir l'enseignement professionnel, sans que les caract&#233;ristiques sociales du recrutement dans ces &#233;tablissements en soient chang&#233;es. Aujourd'hui, un lyc&#233;en sur trois est scolaris&#233; dans l'enseignement professionnel et plus du quart des bacs d&#233;cern&#233;s sont des bacs professionnels. La question est donc d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, con&#231;ue &#224; l'origine exclusivement pour pr&#233;parer &#224; une insertion professionnelle imm&#233;diate d&#232;s l'obtention du dipl&#244;me, dont les contenus sont d&#233;finis en concertation avec le patronat au sein des CPC (Commissions professionnelles Consultatives), la nouvelle fili&#232;re d&#233;di&#233;e &#224; la formation professionnelle sous statut scolaire a &#233;t&#233; v&#233;cue d&#232;s sa cr&#233;ation, tant par les enseignants que par les &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes, comme une fili&#232;re destin&#233;e &#224; &#171; r&#233;cup&#233;rer &#187; ceux qui s'av&#233;raient en difficult&#233; pour poursuivre des &#233;tudes r&#233;ussies dans une fili&#232;re g&#233;n&#233;raliste. D&#233;fendue par la FEN comme une voie sp&#233;cifique de r&#233;ussite permettant aux jeunes d'origine populaire d'acqu&#233;rir une culture professionnelle ouvri&#232;re, sociale et politique compl&#232;te, elle se heurte aux r&#233;alit&#233;s id&#233;ologiques et politiques du syst&#232;me : la hi&#233;rarchie des savoirs reste marqu&#233;e par une repr&#233;sentation opposant le &#8220;concret&#8221; &#224; l'&#8220;abstrait&#8221;, la &#8220;th&#233;orie&#8221; &#224; la &#8220;pratique&#8221; et le &#8220;g&#233;n&#233;ral&#8221; au &#8220;professionnel&#8221;. Le SNES, repr&#233;sentant des enseignants des fili&#232;res g&#233;n&#233;rale et technologique &#233;tait r&#233;ticent &#224; la cr&#233;ation des &#171; Bacs Pro &#187; car il craignait une d&#233;valorisation du baccalaur&#233;at g&#233;n&#233;ral. Mais face au succ&#232;s de la nouvelle fili&#232;re, il fallut se rendre &#224; l'&#233;vidence : la diversification des voies, des m&#233;thodes et des contenus de formation avec la cr&#233;ation de la &#171; voie technicienne de formation &#187; devient &#224; ses yeux, d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 90, le moyen d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s &#224; l'enseignement secondaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En juin 1990, le SNES est &#224; l'initiative d'un important colloque coorganis&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour autant, du fait des crit&#232;res de s&#233;lection et d'orientation mis en &#339;uvre au niveau du coll&#232;ge, dans un contexte g&#233;n&#233;ral de d&#233;valorisation des m&#233;tiers manuels et d'acc&#233;l&#233;ration des transformations du travail, cette voie reste v&#233;cue comme une fili&#232;re de rel&#233;gation par les enseignants du coll&#232;ge, par les &#233;l&#232;ves, et surtout par les parents d'&#233;l&#232;ves. Du coup, la revendication principale du SNES devient celle d'une revalorisation de la fili&#232;re professionnelle, tant en termes de moyens de fonctionnement que de contenus d'enseignement, de formation et de statut de ses enseignants. Depuis, toutes les organisations syndicales sans exception ne cessent de r&#233;clamer cette revalorisation. Le d&#233;bat se d&#233;place alors et les gouvernements successifs s'efforceront plut&#244;t de promouvoir l'apprentissage comme voie alternative de r&#233;ussite proclam&#233;e plus efficace du fait de ses liens plus intimes avec les r&#233;alit&#233;s du travail et de l'emploi&#8230; et plus &#233;conome pour les deniers publics ! Ainsi les nombreuses r&#233;formes intervenues ces trois derni&#232;res d&#233;cennies vont toutes dans le sens d'une promotion accrue de l'apprentissage, et l'enseignement professionnel public devient encore plus clairement le &#171; parent pauvre &#187; du syst&#232;me &#233;ducatif. Cette &#171; &#233;cole du peuple &#8230; souffre d'une double rel&#233;gation : scolaire et sociale &#187; rel&#232;ve ainsi Jean-Michel Dumay dans un dossier accusateur retentissant publi&#233; dans Le Monde Diplomatique de mars 2018. De son c&#244;t&#233; Francis Daspe, responsable &#233;ducation au Parti de Gauche, observe : &#171; La voie professionnelle est aussi concern&#233;e au premier chef par la redoutable hypoth&#232;que lib&#233;rale s'incarnant dans la double volont&#233; de d&#233;sengagement de l'&#201;tat et de marchandisation de l'&#233;ducation. Son co&#251;t &#233;tant jug&#233; trop &#233;lev&#233;, les suppressions de postes et de fili&#232;res s'abattent sans discontinuer, au prix la plupart du temps d'un appauvrissement de la qualit&#233; des formations dispens&#233;es. Minimalisme &#233;troit d'une part, avec des savoirs constamment r&#233;vis&#233;s &#224; la baisse, et utilitarisme cynique d'autre part, en vue de fournir &#224; moindre co&#251;t &#224; des entreprises mues par la recherche d'un profit maximal une main-d'&#339;uvre se caract&#233;risant par son degr&#233; de flexibilit&#233; et d'employabilit&#233;, ont &#233;t&#233; insidieusement &#233;lev&#233;s au rang de dogmes &#187;. Et il propose, en vue des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2017 une &#171; v&#233;ritable r&#233;volution copernicienne au profit de l'enseignement professionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste pour l'&#233;cole de la 6&#232;me r&#233;publique ; &#233;dit. du Croquant, ao&#251;t 2016.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fond&#233;e sur&#8230; &#171; une revalorisation cons&#233;quente de la fili&#232;re pro &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des principes et de leur mise en &#339;uvre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De ces principes qui fondent le syst&#232;me &#233;ducatif d&#233;coule un ensemble de prescriptions qui structurent son fonctionnement, et concernent aussi bien des techniques et proc&#233;dures p&#233;dagogiques que des r&#233;glementations &#224; vis&#233;e manag&#233;riale constitutives de la doxa. Ainsi, les principes s'actualisent r&#233;guli&#232;rement dans des concepts, des campagnes d'opinion et des injonctions qui font l'actualit&#233; des d&#233;bats sur l'&#233;cole&#8230; et des luttes revendicatives !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le terrain, les choses ne sont pas simples : &#224; de rares exceptions pr&#232;s, tous les enseignants sont porteurs d'une exigence de qualit&#233; dans l'exercice de leur m&#233;tier pour que leurs &#233;l&#232;ves r&#233;ussissent, mais celle-ci est entrav&#233;e par les r&#233;alit&#233;s sociales et politiques dans lesquelles ils exercent leur magist&#232;re : h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des &#233;l&#232;ves ing&#233;rable du fait d'effectifs trop charg&#233;s ; programmes trop lourds et horaires inadapt&#233;s pour stabiliser les savoirs nouveaux construits en classe ; insuffisances de la formation initiale et continue et manque de temps et de disponibilit&#233; pour un r&#233;el travail d'&#233;quipe ; multiplication et empilement de t&#226;ches connexes chronophages et usantes (corrections de copies, &#233;valuations, synth&#232;ses, r&#233;unions impos&#233;es...) Du coup, profitant de la &#171; libert&#233; p&#233;dagogique &#187; que permet l'exercice autonome du m&#233;tier, chaque enseignant adapte ses pratiques en fonction de ses propres choix p&#233;dagogiques et du contexte professionnel dans lequel il &#233;volue. Un examen des th&#232;mes les plus fr&#233;quemment &#233;voqu&#233;s devrait permettre de mieux comprendre le poids id&#233;ologique qui p&#232;se sur les acteurs de l'&#233;ducation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est impossible dans le cadre de cet article de passer en revue tous les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La co-&#233;ducation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept est mis en avant par la FCPE d&#232;s les ann&#233;es 80 avec l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir, alors que la Ligue de l'Enseignement pr&#233;f&#232;re d&#233;signer la chose sous le vocable (plus prudent) d'&#171; &#201;ducation partag&#233;e &#187;. Il d&#233;signe de mani&#232;re tr&#232;s informelle l'ensemble des relations entre l'&#233;cole, charg&#233;e de l'instruction des &#233;l&#232;ves, et les familles, qui restent responsables de l'&#233;ducation des enfants et /ou adolescents jusqu'&#224; l'&#226;ge de leur majorit&#233;, et les &#233;l&#232;ves pour ce qui concerne l'ensemble des activit&#233;s qui les mobilisent au-del&#224; du temps strictement scolaire (devoirs &#224; la maison, activit&#233;s p&#233;riscolaires&#8230;). L'id&#233;e est que l'&#233;ducation du jeune forme un tout, dont l'&#233;cole n'est qu'une partie, mais qui reste globalement de la responsabilit&#233; de la famille. Le concept sera notamment repris, au niveau politique, par le Parti socialiste, qui l'inscrira explicitement dans son projet &#233;ducatif en 2010, et d&#233;velopp&#233; par Europe-Ecologie-les Verts lors de la convention nationale sur l'&#233;ducation organis&#233;e par P. Meirieu (alors responsable &#224; l'&#233;ducation pour son parti et en charge de la formation au sein du Conseil R&#233;gional Rh&#244;ne-Alpes) &#224; l'occasion de la campagne des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2012&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ce qui nous diff&#233;rencie des autres partis, c'est que nous ne traitons pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la FCPE comme la Ligue de l'Enseignement, attach&#233;es aux principes de l'&#233;ducation populaire, entendaient faciliter la participation de leurs instances locales &#224; la gestion des scolarit&#233;s ainsi que le d&#233;veloppement d'activit&#233;s compl&#233;mentaires &#224; celles de l'&#233;cole, notamment au plan culturel, les parents d'&#233;l&#232;ves FCPE participant aux conseils d'&#233;cole du premier degr&#233; et/ou &#233;lus aux conseils d'administration des coll&#232;ges et lyc&#233;es, (souvent issus des couches moyennes sup&#233;rieures et fr&#233;quemment enseignants eux-m&#234;mes) s'autoriseront trop souvent &#224; mettre en cause la p&#233;dagogie de tel(le) ou tel(le) enseignant(e), ce qui ne manquera pas d'envenimer les relations parents-enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'enfant au centre&#8230; de quoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; l'enfant au centre &#187; est apparue, dans les ann&#233;es 1980, port&#233;e &#224; sati&#233;t&#233; essentiellement par des militants de la FCPE, et relay&#233;e par nombre de militants p&#233;dagogiques adeptes de la &#171; non-directivit&#233; &#187;, adversaires acharn&#233;s des m&#233;thodes p&#233;dagogiques &#171; traditionnelles &#187; jug&#233;es inadapt&#233;es aux r&#233;alit&#233;s de l'&#233;l&#232;ve moderne. La l&#233;gende affirme qu'elle fut inscrite dans la loi d'Orientation de 1989, dite Loi Jospin, et marquerait ainsi la validit&#233; fondamentale du th&#232;me de la co&#233;ducation port&#233; par la FCPE et ses alli&#233;s. En r&#233;alit&#233;, il n'en est rien : l'expression ne figure pas dans le texte de la loi de 1989 mais dans un rapport annex&#233;. Pour la FCPE, l'adoption de la loi constitua cependant une r&#233;elle avanc&#233;e revendicative, justifiant par cons&#233;quent la demande pour les parents d'un statut de partenaires de la communaut&#233; &#233;ducative. En effet, le texte de loi expose des principes fondamentaux pour l'&#233;ducation appel&#233;s &#224; bouleverser le rapport des &#233;l&#232;ves aux t&#226;ches scolaires en les rendant plus actifs. Cette vis&#233;e repose sur une conception de l'&#233;l&#232;ve tr&#232;s proche de celle port&#233;e par les militants de la doxa : il s'agit de substituer &#224; l'&#233;l&#232;ve mod&#232;le pour lequel, selon eux, a &#233;t&#233; pens&#233; l'enseignement traditionnel, un &#233;l&#232;ve r&#233;el. Les r&#233;formateurs souhaitent adapter les enseignements &#224; l'&#233;l&#232;ve et non l'inverse. &#192; l'&#233;vidence, la l&#233;gende ne vient pas de rien car le second grand axe de r&#233;flexion p&#233;dagogique de la loi d'orientation concerne les enseignants avec l'objectif, selon Pierre Trincal, directeur adjoint du cabinet de Lionel Jospin, de &#171; faire sortir les enseignants de leur r&#233;action proprement disciplinaire face au savoir pour les faire participer &#224; l'&#233;ducation des enfants. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Sylvie AEBISCHER, doctorante attach&#233;e au CERAPS-Lille 2 dans une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pisode, marqu&#233; par l'ambigu&#239;t&#233; du terme m&#234;me d'&#233;ducation (dans &#171; &#201;ducation nationale &#187;), empoisonna longtemps les relations entre parents et enseignants. Simple bataille de mots et de concepts ? Pas si s&#251;r. Si chacun admet que fondamentalement, l'&#233;l&#232;ve est toujours au centre de l'&#233;cole, il n'en reste pas moins que l'id&#233;e qu'on s'en fait conditionne forc&#233;ment ce qu'est l'&#233;cole. En 2003, Luc Ferry, philosophe et ministre de l'&#201;ducation nationale du gouvernement Raffarin, estimant que cette conception de l'&#233;cole a conduit &#224; une baisse des exigences en m&#234;me temps qu'&#224; l'octroi de droits excessifs aux &#233;l&#232;ves, pr&#233;conise d'en modifier l'approche, qu'il juge &#171; d&#233;magogique &#187;, pour lui en substituer une autre : au centre du syst&#232;me, professe-t-il, il s'agit d&#233;sormais de mettre la relation entre l'&#233;l&#232;ve et les savoirs. Cette position, publi&#233;e &#224; la mi-avril 2003 sera critiqu&#233;e davantage sur la forme (un livre publi&#233; &#224; 820 000 exemplaires aux frais de l'&#201;tat) que sur le fond. L'explication en semble &#233;vidente : c'est que si le nombre des &#233;l&#232;ves acc&#233;dant au niveau du baccalaur&#233;at a longtemps suivi une courbe croissante, celle-ci s'est interrompue depuis 1995 et stagne depuis lors, semblant du coup invalider les orientations de la loi dont la principale, 80% au bac, semble inatteignable. Le ministre d&#233;nonce par ailleurs trois carences graves : l'illettrisme ; le fait qu'en 2002, 158 000 &#233;l&#232;ves soient sortis du syst&#232;me scolaire sans qualification aucune ; le fait aussi que 80 000 actes de violence grave aient &#233;t&#233; commis dans les &#233;coles la m&#234;me ann&#233;e. Enfin, les enseignants, &#233;chaud&#233;s par l'exp&#233;rience d&#233;cevante de gouvernements de gauche qui &#233;taient cens&#233;s leur apporter satisfaction sur le plan professionnel, vivent une crise d'identit&#233; bien r&#233;elle, aggrav&#233;e par des restrictions budg&#233;taires &#8211; qui les am&#232;nent dans la rue de plus en plus souvent. Dans ces conditions, le partenariat avec les militants locaux de la FCPE se r&#233;v&#232;le bien souvent probl&#233;matique et les enseignants pr&#233;f&#232;rent centrer leurs efforts sur l'&#233;l&#232;ve plus que sur l'enfant, car ils sont pay&#233;s pour rappeler que l'&#233;l&#232;ve, c'est l'enfant confront&#233; &#224; des apprentissages qui lui sont impos&#233;s (les programmes) dans un cadre structur&#233; (l'&#201;cole) ob&#233;issant &#224; des principes rigoureux : l'exigence de pr&#233;cision, de justesse et de v&#233;rit&#233; dans les apprentissages, qui doivent toujours l'emporter sur les sentiments personnels, les opinions, et la loi du plus fort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'individualisation des p&#233;dagogies&#8230; forc&#233;ment &#171; innovantes &#187; !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rh&#233;torique de l'adaptation de l'&#233;cole &#224; la &#171; diversit&#233; &#187; ou &#224; la &#171; sp&#233;cificit&#233; des territoires et des publics &#187; impr&#232;gne la plupart des discours port&#233;s aujourd'hui sur l'&#233;cole. Elle se d&#233;cline en multiples versions qui manifestent plut&#244;t la pr&#233;gnance d'une lecture individualisante et essentialisante des questions scolaires : diversit&#233; des &#171; talents &#187;, des &#171; potentiels &#187;, des &#171; besoins &#187;, des &#171; aspirations &#187;, des &#171; rythmes d'apprentissage &#187; ou de toutes autres caract&#233;ristiques qui sont pens&#233;es comme &#171; d&#233;j&#224;-l&#224; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion est largement r&#233;pandue que l'individualisation des apprentissages pourrait faire reculer l'&#233;chec scolaire en offrant aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233; des conditions d'apprentissage plus adapt&#233;es &#224; leurs go&#251;ts, leurs centres d'int&#233;r&#234;t, leurs motivations naturelles ou spontan&#233;es. Cette repr&#233;sentation repose sur une naturalisation des diff&#233;rences entre &#233;l&#232;ves, &#233;ludant la question d&#233;cisive de l'origine de ces diff&#233;rences. Or, si des diff&#233;rences objectives existent bien en ce qui concerne l'entr&#233;e dans les apprentissages, on sait aujourd'hui qu'elles sont corr&#233;l&#233;es &#224; l'appartenance socio-culturelle des &#233;l&#232;ves, et rel&#232;vent en r&#233;alit&#233; pour l'essentiel d'une construction sociale. Elles ne sont en rien naturelles, et peuvent &#234;tre modifi&#233;es&#8230; par l'&#233;ducation notamment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance p&#233;dagogique &#224; cat&#233;goriser les apprenants n'est pas neuve : ainsi &#201;douard Clapar&#232;de, constatant les diff&#233;rences interindividuelles en termes d'apprentissages, d&#233;fendait en 1920 l'id&#233;e d'une &#171; &#233;cole sur mesure &#187; adapt&#233;e aux sp&#233;cificit&#233;s de chacun, et pr&#244;nait la mise en &#339;uvre des &#171; p&#233;dagogies actives &#187; ch&#232;res aux pionniers de l' &#171; &#233;ducation nouvelle &#187; d&#232;s le d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle. Sous des formes plus spontan&#233;es, le discours le plus r&#233;pandu aujourd'hui affirme, en substance : &#171; il y a les bons &#233;l&#232;ves et les moins bons ; les manuels et les intellectuels, les conceptuels et les non-conceptuels, ou encore &#171; les matheux et les litt&#233;raires &#187;, etc. Dans une version plus &#171; politiquement correcte &#187;, cela devient : &#171; Il y a diff&#233;rentes formes d'intelligence ; alors pourquoi voulez-vous imposer les m&#234;mes savoirs scolaires &#224; tout le monde ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nico Hirtt, &#171; Th&#233;orie et Pratique &#187;, Aped (Appel pour une &#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Conclusion : il faut adapter les programmes et les p&#233;dagogies &#224; la r&#233;alit&#233; des &#233;l&#232;ves. En effet, les &#233;l&#232;ves des classes populaires &#171; ne disposeraient pas des ressources cognitives et culturelles dont les autres ont h&#233;rit&#233; : la capacit&#233; &#224; manier les &#171; savoirs abstraits &#187; et &#224; r&#233;aliser des &#171; performances &#171; litt&#233;raires, une &#171; maitrise du langage &#233;crit et oral &#187; suffisant &#224; leur &#233;viter l'&#233;chec scolaire &#187;, il conviendrait donc de concevoir des apprentissages qui &#171; fassent sens &#187; pour eux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle : changer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On en vient ainsi &#224; consid&#233;rer qu'il n'y a plus de p&#233;dagogies efficaces pour tous, mais uniquement des p&#233;dagogies &#171; diff&#233;rentes &#187; qui conviendraient &#224; l'un ou &#224; l'autre des &#171; profils &#187; d'&#233;l&#232;ves. Plus g&#233;n&#233;ralement, la diff&#233;renciation des p&#233;dagogies est recommand&#233;e au plus haut niveau de l'Institution (minist&#232;re et inspection p&#233;dagogique) comme solution aux difficult&#233;s d'apprentissage des &#233;l&#232;ves. C'est le cas lorsque, constatant que certains &#233;l&#232;ves ne disposeraient pas des &#171; pr&#233;-requis &#187; n&#233;cessaires, les textes officiels recommandent l'individualisation de la relation p&#233;dagogique dans un tutorat qui va d&#233;couper les t&#226;ches pour les rendre &#171; faisables &#187; (au risque d'en faire perdre le sens). Pour la FCPE, le think-tank Terra nova, et la quasi-totalit&#233; des associations p&#233;dagogiques ou syndicales influenc&#233;es par le parti socialiste, les enseignants doivent prendre en compte le plus t&#244;t possible les difficult&#233;s d'apprentissage des jeunes par la diff&#233;renciation p&#233;dagogique, l'accompagnement personnalis&#233; des &#233;l&#232;ves, par le tutorat, les groupes de besoin, l'aide aux devoirs et les p&#233;dagogies coop&#233;ratives&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, tout p&#233;dagogue cons&#233;quent aura le souci de valoriser chacun de ses &#233;l&#232;ves, surtout ceux qui ont le plus de difficult&#233;s, dans les progr&#232;s qu'il accomplit chaque jour. Question : admettre les diff&#233;rences implique-t-il de trouver refuge dans leur &#233;loge plut&#244;t que de combattre vigoureusement les in&#233;galit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P&#233;dagogies &#171; actives &#187; et p&#233;dagogies &#171; explicites &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre d&#233;bat, tout aussi complexe et source d'affrontements r&#233;currents entre p&#233;dagogues progressistes mobilise &#224; la fois les tenants des &#171; p&#233;dagogies actives &#187;, directement inspir&#233;es des exp&#233;riences men&#233;es par les militants de l'&#233;ducation nouvelle et des th&#233;ories constructivistes, dans le sillage notamment du GFEN et de l'ICEM&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GFEN : Groupe Fran&#231;ais d'Education Nouvelle ; ICEM : Institut Coop&#233;ratif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et ceux des p&#233;dagogies dites &#171; explicites &#187;, d&#233;fendues en particulier par les chercheurs du groupe &#171; ESCOL &#187; du d&#233;partement des sciences de l'&#233;ducation de l'universit&#233; Paris 8. Tous se d&#233;clarent oppos&#233;s aux formes d'enseignement magistral traditionnelles et &#224; la passivit&#233; intellectuelle qu'elles engendreraient chez la plupart des &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le cours dit &#171; magistral &#187; ne suffit pas &#224; aiguiser l'esprit critique. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour les premiers, l'organisation didactique de la classe est largement fond&#233;e sur la mise en activit&#233; des &#233;l&#232;ves qui, mis en situation de recherche face &#224; des situations-probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre, sont cens&#233;s construire eux-m&#234;mes les savoirs, et donc les m&#233;moriser plus facilement tout en acqu&#233;rant un esprit critique et une curiosit&#233; intellectuelle salutaire. Cette strat&#233;gie p&#233;dagogique s'appuie sur la volont&#233; de rendre l'enseignement plus vivant, plus actif, plus ludique, moins d&#233;pendant du par c&#339;ur et de savoirs d&#233;pass&#233;s par la vie r&#233;elle. Elle est sous-tendue par une pr&#233;occupation sociale : l'&#233;cole doit cesser de faire &#233;chouer les &#233;l&#232;ves d&#233;favoris&#233;s &#224; force d'&#234;tre trop formaliste et trop exigeante. Les seconds sont plut&#244;t favorables &#224; des p&#233;dagogies plus guid&#233;es, insistant sur le caract&#232;re explicite et progressif (du simple au complexe) des objectifs et m&#233;thodes d&#233;velopp&#233;es pour apprendre, reprochant aux premiers de mettre en &#339;uvre (g&#233;n&#233;ralement &#224; leur insu) des &#171; p&#233;dagogies invisibles &#187; favorisant l'apparition de &#171; malentendus scolaires &#187;, sources d'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat n'est pas simple : les situations ordinaires d'enseignement et le manque de formation &#8211; tant initiale que continue - des enseignants sur ces questions pourtant essentielles ne permettent pas &#224; la grande masse d'entre eux d'y entrer de fa&#231;on positive. Il reste pour l'essentiel du domaine des sp&#233;cialistes universitaires. D&#232;s lors, comme le remarque Alain Beitone, &#171; ce sont plut&#244;t les vulgates de ces th&#233;ories qui sous-tendent les doxas de l'institution scolaire et influencent les pratiques ordinaires &#187;. En attendant, les enseignants font comme ils peuvent et, dans les &#233;coles les plus hupp&#233;es, comme dans les classes pr&#233;paratoires aux grandes &#233;coles, on d&#233;veloppe les pratiques les plus efficaces - souvent fond&#233;es sur des variantes du cours magistral - pour amener les &#233;l&#232;ves au niveau d'excellence requis qui leur ouvrira toutes les portes souhait&#233;es. De leur c&#244;t&#233;, les parents les mieux arm&#233;s au plan culturel ne se bornent pas &#224; v&#233;rifier que les devoirs sont faits, ils interviennent, &#224; coups d'enseignements compl&#233;mentaires priv&#233;s et de cours particuliers, pour compl&#233;ter ou rectifier les enseignements re&#231;us en classe. Tandis que se creusent les in&#233;galit&#233;s entre &#233;tablissements, les in&#233;galit&#233;s sociales jouent &#224; plein. : &#171; Nous en sommes au point, aujourd'hui, o&#249; le souci de faire r&#233;ussir les moins favoris&#233;s se retourne contre eux : la p&#233;dagogie de la bienveillance s'est mu&#233;e en p&#233;dagogie du renoncement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La formule est d'un chercheur belge, Vincent de Coorebyter, in La p&#233;dagogie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'interdisciplinarit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle r&#233;ponse aux effets du paradigme d&#233;ficitariste est apparue ces derni&#232;res ann&#233;es avec le th&#232;me de l'interdisciplinarit&#233; voire de la &#171; transdisciplinarit&#233;&#034;, introduit par le truchement des EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires) dans la r&#233;forme du coll&#232;ge (Peillon-Belkacem) apr&#232;s avoir &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233;s gr&#226;ce &#224; la r&#233;forme du lyc&#233;e (Chatel). Selon le SGEN-CFDT et l'UNSA, qui d&#233;fendent la d&#233;marche : &#171; Les projets p&#233;dagogiques doivent &#234;tre l'occasion de relier les savoirs disciplinaires, de les aborder de mani&#232;re plus ouverte, de donner du sens &#224; la complexit&#233;, d'engager les &#233;l&#232;ves dans des projets individuels et collectifs. &#187; Les EPI &#171; sont con&#231;us comme un temps et un espace pour traiter diff&#233;remment le programme et d&#233;velopper les comp&#233;tences des &#233;l&#232;ves. C'est un mode de diversification p&#233;dagogique. Par ailleurs, le terme &#171; enseignement &#187; n'est pas neutre. Derri&#232;re le projet, il y a bien un enseignement, mais celui-ci se concr&#233;tise par une d&#233;marche de projet &#187; ajoute l'UNSA, qui regrette surtout que &#171; cette r&#233;forme reste bien modeste (3h/semaine au maximum pour les seuls &#233;l&#232;ves du cycle 4&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le site de l'UNSA : &#171; Les EPI : pourquoi, comment ? &#187; par Anthony (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des textes officiels de ces derni&#232;res ann&#233;es pr&#233;conisent de rompre avec une &#171; approche ferm&#233;e des savoirs &#187; et proposent l'introduction de dispositifs encourageant l'interdisciplinarit&#233;, qu'on les nomme au coll&#232;ge &#171; parcours diversifi&#233;s &#187;, &#171; travaux crois&#233;s &#187; &#171; itin&#233;raires de d&#233;couverte &#187; (IDD) ou au lyc&#233;e &#171; enseignements modulaires &#8221; ou &#171; travaux personnels encadr&#233;s &#187; (TPE). Pour certains des partisans de cette introduction, c'est l'ensemble de la structuration disciplinaire de notre enseignement qu'il faut faire &#233;clater. C'est le cas notamment d'Edgar Morin, penseur de la &#171; complexit&#233; &#187;. Le CRAP-cahiers p&#233;dagogiques notamment s'est fait porteur de cette &#171; nouvelle fa&#231;on d'enseigner &#187;, largement promotionn&#233;e par le ministre Jack Lang dans sa pr&#233;face au livre de poche qui pr&#233;sente au grand public &#171; ce que les enfants apprennent au coll&#232;ge &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conseil National des programmes, Qu'apprend-on au coll&#232;ge ? CNDP, 2002.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et d&#233;crit &#8220; l'id&#233;al &#233;ducatif du coll&#233;gien aujourd'hui &#8221;. On peut y lire qu'il faut d&#233;passer &#8220; la mosa&#239;que des savoirs &#8221; et situer les diff&#233;rentes mati&#232;res dans le cadre, &#8220; de grands regroupements ou p&#244;les disciplinaires au sein desquels les savoirs particuliers peuvent coop&#233;rer et prendre sens. &#8221; Plus loin, on &#233;voque la &#171; juxtaposition des disciplines &#187;, &#171; l'empilement des th&#232;mes et des questions &#224; traiter &#187; qui &#8220; aggravent l'impression de lourdeur encyclop&#233;dique sans mettre suffisamment en &#233;vidence ni les savoirs et savoir faire essentiels &#224; acqu&#233;rir ni les points d'ancrage qui pourraient garantir une meilleure coh&#233;rence des disciplines &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera que si personne ne s'aventure, dans la mouvance &#171; gauche &#187; qui nous int&#233;resse ici, &#224; remettre en cause sur un plan th&#233;orique de tels dispositifs, certaines organisations syndicales &#8211; notamment de la FSU &#8211; sont plus prudentes dans l'appr&#233;ciation. Ainsi le SNES, par exemple, ne remet pas en cause la d&#233;marche interdisciplinaire, mais note surtout qu'elle implique, pour &#234;tre mise en &#339;uvre avec succ&#232;s, l'acquisition pr&#233;alable de solides connaissances&#8230; disciplinaires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques chercheurs &#8211; encore tr&#232;s minoritaires dans le monde de l'&#233;ducation &#8211; ont pourtant &#233;mis d'importantes r&#233;serves concernant cette orientation p&#233;dagogique. Ainsi, Elisabeth Bauthier (Paris 8) souligne qu'elle renforcerait les in&#233;galit&#233;s : &#171; Ce que nous avons observ&#233;, depuis quelques ann&#233;es, c'est que les meilleurs &#233;l&#232;ves tirent un avantage suppl&#233;mentaire de ce genre de dispositif. Les entr&#233;es par th&#232;me favorisent les &#233;l&#232;ves qui savent construire un texte ou une r&#233;flexion en cherchant dans diff&#233;rents domaines. Ils naviguent entre les savoirs. C'est une t&#226;che sophistiqu&#233;e qui laisse les plus faibles sur le bord de la route. Avec la g&#233;n&#233;ralisation de telles m&#233;thodes les &#233;carts vont se creuser &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233;e par la journaliste sp&#233;cialis&#233;e L. Touret dans son &#233;mission &#171; Rue des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais l&#224; encore, la force d'entra&#238;nement de la doxa fait que les ministres &#8211; de gauche comme de droite - pers&#233;v&#232;rent et les enseignants-fonctionnaires sont bien oblig&#233;s de suivre les instructions officielles, m&#234;me si c'est souvent tr&#232;s lentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le rapport entre l'&#233;ducation et l'emploi&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est admis par toutes les forces progressistes depuis la Lib&#233;ration et les travaux de la commission Langevin-Wallon que la responsabilit&#233; de l'&#233;cole est, selon le triptyque c&#233;l&#232;bre, de &#171; former l'Homme, le Citoyen et le Travailleur &#187;. Sous la pression du ch&#244;mage de masse des jeunes depuis le d&#233;but des ann&#233;es 70, l'&#171; inadaptation des formations scolaires aux exigences de l'&#233;conomie &#187; devient un v&#233;ritable leitmotiv, au point que les m&#233;dias d&#233;signent de plus en plus l'&#233;cole comme responsable du ch&#244;mage du fait de l'obsolescence des formations qu'elle d&#233;livre (programmes et m&#233;thodes d'enseignement). Mais la critique ne vise pas les seules formations d&#233;livr&#233;es par la voie professionnelle, ni m&#234;me celles de la voie technologique. Si l'institution scolaire va mal, entend-on souvent, c'est parce qu'elle est coup&#233;e &#171; de la r&#233;alit&#233; &#187;, c'est &#224; dire de l'entreprise. CQFD : il faut rapprocher l'&#233;cole de l'entreprise et promouvoir les formes d'enseignement conformes &#224; cet objectif incontournable. Ce parti pris pour l'essentiel purement id&#233;ologique a produit, par exemple, l'obligation faite depuis les ann&#233;es 70 &#224; tous les &#233;l&#232;ves du coll&#232;ge de participer &#224; des stages en entreprise dont on attend toujours de conna&#238;tre l'int&#233;r&#234;t. Elle a surtout conduit &#224; une politique de &#171; partenariat-entrepreneuriat &#187; entre l'&#201;ducation Nationale et les entreprises, par le biais de tr&#232;s nombreuses associations, soutenues par les collectivit&#233;s locales (en particulier les r&#233;gions) et par les syndicats patronaux (Medef, CDJ, &#8230;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira sur ces questions deux ouvrages essentiels : Lucie Tanguy, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parall&#232;lement, l'OCDE travaille &#224; l'&#233;laboration d'une conception renouvel&#233;e des politiques &#233;ducatives pour l'Europe, avec pour objectif la construction d'une meilleure adaptation des cursus scolaires aux exigences d'une &#171; &#233;conomie de la connaissance &#187; dans le cadre de la soci&#233;t&#233; cognitive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Enseigner et apprendre. Vers la soci&#233;t&#233; cognitive, Livre blanc de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont l'Europe se veut le chantre mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'impose l'id&#233;e que l'&#233;cole doit assurer la fabrication du &#171; travailleur de la performance &#233;conomique &#187;, subordonnant l'&#233;ducation &#224; la formation de comp&#233;tences assurant l'employabilit&#233;, la flexibilit&#233; et la comp&#233;titivit&#233; du travailleur dans le cadre de la comp&#233;tition &#233;conomique &#224; l'&#233;chelle du monde. Comme le fait remarquer L. Tanguy, &#171; les r&#233;formes qui s'appliquent depuis plus de trois d&#233;cennies marquent une nouvelle &#233;tape historique au sein d'un mouvement de longue dur&#233;e : un glissement progressif de l'&#233;cole de la sph&#232;re id&#233;ologico-politique vers la sph&#232;re &#233;conomique. Les politiques scolaires sont d&#233;sormais formul&#233;es en termes &#171; d'&#233;l&#233;vation du niveau de formation &#187;. Le vocable de formation se substituant &#224; celui d'&#233;ducation qui pr&#233;valait ant&#233;rieurement exprime bien un changement d'orientation de la mission du syst&#232;me &#233;ducatif &#187;. C'est &#171; La nouvelle &#233;cole capitaliste &#187; analys&#233;e notamment par C. Laval, F. Vergne, P. Cl&#233;ment et G. Dreux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Nouvelle &#233;cole Capitaliste : (La d&#233;couverte, Paris 2011). Sur le m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception renouvel&#233;e de la mission premi&#232;re du syst&#232;me &#233;ducatif est aujourd'hui l'outil principal de structuration des scolarit&#233;s selon une r&#233;partition progressive des &#233;l&#232;ves en deux grandes entit&#233;s au cours du coll&#232;ge : un premier ensemble form&#233; de l'&#233;cole primaire et du coll&#232;ge charg&#233; du &#171; socle commun &#187; et d&#233;bouchant sur une formation (pr&#233;)professionnelle (bac pro ou bac techno en lyc&#233;e), voire sur l'apprentissage ; et un second s'organisant autour d'un cursus d'&#233;tudes g&#233;n&#233;ralistes menant &#224; des formations sup&#233;rieures pour les autres : c'est le syst&#232;me d&#233;sign&#233; par la formule bac-3 / bac+3)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui est en jeu dans cette organisation des flux d'&#233;l&#232;ves n'est rien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comp&#233;tences ou savoirs ? Haro contre les disciplines ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression des instances europ&#233;ennes et du patronat, le discours de l'&#233;cole et sur l'&#233;cole a &#233;t&#233; envahi d&#232;s les ann&#233;es 1990 par le concept de &#034;comp&#233;tence&#034;, concept aux contours flous issu du monde du travail qui &#233;voque la capacit&#233; efficace &#224; r&#233;aliser une t&#226;che concr&#232;te &#224; l'aide des outils mat&#233;riels et/ou intellectuels appropri&#233;s. Dans le paysage m&#233;diatiquement exacerb&#233; de l'&#233;poque par les pol&#233;miques sur les causes de l'&#233;chec scolaire, par les premi&#232;res &#233;valuations PISA, et par la publication de nombreux ouvrages condamnant la baisse du niveau scolaire cons&#233;cutive &#224; la domination des &#171; p&#233;dagogistes &#187; sur le syst&#232;me &#233;ducatif, la logique des comp&#233;tences se substitue progressivement dans la politique des gouvernements de droite (Loi Fillon 2005) comme de gauche (loi Peillon 2012) &#224; celle des savoirs disciplinaires, jusqu'&#224; imposer la logique du &#171; socle commun des comp&#233;tences &#187; comme principe directeur de la red&#233;finition des programmes scolaires. Mais la mise en &#339;uvre de ce concept est aussi l'aboutissement d'un long d&#233;bat initi&#233; par les tenants des p&#233;dagogies nouvelles oppos&#233;s &#224; la conception traditionnelle des programmes &#224; partir d'un &#171; empilement de savoirs disciplinaires &#187; cens&#233; provoquer un alourdissement sans fin et inefficace des exigences en direction des &#233;l&#232;ves, et stigmatis&#233; sous le vocable d'&#171; &#233;litisme &#187;. Les disciplines scolaires sont ainsi accus&#233;es de promouvoir des savoirs abstraits qui n'ont pas de sens pour les &#233;l&#232;ves et ne permettent pas d'entrer avec succ&#232;s dans la vie active&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il semble que la d&#233;valorisation syst&#233;matique du paradigme disciplinaire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que ce d&#233;bat a pris une importance particuli&#232;re lorsque, &#224; partir des ann&#233;es 1970-80, des &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires, peu familiers avec les attendus implicites de la culture scolaire, sont entr&#233;s massivement dans les enseignements de second degr&#233;, provoquant l'apparition de la notion d' &#171; &#233;chec scolaire de masse &#187; et une pol&#233;mique sur les r&#244;les respectifs du coll&#232;ge et du lyc&#233;e, l'approche disciplinaire &#233;tant accus&#233;e de servir surtout &#224; pr&#233;parer aux &#233;tudes sup&#233;rieures. Dans ce d&#233;bat proprement existentiel, le clivage est fort entre les partisans d'une &#233;cole qui devrait s'adapter (contenus d'enseignement et p&#233;dagogies) &#224; la r&#233;alit&#233; des difficult&#233;s rencontr&#233;s par les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires ; et ceux qui, visant un haut niveau de formation pour tous, exigent que l'institution dispose des moyens, notamment mat&#233;riels (effectifs par classe, dispositifs p&#233;dagogiques, formation des enseignants &#8230;) d'atteindre cet objectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet argument trouve une premi&#232;re expression publique forte dans le rapport (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un article sign&#233; de plusieurs chercheurs de l'&#233;quipe Escol paru en septembre 2017 signale en effet que &#171; Pour les signataires du Manifeste pour un d&#233;bat public sur l'&#233;cole (paris 2002)- universitaires, dirigeants syndicaux et militants de mouvements p&#233;dagogiques ou d'&#233;ducation populaire r&#233;unis fin 2001 par Jacky Beillerot et Philippe Meirieu &#8211;, ou pour des organisations comme le SGEN-CFDT, le SE-UNSA, les Cahiers p&#233;dagogiques, &#201;ducation et Devenir, ou la Ligue de l'enseignement, les comp&#233;tences du socle commun sont d'abord et avant tout une &#171; promesse d&#233;mocratique &#187; permettant de transformer &#171; l'&#233;cole machine &#224; trier &#187; en une &#233;cole de l'&#233;mancipation et de la promotion de tous &#187;. Ces acteurs consid&#232;rent en effet la conception scolastique des savoirs scolaires h&#233;rit&#233;e de l'enseignement secondaire classique ainsi que les p&#233;dagogies traditionnelles comme le moteur de la s&#233;lection par l'&#233;chec. (&#8230;) Devenu un v&#233;ritable lieu commun, ce discours sans auteur v&#233;ritable, anonyme et collectif, s'est av&#233;r&#233; &#234;tre un des plus puissants vecteurs de l&#233;gitimation de la r&#233;forme &#187;. Et ils concluent : &#171; &#192; leurs yeux, l'inscription du socle commun dans le code de l'&#233;ducation devait en effet permettre, d'une part, de reconna&#238;tre, tant symboliquement que juridiquement, la pr&#233;&#233;minence des p&#233;dagogies actives o&#249; l'&#233;l&#232;ve participe &#224; la construction de son propre savoir et, d'autre part, de faire de la participation pleine et enti&#232;re de l'&#233;l&#232;ve &#224; la vie de la cit&#233; la v&#233;ritable finalit&#233; de la scolarit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article de Elisabeth Bautier, St&#233;phane Bonnery et Pierre Cl&#233;ment : &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette divergence d'analyse et d'objectifs sur la nature des cursus d'&#233;tudes souhaitables pour tous les &#233;l&#232;ves ayant acc&#233;d&#233; au second degr&#233; continue aujourd'hui &#224; diviser profond&#233;ment le milieu de la recherche en &#233;ducation ainsi que le syndicalisme enseignant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi les tenants de la premi&#232;re option, on trouve historiquement notamment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, entra&#238;nant une paralysie relative de la r&#233;flexion propre &#224; la gauche politique sur cette question ; alors qu'il appara&#238;t de plus en plus clairement qu'en dernier recours les v&#233;ritables enjeux sont toujours &#224; chercher du c&#244;t&#233; des &#171; d&#233;cideurs &#187; du monde &#233;conomique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une analyse compl&#232;te de cette question, lire Les enjeux cach&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; propos du &#171; socle commun &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; strat&#233;gie de Lisbonne &#187;, en mars 2000, appelait &#224; faire de l'Union europ&#233;enne &#171; l'&#233;conomie de la connaissance la plus comp&#233;titive d'ici 2010 &#187;. Reformul&#233;e en 2010, elle devient la &#171; strat&#233;gie Europe 2020 pour une croissance intelligente, durable et inclusive &#187;, continuant de promouvoir la strat&#233;gie des comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera d'abord l'ambigu&#239;t&#233; du concept de comp&#233;tence : autant il est lisible et renvoie &#224; des pratiques connues dans le monde du travail salari&#233;, autant la plus grande confusion r&#232;gne d&#232;s lors que l'on s'attache &#224; d&#233;finir les contenus d'enseignement con&#231;us &#224; partir de cette notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons en pr&#233;alable que l'&#233;cole enseigne des comp&#233;tences g&#233;n&#233;rales qui ne font pas d&#233;bat : savoir lire, &#233;crire, r&#233;soudre une &#233;quation math&#233;matique, analyser la composition chimique d'un mat&#233;riau rel&#232;vent de ce type de comp&#233;tence qui s'acquiert notamment &#224; travers des exercices r&#233;p&#233;t&#233;s tout au long de la scolarit&#233;. Ce sont l&#224; des &#171; actes intellectuels automatisables &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression est de Bernard Rey, professeur &#224; l'Universit&#233; libre de Bruxelles.&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; constitutifs des savoirs eux-m&#234;mes. Nous sommes l&#224; dans un sch&#233;ma comparable &#224; ceux du monde du travail, o&#249; la comp&#233;tence se v&#233;rifie chaque jour dans une pratique de mise en situation r&#233;p&#233;titive. C'est toujours la m&#234;me situation qui est propos&#233;e (avec des variables d'importance tout &#224; fait secondaires). C'est sans doute ce qui explique que la notion ne fasse pas probl&#232;me &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire o&#249; l'essentiel des apprentissages consiste justement &#224; acqu&#233;rir ces automatismes intellectuels qui permettent d'acc&#233;der &#224; des savoirs plus approfondis, d'o&#249; la &#171; prudence &#187; du SNUIPP sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les formations professionnelles assur&#233;es en Lyc&#233;e Professionnel utilisent &#233;galement cette notion depuis 1971 et la loi sur la formation continue des travailleurs. Chaque dipl&#244;me est construit en r&#233;f&#233;rence &#224; un &#171; r&#233;f&#233;rentiel de comp&#233;tences &#187; que le futur salari&#233; est cens&#233; &#234;tre capable de mobiliser : l'examinateur v&#233;rifie que le candidat ma&#238;trise des savoirs et savoir faire indispensables dans une situation de travail donn&#233;e. On est bien l&#224; dans une probl&#233;matique directement import&#233;e du monde du travail, ce qui est compr&#233;hensible pour des formations dont l'objectif est avant tout &#224; finalit&#233; professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'en va pas aussi facilement de la mise en pratique de certains savoirs dans des situations toujours nouvelles, r&#233;pondant &#224; des t&#226;ches in&#233;dites, ce qui est pr&#233;cis&#233;ment l'objectif des &#233;tudes disciplinaires, o&#249; chaque progr&#232;s est r&#233;v&#233;lateur d'une capacit&#233; &#224; mobiliser des savoirs d&#233;j&#224; acquis pour acc&#233;der &#224; des connaissances nouvelles, parfois d'ailleurs sans qu'il n'y ait d'autre comp&#233;tence sollicit&#233;e que la capacit&#233; &#224; m&#233;moriser !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, les contenus d'enseignement sont red&#233;finis &#224; la fin des ann&#233;es 1980. L'utilisation du mot &#171; comp&#233;tences &#187; est g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans l'&#233;ducation et renvoie &#224; une certaine &#171; capacit&#233; &#224; agir efficacement dans un contexte pr&#233;cis &#187;. D&#232;s 1989, des listes de comp&#233;tences &#224; acqu&#233;rir sont publi&#233;es, &#224; c&#244;t&#233; des programmes. La charte des programmes de 1992 &#233;nonce les contenus disciplinaires en termes de connaissance et de comp&#233;tences &#224; acqu&#233;rir. Cette d&#233;marche prend la suite de la p&#233;dagogie par objectifs (P.O.) de la fin des ann&#233;es 1960 : l'IGEN synth&#233;tisant l'usage de comp&#233;tences dans cette p&#233;riode rappelle que l'approche par les comp&#233;tences &#171; doit viser &#224; lutter contre la fragmentation des apprentissages &#8211; telle qu'elle est mise en &#339;uvre dans les strat&#233;gies de p&#233;dagogie par objectifs &#8211; en redonnant &#224; ceux-ci une finalit&#233; visible, tout en conservant les objectifs de ma&#238;trise des savoirs fondamentaux ou plus complexes dans leur mise en &#339;uvre effective et leur mise en synergie, en s'attaquant &#224; la difficile probl&#233;matique du transfert des connaissances d'un contexte &#224; un autre &#187; [IGEN]. La d&#233;marche sera utilis&#233;e dans la cadre de l'&#233;valuation en seconde dans les ann&#233;es 90, qui distingue connaissances, savoir-faire et comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de 1995 en &#233;l&#233;mentaire s'inscriront dans cette logique en se r&#233;organisant autour des comp&#233;tences &#224; acqu&#233;rir au cours de chaque cycle, comp&#233;tences qui sont list&#233;es domaine par domaine. Les programmes de 2002 seront dans une totale coh&#233;rence avec cette d&#233;marche en reprenant la pr&#233;sentation synth&#233;tique des comp&#233;tences &#224; acqu&#233;rir dans chaque domaine d'activit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin en 2003, suite au rapport Th&#233;lot concluant &#224; la n&#233;cessit&#233; de donner un sens autre que juridique &#224; l'id&#233;e de scolarit&#233; obligatoire, la notion de &#171; socle commun &#187; - c'est-&#224;-dire de d&#233;finition des connaissances et comp&#233;tences qu'il ne serait pas permis d'ignorer en fin de scolarit&#233; obligatoire pour sa vie personnelle, pour suivre des &#233;tudes et s'ins&#233;rer &#233;conomiquement - est introduite dans l'&#233;laboration politique. D&#232;s lors, l' &#171; &#233;conomie de la connaissance &#187; donne de la connaissance une conception essentiellement &#233;conomique fond&#233;e sur la logique de la comp&#233;tence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme de comp&#233;tence est la traduction en fran&#231;ais du terme anglais Skill, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les &#171; &#233;ducations &#224; &#187; sont &#224; la mode, venant compl&#233;ter les &#171; comp&#233;tences n&#233;cessaires &#224; tout jeune sortant de l'&#233;cole pour s'ins&#233;rer dans la soci&#233;t&#233; &#187;. D'o&#249; de nombreux textes officiels qui recommandent la mise en place de telles d&#233;marches, articles dans des revues de sciences de l'&#233;ducation, colloques et assises, ouvrages, formations universitaires, etc. M&#234;me le syndicalisme majoritaire dans le 1er degr&#233; y va de sa contribution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la rubrique &#171; M&#233;tier &#187; du site du SNUIPP ().&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire vient donc de loin : elle s'est construite progressivement, avec l'appui de p&#233;dagogues r&#233;put&#233;s comme Ph. Perrenoud ou Ph. Meirieu. La loi d'orientation (2005) dite &#171; loi Fillon &#187; ne fait qu'&#233;tendre cette conception des contenus d'enseignement et de l'&#233;valuation des acquis aux coll&#232;ges sous la terminologie de &#171; socle commun &#187; : &#171; la scolarit&#233; obligatoire doit au moins garantir &#224; chaque &#233;l&#232;ve les moyens n&#233;cessaires &#224; l'acquisition d'un socle commun constitu&#233; d'un ensemble de connaissances et de comp&#233;tences qu'il est indispensable de ma&#238;triser pour accomplir avec succ&#232;s sa scolarit&#233;, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et r&#233;ussir sa vie en soci&#233;t&#233; &#187;. D&#232;s le d&#233;but du processus, la galaxie socialiste y a vu la possibilit&#233; de voir enfin se r&#233;aliser le projet d'&#171; &#233;cole fondamentale &#187; port&#233; en son temps par la FEN, qui pr&#233;voyait une continuit&#233; p&#233;dagogique et administrative sans rupture de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire au coll&#232;ge. Il manquait &#224; ce projet &#8211; confront&#233; &#224; la strat&#233;gie des disciplines et aux enseignants sp&#233;cialis&#233;s du coll&#232;ge &#8211; un &#233;l&#233;ment unificateur : ce fut la strat&#233;gie p&#233;dagogique des comp&#233;tences appliqu&#233;e &#224; l'ensemble de la scolarit&#233; obligatoire, c'est-&#224;-dire l'ensemble &#233;cole &#233;l&#233;mentaire-coll&#232;ge. Une pi&#232;ce d&#233;cisive encens&#233;e par la cohorte des soutiens professionnels et/ou m&#233;diatiques dont dispose la doxa. Citons &#224; titre d'exemple, outre l'UNSA et le SGEN au niveau syndical, le think-tank socialiste Terra Nova&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment le rapport Que doit-on apprendre &#224; l'&#233;cole ? Savoirs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; les CRAPS-Cahiers p&#233;dagogiques ; le Caf&#233; P&#233;dagogique, l'AFEF, et m&#234;me le site du SNUIPP avec sa rubrique M&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce ralliement aussi facile et convergent de la mouvance socialiste au couple politique du socle commun/p&#233;dagogie des comp&#233;tences promu par la droite, il est difficile de ne pas voir l'effet d'une &#171; conviction d&#233;ficitariste &#187; (excluant la possibilit&#233; d'&#233;tudes longues pour toute une partie des jeunes)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui conduit aujourd'hui ses repr&#233;sentants &#224; soumettre l'&#233;cole publique aux finalit&#233;s des puissances d'argent, au d&#233;triment de sa vocation culturelle et &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le coll&#232;ge unique, &#171; maillon faible du syst&#232;me &#233;ducatif &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mise en &#339;uvre effective de la r&#233;forme Berthoin dans les ann&#233;es 70 qui permet progressivement &#224; la totalit&#233; d'une classe d'&#226;ge d'acc&#233;der &#224; des &#233;tudes secondaires, le coll&#232;ge dit &#171; unique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la probl&#233;matique de l'&#233;cole unique, lire J.P. Terrail, De l'in&#233;galit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est r&#233;guli&#232;rement d&#233;sign&#233; par ses adversaires conservateurs nostalgiques de l'ancien syst&#232;me, mais aussi par nombre de ses partisans progressistes, pour des raisons tr&#232;s diff&#233;rentes, comme le &#171; maillon faible &#187; du syst&#232;me &#233;ducatif. La loi Haby de 1975 lui avait assign&#233; comme fonction de permettre une &#233;l&#233;vation g&#233;n&#233;rale du niveau de formation des futures g&#233;n&#233;rations de travailleurs, mais nombre de ces nouveaux &#233;l&#232;ves, peu familiers des exigences culturelles du syst&#232;me &#233;chouent, et se diffuse alors la notion nouvelle d'&#171; &#233;chec scolaire &#187;. Le rapport du HCE de 2010 pointe &#171; les principaux probl&#232;mes du coll&#232;ge d'aujourd'hui &#187; : stagnation, voire r&#233;gression du niveau des &#233;l&#232;ves, inefficacit&#233; des dispositifs mis en place depuis des d&#233;cennies pour r&#233;duire la grande difficult&#233; scolaire, creusement des in&#233;galit&#233;s imputables &#224; l'origine sociale des &#233;l&#232;ves ; &#171; malaise &#187; des enseignants impuissants face &#224; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des classes, et multiplication des &#171; probl&#232;mes de vie scolaire &#187;. Ce rapport d&#233;nonce les disparit&#233;s entre &#233;tablissements et la ghetto&#239;sation de certains d'entre eux, allant jusqu'&#224; mettre en cause aussi bien la reconstitution d&#233;guis&#233;e de fili&#232;res au sein m&#234;me du syst&#232;me que les strat&#233;gies de contournement de la carte scolaire dont ont toujours b&#233;n&#233;fici&#233; les &#171; familles les mieux inform&#233;es &#187;, pour aboutir &#224; cette conclusion : le &#171; coll&#232;ge unique &#187; n'a, en r&#233;alit&#233;, d'unique que le nom &#187;. Il note aussi que selon un sondage r&#233;alis&#233; par &#201;duscope en 2002, &#171; 42 % des parents d'&#233;l&#232;ves souhaitent le retour &#224; des fili&#232;res et seulement un peu plus d'un parent sur deux (53 %) veut &#171; conserver le principe du coll&#232;ge unique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, selon l'historien Claude Leli&#232;vre, le nouveau coll&#232;ge se trouve depuis le processus de massification engag&#233; dans une contradiction : &#234;tre &#224; la fois un lieu d'accueil pour tous les publics, avec une grande h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale et scolaire, et un lieu de s&#233;lection charg&#233; de faire &#233;merger une &#233;lite, laquelle suivra ensuite les meilleures fili&#232;res du lyc&#233;e et de l'enseignement sup&#233;rieur. L'explication, qui vise en r&#233;alit&#233; &#224; d&#233;fendre la th&#232;se d'une s&#233;paration radicale entre le coll&#232;ge et le lyc&#233;e et un rapprochement du coll&#232;ge avec l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, est complaisamment reprise et r&#233;p&#233;t&#233;e ind&#233;finiment par l'ensemble des thurif&#233;raires de la doxa, notamment sur le plan syndical par l'UNSA-&#201;ducation et le SGEN. Pour le SNES, le probl&#232;me vient essentiellement du &#171; manque de moyens &#187; d&#233;gag&#233;s par l'&#201;tat pour assurer de meilleures conditions de travail et d'&#233;tude pour les &#233;l&#232;ves (effectifs par classe trop lourds&#8230;) et pour leurs enseignants (horaires trop charg&#233;s ; insuffisances de la formation initiale et continue&#8230;). Pour l'essentiel, les enseignants du coll&#232;ge pointent les insuffisances de la formation re&#231;ue par les &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, tandis que les instituteurs pilot&#233;s par le SNI-Pegc critiquent la multiplicit&#233; des enseignants sp&#233;cialistes de leur discipline, qui serait peu adapt&#233;e &#224; l'&#226;ge des &#233;l&#232;ves. Pendant ce temps-l&#224;, les r&#233;formes de l'enseignement du fran&#231;ais et des math&#233;matiques commencent &#224; produire leurs effets et la probl&#233;matique de la s&#233;lection/orientation des &#233;l&#232;ves &#224; l'issue des classes de cinqui&#232;me et de troisi&#232;me prend une importance nouvelle. La querelle des &#171; r&#233;publicains &#187; contre les &#171; p&#233;dagogues &#187; d&#233;sign&#233;s comme responsables de la &#171; baisse du niveau &#187;, attis&#233;e par la droite, se d&#233;veloppe et prend une tournure d&#233;lib&#233;r&#233;ment politique, voire politicienne. Cette querelle sur les probl&#232;mes du coll&#232;ge obscurcira pendant des d&#233;cennies les v&#233;ritables enjeux de l'&#233;cole unique. Dernier en date des avatars de la doxa sur cette question : dans une tribune publi&#233;e dans Le Monde du 18 mai 2015 en d&#233;fense de la r&#233;forme Peillon mise en &#339;uvre par la nouvelle ministre Najat Vallaud-Belkacem (p&#233;dagogie des comp&#233;tences et de l'interdisciplinarit&#233;&#8230;), une quarantaine de personnalit&#233;s d&#233;clarent : &#171; Le Coll&#232;ge actuel n'est ni unique ni juste et encore moins efficace &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans surprise, on trouve parmi les signataires les habituels thurif&#233;raires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Apr&#232;s avoir d&#233;crit l'essentiel des dysfonctionnements qui justifient cette appr&#233;ciation s&#233;v&#232;re, les auteurs concluent : &#171; &#8230; parce qu'il est impossible de tout apprendre avant quinze ans, l'important est de permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves de d&#233;velopper une attitude r&#233;flexive et, pour cela, d'organiser, au moins en partie, la formation autour de probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre, de t&#226;ches complexes et de choix &#224; faire &#187;. CQFD : &#224; aucun moment n'est &#233;voqu&#233; la possibilit&#233; de prolonger la dur&#233;e de l'&#233;cole obligatoire jusqu'&#224; 18 ans ; l'essentiel est ailleurs : il s'agit bien de justifier la strat&#233;gie p&#233;dagogique des comp&#233;tences et le &#171; coll&#232;ge du socle. