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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
Contact : gr-ds@orange.fr.
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>&#171; &#201;cole &#187;, de Laurence de Cock : &#233;l&#233;ments de discussion et de r&#233;flexion</title>
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		<dc:date>2019-10-10T16:17:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole commune</dc:subject>
		<dc:subject>Esprit critique</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;valuations</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La nouvelle collection Le mot est faible chez Anamosa propose de courts ouvrages d'intervention, qui visent &#224; chaque fois, selon l'&#233;diteur, la r&#233;appropriation critique d'un terme &#171; d&#233;voy&#233; par la langue au pouvoir &#187;. Apr&#232;s deux titres consacr&#233;s aux mots R&#233;volution et Peuple, le troisi&#232;me, &#201;cole, s'empare de la question scolaire. Vif, tranchant, d'une lecture tr&#232;s agr&#233;able, il est sign&#233; par Laurence de Cock. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celle-ci s'attache d'abord &#224; rappeler l'impuissance de l'&#233;cole actuelle &#224; donner vie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;&#233;cole commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;Esprit critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;&#233;valuations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH61/arton310-cac43.png?1790689108' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='61' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle collection &lt;i&gt;Le mot est faible&lt;/i&gt; chez Anamosa propose de courts ouvrages d'intervention, qui visent &#224; chaque fois, selon l'&#233;diteur, la r&#233;appropriation critique d'un terme &#171; d&#233;voy&#233; par la langue au pouvoir &#187;. Apr&#232;s deux titres consacr&#233;s aux mots &lt;i&gt;R&#233;volution&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Peuple&lt;/i&gt;, le troisi&#232;me, &lt;i&gt;&#201;cole&lt;/i&gt;, s'empare de la question scolaire. Vif, tranchant, d'une lecture tr&#232;s agr&#233;able, il est sign&#233; par Laurence de Cock.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci s'attache d'abord &#224; rappeler l'impuissance de l'&#233;cole actuelle &#224; donner vie &#224; l'id&#233;al r&#233;publicain de &#171; l'&#233;galit&#233; d'&#233;ducation &#187; dont se r&#233;clamait Jules Ferry&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; qui l'on doit la formule&#8230; bien qu'on lui en doive bien d'autres, je le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son organisation institutionnelle et les modalit&#233;s de son fonctionnement assurent bien plut&#244;t &#171; la perp&#233;tuation d'un syst&#232;me qui assigne &#224; r&#233;sidence sociale ses participants &#187; (p. 46). Ce &#224; quoi l'auteure oppose la vis&#233;e d'une &#171; &#233;cole commune, d&#233;mocratique et &#233;mancipatrice &#187; (p. 66), signalant dans cette perspective de fortes convergences, accompagn&#233;es toutefois de certaines r&#233;serves, avec les propositions avanc&#233;es de son c&#244;t&#233; par le GRDS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; cet &#233;gard sur ce site nos propositions pour une &#233;cole commune, .&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GRDS, &#224; son sens, &#171; fait partie des emp&#234;cheurs de tourner en rond avec lesquels il faut discuter et batailler &#187; (p. 76). Nous acceptons volontiers l'hommage, et l'invitation qui va avec. Discutons, donc, et r&#233;fl&#233;chissons de concert. Deux points me paraissent tout particuli&#232;rement m&#233;riter qu'on s'y arr&#234;te, tant ils sont au c&#339;ur des d&#233;bats actuels : l'appr&#233;ciation &#224; porter sur la politique de Blanquer, et ce qu'il en est du r&#244;le &#171; &#233;mancipateur &#187; que peut jouer l'&#233;cole, deux points sur lesquels je devrai marquer certaines diff&#233;rences d'appr&#233;ciation avec ce qu'en dit LDC. On pourra certes opposer &#224; mes objections la bri&#232;vet&#233; impos&#233;e des ouvrages d'Anamosa, qui contraignent in&#233;vitablement leurs auteurs &#224; la multiplication d'assertions insuffisamment justifi&#233;es. Mais Laurence de Cock sait que nos colonnes sont ouvertes &#224; la poursuite de l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jean-Michel Blanquer / Lecture, libert&#233; p&#233;dagogique, neurosciences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle posture &#224; l'&#233;gard de la politique minist&#233;rielle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LDC porte une appr&#233;ciation de la politique du minist&#232;re absolument convergente avec la quasi-totalit&#233; des analyses critiques de gauche : il n'y a rien &#224; sauver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous faisons pour notre part aucune illusion sur la nature de classe de cette politique. Nous avons d'ailleurs &#233;t&#233; des tout premiers &#224; la signaler, en soulignant la port&#233;e n&#233;o-lib&#233;rale et r&#233;trograde d'un rapport de l'Institut Montaigne qui pr&#233;figurait d&#232;s 2010 la politique aujourd'hui mise en &#339;uvre par le ministre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Quant au rapport de l'Institut Montaigne sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; et nous avons multipli&#233;, depuis son arriv&#233;e au minist&#232;re, les interventions d&#233;non&#231;ant tel ou tel aspect de cette derni&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, Blanquer, Dehaene, et la construction d'une &#233;cole d&#233;mocratique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, nous pr&#233;f&#233;rons l'analyse concr&#232;te des situations concr&#232;tes aux anath&#232;mes et autres pr&#234;t-&#224;-penser. De ce point de vue, tout nous para&#238;t indiquer que JMB est r&#233;ellement soucieux d'am&#233;liorer tr&#232;s s&#233;rieusement l'acquisition des &#171; fondamentaux &#187;, en r&#233;ponse notamment aux exigences explicites du patronat en ce domaine. Pour des raisons qui tiennent &#224; son histoire personnelle, il consid&#232;re qu'en mati&#232;re d'apprentissage de la lecture le recours &#224; la d&#233;marche syllabique est le moyen le plus s&#251;r d'y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le fond, cette orientation recueille l'assentiment du GRDS, que nous appuyons sur trois constats empiriques forts :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, les d&#233;crocheurs pr&#233;coces, les orient&#233;s malgr&#233; eux sont tous en &#233;chec depuis le CP, et cet &#233;chec au CP tient dans neuf cas sur dix &#224; un apprentissage rat&#233; de la lecture ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; l'inverse, une entr&#233;e r&#233;ussie dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, et cela quelle que soit l'origine sociale des &#233;l&#232;ves concern&#233;s, annonce une poursuite d'&#233;tudes r&#233;ussie dans le sup&#233;rieur ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En mati&#232;re de lecture toutes les enqu&#234;tes convergent, &#224; commencer par celle qu'a coordonn&#233;e R. Goigoux : les pr&#233;conisations de la syllabique sont les plus efficaces pour assurer la r&#233;ussite de ceux qui ont statistiquement le plus de chances d'&#233;chouer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment d&#232;s lors pourrions-nous, dans ces conditions, ne pas accueillir favorablement un objectif minist&#233;riel (100% de lecteurs &#224; la fin du CP) dont la r&#233;alisation est aussi indispensable &#224; toute entreprise de d&#233;mocratisation scolaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'entr&#233;e dans les math&#233;matiques, comme pour le contenu des &#233;valuations mises en &#339;uvre par le minist&#232;re, notre appr&#233;ciation est beaucoup plus r&#233;serv&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur notre site les contributions de Stella Baruk concernant le rapport (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est franchement critique pour toutes les mesures prises &#224; l'&#233;gard de l'enseignement professionnel, des cursus lyc&#233;ens, du bac, de l'entr&#233;e &#224; l'universit&#233; (et le &#171; management &#187; de l'institution et de ses agents par le ministre nous para&#238;t aux antipodes de ce que devraient &#234;tre les relations du pouvoir politique avec des fonctionnaires qui font leur travail avec un grand esprit de responsabilit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures vont clairement, elles, &#224; l'encontre d'une vis&#233;e d&#233;mocratique pour l'&#233;cole. Mais elles nous paraissent pour autant coh&#233;rentes avec le souci r&#233;el d'une alphab&#233;tisation correcte de tous les jeunes. C'est un principe de base que de ne pas sous-estimer l'intelligence de ses adversaires, et il vaut particuli&#232;rement pour l'actuel ministre. JMB sait tr&#232;s bien qu'en am&#233;liorant l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite sa politique va susciter un d&#233;sir massif d'&#233;tudes prolong&#233;es. Or, &#224; l'instar des fondateurs de l'&#233;cole unique de la V&#232;me R&#233;publique, De Gaulle et son ministre Berthoin, en bon d&#233;fenseur donc de l'&#233;cole de classe, il n'a aucune envie de voir les &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me scolaire &#171; envahis par des dizaines de milliers de jeunes qui n'ont rien &#224; y faire &#187; (Berthoin). Comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs qui, l'acc&#232;s des classes populaires &#224; un nouveau seuil du cursus g&#233;n&#233;ral &#224; peine autoris&#233;, se sont toujours empress&#233;s d'ouvrir des voies de d&#233;rivation, plus courtes et moins valoris&#233;es, mettant en place au bout du compte les trois voies du lyc&#233;e, il conjugue l'objectif d'am&#233;lioration des scolarit&#233;s primaires avec un ensemble de mesures propres &#224; pr&#233;venir le souhait de milliers de nouveaux arrivants d'acc&#233;der aux meilleurs cursus du lyc&#233;e et de l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette coh&#233;rence, la posture politique la plus favorable aux int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratisation scolaire ne nous para&#238;t se situer ni du c&#244;t&#233; du &#171; tout est bon &#187;, ni du c&#244;t&#233; du &#171; rien &#224; sauver &#187;. Si le patronat a besoin de travailleurs mieux alphab&#233;tis&#233;s, ne vaut-il pas mieux mettre &#224; profit cette occurrence historique, accompagner l'entreprise en imposant les meilleures conditions possibles de sa mise en &#339;uvre, et prendre appui sur cet acquis pour pousser le processus le plus loin possible, en s'opposant vigoureusement &#224; tout ce qui peut lui faire obstacle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la lecture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LdC se rallie tout aussi bien &#224; un autre consensus &#171; de gauche &#187;, autour du &#171; Lire c'est comprendre &#187;. Voil&#224; un cinquantenaire, ce &#171; Lire c'est comprendre &#187;, qui se porte encore bien, m&#234;me s'il commence &#224; perdre un peu de sa superbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise au pied de la lettre, la formule ne fait pas sens : on peut tr&#232;s bien lire un texte trop difficile &#224; comprendre, le comprendre de mille fa&#231;ons diff&#233;rentes, etc. Consid&#233;r&#233;e dans le contexte historique de son &#233;mergence et de sa diffusion, elle porte une double affirmation : on peut d&#233;chiffrer (un texte simple) sans comprendre ce qu'on d&#233;chiffre ; d&#232;s lors l'accent mis sur le d&#233;chiffrage dans l'apprentissage de la lecture est contradictoire avec l'exigence d'un acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension de ce qu'on d&#233;chiffre. Cette double affirmation repose elle-m&#234;me sur le pr&#233;suppos&#233; d'une s&#233;paration, d'une ind&#233;pendance entre d&#233;chiffrage et compr&#233;hension, pr&#233;suppos&#233; tr&#232;s discutable (m&#234;me si je sais que je peux d&#233;chiffrer la &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt; sans pour autant que son sens me soit d'embl&#233;e transparent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fortune de cette formule, &#171; Lire c'est comprendre &#187;, a de quoi surprendre. Sa promotion institutionnelle aupr&#232;s du monde enseignant a favoris&#233; l'adoption de m&#233;thodes de lecture &#171; mixtes &#187; empruntant &#224; la globale &#8211; et r&#233;duisant d'autant l'entra&#238;nement au d&#233;chiffrage &#8211;, adoption dont les r&#233;sultats se sont av&#233;r&#233;s spectaculairement limit&#233;s : 20% des jeunes se trouvent encore aujourd'hui &#224; quinze ans &#171; en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187; (et ce n'est pas sur un texte de Kant qu'on les test&#233;s !). Cela fait des d&#233;cennies que perdure la foi dans les m&#233;thodes mixtes, sans que les d&#233;mentis de l'exp&#233;rience y changent grand-chose : j'y vois pour ma part un cas &#233;tonnant d'aveuglement de masse, volontaire et durable, qui ferait un tr&#232;s beau sujet de recherche socio-historique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne ne devient intelligible que s'il s'y joue bien autre chose que le choix entre de simples techniques d'apprentissages. De fait, l'assaut des modernistes contre les p&#233;dagogies traditionnelles, dans les ann&#233;es 1960/70, a &#233;rig&#233; le rejet de la syllabique en embl&#232;me du progressisme p&#233;dagogique et politique. Ce rejet est devenu l'identifiant par excellence de la seule communaut&#233; p&#233;dagogique vraiment humaine, celle qui voue aux g&#233;monies l'&#233;cole dite &#171; des blouses grises &#187;, son &#233;thique autoritaire et son go&#251;t des apprentissages m&#233;caniques et r&#233;p&#233;titifs. La d&#233;testation revendiqu&#233;e de la syllabique s'accompagne parfois d'une argumentation instruite ; mais elle fonctionne aussi bien souvent comme un signe ostensible d'appartenance qui ne suppose aucune connaissance particuli&#232;re en mati&#232;re d'apprentissage de la lecture : c'est d'abord une fa&#231;on de parler de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reprendrai pas ici les raisons qui me paraissent plaider pour une efficacit&#233; sup&#233;rieure de la syllabique, en mati&#232;re de compr&#233;hension comme de d&#233;chiffrage. Je les ai, avec quelques autres, expos&#233;es ailleurs en long, en large, et en travers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment sur ce site la rubrique &#171; Apprentissage de la lecture &#187;, , (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je les ai formul&#233;es de fa&#231;on suffisamment explicite et pr&#233;cise, en tout cas, pour qu'elles puissent faire l'objet d'une critique serr&#233;e et tout aussi s&#233;rieusement argument&#233;e. Ce qui, sachant combien l'acc&#232;s des jeunes &#224; la langue &#233;crite est un enjeu crucial de la d&#233;mocratisation scolaire, me para&#238;trait bien pr&#233;f&#233;rable aux facilit&#233;s allusives auxquelles Laurence de Cock n'&#233;chappe pas quand, visant &#224; mots couverts la syllabique, elle oppose &#171; les m&#233;thodes de gavage de l'&#233;cole primaire &#187; &#224; &#171; une ouverture culturelle litt&#233;raire ou artistique, &#233;veillant au go&#251;t de la lecture et des chiffres &#187; (p. 22), et s'interroge sur les m&#233;faits d'un &#171; rapport &#224; la lecture con&#231;ue uniquement sous l'angle