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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
Contact : gr-ds@orange.fr.
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>&#171; &#201;cole &#187;, de Laurence de Cock : &#233;l&#233;ments de discussion et de r&#233;flexion</title>
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		<dc:date>2019-10-10T16:17:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole commune</dc:subject>
		<dc:subject>Esprit critique</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;valuations</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La nouvelle collection Le mot est faible chez Anamosa propose de courts ouvrages d'intervention, qui visent &#224; chaque fois, selon l'&#233;diteur, la r&#233;appropriation critique d'un terme &#171; d&#233;voy&#233; par la langue au pouvoir &#187;. Apr&#232;s deux titres consacr&#233;s aux mots R&#233;volution et Peuple, le troisi&#232;me, &#201;cole, s'empare de la question scolaire. Vif, tranchant, d'une lecture tr&#232;s agr&#233;able, il est sign&#233; par Laurence de Cock. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celle-ci s'attache d'abord &#224; rappeler l'impuissance de l'&#233;cole actuelle &#224; donner vie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;&#233;cole commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;Esprit critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;&#233;valuations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH61/arton310-cac43.png?1790689108' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='61' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle collection &lt;i&gt;Le mot est faible&lt;/i&gt; chez Anamosa propose de courts ouvrages d'intervention, qui visent &#224; chaque fois, selon l'&#233;diteur, la r&#233;appropriation critique d'un terme &#171; d&#233;voy&#233; par la langue au pouvoir &#187;. Apr&#232;s deux titres consacr&#233;s aux mots &lt;i&gt;R&#233;volution&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Peuple&lt;/i&gt;, le troisi&#232;me, &lt;i&gt;&#201;cole&lt;/i&gt;, s'empare de la question scolaire. Vif, tranchant, d'une lecture tr&#232;s agr&#233;able, il est sign&#233; par Laurence de Cock.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci s'attache d'abord &#224; rappeler l'impuissance de l'&#233;cole actuelle &#224; donner vie &#224; l'id&#233;al r&#233;publicain de &#171; l'&#233;galit&#233; d'&#233;ducation &#187; dont se r&#233;clamait Jules Ferry&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; qui l'on doit la formule&#8230; bien qu'on lui en doive bien d'autres, je le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son organisation institutionnelle et les modalit&#233;s de son fonctionnement assurent bien plut&#244;t &#171; la perp&#233;tuation d'un syst&#232;me qui assigne &#224; r&#233;sidence sociale ses participants &#187; (p. 46). Ce &#224; quoi l'auteure oppose la vis&#233;e d'une &#171; &#233;cole commune, d&#233;mocratique et &#233;mancipatrice &#187; (p. 66), signalant dans cette perspective de fortes convergences, accompagn&#233;es toutefois de certaines r&#233;serves, avec les propositions avanc&#233;es de son c&#244;t&#233; par le GRDS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; cet &#233;gard sur ce site nos propositions pour une &#233;cole commune, .&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GRDS, &#224; son sens, &#171; fait partie des emp&#234;cheurs de tourner en rond avec lesquels il faut discuter et batailler &#187; (p. 76). Nous acceptons volontiers l'hommage, et l'invitation qui va avec. Discutons, donc, et r&#233;fl&#233;chissons de concert. Deux points me paraissent tout particuli&#232;rement m&#233;riter qu'on s'y arr&#234;te, tant ils sont au c&#339;ur des d&#233;bats actuels : l'appr&#233;ciation &#224; porter sur la politique de Blanquer, et ce qu'il en est du r&#244;le &#171; &#233;mancipateur &#187; que peut jouer l'&#233;cole, deux points sur lesquels je devrai marquer certaines diff&#233;rences d'appr&#233;ciation avec ce qu'en dit LDC. On pourra certes opposer &#224; mes objections la bri&#232;vet&#233; impos&#233;e des ouvrages d'Anamosa, qui contraignent in&#233;vitablement leurs auteurs &#224; la multiplication d'assertions insuffisamment justifi&#233;es. Mais Laurence de Cock sait que nos colonnes sont ouvertes &#224; la poursuite de l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jean-Michel Blanquer / Lecture, libert&#233; p&#233;dagogique, neurosciences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle posture &#224; l'&#233;gard de la politique minist&#233;rielle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LDC porte une appr&#233;ciation de la politique du minist&#232;re absolument convergente avec la quasi-totalit&#233; des analyses critiques de gauche : il n'y a rien &#224; sauver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous faisons pour notre part aucune illusion sur la nature de classe de cette politique. Nous avons d'ailleurs &#233;t&#233; des tout premiers &#224; la signaler, en soulignant la port&#233;e n&#233;o-lib&#233;rale et r&#233;trograde d'un rapport de l'Institut Montaigne qui pr&#233;figurait d&#232;s 2010 la politique aujourd'hui mise en &#339;uvre par le ministre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Quant au rapport de l'Institut Montaigne sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; et nous avons multipli&#233;, depuis son arriv&#233;e au minist&#232;re, les interventions d&#233;non&#231;ant tel ou tel aspect de cette derni&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, Blanquer, Dehaene, et la construction d'une &#233;cole d&#233;mocratique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, nous pr&#233;f&#233;rons l'analyse concr&#232;te des situations concr&#232;tes aux anath&#232;mes et autres pr&#234;t-&#224;-penser. De ce point de vue, tout nous para&#238;t indiquer que JMB est r&#233;ellement soucieux d'am&#233;liorer tr&#232;s s&#233;rieusement l'acquisition des &#171; fondamentaux &#187;, en r&#233;ponse notamment aux exigences explicites du patronat en ce domaine. Pour des raisons qui tiennent &#224; son histoire personnelle, il consid&#232;re qu'en mati&#232;re d'apprentissage de la lecture le recours &#224; la d&#233;marche syllabique est le moyen le plus s&#251;r d'y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le fond, cette orientation recueille l'assentiment du GRDS, que nous appuyons sur trois constats empiriques forts :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, les d&#233;crocheurs pr&#233;coces, les orient&#233;s malgr&#233; eux sont tous en &#233;chec depuis le CP, et cet &#233;chec au CP tient dans neuf cas sur dix &#224; un apprentissage rat&#233; de la lecture ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; l'inverse, une entr&#233;e r&#233;ussie dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, et cela quelle que soit l'origine sociale des &#233;l&#232;ves concern&#233;s, annonce une poursuite d'&#233;tudes r&#233;ussie dans le sup&#233;rieur ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En mati&#232;re de lecture toutes les enqu&#234;tes convergent, &#224; commencer par celle qu'a coordonn&#233;e R. Goigoux : les pr&#233;conisations de la syllabique sont les plus efficaces pour assurer la r&#233;ussite de ceux qui ont statistiquement le plus de chances d'&#233;chouer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment d&#232;s lors pourrions-nous, dans ces conditions, ne pas accueillir favorablement un objectif minist&#233;riel (100% de lecteurs &#224; la fin du CP) dont la r&#233;alisation est aussi indispensable &#224; toute entreprise de d&#233;mocratisation scolaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'entr&#233;e dans les math&#233;matiques, comme pour le contenu des &#233;valuations mises en &#339;uvre par le minist&#232;re, notre appr&#233;ciation est beaucoup plus r&#233;serv&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur notre site les contributions de Stella Baruk concernant le rapport (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est franchement critique pour toutes les mesures prises &#224; l'&#233;gard de l'enseignement professionnel, des cursus lyc&#233;ens, du bac, de l'entr&#233;e &#224; l'universit&#233; (et le &#171; management &#187; de l'institution et de ses agents par le ministre nous para&#238;t aux antipodes de ce que devraient &#234;tre les relations du pouvoir politique avec des fonctionnaires qui font leur travail avec un grand esprit de responsabilit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures vont clairement, elles, &#224; l'encontre d'une vis&#233;e d&#233;mocratique pour l'&#233;cole. Mais elles nous paraissent pour autant coh&#233;rentes avec le souci r&#233;el d'une alphab&#233;tisation correcte de tous les jeunes. C'est un principe de base que de ne pas sous-estimer l'intelligence de ses adversaires, et il vaut particuli&#232;rement pour l'actuel ministre. JMB sait tr&#232;s bien qu'en am&#233;liorant l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite sa politique va susciter un d&#233;sir massif d'&#233;tudes prolong&#233;es. Or, &#224; l'instar des fondateurs de l'&#233;cole unique de la V&#232;me R&#233;publique, De Gaulle et son ministre Berthoin, en bon d&#233;fenseur donc de l'&#233;cole de classe, il n'a aucune envie de voir les &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me scolaire &#171; envahis par des dizaines de milliers de jeunes qui n'ont rien &#224; y faire &#187; (Berthoin). Comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs qui, l'acc&#232;s des classes populaires &#224; un nouveau seuil du cursus g&#233;n&#233;ral &#224; peine autoris&#233;, se sont toujours empress&#233;s d'ouvrir des voies de d&#233;rivation, plus courtes et moins valoris&#233;es, mettant en place au bout du compte les trois voies du lyc&#233;e, il conjugue l'objectif d'am&#233;lioration des scolarit&#233;s primaires avec un ensemble de mesures propres &#224; pr&#233;venir le souhait de milliers de nouveaux arrivants d'acc&#233;der aux meilleurs cursus du lyc&#233;e et de l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette coh&#233;rence, la posture politique la plus favorable aux int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratisation scolaire ne nous para&#238;t se situer ni du c&#244;t&#233; du &#171; tout est bon &#187;, ni du c&#244;t&#233; du &#171; rien &#224; sauver &#187;. Si le patronat a besoin de travailleurs mieux alphab&#233;tis&#233;s, ne vaut-il pas mieux mettre &#224; profit cette occurrence historique, accompagner l'entreprise en imposant les meilleures conditions possibles de sa mise en &#339;uvre, et prendre appui sur cet acquis pour pousser le processus le plus loin possible, en s'opposant vigoureusement &#224; tout ce qui peut lui faire obstacle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la lecture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LdC se rallie tout aussi bien &#224; un autre consensus &#171; de gauche &#187;, autour du &#171; Lire c'est comprendre &#187;. Voil&#224; un cinquantenaire, ce &#171; Lire c'est comprendre &#187;, qui se porte encore bien, m&#234;me s'il commence &#224; perdre un peu de sa superbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise au pied de la lettre, la formule ne fait pas sens : on peut tr&#232;s bien lire un texte trop difficile &#224; comprendre, le comprendre de mille fa&#231;ons diff&#233;rentes, etc. Consid&#233;r&#233;e dans le contexte historique de son &#233;mergence et de sa diffusion, elle porte une double affirmation : on peut d&#233;chiffrer (un texte simple) sans comprendre ce qu'on d&#233;chiffre ; d&#232;s lors l'accent mis sur le d&#233;chiffrage dans l'apprentissage de la lecture est contradictoire avec l'exigence d'un acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension de ce qu'on d&#233;chiffre. Cette double affirmation repose elle-m&#234;me sur le pr&#233;suppos&#233; d'une s&#233;paration, d'une ind&#233;pendance entre d&#233;chiffrage et compr&#233;hension, pr&#233;suppos&#233; tr&#232;s discutable (m&#234;me si je sais que je peux d&#233;chiffrer la &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt; sans pour autant que son sens me soit d'embl&#233;e transparent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fortune de cette formule, &#171; Lire c'est comprendre &#187;, a de quoi surprendre. Sa promotion institutionnelle aupr&#232;s du monde enseignant a favoris&#233; l'adoption de m&#233;thodes de lecture &#171; mixtes &#187; empruntant &#224; la globale &#8211; et r&#233;duisant d'autant l'entra&#238;nement au d&#233;chiffrage &#8211;, adoption dont les r&#233;sultats se sont av&#233;r&#233;s spectaculairement limit&#233;s : 20% des jeunes se trouvent encore aujourd'hui &#224; quinze ans &#171; en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187; (et ce n'est pas sur un texte de Kant qu'on les test&#233;s !). Cela fait des d&#233;cennies que perdure la foi dans les m&#233;thodes mixtes, sans que les d&#233;mentis de l'exp&#233;rience y changent grand-chose : j'y vois pour ma part un cas &#233;tonnant d'aveuglement de masse, volontaire et durable, qui ferait un tr&#232;s beau sujet de recherche socio-historique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne ne devient intelligible que s'il s'y joue bien autre chose que le choix entre de simples techniques d'apprentissages. De fait, l'assaut des modernistes contre les p&#233;dagogies traditionnelles, dans les ann&#233;es 1960/70, a &#233;rig&#233; le rejet de la syllabique en embl&#232;me du progressisme p&#233;dagogique et politique. Ce rejet est devenu l'identifiant par excellence de la seule communaut&#233; p&#233;dagogique vraiment humaine, celle qui voue aux g&#233;monies l'&#233;cole dite &#171; des blouses grises &#187;, son &#233;thique autoritaire et son go&#251;t des apprentissages m&#233;caniques et r&#233;p&#233;titifs. La d&#233;testation revendiqu&#233;e de la syllabique s'accompagne parfois d'une argumentation instruite ; mais elle fonctionne aussi bien souvent comme un signe ostensible d'appartenance qui ne suppose aucune connaissance particuli&#232;re en mati&#232;re d'apprentissage de la lecture : c'est d'abord une fa&#231;on de parler de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reprendrai pas ici les raisons qui me paraissent plaider pour une efficacit&#233; sup&#233;rieure de la syllabique, en mati&#232;re de compr&#233;hension comme de d&#233;chiffrage. Je les ai, avec quelques autres, expos&#233;es ailleurs en long, en large, et en travers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment sur ce site la rubrique &#171; Apprentissage de la lecture &#187;, , (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je les ai formul&#233;es de fa&#231;on suffisamment explicite et pr&#233;cise, en tout cas, pour qu'elles puissent faire l'objet d'une critique serr&#233;e et tout aussi s&#233;rieusement argument&#233;e. Ce qui, sachant combien l'acc&#232;s des jeunes &#224; la langue &#233;crite est un enjeu crucial de la d&#233;mocratisation scolaire, me para&#238;trait bien pr&#233;f&#233;rable aux facilit&#233;s allusives auxquelles Laurence de Cock n'&#233;chappe pas quand, visant &#224; mots couverts la syllabique, elle oppose &#171; les m&#233;thodes de gavage de l'&#233;cole primaire &#187; &#224; &#171; une ouverture culturelle litt&#233;raire ou artistique, &#233;veillant au go&#251;t de la lecture et des chiffres &#187; (p. 22), et s'interroge sur les m&#233;faits d'un &#171; rapport &#224; la lecture con&#231;ue uniquement sous l'angle du d&#233;chiffrement &#187; (p. 60). Peut-on, sur une question aussi d&#233;cisive, se contenter de faire savoir d'o&#249; l'on parle ? Et trancher dans un d&#233;bat essentiel en faisant comme si l'affaire allait de soi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autoritarisme minist&#233;riel vs libert&#233; p&#233;dagogique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication de la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants, th&#232;me assez peu pr&#233;sent jusque-l&#224; dans le d&#233;bat scolaire, a connu une brusque flamb&#233;e avec l'arriv&#233;e de JMB au minist&#232;re. Le domaine concern&#233; est pr&#233;cis&#233;ment celui de la lecture, puisque c'est ici la didactique des apprentissages qui fait l'objet de l'intervention minist&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; management &#187; de l'affaire par JMB appara&#238;t en effet tr&#232;s d&#233;termin&#233;, face &#224; la r&#233;sistance tout aussi d&#233;termin&#233;e de la majorit&#233; des &#171; experts &#187; de la lecture, et &#224; la force d'inertie d'une culture professionnelle massivement partag&#233;e par les enseignants, les formateurs, l'encadrement, les organisations syndicales. On se souvient qu'une premi&#232;re tentative du minist&#232;re pour r&#233;habiliter la syllabique, sous de Robien en 2006, et dans laquelle JMB avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tr&#232;s impliqu&#233;, n'avait pratiquement rien donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'est pas question pour moi de chercher &#224; justifier les pratiques manag&#233;riales du ministre, l'invocation par ses opposants de la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants me para&#238;t appeler deux observations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser que l'effort du ministre pour influencer ces derniers porte par lui-m&#234;me scandaleusement atteinte &#224; leur libert&#233; p&#233;dagogique, c'est faire comme si depuis Guizot et la loi de 1833 l'&#201;tat n'avait pas en permanence cherch&#233; &#224; contr&#244;ler &#224; distance leur activit&#233; dans la classe. C'est oublier qu'en mati&#232;re de lecture cela fait des d&#233;cennies et des d&#233;cennies que le minist&#232;re s'attache &#224; l&#233;gitimer telle ou telle mani&#232;re de conduire les apprentissages, quitte &#224; les d&#233;l&#233;gitimer ult&#233;rieurement, comme l'illustre pour le si&#232;cle &#233;coul&#233; la s&#233;quence des instructions officielles de 1923, 1939, 1972, 1985. Et qu'il mobilise (avec succ&#232;s !) l'encadrement, IEN et conseillers p&#233;dagogiques, pour obtenir la plus large application possible de ses pr&#233;conisations didactiques. On peut certes imaginer un autre rapport de l'&#233;cole au pouvoir politique, plaider (comme le fait le GRDS) pour la suppression de l'encadrement hi&#233;rarchique et une v&#233;ritable autonomisation du monde enseignant, qui supposeraient une profonde r&#233;organisation de la formation initiale et continue des ma&#238;tres, de tout autres conditions en mati&#232;re d'exp&#233;rimentation, d'&#233;valuation et de concertation p&#233;dagogiques, et un contr&#244;le social exclusivement ex-post. Mais en ce cas il faut poser le probl&#232;me de la libert&#233; p&#233;dagogique pour lui-m&#234;me et dans toute son ampleur, ses pr&#233;suppos&#233;s, sa complexit&#233;. Dans les conditions d'aujourd'hui, le minist&#232;re est dans son r&#244;le &#8211; un r&#244;le qui ne lui a pas &#233;t&#233; contest&#233; lorsqu'il promouvait la m&#233;thode globale &#8211; quand il fait savoir ses pr&#233;f&#233;rences en mati&#232;re de didactique de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que ses pr&#233;conisations sont argument&#233;es de fa&#231;on explicite et assez pr&#233;cise. C'est donc sur ce terrain-l&#224;, celui de l'argumentation sur le fond, accompagn&#233;e et valid&#233;e par l'&#233;valuation des pratiques, que doit porter la contestation. &#192; cet &#233;gard, et c'est ma seconde observation, l'opposition syndicale est tout &#224; fait fond&#233;e &#224; mettre en cause des &#233;valuations visiblement organis&#233;es &#224; la va-vite et sans aucune concertation avec le monde enseignant, et &#224; alerter sur les risques &#233;ventuels d'un usage r&#233;pressif de leurs r&#233;sultats. Mais r&#233;cuser le principe m&#234;me de l'&#233;valuation en l'identifiant &#224; une r&#233;pression rel&#232;verait de la politique de l'autruche et reviendrait &#224; admettre qu'on part battu d'avance. Que pourrait craindre d'une &#233;valuation (dont les modalit&#233;s feraient consensus) celui qui est convaincu du bien-fond&#233; de ses choix didactiques ? Et alors que ses r&#233;sultats seraient de nature &#224; rendre mieux inform&#233; et plus r&#233;fl&#233;chi l'usage que les enseignants font de leur libert&#233; p&#233;dagogique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur &#171; l'instrumentalisation des sciences cognitives &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des sciences cognitives, LDC salue &#171; des recherches tr&#232;s stimulantes [dont les] conclusions font avancer la connaissance du cerveau &#187;. Mais, ajoute-t-elle, &#171; leur instrumentalisation par le pouvoir est plus que p&#233;rilleuse car elle agit comme un substitut &#224; toute r&#233;flexion sur les d&#233;terminations sociales &#187; (p. 61). L&#224; encore son propos s'inscrit dans le &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; de la pens&#233;e &#171; de gauche &#187; aujourd'hui sur l'&#233;cole. Il n'en m&#233;rite pas moins examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LDC souligne et d&#233;plore l'ampleur des in&#233;galit&#233;s sociales qui marquent le fonctionnement de notre syst&#232;me &#233;ducatif, dans lequel &#171; l'enfant de cadre a quarante fois plus de chances de devenir &#233;tudiant que l'enfant d'ouvrier (&#8230;) le diff&#233;rentiel est &#233;norme &#187; (p. 40). Ces in&#233;galit&#233;s pour elle ne vont pas de soi, et elle en &#233;voque diff&#233;rentes causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constater et d&#233;plorer est un premier pas, mais comment modifier la situation ? Aucune entreprise en ce sens n'est envisageable si la chose appara&#238;t impossible aux yeux du grand nombre. Or on ne peut ignorer que la conviction du caract&#232;re in&#233;vitable des in&#233;galit&#233;s scolaires reste aujourd'hui massivement partag&#233;e. Il y a quelques d&#233;cennies encore elles &#233;taient per&#231;ues comme proc&#233;dant d'un donn&#233; biologique : les jeunes &#233;taient plus ou moins &#171; aptes &#187; &#224; la r&#233;ussite scolaire. Cette croyance dans les &#171; aptitudes &#187; dominait tout l'&#233;ventail politique, ensemble de la gauche comprise, imposant ses limites au progressiste plan Langevin-Wallon lui-m&#234;me. A partir des ann&#233;es 1960 le justificatif fataliste des in&#233;galit&#233;s scolaires change progressivement de base, le donn&#233; social se substituant peu &#224; peu au donn&#233; biologique : les jeunes &#233;chouent parce qu'ils sont n&#233;s dans les familles et les quartiers populaires, qu'ils souffrent d'un handicap socioculturel, qu'ils ne sont pas dans un rapport de connivence avec l'&#233;cole, etc. La r&#233;f&#233;rence au donn&#233; biologique n'a pas compl&#233;tement disparu pour autant, elle a pris un caract&#232;re plus implicite. Elle reste sous-jacente &#224; la th&#233;matique du d&#233;terminisme social : depuis les ann&#233;es 60 experts et responsables minist&#233;riels ne nous r&#233;p&#232;tent-ils pas &#224; sati&#233;t&#233; que les enfants des quartiers populaires, qui ne seraient pas dou&#233;s pour l'abstraction, auraient besoin de &#171; p&#233;dagogies concr&#232;tes &#187;, sans que cela d'ailleurs ne soul&#232;ve nul scandale notable dans le monde scolaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apport des sciences cognitives s'av&#232;re ici radical, salutaire, balayant &lt;i&gt;du point de vue de la biologie&lt;/i&gt; des si&#232;cles de naturalisation biologique de l'in&#233;galit&#233; des destins sociaux : tous les enfants sont &#171; de formidables petites machines &#224; apprendre &#187; (S. Dehaene), ce n'est pas dans leur cerveau qu'il faut chercher l'origine d'un &#233;ventuel &#233;chec. M&#233;conna&#238;tre cet apport parce qu'un ministre de droite s'y r&#233;f&#232;re t&#233;moignerait d'une tr&#232;s courte vue. D'autant que ledit ministre s'en sert pour &#233;tayer son objectif de 100% de r&#233;ussites en lecture en fin de CP : faudrait-il se plaindre de ce type d'instrumentalisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il serait d'autant plus paradoxal d'incriminer l'appui cherch&#233; par le ministre chez Stanislas Dehaene que le travail majeur de ce dernier, &lt;i&gt;Les Neurones de la lecture&lt;/i&gt;, visiblement bien peu lu par ses d&#233;tracteurs, vient confirmer, sur le registre propre du biologique, et la critique philosophique de la th&#233;matique des dons d&#233;velopp&#233;e d&#232;s les ann&#233;es 1960&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, in GFEN, Dou&#233;, non dou&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et les apports linguistiques et anthropologiques propres &#224; soutenir le &#171; Tous capables &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?, La Dispute, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il vient &#233;clairer le pourquoi des constats r&#233;it&#233;r&#233;s de la statistique sociale internationale qui compare les m&#233;thodes d'apprentissage de la lecture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;cole commune et &#233;mancipation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Laurence de Cock se d&#233;clare donc en faveur d'une &#171; &#233;cole commune, d&#233;mocratique et &#233;mancipatrice &#187;. Avanc&#233;e par le GRDS voici quinze ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, &#201;cole, l'enjeu d&#233;mocratique, La Dispute, Paris, 2004.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la notion d'&#171; &#233;cole commune &#187; retrouvait sans le savoir l'inspiration du rapport &#224; la Convention r&#233;dig&#233; fin 1792 par Lepeletier de Saint Fargeau qui projetait, sous ce vocable, une &#233;cole accueillant &#224; l'identique les enfants de tous les milieux sociaux. Parler aujourd'hui d'&#233;cole commune c'est mettre en cause l'actuel syst&#232;me scolaire, ouvert &#224; tous et souvent qualifi&#233; en ce sens d'&#171; &#233;cole unique &#187;, mais qui, par la mise en concurrence les &#233;l&#232;ves qu'il accueille, finit par les affecter &#224; des parcours in&#233;galement valoris&#233;s, au point de reproduire les in&#233;galit&#233;s du monde social. Parler d'&#233;cole commune, c'est proposer une &#233;cole non concurrentielle, qui aurait pour vocation de conduire tous ses publics &#224; l'appropriation d'une culture commune au terme d'un parcours v&#233;ritablement commun de 2 &#224; 18 ans. S'il va de soi qu'une telle &#233;cole pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme &#171; d&#233;mocratique &#187;, quelles conditions devrait-elle remplir pour &#234;tre qualifi&#233;e d'&#171; &#233;mancipatrice &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'aspect sur lequel LDC s'arr&#234;te plus particuli&#232;rement, en opposant la conception de l'&#233;mancipation qu'elle r&#233;f&#232;re au p&#233;dagogue Paolo Freire et qui suppose un &#171; processus intellectuel critique &#187; de &#171; conscientisation des rapports de domination &#187;, pr&#233;alable indispensable &#224; l'abolition de ces rapports, aux usages &#171; d&#233;voy&#233;s &#187; qu'en fait E. Macron, qui associe le mot &#224; &#171; la libre entreprise de soi-m&#234;me &#187; et &#224; l'individualisme concurrentiel (pp. 66-67). Cette opposition lui sert de grille de lecture des p&#233;dagogies alternatives, puisqu'elle en retrouve le principe dans la diff&#233;rence entre les p&#233;dagogies de type Freinet, impr&#233;gn&#233;es des valeurs de solidarit&#233; et de justice sociale, auxquelles vont ses faveurs, et la p&#233;dagogie Montessori, qui privil&#233;gie l'&#233;panouissement individuel de l'enfant, et dont elle d&#233;nonce les &#171; d&#233;rives &#187; mercantiles qui feraient office aujourd'hui d'&#171; adjuvants d'un syst&#232;me n&#233;olib&#233;ral &#187; (p. 59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;mancipation et savoirs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette discussion est men&#233;e sans que soit interrog&#233;e quelque peu pr&#233;cis&#233;ment la relation entre transmission des savoirs et &#233;mancipation. La chose a de quoi &#233;tonner : n'est-ce pas dans le domaine des savoirs que l'&#233;cole, qui leur doit sa raison d'&#234;tre, peut apporter sa contribution essentielle &#224; l'&#233;mancipation de ses b&#233;n&#233;ficiaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le si&#232;cle dernier a vu s'op&#233;rer un basculement progressif, dans les discours experts sur l'&#233;cole, d'une conception qui mettait l'accent sur l'&#233;mancipation par les savoirs &#224; une conception qui pr&#234;te beaucoup moins d'attention &#224; leur acquisition effective qu'&#224; la mani&#232;re de les transmettre. Il y a l&#224; quelque chose de profond&#233;ment paradoxal. Car au long de la m&#234;me p&#233;riode le d&#233;veloppement de la production et de services de plus en plus p&#233;n&#233;tr&#233;s de connaissances savantes a suscit&#233; une demande toujours accrue de qualifications &#233;labor&#233;es sur le march&#233; du travail. L'essor des techniques remet sans cesse en cause une parcellisation des t&#226;ches que le patronat s'efforce tout aussi contin&#251;ment de reproduire &#224; un niveau sup&#233;rieur de comp&#233;tences productives. &#171; La grande industrie, &#233;crivait Marx avec une lucidit&#233; impressionnante pour l'&#233;poque, oblige la soci&#233;t&#233; sous peine de mort &#224; remplacer l'individu morcel&#233;, porte-douleur d'une fonction productive de d&#233;tail, par l'individu int&#233;gral qui sache tenir t&#234;te aux exigences les plus diversifi&#233;es du travail et ne donne, dans des fonctions altern&#233;es, qu'un libre essor &#224; la diversit&#233; de ses capacit&#233;s naturelles ou acquises &#187;. L'essor de la soci&#233;t&#233; bourgeoise a de fait clairement pour horizon la production de l'individu &#171; int&#233;gral &#187;, ou multilat&#233;ral&#8230; et suscite en m&#234;me temps des luttes acharn&#233;es pour emp&#234;cher son v&#233;ritable av&#232;nement : comme on le voit de fa&#231;on particuli&#232;rement manifeste dans l'entreprise aujourd'hui, o&#249; l'obligation patronale de faire appel &#224; toutes les formes d'initiative intelligente et responsable des salari&#233;s se double d'efforts gigantesques pour pr&#233;server le caract&#232;re subordonn&#233; du travail. Les politiques scolaires mises en &#339;uvre depuis la fin de la seconde guerre mondiale traduisent &#224; leur fa&#231;on cette logique contradictoire : contraintes d'ouvrir l'acc&#232;s aux &#233;tudes prolong&#233;es &#224; des publics sans cesse &#233;largis, elles s'av&#232;rent tout aussi soucieuses d'exclure la masse des nouveaux acc&#233;dants des formes les plus &#233;labor&#233;es de la culture &#233;crite en les d&#233;rivant vers les voies courtes et les qualifications limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment dans ce contexte historique l'&#233;cole pourrait-elle contribuer &#224; l'&#233;mancipation de ses publics sans se donner pour t&#226;che de faire sauter la chape de plomb qui ob&#232;re leur acc&#232;s le plus massif aux savoirs les plus &#233;labor&#233;s et aux qualifications les plus &#233;lev&#233;es ? Elle r&#233;pondrait ainsi au v&#339;u de neuf familles sur dix dans les milieux populaires. Et satisferait du m&#234;me coup une exigence historique cruciale, s'il est vrai que la survie de l'humanit&#233; appelle d&#233;sormais de fa&#231;on urgente une r&#233;volution culturelle indispensable pour lui permettre de reprendre collectivement la main sur son destin et de modifier en profondeur ses fa&#231;ons de produire et de consommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle r&#233;volution culturelle devrait viser la figure id&#233;ale de l'&#171; individu int&#233;gral &#187; et du plus haut degr&#233; de d&#233;mocratie possible. Elle devrait permettre une d&#233;sexpertisation massive de nos soci&#233;t&#233;s, le d&#233;veloppement en chaque individu d'une capacit&#233; &#224; repenser le monde, &#224; d&#233;battre de son avenir, &#224; agir de fa&#231;on instruite, responsable, innovante dans son domaine de sp&#233;cialit&#233;, rendant superflue la figure de l'expert, du concepteur s&#233;par&#233; de l'ex&#233;cutant. Elle devrait viser, en bref, la capacit&#233; concr&#232;te de chacun et de tous &#224; s'affronter &#224; toutes les dominations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'appropriation des savoirs par les jeunes g&#233;n&#233;rations s'av&#232;re en ce sens au c&#339;ur de la contribution que l'&#233;cole est susceptible d'apporter au processus d'&#233;mancipation humaine para&#238;t peu contestable, et soul&#232;ve &#224; son tour deux nouvelles questions. De quels savoirs s'agit-il, comment concevoir les savoirs &#224; transmettre par une &#233;cole &#233;mancipatrice ? Seconde question : la transmission de ces savoirs doit-elle s'accompagner, pour &#234;tre pleinement efficace, d'une action scolaire sp&#233;cifique sur le registre &#233;thico-politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;organisation des contenus d'enseignement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune, qui seule &#224; notre sens peut assurer &#224; tous une entr&#233;e normale dans la culture &#233;crite, implique la mise en place d'un tronc commun de la maternelle jusqu'&#224; un bac de culture g&#233;n&#233;rale, r&#233;servant les sp&#233;cialisations disciplinaires et professionnelles &#224; l'enseignement sup&#233;rieur. La suppression des fili&#232;res suppose d'&#233;vidence une r&#233;organisation g&#233;n&#233;rale du curriculum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;organisation doit permettre que, dans chaque mati&#232;re disciplinaire, le bagage transmis au terme du tronc commun soit suffisant pour autoriser une &#233;ventuelle sp&#233;cialisation dans cette mati&#232;re dans l'enseignement sup&#233;rieur. Et ce bagage doit fournir en m&#234;me temps ce qui sera indispensable aux non sp&#233;cialistes pour se confronter aux pratiques sociales qui mettent en jeu le savoir disciplinaire concern&#233;, et intervenir de fa&#231;on suffisamment instruite dans les d&#233;bats suscit&#233;s par ces pratiques. C'est l&#224; un cadre g&#233;n&#233;ral qui a plusieurs cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il implique, d'abord, l'introduction de nouvelles mati&#232;res : ainsi de l'enseignement de la technologie, de la r&#233;flexion sur l'objet technique et les fa&#231;ons de faire, enseignement absolument indispensable &#224; la formation de l'&#171; individu int&#233;gral &#187;, qui devrait trouver sa place d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir en ce sens Yves-Claude Lequin, Technique et technologie dans l'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cadre appelle aussi un r&#233;examen de la place des disciplines dans le cursus. On pense ici notamment &#224; l'int&#233;r&#234;t de d&#233;velopper la place des disciplines qui apprennent &#171; comment penser &#187;, l&#224; o&#249; &#233;taient plut&#244;t privil&#233;gi&#233;s des enseignements orient&#233;s vers le &#171; quoi penser &#187;. On peut envisager dans cette perspective d'introduire d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire des enseignements interrogeant le monde social et initiant &#224; la pratique de l'enqu&#234;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Bernard Lahire, &#192; quoi sert l'enseignement des sciences du monde social (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ainsi qu'un enseignement de la philosophie, qui, tout en &#233;tant adapt&#233; &#224; l'&#226;ge des &#233;l&#232;ves, les engage dans des investigations intellectuelles exigeantes et les confronte aux crit&#232;res de la r&#233;flexion rationnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Serge Cosp&#233;rec, &#171; Philosopher &#224; l'&#233;cole primaire ? &#187;, P&#233;dagogies de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la fa&#231;on m&#234;me d'enseigner les disciplines qu'il convient encore de r&#233;examiner en les tirant elles aussi du c&#244;t&#233; du &#171; comment penser &#187;. L'exp&#233;rience montre qu'il n'est pas si facile d'abandonner la d&#233;marche expos&#233; magistral/m&#233;morisation de faits qui seraient empiriquement donn&#233;s, afin de donner toute sa place &#224; l'appropriation par les &#233;l&#232;ves du point de vue &#224; partir duquel la discipline concern&#233;e interroge son objet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie sur ce point aux r&#233;flexions propos&#233;es par Jean-Pierre Astolfi, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut penser ici par exemple &#224; l'enseignement de l'histoire, qui a tant de mal selon ses propres didacticiens &#224; conjuguer le &#171; quoi penser &#187; (le r&#233;cit des &#171; faits &#187;, si l'on pr&#233;f&#232;re, ou plut&#244;t un certain r&#233;cit des faits) et l'indispensable distanciation r&#233;flexive &#224; son &#233;gard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple : Nicole Lautier et Nicole Allieu-Mary, &#171; La didactique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ne serait-il pas particuli&#232;rement utile, &#224; ce sujet, de repenser compl&#233;tement l'ensemble des enseignements de sciences sociales, histoire, g&#233;ographie, &#233;conomie, sociologie, anthropologie, &#224; partir du CP ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ainsi J&#233;r&#244;me Deauvieau, Quel enseignement pour penser le monde social ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais la question se pose tout aussi bien dans les sciences exp&#233;rimentales et les math&#233;matiques ; ainsi pour ces derni&#232;res de cette remarque d'un professeur du secondaire : &#171; Si notre enseignement se pr&#233;sente comme intellectuellement exigeant, la rigueur de la d&#233;monstration en est le c&#339;ur, il ne laisse h&#233;las pas souvent la place &#224; la r&#233;flexion sur son contenu, ne se pr&#233;sente pas assez comme un constituant de la culture humaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quels sont les math&#233;maticiens dont le nom survit &#224; la fin des &#233;tudes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui contribue probablement au d&#233;sint&#233;r&#234;t voir au rejet des math&#233;matiques par bon nombre d'&#233;l&#232;ves hors les classes scientifiques. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Gerbal, &#171; Coll&#232;ge/lyc&#233;e : mettre les &#233;l&#232;ves en travail et en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Probl&#233;matiser et historiciser les connaissances produites dans chaque discipline, c'est apprendre aux &#233;l&#232;ves &#224; raisonner, r&#233;fl&#233;chir, abstraire, dans le cadre de cette discipline, et du m&#234;me coup contribuer &#224; la formation du fameux &#171; esprit critique &#187; que les p&#233;dagogies progressistes invoquent autant qu'elle para&#238;t difficile &#224; r&#233;aliser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Serge Cosp&#233;rec, D&#233;velopper l'esprit critique des &#233;l&#232;ves ? Un mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Former des hommes, propager des connaissances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurence de Cock rappelle cette formule de Lepeletier de Saint Fargeau : &#171; Former des hommes, propager des connaissances humaines : telles sont les deux parties du probl&#232;me que nous avons &#224; r&#233;soudre &#187;. Mais s'agit-il vraiment de deux objectifs s&#233;par&#233;s ? Leur dissociation m&#233;rite d'&#234;tre interrog&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons d'y insister : &#171; propager des connaissances &#187; n'est pas r&#233;ductible &#224; &#171; porter &#224; la connaissance &#187;. Ce n'est pas une simple communication d'informations. C'est &#8211; en tout cas cela peut &#234;tre ou cela devrait &#234;tre &#8211; &#224; la fois transmettre le patrimoine culturel qui sp&#233;cifie un moment historique donn&#233; et former une capacit&#233; de distanciation r&#233;flexive &#224; son &#233;gard. C'est mettre par suite les jeunes g&#233;n&#233;rations en position de faire vivre mais aussi de faire &#233;voluer ce patrimoine, et d&#232;s lors&#8230; former des hommes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faut-il pr&#233;ciser que je prends &#171; homme &#187; dans un sens encore plus g&#233;n&#233;rique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recouvrement entre &#171; propager des connaissances &#187; et &#171; former des hommes &#187; est donc en r&#233;alit&#233; tr&#232;s large. Peut-on s'en tenir l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institution scolaire a toujours &#233;t&#233; charg&#233;e d'une vis&#233;e sp&#233;cifique de formation d'un certain type d'homme, pr&#233;par&#233; &#224; l'acceptation et &#224; l'assomption d'une position sociale donn&#233;e : formation cens&#233;ment assur&#233;e &#224; la fois par la transmission de savoirs non critiques, exempts de toute remise en cause de l'ordre social, par l'inculcation d'injonctions d'ordre moral, par l'imposition de comportements marqu&#233;s par l'ob&#233;issance et le respect hi&#233;rarchique (ou &#224; l'inverse, s'agissant de l'&#233;lite sociale, par la pr&#233;paration au commandement). Depuis les ann&#233;es 1960-70, l'affaiblissement des valeurs et des pratiques d'autorit&#233; a laiss&#233; place &#224; la mont&#233;e en puissance d'une culture de l'individualisme concurrentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce m&#234;me terrain de la &#171; formation de l'homme &#187; qu'interviennent les p&#233;dagogies alternatives, mais en prenant sous tel ou tel aspect le contrepied des vis&#233;es des classes dominantes, ainsi du courant d'id&#233;es initi&#233; par Maria Montessori pr&#244;nant le respect et l'&#233;panouissement de l'enfant, et des valeurs d'entraide plut&#244;t que de mise en concurrence (les &#233;l&#232;ves ne sont ni not&#233;s ni class&#233;s) ; ou du mouvement Freinet, privil&#233;giant la formation de citoyens libres, responsables et solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse de vis&#233;es d'assujettissement ou de vis&#233;es d'&#233;mancipation, il est bien difficile de se faire une id&#233;e pr&#233;cise de leurs effets r&#233;els sur le futur adulte. De fa&#231;on av&#233;r&#233;e, la scolarisation a des cons&#233;quences consid&#233;rables, mais la transformation du rapport au monde qu'elle induit semble tenir en premier lieu &#224; l'essor des connaissances et des capacit&#233;s r&#233;flexives. Elle affecte un ensemble de pratiques &#8211; culturelles, de consommation, de f&#233;condit&#233;, etc. &#8211;, mais son impact dans le domaine &#233;thico-politique semble beaucoup plus incertain, sauf &#224; d&#233;tourner au plan &#233;lectoral du vote pour l'extr&#234;me-droite. Les choix et les engagements &#233;thiques et politiques semblent relever au premier chef des h&#233;ritages familiaux, des exp&#233;riences professionnelles, des conjonctures historiques. Ce n'est certes pas une raison pour n&#233;gliger l'efficace potentielle de l'action scolaire en la mati&#232;re, mais sans la sur&#233;valuer pour autant, et notamment sans lui sacrifier sa mission premi&#232;re de partage des savoirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, &#201;cole et &#233;mancipation, GRDS, 2013, .&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera que l'imp&#233;ratif de d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs ne peut &#234;tre lui-m&#234;me mis en &#339;uvre sans cons&#233;quences dans le domaine classiquement consid&#233;r&#233; comme celui de la &#171; formation de l'homme &#187; : il para&#238;t en effet impossible &#224; mettre en &#339;uvre dans le cadre actuel de la comp&#233;tition scolaire propre &#224; l'&#233;cole unique. Il ne peut se r&#233;aliser que dans une &#233;cole commune sans note et sans classement hi&#233;rarchique des &#233;l&#232;ves, il suppose la forme scolaire donc la moins susceptible de favoriser l'inculcation des valeurs de l'individualisme concurrentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette &#233;cole commune doit intervenir plus encore sur le terrain des valeurs, c'est certainement en privil&#233;giant la perspective du comment penser au d&#233;triment l&#224; encore du quoi penser, en s'attachant &#224; former la capacit&#233; des jeunes g&#233;n&#233;rations &#224; penser la question des valeurs et &#224; interroger le champ de l'&#233;thico-politique plut&#244;t qu'&#224; chercher &#224; leur imposer les valeurs elles-m&#234;mes, f&#251;t-ce sous la forme en vogue aujourd'hui des &#171; &#233;ducations &#224; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; cet &#233;gard Alain Beitone, Les &#034;&#233;ducations &#224;&#034;&#8230; Ya basta ! , GRDS, 2015, .&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient en d&#233;finitive l'angle d'approche et la question soulev&#233;e, il ne para&#238;t gu&#232;re pertinent de dissocier l'appropriation des savoirs et la formation de l'homme et du citoyen. La pr&#233;occupation pour cette derni&#232;re est importante et l&#233;gitime, mais il serait illusoire de pr&#233;tendre l'autonomiser des contraintes de la &#171; propagation des connaissances &#187;. La classique opposition entre &#233;ducation et instruction ne tient pas la route, et il serait certainement plus op&#233;ratoire, pour penser les politiques scolaires, de recourir &#224; la distinction entre le &#171; quoi penser &#187; et le &#171; comment penser &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Distinction que J&#233;r&#244;me Deauvieau reprend &#224; l'historien isra&#233;lien Shlomo Sand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien admettre &#224; cet &#233;gard que les p&#233;dagogies alternatives ont plac&#233; la &#171; formation de l'homme &#187; au centre de leur attention, en s'int&#233;ressant beaucoup moins &#224; la transmission des savoirs. Laurence de Cock souligne combien C&#233;lestin Freinet valorisait le travail des &#233;l&#232;ves. Mais il faut aussi rappeler que l'objectif de ce p&#233;dagogue, dans le monde social qui &#233;tait le sien, n'&#233;tait pas d'introduire ses &#233;l&#232;ves aux difficult&#233;s et aux emb&#251;ches d'&#233;tudes prolong&#233;es, mais de former des paysans, des ouvriers, des employ&#233;s dispos&#233;s &#224; l'action coop&#233;rative et disposant des moyens (notamment en mati&#232;re de narration &#233;crite) d'occuper leur position sociale en citoyens libres et solidaires. Le monde a chang&#233;, et du m&#234;me coup ce que sont les pr&#233;suppos&#233;s d'une politique scolaire d&#233;mocratique. Les h&#233;ritiers de Freinet ont-ils int&#233;gr&#233; ces nouvelles exigences historiques ? Il est vrai que les effets pratiques des scolarit&#233;s effectu&#233;es dans le cadre des p&#233;dagogies alternatives ont rarement &#233;t&#233; mesur&#233;s. Mais le peu que l'on en sait concernant le mouvement Freinet laisse perplexe. Ce que l'on en sait : il s'agit de cette &#233;cole de ZEP de la banlieue de Lille pratiquant la p&#233;dagogie Freinet. La comparaison syst&#233;matique men&#233;e par une &#233;quipe universitaire entre les performances des &#233;l&#232;ves parvenus en fin de CM2, et celles de leurs homologues de l'&#233;cole voisine dans la ZEP, ainsi que d'une autre &#233;cole proche, mais hors ZEP et socialement h&#233;t&#233;rog&#232;ne, montre que les &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole Freinet sont aussi &#224; l'aise en narration libre que ceux de l'&#233;cole hors ZEP, mais que leur ma&#238;trise formelle de la langue &#233;crite et leurs r&#233;sultats dans toutes les autres mati&#232;res ne les diff&#233;rencient gu&#232;re de l'autre &#233;cole ZEP. Ils n'ont que tr&#232;s partiellement acquis, si l'on pr&#233;f&#232;re, le bagage de ces fameux &#171; savoirs fondamentaux &#187; qui leur serait n&#233;cessaire pour poursuivre sans trop de probl&#232;mes une scolarit&#233; secondaire et sup&#233;rieure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Yves Reuter (direction), Une &#233;cole Freinet. Fonctionnement et effets (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qui plus est, on ne sache pas que la publication de cette recherche ait suscit&#233; au sein du mouvement Freinet le besoin d'un aggiornamento passant par une meilleure prise en compte des contraintes de la &#171; propagation des connaissances &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne dispose d'aucun travail d'investigation comparable concernant les &#233;coles Montessori. Au vu d'exp&#233;riences d'observation ponctuelles dans des &#233;tablissements &#171; orthodoxes &#187;, qui s'efforcent d'&#234;tre fid&#232;les &#224; l'h&#233;ritage de la fondatrice (je laisse ici de c&#244;t&#233; les &#171; d&#233;rives mercantiles &#187; qu'&#233;voque LDC), il me para&#238;t clair qu'&#224; l'instar du mouvement Freinet on a affaire &#224; une conduite des apprentissages qui respecte les enfants et en obtient des comportements libres, responsables et pacifi&#233;s. Lui reprocher de viser &#171; l'&#233;panouissement des enfants &#187; me para&#238;t peu convaincant d&#232;s lors que cette vis&#233;e n'est li&#233;e &#224; aucune mise en comp&#233;tition : quels parents, quelle soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique r&#233;cuseraient un tel objectif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai soulign&#233; par ailleurs, l'&#233;cole publique aurait tout int&#233;r&#234;t &#224; exp&#233;rimenter et &#224; g&#233;n&#233;raliser le cas &#233;ch&#233;ant certaines des innovations propres &#224; ces mouvements p&#233;dagogiques. &#201;tant entendu qu'il n'y a pas d'&#233;cole &#233;mancipatrice qui laisserait une partie des jeunes g&#233;n&#233;rations &#224; l'&#233;cart du patrimoine culturel de leur temps, et qui ne t&#233;moignerait donc de la m&#234;me exigence intellectuelle &#224; l'&#233;gard de tous ses publics, on ne voit en effet aucune raison de n&#233;gliger la contribution possible &#224; l'ambition d'une telle &#233;cole de l'exp&#233;rience historique accumul&#233;e par les p&#233;dagogies alternatives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; qui l'on doit la formule&#8230; bien qu'on lui en doive bien d'autres, je le note au passage, qui trahissent, elles, de solides convictions in&#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; cet &#233;gard sur ce site nos propositions pour une &#233;cole commune, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique20&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique20&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Quant au rapport de l'Institut Montaigne sur l'enseignement primaire&lt;/i&gt;, GRDS, 7-5-2 010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;Blanquer, Dehaene, et la construction d'une &#233;cole d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, 2019, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article305&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article305&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan 2000-2016 et enseignements&lt;/i&gt;, GRDS, 2016, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur notre site les contributions de Stella Baruk concernant le rapport Villani-Torossian et les &#233;valuations minist&#233;rielles : &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article290&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article290&lt;/a&gt;, et &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article294&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article294&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment sur ce site la rubrique &#171; Apprentissage de la lecture &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique10&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique10&lt;/a&gt;, par exemple Janine Reichstadt, &lt;i&gt;D&#233;chiffrer pour comprendre. Une question cl&#233; pour l'apprentissage de la lecture&lt;/i&gt;, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, in GFEN, &lt;i&gt;Dou&#233;, non dou&#233;&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, Paris, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan 2000-2016 et enseignements&lt;/i&gt;, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;&#201;cole, l'enjeu d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir en ce sens Yves-Claude Lequin, &lt;i&gt;Technique et technologie dans l'&#233;cole commune, premi&#232;res propositions&lt;/i&gt;, GRDS, 2012, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article158&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article158&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir Bernard Lahire, &lt;i&gt;&#192; quoi sert l'enseignement des sciences du monde social ? &lt;/i&gt; GRDS, 2015 : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article211&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article211&lt;/a&gt; ; ainsi que J&#233;r&#244;me Deauvieau, &lt;i&gt;Quel enseignement pour penser le monde social ? Quelques r&#233;flexions et propositions&lt;/i&gt;, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Serge Cosp&#233;rec, &#171; Philosopher &#224; l'&#233;cole primaire ? &#187;, &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, La Dispute, &#224; para&#238;tre, mars 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie sur ce point aux r&#233;flexions propos&#233;es par Jean-Pierre Astolfi, &lt;i&gt;La Saveur des savoirs. Disciplines et plaisir d'apprendre&lt;/i&gt;, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2008, r&#233;&#233;d. 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple : Nicole Lautier et Nicole Allieu-Mary, &#171; La didactique de l'histoire &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, n&#176;162, janvier-mars 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ainsi J&#233;r&#244;me Deauvieau, &lt;i&gt;Quel enseignement pour penser le monde social ? Quelques r&#233;flexions et propositions&lt;/i&gt;, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&lt;/a&gt; ; et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Disciplines scolaires et savantes : le cas des SES, une discussion. Pour une r&#233;flexion &#233;largie sur l'enseignement des sciences sociales&lt;/i&gt;, GRDS, 2016, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article217&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article217&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quels sont les math&#233;maticiens dont le nom survit &#224; la fin des &#233;tudes en dehors de Pythagore et Thal&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Gerbal, &#171; Coll&#232;ge/lyc&#233;e : mettre les &#233;l&#232;ves en travail et en pens&#233;e math&#233;matique &#187;, in &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, &#224; para&#238;tre aux &#233;ditions La Dispute, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Serge Cosp&#233;rec, &lt;i&gt;D&#233;velopper l'esprit critique des &#233;l&#232;ves ? Un mouvement anglo-saxon, le Critical Thinking&lt;/i&gt;, GRDS, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article286&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article286&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Faut-il pr&#233;ciser que je prends &#171; homme &#187; dans un sens encore plus g&#233;n&#233;rique que ne le faisait Saint Fargeau ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;&#201;cole et &#233;mancipation&lt;/i&gt;, GRDS, 2013, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article176&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article176&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; cet &#233;gard Alain Beitone, &lt;i&gt;Les &#034;&#233;ducations &#224;&#034;&#8230; Ya basta ! &lt;/i&gt;, GRDS, 2015, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/ecrire/?exec=article&amp;id_article=190&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/ecrire/?exec=article&amp;id_article=190&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Distinction que J&#233;r&#244;me Deauvieau reprend &#224; l'historien isra&#233;lien Shlomo Sand dans ses r&#233;flexions sur l'enseignement du monde social, voir &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Yves Reuter (direction), &lt;i&gt;Une &#233;cole Freinet. Fonctionnement et effets d'une p&#233;dagogie alternative en milieu populaire&lt;/i&gt;, L'Harmattan, Paris, 2008, et mon compte-rendu de l'ouvrage sur le site du GRDS (2009), &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article21&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article21&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016, pp. 118-123.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Les programmes de fran&#231;ais : de la stabilit&#233; au soup&#231;on. 1 - Jusqu'en 1970 </title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article167</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article167</guid>