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La continuit&#233; &#233;cole/coll&#232;ge&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me devient r&#233;current &#224; partir du moment o&#249;, la scolarit&#233; obligatoire ayant &#233;t&#233; port&#233;e &#224; 16 ans par les d&#233;crets Berthoin, tous les &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire ont vocation &#224; aller au coll&#232;ge. Appara&#238;t alors, port&#233; par la FCPE, la FEN et SGEN, et relay&#233; par les multiples associations et personnalit&#233;s qui leur sont li&#233;es, un nouveau projet p&#233;dagogique : &#171; l'&#233;cole fondamentale &#187;, qui exige une continuit&#233; sans ruptures entre l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et le coll&#232;ge. Les arguments sont connus : le passage de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, avec un ma&#238;tre unique (et donc d&#233;cr&#233;t&#233; plus s&#233;curisant), au coll&#232;ge o&#249; chaque &#233;l&#232;ve devra s'adapter &#224; une dizaine d'enseignants, chacun sp&#233;cialiste dans sa discipline, avec des personnalit&#233;s et des exigences diff&#233;rentes et ayant moins de disponibilit&#233; pour s'int&#233;resser individuellement &#224; chaque &#233;l&#232;ve, serait traumatisant et d&#233;stabilisateur pour l'enfant, en &#233;tat d'ins&#233;curit&#233; affective, et donc source d'&#233;checs pour l'&#233;l&#232;ve. Pour le think-tank &#171; Terra Nova &#187; (proche du PS et dont le pr&#233;sident n'est autre que Fran&#231;ois Ch&#233;r&#232;que (ex SG de la CFDT), &#171; ce sont les &#233;l&#232;ves les plus fragiles, sur les plans &#233;motionnel, culturel et social qui sont les plus affect&#233;s par cette triple rupture cognitive, p&#233;dagogique et &#233;ducative. Alors que l'&#233;cole primaire offre aux &#233;l&#232;ves un cadre stable, un r&#233;f&#233;rent unique aux exigences connues, le coll&#232;ge attend brusquement d'eux des capacit&#233;s &#224; s'adapter &#224; des exigences multiples, dans une permutation permanente des espaces, des temps, des personnes et des codes. Des exigences d'autant plus difficiles &#224; satisfaire qu'elles ne sont pas toujours suffisamment explicit&#233;es ni accompagn&#233;es, encore moins mises en coh&#233;rence par un projet partag&#233;. Il n'est pas surprenant que les &#233;l&#232;ves dont la culture familiale est la plus &#233;loign&#233;e de la culture de l'&#233;cole soient tr&#232;s majoritairement les laiss&#233;s-pour-compte d'une triple rupture qui alt&#232;re souvent et brise parfois leur confiance en eux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Document Terra Nova &#171; Pour une &#233;cole commune du cours pr&#233;paratoire &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les programmes de 2008 pour l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire ont, &#224; leur mani&#232;re, tent&#233; de r&#233;soudre le probl&#232;me de la c&#233;sure p&#233;dagogique entre primaire et secondaire en important au primaire une logique disciplinaire plus affirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Violemment critiqu&#233;s, notamment par le SNUIPP, ces programmes seront modifi&#233;s en 2014 puis, &#224; nouveau, &#224; la rentr&#233;e 2018 sans que les enseignants n'aient leur mot &#224; dire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'autonomie des &#233;tablissements&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a l&#224; une fois encore un concept &#171; fourre-tout &#187; invoqu&#233; &#8211; &#224; droite comme &#224; gauche &#8211; comme l'un des rem&#232;des aux maux du syst&#232;me &#233;ducatif, m&#234;me s'il recouvre des interpr&#233;tations tr&#232;s diverses. La notion d'autonomie est une donn&#233;e r&#233;cente dans le magma id&#233;ologique qui a colonis&#233; la culture professionnelle des acteurs de l'&#233;ducation ces derni&#232;res d&#233;cennies. Elle appara&#238;t avec les premi&#232;res lois de d&#233;centralisation en particulier la loi du 22 Juillet 1983 qui confie, pour la premi&#232;re fois, des responsabilit&#233;s &#171; &#233;ducatives &#187; aux collectivit&#233;s territoriales. Le renvoi au local semble alors faire consensus dans les politiques publiques : ses partisans consid&#232;rent qu'il favorise la souplesse, la capacit&#233; d'adaptation, une r&#233;ponse plus efficace aux besoins. Mais de quel r&#244;le p&#233;dagogique parle-t-on ? Pour clarifier les enjeux de ce d&#233;bat, il faut distinguer l'autonomie des &#233;quipes &#233;ducatives et l'autonomie des &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie des &#233;quipes &#233;ducatives est souvent confondue avec la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants, alors qu'elle renvoie &#224; un travail collectif. Elle suppose une envie partag&#233;e des professeurs de s'investir dans un travail en &#233;quipe durable et de se constituer en pouvoir propre au sein de l'&#233;tablissement. Elle implique de concevoir un conseil p&#233;dagogique v&#233;ritablement autonome, de renforcer les possibilit&#233;s d'initiative des conseils d'enseignement. On sait d'exp&#233;rience combien ce discours est th&#233;orique et mystificateur car il est utilis&#233; en fait par l'institution pour renforcer les pouvoirs de contr&#244;le de la hi&#233;rarchie &#224; tous les niveaux du syst&#232;me. L'autonomie des &#233;tablissements, promesse de libert&#233;, constitue dans la r&#233;alit&#233; aujourd'hui une arme contre la libert&#233; p&#233;dagogique, pour imposer une autre fa&#231;on de concevoir l'enseignement sous l'autorit&#233; du chef d'&#233;tablissement, fonctionnaire d'autorit&#233; charg&#233; de promouvoir la doctrine officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la culture professionnelle des enseignants s'est construite sur un travail individuel centr&#233; sur la transmission du savoir, un travail solitaire, artisanal : celui de l'enseignant seul dans sa classe. L'autonomie des &#233;tablissements et ses diverses d&#233;rives telles qu'elles sont d&#233;fendues tant par la droite que par la &#171; gauche de gouvernement &#187; - comme le recrutement des enseignants par le chef d'&#233;tablissement dans le cadre du projet d'&#233;tablissement &#171; &#224; profil &#187;, et la marge plus ou moins importante r&#233;clam&#233;e d'adaptation des programmes d'enseignement sous pr&#233;texte d'adaptation &#224; la r&#233;alit&#233; des &#233;l&#232;ves - vont &#224; l'inverse de cette conception. Nous sommes alors dans le registre de la gestion des ressources humaines et d'organisation du syst&#232;me &#233;ducatif avec, en perspective, la concurrence entre &#233;tablissements fonctionnant sur le mod&#232;le du priv&#233; sous contrat. Les promoteurs de l'autonomie des &#233;tablissements font de cette orientation politique une solution miraculeuse aux probl&#232;mes de l'&#233;cole, incluant dans leur vision le &#171; management &#187; des &#233;quipes p&#233;dagogiques, peu importe que leur choix co&#239;ncide avec une vision lib&#233;rale de la soci&#233;t&#233; ou qu'il d&#233;coule d'une vision lib&#233;rale-libertaire. Force est de constater que des organisations politiques de gauche (PS) ou syndicales (SGEN ; UNSA&#8230;), &#224; quelques nuances pr&#232;s, la d&#233;fendent pour l'essentiel. Ainsi, si le SGEN - CFDT pr&#244;ne l'autonomie des &#233;quipes, il a &#233;t&#233; le seul syndicat &#224; ne pas s'opposer au projet de Luc Chatel de confier l'&#233;valuation des enseignants au chef d'&#233;tablissement. Il se place du coup en contradiction avec ses conceptions p&#233;dagogiques plut&#244;t libertaires au b&#233;n&#233;fice de l'injonction manag&#233;riale. Le syndicat majoritaire, le SNES-FSU, se situe dans une autre perspective, fond&#233;e sur la promotion du travail en &#233;quipe plut&#244;t sur un mode de type autogestionnaire. D'autres, notamment militants politiques de la &#171; gauche alternative &#187; (PCF, NPA, Ensemble) ou syndicalistes (SUD-Education, FERC-CGT), d&#233;noncent l'autonomie des &#233;tablissements comme le cheval de Troie du n&#233;olib&#233;ralisme, le r&#232;gne de la concurrence et des in&#233;galit&#233;s. La situation r&#233;elle est donc, de fait, tr&#232;s diverse selon les &#233;tablissements et les rapports de force locaux tant il est vrai que la politique scolaire ainsi mise en avant cache mal ses effets : in&#233;galit&#233;s de traitement des territoires et des populations, mise au pas des personnels, contr&#244;le de leur travail, et surtout concurrence renforc&#233;e entre les &#233;tablissements publics sur le mod&#232;le des &#233;tablissements priv&#233;s sous contrat propos&#233;e d&#232;s 1989 par Michel Rocard alors premier Ministre. La disparition larv&#233;e de la sectorisation mise en &#339;uvre par le gouvernement Sarkozy allant dans le m&#234;me sens, la voie est ouverte &#224; des processus de privatisation rampante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des questions qui f&#226;chent... &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte pour le moins compliqu&#233;, fortement marqu&#233; par les affrontements id&#233;ologiques et politiques des principaux acteurs, devant la persistance de l'&#233;chec scolaire qui continue &#224; frapper essentiellement les &#233;l&#232;ves issus des milieux les plus d&#233;favoris&#233;s malgr&#233; la multiplicit&#233; des r&#233;formes et autres dispositifs mis en place successivement depuis plusieurs d&#233;cennies pour y faire face, plusieurs d&#233;bats r&#233;currents divisent la communaut&#233; des progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tous capables ! Vraiment ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Implicitement, la revendication consensuelle &#224; gauche d'un syst&#232;me &#233;ducatif r&#233;ellement &#233;galitaire qui permette la r&#233;ussite scolaire de tous, quelle que soit leur origine sociale, s'appuie sur l'id&#233;e que tous ont des capacit&#233;s inn&#233;es qu'il suffirait de bien exploiter pour r&#233;ussir. C'est le &#171; tous capables &#187; affirm&#233; de longue date par le GFEN et repris par la plupart des p&#233;dagogues progressistes sous la formule de l'&#233;ducabilit&#233; universelle. Ce principe th&#233;orique impos&#233; sur le plan doctrinal par le GFEN dans les ann&#233;es 1950 et confort&#233; depuis sur un plan scientifique, par l'anthropologie comme par les neurosciences, entre de fait en contradiction avec la th&#232;se du handicap socioculturel (qui succ&#232;de historiquement &#224; l'id&#233;ologie des &#171; dons &#187; battue en br&#232;che par les progr&#232;s de la connaissance dans les ann&#233;es 1970/80), laquelle soutient l'impossibilit&#233; de parvenir &#224; la r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves &#224; un haut niveau de formation, et invite les enseignants les plus obstin&#233;s &#224; adopter d'autres strat&#233;gies &#233;ducatives. Ainsi l'AFEF (Association Fran&#231;aise des Enseignants de Fran&#231;ais), particuli&#232;rement active dans le milieu professionnel concern&#233;, fonde d&#232;s son origine (1973) son action sur la conviction que les handicaps socioculturels sont la base de l'&#233;chec scolaire que subissent particuli&#232;rement les enfants des classes populaires. Son manifeste fondateur (dit &#171; Manifeste de Charbonni&#232;res &#187;) d&#233;finit sa politique &#233;ducative sur la base d'une strat&#233;gie compensatoire en termes d'&#171; apprentissage progressif par les &#233;l&#232;ves de leur langue maternelle qui devrait contribuer &#224; compenser les handicaps h&#233;rit&#233;s du milieu&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manifeste de Charbonni&#232;res - 1969, cit&#233; (p. 24-25) dans R&#233;apprendre &#224; lire : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'&#233;galit&#233; des intelligences argument&#233; r&#233;cemment par le GRDS sur la base des travaux men&#233;s notamment par Jean-Pierre Terrail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.P. Terrail, De l'Oralit&#233;, Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et d&#233;fendu plus ou moins explicitement (parfois avec des nuances importantes) par les syndicats de la FSU, par SUD-&#233;ducation et les libertaires de la CNT, mais aussi par les principales organisations la gauche alternative au niveau politique, devrait permettre de r&#233;aliser une synth&#232;se positive de ces divers courants de pens&#233;e. Cependant, pour les membres du GRDS, la condition incontournable d'une &#233;cole de la r&#233;ussite pour tous r&#233;side dans une transformation du paradigme p&#233;dagogique dominant, &#224; partir d'une strat&#233;gie &#233;ducative fond&#233;e sur un haut niveau d'exigence intellectuelle pour tous les &#233;l&#232;ves, (en particulier ceux issus des milieux sociaux d&#233;favoris&#233;s)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle ; changer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; et dans la mise en &#339;uvre de cursus ambitieux d&#232;s l'&#233;cole maternelle, qui remettent en cause le syst&#232;me &#233;ducatif &#224; la fois dans son organisation g&#233;n&#233;rale et dans le mode de construction et de transmission des contenus d'enseignement. Rappelons &#224; cet &#233;gard que pour les tenants des p&#233;dagogies de compensation, le pr&#233;alable qui fonde la cr&#233;dibilit&#233; de toute strat&#233;gie &#233;ducative &#233;mancipatrice r&#233;side dans la transformation du contexte politique et social : donnez-nous une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire et nous vous donnerons une &#233;cole d&#233;mocratique. Il y a l&#224; comme un probl&#232;me : comment supprimer in&#233;galit&#233;s et handicaps culturels si ce n'est par l'action de l'&#233;cole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'apprentissage de la lecture-&#233;criture &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat autour des m&#233;thodes d'apprentissage de la lecture revient p&#233;riodiquement depuis les ann&#233;es 75-80. Les &#171; instructions officielles &#187; de 1972 qui mettent en place la r&#233;forme de l'enseignement du fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole primaire, plus particuli&#232;rement centr&#233;es sur l'apprentissage de la lecture au CP, ouvrent la voie, en rupture avec celles de 1923 en vigueur jusque-l&#224;, &#224; l'abandon de la m&#233;thode syllabique. M&#251;ri au long de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente, con&#231;u et test&#233; par des enseignants partisans de la m&#233;thode globale, membres de l'ICEM ( inspir&#233; par Freinet) et du GFEN, cet abandon vise &#224; la fois &#224; en finir avec un apprentissage centr&#233; sur le d&#233;chiffrage, jug&#233; m&#233;canique et ab&#234;tissant, et &#224; le rendre plus concret et plus attractif en donnant &#224; l'apprenti lecteur un acc&#232;s direct au sens des mots (identifi&#233;s globalement par la m&#233;morisation de leur profil graphique ou devin&#233;s par le contexte) et des phrases&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'essentiel de cette partie est directement inspir&#233; des travaux de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du d&#233;but des ann&#233;es 70, l'ancienne m&#233;thode alphab&#233;tique-syllabique dispara&#238;t progressivement (moins de 10% des professeur-e-s d'&#233;cole l'emploieraient aujourd'hui), emport&#233;e par la vague de la r&#233;novation de l'enseignement du fran&#231;ais sous l'influence grandissante du mouvement Freinet et de la linguistique structurale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La linguistique occupait dans les ann&#233;es 60-80 une position dominante dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au sein des structures institutionnelles du minist&#232;re. Elle laisse la place &#224; des m&#233;thodes combinant (&#224; des degr&#233;s divers selon les manuels et les enseignants) la reconnaissance des mots et le d&#233;codage des lettres et des syllabes (d'o&#249; leur qualification de &#171; m&#233;thodes mixtes &#187;, largement r&#233;pandue chez les enseignants du primaire). L'affaire est d'importance, sachant combien la qualit&#233; de l'apprentissage de la lecture r&#233;alis&#233; au CP est d&#233;cisive pour la suite du parcours scolaire. Les partisans de la r&#233;novation de l'enseignement du fran&#231;ais &#233;taient largement influenc&#233;s par les positions du GFEN et de l'AFPF (Association Fran&#231;aise des Professeurs de Fran&#231;ais, devenue AFEF en 1973), qui recrutaient essentiellement chez les enseignants du second degr&#233;, tandis que l'impact du mouvement Freinet concernait surtout les instituteurs. Plusieurs facteurs allaient converger pour favoriser une diffusion rapide des th&#232;ses de ces organisations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* L'&#233;laboration, &#224; partir du Projet d'instruction avanc&#233; en 1966 par la commission Rouchette, d'un &#171; Plan de r&#233;novation de l'enseignement du Fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#187; (1971), avec l'appui de l'INRP (IPN &#224; l'&#233;poque) tr&#232;s investi par les r&#233;novateurs (Louis Legrand, Jean Foucambert ; H&#233;l&#232;ne Romian, Evelyne Charmeux&#8230;), plan qui va inspirer la r&#233;daction des instructions officielles de 1972 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Des recrutements massifs de nouveaux enseignants rendus n&#233;cessaires par la massification des enseignements de second degr&#233; cons&#233;cutive &#224; la r&#233;forme Berthoin : des milliers d'instituteurs suppl&#233;ants n'ayant souvent pas suivi au lyc&#233;e les &#233;tudes fond&#233;es sur les humanit&#233;s classiques ont &#233;t&#233; recrut&#233;s en &#233;l&#233;mentaire, sans r&#233;elle formation professionnelle initiale, tandis que les plus anciens devenaient PEGC en coll&#232;ge. Dans le m&#234;me temps sont recrut&#233;s des professeurs de &#171; fran&#231;ais &#187; destin&#233;s &#224; enseigner au coll&#232;ge et au lyc&#233;e, certifi&#233;s de &#171; Lettres modernes &#187; qui, pour les m&#234;mes raisons, ne se reconnaissent pas dans le profil du &#171; professeur de lettres &#187; traditionnel. Ces enseignants seront particuli&#232;rement sensibles &#224; la modernit&#233; r&#233;volutionnaire des th&#233;ories linguistiques de la communication ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Le recrutement massif de professeurs d'&#233;cole normale charg&#233;s de la formation continue des nouveaux instituteurs (notamment suppl&#233;ants), eux-m&#234;mes gagn&#233;s aux p&#233;dagogies nouvelles &#8211; le syndicat national des professeurs d'&#233;cole normale (SNPEN-FEN) sera un acteur d&#233;cisif de cette mutation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La domination dans le champ syndical des syndicats de la FEN et notamment du SNI (syndicat des instituteurs tr&#232;s majoritaire &#224; l'&#233;poque dans la profession), largement gagn&#233;s aux p&#233;dagogies nouvelles. Le SGEN-CFDT, quoique minoritaire, m&#232;ne &#233;galement ce combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande majorit&#233; des militants de la r&#233;novation p&#233;dagogique appartenaient &#224; des organisations politiques de gauche : communistes (tr&#232;s influents &#224; l'&#233;poque gr&#226;ce &#224; leur investissement militant dans le courant &#171; Unit&#233; et Action &#187; de la FEN) et socialistes (dirigeants de la FEN), qui voyaient dans la mise en &#339;uvre des p&#233;dagogies nouvelles un outil pour la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole. On comprend pourquoi, d&#232;s le d&#233;but du processus de &#171; modernisation &#187;, ceux qui s'opposaient &#224; ses modalit&#233;s &#233;taient imm&#233;diatement class&#233;s dans le camp des r&#233;actionnaires. Ce clivage politicien se renforcera au fil des ans, interdisant de fait tout v&#233;ritable d&#233;bat scientifique sur la pertinence de telle ou telle m&#233;thode de lecture, alors qu'encore aujourd'hui 15 &#224; 20% des &#233;l&#232;ves sortent de l'&#233;cole primaire en grande difficult&#233; de lecture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tude du CEDRE, 2015. Le &#171; Cycle des &#201;valuations Disciplinaires R&#233;alis&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ainsi noter qu'en 1992 huit mouvements p&#233;dagogiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association Fran&#231;aise pour la Lecture, (AFL) Centre d'Entra&#238;nement aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se sont mobilis&#233;s pour r&#233;&#233;diter une plate-forme commune sur les principes de l'apprentissage de la lecture, afin de contrecarrer &#171; le retour aux bonnes vieilles m&#233;thodes [qui] appara&#238;t &#224; certains comme la solution &#224; tous les maux de la soci&#233;t&#233;. &#187; Se d&#233;clarant explicitement oppos&#233;e aux &#171; valeurs conservatrices, voire r&#233;actionnaires &#187;, cette plate-forme se voulant progressiste s'inscrit pleinement dans ce qu'a repr&#233;sent&#233; historiquement &#171; la construction d'une gauche p&#233;dagogique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandrine Garcia, &#192; l'&#233;cole des dyslexiques. Naturaliser ou combattre l'&#233;chec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la p&#233;riode la plus r&#233;cente, on conna&#238;t les r&#233;actions provoqu&#233;es par les d&#233;clarations du ministre Jean-Michel Blanquer, qui a entrepris d'impulser un retour &#224; la syllabique : &#171; On s'appuiera sur les d&#233;couvertes des neurosciences, donc sur une p&#233;dagogie explicite, de type syllabique, et non pas sur la m&#233;thode globale, dont tout le monde admet aujourd'hui qu'elle a des r&#233;sultats tout sauf probants &#187;, explique le ministre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voil&#224; un homme qui a de la constance dans ses id&#233;es : On se souvient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;claration &#224; laquelle Francette Popineau, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale du SNUIPP, r&#233;torque que les &#233;l&#232;ves fran&#231;ais &#171; ont une difficult&#233; &#224; entrer dans la compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187;, mais &#171; parce qu'il y a une diff&#233;rence entre savoir lire et faire du son avec les mots &#187;. Comme on le voit, l'affrontement reste vif, et son issue n'est pas &#233;crite. Les syndicats de la FSU ont r&#233;affirm&#233; leur opposition au ministre. Parmi les tenants de la d&#233;mocratisation scolaire, le GRDS plaide pour un enseignement explicite de la lecture fond&#233; sur la m&#233;thode syllabique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire sur l'&#233;tat actuel de la question le chapitre intitul&#233; &#171; Interroger les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Temps et rythmes scolaires&#8230; Petite histoire de grandes confusions&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e du grand chambardement que provoque la r&#233;forme des programmes de fran&#231;ais et de math&#233;matiques &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et au coll&#232;ge dans les ann&#233;es 1970, et port&#233;e essentiellement par la FCPE et soutenue par le SNI PEGC, &#233;merge la revendication d'un all&#233;gement de la charge de travail des &#233;l&#232;ves. Elle porte dans un premier temps sur la charge horaire des cours dans la semaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;alit&#233;, la demande de diminution du temps scolaire &#233;tait moins forte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la dur&#233;e de l'ann&#233;e scolaire et des &#171; petites vacances &#187;, et se d&#233;place ensuite sur l'organisation m&#234;me de la semaine de classe. Cette revendication, motiv&#233;e en r&#233;alit&#233; par le manque de r&#233;ponse p&#233;dagogique aux difficult&#233;s que rencontrent les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires qui acc&#232;dent pour la premi&#232;re fois au &#171; coll&#232;ge pour tous &#187;, s'appuie sur les travaux de chronobiologistes, en particulier le professeur H. Montagnier visant &#224; d&#233;montrer que le temps scolaire est totalement inadapt&#233; aux rythmes biologiques des enfants, la question des rythmes scolaires devenant de fait une r&#233;ponse &#224; celle de l'&#233;chec scolaire. En mai 1980, le Conseil &#201;conomique et Social rend un avis dans lequel il d&#233;clare souhaiter que soit tenu compte &#171; de l'int&#233;r&#234;t prioritaire de l'enfant, que la fatigue scolaire soit &#233;vit&#233;e, et que les divers temps de classe soient mieux &#233;quilibr&#233;s ou plut&#244;t r&#233;partis de &#171; mani&#232;re harmonieuse &#187; (JO n&#176; 9 du 3 juillet 1980), D'ann&#233;e en ann&#233;e, ce th&#232;me sera martel&#233; sans arr&#234;t, tant par la FCPE que par la FEN et le SNI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Prendre en compte le corps dans l'&#233;ducation, c'est une des conditions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La loi d'orientation du 14 juillet 1989 souligne que &#171; la modernisation du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais passe par une politique du temps scolaire qui respecte les besoins des enfants et des adolescents&#8230; &#187; (qui ne sont plus envisag&#233;s ici comme des &#233;l&#232;ves). En 2008, le ministre Xavier Darcos arguant de la &#171; surcharge des programmes et des emplois du temps des &#233;l&#232;ves &#187; installe la semaine de quatre jours en supprimant une demi-journ&#233;e de classe par semaine (le samedi matin&#8230;) &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire. La dur&#233;e hebdomadaire de cours passe ainsi de 27h &#224; 24h.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 2010 l'appel de Bobigny, initi&#233; par la Ligue de l'Enseignement, d&#233;clare dans sa 7&#232;me proposition : &#171; Pour am&#233;liorer les rythmes de vie et de travail des enfants et des jeunes, tr&#232;s rapidement, il faut un cadre national, d&#233;clin&#233; dans les projets &#233;ducatifs d'&#233;tablissement. Il doit prendre en compte les pr&#233;conisations de l'Acad&#233;mie de m&#233;decine &#224; propos de l'&#233;cole primaire. Il faut donc all&#233;ger la journ&#233;e et adapter le temps scolaire aux temps favorables aux apprentissages, alterner et &#233;quilibrer dans la journ&#233;e les diff&#233;rentes formes de regroupement, les diff&#233;rentes activit&#233;s et disciplines, les formes de travail, garantir la pause m&#233;ridienne, refuser la semaine actuelle de 4 jours et prioriser un rythme annuel alternant 7 semaines scolaires et 2 semaines compl&#232;tes de vacances interm&#233;diaires, d&#233;finir un volume annuel d'heures d'enseignement. Ce cadre national doit pr&#233;coniser l'articulation des temps &#233;ducatifs et sociaux, leur mise en coh&#233;rence et la coop&#233;ration &#233;ducative de tous.&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Appel de Bobigny, octobre 2010 : .&#034; id=&#034;nh64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le 24 janvier 2013, dans la continuit&#233; de la loi Peillon, le d&#233;cret relatif &#224; l'organisation du temps scolaire dans les &#233;coles maternelles et &#233;l&#233;mentaires est publi&#233;, l'expression &#171; organisation du temps scolaire &#187; enterre le projet sur les temps &#233;ducatifs de l'enfant, en discussion depuis deux ann&#233;es dans le cadre du CAPE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CAPE : Collectif des Associations Partenaires de l'Ecole Publique. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : c'est la semaine scolaire qui est au c&#339;ur du d&#233;cret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa publication va voir se lever une double lev&#233;e de boucliers : celle des associations p&#233;dagogiques, qui s'estiment trahies car : &#171; &#192; partir de ce moment, la r&#233;forme des rythmes scolaires cache tout ce qui peut ou pourrait faire avancer les r&#233;flexions sur l'&#201;cole : les nouveaux programmes, les modalit&#233;s d'apprentissage, la notation, les &#233;valuations, les exp&#233;rimentations p&#233;dagogiques, la formation des enseignants et de tous les professionnels de l'&#233;ducation &#187;, mais aussi de nombreux &#233;lus et collectifs locaux de parents d'&#233;l&#232;ves, ainsi que d'enseignants : &#171; &#8230;Elle est devenue l'objet politique d'opposition r&#234;v&#233;, car il d&#233;place le clivage droite-gauche et r&#233;unit dans le m&#233;contentement des d&#233;put&#233;s, des maires, des parents, des professionnels de l'&#233;ducation&#8230; Les m&#233;dias l'ont bien compris et avec eux nous ne risquons pas d'oublier les rythmes scolaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Chabrun, repr&#233;sentante de l'ICEM-Freinet &#171; Petit historique de la r&#233;forme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'affaire s'envenime, malgr&#233; le soutien affich&#233; d'une partie des maires (socialistes) de grandes villes. &#171; &#8230; All&#233;ger les temps d'apprentissage de l'enfant, qui est soumis dans notre pays &#224; des journ&#233;es surcharg&#233;es, concentr&#233;es sur l'ann&#233;e la plus courte, est un imp&#233;ratif. Une urgence ! C'est pourquoi nous r&#233;affirmons notre volont&#233; que cette r&#233;forme se mette en place pour 100 % des &#233;l&#232;ves d&#232;s la rentr&#233;e prochain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;claration d'un collectif de 25 maires socialistes : &#171; Ne pas reculer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il appara&#238;t de plus en plus que, au-del&#224; de tous les probl&#232;mes que soul&#232;ve cette r&#233;forme (financements tr&#232;s in&#233;galitaires selon les villes, manque d'animateurs form&#233;s, flou sur les contenus, etc.), &#171; La r&#233;forme des rythmes scolaires d&#233;laisse la question des apprentissages au profit d'une conception naturaliste de la r&#233;ussite scolaire qui r&#233;siderait essentiellement dans le respect de la &#171; chronobiologie &#187; et des activit&#233;s p&#233;riscolaires de l'enfant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandrine Garcia et A.C. Ollier, R&#233;apprendre &#224; lire, Seuil, 2005.&#034; id=&#034;nh68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pire encore : les enseignants et les parents constatent que les enfants sont encore plus fatigu&#233;s par leurs nouveaux emplois du temps qu'avant la r&#233;forme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Juin 2017, fin de l'histoire : surfant sur le d&#233;sastre, le nouveau ministre J.M. Blanquer signe un d&#233;cret relatif aux d&#233;rogations &#224; l'organisation de la semaine scolaire. Le retour &#224; la semaine de quatre jours est possible et c'est ce que souhaitent les enseignants, selon l'enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par le SNUIPP. 40 % des &#233;coles reviennent &#224; la semaine de quatre jours d&#232;s septembre 2017 ; pr&#232;s de 80% &#224; la rentr&#233;e 2018&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Scolarit&#233; obligatoire : &#224; 16 ans ou &#224; 18 ans ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a vu, il n'est pas fermement &#233;tabli pour l'ensemble des acteurs de l'&#233;cole ayant une vis&#233;e &#233;mancipatrice que tous les enfants, &#224; de tr&#232;s rares exceptions pr&#232;s, disposent des capacit&#233;s intellectuelles qui leur permettraient d'aborder et de ma&#238;triser les savoirs scolaires jusqu'&#224; un haut niveau d'&#233;tudes, et que les enseignants disposent des outils p&#233;dagogiques leur permettant de probl&#233;matiser les difficult&#233;s qu'ils rencontrent pour aider les &#233;l&#232;ves &#224; surmonter leurs difficult&#233;s d'apprentissage. &#192; cette incertitude s'ajoute le souci (honorable !) d'apporter &#224; tous les jeunes les savoirs et comp&#233;tences qui leur assureront &#224; leur sortie de l'&#233;cole le minimum vital leur permettant de s'ins&#233;rer positivement dans la soci&#233;t&#233;, en premier lieu dans l'emploi. C'est fondamentalement la raison pour laquelle l'UNSA et le SGEN, par exemple, mais aussi la Ligue de l'Enseignement, s'accommodent volontiers d'une limitation de la scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans dans le cadre de &#171; l'&#233;cole du socle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manque d'ambition signe en fait l'inefficacit&#233; globale de toutes les strat&#233;gies de politique scolaire mises en &#339;uvre au fil des ans par les tenants de la doxa, inefficacit&#233; qui se manifeste notamment, encore aujourd'hui, par le taux &#233;lev&#233; d'&#233;chec scolaire, nonobstant le score impressionnant de la r&#233;ussite des candidats au baccalaur&#233;at (plus de 80%, toutes disciplines confondues en 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le postulat (souvent implicite) selon lequel tous les &#233;l&#232;ves ne seraient pas capables d'aller au del&#224; de connaissances et comp&#233;tences de base permet ainsi de justifier une &#233;cole &#224; deux vitesses, profond&#233;ment in&#233;galitaire. C'est pour cette raison, sans doute que, avec la loi Peillon dite de &#171; refondation &#187; de l'&#233;cole (juillet 2013), con&#231;ue sous la houlette de la Ligue de l'Enseignement et du panel d'organisations r&#233;unies par &#171; l'appel de Bobigny&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De l'appel de la Ligue de l'Enseignement en 2000 (&#171; L'&#233;cole que nous voulons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mise en &#339;uvre par les trois ministres successifs du quinquennat Hollande, et soutenue par la grande majorit&#233; des organisations r&#233;formistes (syndicats, associations p&#233;dagogiques, partis politiques), le terme de la scolarit&#233; commune obligatoire reste maintenu &#224; 16 ans alors que la plupart des syndicats repr&#233;sentatifs de la grande majorit&#233; des personnels d'&#233;ducation (FSU, SUD, FERC-CGT (&#8230;) et des partis de la gauche alternative (PCF, NPA, Ensemble, PG, FI&#8230;) revendiquent son allongement &#224; 18 ans. Notons, pour conclure sur ce point que, d'apr&#232;s la derni&#232;re enqu&#234;te du minist&#232;re lui-m&#234;me : &#171; Apr&#232;s une progression continue jusqu'au milieu des ann&#233;es 1990, l'esp&#233;rance de scolarisation s'est ensuite stabilis&#233;e. En 2015-2016, la dur&#233;e de scolarisation des jeunes &#226;g&#233;s de 2 &#224; 29 ans se maintient &#224; 18,3 ann&#233;es d'&#233;tudes.&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb70&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DEPP : &#233;tat de l'&#233;cole 2017.&#034; id=&#034;nh70&#034;&gt;70&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Enseigner&#8230;Quel m&#233;tier ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les r&#233;sultats d'un sondage r&#233;alis&#233; en 2004 &#224; la demande du SNUIPP-FSU, &#224; la question &#171; Estimez vous que la r&#233;ussite scolaire de tous les &#233;l&#232;ves est un objectif qui peut &#234;tre atteint ou ne peut pas &#234;tre atteint ? &#187;, 62% des professeurs des &#233;coles d&#233;butants r&#233;pondaient qu' &#034;il ne peut pas &#234;tre atteint&#034;, et &#224; la m&#234;me question pos&#233;e au m&#234;me public enseignant en 2010, ce sont 69% qui avaient la m&#234;me r&#233;ponse. Mais lorsque la question &#233;tait pos&#233;e de mani&#232;re plus compl&#232;te : &#034;Estimez vous que cet objectif peut &#234;tre atteint dans une &#233;cole transform&#233;e ?&#034;, 85% r&#233;pondaient positivement en 2004, et 90% donnaient cette m&#234;me r&#233;ponse positive en 2010. Dans le m&#234;me sondage &#233;tait pos&#233;e la question : &#171; Selon vous, quelles devraient &#234;tre les priorit&#233;s de l'&#233;cole ? &#187;, 50% en 2004, et 46% en 2010 r&#233;pondaient &#171; l'&#233;panouissement des enfants &#187;, alors que 40% en 2004 et 46% en 2010 r&#233;pondaient &#171; transmettre des connaissances &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb71&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Consultations CSA/SNUIPP en auto administr&#233; r&#233;alis&#233;e en mai 2004, puis &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh71&#034;&gt;71&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces r&#233;ponses illustrent, nous semble-t-il, les effets d&#233;l&#233;t&#232;res de la doxa &#233;ducative, omnipr&#233;sente au moment o&#249; ces questions sont pos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps, le m&#233;tier d'enseigner a consist&#233;, pour l'essentiel, &#224; mettre en &#339;uvre une p&#233;dagogie directive dite &#171; magistrale &#187;, plus ou moins autoritaire selon les enseignants, visant &#224; une transmission de savoirs r&#233;pertori&#233;s dans un programme organis&#233; en ann&#233;es scolaires. Face &#224; cette conception du m&#233;tier se sont dress&#233;s les mouvements d'&#233;ducation nouvelle qui ont d&#233;fendu un autre rapport entre enseignants et &#233;l&#232;ves, un autre rapport des &#233;l&#232;ves aux savoirs, une &#233;volution des savoirs enseign&#233;s ; ils ont &#233;t&#233; relay&#233;s, &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1960 et plus encore apr&#232;s 1968, par une part croissante des responsables du syst&#232;me &#233;ducatif qui, en recherche de p&#233;dagogies plus efficaces face aux difficult&#233;s d'appropriation des savoirs par une masse croissante de jeunes issus des milieux populaires dans le cadre de la massification du second degr&#233; &#224; partir des ann&#233;es 70, entendaient r&#233;former les contenus d'enseignement, les m&#233;thodes p&#233;dagogiques et la formation m&#234;me des enseignants, d&#233;bouchant de fait ainsi sur une red&#233;finition progressive du m&#233;tier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb72&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre 1972 et 2012, plus d'une quinzaine de rapports sur le m&#233;tier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh72&#034;&gt;72&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les id&#233;es des mouvements de l'&#233;ducation nouvelle (m&#233;thodes actives, autonomie, innovation p&#233;dagogiques, socialisation versus savoirs disciplinaires&#8230;), d&#233;pouill&#233;es de leurs aspects les plus subversifs, sont ainsi r&#233;cup&#233;r&#233;es par une large part des responsables du syst&#232;me &#233;ducatif avec la complaisance active des militants syndicalistes (FEN et SGEN-CFDT notamment) et de chercheurs en sciences de l'&#233;ducation. Dans cette perspective, les disciplines scolaires, la transmission des savoirs et l'&#233;valuation de la ma&#238;trise des savoirs par les &#233;l&#232;ves sont per&#231;ues comme une partie non essentielle du m&#233;tier. Se met progressivement en place un mod&#232;le p&#233;dagogique dominant ayant recours tr&#232;s massivement &#224; une &#034;p&#233;dagogie invisible&#034; qui r&#233;sulte d'une volont&#233; de &#034;d&#233;scolariser&#034; l'&#233;cole. Sous pr&#233;texte de donner du sens aux apprentissages (ce qui est &#233;videmment indispensable), on met en place des &#034;projets&#034;, des activit&#233;s qui se veulent ludiques, qui sont en rupture avec la forme scolaire traditionnelle. On somme les enseignants de cesser de transmettre et de se percevoir plut&#244;t comme des &#171; animateurs &#187;, des &#171; m&#233;diateurs &#187; ou des &#171; facilitateurs &#187;. On pr&#233;conise le concret (puisqu'on part de l'id&#233;e que la plupart des &#233;l&#232;ves sont r&#233;tifs &#224; l'abstraction), etc. Et on pense qu'&#224; l'occasion de ces activit&#233;s qui permettent &#171; d'ouvrir l'&#233;cole sur la vie &#187;, les &#233;l&#232;ves vont r&#233;aliser, de fa&#231;on largement informelle et donc implicite, les apprentissages vis&#233;s par l'&#233;cole &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb73&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beitone/Pradeau : art. cit&#233;.&#034; id=&#034;nh73&#034;&gt;73&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En fait, cette &#233;volution conduira, comme nous l'avons vu ci-dessus, &#224; une conception de l'enseignement qui met en avant la socialisation et l'&#233;ducation, puis, &#224; partir de 2005, les comp&#233;tences oppos&#233;es aux savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapport, sign&#233; de l'Inspection G&#233;n&#233;rale en 2012 et fond&#233; sur des enqu&#234;tes de terrain, estime que : &#171; L'&#233;volution du contexte socioculturel et p&#233;dagogique a progressivement modifi&#233; les modalit&#233;s et les conditions d'accomplissement des activit&#233;s professionnelles des enseignants, avec pour corollaire un alourdissement du temps qui leur est consacr&#233;. Le manque d'autonomie et les difficult&#233;s d'un nombre croissant d'&#233;l&#232;ves ainsi que l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des classes rendent n&#233;cessaires la personnalisation de l'enseignement et un suivi individualis&#233; des &#233;l&#232;ves&#8230; Ces donn&#233;es apparaissent comme un facteur d'augmentation de la charge de travail, situation accentu&#233;e par la mont&#233;e des attentes en faveur d'un accompagnement social au sens large (&#8230;) Les enseignants passeraient aujourd'hui un bon tiers de leur temps &#224; des activit&#233;s autres que celle d'enseignement devant une classe et, pour reprendre les termes d'un inspecteur, &#171; &#224; faire des choses pour lesquelles ils n'ont jamais &#233;t&#233; form&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb74&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les composantes de l'activit&#233; professionnelle des enseignants outre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh74&#034;&gt;74&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout r&#233;cemment, le 25 juillet 2018 a &#233;t&#233; publi&#233; un rapport du S&#233;nat sur le m&#233;tier d'enseignant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb75&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;]01.pdf&#034; id=&#034;nh75&#034;&gt;75&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On y retrouve la plupart des poncifs de la doxa &#233;ducative. Ainsi : &#171; La r&#233;volution num&#233;rique participe de la multiplication des sources de savoir, qui fait perdre au professeur son magist&#232;re. Le r&#244;le de l'enseignant a profond&#233;ment chang&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es : il est de moins en moins celui qui transmet le savoir dont il est le d&#233;positaire, il est aussi devenu celui qui doit apprendre &#224; se rep&#233;rer dans la masse des savoirs d&#233;sormais disponibles &#224; tout un chacun &#187;. Le rapport sur la recherche et d&#233;veloppement de l'&#233;ducation tout au long de la vie soulignait qu'&#171; apprendre &#224; apprendre est sans doute l'enjeu majeur de l'&#233;ducation aujourd'hui. Dans cette perspective, la fonction du ma&#238;tre, du formateur ou de l'&#233;ducateur, passe du professeur ex cathedra qui transmet un contenu plus ou moins fig&#233; de connaissances &#224; celle d'un guide ou d'un mentor qui oriente et accompagne, avec sollicitude, bienveillance et rigueur, le cheminement de l'apprenant et l'aide &#224; progresser. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb76&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Becchetti-Bizot, G. Houzel et F. Taddei, Vers une soci&#233;t&#233; apprenante, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh76&#034;&gt;76&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On explique aux enseignants qu'ils ne doivent plus se situer comme ceux qui savent, mais qu'ils doivent &#234;tre dans une d&#233;marche d'accompagnement individualis&#233; de l'&#233;l&#232;ve charg&#233; de construire lui-m&#234;me son savoir et sa comp&#233;tence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des effets de la doxa, parmi les plus destructeurs, aura &#233;t&#233; de contraindre des g&#233;n&#233;rations d'enseignants progressistes &#224; une posture v&#233;ritablement schizophr&#233;nique, consistant &#224; pr&#244;ner les valeurs d&#233;mocratisantes, voire r&#233;volutionnaires de savoirs lib&#233;rateurs, de la curiosit&#233; intellectuelle et de l'esprit critique au plus haut niveau pour tous, et &#224; mettre en &#339;uvre dans le m&#234;me temps des dispositifs scolaires et p&#233;dagogiques fond&#233;s sur l'abdication face aux in&#233;galit&#233;s d'origine sociale et culturelle,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb77&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abdication inh&#233;rente au r&#232;gne de ce que J.-P. Terrail d&#233;signe sous le terme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh77&#034;&gt;77&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et de fait profond&#233;ment s&#233;gr&#233;gatifs et &#233;litistes, contribuant ainsi &#224; un sentiment diffus d'&#233;chec professionnel, &#224; un profond sentiment de d&#233;classement intellectuel et social et, pour certains, d'impuissance et de d&#233;couragement face aux attaques r&#233;p&#233;t&#233;es contre le service public et ses personnels.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premiers &#233;l&#233;ments de conclusion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb78&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme il est indiqu&#233; dans l'introduction &#224; ce travail, une deuxi&#232;me partie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh78&#034;&gt;78&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On le voit, la doxa p&#233;dagogique qui r&#232;gne aujourd'hui a une histoire. Prenant toute sa force d&#232;s les ann&#233;es 1970, sous la pression du probl&#232;me r&#233;current de l'&#233;chec scolaire, qui touche particuli&#232;rement les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires acc&#233;dant pour la premi&#232;re fois massivement aux enseignements de second degr&#233;, elle trouve ses fondamentaux dans la litt&#233;rature et les exp&#233;riences p&#233;dagogiques men&#233;es bien plus t&#244;t par les diff&#233;rents courants issus de l'Universit&#233; Nouvelle, pr&#244;nant une v&#233;ritable r&#233;volution copernicienne fond&#233;e sur l'ambition de la r&#233;ussite scolaire exclusivement fond&#233;e sur le m&#233;rite individuel. S'appuyant pour l'essentiel sur l'id&#233;ologie de l'innovation p&#233;dagogique permanente comme solution &#224; la crise d'efficacit&#233; du syst&#232;me &#233;ducatif, elle est &#233;volutive, se montrant par la suite particuli&#232;rement r&#233;ceptive aux th&#232;ses d&#233;velopp&#233;es par l'OCDE dans les ann&#233;es 1980, lorsque elles affirment par exemple que la responsabilit&#233; premi&#232;re du syst&#232;me &#233;ducatif est de pr&#233;parer les jeunes aux nouvelles formes du travail dans une &#233;conomie mondialis&#233;e o&#249; prime la comp&#233;tition de tous contre tous : l'adaptabilit&#233;/flexibilit&#233; de la main d'&#339;uvre et la capacit&#233; d'innovation &#233;tant la cl&#233; du succ&#232;s. On peut affirmer aujourd'hui qu'apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies de luttes de positions sur le terrain p&#233;dagogique, elle a conquis une large h&#233;g&#233;monie intellectuelle et id&#233;ologique enracin&#233;e dans les multiples terrains de la superstructure du syst&#232;me &#233;ducatif. La question ainsi pos&#233;e est de comprendre comment des individus et des organisations clairement situ&#233;s &#224; la gauche de l'&#233;chiquier politique, d&#233;fenseurs d'une transformation radicale de la soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'&#233;galit&#233; devant l'&#233;ducation, en sont venus &#224; faire front commun avec des courants id&#233;ologiques et politiques partisans d'une soci&#233;t&#233; fortement hi&#233;rarchis&#233;e dans laquelle le savoir assume une fonction s&#233;gr&#233;gative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233;e aux effets de la massification du second degr&#233; et &#224; l'&#233;chec de ses ambitions d&#233;mocratiques, la pens&#233;e de la gauche sur la question &#233;ducative &#8211; au sens large, c'est &#224; dire celle qui pense globalement la formation de l'enfant et de l'&#233;l&#232;ve &#8211; se trouve de fait aujourd'hui surd&#233;termin&#233;e par l'h&#233;g&#233;monie intellectuelle et politique de la droite. Il s'agit l&#224; probablement d'une cons&#233;quence directe de l'incapacit&#233; du mouvement r&#233;volutionnaire &#224; concr&#233;tiser les vis&#233;es du plan Langevin-Wallon dans les ann&#233;es qui ont suivi son &#233;laboration par des mesures l&#233;gislatives concr&#232;tes. Sans compter que les r&#233;f&#233;rences explicites et persistantes du plan lui-m&#234;me &#224; la th&#233;matique des &#171; aptitudes &#187; diff&#233;renci&#233;es et in&#233;gales des publics scolaires laissaient la porte ouverte &#224; tous les renoncements, que ces derniers rev&#234;tent la forme de la qu&#234;te d'une suppos&#233;e &#171; &#233;galit&#233; des chances &#187; ou, ensuite, des politiques dites &#171; du socle commun &#187;. En fait, la seule &#233;laboration programmatique dot&#233;e d'une r&#233;elle ambition d&#233;mocratique port&#233;e par une organisation de gauche depuis un demi-si&#232;cle aura &#233;t&#233; celle de &#171; l'&#233;cole progressive &#187; pr&#233;sent&#233;e par le SNES-FEN en 1977&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb79&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec, &#171; Les trois voies du lyc&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh79&#034;&gt;79&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : parenth&#232;se historique, trop vite referm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pens&#233;e scolaire majoritaire &#224; gauche a ainsi &#233;volu&#233; au fil des d&#233;cennies, de la mise en place de concepts p&#233;dagogiques &#224; vocation &#233;galitaire et susceptibles de permettre &#8211; croyait-on - la r&#233;ussite scolaire des enfants du peuple, &#224; la construction d'un syst&#232;me essentiellement pr&#233;occup&#233; par la formation de la main-d'&#339;uvre de demain, dans une conception de la division du travail inspir&#233;e par les exigences &#233;conomicistes de l'OCDE et des instances europ&#233;ennes : un socle commun permettant &#224; une partie des &#233;l&#232;ves ayant suivi le cursus de l'&#233;cole obligatoire (&#233;cole-coll&#232;ge) jusqu'&#224; 16 ans d'acqu&#233;rir les fondamentaux suppos&#233;s permettre une insertion sociale et professionnelle au niveau des qualifications requis pour les m&#233;tiers d'ex&#233;cution pour la majorit&#233; ; et pour les autres un cursus lyc&#233;e/enseignement sup&#233;rieur (syst&#232;me r&#233;sum&#233; dans la formule Bac-3 / Bac+3) charg&#233; de fournir aux entreprises de l'&#233;conomie n&#233;o-lib&#233;rale mondialis&#233;e triomphante les cadres dont elles auront besoin dans le comp&#233;tition internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la doxa dominante &#224; gauche telle qu'elle a &#233;volu&#233; et au travers de ses contradictions, nous avons donc bien affaire aujourd'hui, malgr&#233; les r&#233;sistances de la profession enseignante, &#224; une pens&#233;e &#224; pr&#233;tention h&#233;g&#233;monique qui monopolise tant l'interpr&#233;tation de la r&#233;alit&#233; que la r&#233;flexion sur les probl&#232;mes que rencontre le syst&#232;me &#233;ducatif. C'est un discours tout &#224; la fois techniciste et politicien dont les auteurs, p&#233;dagogues patent&#233;s dans la diffusion d'expressions comme m&#233;ritocratie, comp&#233;tences, socle, mixit&#233; sociale, personnalisation des p&#233;dagogies, rythmes de l'enfant, cherchent &#224; d&#233;tourner et r&#233;cup&#233;rer les r&#233;actions d&#233;favorables de la plupart des acteurs de l'&#233;cole &#8211; notamment les enseignants, face aux politiques d'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire dont ils sont victimes. Cette constante politique &#224; l'&#339;uvre depuis plusieurs d&#233;cennies, quelle que soit la coloration du pouvoir en place, est souvent pr&#233;sent&#233;e par les organisations syndicales comme la cause principale d'un &#233;chec scolaire persistant malgr&#233; l'investissement professionnel ind&#233;niable des personnels. Cependant ce discours, qui recoupe largement celui de la droite et des organismes &#339;uvrant au niveau des institutions europ&#233;ennes, s'av&#232;re coh&#233;rent et efficace car il a pour effet de d&#233;valoriser par avance toute pens&#233;e alternative sur les transformations n&#233;cessaires du syst&#232;me &#233;ducatif. Pour assurer cette domination id&#233;ologique et politique, il dispose d'une infrastructure m&#233;diatique qui agit de mani&#232;re synchrone avec ses postulats et m&#232;ne en permanence les batailles d'id&#233;es qui permettent d'assurer son actualisation permanente, voire son renouvellement aupr&#232;s des acteurs et des usagers du syst&#232;me. Ses thurif&#233;raires g&#233;n&#232;rent une construction politico-id&#233;ologique constamment d&#233;velopp&#233;e gr&#226;ce &#224; la pr&#233;gnance d'un lexique sp&#233;cialis&#233;, de revues, de sites professionnels (comme le caf&#233; p&#233;dagogique ou n'autr'&#233;cole) g&#233;n&#233;rateurs d'articles dans la presse et anim&#233;s par des personnalit&#233;s efficacement m&#233;diatis&#233;es &#224; qui la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233; peut s'identifier ; ils entretiennent ainsi un imaginaire collectif largement partag&#233; dans un milieu professionnel r&#233;put&#233; majoritairement &#171; de gauche &#187;. Pendant ce temps-l&#224;, les &#171; h&#233;ritiers &#187; peuvent dormir tranquilles : personne ne menace leurs privil&#232;ges tant &#233;conomiques que socioculturels, v&#233;ritables fondements de leur domination de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus consistant &#224; placer sous la domination de l'id&#233;ologie manag&#233;riale le service public d'&#233;ducation nationale, nagu&#232;re tourn&#233; dans l'ensemble vers un objectif de promotion sociale du plus grand nombre gr&#226;ce &#224; l'acquisition de savoirs facteurs d'&#233;mancipation, s'est d'autant plus facilement impos&#233; qu'il a pu s'appuyer sur les errements de toute une fraction de la mouvance &#233;ducative socialiste ancr&#233;e dans ses certitudes&#8230; et l'incapacit&#233; des gouvernements de gauche &#224; changer la soci&#233;t&#233; ! Il a pu en outre s'appuyer sur les divisions internes entre &#171; gauche de gouvernement &#187;, en recherche d'efficacit&#233; &#233;conomique dans le cadre du n&#233;o-lib&#233;ralisme triomphant et ralli&#233;e au consum&#233;risme ambiant, et &#171; gauche radicale &#187;, rest&#233;e attach&#233;e &#224; la promotion des savoirs pour tous comme seule garantie &#224; long terme de la possibilit&#233; d'&#233;mancipation de chacun, mais sans projet politique unificateur alternatif susceptible de rendre cr&#233;dibles ses propositions, par ailleurs avanc&#233;es en ordre dispers&#233;, donc illisibles. Dans ces conditions, il &#233;tait in&#233;vitable que les id&#233;es dominantes&#8230; dominent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle probl&#233;matique &#233;ducative se pose du coup dans des termes d&#233;voy&#233;s par rapport aux ambitions des p&#233;dagogues qui aspiraient dans les ann&#233;es 70 &#224; une transformation radicale de l'&#233;cole. Notre syst&#232;me d'enseignement a dangereusement bascul&#233; dans la seule formation d'individus adapt&#233;s &#224; la production et au march&#233; : &#171; Le grand changement actuel est marqu&#233; par la disparition de l'autonomie scolaire autant dans son fonctionnement que dans les contenus d'enseignement. Dans le nouveau mod&#232;le, l'&#233;cole (&#8230;) s'aligne de plus en plus ouvertement et explicitement sur les formes et les contenus r&#233;pondant aux exigences de la &#171; nouvelle &#233;conomie &#187;, c'est-&#224;-dire du capitalisme contemporain. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb80&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La nouvelle &#233;cole capitaliste, p. 8, par C. Laval, F. Vergne, P. Cl&#233;ment et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh80&#034;&gt;80&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quitte &#224; bousculer bon nombre de certitudes install&#233;es par la doxa, notre conviction est qu'il faut repolitiser la question scolaire. Que les r&#233;formes r&#233;gressives mises en &#339;uvre ces derni&#232;res ann&#233;es avec une acc&#233;l&#233;ration spectaculaire depuis l'&#233;lection d'Emmanuel Macron n'aient pu &#234;tre bloqu&#233;es malgr&#233; d'importantes mobilisations des enseignants et des jeunes ne tient-il pas aussi, peut-&#234;tre pour une grande part, &#224; l'absence &#224; gauche de projet ambitieux et unificateur pour une &#233;cole dont la mission fondamentale de d&#233;veloppement intellectuel et culturel de tous serait clairement r&#233;affirm&#233;e et d&#233;velopp&#233;e ? Face au d&#233;sastre ambiant, l'&#233;cole doit se donner une mission d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#171; politique &#187; de compr&#233;hension de la marche du monde, d'identification des enjeux de soci&#233;t&#233; et de construction et de partage des modes d'action permettant aux individus de construire leur devenir. Dans cette perspective, nous nous proposons, dans une deuxi&#232;me partie de notre &#233;tude, d'examiner quelles sont les propositions que les organisations et personnalit&#233;s se d&#233;clarant clairement en faveur d'une transformation radicalement &#233;galitaire de la soci&#233;t&#233; mettent en avant sur le terrain de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'expression est de Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur le site du GRDS : &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article234' class=&#034;spip_in&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article234&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La qualification de &#171; lib&#233;rale-libertaire &#187; est emprunt&#233;e &#224; Michel Clouscard, philosophe d'inspiration marxiste, qui vise ainsi &#171; les fondements sociaux et philosophiques d'une pens&#233;e devenue commune aux lib&#233;raux, aux socio-d&#233;mocrates et aux contestataires libertaires &#187; dans les ann&#233;es 1960-70, une pens&#233;e dans laquelle il voit l'&#171; id&#233;ologie du n&#233;o-capitalisme &#187; (voir M. Clouscard, &lt;i&gt;N&#233;o-fascisme et id&#233;ologie du d&#233;sir&lt;/i&gt; (Deno&#235;l 1973) ; et &lt;i&gt;Critique du lib&#233;ralisme libertaire&lt;/i&gt; (Delga 2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; lire pour un r&#233;sum&#233; rapide de l'histoire de l'installation dans le d&#233;bat public de la probl&#233;matique de l'&#233;ducation nouvelle : article de V. Tarquin &#034;Changer l'&#233;cole ou r&#233;apprendre &#224; lire&#034; in revue &lt;i&gt;Skhole&lt;/i&gt;, novembre 2017- en r&#233;f&#233;rence &#224; l'ouvrage de S. Garcia et A.C. Ollier, &lt;i&gt;R&#233;apprendre &#224; lire : de la querelle des m&#233;thodes &#224; l'action p&#233;dagogique&lt;/i&gt; (Seuil, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Pi&#233;ron : &#171; Ennemis et amis de l'orientation professionnelle &#187;, &lt;i&gt;BINOP&lt;/i&gt;, N&#176; 1, janvier-f&#233;vrier 1937, p 1-9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.M. Chapoulie, L'&#201;cole d'&#201;tat conquiert la France, P.U. Rennes 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Lucien S&#232;ve &#171; Les dons n'existent pas &#187;, in GFEN, &lt;i&gt;L'&#233;chec scolaire. Dou&#233; ou non dou&#233; ?&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, 1971. Cet article reprenait un article publi&#233; en 1964 dans la revue &lt;i&gt;L'&#201;cole et la Nation&lt;/i&gt; (revue du PCF consacr&#233;e exclusivement aux questions scolaires), faisant la diff&#233;rence entre la notion de &#171; donn&#233;es physiologiques inn&#233;es &#187; propres &#224; chaque individu, notion scientifiquement incontestable, et &#171; don &#187;, notion purement id&#233;ologique. En 2009, cet article fera l'objet d'une suite dans l'ouvrage collectif publi&#233; &#224; nouveau sous l'&#233;gide du GFEN, &lt;i&gt;Pour en finir avec l'id&#233;ologie des dons, le m&#233;rite, le hasard&lt;/i&gt;, sous le titre &#171; Les dons n'existent toujours pas &#187;. (La Dispute, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Michel Duyme et Christine Capron, &#171; Handicap, performances intellectuelles et in&#233;galit&#233;s sociales &#187;, in GFEN, Pour en finir avec les dons, le m&#233;rite et le Hasard (ouvrage cit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Jos&#233; Tovar, &lt;i&gt;Gen&#232;se du projet du PS pour l'&#233;cole : consid&#233;rations sur les effets pervers de l'id&#233;ologie du consensus en mati&#232;re d'&#233;ducation&lt;/i&gt;, site du GRDS &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article113' class=&#034;spip_in&#034;&gt;D&#233;mocratisation-scolaire.fr&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#233;verine Chauvel, &lt;i&gt;La course aux dipl&#244;mes : qui sont les perdants ?&lt;/i&gt;, Paris, Textuel, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;tude pr&#233;sent&#233;e par l'IREDU (Institut de Recherches sur l'Education, Universit&#233; de Bourgogne, Dijon) &#171; &#192; caract&#233;ristiques comparables, les &#233;l&#232;ves ayant b&#233;n&#233;fici&#233; du RASED en CP ont une probabilit&#233; plus forte de redoubler leur CP et obtiennent des r&#233;sultats significativement plus faibles aux &#233;valuations de CE2 par rapport aux &#233;l&#232;ves non pass&#233;s par ce dispositif &#187; (r&#233;sum&#233; officiel de l'intervention faite par Claire Bonnard, C&#233;line Sauvageot et Jean-Fran&#231;ois Giret, les auteurs de l'&#233;tude, au colloque de Agrosup-Dijon en Janvier 2017). Pour ces chercheurs, le fait de regrouper des &#233;l&#232;ves de faible niveau &#171; cr&#233;e un environnement p&#233;dagogique moins favorable, avec des enseignants moins exigeants, des interactions entre &#233;l&#232;ves moins riches &#187;. Pour contrer ces effets n&#233;gatifs, ils proposent, entre autres de &#171; favoriser les aides au sein m&#234;me de la classe &#187;. NB : le 22 mars 2017, le SGEN-CFDT a cherch&#233;, dans un communiqu&#233;, &#224; d&#233;cr&#233;dibiliser les r&#233;sultats de cette recherche, estimant ce travail &#171; scientifiquement contestable &#187;. Moins vindicatif et plus prudent, le SNUIPP, qui d&#233;fend le principe m&#234;me des ma&#238;tres sp&#233;cialis&#233;s dans le traitement de la grande difficult&#233; scolaire, &#171; est demandeur d'une recherche-action qualitative sur le fonctionnement des RASED. Selon qu'il soit tr&#232;s int&#233;gr&#233; sur un secteur d'&#233;coles ou plus dispers&#233;, quel est son impact sur le d&#233;roulement des apprentissages, sur le recours aux r&#233;&#233;ducations param&#233;dicales, sur la relation famille-&#233;cole, sur le climat scolaire, sur le v&#233;cu des enseignants et leur professionnalit&#233; ? &#187; (Bulletin 4 p. sp&#233;cial &#171; Pour une refondation des Rased &#187; ; mars 2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On aurait pu tout aussi bien &#233;voquer dans ce chapitre la question des EREA, ou encore celle des SEGPA (en coll&#232;ge). Comme nous n'avons nulle pr&#233;tention &#224; l'exhaustivit&#233;, la question des RASED pour ce qui concerne l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, et celle des ZEP pour ce qui concerne l'ensemble de la surface concernant la scolarit&#233; obligatoire nous ont sembl&#233; assez repr&#233;sentatives de la question plus g&#233;n&#233;rale des structures et dispositifs particuliers destin&#233;s &#224; lutter contre l'&#233;chec scolaire des &#233;l&#232;ves dits en &#171; grande difficult&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir note pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B&#201;NABOU R., KRAMARZ F. PROST., 2004, &#171; Zones d'&#233;ducation prioritaires : quels moyens pour quels r&#233;sultats ? &#187;, Revue &#201;conomie et statistique, n&#176; 380.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les syndicats revendiquent notamment des v&#233;ritables all&#232;gements d'effectifs par classe, une formation continue cons&#233;quente des enseignants, des heures de concertation pour les &#233;quipes enseignantes, etc. : toutes mesures unanimement reconnues comme les plus efficaces pour am&#233;liorer les conditions d'&#233;tude des &#233;l&#232;ves&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; longtemps situ&#233; &#224; l'issue de la classe de cinqui&#232;me, le processus se situe aujourd'hui en th&#233;orie &#224; la fin du coll&#232;ge et est affin&#233; &#224; la fin de la classe de seconde. Il reste que la (d&#233;)sectorisation des &#233;tablissements permet un premier tri des &#233;l&#232;ves et la mise en concurrence des &#233;tablissements, et que l'organisation au sein du coll&#232;ge et du lyc&#233;e eux-m&#234;mes en classes &#171; de niveau &#187; ainsi que les options permettent toujours une pr&#233;-s&#233;lection de fait&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Bon (ou Excellent) travail &#187; ; &#171; Travail insuffisant &#187; ; &#171; Ne travaille pas &#187;&#8230; Ce sont l&#224; les formules les plus couramment utilis&#233;es par les enseignants au moment de l'&#233;valuation des r&#233;sultats sur le bulletin de notes des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nico Hirtt, &#171; Th&#233;orie et pratique &#187;, art. cit&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Notre mandat de lyc&#233;e diversifi&#233; en trois voies et s&#233;ries reste d'actualit&#233; &#187; (U.S. Mag sp&#233;cial congr&#232;s national, textes pr&#233;paratoires au congr&#232;s du SNES de Rennes mars 2018)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De m&#234;me que les classes pr&#233;paratoires postbac en lyc&#233;e et le syst&#232;me ultra s&#233;lectif des grandes &#233;coles dans l'enseignement sup&#233;rieur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'exception notable de &#171; Ensemble &#187; et du NPA pour ce qui concerne les organisations politiques, ainsi que des membres du GRDS. Par ailleurs, le courant &#171; &#201;cole &#201;mancip&#233;e &#187; de la FSU milite historiquement pour un lyc&#233;e unique sans fili&#232;res, jusqu'au baccalaur&#233;at.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En juin 1990, le SNES est &#224; l'initiative d'un important colloque coorganis&#233; avec le SNESup, le SNETAP et le SNEP destin&#233; &#224; valoriser la &#171; voie technicienne de formation &#187;, dont l'objectif &#233;tait de promouvoir cette fili&#232;re afin qu'elle devienne vraiment une &#171; voie d'avenir pour la r&#233;ussite et les qualifications. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manifeste pour l'&#233;cole de la 6&#232;me r&#233;publique ; &#233;dit. du Croquant, ao&#251;t 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est impossible dans le cadre de cet article de passer en revue tous les th&#232;mes constitutifs de la doxa. Nous n'examinerons donc ici que les plus pr&#233;gnants. Certains autres, tels que la nouvelle id&#233;ologie des TICE (Techniques d'information et de communication pour l'&#233;ducation, aussi nomm&#233;es &#171; techno-p&#233;dagogies &#187;) feront l'objet d'une r&#233;flexion dans le deuxi&#232;me volet de ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Ce qui nous diff&#233;rencie des autres partis, c'est que nous ne traitons pas l'&#233;ducation uniquement au sens scolaire du terme : Pour nous, ce terme correspond &#224; un ensemble plus vaste, qui int&#232;gre ce qui se passe dans la famille, dans le tissu associatif et culturel, dans les m&#233;dias&#8230;. Car la question de l'environnement psychique de l'enfant est indissociable de la r&#233;flexion sur l'&#233;ducation &#187;, Ph. Meirieu, Interview &#224; l'AEF &#224; l'occasion de la convention nationale sur l'&#233;ducation organis&#233;e &#224; Lille en avril 2011 (AEF 149664).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Sylvie AEBISCHER, doctorante attach&#233;e au CERAPS-Lille 2 dans une communication intitul&#233;e &#171; La sp&#233;cificit&#233; des politiques &#233;ducatives en question : Acteurs et expertises des politiques &#233;ducatives dans l'&#233;laboration de la loi d'orientation sur l'&#233;ducation de 1989 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nico Hirtt, &#171; Th&#233;orie et Pratique &#187;, Aped (Appel pour une &#233;cole d&#233;mocratique), 2014, aped@skolo.org&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle : changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GFEN : Groupe Fran&#231;ais d'Education Nouvelle ; ICEM : Institut Coop&#233;ratif de l'Ecole Moderne ((mouvement Freinet)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le cours dit &#171; magistral &#187; ne suffit pas &#224; aiguiser l'esprit critique. Discriminant, accessible aux &#233;l&#232;ves les plus socialement favoris&#233;s, il v&#233;hicule une image d'autorit&#233; et des implicites qui noient dans les d&#233;tails et cantonne les plus &#233;trangers &#224; ces codes au par c&#339;ur et &#224; la restitution m&#233;canique. &#192; l'inverse, comme nous l'ont appris des p&#233;dagogues comme C&#233;lestin Freinet, une p&#233;dagogie plus active, qui ne c&#232;de rien aux activit&#233;s intellectuelles mais qui privil&#233;gie le protocole d'enqu&#234;te et l'administration de la preuve, permet d'accompagner une &#233;mancipation individuelle et collective en rappelant les vertus de la v&#233;rit&#233; et de la raison, seuls remparts efficaces contre tout pros&#233;lytisme et endoctrinement &#187;. (Laurence De Cock, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La formule est d'un chercheur belge, Vincent de Coorebyter, in &lt;i&gt;La p&#233;dagogie du renoncement &lt;/i&gt; (Bruxelles 2016)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le site de l'UNSA : &#171; Les EPI : pourquoi, comment ? &#187; par Anthony Lozac'h, 7 avril 2015, rubrique &#171; Agir pour nos id&#233;es &#187; &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conseil National des programmes, Qu'apprend-on au coll&#232;ge ? CNDP, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233;e par la journaliste sp&#233;cialis&#233;e L. Touret dans son &#233;mission &#171; Rue des &#233;coles &#187; du 5 mai 2015&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On lira sur ces questions deux ouvrages essentiels : Lucie Tanguy, &lt;i&gt;Enseigner l'esprit d'entreprise &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris 2016 ; et Philippe Hambye, Jean-Louis Siroux, &lt;i&gt;Le salut par l'alternance. Sociologie du rapprochement &#233;cole/entreprise&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Enseigner et apprendre. Vers la soci&#233;t&#233; cognitive&lt;/i&gt;, Livre blanc de Jacques Delors, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Nouvelle &#233;cole Capitaliste : (La d&#233;couverte, Paris 2011). Sur le m&#234;me th&#232;me, on lira La grande mutation : n&#233;olib&#233;ralisme et &#233;ducation en Europe, par Isabelle Bruno, Pierre Cl&#233;ment et Christian Laval, publi&#233; par Syllepse en 2010 sous l'&#233;gide de l'Institut de Recherches de la FSU.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui est en jeu dans cette organisation des flux d'&#233;l&#232;ves n'est rien d'autre que la tendance de l'institution scolaire &#224; reproduire &#224; partir de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre, une division des milieux sociaux qui devient manifeste au coll&#232;ge : tendance structurelle signal&#233;e de longue date par Christian Baudelot et Roger Establet, &lt;i&gt;L'&#201;cole primaire divise&lt;/i&gt;, Masp&#233;ro, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Il semble que la d&#233;valorisation syst&#233;matique du paradigme disciplinaire, dans la litt&#233;rature p&#233;dagogique actuelle, soit devenue une sorte d'&#233;vidence ne n&#233;cessitant aucune justification, une sorte d'&#171; allant de soi &#187; (comme en t&#233;moignent les multiples occurrences de formules telles que &#171; carcan disciplinaire &#187;, &#171; scl&#233;rose disciplinaire &#187;, &#171; enfermement disciplinaire &#187; etc.). C'est ainsi que les savoirs sp&#233;cialis&#233;s, dans le domaine de la recherche, sont commun&#233;ment accus&#233;s d'&#234;tre incapables de saisir la &#171; complexit&#233; du r&#233;el &#187;, au point d'&#234;tre parfois suspect&#233;s par la sociologie des sciences de ne devoir leur existence qu'&#224; des divisions artificielles, institutionnelles et sociales, refl&#233;tant de simples enjeux de pouvoir. De m&#234;me, dans le domaine p&#233;dagogique, l'enseignement formel de savoirs pr&#233;sentant une forte identit&#233; th&#233;orique et m&#233;thodologique &#8211; comme la physique, la biologie, les math&#233;matiques etc. &#8211; se voit fr&#233;quemment reprocher de n'&#234;tre utile qu'aux &#171; futurs sp&#233;cialistes &#187; et donc d'occuper une place excessive, voire carr&#233;ment indue, dans un programme d'enseignement g&#233;n&#233;ral obligatoire (lequel gagnerait, pense-t-on, &#224; &#234;tre organis&#233; selon une autre logique que disciplinaire, comme celle des &#171; comp&#233;tences &#187; ou celle des &#171; questions vives &#187; que prennent en charge les &#171; &#233;ducations &#224; &#187;). Alain Firode (universit&#233; d'Artois), in revue &lt;i&gt;Skhole&lt;/i&gt;, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet argument trouve une premi&#232;re expression publique forte dans le rapport Bourdieu-Gros de 1989, plac&#233; sous le signe de l'&#171; apprendre moins pour apprendre mieux &#187; et de la critique de l'organisation disciplinaire des programmes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Article de Elisabeth Bautier, St&#233;phane Bonnery et Pierre Cl&#233;ment : &#187; L'introduction en France des comp&#233;tences dans la scolarit&#233; unique. Enjeux politiques, enjeux de savoir, enjeux p&#233;dagogiques et didactiques &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de la recherche sur l'&#233;ducation et les savoirs&lt;/i&gt;, 16/1, p. 73-93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi les tenants de la premi&#232;re option, on trouve historiquement notamment l'ex majorit&#233; de la FEN, (devenue l'UNSA-&#233;ducation apr&#232;s la scission de 1992) et le SGEN-CFDT, tandis que les syndicats de la FSU (cr&#233;&#233;e en 1992 avec les ex minoritaires UA et EE de la FEN, avec le SNES, le SNUEP et le SNEP notamment), ainsi que la FERC-CGT sont plut&#244;t &#224; classer parmi les d&#233;fenseurs des disciplines, tr&#232;s r&#233;ticents envers l'enseignement par comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une analyse compl&#232;te de cette question, lire &lt;i&gt;Les enjeux cach&#233;s de l'interdisciplinarit&#233; au coll&#232;ge&lt;/i&gt;, Jean-Pierre Terrail, 2015 : &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'expression est de Bernard Rey, professeur &#224; l'Universit&#233; libre de Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme de comp&#233;tence est la traduction en fran&#231;ais du terme anglais &lt;i&gt;Skill&lt;/i&gt;, qui renvoie &#224; des comp&#233;tences attendues par les employeurs n&#233;cessaires pour que leurs salari&#233;s soient comp&#233;titifs sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la rubrique &#171; M&#233;tier &#187; du site du SNUIPP (&lt;a href=&#034;http://www.snuipp.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.snuipp.fr&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment le rapport &lt;i&gt;Que doit-on apprendre &#224; l'&#233;cole ? Savoirs scolaires et politique &#233;ducative&lt;/i&gt; par Roger-Fran&#231;ois Gauthier et Agn&#232;s Florin (mai 2016)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;V. Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique, La Dispute, Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la probl&#233;matique de l'&#233;cole unique, lire J.P. Terrail, &lt;i&gt;De l'in&#233;galit&#233; scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, 2002. En particulier le chapitre II : &#034;Les familles et les &#233;l&#232;ves face &#224; l'&#233;cole unique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans surprise, on trouve parmi les signataires les habituels thurif&#233;raires de la doxa. Citons entre autres F. Dubet ; M. Duru-Bellat ; F. Best A. Legrand ; C. Leli&#232;vre, P. Meirieu ; M. Develay, A. Van Zanten, J.M.Roirant (SG de la Ligue de l'enseignement J.L.Berille (SG de l'UNSA&#8230;) auxquels s'ajoutent quelques personnalit&#233;s ext&#233;rieures au monde de l'&#233;ducation telles que Laurent Berger (Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CFDT), Thierry Fr&#233;maux (&#233;conomiste, &#233;ditorialiste &#224; Alternatives &#233;conomiques, ou encore Boris Cyrulnik, psychiatre et psychanalyste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Document Terra Nova &#171; Pour une &#233;cole commune du cours pr&#233;paratoire &#224; la troisi&#232;me. Un pas suppl&#233;mentaire vers la d&#233;mocratisation &#187;, 25 pages ; mars 2014. Dans le m&#234;me texte, Terra Nova propose de fusionner les corps de professeurs des &#233;coles et de professeurs certifi&#233;s. Notons que ces m&#234;mes id&#233;es avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; avanc&#233;es, mais de mani&#232;re moins &#233;labor&#233;e) par F. Dubet en 2009, dans un article consacr&#233; au th&#232;me de la r&#233;novation n&#233;cessaire du coll&#232;ge unique : &#187; Il faut avoir le courage de r&#233;inventer le coll&#232;ge unique &#187; par Fran&#231;ois Dubet et Christophe Paris (directeur de l'AFEV : Association de la Fondation &#201;tudiante pour la Ville &#187; Le Monde, 16.09.09.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manifeste de Charbonni&#232;res - 1969, cit&#233; (p. 24-25) dans R&#233;apprendre &#224; lire : de la querelle des m&#233;thodes &#224; l'action p&#233;dagogique, de Sandrine Garcia et Anne claudine Ollier, &#233;dit du Seuil, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.P. Terrail, &lt;i&gt;De l'Oralit&#233;, Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/i&gt;, La Dispute, 2009 ; et &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle ; changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. &#171; L'enjeu scolaire &#187;, Paris 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'essentiel de cette partie est directement inspir&#233; des travaux de Jean-Pierre Terrail, J&#233;r&#244;me Deauvieau et Janine Reichstadt, voir notamment leur ouvrage &lt;i&gt;Enseigner efficacement la lecture&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2015, et les textes publi&#233;s sur le site du GRDS (d&#233;mocratisation-scolaire.fr).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La linguistique occupait dans les ann&#233;es 60-80 une position dominante dans les &#233;tudes litt&#233;raires de certains d&#233;partements universitaires. &#192; l'oppos&#233; de la vision &#171; classique &#187; de l'enseignement de la grammaire fond&#233; sur le latin et le grec, qui appelle une approche r&#233;flexive de la langue, les emprunts &#224; la linguistique effectu&#233;s dans cette p&#233;riode conduisent &#224; pr&#244;ner un enseignement de la langue prioritairement per&#231;ue comme un instrument de communication.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;tude du CEDRE, 2015. Le &#171; Cycle des &#201;valuations Disciplinaires R&#233;alis&#233;es sur &#201;chantillon &#187; (CEDRE), conduit par la DEPP (service d'&#233;tudes statistiques du minist&#232;re), est un outil d'observation des acquis des &#233;l&#232;ves, pour le pilotage d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif. Il &#233;value les comp&#233;tences des &#233;l&#232;ves en r&#233;f&#233;rence aux programmes scolaires &#224; la sortie de l'&#233;cole (CM2) et du coll&#232;ge (3&#232;me).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Association Fran&#231;aise pour la Lecture, (AFL) Centre d'Entra&#238;nement aux M&#233;thodes d'Education Active (CEMEA), Centre de Recherche et d'Actions P&#233;dagogiques (CRAP), F&#233;d&#233;ration des &#338;uvres Educatives et de Vacances de l'Education Nationale (FOEVEN), F&#233;d&#233;ration Nationale des Francas (FRANCAS), Groupe Fran&#231;ais d'Education Nouvelle (GFEN), Institut Coop&#233;ratif de l'Ecole Moderne (ICEM), Office Central de Coop&#233;ration &#224; l'Ecole (OCCE), Apprendre &#224; lire du cycle 1 au Cycle 3, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sandrine Garcia, &#192; l'&#233;cole des dyslexiques. Naturaliser ou combattre l'&#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voil&#224; un homme qui a de la constance dans ses id&#233;es : On se souvient peut-&#234;tre des vives r&#233;actions suscit&#233;es en 2006 par les prises de position du ministre De Robien en faveur de la m&#233;thode syllabique. Le directeur adjoint de son cabinet n'&#233;tait alors autre qu'un certain Jean-Michel Blanquer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire sur l'&#233;tat actuel de la question le chapitre intitul&#233; &#171; Interroger les syst&#232;mes d'apprentissage : l'exemple de la lecture &#187; in GRDS, &lt;i&gt;L'&#201;cole Commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, pp 57 &#224; 64, La Dispute 2012, Paris ; et J&#233;r&#244;me Deauvieau, Jean-Pierre Terrail, &lt;a href=&#034;http://www.laviedesidees.fr/{Le-B-A-BA-de-la-lecture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.laviedesidees.fr/{Le-B-A-BA-de-la-lecture&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.html /, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;alit&#233;, la demande de diminution du temps scolaire &#233;tait moins forte dans la soci&#233;t&#233; quand les salari&#233;s travaillaient 48 heures par semaine et b&#233;n&#233;ficiaient de peu de vacances. C'est que l'&#233;cole joue, de fait, un double r&#244;le : celui de dispensateur du savoir mais aussi de &#171; garderie &#187; des plus jeunes. La situation changera avec la diminution g&#233;n&#233;ralis&#233;e du temps de travail &#224; 40 h, et surtout &#224; 35h. Avant 1970, les horaires de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#233;taient de 30 heures hebdomadaires et l'ann&#233;e scolaire se prolongeait jusqu'&#224; mi-juillet. Ensuite, la dur&#233;e hebdomadaire des cours sera fix&#233;e &#224; 27 heures, puis avec la mise en place des conseils d'&#233;cole &#224; 26 heures effectives. A la rentr&#233;e 2008, cette dur&#233;e est ramen&#233;e &#224; 24 heures, l'ann&#233;e scolaire se terminant pour tous fin juin. En soi la dur&#233;e hebdomadaire de l'enseignement n'a pas de lien direct avec l'&#233;chec scolaire. Durant la p&#233;riode de l'&#233;cole &#224; 30 heures, il y avait un &#233;chec scolaire massif dans les milieux populaires, 50% seulement des &#233;l&#232;ves obtenaient le certificat d'&#233;tudes. Il y a en outre le param&#232;tre de la dur&#233;e de la scolarit&#233; obligatoire : de 12 &#224; 16 ans entre 1873 et 1965. Aujourd'hui dans les faits pr&#232;s de 90% des jeunes sont encore en situation de scolarisation &#224; 18 ans bien que la dur&#233;e de la scolarit&#233; obligatoire ait &#233;t&#233; maintenue &#224; 16 ans jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Prendre en compte le corps dans l'&#233;ducation, c'est une des conditions de la r&#233;ussite de tous. Tous les enfants n'ont pas les m&#234;mes rythmes de croissance ni les m&#234;mes rythmes physiologiques ; leur corps et son &#233;volution, ses pouss&#233;es et ses r&#233;gressions conditionnent leurs capacit&#233;s de toute nature, tout comme leur histoire et leur v&#233;cu, leur environnement intellectuel. Vouloir faire une &#233;cole de la r&#233;ussite de tous commande qu'on ne n&#233;glige pas ces r&#233;alit&#233;s, qu'on n'impose pas pour le corps et l'esprit un st&#233;r&#233;otype, un rythme, un mod&#232;le de r&#233;ussite unique &#187;, J.C. Barbarant (secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du SNI-PEGC), intervention au congr&#232;s p&#233;dagogique du SNI le 29 mai 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Appel de Bobigny, octobre 2010 : &lt;a href=&#034;http://www.laligue.org/lappel-de-bobigny&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.laligue.org/lappel-de-bobigny&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CAPE : Collectif des Associations Partenaires de l'Ecole Publique. Les mouvements d'&#233;ducation populaire, mouvements p&#233;dagogiques, associations &#233;ducatives se r&#233;unissent en collectif pour participer politiquement &#224; cette concertation. Le CAPE se met ainsi en forme autour d'une Charte (en 2011, ce collectif s'instituera en association pour &#234;tre reconnu plus facilement comme interlocuteur unique face au minist&#232;re. Le CAPE m&#232;nera les discussions jusqu'&#224; la parution du d&#233;cret Peillon, puis &#224; nouveau avec son successeur, B. Hamon, &#233;ph&#233;m&#232;re ministre de l'&#233;ducation nationale qui tentera &#8211; en vain &#8211;, pour calmer la fronde qui secoue jusqu'&#224; la majorit&#233; politique au pouvoir, d'introduire des &#171; assouplissements &#187; &#224; la loi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Chabrun, repr&#233;sentante de l'ICEM-Freinet &#171; Petit historique de la r&#233;forme des rythmes scolaires &#187; ; article paru dans Nautr'&#233;cole, sept 2017)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;claration d'un collectif de 25 maires socialistes : &#171; Ne pas reculer devant la n&#233;cessaire r&#233;forme des rythmes scolaires &#187; (Le Monde, 23.05.2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandrine Garcia et A.C. Ollier, &lt;i&gt;R&#233;apprendre &#224; lire&lt;/i&gt;, Seuil, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De l'appel de la Ligue de l'Enseignement en 2000 (&#171; L'&#233;cole que nous voulons &#187;) &#224; &#171; l'appel de Bobigny &#187; (octobre 2010) : Gen&#232;se du projet PS pour l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Jos&#233; Tovar, mars 2013. Consultable sur le site du GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb70&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh70&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 70&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;70&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DEPP : &#233;tat de l'&#233;cole 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb71&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh71&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 71&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;71&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Consultations CSA/SNUIPP en auto administr&#233; r&#233;alis&#233;e en mai 2004, puis &#224; nouveau en juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb72&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh72&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 72&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;72&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre 1972 et 2012, plus d'une quinzaine de rapports sur le m&#233;tier d'enseignant (la plupart afin de cerner ce que devrait &#234;tre leur formation dans le nouveau contexte) ont &#233;t&#233; produits par de organismes officiels de l'&#201;tat : (MEN, assembl&#233;e Nationale ; S&#233;nat&#8230;), ce qui montre l'importance&#8230; et la difficult&#233; du sujet pour les pouvoirs politiques en place !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb73&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh73&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 73&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;73&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beitone/Pradeau : art. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb74&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh74&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 74&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;74&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les composantes de l'activit&#233; professionnelle des enseignants outre l'enseignement dans les classes &#187; (juillet 2012, p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb75&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh75&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 75&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;75&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.senat.fr/rap/r17-690/r17-69&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.senat.fr/rap/r17-690/r17-69&lt;/a&gt;]01.pdf&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb76&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh76&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 76&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;76&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Becchetti-Bizot, G. Houzel et F. Taddei, &lt;i&gt;Vers une soci&#233;t&#233; apprenante&lt;/i&gt;, mars 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb77&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh77&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 77&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;77&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abdication inh&#233;rente au r&#232;gne de ce que J.-P. Terrail d&#233;signe sous le terme de &#171; paradigme d&#233;ficitariste &#187;, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle : Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb78&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh78&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 78&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;78&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme il est indiqu&#233; dans l'introduction &#224; ce travail, une deuxi&#232;me partie traitera des propositions avanc&#233;es par certaines organisations ou personnalit&#233;s pour rompre le cercle infernal dans lequel la doxa a enferm&#233; le syst&#232;me &#233;ducatif et construire une v&#233;ritable &#233;cole &#233;mancipatrice pour tous., qui nous am&#232;nera n&#233;cessairement vers une conclusion plus compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb79&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh79&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 79&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;79&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec, &#171; Les trois voies du lyc&#233;e &#187;, GRDS, 2017 (&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb80&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh80&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 80&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;80&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La nouvelle &#233;cole capitaliste&lt;/i&gt;, p. 8, par C. Laval, F. Vergne, P. Cl&#233;ment et G. Dreux ; La d&#233;couverte, Paris 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faut-il renoncer aux p&#233;dagogies actives ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article287</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article287</guid>
		<dc:date>2018-03-29T11:47:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Mottint</dc:creator>


		<dc:subject>p&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Classes populaires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;[Ce que les courants d'&#233;ducation nouvelle ont en commun, et dont la th&#233;matique s'est impos&#233;e dans la doxa p&#233;dagogique qui domine les derni&#232;res d&#233;cennies, c'est l'accent mis sur l'activit&#233; de l'&#171; apprenant &#187; dans le processus &#233;ducatif. La mise en &#339;uvre de ce principe fondamental des &#171; p&#233;dagogies actives &#187; a-t-elle &#8211; a-t-elle eu &#224; l'exp&#233;rience &#8211; les effets attendus en termes de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s sociales et d'&#233;mancipation des futurs citoyens ? Si cela ne semble pas &#234;tre vraiment le cas, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Controverses p&#233;dagogiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;p&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot69" rel="tag"&gt;Classes populaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH95/arton287-49a8e.png?1790689108' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Ce que les courants d'&#233;ducation nouvelle ont en commun, et dont la th&#233;matique s'est impos&#233;e dans la doxa p&#233;dagogique qui domine les derni&#232;res d&#233;cennies, c'est l'accent mis sur l'activit&#233; de l'&#171; apprenant &#187; dans le processus &#233;ducatif. La mise en &#339;uvre de ce principe fondamental des &#171; p&#233;dagogies actives &#187; a-t-elle &#8211; a-t-elle eu &#224; l'exp&#233;rience &#8211; les effets attendus en termes de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s sociales et d'&#233;mancipation des futurs citoyens ? Si cela ne semble pas &#234;tre vraiment le cas, pourquoi en va-t-il ainsi ? Et faudrait-il d&#232;s lors en revenir &#224; une conception des apprentissages plus proche de l'inculcation que de l'appropriation ? Merci &#224; Olivier Mottint, membre de l'association belge APED (Appel pour une &#233;cole d&#233;mocratique, dont les analyses convergent souvent avec celles du GRDS), de nous avoir propos&#233; cette r&#233;flexion ouverte qui conjugue la pr&#233;cision de l'argumentation et un solide &#233;tayage empirique, et se garde de jeter le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les convictions sont des ennemis de la v&#233;rit&#233; plus dangereux que les mensonges.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Nietzsche&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rep&#232;res historiques et d&#233;finition &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les p&#233;dagogies actives, ou m&#233;thodes actives, constituent un large champ de doctrines et de pratiques p&#233;dagogiques et &#233;ducatives, s'inspirant des propositions de divers philosophes, psychologues et p&#233;dagogues. Parmi les pr&#233;curseurs de ce mouvement, on peut notamment mettre en exergue Rousseau ou Pestalozzi. Les p&#233;dagogies actives connaitront un d&#233;veloppement plus concret et plus large d&#232;s l'aube du 20&#232;me si&#232;cle, sous l'influence de pionniers tels que Ferri&#232;re, Decroly, Clapar&#232;de, Cousinet, Freinet ou encore Montessori en Europe, et de Dewey (&#171; &lt;i&gt;learning by doing&lt;/i&gt; &#187;), Kilpatrick (p&#233;dagogie du projet), Parkhurst (p&#233;dagogie du contrat) ou Washburne (auto-apprentissage) aux Etats-Unis par exemple. Des mouvements p&#233;dagogiques tels que le GFEN&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe Fran&#231;ais d'Education Nouvelle&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (&#171; auto-socio-construction &#187;), l'ICEM&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Institut Coop&#233;ratif de l'Ecole Moderne&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (&#171; Mouvement Freinet &#187;) ou les CEMEA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centres d'Entrainement aux M&#233;thodes d'&#201;ducation Active&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se constitueront assez rapidement, actualisant et d&#233;veloppant &#224; leur tour l'&#339;uvre des pionniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de ces courants comporte des singularit&#233;s, et il existe entre eux des divergences r&#233;elles ayant parfois entrain&#233; de tr&#232;s vifs d&#233;bats entre les diff&#233;rentes &#171; &#233;coles &#187; ; cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; relative contraint donc &#224; une certaine prudence dans les analyses g&#233;n&#233;ralistes des p&#233;dagogies actives, ces analyses devant &#234;tre nuanc&#233;es en fonction des particularit&#233;s des diff&#233;rentes approches. On peut cependant se risquer &#224; d&#233;gager quelques tendances communes de ces courants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* l'insistance mise sur l'activit&#233; &#8212; principalement inductive &#8212; de l'enfant dans le processus d'acquisition des connaissances. Cette activit&#233; de l'enfant est con&#231;ue comme une d&#233;marche d'exploration de l'environnement, de t&#226;tonnement, de recherche, de production qui doit mener &#224; une d&#233;couverte par l'enfant des lois, des principes, des r&#232;gles, des savoirs et des proc&#233;dures. Ceci s'oppose fermement &#224; l'enseignement &#171; traditionnel &#187;, &#171; magistral &#187;, qui place les &#233;l&#232;ves dans une posture d'&#233;coute, d&#233;nonc&#233;e comme &#233;tant passive, ou dans une posture de reproduction/r&#233;p&#233;tition jug&#233;e m&#233;canique des proc&#233;dures que l'enseignant a pr&#233;c&#233;demment expos&#233;es ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* la mise en exergue des centres d'int&#233;r&#234;ts des enfants ou des jeunes, de leur &#171; nature &#187;, de leurs besoins. Les activit&#233;s scolaires doivent rencontrer la nature profonde de l'enfant ou du jeune, &#234;tre fonctionnelles, fond&#233;es sur leurs motivations naturelles et spontan&#233;es, sur les probl&#232;mes et les objets qu'ils rencontrent dans leur vie quotidienne ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* la recherche d'une autonomisation des &#233;l&#232;ves, notamment par l'&#233;laboration de contrats, par l'utilisation de fichiers individualis&#233;s, par la conduite de projets, par leur participation &#224; la gestion de la vie de classe et plus g&#233;n&#233;ralement par le statut d'acteurs qui leur est accord&#233; dans les apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi promouvoir les p&#233;dagogies actives ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rents arguments sont r&#233;guli&#232;rement mis en exergue pour soutenir ces p&#233;dagogies actives :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;l'argument de l'efficacit&#233;&lt;/i&gt; : &#171; on apprend mieux ce qu'on a d&#233;couvert par soi-m&#234;me, on comprend mieux ce que l'on a conquis plut&#244;t que re&#231;u &#187;. Mettre les &#233;l&#232;ves en situation de r&#233;soudre des probl&#232;mes riches, authentiques, et leur demander d'&#233;laborer leur(s) propre(s) solution(s) m&#232;nerait &#224; des apprentissages plus profonds et plus certains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;l'argument de l'apprentissage de la r&#233;solution de probl&#232;mes&lt;/i&gt; : pour apprendre &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes, il faudrait avoir &#233;t&#233; tr&#232;s fr&#233;quemment plac&#233; dans la situation de devoir en r&#233;soudre par soi-m&#234;me, par t&#226;tonnement. C'est en forgeant qu'on devient forgeron, et en r&#233;solvant par soi-m&#234;me qu'on deviendrait un &#171; r&#233;solveur &#187; efficace, et certainement pas en &#233;coutant/observant l'enseignant en action. De ce fait, les p&#233;dagogies actives, qui mettent les &#233;l&#232;ves face &#224; des situations-probl&#232;mes &#224; d&#233;nouer par eux-m&#234;mes, seraient plus efficaces pour former des &#233;l&#232;ves capables de r&#233;soudre des probl&#232;mes in&#233;dits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;l'argument de l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt; : les &#233;l&#232;ves les plus &#233;loign&#233;s de la culture scolaire auraient tout &#224; gagner de ces m&#233;thodes moins &#171; acad&#233;miques &#187;, moins marqu&#233;es par une culture &#171; bourgeoise &#187; verbeuse, scolastique, dont ils ne comprennent pas les codes, et qui ne correspond pas &#224; leur &#171; nature &#187; d'enfant. En outre, ces m&#233;thodes actives, parce qu'elles se fondent sur les &#171; int&#233;r&#234;ts &#187; des &#233;l&#232;ves et sur des situations &#171; authentiques &#187;, stimuleraient davantage la motivation de ceux qui sont les plus &#233;loign&#233;s de la culture scolaire et qui n'auraient d&#232;s lors pas une app&#233;tence spontan&#233;e pour les savoirs scolaires. Ce faisant, mettre en &#339;uvre les p&#233;dagogies actives permettrait de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s entre des &#233;l&#232;ves d'origine sociale diff&#233;rentes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;l'argument de l'ad&#233;quation aux m&#233;thodes disciplinaires&lt;/i&gt; : il s'agit d'un argument surtout utilis&#233; dans le domaine de l'enseignement des sciences et des sciences sociales (g&#233;ographie et histoire notamment). Pour apprendre les sciences, il faudrait avant tout mettre en &#339;uvre la d&#233;marche que les scientifiques &#171; experts &#187; utilisent eux-m&#234;mes pour &#233;laborer de nouvelles connaissances, c'est-&#224;-dire la d&#233;marche exp&#233;rimentale. De m&#234;me, pour apprendre la g&#233;ographie et l'histoire, il faudrait prioritairement mettre en &#339;uvre les d&#233;marches d'investigation qui sont celles du chercheur en sciences humaines. Ces quelques lignes de Paul Hurd (in Kirchner, Sweller &amp; Clark, 2006, p. 78) concernant l'enseignement des sciences illustrent bien cet argument :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A course of instruction in science should be a mirror image of a science discipline, with regard to both its conceptual structure and its patterns of inquiry. The theories and methods of modern science should be reflected in the classroom. In teaching a science, classroom operations should be in harmony with its investigatory processes and supportive of the conceptual, the intuitive, and the theoretical structure of its knowledge.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;l'argument idiosyncratique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette formulation est emprunt&#233;e &#224; Kirchner, Sweller &amp; Clark (2006).&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : cet argument est assez peu courant dans le monde francophone ; on le retrouve plus couramment dans des travaux anglo-saxons, notamment ceux qui traitent de l' &#171; &lt;i&gt;experiential learning&lt;/i&gt; &#187; et des &#171; styles cognitifs &#187; d&#233;finis par Kolb (1984). Cet argument consiste &#224; affirmer que, l'apprentissage &#233;tant un acte individuel, subjectif, d&#233;pendant du profil singulier de chaque apprenant, tout enseignement commun, dans lequel l'enseignant proposerait des structures communes qui s'imposent &#224; tous, serait vou&#233; &#224; l'&#233;chec. Chacun doit apprendre &#224; sa mani&#232;re, &#224; partir de son &#171; style cognitif &#187; et de ses exp&#233;riences propres. Imposer une pr&#233;sentation des informations provoquerait d&#232;s lors des interf&#233;rences avec les structures individuelles des apprenants et leur &#171; mani&#232;re d'apprendre &#187;. En d&#233;non&#231;ant un enseignement explicite commun, cet argument soutient indirectement les p&#233;dagogies actives. Il existe une variante relativiste de cet argument, qui consiste &#224; dire que les &#233;l&#232;ves ayant des profils cognitifs diff&#233;rents, il n'existe pas de p&#233;dagogie efficace pour tous, et qu'il convient donc d'employer avec eux des p&#233;dagogies vari&#233;es, au premier rang desquelles les p&#233;dagogies actives ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;l'argument de l'&#233;mancipation&lt;/i&gt; : en pla&#231;ant les &#233;l&#232;ves dans une posture d'acteurs, de chercheurs, de &#171; d&#233;couvreurs par eux-m&#234;mes &#187;, en leur donnant de l'autonomie, on formerait de futurs citoyens critiques, actifs et responsables. Au contraire, en les enfermant dans un statut de r&#233;cepteurs de savoirs pr&#233;m&#226;ch&#233;s puis d&#233;vers&#233;s par la parole d'un &#171; ma&#238;tre &#187; s'appuyant sur une posture d'autorit&#233; parfois &#233;crasante, on en ferait des individus dociles, peu &#224; m&#234;me de faire preuve d'esprit critique et d'initiative ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;l'argument de la d&#233;valuation des connaissances&lt;/i&gt; : c'est un argument qui n'est pratiquement jamais avanc&#233; par les militants des p&#233;dagogies actives eux-m&#234;mes, et qui consiste d'ailleurs en un d&#233;voiement, une trahison, de ce que pr&#244;naient ses pionniers et ses th&#233;oriciens, comme le montre tr&#232;s bien Nico Hirtt (2009) en &#233;voquant un &#171; renversement des buts et des moyens &#187;. Cet argument est plut&#244;t utilis&#233; par les milieux &#233;conomiques et les lobbys patronaux pour vanter une certaine acception de l'approche par comp&#233;tences avare en termes de transmission de savoirs et pr&#233;sent&#233;e abusivement comme l'h&#233;riti&#232;re des p&#233;dagogies actives et du constructivisme. On affirme alors que ce qui importe, c'est d'apprendre des d&#233;marches, des attitudes, et non d'accumuler des connaissances (&#171; l'information est disponible sur internet ! &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, les p&#233;dagogies actives sont promues parce qu'elles mettraient l'accent sur les d&#233;marches, la r&#233;solution de probl&#232;mes, la flexibilit&#233; face &#224; des situations in&#233;dites, le pragmatisme cher &#224; l'&#233;conomisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un exemple de cet int&#233;r&#234;t entrepreneurial pour les p&#233;dagogies actives, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et l'on occulte le fait que, pour les pionniers de ces p&#233;dagogies, les d&#233;marches ne constituaient que des moyens, et que la v&#233;ritable fin &#233;tait bien l'acquisition de connaissances. Cet argument semble bien faible d&#232;s lors que l'on souhaite former des citoyens critiques &#233;clair&#233;s, capables de comprendre le monde dans lequel ils vivent et de le transformer : ces futurs citoyens-l&#224; devront ma&#238;triser de tr&#232;s larges connaissances pour d&#233;velopper un entendement du monde et donner sens aux informations disponibles. Cet argument ne tient la route, en r&#233;alit&#233;, que si l'on n'a d'autre ambition pour l'&#201;cole que celle d'en faire un organe de production d'une main-d'&#339;uvre dynamique, flexible, capable d'adaptation et d'initiative.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que disent les recherches concernant ces espoirs plac&#233;s dans les p&#233;dagogies actives ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diff&#233;rents niveaux de &#171; preuves &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baillargeon (2013) distingue diff&#233;rents niveaux de confiance parmi les preuves empiriques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;le niveau le plus bas&lt;/i&gt; est l'anecdote, le t&#233;moignage : &#171; j'ai essay&#233; et &#231;a a bien fonctionn&#233; ! &#187;. Ces t&#233;moignages, m&#234;me s'ils sont sinc&#232;res et enthousiastes, ne peuvent en aucun cas &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des preuves. N'&#233;tant pas test&#233;s m&#233;thodiquement, rigoureusement, &#224; plus large &#233;chelle, en comparaison d'autres conditions, on ne peut conclure &#224; leur validit&#233; scientifique. Clark (1982) a par exemple montr&#233; que des &#233;tudiants pouvaient faire des t&#233;moignages tr&#232;s positifs vis-&#224;-vis de p&#233;dagogies inductives&#8230; alors que ces p&#233;dagogies ne leur avaient pas permis de r&#233;aliser des apprentissages significatifs ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;le second niveau&lt;/i&gt; est celui de l'&#233;tude scientifique. Ces &#233;tudes sont d'autant plus dignes de confiance que leur m&#233;thodologie est rigoureuse, qu'elles int&#232;grent variable de contr&#244;le, groupe exp&#233;rimental, groupe t&#233;moin ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;le niveau le plus &#233;lev&#233;&lt;/i&gt; est celui de la m&#233;ta-analyse. Une m&#233;ta-analyse est une collecte de l'ensemble des recherches men&#233;es sur un sujet en vue de les analyser, de les confronter, de les recouper pour &#233;tablir des &#171; preuves &#187; d'un degr&#233; plus &#233;lev&#233;. Il ne s'agit n&#233;anmoins pas de preuve absolue car il existe toujours des biais potentiels, surtout dans les sciences humaines, mais les r&#233;sultats auxquels elles aboutissent ne devraient pas &#234;tre ignor&#233;s par les professionnels &#8212; acteurs, chercheurs, conseillers, experts &#8212; d'un domaine particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travaux de John Hattie et &#233;chelle de l'indice d &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re d'enseignement, une &#233;quipe n&#233;oz&#233;landaise dirig&#233;e par John Hattie a men&#233; durant 15 ans un travail de synth&#232;se remarquable pour pr&#233;senter en un seul livre (Hattie, 2009) plus de 800 m&#233;ta-analyses. Ce livre fait ainsi &#233;tat de 50 000 &#233;tudes auxquelles ont pris part des dizaines de millions de participants. Pour rendre compte et pouvoir comparer les effets de diverses variables, Hattie a &#233;labor&#233; un indice d pourvu une &#233;chelle allant de -0,2 &#224; 1,2. Cette &#233;chelle doit &#234;tre interpr&#233;t&#233;e de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* On trouve de -0,2 &#224; 0 les conditions qui ont un effet n&#233;gatif ou nul (d = 0) sur les apprentissages. On remarque par exemple que l'exposition abusive &#224; la t&#233;l&#233;vision a un effet d&#233;l&#233;t&#232;re l&#233;ger (d = -0,18) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* On trouve entre 0 &#224; 0,4 des conditions qui ont des effets trop l&#233;gers sur les apprentissages scolaires que pour &#234;tre pr&#233;conis&#233;es. Ces effets sont jug&#233;s trop faibles car ils ne d&#233;passent par les effets d&#233;veloppementaux et l'effet du simple encadrement des &#233;l&#232;ves par un enseignant ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* On trouve au-del&#224; de 0,4 des conditions qui ont un effet positif r&#233;el sur les apprentissages scolaires. Plus d est &#233;lev&#233;, plus ces effets sont importants&#8230; et plus il semble judicieux de promouvoir les conditions qui les sous-tendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sultats des m&#233;ta-analyses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que disent donc les m&#233;ta-analyses synth&#233;tis&#233;es par Hattie (2009) &#224; propos de l'efficacit&#233; de diff&#233;rentes p&#233;dagogies ? Le tableau ci-apr&#232;s pr&#233;sente quelques r&#233;sultats, confrontant les p&#233;dagogies actives &#224; des p&#233;dagogies plus explicites. Les conditions figurant dans les cases gris&#233;es sont issues de m&#233;ta-analyses portant sur plusieurs disciplines scolaires et sont donc plus g&#233;n&#233;rales que les conditions non-gris&#233;es, qui portent sur une discipline ou un apprentissage particuliers (lecture, alg&#232;bre, sciences...).