du d&#233;chiffrement &#187; (p. 60). Peut-on, sur une question aussi d&#233;cisive, se contenter de faire savoir d'o&#249; l'on parle ? Et trancher dans un d&#233;bat essentiel en faisant comme si l'affaire allait de soi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autoritarisme minist&#233;riel vs libert&#233; p&#233;dagogique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication de la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants, th&#232;me assez peu pr&#233;sent jusque-l&#224; dans le d&#233;bat scolaire, a connu une brusque flamb&#233;e avec l'arriv&#233;e de JMB au minist&#232;re. Le domaine concern&#233; est pr&#233;cis&#233;ment celui de la lecture, puisque c'est ici la didactique des apprentissages qui fait l'objet de l'intervention minist&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; management &#187; de l'affaire par JMB appara&#238;t en effet tr&#232;s d&#233;termin&#233;, face &#224; la r&#233;sistance tout aussi d&#233;termin&#233;e de la majorit&#233; des &#171; experts &#187; de la lecture, et &#224; la force d'inertie d'une culture professionnelle massivement partag&#233;e par les enseignants, les formateurs, l'encadrement, les organisations syndicales. On se souvient qu'une premi&#232;re tentative du minist&#232;re pour r&#233;habiliter la syllabique, sous de Robien en 2006, et dans laquelle JMB avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tr&#232;s impliqu&#233;, n'avait pratiquement rien donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'est pas question pour moi de chercher &#224; justifier les pratiques manag&#233;riales du ministre, l'invocation par ses opposants de la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants me para&#238;t appeler deux observations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser que l'effort du ministre pour influencer ces derniers porte par lui-m&#234;me scandaleusement atteinte &#224; leur libert&#233; p&#233;dagogique, c'est faire comme si depuis Guizot et la loi de 1833 l'&#201;tat n'avait pas en permanence cherch&#233; &#224; contr&#244;ler &#224; distance leur activit&#233; dans la classe. C'est oublier qu'en mati&#232;re de lecture cela fait des d&#233;cennies et des d&#233;cennies que le minist&#232;re s'attache &#224; l&#233;gitimer telle ou telle mani&#232;re de conduire les apprentissages, quitte &#224; les d&#233;l&#233;gitimer ult&#233;rieurement, comme l'illustre pour le si&#232;cle &#233;coul&#233; la s&#233;quence des instructions officielles de 1923, 1939, 1972, 1985. Et qu'il mobilise (avec succ&#232;s !) l'encadrement, IEN et conseillers p&#233;dagogiques, pour obtenir la plus large application possible de ses pr&#233;conisations didactiques. On peut certes imaginer un autre rapport de l'&#233;cole au pouvoir politique, plaider (comme le fait le GRDS) pour la suppression de l'encadrement hi&#233;rarchique et une v&#233;ritable autonomisation du monde enseignant, qui supposeraient une profonde r&#233;organisation de la formation initiale et continue des ma&#238;tres, de tout autres conditions en mati&#232;re d'exp&#233;rimentation, d'&#233;valuation et de concertation p&#233;dagogiques, et un contr&#244;le social exclusivement ex-post. Mais en ce cas il faut poser le probl&#232;me de la libert&#233; p&#233;dagogique pour lui-m&#234;me et dans toute son ampleur, ses pr&#233;suppos&#233;s, sa complexit&#233;. Dans les conditions d'aujourd'hui, le minist&#232;re est dans son r&#244;le &#8211; un r&#244;le qui ne lui a pas &#233;t&#233; contest&#233; lorsqu'il promouvait la m&#233;thode globale &#8211; quand il fait savoir ses pr&#233;f&#233;rences en mati&#232;re de didactique de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que ses pr&#233;conisations sont argument&#233;es de fa&#231;on explicite et assez pr&#233;cise. C'est donc sur ce terrain-l&#224;, celui de l'argumentation sur le fond, accompagn&#233;e et valid&#233;e par l'&#233;valuation des pratiques, que doit porter la contestation. &#192; cet &#233;gard, et c'est ma seconde observation, l'opposition syndicale est tout &#224; fait fond&#233;e &#224; mettre en cause des &#233;valuations visiblement organis&#233;es &#224; la va-vite et sans aucune concertation avec le monde enseignant, et &#224; alerter sur les risques &#233;ventuels d'un usage r&#233;pressif de leurs r&#233;sultats. Mais r&#233;cuser le principe m&#234;me de l'&#233;valuation en l'identifiant &#224; une r&#233;pression rel&#232;verait de la politique de l'autruche et reviendrait &#224; admettre qu'on part battu d'avance. Que pourrait craindre d'une &#233;valuation (dont les modalit&#233;s feraient consensus) celui qui est convaincu du bien-fond&#233; de ses choix didactiques ? Et alors que ses r&#233;sultats seraient de nature &#224; rendre mieux inform&#233; et plus r&#233;fl&#233;chi l'usage que les enseignants font de leur libert&#233; p&#233;dagogique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur &#171; l'instrumentalisation des sciences cognitives &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des sciences cognitives, LDC salue &#171; des recherches tr&#232;s stimulantes [dont les] conclusions font avancer la connaissance du cerveau &#187;. Mais, ajoute-t-elle, &#171; leur instrumentalisation par le pouvoir est plus que p&#233;rilleuse car elle agit comme un substitut &#224; toute r&#233;flexion sur les d&#233;terminations sociales &#187; (p. 61). L&#224; encore son propos s'inscrit dans le &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; de la pens&#233;e &#171; de gauche &#187; aujourd'hui sur l'&#233;cole. Il n'en m&#233;rite pas moins examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LDC souligne et d&#233;plore l'ampleur des in&#233;galit&#233;s sociales qui marquent le fonctionnement de notre syst&#232;me &#233;ducatif, dans lequel &#171; l'enfant de cadre a quarante fois plus de chances de devenir &#233;tudiant que l'enfant d'ouvrier (&#8230;) le diff&#233;rentiel est &#233;norme &#187; (p. 40). Ces in&#233;galit&#233;s pour elle ne vont pas de soi, et elle en &#233;voque diff&#233;rentes causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constater et d&#233;plorer est un premier pas, mais comment modifier la situation ? Aucune entreprise en ce sens n'est envisageable si la chose appara&#238;t impossible aux yeux du grand nombre. Or on ne peut ignorer que la conviction du caract&#232;re in&#233;vitable des in&#233;galit&#233;s scolaires reste aujourd'hui massivement partag&#233;e. Il y a quelques d&#233;cennies encore elles &#233;taient per&#231;ues comme proc&#233;dant d'un donn&#233; biologique : les jeunes &#233;taient plus ou moins &#171; aptes &#187; &#224; la r&#233;ussite scolaire. Cette croyance dans les &#171; aptitudes &#187; dominait tout l'&#233;ventail politique, ensemble de la gauche comprise, imposant ses limites au progressiste plan Langevin-Wallon lui-m&#234;me. A partir des ann&#233;es 1960 le justificatif fataliste des in&#233;galit&#233;s scolaires change progressivement de base, le donn&#233; social se substituant peu &#224; peu au donn&#233; biologique : les jeunes &#233;chouent parce qu'ils sont n&#233;s dans les familles et les quartiers populaires, qu'ils souffrent d'un handicap socioculturel, qu'ils ne sont pas dans un rapport de connivence avec l'&#233;cole, etc. La r&#233;f&#233;rence au donn&#233; biologique n'a pas compl&#233;tement disparu pour autant, elle a pris un caract&#232;re plus implicite. Elle reste sous-jacente &#224; la th&#233;matique du d&#233;terminisme social : depuis les ann&#233;es 60 experts et responsables minist&#233;riels ne nous r&#233;p&#232;tent-ils pas &#224; sati&#233;t&#233; que les enfants des quartiers populaires, qui ne seraient pas dou&#233;s pour l'abstraction, auraient besoin de &#171; p&#233;dagogies concr&#232;tes &#187;, sans que cela d'ailleurs ne soul&#232;ve nul scandale notable dans le monde scolaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apport des sciences cognitives s'av&#232;re ici radical, salutaire, balayant &lt;i&gt;du point de vue de la biologie&lt;/i&gt; des si&#232;cles de naturalisation biologique de l'in&#233;galit&#233; des destins sociaux : tous les enfants sont &#171; de formidables petites machines &#224; apprendre &#187; (S. Dehaene), ce n'est pas dans leur cerveau qu'il faut chercher l'origine d'un &#233;ventuel &#233;chec. M&#233;conna&#238;tre cet apport parce qu'un ministre de droite s'y r&#233;f&#232;re t&#233;moignerait d'une tr&#232;s courte vue. D'autant que ledit ministre s'en sert pour &#233;tayer son objectif de 100% de r&#233;ussites en lecture en fin de CP : faudrait-il se plaindre de ce type d'instrumentalisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il serait d'autant plus paradoxal d'incriminer l'appui cherch&#233; par le ministre chez Stanislas Dehaene que le travail majeur de ce dernier, &lt;i&gt;Les Neurones de la lecture&lt;/i&gt;, visiblement bien peu lu par ses d&#233;tracteurs, vient confirmer, sur le registre propre du biologique, et la critique philosophique de la th&#233;matique des dons d&#233;velopp&#233;e d&#232;s les ann&#233;es 1960&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, in GFEN, Dou&#233;, non dou&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et les apports linguistiques et anthropologiques propres &#224; soutenir le &#171; Tous capables &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?, La Dispute, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il vient &#233;clairer le pourquoi des constats r&#233;it&#233;r&#233;s de la statistique sociale internationale qui compare les m&#233;thodes d'apprentissage de la lecture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;cole commune et &#233;mancipation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Laurence de Cock se d&#233;clare donc en faveur d'une &#171; &#233;cole commune, d&#233;mocratique et &#233;mancipatrice &#187;. Avanc&#233;e par le GRDS voici quinze ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, &#201;cole, l'enjeu d&#233;mocratique, La Dispute, Paris, 2004.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la notion d'&#171; &#233;cole commune &#187; retrouvait sans le savoir l'inspiration du rapport &#224; la Convention r&#233;dig&#233; fin 1792 par Lepeletier de Saint Fargeau qui projetait, sous ce vocable, une &#233;cole accueillant &#224; l'identique les enfants de tous les milieux sociaux. Parler aujourd'hui d'&#233;cole commune c'est mettre en cause l'actuel syst&#232;me scolaire, ouvert &#224; tous et souvent qualifi&#233; en ce sens d'&#171; &#233;cole unique &#187;, mais qui, par la mise en concurrence les &#233;l&#232;ves qu'il accueille, finit par les affecter &#224; des parcours in&#233;galement valoris&#233;s, au point de reproduire les in&#233;galit&#233;s du monde social. Parler d'&#233;cole commune, c'est proposer une &#233;cole non concurrentielle, qui aurait pour vocation de conduire tous ses publics &#224; l'appropriation d'une culture commune au terme d'un parcours v&#233;ritablement commun de 2 &#224; 18 ans. S'il va de soi qu'une telle &#233;cole pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme &#171; d&#233;mocratique &#187;, quelles conditions devrait-elle remplir pour &#234;tre qualifi&#233;e d'&#171; &#233;mancipatrice &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'aspect sur lequel LDC s'arr&#234;te plus particuli&#232;rement, en opposant la conception de l'&#233;mancipation qu'elle r&#233;f&#232;re au p&#233;dagogue Paolo Freire et qui suppose un &#171; processus intellectuel critique &#187; de &#171; conscientisation des rapports de domination &#187;, pr&#233;alable indispensable &#224; l'abolition de ces rapports, aux usages &#171; d&#233;voy&#233;s &#187; qu'en fait E. Macron, qui associe le mot &#224; &#171; la libre entreprise de soi-m&#234;me &#187; et &#224; l'individualisme concurrentiel (pp. 66-67). Cette opposition lui sert de grille de lecture des p&#233;dagogies alternatives, puisqu'elle en retrouve le principe dans la diff&#233;rence entre les p&#233;dagogies de type Freinet, impr&#233;gn&#233;es des valeurs de solidarit&#233; et de justice sociale, auxquelles vont ses faveurs, et la p&#233;dagogie Montessori, qui privil&#233;gie l'&#233;panouissement individuel de l'enfant, et dont elle d&#233;nonce les &#171; d&#233;rives &#187; mercantiles qui feraient office aujourd'hui d'&#171; adjuvants d'un syst&#232;me n&#233;olib&#233;ral &#187; (p. 59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;mancipation et savoirs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette discussion est men&#233;e sans que soit interrog&#233;e quelque peu pr&#233;cis&#233;ment la relation entre transmission des savoirs et &#233;mancipation. La chose a de quoi &#233;tonner : n'est-ce pas dans le domaine des savoirs que l'&#233;cole, qui leur doit sa raison d'&#234;tre, peut apporter sa contribution essentielle &#224; l'&#233;mancipation de ses b&#233;n&#233;ficiaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le si&#232;cle dernier a vu s'op&#233;rer un basculement progressif, dans les discours experts sur l'&#233;cole, d'une conception qui mettait l'accent sur l'&#233;mancipation par les savoirs &#224; une conception qui pr&#234;te beaucoup moins d'attention &#224; leur acquisition effective qu'&#224; la mani&#232;re de les transmettre. Il y a l&#224; quelque chose de profond&#233;ment paradoxal. Car au long de la m&#234;me p&#233;riode le d&#233;veloppement de la production et de services de plus en plus p&#233;n&#233;tr&#233;s de connaissances savantes a suscit&#233; une demande toujours accrue de qualifications &#233;labor&#233;es sur le march&#233; du travail. L'essor des techniques remet sans cesse en cause une parcellisation des t&#226;ches que le patronat s'efforce tout aussi contin&#251;ment de reproduire &#224; un niveau sup&#233;rieur de comp&#233;tences productives. &#171; La grande industrie, &#233;crivait Marx avec une lucidit&#233; impressionnante pour l'&#233;poque, oblige la soci&#233;t&#233; sous peine de mort &#224; remplacer l'individu morcel&#233;, porte-douleur d'une fonction productive de d&#233;tail, par l'individu int&#233;gral qui sache tenir t&#234;te aux exigences les plus diversifi&#233;es du travail et ne donne, dans des fonctions altern&#233;es, qu'un libre essor &#224; la diversit&#233; de ses capacit&#233;s naturelles ou acquises &#187;. L'essor de la soci&#233;t&#233; bourgeoise a de fait clairement pour horizon la production de l'individu &#171; int&#233;gral &#187;, ou multilat&#233;ral&#8230; et suscite en m&#234;me temps des luttes acharn&#233;es pour emp&#234;cher son v&#233;ritable av&#232;nement : comme on le voit de fa&#231;on particuli&#232;rement manifeste dans l'entreprise aujourd'hui, o&#249; l'obligation patronale de faire appel &#224; toutes les formes d'initiative intelligente et responsable des salari&#233;s se double d'efforts gigantesques pour pr&#233;server le caract&#232;re subordonn&#233; du travail. Les politiques scolaires mises en &#339;uvre depuis la fin de la seconde guerre mondiale traduisent &#224; leur fa&#231;on cette logique contradictoire : contraintes d'ouvrir l'acc&#232;s aux &#233;tudes prolong&#233;es &#224; des publics sans cesse &#233;largis, elles s'av&#232;rent tout aussi soucieuses d'exclure la masse des nouveaux acc&#233;dants des formes les plus &#233;labor&#233;es de la culture &#233;crite en les d&#233;rivant vers les voies courtes et les qualifications limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment dans ce contexte historique l'&#233;cole pourrait-elle contribuer &#224; l'&#233;mancipation de ses publics sans