		<dc:date>2014-03-27T17:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Agn&#232;s Joste et Philippe Le Qu&#233;r&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>enseignement du fran&#231;ais</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les soixante derni&#232;res ann&#233;es ont vu l'enseignement du fran&#231;ais consid&#233;rablement boulevers&#233; : d'une relative stabilit&#233; depuis l'instauration de l'&#233;cole obligatoire &#224; la fin du XIX&#232;me si&#232;cle jusqu'aux ann&#233;es 1960, il a depuis &#233;t&#233; travers&#233; par de profondes remises en cause disciplinaires, p&#233;dagogiques, id&#233;ologiques et politiques qui n'ont pas trouv&#233; leur issue. En particulier, l'allongement de la scolarit&#233; obligatoire et l'acc&#232;s d&#233;mocratique de tous les &#233;l&#232;ves au second degr&#233; n'ont pas &#233;t&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Histoire des disciplines&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot64" rel="tag"&gt;enseignement du fran&#231;ais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L121xH150/arton167-deedf.png?1790692830' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les soixante derni&#232;res ann&#233;es ont vu l'enseignement du fran&#231;ais consid&#233;rablement boulevers&#233; : d'une relative stabilit&#233; depuis l'instauration de l'&#233;cole obligatoire &#224; la fin du XIX&#232;me si&#232;cle jusqu'aux ann&#233;es 1960, il a depuis &#233;t&#233; travers&#233; par de profondes remises en cause disciplinaires, p&#233;dagogiques, id&#233;ologiques et politiques qui n'ont pas trouv&#233; leur issue. En particulier, l'allongement de la scolarit&#233; obligatoire et l'acc&#232;s d&#233;mocratique de tous les &#233;l&#232;ves au second degr&#233; n'ont pas &#233;t&#233; assum&#233;s : la r&#233;ponse disciplinaire n'a pas &#233;t&#233; assez pens&#233;e, d&#233;battue ni explicit&#233;e, la r&#233;ponse institutionnelle s'est born&#233;e au report des apprentissages pr&#233;coces et &#224; la r&#233;duction des contenus, la r&#233;ponse &#233;conomique a &#233;t&#233; purement comptable, avec la baisse des horaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;l&#233;vation du niveau de formation de la population fran&#231;aise depuis un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Associ&#233;es au cours des ann&#233;es 70-80 &#224; une remise en cause p&#233;dagogique coupl&#233;e &#224; un mouvement de contestation du savoir, ces r&#233;ponses insuffisamment m&#251;ries ont eu des effets pervers : actuellement, 40 % des &#233;l&#232;ves sortant de l'&#233;cole primaire ont un niveau fragile ou inqui&#233;tant, 15 % des &#233;l&#232;ves de coll&#232;ge sont en tr&#232;s grande difficult&#233; et 60 % d'entre eux ont une r&#233;ussite moyenne qui ne les met pas en &#233;tat assur&#233; de poursuivre des &#233;tudes, la moiti&#233; des entrants en Seconde de lyc&#233;e ne ma&#238;trise pas l'orthographe grammaticale. Pire, et alors que l'analyse des causes se fait de plus en plus fine, ces chiffres d'&#233;chec vont croissant : en vingt ans, la perte de niveau atteint deux ans ; le coll&#233;gien de 5e de 2007, par exemple et parmi les mesures objectivables moyennant une m&#233;thode stricte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Bulle, dans L'&#201;cole et son double (Hermann, 2009, p. 211 et sq.) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a le niveau d'orthographe grammaticale d'un &#233;colier de CM2 de 1987&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note 08-38 de la DEPP, d&#233;cembre 2008. Orthographe : le niveau des &#233;coliers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'enqu&#234;te internationale Pisa de 2009 insiste sur la baisse du niveau en lecture et les difficult&#233;s d'argumentation des coll&#233;giens de 15 ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le niveau scolaire baisse, cette fois c'est vrai, Antoine Prost, Le Monde du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les universit&#233;s imposent des remises &#224; niveau de syntaxe et d'expression, certains professionnels, faute de ma&#238;triser l'&#233;crit, ne peuvent plus r&#233;diger eux-m&#234;mes leurs rapports&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'illettrisme des cadres : un ph&#233;nom&#232;ne m&#233;connu et tabou, Le Monde du 16 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord mis sous le boisseau (plusieurs statistiques de la DEPP, organe minist&#233;riel de mesure de l'&#201;ducation nationale cr&#233;&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 80, ont &#233;t&#233; publi&#233;es avec retard), ces chiffres de l'&#233;chec scolaire ont &#233;t&#233; au fil du temps reconnus par tous et corrobor&#233;s par des enqu&#234;tes internationales, mais utilis&#233;s &#224; des fins oppos&#233;es, les uns y voyant le r&#233;sultat du manque croissant d'exigence et d'organisation des programmes, les autres l'effet de m&#233;thodes d&#233;su&#232;tes et l'insuffisance d'application de r&#233;formes permettant &#224; l'&#233;l&#232;ve &#171; d'acqu&#233;rir un savoir [...] par sa propre activit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Loi d'orientation sur l'&#233;ducation, Rapport annex&#233; (BO 4, 31 ao&#251;t 1989).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude des programmes et instructions officiels illustre cet &#233;tat de fait et le d&#233;bat qui l'accompagne : leurs pr&#233;conisations de contenus et de m&#233;thode, ainsi que les horaires pr&#233;vus, dessinent la silhouette de cet &#233;chec qui s'affirme avec le temps et est devenu &#224; la fois chronique et g&#233;n&#233;rateur de sa propre permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat des lieux ici suit la chronologie : il est en effet difficile de ne pas tenir compte des bases parfois anciennes mais longtemps mod&#233;lisantes de la discipline, et de s&#233;parer les variations de programmes et d'horaires des d&#233;bats d'id&#233;es qui les ont instaur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Les programmes ant&#233;rieurs &#224; 1970&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) &lt;i&gt;L'&#233;cole primaire&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes qui la r&#233;gissent, dat&#233;s de 1882, 1887, 1923, 1938, 1945, 1950 et 1960, qui seront en vigueur jusqu'en 1972, font montre d'une remarquable continuit&#233;, se reprenant d'ailleurs mutuellement. D&#232;s 1882, la volont&#233; de d&#233;limiter les connaissances pour augmenter leur solidit&#233; est affirm&#233;e, et sera r&#233;p&#233;t&#233;e ensuite : &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;al de l'&#233;cole primaire n'est pas d'enseigner beaucoup, mais de bien enseigner. L'enfant qui en sort sait peu, mais sait bien ; l'instruction qu'il a re&#231;ue est restreinte, mais elle n'est pas superficielle. [...] L'objet de l'enseignement primaire n'est pas d'embrasser sur les diverses mati&#232;res auxquelles il touche tout qu'il est possible de savoir, mais de bien apprendre dans chacune d'elles ce qu'il n'est pas permis d'ignore&lt;/i&gt;r &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1.1 Le cas de la lecture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alphab&#233;tisation g&#233;n&#233;rale, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, est devenue une urgence &#224; la fois &#233;conomique, sociale (l'opinion est gagn&#233;e aux bienfaits de l'instruction), et politique (les &#233;lus sont traumatis&#233;s par la d&#233;faite de 1870, imput&#233;e &#224; l'ignorance du peuple et au manque d'esprit national)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Antoine Prost, L'Enseignement en France, 1800-1967, Armand Colin (1968).&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'acc&#232;s &#224; la lecture et &#224; des livres &#233;difiants capables d'instaurer une &#233;ducation morale et une conscience civique doit &#234;tre rapide. D&#232;s l'instauration de l'instruction publique en 1882, l'importance de la lecture dans la journ&#233;e de classe est soulign&#233;e : &#171; &lt;i&gt;L'enseignement du fran&#231;ais (exercices de lecture, lectures expliqu&#233;es, le&#231;ons de grammaire, exercices orthographiques, dict&#233;es, analyses, r&#233;citations, exercices de composition, etc.) occupera tous les jours environ deux heures.&lt;/i&gt; &#187;. Les instructions de 1923 le r&#233;p&#233;teront &#224; propos du CP : &#171; &lt;i&gt; l'enseignement essentiel &#224; cet &#226;ge, c'est la lecture ; le cours pr&#233;paratoire est, avant tout, un cours de lecture.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tous les programmes de cette &#233;poque admettent que le m&#233;canisme de d&#233;chiffrage doit &#234;tre rapidement domin&#233;, dans les premiers mois de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire (trois mois dans les textes de 1923), s'inscrivant ainsi en faux contre les apprentissages laborieux ant&#233;rieurs effectu&#233;s sur du latin et fix&#233;s &#224; trois ou quatre ans jusqu'en 1800 et apr&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apprentissage de la lecture, m&#233;thodes et manuels, Tome 1,p. 71-74, Luc (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ils insistent sur le temps et les ann&#233;es n&#233;cessaires &#224; l'acquisition v&#233;ritable de la lecture. Pour eux, elle se fait tout au long de l'&#233;cole primaire. En 1887, chacun des trois niveaux d'acquisition (lecture courante avec explication des mots, lecture courante avec explications, lecture expressive) prend deux ans. En 1923, cette dur&#233;e est r&#233;duite : &#171; &lt;i&gt;C'est d&#232;s le d&#233;but du cours moyen, &#224; neuf ans, que l'&#233;colier doit lire avec expression.&lt;/i&gt; &#187;, mais reste importante : jamais l'acquisition de la v&#233;ritable lecture courante n'est consid&#233;r&#233;e comme un apprentissage anodin ni facile, et les modalit&#233;s d'exercices de lecture sont d&#233;crites de fa&#231;on d&#233;taill&#233;e. Le pragmatisme est de r&#232;gle : &#171; &lt;i&gt;Nous ne pr&#233;conisons aucune m&#233;thode : la meilleure sera celle qui donnera les r&#233;sultats les plus rapides et les plus solides. Entre la m&#233;thode d'&#233;pellation et la m&#233;thode syllabique ou la m&#233;thode globale, nous ne faisons aucun choix ; des exp&#233;riences se poursuivent qui d&#233;cideront. Toutefois, les proc&#233;d&#233;s qui nous paraissent devoir l'emporter sont ceux qui am&#232;nent l'enfant &#224; s'int&#233;resser &#224; cette t&#226;che ingrate qui consiste &#224; associer des sons et des formes sans rapport apparent. Par suite, ceux qui font appel &#224; son besoin de mouvement ont les plus grandes chances d'&#234;tre f&#233;conds. Et telle est probablement la raison du succ&#232;s de la m&#233;thode phonomimique, malgr&#233; sa bizarrerie. L'essentiel est que l'enfant prenne plaisir &#224; cet apprentissage difficile.&lt;/i&gt; &#187; Mais en 1938 et 45, donc jusqu'en 1960, le texte officiel pr&#233;cise que &#171; &lt;i&gt;la &#8220;lecture courante&#8221; n'est pas encore compl&#232;tement acquise &#224; dix ans par la moyenne des &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1969, il sera fix&#233; par les textes officiels qu'au CP la lecture doit occuper les deux heures quotidiennes fix&#233;es en 1882 pour tout le primaire, soit dix heures par semaine, la totalit&#233; de l'enseignement du fran&#231;ais occupant en CP quinze heures hebdomadaires, soit 50% du temps scolaire (la semaine de primaire a une dur&#233;e de trente heures &#224; cette &#233;poque). &lt;br class='autobr' /&gt;
La circulaire minist&#233;rielle de 1960 faisant suite &#224; l'instauration de la prolongation de la scolarit&#233; jusqu'&#224; seize ans (r&#233;forme Berthoin de 1959), loin de repousser les objectifs du primaire vers l'aval, insiste au contraire sur la solidit&#233; des savoirs &#233;l&#233;mentaires, et appelle les instituteurs &#224; la plus grande vigilance : &lt;i&gt;&#171; &lt;i&gt;Il appara&#238;t donc avec nettet&#233; que le r&#244;le essentiel des ma&#238;tres des classes &#233;l&#233;mentaires est maintenant plus encore que par le pass&#233; d'&#233;tablir les fondations solides et durables de tout l'&#233;difice scolaire. Cette n&#233;cessit&#233; s'impose notamment dans les disciplines fondamentales : lecture, grammaire, orthographe, r&#233;daction et calcul.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode recommand&#233;e dans ce m&#234;me texte est pragmatique, insistant sur les exercices d'application plus que sur la r&#233;citation du cours, et mettant en garde contre la diminution des horaires r&#233;glementaires du fran&#231;ais et des math&#233;matiques au profit d'apprentissages autres d'histoire, g&#233;ographie ou sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1.2 L'&#233;tude de la langue.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, les notions de grammaire &#224; acqu&#233;rir sont rest&#233;es relativement stables. Tr&#232;s peu d&#233;taill&#233;s jusqu'en 1950, les textes officiels s'en tiennent &#224; une description succincte des connaissances &#224; enseigner. &#192; titre d'exemple, les instructions de 1923 indiquent pour les deux ann&#233;es de cours moyen : &#171; &lt;i&gt;Grammaire. - Diverses esp&#232;ces de mots. Conjugaison des verbes (forme active, forme passive, forme pronominale). R&#232;gles g&#233;n&#233;rales du participe pass&#233;. Pr&#233;positions et adverbes. Conjonctions et interjections. Compl&#233;ments du nom. Les propositions. La phrase. Exercices d'analyse.&lt;/i&gt; &#187; En 1945, les instructions se font plus pr&#233;cises, sur la conjugaison par exemple qui introduit pour les deux ann&#233;es de CE une liste de verbes &#224; savoir conjuguer : &#171; &lt;i&gt;Exercices oraux et &#233;crits sur la conjugaison du verbe avoir, du verbe &#234;tre, d'un verbe type du premier et du deuxi&#232;me groupes, des verbes aller et venir, et limit&#233;s aux temps usuels de l'indicatif.&lt;/i&gt; &#187; Les exercices varient peu : exercices grammaticaux d'application des r&#232;gles, dict&#233;es, r&#233;dactions succinctes. L'&#171; &lt;i&gt;analyse logique&lt;/i&gt; &#187;, qui couronne l'apprentissage de la grammaire, n'intervient que dans le Cours sup&#233;rieur. Les instructions de 1950&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; enfin, tr&#232;s pr&#233;cises, fixent avec minutie les contenus, en distinguant entre elles, pour la premi&#232;re fois, les ann&#233;es &#233;l&#233;mentaires et de cours moyen, et marquent un tournant : elles donnent une image exacte de l'enseignement du fran&#231;ais en primaire pour les vingt ann&#233;es qui suivent. La connaissance de la morphologie verbale s'y &#233;tend jusqu'au conditionnel et au subjonctif, celle de la syntaxe jusqu'&#224; la ma&#238;trise de quatre propositions, &#233;tant entendu que la relative et la conjonctive &#233;taient acquises d&#232;s le CM1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1.3 L'esprit des m&#233;thodes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1866, le ministre Victor Duruy plaide pour des m&#233;thodes actives, notamment en grammaire, &#171; objet d'effroi &#187; pour les &#233;l&#232;ves. La formation des ma&#238;tres est mise en cause : &#171; &lt;i&gt;C'est [...] de l'&#233;cole normale qu'il faut chasser cette scolastique grammaticale qui se compla&#238;t dans les th&#233;ories subtiles et s'amuse &#224; des curiosit&#233;s bonnes pour occuper les loisirs des lettr&#233;s. &#187;, &#171; il est certain qu'il ne faudrait pas six ann&#233;es pour parcourir le programme de l'enseignement primaire, si cet enseignement &#233;tait donn&#233; avec la parfaite connaissance des besoins intellectuels des enfants.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soulign&#233; dans le texte original.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Ferry en 1882 insiste lui aussi sur les m&#233;thodes actives : &#171; &lt;i&gt;La seule m&#233;thode qui convienne &#224; l'enseignement primaire est celle qui fait intervenir tour &#224; tour le ma&#238;tre et les &#233;l&#232;ves, qui entretient pour ainsi dire entre eux et lui un continuel &#233;change d'id&#233;es sous des formes vari&#233;es, souples et ing&#233;nieusement gradu&#233;es. Le ma&#238;tre part toujours de ce que les enfants savent, et, proc&#233;dant du connu &#224; l'inconnu, du facile au difficile, il les conduit, par l'encha&#238;nement des questions orales ou des devoirs &#233;crits, &#224; d&#233;couvrir les cons&#233;quences d'un principe, les applications d'une r&#232;gle, ou inversement les principes et les r&#232;gles qu'ils ont d&#233;j&#224; inconsciemment appliqu&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les textes officiels ne sont pas appliqu&#233;s, les programmes connaissent des &#171; excroissances &#187; locales : les instructions de 1923 fixent pour la premi&#232;re fois un emploi du temps hebdomadaire et rappellent &#224; l'observance des programmes, &#171; &lt;i&gt;trahis [...] par leurs interpr&#232;tes&lt;/i&gt;. &#187; Les manuels sont accus&#233;s eux aussi de surench&#232;re. Par r&#233;action, les instructions officielles de 1945 et 1950 sont extr&#234;mement pr&#233;cises. Mais en 1960 encore, on d&#233;plore la diminution arbitraire, ici ou l&#224;, des horaires de fran&#231;ais et math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces rappels &#224; l'ordre montrent qu'il est difficile de se faire une id&#233;e exacte des pratiques mises en &#339;uvre par les instituteurs. Mais les pr&#233;conisations de 1945 montrent que la r&#233;flexion p&#233;dagogique progresse au del&#224; des m&#233;canismes et de l'activit&#233; &#233;voqu&#233;s ant&#233;rieurement : &#171; &lt;i&gt;c'est par des signes ext&#233;rieurs, les seuls que les enfants puissent reconna&#238;tre s&#251;rement, que le ma&#238;tre, par n&#233;cessit&#233; p&#233;dagogique, d&#233;finira les notions grammaticales ; mais il peut choisir ces signes ext&#233;rieurs et monter dans l'esprit des &#233;l&#232;ves les m&#233;canismes corrects, de telle fa&#231;on que la r&#233;flexion scientifique, quand elle pourra s'exercer, n'ait qu'&#224; suivre l'ordre m&#234;me du m&#233;canisme pour, en quelque sorte, se retrouver elle-m&#234;me.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. &lt;i&gt;L'enseignement secondaire avant 1970&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_164 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L251xH145/Image_30-3-f4c49.png?1790689103' width='251' height='145' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'organisation actuelle des &#233;tablissements, distincts selon qu'ils sont de premier (coll&#232;ges) ou de second (lyc&#233;e) cycles, date de la cr&#233;ation des coll&#232;ges d'enseignement secondaire (CES), dont la p&#233;riode d'implantation s'est &#233;tendue de 1959 &#224; 1967. Pour conna&#238;tre les programmes du premier cycle des ann&#233;es 1950, il faut donc un instant se pencher sur les instructions pour le lyc&#233;e, qui f&#233;d&#233;rait les classes des deux cycles, de la 6e &#224; la terminale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2.1 Le premier cycle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du premier cycle du secondaire est complexe. L'&#233;cole primaire est longtemps en France le seul horizon scolaire de la majorit&#233; de la population. Au-del&#224;, cohabitent deux syst&#232;mes de premier cycle jusqu'en 1959 : d'une part celui du lyc&#233;e, faisant se succ&#233;der sans rupture, dans un m&#234;me &#233;tablissement, les deux cycles, de la sixi&#232;me &#224; la terminale (apr&#232;s parfois m&#234;me un &#171; petit lyc&#233;e &#187; correspondant aux classes primaires de la &#171; onzi&#232;me &#224; la septi&#232;me &#187;, c'est-&#224;-dire du CP au CM2) ; d'autre part le seul premier cycle du &#171; cours compl&#233;mentaire &#187; - sur le mod&#232;le de l'ancien &#171; enseignement primaire sup&#233;rieur &#187; supprim&#233; en 1941 et parall&#232;le &#224; l' &#171; enseignement secondaire sp&#233;cial &#187; de Victor Duruy (1865) -, qui fut align&#233; sur les programmes du premier cycle des lyc&#233;es (sans le latin et avec une seule langue vivante) par Jean Zay en 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les programmes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'instauration de l'enseignement du fran&#231;ais : la question du latin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin du XIXe si&#232;cle, il n'existe pas de programmes de fran&#231;ais pour le secondaire masculin. Certes, le fran&#231;ais est quotidiennement et officieusement utilis&#233; en classe en histoire, en g&#233;ographie, pour l'imitation de quelques &#233;crivains classiques, pour des exercices de version, de comptes rendus ou de r&#233;sum&#233;s ; et l'enseignement f&#233;minin des pensionnats, assimil&#233; &#224; un art d'agr&#233;ment, se pratique exclusivement en fran&#231;ais depuis sa cr&#233;ation. Mais la mati&#232;re elle-m&#234;me, consid&#233;r&#233;e comme un avatar du latin, ne fait pas encore partie officiellement, pour les gar&#231;ons, de l'enseignement du lyc&#233;e ni des &#233;preuves d'examen, et la pol&#233;mique r&#232;gne autour de son introduction : &#224; partir de 1870 et parce que la d&#233;faite de 1871 est imput&#233;e &#224; un enseignement r&#233;trograde qui n'&#233;veille pas les esprits, le minist&#232;re cherche &#224; marginaliser progressivement l'enseignement du latin, majoritaire dans l'horaire des &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1880, le latin occupait 10 des 24 heures de cours des gar&#231;ons &#233;l&#232;ves de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au profit de celui du fran&#231;ais, mais se trouve sous le feu de la critique de l'&#201;glise puis de &#171; l'ordre moral &#187;. En 1880, Jules Ferry tranche, fait remplacer le discours latin du baccalaur&#233;at par une composition fran&#231;aise sur programme litt&#233;raire, et impose le fran&#231;ais par de nouveaux exercices sur programmes ; le fran&#231;ais acquiert ainsi un droit de cit&#233;, encore mineur, au lyc&#233;e de l'&#233;poque, et le latin qui se commen&#231;ait en 8e de lyc&#233;e (le CM1) est repouss&#233; en 6e. En 1902, une r&#233;forme des lyc&#233;es cr&#233;e dans les deux cycles une section B sans latin, ce qui consacre et institue la place du fran&#231;ais dans le cursus secondaire, et elle ouvre le programme de lectures des &#233;l&#232;ves de B aux litt&#233;ratures &#233;trang&#232;res. L'institution aura &#224; c&#339;ur de pr&#233;server la qualit&#233; des &#233;tudes en B : d&#232;s 1902 le fran&#231;ais y est renforc&#233;, en exercices divers de r&#233;daction et d'expression, et les textes de 1925 et 1938 fixent tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment des horaires de fran&#231;ais g&#233;n&#233;reux et des contenus ambitieux pour les &#233;l&#232;ves sans latin, qu'ils soient en lyc&#233;e ou en &#201;cole primaire sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le programme d'auteurs : l'imp&#233;rialisme du classicisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de 1880 et 1890 donnent pour le premier cycle une liste d'&#339;uvres essentiellement classiques : le XVIe et le XVIIIe sont laiss&#233;s de c&#244;t&#233;, le XIXe ne concerne que les classes de 3e. En 1902 l'amplitude chronologique s'&#233;tend au Moyen-&#194;ge en 6e et 5e, et aux Romantiques du XIXe en 3e (cf. tableaux pages suivantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mareuil Andr&#233;, &#034;Les programmes de fran&#231;ais dans l'enseignement du second (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ; les &#233;l&#232;ves de 3e re&#231;oivent un &#171; pr&#233;cis d'histoire de la litt&#233;rature &#187;. En 1925, la place du XIXe augmente notablement, et le r&#244;le de la po&#233;sie est reconnu dans les classes. Les programmes de 1937-38 &#233;largissent encore le corpus, y compris aux litt&#233;ratures &#233;trang&#232;res pour les &#171; modernes &#187; de B, mais ni Stendhal, Balzac, Flaubert ni Maupassant ne sont cit&#233;s. Les instructions de 1963-67 en sont tr&#232;s proches : Rabelais n'appara&#238;t toujours pas, Beaumarchais est int&#233;gr&#233; ainsi que les romanciers du XIXe, mais ceux-ci sous forme d'extraits et non d'&#339;uvres compl&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, comme &#224; l'&#233;cole primaire, les programmes du premier cycle ont tr&#232;s peu &#233;volu&#233; pendant presque un si&#232;cle, entre 1880 et 1970. Le panth&#233;on s'est modifi&#233; &#224; la marge, mais le XVIIe si&#232;cle reste roi, et les &#339;uvres des &#233;crivains du XXe si&#232;cle ne sont pas encore entr&#233;es au coll&#232;ge, sauf sous forme d'extraits, en 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;L'&#233;tude de la langue.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de 1902, qui ont model&#233; le premier cycle pour cinquante ans, sont extr&#234;mement concis. En 6e et 5e, ils tiennent en quelques lignes : &#171; &lt;i&gt;&#233;tude de la syntaxe&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;exercices de langue fran&#231;aise et d'orthographe&lt;/i&gt; &#187; ; la r&#233;daction en 6e consiste en de &#171; &lt;i&gt;petits exercices oraux ou &#233;crits de composition&lt;/i&gt; &#187;, en 5e et 4e en &#171; &lt;i&gt;compositions tr&#232;s simples&lt;/i&gt; &#187;, la &#171; &lt;i&gt;composition fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187; intervient en 3e. Pour les non-latinistes (section B), on insiste en 6e sur l'analyse logique et le lexique, ensuite les programmes sont communs. En Seconde, tous les &#233;l&#232;ves re&#231;oivent &#171; &lt;i&gt;une grammaire plus d&#233;velopp&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. En Premi&#232;re, il n'y a plus de le&#231;on de langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1925 marque un tournant : les programmes se font pr&#233;cis et indiquent une progression ainsi que des horaires. Au del&#224; de &#171; cours communs &#187; de 4 heures pour latinistes et non-latinistes, les &#171; modernes &#187; de B ont 3 heures &#171; de compensation du latin &#187; ; leurs cours &#171; sp&#233;ciaux &#187; sont r&#233;serv&#233;s &#224; la lecture dirig&#233;e, &#224; des travaux pratiques de grammaire, et &#224; des exercices de r&#233;daction. Leur horaire de fran&#231;ais atteint donc 7 heures hebdomadaires, jusqu'en 3e. On peut ainsi penser qu'&#224; cette date, la question didactique et p&#233;dagogique du fran&#231;ais au lyc&#233;e est d&#233;finitivement r&#233;gl&#233;e, puisqu'il appara&#238;t clairement, par l'examen de ces intitul&#233;s de programme et de ces horaires de la section B, que le choix est fait : on apprend et on perfectionne le fran&#231;ais par l'&#233;tude syst&#233;matique de la langue fran&#231;aise et des textes fran&#231;ais, et non par le d&#233;tour du latin et des textes antiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de cette date prescrivent donc une &#233;tude de plus en plus complexe de la syntaxe, entre la 6e et la 3e, et d&#233;veloppent l'&#233;tude du lexique, acquis syst&#233;matiquement jusqu'en fin de cycle. Les programmes de 1938, luttant sans doute contre des h&#233;sitations d&#233;j&#224; soulign&#233;es en 1909 (&lt;i&gt;&#171; Le mal vient de ce que les professeurs ne savent pas o&#249; ils vont, parce que les exercices n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;partis entre les quatre classes du premier cycle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discussion 2, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e P&#233;dagogique, L'Enseignement du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;), insistent sur la progression grammaticale : &lt;i&gt;&#171; le plan d'&#233;tude de la langue a essentiellement pour objet de d&#233;terminer les parties du programme qui doivent &#234;tre &#233;tudi&#233;es dans chaque classe, de fa&#231;on &#224; &#233;viter toute omission qui serait d&#233;finitive, ou tout double emploi qui serait improductif. &#187;&lt;/i&gt;. Ils attirent &#233;galement l'attention sur la morphologie, ce qui indirectement signale des lacunes ; par exemple, le programme de 5e mentionne que &lt;i&gt;&#171; les formes verbales doivent &#234;tre sues imperturbablement &#187;&lt;/i&gt;. Mais &#224; cette date les horaires baissent d'une heure pour les &#171; modernes &#187; de B, 6 heures au lieu de 7, les latinistes conservant les 4 heures de &#171; cours communs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'enseignement technique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de l'enseignement classique na&#238;t peu &#224; peu un enseignement professionnel. Lointainement issues des formations assur&#233;es sous l'Ancien R&#233;gime, au sein des corporations, par les ma&#238;tres-compagnons, les &#233;coles d'apprentissage commencent &#224; &#234;tre encadr&#233;es par l'&#201;tat apr&#232;s la guerre de 1870, et &#233;voluent, sur le mod&#232;le des &#233;coles primaires sup&#233;rieures, vers la formation de cadres ou de contrema&#238;tres. Ce seront les &#233;coles nationales professionnelles (ENP) fond&#233;es par Jules Ferry d&#232;s 1887 dans des villes industrielles de province, plus prestigieuses mais moins nombreuses que les &#201;coles Pratiques du Commerce et de l'Industrie (EPCI) cr&#233;&#233;es cinq ans plus tard par transformation des sections professionnelles des &#233;coles primaires sup&#233;rieures et g&#233;r&#233;es par le minist&#232;re &#233;ponyme. Charg&#233;es de former &#171; des employ&#233;s du commerce et des ouvriers aptes &#224; &#234;tre imm&#233;diatement utilisables &#187;, ces &#233;coles se d&#233;veloppent rapidement et leur nombre passe de 12 en 1892 &#224; 122 en 1941.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs effectifs progressent vite, mais la formation initiale d'ouvriers au sein de l'&#233;cole n'existe pas vraiment. Sa mise au point est lente, passe par l'assistanat, les &#233;coles d'usines int&#233;gr&#233;es, des &#233;coles d'apprentissage, en restant longtemps dirig&#233;e par le minist&#232;re du Commerce et de l'Industrie qui en revendique la mainmise. En 1920, l'Instruction publique devient son minist&#232;re de tutelle et int&#232;gre cet enseignement technique. Parall&#232;lement &#224; partir de 1937 se cr&#233;ent les internats des Maisons Familiales Rurales, &#224; statut associatif, d&#233;di&#233;es &#224; l'enseignement agricole en alternance et pratiquant des m&#233;thodes actives, ult&#233;rieurement rattach&#233;es au minist&#232;re de l'Agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de l'enseignement technique se d&#233;veloppe particuli&#232;rement sous la pression du Front Populaire, dont le ministre Jean Zay, soucieux de d&#233;mocratisation, veut instituer un premier cycle pour tous en cr&#233;ant trois sections parall&#232;les &#8211; classique, moderne, technique &#8211; int&#233;gr&#233;es dans une &#171; &#233;cole unique &#187; inspir&#233;e du programme &#233;labor&#233; en 1919-1920 par les &#171; Compagnons de l'Universit&#233; Nouvelle &#187;. Voulant &#224; la fois pr&#233;server la fili&#232;re classique, r&#233;duire le ch&#244;mage des jeunes et renforcer le contr&#244;le de l'&#201;tat sur les classes populaires, le gouvernement de Vichy aide paradoxalement &#224; cette d&#233;mocratisation en restructurant l'enseignement technique. En 1940 sont cr&#233;&#233;s, sous la tutelle du Commissariat g&#233;n&#233;ral &#224; la Jeunesse, les Centres de Formation Professionnelle (CFP). Conserv&#233;s &#224; la Lib&#233;ration qui les rattache &#224; la Direction de l'Enseignement Technique, ils deviendront les Centres d'Apprentissage (CA), destin&#233;s aux jeunes sortis de l'obligation scolaire (14 ans) qu'ils pr&#233;parent en 3 ans au CAP. En 1959, la r&#233;forme Berthoin les transformera en Coll&#232;ges d'Enseignement Technique (CET), qui accueillent dans le m&#234;me but des &#233;l&#232;ves ayant &#224; la fin du cycle d'observation (6e-5e) fait le choix de la fili&#232;re technique courte, dans le cadre nouveau de la scolarit&#233; obligatoire jusqu'&#224; 16 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le fran&#231;ais, les instructions de ce premier cycle technique, dont 30 &#224; 50 % de la formation est g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des horaires de centre d'apprentissage figurent sur , et dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sont tr&#232;s proches de celles de premier cycle de lyc&#233;e de 1938, et rappellent celles de la cr&#233;ation de la section B en 1902. En 1947, en sus du programme grammatical, les prescriptions de lecture sont exigeantes : &#171; &lt;i&gt;Le programme des auteurs, tel qu'il a &#233;t&#233; &#233;tabli, correspond &#224; une double pr&#233;occupation : a) celle d'assurer aux &#233;l&#232;ves de nos Coll&#232;ges Techniques une culture litt&#233;raire qui les mette au contact des chefs-d'&#339;uvre de la litt&#233;rature classique ; b) celle de les informer sur la vie professionnelle, sociale et &#233;conomique pour les pr&#233;parer &#224; y prendre leur place. [&#8230;] On fera donc appel, en m&#234;me temps qu'aux &#339;uvres litt&#233;raires, aux t&#233;moignages directs sur la civilisation mat&#233;rielle et morale pass&#233;e et pr&#233;sente.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour les centres d'apprentissage dont les programmes renvoient explicitement en 1948 &#171; aux programmes des Coll&#232;ges techniques (section commerciale.) &#187; Les prescriptions de lectures des sections sans latin (section B des lyc&#233;es, coll&#232;ges techniques, centres d'apprentissage) convergent : toutes font une place &#224; des traductions de litt&#233;rature antique et &#233;trang&#232;re et &#224; des textes de civilisation contemporaine. Il est clair que dans l'esprit des concepteurs leur &#171; modernit&#233; &#187; se construit contre les Humanit&#233;s, avec lesquelles semble se dessiner une &#233;mulation d'exigence qui marquera durablement le volet litt&#233;raire des fili&#232;res techniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les professeurs devront r&#233;partir les divers exercices de langue fran&#231;aise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 1961, peu avant leur suppression, l'esprit en est rest&#233; ambitieux : &#171; &lt;i&gt;des comparaisons, des rapprochements sont possibles pour &#233;clairer tel ou tel fait grammatical, pour parvenir, par un effort intelligent, &#224; une connaissance r&#233;fl&#233;chie de la langue&lt;/i&gt; &#187; ; en litt&#233;rature on pratique des &#171; &lt;i&gt;lectures dirig&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, donc l'&#233;tude d'&#339;uvres compl&#232;tes, et les m&#233;thodes sont actives, pr&#244;nant &#171; &lt;i&gt;l'exercice collectif&lt;/i&gt; &#187; de recherche des id&#233;es, et en 3e ann&#233;e les compositions fran&#231;aises, &#171; &lt;i&gt;r&#233;cit, analyse et r&#233;sum&#233;s d'&#339;uvres lues, discussion de pens&#233;es et de jugement&lt;/i&gt; &#187; suscitent la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2.2 Le second cycle. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second cycle en trois ann&#233;es tel que nous le connaissons date de 1874. Auparavant les &#233;tudes secondaires s'arr&#234;taient majoritairement avec la classe de rh&#233;torique (Premi&#232;re actuelle) apr&#232;s laquelle on pouvait passer directement le baccalaur&#233;at sans une classe Terminale que peu d'&#233;l&#232;ves suivaient. Le baccalaur&#233;at en deux parties r&#232;gle la question, et ce syst&#232;me durera jusqu'en 1965, avant de resurgir de fa&#231;on limit&#233;e avec la cr&#233;ation des &#233;preuves anticip&#233;es de fran&#231;ais en 1969, puis d'autres &#233;preuves anticip&#233;es de math&#233;matiques, de sciences ou sur dossier les ann&#233;es suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au second cycle technique long, il se met progressivement en place de 1959 &#224; 1965, avec une structure identique &#224; celle des lyc&#233;es d'enseignement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les programmes d'auteurs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le tableau synoptique en annexe.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils restent longtemps, pendant presque un si&#232;cle, aussi stables et aussi classiques que les programmes du premier cycle. Le XVIIe si&#232;cle s'y taille la part du lion, ce qui cr&#233;e des programmes bien redondants depuis les petites classes. Les programmes de 1902 ne diff&#232;rent de ceux de 1880 qu'avec l'apparition des po&#232;tes du XVIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1902, les programmes de 2de et 1e, toutes sections confondues, sont quasiment identiques, &#171; &lt;i&gt;Morceaux choisis de prosateurs et de po&#232;tes des XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe si&#232;cles&lt;/i&gt; &#187; ; la seule diff&#233;rence est l'apparition en 1e de Pascal, Diderot, Rousseau et Voltaire. Les historiens font partie du programme des deux ann&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Choix des principaux historiens du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;, compl&#233;t&#233;s en 1e par &#171; &lt;i&gt;des lectures sur la soci&#233;t&#233; du XVIIIe si&#232;cle extraites des m&#233;moires et de la correspondance&lt;/i&gt; &#187; ; l'&#233;preuve de composition fran&#231;aise au baccalaur&#233;at peut en effet porter sur &#171; &lt;i&gt;un sujet de litt&#233;rature ou d'histoire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1925, le programme n'a pas chang&#233;, en dehors de l'introduction notable du roman r&#233;cent : &#171; &lt;i&gt;Extraits des grands romanciers du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;. En po&#233;sie, Lamartine et Hugo sont rejoints par Vigny et Musset, ainsi que d'autres po&#232;tes de l'&#233;poque, non nomm&#233;s, sous forme d'&#171; &lt;i&gt;anthologie&lt;/i&gt; &#187;, et par des critiques, Taine, Sainte-Beuve, Renan, sous forme de &#171; &lt;i&gt;choix&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces programmes seront reconduits en 1947 puis 1967, avec peu de changements. Toutefois on note l'apparition plus nette du roman et de la po&#233;sie du XIXe si&#232;cle : si le programme de 2de n'en comporte que des extraits choisis, celui de 3e prescrit une lecture suivie d'un roman de Balzac, ou Flaubert ou Hugo, et celui de 1e pr&#233;voit enfin &#171; &lt;i&gt;une grande &#339;uvre en vers&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;une grande &#339;uvre en prose&lt;/i&gt; &#187; du XIXe. Les programmes de l'enseignement technique long sont &#224; ce moment plus audacieux pour la 2e, o&#249; ils introduisent un roman de Stendhal sous forme de lecture suivie ou dirig&#233;e. &#192; cette date, ils ne font d'ailleurs gu&#232;re de diff&#233;rence avec l'enseignement g&#233;n&#233;ral : les &#171; techniques &#187; ont le m&#234;me programme et le m&#234;me horaire (3 heures) que les sections B, C et D du lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral. Les textes recommandent pour eux, en 2de, une heure sp&#233;cifique hebdomadaire de &#171; composition fran&#231;aise et exercices pratiques &#187;, proche de l'attention port&#233;e par les &#171; cours sp&#233;ciaux &#187; aux B de 1902.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude du XXe si&#232;cle n'interviendra que plus tard, avec l'instauration, en 1965, d'une heure sp&#233;cifique d' &#171; &lt;i&gt;initiation &#224; la litt&#233;rature du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;, dont le contenu est laiss&#233; &#224; l'appr&#233;ciation du professeur, en Terminale litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le changement le plus notable de cette apr&#232;s-guerre tient &#224; la m&#233;thode : la prescription, pour la premi&#232;re fois, de l'&#233;tude d'une &#339;uvre compl&#232;te d'un auteur au lieu de morceaux choisis : pi&#232;ces de Moli&#232;re, Corneille, Racine, Lettres Persanes, contes de Voltaire... C'est la victoire, un si&#232;cle apr&#232;s, de l'&#233;volution d'une r&#233;flexion sur la nature et l'enseignement du fran&#231;ais commenc&#233;e dans les ann&#233;es 1870.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2.3. Les m&#233;thodes : des p&#233;dagogies nouvelles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les contenus restent relativement stables, l'enseignement du fran&#231;ais conna&#238;t en effet &#224; trente ans d'intervalle, au d&#233;but du XXe si&#232;cle puis avant la Seconde guerre mondiale, des r&#233;novations p&#233;dagogiques capitales qui modifient l'abord de ces contenus. Elles sont le fruit de la r&#233;flexion disciplinaire sur la langue et la litt&#233;rature, et le proc&#232;s des m&#233;thodes mim&#233;tiques ant&#233;rieures. Leur retentissement sur les programmes et les instructions n'est pas termin&#233; &#224; l'heure actuelle, et &#233;clairent bien des d&#233;bats r&#233;cents et r&#233;currents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La rupture avec le formalisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture avec le latin s'accompagne d'une profonde r&#233;volution p&#233;dagogique qui donne lieu &#224; un d&#233;bat vif et des oppositions tenaces. D&#232;s 1870, en fran&#231;ais comme en latin, les m&#233;thodes pr&#233;conis&#233;es rompent avec la glose ant&#233;rieure, ou le discours (exercice de rh&#233;torique visant &#224; faire parler noblement de grands personnages). Le ministre Jules Simon affirme la n&#233;cessit&#233; de faire place plus large &#224; l'&#233;tude des &#339;uvres compl&#232;tes au lieu de commentaires (&#171; &lt;i&gt;il faut &#233;tudier une litt&#233;rature dans ses chefs-d'&#339;uvre&lt;/i&gt; &#187;), &#224; leur &#233;lucidation au lieu d'exercices vides et formalistes : les explications de textes fran&#231;ais n'&#233;taient auparavant que des mod&#232;les pour l'art d'&#233;crire, ou le pr&#233;texte &#224; formation morale. On veut maintenant que &#171; &lt;i&gt;les grands auteurs [...] (soient) &#233;tudi&#233;s en eux-m&#234;mes, pour eux-m&#234;mes et dans leurs &#339;uvres m&#234;mes, non &#224; travers les &#339;uvres des critiques&lt;/i&gt; &#187;, en &#233;liminant toute glose pointilliste ou morale, et en ne s&#233;parant pas la forme du fond&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. M. A. Cahen, L'explication fran&#231;aise, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les instructions de 1880 et 1890, insistant sur le contact direct avec les textes, sont pr&#233;cis&#233;es en 1911 : &#171; &lt;i&gt;Choisir un texte int&#233;ressant, d'&#233;tendue mesur&#233;e, qui forme, cependant, un tout ; et dans ce tout, choisir une s&#233;rie de remarques (...) dirig&#233;es dans le m&#234;me sens ; faire valoir les difficult&#233;s et, apr&#232;s discussion, les r&#233;soudre ; &#233;viter la digression qui fait perdre de vue le texte, la paraphrase qui l'&#233;nerve, les divisions faussement m&#233;thodiques qui, d'une page vivante, font une st&#233;rile anatomie&lt;/i&gt; &#187;, dans l'esprit de Gustave Lanson d&#233;non&#231;ant en 1901 le p&#233;ril de la scl&#233;rose qui guette sans cesse, l'introduction novatrice de l'histoire litt&#233;raire ayant &#233;t&#233; l'occasion d'apprentissages dess&#233;chants : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;tude des litt&#233;ratures se fera par les textes. L'histoire litt&#233;raire, chose d'enseignement sup&#233;rieur, est, dans l'enseignement secondaire un fl&#233;au... Pr&#233;c&#233;dant la lecture (...) des textes, le cours d'histoire litt&#233;raire est une &#233;cole de psittacisme.&lt;/i&gt; &#187; L'explication litt&#233;raire doit &#234;tre adapt&#233;e aux capacit&#233;s des &#233;l&#232;ves : &#171; &lt;i&gt;lecture expliqu&#233;e&lt;/i&gt; &#187; rigoureuse mais modeste en premier cycle, &#171; &lt;i&gt;explication fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187; dans le second, et exige la rigueur : ce n'est pas &#171; &lt;i&gt;une causerie &#224; propos d'un texte, (elle) se propose un objet pr&#233;cis et l'atteint par une m&#233;thode positive&lt;/i&gt; &#187; ; elle forme &#233;galement l'esprit &#224; &#171; &lt;i&gt;un imp&#233;rieux devoir d'exactitude qu'il faut appeler, de son vrai nom, la probit&#233; intellectuelle&lt;/i&gt;. &#187; Quant aux pratiques, une circulaire pr&#233;cise de quinze paragraphes fixe en 1880 une p&#233;dagogie dynamique. Elle pr&#233;conise les m&#233;thodes actives, sollicitant la participation des &#233;l&#232;ves et le travail collectif de recherche d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La red&#233;finition des exercices d'&#233;criture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement aux m&#233;thodes objectives, marqu&#233;es le positivisme affich&#233; par Lanson, le recours en expression &#233;crite &#224; la r&#233;flexion, plut&#244;t que l'imitation, la rh&#233;torique de fiction ou la compilation convenue qui avaient pr&#233;valu jusque l&#224;, est pr&#233;conis&#233; d&#232;s 1880 : &#171; &lt;i&gt;Les compositions fran&#231;aises, distribu&#233;es et gradu&#233;es dans les diverses classes, ne seront plus uniquement des narrations, des discours ou des lettres. Tous les sujets propres &#224; entretenir l'habitude de la r&#233;flexion, &#224; former le go&#251;t, &#224; fortifier le jugement, seront utilement employ&#233;s aux exercices de la classe [...] On &#233;vitera l'abus des mati&#232;res qui favorisent trop les amplifications st&#233;riles, et on habituera l'&#233;l&#232;ve &#224; trouver les principales id&#233;es de ses compositions&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette v&#233;ritable r&#233;volution, rempla&#231;ant la reproduction d'un mod&#232;le ext&#233;rieur par l'exercice d'une r&#233;flexion personnelle, mettra longtemps &#224; faire son chemin : en 1909, trente ans apr&#232;s, il faut encore insister pour obtenir une r&#233;novation des pratiques. Le programme &#233;largi et l'&#233;tude directe des &#339;uvres n'ont pas &#233;largi les esprits : &#171; &lt;i&gt;Il me semble que l'on s'est surtout pr&#233;occup&#233; de la forme des &#339;uvres, [...] que l'on a discut&#233; surtout sur les id&#233;es litt&#233;raires des &#233;coles qui ont produit les &#339;uvres, que l'on a cherch&#233; beaucoup dans les textes de quelle th&#233;orie, de quelle doctrine litt&#233;raire ces textes &#233;taient les repr&#233;sentants. [...] Que produisent les fantaisies, les subtilit&#233;s, les paradoxes, transport&#233;s de la th&#233;orie litt&#233;raire dans l'enseignement ? Quelque chose d'odieux et de ridicule.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustave Lanson, La crise des m&#233;thodes, ibidem&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Lanson recherche au contraire des exercices objectifs de composition fran&#231;aise : &#171; &lt;i&gt; Il faut habituer (les &#233;l&#232;ves) &#224; faire un bon rapport, un bon expos&#233;, dans un style exact, clair et suivi, sans autres qualit&#233;s litt&#233;raires que l'ordre et la justesse ; apprenons-leur &#224; user du fran&#231;ais proprement, &#224; rassembler quelques faits pr&#233;cis, quelques donn&#233;es s&#251;res, &#224; les classer, les comparer, &#224; en tirer des inductions et des cons&#233;quences raisonnables.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me ann&#233;e et dans des termes voisins, au lieu des exercices st&#233;riles de psittacisme litt&#233;raire, Gustave Rudler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Rudler, La Composition fran&#231;aise, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e P&#233;dagogique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pr&#233;conise la dissertation, apparue dans le secondaire dans les ann&#233;es 1870-1880 pour constituer l'&#233;preuve de fran&#231;ais du baccalaur&#233;at&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Chervel, &#034;Le baccalaur&#233;at et les d&#233;buts de la dissertation litt&#233;raire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; &lt;i&gt;Un entra&#238;nement intense &#224; l'art de penser, et de penser juste, c'est-&#224;-dire sur des faits bien &#233;lucid&#233;s.[...] Je repr&#233;sentai (aux &#233;l&#232;ves) qu'une dissertation &#233;tait un th&#233;or&#232;me, que je leur en donnais l'&#233;nonc&#233;, et qu'ils avaient &#224; m'en fournir la d&#233;monstration, qu'ils voulussent bien instituer, varier, retourner etc., l'exp&#233;rience, comme en physique . [...] Ils comprirent vite ce langage et firent des progr&#232;s merveilleux [...] Je conclus de l&#224; que nous aurions tort de nous montrer sceptiques sur l'intelligence de nos &#233;l&#232;ves. Nous pouvons attendre et obtenir beaucoup d'eux, pourvu que nous leur apportions une m&#233;thode.&lt;/i&gt; &#187; &#187; Cet esprit s'affirme &#224; nouveau dans les programmes de 1925, avec l'apparition d'une initiation &#224; l'argumentation d&#232;s la 3e : &#171; encha&#238;nement des id&#233;es &#187;, &#171; plan simple et logique &#187;, et est r&#233;it&#233;r&#233; dans les instructions de 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La m&#233;thode exp&#233;rimentale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, l'&#233;tude de la langue veut &#233;viter le formalisme. En 1902, pas de progression prescrite, mais une m&#233;thode exp&#233;rimentale : &#171; les r&#232;gles seront enseign&#233;es surtout par l'usage &#187;. De la 4e &#224; la 2de revient la m&#234;me formule : &#171; &lt;i&gt;Le professeur donnera, &#224; l'occasion de l'&#233;tude des textes, les notions de grammaire historique qui para&#238;tront n&#233;cessaires. Ces notions ne seront pas la mati&#232;re d'un cours suivi et se donneront seulement dans la mesure o&#249; elles peuvent rendre plus intelligible l'usage actuel de la langue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet &#233;tat d'esprit a rencontr&#233; ses limites : les textes de 1925 et 1938 en t&#233;moignent puisqu'ils reviennent &#224; des prescriptions rigoureuses (cf supra), et, comme pour le primaire en 1923, fixent des progressions et des horaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La primaut&#233; de la formation de l'esprit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de 1938 de Jean Zay, issus du Front Populaire, d&#233;veloppent longuement leurs objectifs et leurs m&#233;thodes pour le secondaire. Marqu&#233;s par un esprit nouveau soucieux de l'&#233;panouissement de l'enfant, ils sont cependant dans la ligne des textes de 1902 et 1909 visant l'exercice de l'intelligence plus que l'&#233;rudition. Ils pr&#244;nent le d&#233;veloppement d'un &#171; &lt;i&gt;esprit non sans lacunes [...], mais sans f&#234;lures&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Ce qui donne &#224; l'enseignement du second degr&#233; son caract&#232;re original, [...] c'est qu'il vise &#224; former l'esprit des enfants et &#224; leur donner une culture g&#233;n&#233;rale. [...] Son r&#244;le est moins de les pourvoir d'un bagage de connaissances utiles que de favoriser le libre et complet d&#233;veloppement de leurs facult&#233;s [...]. C'est par cet objet et non seulement par son contenu que doit se d&#233;finir un enseignement humaniste.&lt;/i&gt; &#187; Cet objectif passe par des m&#233;thodes actives dues au d&#233;veloppement, &#224; l'&#233;poque, des mouvements d'&#233;ducation nouvelle : l'exercice du jugement personnel, le questionnement, l'appui sur la r&#233;alit&#233; et l'exp&#233;rience de l'&#233;l&#232;ve, l'entra&#238;nement de la m&#233;moire, les exercices d'application et le sens de l'effort. Mais cette participation des &#233;l&#232;ves n'entra&#238;ne pas une r&#233;duction du savoir ni des ambitions : &#171; &lt;i&gt;ils devront &#234;tre capables d'exprimer [...] par la parole et la plume, tout ce qu'ils auront &#224; dire, sans rester en-de&#231;&#224; et sans aller au-del&#224; de leur pens&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;ils auront besoin de conna&#238;tre et de comprendre le monde o&#249; ils seront appel&#233;s &#224; vivre, et pour cela de savoir ce qu'il a &#233;t&#233;, ce qu'il est devenu et comme il va.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une r&#233;flexion didactique : l'enseignement du fran&#231;ais : une pratique ou une po&#233;tique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instructions pour le secondaire de 1938 semblent annoncer les d&#233;bats des ann&#233;es 1970. Elles distinguent et d&#233;finissent soigneusement le p&#233;rim&#232;tre de deux pistes : celle de l'exercice, indispensable &#224; une expression ais&#233;e, et celle de la th&#233;orie de la langue qui vise la formation de l'esprit et la conscience de la culture : &#171; on n'enseigne pas la langue fran&#231;aise &#224; un enfant en le faisant r&#233;fl&#233;chir sur la th&#233;orie de cette langue &#187; Elles insistent donc sur la pratique premi&#232;re, pr&#233;conisent de s'appuyer sur les premiers savoirs linguistiques de l'enfant pour les d&#233;velopper et lui faire distinguer cet outil vernaculaire de la langue commune, de la langue soutenue et de la langue litt&#233;raire &#8211; futurs &#171; registres de langue &#187; des ann&#233;es 70... Elles se demandent quelle langue, quelle grammaire enseigner, indiquent quels m&#233;canismes faire acqu&#233;rir (la conjugaison), et ouvrent nombre de pistes pratiques non sans &#233;valuer l'efficacit&#233; et le bien-fond&#233; de chacune : leurs r&#233;flexions sur le recours &#224; la dict&#233;e ont une pertinence toujours actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#224; suivre)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Annexe&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_167 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais1-4967b.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais2-9c06d.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais3-cdabd.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_170 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais4-26c42.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais5-b76eb.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais6-efa6e.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#233;l&#233;vation du niveau de formation de la population fran&#231;aise depuis un demi-si&#232;cle, l'importante proportion d'&#233;l&#232;ves qui obtiennent maintenant le baccalaur&#233;at et peuvent effectuer des &#233;tudes sup&#233;rieures, comme l'existence de secteurs performants dans notre &#201;ducation nationale ne doivent pas masquer des dysfonctionnements majeurs, surtout en ce qui concerne l'&#201;cole obligatoire&lt;/i&gt;. (Rapport 2012 du HCE)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nathalie Bulle, dans &lt;i&gt;L'&#201;cole et son double&lt;/i&gt; (Hermann, 2009, p. 211 et sq.) montre que les comparaisons ant&#233;rieures sur un si&#232;cle (entre 1877 et 1987), excluant de fait les filles, sont biais&#233;es par la diff&#233;rence des syst&#232;mes &#233;ducatifs. Samuel Huet (&lt;a href=&#034;http://www.samuelhuet.com/paid/44-polemos/277-sur-la-baisse-de-niveau1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.samuelhuet.com/paid/44-polemos/277-sur-la-baisse-de-niveau1.html&lt;/a&gt;) fait de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note 08-38 de la DEPP, d&#233;cembre 2008. &lt;i&gt;Orthographe : le niveau des &#233;coliers en chute&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 3 mai 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le niveau scolaire baisse, cette fois c'est vrai&lt;/i&gt;, Antoine Prost, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21 f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'illettrisme des cadres : un ph&#233;nom&#232;ne m&#233;connu et tabou&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 16 f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Loi d'orientation sur l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, Rapport annex&#233; (BO 4, 31 ao&#251;t 1989).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Antoine Prost, &lt;i&gt;L'Enseignement en France, 1800-1967&lt;/i&gt;, Armand Colin (1968).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Apprentissage de la lecture, m&#233;thodes et manuels&lt;/i&gt;, Tome 1,p. 71-74, Luc Maisonneuve, L'Harmattan&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.sauv.net/io1945.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sauv.net/io1945.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soulign&#233; dans le texte original.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1880, le latin occupait 10 des 24 heures de cours des gar&#231;ons &#233;l&#232;ves de 6e (&lt;i&gt;Le latin ou l'empire d'un signe&lt;/i&gt;, Fran&#231;oise Waquet, Albin Michel 1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mareuil Andr&#233;, &#034;Les programmes de fran&#231;ais dans l'enseignement du second degr&#233; depuis un si&#232;cle (1872-1967)&#034;, in &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, Volume 7 N&#176;1, 1969, pp. 31-45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discussion 2, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e P&#233;dagogique, &lt;i&gt;L'Enseignement du Fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Imprimerie Nationale (1909)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des horaires de centre d'apprentissage figurent sur &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.ac-nice.fr/lyceeeucalyptus/lgt/index.php/lelycee/visitevirtuelle/itemphotos/44-avant-les-qekq-le-centre-lamarque&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ac-nice.fr/lyceeeucalyptus/lgt/index.php/lelycee/visitevirtuelle/itemphotos/44-avant-les-qekq-le-centre-lamarque&lt;/a&gt;, &lt;br class='autobr' /&gt;