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_269 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH138/capture_d_e_cran_2018-03-29_a_13.17.29-c3dad.png?1790689108' width='500' height='138' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_270 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH85/capture_d_e_cran_2018-03-29_a_13.18.12-f49bf.png?1790689108' width='500' height='85' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;sultats bruts sont s&#233;v&#232;res pour les p&#233;dagogies &#171; par la d&#233;couverte &#187;, &#171; par l'enqu&#234;te &#187;, ou &#171; bas&#233;es sur la r&#233;solution de probl&#232;mes &#187;. Non seulement ces p&#233;dagogies actives sont nettement moins efficaces que les p&#233;dagogies explicites, mais elles &#233;chouent en outre &#224; atteindre le seuil de d = 0,4. Si l'on se fie &#224; ces m&#233;ta-analyses &#8212; et il est bien difficile de ne pas s'y fier dans l'&#233;tat actuel des connaissances sur le sujet &#8212; on ne peut que r&#233;interroger la validit&#233; de chacun des arguments qui &#233;taient cens&#233;s promouvoir les p&#233;dagogies actives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des promesses aux doutes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'argument d'efficacit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de l'argument le plus ais&#233;ment contestable : les m&#233;ta-analyses (Hattie, 2009) montrent en effet que les m&#233;thodes g&#233;n&#233;ralement associ&#233;es aux p&#233;dagogies actives sont peu efficaces, et surtout moins efficaces que d'autres m&#233;thodes plus explicites et plus guid&#233;es. Dans ces m&#233;thodes plus efficaces, l'enseignant joue un r&#244;le d'activateur, de &#171; modeleur &#187; et non seulement un r&#244;le de facilitateur et de concepteur de situations-probl&#232;mes comme c'est plut&#244;t le cas dans les p&#233;dagogies actives. Une analyse plus fine des recherches (Chall, 2000 ; Klahr &amp; Nigam, 2004 ; Mckeough, Lupart &amp; Marini, 1995 ; Moreno, 2004 ; Perkins, 1991, Roblyer, 1996 ; Singley &amp; Anderson, 1989) indique que cette efficacit&#233; moindre se traduit d'abord par des apprentissages moins amples, moins structur&#233;s, moins solides, moins profonds et moins transf&#233;rables que ceux permis par des p&#233;dagogies plus explicites et plus guid&#233;es. Carlson, Lundy &amp; Schneider (1992) et Schauble (1990) montrent par ailleurs que les p&#233;dagogies fond&#233;es sur la d&#233;couverte ou la r&#233;solution de probl&#232;mes m&#232;nent, davantage que les p&#233;dagogies explicites, &#224; des conceptions erron&#233;es ou &#224; des &#171; faux d&#233;parts &#187; qui sont ensuite pr&#233;judiciables pour les &#233;l&#232;ves. Selon plusieurs analyses (Chanquoy, Tricot &amp; Sweller, 2007 ; Kirschner, Sweller &amp; Clark, 2006 ; Sweller, 1988 ; Sweller, Van Merri&#235;nboer &amp; Paas, 1998) propos&#233;es par les chercheurs &#224; l'origine de la &#171; th&#233;orie de la charge cognitive &#187; (Cognitive Load Theory), l'une des principales raisons de cette inefficacit&#233; des p&#233;dagogies inductives est li&#233;e &#224; un probl&#232;me de surcharge cognitive de la m&#233;moire de travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La m&#233;moire de travail (que l'on nomme parfois m&#233;moire &#224; court terme) est la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s lors que l'on place les &#233;l&#232;ves face &#224; des situations-probl&#232;mes avec l'intention de leur faire acqu&#233;rir de nouvelles connaissances, ceux-ci font face &#224; une double t&#226;che : devant tout &#224; la fois r&#233;soudre un probl&#232;me et acqu&#233;rir des connaissances, leur m&#233;moire de travail, dont la capacit&#233; (&#171; l'empan &#187;) &#224; traiter des &#233;l&#233;ments neufs est limit&#233;e, est mise en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation critique de surcharge cognitive entraverait lourdement l'apprentissage, les travaux pr&#233;cit&#233;s montrant par exemple que dans toutes sortes de situations, le fait que les ressources cognitives soient prioritairement affect&#233;es &#224; la r&#233;solution du probl&#232;me emp&#234;che tout apprentissage, toute int&#233;gration de nouvelles connaissances dans la m&#233;moire &#224; long terme. On observe alors que les apprenants parviennent &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes&#8230; en n'apprenant pratiquement rien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;That working memory load does not contribute to the accumulation of knowledge in long-term memory because while working memory is being used to search for problem solutions, it is not available and cannot be used to learn.&lt;/i&gt; (Kirschner, Sweller &amp; Clark, 2006, p. 77)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;As a consequence, learners can engage in problem-solving activities for extended periods and learn almost nothing.&lt;/i&gt; (Kirschner, Sweller &amp; Clark, 2006, p. 80)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'argument de l'apprentissage de la r&#233;solution de probl&#232;mes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Since schema acquisition is possibly the most important component of problem solving expertise, the development of expertise may be retarded by a heavy emphasis on problem solving&lt;/i&gt; (Sweller, 1988, p. 284).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des aspects les plus saillants et les plus concrets de la th&#233;orie de la charge cognitive est l'&#171; effet du probl&#232;me r&#233;solu &#187; (worked-example effect). De nombreuses recherches (pour une description de ces recherches, voir par exemple Chanquoy, Tricot &amp; Sweller, 2007) ont compar&#233; l'efficacit&#233; de deux modalit&#233;s d'enseignement. Dans la premi&#232;re condition, les &#233;l&#232;ves r&#233;solvent des probl&#232;mes par eux-m&#234;mes, d&#233;couvrant la solution &#224; partir des ressources mises &#224; leur disposition ; dans la seconde condition, l'enseignant montre de mani&#232;re explicite comment r&#233;soudre les m&#234;mes probl&#232;mes. On demande ensuite aux &#233;l&#232;ves des deux groupes de r&#233;soudre de nouveaux probl&#232;mes de la m&#234;me famille. Il apparait &#224; chaque fois que les &#233;l&#232;ves &#224; qui on a explicit&#233; la proc&#233;dure de r&#233;solution r&#233;solvent mieux ces nouveaux probl&#232;mes que les &#233;l&#232;ves qui ont d&#233;couvert la solution par eux-m&#234;mes. Les chercheurs expliquent que ce &lt;i&gt;worked-example effect&lt;/i&gt; est la cons&#233;quence du fait que la charge cognitive des &#233;l&#232;ves &#224; qui on a explicit&#233; la proc&#233;dure est inf&#233;rieure &#224; celle qui affecte les &#233;l&#232;ves qui d&#233;couvrent par eux-m&#234;mes. Cette explication est sans doute partielle, mais il n'en demeure pas moins que l'explicitation de la proc&#233;dure de r&#233;solution semble &#234;tre plus efficace que l'apprentissage par d&#233;couverte, surtout pour les novices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs ce qui ressort des m&#233;ta-analyses synth&#233;tis&#233;es par Hattie (2009), qui indiquent que les p&#233;dagogies bas&#233;es sur la r&#233;solution de probl&#232;mes par les &#233;l&#232;ves (d = 0,15) sont moins efficaces que les p&#233;dagogies centr&#233;es sur l'enseignement explicite, par l'enseignant, de d&#233;marches de r&#233;solution de probl&#232;mes (d = 0,61). L'hypoth&#232;se qui sous-tend les p&#233;dagogies actives dans ce domaine est qu'il faudrait entrainer, muscler en quelque sorte, la &#171; capacit&#233; &#187; de r&#233;solution de probl&#232;mes des &#233;l&#232;ves en les pla&#231;ant syst&#233;matiquement face &#224; des situations-probl&#232;mes &#224; d&#233;nouer. La capacit&#233; de r&#233;solution de probl&#232;mes se d&#233;velopperait ainsi peu &#224; peu, d&#233;pendant presque exclusivement d'op&#233;rations mentales de haut niveau. Il y a sans doute des intuitions correctes dans cette hypoth&#232;se : la r&#233;solution de probl&#232;mes est effectivement li&#233;e &#224; des fonctions sup&#233;rieures de la cognition, et il ne suffit pas de ma&#238;triser les habilet&#233;s de base pour r&#233;soudre un probl&#232;me, m&#234;me si cela demeure une condition n&#233;cessaire. N&#233;anmoins, cette hypoth&#232;se n&#233;glige le fait que la r&#233;solution de probl&#232;mes d&#233;pende tout aussi &#233;troitement de la pr&#233;sence de &#171; sch&#233;mas de r&#233;solution &#187; dans la m&#233;moire &#224; long terme, m&#233;moire &#224; long terme qui n'est pas un &#171; entrep&#244;t passif d'informations fragment&#233;es et discontinues &#187; mais une &#171; composante de l'architecture cognitive humaine qui a un impact sur des processus cognitifs complexes tels que la pens&#233;e et la r&#233;solution de probl&#232;mes &#187; et constituerait m&#234;me la &#171; structure centrale, dominante, de la cognition humaine &#187; ((Kirschner, Sweller &amp; Clark, 2006, p. 76) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;These results suggest that expert problem solvers derive their skill by drawing on the extensive experience stored in their long-term memory and then quickly select and apply the best procedures for solving problems. The fact that these differences can be used to fully explain problem-solving skill emphasizes the importance of long-term memory to cognition. We are skilful in an area because our long-term memory contains huge amounts of information concerning the area. That information permits us to quickly recognize the characteristics of a situation and indicates to us, often unconsciously, what to do and when to do it.&lt;/i&gt; ((Kirschner, Sweller &amp; Clark, 2006, p. 76)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;soudre efficacement un probl&#232;me, il est en effet indispensable de pouvoir s'appuyer sur des exp&#233;riences de probl&#232;mes similaires stock&#233;s en m&#233;moire &#224; long terme. Les experts en termes de r&#233;solution de probl&#232;mes r&#233;solvent efficacement un probl&#232;me in&#233;dit parce qu'ils ont pr&#233;c&#233;demment g&#233;n&#233;ralis&#233; puis stock&#233; dans leur m&#233;moire &#224; long terme des sch&#233;mas de r&#233;solution de probl&#232;mes pr&#233;sentant la m&#234;me configuration. D&#232;s lors, ils peuvent reconnaitre dans le probl&#232;me in&#233;dit une configuration d&#233;j&#224; rencontr&#233;e et d&#233;terminer puis appliquer la proc&#233;dure ad&#233;quate pour le r&#233;soudre. A contrario, les novices, parce qu'ils sont d&#233;nu&#233;s de ces sch&#233;mas permettant la reconnaissance de configurations probl&#233;matiques, sont contraints d'utiliser des strat&#233;gies de r&#233;solution de probl&#232;me plus t&#226;tonnantes (strat&#233;gie &#171; &lt;i&gt;means-ends&lt;/i&gt; &#187;), o&#249; le hasard tient un grand r&#244;le, et qui sont moins efficaces :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Experts are able to work forward immediately by choosing appropriate equations leading to the goal because they recognize each problem and each problem state from previous experience and know which moves are appropriate. The same cognitive structures which allow experts to accurately recall the configuration of a given problem state also allow immediate moves toward the goal from the givens. These cognitive structures will be called schemas where a schema is defined as a structure which allows problem solvers to recognize a problem state as belonging to a particular category of problem states that normally require particular moves. This means, in effect, that the problem solver knows that certain problem states can be grouped, at least in part, by their similarity and the similarity of the moves that can be made from those states. Novices, not possessing appropriate schemas, are not able to recognize and memorize problem configurations and are forced to use general problem-solving strategies such as means-ends analysis when faced with a problem.&lt;/i&gt; (Sweller, 1988, p. 259)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apprendre &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes, c'est donc avant tout acqu&#233;rir des sch&#233;mas. Or, comme le d&#233;montrent de nombreuses recherches men&#233;es sur des probl&#232;mes de diff&#233;rentes natures (Lewis &amp; Anderson, 1985 ; Mawer &amp; Sweller, 1982 ; Sweller, 1983, 1988 ; Sweller &amp; Levine, 1982 ; Sweller, Mawer &amp; Howe, 1982 ; Sweller, Mawer &amp; Ward, 1983), les p&#233;dagogies centr&#233;es sur la r&#233;solution de probl&#232;mes ne permettent pas l'encodage et le stockage efficace de ces sch&#233;mas dans la m&#233;moire &#224; long terme, &#224; cause d'un probl&#232;me de surcharge cognitive (il est presque impossible de mener cette double t&#226;che simultan&#233;ment : r&#233;soudre et int&#233;grer le sch&#233;ma de r&#233;solution) mais aussi parce que l'acquisition de ces sch&#233;mas exige leur enseignement explicite, progressif, r&#233;p&#233;titif et structur&#233; pr&#233;cocement (et non en fin d'apprentissage). En effet, lorsque les &#233;l&#232;ves r&#233;solvent un probl&#232;me par t&#226;tonnement comme c'est le cas dans les p&#233;dagogies de type &#171; &lt;i&gt;problem-based learning&lt;/i&gt; &#187;, ils aboutissent certes &#224; la solution du probl&#232;me (dans le meilleur des cas) par t&#226;tonnement mais sans n&#233;cessairement pouvoir d&#233;gager, g&#233;n&#233;raliser, abstraire, encoder ni stocker le sch&#233;ma de r&#233;solution efficace, direct, qui peut &#234;tre appliqu&#233; pour r&#233;soudre des probl&#232;mes de cette famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement explicite de la r&#233;solution de probl&#232;mes offre davantage de garanties que ces sch&#233;mas de r&#233;solution soient int&#233;gr&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The [&#8230;] conclusion [&#8230;] may be put more strongly. Conventional problem solving activity via means-ends analysis normally leads to problem-solution, not to schema acquisition. Both theoretical and implications flow from this conclusion. The theoretical points made in the present paper suggest that cognitive effort expended during conventional problem solving leads to the problem goal, not to learning. Goal attainment and schema acquisition may be two largely unrelated and even incompatible processes. This may be relevant to all learning through problem-solving theories.&lt;/i&gt; (Sweller, 1988, p. 283)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A problem solver whose cognitive processing capacity is entirely devoted to goal attainment is attending to this aspect of the problem to the exclusion of those features of the problem necessary for schema acquisition&lt;/i&gt; (Sweller, 1988, p. 262)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'argument d'&#233;galit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument d'&#233;galit&#233; est lui aussi fortement mis &#224; mal : on ne peut valablement aider les &#233;l&#232;ves peu ou moyennement performants avec des p&#233;dagogies peu efficaces. Ces &#233;l&#232;ves sont m&#234;mes ceux qui souffrent le plus des p&#233;dagogies inefficaces, notamment parce qu'ils ne peuvent g&#233;n&#233;ralement compter sur un soutien familial compensatoire. Des analyses plus fines (Hattie, 2009, 2017 ; (Kirschner, Sweller &amp; Clark, 2006) montrent &#233;galement que les p&#233;dagogies bas&#233;es sur l'enqu&#234;te, la d&#233;couverte et la r&#233;solution de probl&#232;me sont particuli&#232;rement d&#233;favorables aux &#233;l&#232;ves faibles et moyens, tandis qu'elles nuiraient peu aux &#233;l&#232;ves les plus performants, et favoriseraient m&#234;me leur progression dans certains cas. Ces recherches indiquent que, dans les p&#233;dagogies actives, ce qui p&#233;nalise les &#233;l&#232;ves plus fragiles, c'est aussi un manque de r&#233;p&#233;titions et une structuration tardive des apprentissages (la &#171; synth&#232;se &#187; arrivant souvent &#224; la toute fin de la d&#233;marche inductive, par d&#233;finition). Les p&#233;dagogies actives, peu guid&#233;es, mettant l'accent sur la d&#233;couverte et la r&#233;solution de probl&#232;mes ne deviendraient ainsi potentiellement &#8212; et l&#233;g&#232;rement &#8212; plus efficaces que les p&#233;dagogies explicites fortement guid&#233;es que lorsque les &#233;l&#232;ves ont pr&#233;c&#233;demment construit, par un enseignement explicite et guid&#233;, de tr&#232;s solides sch&#233;mas de connaissances qui permettent de faire face aux probl&#232;mes sans qu'il y ait surcharge cognitive. Il s'agit du ph&#233;nom&#232;ne d'&#171; expertise reversal effect &#187; (Kalyuga, Ayres, Chandler &amp; Sweller, 2003 ; Kalyuga, Chandler, Tuovinen &amp; Sweller, 2001). Pour les novices au contraire, ces p&#233;dagogies seraient n&#233;fastes, notamment parce que, disposant de moins de connaissances structur&#233;es en m&#233;moire &#224; long terme, ils sont plus expos&#233;s que les experts &#224; la surcharge cognitive qu'entrainent presque immanquablement les p&#233;dagogies actives : en effet, ce sont bien les &#233;l&#232;ves les plus fragiles scolairement qui sont le plus &#224; la peine lorsqu'ils doivent, simultan&#233;ment, r&#233;soudre un probl&#232;me (ou mener une recherche, une enqu&#234;te, une exp&#233;rience&#8230;) et acqu&#233;rir des connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres recherches (Bautier, 2006a, 2006b ; Bautier &amp; Goigoux, 2004 ; Bautier &amp; Rayou, 2013 ; Bonn&#233;ry, 2007) men&#233;es en France incitent &#224; penser qu'une certaine mise en &#339;uvre des p&#233;dagogies actives pourrait desservir les &#233;l&#232;ves provenant de milieux populaires en favorisant l'apparition de &#171; malentendus scolaires &#187;/Les p&#233;dagogies actives ne sont &#233;videmment pas les seules &#224; &#234;tre expos&#233;es &#224; ces malentendus scolaires, tant s'en faut./. Parce qu'elles rechignent parfois &#224; l'explicitation et au cadrage par souhait de mettre les &#233;l&#232;ves en situation de r&#233;soudre des probl&#232;mes complexes par eux-m&#234;mes, les p&#233;dagogies actives peuvent en effet constituer des &#171; p&#233;dagogies invisibles &#187; dont &#171; les objets d'apprentissages, dans les t&#226;ches scolaires, sont moins nettement d&#233;finis &#187; (Bautier, 2006b, p. 108). Les &#233;l&#232;ves sont alors &#171; confront&#233;s &#224; des t&#226;ches et des situations trop ouvertes, &#224; des contrats et des milieux didactiques trop flous et trop larges, pour le traitement desquels les plus d&#233;munis d'entre eux ne peuvent mobiliser que leurs exp&#233;riences premi&#232;res du monde, sans pouvoir disposer ou faire usage d'aides ou de crit&#232;res leur permettant de red&#233;finir les t&#226;ches de mani&#232;re pertinente &#187; (Bautier &amp; Goigoux, 2004, p. 97). Confront&#233;s &#224; la faiblesse de l'explicitation, du cadrage et du guidage, les &#233;l&#232;ves interpr&#232;tent erron&#233;ment les enjeux des activit&#233;s scolaires : ignorant ce que l'enseignant cherche &#224; leur faire apprendre et qui constitue le v&#233;ritable objectif de l'activit&#233;, ils concentrent leur attention et plus g&#233;n&#233;ralement leur activit&#233; cognitive sur des &#233;l&#233;ments p&#233;riph&#233;riques, superficiels ou contextuels de la t&#226;che scolaire ; ils se centrent sur le &#171; faire &#187; au d&#233;triment d'une centration sur l' &#171; apprendre &#187;. Ces malentendus sont d'autant plus probables que, pour rencontrer les centres d'int&#233;r&#234;t des &#233;l&#232;ves ou leur vie quotidienne, l'enseignant a &#171; habill&#233; &#187; l'activit&#233; pour la rendre plus &#171; attractive &#187; : cette attractivit&#233; peut favoriser la m&#233;sinterpr&#233;tation de la situation scolaire par les &#233;l&#232;ves de milieux populaires, qui seront happ&#233;s par cet habillage et passeront &#224; c&#244;t&#233; des enjeux cognitifs. Ces malentendus scolaires sont omnipr&#233;sents et touchent tous les niveaux de la scolarit&#233;. En voici quelques exemples concrets :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Soucieuse de &#171; motiver ses &#233;l&#232;ves &#187;, une enseignante de 2&#232;me secondaire (classe de 5&#232;me en France) utilise un jeu p&#233;dagogique coop&#233;ratif (&#171; Optimove &#187;) en vue de leur faire acqu&#233;rir des notions g&#233;ographiques et environnementales relatives &#224; la mobilit&#233;. Les &#171; bons &#233;l&#232;ves &#187; comprennent tr&#232;s rapidement que le jeu est un aspect superficiel de l'activit&#233;, mais que le v&#233;ritable objectif est l'acquisition de notions ; ils ont &#233;t&#233; capables de &#171; secondariser &#187;, c'est-&#224;-dire de retrouver le sens second, non apparent, mais fondamental de l'activit&#233; (apprendre des notions g&#233;ographiques), et de centrer leur cognition sur ce sens fondamental. Les autres &#233;l&#232;ves ont &#233;t&#233; induits en erreur par le caract&#232;re ludique de l'activit&#233; : au lieu de fixer leur attention sur les notions, ils la centrent sur les enjeux secondaires, ludiques (comment faire pour remporter la partie ?) ou relationnels (le respect des r&#232;gles de solidarit&#233; par les diff&#233;rents joueurs dans ce jeu coop&#233;ratif).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* D&#233;sireux de &#171; donner du sens &#187; aux activit&#233;s scolaires, un instituteur d&#233;cide d'organiser une correspondance scolaire pour permettre &#224; ses &#233;l&#232;ves de 4&#232;me primaire (CM1) d'apprendre &#224; &#233;crire des lettres. Certains &#233;l&#232;ves ont pu mener le processus de secondarisation &#224; bien et concentrent leur attention sur les aspects litt&#233;raires de l'activit&#233; (la mise en forme g&#233;n&#233;rale d'une lettre, la ponctuation, les alin&#233;as&#8230;). Les autres, plus nombreux, n'ont pas compris ce sens profond de l'activit&#233; et se concentrent sur les aspects relationnels de l'activit&#233; (Vais-je &#233;crire &#224; une fille ou &#224; un gar&#231;on ? Vais-je lui faire part de mes secrets, lui parler de telle chose ou de telle autre ? Est-ce que Monsieur va lire ce que j'ai &#233;crit &#224; mon correspondant ?). De fa&#231;on surprenante, l'instituteur s'enthousiasme de cette m&#233;prise, ne d&#233;tectant pas que cela d&#233;tourne les &#233;l&#232;ves de l'objectif cognitif de l'activit&#233;. Ce brouillage est extr&#234;mement fr&#233;quent dans la p&#233;dagogie du projet, qui am&#232;ne parfois les &#233;l&#232;ves &#224; se centrer sur le produit fini plut&#244;t que sur l'objet d'apprentissage, sur la t&#226;che et non sur l'apprentissage. Notons dans ce cas qu'il y a aussi m&#233;prise dans le chef de l'enseignant qui, au lieu de s'interroger sur les conditions permettant la construction d'une v&#233;ritable motivation &#224; apprendre (voir par exemple Tardif, 1997), ne fait que d&#233;velopper une tr&#232;s transitoire motivation dirig&#233;e vers la production, le produit fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Soucieuse de rendre &#171; attrayante &#187; une activit&#233; sur la soustraction, une institutrice d&#233;cide d' &#171; accrocher &#187; ses &#233;l&#232;ves en introduisant cet apprentissage par la lecture d'une histoire au cours de laquelle une famille de six lapins en balade perd deux de ses membres partis go&#251;ter l'herbe ailleurs. A nouveau, les &#233;l&#232;ves les plus familiers avec la culture scolaire auront pu &#171; secondariser &#187; et se douter, alors que rien ne l'indiquait explicitement en d&#233;but d'activit&#233;, que le v&#233;ritable enjeu &#233;tait math&#233;matique (&#171; Madame a insist&#233; sur le fait qu'il y avait 6 lapins, c'est donc bien qu'on va faire des calculs &#187;). Les autres sont enti&#232;rement sous l'emprise de la fiction, se fichent de savoir &#224; quoi correspond 6-2, mais sont par contre tr&#232;s inquiets de savoir si les deux lapereaux &#233;gar&#233;s ne feront pas de mauvaise rencontre ou retrouveront bient&#244;t leur famille, tandis que les plus s&#233;v&#232;res estiment qu'un tel malheur ne serait pas arriv&#233; si les deux lapereaux avaient &#233;cout&#233; Maman et Papa Lapin, qui avaient bien dit de ne pas s'&#233;loigner&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'argument de l'ad&#233;quation aux m&#233;thodes disciplinaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet argument semble a priori extr&#234;mement solide, surtout concernant l'enseignement des sciences et des sciences sociales. Ne serait-ce pas un sacril&#232;ge que d'enseigner les sciences de fa&#231;on explicite, alors que les connaissances scientifiques s'&#233;tablissent au contraire par la mise en &#339;uvre d'une d&#233;marche exp&#233;rimentale, empirique ? Il est bien difficile de s'opposer frontalement &#224; cette position, mais on peut toutefois la nuancer. Oui, il est crucial que les &#233;l&#232;ves comprennent le statut &#233;pist&#233;mologique des connaissances scientifiques, qu'ils comprennent que leur validit&#233; provient du fait qu'elles ont &#233;t&#233; test&#233;es exp&#233;rimentalement ou qu'elles sont le r&#233;sultat d'investigations rationnelles rigoureuses, contr&#244;l&#233;es par les pairs. Oui, il est crucial qu'ils aient connaissance des conditions empiriques qui ont permis d'&#233;tablir tels ou tels faits scientifiques. Oui, il est crucial que les &#233;l&#232;ves soient form&#233;s &#224; la d&#233;marche exp&#233;rimentale et la pratiquent r&#233;guli&#232;rement en classe de sciences. Tout ceci est indispensable pour permettre aux &#233;l&#232;ves de distinguer les connaissances scientifiques des croyances, et la d&#233;marche scientifique de la posture superstitieuse. Cette compr&#233;hension &#233;pist&#233;mologique des connaissances scientifiques constitue m&#234;me une urgence &#224; une &#233;poque marqu&#233;e par une vulgate postmoderne et un renouveau religieux dogmatique renfor&#231;ant parfois le relativisme cognitif, les pseudosciences et les superstitions (Gross &amp; Levitt, 1997 ; Sokal, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui para&#238;t contestable, par contre, c'est de postuler que tout apprentissage de connaissances scientifiques en classe doit se faire &#224; travers l'exp&#233;rience et l'investigation. En effet, lorsque l'on pratique de la sorte, on rencontre le m&#234;me probl&#232;me de &#171; surcharge cognitive &#187; que l'on connait dans l'enseignement d'autres disciplines. Les &#233;l&#232;ves se trouvent face &#224; une double-t&#226;che, &#224; un apprentissage simultan&#233; de connaissances scientifiques et de la d&#233;marche scientifique. Cette simultan&#233;it&#233; mettra immanquablement certains &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, et prioritairement ceux pour qui chacun des deux objectifs d'apprentissage constitue &#224; lui seul un d&#233;fi de taille. Les recherches men&#233;es sur l'&lt;i&gt;inquiry-based teaching&lt;/i&gt; en sciences (Bredderman, 1983 ; Shymansky, Hedges &amp; Woodworth, 1990) abondent dans ce sens : elles montrent que si mener des d&#233;marches d'exp&#233;rimentation et d'investigation en classe de sciences est un moyen efficace de d&#233;velopper la d&#233;marche scientifique et les processus, c'est par contre un moyen peu efficace pour acqu&#233;rir des connaissances scientifiques. D'autres recherches (Bangert-Drowns, 1992 ; Bangert-Drowns &amp; Bankert, 1990) confirment par contre que l'&lt;i&gt;inquiry-based teaching&lt;/i&gt; participe du d&#233;veloppement de la pens&#233;e critique, et qu'&#224; ce titre il demeure un outil indispensable, pourvu qu'on ne lui octroie pas une place h&#233;g&#233;monique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'argument idiosyncratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet argument, inspir&#233; de l'&lt;i&gt;experiential learning&lt;/i&gt; notamment (Kolb, 1984), consiste &#224; soutenir indirectement les p&#233;dagogies actives au motif qu'il serait contreproductif d'imposer &#224; des &#233;l&#232;ves aux styles cognitifs diff&#233;rents un enseignement explicite proposant un cheminement commun. Tenir compte de ces diff&#233;rents styles cognitifs en pratiquant la p&#233;dagogie exp&#233;rientielle (une forme de p&#233;dagogie active bas&#233;e sur les exp&#233;riences personnelles) permettrait de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons droit au but : l'existence m&#234;me des quatre styles cognitifs d&#233;finis par Kolb est plus qu'hypoth&#233;tique. Les recherches men&#233;es en la mati&#232;re (voir Hattie, 2009) ne permettent pas de d&#233;montrer que ces styles pr&#233;sum&#233;s correspondent &#224; une r&#233;alit&#233; effective. De m&#234;me, les recherches ne montrent pas que l'adaptation de l'enseignement aux styles cognitifs putatifs des &#233;l&#232;ves ait un quelconque effet positif sur leurs apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les styles cognitifs de Kolb sont peu connus dans le monde francophone, il existe n&#233;anmoins chez nous des th&#233;ories de la m&#234;me veine, notamment celle des &#233;l&#232;ves &#171; visuels, auditifs et kinesth&#233;siques &#187; issue de la gestion mentale et de la PNL, ou celle des &#171; intelligences multiples &#187; d'Howard Gardner. Dans le meilleur des cas, ces th&#233;ories sugg&#232;rent qu'adapter la p&#233;dagogie au profil des &#233;l&#232;ves serait de nature &#224; r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s en offrant &#224; chacun les conditions p&#233;dagogiques permettant son meilleur progr&#232;s. Ces th&#233;ories sont largement pseudoscientifiques. Elles sont en contradiction avec l'&#233;tat actuel des connaissances en psychologie cognitive (Geake, 2008 ; Mottint, 2018 ; Waterhouse, 2006) et constituent d&#232;s lors une fausse piste pour r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s. Il est donc quelque peu inqui&#233;tant de les voir gagner du terrain, notamment dans des &#171; &#233;coles alternatives &#187; soucieuses de &#171; respecter les diff&#233;rences &#187;. Pour ne prendre qu'un exemple de leur inconsistance, il est acquis depuis les recherches de PAIVIO que tous les &#233;l&#232;ves (et les adultes) m&#233;morisent mieux les images que les mots, parce qu'ils sont doublement cod&#233;s (sous forme imag&#233;e et sous forme verbale) ; penser que l'on va aider certains &#233;l&#232;ves pr&#233;tendument auditifs en leur proposant des mots plut&#244;t que des images ou des sch&#233;mas est donc un excellent moyen&#8230; de les mettre en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des choses les plus vaines qui soient est de d&#233;signer les &#233;l&#232;ves selon leurs &#171; styles d'apprentissage &#187;. Cette mode actuelle des styles d'apprentissage, qu'on ne confondra pas avec l'id&#233;e plus valable de strat&#233;gies diff&#233;rentes pour apprendre, soutient que les &#233;l&#232;ves ont une pr&#233;f&#233;rence pour certaines mani&#232;res d'apprendre [&#8230;]. Souvent, on assure que si l'enseignement s'ajuste au style pr&#233;f&#233;r&#233; ou dominant [&#8230;], alors la r&#233;ussite augmente. Il existe de nombreuses donn&#233;es montrant que les &#233;l&#232;ves sont identifi&#233;s diversement par diff&#233;rents enseignants. Et les mesures les plus courantes, qui sont notoirement non fiables, ne pr&#233;disent pas grand-chose [&#8230;]. Strat&#233;gies d'apprentissages ? Oui. Plaisir d'apprendre ? Oui. Styles d'apprentissage ? Non. (Hattie, in Baillargeon, 2013, p. 113)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'argument de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation ne peut survenir sans compr&#233;hension du monde, donc sans acquisition pr&#233;alable de cat&#233;gories, de larges grilles de connaissances permettant son interpr&#233;tation. Dans la mesure o&#249; les p&#233;dagogies actives ne semblent pas toujours favoriser l'acquisition de savoirs et de savoir-faire, et qu'elles sont surtout d&#233;favorables aux &#233;l&#232;ves de milieux populaires, elles peuvent entraver cet objectif d'&#233;mancipation, bien qu'une tr&#232;s large majorit&#233; de ses partisans soient paradoxalement des militants sinc&#232;res et r&#233;solus du progr&#232;s social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'elles se sont parfois rapproch&#233;es des &#171; p&#233;dagogies non-directives &#187;, certaines p&#233;dagogies actives ont par ailleurs pr&#244;n&#233; davantage d'horizontalit&#233; dans la relation enseignant-&#233;l&#232;ves, instituant des structures participatives ou co-gestionnaires au sein de l'&#233;cole. Ces structures participatives, ces &#171; institutions &#187;, constituent des outils indispensables pour favoriser l'&#233;mancipation, mais doivent imp&#233;rativement &#234;tre associ&#233;es &#224; des p&#233;dagogies permettant l'acquisition de ce large bagage de connaissances n&#233;cessaires &#224; la compr&#233;hension du monde. Il ne s'agit pas tant de s'&#233;manciper de l'autorit&#233; du ma&#238;tre, de se d&#233;barrasser d'une verticalit&#233; scolaire parfois pr&#233;sent&#233;e abusivement comme le symbole scolaire des hi&#233;rarchies sociales, que de s'&#233;manciper de son ignorance &#224; propos des r&#233;alit&#233;s du monde capitaliste. L'&#233;mancipation est bien davantage qu'une attitude rebelle de contestation intuitive et passionnelle de &#171; la soci&#233;t&#233; &#187;, elle est avant tout une compr&#233;hension fine et complexe de ce monde, absolument n&#233;cessaire pour permettre une critique &#233;clair&#233;e, coh&#233;rente et cons&#233;quente du monde et oeuvrer &#224; sa transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte ne suffit pas. C'est pourquoi nous avons besoin d'une &#201;cole qui puisse apporter au plus grand nombre et en particulier &#224; ceux qui seront les exploit&#233;s, les exclus, les &#171; sans-terre &#187;, les &#171; sans-papiers, les &#171; sans-emploi &#187;&#8230; de demain, un bagage aussi vaste que possible de connaissances g&#233;n&#233;rales en histoire, en sciences, en &#233;conomie, en culture technologique, en philosophie, en math&#233;matique. D'abord parce que ce sont eux, et non les nantis, qui devront constituer la force principale du changement. Ensuite parce que sans savoir on ne peut pas, on ne peut plus comprendre un monde devenu incroyablement complexe ; et que sans comprendre le monde, on ne peut pas le transformer (Hirtt, Kerckhofs &amp; Schmetz, 2015, p. 83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auparavant, les &#233;l&#232;ves acqu&#233;raient au moins un certain bagage de faits concrets. D&#233;sormais, il n'y aura m&#234;me plus un tel bagage &#224; mettre en ordre. [&#8230;] L'aspect le plus paradoxal de tout cela est que ce nouveau type d'&#233;cole est pr&#233;sent&#233; comme d&#233;mocratique alors qu'en fait il conduit non seulement &#224; perp&#233;tuer mais aussi &#224; cristalliser les in&#233;galit&#233;s sociales (Gramsci, in Baillargeon, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers une compl&#233;mentarit&#233; p&#233;dagogique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la lumi&#232;re de ces limites et de ces risques, on pourrait conclure que les p&#233;dagogies actives doivent &#234;tre d&#233;finitivement abandonn&#233;es, oubli&#233;es. On pourrait, plus gravement encore, conclure qu'il faut en revenir d'urgence &#224; un enseignement magistral qui aurait &#233;t&#233; injustement mis en cause. Ce n'est absolument pas notre avis. Ce bilan critique des p&#233;dagogies actives ne doit pas faire oublier ce qu'elles ont apport&#233; d'essentiel &#224; l'enseignement, ni entretenir l'illusion qu'un retour &#224; l' &#171; &#233;cole d'antan &#187; constituerait un progr&#232;s. Si les m&#233;ta-analyses livrent des signaux clairs, qui ne peuvent &#234;tre ignor&#233;s, il serait imprudent n&#233;anmoins d'en venir &#224; pr&#233;coniser sans nuance une nouvelle recette p&#233;dagogique qui tiendrait lieu de panac&#233;e et d'exclure toute situation d'apprentissage s'&#233;cartant quelque peu de cette nouvelle orthodoxie. Il y a par exemple, parmi les d&#233;marches d'auto-socio-construction du GFEN, d'authentiques tr&#233;sors p&#233;dagogiques dont il serait regrettable de se priver, et que l'on pourrait peut-&#234;tre mettre en oeuvre en r&#233;duisant quelque peu leur part inductive, et en accroissant leur caract&#232;re explicite. Dans cette perspective d'un &#233;clectisme p&#233;dagogique sugg&#233;r&#233; par Goigoux (2011), il nous semble d&#232;s lors judicieux de proc&#233;der &#224; quelques conciliations et amendements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;premier ajustement&lt;/i&gt; qui nous semble n&#233;cessaire est celui de la red&#233;finition du concept d'activit&#233;. Les partisans des p&#233;dagogies actives ont eu raison de d&#233;noncer l'enseignement magistral et la passivit&#233; intellectuelle qu'elle engendrait chez certains &#233;l&#232;ves. L'apprentissage est bien un processus actif de construction. N&#233;anmoins, en contexte d'apprentissage, cette activit&#233; de l'&#233;l&#232;ve qui doit nous int&#233;resser est bien son activit&#233; cognitive, et non ses activit&#233;s physique, manipulatoire ou productive (qui peuvent &#234;tre des moyens n&#233;cessaires mais qui ne constituent pas des fins en soi). Et cette activit&#233; cognitive n'est selon nous pas prioritairement synonyme de &#171; d&#233;couverte &#187;. Construire des savoirs, ce n'est pas n&#233;cessairement les d&#233;couvrir, mais c'est analyser, d&#233;gager, &#233;voquer, organiser, int&#233;grer, automatiser des connaissances et des sch&#233;mas, pour ensuite cr&#233;er, r&#233;soudre, &#233;laborer... Dans un premier temps, l'activit&#233; cognitive pr&#233;cise qui nous semble primordiale, c'est celle qui permet de s'approprier, davantage que celle qui permet de d&#233;couvrir. L'enseignement magistral est inefficace parce qu'il pr&#233;suppose que l'explication du &#171; ma&#238;tre &#187; va se transformer ipso facto en connaissance pour les &#233;l&#232;ves, par simple effet de clart&#233; et de r&#233;p&#233;tition ; cet enseignement traditionnel ou behavioriste est aveugle au processus d'int&#233;gration, ne le guide pas, indiff&#233;rent qu'il est &#224; la &#171; boite noire &#187; des processus mentaux. Il ne suffit pas d'expliquer pr&#233;cis&#233;ment et de fa&#231;on redondante &#224; un novice comment conduire une automobile pour qu'il en devienne capable. Les p&#233;dagogies actives nous semblent &#233;galement critiquables parce qu'elles se centrent soit sur l'activit&#233; instrumentale, soit sur l'activit&#233; cognitive entendue trop exclusivement comme d&#233;couverte/induction, en m&#233;prisant parfois d'autres formes d'activit&#233;s cognitives d'int&#233;gration ; construire les processus cognitifs permettant la conduite d'une automobile, est-ce prioritairement ou seulement les d&#233;couvrir ? La priorit&#233; absolue, selon nous, est de d&#233;terminer les conditions p&#233;dagogiques qui vont le mieux susciter l'activit&#233; cognitive pr&#233;cise qui permet l'int&#233;gration de connaissances et de sch&#233;mas, en prenant en compte l'architecture cognitive humaine et notamment les limites de la m&#233;moire de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;second ajustement&lt;/i&gt; est cons&#233;quence du premier : pour susciter chez les &#233;l&#232;ves cette activit&#233; cognitive pr&#233;cise qui permet l'acquisition de connaissances, il est imp&#233;ratif selon nous d'introduire une part importante d'enseignement explicite, structur&#233; et progressif, qui &#233;vite la surcharge cognitive (Clark, Nguyen &amp; Sweller, 2006 ; Gauthier, Bissonnette &amp; Richard, 2013 ; Rosenshine, 1986). Cet enseignement explicite comporte plusieurs &#233;tapes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La pr&#233;sentation de l'objectif d'apprentissage, qui permet de r&#233;duire le risque de &#171; malentendus scolaires &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le modelage (&#171; je fais &#187;), qui consiste en une d&#233;monstration claire, pr&#233;cise, concise, au pas-&#224;-pas, par l'enseignant, du processus cognitif permettant d'accomplir une t&#226;che ou de r&#233;soudre un probl&#232;me. Ce modelage est effectu&#233; &#224; partir d'exemples r&#233;solus (&lt;i&gt;worked-examples&lt;/i&gt;) par l'enseignant devant les &#233;l&#232;ves. L'enseignant veille donc &#224; verbaliser les op&#233;rations mentales qu'il met en oeuvre pour r&#233;soudre les exemples ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La pratique guid&#233;e (&#171; nous faisons &#187;) , au cours de laquelle les &#233;l&#232;ves, dirig&#233;s par l'enseignant, s'essaient, seuls ou en &#233;quipe (utilisation de l'enseignement r&#233;ciproque) &#224; la mise en oeuvre de la proc&#233;dure, tandis que l'enseignant v&#233;rifie constamment la bonne effectuation de la proc&#233;dure et fournit des &lt;i&gt;feedbacks&lt;/i&gt; constants ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La pratique autonome (&#171; vous faites &#187;), au cours de laquelle les &#233;l&#232;ves mettent en oeuvre la proc&#233;dure en &#233;tant de moins en moins guid&#233;s par l'enseignant, et en &#233;tant confront&#233;s &#224; des t&#226;ches de plus en plus complexes. Cette phase doit &#234;tre suffisamment longue pour conduire &#224; la solidification et &#224; l'automatisation de l'apprentissage, ainsi qu'&#224; un surapprentissage garantissant la m&#233;morisation &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. L'objectivation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Des r&#233;visions r&#233;guli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche d'enseignement explicite nous semble rencontrer les trois phases de l'acquisition d'habilet&#233;s formalis&#233;es par John Anderson :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;une phase cognitive&lt;/i&gt;, &#171; contr&#244;l&#233;e &#187;, consciente, durant laquelle l'apprenant se cr&#233;e une repr&#233;sentation mentale de la proc&#233;dure et la met en oeuvre lentement, souvent en la subvocalisant. Cette phase sollicite fortement la m&#233;moire de travail (notamment la boucle phonologique) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;une phase associative&lt;/i&gt;, qui consiste en l'automatisation progressive de la proc&#233;dure sous l'effet des r&#233;p&#233;titions. Durant cette phase, l'apprenant gagne en rapidit&#233; et en exactitude, et la m&#233;moire de travail est de moins en moins sollicit&#233;e, du fait de l'automatisation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;une phase autonome&lt;/i&gt;, durant laquelle la proc&#233;dure, d&#233;sormais automatis&#233;e, peut &#234;tre mise en oeuvre avec aisance, rapidit&#233; et exactitude, sans charge cognitive. Des ajustements de la proc&#233;dure ont encore lieu, &#224; un haut niveau d'expertise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;troisi&#232;me ajustement&lt;/i&gt; est lui aussi li&#233; aux pr&#233;c&#233;dents : lorsque les &#233;l&#232;ves ont atteint un niveau de ma&#238;trise suffisant, qu'ils ont acquis les sch&#233;mas permettant la r&#233;solution de probl&#232;mes, il devient judicieux, en raison du ph&#233;nom&#232;ne d'expertise reversal effect, de les confronter &#224; des situations-probl&#232;mes et de favoriser le t&#226;tonnement et la d&#233;couverte. Dans ce cadre pr&#233;cis, ces situations-probl&#232;mes trouvent une juste place, c'est-&#224;-dire celle qui permet de d&#233;velopper l'exploration cognitive et la pens&#233;e critique, un rapport de conqu&#234;te vis-&#224;-vis du savoir, sans provoquer de surcharge cognitive et sans nuire aux &#233;l&#232;ves les plus fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves les plus vuln&#233;rables ont besoin d'une p&#233;dagogie qui respecte une &#171; loi d'optimum &#187; proposant un habile dosage entre une forte part de connu (r&#233;p&#233;titions intra-t&#226;ches) et une moindre, mais n&#233;anmoins consistante, part de nouveaut&#233; (variabilit&#233;s intra- et inter-t&#226;ches). Lorsque le guidage didactique est r&#233;duit &#224; son minimum, lorsqu'on omet l'apprentissage d'habilet&#233;s pr&#233;alables &#224; la r&#233;solution de probl&#232;mes complexes ou l'entra&#238;nement explicite d'habilet&#233;s &#233;l&#233;mentaires, les &#233;carts entre les meilleurs &#233;l&#232;ves et ceux ayant des difficult&#233;s augmentent, alors qu'ils se r&#233;duisent dans le cas d'une hi&#233;rarchisation des habilet&#233;s et d'un guidage progressif des apprentissages au sein de situations rigoureusement construites dans ce but (Goigoux, 2011, p. 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;quatri&#232;me ajustement&lt;/i&gt; que nous proposons et celui d'une distinction claire des temps scolaires. A c&#244;t&#233; du temps de l'apprentissage, tr&#232;s cadr&#233;, tr&#232;s guid&#233;, tr&#232;s explicite, il nous semble indispensable que soit mis sur pied un &#171; axe de l'implication dans le milieu &#187; (Stordeur, 2004), durant lequel le but prioritaire n'est pas d'apprendre mais plut&#244;t d'agir sur l'environnement, de s'ouvrir sur l'ext&#233;rieur. Cet axe de l'implication dans le milieu est le temps du projet, des activit&#233;s fonctionnelles, des activit&#233;s plus globales, plus exploratoires et plus &#171; utilitaires &#187; ; c'est un temps durant lequel on utilise ce qui a &#233;t&#233; appris auparavant pour agir, pour produire, pour d&#233;couvrir d'autres connaissances. Ces activit&#233;s permettent aux &#233;l&#232;ves d'explorer un sujet particulier qui suscite leur int&#233;r&#234;t, de mener &#224; bien une investigation (individuellement ou en petits groupes), d'en pr&#233;senter les r&#233;sultats devant les autres, de r&#233;aliser un chef-d'oeuvre p&#233;dagogique... C'est donc un temps d'exploration, de d&#233;couverte, durant lequel l'&#233;l&#232;ve a l'occasion de partir &#224; la conqu&#234;te de connaissances, par lui-m&#234;me, et de d&#233;velopper ainsi un rapport d'avidit&#233; et d'autodidaxie vis-&#224;-vis du savoir, l'enseignant jouant alors un r&#244;le d'accompagnateur. C'est aussi dans le cadre de cet axe que devrait s'inscrire la participation des &#233;l&#232;ves &#224; des structures de cogestion, &#224; des conseils, &#224; des instances au sein de l'&#233;cole. La mise en &#339;uvre de ces &#171; institutions &#187; pourrait elle aussi &#234;tre largement &#233;clair&#233;e par l'histoire des p&#233;dagogies actives, et plus particuli&#232;rement par la p&#233;dagogie institutionnelle, qui en est issue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;BADDELEY, A. (1993). &lt;i&gt;La m&#233;moire humaine : Th&#233;orie et pratique&lt;/i&gt;. Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble. &lt;br class='autobr' /&gt;
BADDELEY, A. (2000). The Episodic Buffer : A New Component of Working Memory ?. &lt;i&gt;Trends in Cognitive Sciences&lt;/i&gt;, 4(11), 417-423. &lt;br class='autobr' /&gt;
BADDELEY, A. (2011). Working Memory : Theories, Models and Controversies. &lt;i&gt;Annual Review of Psychology&lt;/i&gt;, 63(1), 1-29. &lt;br class='autobr' /&gt;
BAILLARGEON, N. (2006). La r&#233;forme qu&#233;b&#233;coise de l'&#233;ducation : Une faillite philosophique. &lt;i&gt;Possibles&lt;/i&gt;, 30(1), 139-184. doi:10.1522/cla.ban.ref &lt;br class='autobr' /&gt;
BAILLARGEON, N. (2013). &lt;i&gt;L&#233;gendes p&#233;dagogiques : L'autod&#233;fense intellectuelle en &#233;ducation&lt;/i&gt;. Montr&#233;al : Po&#232;tes de brousse. &lt;br class='autobr' /&gt;
BANGERT-DROWNS, R. L. (1992). &lt;i&gt;Meta-Analysis of the Effects of Inquiry-Based Instruction on Critical Thinking&lt;/i&gt;. Paper presented at the Annual Meeting of the American Educational Research Association, San Francisco. &lt;br class='autobr' /&gt;
BANGERT-DROWNS, R. L. &amp; BANKERT, E. (1990). &lt;i&gt;Meta-Analysis of Effects of Explicit Instruction for Critical Thinking&lt;/i&gt;. Paper presented at the Annual Meeting of the American Educational Research Association, Boston. &lt;br class='autobr' /&gt;
BAUTIER, E. (Ed.) (2006a). &lt;i&gt;Apprendre &#224; l'&#233;cole, Apprendre l'&#233;cole : Des risques d'in&#233;galit&#233;s d&#232;s la maternelle&lt;/i&gt;. Lyon : Chronique Sociale. &lt;br class='autobr' /&gt;
BAUTIER, E. (2006b). Le r&#244;le des pratiques des ma&#238;tres dans les difficult&#233;s scolaires des &#233;l&#232;ves : une analyse de pratiques int&#233;grant la dimension des difficult&#233;s socialement diff&#233;renci&#233;es. &lt;i&gt;Recherche et formation&lt;/i&gt;, 51, 105-118. &lt;br class='autobr' /&gt;
BAUTIER, E. et GOIGOUX, R. (2004). Difficult&#233;s d'apprentissage, processus de secondarisation et pratiques enseignantes : une hypoth&#232;se relationnelle. Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie, 148, 89-100. &lt;br class='autobr' /&gt;
BAUTIER, E. &amp; RAYOU, P. (2013). Les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage : Programme, pratiques et malentendus scolaires. Paris : Presses Universitaires de France. &lt;br class='autobr' /&gt;
BONN&#201;RY, S. (2007). &lt;i&gt;Comprendre l'&#233;chec scolaire : El&#232;ves en difficult&#233;s et dispositifs p&#233;dagogiques&lt;/i&gt;. Paris : La Dispute. &lt;br class='autobr' /&gt;
BREDDERMAN, T. (1983). Effects of Activity-Based Elementary Science on Student Outcomes : A Quantitative Synthesis. &lt;i&gt;Review of Educational Research&lt;/i&gt;, 53(4), 499-518. &lt;br class='autobr' /&gt;
CARLSON, R. A., LUNDY, D. H. &amp; SCHNEIDER, W. (1992). Strategy Guidance and Memory Aiding in Learning a Problem-Solving Skill. &lt;i&gt;Human Factors&lt;/i&gt;, 34, 129-145 &lt;br class='autobr' /&gt;
CHALL, J. S. (2000). &lt;i&gt;The Academic Achievement Challenge&lt;/i&gt;. New York : Guilford. &lt;br class='autobr' /&gt;
CHANQUOY, L., TRICOT, A. &amp; SWELLER, J. (2007). &lt;i&gt;La charge cognitive : Th&#233;orie et applications&lt;/i&gt;. Paris : Armand Colin. &lt;br class='autobr' /&gt;
CLARK, R. E. (1982). Antagonism between achievement and enjoyment in ATI studies. &lt;i&gt;Educational Psychologist&lt;/i&gt;, 17, 92&#8211;101. &lt;br class='autobr' /&gt;
CLARK, R.C., NGUYEN, F., &amp; SWELLER, J. (2006).&lt;i&gt; Efficiency in Learning : Evidence-Based Guidelines to Manage Cognitive Load&lt;/i&gt;. San Francisco : Pfeiffer. &lt;br class='autobr' /&gt;
FAYOLLE, A. (2009) &amp; VERZAT, C. (2009). P&#233;dagogies actives et entrepreneuriat : quelle place dans nos enseignements ?. &lt;i&gt;Revue de l'entrepreneuriat&lt;/i&gt;, 2009/2(8), 1-15. &lt;br class='autobr' /&gt;
GAUTHIER, C., BISSONNETTE, S. &amp; RICHARD, M. (2013). &lt;i&gt;Enseignement explicite et r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves : La gestion des apprentissages.&lt;/i&gt; Bruxelles : De Boeck. &lt;br class='autobr' /&gt;
GEAKE, J. (2008). Neuromythologies in education. &lt;i&gt;Educational Research&lt;/i&gt;, 50(2), 123-133 &lt;br class='autobr' /&gt;
GOIGOUX, R. (2011). Une p&#233;dagogie &#233;clectique au service des &#233;l&#232;ves qui ont le plus besoin de l'&#233;cole. &lt;i&gt;La nouvelle revue de l'adaptation et de la scolarisation&lt;/i&gt;, 52, 22-30. &lt;br class='autobr' /&gt;
GROSS, P. R. &amp; LEVITT, N. (1997). &lt;i&gt;Higher Superstition : The Academic Left and Its Quarrels With Science&lt;/i&gt;. Baltimore : John Hopkins University Press. &lt;br class='autobr' /&gt;
HATTIE, J. (2009). &lt;i&gt;Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses Relating to Achievement.&lt;/i&gt; New York : Routledge. &lt;br class='autobr' /&gt;
HATTIE, J. (2017). &lt;i&gt;L'apprentissage visible pour les enseignants : Connaitre son impact pour maximiser le rendement des &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt;. Qu&#233;bec : Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec. &lt;br class='autobr' /&gt;
HIRTT, N. (2009). &lt;i&gt;Piaget, Vygotski, Freinet&#8230; tous coupables ?&lt;/i&gt; En ligne sur le site web de l'Appel Pour une Ecole D&#233;mocratique : &lt;a href=&#034;http://www.skolo.org/2009/10/01/piaget-vygotski-freinet-tous-coupables/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.skolo.org/2009/10/01/piaget-vygotski-freinet-tous-coupables/&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
HIRTT, N., KERCKHOFS, J.-P. &amp; SCHMETZ, P. (2015). &lt;i&gt;Qu'as-tu appris &#224; l'&#233;cole ? : Essai sur les conditions &#233;ducatives d'une citoyennet&#233; critique. &lt;/i&gt; Bruxelles : Aden. &lt;br class='autobr' /&gt;
KALYUGA, S., AYRES, P., CHANDLER, P. &amp; SWELLER, J. (2003). Expertise Reversal Effect. &lt;i&gt;Educational Psychologist&lt;/i&gt;, 38, 23-31. &lt;br class='autobr' /&gt;
KALYUGA, S., CHANDLER, P., TUOVINEN, J. &amp; SWELLER, J. (2001). When Problem Solving Is Superior to Studying Worked Examples. &lt;i&gt;Journal of Educational Psychology&lt;/i&gt;, 93, 579-588. &lt;br class='autobr' /&gt;
KIRSCHNER, P. A., SWELLER, J. &amp; CLARK, R. E. (2006). Why Minimal Guidance During Instruction Does Not Work : An Analysis of the Failure of Constructivist, Problem-Based, Experiential, and Inquiry-Based Teaching. &lt;i&gt;Educational Psychologist&lt;/i&gt;, 41(2), 75-86. &lt;br class='autobr' /&gt;
KLAHR, D. &amp; NIGAM, M. (2004). The Equivalence of Learning Paths in Early Science Instruction : Effects of Direct Instruction and Discovery Learning. &lt;i&gt;Psychological Science&lt;/i&gt;, 15, 661-667. &lt;br class='autobr' /&gt;
KOLB, D. A. (1984). &lt;i&gt;Experiential Learning : Experience as the Source of Learning and Development&lt;/i&gt;. Englewood Cliffs. NJ, Prentice-Hall. &lt;br class='autobr' /&gt;
LEWIS, M., &amp; ANDERSON, J. (1985). Discrimination of Operator Schemata in Problem Solving : Learning from Examples. &lt;i&gt;Cognitive Psychology&lt;/i&gt;, 17, 26-65. &lt;br class='autobr' /&gt;
MAWER, R., &amp; SWELLER, J. (1982). The Effects of Subgoal Density and Location on Learning During Problem Solving. &lt;i&gt;Journal of Experimental Psychology : Learning, Memory and Cognition&lt;/i&gt;, 8, 252-259. &lt;br class='autobr' /&gt;
MCKEOUGH, A., LUPART, J. &amp; MARINI, A. (Eds.) (1995). &lt;i&gt;Teaching for Transfer : Fostering Generalization in Learning&lt;/i&gt;. Mahwah, NJ : Lawrence Erlbaum Associates. &lt;br class='autobr' /&gt;
MORENO, R. (2004). Decreasing Cognitive Load in Novice Students : Effect of Explanatory Versus Corrective Feedback in Discovery-Based Multimedia.&lt;i&gt; Instructional Science&lt;/i&gt;, 32, 99-113. &lt;br class='autobr' /&gt;
MOTTINT, O. (2018).&lt;i&gt; Inconsistance et dangers du culte des diff&#233;rences en p&#233;dagogie&lt;/i&gt;. En ligne sur le site du GRDS : &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article284&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article284&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
PERKINS, D. N. (1991). Technology Meets Constructivism : Do They Make a Marriage ? &lt;i&gt;Educational Technology&lt;/i&gt;, 13, 18&#8211;23. &lt;br class='autobr' /&gt;
ROBLYER, M. D. (1996). The Constructivist/Objectivist Debate : Implications for Instructional Technology Research. &lt;i&gt;Learning and Leading With Technology,&lt;/i&gt; 24, 12&#8211;16. &lt;br class='autobr' /&gt;
ROSENSHINE, B. (1986). Vers un enseignement efficace des mati&#232;res structur&#233;es. Un mod&#232;le d'action inspir&#233; par le bilan des recherches processus-produit. In M. CRAHAY et D. LAFONTAINE (Eds.), &lt;i&gt;L'art et la science de l'enseignement&lt;/i&gt; (pp. 81-96). Li&#232;ge : Labor. &lt;br class='autobr' /&gt;
SCHAUBLE, L. (1990). Belief Revision in Children : The Role of Prior Knowledge and Strategies for Generating Evidence. &lt;i&gt;Journal of Experimental Child Psychology&lt;/i&gt;, 49, 31-57. &lt;br class='autobr' /&gt;
SHYMANSKY, J. A., HEDGES, L. V. &amp; WOODWORTH, G. (1990). A Reassessment of the Effects of Inquiry-Based Science Curricula of the 60's on Student Performance. &lt;i&gt;Journal of Research in Science Teaching&lt;/i&gt;, 27(2), 127-144. &lt;br class='autobr' /&gt;
SINGLEY, M. K. &amp; ANDERSON, J. R. (1989). &lt;i&gt;The Transfer of Cognitive Skill&lt;/i&gt;. Cambridge, MA : Harvard University Press. &lt;br class='autobr' /&gt;
SOKAL, A. (2005). &lt;i&gt;Pseudosciences et postmodernisme : Adversaires ou compagnons de route ?&lt;/i&gt;. Paris : Odile Jacob. &lt;br class='autobr' /&gt;
STORDEUR, J. (2004). &lt;i&gt;Centrer l'&#233;cole sur les apprentissages ?. Traces de changements&lt;/i&gt;, 165. En ligne sur le site de Changements pour l'Egalit&#233; : &lt;a href=&#034;http://www.changement-egalite.be/spip.php?article458&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.changement-egalite.be/spip.php?article458&lt;/a&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