se donner pour t&#226;che de faire sauter la chape de plomb qui ob&#232;re leur acc&#232;s le plus massif aux savoirs les plus &#233;labor&#233;s et aux qualifications les plus &#233;lev&#233;es ? Elle r&#233;pondrait ainsi au v&#339;u de neuf familles sur dix dans les milieux populaires. Et satisferait du m&#234;me coup une exigence historique cruciale, s'il est vrai que la survie de l'humanit&#233; appelle d&#233;sormais de fa&#231;on urgente une r&#233;volution culturelle indispensable pour lui permettre de reprendre collectivement la main sur son destin et de modifier en profondeur ses fa&#231;ons de produire et de consommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle r&#233;volution culturelle devrait viser la figure id&#233;ale de l'&#171; individu int&#233;gral &#187; et du plus haut degr&#233; de d&#233;mocratie possible. Elle devrait permettre une d&#233;sexpertisation massive de nos soci&#233;t&#233;s, le d&#233;veloppement en chaque individu d'une capacit&#233; &#224; repenser le monde, &#224; d&#233;battre de son avenir, &#224; agir de fa&#231;on instruite, responsable, innovante dans son domaine de sp&#233;cialit&#233;, rendant superflue la figure de l'expert, du concepteur s&#233;par&#233; de l'ex&#233;cutant. Elle devrait viser, en bref, la capacit&#233; concr&#232;te de chacun et de tous &#224; s'affronter &#224; toutes les dominations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'appropriation des savoirs par les jeunes g&#233;n&#233;rations s'av&#232;re en ce sens au c&#339;ur de la contribution que l'&#233;cole est susceptible d'apporter au processus d'&#233;mancipation humaine para&#238;t peu contestable, et soul&#232;ve &#224; son tour deux nouvelles questions. De quels savoirs s'agit-il, comment concevoir les savoirs &#224; transmettre par une &#233;cole &#233;mancipatrice ? Seconde question : la transmission de ces savoirs doit-elle s'accompagner, pour &#234;tre pleinement efficace, d'une action scolaire sp&#233;cifique sur le registre &#233;thico-politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;organisation des contenus d'enseignement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune, qui seule &#224; notre sens peut assurer &#224; tous une entr&#233;e normale dans la culture &#233;crite, implique la mise en place d'un tronc commun de la maternelle jusqu'&#224; un bac de culture g&#233;n&#233;rale, r&#233;servant les sp&#233;cialisations disciplinaires et professionnelles &#224; l'enseignement sup&#233;rieur. La suppression des fili&#232;res suppose d'&#233;vidence une r&#233;organisation g&#233;n&#233;rale du curriculum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;organisation doit permettre que, dans chaque mati&#232;re disciplinaire, le bagage transmis au terme du tronc commun soit suffisant pour autoriser une &#233;ventuelle sp&#233;cialisation dans cette mati&#232;re dans l'enseignement sup&#233;rieur. Et ce bagage doit fournir en m&#234;me temps ce qui sera indispensable aux non sp&#233;cialistes pour se confronter aux pratiques sociales qui mettent en jeu le savoir disciplinaire concern&#233;, et intervenir de fa&#231;on suffisamment instruite dans les d&#233;bats suscit&#233;s par ces pratiques. C'est l&#224; un cadre g&#233;n&#233;ral qui a plusieurs cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il implique, d'abord, l'introduction de nouvelles mati&#232;res : ainsi de l'enseignement de la technologie, de la r&#233;flexion sur l'objet technique et les fa&#231;ons de faire, enseignement absolument indispensable &#224; la formation de l'&#171; individu int&#233;gral &#187;, qui devrait trouver sa place d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir en ce sens Yves-Claude Lequin, Technique et technologie dans l'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cadre appelle aussi un r&#233;examen de la place des disciplines dans le cursus. On pense ici notamment &#224; l'int&#233;r&#234;t de d&#233;velopper la place des disciplines qui apprennent &#171; comment penser &#187;, l&#224; o&#249; &#233;taient plut&#244;t privil&#233;gi&#233;s des enseignements orient&#233;s vers le &#171; quoi penser &#187;. On peut envisager dans cette perspective d'introduire d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire des enseignements interrogeant le monde social et initiant &#224; la pratique de l'enqu&#234;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Bernard Lahire, &#192; quoi sert l'enseignement des sciences du monde social (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ainsi qu'un enseignement de la philosophie, qui, tout en &#233;tant adapt&#233; &#224; l'&#226;ge des &#233;l&#232;ves, les engage dans des investigations intellectuelles exigeantes et les confronte aux crit&#232;res de la r&#233;flexion rationnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Serge Cosp&#233;rec, &#171; Philosopher &#224; l'&#233;cole primaire ? &#187;, P&#233;dagogies de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la fa&#231;on m&#234;me d'enseigner les disciplines qu'il convient encore de r&#233;examiner en les tirant elles aussi du c&#244;t&#233; du &#171; comment penser &#187;. L'exp&#233;rience montre qu'il n'est pas si facile d'abandonner la d&#233;marche expos&#233; magistral/m&#233;morisation de faits qui seraient empiriquement donn&#233;s, afin de donner toute sa place &#224; l'appropriation par les &#233;l&#232;ves du point de vue &#224; partir duquel la discipline concern&#233;e interroge son objet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie sur ce point aux r&#233;flexions propos&#233;es par Jean-Pierre Astolfi, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut penser ici par exemple &#224; l'enseignement de l'histoire, qui a tant de mal selon ses propres didacticiens &#224; conjuguer le &#171; quoi penser &#187; (le r&#233;cit des &#171; faits &#187;, si l'on pr&#233;f&#232;re, ou plut&#244;t un certain r&#233;cit des faits) et l'indispensable distanciation r&#233;flexive &#224; son &#233;gard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple : Nicole Lautier et Nicole Allieu-Mary, &#171; La didactique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ne serait-il pas particuli&#232;rement utile, &#224; ce sujet, de repenser compl&#233;tement l'ensemble des enseignements de sciences sociales, histoire, g&#233;ographie, &#233;conomie, sociologie, anthropologie, &#224; partir du CP ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ainsi J&#233;r&#244;me Deauvieau, Quel enseignement pour penser le monde social ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais la question se pose tout aussi bien dans les sciences exp&#233;rimentales et les math&#233;matiques ; ainsi pour ces derni&#232;res de cette remarque d'un professeur du secondaire : &#171; Si notre enseignement se pr&#233;sente comme intellectuellement exigeant, la rigueur de la d&#233;monstration en est le c&#339;ur, il ne laisse h&#233;las pas souvent la place &#224; la r&#233;flexion sur son contenu, ne se pr&#233;sente pas assez comme un constituant de la culture humaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quels sont les math&#233;maticiens dont le nom survit &#224; la fin des &#233;tudes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui contribue probablement au d&#233;sint&#233;r&#234;t voir au rejet des math&#233;matiques par bon nombre d'&#233;l&#232;ves hors les classes scientifiques. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Gerbal, &#171; Coll&#232;ge/lyc&#233;e : mettre les &#233;l&#232;ves en travail et en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Probl&#233;matiser et historiciser les connaissances produites dans chaque discipline, c'est apprendre aux &#233;l&#232;ves &#224; raisonner, r&#233;fl&#233;chir, abstraire, dans le cadre de cette discipline, et du m&#234;me coup contribuer &#224; la formation du fameux &#171; esprit critique &#187; que les p&#233;dagogies progressistes invoquent autant qu'elle para&#238;t difficile &#224; r&#233;aliser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Serge Cosp&#233;rec, D&#233;velopper l'esprit critique des &#233;l&#232;ves ? Un mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Former des hommes, propager des connaissances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurence de Cock rappelle cette formule de Lepeletier de Saint Fargeau : &#171; Former des hommes, propager des connaissances humaines : telles sont les deux parties du probl&#232;me que nous avons &#224; r&#233;soudre &#187;. Mais s'agit-il vraiment de deux objectifs s&#233;par&#233;s ? Leur dissociation m&#233;rite d'&#234;tre interrog&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons d'y insister : &#171; propager des connaissances &#187; n'est pas r&#233;ductible &#224; &#171; porter &#224; la connaissance &#187;. Ce n'est pas une simple communication d'informations. C'est &#8211; en tout cas cela peut &#234;tre ou cela devrait &#234;tre &#8211; &#224; la fois transmettre le patrimoine culturel qui sp&#233;cifie un moment historique donn&#233; et former une capacit&#233; de distanciation r&#233;flexive &#224; son &#233;gard. C'est mettre par suite les jeunes g&#233;n&#233;rations en position de faire vivre mais aussi de faire &#233;voluer ce patrimoine, et d&#232;s lors&#8230; former des hommes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faut-il pr&#233;ciser que je prends &#171; homme &#187; dans un sens encore plus g&#233;n&#233;rique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recouvrement entre &#171; propager des connaissances &#187; et &#171; former des hommes &#187; est donc en r&#233;alit&#233; tr&#232;s large. Peut-on s'en tenir l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institution scolaire a toujours &#233;t&#233; charg&#233;e d'une vis&#233;e sp&#233;cifique de formation d'un certain type d'homme, pr&#233;par&#233; &#224; l'acceptation et &#224; l'assomption d'une position sociale donn&#233;e : formation cens&#233;ment assur&#233;e &#224; la fois par la transmission de savoirs non critiques, exempts de toute remise en cause de l'ordre social, par l'inculcation d'injonctions d'ordre moral, par l'imposition de comportements marqu&#233;s par l'ob&#233;issance et le respect hi&#233;rarchique (ou &#224; l'inverse, s'agissant de l'&#233;lite sociale, par la pr&#233;paration au commandement). Depuis les ann&#233;es 1960-70, l'affaiblissement des valeurs et des pratiques d'autorit&#233; a laiss&#233; place &#224; la mont&#233;e en puissance d'une culture de l'individualisme concurrentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce m&#234;me terrain de la &#171; formation de l'homme &#187; qu'interviennent les p&#233;dagogies alternatives, mais en prenant sous tel ou tel aspect le contrepied des vis&#233;es des classes dominantes, ainsi du courant d'id&#233;es initi&#233; par Maria Montessori pr&#244;nant le respect et l'&#233;panouissement de l'enfant, et des valeurs d'entraide plut&#244;t que de mise en concurrence (les &#233;l&#232;ves ne sont ni not&#233;s ni class&#233;s) ; ou du mouvement Freinet, privil&#233;giant la formation de citoyens libres, responsables et solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse de vis&#233;es d'assujettissement ou de vis&#233;es d'&#233;mancipation, il est bien difficile de se faire une id&#233;e pr&#233;cise de leurs effets r&#233;els sur le futur adulte. De fa&#231;on av&#233;r&#233;e, la scolarisation a des cons&#233;quences consid&#233;rables, mais la transformation du rapport au monde qu'elle induit semble tenir en premier lieu &#224; l'essor des connaissances et des capacit&#233;s r&#233;flexives. Elle affecte un ensemble de pratiques &#8211; culturelles, de consommation, de f&#233;condit&#233;, etc. &#8211;, mais son impact dans le domaine &#233;thico-politique semble beaucoup plus incertain, sauf &#224; d&#233;tourner au plan &#233;lectoral du vote pour l'extr&#234;me-droite. Les choix et les engagements &#233;thiques et politiques semblent relever au premier chef des h&#233;ritages familiaux, des exp&#233;riences professionnelles, des conjonctures historiques. Ce n'est certes pas une raison pour n&#233;gliger l'efficace potentielle de l'action scolaire en la mati&#232;re, mais sans la sur&#233;valuer pour autant, et notamment sans lui sacrifier sa mission premi&#232;re de partage des savoirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, &#201;cole et &#233;mancipation, GRDS, 2013, .&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera que l'imp&#233;ratif de d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs ne peut &#234;tre lui-m&#234;me mis en &#339;uvre sans cons&#233;quences dans le domaine classiquement consid&#233;r&#233; comme celui de la &#171; formation de l'homme &#187; : il para&#238;t en effet impossible &#224; mettre en &#339;uvre dans le cadre actuel de la comp&#233;tition scolaire propre &#224; l'&#233;cole unique. Il ne peut se r&#233;aliser que dans une &#233;cole commune sans note et sans classement hi&#233;rarchique des &#233;l&#232;ves, il suppose la forme scolaire donc la moins susceptible de favoriser l'inculcation des valeurs de l'individualisme concurrentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette &#233;cole commune doit intervenir plus encore sur le terrain des valeurs, c'est certainement en privil&#233;giant la perspective du comment penser au d&#233;triment l&#224; encore du quoi penser, en s'attachant &#224; former la capacit&#233; des jeunes g&#233;n&#233;rations &#224; penser la question des valeurs et &#224; interroger le champ de l'&#233;thico-politique plut&#244;t qu'&#224; chercher &#224; leur imposer les valeurs elles-m&#234;mes, f&#251;t-ce sous la forme en vogue aujourd'hui des &#171; &#233;ducations &#224; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; cet &#233;gard Alain Beitone, Les &#034;&#233;ducations &#224;&#034;&#8230; Ya basta ! , GRDS, 2015, .