et dans les programmes de 1947, les apprentis re&#231;oivent 13 heures de cours g&#233;n&#233;raux pour 15 heures d'enseignement professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt; Les professeurs devront r&#233;partir les divers exercices de langue fran&#231;aise de telle mani&#232;re que les cours sp&#233;ciaux &#224; B comportent des exercices de haute valeur &#233;ducative et constituent un enseignement de compensation du latin&lt;/i&gt; &#187; (Horaires, programmes et instructions de 1925)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le tableau synoptique en annexe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. M. A. Cahen, &lt;i&gt;L'explication fran&#231;aise&lt;/i&gt;, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e P&#233;dagogique, &lt;i&gt;L'Enseignement du Fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Imprimerie Nationale (1909)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustave Lanson, &lt;i&gt;La crise des m&#233;thodes&lt;/i&gt;, ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Rudler, &lt;i&gt;La Composition fran&#231;aise&lt;/i&gt;, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e P&#233;dagogique, &lt;i&gt;L'Enseignement du Fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Imprimerie Nationale (1909)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Chervel, &#034;Le baccalaur&#233;at et les d&#233;buts de la dissertation litt&#233;raire (1874-1881)&#034;, &lt;i&gt;Histoire de l'&#201;ducation&lt;/i&gt;, n&#176; 94, mai 2002, INRP.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'enseignement de l'histoire : programmes et enjeux</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article177</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article177</guid>
		<dc:date>2013-12-16T10:59:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurence De Cock</dc:creator>


		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>Ecole commune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le premier constat concernant l'histoire scolaire est sa &#171; vivacit&#233; &#187; au sens politique du terme, c'est &#224; dire sa propension &#224; susciter r&#233;guli&#232;rement des d&#233;bats publics, voire des controverses. Il n'est pas rare en effet que la question de l'enseignement de l'histoire se transforme, par voix m&#233;diatique, en &#171; affaire &#187;prouvant &#224; la fois l'int&#233;r&#234;t du public et surtout la fonction sociale que cette mati&#232;re occupe. &lt;br class='autobr' /&gt; Ces controverses sont porteuses de conflictualit&#233;s politiques. Elles soul&#232;vent (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Histoire des disciplines&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;Histoire scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot72" rel="tag"&gt;Ecole commune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L98xH150/arton177-4a711.png?1790692769' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le premier constat concernant l'histoire scolaire est sa &#171; vivacit&#233; &#187; au sens politique du terme, c'est &#224; dire sa propension &#224; susciter r&#233;guli&#232;rement des d&#233;bats publics, voire des controverses. Il n'est pas rare en effet que la question de l'enseignement de l'histoire se transforme, par voix m&#233;diatique, en &#171; affaire &#187;prouvant &#224; la fois l'int&#233;r&#234;t du public et surtout la fonction sociale que cette mati&#232;re occupe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces controverses sont porteuses de conflictualit&#233;s politiques. Elles soul&#232;vent des questions qui traversent les tensions du moment, aujourd'hui largement focalis&#233;es sur la question de l'int&#233;gration, des valeurs de la r&#233;publique et des pr&#233;tendus &#171; malaises identitaires &#187; dont souffre la soci&#233;t&#233;. Par ailleurs, elles s'accompagnent de nombreuses lamentations partisanes ou institutionnelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut citer les nombreux articles de journaux consacr&#233;s &#224; l' &#171; histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur la soi-disant ignorance des &#233;l&#232;ves ; L'histoire est sans doute la discipline laur&#233;ate en mati&#232;re de micro-trottoirs m&#233;diatis&#233;s sur le niveau qui baisse. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'enseignement de l'histoire est donc satur&#233; de finalit&#233;s. Dans sa face sombre, il est vu comme le vecteur de propagande et d'endoctrinement des &#233;l&#232;ves, otages d'id&#233;ologies dominantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Odile Dauphine et alii, L'enseignement de l'histoire-g&#233;ographie de l'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Dans sa version plus positive, on lui assigne souvent le pouvoir quasi magique de r&#233;gler les maux de la soci&#233;t&#233;, notamment par l'apprentissage de valeurs qui se l&#233;gitiment en s'inscrivant dans la dur&#233;e. Dans les deux cas, les finalit&#233;s intellectuelles et critiques de la mati&#232;re disparaissent et il devient tr&#232;s rare de s'interroger sur l'&#233;pist&#233;mologie propre de cette discipline scolaire, &#224; savoir les conditions de sa naissance ; les &#233;volutions de ses formes (contenus, formes narratives) et les mutations de ses finalit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel que soit le sc&#233;nario choisi, il y a, dans l'&#233;criture scolaire de l'histoire, un processus de montage &#233;v&#232;nementiel reposant sur des choix de contenus consid&#233;r&#233;s comme susceptibles de r&#233;pondre aux pr&#233;occupations politiques du moment. Il s'agit d'une histoire ordonn&#233;e par sa fin ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, par les fins qu'on lui assigne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; l'histoire scientifique &#8211; qui n'en est pas, pour autant, totalement exempte &#8211; l'histoire scolaire est &#171; satur&#233;e d'intentions &#187;, elle refl&#232;te une conjoncture et est porteuse d'un certain projet politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, parce qu'ils sont li&#233;s aux missions imput&#233;es &#224; l'Institution scolaire, les &lt;i&gt;curricula&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un curriculum est l'&#171; ensemble de ce qui est cens&#233; &#234;tre enseign&#233; et de ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne r&#233;pondent pas aux m&#234;mes probl&#233;matiques que les disciplines acad&#233;miques et ne soul&#232;vent pas les m&#234;mes enjeux. Il y a bel et bien une &#171; fabrique scolaire &#187; des savoirs qui leur conf&#232;re un sens et des finalit&#233;s inh&#233;rentes aux fonctions assign&#233;es &#224; l'Ecole elle-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurence De Cock, Emmanuelle Picard, La fabrique scolaire de l'histoire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous proposons ici un rapide panorama de l'enseignement de l'histoire en soulignant ses inflexions dans le temps ; avant d'esquisser quelques pistes de r&#233;flexions sur l'actualit&#233; de la discipline et sa place &#224; tenir dans le cadre d'une &#233;cole commune.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Br&#232;ve approche historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette question, l'ouvrage de r&#233;f&#233;rence reste Patrick Garcia, Jean Leduc, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des programmes et de leurs inflexions de la troisi&#232;me r&#233;publique &#224; nos jours&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roman national :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le Second Empire et plus encore sous la Troisi&#232;me R&#233;publique, on consid&#232;re que l'histoire scolaire doit servir le politique. Le &#171; roman national &#187; irrigue le projet patriote et r&#233;publicain de la nouvelle &#233;cole gratuite, la&#239;que et obligatoire. Le projet de la troisi&#232;me r&#233;publique est relativement limpide : un histoire &#171; qui s'apprend par le c&#339;ur &#187; disait Ernest Lavisse ; une histoire au service de l'attachement &#224; un pass&#233; glorieux commun. Le roman national repose alors sur la mise en avant de grands personnages h&#233;ro&#239;s&#233;s, cristallisant toutes les valeurs de l'&#233;poque, fonctionnant donc comme des mod&#232;les identificatoires. Ces h&#233;ros romantiques (masculins si l'on excepte Jeanne d'Arc), suivent une &#233;pop&#233;e rythm&#233;e par des &#233;v&#233;nements significatifs de la gloire et de l'identit&#233; nationales. Ce &#171; mythe national &#187; d&#233;crypt&#233; par Suzanne Citron&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suzanne Citron, Le mythe national, &#233;ditions de l'atelier, 1984, 2008 (r&#233;&#233;d)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; forme le cadre interpr&#233;tatif de toute forme de vulgarisation historique, &#224; commencer par l'Ecole. La France y est pr&#233;sent&#233;e comme &#233;ternelle, &#171; toujours d&#233;j&#224; l&#224; &#187; (Suzanne Citron) depuis la Gaule pour ses fronti&#232;res et son unit&#233; nationale ; depuis le bapt&#234;me de Clovis pour son identit&#233; chr&#233;tienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s cette p&#233;riode, l'Ecole circonscrit sa propre &#233;criture scolaire de l'histoire. Ainsi, la m&#233;fiance des historiens de l'&#233;poque pour le tr&#232;s contemporain ne se retrouve pas dans l'enseignement de l'histoire qui incorpore tr&#232;s rapidement l'histoire imm&#233;diate. La premi&#232;re guerre mondiale par exemple entre dans les manuels d&#232;s 1919 et dans les programmes en 1923. Cette particularit&#233; de l'histoire scolaire souligne le tr&#232;s fort amarrage pass&#233;/pr&#233;sent de la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La timide ouverture aux civilisations &#233;trang&#232;res :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me guerre mondiale est &#224; l'origine de la premi&#232;re v&#233;ritable rupture paradigmatique de la discipline. L'horreur de la Shoah provoque une prise de conscience, &#224; l'&#233;chelle internationale, de l'urgence de lutter contre le racisme. L'histoire-g&#233;ographie-&#233;ducation civique devient la mati&#232;re-cible pour &#233;duquer au droit de l'homme. Sous le parrainage de l'UNESCO s'organisent des rencontres internationales sur les programmes et les manuels scolaires. Des brochures sont &#233;dit&#233;es et relay&#233;es dans le Bulletin officiel de l'&#233;ducation nationale. L'UNESCO fait donc pression sur l'&#233;criture des curricula et les nouveaux programmes qui s'ensuivent s'impr&#232;gnent de cette finalit&#233; humaniste qui ne dispara&#238;tra plus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurence De Cock, &#171; Un si&#232;cle d'enseignement du &#034;fait colonial&#034; dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;] .&lt;br class='autobr' /&gt;
La ligne du progr&#232;s n'est plus un postulat tenable apr&#232;s la guerre. L'histoire ne peut plus &#234;tre enseign&#233;e comme un long continuum positif. L'id&#233;e &#233;merge lentement que les contenus pourraient se charger d'une moralit&#233; quasi &#339;cum&#233;nique : le pass&#233; n'est pas uniquement ce qui fabrique de l'attache nationale, il est aussi la projection de la diff&#233;rence dans le temps et dans l'espace ; il permet donc l'apprentissage de la tol&#233;rance. L'UNESCO organise par exemple une conf&#233;rence sur l'enseignement de l'histoire en 1951. Dans le bilan, il est conseill&#233; &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; D'enseigner une histoire aussi universelle que possible dans laquelle le pass&#233; des peuples non-europ&#233;ens serait consid&#233;r&#233; en lui-m&#234;me et non plus seulement dans la mesure o&#249; des int&#233;r&#234;ts europ&#233;ens s'y seraient trouv&#233;s engag&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Recommandations pour l'enseignement de l'histoire : publication du CNDP, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; . &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va de soi que la p&#233;n&#233;tration de ces orientations dans les &#171; circuits d'&#233;criture &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patricia Legris, L'&#233;criture des programmes d'histoire en France (1944-2010). (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est lente et diffuse. Les programmes, jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1950 restent sensiblement identiques aux pr&#233;c&#233;dents. C'est en 1957 que de nouveaux programmes introduisent l'histoire des civilisations extra-europ&#233;ennes. Apr&#232;s de nombreux d&#233;bats, il est d'ailleurs d&#233;cid&#233; que ces changements ne s'effectueront que dans les classes terminales. L'historien Fernand Braudel en assume la paternit&#233;. Les contestations des enseignants seront si fortes que le programme est abandonn&#233; en 1966.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, c'est surtout dans les m&#233;thodes que change l'enseignement de l'histoire &#224; cette p&#233;riode. L'exp&#233;rience des classes nouvelles lanc&#233;es &#224; la suite du plan Langevin Wallon permet d'exp&#233;rimenter des m&#233;thodes plus actives bas&#233;es sur la critique documentaire. Les manuels multiplient les documents qui deviennent lentement les supports de m&#233;thodes plus inductives. En 1950, on compte 250 classes nouvelles en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Savoye, &#171; L'Education nouvelle en France. De son irr&#233;sistible (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les exp&#233;riences d'ouverture des ann&#233;es 1970 : Eveil et initiation &#233;conomique, sociale et politique :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1960 et 1970 sont marqu&#233;es par de dynamiques d&#233;bats sur l'Ecole. L'&#233;poque est au d&#233;veloppement de la psychologie cognitive et &#224; la red&#233;couverte des p&#233;dagogues. Les travaux des sociologues de l'&#233;ducation d&#233;noncent d&#233;j&#224; une &#233;cole &#233;litiste qui s&#233;lectionne et reproduit les &#233;lites. Les disciplines sont touch&#233;es par ces nouveaux questionnements. Le groupe &#171; Enseignement 70 &#187; fond&#233; par Jacques Bourraux en 1961 a fonctionn&#233; par exemple jusque 1973 sous la forme d'ateliers et des sessions. Groupe pluridisciplinaire, m&#234;lant des enseignants du primaire, secondaire et du sup&#233;rieur ; il s'effor&#231;ait de r&#233;fl&#233;chir &#224; l'articulation entre la p&#233;dagogie, et des finalit&#233;s disciplinaires adoss&#233;es au contexte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Chr&#233;tien, &#171; Enseignement 70, une exp&#233;rience &#224; revisiter &#187;, , (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Sur un plan plus institutionnel, l'INRP (institut national de la recherche p&#233;dagogique) poursuit &#233;galement des exp&#233;riences didactiques en &#233;troite collaboration avec l'Institution ouverte au renouvellement des programmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les programmes d'&#233;veil du primaire (1969) puis les programmes Haby (1975) du coll&#232;ge sont les fruits de ce contexte favorable aux p&#233;dagogies actives. Les premiers souhaitent attiser la curiosit&#233; des enfants et le d&#233;sir d'apprendre en d&#233;cloisonnant les disciplines. Les seconds adoptent une approche traditionnelle une partie de l'ann&#233;e, puis plus th&#233;matique en encourageant &#224; faire des &#171; coupes &#187; comme &#171; La naissance et le d&#233;veloppement des villes &#187; ou l' &#171; &#233;volution des navires et des transports maritimes &#187;. Ils introduisent ainsi de l'histoire &#233;conomique et sociale et revendiquent une &#171; p&#233;dagogie par objectifs &#187;. Certains enseignants fondent leurs espoirs dans ce qui se rapproche d'un enseignement en sciences sociales mais la pression disciplinaire finit par l'emporter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_185 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH500/jacques-bourraux-1936-2003-49a37.jpg?1790692769' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les ann&#233;es 1980 : le redressement r&#233;publicain, national et europ&#233;en :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; grand d&#233;bat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrick Garcia, Jean Leduc, op.cit.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; commence en 1979, pr&#233;par&#233;e en amont par l'APHG (Association des professeurs d'histoire-g&#233;ographie) d&#232;s 1976 pour protester contre cette dissolution disciplinaire. Alain Decaux, en &#171; Une &#187; du Figaro magazine lance un cri d'alarme : &#171; Fran&#231;ais, on n'enseigne plus l'histoire &#224; vos enfants &#187;. Fortement relay&#233;e, l' &#171; affaire &#187; p&#233;n&#232;tre jusqu'au sommet de l'Etat et fait l'objet d'une question au conseil des ministres. Le minist&#232;re se lance dans la r&#233;&#233;criture de programmes. Les pr&#233;occupations p&#233;dagogiques s'effacent devant une nouvelle priorit&#233; index&#233;e aux d&#233;bats politiques du moment : la place des &#233;l&#232;ves immigr&#233;s dans les classes et la propension de l'histoire scolaire &#224; faciliter l'int&#233;gration en fabriquant du commun. La probl&#233;matique nationalo-r&#233;publicaine reprend ses droits, aid&#233;e en cela par l'arriv&#233;e du ministre Chev&#232;nement qui souhaite infl&#233;chir les programmes vers la conscience r&#233;publicaine, nationale et europ&#233;enne. Les nouveaux programmes en reviennent &#224; une &#233;criture traditionnelle : continue, politique, &#233;v&#233;nementielle ; mais ils conf&#232;rent &#224; l'ensemble une v&#233;ritable inflexion civique, accentu&#233;e par le retour de l'&#233;ducation civique qui permet de faire des ponts entre les deux mati&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela ne se lit pas tant dans les th&#232;mes abord&#233;s qui d&#233;roulent le menu traditionnel que dans les pr&#233;ambules de programmes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_186 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L196xH300/decaux-8ce75.jpg?1790689103' width='196' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi pour le primaire, les programmes viseront &#224; :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Faire comprendre progressivement aux &#233;l&#232;ves qu'ils seront appel&#233;s &#224; exercer des responsabilit&#233;s dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique o&#249; ils auront des droits et des devoirs, o&#249; ils devront respecter les diff&#233;rences l&#233;gitimes, travailler &#224; am&#233;liorer la participation de chacun &#224; la vie nationale et se pr&#233;parer &#224; d&#233;fendre les valeurs d&#233;mocratiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arr&#234;t&#233; du 18 juin 1984&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au coll&#232;ge : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Il [le programme]donne &#224; l'histoire nationale la place qui lui revient dans le dialogue des grandes civilisations. Il montre comment s'est constitu&#233;e l'identit&#233; nationale et fait appara&#238;tre, &#224; travers les si&#232;cles et les r&#233;gimes, la continuit&#233; de l'histoire de la France, creuset de peuples et de cultures, ainsi que la nature des d&#233;fis successifs auxquels notre pays a &#233;t&#233; confront&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arr&#234;t&#233; du 14 novembre 1985 &#769;&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette charge civique articul&#233;e &#224; la probl&#233;matique identitaire s'installe pour un temps long dans l'histoire de la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les ann&#233;es 1990-2000 : M&#233;moire, patrimoine, identit&#233; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que se reconfigure une soci&#233;t&#233; fran&#231;aise travaill&#233;e de plus en plus par des revendications identitaires elle-m&#234;me attis&#233;es par la crise &#233;conomique et sociale, la question de la place des minorit&#233;s dans le r&#233;cit national se pose avec plus d'acuit&#233;. Comment prendre en compte les histoires singuli&#232;res ? C'est l'une des questions pr&#233;gnantes de nouveaux programmes. Parall&#232;lement, le courant historiographique impuls&#233; par les Lieux de m&#233;moire de Pierre Nora occupe le champ acad&#233;mique. Pour l'historien, il faut dissocier la nation de l'Etat, promouvoir la m&#233;moire &#224; laquelle &#171; La nation doit son acception unitaire &#187; . Les h&#233;ros glorieux du pass&#233; ont fait long feu, ceux sur lesquels l'adh&#233;sion de tous &#233;tait recherch&#233;e. Le devoir de m&#233;moire s'inscrit en lieu et place d'une histoire de la d&#233;f&#233;rence aux h&#233;ros . &lt;br class='autobr' /&gt;
L'affectif refait surface mais change de nature. Puisque les grands &#233;v&#233;nements et/ou h&#233;ros historiques n'inspirent plus l'admiration pr&#233;alable au sentiment d'appartenance collective, la m&#233;moire se chargera de mobiliser des registres aussi vari&#233;s que la reconnaissance, l'empathie, la c&#233;l&#233;bration, ou le remords ; autant de sentiments qui fabriquent racines, attachement, tout en ouvrant la possibilit&#233; d'une prise de parole des plus domin&#233;s. Le terreau est alors favorable au d&#233;veloppement d'une politique de la m&#233;moire. La soci&#233;t&#233; fran&#231;aise s'&#233;tait plong&#233;e dans les pratiques m&#233;morielles d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1980, voire un peu avant : vogue de la g&#233;n&#233;alogie, ann&#233;e du patrimoine (1980), multiplication des mus&#233;es, comm&#233;moration du bicentenaire, ou d&#233;veloppement de l'histoire orale&#8230; en &#233;taient autant de signes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Joutard, Histoire et m&#233;moire, conflits et alliance, La d&#233;couverte, 2013&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;br class='autobr' /&gt;
La mise en avant d'une lecture patrimoniale de l'histoire implique une autre forme de regard sur soi. Symboliquement, le patrimoine renvoie davantage &#224; l'id&#233;e d'un h&#233;ritage &#224; sauvegarder. Il s'agit de l'id&#233;e d'une conservation d'acquis plut&#244;t que celle d'un projet collectif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette valorisation du patrimoine devrait fournir une matrice identitaire au sein de laquelle chacun pourrait trouver place. Ce qui pr&#233;vaut est donc bien d'assumer la convergence des m&#233;moires multiples vers une m&#233;moire nationale porteuse d'une identit&#233; commune. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les programmes de 1995 r&#233;pondent donc &#224; ces objectifs m&#233;moriels, patrimoniaux et identitaires. Diverses citations issues des Instructions officielles et documents d'accompagnement permettent d'en rendre compte :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sixi&#232;me : &#171; L'histoire et la g&#233;ographie permettent d'&#233;clairer et de mettre en perspective les notions d'identit&#233;, de citoyennet&#233; et de patrimoine &#187; (&#8230;)&#171; L'objectif est de construire une culture &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cinqui&#232;me et quatri&#232;me : &#171; Les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; scolaire ont, plus encore que les autres, besoin de s'extraire de leur environnement quotidien, pour acc&#233;der &#224; un autre univers culturel, celui dans lequel s'inscrivent les programmes. Il s'agit bien d'enraciner une culture commune &#224; tous &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arr&#234;t&#233; du 29 mai 1996&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette empreinte m&#233;morielle s'est renforc&#233;e tout au long de la d&#233;cennie ; notamment par le biais des lois dites m&#233;morielles qui ont p&#233;n&#233;tr&#233; les curricula non pas par une r&#233;&#233;criture des programmes, mais souvent par les manuels (renouvel&#233;s plus souvent) ou par des directives du Bulletin officiel de l'&#233;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aujourd'hui :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quinquennat qui vient de s'achever a connu &#224; une r&#233;&#233;criture des programmes d'histoire du Primaire au Lyc&#233;e. Il est donc un laboratoire d'observation tout &#224; fait pertinent pour comprendre les nouveaux enjeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les programmes de Primaire, parus en 2008 sont sans doute les plus nettement r&#233;actionnaires si l'on entend par ce terme une volont&#233; assum&#233;e de retour &#224; une &#233;criture scolaire traditionnelle de l'histoire amarr&#233;e au projet nationalo-r&#233;publicain. Alors que les pr&#233;c&#233;dents programmes de 2002 coordonn&#233;s par l'historien Philippe Joutard se voulaient profond&#233;ment novateurs et proches de probl&#233;matiques historiographiques r&#233;centes (histoire des immigrations, &#233;tude de groupes sociaux etc)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurence De Cock (Dir), Faire de l'histoire-g&#233;ographie-&#233;ducation civique &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , ceux de 2008, &#233;crits dans la plus grande pr&#233;cipitation, se pr&#233;sentent comme une succession de rep&#232;res classiques (Al&#233;sia, bapt&#234;me de Clovis etc.) et de jalons biographiques (Vercing&#233;torix, Clovis, Charlemagne, saint Louis, Jeanne d'Arc etc.). Ils reposent uniquement sur la m&#233;morisation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les programmes de coll&#232;ge tentent de concilier la sp&#233;cificit&#233; disciplinaire (notamment dans ses articulations avec les avanc&#233;es historiographiques) et la politique du Socle commun des connaissances et des comp&#233;tences. Des questions assez in&#233;dites ont fait leur apparition comme l'&#233;tude des royaumes africains m&#233;di&#233;vaux. Des reformulations t&#233;moignent de la volont&#233; d'int&#233;grer les dynamiques scientifiques r&#233;centes (ex : &#171; la colonie &#187; appr&#233;hend&#233;e comme l'espace g&#233;ographique de la rencontre coloniale jusque l&#224; absente des programmes en 4e ou encore l'histoire des immigrations en 3e) ou de rendre intelligibles des d&#233;bats m&#233;moriels (introduction de l'&#233;tude de la traite transatlantique en 4e). Les programmes sont r&#233;dig&#233;s sous la forme connaissances/capacit&#233;s/ d&#233;marches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les nouveaux programmes de Lyc&#233;e (voies g&#233;n&#233;rales) sont davantage en rupture avec les cycles pr&#233;c&#233;dents. Ils proc&#232;dent par &#171; effet zoom &#187; sur des moments historiques sp&#233;cifiques, au risque de brouiller la trame chronologique, surtout en premi&#232;re o&#249; les deux guerres mondiales sont abord&#233;es avant l'&#233;tude des totalitarismes, ou par l'appr&#233;hension d'une question sur le temps long (Terminale/ex : &#171; M&#233;dias et opinion publique depuis l'affaire Dreyfus).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les modalit&#233;s d'apprentissage de l'histoire r&#233;pondent donc &#224; des mod&#232;les tr&#232;s diff&#233;rents du Primaire au Lyc&#233;e. L'absence de coh&#233;rence inter-cycles rend tr&#232;s difficile une r&#233;flexion globale sur le sens de son enseignement. Ces diff&#233;rents montages n'offrent pas une m&#234;me lecture du pass&#233; aux &#233;l&#232;ves. La succession des appr&#233;hensions diachroniques et synchroniques des moments historiques n'est pas inint&#233;ressante en soi mais elle requiert un minimum d'explication et de recul tant du c&#244;t&#233; des &#233;l&#232;ves que des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle histoire &#224; l'Ecole, pour quelles finalit&#233;s ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les savoirs historiques scolaires ne sont pas des savoirs acad&#233;miques :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire scolaire en France repose sur plusieurs logiques. Sur le plan formel, on note une continuit&#233; chronologique sous la forme traditionnelle &#171; de l'&#233;poque lointaine &#224; nos jours &#187; puis une approche spiralaire puisqu'il s'agit de revisiter cette chronologie &#224; chaque cycle : &#233;l&#233;mentaire (cycle 3), Coll&#232;ge puis Lyc&#233;e. C'est une histoire &#171; scientifiquement &#187; exigeante au regard d'autres pays et qui s'efforce de balayer les moments historiques consid&#233;r&#233;s comme fondateurs d'une m&#233;moire collective. Il serait erron&#233; de la consid&#233;rer aujourd'hui comme totalement &#171; nationalo-centr&#233;e &#187;. Sauf dans le cas des programmes de l'&#233;cole primaire qui se focalisent sur la France, les autres moments de la scolarit&#233; s'efforcent de s'ouvrir &#224; de nouvelles aires g&#233;ographiques (En 6e, l'Inde des Gupta et la Chine des Han) et &#224; croiser les regards (Seconde : D&#233;couverte du monde ?). Les dimensions europ&#233;ennes ou mondiales sont tr&#232;s pr&#233;sentes, notamment en lyc&#233;e (histoire g&#233;opolitique des conflits).&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me, contrairement &#224; certaines id&#233;es re&#231;ues, il n'y pas de non-dits ou tabous dans l'histoire scolaire. Chaque &#233;v&#233;nement peut y &#234;tre abord&#233;. La question la plus int&#233;ressante est de voir comment un &#233;v&#233;nement trouve sa place dans le montage pr&#233;vu : un programme scolaire ne r&#233;pond jamais &#224; un souci d'exhaustivit&#233; mais le cadre initial dicte des mani&#232;res de dire les &#233;v&#233;nements qui peuvent &#234;tre particuli&#232;rement contraintes. A titre d'exemple, cela ne rev&#234;t pas le m&#234;me sens d'&#233;voquer la Commune de Paris dans le cadre d'une histoire des r&#233;voltes/r&#233;volutions populaires et dans celui de la naissance de la Troisi&#232;me R&#233;publique. Dans le premier cas, la Commune est abord&#233;e comme un moment historique en soi porteur d'un projet politique, dans le second il n'est qu'un contretemps &#224; une in&#233;luctable institutionnalisation de la R&#233;publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fabrique des programmes accentue la sp&#233;cificit&#233; de la forme scolaire des savoirs. Cette cha&#238;ne de construction est sous contrainte : celle des horaires, des cycles, des fili&#232;res etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re rel&#232;ve de la forme scolaire r&#233;guli&#232;rement r&#233;am&#233;nag&#233;e par les diff&#233;rents minist&#232;res sous contraintes de moins en moins p&#233;dagogiques et de plus en plus en plus budg&#233;taires : horaires allou&#233;es aux disciplines, rythme des r&#233;formes de cycles et de fili&#232;res etc.).&lt;br class='autobr' /&gt;
Tel un casse-t&#234;te chinois, la commission charg&#233;e des programmes est contrainte de mettre en conformit&#233; contenant et contenus par un cadrage horaire tr&#232;s strict, contraignant, et de plus en plus &#233;loign&#233; des situations d'apprentissage possibles autres que la cadence magistrale ou apparent&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
De plus en plus pr&#233;cipit&#233;s, les moments d'&#233;criture de programmes rel&#232;vent d&#233;sormais d'un simulacre de circularit&#233; d&#233;mocratique o&#249; auditions, consultations &#171; du terrain &#187; ne servent qu'&#224; modifier tr&#232;s &#224; la marge et finalement valider la d&#233;cision descendante de la pyramide administrative.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels programmes tout cela donne-t-il ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme l'&#233;crivait d&#233;j&#224; en 1994 Henri Moniot, l'un des rares historiens &#224; s'int&#233;resser &#224; la didactique :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les programmes nous baladent dans un grand tout narratif (&#8230;) ils recyclent le long des ann&#233;es scolaires des morceaux narratifs recompos&#233;s dont les personnages et d&#233;cors sont bien l&#224;, mais les intrigues ont chang&#233; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
En 2013, le constat est encore plus s&#233;v&#232;re. Du primaire au lyc&#233;e, on d&#233;plore encore des pesanteurs quasi s&#233;culaires : en primaire, les programmes 2008 sont totalement assujettis &#224; une trame nationalo-centr&#233;e structur&#233;e par des rep&#232;res chronologiques et des personnages historiques p&#233;trifi&#233;s dans leur mythologie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; leur apparente nouveaut&#233;, les programmes du Secondaire r&#233;pondent &#233;galement &#224; une logique encyclop&#233;dique. Le d&#233;coupage p&#233;riodique n'est jamais retravaill&#233;. Sous pr&#233;texte d'introduire des approches nouvelles, les programmes renforcent leur caract&#232;re directif et s&#232;ment la confusion dans les modalit&#233;s d'apprentissage. A ce propos, les &#171; entr&#233;es &#187; ou &#171; &#233;tudes &#187; th&#233;matiques &#8211; si stimulantes que puissent &#234;tre ces approches&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#171; &#233;tudes &#187; en histoire s'inspirent des &#171; &#233;tudes de cas &#187; en g&#233;ographie. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; n'apparaissent actuellement que comme des strat&#233;gies de gain de temps difficilement assimilables par les &#233;l&#232;ves autrement que comme simples exemples alors qu'elles gagneraient &#224; &#234;tre travaill&#233;es &#224; la fois dans leur singularit&#233; (synchronie) et dans leur articulation avec une g&#233;n&#233;ralisation ; ce qui serait tr&#232;s chronophage, mais &#244; combien pertinent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les programmes de lyc&#233;e se veulent th&#233;matiques. C'est le cas en Seconde (moiti&#233; du programme) et dans les futurs programmes de Terminales g&#233;n&#233;rales. Les fameux &#171; th&#232;mes &#187; du programme de 1&#232;re en revanche ne sont qu'une mani&#232;re de proc&#233;der &#224; des carottages dans des segments chronologiques tout &#224; fait conventionnels ; d'o&#249; leur aberration, leur manque des sens, et la virulence des critiques &#224; leur encontre qui se sont malheureusement souvent cantonn&#233;es &#224; la r&#233;clamation d'un retour &#224; la chronologie classique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, il n'existe pas de r&#233;elle politique de l'enseignement de l'histoire en France qui soit fond&#233;e non sur les sempiternels poncifs civiques et identitaires, mais sur une appr&#233;hension v&#233;ritable des finalit&#233;s critiques inh&#233;rentes &#224; cette mati&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurence De Cock, &#171; Qui suis-je pour critiquer ? &#187;, r&#233;flexions sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'histoire ? Mais pour quoi faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;ambules de programmes sont l'un des lieux o&#249; apparaissent ces finalit&#233;s, m&#234;me si on y lit quelques topoi redondants : former &#224; l'esprit critique et comprendre le monde contemporain. Ils se focalisent d&#233;sormais sur les &#171; capacit&#233;s &#187; &#224; acqu&#233;rir plut&#244;t qu'&#224; une v&#233;ritable r&#233;flexion &#233;pist&#233;mologique sur la discipline, &#224; savoir : Quels sont les outils conceptuels qui font acc&#233;der au raisonnement historique ? Quel regard la conscience historique permet-elle de porter sur le monde ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La question des finalit&#233;s de l'enseignement de l'histoire est tr&#232;s largement d&#233;battue depuis l'acte de cr&#233;ation de l'histoire scolaire s&#233;cularis&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1907, Charles Seignobos, consid&#233;r&#233; comme l'un des piliers de l'&#233;cole dite m&#233;thodique, prononce une conf&#233;rence au mus&#233;e p&#233;dagogique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cr&#233;&#233; au d&#233;but du XIX&#232;me si&#232;cle, le mus&#233;e p&#233;dagogique &#233;tait une biblioth&#232;que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; intitul&#233;e : &#171; L'histoire comme instrument d'&#233;ducation politique &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si de l'histoire on a fait une mati&#232;re commune &#224; tous les &#233;l&#232;ves de l'enseignement secondaire, c'est qu'on l'a crue capable d'am&#233;liorer un genre d'intelligence et d'activit&#233; utile non &#224; une partie seulement des &#233;l&#232;ves, mais &#224; toute la nation. Ce qui est utile &#224; tous les &#233;l&#232;ves, c'est de comprendre le monde o&#249; ils vont vivre, de s'y int&#233;resser et d'&#234;tre pr&#234;ts &#224; y agir &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette formule d' &#171; &#233;ducation politique &#187; m&#233;rite peut-&#234;tre d'&#234;tre actualis&#233;e en s'attardant un peu sur le &#171; genre d'intelligence &#187; et surtout sur la nature de l'&#171; utilit&#233; &#187; vis&#233;e, au pr&#233;sent, par un enseignement de l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Appelons, &#224; la suite de beaucoup d'autres, ce &#171; genre d'intelligence &#187; la conscience historique. En quoi la conscience historique est-elle une condition de la conscience politique, c'est &#224; dire de la possibilit&#233; de se situer comme sujet politique autonome dont la passivit&#233; ou l'activit&#233; rel&#232;verait de choix conscients ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le philosophe Hans Georg Gadamer, la conscience historique consiste &#224; : &#171; comprendre historiquement sa possibilit&#233; d'avoir un comportement historique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hans Georg Gadamer, Le probl&#232;me de la conscience historique, Pierre Fruchon, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re condition r&#233;side dans le caract&#232;re &#233;tranger de ce qui est &#224; comprendre, c'est &#224; dire du pass&#233;. Il y aurait n&#233;cessit&#233; d'un travail de d&#233;saffiliation par rapport au pass&#233; pour en mesurer &#171; l'ext&#233;riorit&#233; par rapport &#224; soi &#187; et pouvoir commencer un v&#233;ritable travail d'interpr&#233;tation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le caract&#232;re ext&#233;rieur du pass&#233; passe alors par son &#233;tranget&#233;, et l'apprentissage d'une conscience historique appelle un maintien dans cette &#233;tranget&#233;, c'est &#224; dire que l'interrogation &#171; que s'est-il pass&#233; ? qui agit ? pourquoi ? quels sont les effets ? &#187; doit &#171; mettre &#224; nu les possibilit&#233;s et les maintenir en &#233;veil &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La conscience historique comme &#233;l&#233;ment de la conscience politique suppose enfin une logique de projection dans le pr&#233;sent et dans l'avenir : l'outillage conceptuel et m&#233;thodologique transmis par un enseignement historique doit pouvoir &#234;tre r&#233;investi sur des objets contemporains : enjeux sociaux, prises de positions, controverses etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette question de la &#171; projection &#187; que d'autres appellent &#171; identification &#187; est fondamentale car elle implique une r&#233;flexion sur le statut des acteurs du r&#233;cit scolaire. Il n'est plus possible de dire aujourd'hui que l'histoire enseign&#233;e dans le secondaire soit encore celle des grands hommes. Certes, de grandes figures persistent, mais le peuple n'est pas absent du r&#233;cit scolaire. Il est &#233;tudi&#233; sous l'angle d'une histoire culturelle ou histoire des repr&#233;sentations purg&#233;e de sa dimension &#233;conomique et sociale. Le peuple de l'histoire scolaire est un &#171; on &#187; informel &#171; agi &#187; par la culture du moment. Ainsi, la &#171; culture de guerre &#187;, la &#171; culture coloniale &#187; ou la &#171; culture r&#233;publicaine &#187; sont-elles des mod&#232;les explicatifs des actes des hommes et des femmes du pass&#233;. Pr&#233;sent&#233;es comme un &#171; allant de soi &#187; alors que ces formules sont tr&#232;s discut&#233;es dans le monde acad&#233;mique, les &#171; cultures &#187; fournissent l'opportunit&#233; de donner l'illusion d'une participation populaire &#224; la marche de l'histoire. Ce faisant, elles masquent tout ce qui est de l'ordre des choix singuliers, des rapports de domination ou des conflictualit&#233;s inh&#233;rentes &#224; toutes les soci&#233;t&#233;s. L'histoire culturelle, telle qu'elle est pr&#233;sent&#233;e dans les programmes scolaires fabrique un consensus apparent de soumission des peuples &#224; l'air du temps. Les mobilisations ne sont presque qu'&#233;piph&#233;nom&#232;nes ; m&#234;me dans la lutte r&#233;volutionnaire, les diff&#233;rents rapports de force s'effacent derri&#232;re l'annonce du premier mod&#232;le r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris, la grande absente dans l'&#233;criture scolaire de l'histoire reste la dimension sociale, ou la place de l' &#171; ordinaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurence De Cock, &#171; A propos de la difficile intrusion des vies anonymes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les diff&#233;rents d&#233;bats actuels : &#171; O&#249; est l'histoire des femmes ? O&#249; sont les minorit&#233;s ? &#187; ne formulent pas correctement la question car ce sont globalement les hommes et les femmes ordinaires du pass&#233; qui sont ni&#233;s en tant qu'acteurs et groupes sociaux. Parce qu'elle n&#233;cessiterait une autre grammaire qui insisterait sur le poids de la contingence, sur la succession des &#171; hasards &#187;, sur l'histoire &#233;conomique, sur la multiplicit&#233; des perceptions, une telle histoire r&#233;pondrait difficilement aux finalit&#233;s m&#233;morielles, patrimoniales et identitaires pr&#233;alablement d&#233;crites.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a bel et bien l&#224; une contradiction majeure avec les finalit&#233;s proclam&#233;es de l'enseignement de l'histoire. Car si l'on admet qu'il s'agit de travailler &#224; l'apprentissage d'une conscience historique comme mode d'intelligibilit&#233; du monde contemporain, si cette conscience historique consiste &#224; pr&#233;lever dans les possibles du pass&#233; des outils d'interpr&#233;tation du pr&#233;sent, alors on voit mal comment les enfants, adolescents, puis jeunes adultes peuvent envisager leur r&#244;le dans la marche du pr&#233;sent en tant qu'acteurs responsables. Il faudra bien un jour oser se demander pourquoi tant d'enfants et d'adultes r&#233;p&#232;tent encore que tout cela ne les int&#233;resse pas. &#171; Parce que c'est du pass&#233; ? &#187; &#171; Parce que ce ne sont que des dates &#224; apprendre par c&#339;ur ? &#187;, &#171; Parce que les &#233;l&#232;ves pr&#233;f&#232;rent regarder la t&#233;l&#233;vision et internet ? &#187; Ou bien plus modestement parce que tout cela ne leur parle gu&#232;re et qu'ils ne voient pas &#224; quoi cela peut servir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dire que nous contribuons &#224; l'intelligibilit&#233; du monde en transitant par le pass&#233; est totalement r&#233;ducteur : la connaissance du pass&#233;, en soi, sur le mod&#232;le cumulatif des connaissances, ne constitue qu'un &#171; voyage dans le temps &#187; parfois certes plaisant mais susceptible d'&#234;tre propos&#233; par d'autres agences de voyage que l'&#233;cole. Dire que l'histoire fabrique de l'adh&#233;sion &#224; un projet national nous semble relever d'un acte de foi &#171; d&#233;shistoricis&#233; &#187; qui oublie la multiplicit&#233; des r&#233;f&#233;rents identitaires et le brouillage actuel des &#233;chelles d'appartenance. Enfin, est-il besoin de dire que le &#171; plus jamais &#231;a &#187; sous-tendu par le &#171; devoir de m&#233;moire &#187; se d&#233;cr&#233;dibilise de lui-m&#234;me au fur et &#224; mesure de la marche de l'histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Refonder &#187; l'enseignement de l'histoire ? Quelques pistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par soumettre au d&#233;bat ce que nous consid&#233;rons comme le sous bassement possible d'une politique de l'enseignement de l'histoire sous la forme de quelques propositions pouvant servir de cadre g&#233;n&#233;ral &#224; de futurs curricula d'histoire :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rompre avec le r&#233;cit t&#233;l&#233;ologique : accepter que, dans le pass&#233;, rien n'est jamais jou&#233; d'avance. Il s'agit donc d'insister sur l'&#233;ventail des possibles.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;fl&#233;chir aux effets de miroir entre pass&#233; et pr&#233;sent : tout &#233;v&#233;nement pass&#233; a un &#171; degr&#233; d'actualit&#233; &#187; (Walter Benjamin). Il donc existe une proximit&#233; de l'apparente &#233;tranget&#233;.A l'inverse, ce qui appara&#238;t comme familier peut se r&#233;v&#233;ler d'une importante &#233;tranget&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La chronologie proc&#232;de d'un &#171; besoin de datation &#187; (Henri Moniot), c'est &#224; dire d'une datation naturellement appel&#233;e par l'analyse de l'objet sans laquelle l'objet devient incompr&#233;hensible, et non une date f&#233;tichis&#233;e. Elle peut prendre la forme d'une formule, d'une p&#233;riode, d'un avant/apr&#232;s, ou d'une date fixe.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'histoire a un caract&#232;re saccad&#233; ; elle est &#171; intempestive, ironique, saccad&#233;e, disruptive &#187; (Arlette Farge)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arlette Farge in Emmanuel Laurentin (dir), A quoi sert l'histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y a pas de causalit&#233; lin&#233;aire.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'identification ne rel&#232;ve pas de l'h&#233;ro&#239;sation mais du groupe social ou groupe d'anonymes car l'enseignement de l'histoire porte un projet de justice, d'&#233;galit&#233; et d'&#233;mancipation
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'histoire scolaire n'est pas mise au service du pouvoir et n'a pas de vocation thaumaturgique.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bien plus qu'un grand r&#233;cit identitaire, l'enseignement de l'histoire construit des outils d'analyse.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De ce fait, rien ne justifie que l'enseignement de l'histoire &#224; l'&#233;cole primaire reste camp&#233; sur le national
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'histoire scolaire valorise les questions sensibles comme des objets embl&#233;matiques des d&#233;bats et des conflits qui sont au c&#339;ur de la d&#233;mocratie. Du m&#234;me coup, l'instruction/&#233;ducation civique ne s'impose donc plus &#224; l'&#233;cole.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, la mise en coh&#233;rence interdisciplinaire s'appuie sur un projet global de l'&#233;cole ind&#233;pendant des attentes de l' &#171; &#233;conomie de la connaissance &#187; Dans cette logique, l'&#233;cole ne doit pas s'apparenter &#224; la gestion de l'h&#233;ritage fantasm&#233; de la Troisi&#232;me r&#233;publique mais reste &#224; inventer sur les fondements d'une d&#233;mocratie participative, d&#233;sint&#233;ress&#233;e et avide de savoirs gratuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurence De Cock est professeure agr&#233;g&#233;e d'histoire-g&#233;ographie en lyc&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Doctorante en Sciences de l'&#233;ducation &#224; l'Universit&#233; Lyon2, elle travaille sur la construction et la scolarisation de la m&#233;moire coloniale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a notamment codirig&#233; La fabrique scolaire de l'histoire, Agone, 2009 et publi&#233; de nombreux articles sur la m&#233;moire coloniale et l'enseignement de l'histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut citer les nombreux articles de journaux consacr&#233;s &#224; l' &#171; histoire massacr&#233;e &#187; (Valeurs actuelles, d&#233;cembre 2013), &#171; Qui veut casser l'histoire de France &#187;, Le Figaro magazine, septembre 2012) ou encore les conclusions de la DEEP parues en juin 2013, imm&#233;diatement brandies par les m&#233;dias comme le sympt&#244;me d'un niveau qui baisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Odile Dauphine et alii, L'enseignement de l'histoire-g&#233;ographie de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire au lyc&#233;e : vecteur de propagande ou fondement de l'esprit critique ?, L'harmattan, 2009 ou encore Barbara Lefebvre, Eve Bonnivard, El&#232;ves sous influence, Louis Audibert, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un curriculum est l'&#171; ensemble de ce qui est cens&#233; &#234;tre enseign&#233; et de ce qui est cens&#233; &#234;tre appris, selon un ordre de progression d&#233;termin&#233;, dans le cadre d'un cycle d&#233;termin&#233;. Il suppose l'id&#233;e d'une pluralit&#233; organis&#233;e d'objets enseignables et d'un processus &#233;tal&#233; et ordonn&#233; dans le temps &#187;, Dictionnaire encyclop&#233;dique de l'&#233;ducation et de la formation, de Retz, 2005 (3&#232;mer&#233;&#233;d)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laurence De Cock, Emmanuelle Picard, La fabrique scolaire de l'histoire, Agone, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette question, l'ouvrage de r&#233;f&#233;rence reste Patrick Garcia, Jean Leduc, Histoire de l'enseignement de l'histoire, Armand Colin, 2003. On trouvera par ailleurs un r&#233;capitulatif fort utile de tous les programmes d'histoire depuis le XVII&#232;me si&#232;cle &#224; l'adresse suivante : &lt;a href=&#034;http://crheh.hypotheses.org/165&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://crheh.hypotheses.org/165&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suzanne Citron, Le mythe national, &#233;ditions de l'atelier, 1984, 2008 (r&#233;&#233;d)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laurence De Cock, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=18&amp;rub=pistes&amp;item=24&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un si&#232;cle d'enseignement du &#034;fait colonial&#034; dans le secondaire entre 1902 et aujourd'hui&lt;/a&gt; &#187;, Histoire@Politique. Politique, culture, soci&#233;t&#233;, n&#176; 18, septembre-d&#233;cembre 2012 [en ligne, &lt;a href=&#034;http://www.histoire-politique.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.histoire-politique.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Recommandations pour l'enseignement de l'histoire : publication du CNDP, 1952&lt;br class='autobr' /&gt;