SWELLER, J. (1983). Control Mechanisms in Problem Solving. &lt;i&gt;Memory and Cognition&lt;/i&gt;, 11, 32-40. &lt;br class='autobr' /&gt;
SWELLER, J. (1988). Cognitive Load During Problem Solving : Effects on Learning. &lt;i&gt;Cognitive Science&lt;/i&gt;, 12, 257-285. &lt;br class='autobr' /&gt;
SWELLER, J., &amp; LEVINE, M. (1982). Effects of Goal Specificity on Means-Ends Analysis and Learning. &lt;i&gt;Journal of Experimental Psychology : Learning, Memory and Cognition&lt;/i&gt;, 8, 463-474. &lt;br class='autobr' /&gt;
SWELLER, J., MAWER, R., &amp; HOWE, W. (1982). Consequences of History-Cued and Means-Ends Strategies in Problem Solving. &lt;i&gt;American Journal of Psychology&lt;/i&gt;, 95, 455-483. &lt;br class='autobr' /&gt;
SWELLER, J., MAWER, R., &amp; WARD, M. (1983). Development of Expertise in Mathematical Problem Solving. &lt;i&gt;Journal of Experimental Psychology : General&lt;/i&gt;, 112, 639-661. &lt;br class='autobr' /&gt;
SWELLER, J. VAN MERRI&#203;NBOER, J. &amp; PAAS, F. (1998). Cognitive Architecture and Instructional Design. &lt;i&gt;Educational Psychology Review&lt;/i&gt;, 10(3), 251-296. &lt;br class='autobr' /&gt;
TARDIF, J. (1997). &lt;i&gt;Pour un enseignement strat&#233;gique : L'apport de la psychologie cognitive&lt;/i&gt;. Montr&#233;al : Logiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
WATERHOUSE, L. (2006). Multiple Intelligences, the Mozart Effect, and Emotional Intelligence : A Critical Review. &lt;i&gt;Educational Psychologist&lt;/i&gt;, 41(4), 207-225.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Groupe Fran&#231;ais d'Education Nouvelle&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Institut Coop&#233;ratif de l'Ecole Moderne&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Centres d'Entrainement aux M&#233;thodes d'&#201;ducation Active&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette formulation est emprunt&#233;e &#224; Kirchner, Sweller &amp; Clark (2006).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un exemple de cet int&#233;r&#234;t entrepreneurial pour les p&#233;dagogies actives, voir Fayolle &amp; Verzat (2009).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La m&#233;moire de travail (que l'on nomme parfois m&#233;moire &#224; court terme) est la m&#233;moire qui g&#232;re les op&#233;rations conscientes, en train d'&#234;tre mises en oeuvre, et les informations neuves. Elle est &#171; constitu&#233;e &#187; d'un administrateur central (&#8230;dont l'existence est discut&#233;e par les partisans de la th&#233;orie de la charge cognitive) qui g&#232;re plusieurs sous-modules : le calepin visuo-spatial (qui g&#232;re les informations visuo-spatiales et les maintient disponibles pendant les traitements), la boucle phonologique (qui traite le mat&#233;riel verbal), le &lt;i&gt;buffer&lt;/i&gt; &#233;pisodique (Voir Baddeley 1993, 2000, 2011). Dans le cadre de cet article, la caract&#233;ristique fondamentale de la MT qui nous int&#233;resse est la limite de son empan : la m&#233;moire de travail ne peut traiter qu'un nombre limit&#233; d'&#233;l&#233;ments simultan&#233;ment, et se diff&#233;rencie ainsi de la m&#233;moire &#224; long terme qui a une capacit&#233; de stockage quasi illimit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les trois voies du lyc&#233;e : rep&#232;res socio-historiques</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263</guid>
		<dc:date>2017-11-06T17:54:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec</dc:creator>


		<dc:subject>Syndicats</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Lyc&#233;ens</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole commune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le dossier qui suit est consacr&#233; : &#224; un rappel, centr&#233; particuli&#232;rement sur l'enseignement professionnel, de la constitution dans l'apr&#232;s-guerre des trois voies actuelles du lyc&#233;e ; &#224; l'examen de ce qu'ont &#233;t&#233; les &#233;laborations strat&#233;giques du SNES, principal syndicat de l'enseignement secondaire, concernant le lyc&#233;e ; et &#224; la lecture que la sociologie des parcours scolaires peut faire aujourd'hui de l'histoire des trois voies. &lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#233;sentation du dossier &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;voquons d'abord les motifs et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Syndicats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Lyc&#233;ens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;&#233;cole commune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L84xH150/arton263-c3c6e.png?1790692797' class='spip_logo spip_logo_right' width='84' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le dossier qui suit est consacr&#233; : &#224; un rappel, centr&#233; particuli&#232;rement sur l'enseignement professionnel, de la constitution dans l'apr&#232;s-guerre des trois voies actuelles du lyc&#233;e ; &#224; l'examen de ce qu'ont &#233;t&#233; les &#233;laborations strat&#233;giques du SNES, principal syndicat de l'enseignement secondaire, concernant le lyc&#233;e ; et &#224; la lecture que la sociologie des parcours scolaires peut faire aujourd'hui de l'histoire des trois voies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;sentation du dossier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;voquons d'abord les motifs et les intentions de cet ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233; en 1959, le report &#224; seize ans de l'obligation scolaire est effectif en 1966. Un demi si&#232;cle s'est &#233;coul&#233; depuis lors ; l'extension des connaissances scientifiques et de leurs applications pratiques a connu une acc&#233;l&#233;ration proprement ph&#233;nom&#233;nale. Au point que la ma&#238;trise d&#233;mocratique de ces derni&#232;res est d&#233;sormais une urgence vitale pour les hommes et pour la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t illusoire d'esp&#233;rer r&#233;pondre &#224; cette urgence sans l'intervention instruite du plus grand nombre. Or, dans cette affaire, l'&#233;cole a un r&#244;le d&#233;cisif &#224; jouer : rien ne peut la remplacer s'agissant d'assurer la diffusion et l'appropriation des savoirs &#233;labor&#233;s. Il semble aller de soi, dans ces conditions, que l'heure est &#224; un nouvel essor des scolarit&#233;s, et que le report &#224; dix-huit ans de l'obligation scolaire s'impose sans conteste possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plancher des seize ans avait fait l'objet, &#224; la fin des ann&#233;es cinquante, d'un large consensus, du CNPF au PCF. Rien de tel cependant aujourd'hui : seules les forces syndicales et politiques les plus &#224; gauche se prononcent pour le passage &#224; dix-huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat peut surprendre. Pourquoi ceux-l&#224; m&#234;mes qui s'&#233;taient ralli&#233;s sans probl&#232;me au passage de quatorze &#224; seize ans se refusent aujourd'hui &#224; aller plus loin, alors que 85% des jeunes sont encore scolaris&#233;s &#224; dix-huit ans, et que dans tous les milieux sociaux, classes populaires inclues, neuf familles sur dix souhaitent que les enfants entrent dans l'enseignement sup&#233;rieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut sans doute mesurer ce qui se joue ici au plus g&#233;n&#233;ral. Relever le plancher &#224; seize ans permettait de poursuivre un double objectif, tr&#232;s clairement pos&#233; par la r&#233;forme Berthoin de 1959 : &#233;lever le niveau de formation des jeunes g&#233;n&#233;rations, sans remettre en cause les in&#233;galit&#233;s scolaires et la logique d'une &#233;cole de classe. Et de fait, pour l'essentiel, c'est bien ce qui s'est pass&#233;. Mais ajouter encore deux ans a une autre port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assurer &#224; tous les jeunes une scolarit&#233; normale jusqu'&#224; dix-huit ans, c'est les mettre en position d'entrer dans l'enseignement sup&#233;rieur et d'acc&#233;der &#224; la diversit&#233; des savoirs savants. C'est accomplir un pas d&#233;cisif, autrement dit, vers l'abolition des in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s &#224; la culture &#233;crite &#233;labor&#233;e. Or depuis les origines, soit quelque cinq mill&#233;naires, cette derni&#232;re a toujours constitu&#233; un domaine &#233;troitement r&#233;serv&#233; et contr&#244;l&#233; : la prolongation de la scolarit&#233; obligatoire &#224; dix-huit ans repr&#233;sente en ce sens un enjeu crucial pour l'histoire des rapports de classes. Sans doute la nature de cet enjeu n'est-elle pas &#233;vidente aux yeux du plus grand nombre. Mais la simple id&#233;e d'&#233;lever r&#233;ellement et donc d'intellectualiser significativement la formation de masse des enfants des classes populaires heurte intuitivement le sens commun. La structuration du monde social par les rapports hi&#233;rarchiques de travail qui opposent conception et ex&#233;cution a si fortement impr&#233;gn&#233; notre imaginaire &#8211; le mort saisit le vif &#8211; que tout ce qui pourrait la menacer est propre &#224; susciter spontan&#233;ment le rejet, ou pour le moins la m&#233;fiance et l'incr&#233;dulit&#233;. On accordera facilement que l'&#233;cole doit former le libre citoyen, qui peut changer de d&#233;put&#233; comme est libre le travailleur sous le capitalisme, puisqu'il peut changer de patron ; mais qu'on lui donne pour mission d'ouvrir &#224; tous l'acc&#232;s aux savoirs savants est une tout autre affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux grandes mani&#232;res d'en tenir pour le statu quo. Celle d'abord qui s'affirme clairement oppos&#233;e &#224; une prolongation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des scolarit&#233;s. C'est la posture des &#233;lites dirigeantes qui, de Berthoin et de Gaulle au Medef et aux experts internationaux aujourd'hui, conjuguent avec constance le souci de la promotion de formations appropri&#233;es au march&#233; du travail et un malthusianisme cons&#233;quent : point trop n'en faut, il y aura toujours des petits boulots et la soci&#233;t&#233; de la connaissance n'est pas pour tout le monde. Et il y a la mani&#232;re de ceux pour qui il n'est pas possible d'amender la distribution actuelle des flux scolaires autrement qu'&#224; la marge et qui, faute de mieux, pr&#244;nent l'am&#233;lioration de l'existant. C'est le fait dans le monde syndical enseignant des partisans d'une &#171; &#233;cole fondamentale &#187; incluant l'&#233;cole et le coll&#232;ge, et pour qui la bonne coupure se situe &#224; la fin du coll&#232;ge, correspondant &#224; la fin de l'obligation scolaire &#224; seize ans. Ceux-ci prennent ainsi acte de l'&#233;chec de masse, tout en plaidant pour une attitude compr&#233;hensive envers ses victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat syndical les a oppos&#233;s aux partisans d'un grand secondaire, pour lesquels la bonne coupure se situe &#224; la fin du primaire et non du coll&#232;ge. Ces derniers plaident logiquement pour une obligation scolaire allant jusqu'&#224; dix-huit ans. Mais tous ceux qui en tiennent pour un tel report n'en affichent pas non plus une conception unifi&#233;e. Pour les uns, telle la FSU, l'accueil de tous les jeunes au lyc&#233;e n'est concevable qu'&#224; la condition d'en conserver les trois voies actuelles, dont il s'agira cependant de rapprocher les contenus autant que faire se peut. D'autres, tel le GRDS, proposent une &#233;volution plus profonde, consistant d'une part &#224; d&#233;senclaver l'enseignement technologique qui serait introduit d&#232;s l'&#233;cole primaire ; et d'autre part &#224; viser pour tous la transmission d'un m&#234;me bagage scientifique, culturel et technologique dans le cadre d'un tronc commun de la maternelle au lyc&#233;e. La bonne coupure se situe pour ces derniers &#224; la fin du secondaire, les formations proprement professionnelles &#233;tant r&#233;serv&#233;es &#224; l'enseignement sup&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qui prend au s&#233;rieux l'exigence d'une am&#233;lioration massive de la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations et son urgence historique, ces divergences concernant la conception du lyc&#233;e unique m&#233;ritent d'&#234;tre examin&#233;es de pr&#232;s, comme il importe de lever les obstacles au d&#233;bat et &#224; l'approfondissement de la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une mesure certainement non n&#233;gligeable, les diff&#233;rences de points de vue tiennent &#224; la cr&#233;dibilit&#233; d'une &#233;cole de la r&#233;ussite pour tous. Rappelons que la r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1960/80, qui a ralli&#233; les forces progressistes de fa&#231;on assez unanime, s'est op&#233;r&#233;e sous l'&#233;gide de la conviction (ou &#171; pr&#233;suppos&#233; d&#233;ficitariste &#187;) selon laquelle les jeunes issus des classes populaires ne disposaient pas des ressources linguistiques et culturelles leur permettant d'entrer normalement dans la culture &#233;crite ; et qu'il y fallait pour le moins des rem&#233;diations suppos&#233;es faciliter les apprentissages. Or, bien que l'exp&#233;rience d'un demi-si&#232;cle ait montr&#233; les limites de ces rem&#233;diations, le paradigme d&#233;ficitariste reste aujourd'hui socialement tr&#232;s pr&#233;gnant, affectant aussi bien les enseignants et diff&#233;rentes organisations syndicales, et faisant passer pour utopiques des propositions comme celle de l'&#171; &#233;cole commune &#187; avanc&#233;e par le GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci a consacr&#233; ailleurs nombre de r&#233;flexions et d'arguments &#224; la critique du paradigme d&#233;ficitariste, consid&#233;rant qu'il est possible d'&#233;lever tr&#232;s sensiblement l'efficacit&#233; p&#233;dagogique des pratiques enseignantes, au point d'&#233;radiquer l'&#233;chec de masse, &#224; condition de tirer toutes les le&#231;ons de l'exp&#233;rience des derni&#232;res d&#233;cennies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous int&#233;ressons ici &#224; un autre aspect de la question. Le dispositif actuel des trois fili&#232;res lyc&#233;ennes est le r&#233;sultat d'une histoire politico-institutionnelle de plusieurs d&#233;cennies, sur laquelle ont pes&#233; des luttes professionnelles et syndicales, et qui s'est nourrie de r&#233;flexions, de d&#233;bats, de conflits, d'investissements et d'affects. L&#224; encore le mort saisit le vif, et ce pass&#233; impose l'h&#233;ritage de ses cat&#233;gories de pens&#233;e (identifiant par exemple le lyc&#233;e unique &#224; un cursus d'enseignement g&#233;n&#233;ral excluant les jeunes issus des milieux populaires) et l'attachement aux pratiques &#233;tablies (pourrait-on laisser perdre les innovations p&#233;dagogiques propres &#224; l'enseignement professionnel, et que faire du corps enseignant lui-m&#234;me et de ses savoir faire ?). La meilleure fa&#231;on de tirer profit de cette exp&#233;rience pluri-d&#233;cennale sans se laisser imposer ses limites, sans qu'elle nous interdise de penser l'avenir et de r&#233;pondre &#224; ses exigences, est sans doute de la mettre &#224; la distance de la r&#233;flexion. C'est en ce sens que nous proposons ici trois &#233;clairages de l'histoire des fili&#232;res du lyc&#233;e, en rappel successif : de ses dimensions institutionnelles (premi&#232;re partie) ; de l'&#233;volution des &#233;laborations strat&#233;giques du SNES, le grand syndicat du secondaire (deuxi&#232;me partie) ; mais aussi des effets des politiques institutionnelles sur la transformation des flux lyc&#233;ens et sur le comportement scolaire des familles populaires (troisi&#232;me partie).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premi&#232;re partie - L'enseignement professionnel, de la s&#233;lection &#224; la d&#233;valorisation (&lt;i&gt;Jean-Pierre Terrail&lt;/i&gt;) &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est devenu classique de pr&#233;senter l'enseignement professionnel comme une institution en tension entre sa vocation r&#233;publicaine (&#171; former l'homme, le travailleur, le citoyen &#187;) et les attentes des entreprises, qui concernent essentiellement le travailleur (pr&#233;parer au plus juste &#224; l'occupation des postes de travail vacants). La complexit&#233; de l'histoire de cet enseignement tient &#224; ce que les objectifs qui pr&#233;valent &#224; chacun de ces deux p&#244;les ne sont pas d&#233;finis de fa&#231;on univoque et d&#233;finitive. Selon la conjoncture &#233;conomique et le rapport des forces entre capital et travail, les pouvoirs publics, parmi lesquels ont toujours coexist&#233; les deux tendances, peuvent &#234;tre plus ou moins sensibles aux exigences patronales ; et les besoins du patronat lui-m&#234;me varient avec la taille, la localisation, et le fonctionnement des entreprises : comment notamment aujourd'hui adapter &#171; au plus pr&#232;s &#187; &#224; des postes de travail dont l'obsolescence est si rapide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes tendances de l'&#233;volution n'en sont pas moins assez nettes. Sur le long terme, on note :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un processus d'int&#233;gration croissante de l'enseignement professionnel dans le dispositif global de l'&#233;ducation nationale ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un impact des exigences patronales sur la d&#233;termination des contenus qui s'affaiblit au c&#339;ur du 20&#232;me si&#232;cle pour remonter ensuite en puissance dans les conditions nouvelles du ch&#244;mage de masse et de mainmise de l'&#201;tat sur la formation professionnelle ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et, enfin, la m&#233;tamorphose dans les ann&#233;es 1970 d'une formation qui recrutait les meilleurs &#233;l&#233;ments des classes populaires en une fili&#232;re de rel&#233;gation qui accueille les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;. Ce dernier basculement est spectaculaire : en saisir les conditions est certainement essentiel, on va le voir, pour penser l'avenir d&#233;mocratique de notre syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Les indications historiques&lt;/i&gt; que nous proposons dans cette premi&#232;re partie sont expos&#233;es de fa&#231;on plus d&#233;taill&#233;e dans les travaux de Guy Brucy et Fabienne Maillard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment leurs contributions &#224; l'ouvrage collectif publi&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Consid&#233;rons la p&#233;riodisation adopt&#233;e par ces chercheurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De 1892 aux ann&#233;es 1930&lt;/i&gt;, le dispositif existant &#8211; &#233;coles pratiques du commerce et de l'industrie, &#233;coles nationales professionnelles ou &#233;coles de la ville de Paris &#8211; forme une &#233;lite ouvri&#232;re et l'encadrement direct de la production. Ces &#233;tablissements rel&#232;vent de la direction de l'enseignement technique (DET) : laquelle, fait significatif, est rattach&#233;e au minist&#232;re de l'industrie et non &#224; celui de l'instruction publique. La cr&#233;ation des CAP par la loi Astier de 1919, celle en 1926 du brevet professionnel (BP) pour les adultes, visent &#224; &#233;largir le public b&#233;n&#233;ficiaire de l'enseignement professionnel : pour autant en 1939 celui-ci ne repr&#233;sente encore que 12% du public potentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des ann&#233;es 1930 &#224; 1959&lt;/i&gt; l'&#201;tat va &#233;tendre progressivement sa mainmise sur l'enseignement professionnel. Le processus a d&#233;marr&#233; en 1920 avec le rattachement de la DET au minist&#232;re de l'instruction publique, lequel va d&#232;s lors s'attacher &#224; standardiser les contenus de formation et les dipl&#244;mes. Cette &#233;volution jouit de l'agr&#233;ment du grand patronat qui y trouve avantage ; mais les responsables de la DET sont pour autant soucieux d'assurer une formation compl&#232;te, qui ne se cantonne pas &#224; l'acquisition de savoirs d'action mais &#233;quilibre enseignements g&#233;n&#233;raux, th&#233;oriques et pratiques, et ils cherchent en ce sens &#224; r&#233;duire le nombre de sp&#233;cialit&#233;s. Cette vis&#233;e se voit encourag&#233;e par la crise de 1929 et l'essor du ch&#244;mage, qui rendent manifeste l'int&#233;r&#234;t pour les salari&#233;s de disposer de qualifications &#233;largies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire de 1936 &#233;tablit le monopole de l'&#201;tat sur la d&#233;livrance des dipl&#244;mes, qui devront d&#233;sormais garantir non seulement l'acquisition de connaissances mais la r&#233;alit&#233; d'aptitudes professionnelles form&#233;es par le syst&#232;me &#233;ducatif, et dont le lien avec la qualit&#233; de l'emploi devra &#234;tre reconnu par les conventions collectives (ce qui sera r&#233;alis&#233; avant-guerre dans la seule branche de la m&#233;tallurgie dont la convention collective assure, en 1938, l'acc&#232;s &#224; un poste d'ouvrier professionnel P1 aux titulaires d'un CAP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;s en 1939 les centres d'apprentissage sont plac&#233;s par le gouvernement de Vichy sous la tutelle de la DET. La loi de 1949 les &#171; int&#232;gre dans le syst&#232;me &#233;ducatif de la nation &#187; et les charge de la pr&#233;paration du CAP qui forme les ouvriers et les employ&#233;s qualifi&#233;s. La constitution d'un corps d'inspecteurs compos&#233; de fonctionnaires de l'&#201;ducation nationale et non plus d'employeurs, ainsi que la mise en place des commissions consultatives nationales professionnelles (CNPC), en charge de la d&#233;termination des contenus de formation et associant les employeurs et les acteurs publics de la formation professionnelle, compl&#232;tent le dispositif et ach&#232;vent le processus de nationalisation et d'homog&#233;n&#233;isation amorc&#233; en 1920. Dispositif &#224; succ&#232;s : la pr&#233;paration du CAP contribuera tr&#232;s significativement &#224; l'essor de la scolarisation dans les ann&#233;es 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre 1959 et le milieu des ann&#233;es 1970&lt;/i&gt;, l'enseignement professionnel qui constituait une entit&#233; autonome du syst&#232;me &#233;ducatif que l'on int&#233;grait au sortir de l'&#233;cole primaire devient, du fait de la mise en place de l'&#233;cole unique amorc&#233;e par le d&#233;cret Berthoin, une fili&#232;re dans laquelle on entrera en fin de cinqui&#232;me de coll&#232;ge, et accueillant en proportion croissante les &#233;l&#232;ves qui s'av&#232;rent incapables de suivre l'enseignement g&#233;n&#233;ral. Les coll&#232;ges d'enseignement secondaire (CES) sont cr&#233;&#233;s en 1963 ; puis en 1965 les centres d'apprentissage deviennent des coll&#232;ges d'enseignement technique ; les coll&#232;ges techniques et les ENP laissent place de leur c&#244;t&#233; aux lyc&#233;es techniques pr&#233;parant aux bacs de techniciens ; l'ancien brevet de technicien devient le BTS ; et la cr&#233;ation du BEP permet de recruter dans l'enseignement professionnel des &#233;l&#232;ves sortant du cursus g&#233;n&#233;ral en fin de troisi&#232;me et jug&#233;s incapables d'entrer en seconde g&#233;n&#233;rale. C'est dans ce contexte donc que se joue le basculement d'un enseignement professionnel jusque-l&#224; valoris&#233; (au d&#233;but des ann&#233;es 60 encore l'obtention d'un CAP &#233;tait synonyme d'une carri&#232;re ouvri&#232;re envi&#233;e) vers un nouveau statut, celui de fili&#232;re d&#233;valoris&#233;e d'un syst&#232;me &#233;ducatif int&#233;gr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; partir de 1973&lt;/i&gt;, l'essor d'un ch&#244;mage de masse permanent et la d&#233;gradation qui s'ensuit du rapport des forces capital/travail permettent au patronat d'engager le r&#233;tablissement de son emprise sur l'enseignement professionnel. Il lui suffit &#224; cette fin, et ce ne sera pas sans succ&#232;s, d'imposer la th&#232;se d'une inadaptation des formations aux besoins des employeurs, laquelle serait responsable du ch&#244;mage des jeunes. Foin de la formation de l'homme, du travailleur et du citoyen, et retour &#224; la formation &#171; au plus juste &#187; aux emplois disponibles ici et maintenant. F&#251;t-ce, face &#224; &#171; l'inertie &#187; du syst&#232;me &#233;ducatif, en adaptant au moindre co&#251;t les jeunes &#224; l'emploi gr&#226;ce &#224; la mise en place des stages d'entreprise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au probl&#232;me pos&#233; par la relative volatilit&#233; des besoins des entreprises, il permettra paradoxalement de contester une trop forte exigence de transmission des savoirs g&#233;n&#233;raux et th&#233;oriques en mettant en avant la n&#233;cessit&#233; de la formation scolaire de &#171; comp&#233;tences &#187; individualis&#233;es et de l'&#171; apprendre &#224; apprendre &#187;. M&#234;me si l'on voit mal comment on peut apprendre &#224; apprendre sans avoir appris, cette th&#233;matique rencontrera l'assentiment de certains p&#233;dagogues et de l'inspection g&#233;n&#233;rale, laquelle incitera les enseignants &#224; des pratiques innovantes s'inspirant de l'exp&#233;rience de la formation des adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les trois derni&#232;res d&#233;cennies &lt;/i&gt; (de 1985 &#224; aujourd'hui) sont bien s&#251;r marqu&#233;es par la cr&#233;ation du bac pro qui compl&#232;te le dispositif des trois voies (g&#233;n&#233;rale/technologique/professionnelle), chacune d'entre elles conduisant d&#233;sormais au terme du secondaire. Le bac pro est bien un dipl&#244;me de l'enseignement professionnel, privil&#233;giant la d&#233;finition de r&#233;f&#233;rentiels de formation et l'approche par les comp&#233;tences. Mais c'est aussi une formation qui ouvre sur l'enseignement sup&#233;rieur, ce qui se justifie par une pr&#233;paration en quatre ans au lieu de trois apr&#232;s la troisi&#232;me, et le caract&#232;re s&#233;lectif du recrutement. De ce point de vue le bac pro redonne de la dignit&#233; &#224; l'enseignement professionnel : on comprend qu'au regard de la d&#233;valorisation de ce dernier sa cr&#233;ation ait &#233;t&#233; bien re&#231;ue par les int&#233;ress&#233;s, qui y voient le moyen de cr&#233;dibiliser la th&#233;matique de la voie de la seconde chance. Ils peuvent d'ailleurs invoquer en ce sens la mise en place de la seule passerelle &#171; ascendante &#187; du syst&#232;me &#233;ducatif, qui permet aux meilleurs &#233;l&#232;ves des sections de bac pro de rejoindre les fili&#232;res technologiques. Rappelons que le ministre d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'enseignement professionnel de 2001, J-L M&#233;lenchon, ardent d&#233;fenseur d'une fili&#232;re o&#249; les &#171; esprits concrets &#187; se trouveraient &#224; l'aise, souhaitait supprimer le coll&#232;ge unique pour lui faire toute sa place en r&#233;tablissant les quatri&#232;mes et troisi&#232;mes technologiques, s'exclamant : &#171; Un jeune qui passe par une troisi&#232;me technologique, continue en bac pro et d&#233;croche un BTS, vous appelez cela un &#233;chec ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un entretien &#224; l'Express du 22-3-2001, voir&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore au nom de la &#171; revalorisation de la voie professionnelle &#187; que la r&#233;forme de 2007 ram&#232;nera &#224; trois ans la pr&#233;paration du bac pro, afin de le mettre &#224; parit&#233; avec les autres bacs et de mieux assurer ses liens avec l'enseignement sup&#233;rieur &#8211; s'agissant essentiellement des BTS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Conclusion : comment &#171; revaloriser &#187; l'enseignement professionnel ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bac pro a connu un succ&#232;s tr&#232;s important, accentu&#233; par la r&#233;forme de 2007. D&#233;bordant largement d&#233;sormais les effectifs de la voie technologique, c'est lui qui a fourni l'essentiel des nouveaux bacheliers, permettant d'atteindre en 2011 l'objectif des 80% au niveau du bac. La voie professionnelle en a-t-elle &#233;t&#233; pour autant revaloris&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est r&#233;currente. Elle est toujours pr&#233;sente en 2017 dans les revendications syndicales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'excellent ouvrage collectif consacr&#233; &#224; l'enseignement professionnel &#233;dit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme dans les programmes politiques qui de la droite &#224; la gauche vantent volontiers, et &#224; peu de frais, &#171; l'&#233;gale dignit&#233; de l'intelligence de la main &#187;. Mais est-elle bien pos&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s des CAP dans les ann&#233;es 1950 s'explique par un contexte de cr&#233;ation d'emplois industriels, et par l'extension des conventions collectives assurant une carri&#232;re d'ouvriers professionnels aux titulaires du dipl&#244;me (et un acc&#232;s possible &#224; la ma&#238;trise d'entretien pour ceux qui avaient pr&#233;alablement d&#233;croch&#233; le CEP), conjugu&#233;s aux limites des alternatives promotionnelles, s'agissant essentiellement de l'acc&#232;s &#224; l'artisanat et au petit commerce : les prolongations d'&#233;tudes g&#233;n&#233;rales restent difficiles et rares, et en 1963 encore seuls 15% de parents ouvriers s'autorisent &#224; r&#234;ver d'un bac pour leur prog&#233;niture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce contexte qui change rapidement dans les ann&#233;es 1960, du fait de l'ouverture des possibles scolaires gr&#226;ce &#224; l'instauration de l'&#233;cole unique, des d&#233;buts de la grande distribution qui vont d&#233;grader la situation du petit commerce, de l'&#233;volution des formes de l'organisation productive qui multiplie les emplois d'OS d'un c&#244;t&#233; et les emplois tr&#232;s qualifi&#233;s de l'autre (de techniciens, ing&#233;nieurs, cadres) pour lesquels le dipl&#244;me correspondant est de plus en plus souvent exig&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ces transformations historiques voir Jean-Pierre Terrail, Destins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avant m&#234;me la violente d&#233;sindustrialisation qui s'amorce dans les ann&#233;es 1970, si l'on pr&#233;f&#232;re, les facteurs qui avaient fait la fortune de l'enseignement professionnel court s'&#233;taient consid&#233;rablement &#233;rod&#233;s. Ce que le monde ouvrier a pris en compte dans un d&#233;lai extraordinairement bref : en 1972, ce ne sont plus 15% mais 60% de parents ouvriers qui souhaitent l'acc&#232;s de leurs enfants au baccalaur&#233;at&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Tristan Poullaouec, Le dipl&#244;me, arme des faibles, La Dispute, Paris, 2010.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;valorisation de l'enseignement professionnel court tient donc non pas d'abord &#224; son int&#233;gration dans l'&#233;cole unique qui y affecte les &#233;l&#232;ves en &#233;chec dans la voie g&#233;n&#233;rale, ce qui est l'explication la plus couramment avanc&#233;e : ainsi Guy Brucy, apr&#232;s avoir rappel&#233; la fa&#231;on dont l'&#233;cole unique renvoie les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; dans la voie professionnelle, souligne qu'en &#171; continuant de prendre l'enseignement g&#233;n&#233;ral comme seul horizon de r&#233;f&#233;rence et en s'interdisant de penser les enseignements techniques et professionnels dans leur singularit&#233;, on les d&#233;valorisait &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Valoriser l'enseignement professionnel, ouvrage cit&#233;, p. 29.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour l'essentiel, la d&#233;valorisation est redevable au mouvement socio-historique de fond qui pousse les jeunes g&#233;n&#233;rations, pour des raisons tenant &#224; la fois aux transformations de l'emploi et aux aspirations populaires &#224; l'&#233;mancipation des emplois d'ex&#233;cution, vers l'enseignement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement, on le sait, n'a fait que s'accentuer au long des derni&#232;res d&#233;cennies, tant du fait de la demande croissante de qualifications &#233;lev&#233;es et certifi&#233;es que des r&#233;ticences persistantes et massives des jeunes &#224; occuper les emplois les moins qualifi&#233;s. On ne peut imaginer que ces tendances ne continuent pas &#224; s'exercer dans l'avenir. Une v&#233;ritable revalorisation de l'enseignement professionnel ne passe-t-elle pas d&#232;s lors par le maintien de tous les jeunes, jusqu'au terme du secondaire, dans une m&#234;me voie de formation ? Ceux qui souhaitent se destiner aux sp&#233;cialit&#233;s professionnelles actuellement pr&#233;par&#233;es dans l'enseignement professionnel court pourraient acqu&#233;rir dans ce tronc commun les ressources intellectuelles leur assurant, apr&#232;s une formation sp&#233;cialis&#233;e post-secondaire, la ma&#238;trise de toutes les facettes de leur futur m&#233;tier. Ils r&#233;pondraient ainsi aux r&#233;quisits de plus en plus exigeants du travail productif, seraient en mesure de r&#233;cuser toute posture de pure ex&#233;cution et disposeraient des moyens d'am&#233;nager leur environnement de travail, et jouiraient des capacit&#233;s d'innovation et d'adaptation au changement indispensables dans le monde de demain. &#192; noter enfin : si ces exigences d'une revalorisation cr&#233;dible de l'enseignement professionnel valent pour les sp&#233;cialit&#233;s industrielles, elles paraissent encore plus indispensables dans le cas des sp&#233;cialit&#233;s du tertiaire, dans lesquelles les titulaires d'un bac pro sont aujourd'hui en position souvent d&#233;favorable sur le march&#233; du travail face &#224; la concurrence des sortants de la voie g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actuellement trois ans apr&#232;s la sortie du lyc&#233;e 30% des titulaires d'un bac (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me partie &#8211; Unification ou diversification du lyc&#233;e ? Le SNES, de l'&#233;cole progressive &#224; la r&#233;ussite pour tous (&lt;i&gt;Jean-Pierre Terrail&lt;/i&gt;)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Principal syndicat du second degr&#233;, le SNES &#233;labore au long des ann&#233;es 1970 un projet d'&#233;cole &#233;tonnement m&#233;connu aujourd'hui, le plus d&#233;mocratique peut-&#234;tre jamais port&#233; par une force syndicale ou politique, sensiblement plus ambitieux que le plan Langevin-Wallon (1947, d&#233;sign&#233; ci-apr&#232;s PLW), lequel continue pourtant &#224; faire r&#233;f&#233;rence en la mati&#232;re. La d&#233;cennie s'y pr&#234;tait, marqu&#233;e par l'espoir et la programmation d'amples transformations progressistes. La p&#233;riode suivante sera celle de la d&#233;ception et du reflux, du ch&#244;mage de masse et de l'argent-roi, sous l'&#233;gide de la social-d&#233;mocratie mitterandienne triomphante. Le SNES n'&#233;chappera pas au mouvement de l'histoire, enterrant en douceur son projet d'&#171; &#233;cole progressive &#187; pour lui substituer les th&#233;matiques de &#171; la r&#233;ussite pour tous &#187; dans le cadre de la &#171; diversification &#187; des voies du lyc&#233;e. Cet &#233;pisode en ses deux moments m&#233;rite d'&#234;tre revisit&#233;. Il fait partie du patrimoine commun des partisans d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation scolaire, et soul&#232;ve des questions qui sont toujours d'actualit&#233;, quatre d&#233;cennies plus tard. L'&#233;vocation qui en est propos&#233;e ici a b&#233;n&#233;fici&#233; des entretiens men&#233;s avec l'historien Alain Dalan&#231;on, avec Monique Vuaillat, Yves Baunay et Louis Weber, tous quatre anciens dirigeants du SNES. Nous les remercions vivement pour leur t&#233;moignage qui nous a &#233;t&#233; pr&#233;cieux, m&#234;me si subsistent avec tel ou tel des diff&#233;rences d'appr&#233;ciation sur certains des points &#233;voqu&#233;s dans le texte qui suit, dont nous assumons bien s&#251;r l'enti&#232;re responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;mergence d'une nouvelle direction syndicale &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance &#171; Unit&#233; et action &#187; (UA), anim&#233;e par des militants communistes et socialistes unitaires, accro&#238;t son influence au long des ann&#233;es 1960, dans le SNES comme dans le SNET (syndicat de l'enseignement technique) alors domin&#233;s par la tendance autonome (UID, ind&#233;pendance et d&#233;mocratie, majoritaire au sein de la FEN, F&#233;d&#233;ration de l'&#233;ducation nationale, et proche de la SFIO). Le contexte est &#224; la fois celui de l'essor des luttes revendicatives et politiques, et celui de l'essor des effectifs scolaris&#233;s dans le secondaire, et donc du recrutement de nombreux jeunes enseignants politis&#233;s &#224; gauche, issus des classes moyennes voire populaires, et en rupture avec la figure traditionnelle de l'enseignant-notable du secondaire. Tr&#232;s actifs dans les deux syndicats, les militants UA coop&#232;rent, nouant leur entente sur la pr&#233;occupation commune de renouer avec les objectifs du PLW, favorisant la fusion entre SNES et SNET en 1966, conqui&#232;rent la majorit&#233; relative cette m&#234;me ann&#233;e, et la majorit&#233; absolue (52% des voix) au Congr&#232;s du SNES de 1967&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Alain Dalan&#231;on, Histoire du SNES, T. I (1840/67) et II (1967-1973), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle direction UA transforme et d&#233;mocratise les pratiques syndicales et revendicatives. Son influence interne ne cesse de cro&#238;tre au long de la p&#233;riode 1967/73, au terme de laquelle la tendance a &#233;galement conquis la majorit&#233; au SNEP (&#233;ducation physique et sportive), au SNPEN (professeurs d'&#233;coles normales), au SNESup (enseignement sup&#233;rieur), et a significativement progress&#233; au sein m&#234;me du SNI-PEGC (instituteurs). Ce dernier reste l'assise essentielle du contr&#244;le de la FEN par la tendance UID. Pour autant, sachant et la croissance des effectifs du secondaire, et le dynamisme des militants UA, la question de ce contr&#244;le est d&#233;sormais ouverte. Les deux tendances UID et UA ressentent chacune, dans cette perspective, le besoin pressant d'une plateforme unificatrice, d'un projet d'&#233;cole explicite et coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNI rend public en 1973 un projet d' &#171; &#233;cole fondamentale &#187;, con&#231;u d&#232;s 1971, et qui s'inscrit dans la filiation du projet d'&#233;cole unique des ann&#233;es 30, sorte d'&#233;cole primaire &#233;tendue jusqu'&#224; la 3&#232;me. Ce projet se r&#233;clame du plan LW, en maintenant toutefois l'obligation scolaire &#224; 16 ans, et en limitant la continuit&#233; du cursus &#224; la relation &#233;cole primaire/coll&#232;ge. La direction de la FEN et le SNETAA (enseignement professionnel) se rallient &#224; ce projet, comme le fera ensuite le PS en 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNES n'est &#233;videmment pas pr&#234;t &#224; accepter une telle perspective, tant pour des raisons de concurrence syndicale imm&#233;diate (l'&#233;cole fondamentale revient &#224; r&#233;server le champ de syndicalisation du coll&#232;ge, la formation et le statut de ses enseignants &#224; l'enseignement primaire) que du fait de ses convictions id&#233;ologico-politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le projet du SNES&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bonne intelligence avec les trois autres syndicats anim&#233;s par UA (SNEP, SNESup, SNPEN), il s'oriente d'embl&#233;e vers une perspective beaucoup plus ambitieuse, qui tranche avec la tradition d'un second degr&#233; r&#233;serv&#233; &#224; une minorit&#233; destin&#233;e &#224; l'enseignement sup&#233;rieur et &#224; la formation d'une &#233;lite restreinte &#233;conomique, politique, culturelle (rappelons qu'en 1946 seuls 5% des jeunes ont obtenu un baccalaur&#233;at, 13% encore en 1965). C'est d'ailleurs pour marquer cette rupture que l'US intitule en 1977 l'un de ses dossiers : &#171; Le second degr&#233;, une id&#233;e neuve &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son congr&#232;s de Poitiers en 1972, le SNES souligne en ce sens que la vocation de l'institution scolaire consiste &#224; assurer &#224; tous ses publics &#171; le niveau le plus &#233;lev&#233; dans l'acquisition des connaissances &#187;, en formant &#171; l'intelligence et le sens critique &#187;. &#192; l'instar du SNI, le SNES se r&#233;clame du plan LW, mais en fait une lecture diff&#233;rente. La d&#233;mocratisation n'est plus con&#231;ue comme l'&#233;largissement du vivier des meilleurs, mais comme le d&#233;veloppement au plus haut niveau des possibilit&#233;s de chacun, la scolarit&#233; obligatoire &#233;tant port&#233;e &#224; 18 ans et la continuit&#233; coll&#232;ge/lyc&#233;e fortement affirm&#233;e. Le second degr&#233; doit assurer une formation qui soit &#224; la fois de masse et de qualit&#233;, exigeant donc que ses enseignants soient form&#233;s d&#232;s le coll&#232;ge &#224; bac+5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cole fondamentale promue par le SNI-PEGC, le SNES oppose donc une tout autre vision de l'avenir d&#233;mocratique de l'&#233;cole, qui se pr&#233;cisera au long des ann&#233;es 1970 en vue de l'accession de la gauche au pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; C'&#233;tait en fait un projet pour la gauche au pouvoir dont nous esquissions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ses caract&#233;ristiques essentielles ressortent clairement du dossier &#171; Positions du SNES &#187; publi&#233; par l'organe du syndicat, l'US (Universit&#233; Syndicaliste), en mai 1977. Le projet pr&#233;sent&#233; t&#233;moigne d'une volont&#233; manifeste d'aller vers l'unification aussi pouss&#233;e que possible du lyc&#233;e (celle du coll&#232;ge &#233;tant accept&#233;e par UID comme par UA). Le lyc&#233;e comporterait une seconde commune d'orientation, les trois voies (enseignement g&#233;n&#233;ral, technologique, professionnel) propos&#233;es en premi&#232;re et terminale &#233;tant &#171; progressivement sp&#233;cialis&#233;es, mais de nombreuses passerelles seraient &#233;tablies afin que les orientations ne soient pas irr&#233;versibles &#187;. M&#234;me la terminale ne serait pas compl&#232;tement optionnelle du fait d'un fonds commun d'enseignements disciplinaires obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est enfin en 1981 (US du 22 octobre) que le projet de ce qui est d&#233;sormais appel&#233; &#171; L'&#201;cole progressive &#187; est pr&#233;sent&#233; dans sa r&#233;daction la plus compl&#232;te, destin&#233;e &#224; &#234;tre soumise au nouveau ministre de l'&#201;ducation nationale, Alain Savary.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean Petite, porteur du projet &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De bout en bout l'&#233;laboration du projet est port&#233;e par Jean Petite, avec &#224; ses c&#244;t&#233;s notamment Luc Bouret, tous deux militants d'origine chr&#233;tienne, pass&#233;s par le PSU puis par le PS, et ayant r&#233;sist&#233; jusqu'au bout aux pressions visant &#224; leur faire quitter la tendance UA. D&#232;s 1967 J. Petite est &#233;lu au secr&#233;tariat national du SNES, en charge de la commission p&#233;dagogique, et conservera des responsabilit&#233;s nationales jusqu'&#224; sa retraite. Il conjugue un grand int&#233;r&#234;t pour les th&#232;ses de l'&#233;ducation nouvelle, une forte ambition d&#233;mocratique pour l'&#233;cole, et un refus de toute approche doctrinaire, se d&#233;finissant lui-m&#234;me dans ses m&#233;moires comme un &#171; pragmatique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; ambition, J. Petite se r&#233;clame avec constance d'un &#171; enseignement d&#233;mocratique de qualit&#233; &#187;, qui exige &#224; son sens &#171; un grand second degr&#233; de la 6&#232;me &#224; la terminale &#187;. Il s'opposera fortement au projet d'&#233;cole fondamentale du SNI et &#224; celui de la FEN d'&#233;ducation permanente, dans lequel il voit une m&#233;diocre justification de la limitation &#224; 16 ans de l'obligation scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; p&#233;dagogie, il assiste au colloque d'Amiens en 1968, rencontre Ivan Illich en 1972, &#233;voque &#224; plusieurs reprises dans ses m&#233;moires son int&#233;r&#234;t pour l'&#233;ducation nouvelle, dont il aura l'occasion de d&#233;fendre les d&#233;marches, notant que la formule qu'il propose en 1977 d'&#171; un secondaire unifi&#233;, dans l'&#233;cole progressive &#187; fait aussi r&#233;f&#233;rence pour lui &#224; ses apports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c&#244;t&#233; pragmatisme ? &#171; Mon approche fut essentiellement pragmatique &#187; (m&#233;moires) : c'est particuli&#232;rement le cas en mati&#232;re de lutte contre l'&#233;chec scolaire, domaine dans lequel J. Petite pr&#234;tera une attention permanente &#224; tous les recours concrets et exp&#233;rimentaux possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le concept d'&#233;cole progressive fut l'&#339;uvre d'un homme et de la petite &#233;quipe r&#233;unie autour de lui, jusqu'o&#249; aura-t-il &#233;t&#233; aussi le bien propre de l'ensemble de l'organisation syndicale ? Une chose est s&#251;re : il vient de loin, puisque tout au long des ann&#233;es 1960 d&#233;j&#224; les militants UA se pr&#233;occupent d'une r&#233;appropriation offensive du PLW. Il h&#233;rite de la critique d&#233;velopp&#233;e dans ces ann&#233;es de la th&#233;orie des dons, &#224; la suite du fameux texte de Lucien S&#232;ve soutenant en 1964 que &#034;Les dons n'existent pas&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, &#034;Les dons n'existent pas&#034;, in GFEN, Dou&#233;, non dou&#233;, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'enracine aussi dans les luttes du syndicat pour le coll&#232;ge unique. Son &#233;laboration est favoris&#233;e par la fusion du SNES avec le SNET, et par les luttes qui s'en suivront pour aligner le recrutement et la carri&#232;re des deux corps enseignants, lesquelles posent la question du rapprochement des enseignements eux-m&#234;mes. Enfin il est valid&#233; par les congr&#232;s syndicaux, et pleinement assum&#233; par la direction, qui lui donne toute sa place dans l'US, et en fait son projet officiel en vue de l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;cole progressive : perspectives d'ensemble&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant du constat qu'&#171; une grande ambition p&#233;dagogique ne traverse pas l'&#233;cole &#187;, l'&#233;cole progressive se pr&#233;sente comme &#171; une n&#233;cessit&#233; pour le pr&#233;sent et un pari pour l'avenir &#187; (US n&#176; 7, 1981, comme toutes les citations qui suivent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forte tension qui anime tout le projet vers l'unification du second degr&#233; le d&#233;marque d'embl&#233;e du PLW, qui laissait subsister les distinctions entre &#233;coles pratiques d'apprentissage, sections professionnelles, et sections g&#233;n&#233;rales. Il est difficile de ne pas associer cette &#233;volution &#224; la disparition manifeste de la notion d'aptitudes, qui restait pr&#233;gnante dans le PLW&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ce dernier, une &#233;cole d&#233;mocratique devait s'assigner pour objectif de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;cole progressive ouvre le droit de chaque jeune &#171; &#224; revendiquer tous les moyens d'un d&#233;veloppement maximum &#187;. &#171; Les difficult&#233;s scolaires ne tiennent pas pour l'essentiel &#224; des diff&#233;rences individuelles inn&#233;es, mais sont (&#8230; ) directement li&#233;es &#224; la situation sociale des int&#233;ress&#233;s &#187;. Il convient d&#232;s lors, et le SNES affirme fortement ici son refus du d&#233;nivel&#233; d'exigences, de &#171; permettre &#224; tous de recevoir une formation de m&#234;me qualit&#233; conforme aux objectifs p&#233;dagogiques d&#233;finis &#224; chaque &#233;tape de la scolarit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Porter l'obligation scolaire &#224; dix-huit ans s'impose &#224; cette fin, donnant du temps pour r&#233;ins&#233;rer les jeunes en difficult&#233;, permettant d'&#233;viter les p&#233;dagogies &#171; h&#226;tives et autoritaires &#187;, assurant &#224; tous un niveau d'&#233;ducation suffisant pour former &#171; l'homme, le travailleur, le citoyen &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambition appelle un r&#233;am&#233;nagement d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif en partant de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, qui le rende plus efficient et permette d'instaurer un tronc commun jusqu'&#224; la seconde incluse ; la marche vers l'unification de deux derniers niveaux de classe proc&#233;dant par un d&#233;cloisonnement progressif des trois lyc&#233;es (g&#233;n&#233;ral, technique, et d'enseignement professionnel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, outre la r&#233;f&#233;rence discr&#232;te &#224; l'&#233;ducation nouvelle, le qualificatif d'&#233;cole progressive renvoie &#224; la fois &#224; la substitution de l'axe vertical du d&#233;roulement du cursus de tronc commun &#224; l'axe horizontal de la diff&#233;renciation des voies de scolarisation qui a caract&#233;ris&#233; l'&#233;cole de la 3&#232;me R&#233;publique, et continue &#224; marquer l'&#233;cole unique de la 5&#232;me ; &#224; la m&#233;thode de transformation &#224; venir du syst&#232;me &#233;ducatif actuel ; et enfin au relatif inach&#232;vement des propositions du SNES, dont le projet &#171; n'est pas enti&#232;rement boucl&#233; &#187; (m&#233;moires de J. Petite) et doit s'affiner &#224; l'exp&#233;rience pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;cole progressive : les enseignements&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment aux vis&#233;es de l'&#233;ducation nouvelle, l'&#233;cole progressive entend former des &#171; hommes complets &#187;. Cette r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;ducation nouvelle s'accompagne pour autant du refus tout aussi explicite de sacrifier l'apprentissage des savoirs &#224; la s&#233;duction des m&#233;thodes d'enseignement : pas question de &#171; condamner les hommes &#224; l'ignorance &#187; ! Il s'agit de fixer pour chaque &#233;tape du cursus des objectif d&#233;finissant, discipline par discipline, les savoirs et savoir faire qui doivent &#234;tre acquis ; et de d&#233;velopper particuli&#232;rement &#224; cette fin les connaissances de la didactique. Symbolique de cette ferme d&#233;fense des savoirs, cette affirmation selon laquelle &#171; l'&#233;cole progressive n'est pas centr&#233;e sur l'enfant ou l'adolescent (&#8230;) mais sur la vie et le travail du jeune en relation pour cela avec des adultes &#187; : ce n'est pas l'enfant, mais les apprentissages qu'elle met &#171; au centre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient en m&#234;me temps d'en finir avec la hi&#233;rarchie des disciplines &#171; pour concevoir un v&#233;ritable tronc commun d'enseignements fondamentaux, ensemble coordonn&#233; d'&#233;l&#233;ments d'&#233;gale valeur. &#187; La manifestation la plus spectaculaire, eu &#233;gard &#224; la tradition &#233;litiste de l'enseignement secondaire fran&#231;ais, de ce souci d'&#233;gale consid&#233;ration envers les disciplines est certainement la proposition d'introduire un enseignement technologique d&#232;s l'enseignement &#233;l&#233;mentaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient aussi d'en finir avec &#171; l'illusion de l'interdiscipline qui (&#8230;) con&#231;oit sous le nom de domaine un amalgame de disciplines qui n'a d'autre r&#233;alit&#233; que scolaire. &#187; Mais sans m&#233;conna&#238;tre la r&#233;alit&#233; des relations interdisciplinaires, et sans se contenter donc d'une conception des contenus qui ne ferait que juxtaposer les disciplines. Ainsi de l'exigence d' &#171; imbriquer &#233;troitement &#171; g&#233;n&#233;ral &#187; et &#171; professionnel &#187; &#187;. Dans le monde actuel &#171; la n&#233;cessit&#233; d'int&#233;grer &#224; la formation professionnelle des connaissances technologiques de base est devenue &#233;vidente &#187;, et il en va de m&#234;me pour &#171; les connaissances scientifiques qui leur servent de support &#187;. Si l'on pr&#233;f&#232;re, la formation professionnelle implique &#171; une formation polytechnique non plus centr&#233;e sur l'apprentissage d'un &#171; m&#233;tier &#187;, encore moins d'un poste de travail, mais sur l'acquisition d'un bagage scientifique et technologique &#224; dominante, utilisable dans un ensemble d'activit&#233;s professionnelles, et permettant une adaptation aux &#233;volutions &#224; venir &#187;. Conjointement le futur travailleur, pour &#234;tre aussi un homme et un citoyen, doit mieux conna&#238;tre la soci&#233;t&#233; dans laquelle il vit et acqu&#233;rir &#171; les moyens d'intervenir de fa&#231;on plus active &#224; la fois dans son travail et dans la soci&#233;t&#233; &#187; : ce qui donne toute leur place aux enseignements dits culturels, aux disciplines litt&#233;raires, artistiques et sportives. Si l'&#233;cole progressive ne peut pas &#234;tre par elle-m&#234;me lib&#233;ratrice, elle doit &#234;tre &#171; l'instrument d'une dynamique g&#233;n&#233;rale de progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;cole progressive : la p&#233;dagogie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment au refus proclam&#233; de tout d&#233;nivel&#233; d'exigence au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires, les pr&#233;occupations p&#233;dagogiques du projet du SNES portent essentiellement sur la fa&#231;on d'aider ces derniers &#224; surmonter leurs difficult&#233;s intellectuelles. Le r&#233;examen des fonctionnements de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire doit y contribuer ; pour le reste, il s'agit de mobiliser une batterie de moyens propres &#224; r&#233;cup&#233;rer et r&#233;ins&#233;rer dans le flux commun les plus vuln&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les mesures pr&#233;conis&#233;es, relevons : les aides financi&#232;res aux familles concern&#233;es ; les aides p&#233;dagogiques individualis&#233;es, le travail en mini groupes, les groupes de rattrapage, les groupes de niveau ; la transformation des classes de Cppn-cpa en v&#233;ritables classes de rattrapage ; le travail enseignant en &#233;quipe et l'encadrement collectif des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; ; le soin apport&#233; &#224; l'organisation de la vie scolaire ; et au plan des contenus d'enseignement, l'abandon d'un mod&#232;le culturel unique (on songe ici &#224; la critique bourdieusienne de l'imposition &#224; tous les &#233;l&#232;ves de l'arbitraire culturel des classes sup&#233;rieures).