&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient en d&#233;finitive l'angle d'approche et la question soulev&#233;e, il ne para&#238;t gu&#232;re pertinent de dissocier l'appropriation des savoirs et la formation de l'homme et du citoyen. La pr&#233;occupation pour cette derni&#232;re est importante et l&#233;gitime, mais il serait illusoire de pr&#233;tendre l'autonomiser des contraintes de la &#171; propagation des connaissances &#187;. La classique opposition entre &#233;ducation et instruction ne tient pas la route, et il serait certainement plus op&#233;ratoire, pour penser les politiques scolaires, de recourir &#224; la distinction entre le &#171; quoi penser &#187; et le &#171; comment penser &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Distinction que J&#233;r&#244;me Deauvieau reprend &#224; l'historien isra&#233;lien Shlomo Sand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien admettre &#224; cet &#233;gard que les p&#233;dagogies alternatives ont plac&#233; la &#171; formation de l'homme &#187; au centre de leur attention, en s'int&#233;ressant beaucoup moins &#224; la transmission des savoirs. Laurence de Cock souligne combien C&#233;lestin Freinet valorisait le travail des &#233;l&#232;ves. Mais il faut aussi rappeler que l'objectif de ce p&#233;dagogue, dans le monde social qui &#233;tait le sien, n'&#233;tait pas d'introduire ses &#233;l&#232;ves aux difficult&#233;s et aux emb&#251;ches d'&#233;tudes prolong&#233;es, mais de former des paysans, des ouvriers, des employ&#233;s dispos&#233;s &#224; l'action coop&#233;rative et disposant des moyens (notamment en mati&#232;re de narration &#233;crite) d'occuper leur position sociale en citoyens libres et solidaires. Le monde a chang&#233;, et du m&#234;me coup ce que sont les pr&#233;suppos&#233;s d'une politique scolaire d&#233;mocratique. Les h&#233;ritiers de Freinet ont-ils int&#233;gr&#233; ces nouvelles exigences historiques ? Il est vrai que les effets pratiques des scolarit&#233;s effectu&#233;es dans le cadre des p&#233;dagogies alternatives ont rarement &#233;t&#233; mesur&#233;s. Mais le peu que l'on en sait concernant le mouvement Freinet laisse perplexe. Ce que l'on en sait : il s'agit de cette &#233;cole de ZEP de la banlieue de Lille pratiquant la p&#233;dagogie Freinet. La comparaison syst&#233;matique men&#233;e par une &#233;quipe universitaire entre les performances des &#233;l&#232;ves parvenus en fin de CM2, et celles de leurs homologues de l'&#233;cole voisine dans la ZEP, ainsi que d'une autre &#233;cole proche, mais hors ZEP et socialement h&#233;t&#233;rog&#232;ne, montre que les &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole Freinet sont aussi &#224; l'aise en narration libre que ceux de l'&#233;cole hors ZEP, mais que leur ma&#238;trise formelle de la langue &#233;crite et leurs r&#233;sultats dans toutes les autres mati&#232;res ne les diff&#233;rencient gu&#232;re de l'autre &#233;cole ZEP. Ils n'ont que tr&#232;s partiellement acquis, si l'on pr&#233;f&#232;re, le bagage de ces fameux &#171; savoirs fondamentaux &#187; qui leur serait n&#233;cessaire pour poursuivre sans trop de probl&#232;mes une scolarit&#233; secondaire et sup&#233;rieure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Yves Reuter (direction), Une &#233;cole Freinet. Fonctionnement et effets (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qui plus est, on ne sache pas que la publication de cette recherche ait suscit&#233; au sein du mouvement Freinet le besoin d'un aggiornamento passant par une meilleure prise en compte des contraintes de la &#171; propagation des connaissances &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne dispose d'aucun travail d'investigation comparable concernant les &#233;coles Montessori. Au vu d'exp&#233;riences d'observation ponctuelles dans des &#233;tablissements &#171; orthodoxes &#187;, qui s'efforcent d'&#234;tre fid&#232;les &#224; l'h&#233;ritage de la fondatrice (je laisse ici de c&#244;t&#233; les &#171; d&#233;rives mercantiles &#187; qu'&#233;voque LDC), il me para&#238;t clair qu'&#224; l'instar du mouvement Freinet on a affaire &#224; une conduite des apprentissages qui respecte les enfants et en obtient des comportements libres, responsables et pacifi&#233;s. Lui reprocher de viser &#171; l'&#233;panouissement des enfants &#187; me para&#238;t peu convaincant d&#232;s lors que cette vis&#233;e n'est li&#233;e &#224; aucune mise en comp&#233;tition : quels parents, quelle soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique r&#233;cuseraient un tel objectif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai soulign&#233; par ailleurs, l'&#233;cole publique aurait tout int&#233;r&#234;t &#224; exp&#233;rimenter et &#224; g&#233;n&#233;raliser le cas &#233;ch&#233;ant certaines des innovations propres &#224; ces mouvements p&#233;dagogiques. &#201;tant entendu qu'il n'y a pas d'&#233;cole &#233;mancipatrice qui laisserait une partie des jeunes g&#233;n&#233;rations &#224; l'&#233;cart du patrimoine culturel de leur temps, et qui ne t&#233;moignerait donc de la m&#234;me exigence intellectuelle &#224; l'&#233;gard de tous ses publics, on ne voit en effet aucune raison de n&#233;gliger la contribution possible &#224; l'ambition d'une telle &#233;cole de l'exp&#233;rience historique accumul&#233;e par les p&#233;dagogies alternatives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; qui l'on doit la formule&#8230; bien qu'on lui en doive bien d'autres, je le note au passage, qui trahissent, elles, de solides convictions in&#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; cet &#233;gard sur ce site nos propositions pour une &#233;cole commune, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique20&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique20&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Quant au rapport de l'Institut Montaigne sur l'enseignement primaire&lt;/i&gt;, GRDS, 7-5-2 010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;Blanquer, Dehaene, et la construction d'une &#233;cole d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, 2019, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article305&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article305&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan 2000-2016 et enseignements&lt;/i&gt;, GRDS, 2016, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur notre site les contributions de Stella Baruk concernant le rapport Villani-Torossian et les &#233;valuations minist&#233;rielles : &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article290&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article290&lt;/a&gt;, et &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article294&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article294&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment sur ce site la rubrique &#171; Apprentissage de la lecture &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique10&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique10&lt;/a&gt;, par exemple Janine Reichstadt, &lt;i&gt;D&#233;chiffrer pour comprendre. Une question cl&#233; pour l'apprentissage de la lecture&lt;/i&gt;, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, in GFEN, &lt;i&gt;Dou&#233;, non dou&#233;&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, Paris, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan 2000-2016 et enseignements&lt;/i&gt;, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;&#201;cole, l'enjeu d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir en ce sens Yves-Claude Lequin, &lt;i&gt;Technique et technologie dans l'&#233;cole commune, premi&#232;res propositions&lt;/i&gt;, GRDS, 2012, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article158&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article158&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir Bernard Lahire, &lt;i&gt;&#192; quoi sert l'enseignement des sciences du monde social ? &lt;/i&gt; GRDS, 2015 : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article211&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article211&lt;/a&gt; ; ainsi que J&#233;r&#244;me Deauvieau, &lt;i&gt;Quel enseignement pour penser le monde social ? Quelques r&#233;flexions et propositions&lt;/i&gt;, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Serge Cosp&#233;rec, &#171; Philosopher &#224; l'&#233;cole primaire ? &#187;, &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, La Dispute, &#224; para&#238;tre, mars 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie sur ce point aux r&#233;flexions propos&#233;es par Jean-Pierre Astolfi, &lt;i&gt;La Saveur des savoirs. Disciplines et plaisir d'apprendre&lt;/i&gt;, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2008, r&#233;&#233;d. 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple : Nicole Lautier et Nicole Allieu-Mary, &#171; La didactique de l'histoire &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, n&#176;162, janvier-mars 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ainsi J&#233;r&#244;me Deauvieau, &lt;i&gt;Quel enseignement pour penser le monde social ? Quelques r&#233;flexions et propositions&lt;/i&gt;, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&lt;/a&gt; ; et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Disciplines scolaires et savantes : le cas des SES, une discussion. Pour une r&#233;flexion &#233;largie sur l'enseignement des sciences sociales&lt;/i&gt;, GRDS, 2016, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article217&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article217&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quels sont les math&#233;maticiens dont le nom survit &#224; la fin des &#233;tudes en dehors de Pythagore et Thal&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Gerbal, &#171; Coll&#232;ge/lyc&#233;e : mettre les &#233;l&#232;ves en travail et en pens&#233;e math&#233;matique &#187;, in &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, &#224; para&#238;tre aux &#233;ditions La Dispute, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Serge Cosp&#233;rec, &lt;i&gt;D&#233;velopper l'esprit critique des &#233;l&#232;ves ? Un mouvement anglo-saxon, le Critical Thinking&lt;/i&gt;, GRDS, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article286&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article286&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Faut-il pr&#233;ciser que je prends &#171; homme &#187; dans un sens encore plus g&#233;n&#233;rique que ne le faisait Saint Fargeau ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;&#201;cole et &#233;mancipation&lt;/i&gt;, GRDS, 2013, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article176&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article176&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; cet &#233;gard Alain Beitone, &lt;i&gt;Les &#034;&#233;ducations &#224;&#034;&#8230; Ya basta ! &lt;/i&gt;, GRDS, 2015, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/ecrire/?exec=article&amp;id_article=190&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/ecrire/?exec=article&amp;id_article=190&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Distinction que J&#233;r&#244;me Deauvieau reprend &#224; l'historien isra&#233;lien Shlomo Sand dans ses r&#233;flexions sur l'enseignement du monde social, voir &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Yves Reuter (direction), &lt;i&gt;Une &#233;cole Freinet. Fonctionnement et effets d'une p&#233;dagogie alternative en milieu populaire&lt;/i&gt;, L'Harmattan, Paris, 2008, et mon compte-rendu de l'ouvrage sur le site du GRDS (2009), &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article21&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article21&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016, pp. 118-123.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>PISA. Commentaires et enseignements d'une comparaison internationale</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article41</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article41</guid>
		<dc:date>2016-12-08T12:13:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe du GRDS</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;cole unique</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;[Une fois de plus une partie des commentaires suscit&#233;s par la publication des donn&#233;es de l'enqu&#234;te PISA 2015 s'en prend &#224; la d&#233;marche d'enqu&#234;te &#8211; pire parfois s'en tient l&#224;, comme si le d&#233;nigrement du thermom&#232;tre pouvait encore aujourd'hui (la m&#233;thode a eu ses beaux jours dans les ann&#233;es 2000) dissimuler la mauvaise fi&#232;vre qui affecte notre syst&#232;me &#233;ducatif. Critiquer les proc&#233;dures de PISA c'est enfoncer une porte ouverte, et que l'on sache aucun chercheur en France ne les d&#233;fend en tant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;Rep&#232;res &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;&#233;cole unique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH85/arton41-3967d.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff41.jpg?1790685251&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[Une fois de plus une partie des commentaires suscit&#233;s par la publication des donn&#233;es de l'enqu&#234;te PISA 2015 s'en prend &#224; la d&#233;marche d'enqu&#234;te &#8211; pire parfois s'en tient l&#224;, comme si le d&#233;nigrement du thermom&#232;tre pouvait encore aujourd'hui (la m&#233;thode a eu ses beaux jours dans les ann&#233;es 2000) dissimuler la mauvaise fi&#232;vre qui affecte notre syst&#232;me &#233;ducatif. Critiquer les proc&#233;dures de PISA c'est enfoncer une porte ouverte, et que l'on sache aucun chercheur en France ne les d&#233;fend en tant que telles. Les reproches m&#233;thodologiques que l'on peut leur adresser ne sont pour autant pas de nature &#224; enlever aux r&#233;sultats leur valeur d'alerte, et ce qu'ils nous disent &#224; la fois : et de l'&#233;volution de la situation au fil du temps ; et de l'ampleur des in&#233;galit&#233;s sociales devant les savoirs de l'&#233;crit, non seulement en valeur relative par comparaison avec les autres syst&#232;mes nationaux, mais sans doute plus encore en valeur absolue, sachant le potentiel d'apprentissage de tous les enfants, ceux des &#171; quartiers &#187; inclus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi nous a-t-il paru pertinent de reprendre l'&#233;tude qu'on pourra lire ci-dessous, initialement publi&#233;e en 2009&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te de 2015 ne nous dit rien de fondamentalement neuf. Elle a toutefois l'avantage de confirmer que, conjugu&#233;e &#224; la plus stricte aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire, la premi&#232;re mise en &#339;uvre des politiques de socle commun, politiques qui renoncent ouvertement &#224; une &#233;cole de la r&#233;ussite pour tous, ne pouvait qu'aggraver une situation d&#233;j&#224; tr&#232;s pr&#233;occupante (les jeunes qui ont &#233;t&#233; enqu&#234;t&#233;s cette fois-ci sont des produits du socle Fillon, auquel succ&#232;de aujourd'hui le socle Peillon, dont on ne voit d'ailleurs vraiment pas pour quelle raison il donnerait de meilleurs r&#233;sultats).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons quelques donn&#233;es de PISA 2015 concernant les &#233;l&#232;ves de France :&lt;br class='autobr' /&gt;
* Le score moyen des &#233;l&#232;ves de 3e en retard est juste en dessous du niveau de la moyenne des &#233;l&#232;ves du Mexique ou de la Turquie ;&lt;br class='autobr' /&gt;
* il est inf&#233;rieur &#224; celui des &#233;l&#232;ves de 2nde professionnelle...&lt;br class='autobr' /&gt;
* ... qui est lui m&#234;me inf&#233;rieur &#224; ceux des &#233;l&#232;ves de 14 ans en 3e (sans retard) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
* seuls les &#233;l&#232;ves de seconde g&#233;n&#233;rale et technologique sans retard rejoignent le score moyen des &#233;l&#232;ves de Finlande, du Canada ou d'Estonie ;&lt;br class='autobr' /&gt;