Commission nationale fran&#231;aise pour l'&#233;ducation, la science et la culture (UNESCO)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patricia Legris, L'&#233;criture des programmes d'histoire en France (1944-2010). Sociologie historique de la production d'un instrument de politique &#233;ducative, Th&#232;se de doctorat, Paris 1, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Savoye, &#171; L'Education nouvelle en France. De son irr&#233;sistible ascension &#224; son impossible p&#233;rennisation (1944-1970) &#187;. In Ohayon Annick, Ottavi Dominique, Savoye Antoine (2004). L'&#233;ducation nouvelle, histoire, pr&#233;sence et devenir, Berne, Peter Lang, p. 236-269.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Chr&#233;tien, &#171; &lt;a href=&#034;http://aggiornamento.hypotheses.org/678&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Enseignement 70, une exp&#233;rience &#224; revisiter&lt;/a&gt; &#187;, &lt;a href=&#034;http://aggiornamento.hypotheses.org/678&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://aggiornamento.hypotheses.org/678&lt;/a&gt;, consult&#233; le 10 d&#233;cembre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrick Garcia, Jean Leduc, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arr&#234;t&#233; du 18 juin 1984&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arr&#234;t&#233; du 14 novembre 1985 &#769;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Joutard, Histoire et m&#233;moire, conflits et alliance, La d&#233;couverte, 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arr&#234;t&#233; du 29 mai 1996&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laurence De Cock (Dir), &lt;a href=&#034;http://aggiornamento.hypotheses.org/362&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Faire de l'histoire-g&#233;ographie-&#233;ducation civique &#224; l'&#233;cole primaire&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://aggiornamento.hypotheses.org/362&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://aggiornamento.hypotheses.org/362&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#171; &#233;tudes &#187; en histoire s'inspirent des &#171; &#233;tudes de cas &#187; en g&#233;ographie. Il s'agit d'entrer dans un th&#232;me par un exemple local avant de proc&#233;der &#224; un &#233;largissement. Ainsi, on pourra entrer dans la Renaissance par l'&#233;tude d'un artiste ou d'un savant. Historiographiquement, on pourrait rapprocher cette approche de la &#171; microhistoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laurence De Cock, &#171; Qui suis-je pour critiquer ? &#187;, r&#233;flexions sur les finalit&#233;s critiques de l'enseignement de l'histoire, Communication au colloque de l'AREF, Montpellier, ao&#251;t 2013, &#224; para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cr&#233;&#233; au d&#233;but du XIX&#232;me si&#232;cle, le mus&#233;e p&#233;dagogique &#233;tait une biblioth&#232;que consacr&#233;e &#224; l'&#233;ducation et un lieu de conservation de mat&#233;riel scolaire fran&#231;ais et &#233;tranger&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hans Georg Gadamer, Le probl&#232;me de la conscience historique, Pierre Fruchon, 1996 (traduction des conf&#233;rences prononc&#233;es en 1958 &#224; l'universit&#233; de Louvain)), p.88. Voir &#233;galement Nicole Tutiaux-Guillon et Didier Nourrisson (dir), Identit&#233;s, m&#233;moires et conscience historique, publication de l'universit&#233; de Saint-Etienne, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laurence De Cock, &#171; A propos de la difficile intrusion des vies anonymes dans la &#171; vulgate scolaire &#187; en France. R&#233;flexions sur un d&#233;ficit d'ordinaire dans l'histoire enseign&#233;e &#187; Le cartable de Clio, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arlette Farge in Emmanuel Laurentin (dir), A quoi sert l'histoire aujourd'hui ? Bayard, la fabrique de l'histoire, 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lyc&#233;e : la mobilisation d'une discipline sur le m&#233;tier</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article166</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article166</guid>
		<dc:date>2013-04-01T10:29:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>G&#233;rard Grosse</dc:creator>


		<dc:subject>conduite des apprentissages</dc:subject>
		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Sciences &#233;conomiques et sociales</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction La mise en oeuvre du &#171; nouveau management public &#187; conduit &#224; dessaisir les professionnels de leur &#171; capacit&#233; d'agir &#187; : normes de travail de plus en plus ext&#233;rieures aux mani&#232;res de faire du m&#233;tier, pr&#233;carisation r&#233;elle ou subjective des agents, individualisation des carri&#232;res et mise en concurrence des &#233;quipes, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'&#233;ducation ce dessaisissement s'est op&#233;r&#233; de diff&#233;rentes fa&#231;ons : multiplication des exigences et des r&#233;formes, tentatives de normalisation des pratiques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;conduite des apprentissages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot63" rel="tag"&gt;Sciences &#233;conomiques et sociales&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH66/arton166-b07f4.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='66' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mise en oeuvre du &#171; nouveau management public &#187; conduit &#224; dessaisir les professionnels de leur &#171; capacit&#233; d'agir &#187; : normes de travail de plus en plus ext&#233;rieures aux mani&#232;res de faire du m&#233;tier, pr&#233;carisation r&#233;elle ou subjective des agents, individualisation des carri&#232;res et mise en concurrence des &#233;quipes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;ducation ce dessaisissement s'est op&#233;r&#233; de diff&#233;rentes fa&#231;ons : multiplication des exigences et des r&#233;formes, tentatives de normalisation des pratiques &#224; travers la mise en oeuvre d'une &#233;valuation par comp&#233;tences, r&#233;formes des programmes, etc. Les proc&#233;dures ont parfois &#233;t&#233; extr&#234;mement brutales (comme dans les s&#233;ries technologiques ou en langues vivantes), parfois (un peu) plus subtiles. On s'int&#233;ressera ici &#224; une discipline d'enseignement g&#233;n&#233;ral au lyc&#233;e, les sciences &#233;conomiques et sociales (SES), aux r&#233;formes, de structures et de programmes, qui l'ont affect&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 2010, et &#224; la (r&#233;)action des professeurs de la discipline, impuls&#233;e en particulier par leur association professionnelle, l'association des professeurs de sciences &#233;conomiques et sociales (APSES).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme du lyc&#233;e a affect&#233; de trois fa&#231;ons le travail des enseignants, par le biais des &#171; structures &#187;, du statut de la discipline (enseignement d'exploration) et par celui des programmes &#224; quoi, s'agissant des SES, est venue s'ajouter une modification du mode d'&#233;valuation terminale. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'effet des r&#233;formes de structures est souvent tr&#232;s manifeste : un horaire disciplinaire r&#233;duit c'est plus de classes et plus d'&#233;l&#232;ves &#224; prendre en charge, la suppression d'un d&#233;doublement ce sont des conditions de travail plus difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet en retour des programmes d'enseignement sur le travail de ceux qui sont charg&#233;s de leur mise en oeuvre est moins souvent &#233;voqu&#233;. C'est le choix qui est fait ici : s'int&#233;resser aux programmes de sciences &#233;conomiques et sociales non pour faire une lecture (critique) de leurs contenus &#8211; largement document&#233;e par les publications de l'APSES et des syndicats &#8211; mais en ce que ces contenus sont porteurs de modification en amont sur les pratiques professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche a montr&#233; depuis longtemps l'&#233;cart irr&#233;ductible entre travail prescrit et travail r&#233;el. Les enseignants, pas plus que les autres travailleurs, ne font jamais exactement ce que l'on leur dit de faire. Cet &#171; &#233;cart aux normes &#187; est m&#234;me souvent la condition de r&#233;alisation d'un &#171; bon travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233;s &#224; des r&#233;formes de programmes qui heurtaient la culture de la profession, les enseignants ont donc r&#233;agi, par la plainte certes, mais aussi la protestation, la contre-proposition, l'&#233;laboration de solution collective. Bref, une volont&#233; de &#171; reprendre en mains &#187; leur travail. Apr&#232;s avoir bri&#232;vement d&#233;crit la discipline, je pr&#233;senterai le cheminement qui a conduit &#224; ces nouveaux programmes (2010-2011) et les grandes caract&#233;ristiques de leur contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tudierai ensuite les r&#233;actions des enseignants concern&#233;s, d'abord &#224; partir de t&#233;moignages individuels, puis en analysant les r&#233;actions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les sciences &#233;conomiques et sociales : une mise en perspective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une pr&#233;sentation plus compl&#232;te, voir :&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les sciences &#233;conomiques et sociales sont une mati&#232;re composite de par ses champs scientifiques de r&#233;f&#233;rence. Ceux-ci sont respectivement l'&#233;conomie, la sociologie, la science politique, plus accessoirement l'histoire &#233;conomique et sociale, la d&#233;mographie, l'ethnologie ou le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;e avec la r&#233;forme Fouchet de 1966, cette discipline est inscrite dans une nouvelle voie d'enseignement, la &#171; B &#187;, qui deviendra &#171; E.S. &#187; (&#233;conomique et sociale) en 1993. Voie d'enseignement g&#233;n&#233;ral, il ne s'agissait pas de pr&#233;parer directement &#224; une profession, ni de pr&#233;-sp&#233;cialiser les &#233;l&#232;ves dans une discipline particuli&#232;re de l'Universit&#233; ; on la voulait, selon l'expression d'Antoine Prost, inspir&#233;e d'un humanisme moderne, c'est &#224; dire visant une compr&#233;hension critique du monde contemporain dans ses dimensions &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation de cette discipline (et de la s&#233;rie correspondante) a &#233;t&#233; un des rares exemples d'innovation au lyc&#233;e (en dehors des s&#233;ries technologiques). Elle a correspondu aussi au souci de d&#233;mocratiser le lyc&#233;e en cr&#233;ant une voie g&#233;n&#233;rale diff&#233;rente des voies traditionnelles (litt&#233;raire et scientifique) qui ont marqu&#233; l'histoire du lyc&#233;e depuis la fin du 19e si&#232;cle. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t pour des m&#233;thodes dites actives prenant en compte ce que sont les &#233;l&#232;ves &#224; une &#233;poque o&#249; le lyc&#233;e ouvre ses portes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce statut d'innovation a conf&#233;r&#233; &#224; la discipline deux caract&#233;ristiques majeures : une fragilit&#233; structurelle de la discipline et de la s&#233;rie puisque d&#233;rangeant les &#233;quilibres existants sans pouvoir s'adosser &#224; des positions institutionnelles ; une entreprise collective car il fallait cr&#233;er un enseignement neuf qui n'&#233;tait pas directement issu des hi&#233;rarchies universitaires, avec un personnel enseignant jeune et nouvellement recrut&#233; (cr&#233;ation du CAPES en 1969). Cette situation a cr&#233;&#233; un espace ouvert dans lequel les enseignants, appuy&#233;s par l'inspection elle aussi nouvellement recrut&#233;e, ont acquis un pouvoir collectif sur les enseignements et les m&#233;thodes p&#233;dagogiques. L'identit&#233; disciplinaire des professeurs de sciences &#233;conomiques et sociales est forte. Elle a &#233;t&#233; p&#233;riodiquement r&#233;activ&#233;e au travers ce qui a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme des &#171; attaques &#187; contre l'existence de la discipline ou son &#171; identit&#233; &#187; (le &#171; nous nous battrons pour un adjectif &#187; de 1980).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sentiment identitaire s'enracine dans la volont&#233; de ne pas seulement transmettre des connaissances, mais, ce faisant, de fournir des outils de compr&#233;hension du monde et de construction d'un esprit critique. L'engagement dans la discipline s'accompagne souvent d'un engagement associatif &#224; l'APSES (un professeur sur quatre environ) et syndical (un professeur de SES sur trois, et m&#234;me probablement un sur deux dans le public).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de son existence, la discipline rencontre des difficult&#233;s institutionnelles et fait l'objet de remises en cause r&#233;currentes. Partage des territoires disciplinaires avec l'&#233;conomie-gestion et l'histoire-g&#233;ographie dans les ann&#233;es 70-80, m&#233;fiance des &#233;conomistes du sup&#233;rieur &#224; partir des ann&#233;es 80, qu'on retrouve dans le rapport de la commission Guesnerie en 2008 (voir ci-dessous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers programmes de sciences &#233;conomiques et sociales portent la marque de leurs auteurs, historiens et g&#233;ographes inspir&#233;s de l'&#233;cole des Annales et de l'esprit de l'&#201;cole pratique des hautes &#233;tudes (aujourd'hui EHESS). Les nouveaux programmes des ann&#233;es 80 sont sous-tendus par une logique &#233;conomique, d'inspiration macro&#233;conomique keyn&#233;sienne. Elle laisse place &#224; la description des ph&#233;nom&#232;nes sociaux et ne perd pas de vue la dimension critique, m&#234;me si la finalit&#233; culturelle domine moins nettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau tournant intervient avec les programmes de 1993-95 avec une tentative de r&#233;&#233;quilibrage de la discipline d'enseignement vers les autres sciences sociales : les sciences politiques, la sociologie. L'&#233;criture des programmes est plus pr&#233;cise et fait place &#224; plus de d&#233;veloppements th&#233;oriques. Si la vis&#233;e scientifique se pr&#233;cise, la vis&#233;e &#171; culturelle &#187; s'exprime dans les textes compl&#233;mentaires qui affirment que l'interdisciplinarit&#233; doit pouvoir s'exercer dans chacune des parties du programme. Elle se donne aussi &#224; voir dans la tentative de r&#233;daction &#171; probl&#233;matis&#233;e &#187; du programme de terminale et dans la question &#171; du changement social &#187; qui y court de part en part avec ses aspects conjointement descriptifs, explicatifs et normatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000, la conjoncture politique est diff&#233;rente. Le pouvoir politique au Minist&#232;re est &#224; l'&#233;coute des critiques de l'enseignement des SES qui &#233;manent d'une partie du monde patronal. Des &#233;conomistes universitaires se sentent en phase avec cette &#233;volution, d&#232;s lors qu'elle conduit &#224; rapprocher l'enseignement scolaire de ce qui se fait &#224; l'universit&#233;. Ceci permet de comprendre le tournant des programmes de 2010 : d'une part, il est appuy&#233; par quelques enseignants de SES, soucieux d'asseoir l'enseignement de SES sur des bases qu'ils estiment &#234;tre plus scientifiques, au risque de l'acad&#233;misme a-critique, comme en t&#233;moigne l'avant-propos du programme de premi&#232;re (voir plus loin). Il est, d'autre part, port&#233; par un courant d'id&#233;es bien relay&#233; au minist&#232;re, &#224; l'Inspection et &#224; l'universit&#233;, en particulier au sein de l'Association fran&#231;aise de sciences &#233;conomiques, de sorte que cette conception de l'enseignement scolaire (cloisonnement disciplinaire et d&#233;tour oblig&#233; par les &#171; fondamentaux &#187;, entr&#233;e par les outils et concepts pour eux-m&#234;mes, raffinements universitaires) l'emporte, contre le point de vue de la majorit&#233; des enseignants de SES du secondaire, celui d'une discipline scolaire mobilisant diff&#233;rentes sciences sociales autour d'objets d'&#233;tudes probl&#232;matis&#233;s qui ne renvoient pas seulement &#224; des probl&#233;matiques scientifiques mais aussi de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'est produite ainsi une convergence inattendue entre, d'une part, une partie du patronat qui souhaite un enseignement de l'&#233;conomie utilitariste afin de favoriser l'esprit d'entreprise et les valeurs de l'&#233;conomie de march&#233; et, d'autre part, certains professeurs de SES qui souhaitent aligner l'enseignement des SES sur les modalit&#233;s de l'enseignement de l'&#233;conomie dans le sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans un contexte politique hostile aux sciences sociales que, dans le cadre de la r&#233;forme du lyc&#233;e men&#233;e par le gouvernement Sarkozy, la r&#233;&#233;criture des programmes de SES, a &#233;t&#233; effectu&#233;e par un &#171; groupe d'experts &#187; &#224; effectif restreint o&#249; les &#171; professeurs de terrain &#187; sont peu nombreux, en s'appuyant sur les conclusions du rapport Guesnerie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la commission Guesnerie aux nouveaux programmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la suite d'attaques r&#233;currentes &#233;manant de certains milieux patronaux contre le contenu de l'enseignement de SES, le ministre de l'&#233;ducation Darcos installe en 2008 une commission pr&#233;sid&#233;e par l'&#233;conomiste Roger Guesnerie, professeur au Coll&#232;ge de France, dont la mission initiale est d'&#233;tudier les manuels de la discipline, mais dont le rapport final (&lt;a href=&#034;http://www.idies.org/index.php?post/Rapport-de-la-commission-Guesnerie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.idies.org/index.php?post/Rapport-de-la-commission-Guesnerie&lt;/a&gt; ) d&#233;borde tr&#232;s largement ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; noter que si, au sein de cette commission, les professeurs de la discipline sont peu nombreux, le principal critique patronal des SES, le banquier Michel P&#233;bereau, &#224; l'&#233;poque &#233;galement pr&#233;sident de l'Institut de l'entreprise, think tank patronal, en est membre en tant que repr&#233;sentant du Haut Conseil de l'&#201;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conclusions du rapport ont fait l'objet de lectures et d'appr&#233;ciations diverses, parfois aliment&#233;es par le caract&#232;re contradictoire de son contenu et, encore plus par l'ambigu&#239;t&#233; des d&#233;clarations de son pr&#233;sident. Par exemple, la position de l'APSES (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/le-rapport-guesnerie-lu-par-l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/le-rapport-guesnerie-lu-par-l&lt;/a&gt; ), quoique critique, est plus nuanc&#233;e que celle du SNES (&lt;a href=&#034;http://www.snes.edu/Rapport-Guesnerie-analyse-du-SNES.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.snes.edu/Rapport-Guesnerie-analyse-du-SNES.html&lt;/a&gt; ) ou de certains acteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple Christian Laval :&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est s&#251;r et va inspirer les programmes de 2010-2011 c'est que le rapport pr&#233;conise d'inverser la d&#233;marche de conception des programmes. L'objectif des programmes doit &#234;tre l'acquisition de &#171; fondamentaux &#187;, connaissances et comp&#233;tences dont la d&#233;termination pr&#233;cise est renvoy&#233;e &#224; un futur groupe de conception des programmes. Les th&#232;mes, moins nombreux qu'aujourd'hui, viennent en second et pour autant qu'ils servent &#224; l'apprentissage des fondamentaux. Comme ces fondamentaux sont disciplinaires, le rapport penche donc vers une d&#233;marche d'initiation &#224; l'&#233;conomie (surtout) et &#224; la sociologie. Cette d&#233;marche est donc oppos&#233;e &#224; celle qui pr&#233;vaut g&#233;n&#233;ralement chez les professeurs de SES et qui est r&#233;sum&#233;e dans un texte de l'APSES de 2008 : &#171; Pour rendre intelligible un probl&#232;me complexe, les programmes de SES d&#233;limitent des objets-probl&#232;mes et convoquent les diff&#233;rentes sciences sociales (principalement l'&#233;conomie, la sociologie et la sociologie politique) afin d'&#233;clairer au mieux la complexit&#233; inh&#233;rente &#224; tout objet socio-&#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conclusions de ce rapport vont irriguer la construction des nouveaux programmes, &#233;labor&#233;s par des groupes d'experts restreints, o&#249; les professeurs de SES sont minoritaires, travaillant dans l'urgence et sous la pression parfois directe du cabinet du ministre Chatel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le t&#233;moignage de Sylvain David, &#224; l'&#233;poque pr&#233;sident de l'Apses : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;] : objectif prioritaire de transmission des &#171; fondamentaux &#187; induisant une &#171; p&#233;dagogie des pr&#233;alables &#187;, cloisonnement entre &#233;conomie et sociologie &#8211; celle-ci r&#233;duite &#224; la portion congrue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un premier groupe d'experts a r&#233;dig&#233; le programme de seconde, en &#233;taient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus frappant dans cette d&#233;marche est qu'elle ignore compl&#232;tement l'exp&#233;rience professionnelle des enseignants, et encore plus l'exp&#233;rience des &#233;l&#232;ves confront&#233;s aux apprentissages. Aucun bilan des pratiques r&#233;elles dans les classes, aucune r&#233;flexion p&#233;dagogique prenant en compte les travaux de recherche dans leur diversit&#233; et l'exp&#233;rience des enseignants. Une vulgate simpliste (le complexe s'appr&#233;hende par l'addition d'&#233;l&#233;ments simplifi&#233;s), pourtant contest&#233;e par de nombreux travaux, sert de substitut &#224; la r&#233;flexion p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; des apprentissages pour les &#233;l&#232;ves d'aujourd'hui n'a gu&#232;re &#233;t&#233; prise en compte par la r&#233;forme. Cet &#233;cart entre la r&#233;alit&#233; et des projets con&#231;us au m&#233;pris de celle-ci est &#224; l'origine du mal-&#234;tre, voire de la souffrance des enseignants confront&#233;s &#224; des injonctions intenables et contraires &#224; leurs valeurs d'&#233;coute des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du sens de ce que l'&#233;l&#232;ve apprend est occult&#233;e au profit d'une fausse &#171; bonne r&#233;ponse &#187; : apprendre pour &#234;tre un bon &#233;conomiste (ou un bon sociologue), ce qui n'est pas la d&#233;marche de la plupart des &#233;l&#232;ves dans le secondaire. En effet, &#224; la question que posent tr&#232;s souvent les enseignants au vu de ces nouveaux programmes (on s'arr&#234;te o&#249; ?), la seule v&#233;ritable r&#233;ponse est : &#224; bac +5 (au moins) puisque cet enseignement ne prend sens que par rapport &#224; cette finalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit des vives r&#233;actions de la profession, soutenue par la plupart des syndicats enseignants et par les organisations de chercheurs et universitaires (voir ci-dessous) les programmes vont &#234;tre &#233;labor&#233;s par des groupes d'experts4 dont d&#233;missionneront successivement le sociologue Fran&#231;ois Dubet puis le pr&#233;sident de l'APSES afin de protester contre les conditions de fonctionnement de ces groupes. Ils seront impos&#233;s ensuite contre l'avis majoritaire des enseignants et, s'agissant des programmes de seconde et terminale, contre l'avis du Conseil sup&#233;rieur de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces programmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Enseignement d'exploration en classe de seconde : Enseignement sp&#233;cifique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et tout particuli&#232;rement celui de premi&#232;re &#8211; manifestent une rupture entre la finalit&#233; de formation par les sciences sociales au pluriel, qui &#233;tait celle de cette discipline scolaire jusqu'alors, et la vis&#233;e prioritairement &#171; scientifique &#187; de ces nouveaux programmes qui est de &#171; d&#233;velopper l'apprentissage rigoureux de savoirs disciplinaires &#187;. Il s'agit de former &#224; et non par la science &#233;conomique, la sociologie, la science politique. Si l'inspection de la discipline et certains professeurs (enseignant souvent en classe pr&#233;paratoire) se f&#233;licitent de cette &#171; refondation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir .&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'autres, organisations repr&#233;sentatives du personnel ou associations de chercheurs, s'en inqui&#232;tent. A la fois pour des raisons p&#233;dagogiques (la lourdeur des programmes, l'abstraction des savoirs acad&#233;miques &#224; transmettre) et scientifiques (conception r&#233;ifi&#233;e de &#171; la &#187; science, cloisonnement entre les sciences sociales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre rupture, l'orientation scientifique sous-jacente : le programme de premi&#232;re privil&#233;gie, tant en &#233;conomie qu'en sociologie, les raisonnements en termes de choix issus de l'individualisme m&#233;thodologique. Cette orientation m&#233;thodologique est tout &#224; fait diff&#233;rente du privil&#232;ge donn&#233; &#224; la macro&#233;conomie et aux conceptualisations &#171; holistes &#187; dans les programmes ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le choc du programme de terminale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est sans aucun doute le programme de premi&#232;re qui manifeste la rupture la plus nette avec la conception fondatrice des SES et le SNES parle &#224; ce sujet de d&#233;construction de l'identit&#233; des SES : &lt;a href=&#034;http://www.snes.edu/Programme-de-1ere-ES-une.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.snes.edu/Programme-de-1ere-ES-une.html&lt;/a&gt;. C'est en cons&#233;quence ce programme qui a donn&#233; lieu aux r&#233;actions les plus vives. On peut citer, par exemple, celle d'Arnaud Parienty sur son blog : &lt;a href=&#034;http://alternatives-economiques.fr/blogs/parienty/2010/06/02/pour-abattre-les-ses-demandez-le-programme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alternatives-economiques.fr/blogs/parienty/2010/06/02/pour-abattre-les-ses-demandez-le-programme/&lt;/a&gt; ou encore celle de Jacques Guin, universitaire, ancien pr&#233;sident de groupe d'experts de SES et d'ECJS et ancien pr&#233;sident du jury de Capes de SES : &lt;a href=&#034;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/entretien-avec-jacques-guin-le&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/entretien-avec-jacques-guin-le&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;actions collectives contre ce programme seront nombreuses, fortes et parfois innovantes (voir ci-dessous). Mais le &#171; choc &#187; pour les enseignants va intervenir au cours de l'&#233;t&#233; 2012 quand ils vont commencer &#224; pr&#233;parer leurs cours de terminale pour la rentr&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouveaux programmes de la classe de terminale entrent en effet en application &#224; la rentr&#233;e de septembre 2012. L'enjeu qu'ils repr&#233;sentent est d&#233;cisif puisqu'au bout il y a le baccalaur&#233;at. Le contournement n'est plus possible, leur application est obligatoire sous peine de p&#233;naliser les &#233;l&#232;ves. Encore faut-il, pour les enseignants, s'approprier ces programmes. Et saisir le sens de nouvelles &#233;preuves (&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57470&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57470&lt;/a&gt; )- une nouvelle &#171; &#233;preuve compos&#233;e &#187; en particulier - qui vont s'appliquer en juin 2013. &#201;preuves d&#233;cid&#233;es seule par l'inspection g&#233;n&#233;rale et dont les attentes sont tr&#232;s floues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critiqu&#233;s par l'association et les syndicats (le SNES en particulier : &lt;a href=&#034;http://www.snes.edu/Programmes-de-SES-de-terminale-ES.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.snes.edu/Programmes-de-SES-de-terminale-ES.html&lt;/a&gt; ), ces programmes sont largement repouss&#233;s par le Conseil sup&#233;rieur de l'&#233;ducation le 9 juin 2011, et n&#233;anmoins publi&#233;s au B.O., en m&#234;me temps que la &#171; note de service &#187; sur les nouvelles &#233;preuves, pour une application d&#232;s 2012-2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions de l'association pour modifier/am&#233;liorer les nouvelles &#233;preuves ne sont pas plus entendues. Pr&#233;cisons pour ne plus y revenir que les modalit&#233;s impos&#233;es pour le baccalaur&#233;at poussent, selon l'analyse qu'en font tant l'APSES que le SNES, &#224; la restitution/r&#233;citation de savoirs au d&#233;triment de la r&#233;flexion et de la mise en d&#233;bat. Ce faisant, elles induisent des pratiques p&#233;dagogiques transmissives &#233;loign&#233;es des p&#233;dagogies actives &#224; l'honneur dans la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques de l'association (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/une-analyse-detaillee-du-projet-de&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/une-analyse-detaillee-du-projet-de&lt;/a&gt; ) s'appuient sur une enqu&#234;te conduite aupr&#232;s des professeurs de la discipline et des analyses de diff&#233;rents chapitres effectu&#233;es par des chercheurs sp&#233;cialistes des th&#232;mes abord&#233;s. Elles pr&#233;figurent les constats que, tr&#232;s t&#244;t, d&#232;s septembre, les enseignants en charge de classe(s) terminale(s) font, soit sur la liste de diffusion des adh&#233;rents de l'APSES, soit lors de stages r&#233;gionaux de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Des cours transform&#233;s en &#171; course contre la montre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un sentiment partag&#233;, d&#232;s le mois de septembre, au bout de quelques semaines de cours. En t&#233;moignent les messages post&#233;s sur la liste de diffusion des adh&#233;rents de l'APSES dont voici des extraits. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230; au bout de trois semaines j'ai donc une semaine de retard &#187; ou bien &#171; A ce train-l&#224; il me faudra 2 ans pour traiter le programme. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230; J'ai l'impression d'aller trop vite, &#034;allez allez on ne perd pas de temps&#034; devient ma phrase leitmotiv, d&#232;s qu'on place une anecdote cens&#233;e aider les &#233;l&#232;ves &#224; mieux comprendre ou qu'ils posent plein de questions ou qu'on se permet une digression, l'alarme se d&#233;clenche dans ma t&#234;te : &#034;tu perds du temps&#034;. Tout ce qui donne du sens &#224; notre m&#233;tier, tout ce que nous aimons, dispara&#238;t donc... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Stress par l'horloge &#187; comme l'&#233;crit une professeure, qui est redoubl&#233; par les incertitudes r&#233;gnant &#224; propos des nouvelles &#233;preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; face au changement des &#233;preuves, il y a une incertitude qui conduit chacun d'entre nous &#224; vouloir baliser les choses et donc &#224; en faire trop sur les d&#233;finitions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq mois plus tard, en f&#233;vrier 2013, la situation n'est pas meilleure et c'est le sentiment d'un &#233;puisement professionnel qui s'exprime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je finis par &#234;tre &#233;puis&#233;e par tout ce travail toujours et tout le temps !!!! Pas un moment de libre.... Je suis au chapitre 8 du programme de tronc commun de terminale. Je trime comme une folle : &#034;bon si je fais &#231;a demain, et &#231;a jeudi... j'en serai peut-&#234;tre l&#224;..... je commence le chapitre 9 lundi.... je le finis pour les vacances de f&#233;vrier....&#034; Et puis &#224; un moment, cet apr&#232;s-midi, je fais le point...... Comme je suis dans l'acad&#233;mie de Grenoble : - il me reste donc 2 semaines jusqu'au vacances de f&#233;vrier, (je compte pas celles-ci ! !! ) - 6 semaines jusqu'aux vacances de P&#226;ques - 4 semaines apr&#232;s le retour des &#233;l&#232;ves et leur d&#233;part pour le bac... Donc si je compte bien, j'ai 12 semaines pour faire... 7 chapitres.... Non mais c'est quoi ce programme !!! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une coll&#232;gue confirme : &#171; &#8230; alors oui moi aussi j'ai un calendrier dans mon bureau ; jour par jour je coche : l&#224; je dois &#234;tre arriv&#233;e l&#224;, le soir &#034;OK c'est bon...ou oh merde j'y suis pas arriv&#233;e&#034;. Demain &#231;a &#231;a et &#231;a... j'en ai marre ! (&#8230;) je vous laisse : je dois d&#233;caler mon calendrier : une fois de plus ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'exclut pas l'humour (grin&#231;ant) : &#171; Perso, je suis assez serein, j'aurai fini le programme mi-ao&#251;t, d&#233;but septembre au plus tard. (Je parle du programme de tronc commun : la sp&#233;, j'ai pas le temps, je terminerai l'an prochain, si on se disperse on fait mal les trucs) &#187;. Ou bien &#171; Je demande pardon par avance &#224; tous les arbres qui vont &#234;tre abattus pour les photocopies de cours-tout-faits dont je vais abreuver mes &#233;l&#232;ves, &#224; vue de nez au moins trois chapitres, et encore, pas s&#251;r que &#231;a suffise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Un contenu du travail profond&#233;ment modifi&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Question : pourquoi donc nous emp&#234;chent-ils de faire notre m&#233;tier ? Pourquoi donc emp&#234;chent-ils les &#233;l&#232;ves d'apprendre ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sentiment partag&#233; d'avoir chang&#233; de m&#233;tier, d'&#234;tre devenu &#171; prof de dictionnaire &#187; comme l'&#233;crit une professeure &#224; force de devoir accumuler les d&#233;finitions (un autre enseignant se d&#233;signe comme &#171; prof chez Chronopost (mais un chronopost qui tient pas ses d&#233;lais) &#187;, au d&#233;triment du temps de r&#233;flexion, d'assimilation, bref du temps d'apprentissage des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; je commence &#224; stresser : il me para&#238;t impossible d'arriver &#224; le terminer [le programme], sauf &#224; distribuer force polys ! Y'a le CNED pour &#231;a ! C'est pas &#231;a mon m&#233;tier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; : &#171; Il aurait donc fallu les prendre en t&#234;te &#224; t&#234;te et discuter &#224; partir de ce qu'ils ont fait ou pas. Learning by doing. Mais justement pas le temps du doing &#187;. &#171; Les &#233;l&#232;ves les plus &#224; l'aise se rendent bien compte qu'on passe plus de temps &#224; d&#233;finir qu'&#224; r&#233;fl&#233;chir, et qu'on n'a pas le temps de d&#233;battre ou d'aller au fond des choses. Et que les d&#233;finitions elles-m&#234;mes sont parfois discutables (&#8230;) 35 paires d'yeux plein d'espoir, qui vous demandent si &#034; on fera un film comme les terminales de l'ann&#233;e derni&#232;re Madame ? Et on ira &#224; Paris nous aussi ?&#034;) Non, mais on va apprendre par coeur plein de chouettes d&#233;finitions, c'est bien aussi, non .... Pfffff ! &#187; Un coll&#232;gue &#233;tonn&#233; par la difficult&#233; et l'avalanche de notions d'un chapitre s'exclame : &#171; le financement de l'&#233;conomie internationale ? C'est l'Everest ! Je l'ai fait ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les moments de solitude et de phrases tournant en boucle dans ma t&#234;te (du type,&#034; mais &#224; quoi je sers l&#224; ? Elle est o&#249; la mati&#232;re que j'aimais tant ?&#034;) quand je me suis retrouv&#233;e (par exemple) &#224; la pr&#233;sentation de la fonction de production..........le regard de certains &#233;l&#232;ves ne peut se retranscrire (m&#233;lange de d&#233;sarroi, de sourire ironique, de stress, de gros doute sur leurs chances d'avoir le s&#233;same et &#231;a le 15 septembre je ne l'avais encore jamais vu dans les yeux de mes &#233;l&#232;ves) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; je n'ai jamais fait un cours avec aussi peu de docs : je ne leur donne plus aucun texte, que des docs stats pour faire d'une pierre 2 coups (illustration, argumentation du cours et entra&#238;nement au bac !) et je ne compte plus le nombre de fois o&#249; je dis : &#034;bon l&#224; vous me croyez sur parole&#034; ou encore &#034;bon alors si on vous demande &#231;a au bac il faut r&#233;pondre -1- blabla fait par moi, -2- etc...&#034; je dois les gaver les pauvres !!!!!!!!!!je suis tr&#232;s mal &#224; l'aise : ce n'est pas ma mati&#232;re ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On perd le plaisir d'enseigner et les &#233;l&#232;ves perdent le plaisir d'apprendre &#8230; on leur fait violence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'objectif de la discipline qui est &#171; d&#233;natur&#233; &#187; : &#171; Franchement, faut-il vraiment que les &#233;l&#232;ves de TES puissent comprendre une note d'analyse de Natixis ? C'est cela notre ambition ? &#187; et, comme l'&#233;crit ironiquement un autre professeur s'adressant &#224; un coll&#232;gue d&#233;bord&#233; : &#171; manifestement tu es un incomp&#233;tent&#8230; &#192;h non, pardon, tu es prof de sciences &#233;conomiques et sociales&#8230; D&#233;sol&#233;, ton habitus est&#8230; d&#233;pass&#233;, obsol&#232;te, ascientifique, voire nuisible. Tu dois te reconvertir en professeur d'&#233;conomiesociologieregardscrois&#233;s7. Tes &#233;l&#232;ves ? Quels &#233;l&#232;ves ? O&#249;, des &#233;l&#232;ves ? &#187;, nouveau programme et nouvelles &#233;preuves contraignent &#224; changer de m&#233;tier. &lt;br class='autobr' /&gt;
7 Les programmes de SES sont maintenant partitionn&#233;s entre une partie (principale) d'&#233;conomie, une autre de sociologie et enfin une qui autorise des &#171; regards crois&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Une professionnalit&#233; d&#233;stabilis&#233;e&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; en 20 ans d'enseignement, &#231;a fait un changement [de programme de terminale] tous les 4 ans. C'est la premi&#232;re fois que j'ai vraiment l'impression que je ne vais pas y arriver... &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230; cette situation est navrante. (&#8230;) Notre seule pr&#233;occupation est de faire vite. &lt;br class='autobr' /&gt;
La semaine derni&#232;re, j'&#233;tais &#224; deux doigts d'envoyer un mail &#224; mon inspecteur en lui rendant toutes mes responsabilit&#233;s... en terme de formation... vu que je ne suis m&#234;me pas fichue de monter en classe un cours dans lequel je me pr&#233;occupe de l'apprentissage de mes &#233;l&#232;ves &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une r&#233;union r&#233;gionale de professeurs de SES tenue en d&#233;cembre 2012 il ressort ce bilan :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; Nombre de profs ressentent une grande ins&#233;curit&#233; face aux &#233;l&#232;ves : o&#249; s'arr&#234;ter ? Telle est la question qui est revenue souvent lors de la discussion. Puisque le programme est ainsi construit, puisque les &#233;preuves nous laissent dans le flou absolu, cette question est lancinante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; L'ins&#233;curit&#233; se r&#233;v&#232;le d'autant plus forte par cette &#233;trange exp&#233;rience : m&#234;me les profs qui ont enseign&#233; certaines notions de certains chapitres arrivent &#224; oublier ce qu'ils ont enseign&#233; : combien de capitaux forment le bien-&#234;tre ? combien de capitaux forment le DD ? S'il en ainsi pour les profs, qui eux ont eu le temps de r&#233;fl&#233;chir &#224; la confection du programme, en l'exposant (alors qu'on sait que c'est exposant que l'on apprend&#8230;.) qu'en est-il des &#233;l&#232;ves ? Qu'en sera-t-il au mois de juin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; Cette ins&#233;curit&#233; fait que pour certains profs ils ressentent comme une d&#233;valorisation de leur m&#233;tier, de leur pratique et certains ont m&#234;me affirm&#233; d'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; Cette ins&#233;curit&#233; se double &#224; cause de la lourdeur du programme : dans la mesure o&#249; celle-ci invite &#224; une p&#233;dagogie &#171; frontale &#187; ou &#171; du polycopi&#233; &#187; les relations avec les &#233;l&#232;ves se sont d&#233;grad&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; Cette ins&#233;curit&#233; se &#171; triple &#187; &#224; cause de la structure du programme : pour reprendre l'id&#233;e vue plus haut, puisque les experts ont &#233;vacu&#233; le r&#233;el, les discussions en classe se sont appauvries : plus de r&#233;f&#233;rence aux &#171; questions vives &#187; et soci&#233;tales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Loyalty, voice, &#8230; et propositions&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inspection qui a contribu&#233; &#224; la r&#233;daction des nouveaux programmes et qui s'en fait un d&#233;fenseur z&#233;l&#233;e nie les probl&#232;mes. &#171; &#8230; lors d'un stage, l'IPR a d&#233;clar&#233; qu'il n'avait pas constat&#233; trop de retard lors des inspections et il n'inspecte cette ann&#233;e qu'en Terminale... soit il n'a inspect&#233; que les plus performants pour se rassurer soit les profs de ses acad&#233;mies sont exceptionnels !! &#187; &#171; Les IPR ont bien appris leur le&#231;on : la n&#244;tre nous a sorti la m&#234;me sauce : &#034;j'ai inspect&#233;, il n'y a pas de retard !&#034; ... bizarre, statistiquement miraculeux ou tout simplement mensonger... &#187; Et pourtant une professeure conclut son message par &#171; C'est quand le stage syndical sur la souffrance au travail ? (...) Ah nan je peux pas j'ai les terminales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs, sur le terrain, proc&#232;dent de fa&#231;on individuelle ou collective &#224; des &#171; arrangements &#187;. Une position, minoritaire parmi celles qui s'affirment, consiste &#224; &#171; faire avec &#187; : &#171; je n'ai pas envie de d&#233;fendre ce nouveau programme, mais de dire : il est l&#224;, construisons pour le mieux... au lieu de se d&#233;moraliser collectivement &#187;. En d&#233;pit du retard pris, une professeure &#171; s'acharne &#224; faire des digressions pour rendre [le cours] digne d'int&#233;r&#234;t &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sans oublier ces Indications Compl&#233;mentaires idiotes dont les &#233;l&#232;ves ne retiendront rien quand ils auront le bac en poche...sur la liste [de diffusion] on a beaucoup d&#233;battu sur le capital par exemple, j'ai r&#233;solu le probl&#232;me : je n'ai pas trait&#233; la moiti&#233; des IC qui le concerne ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pl&#233;thore de notions conduit un professeur &#224; sugg&#233;rer : &#171; Personnellement, je pr&#233;vois de faire un notionnel des notions que je ne traiterai pas, parce qu'elles sont ajout&#233;es dans les IC. Je propose qu'on fasse cracher &#224; l'IG et &#224; nos IPR qu'aucune notion en dehors des deux premi&#232;res colonnes (celles ajout&#233;es par les IC, donc) ne soit simplement esp&#233;r&#233;e dans une copie de bac. S'il y a quelque chose &#224; obtenir du minist&#232;re, c'est &#231;a. Et c'est un minimum. Sinon, on tient le choc en harmonisation sur cette position l&#224;, claire, facile, facilement durable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres y vont de leur programme &#171; id&#233;al &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourquoi on ne pourrait pas faire un programme qui partirait de &#034;grands enjeux&#034; (&#8230;) qu'on traduirait ensuite, dans une deuxi&#232;me colonne, par une courte liste des sujets qui peuvent tomber (&#8230;), et en terminant par quelques notions incontournables (les savoirs de r&#233;f&#233;rence que les &#233;l&#232;ves doivent maitriser pour r&#233;pondre). Le programme des r&#233;jouissances serait explicite : les sujets sont dans la 2&#232;me colonne et nulle part ailleurs (et &#231;a ne me choque pas que les &#233;l&#232;ves sachent &#224; l'avance exactement sur quoi ils peuvent tomber) ; les savoirs seraient probl&#233;matis&#233;s ; et on pourrait m&#234;me allier formation du citoyen et diffusion des connaissances... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien ce &#171; r&#234;ve &#187; d'une responsable de l'association qui dessine conjointement philosophie des programmes et m&#233;thodes p&#233;dagogiques : &#171; un bon programme serait un programme aux probl&#233;matiques ambitieuses, &#224; cheval sur les questions scientifiques et les questions de soci&#233;t&#233; (&#8230;) disons 8 chapitres max, sur lesquels on a le temps (1 mois) de construire le plan du chapitre avec les &#233;l&#232;ves, de les envoyer en groupe faire des recherches pour construire des expos&#233;s pour leurs camarades sur les diff&#233;rentes parties du chapitre (avec revue de presse, sch&#233;mas, notions, petites vid&#233;os internet etc.), o&#249; on n'arr&#234;te pas de faire &#233;crire les &#233;l&#232;ves non pour prendre des notes mais pour construire des argumentations, des analyses de doc, des intro, des plans d&#233;taill&#233;s etc. o&#249; les &#233;l&#232;ves ne cessent de travailler en groupe, de se corriger les &#233;crits des uns/des autres en &#233;laborant collectivement les crit&#232;res d'&#233;valuation, un programme o&#249; on a m&#234;me le temps de faire monter un projet de voyage scolaire &#224; sa classe ou de multiples sorties pour explorer le programme hors les murs, apprendre &#224; observer, &#224; faire un enqu&#234;te, &#224; se poser des questions, &#224; formuler des hypoth&#232;ses qu'on cherche ensuite &#224; valider, &#224; lire des livres de sciences sociales... Donc une ann&#233;e de terminale o&#249; l'&#233;valuation finale ne peut pas &#234;tre uniquement un travail individuel sur table pendant 4h... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, on est loin d'un refus pass&#233;iste des changements, fa&#231;on dont les promoteurs des r&#233;formes manag&#233;riales tentent de discr&#233;diter les r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La riposte organis&#233;e de la profession : bataille institutionnelle et reprise en main collective&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si l'on s'int&#233;resse particuli&#232;rement ici &#224; la question des programmes et de ses effets induits sur les formes p&#233;dagogiques et le travail des enseignants, la r&#233;forme du lyc&#233;e a aussi affect&#233; les professeurs de sciences &#233;conomiques par le biais des changements de structure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour m&#233;moire : en classe de seconde, les SES deviennent un &#171; enseignement d'exploration &#187;, suivi par plus de quatre cinqui&#232;me des &#233;l&#232;ves de seconde g&#233;n&#233;rale et technologique, mais au prix d'une r&#233;duction de l'horaire &#224; une heure et demie hebdomadaire, ce qui conduit &#224; la multiplication des classes dans les services, et suppression, dans la majorit&#233; des cas, des d&#233;doublements. &lt;br class='autobr' /&gt;
En classe de premi&#232;re, les options disparaissent, en particulier l'option &#171; science politique &#187;. En terminale, l'horaire est r&#233;duit et les enseignements de sp&#233;cialit&#233; offerts changent : suppression de la &#171; langue vivante renforc&#233;e &#187; et &#233;clatement de la sp&#233;cialit&#233; SES entre &#171; &#233;conomie approfondie &#187; d'une part et &#171; science sociale et politique &#187; de l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, les d&#233;doublements nationaux &#233;tant supprim&#233;s, de nombreux lyc&#233;es n'en offrent plus en SES, notamment en seconde. Cette r&#233;duction du temps d'apprentissage &#224; effectif r&#233;duit hypoth&#232;que les possibilit&#233;s de former les &#233;l&#232;ves aux m&#233;thodes des sciences sociales, &#224; l'usage des technologies de l'information, aux m&#233;thodes de l'argumentation, de la dissertation, au travail sur documents, bref toute cette dimension de formation par les sciences sociales qui, pour la plupart des professeurs de SES, constitue une composante essentielle de leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Les analyses des organisations repr&#233;sentatives : des r&#233;formes qui s'attaquent au m&#233;tier&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de s'int&#233;resser aux critiques et aux actions entreprises, il faut pr&#233;ciser que, si l'opposition &#224; ces nouveaux programmes a &#233;t&#233; sans conteste majoritaire chez les enseignants de SES, elle n'a pas &#233;t&#233; unanime. Deux professeurs, membres du groupe d'experts, ont contribu&#233; &#224; leur r&#233;daction et une minorit&#233; de professeurs de la discipline a trouv&#233; dans ces programmes l'assurance d'une meilleure formation &#224; l'&#233;conomie et &#224; la sociologie qu'ils appellent de leurs voeux, dans une proximit&#233; plus grande avec les savoirs universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses critiques de l'APSES, du SNES et des autres syndicats ont port&#233; sur le contenu des programmes, le cloisonnement disciplinaire qu'il induit, la minoration de la sociologie et des autres sciences sociales au profit de l'&#233;conomie et, s'agissant de cette derni&#232;re, la vision n&#233;oclassique qui pr&#233;vaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour beaucoup, ces analyses ont d&#233;nonc&#233; les effets des r&#233;formes sur le travail enseignant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;t&#233;rioration des conditions de travail, par exemple avec la multiplication du nombre de classes de seconde et donc du nombre d'&#233;l&#232;ves&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; modification de la nature du travail, induite par exemple par l'orientation tr&#232;s prescriptive des &#171; indications compl&#233;mentaires &#187; o&#249; il s'agit le plus souvent de &#171; montrer &#187;, &#171; pr&#233;senter &#187;, etc. et bien rarement de &#171; discuter &#187;. Le professeur y est pens&#233; non comme le concepteur de son enseignement, mais le simple &#171; applicateur &#187; des consignes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; modification du sens du travail et des valeurs qui le sous-tendent. La dimension formation &#224; l'&#233;conomie (et accessoirement aux autres sciences sociales) prend le pas sur la dimension formation par les sciences sociales. La port&#233;e de formation citoyenne &#224; l'esprit critique est minor&#233;e. Dans les prescriptions, la dimension culture g&#233;n&#233;rale est mise au second plan, il s'agit d&#233;sormais de commencer &#224; former des &#233;conomistes et des sociologues plut&#244;t que des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La riposte de organisations repr&#233;sentatives de la profession (syndicats mais surtout association) face aux changements de programme est organis&#233;e, d'une part, &#224; &#171; l'externe &#187;, avec ou contre d'autres institutions : minist&#232;re, inspection, associations de chercheurs, etc. et en menant la bataille de la m&#233;diatisation, en particulier au moyen de p&#233;titions et de manifestations. Et, d'autre part, &#224; l'interne, par une coop&#233;ration renforc&#233;e au sein de la profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;La mobilisation &#171; externe &#187; : la bataille institutionnelle&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre mobilisations &#171; externe &#187; et &#171; interne &#187; est faite par commodit&#233;, mais se doit d'&#234;tre relativis&#233;e. Une p&#233;tition sign&#233;e par les professeurs de la discipline ou une manifestation qui les r&#233;unit a un objectif externe de popularisation, de m&#233;diatisation, mais elle contribue aussi &#224; resserrer les rangs et &#224; forger une identit&#233; commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut identifier deux dimensions principales de cette mobilisation tourn&#233;e vers l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Confrontations &#8211; partenariats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action de l'association, seule ou en partenariat ou avec le soutien d'organisations syndicales, le SNES en particulier, mais aussi, parfois, Sud-&#233;ducation, le SGEN, l'UNL, la Fidl, etc. a consist&#233; d'abord &#224; rencontrer et discuter avec les repr&#233;sentants de l'autorit&#233; minist&#233;rielle, cabinet du ministre et inspection g&#233;n&#233;rale de la discipline. Jusqu'au changement de majorit&#233; politique du printemps 2012, ces rencontres ont &#233;t&#233; le plus souvent des dialogues de sourds se soldant par des fins de non-recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'APSES a entretenu des relations r&#233;guli&#232;res avec les syndicats d'enseignants et d'&#233;l&#232;ves et nou&#233; des contacts avec les partis politiques. Comme les syndicats, l'association a contribu&#233; &#224; la consultation sur la &#171; refondation de l'&#233;cole &#187;, lanc&#233;e par le gouvernement issu des &#233;lections du printemps 2012. Les partenariats nou&#233;s avec les universitaires et les chercheurs en sciences &#233;conomiques et en sciences sociales ont conduit &#224; un soutien sans faille (communiqu&#233;s, tribunes dans la presse, participation &#224; des colloques) d'organisations professionnelles ou de personnalit&#233;s marquantes du champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, en particulier citer pour le seul mois de f&#233;vrier 2011, un &#171; colloque d'urgence &#187; (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/debats-enjeux/ses-et-serie-es-dans-les-media/article/un-colloque-d-universitaires-en&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/debats-enjeux/ses-et-serie-es-dans-les-media/article/un-colloque-d-universitaires-en&lt;/a&gt; ) organis&#233; &#224; l'EHESS et des Etats-g&#233;n&#233;raux des SES (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/initiatives-actions/archives-des-evenements-passes/actions-de-l-annee-2010-2011/actes-des-etats-generaux-des-ses/article/l-apses-organise-les-etats&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/initiatives-actions/archives-des-evenements-passes/actions-de-l-annee-2010-2011/actes-des-etats-generaux-des-ses/article/l-apses-organise-les-etats&lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partenariat avec d'autres associations disciplinaires et avec les syndicats, l'APSES a aussi contribu&#233; &#224; la r&#233;flexion sur les conditions d'une &#233;laboration plus d&#233;mocratique des programmes (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/initiatives-actions/communiques-et-courriers/article/appel-pour-une-autre-methode-de&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/initiatives-actions/communiques-et-courriers/article/appel-pour-une-autre-methode-de&lt;/a&gt; ), d&#233;bouchant notamment sur un colloque organis&#233; dans le cadre du Salon de l'&#233;ducation de novembre 2012 : &lt;a href=&#034;http://www.apses.org/initiatives-actions/actions-2012-2013/article/quel-role-pour-les-programmes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/initiatives-actions/actions-2012-2013/article/quel-role-pour-les-programmes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* M&#233;diatisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association a aussi &#233;t&#233; &#224; l'origine de plusieurs p&#233;titions, parfois sign&#233;es par des universitaires, parfois destin&#233;es aux seuls professeurs de SES, comme celle qui, &#224; partir de juin 2010 demandait un moratoire de l'application des r&#233;formes de programme (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/initiatives-actions/archives-des-evenements-passes/actions-de-l-annee-2009-2010/article/2500-signataires-de-la-petition-le&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/initiatives-actions/archives-des-evenements-passes/actions-de-l-annee-2009-2010/article/2500-signataires-de-la-petition-le&lt;/a&gt; ), sign&#233;e par un professeur de la discipline sur deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;marche plus rare dans le r&#233;pertoire d'action des mobilisations en milieu enseignant, l'APSES a organis&#233; deux manifestations des professeurs de la discipline, l'une le 31 mars 2010, l'autre le 28 novembre 2012 et les a appel&#233;s &#224; la gr&#232;ve le 6 septembre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'APSES a aussi publi&#233; tout au long de cette p&#233;riode de tr&#232;s nombreux communiqu&#233;s de presse. Ceux-ci et les manifestations des professeurs ont permis aux repr&#233;sentants de l'association d'obtenir une &#171; couverture m&#233;diatique &#187; de leurs revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple frappant, l'interpellation de Vincent Peillon lors d'un d&#233;bat organis&#233; par M&#233;diapart le 19 octobre 2012 qui a contribu&#233; aux engagements du ministre : mise en place d'un groupe de travail afin d'all&#233;ger les programmes de premi&#232;re et terminale d&#232;s la rentr&#233;e 2013, puis leur r&#233;&#233;criture ult&#233;rieure dans le cadre du Conseil sup&#233;rieur des programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Mobilisation &#171; interne &#187; par la coop&#233;ration&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mobilisation s'est appuy&#233;e sur plusieurs enqu&#234;tes conduites aupr&#232;s des professeurs de la discipline : sur la fa&#231;on dont le programme de seconde puis de premi&#232;re avait &#233;t&#233; trait&#233; au cours de leur premi&#232;re ann&#233;e d'application, sur les all&#232;gements souhait&#233;s dans le programme de terminale ou sur l'&#233;tat de la progression de ce programme dans les classes &#224; la fin du premier trimestre, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La riposte s'est aussi organis&#233;e &#171; &#224; l'interne &#187; par la mobilisation des professeurs afin qu'ils &#171; reprennent la main &#187; sur leur travail pour offrir des outils s'appuyant sur une autre conception du m&#233;tier que celle qui sous-tend les r&#233;formes. Selon cette posture de reprise en main, il ne s'agit pas d'appliquer des consignes codifi&#233;es dans le programme et ses &#171; indications compl&#233;mentaires &#187;, mais de proposer de fa&#231;on collective des interpr&#233;tations, voire des contournements, des programmes. De la discussion surgissent des ressources nouvelles : s&#233;quences de cours et de travaux dirig&#233;s, fiches-m&#233;thodes, exercices d'entra&#238;nement et devoirs de contr&#244;le, qui s'inscrivent dans une perspective de mise en activit&#233; des &#233;l&#232;ves plus conforme aux valeurs port&#233;es majoritairement par la profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Programme &#171; de contournement &#187; et manuel alternatif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier exemple est fourni par le manuel alternatif &#171; SES&#226;me &#187; (&lt;a href=&#034;http://sesame.apses.