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'enterrement du projet&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du projet d'&#233;cole progressive que nous venons d'examiner, deux possibilit&#233;s s'offraient au SNES. Soit consid&#233;rer que l'essentiel &#233;tait de parvenir &#224; assurer &#224; tous les jeunes &#224; 18 ans un bagage de culture commune, et donc interroger plus avant la nature de la transformation &#171; en profondeur &#187; dont l'&#233;cole fran&#231;aise avait besoin afin de mettre tous ses publics en mesure de s'approprier effectivement un tel bagage. Soit renoncer &#224; tout objectif d'unification des cursus secondaires, s'en tenir au dispositif existant des fili&#232;res et des s&#233;ries, r&#233;clamer &#224; leur endroit une &#233;gale consid&#233;ration, en leur assignant pour objectif de mener tous leurs &#233;l&#232;ves &#224; l'obtention d'un dipl&#244;me qualifiant. La seconde option a pr&#233;valu, et bien des &#233;l&#233;ments dans la conjoncture des ann&#233;es 1980 peuvent &#233;clairer une telle issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir pour lequel le SNES se pr&#233;parait depuis tant d'ann&#233;es s'est traduite par une accumulation d'obstacles &#224; la r&#233;alisation du projet m&#251;ri par J. Petite. Rappelons d'abord les &#233;l&#233;ments majeurs du contexte. Le &#171; tournant de la rigueur &#187; de 1983 &#233;loigne la perspective d'obtenir &#171; le temps et les moyens d'enseigner &#187; n&#233;cessaires &#224; la mise en &#339;uvre de l'&#233;cole progressive. L'engagement massif de la droite dans la bataille pour emp&#234;cher la mise en place d'un grand service public d'&#233;ducation nationale d&#233;bouchera en 1984 sur le renoncement du PS et la d&#233;mission du ministre Savary, contribuant &#224; affaiblir encore la mobilisation des militants progressistes et &#224; placer les organisations syndicales sur la d&#233;fensive. C'est aussi en 1984-1985, avec la commandite par Mitterrand d'un rapport au coll&#232;ge de France sur &#171; l'enseignement de l'avenir &#187;, que la gauche socialiste commence &#224; reprendre &#224; son compte la th&#233;matique du SMIC culturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Pierre Terrail, Que faire avec le &#171; socle &#187; et les &#171; comp&#233;tences &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique propre de l'enseignement professionnel, de son c&#244;t&#233;, va &#233;galement peser dans l'&#233;volution de la situation. Le temps o&#249; celui-ci b&#233;n&#233;ficiait de l'aura d'un enseignement s&#233;lectif et significativement qualifiant est maintenant bien pass&#233;, et il fait de plus en plus massivement figure de fili&#232;re de rel&#233;gation. Qui plus est, dans le contexte du d&#233;veloppement du ch&#244;mage de masse, il se voit accuser par le patronat de proposer des formations inadapt&#233;es aux besoins des employeurs. Ses protagonistes font face &#224; la disqualification en mettant en avant le r&#244;le d'un enseignement &#171; de la seconde chance &#187;, innovant p&#233;dagogiquement et permettant la r&#233;habilitation de publics malmen&#233;s dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral. L'arriv&#233;e de Chev&#232;nement au minist&#232;re et la cr&#233;ation du bac pro en 1985 leur fournissent un renfort inesp&#233;r&#233;. Ce dernier conna&#238;t un succ&#232;s tr&#232;s rapide, tant du c&#244;t&#233; des familles que du c&#244;t&#233; des enseignants et de leur syndicat, le SNETAA. Les trois fili&#232;res sont d&#233;sormais compl&#232;tes, conduisant chacune au terme du secondaire. Comment les remettre en cause ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;l&#233;ments plus sp&#233;cifiques vont contribuer &#224; amoindrir la capacit&#233; du syndicat &#224; affronter ces obstacles. Ainsi en va-t-il de l'affaiblissement de sa marge de jeu institutionnelle. Compte tenu de sa repr&#233;sentativit&#233;, le SNES &#233;tait de tr&#232;s longue date l'interlocuteur privil&#233;gi&#233; du minist&#232;re. Il pouvait s'attendre &#224; ce qu'il n'en aille pas autrement avec un gouvernement de gauche, dont le ministre Savary, membre du PS, devait logiquement &#233;tablir des rapports de coop&#233;ration, fussent-ils plus ou moins conflictuels, avec les organisations de la FEN. Or le ministre, &#233;vitant ainsi de s'emp&#234;trer dans les conflits UA/UID, se tourne&#8230; vers le SGEN-CFDT, nommant des charg&#233;s de mission (Legrand pour le coll&#232;ge, Prost pour le lyc&#233;e, Peretti pour la formation des enseignants), lesquels constitueront des commissions dans lesquelles le SNES se retrouvera minoritaire. Par ailleurs c'est &#224; partir de la rentr&#233;e 1980 qu'arrivent au lyc&#233;e les premiers &#233;l&#232;ves issus du coll&#232;ge unique (mis en place par la r&#233;forme Haby de 1975), au grand dam de nombre d'enseignants : d&#233;licat, dans la circonstance, de mettre en avant la proposition de seconde commune que pr&#233;voit le projet d'&#233;cole progressive. Il semble bien d'ailleurs que ce dernier ne sera en fait jamais pr&#233;sent&#233; officiellement &#224; Savary.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment enfin de ne pas &#233;voquer ici les rapports difficiles du SNES avec la question de l'enseignement professionnel, dont les membres ne rel&#232;vent pas de son champ de syndicalisation, &#224; la diff&#233;rence de ceux de l'enseignement technique ? L'int&#233;gration de l'enseignement professionnel dans le lyc&#233;e unifi&#233; de l'&#233;cole progressive &#233;tait pr&#233;vue, mais dans une perspective d'autant plus &#171; progressive &#187; que le SNETAA, qui commen&#231;ait &#224; la fin des ann&#233;es 1970 &#224; prendre le pas dans ce secteur sur la CGT en raison des modifications du recrutement des enseignants, donnait la majorit&#233; de ses voix &#224; la tendance UID et apparaissait comme l'alli&#233; du SNI-PEGC. Cette situation, notera Petite dans ses m&#233;moires, &#171; faisait obstacle &#224; la r&#233;flexion commune &#187;. Elle n'est pas pour rien non plus dans les r&#233;ticences du SNES face &#224; la transformation des CET en LEP en 1978&#8230; et &#224; la cr&#233;ation des bac pro en 1985 auxquels le syndicat, dont d'importants dirigeants de l'&#233;poque (tels Monique Vuaillat ou Yves Baunay) &#233;taient issus de l'enseignement technique, aurait pr&#233;f&#233;r&#233; une transformation des brevets de technicien pour en faire des bacs techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le ralliement &#224; la &#171; diversification &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que s'estompent au fil des ann&#233;es 1980 les ambitions de l'&#233;cole progressive, la th&#232;se de &#171; l'investissement &#233;ducatif &#187; au service du d&#233;veloppement industriel monte en puissance, promue notamment par Fran&#231;ois Labroille et Yves Baunay, et figurant de fa&#231;on r&#233;currente dans les motions de congr&#232;s. Elle permet &#224; la fois de plaider l'attribution de moyens financiers pour l'&#233;cole, et de prendre en compte un ch&#244;mage massif d&#233;sormais permanent et au statut de grande obsession nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNES est ainsi amen&#233; &#224; mettre davantage l'accent sur la formation du &#171; travailleur &#187;, et &#224; incorporer dans sa r&#233;flexion les besoins du d&#233;veloppement &#233;conomique&#8230; et leur diversit&#233;. On comprend que se mettent d&#232;s lors en place les th&#233;matiques de la &#171; diversification &#187; des voies de formation assur&#233; par l'enseignement secondaire. La formule &#233;merge en 1983/1984, va se voir progressivement valid&#233;e d'un congr&#232;s &#224; l'autre, et fera l'objet d'une exposition syst&#233;matique lors du colloque de Cachan de juin 1990, consacr&#233; &#224; &#171; La voie &#8216;technicienne' de formation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir La voie &#171; technicienne &#187; de formation, Adapt-SNES, 1990.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les perspectives qui y sont trac&#233;es s'opposent en bien des points aux conceptions de l'&#233;cole progressive. Qu'on en juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; diversification &#187;, note M. Vuaillat (alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale du syndicat) &#224; ce colloque, est celle des voies de formation et de leurs sp&#233;cialit&#233;s, dont l'existence r&#233;pond &#224; la diversit&#233; des qualifications requises sur le march&#233; du travail. Le SNES doit avoir pour objectif de lutter contre la d&#233;valorisation de la culture technique et professionnelle ; et de permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'aller au bout de leur formation pour sortir avec un dipl&#244;me qualifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat constate certes une surrepr&#233;sentation des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires dans les fili&#232;res techniques et professionnelles ; mais partant de l'id&#233;e que ces &#233;l&#232;ves ont &#171; des projets scolaires et sociaux plus modestes et plus courts &#187;, il en conclut que &#171; la fili&#232;re technicienne leur permet de construire progressivement, &#233;tape par &#233;tape, des projets de plus en plus ambitieux &#187; (contribution d'Y. Baunay). La diversification des voies de la formation lyc&#233;enne appara&#238;t en ce sens comme &#171; un formidable levier de d&#233;mocratisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons pour terminer deux points sur lesquels la nouvelle doctrine du SNES, celle de &#171; la r&#233;ussite pour tous &#187; associant diversification et d&#233;mocratisation, contredit manifestement la conception de l'&#233;cole progressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette derni&#232;re, les difficult&#233;s scolaires des &#233;l&#232;ves d'origine populaire n'entamaient en rien l'ambition de mener tous les &#233;l&#232;ves le plus loin possible vers le m&#234;me objectif ; mais elles appelaient un r&#233;am&#233;nagement d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif, &#224; partir de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire. Il ne s'agissait en aucune fa&#231;on de d&#233;fendre un cursus diversifi&#233; par le d&#233;nivel&#233; des projets des familles populaires (on ne reprend pas explicitement, en 1990, la justification de la diversit&#233; des voies par l'in&#233;galit&#233; des &#171; aptitudes &#187;, mais le r&#233;sultat n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense syndicale de &#171; la voie technicienne de formation &#187; est &#233;galement justifi&#233;e dans ce colloque de 1990 par le fait qu'elle associe &#224; la formation technique une formation &#171; g&#233;n&#233;rale &#187; dont elle permet l'acc&#232;s aux jeunes des classes populaires. On est loin, l&#224; encore, des approches de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente, qui d&#233;fendaient &#171; l'&#233;troite imbrication des enseignements g&#233;n&#233;raux, techniques, professionnels &#187;, en assumant l'exigence pour une formation professionnelle digne de ce nom de former des travailleurs ma&#238;trisant les fondements th&#233;oriques des technologies qu'ils sont appel&#233;s &#224; mettre en &#339;uvre et disposant, de plus, des moyens intellectuels et culturels &#171; d'intervenir de fa&#231;on plus active &#224; la fois dans leur travail et dans la soci&#233;t&#233; &#187; (US, n&#176;7, 1981).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un petit nombre d'ann&#233;es, le SNES est pass&#233; d'un logique de d&#233;mocratisation ambitieuse et conqu&#233;rante, tout enti&#232;re tendue vers l'unification du cursus lyc&#233;en, &#224; une logique d'am&#233;lioration du syst&#232;me &#233;ducatif existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution pourtant a &#233;t&#233; peu per&#231;ue, ou alors bien accept&#233;e, par une majorit&#233; de dirigeants et de militants. Les difficult&#233;s du coll&#232;ge unique (dont on se souvient qu'en 2002 encore il est majoritairement rejet&#233; par le corps enseignant, selon une enqu&#234;te FSU-SOFRES), le fait qu'avec la cr&#233;ation du bac pro une partie au moins des &#233;l&#232;ves les plus fragiles peuvent poursuivre leur scolarit&#233; jusqu'&#224; dix-huit ans, et que les trois fili&#232;res d&#233;bouchent (au moins en droit) sur l'enseignement sup&#233;rieur, ont pes&#233; en ce sens : la &#171; r&#233;ussite pour tous &#187; par la diversification pouvait para&#238;tre comme une fa&#231;on, plus r&#233;aliste, de mettre en &#339;uvre le projet d'&#233;cole progressive.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me partie &#8211; La constitution des trois voies a-t-elle contribu&#233; &#224; la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole ? (&lt;i&gt;Tristan Poullaouec&lt;/i&gt;)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deux nouveaux types de baccalaur&#233;at...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit Samuel Johsua, &#034;le degr&#233; de s&#233;paration scolaire entre groupes sociaux est un excellent indicateur des divisions plus larges au sein de la soci&#233;t&#233;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une autre &#233;cole est possible ! Manifeste pour une &#233;ducation &#233;mancipatrice, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La structuration des 3 voies segmentant les scolarit&#233;s lyc&#233;ennes dans la France contemporaine l'illustre &#224; l'envi. Moins d'un tiers des &#233;l&#232;ves de premi&#232;re ou terminale g&#233;n&#233;rales/Sp&#233;cialis&#233;es en 3 s&#233;ries : scientifique, litt&#233;raire ou sciences &#233;conomiques et sociales./ sont des enfants d'ouvriers ou d'employ&#233;s, alors que ces derniers repr&#233;sentent la moiti&#233; des &#233;l&#232;ves de 6e. Dans la voie technologique, ils constituent 45% des &#233;l&#232;ves, r&#233;partis entre 8 s&#233;ries de sciences et technologies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les principales sont : management et gestion, industrie et d&#233;veloppement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La voie professionnelle (bacs professionnels et brevets des m&#233;tiers) est quant &#224; elle majoritairement fr&#233;quent&#233;e par des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires : 55% de son public sont des enfants d'ouvriers ou d'employ&#233;s, auxquels il faut ajouter 13% d'enfants de ch&#244;meurs n'ayant jamais travaill&#233; ou de personnes sans activit&#233; professionnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;partition des &#233;l&#232;ves du second degr&#233; selon l'origine sociale &#224; la rentr&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Encore s'agit-il ici de moyennes nationales, la s&#233;gr&#233;gation spatiale des groupes sociaux venant accentuer ces polarisations en bien des lyc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; toutes les r&#233;novations du lyc&#233;e entreprises ces deux derni&#232;res d&#233;cennies, ces proportions sont tr&#232;s stables depuis 2000. Et pourtant, la proportion de bacheliers dans une g&#233;n&#233;ration a augment&#233; depuis 2009. Apr&#232;s avoir atteint un palier autour de 62% entre 1995 et 2008, elle a grimp&#233; jusqu'&#224; 79% en 2017 suite &#224; la r&#233;forme de la voie professionnelle. En effet, la proportion de bacheliers professionnels a doubl&#233; en une dizaine d'ann&#233;es, d&#233;passant celle de bacheliers technologiques (22% contre 16%). Si cette &#233;volution contribue &#224; &#233;largir la diffusion du bac dans les nouvelles g&#233;n&#233;rations, en particulier dans les classes populaires, elle ne s'accompagne d'aucune diminution des in&#233;galit&#233;s d'obtention des trois types de bac selon l'origine sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... qui absorbent les &#171; nouveaux lyc&#233;ens &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le pass&#233;, les trois voies d'acc&#232;s au bac ont-elles contribu&#233; &#224; la d&#233;mocratisation scolaire ? Avant d'en prendre la mesure, il n'est pas inutile de revenir bri&#232;vement sur les intentions de leurs promoteurs, ou tout au moins des politiques scolaires qui en ont d&#233;cid&#233;, en commen&#231;ant par la voie technique, rebaptis&#233;e technologique en 1985. Comme le rappelle Guy Brucy, de Gaulle et son conseiller Jacques Narbonne cr&#233;ent les fili&#232;res F, G et H en 1965 (anc&#234;tres des actuelles s&#233;ries STI2D, STMG, ST2S, etc.) pour faire face &#224; l'afflux d&#233;bordant d'&#233;l&#232;ves dans le secondaire : il s'agit pour eux d'&#233;difier des digues, des &#171; d&#233;rivations vers l'enseignement technique &#187; pour &#171; d&#233;sencombrer &#187; le secondaire classique. Et pour ce faire, l'orientation doit &#171; s'opposer aux ambitions abusives &#187; des parents et diriger vers le technique &#171; ceux qui n'ont rien &#224; faire dans un enseignement dont l'issue normale est l'enseignement sup&#233;rieur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un article &#224; para&#238;tre dans la Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie comparant la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la prolongation de la voie professionnelle par un bac, cr&#233;&#233; en 1985, on sait par les travaux d'Antoine Prost&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;La cr&#233;ation du bac pro, histoire d'une d&#233;cision&#034;, in Mathias Millet, Gilles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'elle correspondait &#224; une demande d'&#233;l&#233;vation de la qualification de la main d'&#339;uvre ouvri&#232;re, exprim&#233;e par le grand patronat de l'industrie, en termes d'augmentation de la polyvalence et des &#233;changes d'informations entre salari&#233;s. Ces industriels voulaient un dipl&#244;me sup&#233;rieur au BEP, pr&#233;par&#233; en alternance, mais pas un nouveau bac : c'est surtout le lobbying du syndicat FEN des proviseurs de lyc&#233;es professionnels et l'affichage politique d'un bac pour les ouvriers qui emport&#232;rent la d&#233;cision de Fabius et de Chev&#232;nement, lan&#231;ant alors l'objectif de conduire 80% d'une classe d'&#226;ge au niveau du bac &#224; l'horizon 2000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une autre raison inavou&#233;e de la prolongation des scolarit&#233;s apr&#232;s le BEP (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel bilan peut-on tirer de la cr&#233;ation de ces deux voies du lyc&#233;e du point de vue de la d&#233;mocratisation scolaire ? Dans quelle mesure a-t-elle permis &#171; au plus grand nombre possible d'individus de s'emparer dans le moins de temps possible, le plus compl&#232;tement et le plus parfaitement possible du plus grand nombre possible des aptitudes qui font la culture scolaire &#224; un moment donn&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon la formule de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron : Les h&#233;ritiers, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Cette question ne peut avoir qu'une r&#233;ponse pointant l'ambivalence des effets des r&#233;formes. D'un c&#244;t&#233;, les bacs de techniciens, puis les bacs professionnels ont conduit davantage d'&#233;l&#232;ves &#224; un niveau de savoirs &#233;labor&#233;s plus ambitieux, c'est incontestable. De l'autre, ils n'ont pas r&#233;duit l'in&#233;galit&#233; des chances d'appropriation de ces savoirs in&#233;galement enseign&#233;s d'une voie &#224; l'autre. Ces deux r&#233;formes ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans l'extension de l'enseignement secondaire mais n'ont pas aboli la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits sont l&#224;. La cr&#233;ation des bacs de techniciens en 1965 augmente le nombre de bacheliers (de 14 000 bacheliers &#224; la session de 1969 &#224; 82 000 &#224; la session de 1985, o&#249; ils repr&#233;sentent un tiers des bacheliers). Le nombre de bacheliers g&#233;n&#233;raux conna&#238;t pour sa part une croissance plus faible (+43 000)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristan Poullaouec, &#171; Le lyc&#233;e : de l'&#233;cole des notables &#224; l'&#233;cole pour tous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la part des enfants d'ouvriers, de contrema&#238;tres ou de personnels de service qui obtient le bac g&#233;n&#233;ral n'augmente quasiment pas dans la m&#234;me p&#233;riode (de 11% parmi les &#233;l&#232;ves sortis de CM2 en 1962 &#224; 13% parmi les entrants en 6e en 1980)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristan Poullaouec, Le dipl&#244;me, arme des faibles, La Dispute, 2010.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La nouvelle voie d'acc&#232;s au bac absorbe l'essentiel des &#171; nouveaux publics &#187; du lyc&#233;e : les &#233;l&#232;ves des fili&#232;res F, G et H sont plus souvent d'origine populaire que ceux de la voie g&#233;n&#233;rale. Une partie d'entre eux est issue des meilleurs &#233;l&#232;ves de BEP qui trouvent l&#224; une occasion de prolonger leur parcours jusqu'au bac. Mais en moyenne, ces &#233;l&#232;ves ont connu plus de redoublements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses se sont pass&#233; un peu diff&#233;remment lors de la massification des lyc&#233;es qui suit la cr&#233;ation des bacs pro. L&#224; aussi, la voie professionnelle s'est rapidement install&#233;e dans le paysage des lyc&#233;es. Sa r&#233;forme r&#233;cente lui a encore donn&#233; un nouvel essor, rendu possible par une extension de l'offre scolaire en mati&#232;re de s&#233;ries professionnelles. En 1995, 6 lyc&#233;es sur 10 sont des &#233;tablissements d'enseignement g&#233;n&#233;ral et technologique. Vingt ans plus tard, seuls 4 lyc&#233;es sur 10 ne proposent pas de voie professionnelle, beaucoup d'entre eux &#233;tant devenus polyvalents. Mais &#224; la diff&#233;rence de l'av&#232;nement des bacs de techniciens, la voie professionnelle n'a pas absorb&#233; tous les &#171; nouveaux publics &#187;. La seconde explosion scolaire a aussi fortement contribu&#233; &#224; l'augmentation de la part de bacheliers g&#233;n&#233;raux parmi les &#233;l&#232;ves issus des classes populaires : 13% chez les enfants d'ouvriers, de contrema&#238;tres ou de personnels de service dans la cohorte entr&#233;e au coll&#232;ge en 1980, 23% chez ceux qui y arrivent en 1989, cette part restant &#224; peu pr&#232;s stable dans la cohorte suivante (Le dipl&#244;me, arme des faibles, op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;In&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite dans l'enseignement sup&#233;rieur et v&#339;ux d'orientation dans l'enseignement secondaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s d'acquis et de performance entre les &#233;l&#232;ves des trois voies se r&#233;v&#232;lent de fa&#231;on spectaculaire lors des poursuites d'&#233;tudes dans l'enseignement sup&#233;rieur, de plus en plus massives au tournant des ann&#233;es 1990 (autour de 7 bacheliers technologiques sur 10 actuellement, pour moiti&#233; en STS, puis &#224; l'universit&#233;, et en IUT), mais aussi tr&#232;s fragiles. En effet, &#171; la probabilit&#233; de sortir sans dipl&#244;me de l'enseignement sup&#233;rieur est de 9% pour les titulaires d'un baccalaur&#233;at g&#233;n&#233;ral, de 29% pour ceux d'un baccalaur&#233;at technologique et de 56% pour un baccalaur&#233;at professionnel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Samuel Fouquet, &#171; R&#233;ussite et &#233;chec en premier cycle &#187;, Note d'information, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et lorsqu'on compare la r&#233;ussite des bacheliers technologiques selon leur orientation apr&#232;s le bac, il ne faut pas sous-estimer l'&#233;chec &#224; obtenir le BTS en deux ans (34%), m&#234;me s'il reste tr&#232;s inf&#233;rieur &#224; l'&#233;chec &#224; obtenir la licence en trois ans (91%)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathias Denjean, Cyrielle Perraud-Ussel, &#171; Parcours et r&#233;ussite en STS : les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons pour finir aux divisions sociales reproduites dans les divisions scolaires. D'apr&#232;s les donn&#233;es les plus r&#233;centes du panel suivant les &#233;l&#232;ves entr&#233;s en 6e en 2007, une majorit&#233; des enfants d'ouvriers sont toujours orient&#233;s vers la voie professionnelle d&#232;s la fin de la 3e (60% quand la personne de r&#233;f&#233;rence du m&#233;nage fait partie des ouvriers r&#233;put&#233;s non qualifi&#233;s, 52% quand elle est parmi les ouvriers qualifi&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; In&#233;galit&#233;s sociales et migratoires. Comment l'&#233;cole amplifie-t-elle les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Outre l'argument de la faiblesse de leur niveau en fin de coll&#232;ge, on justifie souvent ces orientations par des pr&#233;f&#233;rences individuelles ou culturelles que l'&#233;cole devrait bien prendre en compte lors du passage &#224; l'&#226;ge adulte. La m&#234;me enqu&#234;te r&#233;v&#232;le cependant la force d'attraction de la voie g&#233;n&#233;rale et les r&#233;ticences aujourd'hui tr&#232;s partag&#233;es envers la voie professionnelle parmi les parents d'&#233;l&#232;ves, y compris dans les classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jusqu'&#224; quel &#226;ge souhaitez-vous que votre enfant poursuive ses &#233;tudes ? 16 ans, 18 ans, 20 ans ou plus ? Vous ne savez-pas ? &#187; La question a &#233;t&#233; pos&#233;e aux parents d'&#233;l&#232;ves au cours de l'ann&#233;e de 6e de leur enfant. Si 35% disent ne pas le savoir et 2% indiquent 16 ans, 63% d'entre eux souhaitent une scolarit&#233; au minimum jusqu'&#224; 18 ans. Il y a tr&#232;s peu de variations selon les milieux sociaux quand un &#226;ge est indiqu&#233; : entre 8 et 9 fois sur 10, selon les fractions des classes populaires, la norme pratique d'une scolarisation prolong&#233;e jusqu'&#224; l'&#226;ge d'au moins 20 ans s'impose. Interrog&#233;s au m&#234;me moment sur les orientations envisag&#233;es, l'ind&#233;cision des parents se manifeste d'autant plus fortement qu'ils occupent des positions d&#233;favoris&#233;es et r&#233;unit autour de 40% des r&#233;ponses. Il ne s'agit pas d'une indiff&#233;rence, mais plut&#244;t d'un manque de visibilit&#233; sur les cursus scolaires, et surtout, on y reviendra, d'une d&#233;pendance attentive aux r&#233;sultats scolaires de leurs enfants. Mais ce qui frappe aussi, c'est la part importante de parents qui visent le bac g&#233;n&#233;ral, dans la population totale des parents d'&#233;l&#232;ves, mais aussi dans les classes populaires (graphique).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_264 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH266/capture_d_e_cran_2017-11-06_a_18.06.54-b527a.png?1790689107' width='500' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Certes, une petite fraction des parents des classes populaires n'envisage pas le bac g&#233;n&#233;ral pour leur enfant, en tout cas pas &#224; ce stade. C'est le cas des plus d&#233;munis d'entre eux, parmi les ouvriers agricoles ou les ouvriers peu qualifi&#233;s. Mais lorsqu'une orientation est envisag&#233;e, c'est majoritairement le bac g&#233;n&#233;ral auquel aspirent les parents dans la plupart des milieux sociaux. En fin de 3e, les choses se pr&#233;cisent et des v&#339;ux d'orientation sont demand&#233;s aux parents. Ceux-ci d&#233;pendent alors &#233;troitement des notes au contr&#244;le continu du brevet des coll&#232;ges. Lorsqu'elles sont comprises entre 12 et 15, 88% des employ&#233;s et 85% des ouvriers souhaitent une orientation en seconde g&#233;n&#233;rale ou technologique, tout comme la quasi totalit&#233; des cadres, des enseignants, des professions lib&#233;rales et des chefs d'entreprise. Le diff&#233;rentiel d'ambition scolaire, ou de vuln&#233;rabilit&#233; aux verdicts scolaires, s'agrandit &#224; mesure que les notes baissent. Ainsi, lorsqu'elles sont comprises entre 8 et 10, les 2/3 des parents cadres maintiennent ce souhait d'orientation, tandis que les 2/3 des parents ouvriers et pr&#232;s de 6 employ&#233;s sur 10 y renoncent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claudine Pirus, &#171; Orientation en fin de 3e : une proc&#233;dure marqu&#233;e par de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pla&#231;ons-nous pour conclure en fin de seconde, &#224; l'heure des choix entre une premi&#232;re g&#233;n&#233;rale et une premi&#232;re technologique. Et consid&#233;rons les &#233;l&#232;ves qui n'ont jamais redoubl&#233; depuis la 6e, &#233;vitant ainsi plus facilement l'orientation vers la voie professionnelle. Si plus de 80% des parents exer&#231;ant des emplois de cadres, de professions intellectuelles sup&#233;rieures ou de professions interm&#233;diaires placent une premi&#232;re g&#233;n&#233;rale en premier v&#339;u, c'est aussi le cas des 2/3 des parents exer&#231;ant des emplois d'ouvriers, d'employ&#233;s ou des inactifs. Les autres orientations (premi&#232;re technologique, redoublement, bac pro...) sont certes envisag&#233;es, mais uniquement quand les r&#233;sultats de l'&#233;l&#232;ve aux &#233;valuations r&#233;alis&#233;es &#224; l'entr&#233;e en 6e le situent dans la moiti&#233; inf&#233;rieure en fran&#231;ais et en math&#233;matiques (le v&#339;u de premi&#232;re g&#233;n&#233;rale ne rassemble alors que la moiti&#233; des souhaits parmi les parents des classes populaires).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion du dossier : l'&#171; &#233;cole progressive &#187; et nous
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La diversification n'est pas &#171; un formidable levier de d&#233;mocratisation &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen du projet d'&#171; &#233;cole progressive &#187; &#233;labor&#233; par le SNES dans les ann&#233;es 1970 permet de constater l'existence de forts points de convergence avec le concept d'&#171; &#233;cole commune &#187; avanc&#233; aujourd'hui par le GRDS, qu'il s'agisse : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de pr&#244;ner un r&#233;am&#233;nagement d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif au service d'une forte am&#233;lioration de son efficacit&#233; p&#233;dagogique, afin de rendre possible la mise en place d'un tronc commun et la plus grande unification possible du cursus lyc&#233;en ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de consid&#233;rer comme essentielle l'acquisition des savoirs disciplinaires, et de refuser en ce sens de penser s&#233;par&#233;ment les contenus d'enseignement et la fa&#231;on d'enseigner ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de valoriser la culture technique en l'introduisant dans les programmes d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tent&#233; ici de prendre la pleine mesure des tr&#232;s fortes contraintes qui ont amen&#233; dans la d&#233;cennie suivante le SNES &#224; accepter le cadre de la diversification des voies du lyc&#233;e, consid&#233;r&#233; comme favorable &#224; l'&#171; &#233;cole de la r&#233;ussite pour tous &#187;, sans abandonner l'objectif de l'obligation scolaire &#224; dix-huit ans. On doit bien l'admettre : cette r&#233;orientation strat&#233;gique &#233;quivaut &#224; un retour &#224; la probl&#233;matique des &#171; aptitudes &#187; diff&#233;renci&#233;es, m&#234;me si maintenant la r&#233;f&#233;rence aux in&#233;galit&#233;s culturelles a pris la place des in&#233;galit&#233;s biologiques d'autrefois. Or ce retour pr&#233;sente deux grandes faiblesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re concerne l'argumentaire du caract&#232;re d&#233;mocratisant des trois voies. Celles-ci favoriseraient la prolongation des cursus populaires en permettant aux familles concern&#233;es d'adapter progressivement &#224; la hausse des projets de scolarisation initialement modestes et prudents, et en offrant des contenus de culture g&#233;n&#233;rale conjoints aux enseignements techniques et professionnels. Cette th&#233;matique ignore en r&#233;alit&#233; le basculement du rapport des familles populaires &#224; l'&#233;cole qui se produit d&#232;s la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 1960 et que la recherche avait identifi&#233; bien avant le colloque du SNES de 1990&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, &#171; Familles ouvri&#232;res, &#233;cole, destin social (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970 en effet, le projet d'&#233;tudes longues (au moins le bac) est majoritaire dans les familles ouvri&#232;res, privil&#233;giant l'enseignement g&#233;n&#233;ral chaque fois que possible ; et, comme nous le montrons dans la troisi&#232;me partie de ce dossier, cette propension est devenue depuis le fait d'une fraction toujours croissante des classes populaires : l'entr&#233;e dans les fili&#232;res techniques et professionnelles proc&#233;dant le plus souvent d&#232;s lors d'une orientation par d&#233;faut ; et donc d'une &#171; adaptation &#187; non pas vers le haut, mais vers le bas. Les trois voies ne sont pas &#171; un formidable levier de d&#233;mocratisation &#187; (Actes du colloque SNES de 1990) : la seule fa&#231;on de r&#233;pondre aux aspirations populaires, c'est celle qui consiste &#224; remettre en chantier les contenus et les p&#233;dagogies &#224; partir de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, comme le projet d'&#233;cole progressive osait le proposer, en vue d'assurer &#224; tous l'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s de la culture &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, comment ne pas souligner le paradoxe suivant : pour consid&#233;rer les trois voies comme un levier de d&#233;mocratisation, encore est-il n&#233;cessaire de d&#233;fendre la valeur de la culture technique et professionnelle et des enseignements correspondants. Les appels syndicaux en ce sens n'ont pas cess&#233; depuis le colloque de 1990&#8230; celui-l&#224; m&#234;me qui enterre la proposition de l'&#233;cole progressive d'introduire la culture technique d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire ! Quant &#224; valoriser les fili&#232;res elles-m&#234;mes, autant convaincre les classes populaires (et les autres !) de l'&#233;gale d&#233;sirabilit&#233; des emplois offerts sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des ann&#233;es 1970 &#224; aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambition dont t&#233;moignait le projet d'&#233;cole progressive &#233;tait port&#233; par la dynamique ascendante des forces syndicales et politiques progressistes. Quarante ans apr&#232;s, dans une conjoncture bien diff&#233;rente, les raisons qui soutenaient ce projet en son temps sont tr&#232;s s&#233;rieusement renforc&#233;es. Nous l'avons soulign&#233; dans l'avant-propos de ce dossier : l'exigence pour les forces d&#233;mocratiques de reprendre la main sur l'avenir du monde social comme sur celui de la plan&#232;te n'a jamais &#233;t&#233; aussi pressante dans l'histoire de l'humanit&#233;. Le dossier qui pr&#233;sentait l'&#233;cole progressive en 1981 la donnait comme &#171; une n&#233;cessit&#233; pour le pr&#233;sent, un pari pour l'avenir &#187;. Une ambition comparable n'est-elle pas aujourd'hui &#171; une n&#233;cessit&#233; pour le pr&#233;sent, une &lt;i&gt;urgence&lt;/i&gt; pour l'avenir &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malthusianisme patronal m&#233;conna&#238;t par nature cette urgence, se gargarisant de &#171; soci&#233;t&#233; de la connaissance &#187; et de &#171; formation tout au long de la vie &#187;. L&#224; aussi le projet d'&#233;cole progressive avait vu juste, comme la recherche empirique l'a abondamment d&#233;montr&#233; depuis, en soulignant combien une bonne formation des adultes requ&#233;rait au premier chef une solide formation initiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle formation initiale alors pour aujourd'hui ? Face &#224; l'afflux massif des jeunes dans l'enseignement sup&#233;rieur, et &#224; leurs difficult&#233;s trop fr&#233;quentes &#224; se confronter &#224; ses exigences, le moment n'est-il pas venu de franchir une nouvelle &#233;tape dans notre histoire scolaire ? Le terme de la formation commune de base des citoyens avait &#233;t&#233; plac&#233;e dans les ann&#233;es 1880 &#224; la fin de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, en 1975 &#224; la fin du coll&#232;ge : ne conviendrait-il pas de monter &#224; nouveau la barre, pour la placer d&#233;sormais &#224; la fin du lyc&#233;e, en assignant &#224; l'institution scolaire la mission de mener tous ses publics jusqu'&#224; un bac de culture commune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait n&#233;cessaire &#224; cet effet de penser &#224; nouveaux frais les contenus du tronc commun de culture commune, qui devraient satisfaire &#224; une double exigence : permettre &#224; la fois toutes les sp&#233;cialisations professionnelles possibles au sortir du cursus commun, et assurer les savoirs indispensables &#224; l'intervention citoyenne de chacun dans les autres domaines de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objection majeure et r&#233;currente oppos&#233;e &#224; une telle perspective est celle de son suppos&#233; irr&#233;alisme : une formation de masse ne saurait &#234;tre en m&#234;me temps une formation de qualit&#233;, et vice-versa. Si l'on admet, comme le faisait le projet d'&#233;cole progressive en rejetant la notion d'aptitude, et comme nous le faisons au GRDS solides arguments &#224; l'appui, que tous les jeunes (sauf un &#224; deux pour cent de cas d'esp&#232;ces) sont en mesure d'entrer normalement dans la culture &#233;crite, une formation de masse et de qualit&#233; appara&#238;t tout &#224; fait possible ; mais elle exige une repens&#233;e g&#233;n&#233;rale des contenus et des p&#233;dagogies qui permette d'&#233;lever tr&#232;s sensiblement l'efficacit&#233; des enseignements, et cela en commen&#231;ant, comme pour tous les commencements dignes de ce nom, par le d&#233;but &#8211; c'est d&#232;s le CP en effet que se jouent les destins scolaires, ce qu'on sait de tr&#232;s longue date mais qu'on oublie r&#233;guli&#232;rement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'&#233;cole progressive avait bien pris la mesure de cette exigence. Il est &#233;labor&#233; toutefois dans le contexte historique d'une ample r&#233;novation p&#233;dagogique de notre syst&#232;me &#233;ducatif, et s'av&#232;re tr&#232;s marqu&#233; par les convictions de l'&#233;poque, accordant ainsi la plus grande confiance aux diff&#233;rentes modalit&#233;s possibles de la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e, comme &#224; l'id&#233;e que des contenus plus proches de l'univers culturel des classes populaires leur seraient plus facilement accessibles. Nous disposons pour notre part, quatre d&#233;cennies plus tard, d'un avantage certain : l'exp&#233;rience r&#233;alis&#233;e de la mise en &#339;uvre de proc&#233;dures p&#233;dagogiques qui ont eu tout le temps n&#233;cessaire pour faire la preuve de leur inefficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces proc&#233;dures rel&#232;vent en effet des p&#233;dagogies de la compensation, con&#231;ues pour pallier les &#171; d&#233;ficits &#187; des ressources intellectuelles des &#233;l&#232;ves d'origine populaire. Or les p&#233;dagogies compensatrices ont immanquablement pour effet de pr&#233;cipiter leur &#233;chec. Un tel constat sert de justification au renoncement pratiqu&#233; par les politiques de &#171; socle commun &#187;. Pour notre part il nous semble inviter surtout &#224; poser autrement la question de la scolarisation de ces &#233;l&#232;ves. Partir de ce qui leur fait d&#233;faut est une impasse : il faut donc tabler sur la r&#233;alit&#233; de leurs ressources, et leur permettre de les mobiliser dans le cadre d'un enseignement qui, loin de chercher &#224; leur &#233;viter les difficult&#233;s inh&#233;rentes &#224; tout apprentissage, maintienne &#224; leur &#233;gard une r&#233;elle exigence intellectuelle. C'est l&#224; le seul moyen de leur apporter ce que les &#171; h&#233;ritiers &#187; s'approprient dans leur milieu familial, et de retrouver pour eux les chemins d'une v&#233;ritable efficacit&#233; p&#233;dagogique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://twitter.com/share&#034; class=&#034;twitter-share-button&#034; data-url=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; data-via=&#034;G_R_D_S&#034; data-size=&#034;large&#034;&gt;Tweet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;script&gt;!function(d,s,id){var js,fjs=d.getElementsByTagName(s)[0],p=/^http:/.test(d.location)?'http':'https';if(!d.getElementById(id)){js=d.createElement(s);js.id=id;js.src=p+'://platform.twitter.com/widgets.js';fjs.parentNode.insertBefore(js,fjs);}}(document, 'script', 'twitter-wjs');&lt;/script&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fhttp://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263%2F&amp;width=450&amp;layout=standard&amp;action=like&amp;size=small&amp;show_faces=true&amp;share=true&amp;height=80&amp;appId&#034; width=&#034;450&#034; height=&#034;80&#034; style=&#034;border:none;overflow:hidden&#034; scrolling=&#034;no&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowTransparency=&#034;true&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012 ; et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016. L'enqu&#234;te dirig&#233;e par R. Goigoux sur l'apprentissage de la lecture au CP vient encore de rappeler l'ampleur de la marge de progression dont dispose l'institution scolaire. Elle a port&#233; sur 131 classes de CP s&#233;lectionn&#233;es en raison tant de l'anciennet&#233; que de l'assurance professionnelle de leur ma&#238;tres. Contrairement &#224; ce &#224; quoi on aurait pu s'attendre les r&#233;sultats obtenus par cette &#233;lite enseignante ne sont en rien sup&#233;rieurs &#224; ceux relev&#233;s dans d'autres enqu&#234;tes men&#233;es dans des classes de quartiers populaires et dot&#233;es d'enseignants non s&#233;lectionn&#233;s : r&#233;sultats particuli&#232;rement modestes et annon&#231;ant l'ampleur de l'&#233;chec de masse &#224; venir. Et de fait l'enqu&#234;te Goigoux souligne combien les modes de conduite des apprentissages identifi&#233;s comme les plus efficaces ne sont adopt&#233;s que par une minorit&#233; de ces ma&#238;tres pourtant si certains de la pertinence de leurs pratiques&#8230; (voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture&lt;/i&gt;, 2016, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment leurs contributions &#224; l'ouvrage collectif publi&#233; par l'Institut de recherches de la FSU, &lt;i&gt;Valoriser l'enseignement professionnel, une exigence sociale&lt;/i&gt;, IR-FSU, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un entretien &#224; l'Express du 22-3-2001, voir &lt;a href=&#034;http://www.lexpress.fr/informations/le-college-unique-est-depasse_641758.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lexpress.fr/informations/le-college-unique-est-depasse_641758.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'excellent ouvrage collectif consacr&#233; &#224; l'enseignement professionnel &#233;dit&#233; en 2017 par l'Institut de recherches de la FSU et que nous avons utilis&#233; ici ne s'intitule-t-il pas &#171; Valoriser l'enseignement professionnel, une exigence sociale &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ces transformations historiques voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Destins ouvriers. La fin d'une classe ?&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Le dipl&#244;me, arme des faibles&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Valoriser l'enseignement professionnel&lt;/i&gt;, ouvrage cit&#233;, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Actuellement trois ans apr&#232;s la sortie du lyc&#233;e 30% des titulaires d'un bac pro du tertiaire sont au ch&#244;mage, voir &lt;a href=&#034;http://www.cnesco.fr/fr/dossier-enseignement-professionnel/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cnesco.fr/fr/dossier-enseignement-professionnel/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Alain Dalan&#231;on, Histoire du SNES, T. I (1840/67) et II (1967-1973), Institut de recherches sur l'histoire du syndicalisme de l'enseignement secondaire, Paris, 2003 et 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; C'&#233;tait en fait un projet pour la gauche au pouvoir dont nous esquissions les traits &#187;, &#233;crira Jean Petite (voir ci-apr&#232;s) dans ses m&#233;moires inachev&#233;es et in&#233;dites, que j'ai pu consulter gr&#226;ce &#224; Alain Dalan&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, &#034;Les dons n'existent pas&#034;, in GFEN, &lt;i&gt;Dou&#233;, non dou&#233;&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, Paris, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ce dernier, une &#233;cole d&#233;mocratique devait s'assigner pour objectif de permettre &#224; chaque enfant de r&#233;aliser au mieux ses &#034;aptitudes&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Que faire avec le &#171; socle &#187; et les &#171; comp&#233;tences &#187; ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2013, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article164&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article164&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir La voie &#171; technicienne &#187; de formation, Adapt-SNES, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Une autre &#233;cole est possible ! Manifeste pour une &#233;ducation &#233;mancipatrice&lt;/i&gt;, Paris, Textuel, 2003, p. 87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les principales sont : management et gestion, industrie et d&#233;veloppement durable, sant&#233; et social.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;partition des &#233;l&#232;ves du second degr&#233; selon l'origine sociale &#224; la rentr&#233;e 2015. &lt;i&gt;Rep&#232;res et r&#233;f&#233;rences statistiques&lt;/i&gt;, Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, 2016, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un article &#224; para&#238;tre dans la &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt; comparant la cr&#233;ation des bacs de technicien et des bacs professionnels, G. Brucy s'appuie sur les compte-rendu des conseils restreints tenus &#224; l'Elys&#233;e entre 1963 et 1965 et souligne l'importance de ces raisons inavou&#233;es, &#224; c&#244;t&#233; de la fonction assign&#233;e &#224; l'enseignement technique de former de futurs cadres moyens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;La cr&#233;ation du bac pro, histoire d'une d&#233;cision&#034;, in Mathias Millet, Gilles Moreau, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; des dipl&#244;mes&lt;/i&gt;, La Dispute, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une autre raison inavou&#233;e de la prolongation des scolarit&#233;s apr&#232;s le BEP pesa tr&#232;s fort. Ainsi, pour Louis Schweitzer, directeur de cabinet du Premier ministre, &#171; la r&#233;tention dans l'enseignement est un moyen excellent et pas trop cher de lutte contre le ch&#244;mage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon la formule de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron : &lt;i&gt;Les h&#233;ritiers&lt;/i&gt;, Minuit, 1964, p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tristan Poullaouec, &#171; Le lyc&#233;e : de l'&#233;cole des notables &#224; l'&#233;cole pour tous ? &#187;, &lt;i&gt;Cahiers fran&#231;ais&lt;/i&gt;, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Le dipl&#244;me, arme des faibles&lt;/i&gt;, La Dispute, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Samuel Fouquet, &#171; R&#233;ussite et &#233;chec en premier cycle &#187;, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt;, n&#176;13.10, Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mathias Denjean, Cyrielle Perraud-Ussel, &#171; Parcours et r&#233;ussite en STS : les indicateurs de la session 2016 &#187;, &lt;i&gt;Note Flash du SIES&lt;/i&gt;, n&#176;9, juillet 2017, Minist&#232;re de l'enseignement sup&#233;rieur, de la recherche et de l'innovation ; Isabelle Maetz, &#171; Parcours et r&#233;ussite aux dipl&#244;mes universitaires : les indicateurs de la session 2015 &#187;, &lt;i&gt;Note Flash du SIES&lt;/i&gt;, n&#176;15, novembre 2016, Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, de l'enseignement sup&#233;rieur et de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; In&#233;galit&#233;s sociales et migratoires. Comment l'&#233;cole amplifie-t-elle les in&#233;galit&#233;s ? &#187;, Rapport scientifique du CNESCO, septembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claudine Pirus, &#171; Orientation en fin de 3e : une proc&#233;dure marqu&#233;e par de fortes disparit&#233;s scolaires et sociales &#187;, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; n&#176;13.24, Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &#171; Familles ouvri&#232;res, &#233;cole, destin social (1880-1980) &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de sociologie&lt;/i&gt;, n&#176; 4, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012 ; et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016 ; et Nicolas Kaczmarek, &lt;i&gt;L'exigence intellectuelle en pratique&lt;/i&gt;, GRDS, 2017 (&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article256&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article256&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un bac de culture commune pour l'Universit&#233;</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article262</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article262</guid>
		<dc:date>2017-10-06T15:04:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Hugr&#233;e, Jos&#233; Tovar, Tristan Poullaouec</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>Universit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quels que soient les milieux sociaux, une large majorit&#233; des parents souhaite que leurs enfants poursuivent des &#233;tudes sup&#233;rieures. Plus de la moiti&#233; des bacheliers vise un bac +5. Et voici qu'arrivent dans l'enseignement sup&#233;rieur les g&#233;n&#233;rations nombreuses du d&#233;but des ann&#233;es 2000 : si rien ne change, ce sont 350 000 &#233;tudiants suppl&#233;mentaires qui se profilent &#224; l'horizon 2025. &#192; l'&#233;vidence, les capacit&#233;s d'accueil actuelles ne permettraient pas d'y faire face, m&#234;me en retoilettant le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot32" rel="tag"&gt;&#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot33" rel="tag"&gt;Universit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH113/arton262-58464.jpg?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff262.jpg?1790685250&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quels que soient les milieux sociaux, une large majorit&#233; des parents souhaite que leurs enfants poursuivent des &#233;tudes sup&#233;rieures. Plus de la moiti&#233; des bacheliers vise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Juliette Ponceau, Eric Chan-Pang-Fong, &#034;Apr&#232;s le bac ? Choix d'orientation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; un bac +5. Et voici qu'arrivent dans l'enseignement sup&#233;rieur les g&#233;n&#233;rations nombreuses du d&#233;but des ann&#233;es 2000 : si rien ne change, ce sont 350 000 &#233;tudiants suppl&#233;mentaires qui se profilent &#224; l'horizon 2025. &#192; l'&#233;vidence, les capacit&#233;s d'accueil actuelles ne permettraient pas d'y faire face, m&#234;me en retoilettant le syst&#232;me d'Admission Post Bac ou en supprimant le tirage au sort dans les fili&#232;res o&#249; la demande exc&#232;de l'offre de places.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il alors &#171; arr&#234;ter de faire croire &#224; tout le monde que l'universit&#233; est la solution pour tout le monde &#187; ? La formule d'Emmanuel Macron n'a rien de courageux, ni de nouveau : il n'est ni le premier, ni le dernier &#224; vouloir d&#233;tourner la jeunesse populaire des &#233;tudes longues. Pour les lib&#233;raux, l'occasion est trop belle d'instaurer enfin la s&#233;lection &#224; l'universit&#233;, sous une forme ou une autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;vu pour y accueillir convenablement ces nouveaux &#233;tudiants. Tout au contraire, 10 ans de loi P&#233;cresse n'ont conduit qu'&#224; r&#233;duire l'offre de formation, diminuer le nombre d'enseignants-chercheurs et &#233;tendre la pr&#233;carit&#233; parmi les personnels, sans am&#233;liorer la r&#233;ussite en licence. Et le gouvernement d'annuler cet &#233;t&#233; 331 millions d'euros de cr&#233;dits pour l'enseignement sup&#233;rieur et la recherche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les universit&#233;s n'ont pas trop d'&#233;tudiants : elles manquent cruellement de moyens. Veut-on vraiment am&#233;liorer l'accueil et la r&#233;ussite des &#233;tudiants en premier cycle ? Aujourd'hui, moins d'un tiers des enfants des classes populaires obtient un dipl&#244;me d'enseignement sup&#233;rieur, contre les deux tiers des enfants de cadres et de professions interm&#233;diaires. Qu'on le veuille ou non, c'est &#224; l'universit&#233; que se retrouve la grande majorit&#233; des bacheliers d'origine populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristan Poullaouec, C&#233;dric Hugr&#233;e, &#171; Qui sont les &#233;tudiants d'origine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les in&#233;galit&#233;s ne peuvent pas &#234;tre gliss&#233;es sous le tapis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore faut-il en prendre la mesure, dans les parcours et les niveaux d'acquisition des &#233;tudiants, de fait tr&#232;s contrast&#233;s. Trop de bacheliers, en effet, ne disposent pas des connaissances et des techniques de travail suffisantes pour r&#233;ussir sans encombres leurs &#233;tudes universitaires. Certains enseignants-chercheurs estiment pouvoir restaurer leurs conditions de travail en les &#233;cartant des premiers cycles universitaires, parfois m&#234;me au nom de leur attachement au service public. Nous pensons au contraire qu'il est urgent et possible de pr&#233;venir ces difficult&#233;s d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://publication.enseignementsup-recherche.gouv.fr/eesr/10/illustration-EESR10_ES_21-2-diplomes_de_l_enseignement_superieur_des_jeunes_ages_de_25_a_29_ans_en_fonction_du_milieu_social_en_2003_2005_et_2013_2015.php&#034; width=&#034;500px&#034; height=&#034;700px&#034; frameborder=&#034;0&#034; id=&#034;EESR10_ES_21-2&#034; scrolling=&#034;auto&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, se focaliser, comme Olivier Beaud et Fran&#231;ois Vatin (&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/09/11/arretons-de-penser-que-l-universite-est-la-solution-pour-tout-le-monde_5183825_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde, 11.09.2017&lt;/a&gt;), sur les difficult&#233;s r&#233;elles des bacheliers professionnels est trompeur, car ils s'inscrivent rarement &#224; l'universit&#233;. Deuxi&#232;mement, dans un enseignement sup&#233;rieur de plus en plus hi&#233;rarchis&#233;, les orientations &#171; par d&#233;faut &#187; ne sont pas plus fr&#233;quentes en Licence qu'en IUT ou en BTS. Troisi&#232;mement, les &#233;tudiants d'origine populaire qui d&#233;crochent une licence sont le plus souvent des bacheliers g&#233;n&#233;raux. Issus des classes populaires ou pas, ce dont ont besoin les &#233;tudiants pour s'approprier les savoirs universitaires sont des connaissances et des m&#233;thodes in&#233;galement transmises dans l'enseignement primaire et secondaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