* la d&#233;gradation en valeur absolue des performances des jeunes g&#233;n&#233;rations dans notre pays concerne au premier chef les &#233;l&#232;ves des milieux populaires, mais elle affecte aussi les acquis des meilleurs &#233;l&#232;ves, comme le montrent les travaux de la DEPP-MEN.]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_250 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH402/pisa_2015_-_figure_1_-_ni37-31a09.jpg?1790689098' width='500' height='402' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_251 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L334xH455/pisa_2015_-_figure_7-fefb0.jpg?1790689098' width='334' height='455' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;PISA. Commentaires et enseignements d'une comparaison internationale&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Jean-Pierre Terrail (2009)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parution du petit livre de Baudelot et Establet sur PISA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Baudelot et Roger Establet, L'&#233;litisme r&#233;publicain. L'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vient r&#233;actualiser avec bonheur la question de la comparaison internationale des syst&#232;mes &#233;ducatifs, et apporter un &#233;clairage fort sur un sujet controvers&#233;. Il nous fournit l'occasion de revenir sur ces controverses et sur les enseignements de l'enqu&#234;te PISA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'essentiel : financ&#233;e par l'OCDE et con&#231;ue par des chercheurs australiens, PISA soumet tous les trois ans (2 000, 2 003, 2 006), dans chacun des pays enqu&#234;t&#233;s (57 en 2006), environ 5 000 jeunes scolaires de 15 ans &#224; une &#233;preuve de &#171; comp&#233;tences &#187; de 210 minutes portant sur trois domaines : la compr&#233;hension de l'&#233;crit, la culture math&#233;matique, la culture scientifique. L'enqu&#234;te porte en outre sur les caract&#233;ristiques &#233;conomiques et socioculturelles des familles des &#233;l&#232;ves enqu&#234;t&#233;s (et le profil de leur &#233;tablissement scolaire). Elle permet ainsi de comparer les performances des adolescents sous l'angle tant de leur moyenne que de leur dispersion dans chaque pays ; et de rapporter ces performances aux ressources des familles, en mesurant ainsi ce qu'elles doivent en propre &#224; l'action des syst&#232;mes scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats de l'enqu&#234;te ont &#233;t&#233; tr&#232;s mal re&#231;us en France, de droite comme de gauche, tant sans doute parce qu'elle classe la France &#224; un rang d'efficacit&#233; moyenne assez modeste, pour un pays d&#233;velopp&#233; aussi fier de sa culture (autour de la 17&#232;me place), que parce que ce classement souligne les limites d'efficacit&#233; des dispositifs p&#233;dagogiques en vigueur. Les critiques ont &#233;t&#233; de deux ordres. On a voulu imputer les bonnes performances des premiers &#8211; et notamment de la Finlande, vainqueur embl&#233;matique de la comparaison &#8211; non aux caract&#233;ristiques de leur syst&#232;me &#233;ducatif mais &#224; celles du contexte national : ainsi pour la Finlande a-t-on &#233;voqu&#233; &#224; l'envi sa faible immigration, ses in&#233;galit&#233;s sociales r&#233;duites, etc. Mais on reviendra un peu plus tard sur la pertinence de cet argument, pour examiner d'abord la seconde critique. Celle-ci porte sur la nature des &#233;preuves visant &#224; &#233;valuer les &#233;l&#232;ves, qui leur demandent moins de restituer des connaissances que de montrer leur capacit&#233; &#224; les mobiliser dans des situations de la vie courante. Or, &#224; la diff&#233;rence des syst&#232;mes scolaires anglo-saxons, l'&#233;cole fran&#231;aise (en tout cas jusqu'&#224; la fin du coll&#232;ge) reste beaucoup plus centr&#233;e sur la transmission des savoirs que sur la formation des comp&#233;tences : ainsi s'expliquerait le m&#233;diocre classement de la France par PISA.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_90 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L276xH417/elitisme_republicain-9e6d2.gif?1790689098' width='276' height='417' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Savoirs et comp&#233;tences&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette seconde critique, Baudelot et Establet opposent deux arguments. Ils notent d'abord que ce qui est demand&#233; aux enqu&#234;t&#233;s, au titre de mesure de leurs &#171; comp&#233;tences &#187;, ce n'est effectivement pas de restituer tels quels des savoirs acquis, mais de montrer qu'ils sont capables de les mobiliser dans des situations de la vie courante. Ils en concluent que &#171; les comp&#233;tences &#233;valu&#233;es par PISA reposent davantage sur la compr&#233;hension globale des concepts que sur l'accumulation de connaissances sp&#233;cifiques &#187; (p. 25). Autrement dit : m&#234;me si les questions pos&#233;es par PISA peuvent appara&#238;tre plus ou moins d&#233;cal&#233;es par rapport au type d'&#233;valuation familier aux &#233;l&#232;ves fran&#231;ais, la capacit&#233; d'y r&#233;pondre correctement n'en t&#233;moigne pas moins d'une int&#233;gration intelligente des savoirs enseign&#233;s. Le second argument vient conforter celui-ci, en le validant &#224; sa fa&#231;on. Baudelot et Establet observent en effet que les performances r&#233;alis&#233;es par les &#233;l&#232;ves enqu&#234;t&#233;s en France par PISA recoupent largement, en mati&#232;re de niveau comme de dispersion, les &#233;valuations faites par les chercheurs fran&#231;ais du minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale (DEPP) ou par le minist&#232;re de la D&#233;fense, et correspondent bien &#224; la structure des dipl&#244;mes obtenus en fin de parcours. Les &#171; comp&#233;tences &#187; mesur&#233;es par PISA ont donc, de fait, &#224; voir de pr&#232;s avec les savoirs de la culture &#233;crite effectivement appropri&#233;s par les enqu&#234;t&#233;s fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat invite sans doute &#224; r&#233;fl&#233;chir plus avant les rapports entre &#171; savoirs &#187; et &#171; comp&#233;tences &#187;. Rien n'interdit, &#224; cet &#233;gard, de pr&#233;venir &#224; l'encontre d'une acception r&#233;ifiante et substantialiste de la notion de &#171; comp&#233;tences &#187;, qui en ferait une chim&#232;re analogue aux &#171; aptitudes &#187; de Binet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple Pierre Vrignaud, &#171; La mesure de la litt&#233;racie dans PISA : la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Apr&#232;s tout les chercheurs de PISA, comme tous les scientifiques, peuvent bien avoir leur &#171; philosophie spontan&#233;e &#187;, pour reprendre la formule d'Althusser : ce n'est pas &#224; la qualit&#233; de cette philosophie qu'on peut mesurer la pertinence de leurs r&#233;sultats de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs d'ESCOL ont ainsi men&#233; une analyse secondaire particuli&#232;rement int&#233;ressante, centr&#233;e sur l'appropriation de la langue &#233;crite, &#224; partir de PISA 2000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;lisabeth Bautier, Jacques Crinon, Patrick Rayou, Jean-Yves Rochex, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Examinant une centaine de cahiers de r&#233;ponse &#224; l'enqu&#234;te, ils observent la fragilit&#233; de la notion de comp&#233;tences. Certains enqu&#234;t&#233;s r&#233;alisent d'une question &#224; l'autre des performances tr&#232;s variables : comment donc, les concernant, d&#233;finir un niveau de comp&#233;tence d&#233;termin&#233; (et donc, par principe, stable) ? Et, conjointement, les r&#233;ponses trahissent bien d'autres choses que des &#171; comp&#233;tences &#187;. Ces observations invalident-elles les donn&#233;es de PISA en tant qu'elles indiquent le niveau d'acculturation litt&#233;ratienne des enqu&#234;t&#233;s ? L'enqu&#234;te &#224; laquelle ont proc&#233;d&#233; en propre les chercheurs d'ESCOL, en soumettant &#224; leur tour plusieurs centaines d'enqu&#234;t&#233;s aux questions de PISA, semble au contraire les confirmer largement. Le traitement des r&#233;ponses les a amen&#233;s &#224; distinguer cinq cat&#233;gories d'&#233;l&#232;ves selon le type et le niveau de leurs performances. Le poids respectif de ces cat&#233;gories dessine une configuration qui recoupe sensiblement les conclusions des chercheurs de PISA. On note en outre que les enqu&#234;t&#233;s aux performances instables se concentrent dans l'entre-deux des &#233;l&#232;ves moyens. C'est assez logique : &#224; un p&#244;le les meilleurs &#233;l&#232;ves ma&#238;trisent pleinement les connaissances &#224; partir desquelles ils &#233;laborent leurs r&#233;ponses ; &#224; l'autre p&#244;le les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; se d&#233;finissent &#224; l'oppos&#233; comme d&#233;pourvus des bases essentielles des savoirs lettr&#233;s. Rien d'&#233;tonnant qu'ils fournissent les uns et les autres un niveau de performances assez constant. Entre ces deux p&#244;les, les &#233;l&#232;ves moyens se caract&#233;risent par une appropriation tr&#232;s in&#233;gale des savoirs de base. Ils s'attachent &#224; faire leur m&#233;tier d'&#233;l&#232;ve et &#224; fournir les bonnes r&#233;ponses, mais la conjonction de ressources intellectuelles lacunaires, de l'intuition et d'une longue exp&#233;rience des &#233;valuations ne leur permet de r&#233;pondre correctement que par intermittence. L'instabilit&#233; de leurs performances refl&#232;te l'&#233;tat de leur culture scolaire plus qu'elle ne disqualifie l'enqu&#234;te PISA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Structures sociales et efficacit&#233; &#233;ducative&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons alors au premier type d'objection adress&#233; &#224; PISA, selon lequel le classement des syst&#232;mes &#233;ducatifs d&#233;pend davantage des caract&#233;ristiques des nations que de celles de leur &#233;cole. Il nous faut, pour mesurer sa port&#233;e, examiner plus avant les enseignements de l'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien, de fait, que l'efficacit&#233; dans la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations ne soit pas sans rapport avec les caract&#233;ristiques g&#233;n&#233;rales des pays concern&#233;s. Baudelot et Establet observent ainsi que les pays les plus performants pr&#233;sentent au moins tendanciellement des caract&#233;ristiques communes : ce sont des pays riches, de taille plut&#244;t r&#233;duite, et o&#249; les in&#233;galit&#233;s sociales sont mod&#233;r&#233;es. Il y a certes des exceptions parmi les nations performantes : le Japon par sa population nombreuse, la Cor&#233;e du Sud et la Nouvelle-Z&#233;lande par leur PIB modeste (et il aurait &#233;t&#233; int&#233;ressant, pour savoir si la richesse &#233;conomique est une condition indispensable &#224; une formation efficace des jeunes, d'inclure Cuba dans l'enqu&#234;te). Quant &#224; l'influence de l'ampleur des in&#233;galit&#233;s sociales, on ne saurait la consid&#233;rer de fa&#231;on unilat&#233;rale : si elle va de pair avec de faibles in&#233;galit&#233;s scolaires, c'est aussi parce que de faibles in&#233;galit&#233;s scolaires favorisent, &#224; l'inverse, la r&#233;duction des &#233;carts &#233;conomiques et sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; donc il para&#238;t av&#233;r&#233; que le volume des ressources &#233;conomiques et la coh&#233;sion sociale (population peu nombreuse avec peu d'in&#233;galit&#233;s) repr&#233;sentent les conditions nationales les plus favorables &#224; une formation efficace des jeunes. On ne saurait cependant s'en tenir l&#224;, comme le sugg&#232;re l'existence d'exceptions : certains pays qui ne r&#233;unissent pas toutes les conditions favorables sont pourtant parmi les plus performants, et &#224; l'inverse certains de ceux qui r&#233;unissent ces conditions ne sont que moyennement performants. La qualit&#233; de la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations d&#233;pend donc tout aussi bien des caract&#233;ristiques des syst&#232;mes &#233;ducatifs eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'efficacit&#233; de l'&#233;cole commune&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est frappant &#224; cet &#233;gard d'observer, et Baudelot et Establet insistent beaucoup, &#224; juste titre, sur ce constat, que les pays les plus performants ont adopt&#233; le principe d'une &#233;cole &#224; tronc commun. Ce tronc commun se diff&#233;rencie nettement du type de parcours que met en &#339;uvre l'&#233;cole unique &#224; la fran&#231;aise : non seulement il reporte au-del&#224; de 16 ans toute orientation vers des fili&#232;res sp&#233;cialis&#233;es, mais il assure aux &#233;l&#232;ves un parcours v&#233;ritablement commun qui exclut toute forme de pr&#233;-orientation : redoublement, classes d'enseignement sp&#233;cialis&#233;, classes de niveau, etc. Et puisque le classement des &#233;l&#232;ves n'a de n&#233;cessit&#233; que l&#224; o&#249; l'on doit les trier pour les orienter (ce que le fameux d&#233;cret Berthoin de 1959, socle fondateur de notre &#233;cole unique, soulignait tr&#232;s clairement), et que la notation des &#233;l&#232;ves n'a de sens que l&#224; o&#249; il est n&#233;cessaire de les classer, ce type de tronc commun permet de se passer des &#233;valuations classantes, c'est-&#224;-dire des notes, comme c'est le cas par exemple en Finlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve dans ce constat le principe connu de longue date selon lequel l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; cognitive des communaut&#233;s d'&#233;l&#232;ves est la forme de regroupement qui assure la meilleure progression moyenne. Le rapport Coleman l'avait montr&#233; en 1966 aux Etats-Unis par la comparaison des &#233;tablissements : les &#233;l&#232;ves noirs progressaient plus vite dans les &#233;coles mixtes que dans les &#233;coles noires. Au sein d'un &#233;tablissement donn&#233;, la r&#233;partition des &#233;l&#232;ves en classes de niveaux homog&#232;nes creuse les &#233;carts et baisse les performances moyennes, comme l'ont montr&#233; Kerckhoff en Grande-Bretagne (1986), Gamoran et Mare aux Etats-Unis (1989), Duru-Bellat et Mingat en France (1997). L'enqu&#234;te PISA vient confirmer ces r&#233;sultats de recherche &#224; la tr&#232;s grande &#233;chelle de la comparaison internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait trop souligner la port&#233;e de cet apport de PISA. Les syst&#232;mes &#233;ducatifs les plus performants ne sont pas seulement ceux qui diff&#232;rent plus longtemps l'orientation, ce ne sont pas seulement ceux qui refusent les classes de niveau, ou qui, tout en maintenant l'orientation et les classes de niveau, pr&#233;tendent doter tous les &#233;l&#232;ves d'un &#171; socle commun de connaissances &#187; : ce sont ceux qui ont supprim&#233; les &#233;valuations classantes, lesquelles seules rendent possibles les orientations ou les pr&#233;-orientations pr&#233;coces ainsi que la constitution de classes de niveau. La diff&#233;rence est radicale. Supprimer les notes, c'est changer toute l'&#233;cole. C'est remplacer l'&#233;cole unique par une forme d'&#233;cole commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qui transmet les savoirs : la famille ou l'&#233;cole ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PISA nous donne le moyen de v&#233;rifier que ce sont bien les caract&#233;ristiques de leur syst&#232;me scolaire, et pas seulement celles de leur structure sociale, qui assurent l'efficacit&#233; &#233;ducative des pays compar&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te mesure en effet tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment les ressources des familles des &#233;l&#232;ves qu'elle &#233;value, ressources &#233;conomiques mais aussi culturelles tels les dipl&#244;mes des parents, l'importance de la biblioth&#232;que familiale, etc. Elle permet ainsi de rapporter la r&#233;ussite de l'enfant aux ressources de son environnement familial, et d'appr&#233;cier leur &#233;cart. Or il s'av&#232;re que les pays les plus performants sont ceux dans lesquels les performances des &#233;l&#232;ves sont les plus ind&#233;pendantes des ressources de leurs familles, ceux donc dans lesquels l'&#233;cole r&#233;ussit le mieux &#224; assurer par elle-m&#234;me la transmission des savoirs (m&#234;me si cette r&#233;ussite n'est jamais totale : aucun pays n'&#233;chappe &#224; l'influence de l'origine sociale sur la r&#233;ussite scolaire). Les pays les plus performants sont ceux dans lesquels, si l'on pr&#233;f&#232;re, l'efficacit&#233; de l'&#233;cole en mati&#232;re de progression cognitive des &#233;l&#232;ves les moins dot&#233;s au d&#233;part