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://sesame.apses.org/&lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau programme de premi&#232;re ES avait suscit&#233; de nombreuses critiques, tant de la part de l'association professionnelle des professeurs de SES que des associations de &#171; sp&#233;cialistes &#187;, universitaires et chercheurs : cloisonnement entre les sciences sociales, empilement de connaissances, abstraction exag&#233;r&#233;e, acad&#233;misme et au final un programme peu favorable &#224; l'apprentissage m&#233;thodique des sciences sociales et &#224; la r&#233;flexion critique des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'APSES avait d'abord &#233;labor&#233; son propre programme face &#224; celui du minist&#232;re. Devant le passage en force du minist&#232;re pour imposer le programme du groupe d'experts et la ferme opposition de la majorit&#233; des professeurs de la discipline (une p&#233;tition demandant un moratoire avait recueilli l'adh&#233;sion d'un professeur de SES sur deux !) il &#233;tait tentant de refuser son application, d'appeler au boycott. L'association apr&#232;s consultation a choisi de tenir compte du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position &#171; h&#233;ro&#239;que &#187; qui renvoie chacun &#224; une position individuelle et/ou d&#233;fend un statu quo (on continue d'appliquer le programme ancien qui pourtant &#233;tait critiqu&#233;), risquait d'isoler ceux qui la suivraient et de nuire &#224; l'association si elle en lan&#231;ait le mot d'ordre. Aussi a-t-elle fait le choix d'une strat&#233;gie collective de &#171; contournement &#187; : r&#233;daction d'un &#171; programme de contournement &#187;, reprenant tous les items du programme officiel mais &#233;lagu&#233;s, r&#233;organis&#233;s, regroup&#233;s et probl&#233;matis&#233;s. Puis &#233;laboration et mise &#224; disposition du public d'un manuel de contournement conforme au programme tel que r&#233;interpr&#233;t&#233; par les enseignants dans le cadre de l'APSES. Appel&#233; symboliquement SES&#226;me, anim&#233; du souci de respecter ce que l'association estime &#234;tre l'esprit &#8211; pour ne pas dire l'&#226;me &#8211; de la discipline, et d'offrir un programme ouvert sur les croisements et les d&#233;bats, parents pauvres du programme officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manuel qui a &#233;t&#233; progressivement mis en ligne au cours de l'ann&#233;e 2011-2012, a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; par une &#233;quipe d'une trentaine de professeurs volontaires, b&#233;n&#233;voles et anonymes. Les contenus sont valid&#233;s par des universitaires/chercheurs sp&#233;cialistes du th&#232;me qui restent eux aussi anonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est mis gratuitement &#224; disposition des professeurs et des &#233;l&#232;ves qui souhaitent l'utiliser, en tout ou partie. Le &#171; livre du professeur &#187;, seul, n'est accessible qu'aux adh&#233;rents de l'APSES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'entend pas se substituer aux manuels du commerce, mais offre aux enseignants des &#171; activit&#233;s &#187; alternatives. Celles-ci insistent sur la dimension p&#233;dagogique : vari&#233;t&#233; des supports, statistiques bien s&#251;r, mais aussi documents iconographiques, vid&#233;os, etc. Et diversit&#233; des activit&#233;s propos&#233;es : &#233;tudes de documents, travaux dirig&#233;s, jeux de r&#244;les, etc. SES&#226;me se veut ouvert &#224; la recherche et &#224; la discussion : entretiens &#8211; parfois contradictoires &#8211; avec des chercheurs, revue de presse, biblio et filmographies, etc. Enfin, l'APSES a souhait&#233; que ce manuel soit &#233;volutif, en fonction de l'actualit&#233; et aussi des remarques et contributions &#233;ventuelles. Ainsi, plusieurs chapitres qui avaient fait l'objet de critiques de la part des professeurs utilisateurs, ou, plus rarement de la part du &#171; referee &#187; universitaire, ont &#233;t&#233; refaits pour la deuxi&#232;me ann&#233;e d'utilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche a re&#231;u l'approbation de syndicats, SNES et Sud-&#233;ducation notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un communiqu&#233; du 1er septembre 2011, l'association positionne clairement la d&#233;marche de SES&#226;me dans sa dimension collective de reprise en main sur le travail : &#171; [l'APSES] rappelle que l'acte p&#233;dagogique est une construction collective permanente, qui doit toujours &#234;tre soumise &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; des classes et &#224; des allers-retours entre enseignants et chercheurs, pour en tirer r&#233;guli&#232;rement des bilans provisoires et en proposer des adaptations ou am&#233;liorations. En bref, tout le contraire de la d&#233;marche du minist&#232;re dans la r&#233;novation des programmes ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi &#224; noter que, plus g&#233;n&#233;ralement, l'APSES a oppos&#233; &#224; chacun des programmes issus du groupe d'experts un &#171; contre-programme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, pour la seconde, voir :&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;labor&#233; par des groupes d'enseignants cherchant &#224; respecter les principes suivants : partir de &#171; questions-probl&#232;mes &#187;, induire ainsi &#8211; et proposer &#8211; des d&#233;marches p&#233;dagogiques &#171; actives &#187;, favoriser quand c'est possible la mobilisation de diff&#233;rentes sciences sociales, insister sur la dimension &#171; formation aux m&#233;thodes &#187; des sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Mutualisation et partage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e en application du nouveau programme de terminale a provoqu&#233;, de fa&#231;on assez largement spontan&#233;e, une mont&#233;e du partage, de la mutualisation, entre professeurs. Il existe sur le site de l'association, un espace de mutualisation qui, c'est un des avantages de l'adh&#233;sion, n'est accessible qu'aux adh&#233;rents. Cet espace est aliment&#233; par les contributions si ce n'est de tous, du moins d'un grand nombre d'adh&#233;rents. Avant d'&#234;tre enregistr&#233;es sur le site, ces contributions font g&#233;n&#233;ralement l'objet d'un envoi sur la liste de diffusion de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#232;gle veut que, quand il s'agit d'un tel partage, le terme de mutualisation apparaisse dans l'intitul&#233; du message. Il donc assez ais&#233; en &#233;tudiant les archives de la liste de mesurer la fr&#233;quence de ces &#171; mutualisations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_163 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH254/Image_22-2-4c06e.png?1790692667' width='500' height='254' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres mesurent imparfaitement l'importance de la mise en commun car n'ont donc &#233;t&#233; retenus que les messages portant explicitement la mention &#171; mutualisation &#187;. Or de nombreux autres messages proposent des ressources p&#233;dagogiques (articles, films, visites &#8230;). D'autres comportent des interrogations ou des demandes d'explication &#8230; et des r&#233;ponses concernant les points obscurs des nouveaux programmes et tout particuli&#232;rement de celui de terminale et sont aussi des formes de collaboration entre enseignants de la discipline. Ainsi des questions n&#233;es des indications compl&#233;mentaires sur les diff&#233;rentes sortes de capitaux, la notion de bien commun ou la distinction entre mobilit&#233; nette et fluidit&#233; sociale ont parfois fait l'objet de dizaines de messages permettant le plus souvent d'aboutir &#224; des conventions d'interpr&#233;tation et de traitement des sujets en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir aux mutualisations mesur&#233;es dans le tableau ci-dessus, elles ob&#233;issent &#224; une certaine p&#233;riodicit&#233; avec une pointe au cours du premier trimestre de l'ann&#233;e scolaire, mais la r&#233;action induite par l'entr&#233;e en application du programme de terminale et le d&#233;sarroi qui en a r&#233;sult&#233; pour les enseignants charg&#233;s de sa mise en oeuvre est tr&#232;s nette : elle intervient d&#232;s le mois d'ao&#251;t 2013 (ce mois est g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s &#171; calme &#187;) et se pr&#233;cise ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude plus pr&#233;cise du mois de janvier 2013 montre que, si ces &#171; mutualisations &#187; ne concernent pas que la classe de terminale (12 concernent la premi&#232;re, 6 la seconde et 8 les activit&#233;s r&#233;alisables en &#171; aide personnalis&#233;e &#187;), ce niveau mobilise le plus. En effet, 40 messages concernaient des cours ou TD de terminale, 12 des devoirs et 5 des contr&#244;les pour ce m&#234;me niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, en septembre 2011, mois de forte mutualisation et date de l'entr&#233;e en application du programme de premi&#232;re, les contributions sont &#233;galement distribu&#233;es entre les trois niveaux : seconde 16, premi&#232;re 18 et terminale 15, le reste ind&#233;termin&#233; ou pouvant concerner plusieurs niveaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;stabilisation induite par l'entr&#233;e en application du nouveau programme de terminale a donc bien provoqu&#233; un &#171; sursaut collaboratif &#187; chez les professeurs de SES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collaboration, le partage de savoirs et d'exp&#233;riences et, in fine, l'&#233;laboration d'une vision collective des programmes et de mani&#232;res collectives de faire sont donc aussi une des fa&#231;ons dont les professeurs de sciences &#233;conomiques et sociales ont t&#226;ch&#233; de se r&#233;approprier un r&#244;le d'acteur et en interpr&#233;tant ou contournant les prescriptions et ainsi de &#171; renormaliser &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ergologue Yves Schwartz d&#233;signe ainsi le processus d'interpr&#233;tation et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des disciplines scolaires qui y sont enseign&#233;es, les sciences &#233;conomiques et sociales ont &#233;t&#233; concern&#233;es par la r&#233;forme du lyc&#233;e, conduite principalement par le ministre Luc Chatel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les enseignants, les r&#233;formes de structure ont principalement affect&#233;, en les d&#233;t&#233;riorant, leurs conditions de travail, celles des programmes &#8211; et de l'&#233;valuation &#8211; touchant plut&#244;t le contenu et le sens du travail. Les r&#233;actions syndicales et corporatives ont, de fait, surtout port&#233; sur les programmes, probablement parce que, dans une situation budg&#233;taire contrainte, les revendications &#224; ce sujet pouvaient avoir l'avantage de ne rien co&#251;ter. Il est aussi possible qu'une bataille sur le contenu et le sens du travail entre plus en r&#233;sonance avec les valeurs port&#233;es par la profession. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut interpr&#233;ter l'offensive r&#233;cente comme une tentative de dessaisir les enseignants de leur pouvoir d'agir sur l'enseignement de leur discipline en confiant ce pouvoir &#224; des &#171; experts &#187; qui, avec leur propre rationalit&#233; ignorant l'expertise des professionnels, ont cherch&#233; &#224; conduire une r&#233;forme &#171; top/down &#187; si caract&#233;ristique du &#171; nouveau management public &#187; en oeuvre dans de nombreuses administrations et entreprises publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probablement trop t&#244;t pour faire un bilan des mobilisations des enseignants de SES. D'autant que le changement de majorit&#233; politique a modifi&#233; au moins les mani&#232;res de faire du pouvoir. Syndicats et associations sont au moins &#233;cout&#233;s et le nouveau minist&#232;re a promis qu'il se rangerait aux avis du Conseil sup&#233;rieur de l'&#233;ducation (CSE), au contraire du pr&#233;c&#233;dent, comme en t&#233;moigne par exemple l'abandon du projet d'un enseignement &#171; mixte &#187; SES-&#233;conomie-gestion en seconde d&#233;nomm&#233; &#171; connaissance du mode &#233;conomique &#187; suite &#224; son rejet par le CSE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;chons n&#233;anmoins de dresser un bilan provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passif, un &#233;chec probablement pr&#233;visible vu la d&#233;termination du gouvernement pr&#233;c&#233;dent : les nouveaux programmes sont pass&#233;s &#224; peu pr&#232;s tels que le voulait le groupe d'expert et, derri&#232;re lui le cabinet et l'inspection. Et leurs effets d&#233;l&#233;t&#232;res sur les pratiques p&#233;dagogiques et plus g&#233;n&#233;ralement le travail des enseignants se font sentir. En juin 2013 ce sont les nouvelles &#233;preuves voulues par l'inspection qui vont &#234;tre pass&#233;es par les candidats et &#233;valu&#233;es par les professeurs qui bon gr&#233;, mal gr&#233; - y auront pr&#233;par&#233; leurs &#233;l&#232;ves tout au long de l'ann&#233;e scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'actif, les succ&#232;s tangibles sont r&#233;els, m&#234;me s'ils peuvent sembler modestes en regard des efforts militants d&#233;ploy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'elle r&#233;sulte plut&#244;t de l'attractivit&#233; de la discipline et des choix rationnels des familles, il faut signaler la situation de &#171; quasi tronc commun &#187; des SES en classe de seconde puisque cet &#171; enseignement d'exploration &#187; est choisi par 85% des &#233;l&#232;ves de seconde g&#233;n&#233;rale et technologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir encadr&#233; en fin de texte.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me si l'horaire r&#233;duit et les conditions d'enseignement sont un facteur important de p&#233;nibilit&#233; du travail pour les professeurs de SES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union en janvier-f&#233;vrier 2013 d'un groupe de travail &#8211; o&#249; les enseignants &#171; de terrain &#187; &#233;taient plus repr&#233;sent&#233;s que dans le groupe d'expert pr&#233;c&#233;dent (cinq enseignants, un universitaire et trois inspecteurs) &#8211; afin d'&#233;valuer les all&#232;gements souhaitables et possibles, pour la rentr&#233;e 2013 en premi&#232;re et en terminale, est un succ&#232;s, d'autant que les all&#232;gements pr&#233;vus, sans &#234;tre forc&#233;ment &#224; la hauteur des attentes, sont significatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'engagement du ministre Vincent Peillon de remettre en chantier ult&#233;rieurement l'ensemble des programmes va dans le bon sens pour les professeurs de SES qui, majoritairement, contestent ces programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Porteuse d'effets &#224; plus long terme, cette longue &#171; bataille &#187; qui est loin d'&#234;tre finie a contribu&#233; &#224; fortifier l'association &#224; l'interne : accroissement du nombre d'adh&#233;sions, succ&#232;s des p&#233;titions et des manifestations, comme &#224; l'ext&#233;rieur : resserrement des liens avec les associations du sup&#233;rieur et soutien constant de &#171; grands noms &#187; des sciences sociales, visibilit&#233; m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gitimit&#233; de l'association s'enracine dans une pr&#233;occupation constante : que les professeurs restent les concepteurs de leur enseignement. Elle s'est d&#233;velopp&#233;e en alliant, dans une strat&#233;gie flexible, le double souci de l'action politique et de l'attention port&#233;e aux questions p&#233;dagogiques dont il faut r&#233;p&#233;ter qu'elles constituent le point aveugle de cette r&#233;forme des programmes et de son &#233;valuation au bac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;forme s'est interdit la r&#233;flexion sur les probl&#232;mes r&#233;els que rencontrent les &#233;l&#232;ves. La difficult&#233; aujourd'hui pour les enseignants et leurs repr&#233;sentants sera de sortir des n&#233;cessaires combats d&#233;fensifs pour conduire de fa&#231;on concr&#232;te une r&#233;flexion sur ce que sont les &#233;l&#232;ves aujourd'hui, leurs atouts et leurs faiblesses dans le rapport au savoir, et ce dans une perspective de r&#233;elle d&#233;mocratisation. De nombreuses questions sont devant nous, notamment au regard de la diversification des sources du savoir li&#233;es &#224; l'usage de nouvelles technologie, ainsi qu'&#224; propos de la formation &#224; l'esprit critique dans une soci&#233;t&#233; qui valorise souvent le pr&#234;t &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan plus th&#233;orique ce r&#233;cit confirme les r&#233;sultats de l'ergonomie d'une part et de la sociologie curriculaire, d'autre part. Le travail r&#233;el ne saurait &#234;tre compl&#232;tement d&#233;crit et contraint par des prescriptions. Et, comme l'ont montr&#233; les travaux de Barry Cooper&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barry Cooper , (1983), &#8220;Comment expliquer les transformations des mati&#232;res (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et &#201;lisabeth Chatel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;lisabeth Chatel, &#171; La contribution des enseignants aux changements des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; les enseignants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ne sont pas passifs devant les &#233;volutions curriculaires. Ils y contribuent ou ils les contestent, en particulier au nom des &#171; valeurs &#187; de la profession et de l'expertise didactique qui est la leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le souci r&#233;guli&#232;rement r&#233;affirm&#233; d'un enseignement dont l'objectif principal est la formation du citoyen, par le partage des savoirs et le travail collaboratif conduit en particulier avec le manuel SES&#226;me et les &#233;changes de la liste de diffusion de l'APSES, les enseignants de SES et leur association professionnelle entretiennent et d&#233;veloppent une &#171; culture &#187; professionnelle caract&#233;ristique des &#171; professions &#224; pratique prudentielle &#187; comme les d&#233;nomme Florent Champy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Florent Champy , La sociologie des professions, PUF, Paris, 2009.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible, enfin, de tirer quelques enseignements syndicaux de l'exemple des sciences &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme Chatel du lyc&#233;e a percut&#233; le sens et le contenu du travail des enseignants charg&#233;s de sa mise en oeuvre. Qu'il s'agisse des modes d'&#233;laboration des programmes d'enseignement, de leur contenu, des modes d'&#233;valuation et des pratiques p&#233;dagogiques induites par les uns et les autres, les syndicats de la FSU se sont positionn&#233;s pour une &#171; reprise en main &#187; par les enseignants de leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des SES est de ce point de vue int&#233;ressant. Le syndicat, ici le SNES, et l'association ont tir&#233; mutuellement avantage &#224; leur collaboration r&#233;guli&#232;re : confrontation des analyses, appui r&#233;ciproque et division du travail entre les deux organisations. Au premier la mise en perspective des revendications disciplinaires avec celles, plus g&#233;n&#233;rale, concernant la r&#233;forme du lyc&#233;e et l'intervention dans les instances consultatives. &#192; la seconde les enqu&#234;tes aupr&#232;s des enseignants, l'entretien r&#233;gulier d'un &#171; bruit &#187; m&#233;diatique et la mobilisation permanente de la profession. L'association a pu appuyer ses actions sur le soutien syndical. Le syndicat a pu conforter ses revendications sur l'engagement des professeurs de SES derri&#232;re une association repr&#233;sentative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas et en particulier l&#224; o&#249; cette collaboration n'est pas possible ou plus d&#233;licate (orientation, faible repr&#233;sentativit&#233; ou manque de dynamisme de l'association professionnelle), le syndicat a tout &#224; gagner &#224; s'int&#233;resser au plus pr&#232;s au travail des enseignants, notamment par le truchement disciplinaire : &#171; &#233;couter &#187; ce qu'ils disent de leur travail et de l'effet des r&#233;formes, favoriser la r&#233;flexion et l'&#233;laboration collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Remerciements&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce texte est sign&#233; d'un seul nom, il doit beaucoup aux corrections et aux suggestions de Maryl&#232;ne Cahouet, Elisabeth Chatel, Marjorie Galy, Erwan Le Nader, Daniel et Dominique Rallet. Les erreurs ou impr&#233;cisions &#233;ventuelles ainsi que les interpr&#233;tations restent bien s&#251;r miennes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Encadr&#233; : les SES, enseignement d'exploration en seconde&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; choisi dans cet article, de centrer le propos sur les programmes. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, dans un autre domaine au moins, les professeurs de sciences &#233;conomiques et sociales, soit au niveau de leur &#233;tablissement, soit plus globalement via l'association ou via le SNES, ont agi de fa&#231;on &#224; d&#233;tourner une r&#232;gle et en imposer, de fait, une autre : le statut d'enseignement d'exploration en classe de seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignements d'exploration, s'ils comportent bien un programme (&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/cid52692/les-enseignements-nouvelle-seconde.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/cid52692/les-enseignements-nouvelle-seconde.html&lt;/a&gt;), ont surtout pour objectif une familiarisation avec de nouvelles disciplines, questions, m&#233;thodes. Les promoteurs de la r&#233;forme entendent, avec ces enseignements d'exploration, valoriser plus les activit&#233;s que les contenus de savoirs. Si leur &#233;valuation (chiffr&#233;e) n'est pas interdite, elle n'est pas non plus n&#233;cessaire, voire parfois d&#233;courag&#233;e (coefficient z&#233;ro dans les bulletins ou m&#234;me absence de rubrique). &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour plusieurs d'entre eux, &#171; litt&#233;rature et soci&#233;t&#233; &#187; ou &#171; m&#233;thodes et pratiques scientifiques &#187; notamment, ils ont une vis&#233;e pluridisciplinaire et s'appuient sur des mati&#232;res enseign&#233;es par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des SES, et des Principes fondamentaux de l'&#233;conomie et de la gestion (PFEG) est particuli&#232;re. Mati&#232;res nouvelles pour les &#233;l&#232;ves, enseign&#233;es seulement en lyc&#233;e, elles ne peuvent pas strictement s'appuyer sur d'autres disciplines. Par ailleurs, si leur statut est mineur en seconde, ce sont des disciplines centrales pour les futurs &#233;l&#232;ves des s&#233;ries ES ou STMG (Sciences et techniques du management et de la gestion).Cette situation a &#233;t&#233; en partie reconnue en rendant l'une de ces deux mati&#232;res obligatoire parmi les deux enseignements d'exploration &#224; suivre par chaque &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces deux domaines, contenu et &#233;valuation, les enseignants de SES ont contourn&#233; la prescription.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le premier rapport de l'Inspection G&#233;n&#233;rale sur la mise en oeuvre de la r&#233;forme en classe de seconde (mars 2011), la particularit&#233; des SES (et des PFEG) &#233;tait point&#233;e : &#171; les enseignements de SES et de PFEG sont v&#233;cus comme nettement diff&#233;rents du reste des enseignements d'exploration &#8230;tous ces caract&#232;res rapprochent ces enseignements d'exploration d'un enseignement obligatoire du tronc commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, ce n'en est pas un, ce qui pose des probl&#232;mes dont il est difficile de sortir. En effet, comment enseigner des connaissances et des savoir faire, tout en explorant (i.e. illustrer ou approfondir) et cela dans un cadre horaire restreint ? Ce dilemme ne se pose qu'aux enseignements qui ne peuvent pas s'appuyer sur des disciplines enseign&#233;es par ailleurs, le plus souvent depuis le coll&#232;ge. Il en r&#233;sulte une sorte de sous-statut peu propice &#224; l'investissement des &#233;l&#232;ves dans cette fausse exploration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si les choix des enseignants, notamment d'une plus ou moins grande proximit&#233; avec le programme, sont divers, ils manifestent tous le souci que cet &#171; enseignement d'exploration &#187; soit bien une premi&#232;re formation aux sciences &#233;conomiques et aux sciences sociales, aux questions qui les traversent et aux savoirs qui les constituent. Mais ils sont plac&#233;s devant des contraintes diff&#233;rentes selon les &#233;tablissements : taille des groupes, d&#233;doublement ou non (le plus fr&#233;quent), plage horaire dans la semaine et surtout nombre de classes &#224; g&#233;rer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ont-ils &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; aborder le programme de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente (approche lin&#233;aire ou par petits bouts ou faire autre chose, comme aborder la presse, l'actualit&#233;...). Et plus ils essaient d'avoir une approche tr&#232;s active, plus ils s'&#233;cartent du programme, et sont contraints, dans le cadre horaire r&#233;duit &#224; faire des choix, donc &#224; r&#233;interpr&#233;ter les instructions. 18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que, dans notre syst&#232;me d'enseignement, l'&#233;valuation chiffr&#233;e est une forme de reconnaissance des disciplines, les professeurs de SES ont aussi insist&#233; localement et nationalement (voir par exemple : &lt;a href=&#034;http://www.apses.org/initiatives-actions/communiques-et-courriers/article/lettre-aux-collegues-sur-l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/initiatives-actions/communiques-et-courriers/article/lettre-aux-collegues-sur-l&lt;/a&gt; ) pour que les SES fassent l'objet d'une telle &#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contenu de l'enseignement de SES en seconde et modalit&#233; de son &#233;valuation, l&#224; aussi les enseignants de SES ont infl&#233;chi les normes minist&#233;rielles&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une pr&#233;sentation plus compl&#232;te, voir : &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article153&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article153&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple Christian Laval : &lt;a href=&#034;http://www.idies.org/index.php?post/Le-rapport-Guesnerie-et-la-liquidation-des-SES&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.idies.org/index.php?post/Le-rapport-Guesnerie-et-la-liquidation-des-SES&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le t&#233;moignage de Sylvain David, &#224; l'&#233;poque pr&#233;sident de l'Apses : Sylvain David, &#171; Les programmes et les manuels de SES : retour sur la remise en cause d'un enseignement &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s. Revue de Sciences humaines&lt;/i&gt; [En ligne&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un premier groupe d'experts a r&#233;dig&#233; le programme de seconde, en &#233;taient membre les universitaires F. Dubet, C. De Boissieu et P. Martin ; un second, compos&#233; du c&#244;t&#233; des universitaires par Y. Deloye, J. Le Cacheux, D. Marteau et J. Valade, a r&#233;dig&#233; les programmes de premi&#232;re et de terminale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Enseignement d'exploration en classe de seconde : &lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/cid51332/mene1007270a.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/cid51332/mene1007270a.html&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Enseignement sp&#233;cifique en classe de premi&#232;re ES : &lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/cid53321/mene1019767a.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/cid53321/mene1019767a.html&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Et en classe de terminale : &lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57523&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57523&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.idies.org/index.php?post/Sciences-economiques-et-sociales-:-il-y-a-des-professeurs-satisfaits-des-nouveaux-programmes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.idies.org/index.php?post/Sciences-economiques-et-sociales-:-il-y-a-des-professeurs-satisfaits-des-nouveaux-programmes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, pour la seconde, voir : &lt;a href=&#034;http://www.idies.org/index.php?post/SES-en-classe-de-seconde-%3A-programme-contre-programme&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.idies.org/index.php?post/SES-en-classe-de-seconde-%3A-programme-contre-programme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ergologue Yves Schwartz d&#233;signe ainsi le processus d'interpr&#233;tation et de transformation des normes impos&#233;es, effectu&#233; par les travailleurs au cours de leur activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir encadr&#233; en fin de texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barry Cooper , (1983), &#8220;Comment expliquer les transformations des mati&#232;res scolaires ?&#8221;, in J.C. Forquin, &lt;i&gt;Les sociologues de l'&#233;ducation am&#233;ricains et britanniques&lt;/i&gt;, De Boeck-INRP, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;lisabeth Chatel, &#171; La contribution des enseignants aux changements des contenus de leur discipline : le cas des sciences &#233;conomiques et sociales entre 1990 et 2010 &#187;, contribution au colloque &lt;i&gt;R&#233;former les disciplines scolaires XIX-XX&#232;me si&#232;cles&lt;/i&gt;, Universit&#233; de Caen, septembre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Florent Champy , La sociologie des professions, PUF, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les SES : histoire de la discipline, &#233;tat des controverses</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article153</link>
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		<dc:date>2012-10-19T11:36:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;lisabeth Chatel et G&#233;rard Grosse</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>lyc&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet &#233;tat des lieux de la discipline scolaire intitul&#233;e &#034;Sciences &#233;conomiques et sociales&#034; s'appuie sur des textes et travaux ant&#233;rieurs et n'offre pas de point de vue vraiment nouveau sur la discipline mais elle en fait la synth&#232;se. Les ressources sur lesquelles il s'appuie sont pour l'essentiel des textes et rapports officiels, des travaux de recherche, des &#233;crits des &#171; t&#233;nors &#187; de la discipline, ceux qui en raison de leurs travaux ou de leur position institutionnelle ont acc&#232;s &#224; une parole (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Histoire des disciplines&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;lyc&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L100xH121/arton153-28e48.jpg?1790689102' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet &#233;tat des lieux de la discipline scolaire intitul&#233;e &#034;Sciences &#233;conomiques et sociales&#034; s'appuie sur des textes et travaux ant&#233;rieurs et n'offre pas de point de vue vraiment nouveau sur la discipline mais elle en fait la synth&#232;se. Les ressources sur lesquelles il s'appuie sont pour l'essentiel des textes et rapports officiels, des travaux de recherche, des &#233;crits des &#171; t&#233;nors &#187; de la discipline, ceux qui en raison de leurs travaux ou de leur position institutionnelle ont acc&#232;s &#224; une parole &#171; l&#233;gitime &#187;. Les grands absents ce sont, d'abord, les professeurs, assez peu &#233;tudi&#233;s dans le quotidien de leur travail professionnel : pr&#233;paration de cours, s&#233;quences en classe, relations avec les coll&#232;gues, les &#233;l&#232;ves, les parents, etc., correction de copies, etc. A quelques rares enqu&#234;tes pr&#232;s (dont celles conduites par le pass&#233; &#224; l'INRP, mais qui demanderaient &#224; &#234;tre renouvel&#233;es), on sait tr&#232;s peu de choses sur l'activit&#233; r&#233;elle des enseignants de SES, comme de la plupart des professionnels de l'&#233;ducation d'ailleurs. Les &#233;l&#232;ves sont les autres grands absents pour les m&#234;mes raisons. En effet, la derni&#232;res fois qu'on leur a demand&#233; un avis sur les enseignements qu'ils recevaient date de 1998 et de l'enqu&#234;te pilot&#233;e par Philippe Meirieu sur &#171; Quels savoirs enseigner dans les lyc&#233;es ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution s'articulera en trois temps. D'abord une pr&#233;sentation de l'histoire de cette discipline scolaire presque quinquag&#233;naire et des professeurs qui l'enseignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, une focalisation sur l'&#233;volution des programmes et des formes d'&#233;valuation de leur apprentissage par les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un &#233;clairage est donn&#233; sur quelques controverses qui ont travers&#233; et agitent encore la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. L'&#233;volution institutionnelle de la discipline&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.1.	Historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sciences &#233;conomiques et sociales sont une mati&#232;re composite de par ses champs scientifiques de r&#233;f&#233;rence. Ceux-ci sont respectivement l'&#233;conomie, la sociologie, la science politique, plus accessoirement l'histoire &#233;conomique et sociale, la d&#233;mographie, l'ethnologie ou le droit etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1.1. Origine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discipline est cr&#233;&#233;e en m&#234;me temps que la fili&#232;re B des lyc&#233;es, &#224; l'occasion de la r&#233;forme Fouchet de 1966. Cette r&#233;forme est d'une grande importance car la cr&#233;ation des fili&#232;res techniques d'une part et celle de la voie B dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral de l'autre vont remodeler durablement le second cycle du second degr&#233; et permettre l'acc&#232;s massif au baccalaur&#233;at, qui s'&#233;tendra encore en 1987 par la cr&#233;ation des baccalaur&#233;ats professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en forme de ce nouvel enseignement est confi&#233;e &#224; Guy Palmade et Marcel Roncayolo, respectivement historien et g&#233;ographe, tous deux proches de Fernand Braudel et p&#233;n&#233;tr&#233;s de la d&#233;marche de pens&#233;e de l'&#233;cole dite des &#8220; Annales &#8221;. Cette discipline est inscrite dans une nouvelle voie d'enseignement, la &#171; B &#187;, qui deviendra &#171; E.S. &#187; (&#233;conomique et sociale) en 1993. Voie d'enseignement g&#233;n&#233;ral, il ne s'agissait pas de pr&#233;parer directement &#224; une profession, ni de pr&#233; sp&#233;cialiser les &#233;l&#232;ves dans une discipline particuli&#232;re de l'Universit&#233;, on la voulait, selon l'expression d'Antoine Prost, inspir&#233;e d'un humanisme moderne, c'est &#224; dire visant une compr&#233;hension critique du monde contemporain dans ses dimensions &#233;conomiques et sociales. M&#234;me si des options de sciences &#233;conomiques et sociales ont pu &#234;tre offertes aux &#233;l&#232;ves des autres s&#233;ries dans les ann&#233;es 80, discipline et s&#233;rie seront toujours &#233;troitement li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1.2. &#201;volution des effectifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation et le d&#233;veloppement de la s&#233;rie B correspondent &#224; la premi&#232;re massification de la scolarisation dans le second cycle long. Les effectifs des &#233;l&#232;ves de lyc&#233;e sont multipli&#233;s par 3,2 entre 1960 et 1988, alors que les effectifs des jeunes d'&#226;ge correspondant n'augmentent que de 12,4 % sur cette p&#233;riode. Sur la p&#233;riode 1970-88, les effectifs du second cycle long sont multipli&#233;s par 1,44 quand ceux des B le sont par 2,45. Au total, de 1970 &#224; 1990, le nombre de bacheliers g&#233;n&#233;raux augmente d'un peu plus de 100 000, dont environ la moiti&#233; au titre des bacheliers B. Jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 80, la s&#233;rie &#233;conomique et sociale a particip&#233; &#224; la massification de l'enseignement au lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, le poids relatif des bacheliers ES a diminu&#233; dans l'ensemble des bacheliers du fait de l'augmentation des bacheliers professionnels, mais augmente l&#233;g&#232;rement au sein des bacheliers g&#233;n&#233;raux et technologiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, en 2010, on comptait en premi&#232;re comme en terminale ES environ 100.000 &#233;l&#232;ves et le bac ES &#171; fournissait &#187; 22,4% des bacheliers g&#233;n&#233;raux et technologiques (GT) soit 3 points de plus par rapport &#224; 1994. A titre de comparaison, la m&#234;me ann&#233;e, les chiffres &#233;taient de 34,3 pour le bac S (+3 points), 22,7 pour les bacs technologiques tertiaires (+1 point).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que 85% des 500.000 &#233;l&#232;ves de seconde g&#233;n&#233;rale et technologique suivaient un &#171; enseignement d'exploration &#187; de SES. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente &#8211; avant la mise en &#339;uvre de la r&#233;forme des lyc&#233;es, 43,5% des &#233;l&#232;ves de seconde GT suivaient un &#171; enseignement de d&#233;termination &#187; de SES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1.3. L'adh&#233;sion des &#233;l&#232;ves et des familles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on en juge par cet accroissement des effectifs des fili&#232;res B puis ES, on peut consid&#233;rer que se manifeste une certaine adh&#233;sion des lyc&#233;ens et de leur famille &#224; la fili&#232;re &#233;conomique et sociale mais, il est vrai que le choix de cette orientation est parfois contraint soit par la carte scolaire soit par l'impossibilit&#233; d'acc&#233;der &#224; d'autres fili&#232;res, plus s&#233;lectives. N&#233;anmoins le soutien massif apport&#233; par les familles en 1976 puis &#224; nouveau en 1980, quand elles seront sollicit&#233;es pour d&#233;fendre la discipline menac&#233;e de disparition, montre que l'accueil est tr&#232;s positif. De plus, cette discipline, contrairement &#224; d'autres, para&#238;t bien re&#231;ue des lyc&#233;ens comme le montrent les rapports issus de la consultation des lyc&#233;ens organis&#233;e en 1998 par Philippe Meirieu &#224; la demande du ministre de l'&#233;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2. Les enseignants de SES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;valu&#233; le nombre de professeurs de SES on s'attachera &#224; cerner les contours de leur identit&#233; professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2.1. Les effectifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 70, la discipline ne compte que quelques centaines d'enseignants, le millier est atteint &#224; la fin des ann&#233;es 70, 2000 au milieu des ann&#233;es 80, 3000 au milieu des ann&#233;es 90 et pr&#232;s de 4000 depuis les ann&#233;es 2000 (enseignement public seulement, 3 864 en 2010-2011). Avec les professeurs du priv&#233; sous contrat on peut estimer &#224; 5000 le nombre de professeurs de SES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres sont &#233;quivalents &#224; ceux des professeurs de philosophie, et repr&#233;sentent moins d'un cinqui&#232;me des professeurs d'histoire-g&#233;ographie (qui enseignent en coll&#232;ge ou en lyc&#233;e) ou d'&#233;conomie-gestion (s&#233;rie STMG).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps des professeurs de SES ne pr&#233;sente pas de sp&#233;cificit&#233; notable en terme d'&#226;ge ou de statut, mais pr&#233;sente une double particularit&#233; : &#234;tre paritaire en terme de sex-ratio, ce qui est rare dans l'enseignement secondaire et compter une proportion particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e de non-titulaire, 5% en 2010-2011(Rep&#232;res et r&#233;f&#233;rences statistiques &#8211;MEN 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2.2. Identit&#233; professionnelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On manque de donn&#233;es sur la formation initiale, mais, si l'on se fie &#224; une enqu&#234;te ancienne (Jean et Rallet 1993), on peut estimer qu'environ les deux-tiers ont suivi des cursus d'&#233;conomie. Cependant, les formations initiales des professeurs de SES sont diversifi&#233;es (sciences &#233;conomiques, AES, droit, sociologie, IEP, &#233;coles de commerce, histoire etc..). Plus que dans d'autres disciplines, les trajectoires sont diverses : les exp&#233;riences professionnelles ant&#233;rieures autres que l'enseignement ne sont pas rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'identit&#233; professionnelle disciplinaire est forte. Au d&#233;but, elle s'est construite au travers les stages de S&#232;vres et en proximit&#233; avec les premiers inspecteurs. Elle a &#233;t&#233; p&#233;riodiquement r&#233;activ&#233;e au travers ce qui a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme des attaques contre l'existence de la discipline ou son &#171; identit&#233; &#187; (le &#171; nous nous battrons pour un adjectif &#187; de 1980).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sentiment identitaire s'enracine dans des motivations communes. L'enqu&#234;te &#233;voqu&#233;e ci-dessus montre que dans les motivations des professeurs, ce qui prime c'est, pour beaucoup, une dimension politique : le &#171; refus d'une carri&#232;re marchande &#187; et le rejet de &#171; la logique et des valeurs de l'entreprise &#187;. Mais l'aspect principal est didactique : un int&#233;r&#234;t intellectuel pour une mati&#232;re pluridisciplinaire, dont l'objet impose des actualisations fr&#233;quentes, une volont&#233; de participer &#224; la formation du citoyen. L'enqu&#234;te men&#233;e par Thomas Benatou&#239;l (Benatou&#239;l 1997), si elle met &#224; jour la diversit&#233; des positionnements par rapport au &#171; mod&#232;le p&#233;dagogique &#187; de la discipline, en partie li&#233;e &#224; la diversit&#233; des trajectoires, confirme n&#233;anmoins la pr&#233;gnance de cette dimension civique. La majorit&#233; des enseignants de SES interrog&#233;s manifestent leur volont&#233; de ne pas seulement transmettre des connaissances, mais, ce faisant, de fournir des outils de compr&#233;hension du monde et de construction d'un esprit critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement dans la discipline s'accompagne souvent d'un engagement associatif et syndical. Un professeur de SES sur quatre environ adh&#232;re &#224; l'APSES. Et si on ne retient que l'enseignement public, le taux doit approcher un sur trois. C'est une proportion particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e. De m&#234;me, la proportion de professeurs de SES syndiqu&#233;s est particuli&#232;rement forte, on peut estimer qu'un professeur de SES sur trois, et m&#234;me probablement un sur deux dans le public est syndiqu&#233;, ce qui est une proportion sup&#233;rieure &#224; la moyenne des enseignants du secondaire. Leur formation et le contenu de leur enseignement les placent dans une situation particuli&#232;re. Leurs connaissances des transformations &#233;conomiques et sociales, des enjeux de la politique &#233;conomique, des m&#233;canismes de la reproduction et de la mobilit&#233; sociale etc. les conduisent souvent &#224; un point de vue mieux inform&#233; et ainsi &#224; joindre engagement dans la discipline et engagement associatif, syndical ou politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux moments critiques de l'histoire institutionnelle de la discipline (d&#233;but des ann&#233;es 80, 1998, 2009-2011) l'association a jou&#233; un r&#244;le mobilisateur des enseignants de SES et a su trouver des appuis aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves, des parents, des universitaires et des hommes politiques. N'h&#233;sitant pas &#224; jouer un r&#244;le de quasi-syndicat en appelant &#224; des gr&#232;ves et des manifestations sp&#233;cifiques &#224; la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.3. Les difficult&#233;s institutionnelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s institutionnelles sont r&#233;currentes pour les sciences &#233;conomiques et sociales. Elles proviennent presque invariablement de projets de r&#233;formes, propos&#233;s au Minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale qui se r&#233;percutent n&#233;gativement sur la discipline, sans que, dans tous les cas, ce r&#233;sultat ait n&#233;cessairement &#233;t&#233; recherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.3.1. Le partage des territoires disciplinaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es soixante-dix les difficult&#233;s commencent &#224; l'occasion de la r&#233;forme Haby des coll&#232;ges (1974-75). Celle-ci va mettre les professeurs de SES directement en concurrence avec ceux d'histoire et g&#233;ographie. Avec les sciences et techniques &#233;conomiques (&#233;conomie-gestion) il y a aussi concurrence pour savoir &#224; qui l'enseignement de l'&#233;conomie des lyc&#233;ens va &#233;choir, apr&#232;s le rapport Bourdin pr&#233;parant la r&#233;forme Beullac (1979-80). Il est vrai que cette concurrence s'enracine dans une histoire plus ancienne, l'enseignement de l'&#233;conomie ayant d'abord &#233;t&#233; d&#233;volu aux professeurs d'&#233;conomie et gestion dans les ann&#233;es 1950. Ceux des professeurs qui ont connu ces exp&#233;rimentations ont pu ressentir la cr&#233;ation de la voie B et des SES comme une agression et une mise en cause de leurs comp&#233;tences en &#233;conomie. La tension avec l'APSTE sera exprim&#233;e lors des projets de r&#233;forme Chev&#232;nement 1985 puis Monory 1986, qui pr&#233;voyaient l'&#233;clatement de la discipline et/ou de la s&#233;rie mais ces projets n'aboutiront pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, ces tensions se sont att&#233;nu&#233;es et la pr&#233;sence des sciences &#233;conomiques et sociales dans le lyc&#233;e est mieux assur&#233;e, mais elles peuvent ressurgir. On en a pour preuve, par exemple, la d&#233;claration d'Alain Boissinnot, alors directeur des lyc&#233;es au minist&#232;re, &#224; la fin des ann&#233;es 90 : &#171; la cr&#233;ation des SES en 1966 &#233;tait une erreur g&#233;n&#233;tique &#187; sous-entendant que l'initiation aux sciences sociales aurait du &#234;tre assur&#233;e par les professeurs d'histoire-g&#233;ographie ; ou encore crainte de marginalisation de la discipline au moment de la r&#233;forme lanc&#233;e par All&#232;gre ; concurrence avec les professeurs d'histoire-g&#233;ographie pour l'attribution des enseignement d'ECJS apr&#232;s 1998 ; ou enfin tout r&#233;cemment projet de fusion entre les enseignements d'exploration de SES et de PFEG en seconde dans lequel beaucoup de professeurs de SES voient le risque d'une absorption &#224; terme par l'&#233;conomie-gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.3.2. Les relations avec les &#233;conomistes du sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question concerne le contenu donn&#233; &#224; l'enseignement &#233;conomique du second degr&#233; dans les fili&#232;res g&#233;n&#233;rales. Les &#233;conomistes ont &#233;t&#233; consult&#233;s lors de la cr&#233;ation des SES et sur les projets de programmes discut&#233;s entre 1965 et 1967. Ils avaient alors travaill&#233; dans un esprit de collaboration avec les autres sciences sociales notamment dans le cadre trac&#233; par l'historien des Annales, Charles Moraz&#233;. Cependant, les temps changent, de jeunes &#233;conomistes r&#233;unis en 1982 dans une commission sur les pr&#233;-requis pour l'enseignement sup&#233;rieur sont tr&#232;s critiques &#224; l'&#233;gard de cette orientation de l'enseignement &#233;conomique secondaire. Ayant eux-m&#234;mes v&#233;cu comme un progr&#232;s pour la science &#233;conomique la scission des facult&#233;s de Droit et de Sciences &#233;conomiques apr&#232;s 1968, ils craignent de trouver dans les SES, un reste d'une approche de l'&#233;conomie qu'ils jugent trop vague, trop peu rigoureuse et, de ce fait, tent&#233;e par l'id&#233;ologie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette analyse n'est pas celle du rapport Malinvaud de 1989. Celui-ci, au contraire, fait de la fili&#232;re B un bilan positif et affirme la pertinence de l'objectif qu'il nomme &#8220; culturel &#8221; de cet enseignement pour le second degr&#233;. Il s&#233;pare ainsi clairement la question du contenu &#224; donner &#224; l'enseignement de l'&#233;conomie de niveau scolaire et celui du niveau universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle sera en partie reprise par le rapport de la commission Guesnerie. Celle-ci est pr&#233;sid&#233;e par Roger Guesnerie, professeur au coll&#232;ge de France, et install&#233;e par X. Darcos alors ministre de l'&#233;ducation nationale afin &#171; d'auditer &#187; les programmes et les manuels de sciences &#233;conomiques et sociales. Le rapport estime certes que les sciences &#233;conomiques et sociales ont toute leur place dans le lyc&#233;e d'aujourd'hui et de demain car elles sont un pilier fondamental de la formation du citoyen dans notre monde contemporain. Mais il pr&#233;conise d'inverser la d&#233;marche de conception des programmes. Leur objectif doit &#234;tre l'acquisition de &#171; fondamentaux &#187; (connaissances et comp&#233;tences). Les th&#232;mes viennent en second et pour autant qu'ils servent &#224; l'apprentissage des fondamentaux. Comme ces fondamentaux sont disciplinaires, le rapport penche vers une d&#233;marche d'initiation &#224; l'&#233;conomie (surtout) et &#224; la sociologie. Double rupture par rapport au projet initial des sciences &#233;conomiques et sociales : l'initiation aux &#171; sciences de r&#233;f&#233;rence &#187; devient la priorit&#233; et leur int&#233;gration doit &#234;tre l'exception.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. L'&#233;volution des contenus d'enseignement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les programmes, lettre de ce qu'il est prescrit d'enseigner, d&#233;limitent le contenu &#233;ducatif que le syst&#232;me d'enseignement s'engage &#224; faire apprendre &#224; la jeune g&#233;n&#233;ration. Ils dessinent les contours d'une obligation sociale que le syst&#232;me scolaire remplit et dont l'accomplissement est le fait des professeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reviendra donc d'abord sur l'&#233;volution, contrast&#233;e, des textes prescriptifs depuis les premiers programmes de la fin des ann&#233;es 60 jusqu'&#224; ceux issu de la r&#233;forme du lyc&#233;e initi&#233;e par Luc Chatel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On compl&#233;tera cette analyse d'une pr&#233;sentation des formes d'&#233;valuation finale au baccalaur&#233;at qui, par induction, d&#233;terminent les formes d'&#233;valuation en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'en tiendra au prescrit, mais il faut se garder d'oublier que ce qui s'enseigne dans les classes est souvent diff&#233;rent de la lettre du programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1. Les programmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait int&#233;ressant de retracer les &#233;volutions dans les modalit&#233;s de r&#233;daction des programmes, notamment s'agissant de la diversit&#233; et du poids des diff&#233;rents acteurs : inspection, universitaires, professeurs de terrain, mais cela ne sera pas fait ici faute de place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modifications de programme doivent &#234;tre mises en relation avec les difficult&#233;s institutionnelles pr&#233;sent&#233;es ci-dessus et avec certaines controverses qui seront &#233;voqu&#233;es infra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1.1. Les programmes initiaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers programmes de sciences &#233;conomiques et sociales portent la marque de leurs auteurs, historiens et g&#233;ographes inspir&#233;s de l'&#233;cole des Annales et de l'esprit de l'Ecole pratique des hautes &#233;tudes (aujourd'hui EHESS). Ils sont &#233;crits en proposant successivement &#224; l'&#233;tude un certain nombre d'objets sociaux, susceptibles de constituer des &#171; probl&#232;mes &#187;. L'int&#233;gration pluridisciplinaire des sciences sociales est con&#231;ue en termes d'apport de ces diverses disciplines des sciences de la soci&#233;t&#233; au traitement de ces probl&#232;mes. Il ne s'agit donc pas v&#233;ritablement de les &#233;tudier pour elles-m&#234;mes. La finalit&#233; culturelle est affirm&#233;e : il s'agit de former &#171; une attitude intellectuelle &#187;, des &#171; habitudes mentales &#187;, un point de vue &#171; critique &#187; &#224; l'&#233;gard des ph&#233;nom&#232;nes sociaux en donnant aux &#233;l&#232;ves les moyens d'exercer leur jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res instructions de SES, celles de 1967, sont tr&#232;s longues. Elles pr&#233;cisent les m&#233;thodes actives qu'elles veulent instaurer, elles tracent les contours d'un enseignement qui se veut exp&#233;rimental aux deux sens du terme : en tant qu'exp&#233;rience nouvelle d'enseignement et en tant que fa&#231;on d'aborder les sciences de la soci&#233;t&#233; en ayant le souci du mat&#233;riau empirique. N&#233;anmoins, malgr&#233; la longueur de ces conseils, on y accorde aux ma&#238;tres une enti&#232;re responsabilit&#233; dans la conduite de l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1.2. Le tournant des ann&#233;es 80&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les changements tr&#232;s importants dans les programmes qui s'op&#232;rent en 1982, puis &#224; leur suite en 1988, sous l'effet des &#171; attaques &#187; d'&#233;conomistes universitaires, correspondent &#224; l'inflexion de ce projet au profit d'une logique disciplinaire, celle de l'&#233;conomie. Cette logique &#233;conomique sous-tend tr&#232;s nettement le programme de seconde par exemple, malgr&#233; le maintien de l'&#233;tude de la famille. Au lieu d'une optique &#224; la fois probl&#233;matique, int&#233;grative et servant une finalit&#233; culturelle, la discipline d'enseignement se met &#224; pencher vers une formation &#224; finalit&#233; plus strictement acad&#233;mique, correspondant plus &#224; l'id&#233;e de &#171; transposition &#187; d'un domaine savant. Ce n'est d'ailleurs pas l'analyse &#233;conomique dans son entier qui est transpos&#233;e, mais surtout la macro&#233;conomie, plut&#244;t d'inspiration keyn&#233;sienne. Cette optique macro&#233;conomique rend possible le maintien d'une dimension sociale manifeste dans les contenus de l'enseignement. Elle laisse place &#224; la description des ph&#233;nom&#232;nes sociaux et ne perd pas de vue la dimension critique, m&#234;me si la finalit&#233; culturelle domine moins nettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1967 &#224; 1982-88, on peut remarquer la disparition des r&#233;f&#233;rences aux &#171; faits &#187; (&#233;conomiques et sociaux) et &#224; la &#171; vie &#233;conomique &#187; au profit des notions de &#171; structure &#187;, qui organise l'enseignement de premi&#232;re, et de &#171; syst&#232;me &#187;, qui organise celui de terminale. Les termes de &#171; structures &#187; et de &#171; syst&#232;mes &#187; expriment un mode d'int&#233;gration des dimensions &#233;conomiques et sociales. On peut y lire l'effet du poids des hauts responsables de l'INSEE, servant de caution scientifique, avec la collaboration de professeurs qui avaient gagn&#233; la bataille politique pour le maintien de la discipline dans ses composantes &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement dans le r&#244;le et la responsabilit&#233; attribu&#233;e au professeur se situe de ce point de vue dans les instructions de 1988. Beaucoup plus courtes, elles conc&#232;dent le principe de libert&#233; p&#233;dagogique, mais ne recommandent pas aux professeurs, comme le faisaient les pr&#233;c&#233;dentes, de construire par eux-m&#234;mes une d&#233;marche coh&#233;rente. Au contraire on attend plut&#244;t d'eux qu'ils respectent l'ordre du programme. Ainsi le programme, de liste de questions &#224; traiter ou de th&#232;me &#224; aborder, devient-il subrepticement la trame d'un plan de cours. L'indication en marge des dur&#233;es approximatives de traitement des sous-parties contre-indique, de plus, des remaniements trop importants. Cette optique d'encadrement plus strict se confirme dans les programmes successifs dans lesquels on cherche &#224; mieux d&#233;limiter l'extension des divers points par une modification de la forme de pr&#233;sentation du programme en colonnes. En instaurant deux ou trois niveaux d'&#233;criture, on distingue clairement le programme de l'enseignement, premi&#232;re colonne, du programme d'apprentissage des &#233;l&#232;ves, deuxi&#232;me colonne, interpr&#233;t&#233;e ou compl&#233;t&#233;e pour le ma&#238;tre dans la troisi&#232;me colonne. La deuxi&#232;me colonne, en grande partie inspir&#233;e des travaux ex&#233;cut&#233;s au d&#233;but des ann&#233;es 1980 dans les groupes sur les objectifs de r&#233;f&#233;rence, pr&#233;cise ces connaissances attendues par une liste de notions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1.3. Celui de 1993-95&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant de 1993-95 est probablement moins radical en termes de finalit&#233;s, mais peut-&#234;tre plus exigeant en mati&#232;re de formation initiale des ma&#238;tres dans les disciplines savantes de r&#233;f&#233;rence. Il correspond &#224; une tentative de r&#233;&#233;quilibrage de la discipline d'enseignement vers les autres sciences sociales : les sciences politiques, la sociologie. C'est particuli&#232;rement patent avec les programmes de sp&#233;cialit&#233; et celui de terminale dans lequel la partie sociologique suppose des exigences conceptuelles qui n'existaient pas &#224; ce degr&#233; dans le pass&#233;. De ce fait ils servent plus qu'avant des objectifs d'explication et probablement moins de simple pr&#233;sentation ou description outill&#233;e des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques et sociaux. La tendance &#224; plus de pr&#233;cisions dans l'&#233;criture des programmes et plus de d&#233;veloppements th&#233;oriques dans les exigences continue de se manifester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la perspective d'int&#233;gration n'est pas compl&#232;tement perdue de vue. Elle exprime le souhait d'un enseignement qui conserve pour but affirm&#233; &#171; la compr&#233;hension du monde contemporain &#187; et ne pr&#233;tend pas servir strictement de prop&#233;deutique aux cursus universitaires d'&#233;conomie ou de sociologie. Cette vis&#233;e &#171; culturelle &#187; s'exprime dans les textes compl&#233;mentaires qui affirment, contre l'apparence, que l'interdisciplinarit&#233; doit pouvoir s'exercer dans chacune des parties du programme. Elle se donne aussi &#224; voir dans la tentative de r&#233;daction &#171; probl&#233;matis&#233;e &#187; du programme de terminale et dans la question &#171; du changement social &#187; qui y court de part en part avec ses aspects conjointement descriptifs, explicatifs et normatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans les ann&#233;es 1993, le courant proche de l'APSES, et favorable &#224; la forme de pluridisciplinarit&#233; pratiqu&#233;e en SES, l'a emport&#233;. Il a imprim&#233; son influence sur les programmes de SES r&#233;&#233;crits lors de la &#171; R&#233;forme p&#233;dagogique des lyc&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1.4. Les programmes de 2008-2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000, la conjoncture politique est diff&#233;rente. Le pouvoir politique au Minist&#232;re est &#224; l'&#233;coute des critiques de l'enseignement des SES qui &#233;manent du monde patronal. Des &#233;conomistes universitaires se sentent en phase avec cette &#233;volution, d&#232;s lors qu'elle conduit &#224; rapprocher l'enseignement scolaire de ce qui se fait &#224; l'universit&#233;. Ceci permet de comprendre le tournant des programmes de 2010 : il&lt;br class='autobr' /&gt;