En conditionnant l'acc&#232;s &#224; certaines fili&#232;res au suivi de certains enseignements au lyc&#233;e et aux notes obtenues au bac ou en terminale, l'instauration de &#171; pr&#233;requis &#187; n'a que l'apparence du bon sens. Laisserait-on chaque universit&#233; d&#233;finir ses pr&#233;requis en fonction des cursus propos&#233;s ? Rien de tel pour renforcer la concurrence entre &#233;tablissements, entre fili&#232;res. De plus, ce n'est pas vraiment en vertu de la sp&#233;cialit&#233; de leur bac que les bacheliers g&#233;n&#233;raux r&#233;ussissent le mieux, quelle que soit la fili&#232;re : c'est d'abord parce qu'ils ont b&#233;n&#233;fici&#233; des meilleurs apprentissages de l'&#233;cole primaire jusqu'au lyc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc concevoir ensemble la transformation des premiers cycles universitaires, la lutte contre la s&#233;gr&#233;gation dans l'enseignement sup&#233;rieur et la refonte du baccalaur&#233;at. Le gouvernement veut prolonger la s&#233;gr&#233;gation actuelle entre les fili&#232;res du bac par une s&#233;gr&#233;gation renforc&#233;e entre les fili&#232;res du sup&#233;rieur : davantage de bacheliers professionnels en BTS, davantage de bacheliers technologiques en IUT, en esp&#233;rant davantage de bacheliers g&#233;n&#233;raux &#224; l'universit&#233;&#8230; mais sans toucher aux moyens accord&#233;s aux classes pr&#233;paratoires, qui permettent aux plus favoris&#233;s d'esquiver les premiers cycles universitaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne sortira pas de l'impasse actuelle sans un vaste plan d'investissement public pour les universit&#233;s. En ramenant le montant du tr&#232;s d&#233;cri&#233; Cr&#233;dit d'Imp&#244;t Recherche offert aux entreprises &#224; son niveau de 2007, avant sa refonte par Val&#233;rie P&#233;cresse et Nicolas Sarkozy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration, septembre 2013 ; L'Humanit&#233;, avril 2015 ; Le Monde, septembre 2016&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on disposerait d'une premi&#232;re enveloppe de 4 milliards d'euros, qui permettrait &#224; la fois de relancer les financements p&#233;rennes de la recherche publique et de rouvrir le chantier d'une formation intellectuelle exigeante pour tous les &#233;tudiants. Mais on ne combattra pas non plus efficacement l'&#233;chec en premier cycle sans conduire tous les lyc&#233;ens vers un haut niveau de culture commune, &#224; la fois litt&#233;raire, scientifique et technologique. C'est pourquoi il faut mettre en d&#233;bat la proposition d'un bac de culture commune comme issue normale d'un &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article94' class=&#034;spip_in&#034;&gt;lyc&#233;e unifi&#233;&lt;/a&gt;, permettant aux futurs bacheliers de faire de vrais choix d'orientation dans l'enseignement sup&#233;rieur sans remettre en cause leur droit &#224; la poursuite d'&#233;tude. Cet objectif fait partie du &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131' class=&#034;spip_in&#034;&gt;projet d'&#233;cole commune&lt;/a&gt; &#233;labor&#233; par le GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://twitter.com/share&#034; class=&#034;twitter-share-button&#034; data-url=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article262&#034; data-via=&#034;G_R_D_S&#034; data-size=&#034;large&#034;&gt;Tweet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;script&gt;!function(d,s,id){var js,fjs=d.getElementsByTagName(s)[0],p=/^http:/.test(d.location)?'http':'https';if(!d.getElementById(id)){js=d.createElement(s);js.id=id;js.src=p+'://platform.twitter.com/widgets.js';fjs.parentNode.insertBefore(js,fjs);}}(document, 'script', 'twitter-wjs');&lt;/script&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fhttp://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article262%2F&amp;width=450&amp;layout=standard&amp;action=like&amp;size=small&amp;show_faces=true&amp;share=true&amp;height=80&amp;appId&#034; width=&#034;450&#034; height=&#034;80&#034; style=&#034;border:none;overflow:hidden&#034; scrolling=&#034;no&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowTransparency=&#034;true&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2017/03/4/NI_17.01_-_Apres_le_bac_(panel_bacheliers_2014)_697034.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Juliette Ponceau, Eric Chan-Pang-Fong, &#034;Apr&#232;s le bac ? Choix d'orientation et entr&#233;e dans l'enseignement sup&#233;rieur des bacheliers 2014&#034;, Note d'information, n&#176;17.01, MENSR, 2017&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tristan Poullaouec, C&#233;dric Hugr&#233;e, &#171; Qui sont les &#233;tudiants d'origine populaire ? &#187;, in Coulangeon P., Galland O. et Vourch R., &lt;i&gt;Mondes &#233;tudiants&lt;/i&gt;, La Documentation fran&#231;aise, 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://sciences.blogs.liberation.fr/2013/09/18/credit-dimpot-recherche-la-gabegie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lib&#233;ration, septembre 2013&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/les-milliards-envoles-du-credit-impot-recherche-571624&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Humanit&#233;, avril 2015&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/06/qui-profite-du-credit-d-impot-recherche_4993109_4355770.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde, septembre 2016&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lecture au CP : enfin une enqu&#234;te comparative !</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article174</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article174</guid>
		<dc:date>2013-11-16T08:03:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Deauvieau (direction), Odile Espinoza et Anne-Marie Bruno (collaboration)</dc:creator>


		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole primaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;[Le laboratoire Printemps-CNRS vient de mettre en ligne les r&#233;sultats d'une recherche &#233;valuant la ma&#238;trise de la langue &#233;crite acquise en fin de CP et ses variations selon les supports p&#233;dagogiques utilis&#233;s par les ma&#238;tres. La lecture du rapport, dont nous reprenons ci-dessous la note de synth&#232;se avec l'autorisation de l'auteur, vaut le d&#233;tour&#8230;] &lt;br class='autobr' /&gt; 1 &#8211; Objectifs de l'enqu&#234;te L'efficacit&#233; insatisfaisante du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais est aujourd'hui largement reconnue. Mais, face &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Apprentissage lecture&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;&#233;cole primaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L142xH150/arton174-db90a.png?1790692695' class='spip_logo spip_logo_right' width='142' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Le laboratoire Printemps-CNRS vient de mettre en ligne les r&#233;sultats d'une recherche &#233;valuant la ma&#238;trise de la langue &#233;crite acquise en fin de CP et ses variations selon les supports p&#233;dagogiques utilis&#233;s par les ma&#238;tres. La lecture du rapport, dont nous reprenons ci-dessous la note de synth&#232;se avec l'autorisation de l'auteur, vaut le d&#233;tour&#8230;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; Objectifs de l'enqu&#234;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une pr&#233;sentation d&#233;taill&#233;e de la recherche - Deauvieau J., La lecture au CP (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'efficacit&#233; insatisfaisante du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais est aujourd'hui largement reconnue. Mais, face &#224; l'ampleur des in&#233;galit&#233;s culturelles et &#224; la d&#233;gradation du tissu social, l'&#233;cole dispose-t-elle d'une r&#233;elle marge de jeu ? On interroge ici, aux c&#244;t&#233;s des facteurs d&#233;j&#224; bien identifi&#233;s de l'&#233;chec scolaire, l'impact des choix p&#233;dagogiques effectu&#233;s par les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'int&#233;resse &#224; cet effet aux apprentissages initiaux du lire-&#233;crire en classe de CP, dont l'importance est cruciale pour toute la suite de la scolarit&#233;. Il s'agit qui plus est d'un domaine o&#249; les syst&#232;mes d'apprentissage possibles sont bien identifi&#233;s, leur champ &#233;tant structur&#233; par l'opposition entre m&#233;thodes mixtes empruntant &#224; la m&#233;thode globale, et l'ancienne m&#233;thode syllabique qui semble retrouver aujourd'hui quelque audience, bien qu'elle ne soit vraisemblablement encore adopt&#233;e dans l'&#201;ducation nationale que par environ 10% des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite des apprentissages par les enseignants est identifi&#233;e par le choix du manuel utilis&#233;. La question pos&#233;e par la recherche est d&#232;s lors celle du &#171; rendement p&#233;dagogique &#187; diff&#233;rentiel des m&#233;thodes et des manuels qui en d&#233;clinent la mise en &#339;uvre. On vise &#224; mesurer le rendement moyen de chaque manuel, ind&#233;pendant des variations du &#171; talent &#187; personnel des ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 &#8211; Modalit&#233;s d'investigation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te porte sur les milieux populaires, o&#249; l'&#233;chec scolaire est le plus &#233;lev&#233;. Un sondage pr&#233;alable a permis de d&#233;terminer les dispositifs d'apprentissage utilis&#233;s dans 215 classes de CP des &#233;tablissements en &#171; r&#233;seau &#233;clair &#187; (la partie la plus vuln&#233;rable des anciennes ZEP) de Paris et la petite couronne (92, 93, 94).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut distinguer trois cas de figures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 77% des enseignants ont adopt&#233; l'un des 23 manuels de la m&#233;thode mixte recens&#233;s dans le sondage ( &lt;i&gt;&#192; l'&#201;cole des albums&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Abracadalire&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Bulle&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Chut ! je lis&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Fabulire&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Gaffi&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Grand large&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Je lis avec Dagobert&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Je lis avec Mona&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Justine&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Lecture tout terrain&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Max, Jules et leurs copains&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Mika&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Mots d'&#233;cole&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Pas &#224; page&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Patati patata&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Pour r&#233;ussir mon apprentissage de la lecture&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Que d'histoires&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Ratus&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Ribambelle&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Rue des contes&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Taoki&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Un monde &#224; lire&lt;/i&gt;). Deux de ces manuels se distinguent par leur fr&#233;quence d'utilisation, et seront retenus pour l'enqu&#234;te : le manuel &#034;Mixte-1&#034; est utilis&#233; dans 12,5% des cas et le manuel &#034;Mixte-2&#034; dans 14% des cas (aucun des 21 autres manuels identifi&#233;s n'est utilis&#233; dans plus de 5% des cas) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 19% des enseignants &#171; bricolent &#187; leurs propres supports (outils personnels, travail sur fiches et sur textes) ou combinent l'usage de deux manuels diff&#233;rents ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 4 % des enseignants ont adopt&#233; la m&#233;thode syllabique, que beaucoup d'entre eux jugent trop r&#233;barbative pour des publics populaires (manuels utilis&#233;s : &lt;i&gt;L&#233;o et L&#233;a&lt;/i&gt; ; et &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris. Un apprentissage culturel et moderne de la lecture&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux manuels de la mixte retenus en raison de leur fr&#233;quence d'utilisation convenaient tr&#232;s bien pour l'&#233;valuation puisque l'un (Mixte-1) propose un apprentissage tr&#232;s marqu&#233; par la m&#233;thode globale, l'autre (Mixte-2) insistant davantage sur l'&#233;tude du code des correspondances graphophonologiques. Il en allait de m&#234;me des deux manuels de la syllabique rencontr&#233;s dans le sondage. L'un (Syllabique-1), malgr&#233; son identification &#224; la d&#233;marche &#8220;phon&#233;mique&#8221; qui part du phon&#232;me d&#233;couvert dans des dessins pour enseigner sa correspondance avec le ou les graph&#232;me(s) de la le&#231;on, s'interdit toute approche globale, toute devinette. L'autre (Syllabique-2) insiste sur la rigueur d'un apprentissage strictement &#171; graph&#233;mique &#187; du code (on n'apprend pas comment s'&#233;crivent les sons de la langue ou &#171; phon&#232;mes &#187;, mais comment se prononcent les signes &#233;crits, ou graph&#232;mes), et propose un vocabulaire diversifi&#233; et des textes litt&#233;raires. Ces quatre manuels s'av&#233;raient ainsi assez bien repr&#233;sentatifs de l'&#233;ventail actuel des d&#233;marches d'apprentissage propos&#233;es aux enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total 446 &#233;l&#232;ves ont &#233;t&#233; &#233;valu&#233;s en juin 2013, appartenant &#224; 23 classes (6 pour chacun des trois premiers manuels, 5 pour le quatri&#232;me)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les deux manuels de la syllabique, la population d'enqu&#234;te a d&#251; &#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces &#233;l&#232;ves ont &#233;t&#233; soumis &#224; quatre &#233;preuves : un test de &#171; fluence &#187; (vitesse de d&#233;chiffrage), un test de compr&#233;hension, une dict&#233;e de mots, une production d'&#233;crit visant &#224; &#233;valuer la ma&#238;trise de la syntaxe &#233;crite. Cette &#233;valuation a &#233;t&#233; compl&#233;t&#233;e par un questionnaire adress&#233; aux parents, et un autre aux enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 &#8211; La formation des comp&#233;tences des &#233;l&#232;ves en fin de CP&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le test de fluence proposait aux &#233;l&#232;ves un texte de 114 mots &#224; d&#233;chiffrer en 1 minute, apr&#232;s une pr&#233;paration d'une minute en lecture silencieuse. Le score moyen est de 50 mots d&#233;chiffr&#233;s, un tiers des &#233;l&#232;ves n'atteignant pas le seuil de 30 mots au-del&#224; duquel seulement on peut parler d'acquisition au moins minimale des bases de la lecture. Les performances &#224; l'&#233;preuve de d&#233;chiffrage s'av&#232;rent tr&#232;s significativement corr&#233;l&#233;es avec les r&#233;sultats au test de compr&#233;hension (coefficient de corr&#233;lation = 0,69). Les comp&#233;tences lectorales (moyenne des tests de fluence et de compr&#233;hension) sont &#233;galement bien corr&#233;l&#233;es (coefficient de corr&#233;lation = 0,73) avec les comp&#233;tences scripturaires (moyenne des tests orthographe et syntaxe). Aussi la moyenne aux quatre tests peut-elle &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un indicateur consistant de la ma&#238;trise de la langue &#233;crite (MLE) acquise en fin de CP (chacune des &#233;valuations est &#233;talonn&#233;e de 0 &#224; 100 points).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;re estimation des contributions &#224; l'indicateur MLE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Portant sur l'ensemble de la population enqu&#234;t&#233;e (n=446 &#233;l&#232;ves), l'analyse de variance de l'indicateur MLE confirme l'influence du milieu familial sur la r&#233;ussite des apprentissages. Toute chose &#233;gale par ailleurs, les &#233;l&#232;ves dont l'un des deux parents au moins est titulaire d'un dipl&#244;me &#233;gal ou sup&#233;rieur au bac (soit 40% des cas) r&#233;ussissent tr&#232;s nettement mieux que ceux dont aucun parent ne dispose d'un bac, a fortiori que ceux pour lesquels on n'a pas pu obtenir l'information, la significativit&#233; statistique de ce r&#233;sultat &#233;tant maximale (tableau 1). L'aide apport&#233;e au quotidien par les parents s'av&#232;re, le cas &#233;ch&#233;ant, sans impact significatif (cette pratique est assez g&#233;n&#233;rale, mais sans garantie d'efficacit&#233;). Par contre la disposition &#224; la maison et l'usage d'ouvrages de litt&#233;rature enfantine non scolaire apparaissent significativement corr&#233;l&#233;s aux r&#233;sultats. Les filles r&#233;ussissent un peu mieux que les gar&#231;ons, mais on voit &#224; l'analyse que leur sup&#233;riorit&#233; s'affirme essentiellement dans les &#233;preuves scripturaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat le plus saillant et le plus in&#233;dit de cette analyse concerne l'impact des manuels (mesur&#233; lui aussi toute chose &#233;gale par ailleurs) : l'&#233;cart entre les contributions &#224; la formation des comp&#233;tences du manuel le moins efficace et du manuel le plus efficace est de 19,1 points sur 100, &#224; comparer avec l'impact du niveau de dipl&#244;me des parents (16,7 points) et celui de l'usage de litt&#233;rature enfantine (14,5 points : mais cet usage est aussi bien effet que facteur d'une bonne capacit&#233; de lecture).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tableau 1 &#8211; Lire&#8211;&#233;crire en fin de CP : les facteurs de la formation des comp&#233;tences (n = 446)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L476xH640/Image_33-8b469.png?1790689103' width='476' height='640' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les effets-classes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;valuant l'&#171; effet-classe &#187; (contribution sp&#233;cifique de chaque classe enqu&#234;t&#233;e &#224; la formation des comp&#233;tences, le capital culturel familial &#233;tant contr&#244;l&#233;), on constate que les cinq ou six classes utilisant un m&#234;me manuel r&#233;alisent des scores relativement proches, &#224; l'exception de l'une voire deux d'entre elles qui se d&#233;marquent des autres, l'une au moins s'av&#233;rant particuli&#232;rement &#171; d&#233;viante &#187;. Il s'agit des classes : 3 pour le manuel Mixte-1 ; 11 pour le manuel Mixte-2 ; 15 pour le manuel Syllabique-1 ; 22 pour le manuel Syllabique-2 (tableau 2). Certes cette mesure des effets-classes doit &#234;tre prise avec prudence &#233;tant donn&#233; le nombre &#233;lev&#233; de coefficients introduits dans le mod&#232;le ; mais les &#233;carts des quatre classes concern&#233;es &#224; l'effet manuel moyen sont suffisamment amples pour &#234;tre, eux, sans conteste. Or il y a tout lieu de supposer, quand une classe s'&#233;carte ainsi nettement de la moyenne d'un groupe de cinq ou six classes par ailleurs relativement homog&#232;ne, et alors que l'influence du milieu social est contr&#244;l&#233;e, que ses performances sont repr&#233;sentatives moins du rendement p&#233;dagogique propre du manuel utilis&#233; dans ce groupe que de pratiques de l'enseignant en rupture avec ses prescriptions. Les entretiens men&#233;s avec les enseignants de ces classes &#171; d&#233;viantes &#187; confirment que c'est en effet le cas (cf. ci-apr&#232;s point 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tableau 2 &#8211; Contribution des 23 classes &#224; la r&#233;ussite des apprentissages&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH229/Image_30-6-ee589.png?1790692695' width='500' height='229' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deuxi&#232;me estimation des contributions &#224; l'indicateur MLE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il paraissait d&#232;s lors logique, s'agissant de saisir le rendement p&#233;dagogique des manuels eux-m&#234;mes, de proc&#233;der &#224; une mesure de l'effet-manuel ind&#233;pendante de ces quatre classes d&#233;viantes. Men&#233;e sur la population des 19 autres classes (soit 371 &#233;l&#232;ves), une seconde analyse de variance indique, avec une significativit&#233; statistique maximale, que l'effet-manuel peut &#234;tre estim&#233; en r&#233;alit&#233; &#224; une contribution de 24 points sur 100 (&#233;cart entre la contribution du manuel Mixte-1, -10,9, et celle du manuel Syllabique-2, +13,2). L'ordre des manuels reste inchang&#233; (tableau 3 ci-apr&#232;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tableau 3 &#8211; Lire&#8211;&#233;crire en fin de CP : les facteurs de la formation des comp&#233;tences (n = 371)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L446xH678/Image_32-2-b5c65.png?1790689103' width='446' height='678' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4 - Les modalit&#233;s d'apprentissage efficaces&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;chiffrer et comprendre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le classement des manuels est le m&#234;me, qu'il s'agisse de l'indicateur synth&#233;tique MLE ou de chacun des quatre tests. La concordance des r&#233;sultats est particuli&#232;rement frappante en mati&#232;re de d&#233;chiffrage et de compr&#233;hension : si lire c'est comprendre, il semble bien ainsi que la pr&#233;cision et la fluidit&#233; du d&#233;chiffrage soient le mieux &#224; m&#234;me d'assurer la compr&#233;hension (tableau 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tableau 4 &#8211; Contribution des manuels au r&#233;sultat des quatre tests (N = 371)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_181 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH347/Image_38-2-62b02.png?1790692695' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les modalit&#233;s d'apprentissage efficientes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En examinant les prescriptions p&#233;dagogiques des manuels, on observe que leur rendement s'am&#233;liore &#224; la mesure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a/ de la place donn&#233;e &#224; l'&#233;tude du code graphophonologique (qui distingue le manuel Mixte-2 du manuel Mixte-1) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b/ du caract&#232;re plus continu et syst&#233;matique de cette &#233;tude (qui distingue le manuel Syllabique-1 du manuel Mixte-2) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c/ de l'insistance sur le travail de d&#233;chiffrage pour les &#233;l&#232;ves les plus faibles, ainsi que sur une approche strictement graph&#233;mique, sans concession phon&#233;mique, du code graphophonologique (qui distingue le manuel Syllabique-2 du manuel Syllabique-1) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d/ de l'ambition lexicale et litt&#233;raire des contenus donn&#233;s &#224; lire (qui distingue Syllabique-2 de tous les autres manuels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Impact du manuel et influence du milieu familial&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manuels les plus efficients le sont quel que soit le niveau de dipl&#244;me des parents : ils font progresser aussi bien les &#233;l&#232;ves dont les parents ont prolong&#233; leurs &#233;tudes que les autres (tableau 5). L'effet-manuel ne supprime donc pas l'impact du capital culturel, mais les manuels efficients am&#233;liorent de fa&#231;on beaucoup plus nette les apprentissages des enfants dont les parents sont les moins dipl&#244;m&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les enfants dont les parents ont au moins le bac, le score de chacun des quatre manuels va croissant, de Mixte-1 (56,1) &#224; Syllabique-2 (68,6) pour atteindre un &#233;cart de 12,5. Pour les enfants dont les parents sont moins dipl&#244;m&#233;s, le score de chacun des quatre manuels cro&#238;t &#233;galement, mais plus rapidement : de Mixte-1 (36,4) &#224; Syllabique-2 (62,6), l'&#233;cart est de 26,2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait les &#233;carts de r&#233;ussite tenant au milieu familial diminuent fortement des classes qui utilisent Mixte-1 &#224; celles qui utilisent Syllabique-2. Ainsi, plus le manuel est efficient, moins les performances des &#233;l&#232;ves sont sensibles aux in&#233;galit&#233;s culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tableau 5 - La r&#233;ussite des apprentissages : dipl&#244;me des parents et manuel utilis&#233; (n = 371)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_182 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH126/Image_36-41219.png?1790692695' width='500' height='126' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5 &#8211; Les effets-ma&#238;tres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les classes &#171; d&#233;viantes &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence, dans les quatre groupe de classes correspondant &#224; l'usage d'un m&#234;me manuel, d'une classe dont les r&#233;sultats s'&#233;cartent tr&#232;s significativement du rendement p&#233;dagogique moyen du manuel concern&#233; s'explique, apr&#232;s entretien avec les ma&#238;tres concern&#233;s, de la fa&#231;on suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces derniers, les enseignants ayant adopt&#233; une m&#233;thode syllabique ont introduit dans leur conduite des apprentissages des supports p&#233;dagogiques et des types d'exercice emprunt&#233;s aux m&#233;thodes mixtes. Ainsi la ma&#238;tresse de la classe 22 a utilis&#233; Syllabique-2 &#224; l'inverse de ses prescriptions, en abordant le code de fa&#231;on phon&#233;mique et non graph&#233;mique ; en pratiquant sous diff&#233;rentes formes la lecture devinette (qui prend notamment appui sur les illustrations) ; en dissociant &#171; lecture compr&#233;hension &#187; et &#171; travail sur le code &#187; l&#224; o&#249; Syllabique-2 associe &#233;troitement la compr&#233;hension &#224; la fluidit&#233; du d&#233;chiffrage ; en faisant appel &#224; la m&#233;morisation globale de &#171; mots-outils &#187; ; en renon&#231;ant avec les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; au travail obstin&#233; de d&#233;chiffrage et d'&#233;criture sur lequel insiste Syllabique-2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233; les enseignants &#171; d&#233;viants &#187; utilisant une m&#233;thode mixte ont engag&#233; leurs &#233;l&#232;ves dans un travail sur le code beaucoup plus pr&#233;cis et syst&#233;matique que n'y invitent les manuels utilis&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera dans le rapport complet des extraits d'entretien avec les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'importance du didactique dans les effets-ma&#238;tres&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te n'apprend rien sur ce que les performances moyennes des &#233;l&#232;ves doivent dans chaque classe &#224; l'art personnel des ma&#238;tres, &#224; leur ma&#238;trise de la relation p&#233;dagogique. Elle souligne par contre le poids dans ces performances des proc&#233;dures d'apprentissage, de ce qu'il est convenu d'appeler le didactique. Les enseignants qui mettent en &#339;uvre les m&#234;mes proc&#233;dures d'apprentissage, telles qu'on peut les d&#233;finir par les prescriptions des supports p&#233;dagogiques et au premier chef du manuel qu'ils utilisent, obtiennent avec leurs &#233;l&#232;ves des r&#233;sultats qui sont du m&#234;me ordre de grandeur. Et quand ce n'est pas le cas, on constate que les &#233;carts sont toujours associ&#233;s &#224; des modifications dans la didactique des apprentissages. Les praticiens de la mixte qui obtiennent de meilleurs r&#233;sultats se d&#233;marquent de leurs coll&#232;gues par l'importance conf&#233;r&#233;e au d&#233;chiffrage dans leur conduite des apprentissages ; &#224; l'inverse les utilisateurs d'un manuel de syllabique qui obtiennent des r&#233;sultats m&#233;diocres empruntent aux proc&#233;dures p&#233;dagogiques des m&#233;thodes mixtes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6 &#8211; Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te conduit &#224; souligner l'importance des marges de jeu dont dispose l'&#233;cole face au poids des h&#233;ritages culturels. Certes, ceux-ci ne se font jamais oublier, m&#234;me dans les classes les plus performantes : mais leur impact y est consid&#233;rablement r&#233;duit. Il existe donc des moyens s&#233;rieux de lutter contre les d&#233;terminismes sociaux, et l'institution scolaire ne saurait se satisfaire de prendre acte d'in&#233;galit&#233;s qui ne d&#233;pendent pas d'elle pour les transformer en in&#233;galit&#233;s scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant pr&#233;cis&#233;ment la lecture, l'analyse des variations du rendement p&#233;dagogique des manuels ne renvoie pas &#224; une opposition bloc &#224; bloc entre m&#233;thode mixte et m&#233;thode syllabique. Tous les manuels de la mixte n'ont pas le m&#234;me rendement, et il en va de m&#234;me des manuels de la syllabique. En r&#233;alit&#233;, il semble que ce soit la m&#234;me loi, selon laquelle le rendement d'un apprentissage de la lecture est &#224; la mesure de la priorit&#233; donn&#233;e au d&#233;chiffrage et de l'efficacit&#233; de son enseignement, qui explique &#224; la fois l'efficacit&#233; sup&#233;rieure de la syllabique et les diff&#233;rences de rendement des manuels au sein tant des m&#233;thodes mixtes que des m&#233;thodes syllabiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarque conjointement qu'&#224; l'inverse d'un pr&#233;suppos&#233; p&#233;dagogique tr&#232;s r&#233;pandu le manuel qui se r&#233;v&#232;le le plus efficient avec les &#233;l&#232;ves des milieux les plus d&#233;favoris&#233;s est aussi le plus exigeant non seulement dans l'apprentissage technique du code, mais aussi dans ses contenus intellectuels, de par l'ambition lexicale et litt&#233;raire des textes qu'il propose &#224; la lecture des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces observations rappellent a contrario combien la culture professionnelle des enseignants du primaire reste aujourd'hui fortement marqu&#233;e par la th&#233;matique de la r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1970/80. L'apprentissage du d&#233;chiffrage est souvent v&#233;cu comme le &#171; sale boulot &#187; de l'enseignement de la lecture, comme un temps soustrait &#224; l'essentiel, le travail sur la compr&#233;hension, dont les publics populaires sont estim&#233;s avoir un besoin prioritaire. Ce qui explique sans doute la diffusion si paradoxalement faible de la m&#233;thode syllabique dans les quartiers les plus d&#233;favoris&#233;s, comme nous l'avons constat&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acc&#233;der au rapport de recherche d&#233;taill&#233;&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une pr&#233;sentation d&#233;taill&#233;e de la recherche - Deauvieau J., &lt;i&gt;La lecture au CP : un effet-manuel consid&#233;rable&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
rapport de recherche, novembre 2013 - est disponible sur le site de l'&#201;cole normale sup&#233;rieure &#224; l'adresse suivante :&lt;br class='autobr' /&gt;
[&lt;a href=&#034;http://www.sciences-sociales.ens.fr/IMG/pdf/rapport_enque_te_lecture_deauvieau.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sciences-sociales.ens.fr/IMG/pdf/rapport_enque_te_lecture_deauvieau.pdf&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour les deux manuels de la syllabique, la population d'enqu&#234;te a d&#251; &#234;tre compl&#233;t&#233;e par des classes de quartiers populaires mais hors de la zone d'investigation initiale, qui n'y suffisait pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouvera dans le rapport complet des extraits d'entretien avec les ma&#238;tres des classes &#171; d&#233;viantes &#187; d&#233;crivant leur fa&#231;on de conduire les apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Acc&#233;der au &lt;a href=&#034;http://www.uvsq.fr/medias/fichier/rapport-enquete-lecture_1384503420148-pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport de recherche&lt;/a&gt; d&#233;taill&#233;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite sont-elles construites au sein des &#233;coles ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article163</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article163</guid>
		<dc:date>2013-03-06T09:35:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>


		<dc:subject>conduite des apprentissages</dc:subject>
		<dc:subject>Enseignants</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il est d&#233;cisif de travailler cette question avec les enseignants r&#233;unis en collectifs de r&#233;flexion et de recherche. &lt;br class='autobr' /&gt; Il n'est sans doute pas excessif de penser que l'&#233;cole puisse avoir rendez-vous avec l'histoire, tant le mouvement du r&#233;el devient porteur de transformations allant dans le sens d'une authentique refondation d&#233;mocratique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du c&#244;t&#233; des &#233;l&#232;ves et des parents, le temps est venu de ne plus supporter l'in&#233;galit&#233; de r&#233;ussite scolaire inscrite dans un syst&#232;me &#224; la logique brutale (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;conduite des apprentissages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot24" rel="tag"&gt;Enseignants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L100xH100/arton163-61346.jpg?1790689103' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est d&#233;cisif de travailler cette question avec les enseignants r&#233;unis en collectifs de r&#233;flexion et de recherche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il n'est sans doute pas excessif de penser que l'&#233;cole puisse avoir rendez-vous avec l'histoire, tant le mouvement du r&#233;el devient porteur de transformations allant dans le sens d'une authentique refondation d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des &#233;l&#232;ves et des parents, le temps est venu de ne plus supporter l'in&#233;galit&#233; de r&#233;ussite scolaire inscrite dans un syst&#232;me &#224; la logique brutale de s&#233;lection, d'orientation, toujours au d&#233;triment des enfants d'origine populaire. En panne depuis la moiti&#233; des ann&#233;es 1990, la d&#233;mocratisation voit aujourd'hui se porter sur elle une demande de r&#233;ussite scolaire in&#233;dite dans l'histoire, dont t&#233;moigne l'investissement important sur les devoirs des familles des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22&#8239;% d'enfants d'ouvriers obtiennent un bac g&#233;n&#233;ral quand c'est le cas pour 72&#8239;% d'enfants de cadres, alors que les familles populaires aspirent tr&#232;s majoritairement &#224; un bac et &#224; des &#233;tudes sup&#233;rieures pour leurs enfants. Or, d&#232;s le primaire, ces familles tremblent devant les difficult&#233;s lorsque celles-ci commencent &#224; appara&#238;tre, et les chiffres ne leur donnent pas tort. En 2007, 21&#8239;% d'&#233;l&#232;ves de CM2 se situaient au niveau des comp&#233;tences en lecture des 10&#8239;% d'&#233;l&#232;ves les plus faibles en 1997, et entre l'entr&#233;e au CP et la fin du CM2, l'&#233;cart entre les performances moyennes d'un enfant de cadre et celles d'un enfant d'ouvrier est multipli&#233; par deux. Vouloir accorder la priorit&#233; au primaire est de ce fait une excellente id&#233;e &#8211; les premiers apprentissages sont d&#233;terminants pour la suite des &#233;tudes &#8211;, mais &#224; la condition de prendre la mesure des ambitions politiques auxquelles cela nous confronte, tant du c&#244;t&#233; des moyens que les richesses produites et accumul&#233;es en France permettent objectivement de d&#233;gager, que du c&#244;t&#233; d'une r&#233;elle volont&#233; de refondation profond&#233;ment d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement malmen&#233;s sous l'&#232;re des ministres pr&#233;c&#233;dents : on s'explique et on comprend leur amertume, leur col&#232;re, voire leur d&#233;sarroi. Les suppressions de postes par dizaines de milliers, les salaires &#224; l'&#233;tiage, les injonctions de r&#233;ussite au travers de dispositifs de rem&#233;diations, d'aides, de soutiens, lanc&#233;es au gr&#233; des changements minist&#233;riels, sans la moindre r&#233;flexion s&#233;rieuse sur les causes des &#233;checs et l'int&#233;r&#234;t de chaque &#171; nouveaut&#233; &#187; parue au BO, ont scand&#233; leur quotidien ; la valse des sigles t&#233;moigne de ce maelstr&#246;m. Et, &#171; cerise sur le g&#226;teau &#187;, une formation initiale et continue en d&#233;sh&#233;rence, dramatique pour les &#233;l&#232;ves, mais aussi pour les enseignants, trop souvent confront&#233;s &#224; la contradiction entre l'ambition naturelle qu'ils ont de faire r&#233;ussir leurs &#233;l&#232;ves et les difficult&#233;s qu'ils rencontrent pour y parvenir aupr&#232;s de bon nombre d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants ne rejettent pas la difficult&#233;, bien au contraire. Ils savent bien qu'elle est inh&#233;rente &#224; leur travail et source de l'int&#233;r&#234;t qu'ils portent &#224; leur m&#233;tier. Mais quand les difficult&#233;s se font trop lourdes parce qu'on ne met pas tout en &#339;uvre pour qu'ils puissent aller plus loin dans leur r&#233;flexion, interroger collectivement leurs pratiques, comprendre pourquoi des &#233;l&#232;ves comprennent ou ne comprennent pas, &#233;chouent, deviennent &#171; ing&#233;rables &#187;, le sentiment d'impuissance que ces difficult&#233;s finissent par g&#233;n&#233;rer devient vite insupportable et inadmissible. Le travail enseignant comme les autres travaux r&#233;clame la ma&#238;trise de son exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces contradictions se sont consid&#233;rablement exacerb&#233;es et ont fini par forger une rencontre objective entre les pr&#233;occupations profondes et les attentes des &#233;l&#232;ves, des parents et des enseignants. Des pr&#233;occupations et des attentes qui ne pourront s'accommoder d'un simple changement des rythmes scolaires, ni d'une formation initiale et continue th&#233;orique et pratique b&#226;cl&#233;e, ni du d&#233;ni des mesures n&#233;cessaires pour enrayer la d&#233;saffection catastrophique au niveau des candidatures aux concours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;a href=&#034;http://www.humanite.fr/tribunes/donnons-des-objectifs-politiques-clairs-la-formati-515574&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'Humanit&#233; du 19&#8239;f&#233;vrier 2013&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur44' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Bertrand Geay&lt;/a&gt; souligne que &#171; l'un des enjeux d&#233;cisifs de la r&#233;forme des modes de recrutement et de formation des personnels est d'assurer leur ma&#238;trise des savoirs scolaires et des mani&#232;res de les enseigner &#187;. Cet enjeu est effectivement d&#233;cisif et met &#224; l'ordre du jour de fa&#231;on pressante la n&#233;cessit&#233; de se centrer sur l'activit&#233; de la classe et donc de travailler sur ce qui, dans les dispositifs et les pratiques d'enseignement dont les enseignants ne sont pas seuls responsables, conduit &#224; des apprentissages r&#233;ussis ou concourt &#224; g&#233;n&#233;rer de la difficult&#233; scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, de multiples travaux de chercheurs d&#233;montrent que certaines pratiques commun&#233;ment mises en &#339;uvre sont contre-productives, notamment pour les &#233;l&#232;ves d'origine populaire qui ne trouvent pas chez eux les moyens efficaces de la rem&#233;diation, autrement dit que les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite sont largement construites au sein des dispositifs d'enseignement. Il est donc d&#233;cisif de travailler cette question avec les enseignants r&#233;unis en collectifs de r&#233;flexion, de recherche. Avancer cela est parfois per&#231;u comme une volont&#233; de les accuser, de les culpabiliser de fa&#231;on irresponsable. Mais l'irresponsabilit&#233; n'est-elle pas plut&#244;t ici du c&#244;t&#233; de la d&#233;n&#233;gation du probl&#232;me, de son &#233;vitement ? Irresponsabilit&#233; vis-&#224;-vis des &#233;l&#232;ves bien s&#251;r, mais aussi vis-&#224;-vis des enseignants lorsqu'ils ne parviennent pas &#224; trouver des solutions solides pour pr&#233;venir les &#233;checs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel travail a aussi besoin d'autre chose, d'une sorte de &#171; carburant &#187; id&#233;ologique, celui de la conviction profonde de l'&#233;ducabilit&#233; universelle. Aujourd'hui cette conviction n'est pas largement acquise : l'id&#233;e que les enfants d'origine populaire souffriraient de handicaps socioculturels a la vie dure. Or il est n&#233;cessaire l&#224; aussi d'engager une large r&#233;flexion ambitieuse appuy&#233;e sur la pratique, car il ne suffit pas de r&#233;p&#233;ter &#224; l'envi qu'ils sont tous capables. Il est d&#233;cisif d'aller jusqu'&#224; l'appropriation profonde des raisons pour lesquelles ces enfants ont eux aussi, en tant qu'&#234;tres de langage, les ressources dont l'&#233;cole a besoin pour leur permettre d'entrer dans les apprentissages de la culture de l'&#233;crit, et de construire une franche r&#233;ussite scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus. On pense trop souvent que les difficult&#233;s familiales dues &#224; la pr&#233;carit&#233; &#233;conomique et sociale compromettent fatalement toute r&#233;ussite scolaire. Toutefois, sans nier l'impact de cette pr&#233;carit&#233;, a-t-on suffisamment r&#233;fl&#233;chi au r&#244;le et aux effets d'une r&#233;elle mise en activit&#233; intellectuelle sur les savoirs, conduite avec toutes les exigences n&#233;cessaires (sans les d&#233;tours ludiques ou autres souvent utilis&#233;s), et qui par l'int&#233;r&#234;t qu'elle mobilise devient capable de capter l'attention, la compr&#233;hension, au moins pendant le temps de l'&#233;cole et forc&#233;ment au-del&#224; ? Songeons &#224; la double peine que repr&#233;sente le fait de vivre dans une famille qui conna&#238;t ces difficult&#233;s et celui de se sentir per&#231;u comme rendu incapable de par cette situation, d'entrer dans l'intelligence des choses de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps, il est vraiment temps de promouvoir une authentique refondation du syst&#232;me &#233;ducatif en capacit&#233; de d&#233;finir les mesures institutionnelles n&#233;cessaires, les besoins mat&#233;riels, intellectuels et professionnels qui conditionnent la r&#233;ussite de la relance de la d&#233;mocratisation, une d&#233;mocratisation qui elle-m&#234;me conditionne tr&#232;s fort le destin proche et plus lointain de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.humanite.fr/tribunes/il-est-decisif-de-travailler-cette-question-avec-l-516489" class="spip_out"&gt;L'Humanit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;cole commune et abolition du march&#233; du travail</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article162</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article162</guid>
		<dc:date>2013-02-05T18:16:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Concurrence</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole commune</dc:subject>
		<dc:subject>Qualification</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une rencontre a eu lieu le 4 f&#233;vrier 2013 entre le GRDS et l'IES, pour une information r&#233;ciproque sur les travaux des deux r&#233;seaux de recherche et un &#233;change sur les questions d'int&#233;r&#234;t commun. On lira ici la contribution introductive de Jean-Pierre Terrail &#224; cette s&#233;ance de travail. &lt;br class='autobr' /&gt; Des orientations anticapitalistes plus qu'antilib&#233;rales &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette rencontre se l&#233;gitime d'abord par la proximit&#233; de nos postures respectives &#224; l'&#233;gard des exigences du changement d&#233;mocratique. Nous partageons (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Concurrence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;&#233;cole commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Qualification&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une rencontre a eu lieu le 4 f&#233;vrier 2013 entre le GRDS et l'&lt;a href=&#034;http://www.ies-salariat.org/spip.php?rubrique1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;IES&lt;/a&gt;, pour une information r&#233;ciproque sur les travaux des deux r&#233;seaux de recherche et un &#233;change sur les questions d'int&#233;r&#234;t commun. On lira ici la contribution introductive de Jean-Pierre Terrail &#224; cette s&#233;ance de travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des orientations anticapitalistes plus qu'antilib&#233;rales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette rencontre se l&#233;gitime d'abord par la proximit&#233; de nos postures respectives &#224; l'&#233;gard des exigences du changement d&#233;mocratique. Nous partageons la m&#234;me conviction, pour reprendre une formule de Lucien S&#232;ve, qu'&#171; engager sans plus attendre le d&#233;passement r&#233;el du capitalisme est la seule alternative aux logiques folles qui font que n'est plus d&#233;sormais sans vraisemblance l'&#233;ventualit&#233; inou&#239;e d'une d&#233;shumanisation finale de l'histoire humaine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, Ali&#233;nation et &#233;mancipation, La Dispute, Paris, 2012, p. 3.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous avan&#231;ons dans nos domaines respectifs des perspectives d'avenir qui, loin de s'opposer aux seuls exc&#232;s du n&#233;olib&#233;ralisme, s'&#233;tayent d'une mise en cause radicale des cat&#233;gories les plus essentielles du capitalisme ; et s'en prennent in&#233;vitablement par suite au rapport marchand lui-m&#234;me (dans une extension qui reste encore &#224; discuter), et tout particuli&#232;rement, sauf &#224; relancer sans cesse l'accumulation du capital, au caract&#232;re marchand de la force de travail : faute de quoi l'entreprise aurait tout du travail de Sisyphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous proposons donc pas seulement d'&#233;chapper aux pires effets du capitalisme, mais d'en supprimer les causes. Ce qui, sans doute, nous confronte &#224; deux imp&#233;ratifs conjugu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier consiste &#224; cr&#233;er les conditions institutionnelles et socio&#233;conomiques de la souverainet&#233; du monde du travail. La suppression de la concurrence, la subversion de la d&#233;termination de la valeur &#233;conomique et du travail productif par le march&#233; et l'accumulation du capital, la mise en d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat par l'ouverture de ses pouvoirs &#224; l'appropriation citoyenne, en sont des modalit&#233;s incontournables. Et nos propositions respectives d'une &#233;cole commune supprimant la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, de la suppression du march&#233; du travail par la d&#233;connexion du salaire et de l'emploi, d'attribution conjointe d'un salaire &#224; vie inh&#233;rent &#224; la qualification, d'une d&#233;termination de la valeur &#233;conomique et du travail productif r&#233;gie par la qualification, vont dans le sens de leur r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais encore faut-il que le monde du travail s'empare effectivement et efficacement des moyens nouveaux d'exercer sa souverainet&#233;. C'est le second imp&#233;ratif auquel nous sommes affront&#233;s, la n&#233;cessit&#233; d'engager un processus d'&#233;mancipation collective qui seul peut &#224; la fois arracher la mise en place de ces moyens nouveaux et assurer leur mise en &#339;uvre d&#233;mocratique. Il importe &#224; cet &#233;gard de rappeler la fa&#231;on dont Marx, dans le Manifeste communiste, associe l'&#233;mancipation collective &#224; celle de chaque individu : &#171; le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;. Citons encore, &#224; cet &#233;gard, le commentaire qu'en fait Lucien S&#232;ve, plaidant pour &#171; une avanc&#233;e personnelle de masse &#187; : &#171; Il ne saurait suffire de cr&#233;er les conditions &#233;conomico-sociales et politico-juridiques objectives instituant les producteurs individuels d&#233;tenteurs associ&#233;s des moyens de production et d'&#233;change pour que tout s'en trouve aussit&#244;t m&#233;tamorphos&#233; ; encore faut-il que se soient form&#233;es et continuent de se d&#233;velopper chez eux, individuellement et collectivement, les comp&#233;tences subjectives n&#233;cessaires pour bien mettre en &#339;uvre ces pouvoirs nouveaux, les capacit&#233;s appropriatives permettant de r&#233;sorber l'ali&#233;nation de puissances sociales devenues sans ma&#238;tre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, Ali&#233;nation et &#233;mancipation, ibid, p. 68.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce second imp&#233;ratif nous invite &#224; pr&#234;ter la plus grande attention au contenu m&#234;me de la qualification des personnes, qui passe pour partie non n&#233;gligeable par la formation scolaire initiale, et continue ensuite de se forger au travers de l'exp&#233;rience du travail et de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des d&#233;marches partant du mouvement r&#233;el&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nos d&#233;marches ont sans doute un second trait commun. Les propositions radicalement anticapitalistes que nous avan&#231;ons, loin d'&#234;tre le fruit de la libre sp&#233;culation et d'un imaginaire utopiste, nous paraissent s'imposer comme la seule alternative possible &#224; l'actuelle d&#233;shumanisation du monde. Nous n'avons pas cherch&#233; &#224; concevoir une solution id&#233;ale, nous sommes partis les uns et les autres du monde r&#233;el, de ses contradictions, des avanc&#233;es d&#233;mocratiques qui ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es &#224; un moment donn&#233;, et des blocages et r&#233;gressions d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Enjeu des retraites&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Enjeu du salaire&lt;/i&gt; configurent la seule r&#233;ponse r&#233;elle, de fond, au probl&#232;me pos&#233; aujourd'hui par la d&#233;gradation des r&#233;gimes de retraite, de la protection sociale, du ch&#244;mage ; et plut&#244;t que de proposer quelque solution miracle dans un mod&#232;le invent&#233;, cette r&#233;ponse passe par l'identification des possibles &#233;mancipateurs du &#171; d&#233;j&#224;-l&#224; &#187; des institutions du salariat, salaire et cotisation sociale, notamment dans la forme propre au statut du fonctionnaire (principes de la qualification et du salaire &#224; vie)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Bernard Friot, L'Enjeu des retraites, La Dispute, Paris, 2010 ; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L139xH223/couv_2465-67121.jpg?1790689103' width='139' height='223' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_156 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L160xH253/couv_2737-fc174.jpg?1790689103' width='160' height='253' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous appelons &lt;i&gt;L'&#201;cole commune&lt;/i&gt; constitue &#233;galement &#224; nos yeux la seule r&#233;ponse r&#233;aliste &#224; des in&#233;galit&#233;s sociales en mati&#232;re d'acc&#232;s aux savoirs d&#233;velopp&#233;s de la culture &#233;crite dont l'ampleur actuelle, de plus en plus mal support&#233;e par les familles, menace s&#233;rieusement tant le potentiel productif et cr&#233;atif de la France de demain que son avenir d&#233;mocratique. Plut&#244;t que d'inventer ex nihilo de nouveaux mod&#232;les p&#233;dagogiques, nous sommes partis de la dynamique historique initi&#233;e par la mise en place sous la 5&#232;me R&#233;publique, et pour la premi&#232;re fois dans l'histoire nationale, d'une &#233;cole &#171; unique &#187;, ouvrant &#224; tous les m&#234;mes possibilit&#233;s formelles d'&#233;tudes longues. Nous avons alors cherch&#233; &#224; identifier les &#233;l&#233;ments de blocage qui ont limit&#233; l'&#233;largissement historique effectif de l'acc&#232;s aux &#233;tudes longues : la lutte pour lever ces obstacles et pour l'extension continu&#233;e de la d&#233;mocratisation des savoirs &#233;labor&#233;s &#233;tant au principe de l'&#233;cole commune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, L'&#201;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore me semble-t-il deux autres traits communs &#224; nos d&#233;marches, que j'&#233;voque rapidement en passant. D'&#233;vidence nous d&#233;rangeons, y compris dans la gauche la moins pr&#234;te &#224; c&#233;der aux sir&#232;nes du social-lib&#233;ralisme. C'est sans doute qu'on s'est habitu&#233; depuis des d&#233;cennies &#224; penser l'&#233;mancipation des peuples en termes d'&#233;tapes, la premi&#232;re &#224; engager &#233;tant vou&#233;e &#224; la recherche de justice sociale, &#224; la mise en place d'une &#233;conomie mieux r&#233;gul&#233;e, au contr&#244;le des capitaux, &#224; la restauration d'un &#201;tat efficacement protecteur. Proposer le salaire &#224; vie, la subversion de la d&#233;termination de la valeur, l'acc&#232;s g&#233;n&#233;ralis&#233; aux savoirs &#233;labor&#233;s, c'est s'engager directement dans la voie d'une r&#233;elle souverainet&#233; populaire, de la r&#233;alisation de ce que Marx d&#233;signait comme la soci&#233;t&#233; des producteurs librement associ&#233;s . Ce r&#233;alisme para&#238;t irr&#233;aliste, et d&#233;stabilise. Contradictoirement on voit bien, de par la diffusion de nos id&#233;es &#224; travers des canaux non institutionnels, que nos propositions int&#233;ressent et s&#233;duisent tant par les perspectives neuves qu'elles ouvrent que par la cr&#233;dibilit&#233; que leur conf&#232;re leur ancrage dans le mouvement r&#233;el de la soci&#233;t&#233;, leur capacit&#233; &#224; r&#233;pondre aux exigences sociales les plus actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois enfin que pour nous comme pour vous il subsiste de consid&#233;rables points aveugles dans nos propositions. Mais l'ampleur du travail qui est devant nous est &#224; la mesure des pas en avant que nous avons accomplis. Nous tirons d&#233;sormais un fil rouge qui &#233;largit sans cesse le champ des questions que nous avons &#224; nous poser, mais il s'agit de ces questions dont la pertinence engage la promesse de bonnes r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La culture commune d'une &#233;cole d&#233;mocratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment, au sujet des questions que nous avons &#224; poser, je voudrais terminer en &#233;voquant les pr&#233;occupations actuelles du GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons jusqu'&#224; pr&#233;sent avanc&#233; sur trois registres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui de l'organisation structurelle de l'&#233;cole commune, marqu&#233;e par l'instauration d'un v&#233;ritable tronc commun de 3 ans &#224; 17-18 ans, l'obligation scolaire &#233;tant port&#233;e &#224; 18 ans, et la suppression de toute mise en concurrence des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui des dispositifs p&#233;dagogiques &#224; mettre en &#339;uvre, notamment dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire. Nous appelons en ce domaine &#224; un r&#233;examen des modalit&#233;s de la modernisation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1970/80 ; et &#224; une subversion de son principe g&#233;n&#233;ral, qui valorise une conduite des apprentissages qui ne mette pas en difficult&#233; les enfants des classes populaires, pour lui substituer une tout autre r&#232;gle, appelant les ma&#238;tres &#224; beaucoup d'exigence intellectuelle &#224; l'&#233;gard de ces enfants, en sorte de leur permettre de s'approprier ce que les autres trouvent plus souvent dans leur milieu familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui enfin de la formation des ma&#238;tres, nos propositions insistant ici sur la n&#233;cessit&#233; d'une grande ma&#238;trise des savoirs enseign&#233;s et de leur didactique d&#232;s l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, et d'une appr&#233;hension des proc&#233;dures proprement &#171; p&#233;dagogiques &#187; qui ne s'autonomise jamais des contenus &#224; transmettre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons ouvert en 2011-2012 un nouveau chantier, particuli&#232;rement cons&#233;quent, celui des contenus &#224; transmettre au long du tronc commun. Au plus g&#233;n&#233;ral, notre ambition consiste &#224; rassembler les &#233;l&#233;ments d'information et de r&#233;flexion indispensables &#224; l'ouverture d'un v&#233;ritable d&#233;bat national sur les choix, de nature proprement politique, &#224; op&#233;rer en mati&#232;re d'&#233;ducation des jeunes g&#233;n&#233;rations : quelle culture commune entendons-nous leur transmettre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, nous avons engag&#233; le travail dans trois domaines :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui des questions transversales, que nous avons commenc&#233; d'aborder en nous int&#233;ressant &#224; la &#171; formation des comp&#233;tences &#187;, dont on sait combien elle occupe aujourd'hui le terrain des politiques scolaires au plan international, et sur laquelle nous pr&#233;parons un texte de synth&#232;se avan&#231;ant un point de vue propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui des grands secteurs disciplinaires, domaine dans lequel nous sollicitons la collaboration de sp&#233;cialistes des disciplines auxquels nous avons demand&#233; pour commencer, le travail est en cours, de faire le point de l'histoire des programmes depuis la guerre et des d&#233;bats suscit&#233;s &#224; leur propos. D&#233;marrer par ces bilans, dont il existe souvent les &#233;l&#233;ments, mais qui n'ont encore jamais &#233;t&#233; rassembl&#233;s et pr&#233;sent&#233;s de fa&#231;on syst&#233;matique, nous a paru la m&#233;thode la plus susceptible d'arriver dans l'&#233;tape suivante, celle des propositions pour l'avenir, &#224; d&#233;passer (autant que faire se peut) les controverses, souvent vives, qui divisent r&#233;guli&#232;rement les protagonistes de chaque secteur disciplinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui enfin des contenus nouveaux qui pourraient &#234;tre introduits dans le tronc commun d'une &#233;cole d&#233;mocratique, s'agissant le plus souvent d'&#233;tendre sous des formes ad hoc des enseignements disciplinaires d&#233;j&#224; pr&#233;sents &#224; tel ou tel niveau du cursus. Soit &#224; se demander par exemple s'il faut enseigner la philo d&#232;s la maternelle, ou les sciences humaines &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire. Nous avons d'ores et d&#233;j&#224; avanc&#233; dans le domaine de l'enseignement des techniques et de la technologie, tant en examinant les politiques pass&#233;es en la mati&#232;re qu'en formulant des propositions tr&#232;s novatrices marqu&#233;es notamment par le souci d'une culture technologique permettant aux futurs citoyens de s'approprier les enjeux des grands choix techniques si cruciaux pour l'avenir et d'intervenir dans les d&#233;bats aff&#233;rents.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.ies-salariat.org" class="spip_out"&gt;L'Institut Europ&#233;en du Salariat (IES)&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, Ali&#233;nation et &#233;mancipation, La Dispute, Paris, 2012, p. 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, Ali&#233;nation et &#233;mancipation, ibid, p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Bernard Friot, &lt;i&gt;L'Enjeu des retraites&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2010 ; et &lt;i&gt;L'Enjeu du salaire&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#201;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Retour sur le concept d'&#233;cole commune</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article154</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article154</guid>