est la plus &#233;lev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays moins performants, &#224; l'inverse, les familles ont une plus forte responsabilit&#233; dans les acquisitions cognitives des jeunes. Les in&#233;galit&#233;s scolaires, dans ces pays, refl&#232;tent les in&#233;galit&#233;s sociales au lieu de les r&#233;duire, voire les aggravent. Le cas de la France est &#224; cet &#233;gard int&#233;ressant. PISA distingue cinq cat&#233;gories d'enqu&#234;t&#233;s selon leurs ressources familiales (ces cat&#233;gories &#233;tant homog&#232;nes d'un pays &#224; l'autre, d&#233;finies par le m&#234;me niveau de ressources) ; et mesure les &#233;carts entre les performances moyennes des &#233;l&#232;ves les mieux dot&#233;s et celles du groupe des &#233;l&#232;ves les moins dot&#233;s. La comparaison internationale est spectaculaire : cet &#233;cart est le double en France de ce qu'il est en Finlande, en Cor&#233;e du Sud ou en Islande. L'&#233;cole fran&#231;aise, si l'on pr&#233;f&#232;re, corrige beaucoup moins les in&#233;galit&#233;s sociales que celle de ces derniers pays. Et si l'&#233;cart entre les performances d'ensemble des jeunes fran&#231;ais et celles des jeunes finlandais ou cor&#233;ens n'est pas aussi marqu&#233;, c'est bien au d&#233;veloppement culturel d'ensemble de la soci&#233;t&#233; fran&#231;ais qu'on le doit, qui permet qu'une partie significative de la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations soit assur&#233;e dans le milieu familial. Les pays globalement les moins performants sont logiquement, dans ces conditions, ceux qui cumulent une &#233;cole in&#233;galitaire et une p&#233;n&#233;tration moins ancienne et moins affirm&#233;e de la culture &#233;crite dans l'ensemble de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les enseignements de PISA&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la discussion doit se poursuivre concernant les modalit&#233;s de l'enqu&#234;te PISA, concernant aussi ses soubassements th&#233;oriques (s'agissant notamment des rapports entre savoirs et comp&#233;tences), concernant d'ailleurs aussi tout ce qu'on peut en tirer qui n'a pas encore &#233;t&#233; exploit&#233;, les donn&#233;es dont on dispose sont suffisamment robustes pour autoriser d'ores et d&#233;j&#224; quelques conclusions fortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re concerne bien s&#251;r la marge de jeu ouverte dans chaque pays &#224; l'action scolaire : l'&#233;cole n'est nulle part condamn&#233;e &#224; prendre acte purement et simplement des in&#233;galit&#233;s sociales et &#224; les transcrire en in&#233;galit&#233;s scolaires. Elle ne s'&#233;mancipe certes jamais compl&#232;tement de l'influence des in&#233;galit&#233;s sociales ; mais la r&#233;alit&#233; de ses marges d'action rend irrecevable la boutade r&#233;currente : &#171; Donnez-moi une bonne soci&#233;t&#233;, je vous donnerai une bonne &#233;cole ! &#187;. Quant &#224; l'&#233;cole fran&#231;aise, l'ampleur de ses gains d'efficacit&#233; possibles invite &#224; poser la question des transformations &#224; envisager avec beaucoup d'audace, bien au-del&#224; de simples ajustements.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_93 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/IMG/bmp/Faibles_competences_en_lecture_dans_l_UE.bmp?1790685243' width='500' height='788' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La seconde conclusion qu'on peut tirer de PISA est relative &#224; l'efficacit&#233; d'un v&#233;ritable tronc commun. Depuis un demi-si&#232;cle, la sociologie de l'&#233;ducation a accumul&#233; les recherches, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans diff&#233;rents pays francophones, qui montrent le caract&#232;re profond&#233;ment in&#233;galitaire de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves. Les diff&#233;rentes cons&#233;quences de cette mise en concurrence, qui implique le classement des &#233;l&#232;ves et la diff&#233;renciation des parcours, qu'il s'agisse de la notation, du redoublement, de l'affectation aux classes d'enseignement sp&#233;cialis&#233;, aux classes de niveau, etc. aboutissent syst&#233;matiquement &#224; creuser les &#233;carts, &#224; produire et renforcer les in&#233;galit&#233;s scolaires. Le bilan de ces recherches est tout &#224; fait probant, et laissait pr&#233;sumer l'efficacit&#233; sup&#233;rieure d'une suppression radicale de toute mise en concurrence, et d'une substitution, pour ce qui est de la France, d'une &#171; &#233;cole commune &#187; &#224; l'actuelle &#233;cole unique. Les &#233;coles Freinet ou Montessori rel&#232;vent de ce type d'&#233;cole commune, sans notation des &#233;l&#232;ves, et l'on sait de longue date qu'elles n'emp&#234;chent pas d'apprendre. Ce que montre PISA, c'est qu'une telle &#233;cole est possible &#224; l'&#233;chelle nationale, et qu'elle s'y av&#232;re particuli&#232;rement efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me enseignement de PISA a trait &#224; la relation entre le niveau moyen des performances des &#233;l&#232;ves enqu&#234;t&#233;s et leur dispersion. Comme le soulignent l&#224; encore Baudelot et Establet, la comparaison internationale montre que l&#224; o&#249; les syst&#232;mes scolaires sont les plus efficaces, les performances des &#233;l&#232;ves se resserrent vers le haut : autrement dit que l'efficacit&#233; globale d'un syst&#232;me scolaire va de pair &#224; la fois avec une forte r&#233;duction de la proportion de jeunes en fort &#233;chec, et avec une augmentation significative du nombre des &#233;l&#232;ves class&#233;s dans la meilleure cat&#233;gorie de performances. Il n'y a pas d'opposition, si l'on pr&#233;f&#232;re, entre la qualit&#233; de l'enseignement, le renforcement de l'&#233;lite et la r&#233;duction de l'&#233;chec scolaire. Le fameux &#171; dilemme &#187; entre la qualit&#233; de l'enseignement, l'exigence culturelle, et la promotion de tous les &#233;l&#232;ves, qui opposerait &#171; r&#233;publicains &#187; et &#171; p&#233;dagogues &#187;, et &#171; paralyserait &#187; la transformation du syst&#232;me scolaire fran&#231;ais, appara&#238;t ainsi comme un faux dilemme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On consultera &#224; ce sujet, sur ce site, la contribution de Laurent Frajerman, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons, pour terminer, que PISA est loin de tout dire sur la question d'une &#233;cole efficace. Elle convainc quant au grand int&#233;r&#234;t du principe d'une &#233;cole commune qui confronte les &#233;l&#232;ves au savoir, mais pas les uns aux autres, en supprimant les notes et donc les luttes pour le classement. Mais supprimer la concurrence est une chose : savoir comment on organise les apprentissages en est une autre. Il ne suffit pas de supprimer notes et redoublements pour r&#233;soudre les probl&#232;mes des &#233;l&#232;ves en difficult&#233;. Qu'en Finlande on n'entre pas dans le lire-&#233;crire avant sept ans, qu'on y apprenne &#224; lire avec la syllabique, sont des d&#233;tails qui donnent aussi mati&#232;re &#224; r&#233;flexion. Une meilleure connaissance des exp&#233;riences nationales qui marchent mieux que d'autres est assur&#233;ment indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ &lt;i&gt;Note compl&#233;mentaire du 8 d&#233;cembre 2010&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui pr&#233;c&#232;de a &#233;t&#233; mis en ligne en 2009, et se r&#233;f&#232;re aux enqu&#234;tes PISA effectu&#233;e en 2000, 2003 et 2006. Les r&#233;sultats de l'enqu&#234;te PISA la plus r&#233;cente (2009) viennent d'&#234;tre rendus publics en d&#233;cembre 2010. Ils confirment les performances tr&#232;s moyennes sinon m&#233;diocres du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais, tout en relevant une forte augmentation (un tiers !) de la proportion d'&#233;l&#232;ves en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit en fin de scolarit&#233; au coll&#232;ge, proportion qui passe de 15 &#224; 20% dans les derni&#232;res g&#233;n&#233;rations. Cette observation converge avec les &#233;tudes du minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale qui rel&#232;vent qu'apr&#232;s avoir stagn&#233; &#224; un niveau peu satisfaisant entre 1987 et 1997, la ma&#238;trise de la langue &#233;crite &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me se d&#233;grade entre 1997 et 2007.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_91 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L341xH235/PISA_2009_Evolution_perf_ecrit-4aba8.jpg?1790689098' width='341' height='235' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien mesurer ce que signifie la formule &#171; en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187; en fin de coll&#232;ge : neuf ann&#233;es d'&#233;cole (au moins) qui n'ont pas permis de prendre un peu pied dans la culture &#233;crite. Et cela concerne 20% d'une cohorte, soit environ&#8230; 150 000 jeunes par an !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En regard, le gouvernement Sarkozy-Fillon et le minist&#232;re s'acharnent &#224; restreindre les moyens financiers et humains du service public d'&#233;ducation et &#224; d&#233;grader la formation des enseignants, et proposent pour toute solution la politique dite du &#171; socle commun de comp&#233;tences &#187;. Croyait-on que le probl&#232;me de ces 150 000 jeunes &#233;tait de n'avoir pas r&#233;ussi &#224; apprendre &#224; lire, &#233;crire et compter correctement ? Non ! Bernard Hugonnier, directeur adjoint &#224; l'&#233;ducation de l'OCDE, commentant PISA 2009, nous explique doctement que &#171; le syst&#232;me &#233;ducatif &#224; ce stade continue a faire de la transmission de connaissances, dans chaque discipline, comme un &#171; petit lyc&#233;e &#187;, au lieu de travailler &#224; l'acquisition de comp&#233;tences &#187;. Ah mais, et n'allez pas nous emb&#234;ter avec des travaux de recherches qui montrent &#224; l'envi que les &#171; comp&#233;tences &#187; ne sont jamais que la manifestation de connaissances bien int&#233;gr&#233;es ! Et haro sur le coll&#232;ge, qui &#171; ne donne pas une deuxi&#232;me chance &#187; (celle de l'acquisition des comp&#233;tences, bien s&#251;r) aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233; (&lt;a href=&#034;http://www.leparisien.fr/societe/le-college-ne-donne-pas-une-seconde-chance-aux-eleves-en-difficulte-07-12-2010-1181634.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entretien avec B. Hugonnier, Le Parisien.fr, 7-12-2010&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on dire plus clairement que la politique du &#171; socle commun &#187; ne vise pas &#224; donner &#224; tous les jeunes un acc&#232;s v&#233;ritable &#224; la culture &#233;crite, mais &#224; pr&#233;server une &#233;cole &#224; deux vitesses tout en masquant (derri&#232;re le d&#233;risoire 100% d'&#233;l&#232;ves au socle commun) son caract&#232;re s&#233;gr&#233;gatif ? Car cette politique ne touche en rien aux apprentissages fondamentaux, elle se contente de proposer un vernis d'employabilit&#233; aux jeunes qui arrivent au coll&#232;ge apr&#232;s &#234;tre pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; de leur scolarit&#233; &#233;l&#233;mentaire : je sais me mettre en rang, &#233;couter mes camarades avant de prendre la parole et respecter les autres, manipuler un ordinateur et contr&#244;ler un &#233;cran, dire bonjour en anglais (de Wall Street bien s&#251;r)&#8230; 150 000 jeunes livr&#233;s chaque ann&#233;e sur le march&#233; du travail sans d&#233;fenses ni qualification, qui &#233;vitent d'avoir &#224; investir dans la suppression des postes de travail les moins qualifi&#233;s, &#231;a n'est tout de m&#234;me pas d&#233;nu&#233; d'int&#233;r&#234;t !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'en ait monsieur Hugonnier, on ne voit pas en quoi ces &#171; comp&#233;tences &#187; vont supprimer &#171; les grandes difficult&#233;s de compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187; des int&#233;ress&#233;s. La v&#233;ritable d&#233;mocratisation scolaire dont notre pays a aujourd'hui le plus grand besoin passe d'abord par une am&#233;lioration tr&#232;s s&#233;rieuse de l'efficacit&#233; des apprentissages fondamentaux. Et en mati&#232;re de &#171; compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187; l'exp&#233;rience montre qu'un taux de r&#233;ussite de pr&#232;s de 100% est possible d&#232;s le CP dans les quartiers populaires : &#224; condition de mettre en &#339;uvre des dispositifs p&#233;dagogiques qui manifestent une r&#233;elle exigence intellectuelle &#224; l'&#233;gard des &#233;l&#232;ves, tout en leur donnant les moyens de surmonter les difficult&#233;s d'apprentissage (concernant la lecture, cf. par exemple &lt;a href=&#034;http://leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique17&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://leslettresbleues.fr&lt;/a&gt;). En sachant que la mise en place g&#233;n&#233;ralis&#233;e de dispositifs p&#233;dagogiques plus efficaces passe par une r&#233;forme d'ensemble de notre syst&#232;me &#233;ducatif (cf., sur ce site, les textes consacr&#233;s &#224; &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article66'&gt;l'&#233;cole commune&lt;/a&gt;, &#224; &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article85' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'appel des 50 chercheurs&lt;/a&gt;, etc.).]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Baudelot et Roger Establet, &lt;i&gt;L'&#233;litisme r&#233;publicain. L'&#233;cole fran&#231;aise &#224; l'&#233;preuve des comparaisons internationales&lt;/i&gt;, Seuil, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple Pierre Vrignaud, &#171; La mesure de la litt&#233;racie dans PISA : la m&#233;thodologie est la r&#233;ponse, mais quelle &#233;tait la question ? &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, n&#176; 157, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;lisabeth Bautier, Jacques Crinon, Patrick Rayou, Jean-Yves Rochex, &lt;a href=&#034;http://rfp.revues.org/pdf/441&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Performances en litt&#233;racie, modes de faire et univers mobilis&#233;s par les &#233;l&#232;ves : analyses secondaires de l'enqu&#234;te PISA 2000 &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, n&#176; 157, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On consultera &#224; ce sujet, sur ce site, la contribution de &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur9' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Laurent Frajerman&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article36' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; R&#233;forme du lyc&#233;e : les raisons d'une paralysie &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Refonder l'&#233;cole ? Chiche ! Le GRDS a publi&#233; ses propositions pour une &#233;cole commune</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article130</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article130</guid>