est appuy&#233; par quelques enseignants de SES, port&#233; par un courant d'id&#233;es bien relay&#233; au minist&#232;re, &#224; l'Inspection et &#224; l'universit&#233;, de sorte que cette conception de l'enseignement scolaire l'emporte, contre le point de vue de la majorit&#233; des enseignants de SES du secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la r&#233;forme du lyc&#233;e men&#233;e par le gouvernement Sarkozy, la r&#233;&#233;criture des programmes de SES, effectu&#233;e par un &#171; groupe d'experts &#187; &#224; effectif restreint o&#249; les &#171; professeurs de terrain &#187; sont peu nombreux, s'appuie sur les conclusions du rapport Guesnerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus que les pr&#233;c&#233;dents, les derniers programmes en date &#8211; et tout particuli&#232;rement celui de premi&#232;re &#8211; manifestent une rupture entre la finalit&#233; de formation par les sciences sociales au pluriel, qui &#233;tait celle de cette discipline scolaire jusqu'alors, et la vis&#233;e prioritairement &#171; scientifique &#187; de ces nouveaux programmes qui est de &#171; d&#233;velopper l'apprentissage rigoureux de savoirs disciplinaires &#187;. Il s'agit de former &#224; et non par la science &#233;conomique, la sociologie, la science politique. Certains se f&#233;licitent de cette &#171; refondation &#187;, d'autre, en particulier l'APSES, s'en inqui&#232;tent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre rupture, l'orientation scientifique sous-jacente : le programme de premi&#232;re privil&#233;gie, tant en &#233;conomie qu'en sociologie, les raisonnements en termes de choix issus de l'individualisme m&#233;thodologique. Cette orientation m&#233;thodologique est tout &#224; fait diff&#233;rente du privil&#232;ge donn&#233; &#224; la macro&#233;conomie et aux conceptualisations &#171; holistes &#187; dans les programmes ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2. Les formes d'&#233;valuation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;valuation des apprentissages des &#233;l&#232;ves est une activit&#233; quotidienne qui prend des formes diversifi&#233;es. On s'en tiendra ici &#224; une analyse des modalit&#233;s d'&#233;valuation &#224; l'&#233;preuve terminale du baccalaur&#233;at, d'autant que les &#233;preuves du baccalaur&#233;at influencent certainement la forme des &#233;preuves de contr&#244;le en amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2.1. Le mod&#232;le initial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers textes qui les dessinent datent d'octobre 1968, soit apr&#232;s la premi&#232;re session du bac B. Ils instaurent le principe d'une dissertation sur documents, avec deux sujets au choix. D'entr&#233;e de jeu se pose la question de l'interpr&#233;tation du dossier documentaire et de son importance, s'agit-il d'un aide m&#233;moire pour une dissertation, ou d'un v&#233;ritable travail sur documents ? Ce qui va l'emporter dans la dur&#233;e c'est l'interpr&#233;tation initiale : le dossier appuie et sert l'argumentation, mais ne la fournit pas en son entier. Le libell&#233; de la question prend des formes diverses. Le nombre et la taille des documents souvent tr&#232;s &#233;lev&#233; vont se r&#233;duire et se normaliser progressivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2.2. La configuration actuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 80, une discussion s'instaure alors dans la discipline au sujet du bac et se poursuit, afin d'envisager l'id&#233;e de cr&#233;er une nouvelle &#233;preuve &#224; c&#244;t&#233; ou &#224; la place de la dissertation. Dans un second temps, elle portera sur des am&#233;nagements &#224; op&#233;rer dans l'&#233;preuve de dissertation, que majoritairement les professeurs souhaitent maintenir en l'amendant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ceci contribuera &#224; concevoir un cahier des charges tr&#232;s pr&#233;cis et contraignant pour chacune des deux &#233;preuves qui vont en r&#233;sulter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le tronc commun il y a deux &#233;preuves au choix. Une nouvelle &#233;preuve de synth&#232;se cr&#233;&#233;e en 1993. Elle comporte un travail pr&#233;paratoire de 6 questions not&#233;es sur 10, suivi d'une question de synth&#232;se, not&#233;e sur 10. Le candidat est invit&#233; &#224; r&#233;pondre &#224; &#171; la probl&#233;matique donn&#233;e dans l'intitul&#233; par une argumentation assortie d'une r&#233;flexion critique &#187;. Le dossier est de trois ou quatre documents. Pour le sujet de dissertation les documents sont plus nombreux mais limit&#233;s &#224; 6. Le sujet de la dissertation invite le candidat &#224; &#8220; construire une argumentation &#224; partir d'une probl&#233;matique qu'il devra &#233;laborer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux &#233;preuves ont donc des exigences un peu diff&#233;rentes. La pr&#233;paration par des petites questions aide l'&#233;l&#232;ve dans le travail sur les documents et le rassemblement des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la synth&#232;se, dont la probl&#233;matique (en fait les grandes lignes du plan) est fournie. Un &#233;l&#232;ve peut obtenir la moyenne ou presque, sans bien comprendre le probl&#232;me dont il est question dans le dossier. C'est donc une &#233;preuve un peu trompeuse pour juger des qualit&#233;s de compr&#233;hension des &#233;l&#232;ves, mais plus pr&#233;cise pour juger de l'exactitude de leurs connaissances. Cependant, la deuxi&#232;me &#233;preuve n'a pas chass&#233; la dissertation car elles portent chacune sur des th&#232;mes diff&#233;rents, les &#233;l&#232;ves se pr&#233;parent donc aux deux &#233;preuves. De la sorte, l'effet retour de l'&#233;preuve sur l'enseignement est positif. L'&#233;preuve de synth&#232;se oblige les &#233;l&#232;ves &#224; travailler plus s&#233;rieusement les documents et &#224; ne pas n&#233;gliger de revoir leurs cours, de conna&#238;tre de d&#233;finitions avec pr&#233;cision, de savoir un peu traiter l'information statistique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2.3. Les &#233;preuves pr&#233;vues en 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme du lyc&#233;e s'accompagne de celle des &#233;preuves au baccalaur&#233;at, impos&#233;e unilat&#233;ralement par l'inspection g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'en tenir &#224; l'essentiel on peut noter deux modifications majeures. L'&#233;preuve de synth&#232;se est supprim&#233;e. Elle faisait, il est vrai, l'objet de critiques assez nombreuses : difficult&#233;s r&#233;currentes d'harmonisation des attentes pour les r&#233;ponses aux questions du travail pr&#233;paratoire, caract&#232;re r&#233;p&#233;titif de l'&#233;preuve puisque les r&#233;ponses aux questions pr&#233;paratoires devaient &#234;tre utilis&#233;es dans la question de synth&#232;se et risque de &#171; double peine &#187; en cas de mauvaises r&#233;ponses &#224; ces questions, aspect exag&#233;r&#233;ment formel de la formulation de la question de synth&#232;se. Elle est remplac&#233;e par une &#171; &#233;preuve compos&#233;e &#187; constitu&#233;e de 3 parties ind&#233;pendantes qui portent sur 4 chapitres diff&#233;rents du programme. La dissertation sur documents est maintenue, mais avec un dossier documentaire modifi&#233; et de nouvelles r&#232;gles dans le libell&#233; des sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle &#233;preuve est exigeante en termes de r&#233;citation de notions ou m&#233;canismes pr&#233;cis et tr&#232;s peu en mati&#232;re de probl&#233;matisation, argumentation, r&#233;daction, les d&#233;bats y sont proscrits. C'est cette interdiction du d&#233;bat qui provoque le m&#233;contentement des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de documents (essentiellement statistiques) du dossier accompagnant la dissertation est r&#233;duit et le libell&#233; doit &#233;viter d'induire un &#171; plan-type &#187;, donc &#171; Pourquoi &#8230; &#187; ou &#171; Montrer que &#8230; &#187; plut&#244;t que &#171; dans quelle mesure &#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouvelles &#233;preuves qui doivent s'appliquer pour le baccalaur&#233;at 2013 semblent en r&#233;sonance avec les nouveaux programmes b&#226;tis sur l'objectif de transmission des &#171; fondamentaux &#187; de l'&#233;conomie et de la sociologie. Elle rencontre l'hostilit&#233; d'une grande partie du corps enseignant et leur inqui&#233;tude sur l'incertitude ainsi g&#233;n&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.3. Limite de l'analyse : faible connaissance des curricula r&#233;els&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants, en particulier les plus novices s'appuient beaucoup sur les manuels. Ceux-ci proposent une interpr&#233;tation du texte officiel. Et les professeurs ne s'en tiennent g&#233;n&#233;ralement pas &#224; la lecture des programmes que les manuels proposent, souvent avec une certaine diversit&#233;. Ce travail d'interpr&#233;tation personnelle est important parce qu'il permet de mieux ma&#238;triser la mati&#232;re de l'enseignement en cherchant &#224; b&#226;tir pour soi-m&#234;me une coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, on connait peu les contenus effectivement enseign&#233;s et on ne conna&#238;t pas beaucoup mieux les contenus appris, si ce n'est &#224; travers le prisme de l'&#233;valuation finale au baccalaur&#233;at.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques recherches qui ont &#233;t&#233; conduites sur les pratiques professionnelles des enseignants de SES montrent clairement que les programmes sont interpr&#233;t&#233;s par les enseignants, parfois ils peuvent m&#234;me s'&#233;loigner de son &#171; esprit &#187; (enqu&#234;te conduite au d&#233;but des ann&#233;es 1990 (Chatel et alii 1995)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants op&#232;rent, pour partie consciemment pour partie moins, des choix didactiques en fonction de leur propre lecture du programme, du manuel utilis&#233;, de leur formation ou encore de la &#171; configuration &#187; particuli&#232;re des classes. Ainsi, une exp&#233;rimentation men&#233;e &#224; l'INRP (Chatel et alii 2000) a fait apparaitre qu'un projet commun &#224; deux professeurs pouvait conduire &#224; des cheminements de cours et, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, &#224; des savoirs assimil&#233;s par les &#233;l&#232;ves, diff&#233;rents. En d&#233;pit de la pr&#233;paration commune et de l'accord initial, des diff&#233;rences entre les deux enseignants, diff&#233;rences de &#171; style p&#233;dagogique &#187;, de conception du (des) savoir(s) et d'attentes vis &#224; vis des &#233;l&#232;ves, ont jou&#233;. Et, d'autre part, les deux classes &#233;taient tr&#232;s &#233;loign&#233;es quant &#224; l'esprit qui les animait. Les &#233;l&#232;ves y &#233;taient individuellement, mais aussi collectivement diff&#233;rents. Ce qui a facilit&#233; dans un cas et frein&#233; dans l'autre la f&#233;condation r&#233;ciproque des exp&#233;riences sociales et influenc&#233; le contenu des savoirs &#233;labor&#233;s dans les deux classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des enseignants de SES manifestent le souci de ne pas seulement transmettre des connaissances, mais aussi de fournir des outils de compr&#233;hension du monde et de construction d'un esprit critique. Ainsi comme l'exprime un professeur de SES &#224; l'occasion d'une enqu&#234;te (Chatel et alii 2002) &#171; les &#233;l&#232;ves sont aveugles aux d&#233;terminismes sociaux, le cours sur la socialisation peut &#234;tre le moment de les amener &#224; questionner ces habitus incorpor&#233;s dans les fa&#231;ons profondes de fonctionner &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, m&#234;me si l'&#233;cart entre le &#171; prescrit &#187; et le &#171; r&#233;el &#187; est certainement irr&#233;ductible, avec les deux derni&#232;res s&#233;ries de programme (2002 et surtout 2010-2011) les &#171; indications compl&#233;mentaires &#187;, qui font partie du programme, visent &#224; un encadrement plus strict des pratiques. On peut regretter qu'elles laissent, en cons&#233;quence, peu de place aux interrogations et aux discussions, il s'agit surtout de &#171; montrer &#187;, &#171; exposer &#187;, &#171; mettre en &#233;vidence &#187;, etc. Pr&#233;conisation il est vrai coh&#233;rentes avec l'objectif de transmettre des &#171; fondamentaux &#187; con&#231;us comme des outils pr&#234;ts &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. D&#233;bats et controverses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quel objet pour la discipline d'enseignement scolaire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une opposition se dessine entre les enseignants de SES d&#232;s la fin des ann&#233;es 1980 en relation &#224; la pluridisciplinarit&#233; des programmes. Contre la majorit&#233; des enseignants favorable &#224; une forme d'int&#233;gration des diverses disciplines acad&#233;miques constitutives des SES, une minorit&#233; active se montre, au contraire, tr&#232;s critique de la forme de pluridisciplinarit&#233; pratiqu&#233;e en SES, relayant ainsi le point de vue d'&#233;conomistes universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par leur interm&#233;diaire, cette critique a exerc&#233; une influence sur l'inspection et sur la r&#233;daction des programmes. Un professeur joue particuli&#232;rement un r&#244;le dans cette &#233;volution, il s'exprime tr&#232;s fr&#233;quemment dans les revues de la discipline et sur son blog. Alain Beitone d&#233;fend, d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1990, le point de vue selon lequel il faudrait s&#233;parer &#233;conomie et sociologie dans les SES. Il appuie son propos sur la th&#233;orie de la transposition didactique d'Yves Chevallard et sur l'id&#233;e que les m&#233;thodes scientifiques et les objets de ces deux disciplines sont nettement diff&#233;rents. Il faut, selon lui, diminuer l'&#233;cart entre les savoirs savants et les savoirs enseign&#233;s (Beitone et Legardez 1995) et renforcer ainsi la valeur scientifique de l'enseignement, contre les approximations et les id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la position oppos&#233;e s'expriment, de longue date &#233;galement, d'autres t&#233;nors de la profession. Ils sont, eux aussi dot&#233;s de ressources intellectuelles et/ou institutionnelles et &#224; ce titre susceptibles de faire autorit&#233;. C'est le cas notamment de Pascal Combemale ou encore de Christian Laval. Ils d&#233;fendent des points de vue qui convergent avec la position de l'association de sp&#233;cialistes, l'APSES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord ils d&#233;noncent l'un et l'autre inlassablement ce qui serait une fausse querelle men&#233;e par A. Beitone, &#233;tiquetant des opposants imaginaires &#224; l'enseignement des th&#233;ories. Ils d&#233;fendent la richesse d'un enseignement qui, acceptant l'&#233;tude &#171; d'objets probl&#232;mes &#187;, permet de croiser des points de vue divers et des approches diff&#233;rentes ; notamment au plan disciplinaire. Ils &#233;tablissent chacun &#224; leur fa&#231;on, un lien entre la vocation &#233;ducative de cet enseignement et sa perspective critique, ferment de d&#233;mocratie. &#171; L'aspect &#233;ducatif (attitude scientifique, esprit critique, sens de la responsabilit&#233; sociale, propension au questionnement, pratique du d&#233;bat), &#233;crit Laval (Laval 2008), est tout aussi important que l'aspect proprement cognitif &#187;. Quant &#224; Combemale, invit&#233; dans une manifestation publique de l'APSES en mars 2008, il &#233;tablit une relation forte entre l'&#233;ducation d&#233;mocratique &#224; laquelle les SES doivent contribuer &#224; ses yeux et leur contenu. Il parle des SES dans ces termes : &#171; Elles existent pour des raisons politiques parce qu'une d&#233;mocratie r&#233;elle a besoin de citoyens instruits participant activement &#224; la construction de leur destin&lt;br class='autobr' /&gt;
collectif. (&#8230;) C'est pourquoi notre enseignement part de ces questions, lesquelles font in&#233;vitablement d&#233;bat quand il s'agit d'enjeux majeurs pour notre soci&#233;t&#233; &#187; (Combemale 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe tout de m&#234;me des points d'accord. Tous les protagonistes s'accordent sur le caract&#232;re, disons pour faire simple, &#8220; pluridisciplinaire &#8221; de cet enseignement. Personne ne souhaite voir s'effacer l'une ou l'autre des principales r&#233;f&#233;rences savantes des SES. Quant &#224; l'approche scientifique des ph&#233;nom&#232;nes sociaux, nul ne d&#233;fend une position empiriste, tous s'accordent pour reconna&#238;tre le caract&#232;re construit de leur approche. Tous conviennent que les repr&#233;sentations que les &#233;l&#232;ves ont, avant l'enseignement, de ces ph&#233;nom&#232;nes constituent une forme de connaissance &#224; prendre en compte pour assurer l'enseignement. Tous enfin visent une connaissance qui, quand elle passe par la description, conduise &#224; interroger les moyens de la description et parfois la d&#233;passe pour engager la compr&#233;hension ou l'explication des ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un enseignement qui importe aux milieux patronaux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A diverses occasions, des groupes interviennent, parfois avec insistance, pour mettre publiquement en d&#233;bat le contour de l'enseignement &#233;conomique des lyc&#233;es. Ils sont issus de milieux &#171; &#233;conomiques &#187;, le plus souvent proches du patronat ou des milieux politiques situ&#233;s &#224; droite sur l'&#233;chiquier politique. Les th&#232;mes et les m&#233;thodes pour intervenir dans l'agenda politique sur cette question sont assez semblables d'une p&#233;riode &#224; l'autre : offensive sur la situation existante qui prend la forme d'articles critiques dans la presse &#233;conomique principalement relatifs aux contenus des manuels scolaires ; &#233;ventuellement &#233;tay&#233;s par des enqu&#234;tes ou des sondages ; cela sert &#224; saisir les instances politiques et tenter de demander la r&#233;union d'une commission pour faire bouger la dite situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1960-1970 : l'offensive sur ce th&#232;me vient du CNPF, qui met en avant l'inculture &#233;conomique des fran&#231;ais. Dans les ann&#233;es 1980, il s'agit plut&#244;t de modifier les contours de l'enseignement existant. L'offensive est celle des Club &#171; Perspectives et r&#233;alit&#233;s &#187;, club de r&#233;flexion &#233;conomique et social de la droite lib&#233;rale. Elle va &#234;tre relay&#233;e par des &#233;conomistes universitaires. C'est la perspective pluridisciplinaire des SES qui est vis&#233;e ainsi que sa p&#233;dagogie &#171; active &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000, la critique issue des milieux &#233;conomiques et patronaux reprend et s'organise syst&#233;matiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ensemble d'initiatives semble correspondre &#224; une m&#234;me intention d'intervention dans le curriculum. La critique ouverte et r&#233;p&#233;t&#233;e des manuels conduit le minist&#232;re &#224; cr&#233;er, d&#233;but 2008, une commission, dirig&#233;e par Roger Guesnerie, professeur d'&#233;conomie au coll&#232;ge de France, ayant pour mission d'examiner les manuels et au-del&#224; de donner des avis sur l'orientation de l'enseignement des SES au lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier mouvement est assez semblable aux pr&#233;c&#233;dents dans les m&#233;thodes, mais la volont&#233; d'influencer les contours de l'enseignement, le curriculum formel et le curriculum r&#233;el, est plus affirm&#233;e. Issu de milieux &#233;conomiques dirigeants, souvent patronaux, il manifeste, par son existence, l'importance sociale que repr&#233;sente, pour ceux-ci, l'information &#233;conomique et plus pr&#233;cis&#233;ment la vision qui est donn&#233;e de l'entreprise par l'enseignement scolaire. La volont&#233; d'intervenir sur le contenu et les m&#233;thodes montre que cet enseignement est consid&#233;r&#233; comme &#233;tant un rouage tr&#232;s important dans la construction de l'opinion et des repr&#233;sentations du monde &#233;conomique et social. Cela montre aussi que son contenu actuel ne convient pas aux attentes de ce groupe dans la mesure, pr&#233;cis&#233;ment peut-on supposer, o&#249; cet enseignement ne vise pas &#224; former des &#171; comportements &#187; &#233;conomiques, mais &#224; transmettre un savoir sur les comportements &#233;conomiques des agents sociaux, plus largement un savoir objectiv&#233; sur les interd&#233;pendances &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles relations des savoirs scolaires et des savoirs du champ scientifique et universitaire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux sortes d'influence d'ordre scientifique pr&#233;sident &#224; l'&#233;volution des contenus de l'enseignement des SES. Une logique acad&#233;mique qui se traduit par la baisse de la dimension historique dans les SES et la mont&#233;e de l'&#233;conomie, puis de la sociologie, la science politique restant toujours assez marginale. Cette logique disciplinaire tend &#224; chercher une forme d'alignement r&#233;ciproque entre les contenus scolaires et universitaires. Ainsi les savoirs scolaires se trouvent l&#233;gitim&#233;s par la caution universitaire. C'est cette logique acad&#233;mique que d&#233;crivent les travaux de la sociologie anglaise du curriculum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, une autre logique est &#233;galement visible. On trouve dans l'&#233;volution des contenus enseign&#233;s en SES un &#233;cho du poids relatifs des divers courants de pens&#233;e internes aux disciplines. Par l&#224; se r&#233;percutent dans l'histoire des SES les grandes fractures m&#233;thodologiques dans les sciences de la soci&#233;t&#233;. Au tout d&#233;but, les choix fondateurs sont effectu&#233;s par des chercheurs proches des historiens des Annales. Ils con&#231;oivent cet enseignement scolaire dans l'esprit qui anime leurs d&#233;marches de recherche, en profitant de cette opportunit&#233; institutionnelle et des appuis politiques qu'ils ont alors au minist&#232;re de l'Education nationale. La cr&#233;ation d'une nouvelle mati&#232;re d'enseignement leur ouvre un espace pour envisager un enseignement des questions &#233;conomiques et sociales de fa&#231;on innovante. Leur conception de cet enseignement est inspir&#233;e de leur propre fa&#231;on de travailler qui postule la compl&#233;mentarit&#233; des diverses sciences de la soci&#233;t&#233;. Ils font alors triompher cette option qui n'avait pas r&#233;ussi &#224; influer l'enseignement de l'histoire scolaire dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Ce faisant, ils font entrer dans l'enseignement une fa&#231;on de concevoir le travail historien et les sciences de la soci&#233;t&#233; qui n'est pas la seule et ne fait pas consensus. Ensuite, la transformation des programmes de SES dans les ann&#233;es 1980 fait dominer la dimension &#233;conomique dans les SES et donne le privil&#232;ge &#224; la macro&#233;conomie sur la micro&#233;conomie, partie des connaissances &#233;conomiques la plus susceptible d'accueillir les questions &#224; r&#233;sonance politique. De plus, cette orientation d'inspiration keyn&#233;sienne, ou m&#234;me parfois marxienne, critique &#224; l'&#233;gard de la pure logique de march&#233;, laisse place aux questions de soci&#233;t&#233; d&#233;j&#224; pr&#233;sentes dans les programmes. Il y a donc un changement de l'appui disciplinaire de l'enseignement scolaire des SES, mais une certaine continuit&#233; du point de vue des principes scientifiques dans la fa&#231;on de concevoir les sciences de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette orientation, favorable &#224; la critique de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; marchande, contrarie certains milieux &#233;conomiques. S'en suit une deuxi&#232;me sorte de tension &#224; partir de 1980 et surtout dans les ann&#233;es 2000 qui fait &#233;cho &#224; des conflits internes &#224; la pens&#233;e &#233;conomique. Une fois encore, c'est au plan de la m&#233;thode scientifique que se place la ligne de fracture relative &#224; l'orientation &#224; donner &#224; l'enseignement scolaire des SES, entre une conception de la science &#233;conomique comme science dure des faits &#233;conomiques versus une &#233;conomie politique, con&#231;ue comme science des faits sociaux dans leur dimension &#233;conomique. La premi&#232;re se fonde sur une hypoth&#232;se forte de rationalit&#233; des comportements et de pr&#233;vision du futur en termes de probabilit&#233;, la deuxi&#232;me refuse cet alignement de la pens&#233;e &#233;conomique sur des hypoth&#232;ses jug&#233;es trop restrictives. Elle pr&#233;conise une plus vaste pluralit&#233; interne des m&#233;thodes et une collaboration de l'&#233;conomie avec les autres sciences sociales. C'est la premi&#232;re qui triomphe dans les derniers projets de programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;saccords relatifs pour partie &#224; la m&#233;thode des sciences sociales se r&#233;percutent dans les choix relatifs aux programmes d'enseignement. D'une certaine fa&#231;on les parties en controverses au sein de ces sciences exportent leurs conflits sur un autre terrain en tentant d'exercer leur influence respective dans les programmes de l'enseignement scolaire en profitant du fait qu'elles sont consult&#233;es en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelle d&#233;marche didactique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire simple on peut distinguer chez les enseignants et formateurs d'enseignants deux visions diff&#233;rentes de cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est port&#233;e par un courant de travaux inspir&#233;s de la th&#233;orie de la transposition didactique de Chevallard (Beitone et Legardez 1995). Pour ces auteurs, les savoirs des &#233;l&#232;ves ressortissent de repr&#233;sentations sociales. Il faut donc craindre une prise trop directe de l'enseignement sur ces savoirs souvent incertains, incomplets, inexacts, porteurs d'id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs lorsqu'ils enseignent doivent prendre en compte ces savoirs d&#233;j&#224;-l&#224; de fa&#231;on &#224; ce que leur enseignement contribue &#224; r&#233;duire l'&#233;cart aux savoirs savants que ces repr&#233;sentations r&#233;v&#232;lent. Le didacticien, quant &#224; lui, travaille &#224; d&#233;busquer tous les d&#233;voiements et &#233;carts aux savoirs savants de r&#233;f&#233;rence qu'il peut trouver dans les programmes, les manuels ou m&#234;me dans les cours. Les auteurs parlent &#224; ce sujet d'assumer la transposition didactique. La norme de l'activit&#233; didactique doit donc &#234;tre l'alignement maximal aux savoirs savants de r&#233;f&#233;rence (Beitone et Hemdane 2007). S'introduit alors une deuxi&#232;me hypoth&#232;se relative &#224; ces savoirs savants de r&#233;f&#233;rence, qui sont con&#231;us comme n&#233;cessairement conformes aux d&#233;coupages en disciplines acad&#233;miques. La pluralit&#233; de courants de pens&#233;e au sein des disciplines est reconnue, le savoir savant disciplinaire de r&#233;f&#233;rence n'est pas un corpus unifi&#233;, ni consensuel. Ces auteurs proposent, &#224; la fois th&#233;oriquement (Beitone 2006) et pratiquement dans les manuels auxquels ils contribuent, que l'on donne d'entr&#233;e de jeu aux &#233;l&#232;ves les cl&#233;s m&#233;thodologiques et &#233;pist&#233;mologique de cette pluralit&#233; ; des pr&#233;ambules ou introductions aux parties &#233;conomiques ou sociologiques doivent pr&#233;venir l'&#233;l&#232;ve de ces principes diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proposition ne rencontre pas l'adh&#233;sion majoritaire des enseignants aux yeux desquels ces pr&#233;cautions m&#233;thodologiques, ne pouvant &#234;tre comprises des &#233;l&#232;ves, resteront de pure forme. Un autre point de vue didactique est exprim&#233; dans divers &#233;crits de professeurs qui r&#233;fl&#233;chissent &#224; leur fa&#231;on d'enseigner. Il porte, pour l'essentiel, sur la prise en charge du passage de la connaissance qu'ont d&#233;j&#224; les &#233;l&#232;ves des faits sociaux &#224; leur conceptualisation et th&#233;orisation dans les sciences de la soci&#233;t&#233;. Cela produit deux sortes de r&#233;flexions, les unes relatives &#224; l'organisation de la progression de l'&#233;tude, les autres relatives aux d&#233;coupages des &#233;l&#233;ments &#224; &#233;tudier dans les programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de la progression de l'enseignement, Luc Simula, professeur collaborant aux travaux de l'INRP, d&#233;fend un principe didactique de progression du complexe au simple (Chatel et alii 2000). Celui-ci stipule de ne pas refuser la connaissance que les &#233;l&#232;ves ont du monde &#233;conomique et social, au pr&#233;texte qu'elle serait &#171; non scientifique &#187;, mais de l'enrichir, de l'organiser, pour passer &#224; l'analyse puis &#224; la conceptualisation et, &#233;ventuellement, &#224; la th&#233;orie. Ainsi la progression de l'enseignement ne va pas du simple au complexe selon la figure de l'embo&#238;tement, de la complexification ou de la combinaison d'&#233;l&#233;ments simples, mais du particulier (qui est complexe) au g&#233;n&#233;ral (ce qui simplifie). Soin et Grosse (Chatel et alii 2000), emploient l'expression de &#171; distillation du r&#233;el &#187; pour d&#233;crire le passage du foisonnement de l'exp&#233;rience &#224; sa conceptualisation. Il s'agit l&#224; d'insister sur le temps que prend le passage de ce qui est familier et connu des &#233;l&#232;ves, des questions qui sont &#233;ventuellement les leurs, &#224; un autre niveau de connaissance. Jean et Rallet (Jean et Rallet 2009) pr&#233;conisent alors d'organiser le programme autour de l'&#233;tude d'objets du monde social en proc&#233;dant en spirale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci conduit &#224; un deuxi&#232;me th&#232;me de r&#233;flexion didactique relatif aux objets mis &#224; l'&#233;tude. L'interpr&#233;tation des programmes comme construits autour d'objet-probl&#232;mes l&#233;gitime scientifiquement les choix didactiques constitutifs des SES et est reprise par l'APSES qui l'utilise pour d&#233;fendre une sp&#233;cificit&#233; des SES et un mode de constitution d'un enseignement pluridisciplinaire int&#233;gr&#233;. Mais cette entr&#233;e par les &#171; objets &#187; ou &#171; les questions &#187; est &#233;galement envisag&#233;e en relation avec la motivation des &#233;l&#232;ves suppos&#233;e plus forte en prenant pour point de d&#233;part des th&#232;mes qui d&#233;j&#224; les questionnent et les int&#233;ressent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons d'abord revenir sur le r&#244;le important des professeurs de SES eux-m&#234;mes, les &#171; t&#233;nors &#187; mais aussi, collectivement, en particulier &#224; travers leur association professionnelle, dans les &#233;volutions de la discipline. Aux diff&#233;rents moments-cl&#233;s, ils ont &#233;t&#233; pr&#233;sents dans les instances officielles, les forums de discussion, la presse, ou la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cela a pu &#234;tre vu plus haut, ce r&#244;le est intervenu dans l'&#233;laboration d'une m&#233;thode p&#233;dagogique particuli&#232;re, dans la construction d'une d&#233;marche didactique en tension entre les deux orientations qui cohabitent au sein de la discipline, mais encore dans l'&#233;volution des programmes d'enseignement. Leur interpr&#233;tation par les enseignants bien s&#251;r, leur &#233;laboration aussi, tant par leur participation aux groupes charg&#233;s de leur construction et leur participation aux d&#233;bats qui traversent la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette conclusion, nous voudrions r&#233;fl&#233;chir sur deux points : la question de la d&#233;mocratisation et les pistes possibles pour un enseignement renouvel&#233; de sciences &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;mocratisation et SES&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sciences &#233;conomiques et sociales ont toujours (sauf en seconde depuis les ann&#233;es 80) &#233;t&#233; associ&#233;es &#224; une s&#233;rie, B puis E.S. Il est donc bien difficile de distinguer l'une et l'autre, d'autant que la notion m&#234;me de d&#233;mocratisation peut faire l'objet d'acceptions diverses. Quatre aspects peuvent &#234;tre &#233;voqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation entendue comme &#171; massification &#187; : la s&#233;rie B a attir&#233; ou du moins accueilli des flux suppl&#233;mentaires d'&#233;l&#232;ves. Le nombre de bacheliers B est multipli&#233; par trois entre 1970 et 1980, tandis que le nombre total de bacheliers n'augmente que d'un tiers : la s&#233;rie B a &#233;t&#233; un vecteur essentiel de cette premi&#232;re &#171; d&#233;mocratisation quantitative &#187; du lyc&#233;e. Au total, de 1970 &#224; 1990, le nombre de bacheliers g&#233;n&#233;raux augmente d'un peu plus de 100 000, dont environ la moiti&#233; au titre des bacheliers B. Apr&#232;s 1985 l'&#171; explosion &#187; du lyc&#233;e est largement due aux bacs technologiques, puis aux baccalaur&#233;ats professionnels. Cependant, il est remarquable que le poids relatif des bacheliers B puis ES se maintienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation comme &#171; &#233;galisation &#187; : la s&#233;rie B/ES a-t-elle contribu&#233; &#224; l'ouverture du lyc&#233;e aux enfants de cat&#233;gories populaires ? Modestement : les travaux de Bernard Convert (Convert 2003) montrent que, en 1987 comme en 2001, la composition sociale de la s&#233;rie B/ES est proche de celles de la D/S-SVT ou A/L, &#224; &#233;gale distance de la S Maths et des s&#233;ries technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation comme &#171; ouverture culturelle &#187; : Les SES ont-elles contribu&#233; &#224; une d&#233;mocratisation des savoirs scolaires ? En offrant aux jeunes une ouverture sur un ordre de r&#233;alit&#233; et des mani&#232;res de la comprendre auxquels ils avaient &#233;t&#233; peu habitu&#233;s jusque-l&#224;, les SES apportent une double contribution : collectivement, elles offrent &#224; un nombre croissant de jeunes en formation des grilles d'analyse, des concepts pour saisir le monde dans ses dimensions &#233;conomiques, sociales, politiques. Individuellement, elles fournissent &#224; ceux des jeunes qui veulent s'en saisir des outils pour, tout &#224; la fois, penser leur singularit&#233; et les d&#233;terminismes sociaux qui les animent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'ouverture sur les sciences de la soci&#233;t&#233; que constituent les SES est aussi une ouverture sur un r&#233;gime de v&#233;rit&#233; et d'argumentation particuliers. Ce r&#233;gime particulier de v&#233;rit&#233; et d'argumentation, pourvu qu'il ne conduise pas au relativisme int&#233;gral ou au refus de th&#233;oriser, participe &#224; la formation d'esprits tourn&#233;s vers le doute, la discussion, la confrontation des points de vue : qualit&#233;s n&#233;cessaires &#224; une d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La d&#233;mocratisation comme produit des pratiques p&#233;dagogiques : les pratiques p&#233;dagogiques revendiqu&#233;es en SES sont-elles d&#233;mocratiques ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, de quelles m&#233;thodes s'agit-il ? Au cours des ann&#233;es 70, quand la discipline nouvelle s'installe dans le syst&#232;me scolaire, un mod&#232;le p&#233;dagogique est progressivement exp&#233;riment&#233;, bas&#233; principalement sur le travail sur document. Le cours magistral est vivement critiqu&#233; car il ne permet pas une r&#233;elle activit&#233; intellectuelle de la part des &#233;l&#232;ves. Les professeurs, encourag&#233;s et aid&#233;s mat&#233;riellement par leur inspection de l'&#233;poque, &#233;laborent des dossiers documentaires, qui circulent dans la communaut&#233; enseignante. Ils se pr&#233;sentent sous la forme d'un recueil de textes, de statistiques, et s'accompagnent le plus souvent de questions guidant le travail des &#233;l&#232;ves. Ainsi s'affirme une certaine conception de cet enseignement, qui perdure aujourd'hui, dont le recours &#224; une p&#233;dagogie active est le ciment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail sur document devient le support essentiel de cet enseignement ; il est confort&#233; par l'&#233;preuve du baccalaur&#233;at qui se pr&#233;sente sous la forme d'une dissertation accompagn&#233;e d'un dossier documentaire. Les manuels scolaires s'adaptent &#224; ces pratiques enseignantes et soulagent les professeurs dans leur t&#226;che de confection de dossiers documentaires : citons pour m&#233;moire le manuel Hatier, publi&#233; en 1978 sous la direction de J. Br&#233;mond qui se compose de plusieurs regroupements de documents permettant de traiter dans leur totalit&#233; le programme de seconde. L'activit&#233; des &#233;l&#232;ves est guid&#233;e, des documents de sensibilisation et de pr&#233;sentation des faits pr&#233;c&#232;dent des documents plus analytiques. Les auteurs n'interviennent que tr&#232;s bri&#232;vement pour pr&#233;senter le dossier ; il est sp&#233;cifi&#233; sans autres commentaires que l'exploitation de celui-ci sera conduite par le professeur. Pr&#233;fac&#233; par H. Lanta, alors Inspecteur, ce manuel l&#233;gitime en quelque sorte cette m&#233;thode p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution des programmes au cours des ann&#233;es 80, l'&#233;preuve de la classe ont conduit &#224; une certaine homog&#233;n&#233;isation des manuels. Les documents sont plus courts, syst&#233;matiquement accompagn&#233;s de questions pr&#233;cises. Ils sont ins&#233;r&#233;s dans un plan de cours, des synth&#232;ses r&#233;sument les chapitres. Des exercices, des fiches m&#233;thodes sur les savoir-faire guident le travail des &#233;l&#232;ves. Malgr&#233; cette &#233;volution qui t&#233;moigne d'une &#171; scolarisation &#187; de la discipline, le travail sur document, le recours &#224; l'actualit&#233;, les recherches documentaires, l'usage de l'informatique demeurent des r&#233;f&#233;rences communes aux professeurs de SES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en &#339;uvre de ces m&#233;thodes &#171; actives &#187; n'ob&#233;it pas &#224; un objectif de d&#233;mocratisation, mais &#224; un souci p&#233;dagogique g&#233;n&#233;ral de mise en activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves, qui peut se d&#233;cliner selon diff&#233;rentes modalit&#233;s (Chatel, Grosse, Richet 2002) : construire des r&#233;f&#233;rences communes au sein de la classe, enrichir et structurer l'observation de la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et sociale, organiser et nourrir l'activit&#233; de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, m&#234;me si la profession continue &#224; s'y r&#233;f&#233;rer, par exemple quand elle proteste contre la lourdeur des programmes qui emp&#234;cherait le recours aux m&#233;thodes actives, on manque d'enqu&#234;te pr&#233;cise r&#233;cente et suffisamment document&#233;e pour savoir ce qu'il en est en r&#233;alit&#233; des m&#233;thodes p&#233;dagogiques pratiqu&#233;es en classe de sciences &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;serves n'interdisent pas de s'interroger sur le statut des p&#233;dagogies actives en mati&#232;re de d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation est souvent entendue au sens de r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves de milieux populaires. Les p&#233;dagogies actives dont se r&#233;clament g&#233;n&#233;ralement les professeurs de SES sont-elles plus ou moins favorables &#224; l'apprentissage des &#233;l&#232;ves les moins familiaris&#233;s, par leur socialisation primaire, avec les codes scolaires ? Les travaux de recherche sont plut&#244;t r&#233;serv&#233;s - voire critiques &#8211; vis-&#224;-vis de ces p&#233;dagogies en terme d'apprentissage pour les &#233;l&#232;ves les moins bien dot&#233;s en capital socio-scolaire. Mais ces recherches ont le plus souvent &#233;t&#233; conduites au niveau du primaire, ou bien dans des disciplines o&#249; le poids du capital culturel et linguistique est plus fort. Concernant les SES, de la seule enqu&#234;te de terrain, celle de &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur14' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau&lt;/a&gt; (Deauvieau 2007 et 2009), il ressort que quand ces m&#233;thodes actives d&#233;rivent en &#171; activisme langagier &#187;, elles sont sources de malentendus et peu propices &#224; l'apprentissage. Mais portant sur un effectif r&#233;duit d'enseignants d&#233;butants ces conclusions demanderaient &#224; &#234;tre confirm&#233;es. De la m&#234;me fa&#231;on, il faudrait &#233;tudier de fa&#231;on approfondie si les manuels utilis&#233;s en SES sont les plus &#224; m&#234;me d'aider les &#233;l&#232;ves &#224; l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, en termes de valeurs, on peut soutenir que ce sont des p&#233;dagogies &#171; d&#233;mocratiques &#187;. La confrontation aux documents (certes choisis, s&#233;lectionn&#233;s...) est un succ&#233;dan&#233; d'exp&#233;rience. Le souci de prendre en compte l'exp&#233;rience sociale pour &#233;ventuellement la d&#233;construire et l'enrichir, la confrontation, le d&#233;bat : ces dimensions des p&#233;dagogies actives semblent plus porteuses de valeurs d&#233;mocratiques que les p&#233;dagogiques &#171; impositives &#187; traditionnelles. Le projet de conduire les &#233;l&#232;ves &#224; une autonomie en mati&#232;re d'acquisition de connaissances semble participer de cette &#171; d&#233;mocratie p&#233;dagogique &#187; (sous r&#233;serve bien s&#251;r que des pratiques p&#233;dagogiques de ce type soient effectivement mises en &#339;uvre dans les classes en SES...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques propositions pour les sciences &#233;conomiques et sociales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne nous appartient pas de faire des propositions de programme ou plus largement de transformation de l'enseignement de sciences &#233;conomiques et sociales, car de telles propositions devraient proc&#233;der d'une &#233;laboration d&#233;mocratique. Par contre, nous pouvons avancer un &#171; discours de la m&#233;thode &#187;, des principes qu'il nous semble souhaitable de respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, cet enseignement ayant fait ses preuves, il para&#238;t raisonnable de respecter ce qui existe quand cela marche assez bien. Si des &#233;volutions sont souhaitables, un bouleversement (des objectifs, des orientations, des contenus) ne l'est certainement pas d&#232;s lors qu'aucun bilan n&#233;gatif relatif &#224; ce qui se passe dans les classes ne le justifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il faut admettre que la l&#233;gitimit&#233; scientifique &#8211; n&#233;cessaire &#8211; des savoirs &#224; enseigner n'&#233;puise pas la question des choix curriculaires. Entre &#233;galement en jeu la capacit&#233; des enseignants &#224; se les approprier et &#224; rendre ainsi ces contenus enseignables, ce qui peut supposer des &#233;laborations didactiques et des compl&#233;ments de formation, donc du temps. Par ailleurs sur les questions curriculaires il y a des luttes de groupes aux int&#233;r&#234;ts parfois divergents. Les contenus enseign&#233;s ont une dimension politique, ils traduisent des finalit&#233;s assign&#233;es &#224; l'enseignement. Par exemple, une vision utile de l'enseignement peut s'opposer &#224; une vision plus humaniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs du fait de cette dimension politique des contenus qu'en tant qu'analystes nous n'avons pas de l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique pour nous exprimer sur l'orientation des contenus &#224; enseigner ; c'est &#233;galement la raison pour laquelle la proc&#233;dure d'&#233;laboration des contenus &#224; enseigner a de l'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#171; principe &#187; : avant tout changement, il faut prendre le temps d'un bilan v&#233;ritable. Savoir ce qui s'enseigne en classe (curricula r&#233;els) et ce qui marche (contenu et m&#233;thodes). Pourtant ces bilans pr&#233;alables, bien que r&#233;guli&#232;rement r&#233;clam&#233;s ne sont jamais effectu&#233;s. Il faudrait s'interroger &#224; ce sujet : court-termisme de l'action politique, effet d'annonce. Pourquoi les difficult&#233;s d'apprentissage des &#233;l&#232;ves et, corr&#233;lativement, les difficult&#233;s d'enseignement des professeurs sont-elles syst&#233;matiquement sous-estim&#233;es ? Pour les managers de l'&#233;ducation, il semble que des savoirs inscrits dans des programmes sont &#171; n&#233;cessairement &#187; enseign&#233;s, transmis et assimil&#233;s. Comme si le r&#233;el se pliait tout aussi n&#233;cessairement au prescrit. Notons, pour le d&#233;plorer, que l'inspection de sciences &#233;conomiques et sociales a accept&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es de se situer dans cette logique au d&#233;triment d'un projet &#224; dimension plus &#233;ducative dont elle fut autrefois porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'ils sont les premiers acteurs de leur mise en &#339;uvre, les professeurs doivent &#234;tre &#233;troitement associ&#233;s au bilan des programmes. Les parents doivent &#233;galement &#234;tre consult&#233;s et, parce que les programmes d'enseignement sont des choix collectifs sur les savoirs &#224; transmettre, un Conseil sup&#233;rieur de l'&#233;ducation r&#233;nov&#233; devrait permettre de consulter plus largement les citoyens, la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &#233;l&#232;ves il faudrait pouvoir tester leur r&#233;ception des contenus, leur attitude vis-&#224;-vis des m&#233;thodes. Il y a l&#224; tout un chantier de r&#233;flexion &#224; ouvrir sur les fa&#231;ons d'y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants devraient &#234;tre beaucoup plus pr&#233;sents dans les groupes charg&#233;s de l'&#233;laboration des programmes qu'ils ne l'ont &#233;t&#233; dans les plus r&#233;cents &#171; groupes d'experts &#187;. En compl&#233;ment du souci de valeur scientifique, les enseignants &#171; de terrain &#187; sont porteurs d'une exp&#233;rience p&#233;dagogique, d'un souci de faisabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il nous semble souhaitable d'envisager des proc&#233;dures d'exp&#233;rimentation-ajustement &#171; en continu &#187; des programmes. Il faut mettre en place des proc&#233;dures de suivi des pratiques en collaboration avec les praticiens, &#233;viter les bouleversements incessants et agressifs &#224; leur &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela exigerait de faciliter le d&#233;veloppement de &#171; professionnels experts &#187;, &#171; praticiens r&#233;flexifs &#187; qui prennent le temps de th&#233;oriser leur pratique et faire partager en retour ces r&#233;flexions. Cet aspect qui &#233;tait port&#233; par les projets de l'INRP dans les ann&#233;es 60-70 est aujourd'hui m&#233;connu par l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rep&#232;res et r&#233;f&#233;rences statistiques&lt;/i&gt; 2011, MEN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beitone Alain, &lt;i&gt;La place des th&#233;ories dans l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales. Une tentative d'&#233;claircissement&lt;/i&gt;, 2006, en ligne sur &lt;a href=&#034;http://www.eloge-des-ses.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.eloge-des-ses.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beitone Alain et Legardez Alain &#171; Enseigner les sciences &#233;conomiques et sociales, pour une approche didactique &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt; n&#176; 112, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beitone Alain et Hemdane Estelle, &lt;i&gt;Le concept de justice sociale dans le programme et les manuels de SES de terminale ES : Une nouvelle &#233;nigme didactique&lt;/i&gt;, 2007, en ligne sur &lt;a href=&#034;http://www.eloge-des-ses.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.eloge-des-ses.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benatou&#239;l Thomas, &#171; Le rapport &#224; la norme p&#233;dagogique : le cas des SES &#187;, &lt;i&gt;DEES&lt;/i&gt; n&#176; 109, octobre 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chatel et alii, &lt;i&gt;March&#233;s et prix, savoirs enseign&#233;s et fa&#231;ons d'enseigner en classe de sciences &#233;conomiques et sociales&lt;/i&gt;, INRP 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chatel et alii, &lt;i&gt;&#201;l&#232;ves et professeurs en classe de sciences &#233;conomiques et sociales, P&#233;dagogies actives et activit&#233; intellectuelle de l'&#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;, INRP 2000, (chapitre 5, Un projet &#8230; deux trajectoires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chatel et alii, &lt;i&gt;Apprendre la sociologie au lyc&#233;e, une &#233;valuation des connaissances des &#233;l&#232;ves en classe de premi&#232;re &#233;conomique et sociale&lt;/i&gt;, INRP 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chatel Elisabeth, Grosse G&#233;rard, Richet Adeline, &lt;i&gt;Professeur de sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e, un m&#233;tier et un art&lt;/i&gt;, Hachette 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combemale Pascal, &lt;i&gt;Les SES existent pour des raisons politiques et sont attaqu&#233;es pour des raisons politiques&lt;/i&gt;, 2008, en ligne sur &lt;a href=&#034;https://www.idies.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.idies.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convert Bernard : &#171; Les contradictions de la d&#233;mocratisation scolaire &#187;, &lt;i&gt;ARSS&lt;/i&gt; n&#176;149 - 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deauvieau J&#233;r&#244;me, &#171; Observer et comprendre les pratiques enseignantes &#187;, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, n&#176;1, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deauvieau J&#233;r&#244;me, &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire. L'entr&#233;e des nouveaux professeurs dans le m&#233;tier&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Gis&#232;le et Rallet Daniel : &#171; A la recherche des professeurs de SES &#187;, &lt;i&gt;DEES&lt;/i&gt; n&#176; 94, d&#233;cembre 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Gis&#232;le et Rallet Daniel, &#171; Une conception innovante des programmes &#187;, &lt;i&gt;Cahiers p&#233;dagogiques&lt;/i&gt; n&#176; 472, avril 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laval Christian, &lt;i&gt;Le rapport Guesnerie et la liquidation des SES&lt;/i&gt;, 2008, en ligne sur &lt;a href=&#034;https://www.idies.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.idies.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les math&#233;matiques dans la culture commune</title>