		<dc:date>2012-10-27T10:06:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>lyc&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;[Dans sa derni&#232;re livraison, consacr&#233;e &#224; la &#034;refondation de l'&#233;cole&#034;, skhole.fr propose notamment une compte-rendu approfondi de l'ouvrage du GRDS, L'&#233;cole commune , suivi d'un entretien avec Jean-Pierre Terrail. Cet entretien, que nous reprenons ici, avec l'accord de la revue, &#233;voque longuement la proposition du GRDS d'un tronc commun de l'&#233;cole enfantine &#224; la terminale, et les probl&#232;mes qu'elle pose en termes de diversit&#233; des choix et des rythmes d'apprentissage, de libert&#233; individuelle, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;lyc&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH132/arton154-aeb9a.jpg?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='132' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[Dans sa derni&#232;re livraison, consacr&#233;e &#224; la &#034;refondation de l'&#233;cole&#034;, skhole.fr propose notamment une compte-rendu approfondi de l'ouvrage du GRDS, L'&#233;cole commune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, suivi d'un entretien avec Jean-Pierre Terrail. Cet entretien, que nous reprenons ici, avec l'accord de la revue, &#233;voque longuement la proposition du GRDS d'un tronc commun de l'&#233;cole enfantine &#224; la terminale, et les probl&#232;mes qu'elle pose en termes de diversit&#233; des choix et des rythmes d'apprentissage, de libert&#233; individuelle, de possibilit&#233;s d'approfondissement de telles ou telles mati&#232;res privil&#233;gi&#233;es, de la place de l'enseignement technique et du devenir de l'enseignement professionnel, etc. Il aborde &#233;galement, plus bri&#232;vement, l'impact de la r&#233;volution num&#233;rique, et les projets de l'actuel minist&#232;re.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Le projet de &#171; l'&#233;cole commune &#187; consiste dans l'&#233;dification d'un cursus unique de 3 &#224; 18 ans, au sein duquel, au nom d'un refus de toute &#171; s&#233;lection &#187; et &#171; concurrence &#187;, tr&#232;s peu de place semble &#234;tre laiss&#233; &#224; la diversit&#233; des parcours scolaires. Cette uniformisation assez radicale, et l'exigence d'&#233;galit&#233; qui la sous-tend, ne sont-elles pas pouss&#233;es trop loin ? Plus pr&#233;cis&#233;ment, ne vous para&#238;t-il pas n&#233;cessaire et l&#233;gitime que l'&#233;cole publique tienne compte, plus que ce ne semble le cas dans l'ouvrage, des diff&#233;rences individuelles en termes de rythmes d'apprentissages, de &#171; temp&#233;raments &#187;, d'aspirations personnelles et familiales ? Pour le dire autrement, une &#233;cole &#171; d&#233;mocratique &#187; n'est-ce pas aussi une &#233;cole &#171; lib&#233;rale &#187;, au sens d'une institution qui doit garantir en son sein la possibilit&#233; d'une certaine libert&#233; ou marge de man&#339;uvre individuelle et ne pas s'imposer &#224; tous sous la forme contraignante d'un mod&#232;le unique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T&lt;/strong&gt; : L'objection nous est faite de temps en temps, et elle ne laisse pas &#224; chaque fois de m'&#233;tonner. A-t-on reproch&#233; &#224; Jules Ferry, parce qu'il rendait obligatoire un cursus unique &#224; l'&#233;cole primaire, de chercher &#224; effacer les &#171; diff&#233;rences individuelles &#187; ? Ou &#224; Ren&#233; Haby de vouloir tout uniformiser parce qu'il imposait le coll&#232;ge unique ? Et la critique plus tard d'un coll&#232;ge qui serait trop exclusivement con&#231;u comme &#171; antichambre du lyc&#233;e &#187; serait-elle jamais venue sans la persistance d'un &#233;chec massif des premiers apprentissages ? Car l&#224; &#233;tait le probl&#232;me, et non dans un manque de respect des libert&#233;s individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit pour s'en convaincre de regarder les faits : le &#171; libre choix &#187; du rejet de l'&#233;cole au coll&#232;ge est toujours la cons&#233;quence d'un d&#233;crochage pr&#233;coce, le &#171; libre choix &#187; de l'orientation vers l'enseignement professionnel est impos&#233; dans 80% des cas par l'institution et pour les 20% restant l'orientation est encore, de fa&#231;on tr&#232;s dominante, cons&#233;cutive &#224; une scolarit&#233; difficile depuis le CP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; ma premi&#232;re remarque : les alternatives au cursus d'enseignement g&#233;n&#233;ral qui sont aujourd'hui ouvertes &#224; nos adolescents portent la marque de la contrainte et non de la libert&#233; de choix. &#171; Si les jeunes avaient le choix, il y aurait tr&#232;s peu d'&#233;l&#232;ves dans les LP &#187; notait B. Charlot il y a d&#233;j&#224; plus de dix ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Charlot, Le rapport au savoir en milieu populaire. Une recherche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La fa&#231;on dont les familles ouvri&#232;res ont accompagn&#233; historiquement l'ouverture des possibles scolaires est tout &#224; fait remarquable &#224; cet &#233;gard : elles sont pass&#233;es en quelques d&#233;cennies de l'id&#233;e qu'&#224; l'&#233;cole les enfants feront &#171; ce qu'ils peuvent &#187; &#224; l'id&#233;e qu'ils doivent y faire &#171; ce qu'ils veulent &#187;. Et, marquant bien leur conviction que la libert&#233; de choix va de pair avec la prolongation des &#233;tudes, elles sont quasiment neuf sur dix &#224; souhaiter qu'ils entrent dans l'enseignement sup&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Tristan Poullaouec, Le dipl&#244;me, arme des faibles, La Dispute, Paris, 2010.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, notre projet de munir tous les &#233;l&#232;ves, &#224; dix-sept ans, d'un bagage de culture commune leur ouvrant toutes les orientations ult&#233;rieures possibles, repr&#233;sente pour chacun un gain consid&#233;rable de libert&#233; individuelle par rapport aux orientations pr&#233;coces et contraintes (qu'il s'agisse de fili&#232;res ou de sections au sein des fili&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste bien s&#251;r, et ce n'est pas une mince affaire, &#224; d&#233;terminer le contenu de ce bagage de culture commune. Le programme du tronc commun est con&#231;u pour garder ouverts tous les choix de pr&#233;-orientation en ann&#233;e terminale de lyc&#233;e : c'est l&#224; pour nous la pierre de touche qui doit pr&#233;sider &#224; sa conception. C'est du m&#234;me coup ce qui indique la marge de jeu qui sera affect&#233;e au libre d&#233;veloppement des go&#251;ts et des facult&#233;s individuels : &#171; Au long de leurs &#233;tudes, les &#233;l&#232;ves pourront d&#233;velopper plus particuli&#232;rement leurs savoirs et leurs savoir-faire dans tel ou tel domaine de pr&#233;dilection, et l'institution scolaire leur en offrira la possibilit&#233;. Mais ces investissements sp&#233;cialis&#233;s ne pourront s'op&#233;rer au d&#233;triment des mati&#232;res du tronc commun &#187; (&lt;i&gt;L'&#201;cole commune&lt;/i&gt;, p. 37).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Pourriez-vous pr&#233;ciser en quoi consisteraient ces possibilit&#233;s d'approfondissement, &#233;tant donn&#233;s les contraintes qui p&#232;sent d'ores et d&#233;j&#224; sur les emplois du temps des &#233;l&#232;ves et le principe selon lequel elles ne &#171; pourront s'op&#233;rer au d&#233;triment des mati&#232;res du tronc commun &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; &#171; Les contraintes qui p&#232;sent d'ores et d&#233;j&#224; sur les emplois du temps &#187; sont une chose. La mise en &#339;uvre de nos propositions en impliquerait un r&#233;examen complet. Tout reste ici &#224; d&#233;terminer pr&#233;cis&#233;ment, &#224; commencer par le contenu du tronc commun, dont la conception doit laisser place au temps n&#233;cessaire aux &#171; investissements sp&#233;cialis&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tronc commun devrait se centrer sur les apprentissages indispensables pour laisser ouvert le choix des orientations professionnelles &#224; partir de 18 ans (la technologie, l'&#233;ducation artistique et sportive &#233;tant inclues dans ces apprentissages). Pour chaque registre de savoir, on cherchera le meilleur compromis entre ce qu'il faut apprendre si l'on doit se sp&#233;cialiser dans ce registre, et ce qu'il faut en ma&#238;triser pour pouvoir, en tant qu'adulte non sp&#233;cialiste, se confronter aux pratiques et discours qui mettent en jeu les savoirs concern&#233;s dans la vie sociale. Et l'organisation du cursus, la conception des dispositifs p&#233;dagogiques, l'articulation entre mise en commun et travail individuel devraient &#234;tre pens&#233;es en sorte de r&#233;duire au mieux l'&#233;cart entre le temps d&#233;volu &#224; ces apprentissages et le temps de mise en activit&#233; intellectuelle effective et efficace : il y a certainement beaucoup &#224; r&#233;fl&#233;chir et &#224; gagner sur ce plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux investissements sp&#233;cialis&#233;s ils pourraient se r&#233;aliser au moins pour une part dans le cadre m&#234;me de l'institution scolaire, dont le r&#244;le de foyer d'activit&#233; intellectuelle et culturelle serait affirm&#233; et d&#233;velopp&#233;. Nous disposons &#224; cet &#233;gard de l'exp&#233;rience des sections sp&#233;cialis&#233;es (type classe musicale, ou sport-&#233;tude, voire m&#234;me classes &#224; option lourde en lyc&#233;e), o&#249; la pratique d'une mati&#232;re privil&#233;gi&#233;e ne semble pas n&#233;cessairement p&#233;naliser les &#233;tudes g&#233;n&#233;rales, et dont il conviendrait de tirer les meilleurs enseignements. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, dans cette perspective, la mise en place de l'&#233;cole commune devrait favoriser le rapprochement entre l'&#233;cole, en tant que lieu de diffusion et transmission des savoirs et savoir faire, des lieux o&#249; se produisent ces savoirs (enseignement sup&#233;rieur et recherche) et o&#249; s'&#233;laborent et se m&#232;nent les pratiques culturelles, artistiques, sportives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Sans n&#233;cessairement reconduire le principe des sections, ne serait-il pas int&#233;ressant de mettre en place, &#224; partir d'un certain niveau, une forme de tronc commun en partie modulaire, permettant de choisir une &#171; dominante &#187; ouvrant &#224; un enseignement plus approfondi de certaines mati&#232;res pendant plusieurs ann&#233;es ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Comme je l'ai soulign&#233;, l'essentiel &#224; notre sens est de garder ouvertes toutes les possibilit&#233;s de choix d'orientation &#224; l'entr&#233;e en terminale, quels qu'aient &#233;t&#233; les &#171; investissements sp&#233;cialis&#233;s &#187; ant&#233;rieurs. C'est le r&#244;le des apprentissages du tronc commun. Celui-ci n'a donc pas &#224; inclure des investissements qui vont au-del&#224; d'une mission qui est d&#233;j&#224; assez lourde comme cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, le projet de transmettre &#224; tous les jeunes un m&#234;me ensemble de ressources intellectuelles ouvrant &#224; dix-huit ans les m&#234;mes possibilit&#233;s d'orientation professionnelle, est la marque de fabrique de l'&#233;cole commune. C'est avec lui que se joue la rupture avec la dynamique in&#233;galitaire de l'&#233;cole actuelle. Dans un contexte culturel si profond&#233;ment impr&#233;gn&#233; des th&#233;matiques de la diversit&#233; des aptitudes et de l'in&#233;galit&#233; des intelligences, laisser quelque porte ouverte au retour en arri&#232;re risquerait fort d'&#234;tre fatal &#224; la rupture : le mort serait trop empress&#233; de saisir le vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne me para&#238;trait donc pas raisonnable de faire en sorte que le tronc commun ne soit que relativement commun. Mais je le r&#233;p&#232;te, le footballeur pr&#233;coce, le math&#233;maticien de g&#233;nie, l'amoureux de la litt&#233;rature ou des langues &#233;trang&#232;res, le passionn&#233; de musique devraient en effet pouvoir trouver, mais hors du tronc commun, de quoi cultiver leurs int&#233;r&#234;ts particuliers, chaque fois que possible dans le cadre m&#234;me de l'institution scolaire. C'est l'une des fonctions d&#233;volues &#224; notre proposition de d&#233;velopper dans tous les &#233;tablissements, en liaison avec les enseignements disciplinaires du tronc commun, des activit&#233;s fond&#233;es sur les usages sociaux et culturels des savoirs enseign&#233;s &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;D'autre part, la suppression pure et simple du redoublement, que vous proposez, ne suppose-t-elle trop rapidement r&#233;solue la question des diff&#233;rents rythmes individuels d'apprentissage, en pr&#233;tendant pouvoir emmener tout le monde au m&#234;me rythme tout au long d'un seul et m&#234;me curriculum : le redoublement n'est certes pas non plus satisfaisant &#224; cet &#233;gard, mais ne faut-il pas pr&#233;voir tout de m&#234;me des dispositifs &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; permettant de r&#233;pondre &#224; ces diff&#233;rences ? Enfin, si le &#171; tronc commun &#187; est trop &#171; commun &#187;, ne risque-t-il pas de d&#233;river rapidement, dans les faits, vers le minimum d'un &#171; socle commun &#187;, faute d'offrir suffisamment de possibilit&#233;s d'adaptation individuelle (de rattrapage comme d'approfondissement) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Non seulement en effet le redoublement n'est pas une solution &#171; satisfaisante &#187;, mais il s'av&#232;re, enqu&#234;te apr&#232;s enqu&#234;te, p&#233;nalisant pour les int&#233;ress&#233;s qui auraient connu un meilleur cursus sans y &#234;tre soumis, et cela d'autant plus qu'il intervient pr&#233;cocement. Prenons la fin du CP : parmi les &#233;l&#232;ves identiquement &#171; faibles &#187; ceux qui redoublent arriveront en fin de CE1 en moins bonne posture que n'y sont parvenus l'ann&#233;e d'avant ceux que l'on n'avait pas fait redoubler. Voil&#224; un excellent indicateur empirique de ce que le vieillissement biologique est une chose, l'activit&#233; intellectuelle une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes les apprentissages s'inscrivent dans la dur&#233;e, mais leur temps n'est pas celui de suppos&#233;s &#171; rythmes biologiques &#187; qui seraient propres &#224; chacun. Il n'y a pas plus d'enfants qui, au plan intellectuel, seraient par nature &#171; rapides &#187; ou &#171; lents &#187; que d'enfants qui seraient &#171; abstraits &#187; ou &#171; concrets &#187;, la lenteur ou la concr&#233;tude n'&#233;tant que les faux nez de difficult&#233;s d'apprentissage non surmont&#233;es. Il n'y a aucune raison qui exclurait par principe la possibilit&#233; que tous les &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole commune parviennent au terme du tronc commun en s'&#233;tant appropri&#233;s le bagage de culture commune (pas le socle commun, qui voue au seul march&#233; du travail peu qualifi&#233;, mais celui qui ouvre tous les possibles professionnels &#224; 18 ans). Je ne tiens pas compte ici des enfants affect&#233;s d'un handicap physique ou mental qui brouille s&#233;rieusement leur capacit&#233; d'activit&#233; intellectuelle, ceux-ci ne d&#233;passant pas, par exp&#233;rience internationale, 2 &#224; 3% de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un moment donn&#233;, sur contenu donn&#233;, certains comprennent, d'autres pas. La question pos&#233;e est celle de modes de conduite des apprentissages qui permettent de surmonter la difficult&#233;, sachant que la r&#232;gle &#233;thique fondamentale de l'&#233;cole commune consiste, pour les enseignants &#224; ne pas accepter de ne pas se faire comprendre, pour les &#233;l&#232;ves &#224; ne pas accepter de ne pas comprendre. On peut bien s&#251;r concevoir, pour ne laisser personne au bord du chemin, qu'une aide particuli&#232;re soit &#224; tel ou tel moment, sous la responsabilit&#233; du ma&#238;tre et sans retirer le b&#233;n&#233;ficiaire de sa classe, apport&#233;e &#224; tel ou tel &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Quant &#224; la nature de la formation dispens&#233;e &#224; l'&#233;cole, le projet du GRDS engage la totalit&#233; des &#233;l&#232;ves dans un cursus &#233;tendu essentiellement centr&#233; sur les mati&#232;res de l'enseignement g&#233;n&#233;ral, en repoussant &#224; l'ann&#233;e de Terminale toute possibilit&#233; d'orientation technologique et professionnelle. En droit comme en fait, peut-on s&#233;rieusement envisager de maintenir tous les &#233;l&#232;ves dans la seule voie g&#233;n&#233;rale durant 15 ans ? N'est-ce pas d'une part irr&#233;aliste ou intenable, m&#234;me en supposant r&#233;form&#233;s les &#171; syst&#232;mes d'apprentissage &#187; en vigueur, et d'autre part, n'est-ce pas refuser aux &#233;l&#232;ves la possibilit&#233; de choisir d'autres voies qu'ils jugeraient pourtant plus conformes &#224; leurs aspirations ? Une telle valorisation de l'enseignement g&#233;n&#233;ral ne conduit-elle pas implicitement &#224; d&#233;valoriser les formations technologiques et professionnelles, dont la place, les enjeux et les int&#233;r&#234;ts nous paraissent peu pris en compte dans l'ouvrage ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Vous n'aurez pas manqu&#233; de remarquer que nous ne parlons pas d'enseignement g&#233;n&#233;ral mais de &#171; culture commune &#187; et d'un &#171; baccalaur&#233;at de culture commune &#187; (&lt;i&gt;L'&#201;cole commune&lt;/i&gt;, p. 107). Ce choix n'est pas anodin : il indique pr&#233;cis&#233;ment, alors m&#234;me que le contenu de ladite &#171; culture commune &#187; reste largement &#224; d&#233;terminer, notre volont&#233; de ne pas l'identifier aux programmes actuels des sections d'enseignement g&#233;n&#233;ral. Notamment en donnant &#224; la culture technique une tout autre place d&#232;s les d&#233;buts du cursus. Nous venons de mettre en ligne sur notre site deux &#233;tudes &#233;voquant l'histoire de l'enseignement technique en France, celui d'Yves Lequin constatant pour sa part, en le d&#233;plorant, que &#171; centrale pour l'humain, la technique est marginale dans l'&#233;cole &#187; fran&#231;aise au long des deux derniers si&#232;cles. Et l'une de nos premi&#232;res propositions concernant la culture commune, qui sera publi&#233;e dans la prochaine p&#233;riode, portera sur la part que devrait y prendre un enseignement r&#233;nov&#233; de la technique et de la technologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Yves Lequin, L'occultation de la technique dans l'enseignement fran&#231;ais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves attir&#233;s par ce domaine de l'activit&#233; humaine ne se sentiront pas moins &#224; leur place, dans le cursus de l'&#233;cole commune, que ceux que leurs go&#251;ts portent plut&#244;t vers les maths, les lettres ou l'histoire. Ils s'y sentiront en tout cas certainement beaucoup mieux que ceux qui sont aujourd'hui orient&#233;s vers l'enseignement professionnel, et dont B. Charlot indique qu'&#171; ils n'investissent fortement le LP que lorsqu'ils le per&#231;oivent comme un lieu (&#8230;) offrant une seconde chance, constituant un d&#233;tour pour r&#233;ussir quand m&#234;me ses &#233;tudes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Charlot, op. cit., p. 338.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous sugg&#233;rez que la mise en place d'un tronc commun jusqu'&#224; un bac de culture commune pourrait poser un probl&#232;me &#233;thico-politique, de par son caract&#232;re contraignant, et soulever si ce n'est pas le cas des difficult&#233;s pratiques. Mais qui pourrait contester la l&#233;gitimit&#233; d'un cursus scolaire qui ne l&#232;se personne, puisqu'il donne &#224; tous les &#233;l&#232;ves les moyens de choisir r&#233;ellement leur avenir professionnel ? Et pour ce qui est de la pratique, on observera que les enfants des classes populaires (celles qui fournissent l'essentiel du public de l'enseignement professionnel et technologique), d&#232;s lors qu'ils entrent normalement dans les apprentissages de la culture &#233;crite, n'ont d&#232;s aujourd'hui de cesse, sans exception, de continuer dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral, celui qui offre les plus larges possibilit&#233;s de choix culturels et professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai probl&#232;me n'est donc pas l&#224;. C'est celui de la cr&#233;dibilit&#233; d'une am&#233;lioration massive de l'efficacit&#233; p&#233;dagogique. A d&#233;faut, l'id&#233;e d'un tronc commun devient utopique, on le comprend ais&#233;ment. Mais l'inverse est vrai : sans tronc commun, il est utopique d'esp&#233;rer une telle am&#233;lioration. Cet aspect de notre r&#233;flexion est moins attendu, et c'est une th&#232;se que nous avons parfois du mal &#224; faire entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire les choses ainsi. La construction de l'&#233;cole unique, &#224; partir du d&#233;cret Berthoin de 1959, met en avant le principe de la diversit&#233; des aptitudes des &#233;l&#232;ves, et organise l'institution autour d'une mission centrale : &#233;prouver les &#233;l&#232;ves, &#233;valuer leurs aptitudes, et g&#233;rer les parcours scolaires en cons&#233;quence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que le d&#233;cret Berthoin porte la scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On sait ce qu'il advient de cette mise en concurrence, dont l'impact sur les in&#233;galit&#233;s sociales face &#224; l'&#233;cole est sans appel. Un aspect de cet impact est le suivant. Face aux difficult&#233;s d'apprentissage rencontr&#233;es par les &#233;l&#232;ves des classes populaires, notre syst&#232;me &#233;ducatif propose une diversit&#233; de r&#233;ponses : la mauvaise note, le redoublement, le regroupement des &#233;l&#232;ves faibles dans des classes d'adaptation, dans des classes de niveau, dans des sections &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; type SEGPA, et finalement dans les fili&#232;res de l'enseignement professionnel, au mieux technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inefficacit&#233; cognitive de ces modes de traitement institutionnels de la difficult&#233; intellectuelle est plus qu'av&#233;r&#233;e. Pour autant ils sont compl&#232;tement int&#233;gr&#233;s dans la culture professionnelle des enseignants, au point de structurer en profondeur, et inconsciemment, l'organisation et la gestion de l'acte d'enseignement. Ils sont &#224; leurs yeux un recours compl&#232;tement naturel, et incontournable, puisqu'ils s'attendent chaque ann&#233;e &#224; ce qu'une partie de leurs &#233;l&#232;ves se retrouvent en difficult&#233; plus ou moins significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous para&#238;t compl&#232;tement d&#233;raisonnable d'imaginer que l'&#233;cole pourrait &#234;tre d&#233;mocratis&#233;e sans que cette culture de l'&#233;chec soit s&#233;rieusement battue en br&#232;che. Et cela n'aura pas lieu tant que les conditions institutionnelles qui ont permis son &#233;panouissement resteront en place, et qu'il ne sera pas clairement pos&#233; que la difficult&#233; intellectuelle ne se traite pas par la disqualification de l'&#233;l&#232;ve, mais exclusivement par le travail p&#233;dagogique et l'am&#233;lioration des apprentissages cognitifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour rendre possible cette indispensable mutation culturelle que nous proposons ce projet d'&#233;cole commune qui m&#233;rite, lui, d'&#234;tre effectivement qualifi&#233; de &#171; refondation &#187; du syst&#232;me &#233;ducatif. Nous ne r&#233;f&#233;rons pas la diversit&#233; des performances scolaires au principe de la diversit&#233; des aptitudes. Nous partons de la conviction, non pas pos&#233;e comme un acte de foi militant, mais &#233;tay&#233;e par l'investigation th&#233;orique et la recherche empirique, que tous les enfants disposent &#224; six ans des ressources intellectuelles leur permettant d'entrer normalement dans la culture &#233;crite, ce que nous appelons l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et nous proposons de les conduire tous au terme du tronc commun, l'institution scolaire ayant mission non plus d'organiser la sanction des faibles mais de mobiliser toutes ses ressources au service de la formation des enseignants et de leur travail p&#233;dagogique. On voit bien ici en quoi la dynamique de la d&#233;mocratisation ne saurait se passer du tronc commun : la suppression de toute possibilit&#233; de mise &#224; l'&#233;cart des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; invite les enseignants &#224; se mobiliser exclusivement sur le travail p&#233;dagogique et peut seule cr&#233;er les conditions de la mutation de la culture de l'&#233;chec en culture de la r&#233;ussite de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tronc commun, derni&#232;re remarque, serait-il de nature &#224; &#171; d&#233;valoriser les formations professionnelles et technologiques &#187; ? Il implique de toute &#233;vidence leur &#233;volution. Mais en quoi le fait d'accueillir des &#233;l&#232;ves intellectuellement bien mieux form&#233;s, un peu plus &#226;g&#233;s, ayant r&#233;ellement choisi leur cursus de professionnalisation, habitu&#233;s depuis les d&#233;buts de leur scolarit&#233; &#224; consid&#233;rer la technique et le travail productif comme des objets d'&#233;tude parfaitement l&#233;gitimes, pourrait-il d&#233;grader ces formations ou les d&#233;consid&#233;rer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Vous semblez consid&#233;rer que la distinction entre fili&#232;res ne peut aboutir qu'&#224; une hi&#233;rarchisation entre elles et au bout du compte &#224; des effets in&#233;galitaires de s&#233;lection et d'orientation, comme c'est de fait le cas : n'est-il pas cependant pas possible et plus raisonnable d'envisager une r&#233;forme en profondeur des fili&#232;res professionnelles et technologiques, et des passerelles entre elles et l'enseignement g&#233;n&#233;ral, plut&#244;t que leur pure et simple fermeture jusqu'&#224; l'&#226;ge de 18 ans ? N'y a-t-il pas aussi des enfants heureux en fili&#232;re professionnelle, et qui ne l'&#233;taient pas ou plus dans le cursus g&#233;n&#233;ral, ici en France comme dans d'autres pays (l'Allemagne est souvent cit&#233;e en exemple sur ce point) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-PT :&lt;/strong&gt; Les fili&#232;res de l'enseignement professionnel sont actuellement d&#233;valoris&#233;es, &#224; la fois parce qu'elles accueillent un public exclu de l'enseignement g&#233;n&#233;ral, et parce qu'elles d&#233;bouchent sur des postes marqu&#233;s par la d&#233;valorisation des m&#233;tiers manuels, la m&#233;diocrit&#233; des salaires et la pr&#233;carit&#233; de l'emploi. Nous proposons la seule r&#233;forme susceptible de contribuer efficacement &#224; leur revalorisation, en leur assurant un public qui s'est librement d&#233;termin&#233;, et qu'une forte qualification met en position d'obtenir, dans le monde professionnel, un statut, un salaire, et des conditions de travail sensiblement am&#233;lior&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Vous insistez &#224; juste titre selon nous sur les liens essentiels entre &#233;cole et culture &#233;crite, et sur l'importance des &#171; technologies intellectuelles &#187; au contact desquelles se forment les comp&#233;tences cognitives relevant de la &#171; raison graphique &#187;. Cependant, le projet de &#171; l'&#233;cole commune &#187; ne semble pas tenir compte de ce qui appara&#238;t &#224; bon nombre comme un tournant technico-culturel d'envergure, celui du passage du &#171; monde sur papier &#187; (Olson) au &#171; monde sur &#233;cran &#187;, dont les implications sont nombreuses, tant sur les plans &#233;conomique et &#171; soci&#233;tal &#187; (diffusion massive des NTIC, en particulier chez les jeunes) que sur le plan cognitif voire &#233;pist&#233;mologique (ouvrant sur une nouvelle &#233;poque, encore incertaine, du savoir et de l'&#233;criture). Etant donn&#233;e l'importance qui peut &#234;tre accord&#233;e &#224; ces transformations pour les syst&#232;mes scolaires dans leur ensemble, n'est-il pas indispensable aujourd'hui d'en tenir compte dans le cadre d'une r&#233;flexion sur les &#233;volutions de l'&#233;cole ? Pouvez-vous pr&#233;ciser les positions du GRDS &#224; l'&#233;gard de la mani&#232;re dont l'institution scolaire doit faire face &#224; ce nouveau contexte de la &#171; r&#233;volution num&#233;rique &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-PT :&lt;/strong&gt;Le GRDS n'a pas de position sur cette question, et j'avancerai seulement quelques observations banales et modestes : les sp&#233;culations les plus brillantes sur l'impact de la r&#233;volution num&#233;rique sont une chose, mais nous disposons encore de bien peu de connaissances pr&#233;cises pour tenir des propos un peu assur&#233;s, tellement nous manquons de recul et tellement le nouveau continue de surgir &#224; tout moment. Personne n'avait imagin&#233; tout ce qu'internet changerait dans nos usages, la mesure m&#234;me de ce changement reste tr&#232;s approximative, quant &#224; appr&#233;hender toutes ses cons&#233;quences&#8230; Prenons l'exemple de nos sites : les textes que nous y ins&#233;rons re&#231;oivent un nombre de visites sensiblement plus important que les revues ou les ouvrages dans lesquels ils auraient pu &#234;tre imprim&#233;s n'auraient compt&#233; d'acheteurs et m&#234;me de lecteurs. Mais nul ne sait si ces textes sont lus sur &#233;cran ou passent par l'imprimante, et n'est capable de diff&#233;rencier les modalit&#233;s et l'impact de la lecture sur &#233;cran, sur une sortie d'imprimante, sur un ouvrage pr&#233;par&#233; pour l'imprimerie, ce qui change dans l'activit&#233; intellectuelle qui s'en empare et qui s'y confronte, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'enseignement, la r&#233;volution num&#233;rique ne d&#233;value certainement pas les objectifs de transmission des savoirs r&#233;flexifs de la culture &#233;crite. Les NTIC ne suscitent pas seulement l'inflation que l'on sait de l'univers des images auxquelles nous sommes expos&#233;s, elles assurent aussi, internet tout particuli&#232;rement, une formidable promotion de l'&#233;crit. Une grande partie des savoirs humains est d&#233;sormais &#224; port&#233;e de clics, accessible &#224; tous et de partout, en-dehors m&#234;me des lieux traditionnels de production et de distribution de la connaissance. Une formation intellectuelle solide, qui permette &#224; chacun de d&#233;chiffrer les images et les textes, de tracer son chemin dans la for&#234;t des savoirs &#233;labor&#233;s, de participer &#224; la vie des id&#233;es, est un imp&#233;ratif absolu si nous voulons vivre demain dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, donc humainement vivable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transmission des savoirs &#233;labor&#233;s au plus grand nombre reste plus que jamais l'objectif incontournable de nos syst&#232;mes &#233;ducatifs, mais quid des fa&#231;ons de transmettre ? Les jeunes g&#233;n&#233;rations sont celles qui portent le changement, promeuvent les nouveaux usages, en subissent l'impact de plein fouet. L'&#233;cole va in&#233;vitablement changer en cons&#233;quence. D&#233;j&#224; les nouvelles techniques &#8211; l'ordinateur, le tableau interactif, etc. &#8211; commencent &#224; investir les salles de classe. Il est certainement indispensable que l'&#233;cole tire le meilleur de ces outils. Sans oublier toutefois que ce ne n'est pas l'outil qui apprend &#224; penser, et que la mise &#224; disposition d'un ordinateur d&#232;s le plus jeune &#226;ge ne remplacera pas une bonne m&#233;thode de lecture. Sans oublier non plus que la ma&#238;trise de l'outil n'est pas une simple affaire de savoir-faire : on se rappellera &#224; cet &#233;gard comment les employ&#233;es de bureau titulaires d'un bac g&#233;n&#233;ral se sont plus facilement adapt&#233;es au micro-ordinateur que les st&#233;nos-dactylos titulaires du CAP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le zapping t&#233;l&#233;, les jeux vid&#233;o modifient sensiblement les facult&#233;s d'attention des jeunes (nous-m&#234;mes adultes devons nous r&#233;adapter au rythme beaucoup plus lent des films qui ont pris un tout petit peu d'&#226;ge). L'&#233;cole doit certes y pr&#234;ter attention. Mais elle ne saurait pas davantage oublier que les enfants, d&#232;s 3 ans, passent une bonne partie de leur temps&#8230; &#224; l'&#233;cole. Celle-ci doit-elle d&#232;s lors adopter &#224; son tour une p&#233;dagogie &#171; zapping &#187; cens&#233;e adapt&#233;e &#224; la modernit&#233;, ou utiliser son impact pour habituer aussi les enfants &#224; d'autres rythmes, plus propices &#224; la r&#233;flexion, au travail intellectuel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;L'ouvrage laisse de c&#244;t&#233; la question des programmes et s'en justifie. Pourriez-vous nous en dire davantage sur les travaux du GRDS sur ce plan : les grandes orientations, les mati&#232;res concern&#233;es, les &#233;ventuels projets en cours de r&#233;daction ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Apr&#232;s avoir r&#233;fl&#233;chi aux caract&#233;ristiques g&#233;n&#233;rales de ce que pourrait &#234;tre une &#233;cole plus d&#233;mocratique, engag&#233; l'examen de diff&#233;rents aspects de cette derni&#232;re (dispositifs p&#233;dagogiques dans l'&#233;l&#233;mentaire, formation des enseignants), nous voudrions en effet avancer sur les contenus, sur la culture commune &#224; transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations. Notre objectif n'est &#233;videmment pas de trancher, nous n'en aurions pas la force m&#234;me si nous l'envisagions, mais de constituer une sorte de biblioth&#232;que de l'&#233;tat des r&#233;flexions sur la question dans les grands domaines des savoirs scolarisables, biblioth&#232;que qui serait mise &#224; disposition de tous et permettrait d'alimenter l'indispensable d&#233;bat d&#233;mocratique sur ce que nous voudrions que l'&#233;cole transmette &#224; nos enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de d&#233;marrer d'embl&#233;e sur le &#034;ce qu'il faudrait faire&#034;, objet d'in&#233;vitables pol&#233;miques, il nous a paru pr&#233;f&#233;rable de commencer par faire le point, discipline par discipline, de l'histoire r&#233;cente des savoirs scolaires et des d&#233;bats auxquels elle a donn&#233; lieu. Nous l'avons fait pour l'enseignement technique, nous publierons dans les mois qui viennent de semblables bilans pour les autres disciplines, le travail est en cours avec la collaboration &#224; chaque fois de sp&#233;cialistes de ces derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons d&#233;velopper parall&#232;lement notre r&#233;flexion sur des aspects d'int&#233;r&#234;t commun de l'affaire : la question des comp&#233;tences, sur laquelle nous avons commenc&#233; &#224; publier, celle de l'organisation g&#233;n&#233;rale du cursus et de la place des diff&#233;rents registres de savoirs, etc. Les collaborations int&#233;ress&#233;es sont bienvenues, on peut facilement prendre contact avec le GRDS sur notre site&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Que pensez-vous des orientations de V. Peillon et de la consultation lanc&#233;e cet &#233;t&#233; ? Y avez-vous &#233;t&#233; convi&#233; ? Avez-vous le sentiment que la &#171; refondation &#187; envisag&#233;e par le Ministre pourrait aller &#224; certains &#233;gards au moins dans un sens voisin de celui que vous proposez vous-m&#234;me ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Non, le GRDS n'a pas &#233;t&#233; convi&#233; &#224; cette consultation. Cela ne me para&#238;t pas tr&#232;s &#233;tonnant, dans la mesure o&#249; l'objectif qui lui a &#233;t&#233; assign&#233; semblait rester assez modeste. Nous donnons &#224; la &#171; refondation &#187; de l'&#233;cole un tout autre sens que le ministre, m&#234;me si en effet certaines orientations affich&#233;es nous paraissent aller dans le bon sens (donner la priorit&#233; &#224; la r&#233;forme de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, repenser, revaloriser et financer la formation des enseignants, notamment). Comme je l'ai soulign&#233; dans l'entretien crois&#233; que j'ai men&#233; avec lui dans &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; (n&#176; 3270 du 12-9-2012), la d&#233;mocratisation effective de l'&#233;cole nous para&#238;t passer par l'abandon, et non par l'am&#233;lioration, de la politique du socle commun de connaissances et de comp&#233;tences, lequel restera in&#233;vitablement, quel qu'en soit le contenu pr&#233;cis, la marque d'une &#233;cole &#224; deux vitesses. Mais Vincent Peillon, homme affable, courtois et intelligent, m'a paru soucieux de ne f&#226;cher personne au point d'h&#233;siter &#224; devenir le grand ministre de l'&#233;ducation nationale que nous serions nombreux &#224; soutenir !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.skhole.fr" class="spip_out"&gt;Skhole.fr&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif, La Dispute, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Charlot, Le rapport au savoir en milieu populaire. Une recherche dans les lyc&#233;es professionnels de banlieue, Anthropos, Paris, 1999, p. 336.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Tristan Poullaouec, Le dipl&#244;me, arme des faibles, La Dispute, Paris, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Yves Lequin, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article144&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'occultation de la technique dans l'enseignement fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; ; et Isabelle Harl&#233;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article150&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'enseignement de la technologie de 1960 &#224; nos jours : r&#233;formes et d&#233;bats&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Charlot, op. cit., p. 338.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que le d&#233;cret Berthoin porte la scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans et pr&#233;pare l'entr&#233;e de tous les jeunes dans le secondaire. En &#171; unifiant &#187; ainsi le primaire et le secondaire, il internalise une s&#233;lection sociale qui s'op&#233;rait largement jusque-l&#224; &#224; l'ext&#233;rieur de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences, La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;venir l'&#233;chec scolaire d&#232;s la maternelle ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article151</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article151</guid>
		<dc:date>2012-09-17T10:55:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole maternelle</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;chec scolaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une pr&#233;scolarisation &#224; plusieurs visages &lt;br class='autobr' /&gt;
Rep&#233;rage des handicaps et syst&#233;matisation des &#233;valuations ; d&#233;veloppement des habilet&#233;s langagi&#232;res et manuelles jug&#233;es n&#233;cessaires &#224; l'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire ; multiplication des exercices sur fiches en ateliers visant un entra&#238;nement cognitif &#224; dimension de plus en plus r&#233;flexive ; introduction d'activit&#233;s proprement scolaires d'ordre lectural et scripturaire&#8230; Toutes ces &#233;volutions des trois ou quatre derni&#232;res d&#233;cennies ont marqu&#233; le souci de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Controverses p&#233;dagogiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;&#233;cole maternelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;&#233;chec scolaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH138/arton151-a996f.png?1790689102' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='138' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une pr&#233;scolarisation &#224; plusieurs visages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rep&#233;rage des handicaps et syst&#233;matisation des &#233;valuations ; d&#233;veloppement des habilet&#233;s langagi&#232;res et manuelles jug&#233;es n&#233;cessaires &#224; l'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire ; multiplication des exercices sur fiches en ateliers visant un entra&#238;nement cognitif &#224; dimension de plus en plus r&#233;flexive ; introduction d'activit&#233;s proprement scolaires d'ordre lectural et scripturaire&#8230; Toutes ces &#233;volutions des trois ou quatre derni&#232;res d&#233;cennies ont marqu&#233; le souci de mobiliser la maternelle au service de la lutte contre l'&#233;chec scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une premi&#232;re version de ce texte est paru dans L'&#201;cole aujourd'hui, n&#176;30, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La logique de la comp&#233;tition scolaire, du m&#234;me coup, s'est gliss&#233;e par la porte entreb&#226;ill&#233;e. Certes, point ici de la notation qui lui donne toute son op&#233;rativit&#233; dans les &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me &#233;ducatif. Mais la relative mise en continuit&#233; maternelle/&#233;l&#233;mentaire, via la restructuration des cycles, l'introduction des &#233;valuations, et la scolarisation des contenus, n'en a pas moins des retomb&#233;es connexes non n&#233;gligeables. Les enfants se forgent pr&#233;cocement une identit&#233; d'&#233;l&#232;ve &#171; bon &#187; ou moins bon, et commencent &#224; int&#233;rioriser l'id&#233;e que l'&#233;cole est un champ d'&#233;preuves o&#249; l'important, autant que d'apprendre, est de faire aussi bien ou mieux que ses pairs. Le processus se joue en miroir avec les enseignants, qui eux aussi distinguent tr&#232;s t&#244;t les &#171; bons &#187; &#233;l&#232;ves et les &#233;l&#232;ves-en-difficult&#233;, et assignent aux int&#233;ress&#233;s, notamment lors de la passation des consignes GS/CP, le destin scolaire qui va avec. Avant m&#234;me l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite la valeur scolaire des &#233;l&#232;ves appara&#238;t ainsi relativement d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les limites de l'entreprise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien s&#251;r toutes les raisons de penser que la richesse des activit&#233;s men&#233;es &#224; la maternelle d&#233;veloppe des ressources de tous ordres qui aideront les enfants &#224; affronter la vie qui les attend. Les enqu&#234;tes disponibles montrent cependant que l'impact de ces activit&#233;s sur les in&#233;galit&#233;s scolaires reste tr&#232;s limit&#233;, alors qu'on aurait pu pr&#233;sumer qu'elles contribueraient &#224; les r&#233;duire en mettant tous les enfants au contact de richesses culturelles qui seraient rest&#233;es sans cela l'apanage des milieux les plus favoris&#233;s. Ce constat peut s'&#233;clairer de plusieurs fa&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est au CP que &#231;a se passe&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part ce qui d&#233;termine toute la suite de la scolarit&#233;, c'est l'entr&#233;e proprement dite dans la culture &#233;crite, et particuli&#232;rement les apprentissages du maniement des signes graphiques qui s'op&#232;rent pendant l'ann&#233;e du CP. Or la r&#233;ussite de ces derniers se joue&#8230; au moment o&#249; ils s'effectuent, et d&#233;pend de la fa&#231;on dont ils sont con&#231;us, organis&#233;s, conduits. Tous les enfants entr&#233;s normalement dans le langage peuvent en surmonter les difficult&#233;s, y compris lorsqu'il s'agit de primo arrivants aux parents analphab&#232;tes, qui ne disposent ni des acquis de la maternelle, ni de l'aide familiale. On ne rappellera jamais assez, &#224; cet &#233;gard, l'importance des ressources mentales dont disposent les jeunes enfants d&#232;s lors qu'ils sont entr&#233;s normalement dans le langage oral : on sait ainsi qu'ils peuvent apprendre trois langues en m&#234;me temps, sans que cela ralentisse leur rythme d'acquisition&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; donc la maternelle peut &#234;tre un atout pr&#233;cieux mais dont il n'est pas impossible de se passer, &#224; condition d'apprentissages &#233;l&#233;mentaires bien conduits. A l'inverse, d'autre part, une scolarisation activement men&#233;e &#224; la maternelle ne suffit pas par elle-m&#234;me &#224; surmonter les difficult&#233;s d'apprentissages &#233;l&#233;mentaires insuffisamment efficaces. Les 25 ann&#233;es &#233;coul&#233;es depuis l'accent mis sur les apprentissages linguistiques &#224; la maternelle &#224; partir de la circulaire de 1986 le montrent avec un certain &#233;clat : le degr&#233; de ma&#238;trise de la langue &#233;crite au sortir du primaire stagne de 1987 &#224; 1997, et d&#233;cro&#238;t de 1997 &#224; 2007&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est l'&#233;crit qui conforte l'oral&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, il ne faut pas renverser l'ordre des choses : si l'aisance acquise dans le maniement de la langue orale, sa &#171; correction syntaxique &#187;, la diversit&#233; du vocabulaire connu, la prise de conscience de la structuration syllabique des mots, le travail sur les rimes et les assonances, etc., ne peuvent que faciliter l'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire, c'est bien la confrontation &#224; la langue &#233;crite, &#224; ses contraintes, &#224; l'infinit&#233; de ses ressources, &#224; la puissance de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie qu'elle conf&#232;re, qui vont permettre &#224; tous ses b&#233;n&#233;ficiaires de transformer et d'enrichir consid&#233;rablement leurs usages oraux de la langue. La conviction qu'un bon d&#233;veloppement des capacit&#233;s de verbalisation favorise l'appropriation de la langue &#233;crite n'est certes pas d&#233;nu&#233;e de fondements ; mais elle ne doit pas faire oublier que c'est pour beaucoup, en retour, la familiarit&#233; avec la langue &#233;crite qui constitue le ressort fondamental d'une ma&#238;trise &#233;labor&#233;e de l'oral, en raison de la richesse lexicale et de la pr&#233;cision syntaxique propres &#224; l'&#233;crit. Faut-il souligner, &#224; cet &#233;gard, que l'aisance orale et les capacit&#233;s d'explicitation verbale dont t&#233;moignent les membres des classes sup&#233;rieures (et qu'ils transmettent &#224; leurs enfants) doivent l'essentiel &#224; une fr&#233;quentation assidue de la langue &#233;crite, qui s'entretient dans les activit&#233;s professionnelles et de loisir du quotidien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout laisse donc bien &#224; penser, en fin de compte, que l'&#233;vitement de l'&#233;chec scolaire est bien davantage le probl&#232;me du CP, o&#249; se joue l'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire, que celui de sa pr&#233;paration en maternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Scolarisation de la maternelle et mise en concurrence des &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les observations de classe faites en maternelle, par ailleurs, ont montr&#233; que l'introduction de contenus anticipant l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite (appr&#233;hension de notions abstraites, exercices exigeant une distanciation r&#233;fl&#233;chie par rapport &#224; la t&#226;che) s'&#233;tait accompagn&#233;e des m&#234;mes proc&#233;dures p&#233;dagogiques qui, &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et apr&#232;s, visent &#224; faciliter les apprentissages aux enfants du peuple pour &#233;viter de les mettre en difficult&#233;. Or ces proc&#233;dures (il s'agit pour l'essentiel de &#171; d&#233;tours p&#233;dagogiques &#187; suppos&#233;s &#171; concrets &#187; et ludiques visant &#224; mobiliser les &#233;l&#232;ves et &#224; favoriser en fin de compte leur acc&#232;s &#224; l'abstraction des savoirs &#224; transmettre) contribuent en fait &#224; limiter l'efficacit&#233; de l'enseignement et &#224; maintenir ou &#224; creuser les diff&#233;rences sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir &#224; cet &#233;gard Jean-Pierre Terrail, Enseignement &#233;l&#233;mentaire : tirer les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invit&#233;s en moyenne section &#224; d&#233;couper, colorier, coller pour approcher &#171; en douceur &#187; la notion de longueur, les &#233;l&#232;ves-en-difficult&#233; en restent aux t&#226;ches manuelles sans percevoir l'enjeu cognitif de l'activit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir &#201;lisabeth Bautier (dir.), Apprendre &#224; l'&#233;cole, apprendre l'&#233;cole, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils ont plus de mal dans d'autres t&#226;ches &#224; adopter la posture r&#233;fl&#233;chie qu'on leur demande en GS, se mettent les derniers au travail dans les ateliers en observant d'abord ce que font les &#171; bons &#187; &#233;l&#232;ves, interviennent peu dans les regroupements. Et plus leurs difficult&#233;s se manifestent, plus les enseignants sont port&#233;s &#224; les consolider en diff&#233;renciant leur enseignement, en r&#233;servant les questions les plus ouvertes et les aspects les plus r&#233;flexifs des t&#226;ches propos&#233;es aux &#233;l&#232;ves rep&#233;r&#233;s comme capables de s'en tirer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Christophe Joigneaux, &#171; La construction de l'in&#233;galit&#233; scolaire d&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ainsi combien la scolarisation de la maternelle dans les derni&#232;res d&#233;cennies n'a pas chang&#233; seulement les contenus. Le changement des contenus s'est accompagn&#233; de ce qui jusque-l&#224; &#233;tait r&#233;serv&#233; aux &#233;tages sup&#233;rieurs de la scolarisation, et qui s'est r&#233;alis&#233; ici en l'absence m&#234;me de toute pratique de notation : une mise en concurrence et une hi&#233;rarchisation des &#233;l&#232;ves, qui ne peuvent &#224; cet &#226;ge qu'avoir des effets plus redoutables encore.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En apprenant &#224; l'enfant &#224; vivre et collaborer avec ses pairs tout en d&#233;veloppant ses capacit&#233;s d'action autonome, en &#233;largissant ses ressources linguistiques, intellectuelles, culturelles, en l'aidant &#224; affirmer ses habilet&#233;s corporelles, manuelles et artistiques, la fr&#233;quentation de l'&#233;cole enfantine ne peut que b&#233;n&#233;ficier &#224; la r&#233;ussite de ses entreprises ult&#233;rieures, au premier chef &#224; sa r&#233;ussite scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul besoin pour assurer ce b&#233;n&#233;fice d'anticiper les apprentissages proprement scolaires. La comparaison des &#233;valuations &#224; l'entr&#233;e au CP et en 6&#232;me montre que ces pr&#233;apprentissages (&#034;connaissance de l'&#233;crit&#034;, exercices phonologiques, connaissances g&#233;n&#233;rales, &#034;pr&#233;lecture&#034; par m&#233;morisation visuelle de mots-outils) ont un impact &#224; terme tr&#232;s limit&#233;. Ces activit&#233;s correspondent pourtant aux consignes professionnelles que les enseignants sont tenus d'observer, en m&#234;me temps qu'&#224; l'int&#233;gration de la GS dans le cycle 2 dit de la lecture. Ne serait-il pas temps, pour l'inspection et le minist&#232;re, de tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche de Bruno Suchaut (2008), qui a men&#233; &#224; bien &#224; l'IREDU-CNRS cet examen de l'impact des pr&#233;apprentissages de la maternelle sur la r&#233;ussite ult&#233;rieure des &#233;l&#232;ves, montre par contre que les activit&#233;s qui concourent &#224; la formation des concepts li&#233;s au temps et &#224; la formation des comp&#233;tences num&#233;riques ont, elles, un effet durable sur la r&#233;ussite des apprentissages de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire. On peut en conclure avec ce chercheur qu'il n'y a pas d'int&#233;r&#234;t &#224; calquer le programme de la maternelle sur l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire ; et que &#171; des activit&#233;s ludiques (jeux math&#233;matiques) ou l'&#233;ducation musicale (qui favorise notamment la structuration des perceptions temporelles) peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des vecteurs d'apprentissage particuli&#232;rement pertinents &#187;. Quand on observe que les &#034;coins jeux&#034; ont disparu dans nombre de classes de maternelle de par l'obsession d'une bonne pr&#233;scolarisation, on mesure l'ampleur du r&#233;examen qu'il conviendrait d'entreprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Post-scriptum&lt;/i&gt; (1-7-2014) : La comparaison par la DEPP des acquis des &#233;l&#232;ves en d&#233;but de CE2 en 1999 et 2013 (&lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; n&#176; 19, mai 2014) vient solidement confirmer la th&#232;se soutenue ci-dessus. Les chercheurs indiquent en effet que &#034;la forte progression des acquis observ&#233;e en d&#233;but de CP entre 1997 et 2011 ne s'observe plus &#224; l'entr&#233;e en CE2&#034;, et concluent que : &#034; Le r&#233;sultat apparemment paradoxal qui combine &#233;l&#233;vation du niveau en d&#233;but de CP et l&#233;g&#232;re d&#233;gradation en d&#233;but de CE2 conduit &#224; interroger la fonction des classes de CP et de CE1 dans la construction des apprentissages au cours de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bibliographie :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lisabeth Bautier (dir.), &lt;i&gt;Apprendre &#224; l'&#233;cole, apprendre l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Chroniques sociales, Lyon, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christophe Joigneaux, &#171; La construction de l'in&#233;galit&#233; scolaire d&#232;s l'&#233;cole maternelle &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, 169, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Suchaut, &#171; Le r&#244;le de l'&#233;cole maternelle dans les apprentissages et la scolarit&#233; des &#233;l&#232;ves &#187;, &lt;i&gt;Conf&#233;rence pour l'AGEM&lt;/i&gt;, Bourges, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une premi&#232;re version de ce texte est paru dans &lt;i&gt;L'&#201;cole aujourd'hui&lt;/i&gt;, n&#176;30, 2012, cf.&lt;a href=&#034;http://www.LEA.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.LEA.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir &#224; cet &#233;gard Jean-Pierre Terrail, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article133&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Enseignement &#233;l&#233;mentaire : tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir &#201;lisabeth Bautier (dir.), Apprendre &#224; l'&#233;cole, apprendre l'&#233;cole, Chroniques sociales, Lyon, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Christophe Joigneaux, &#171; La construction de l'in&#233;galit&#233; scolaire d&#232;s l'&#233;cole maternelle &#187;, Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie, 169, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