		<dc:date>2012-09-13T12:49:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe du GRDS</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif, &#233;ditions La Dispute, collection &#034;L'enjeu scolaire&#034;, 15 &#8364;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mocratisation scolaire est en panne : les in&#233;galit&#233;s scolaires n'ont pas boug&#233; depuis un demi-si&#232;cle et l'&#233;largissement de l'acc&#232;s aux savoirs est bloqu&#233; depuis quinze ans, provoquant une v&#233;ritable crise de confiance des Fran&#231;ais dans leur &#233;cole. Il est urgent d'&#233;laborer des propositions concr&#232;tes pour refonder le syst&#232;me &#233;ducatif. &lt;br class='autobr' /&gt; Le GRDS, compos&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L100xH100/arton130-c64b3.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, &#233;ditions La Dispute, collection &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article42' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#034;L'enjeu scolaire&#034;&lt;/a&gt;, 15 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation scolaire est en panne : les in&#233;galit&#233;s scolaires n'ont pas boug&#233; depuis un demi-si&#232;cle et l'&#233;largissement de l'acc&#232;s aux savoirs est bloqu&#233; depuis quinze ans, provoquant une v&#233;ritable crise de confiance des Fran&#231;ais dans leur &#233;cole. Il est urgent d'&#233;laborer des propositions concr&#232;tes pour refonder le syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article12' class=&#034;spip_in&#034;&gt;GRDS&lt;/a&gt;, compos&#233; d'enseignants syndicalistes et de chercheurs universitaires, entend contribuer &#224; la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole en soumettant ses travaux au plus large d&#233;bat. Il propose dans cet ouvrage de substituer &#224; l'actuelle &#034;&#233;cole unique&#034; une &#034;&#233;cole commune&#034;, caract&#233;ris&#233;e notamment par un tronc commun de 3 &#224; 18 ans, la suppression des notes et de la concurrence entre les &#233;l&#232;ves, ainsi qu'un vaste r&#233;examen des proc&#233;dures d'apprentissage et des contenus d'enseignement, de la culture commune &#224; transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations, et de la formation des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propositions - audacieuses, r&#233;fl&#233;chies et r&#233;alistes - sont &#224; la hauteur des attentes, en France, envers ce qui pourrait &#234;tre une r&#233;novation ambitieuse de l'&#233;cole. C'est ce dont t&#233;moigne le succ&#232;s de &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article85' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'Appel pour une grande r&#233;forme d&#233;mocratique de l'&#233;cole&lt;/a&gt;, lanc&#233; fin 2010 &#224; l'initiative du GRDS, adress&#233; aux partis de gauche par cinquante chercheurs sp&#233;cialistes du syst&#232;me &#233;ducatif, et qui a connu un retentissement important.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH740/e_cole-commune-couverture-7ffc6.png?1790689102' width='500' height='740' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Table des mati&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; : D&#233;passer l'&#233;cole unique, une n&#233;cessit&#233; historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Chapitre 1 - Une seule solution d&#233;mocratique : l'&#233;cole commune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin d'une avanc&#233;e massive de la d&#233;mocratisation scolaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les obstacles &#224; une appropriation &#233;largie des savoirs scolaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 2&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&#8211; R&#233;examiner les enseignements &#233;l&#233;mentaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crois&#233;e des chemins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interroger les syst&#232;mes d'apprentissage : l'exemple de la lecture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interroger les syst&#232;mes d'apprentissage : l'entr&#233;e dans les math&#233;matiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interroger la conduite des apprentissages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 3&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&#8211; L'enseignement secondaire de l'&#233;cole commune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un choix politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repenser la culture commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la scolarit&#233; commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;enchanter le m&#233;tier d'enseignant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 4&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&#8211; La formation des enseignants. Quels ma&#238;tres pour une &#233;cole d&#233;mocratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contenus de la formation des enseignants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parcours de formation (&#233;cole premi&#232;re et enseignement secondaire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 5&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211; A propos de dix id&#233;es re&#231;ues&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ceux-l&#224;, il n'y a rien &#224; en tirer ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;duquer ou instruire, il faut choisir &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;l&#232;ve au centre&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le tout, c'est de savoir les prendre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec le socle et les comp&#233;tences, c'est plus clair ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travail &#224; la maison, c'est d&#233;cisif &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;cole de la r&#233;ussite est une &#233;cole ouverte sur la vie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des classes h&#233;t&#233;rog&#232;nes, &#231;a ne profite &#224; personne &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'autonomie des &#233;tablissements, &#231;a lib&#232;re les &#233;nergies &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les dipl&#244;mes, &#231;a ne sert plus &#224; rien ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Annexe&lt;/strong&gt; : Appel de cinquante chercheurs aux partis de gauche : Pour une grande r&#233;forme d&#233;mocratique de l'&#233;cole&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://atheles.org/ladispute/ecolepedagogie/lecolecommune/index.html" class="spip_out"&gt;Les &#233;ditions La Dispute sur le site du diffuseur Atheles&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La refondation d&#233;mocratique du syst&#232;me &#233;ducatif peut-elle &#234;tre &#224; l'ordre du jour ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article135</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article135</guid>
		<dc:date>2012-03-22T14:16:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Ressources intellectuelles</dc:subject>
		<dc:subject>Partis</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Est-ce &#171; charger la barque &#187; de l'&#233;cole que refuser de s'arr&#234;ter &#224; la crise et &#224; la politique de la droite pour expliquer les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves d'origine populaire ? Les enseignants sont malmen&#233;s par la RGPP et les redoutables mesures de restructuration du syst&#232;me &#233;ducatif mais aussi par l'&#233;chec scolaire, douloureux pour eux et les &#233;l&#232;ves qui le vivent. La contradiction entre les contenus des programmes et l'impossibilit&#233; de se les approprier est source pour trop d'&#233;l&#232;ves, de souffrance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Ressources intellectuelles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;Partis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L148xH83/arton135-c05b6.jpg?1790689102' class='spip_logo spip_logo_right' width='148' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Est-ce &#171; charger la barque &#187; de l'&#233;cole que refuser de s'arr&#234;ter &#224; la crise et &#224; la politique de la droite pour expliquer les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves d'origine populaire ? Les enseignants sont malmen&#233;s par la RGPP et les redoutables mesures de restructuration du syst&#232;me &#233;ducatif mais aussi par l'&#233;chec scolaire, douloureux pour eux et les &#233;l&#232;ves qui le vivent. La contradiction entre les contenus des programmes et l'impossibilit&#233; de se les approprier est source pour trop d'&#233;l&#232;ves, de souffrance et de tensions. Or ce sont les enseignants qui subissent au premier chef les manifestations d'indiscipline, d'incivilit&#233; voire de violence que cette situation peut g&#233;n&#233;rer, et rien n'est fait, et pour cause, pour que les difficult&#233;s soient s&#233;rieusement travaill&#233;es dans le cadre d'une politique de r&#233;ussite scolaire massive.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Par le biais de la Fondapol, l'UMP a dans ses cartons la cr&#233;ation d' &#171; &#233;coles fondamentales &#187; pour les &#233;l&#232;ves aux r&#233;sultats insuffisants en fin de primaire, afin de les conduire vers des fili&#232;res professionnelles, en privil&#233;giant les &#171; exercices pratiques &#187; dans les m&#233;thodes d'enseignement. C'est que selon la Fondapol &#171; De nouvelles formes d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale rendent d&#233;sormais impossible la distribution d'un m&#234;me savoir &#224; tous, au m&#234;me moment de la vie et selon les m&#234;mes m&#233;thodes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair qu'une autre volont&#233; politique port&#233;e au pouvoir est n&#233;cessaire pour stopper une telle logique, et que cette volont&#233; devra s'appuyer sur des moyens &#224; la hauteur des n&#233;cessit&#233;s. Mais pas pour revenir &#224; l'&#233;cole d'avant les premi&#232;res mesures structurelles de la droite, car c'est une &#233;cole o&#249; trop d'enfants des classes populaires &#233;chouent. Seul un projet de refondation d&#233;mocratique du syst&#232;me &#233;ducatif peut &#234;tre &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, et c'est un point qu'il faut souligner, rien ne pourra aboutir dans ce sens sans une implication majeure des enseignants, car des moyens et des changements sociaux tr&#232;s importants ne r&#232;gleront jamais &#224; eux seuls ce qui se joue au sein de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on insiste sur cette dimension il arrive que l'on soit d&#233;cri&#233; au motif que l'on reporterait sur les enseignants toute la responsabilit&#233; des difficult&#233;s scolaires, alors que la crise, le ch&#244;mage, la pr&#233;carit&#233;, en seraient d&#233;douan&#233;s. Or sans nier les cons&#233;quences de cette situation sur les enfants il n'est toutefois pas pensable de les y enfermer, et de d&#233;clarer l'&#233;cole impuissante sur son propre terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants ne sont pas responsables de la crise mais ils le sont de leurs pratiques. M&#234;me s'ils n'ont pas &#224; en assumer tous les aspects, leur refuser cette responsabilit&#233; ne serait que m&#233;pris &#224; leur &#233;gard. La recherche montre aujourd'hui que des dispositifs d'enseignement r&#233;pandus sont contreproductifs, car les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; ou jug&#233;s susceptibles de le devenir sont trop souvent consid&#233;r&#233;s comme incapables d'acc&#233;der aux exigences conceptuelles des savoirs. On leur propose alors des t&#226;ches &#171; facilitantes &#187; qui les &#233;loignent inexorablement des enjeux intellectuels des apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e, mais pour ce faire des changements de la culture professionnelle enseignante s'imposent, tel que l'abandon de la croyance r&#233;pandue en des handicaps socioculturels qui frapperaient les enfants des classes populaires. Nous savons aujourd'hui que tous les enfants sont dot&#233;s des capacit&#233;s de r&#233;flexion, d'abstraction, de rationalisation inh&#233;rentes &#224; la langue qu'ils parlent, en mesure de leur permettre d'entrer avec succ&#232;s dans la culture &#233;crite de l'&#233;cole. Travailler &#224; l'&#233;cole avec ce savoir est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation des pratiques d'enseignement, la recherche entre pairs avec l'apport des chercheurs, une autre formation et d'autres conditions de travail, peuvent engager l'&#233;cole dans un profond processus de d&#233;mocratisation. Avancer cela n'est pas faire fi du reste : c'est conforter l'esprit de responsabilit&#233; des enseignants et leur d&#233;sir de faire r&#233;ussir leurs &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tribunes &amp; Id&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Humanit&#233; . Mercredi 21 mars 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pour approfondir la r&#233;flexion on pourra se reporter l'ouvrage du GRDS r&#233;cemment publi&#233; &#224; La Dispute : &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article130' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/a&gt; , 2012, 207 pages, 15 euros.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La formation des enseignants de l'&#233;cole commune</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134</guid>
		<dc:date>2012-02-10T08:25:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe du GRDS</dc:creator>


		<dc:subject>conduite des apprentissages</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Notre projet de substituer &#224; l'actuelle &#034;&#233;cole unique&#034; une &#034;&#233;cole commune&#034;, caract&#233;ris&#233;e notamment par un tronc commun de 3 &#224; 18 ans, la suppression des notes et de la concurrence entre les &#233;l&#232;ves, un vaste r&#233;examen des proc&#233;dures d'apprentissage et des contenus d'enseignement ainsi que de la culture commune &#224; transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations implique &#224; l'&#233;vidence de reconsid&#233;rer la formation des enseignants : de quels types d'enseignants l'&#233;cole commune a-t-elle besoin pour prendre en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;conduite des apprentissages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L75xH66/arton134-c7a52.