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		<dc:date>2012-10-04T15:35:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roland Hubert</dc:creator>


		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Math&#233;matiques</dc:subject>
		<dc:subject>socle</dc:subject>

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&lt;p&gt;[Cette &#233;tude est parue le 30 ao&#251;t 2012 sur le site &#034;Des id&#233;es pour l'&#233;ducation&#034;. Nous remercions l'auteur de nous autoriser &#224; la reproduire ici, au titre de contribution au travail collectif engag&#233; autour de ce que devrait &#234;tre la culture commune transmise aux jeunes g&#233;n&#233;rations par une &#233;cole d&#233;mocratique] &lt;br class='autobr' /&gt; L'enseignement des math&#233;matiques est souvent pr&#233;sent&#233; comme fondamental : discipline consid&#233;r&#233;e comme de base (parfois r&#233;duit au &#171; savoir compter &#187;) fortement charg&#233;e symboliquement et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Pour une refonte des contenus&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot44" rel="tag"&gt;Math&#233;matiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;socle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH27/arton152-6a0ca.jpg?1790689102' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='27' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Cette &#233;tude est parue le 30 ao&#251;t 2012 sur le site &#034;Des id&#233;es pour l'&#233;ducation&#034;. Nous remercions l'auteur de nous autoriser &#224; la reproduire ici, au titre de contribution au travail collectif engag&#233; autour de ce que devrait &#234;tre la culture commune transmise aux jeunes g&#233;n&#233;rations par une &#233;cole d&#233;mocratique]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'enseignement des math&#233;matiques est souvent pr&#233;sent&#233; comme fondamental : discipline consid&#233;r&#233;e comme de base (parfois r&#233;duit au &#171; savoir compter &#187;) fortement charg&#233;e symboliquement et socialement, les math&#233;matiques sont aussi l'occasion d'apprentissage de la rigueur, de la logique d&#233;ductive, de la mod&#233;lisation et du passage &#224; l'abstraction. Pl&#233;biscit&#233; par les &#233;l&#232;ves du CP son attrait aupr&#232;s des jeunes d&#233;cro&#238;t tout au long de la scolarit&#233; et il souffre d'&#234;tre largement instrumentalis&#233; comme outil de s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des concepts incontournables&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Porteuses de concepts indispensables pour comprendre et d&#233;chiffrer le monde, les math&#233;matiques sont un langage et un outil de d&#233;veloppement de la pens&#233;e pour nombre de disciplines et en premier lieu les disciplines scientifiques et technologiques. L'histoire de leur transposition en discipline scolaire est embl&#233;matique des tensions qui caract&#233;risent le d&#233;bat sur les missions de l'Ecole.&#8232;La r&#233;forme dite &#171; des math&#233;matiques modernes &#187; dans les ann&#233;es 70 marquait la volont&#233; de faire entrer les &#233;l&#232;ves dans l'abstraction, la recherche de structures et la rigueur de la d&#233;monstration en utilisant le symbolisme propre aux math&#233;matiques, tout en s'&#233;loignant de la vision pragmatique qui pr&#233;valait jusqu'alors au coll&#232;ge. L'&#233;chec de cette r&#233;forme a conduit &#224; une &#233;volution vers une r&#233;flexion sur ce que devrait &#234;tre un enseignement de &#171; math&#233;matiques citoyennes &#187; d&#233;bouchant sur l'introduction des statistiques et faisant une grande part &#224; l'information chiffr&#233;e au d&#233;triment de l'analyse et du calcul formel, par ailleurs bouscul&#233;s par l'apparition des outils informatiques.&#8232;Dans le m&#234;me mouvement, il a alors &#233;t&#233; possible de diversifier r&#233;ellement les contenus au lyc&#233;e suivant les s&#233;ries, non en &#171; abr&#233;geant &#187; les savoirs de plus en plus au fur et &#224; mesure que l'horaire dans la s&#233;rie consid&#233;r&#233;e s'amenuisait par rapport &#224; la s&#233;rie scientifique qui restait la r&#233;f&#233;rence, mais bien en conservant l'objectif de les &#171; &#233;l&#233;menter &#187;, au sens d'identifier les &#233;l&#233;ments structurants de la science math&#233;matique, de rep&#233;rer ceux &#224; partir desquels on peut d&#233;construire-reconstruire les savoirs, les rendre susceptibles de d&#233;veloppements ult&#233;rieurs et &#234;tre pr&#233;par&#233; &#224; acqu&#233;rir -&#233;ventuellement seul- de nouvelles connaissances. Avec l'objectif de construire du commun par des voies diff&#233;rentes, les programmes sont alors con&#231;us essentiellement comme des prop&#233;deutiques, donnant les cl&#233;s de la discipline, c'est-&#224;-dire de sa logique interne, de ses codes et m&#233;thodes, du regard qu'elle permet de poser sur le monde et les questions fondamentales que l'Homme, quelle que soit l'&#233;poque, se pose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Math&#233;matiques et socle commun : l'&#233;chec d'une d&#233;marche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'imposition du socle commun marque une rupture dans cette &#233;volution qui faisait assez largement consensus et marque un brutal retour en arri&#232;re de 40 ans qui voudrait r&#233;duire, pour la moiti&#233; d'une g&#233;n&#233;ration qui n'aurait pas &#171; vocation &#187; &#224; aller jusqu'au niveau L3, cet enseignement &#224; un viatique. Les d&#233;bats avec l'inspection g&#233;n&#233;rale lors de la &#171; relecture des programmes &#224; la lumi&#232;re du socle &#187; en ont &#233;t&#233; largement marqu&#233;s. Ainsi en d&#233;cidant de sortir du socle la r&#233;solution d'une &#233;quation du premier degr&#233;, au nom du constat que 50% des &#233;l&#232;ves de troisi&#232;me ont beaucoup de mal &#224; en comprendre la formalisation et la d&#233;marche et qu'en revanche tous savent trouver la solution de l'&#233;quation d&#232;s lors qu'elle ne met en &#339;uvre que des nombres entiers, l'inspection faisait clairement le choix de l'abr&#233;g&#233;, du viatique et non de l'&#233;l&#233;mentation, du prop&#233;deutique. A partir de cette question, on peut l&#233;gitimement se poser celle des missions de l'Ecole dans le cadre de la scolarit&#233; obligatoire. Savoir r&#233;soudre formellement une &#233;quation n'a, dans la vie courante, qu'un int&#233;r&#234;t limit&#233; et tr&#232;s ponctuel et peut m&#234;me parfois ne pas &#234;tre le moyen le plus efficace, mais, &#224; l'oppos&#233;, tenter de se donner les moyens de faire entrer tous les jeunes dans l'alg&#233;brisation est caract&#233;ristique de la d&#233;marche de la culture commune. Cet exemple est aussi significatif de la difficult&#233;, pour ne pas dire de la vacuit&#233;, de la traduction du socle en comp&#233;tences : &#171; trouver le nombre qui permet de compl&#233;ter l'&#233;galit&#233; &#171; &#187; (simple en r&#233;citant mentalement la &#171; table de 3 &#187;) ne dit pas la m&#234;me chose en terme d'acquisition de savoirs et de savoir-faire que savoir r&#233;soudre formellement 3x+1=13. Dans le premier cas, la transposition &#224; &#171; trouver le nombre qui permet de compl&#233;ter l'&#233;galit&#233; 3/4 &#8230;.+1/5=12/3 est complexe, alors qu'elle ne pose que des probl&#232;mes techniques de calcul num&#233;rique dans le second. On pourrait multiplier les exemples en g&#233;om&#233;trie, statistiques ou en analyse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des choix politiques initiaux indispensables&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que le choix est fait de concevoir l'Ecole comme une entr&#233;e en culture et non un abr&#233;g&#233;, que l'on partage l'id&#233;e qu'il est possible de s'int&#233;resser aux savoirs non pas seulement parce qu'ils sont utiles mais aussi, et surtout, parce qu'ils transforment la fa&#231;on dont l'individu se per&#231;oit et per&#231;oit le monde, l'apport d'une discipline &#224; la culture commune peut, en reprenant les id&#233;es de JP.Astolfi, se concevoir &#224; partir de 2 principes qui traduisent la n&#233;cessit&#233; d'organiser et de hi&#233;rarchiser les savoirs plut&#244;t que de les empiler : retrouver les questions auxquelles les savoirs sont des r&#233;ponses provisoires : on observe trop souvent une perte du questionnement initial qui a conduit &#224; l'&#233;laboration du savoir, ce qui m&#232;ne &#224; des activit&#233;s routini&#232;res sans enjeu ni d&#233;fi intellectuel pour l'&#233;l&#232;ve. R&#233;introduire le questionnement initial conduit aussi &#224; montrer combien le savoir construit est d&#233;pendant de la fa&#231;on dont on a structur&#233; la question. d&#233;finir la trame conceptuelle de la discipline. Les savoirs ne sont pas isol&#233;s, leur force provient du fait qu'ils sont organis&#233;s en un r&#233;seau qui fournit un syst&#232;me d'intelligibilit&#233; du monde. Ainsi les math&#233;matiques ne sauraient se r&#233;duire &#224; une liste de concepts et de r&#233;sultats. &#192; un triple niveau, celui des programmes, de la r&#233;daction des manuels et du cours de l'enseignant, l'objectif est de les relier entre eux mais aussi aux autres disciplines et de faire surgir ce qui est au c&#339;ur des math&#233;matiques, &#224; savoir leur coh&#233;rence interne et leur efficacit&#233; &#224; proposer des outils de mod&#233;lisation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une d&#233;marche p&#233;dagogique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche n&#233;cessite de sortir de l'id&#233;ologie de l'enseignement par comp&#233;tences, sans nier l'importance de d&#233;velopper ces derni&#232;res qui ne peuvent &#234;tre l'objectif des apprentissages, mais bien des outils pour entrer en discipline et en culture. Il est indispensable d'affirmer qu'un savoir disciplinaire n'a d'int&#233;r&#234;t dans la transposition didactique de la discipline universitaire en discipline scolaire que si l'&#233;l&#232;ve est capable de le mobiliser dans une situation donn&#233;e. Non seulement cela lui donne une nouvelle l&#233;gitimit&#233;, mais peut susciter de nouvelles interrogations ou probl&#233;matiques qui permettent d'ouvrir &#224; d'autres savoirs. Ainsi le SNES-FSU propose de concevoir, dans le cadre scolaire, les comp&#233;tences comme &#171; un &#171; savoir en action &#187;, une capacit&#233; d'action pour r&#233;pondre efficacement &#224; un probl&#232;me auquel on n'a jamais &#233;t&#233; confront&#233; ; elles n&#233;cessitent la mobilisation &#224; bon escient de savoirs construits dans des situations p&#233;dagogiques diff&#233;rentes pour identifier un probl&#232;me, le formaliser, d&#233;velopper une d&#233;marche d'analyse et disposer d'une palette de r&#233;ponses possibles. &#187;. Cela impose de toujours lier l'apparition d'une notion dans l'histoire avec les probl&#232;mes philosophiques, scientifiques, &#233;conomiques ou sociaux qu'elle &#233;tait cens&#233;e r&#233;soudre ou qu'elle a cr&#233;&#233;s en introduisant une rupture ou des contradictions fortes dans la pens&#233;e et les repr&#233;sentations du monde qui pr&#233;valaient &#224; l'&#233;poque. Comprendre que les math&#233;matiques ne sont pas une succession de &#171; v&#233;rit&#233;s &#187;, &#233;tablies une fois pour toutes, qu'elles se d&#233;veloppent au cours du temps devant parfois surmonter des crises, que toute mod&#233;lisation math&#233;matique peut &#234;tre discut&#233;e et remise en cause, qu'elles sont le produit de la pens&#233;e humaine dont elles participent &#224; la structuration et non un absolu incontestable, sont des enjeux majeurs de leur enseignement tout au long de la scolarit&#233; obligatoire. Avoir cette conception dynamique du disciplinaire permet non seulement de repenser les contenus &#224; transmettre mais aussi les d&#233;marches d'appropriation par les &#233;l&#232;ves. Bien entendu, la formation initiale des enseignants devra int&#233;grer ces dimensions didactiques, &#233;pist&#233;mologiques et d'histoire des sciences.&#8232;L'essentiel n'est donc pas de dresser un catalogue, mais bien de construire un consensus sur deux points centraux : la conception et l'&#233;criture des programmes d'une part et, d'autre part les modalit&#233;s de l'&#233;valuation. En d&#233;couleront alors les imp&#233;ratifs de la formation initiale et continue des enseignants, les conditions d'enseignement et d'apprentissage des &#233;l&#232;ves int&#233;grant celles de mise en &#339;uvre de l'interdisciplinarit&#233; et l'articulation entre travail en classe et en dehors de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La conception des programmes
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les programmes doivent pointer clairement les objectifs de la scolarit&#233; obligatoire : ainsi le coll&#232;ge doit &#234;tre le lieu de l'entr&#233;e dans l'alg&#233;brisation, de la d&#233;couverte des notions de variable, d'inconnue et de param&#232;tre, d'une premi&#232;re ma&#238;trise de la notion d'approximation, de la formalisation &#224; l'aide d'un vocabulaire pr&#233;cis et de l'utilisation d'&#233;l&#233;ments symboliques simples, du d&#233;veloppement de la capacit&#233; de reconna&#238;tre le cadre math&#233;matique appropri&#233; &#224; la description et l'&#233;tude d'une situation donn&#233;e, de l'apprentissage des principes et codes de la d&#233;monstration, de l'utilisation raisonn&#233;e des outils informatiques. La poursuite d'&#233;tudes dans une des trois voies du lyc&#233;e sera l'occasion de consolider les acquis du coll&#232;ge et de diversifier progressivement l'enseignement des math&#233;matiques en tenant compte de &#171; l'environnement disciplinaire &#187; de la voie et de la s&#233;rie choisies. Les programmes, toujours con&#231;us comme des prop&#233;deutiques des poursuites d'&#233;tudes que la s&#233;rie choisie favorise, doivent int&#233;grer les &#233;l&#233;ments constitutifs de la culture commune qui peuvent &#234;tre travaill&#233;s de fa&#231;ons diff&#233;rentes en tenant compte de la sp&#233;cialisation progressive construite par les &#233;quilibres disciplinaires de la s&#233;rie : ma&#238;trise de la logique d&#233;ductive, d&#233;veloppement de l'esprit critique en particulier par rapport aux informations chiffr&#233;es largement utilis&#233;es et instrumentalis&#233;es dans le d&#233;bat public, rigueur intellectuelle dans l'argumentation et le d&#233;bat, capacit&#233; d'abstraction, connaissance des principes d'une mod&#233;lisation et des ses limites, ma&#238;trise des notions de relatif et d'absolu... Ces &#233;l&#233;ments communs passent par une bonne ma&#238;trise des nombres, de l'information chiffr&#233;e, des bases des probabilit&#233;s, de la mod&#233;lisation de l'&#233;volution d'un ph&#233;nom&#232;ne (discret ou continu) par une suite ou une fonction num&#233;rique de la variable r&#233;elle (incluant la connaissance d'un ensemble de fonctions et de suites de &#8220;r&#233;f&#233;rence&#8221; la connaissance de la notion de variation instantan&#233;e, d'incertitude et des bases de la g&#233;om&#233;trie vectorielle dans le plan. Pour d&#233;velopper ces attitudes intellectuelles, il importe de s'appuyer sur un ensemble de concepts incontournables et de capacit&#233;s qui doit &#234;tre d&#233;battu dans un cadre associant le monde de la recherche, l'inspection g&#233;n&#233;rale et les enseignants. Des th&#232;mes et des objets d'&#233;tudes doivent &#234;tre point&#233;s &#224; chaque niveau pour permettre les travaux interdisciplinaires indispensables pour faire &#233;merger la sp&#233;cificit&#233; du regard math&#233;matique et donner sens et vie aux savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;valuation des acquis
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les enjeux sont connus : concilier &#233;valuation formative et &#233;valuation certificative, attentes individuelles en mati&#232;re de formation initiale et objectifs collectifs. Il est l&#233;gitime que le syst&#232;me &#233;ducatif donne les moyens &#224; la Nation de garantir ce qui doit &#234;tre acquis au cours de la scolarit&#233; obligatoire et donc d'en &#233;valuer la r&#233;alit&#233;.&#8232;Le syst&#232;me &#233;ducatif, souvent &#224; son corps d&#233;fendant, conserve une fonction de tri scolaire, tr&#232;s fortement corr&#233;l&#233; &#224; l'appartenance sociale. Laisser le temps aux apprentissages et privil&#233;gier une &#233;valuation &#224; leur service, non stigmatisante, permettrait &#224; chaque jeune de construire son ambition et son projet, en d&#233;jouant les biais sociaux. Principal levier pour atteindre cet objectif, la prolongation de la scolarit&#233; &#224; 18 ans d&#233;gagerait le coll&#232;ge des contraintes de l'orientation et d'une &#233;valuation qui classe. Plut&#244;t que d'imposer une &#233;valuation exclusivement par comp&#233;tences qui peut se traduire tr&#232;s vite par une perte de sens disciplinaire et donc de structuration de la pens&#233;e, cherchons dans les r&#233;sultats de la recherche et l'exp&#233;rience des personnels les formes d'&#233;valuation qui mettent en confiance, marquent les progr&#232;s mais aussi le chemin qu'il reste &#224; parcourir. Leur traduction chiffr&#233;e n'est qu'un outil qui permet de se rep&#233;rer et &#233;vite de tomber dans un &#233;parpillement bien peu lisible &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enjeux li&#233;s &#224; la complexit&#233; sociale, politique et technologique de nos soci&#233;t&#233;s qui pose de redoutables questions sur la conception de l'homme que l'Ecole doit contribuer &#224; former, l'absolue n&#233;cessit&#233; d'une &#233;l&#233;vation des qualifications de tous les jeunes imposent une r&#233;ponse plus ambitieuse et plus riche que la d&#233;clinaison d'un viatique commun tourn&#233; quasi uniquement sur les comportements attendus pour assurer une paix sociale qui laisse les mains libres au libre march&#233;. Il s'agit donc, tout simplement, d'oser le pari de l'intelligence et de la culture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://desideespourleducation.net/Les-mathematiques-dans-la-culture.html" class="spip_out"&gt;Des id&#233;es pour l'&#233;ducation&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La culture commune et la question des comp&#233;tences. A propos de deux ouvrages de Perrenoud</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article145</link>
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		<dc:date>2012-06-19T08:52:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>comp&#233;tence</dc:subject>
		<dc:subject>Savoir</dc:subject>
		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce ne serait sans doute pas trop s'avancer de dire que la formation scolaire des &#171; comp&#233;tences &#187; (FDC) est la grande affaire de la vie du p&#233;dagogue Philippe Perrenoud, m&#234;me si elle est loin d'&#234;tre la seule. Et l'on ne saurait contester non plus que ses r&#233;flexions en la mati&#232;re aient contribu&#233; &#224; l&#233;gitimer le principe de la FDC et &#224; son introduction effective dans le curriculum de nos syst&#232;mes &#233;ducatifs. &lt;br class='autobr' /&gt; Les deux ouvrages qu'on &#233;voque ici, Construire l'&#233;cole des comp&#233;tences (1997), et Quand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Pour une refonte des contenus&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;comp&#233;tence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot18" rel="tag"&gt;Savoir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L103xH150/arton145-2ee99.png?1790692612' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce ne serait sans doute pas trop s'avancer de dire que la formation scolaire des &#171; comp&#233;tences &#187; (FDC) est la grande affaire de la vie du p&#233;dagogue Philippe Perrenoud, m&#234;me si elle est loin d'&#234;tre la seule. Et l'on ne saurait contester non plus que ses r&#233;flexions en la mati&#232;re aient contribu&#233; &#224; l&#233;gitimer le principe de la FDC et &#224; son introduction effective dans le curriculum de nos syst&#232;mes &#233;ducatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les deux ouvrages qu'on &#233;voque ici, &lt;i&gt;Construire l'&#233;cole des comp&#233;tences&lt;/i&gt; (1997), et &lt;i&gt;Quand l'&#233;cole pr&#233;tend pr&#233;parer &#224; la vie&lt;/i&gt; (2011), jalonnent le d&#233;veloppement de sa pens&#233;e sur la FDC&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Perrenoud, Construire l'&#233;cole des comp&#233;tences, ESF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est tout &#224; fait int&#233;ressant de les examiner ensemble puisque le premier anticipe la prise en charge scolaire de la FDC, alors que le second, quatorze ans apr&#232;s, s'efforce d'en tirer les le&#231;ons. Je pr&#233;senterai d'abord rapidement ces deux ouvrages, pour avancer dans une seconde partie de ce texte quelques &#233;l&#233;ments de discussion, et consacrer la troisi&#232;me partie &#224; un aspect de la r&#233;flexion de l'auteur qui m&#233;rite particuli&#232;rement d'&#234;tre pris en consid&#233;ration s'agissant de concevoir ce que pourraient &#234;tre les contenus de culture commune d'une &#233;cole d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les comp&#233;tences &#224; l'&#233;cole, apr&#232;s comme avant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Construire l'&#233;cole des comp&#233;tences&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En 1997, il s'agit de convaincre de l'int&#233;r&#234;t de la FDC et de sa l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique. Les concepts fondamentaux sont emprunt&#233;s &#224; Piaget. Une &#171; comp&#233;tence &#187; permet de mobiliser des &#171; connaissances-ressources &#187; pour affronter diff&#233;rentes situations. Elle orchestre un ensemble de sch&#232;mes moteurs ; son acquisition passe par des raisonnements explicites puis s'automatise. Elle permet &#224; la fois de dominer tr&#232;s rapidement les situations courantes, et de s'adapter relativement vite &#224; des situations in&#233;dites. Plus complexe et ouvert qu'un savoir faire, c'est plut&#244;t un &#171; savoir y faire &#187;, qui permet de faire face &#224; une famille de situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perrenoud plaide pour que les objets d'enseignement ne soient plus d&#233;finis en termes seulement de savoirs, mais aussi de comp&#233;tences. Il peut s'agir de comp&#233;tences internes &#224; un discipline d'enseignement : conna&#238;tre le lexique et la syntaxe d'une langue &#233;trang&#232;re c'est bien, &#234;tre capable de les mobiliser en situation pratique, c'est mieux ; mais c'est une comp&#233;tence qui suppose un entra&#238;nement particulier. Il peut aussi s'agir de comp&#233;tences &#171; transversales &#187; qui exigent la mobilisation de disciplines diff&#233;rentes, voire de savoirs non disciplinaires. Ces comp&#233;tences transversales ne doivent pas &#234;tre d&#233;finies de fa&#231;on trop g&#233;n&#233;rale (type pr&#233;voir, analyser, argumenter), sauf &#224; dissoudre l'objet d'enseignement : elles doivent plut&#244;t viser des situations de la vie de travail et hors travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La FDC ne peut relever d'un mod&#232;le d'enseignement traditionnel : le ma&#238;tre doit devenir un &#171; entra&#238;neur &#187;, il ne s'agit plus d'enseigner mais d'organiser des &#171; situations-probl&#232;mes &#187; autour des obstacles &#224; surmonter pour acqu&#233;rir les comp&#233;tences vis&#233;es, en n&#233;gociant des projets avec les &#233;l&#232;ves. Perrenoud pose ainsi fortement le lien entre l'approche de la formation des jeunes en termes de comp&#233;tences et la p&#233;dagogie constructiviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alisation du potentiel d&#233;mocratique de la FDC d&#233;pend &#224; son sens de plusieurs conditions : il faut effectuer des enqu&#234;tes permettant d'identifier les comp&#233;tences utiles aux classes populaires ; pr&#233;parer &#224; la vie pratique aux diff&#233;rentes &#233;tapes du parcours scolaire, lesquelles ne seraient ainsi plus r&#233;duites &#224; l'antichambre des &#233;tapes suivantes ; former les enseignants selon la p&#233;dagogie des comp&#233;tences, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire cet ouvrage de 1997, Perrenoud appara&#238;t au total comme un penseur-cl&#233; de la politique dite du &#171; socle commun de connaissances et de comp&#233;tences &#187;, telle que formul&#233;e en France en 2005/2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand l'&#233;cole pr&#233;tend pr&#233;parer &#224; la vie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant la fa&#231;on dont cette politique a mis en &#339;uvre les principes de l'APC (&#171; approche par comp&#233;tences &#187;) ne le satisfait pas vraiment. Aussi prend-il &#224; plusieurs reprises ses distances, dans l'ouvrage de 2011, avec la mani&#232;re dont ont &#233;t&#233; introduites les comp&#233;tences dans les curricula de France et d'ailleurs. Cette introduction &#224; son avis a &#233;t&#233; men&#233;e avec trop de h&#226;te, sans prendre le temps des d&#233;bats approfondis n&#233;cessaires pour aboutir &#224; un consensus g&#233;n&#233;ral, qu'il s'agisse de mettre &#224; plat les effets produits par le curriculum existant en regard de ce que l'on devrait attendre de l'institution scolaire, de ce qu'il faut entendre par &#171; comp&#233;tences &#187;, de ce que sont les comp&#233;tences n&#233;cessaires au citoyen d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques vigoureuses, voire les constats d'&#233;chec suscit&#233;s par l'APC au Qu&#233;bec, en Belgique, en France, ne lui paraissent donc pas de nature &#224; revenir sur le principe m&#234;me d'un curriculum guid&#233; en large partie par la formation des comp&#233;tences. Au contraire il va consacrer l'ouvrage de 2011 tout &#224; la fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; essayer de comprendre les r&#233;sistances &#224; une v&#233;ritable mise en &#339;uvre de l'APC (lesquelles sont notamment le fait des disciplines qui se mobilisent pour justifier leur place sans avoir &#224; r&#233;pondre &#224; la question : les connaissances qu'elles dispensent servent-elles &#224; d&#233;cider et agir dans la vie ordinaire ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; revenir sur les fondamentaux de l'APC, en s'arr&#234;tant &#224; nouveau sur ses diff&#233;rents volets conceptuels, sur la nature des comp&#233;tences comme &#171; pouvoir agir efficacement dans une classe de situations, en mobilisant et combinant, en temps r&#233;el et de mani&#232;re pertinente, des ressources intellectuelles et &#233;motionnelles &#187; (p. 46), sur la taxinomie de ces ressources, sur leur acquisition (dont Perrenoud estime le temps n&#233;cessaire &#224; environ un tiers du temps scolaire total, qui ne pourra &#234;tre pr&#233;lev&#233; que sur le temps aujourd'hui consacr&#233; &#224; l'acquisition des connaissances), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et &#224; d&#233;ployer l'argumentaire qui lui para&#238;t le mieux &#224; m&#234;me de l&#233;gitimer la FDC. Il revient &#224; cet &#233;gard sur ce qui lui appara&#238;t comme son caract&#232;re fonci&#232;rement d&#233;mocratique ; et d&#233;veloppe l'id&#233;e que la FDC est indispensable pour pr&#233;parer les citoyens &#224; faire face aux exigences d'une vie professionnelle et sociale dont la complexit&#233; ne cesse de s'accro&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ces deux registres de l'argumentation, celui du rapport de la FDC &#224; l'&#233;chec des apprentissages et &#224; la d&#233;mocratie scolaire, et celui de son rapport &#224; la complexit&#233; du monde d'aujourd'hui, que je m'arr&#234;terai successivement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comp&#233;tences et d&#233;mocratisation scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1997 comme en 2011 Perrenoud a le souci d'argumenter explicitement l'int&#233;r&#234;t d&#233;mocratique de la FDC, m&#234;me si cette pr&#233;occupation est encore plus apparente en 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En 1997&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il souligne en 1997 que si l'&#233;cole ne prend pas les comp&#233;tences en charge elles risquent de ne pas se former &#224; l'&#226;ge adulte, notamment dans les classes populaires disposant &#224; cet &#233;gard de moindres ressources. Il importe donc d'int&#233;grer la FDC dans des programmes organis&#233;s autour de &#171; socles de comp&#233;tence &#187;, lesquels apparaissent d&#232;s lors comme autant de &#171; garants de la d&#233;mocratisation &#187; (p. 62). La d&#233;mocratisation sera d'autant mieux assur&#233;e que les comp&#233;tences dont l'&#233;cole aura permis l'acquisition r&#233;pondront aux besoins r&#233;els de la vie des classes populaires ; et que c'est &#224; chaque niveau du parcours scolaire que la FDC sera prise en charge, ne laissant ainsi personne au bord du chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura alors mis en place une &#171; r&#233;ponse d&#233;cisive &#224; l'&#233;chec scolaire &#187; (p. 93). L'&#233;conomie de l'argumentation appara&#238;t ainsi clairement. La formation des comp&#233;tences &#224; l'&#233;cole est au c&#339;ur de la lutte contre l'&#233;chec et pour la d&#233;mocratisation scolaire puisqu'elle consiste &#224; pr&#233;parer les classes populaires aux r&#233;quisits de leur situation professionnelle et aux besoins de leur vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En 2011&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette posture est fortement r&#233;affirm&#233;e : &#171; Ceux que l'&#233;cole devrait mieux pr&#233;parer &#224; la vie sont ceux qui sortiront du syst&#232;me &#233;ducatif sans avoir acquis le niveau de culture suffisant pour apprendre facilement &#224; l'&#226;ge adulte ce qu'ils n'auront pas acquis &#224; l'&#233;cole obligatoire &#187; (p. 19). Les autres sauront convertir par eux-m&#234;mes leurs connaissances en comp&#233;tences pratiques ou, en tant qu'h&#233;ritiers, s'en sortiront toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les programmes scolaires restent trop exclusivement finalis&#233;s par la poursuite d'&#233;tudes dont les plus longues ne concernent en fait qu'une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e, ceux qui passeront &#224; c&#244;t&#233; des savoirs ne b&#233;n&#233;ficieront pas non plus de la pr&#233;paration &#224; la vie &#224; laquelle ils ont droit. C'est &#224; cet &#233;gard un v&#233;ritable &#171; conflit de classe &#187; qui oppose deux conceptions de l'&#233;cole, celle qui la voue &#224; la formation des &#233;lites, et celle qui veut faire sa place &#224; la pr&#233;paration &#224; la vie. Le rapport des forces p&#232;se en faveur de la premi&#232;re, au d&#233;triment des classes populaires et de la d&#233;mocratie. On voit ainsi que le &#171; conflit ne porte pas seulement sur l'in&#233;galit&#233; sociale devant la r&#233;ussite scolaire et la s&#233;lection, mais qu'il se joue d'abord dans la d&#233;finition de ce qu'il faut enseigner et exiger, bref de la culture scolaire &#187; (p. 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perrenoud ne pr&#233;voit pas de troisi&#232;me conception possible de l'&#233;cole, celle d'une r&#233;elle d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs (et donc de la possibilit&#233; donn&#233;e &#224; tous d'acqu&#233;rir une culture suffisante pour se doter par eux-m&#234;mes des comp&#233;tences n&#233;cessaires &#224; l'existence adulte). Toute sa rh&#233;torique repose en effet sur la naturalisation de l'existant, sur la conviction implicite que l'opposition actuelle entre ceux &#171; qui ont de la facilit&#233; &#187; et ceux qui ne pourront aller ni plus vite, ni plus loin (p. 173), et avec lesquels il convient de &#171; ne pas mettre la barre trop haut &#187; (p. 174), est ind&#233;passable. Il raisonne comme si l'actuelle &#233;cole obligatoire &#224; 15 ou 16 ans &#233;tait intangible, son horizon de pens&#233;e &#233;tant visiblement celui de l'Agenda de Lisbonne, qui fixe &#224; 40% la proportion de jeunes appel&#233;s dans les futures g&#233;n&#233;rations &#224; sortir &#224; cet &#226;ge du syst&#232;me scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du m&#234;me coup tous ceux qui refusent cet horizon et plaident pour une &#233;cole des savoirs pour tous sont renvoy&#233;s non sans quelque violence au p&#244;le des partisans de la domination de classe et d'une &#233;cole &#233;litiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La r&#233;ussite des apprentissages &#233;l&#233;mentaires&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que c'est bien de se pr&#233;occuper d'adapter &#171; les gens ordinaires &#187; &#224; &#171; la vie qui [les] attend dans la soci&#233;t&#233; du 21&#232;me si&#232;cle &#187; (p. 19), mais qu'un d&#233;mocrate ami du peuple pourrait tout aussi bien s'inqui&#233;ter de ce que lesdits &#171; gens ordinaires &#187; attendent, eux, de la vie&#8230; et notamment de l'&#233;cole. En rappelant &#224; cet &#233;gard qu'aujourd'hui neuf familles sur dix, y compris dans les milieux populaires, souhaitent que leurs enfants puissent acc&#233;der &#224; l'enseignement sup&#233;rieur. On pourrait aussi se demander si les probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233; de demain, tr&#232;s complexe et hautement technicis&#233;e, pourront &#234;tre g&#233;r&#233;s de fa&#231;on tr&#232;s d&#233;mocratique si l'on exclut au d&#233;part 40% des citoyens des moyens intellectuels de les penser&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais laissons cela. Il reste que m&#234;me dans le cadre de l'horizon de pens&#233;e de l'auteur, les solutions qu'il propose sont d'une cr&#233;dibilit&#233; mal assur&#233;e, la fa&#231;on dont il articule connaissances et comp&#233;tences appelant pour le moins discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'urgence, &#224; l'&#233;cole primaire, est de faire entrer dans les savoirs mais aussi de donner les habilet&#233;s intellectuelles sans lesquelles il n'y a pas d'apprentissage possible. Aussi longtemps que, &#224; la fin du primaire, un &#233;l&#232;ve sur cinq ne saura pas lire couramment, la pr&#233;paration &#224; la vie restera pr&#233;matur&#233;e (&#8230;) on est tr&#232;s loin de pouvoir d&#233;velopper des comp&#233;tences &#187; (2011, pp. 201-202).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perrenoud soul&#232;ve ainsi &#224; la fin de son ouvrage de 2011 une question primordiale. Il souligne lui-m&#234;me que la formation des comp&#233;tences &#224; l'&#233;cole ne saurait avoir de sens si on ne r&#233;sout pas d'abord le probl&#232;me de l'&#233;chec scolaire (dans lequel le d&#233;faut de ma&#238;trise de la langue &#233;crite joue un r&#244;le crucial : 80% des redoublements du CP sont dus &#224; des probl&#232;mes de lecture). En paraissant ne pas se rendre compte du caract&#232;re plut&#244;t explosif de cette remarque de bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car s'il faut commencer par &#233;radiquer l'&#233;chec scolaire avant d'engager la formation des comp&#233;tences, cela veut dire d'une part que la question de l'&#233;chec et des in&#233;galit&#233;s reste prioritaire, ce que Perrenoud met en doute en d&#233;but d'ouvrage ; et d'autre part que la FDC ne saurait constituer &#171; la r&#233;ponse d&#233;cisive &#224; l'&#233;chec scolaire &#187; pour laquelle elle &#233;tait donn&#233;e en 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on r&#233;glait par ailleurs la question des 20% d'&#233;l&#232;ves qu'&#233;voque Perrenoud en leur apprenant &#224; lire &#171; couramment &#187;, gr&#226;ce &#224; une &#233;l&#233;vation sensible de l'efficacit&#233; des apprentissages du CP, du m&#234;me coup on assurerait une entr&#233;e normale dans la culture &#233;crite &#224; tous les &#233;l&#232;ves, la grande majorit&#233; d'entre eux (au-del&#224; de ces 20%) b&#233;n&#233;ficiant d'une am&#233;lioration nette de leur propre ma&#238;trise de la langue &#233;crite. Que peut-on imaginer alors qu'il se passerait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout naturellement les nouveaux entrants feraient, pour la quasi totalit&#233; d'entre eux, ce que leurs a&#238;n&#233;s &#233;tant eux-m&#234;mes entr&#233;s correctement dans la culture &#233;crite ont fait : poursuivre leurs &#233;tudes le plus loin possible. Et cela est tout aussi vrai pour les enfants des classes populaires que pour les autres : rappelons qu'aujourd'hui, parmi les &#233;l&#232;ves dont les &#233;valuations &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me font partie du quartile sup&#233;rieur, il y a peu d'&#233;carts entre les parcours ult&#233;rieurs des enfants de cadres et des enfants d'ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aboutit donc &#224; ce r&#233;sultat qui donne mati&#232;re &#224; r&#233;flexion : la &#171; pr&#233;paration &#224; la vie &#187; ne saurait se substituer &#224; la r&#233;ussite des apprentissages &#233;l&#233;mentaires ; mais si celle-ci se g&#233;n&#233;ralisait, la &#171; pr&#233;paration &#224; la vie &#187; suppos&#233;e pr&#233;cieuse pour les enfants des classes populaires perdrait tout int&#233;r&#234;t&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Connaissances et comp&#233;tences&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction est omnipr&#233;sente dans l'argumentation de Perrenoud, au-del&#224; m&#234;me de la question des apprentissages &#233;l&#233;mentaires. Les comp&#233;tences par d&#233;finition doivent mobiliser des savoirs, et Perrenoud y insiste &#224; de nombreuses reprises : le souci des comp&#233;tences n'a rien &#224; voir avec une dissolution des savoirs et des disciplines (par exemple 1997, p. 52). Mais d&#232;s lors en quoi sont-elles une solution pour ceux qui ne sont pas parvenus &#224; acqu&#233;rir les connaissances ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sortira sans doute pas de cette difficult&#233; sans r&#233;examiner pr&#233;cis&#233;ment la question des rapports entre connaissances et comp&#233;tences. Est-il vraiment pertinent de les concevoir de fa&#231;on dichotomique comme des instances s&#233;par&#233;es, en les consid&#233;rant comme d'un c&#244;t&#233; l'id&#233;e, de l'autre le geste, d'un c&#244;t&#233; la repr&#233;sentation et de l'autre sa mobilisation pratique ? Est-ce que &#171; savoir &#187; est r&#233;ductible &#224; &#171; m&#233;moriser une information &#187;, ou bien plut&#244;t implique une appropriation qui suppose &#171; savoir manier &#187; ou &#171; savoir produire &#187; ? Pour reprendre un exemple de Perrenoud (1997), peut-on aussi facilement que &#231;a diff&#233;rencier l'existence de &#171; connaissances g&#233;n&#233;rales en fran&#231;ais &#187; et la capacit&#233; &#224; les mobiliser ? Que voudrait dire une connaissance de l'orthographe et de la syntaxe qui ne saurait se manifester &#224; l'&#233;crit ? On peut certes s'entra&#238;ner sp&#233;cifiquement &#224; la production &#233;crite, comme on peut s'efforcer de devenir un grand grammairien. Mais dans un cas comme dans l'autre on devra conjuguer les connaissances th&#233;oriques et les savoirs pratiques. C'est bien pour cette raison qu'au fur et &#224; mesure de leur d&#233;veloppement les connaissances th&#233;oriques se convertissent de plus en plus facilement, comme le note d'ailleurs Perrenoud, en comp&#233;tences professionnelles ou existentielles. Ce lien entre connaissances et comp&#233;tences est d'ailleurs empiriquement av&#233;r&#233; par la comparaison entre les r&#233;sultats des enqu&#234;tes PISA, qui sondent les comp&#233;tences, et les enqu&#234;tes fran&#231;aises, qui s'appuient sur l'&#233;valuation des connaissances : cette comparaison ne d&#233;note pas de distorsion significative entre les classements des &#233;l&#232;ves selon l'un et l'autre crit&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, PISA. R&#233;sultats et enseignements d'une comparaison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'acquisition de comp&#233;tences s'av&#232;re ainsi indissolublement li&#233; &#224; l'appropriation des savoirs vaut dans le cadre d'un champ disciplinaire, mais tout aussi bien lorsqu'il s'agit de comp&#233;tences dites &#171; transversales &#187;, qui mobilisent des connaissances relevant de disciplines diff&#233;rentes : on ne voit pas en quoi la question pourrait se poser diff&#233;remment. Faudrait-il alors cantonner les &#233;l&#232;ves en perdition &#224; l'acquisition de comp&#233;tences qui ne mobilisent nul savoir disciplinaire ? Il est &#224; craindre, d'une part, que le r&#233;sultat soit bien maigre : peut-on par exemple apprendre &#224; conduire, a fortiori en faire son m&#233;tier, sans savoir lire ? Et d'autre part, en proc&#233;dant ainsi, il serait difficile de maintenir l'id&#233;e que la FDC soit le moyen par excellence de lutter contre l'&#233;chec scolaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; mentionner une contribution possible de la FDC &#224; la lutte contre l'&#233;chec, qui reposerait sur l'impact p&#233;dagogique de son introduction : imposant pour elle-m&#234;me le recours au principe constructiviste et &#224; la p&#233;dagogie de projets, elle pourrait, comme le sugg&#232;re Perrenoud, constituer un vecteur de transformation de la transmission des connaissances proprement dite. On remarquera seulement &#224; cet &#233;gard que le d&#233;tour par la question des comp&#233;tences ne s'imposait sans doute pas si le but de l'op&#233;ration &#233;tait de pr&#244;ner une autre p&#233;dagogie pour l'&#233;cole. Et que cette autre p&#233;dagogie ayant d&#233;j&#224; largement transform&#233; les dispositifs et les pratiques d'enseignement, sans avoir eu besoin pour cela d'attendre la mise en place du socle commun, il aurait &#233;t&#233; plus simple et plus logique, pour qui se soucie de d&#233;mocratisation de l'&#233;cole, d'interroger directement les raisons des limites d'efficacit&#233; de cette transformation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comp&#233;tences et culture commune&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Perrenoud peine &#224; convaincre, au bout du compte, que l'introduction des comp&#233;tences puisse &#234;tre un facteur de d&#233;mocratisation de l'&#233;cole. Les exp&#233;riences belge, qu&#233;b&#233;coise ou fran&#231;aise depuis 2006 ayant largement confirm&#233; que ce n'&#233;tait effectivement pas le cas, on comprend la tonalit&#233; un peu d&#233;sabus&#233;e de son ouvrage de 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un double objectif&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier m&#233;rite pour autant l'attention d&#232;s lors qu'il plaide pour l'introduction des comp&#233;tences non plus comme r&#233;ponse &#224; l'&#233;chec scolaire, mais en r&#233;f&#233;rence &#224; la complexit&#233; croissante de l'univers social et de la sph&#232;re des savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce second point de vue en effet, et m&#234;me si Perrenoud centre toujours son propos sur ce qu'il convient d'enseigner aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233; dans le cadre d'une &#233;cole obligatoire &#224; 15-16 ans (en France dans le cadre donc du coll&#232;ge unique), sa d&#233;marche l'am&#232;ne &#224; soulever des probl&#232;mes et &#224; avancer des suggestions susceptibles de nourrir la r&#233;flexion sur les contenus de la culture commune qu'il conviendrait de transmettre aux &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole commune, avant la fin du lyc&#233;e unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me partie de son ouvrage, il entreprend ainsi de pointer, champ disciplinaire par champ disciplinaire, les besoins de formation de comp&#233;tences pour ceux des &#233;l&#232;ves qui ne feront pas d'&#233;tudes longues (et donc ne pourront pas b&#233;n&#233;ficier d'une formation approfondie dans le savoir disciplinaire consid&#233;r&#233;), et auront pourtant besoin au cours de leur existence de pouvoir mobiliser certaines connaissances relativement pointues. Ce faisant, il soul&#232;ve implicitement un probl&#232;me tr&#232;s g&#233;n&#233;ral, s'agissant de concevoir des enseignements disciplinaires de culture commune qui conjuguent ces deux objectifs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; constituer une pr&#233;paration suffisante pour ceux des &#233;l&#232;ves qui souhaiteront se sp&#233;cialiser dans l'approfondissement de la discipline, une fois pass&#233; le tronc commun&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; permettre &#224; tous les autres de se confronter aux pratiques sociales qui mettent ce savoir disciplinaire en jeu, que ce soit pour g&#233;rer leur vie personnelle ou pour intervenir en connaissance de cause suffisante dans les d&#233;bats et conflits suscit&#233;s par ces pratiques sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes lui-m&#234;me ne dit rien sur la fa&#231;on d'atteindre le premier de ces objectifs. A son sens (rappelons qu'il parle du coll&#232;ge) les contenus d'enseignement existant sont enti&#232;rement con&#231;us pour les &#233;l&#232;ves qui vont poursuivre leurs &#233;tudes et approfondir les disciplines enseign&#233;es. C'est bien cette logique du coll&#232;ge &#171; antichambre du lyc&#233;e &#187; qu'il conteste, en requ&#233;rant une place dans le curriculum pour &#171; la pr&#233;paration &#224; la vie &#187; destin&#233;e &#224; ceux qui ne pourront pas apprendre. Du m&#234;me coup il ne se soucie pas des savoirs qu'il faut enseigner &#224; ceux qui vont continuer, mais de ceux qui ne conviennent pas aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233; (et auxquels on pourrait substituer de la &#171; pr&#233;paration &#224; la vie &#187;). Par exemple, et l'on retrouve ici point par point la d&#233;marche des promoteurs de la r&#233;novation de l'enseignement du fran&#231;ais au d&#233;but des ann&#233;es 1970&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Enseignement &#233;l&#233;mentaire : les le&#231;ons de l'exp&#233;rience&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Perrenoud s'en prend &#224; ceux qui &#171; continuent &#224; privil&#233;gier un savoir &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; la langue qui rel&#232;ve de la culture plus que la ma&#238;trise pratique, quand bien m&#234;me les travaux de recherche permettent de douter que la ma&#238;trise th&#233;orique de la syntaxe soit aussi indispensable qu'on l'imaginait pour produire des &#233;nonc&#233;s intelligibles et communiquer avec autrui &#187;, et regrette que l'on ait encore affaire &#224; &#171; un enseignement de la langue comme objet de connaissance abstraite &#187; et pas seulement &#224; &#171; une &#233;ducation &#224; la communication langagi&#232;re et &#224; ses codes &#187; (2011, p. 115).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une bonne question&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; cependant de cet utilitarisme &#224; courte vue, Perrenoud propose un r&#233;examen des enseignements disciplinaires qui pointe l'int&#233;r&#234;t de conjuguer une certaine appropriation des contenus et la formation de la capacit&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir sur leurs usages sociaux. Ainsi s'interroge-t-il concernant les programmes de chimie : &#171; Nos contemporains ont-ils les connaissances n&#233;cessaires pour comprendre la composition des aliments qu'ils absorbent, les effets des m&#233;dicaments ou des drogues qu'ils prennent, les risques inh&#233;rents aux produits qu'ils s'appliquent sur la peau, les dangers que certaines substances ou certains jouets font courir &#224; leurs enfants ? On peut en douter. M&#234;me quelqu'un qui a son baccalaur&#233;at est loin d'avoir toutes les connaissances n&#233;cessaires pour comprendre la chimie &#224; l'&#339;uvre dans notre vie quotidienne &#187; (2011, p. 104).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La recherche biologique et l'industrie, &#233;crit-il encore, transforment la vie humaine &#224; large &#233;chelle et cela ne peut que s'acc&#233;l&#233;rer. Il appara&#238;t pertinent que la biologie, la &#171; science de la vie (bio) &#187;, permette d'en avoir un minimum de compr&#233;hension, ce qui suppose assez souvent des connexions avec d'autres disciplines, chimie et physique sans doute, mais aussi m&#233;decine, droit et sciences sociales &#187; (2011, p. 103). Et il note, concernant la physique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut faire la part des connaissances physiques qui nous aident &#224; comprendre les enjeux de soci&#233;t&#233; tels que : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#233;puisement des &#233;nergies non renouvelables ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les risques du nucl&#233;aire civil et de ses d&#233;chets radioactifs ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les risques du nucl&#233;aire militaire et d'autres armes de destruction massive ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les risques radiologiques dans le domaine de la sant&#233; ou de la s&#233;curit&#233; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la densification des ondes &#233;lectromagn&#233;tiques dans l'atmosph&#232;re ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le r&#233;chauffement de la plan&#232;te, l'effet de serre, les d&#233;r&#232;glements climatiques ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#233;puisement des mati&#232;res premi&#232;res ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les catastrophes naturelles (&#233;ruptions volcaniques, tsunamis, secousses sismiques, inondations) &#187; (2011, p. 106).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'en tiendra l&#224;. Ces citations suffisent &#224; montrer l'int&#233;r&#234;t du probl&#232;me soulev&#233; par Perrenoud : l'&#233;cole obligatoire (et cela vaut pour le tronc commun &#224; 18 ans comme pour l'&#233;cole &#171; fondamentale &#187; &#224; 15/16 ans &#224; laquelle il se r&#233;f&#232;re) doit se poser la question du bagage &#224; transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations afin de les mettre, quelle que soit leur sp&#233;cialisation professionnelle ult&#233;rieure, en mesure d'affronter les grands enjeux du devenir de nos soci&#233;t&#233;s et de l'humanit&#233; toute enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perrenoud admet que &#171; les programmes orient&#233;s vers le d&#233;veloppement des comp&#233;tences ne peuvent pr&#233;tendre honorer ces priorit&#233;s &#187; (2011, p. 197) : il suffit en effet d'&#233;voquer ces derni&#232;res, comme on vient de le faire sur quelques domaines, pour mesurer combien l'acc&#232;s &#224; un niveau, m&#234;me minimum, de compr&#233;hension et de formation du jugement, implique de connaissances g&#233;n&#233;rales de base. Face &#224; ce constat, Perrenoud envisage la solution qui consisterait &#224; garder une &#233;cole obligatoire centr&#233;e sur l'acquisition des savoirs disciplinaires, mais en revisitant les programmes de fa&#231;on &#224; ce que, dans chaque discipline, soit faite &#171; une part plus large aux connaissances &#224; partir desquelles chacun pourra, tout au long de la vie, identifier des manques, les combler, et d&#233;velopper les comp&#233;tences &#187; (ibid.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suivant cette suggestion, la d&#233;finition de la culture commune dans chaque discipline pourrait ainsi chercher &#224; concilier deux objectifs : pr&#233;parer aux &#233;tudes longues ; et transmettre les savoirs n&#233;cessaires &#224; la formation ult&#233;rieures des comp&#233;tences n&#233;cessaires pour agir en citoyen libre et responsable dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans dire vraiment ses raisons, Perrenoud ne se d&#233;clare &#171; pas favorable &#224; cette posture radicale, tout en reconnaissant sa coh&#233;rence &#187; (2011, p. 197). On ne voit pas tr&#232;s bien ce qu'elle a de &#171; radicale &#187; (sinon qu'elle est plus r&#233;aliste pour une &#233;cole obligatoire &#224; 18 ans qu'&#224; 16 ans), mais il lui pr&#233;f&#232;re &#171; une voie m&#233;diane &#187;, qui assignerait au curriculum de l'&#233;cole obligatoire la vis&#233;e d'un certain nombre de comp&#233;tences (qu'il propose &#224; la discussion) : &#171; savoir trouver sa place dans une action collective (&#8230;) savoir pr&#233;server son autonomie (&#8230;) savoir prendre une position personnelle (&#8230;) savoir construire du sens (&#8230;) &#187;, etc. (2011, pp. 199-200).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faible d&#233;termination de ces objectifs les rendra peut-&#234;tre peu convaincants au lecteur, comme tout essai de d&#233;finition de comp&#233;tences par trop s&#233;par&#233;e des savoirs disciplinaires qu'elles requi&#232;rent. Il reste que Philippe Perrenoud renvoie les tenants d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'&#233;cole, qui souhaitent que soit transmise &#224; tous les membres des jeunes g&#233;n&#233;rations une culture commune de haut niveau et solidement ancr&#233;e dans les savoirs disciplinaires, &#224; la r&#233;alit&#233; d'un probl&#232;me qu'il va bien leur falloir affronter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Perrenoud, Construire l'&#233;cole des comp&#233;tences, ESF, Issy-les-Moulineaux, 1997 ; Quand l'&#233;cole pr&#233;tend pr&#233;parer &#224; la vie, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article41' class=&#034;spip_in&#034;&gt;PISA. R&#233;sultats et enseignements d'une comparaison internationale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article133' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Enseignement &#233;l&#233;mentaire : les le&#231;ons de l'exp&#233;rience&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'occultation de la technique dans l'enseignement fran&#231;ais</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article144</link>
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		<dc:date>2012-06-19T08:51:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yves-Claude Lequin</dc:creator>


		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>
		<dc:subject>Technique</dc:subject>

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&lt;p&gt;[Quel enseignement technologique assurer dans le tronc commun d'une &#233;cole d&#233;mocratique ? Cette introduction d'Yves-Claude Lequin &#224; l'histoire du non enseignement de la technique en France ouvre la r&#233;flexion sur cette question. On lira, en compl&#233;ment, les contributions d'Isabelle Harl&#233; et d'Yves Baunay concernant l'histoire de l'enseignement de la technologie en coll&#232;ge depuis 1960. Ainsi que les propositions, formul&#233;es par Yves-Claude Lequin, concernant ce que pourrait &#234;tre l'enseignement de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L109xH150/arton144-44ddb.jpg?1790692892' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[Quel enseignement technologique assurer dans le tronc commun d'une &#233;cole d&#233;mocratique ? Cette introduction d'Yves-Claude Lequin &#224; l'histoire du non enseignement de la technique en France ouvre la r&#233;flexion sur cette question. On lira, en compl&#233;ment, les contributions d'Isabelle Harl&#233; et d'Yves Baunay concernant &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article150&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'histoire de l'enseignement de la technologie en coll&#232;ge depuis 1960&lt;/a&gt;. Ainsi que les propositions, formul&#233;es par Yves-Claude Lequin, concernant ce que pourrait &#234;tre &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article158&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'enseignement de la technique et de la technologie dans &#171; l'&#233;cole commune &#187;&lt;/a&gt; dont le principe est d&#233;fendu par le GRDS.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centrale pour l'humain, la technique est marginale &#224; l'&#233;cole. Pourquoi ? Comment r&#233;orienter l'&#233;cole ? L'&#233;cole r&#233;publicaine et la place qu'elle accorde &#224; la technique r&#233;sultent d'un processus long, contradictoire, souvent remis en chantier, associ&#233; plus particuli&#232;rement &#224; trois temps forts :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La R&#233;volution fran&#231;aise, ses suites et contrecoups (jusqu'en 1819) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La refondation de la R&#233;publique (la 3&#232;me) apr&#232;s 1870, dans le prolongement et en rupture avec la Commune de Paris de 1871.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Avec des tentatives (souvent inabouties) de r&#233;forme depuis la Second Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentale pour l'&#234;tre humain et pour l'&#233;volution de l'esp&#232;ce humaine, la technique fut &#233;vinc&#233;e des universit&#233;s m&#233;di&#233;vales, qui ignoraient d&#233;lib&#233;r&#233;ment le &#171; savoir des chantiers &#187; (Roger Bacon), et des coll&#232;ges de l'Ancien R&#233;gime ; la connaissance et la compr&#233;hension des techniques n'&#233;tait assur&#233;e que par les organisations de m&#233;tiers et les communaut&#233;s rurales. Au temps des Lumi&#232;res, ce savoir des arts et m&#233;tiers fut mis en valeur par Rousseau (&#171; Je veux absolument qu'Emile apprenne un m&#233;tier (&#8230;) un m&#233;tier qui p&#251;t servir &#224; Robinson dans son &#238;le &#187; ou par Diderot, qui en souligne &#224; la fois le caract&#232;re vital et la valeur p&#233;dagogique : &#171; En g&#233;n&#233;ral dans l'&#233;tablissement des &#233;coles, on a donn&#233; trop d'importance &#224; l'&#233;tude des mots ; il faut lui substituer aujourd'hui l'&#233;tude des choses (&#8230;) on devrait donner dans les &#233;coles une id&#233;e de toutes les connaissances n&#233;cessaires &#224; un citoyen, depuis la l&#233;gislation jusqu'aux arts m&#233;caniques, qui ont tant contribu&#233; aux avantages et aux agr&#233;ments de la soci&#233;t&#233; (&#8230;) D'ailleurs, il y a dans les arts m&#233;caniques les plus communs un raisonnement si juste, si compliqu&#233;, et cependant si lumineux, qu'on ne peut assez admirer le profondeur de la raison et du g&#233;nie humain, lorsque tant de sciences plus &#233;lev&#233;es ne servent qu'&#224; d&#233;montrer l'absurdit&#233; de l'esprit humain. &#187; (1776, Plan d'une Universit&#233;). Cependant notre syst&#232;me scolaire du 21&#232;me si&#232;cle enseigne davantage Voltaire (oppos&#233; &#224; une &#233;cole pour tous) que Diderot, qui pilota une &#233;tude syst&#233;matique des m&#233;tiers de son temps (plus de 2500 planches techniques dans l'Encyclop&#233;die). Ce qui aurait pu &#234;tre le grand tournant de la culture fran&#231;aise reste refoul&#233; aux lisi&#232;res de l'inconscient collectif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La technique a-t-elle droit de cit&#233; en France ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La France pr&#233;sente plusieurs caract&#233;ristiques, qui sont g&#233;n&#233;ralement singuli&#232;res en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une culture g&#233;n&#233;rale &#224; faible teneur technique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de faire le tour des programmes scolaires et universitaires pour mesurer la place insignifiante accord&#233;e &#224; la culture technique, et &#8211; lorsque c'est la cas &#8211; le discr&#233;dit auquel elle est g&#233;n&#233;ralement vou&#233;e, hors du champ des lettres et des sciences. C&#244;t&#233; philo, Alain, livre de chevet de l'&#233;cole r&#233;publicaine, n'h&#233;site pas &#224; qualifier la technique de &#171; pens&#233;e qui craint la pens&#233;e &#187; et de &#171; terrible promesse d&#8216;esclavage &#187; (Propos sur l'&#233;ducation, 1932). Au verso, l'acad&#233;micien des sciences H. Le Chatelier veut remplacer &#171; l'enseignement technologique &#187; par celui de &#171; la science industrielle &#187; (1936). L'&#233;cole fran&#231;aise reste platonicienne, la technologie y est marginalis&#233;e, contrairement aux Realschulen d'Europe germanique ou scandinave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux si&#232;cles d'industrie sans enseignement technique public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France pr&#233;sente parall&#232;lement la singularit&#233; suivante : depuis le 18&#232;me si&#232;cle l'industrie s'y est d&#233;velopp&#233;e sans enseignement technique public&#8230;.jusqu'en 1945. Elle connut certes quelques petites &#233;coles techniques mais, pour l'essentiel, se borna longtemps &#224; puiser dans les qualifications rurales pour faire tourner les usines, et plus tard &#224; instituer des &#233;coles &#171; pratiques &#187; ou des cours professionnels &#233;troitement sp&#233;cialis&#233;s, sans vision g&#233;n&#233;rale ni th&#233;orie (fin 19&#232;me) : selon la formule de Marx, elle r&#233;serva &#171; l'ombre de l'enseignement professionnel &#187; aux enfants des milieux populaires ; d&#232;s 1747 de grandes &#233;coles ouvrirent pour former les ing&#233;nieurs de l'Etat (Ponts, Mines) puis des &#233;coles d'ing&#233;nieurs industriels, nombreuses mais le plus souvent priv&#233;es&#8230;Parall&#232;lement, l'enseignement scientifique de haut niveau &#233;tait r&#233;serv&#233; aux enfants des classes sup&#233;rieures, car &#171; Le G&#233;n&#233;ral seul dirige &#187; (P. Laffitte, cours inaugural d'histoire des sciences au Coll&#232;ge de France en 1892).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une p&#233;dagogie sans pratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'essentiel, la p&#233;dagogie en vigueur est positiviste, dogmatique et d&#233;ductive, donc magistrale : on part de &#171; lois scientifiques &#187; pour terminer par des &#171; travaux pratiques &#187;, qui ne sont l&#224; que pour en v&#233;rifier l'assimilation, non pour exp&#233;rimenter au risque de l'impr&#233;vu. La pratique comme action et comme point de d&#233;part d'une d&#233;couverte et d'une construction des connaissances, est une raret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#171; &#233;lite &#187; quasi d&#233;pourvue de connaissance technique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis deux si&#232;cles la reproduction des &#171; &#233;lites &#187; dirigeantes est assur&#233;e par de &#171; grandes &#233;coles &#187;, coup&#233;es du cursus ordinaire et quasi totalement ferm&#233;es aux sciences de la technique (ENA, ENS, Polytechnique, HEC&#8230;). L'&#201;tat et les grandes entreprises sont dirig&#233;s par des cadres sup&#233;rieurs le plus souvent d&#233;pourvus de toute formation technologique. Dans l'&#201;ducation nationale elle-m&#234;me, sur pr&#232;s de 250 recteurs nomm&#233;s depuis les d&#233;buts de la 5&#232;me R&#233;publique, on en d&#233;nombre sept seulement (dont deux femmes), issus d'une fili&#232;re technique de haut niveau (dont six nomm&#233;s depuis 1981) ! Il serait int&#233;ressant de faire &#233;galement ce compte pour les pr&#233;sidents d'universit&#233;, sachant qu'en France celles-ci n'assurent qu'une part restreinte des formations techniques sup&#233;rieures (IUT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un poids consid&#233;rable et autoreproducteur de l'appareil &#171; &#201;ducation nationale &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1945 le syst&#232;me scolaire s'est consid&#233;rablement d&#233;velopp&#233; et comme tous les gros &#171; appareils &#187;, tend &#224; s'autonomiser. Tout se passe d&#233;sormais comme si seuls des sp&#233;cialistes universitaires ou des hauts fonctionnaires de l'&#233;ducation &#233;taient habilit&#233;s &#224; dire le devenir de l'&#233;cole, r&#233;diger les programmes et en diriger la mise en &#339;uvre, y compris dans des domaines comme la technique, o&#249; ils sont rarement experts : comment parler de technique sans ceux qui la pratiquent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre d'o&#249; viennent ces singularit&#233;s et pour mesurer les difficult&#233;s &#224; pour faire &#233;voluer cette situation, un peu d'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Technique &#224; l'&#233;cole ? Une France &#224; reculons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise a d'abord r&#233;pondu aux esp&#233;rances de Diderot, puis s'en est &#233;loign&#233;e apr&#232;s le retournement conservateur de 1795.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des jacobins pour une technologie d&#233;mocratique (1791-1794) &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les jacobins &#233;taient favorables &#224; un enseignement des arts et m&#233;tiers ; un &#171; Lyc&#233;e des arts &#187;, consacr&#233; &#224; un enseignement technique secondaire, fut fond&#233; &#224; Paris en 1792, o&#249; le premier cours de technologie fut mis en place par J.-H. Hassenfratz, inspir&#233; de la technologie universitaire allemande (1770), afin, selon ses termes &#171; d'entendre les deux langues, celle des sciences et celle des arts, de comparer continuellement les lumi&#232;res de chacune &#187; ; en ao&#251;t 1793, Lavoisier et Hassenfratz con&#231;oivent un projet de loi (un peu oubli&#233; !), qui pr&#233;voit pour tous une instruction commune (&#171; lire, &#233;crire, premiers &#233;l&#233;ments arithm&#233;tique et d'histoire naturelle, r&#233;cits historiques ; promenades &#187;) et aussi d'apprendre &#224; &#171; se servir de la r&#232;gle et du compas, &#224; mesure les surfaces, &#224; arpenter un champ, &#224; toiser les solides. On leur donnera une notion de tous les arts qui sont &#224; leur port&#233;e, en les conduisant chez ceux qui les professent (&#8230;) &#187;. Au second degr&#233;, &#224; l'&#233;chelle de nos arrondissements, seraient appris le dessin et la perspective, ainsi que &#171; Les principes &#233;l&#233;mentaires de l'art social, de l'&#233;conomie politique, du commerce, de la Constitution et de la l&#233;gislation fran&#231;aise&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, Monge con&#231;oit ce qui deviendra l'&#201;cole polytechnique, afin d'y dispenser &#171; toutes les connaissances positives qui sont n&#233;cessaires pour ordonner, diriger et administrer les travaux de tous genres command&#233;s pour l'utilit&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; ; en p&#233;dagogie, &#171; on s'y attache bien plus au travail que l'&#233;l&#232;ve ex&#233;cute de ses propres mains qu'&#224; ce qu'il peut apprendre en &#233;coutant les professeurs, ou en &#233;tudiant dans les livres &#187; (Monge, 1794). Des visites d'entreprises sont organis&#233;es (une dizaine par an), puis un &#171; cours d'&#233;l&#233;ments de machines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le retournement des ann&#233;es 1795-1819&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les d&#233;buts de la R&#233;volution les lib&#233;raux ont &#233;cart&#233; toute forme d'organisation professionnelle, en supprimant les corporations (17 mars 1791) puis les diff&#233;rentes associations, notamment ouvri&#232;res (14 juin 1791, loi Le Chapelier), ce qui a fait reculer, voire dispara&#238;tre l'apprentissage et les anciennes formes d'&#233;ducation technique, sans les remplacer par de nouvelles. Car le projet de loi Lavoisier de 1793 ne fut pas adopt&#233;, et l'&#201;cole &#171; polytechnique &#187; deviendra bient&#244;t une &#233;cole sans technique ; on en arrivera m&#234;me &#224; &#171; l'exclusion d&#233;finitive de la technologie &#187; (r&#233;forme Laplace, 1816) et au &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; d&#233;p&#233;rissement progressif de la vocation aux arts et m&#233;tiers &#224; Polytechnique &#187; (E. Grison), o&#249; les math&#233;matiques formelles deviendront durablement l'essentiel de l'enseignement. De Monge &#224; Laplace et de Robespierre &#224; Napol&#233;on, l'abstraction math&#233;matique remplace l'id&#233;al jacobin d'&#171; exercer la main des &#233;l&#232;ves &#187;. Polytechnique et l'ENS devenant les sommets de la pyramide scolaire, attirant les meilleurs &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es, c'est toute une architecture disciplinaire qui se fonde d&#232;s le d&#233;but du 19&#232;me si&#232;cle, privil&#233;giant les &#171; sciences pures &#187; et r&#233;duisant la technique &#224; des &#171; routines &#187; ou &#8211; au mieux &#8211; &#224; des &#171; applications des sciences &#187; (sciences appliqu&#233;es), mais niant le savoir propre dont elle est investie. En 1819, le Conservatoire Royal des arts et m&#233;tiers commence &#224; enseigner, suivant une logique d'&#171; application des sciences &#187;, qui d&#233;duit la technique de lois m&#233;caniques et non des besoins humains ni de l'ing&#233;niosit&#233; cr&#233;atrice des ouvriers et &#171; techniciens &#187;. M&#234;me les tentatives de Cuvier, pour introduire un enseignement de technologie &#224; l'intention des futurs hauts fonctionnaires, resteront vaines. C'est ainsi que l'&#233;cole fran&#231;aise devient, pour longtemps, muette en technologie !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volutionnaires et r&#233;formateurs reni&#233;s ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec l'industrialisation, un autre courant se manifeste, particuli&#232;rement en France, qui souhaite faire rena&#238;tre une culture technique de masse, lorsque les premiers th&#233;oriciens socialistes &#233;noncent des projets concernant l'&#233;cole. C'est le cas tr&#232;s t&#244;t avec Fourier, puis Consid&#233;rant, Proudhon, Marx&#8230; et la Commune de Paris. L'&#233;cole r&#233;publicaine de Ferry s'inscrira en rupture avec ce courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des socialistes pour une &#171; &#233;ducation compl&#232;te et int&#233;grale &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Charles Fourier&lt;/i&gt; se prononce pour un enseignement polytechnique (1822) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On recherchera de pr&#233;f&#233;rence la pr&#233;cocit&#233; m&#233;canique, l'habilet&#233; en industrie corporelle, qui, loin de retarder la culture de l'esprit, l'acc&#233;l&#232;re &#187; (Trait&#233; de l'association)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Victor Consid&#233;rant&lt;/i&gt;, polytechnicien, est pour &#171; une &#233;ducation compl&#232;te et int&#233;grale &#187; (Destin&#233;e sociale, 1834) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est par le mat&#233;riel que l'&#233;ducation doit commencer &#187; (&#8230;) &#171; la pratique d'abord, la science apr&#232;s &#187; (&#8230;) &#171; appliquer chaque individu aux diverses fonctions auxquelles sa nature le destine (&#8230; ) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Friedrich Engels&lt;/i&gt;, industriel : les ouvriers feront &#233;voluer l'&#233;cole (16 mai 1843, Lettres de Londres) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus une classe est au bas de la soci&#233;t&#233; et est &#8216;inculte' au sens courant du terme, plus elle est proche du progr&#232;s et a d'avenir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pierre-Joseph Proudhon&lt;/i&gt; (De la capacit&#233; politique des classes ouvri&#232;res, Discours &#224; l'Assembl&#233;e, 1864) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans les &#233;coles de l'&#201;tat, le principe est que l'instruction professionnelle devant se combiner avec l'instruction scientifique et litt&#233;raire, en cons&#233;quence les jeunes gens, &#224; partir de la neuvi&#232;me ann&#233;e et m&#234;me plus t&#244;t, &#233;tant astreints &#224; un travail manuel, utile et productif, les frais d'&#233;ducation doivent &#234;tre couverts, et au-del&#224;, par le produit des &#233;l&#232;ves &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On comprend, sans que j'ai besoin de le dire, que les Associations ouvri&#232;res sont appel&#233;es &#224; jouer ici un r&#244;le important. Mises en rapport avec le syst&#232;me d'instruction publique, elles deviennent &#224; la fois foyers de production et foyers d'enseignement &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Karl Marx&lt;/i&gt; (1866-1869)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Le Capital (1867, Livre Premier, chap. 15), Marx, familier de la technologie universitaire allemande, note que &#171; la bourgeoisie, qui en cr&#233;ant pour ses fils les &#233;coles polytechniques, agronomiques, etc., ne faisait pourtant qu'ob&#233;ir aux tendances intimes de la production moderne, n'a donn&#233; aux prol&#233;taires que l'ombre de l'enseignement professionnel &#187; et il pr&#233;conise d' &#171; introduire l'enseignement de la technologie, pratique et th&#233;orique, dans les &#233;coles du peuple &#187;. Au plan pratique, au premier congr&#232;s de l'Association internationale du Travail, il propose un enseignement &#171; embrassant les principes g&#233;n&#233;raux et scientifiques de tout mode de production, et en m&#234;me temps initiant les enfants et les adolescents au maniement des instruments &#233;l&#233;mentaires de toute industrie &#187; (R&#233;solution, Gen&#232;ve, 1866).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Commune de Paris&lt;/i&gt; (1871)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'insurrection parisienne du printemps 1871, on passe aux travaux pratiques. Pendant deux mois (26 mars-20 mai 1871), Paris conna&#238;t une r&#233;volution ouvri&#232;re, fort diff&#233;rente des pr&#233;c&#233;dentes, car elle se dote d'un &#201;tat, qui prend des d&#233;cisions de haute port&#233;e malgr&#233; leur courte dur&#233;e : le 6 mai, Edouard Vaillant (polytechnicien), &#171; d&#233;l&#233;gu&#233; &#187; (ministre) &#224; l'Instruction publique, annonce la cr&#233;ation d'un enseignement professionnel polytechnique (pour tous) et ouvre, dans le 5&#232;me arrondissement, la &lt;br class='autobr' /&gt;
premi&#232;re &#233;cole dont l'objectif est de favoriser &#171; l'&#233;ducation int&#233;grale &#224; laquelle chacun a droit, et lui facilitant l'apprentissage et l'exercice de la profession vers laquelle le dirigent ses go&#251;ts et ses aptitudes. &#187;. Dans le sillage trac&#233; par Lavoisier et Hassenfratz en 1793&#8230; il inaugure ce qui &#233;tait vainement d&#233;battu depuis trois quarts de si&#232;cle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean Jaur&#232;s&lt;/i&gt;, contre &#171; une simagr&#233;e scolaire qui cesse &#224; treize ans &#187; (1895)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (Le socialisme) &#171; veut tout d'abord que la science du peuple soit &#224; lui et bien &#224; lui. Il veut qu'elle ne soit pas en lui artificielle et factice. Elle doit &#234;tre l'interpr&#233;tation de sa propre vie au moment m&#234;me o&#249; il la vit ; et au moment m&#234;me o&#249; il souffre, la lumi&#232;re de sa souffrance. (&#8230;). Il se propose au contraire comme fin supr&#234;me d'appeler tous les hommes &#224; la pl&#233;nitude de la vie intellectuelle. Il veut que l'univers tout entier soit l'horizon familier de l'humanit&#233; tout enti&#232;re. (&#8230;) Le socialisme seul peut faire de la pens&#233;e dans le peuple, non une simagr&#233;e scolaire qui cesse &#224; treize ans, quand l'enfant entre &#224; l'atelier, mais une habitude et une v&#233;rit&#233;. Seul il arrachera &#224; la stupidit&#233; et &#224; la mort d'innombrables cerveaux humains, et il l&#233;guera &#224; l'humanit&#233; future, pour ses prodigieuses audaces et entreprises intellectuelles, un peuple pensant &#187; (Pr&#233;face &#224; la seconde Edition de &#034;La morale sociale&#034; de Benoit Malon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce courant favorable &#224; une &#233;cole polytechnique associant th&#233;orie et pratique, est une constante des mouvements r&#233;volutionnaires et socialistes du 19&#232;me si&#232;cle. Il ne s'est pas compl&#232;tement tari ensuite, on le trouve encore dans la R&#233;sistance (voir notamment en 1943 les manifestes des communistes Georges Cogniot &#224; Paris et Roger Garaudy &#224; Alger). Mais au cours du 20&#232;me si&#232;cle, cette veine semble quand m&#234;me se perdre, aussi bien dans le mouvement ouvrier que dans les diff&#233;rents mouvements socialistes et communistes. C'est le cas notamment depuis 1945, o&#249; l'&#233;cole semble devenue une affaire de sp&#233;cialistes de l'&#233;ducation ou de syndicats d'enseignants des divers degr&#233;s, et n'avoir plus gu&#232;re place dans les programmes revendicatifs et politiques des organisations populaires. C'est une source d'affaiblissement pour les projets d'&#233;cole commune, incluant une culture technique commune. V&#233;rit&#233; aux 19&#232;me et 20&#232;me si&#232;cles, erreur au 21&#232;me ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le baccalaur&#233;at est-il &#224; bout de souffle ?</title>
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		<dc:date>2012-04-04T11:16:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tristan Poullaouec</dc:creator>


		<dc:subject>certification</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole unique</dc:subject>
		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Lyc&#233;ens</dc:subject>

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&lt;p&gt;Rappel des faits &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est des rem&#232;des pires que le mal. Le 12 mars dernier, Luc Chatel, ministre de l'&#201;ducation nationale, avis&#233; par le candidat UMP &#224; la pr&#233;sidentielle que le baccalaur&#233;at &#233;tait &#224; bout de souffle, proposait de mettre en place des notes &#233;liminatoires, de r&#233;duire le nombre d'options et d'&#233;preuves facultatives, et d'augmenter la part du contr&#244;le continu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'entourage de Nicolas Sarkozy, apr&#232;s cette d&#233;claration, on jurait ses grands dieux que le but de la man&#339;uvre n'&#233;tait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;certification&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;&#233;cole unique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Lyc&#233;ens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L111xH150/arton137-b79c8.jpg?1790693070' class='spip_logo spip_logo_right' width='111' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rappel des faits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des rem&#232;des pires que le mal. Le 12 mars dernier, Luc Chatel, ministre de l'&#201;ducation nationale, avis&#233; par le candidat UMP &#224; la pr&#233;sidentielle que le baccalaur&#233;at &#233;tait &#224; bout de souffle, proposait de mettre en place des notes &#233;liminatoires, de r&#233;duire le nombre d'options et d'&#233;preuves facultatives, et d'augmenter la part du contr&#244;le continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'entourage de Nicolas Sarkozy, apr&#232;s cette d&#233;claration, on jurait ses grands dieux que le but de la man&#339;uvre n'&#233;tait pas, contrairement aux apparences, d'&#233;liminer un plus grand nombre de candidats mais de &#171; redonner ses lettres de noblesse au baccalaur&#233;at &#187;. R&#233;ponse des lyc&#233;ens : le gouvernement prouve encore que la r&#233;ussite de tous n'est pas sa priorit&#233;. R&#233;ponse des syndicats enseignants : le ministre court, une fois de plus, apr&#232;s d'importantes &#233;conomies budg&#233;taires. Tous d&#233;noncent la volont&#233; de remettre en cause, via le contr&#244;le continu, le seul examen &#233;quitable et de valeur nationale encore existant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Victor Colombani, pr&#233;sident de l'Union nationale lyc&#233;enne. Roland Hubert, cosecr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Syndicat national des enseignements du second degr&#233; (Snes-FSU). Tristan Poullaouec, ma&#238;tre de conf&#233;rences en sociologie (universit&#233; de Nantes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le baccalaur&#233;at a-t-il encore un sens dans notre soci&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Roland Hubert.&lt;/i&gt; Le baccalaur&#233;at garde une forte valeur sociale et reste, pour les &#233;l&#232;ves et leurs enseignants, un &#233;l&#233;ment structurant le second degr&#233;. Le caract&#232;re national et terminal de ses &#233;preuves garantit l'&#233;galit&#233; de traitement des lyc&#233;ens, fort mise &#224; mal par la r&#233;forme du lyc&#233;e. Premier grade universitaire et examen national attestant la fin de la scolarit&#233; secondaire, il est aussi un niveau de qualification reconnu dans les conventions collectives. Ce n'est pas un hasard s'il est remis en cause par ceux-l&#224; m&#234;mes qui consid&#232;rent le r&#233;pertoire national des certifications professionnelles comme une contrainte et r&#234;vent de lui substituer des livrets de comp&#233;tences au nom d'un suppos&#233; archa&#239;sme des dipl&#244;mes. Le premier enjeu de l'&#233;ducation nationale est celui de l'&#233;l&#233;vation des qualifications et de l'acc&#232;s &#224; une vaste culture commune ; et, dans ce cadre, la seule question qui vaille est de savoir si le baccalaur&#233;at, dans ce qu'il &#233;value et certifie, est un &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse &#224; ce d&#233;fi. Pour le Snes-FSU, il est inenvisageable de supprimer le baccalaur&#233;at ou de le transformer en un simple examen maison. D'autant que le projet de l'actuelle majorit&#233; s'inscrit dans la logique d'une scolarit&#233; obligatoire maintenue &#224; 16 ans sanctionn&#233;e par la validation du socle commun, tandis que la moiti&#233; d'une g&#233;n&#233;ration (dont seront largement exclues les classes populaires) pourra poursuivre sa formation jusqu'au niveau L3 (bac +&#8239;3). Dans un tel sch&#233;ma pla&#231;ant le lyc&#233;e comme prop&#233;deutique de l'enseignement sup&#233;rieur, le baccalaur&#233;at n'aurait aucune utilit&#233; sociale ou de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Victor Colombani.&lt;/i&gt; Le gouvernement estime fr&#233;quemment que &#171; le baccalaur&#233;at a perdu son sens, puisque le taux de r&#233;ussite d&#233;passe les 80&#8239;% &#187;. Les lyc&#233;ens refusent ce discours. Plus ambitieux encore, nous estimons que 100&#8239;% d'une classe d'&#226;ge devraient atteindre le niveau du baccalaur&#233;at, son acc&#232;s devant &#234;tre &#233;largi par des am&#233;liorations de notre syst&#232;me &#233;ducatif. En effet, le bac est le passeport indispensable pour poursuivre ses &#233;tudes dans l'enseignement sup&#233;rieur. En p&#233;riode de crise, et face &#224; un ch&#244;mage des jeunes en constante progression, l'obtention de ce dipl&#244;me devient un bouclier n&#233;cessaire pour s'en sortir dans la vie active. La hausse du niveau de qualification de la jeunesse va dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tristan Poullaouec.&lt;/i&gt; En France, seuls 40&#8239;% des habitants sont bacheliers. Dans les jeunes g&#233;n&#233;rations, le taux d'acc&#232;s au bac a beaucoup progress&#233; entre 1985 et 1995. Mais depuis il stagne autour de 63&#8239;%, ce qui reste tr&#232;s en de&#231;&#224; des attentes, notamment dans les familles ouvri&#232;res dont seulement la moiti&#233; des enfants d&#233;crochent un bac. On entend cependant dire que le bac ne vaut plus rien parce qu'il ne d&#233;bouche plus sur les m&#234;mes m&#233;tiers qu'autrefois. C'est une erreur de perspective. D'abord parce que la plupart des bacheliers poursuivent aujourd'hui des &#233;tudes sup&#233;rieures, ce qui n'&#233;tait pas le cas dans les ann&#233;es 1970. Ceux qui quittent l'&#233;cole avec le bac sont majoritairement des bacheliers professionnels, dont le cursus n'est pas con&#231;u pour les pr&#233;parer &#224; l'enseignement sup&#233;rieur, ni aux emplois les plus qualifi&#233;s. Enfin, si les bacheliers ne se voient pas toujours reconna&#238;tre leurs qualifications lors de leurs premiers emplois, beaucoup finissent par obtenir un poste de cadre moyen, voire sup&#233;rieur en cours de carri&#232;re professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour rendre sa valeur au baccalaur&#233;at, faut-il instituer des notes &#233;liminatoires, utiliser le contr&#244;le continu, all&#233;ger le nombre des options ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Victor Colombani.&lt;/i&gt; Par ces mesures, le gouvernement souhaite d&#233;lib&#233;r&#233;ment r&#233;duire le nombre de bacheliers et cr&#233;er un dipl&#244;me qui s&#233;lectionne au lieu de tirer tous les &#233;l&#232;ves vers le haut. Les notes &#233;liminatoires supprimeraient le droit &#224; l'erreur des &#233;l&#232;ves et abaisseraient m&#233;caniquement le nombre de bacheliers. De plus, une certaine hi&#233;rarchisation des disciplines verrait le jour, entre les mati&#232;res fondamentales, entra&#238;nant une note &#233;liminatoire, et les autres. Le lyc&#233;e doit &#234;tre un tout, non un empilement de disciplines. &#192; l'inverse, les enseignements doivent &#234;tre d&#233;cloisonn&#233;s. La suppression des notes bonus pour les options, qui ne peuvent jusqu'alors que favoriser les &#233;l&#232;ves, est elle aussi alarmante. En plus de rendre le baccalaur&#233;at moins accessible, cette id&#233;e a comme finalit&#233; une disparition pure et simple des enseignements optionnels. En effet, si les options constituent un risque pour les &#233;l&#232;ves d'abaisser leur moyenne au bac, peu d'entre eux choisiront de les pratiquer. Ainsi, le gouvernement souhaiterait-il une fois de plus faire des &#233;conomies sur le dos de l'&#233;ducation ? Le contr&#244;le continu, quant &#224; lui, pr&#233;sente certains inconv&#233;nients. S'il est irr&#233;futable qu'il permettrait une meilleure r&#233;partition de l'examen tout au long de la scolarit&#233;, il met pourtant &#224; mal la valeur nationale et anonyme du dipl&#244;me. Ainsi, tous les bacs n'auraient plus la m&#234;me valeur en fonction de l'&#233;tablissement des &#233;l&#232;ves, mettant &#224; mal l'&#233;cole de l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tristan Poullaouec.&lt;/i&gt; L'autre inqui&#233;tude concerne le niveau des &#233;l&#232;ves et la certification des connaissances par le baccalaur&#233;at. La question est complexe, car les programmes et les exigences ont chang&#233;. Mais, &#224; l'&#233;vidence, la d&#233;gradation des performances des &#233;coliers &#224; l'entr&#233;e en 6e en mati&#232;re de ma&#238;trise de la langue &#233;crite depuis quinze ans (r&#233;v&#233;l&#233;e par les enqu&#234;tes de la DEPP) se r&#233;percute aujourd'hui parmi les candidats au baccalaur&#233;at. Pourtant, ce n'est pas en durcissant les exigences de cet examen qu'on pourra r&#233;soudre ce probl&#232;me, qui prend sa source bien en amont du bac. Pour le minist&#232;re, ces trois pistes pr&#233;sentent surtout l'int&#233;r&#234;t de r&#233;aliser des &#233;conomies dans l'organisation de cet examen. S'agit-il vraiment de revaloriser le bac ? Il me semble que c'est plut&#244;t l'envie de hi&#233;rarchiser encore davantage les bacheliers qui anime ces propositions, comme si le bac pouvait devenir un concours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Roland Hubert.&lt;/i&gt; Encore faudrait-il mesurer r&#233;ellement cette d&#233;valorisation et savoir sur quelles valeurs et quels crit&#232;res se fonde sa th&#233;orisation. Est-ce parce qu'il n'est plus r&#233;serv&#233; &#224; une &#233;lite qu'il perdrait sa valeur ? Rappelons simplement que, malgr&#233; les r&#244;les diff&#233;rents et compl&#233;mentaires des trois voies, g&#233;n&#233;rale, technologique et professionnelle, un tiers d'une g&#233;n&#233;ration ne l'obtient pas ! L'actuel d&#233;bat sur son organisation n'&#233;chappe ni &#224; la conception &#233;litiste du syst&#232;me scolaire, ni &#224; la recherche forcen&#233;e de r&#233;duction des d&#233;penses publiques. Il est difficile de ne pas lire les propositions du r&#233;cent rapport de l'inspection g&#233;n&#233;rale &#224; la lumi&#232;re de la politique budg&#233;taire : les mesures pr&#233;conis&#233;es (contr&#244;le continu, suppression des options et de l'oral de rattrapage) sont toutes sources d'&#233;conomies et rien (ou si peu) n'est dit sur les contenus &#233;valu&#233;s et la pertinence des &#233;preuves. Elles d&#233;clinent une remise en cause des &#233;quilibres disciplinaires et de leur traduction par les coefficients. Le baccalaur&#233;at doit rester g&#233;n&#233;raliste, avec le principe de compensation entre les diff&#233;rentes disciplines, qu'elles soient centrales dans la s&#233;rie ou facultatives. Outre qu'il serait difficile de les fixer, les notes &#233;liminatoires poseraient de nombreux probl&#232;mes aux correcteurs et risqueraient de provoquer une augmentation des recours et contestations. Quant au contr&#244;le continu, tout a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit, en particulier la perte de rep&#232;res nationaux et, au bout du compte, une valeur attach&#233;e au dipl&#244;me qui d&#233;pendrait de l'&#233;tablissement fr&#233;quent&#233; par le candidat. Il serait sans doute plus pertinent de r&#233;fl&#233;chir aux bar&#232;mes utilis&#233;s et aux pressions qui peuvent exister sur les jurys, cons&#233;quences de la mise en concurrence des &#233;tablissements et des disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faut-il envisager de supprimer le baccalaur&#233;at ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tristan Poullaouec.&lt;/i&gt; Comme l'a montr&#233; Edmond Goblot en 1925, le bac a longtemps fait office de barri&#232;re pour acc&#233;der &#224; la bourgeoisie. Mais il soulignait aussi son r&#244;le nivelant, l'examen aplanissant officiellement les in&#233;galit&#233;s individuelles entre les bacheliers. L'&#233;cole unique a mis fin &#224; ce monopole des &#233;lites sur le baccalaur&#233;at. Au moment o&#249; la quasi-totalit&#233; des parents visent le baccalaur&#233;at pour leurs enfants, il serait politiquement hasardeux de vouloir supprimer ce dipl&#244;me, qui continue de certifier publiquement des savoirs et des capacit&#233;s acquis dans l'enseignement secondaire. Mais l'&#233;cole unique fonctionne aussi sur le principe de la concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e entre les &#233;l&#232;ves, d'o&#249; la tentation du contr&#244;le continu, qui &#233;claterait de fait la valeur nationale du dipl&#244;me, selon qu'on le pr&#233;pare dans un lyc&#233;e prestigieux de centre-ville ou dans un lyc&#233;e des quartiers populaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Victor Colombani.&lt;/i&gt; Non. Les lyc&#233;ens y restent attach&#233;s. Il s'agit du premier dipl&#244;me d'ampleur. Il met un point final &#224; quinze ans de scolarit&#233; et valide l'acquisition des connaissances et des comp&#233;tences des candidats. Il donne un cap &#224; nos &#233;tudes et les valorise in fine. De plus, le baccalaur&#233;at est la premi&#232;re arme des jeunes contre le ch&#244;mage. Supprimer le bac, ce serait augmenter encore les in&#233;galit&#233;s, puisque la s&#233;lection dans l'enseignement sup&#233;rieur se ferait alors sur des crit&#232;res encore plus flous et certainement plus injustes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sinon, quelles sont les am&#233;liorations &#224; apporter au baccalaur&#233;at, selon vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tristan Poullaouec.&lt;/i&gt; La refonte du baccalaur&#233;at est inconcevable sans une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif. Pour sa part, le GRDS propose un projet d'&#233;cole commune de 2 &#224; 17 ans, conduisant 100&#8239;% des &#233;l&#232;ves &#224; un baccalaur&#233;at de culture g&#233;n&#233;rale et technologique. En prenant acte de l'&#233;galit&#233; des intelligences et en supprimant les obstacles aux apprentissages que constitue la s&#233;lection permanente des &#233;l&#232;ves, il s'agit de transmettre &#224; tous les moyens intellectuels d'atteindre un haut niveau de culture commune, jusqu'&#224; un lyc&#233;e unique, sans fili&#232;res, ni redoublement, ni notation. Le baccalaur&#233;at pourrait ainsi s'organiser en deux temps : en fin de premi&#232;re, la validation du tronc commun, et en fin de terminale, la validation du baccalaur&#233;at de sp&#233;cialit&#233;, pr&#233;parant l'insertion ou la poursuite d'&#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Roland Hubert.&lt;/i&gt; &#192; l'image du syst&#232;me &#233;ducatif, le baccalaur&#233;at &#233;volue et il est &#233;vident que les &#233;preuves sont construites en fonction des objectifs d&#233;finis par les programmes. Faisant globalement appel &#224; moins de m&#233;morisation, elles suscitent plus de r&#233;flexion, de capacit&#233; d'analyse et de synth&#232;se. Il est cependant urgent de repenser leurs compl&#233;mentarit&#233;s en jouant peut-&#234;tre sur les coefficients et en v&#233;rifiant que, globalement, elles &#233;valuent un spectre plus large qu'aujourd'hui des diff&#233;rents modes d'expression et de restitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Victor Colombani.&lt;/i&gt; Si le bac est un dipl&#244;me capital en lui-m&#234;me, il est n&#233;cessaire que l'examen change et se modernise. Tout d'abord, pour lutter contre le bachotage, une meilleure r&#233;partition des &#233;preuves sur les ann&#233;es de premi&#232;re et de terminale est n&#233;cessaire, sans pour autant se satisfaire du contr&#244;le continu. D'o&#249; la proposition de cr&#233;er des &#233;preuves partielles nationales, en milieu et fin de premi&#232;re et de terminale. Celles-ci permettraient de passer plusieurs &#233;preuves de diff&#233;rentes disciplines, donnant ainsi un droit &#224; l'erreur aux lyc&#233;ens. De plus, elles seraient l'occasion de diversifier les crit&#232;res d'&#233;valuation et le format des &#233;preuves, aujourd'hui tr&#232;s &#233;litistes. Enfin, il est n&#233;cessaire que le baccalaur&#233;at, qu'il soit g&#233;n&#233;ral, professionnel ou technologique, soit coh&#233;rent avec le reste du cursus lyc&#233;en. Il n'est pas tol&#233;rable d'avoir conserv&#233;, en lyc&#233;e professionnel, des programmes et une &#233;preuve presque similaires, alors que le minist&#232;re a r&#233;duit l'enseignement professionnel &#224; trois au lieu de quatre ans !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretiens crois&#233;s r&#233;alis&#233;s par Dany Stive&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.humanite.fr/societe/le-baccalaureat-est-il-bout-de-souffle-table-ronde-493516" class="spip_out"&gt;L'Humanit&#233; du 30 mars 2012&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;former les contenus d'enseignement. Une sociologie du curriculum, par &#201;ric Mangez</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article104</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article104</guid>
		<dc:date>2011-03-20T10:08:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Harl&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'analyse sociologique des contenus d'enseignement reste encore aujourd'hui marginale dans le champ de la recherche en &#233;ducation. &#201;ric Mangez s'attaque dans ce livre &#224; la fabrication des politiques &#233;ducatives en Belgique francophone et plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'introduction de la notion de socle de comp&#233;tences. &lt;br class='autobr' /&gt; De nombreux travaux, d'historiens en particulier, analysent les moments de r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif ou de contenus disciplinaires, d'autres &#233;tudient les pratiques des enseignants (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L100xH145/arton104-eec5b.jpg?1790689101' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'analyse sociologique des contenus d'enseignement reste encore aujourd'hui marginale dans le champ de la recherche en &#233;ducation. &#201;ric Mangez s'attaque dans ce livre &#224; la fabrication des politiques &#233;ducatives en Belgique francophone et plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'introduction de la notion de socle de comp&#233;tences.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De nombreux travaux, d'historiens en particulier, analysent les moments de r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif ou de contenus disciplinaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple les travaux d'Andr&#233; Chervel ou d'Anne-Marie Chartier pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'autres &#233;tudient les pratiques des enseignants dans les classes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Viviane Isambert-Jamati, Culture technique et critique sociale &#224; l'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais peu de travaux articulent ces deux &#233;chelles : celle la fabrication et celle de la r&#233;ception. L'originalit&#233; de l'ouvrage r&#233;side dans cette combinaison des diff&#233;rents niveaux d'analyse d&#233;clin&#233;s en chapitres : le moment de la production de la politique &#233;ducative (chapitre 2), le travail de m&#233;diation des agents interm&#233;diaires : inspecteurs et conseillers p&#233;dagogiques (chapitre 3), la mise en &#339;uvre locale au sein des &#233;tablissements scolaires (chapitre 4) et les tensions v&#233;cues sur le terrain par les enseignants (chapitre 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chacun de ces moments, l'auteur analyse les diff&#233;rents r&#233;cits produits par les acteurs : r&#233;cit institutionnel, r&#233;cit organisationnel ou r&#233;cit de la pratique. Ce choix m&#233;thodologique &#233;claire le sens que les acteurs conf&#232;rent aux r&#233;formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier chapitre &#171; curriculum et soci&#233;t&#233; &#187; pose le cadre th&#233;orique de l'ouvrage et d&#233;taille les apports de Bernstein concernant l'&#233;valuation des apprentissages, le cadrage de l'interaction p&#233;dagogique et la classification des contenus d'enseignement. Ces trois dimensions d&#233;bouchent sur deux mod&#232;les de p&#233;dagogie (visible et invisible) qui servent de fil directeur &#224; &#201;ric Mangez pour analyser le cas de la r&#233;forme belge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ric Mangez inscrit clairement son travail dans le champ de la sociologie des curricula se r&#233;f&#233;rant aux classiques anglo-saxon (Young, Bernstein entre autres) mais aussi aux travaux fran&#231;ais comme ceux de Viviane Isambert-Jamati. Il met en &#233;vidence le caract&#232;re socialement construit des contenus scolaires qui r&#233;sultent et expriment des rapports sociaux et relie les r&#233;formes aux contextes sociaux, culturels, politiques et &#233;conomiques interrogeant en particulier la d&#233;l&#233;gation au champ &#233;conomique des changements observ&#233;s. La notion de comp&#233;tence par exemple peut &#234;tre rapport&#233;e au monde des entreprises, elle s'accorde &#233;galement &#224; gauche de l'&#233;chiquier politique, avec une volont&#233; de rompre avec le primat des savoirs. Ces &#171; demandes &#187; politiques ou &#233;conomiques ne sont pas r&#233;ifi&#233;es mais incarn&#233;es par des acteurs pr&#233;cis et situ&#233;s. L'auteur met ainsi en &#233;vidence le r&#244;le des professeurs des universit&#233;s sp&#233;cialis&#233;s en p&#233;dagogie dans l'int&#233;gration de la notion de comp&#233;tence dans les fili&#232;res de transition. L'importation de cette notion du champ &#233;conomique vers le champ &#233;ducatif s'op&#232;re gr&#226;ce &#224; une s&#233;rie de traductions qui mobilisent des principes de justification relevant des cit&#233;s civique et inspir&#233;e de Boltanski et Th&#233;venot. La r&#233;forme met en avant la r&#233;ussite du plus grand nombre et l'&#233;panouissement de l'enfant. &#201;ric Mangez analyse ces dimensions &#224; l'aide des r&#233;f&#233;rents th&#233;oriques de Bernstein : la fluidification du temps et de l'espace scolaires, l'horizontalit&#233; des rapports enseignants &#233;l&#232;ves, la perte de l&#233;gitimit&#233; des savoirs segment&#233;s, l'int&#233;gration des apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modalit&#233;s d'adh&#233;sion des acteurs &#224; la r&#233;forme sont rapport&#233;es &#224; leurs trajectoires et aux configurations institutionnelles dans lesquelles ils &#233;voluent. Ainsi si les conseillers p&#233;dagogiques du r&#233;seau libre catholique et les inspecteurs du r&#233;seau de la communaut&#233; fran&#231;aise adh&#232;rent &#224; la r&#233;forme, c'est selon des modalit&#233;s diff&#233;rentes : logique militante, sur le mode de la conviction pour les conseillers aux parcours d'enseignants innovants accomplissant des missions d'accompagnement et de formation ; position de r&#233;alisme institutionnel pour les inspecteurs recrut&#233;s par examen, exer&#231;ant une mission de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrain d'enqu&#234;te est constitu&#233; de cinq &#233;tablissements o&#249; l'auteur a men&#233; des observations et des entretiens aupr&#232;s des professeurs de fran&#231;ais. Deux &#233;tablissements sont situ&#233;s dans le bas de la hi&#233;rarchie sociale et accueillent les &#171; nouveaux publics &#187; auparavant orient&#233;s vers des fili&#232;res de qualification d&#232;s le terme de l'enseignement primaire. Les trois autres, dans le haut de la hi&#233;rarchie accueillent des enfants des classes moyennes et sup&#233;rieures. C'est cette variable sociale qui rend compte des positions des enseignants. Ceux situ&#233;s en haut de la hi&#233;rarchie estiment les qualit&#233;s de structure, de clart&#233;, d'univocit&#233; du langage p&#233;dagogique de type visible, militent pour un mod&#232;le p&#233;dagogique stratifi&#233;, appr&#233;cient leurs &#233;l&#232;ves sur la base de leur niveau d'apprentissage et visent &#224; accumuler les connaissances, objectivent les performances &#224; travers l'&#233;valuation. Ceux situ&#233;s en bas de la hi&#233;rarchie adh&#232;rent &#224; un langage p&#233;dagogique de type invisible, &#171; plus humain &#187;, &#171; moins technique &#187;, d&#233;veloppent les projets, s'appuient sur des situations r&#233;elles, privil&#233;gient les aspects affectifs et relationnels de la vie de leurs &#233;l&#232;ves. &#201;ric Mangez pointe les limites de ces objectifs, qui en faisant passer au second plan l'apprentissage proprement dit et le travail intellectuel, ne sont pas forc&#233;ment compatibles avec l'id&#233;e de d&#233;mocratisation de la r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces logiques contextuelles dominantes n'expliquent pas tout. Le dernier chapitre explore les rapports de force au sein des &#233;tablissements qui rendent compte de positionnements individuels en d&#233;calage par rapport au contexte local. &#201;ric Mangez d&#233;peint ainsi l'h&#233;t&#233;rodoxe isol&#233; en d&#233;saccord avec la r&#233;forme alors que ses coll&#232;gues lui sont acquis ou l'orthodoxe isol&#233;, enseignant situ&#233; dans un &#233;tablissement du haut de la hi&#233;rarchie sociale et critique vis-&#224;-vis du mod&#232;le dominant d'accumulation des connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre a pour ambition de &#171; fournir des outils pour penser l'analyse des politiques &#233;ducatives dans d'autres contextes &#187;. Il y r&#233;ussit tout &#224; fait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il interroge tout d'abord la mise en place du socle commun, la valorisation de pratiques p&#233;dagogiques en prise avec les situations r&#233;elles comme r&#233;ponses aux probl&#232;mes de la massification scolaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; du cas belge, l'affaiblissement des classifications traditionnelles rend compte et rejoint tout un mouvement de d&#233;compartimentation des disciplines engag&#233; en France en particulier depuis les ann&#233;es 90. L'objectif du nouveau curriculum formel, ancr&#233; dans l'exigence de la construction d'une Europe de la connaissance (strat&#233;gie de Lisbonne), semble &#234;tre d'unifier les objectifs des diff&#233;rentes disciplines. Cet objectif s'actualise dans l'enseignement int&#233;gr&#233;, dans les exp&#233;rimentations de projets interdisciplinaires ou encore dans la mise en place de th&#232;mes de convergence. La sociologie des curricula est ici encore utile pour analyser les r&#233;sistances disciplinaires &#224; ces nouveaux d&#233;coupages, r&#233;sistances visibles chez les enseignants de disciplines &#171; stratifi&#233;es &#187; pour reprendre l'expression de Young. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce dernier a identifi&#233; des tendances convergentes dans les politiques europ&#233;ennes et internationales en particulier &#171; le passage d'un cursus articul&#233; sur des sujets disciplinaires &#224; un cursus g&#233;n&#233;rique &#187;, &#171; la r&#233;duction des contenus disciplinaires des curricula &#187; et &#171; la promotion de th&#232;mes transdisciplinaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M.F.D. Young, &#8220;Alternative educational futures for a knowledge society&#8221;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Young 2010). La question du lien entre ces &#233;volutions et la d&#233;mocratisation de l'enseignement reste pos&#233;e. Young met en garde contre la tentation de s'appuyer avec exc&#232;s sur l'exp&#233;rience des &#233;l&#232;ves et plaide pour un retour au savoir, c'est-&#224;-dire &#224; la transmission de contenus que les enfants des classes les plus d&#233;favoris&#233;es ne rencontreront pas ailleurs qu'&#224; l'&#233;cole. &#201;ric Mangez interroge &#233;galement le r&#244;le de la p&#233;dagogie invisible dans la reproduction des in&#233;galit&#233;s. Il analyse en particulier le d&#233;sarroi d'enseignants qui peinent &#224; objectiver le savoir. L'attrait pour les situations r&#233;elles, l'inscription des activit&#233;s dans les pratiques sociales des &#233;l&#232;ves, si elles permettent l'implication, la motivation et l'acc&#232;s au sens, butent sur la formalisation de savoirs d&#233;tach&#233;s de leur usage. Dans le contexte fran&#231;ais, la g&#233;n&#233;ralisation de la d&#233;marche d'investigation dans des disciplines comme la technologie en coll&#232;ge, se heurte actuellement aux m&#234;mes difficult&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple les travaux d'Andr&#233; Chervel ou d'Anne-Marie Chartier pour les lettres, d'H&#233;l&#232;ne Gispert pour les math&#233;matiques ou encore de Dominique Pestre pour les sciences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Viviane Isambert-Jamati, Culture technique et critique sociale &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, PUF, Paris, 1984&lt;br class='autobr' /&gt;
Nell Keddie, &#171; Le savoir dispens&#233; dans la salle de classe &#187;, in J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, Les sociologues, l'&#233;cole et la transmission des savoirs. Pr&#233;sentation et choix de textes, La Dispute, Paris, 2007, p151-187.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M.F.D. Young, &#8220;Alternative educational futures for a knowledge society&#8221;, European educational research journal, 2010, vol 9, n&#176;1, p.1-12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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