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='75' height='66' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Notre projet de substituer &#224; l'actuelle &#034;&#233;cole unique&#034; une &#034;&#233;cole commune&#034;, caract&#233;ris&#233;e notamment par un tronc commun de 3 &#224; 18 ans, la suppression des notes et de la concurrence entre les &#233;l&#232;ves, un vaste r&#233;examen des proc&#233;dures d'apprentissage et des contenus d'enseignement ainsi que de la culture commune &#224; transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations implique &#224; l'&#233;vidence de reconsid&#233;rer la formation des enseignants : de quels types d'enseignants l'&#233;cole commune a-t-elle besoin pour prendre en charge une telle organisation des scolarit&#233;s avec pour objectif la r&#233;ussite scolaire de tous les &#233;l&#232;ves ? C'est &#224; cette question que nous nous efforcerons d'apporter ici des pistes de r&#233;ponse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les analyses et propositions ici expos&#233;es sont d&#233;velopp&#233;es sous une forme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cole commune se fixant pour objectif de permettre l'acc&#232;s de tous les &#233;l&#232;ves (quelle que soit leur origine socio-culturelle) &#224; un haut niveau de culture g&#233;n&#233;rale et technologique gr&#226;ce &#224; une conduite beaucoup plus efficace des apprentissages que ce n'est le cas aujourd'hui, une des conditions requises est donc l'acquisition d'un haut niveau de formation professionnelle de tous les enseignants. Encore convient-il de s'entendre sur ce que nous entendons sous les vocables de &#171; haut niveau &#187; et de &#171; formation professionnelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fameuse formule &lt;i&gt;&#171; Il ne suffit pas de bien conna&#238;tre ce que l'on enseigne pour bien l'enseigner &#187;&lt;/i&gt; a un cot&#233; mystifiant en supposant implicitement une opposition entre d'un c&#244;t&#233; la ma&#238;trise des contenus d'enseignement et de l'autre la comp&#233;tence p&#233;dagogique. En r&#233;alit&#233;, il s'agit l&#224; de deux dimensions indissociables de la professionnalit&#233; enseignante qui se recouvrent pour l'essentiel, leur zone commune &#8211; les savoirs curriculaires et la ma&#238;trise de leur didactique - constituant le noyau dur de cette professionnalit&#233;. Quant &#224; la capacit&#233; &#224; mettre en &#339;uvre des pratiques p&#233;dagogiques pertinentes et efficaces &#8211; c'est-&#224;-dire adapt&#233;es aux objectifs et aux contraintes du syst&#232;me &#233;ducatif lui-m&#234;me ainsi qu'aux ressources langagi&#232;res et intellectuelles des &#233;l&#232;ves, elle ne peut valablement &#234;tre acquise &#8211; une fois les futurs enseignants d&#251;ment instruits des m&#233;thodes existantes - que gr&#226;ce la pratique d'un rapport r&#233;flexif &#224; leurs propres pratiques p&#233;dagogiques, dans toute leur complexit&#233; et dans tous leurs aspects, et dans leur confrontation avec celles des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces deux aspects que nous examinerons ici, qui justifieront, en guise de conclusion, nos propositions concernant les parcours de formation des enseignants, de l'&#233;cole premi&#232;re (maternelle-&#233;l&#233;mentaire) &#224; l'&#233;cole secondaire (coll&#232;ge-lyc&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. La formation disciplinaire.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233; de la formation de tous les enseignants dans leur discipline d'enseignement est une condition d&#233;cisive de r&#233;ussite de notre projet de tronc commun de culture commune jusqu'au baccalaur&#233;at tant il est vrai, comme le montre, par exemple, &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur14' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Enseigner dans le secondaire. Les nouveaux professeurs face aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que la qualit&#233; de la transmission d'un savoir est tr&#232;s d&#233;pendante du rapport qu'entretient l'enseignant &#224; la discipline qu'il enseigne. Ce haut niveau de comp&#233;tence disciplinaire, &#233;pist&#233;mologique et didactique, tant dans sa forme savante que dans sa forme curriculaire, - qui devra s'enrichir tout au long de la carri&#232;re d'une formation continue en relation avec les progr&#232;s de la recherche - doit permettre aux futurs enseignants de confronter leur exp&#233;rience &#224; celle de leurs coll&#232;gues et des chercheurs en didactique des disciplines, et ainsi d'adapter leur mani&#232;re de faire aux exigences de la r&#233;ussite de tous face aux difficult&#233;s rencontr&#233;es dans le cadre d'une d&#233;finition nationale des objectifs d'apprentissage. La formation initiale doit donc &#234;tre con&#231;ue &#8211; dans le temps comme dans la forme &#8211; de sorte qu'elle permette &#224; tous les enseignants de s'approprier un ensemble de savoirs qui concernent &#224; la fois les connaissances produites dans leur discipline, les conditions et modalit&#233;s de leur production, l'histoire m&#234;me de ces connaissances, de ce qui en a &#233;t&#233; transmis dans le syst&#232;me &#233;ducatif et de la fa&#231;on &#8211; et avec quel impact &#8211; elles ont &#233;t&#233; transmises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les contenus disciplinaires dont doivent s&#8216;emparer les futurs enseignants, on distinguera trois registres de savoirs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a) Les savoirs &#171; universitaires &#187; ou &#171; savoirs savants &#187; : ils sont constitu&#233;s des savoirs actuels, tels qu'ils sont &#233;labor&#233;s et valid&#233;s par la recherche scientifique. Dispens&#233;s tout au long des cinq ann&#233;es de formation initiale, les enseignements porteront donc sur l'&#233;tat des connaissances, mais aussi sur les d&#233;bats qui traversent la discipline et leurs enjeux, ainsi que sur l'histoire et les conditions de production de ces connaissances, d&#233;bouchant sur l'obtention d'un Master et sur une possibilit&#233; d'inscription en th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; b) Pour autant, les savoirs &#171; scolaires &#187; que les enseignants auront pour mission de transmettre &#224; leurs &#233;l&#232;ves ne sauraient &#234;tre confondus avec les &#171; savoirs savants &#187;. Comme le montre &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur29' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Isabelle Harl&#233;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fabrique des savoirs scolaires, La Dispute, 2010&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ces savoirs sont fabriqu&#233;s par l'institution scolaire qui les diffuse pour ses propres finalit&#233;s. Ce sont des savoirs issus de la connaissance savante mais ayant fait l'objet d'une &#171; transposition didactique &#187; qui les a transform&#233;s en objets d'apprentissage scolaire. Pour ma&#238;triser leur sujet, les futurs enseignants devront donc les penser en ces termes, ce qui implique qu'ils soient en mesure de s'approprier les th&#233;ories existantes sur la fa&#231;on dont des savoirs scientifiques, culturels, sociaux, sont institu&#233;s en savoirs scolaires, &#224; quels moments de leur histoire et pour quelles raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c) Enfin, les enseignants devront &#234;tre pr&#233;par&#233;s &#224; affronter les difficult&#233;s d'apprentissage que rencontreront leurs &#233;l&#232;ves, ce qui implique d'&#234;tre en mesure d'en identifier la nature afin d'&#233;laborer les strat&#233;gies p&#233;dagogiques permettant de les surmonter. Leur formation didactique est donc essentielle, constitutive de leur formation disciplinaire. La ma&#238;trise du programme de la discipline tel qu'il est enseign&#233; dans sa progressivit&#233; tout au long du cursus et des fa&#231;ons d'enseigner que les &#233;l&#232;ves auront pu rencontrer dans leur histoire scolaire permettront d'affronter ces difficult&#233;s de mani&#232;re positive, car interroger le sens de la difficult&#233; d'apprentissage bien identifi&#233;e, donner &#224; voir &#224; l'&#233;l&#232;ve sur quoi il bute et pourquoi sont des dimensions essentielles de toute pratique p&#233;dagogique efficace. Ainsi, par exemple, on sait que l'erreur est inh&#233;rente aux apprentissages, puisque apprendre, c'est &#234;tre confront&#233; &#224; quelque chose que l'on ne conna&#238;t pas encore, ou que l'on ma&#238;trise mal. Elle n'est donc ni &#224; condamner ni &#224; minimiser, mais &#224; interroger, ce qui permet de la d&#233;passer. Une gestion p&#233;dagogique non-culpabilisante, mais au contraire dynamisante des erreurs est en fait une des raisons qui nous conduisent &#224; proposer l'abandon de la notation sommative pour donner toute sa place &#224; l &#8216;&#233;valuation formative tout au long du cursus. Nous touchons l&#224; &#224; un des aspects de la formation de la nouvelle culture enseignante que nous proposons de construire, d&#233;tach&#233;e des objectifs de s&#233;lection de l'&#233;cole unique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 : Formation commune et formation sp&#233;cifique.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che fondamentale de l'&#233;cole, est de construire chez les &#233;l&#232;ves le rapport sp&#233;cifique au langage qu'implique la culture de l'&#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La culture de l'&#233;crit concerne tout ce qui s'appr&#233;hende directement par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par lequel passe l'accumulation des connaissances historiquement constitu&#233;es. Or aujourd'hui, nous pouvons nous appuyer sur des travaux qui font la d&#233;monstration que tous les enfants, &#224; partir du moment o&#249; ils parlent ont, en tant qu'&#234;tres de langage, les ressources intellectuelles n&#233;cessaires pour entrer dans les apprentissages de la culture &#233;crite, et qu'il est donc possible de compter sur une r&#233;elle &#233;galit&#233; potentielle des intelligences pour mettre en &#339;uvre les voies et moyens de la r&#233;ussite scolaire de tous les &#233;l&#232;ves, quelle que soit leur origine sociale et culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais a fait que des diff&#233;rences fonctionnelles importantes existent entre l'organisation des scolarit&#233;s de l'&#233;cole enfantine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous pr&#233;f&#233;rons ce terme &#224; celui d'&#233;cole &#171; maternelle &#187; qui &#233;voque trop &#8211; ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, du premier et du second degr&#233; et, par voie de cons&#233;quence, dans la formation des enseignants entre ces niveaux d'enseignement. Or, en faisant du tronc commun de culture commune de deux/trois &#224; dix huit ans le c&#339;ur du syst&#232;me &#233;ducatif, l'&#233;cole commune favorise la continuit&#233; du parcours scolaire des &#233;l&#232;ves. Elle invite du coup &#224; r&#233;duire les distinctions entre niveaux et entre degr&#233;s d'enseignement dans la formation des enseignants &#224; ces diff&#233;rences strictement fonctionnelles. Il en va ainsi entre l'&#233;cole enfantine et l'&#233;cole premi&#232;re o&#249; s'op&#232;re l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite (essentiellement pratiques de la langue et des math&#233;matiques), et entre l'&#233;cole premi&#232;re et le second degr&#233; o&#249; les enseignements sont assur&#233;s par des professeurs sp&#233;cialis&#233;s qui n'ont pas en charge principalement une classe, mais avant tout l'enseignement d'une discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tout ce qui ne d&#233;pend pas de ces diff&#233;rences, la situation des professeurs de l'&#233;cole commune devrait donc tendre &#224; se rapprocher, tant du point de vue du niveau de formation et de recrutement, que de modalit&#233;s de carri&#232;re (salaires, promotions&#8230;) et de charge de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2-1 : La formation des ma&#238;tres de l'&#233;cole premi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a) : La mission primordiale des ma&#238;tres de l'&#233;cole premi&#232;re est de permettre l'appropriation par tous les &#233;l&#232;ves des bases de la culture &#233;crite, c'est &#224; dire la ma&#238;trise de la langue &#233;crite et des fondements des math&#233;matiques. A ce titre, les &#233;l&#232;ves doivent pouvoir b&#233;n&#233;ficier, aux diff&#233;rents niveaux de classe , de la comp&#233;tence de deux ma&#238;tres, chacun &#233;tant un sp&#233;cialiste hautement qualifi&#233; dans l'enseignement de l'une de ces deux disciplines. Insistons sur ce point, qui est d&#233;cisif pour la r&#233;ussite de notre projet : Le pari de l'&#233;cole commune n'est cr&#233;dible qu'&#224; la condition d'une am&#233;lioration particuli&#232;rement sensible des apprentissages &#233;l&#233;mentaires, et les enseignants &#224; ce niveau doivent disposer d'une capacit&#233; autonome d'analyse des obstacles rencontr&#233;s, d'exp&#233;rimentation de solutions appropri&#233;es et donc de ma&#238;trise r&#233;fl&#233;chie des processus d'apprentissage. Il faut en finir avec l'&#233;clectisme actuel des formations, la psychologisation &#224; outrance des difficult&#233;s rencontr&#233;es par les &#233;l&#232;ves et les pr&#233;suppos&#233;s handicaps &#8211; notamment socio-culturels &#8211; plus ou moins consciemment per&#231;us comme ind&#233;passables : La conception de la formation des ma&#238;tres &#224; ce niveau sera donc restructur&#233;e autour d'une discipline d'enseignement et de sa didactique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;organisation n'interdit nullement que chacun d'eux soit &#233;galement form&#233; &#224; un haut niveau dans une autre discipline d'enseignement, selon la sp&#233;cialit&#233; choisie, et en fonction de la vari&#233;t&#233; des exigences programmatiques de l'enseignement &#224; ce niveau : histoire ou g&#233;ographie, par exemple, pour le litt&#233;raire, sciences naturelles ou exp&#233;rimentales pour le scientifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les enseignements supposant une comp&#233;tence tr&#232;s particuli&#232;re (&#233;ducation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle n'interdit pas non plus que chacun soit le professeur principal d'une classe, intervenant par ailleurs dans d'autres classes que la sienne pendant que ses propres &#233;l&#232;ves sont pris en charge par le coll&#232;gue de l'autre sp&#233;cialit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un r&#233;examen des programmes actuels de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire , qui s'av&#233;rera de toutes mani&#232;res n&#233;cessaire dans le cadre de la conception nouvelle de la culture commune qu'implique l'&#233;cole commune pourrait par ailleurs entra&#238;ner un all&#232;gement de ces programmes car il est probable que le recentrage et l'efficacit&#233; nouvelle des enseignements sur les deux disciplines fondamentales rendra beaucoup plus ais&#233;s et rapides les autres enseignements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps des professeurs de l'&#233;cole premi&#232;re serait donc constitu&#233; de sp&#233;cialistes, essentiellement de professeurs de fran&#231;ais et de math&#233;matiques, contribuant, par l&#224; m&#234;me, &#224; r&#233;sorber la coupure qui existe actuellement entre l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et le coll&#232;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous faisons ici clairement r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;ternel faux d&#233;bat entretenu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; b) :	Le probl&#232;me est diff&#233;rent pour ce qui concerne les ma&#238;tres de l'&#233;cole enfantine : Celle ci, en effet, a en charge pour l'essentiel une mission de socialisation et d'acculturation globale de l&#8216;enfant &#224; travers des activit&#233;s principalement orales et graphiques et &#224; forte composante ludique : Elle vise &#224; donner &#224; l'enfant les outils cognitifs, culturels, organisationnels, et m&#233;thodologiques qui lui permettront d'entrer progressivement dans la culture scolaire, de passer du statut d' &#171; enfant &#187; au statut d' &#171; &#233;l&#232;ve &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La formation des ma&#238;tres de l'&#233;cole enfantine devra donc se pencher s&#233;rieusement sur les particularit&#233;s de cette &#233;cole, en apportant un soin tout particulier aux m&#233;thodes de rep&#233;rage des difficult&#233;s rencontr&#233;es par l'enfant et des traitements qui peuvent leur &#234;tre associ&#233;s. Un important travail de recherche et d'&#233;laboration de cursus reste &#224; mener sur cette question, insuffisamment explor&#233;e jusqu'ici par la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pleinement conscience que cette nouvelle conception de la formation des ma&#238;tres de l'&#233;cole premi&#232;re repr&#233;sente un saut historique consid&#233;rable car elle rompt avec une conception tr&#232;s ancienne consistant &#224; penser qu'il est plus facile d'enseigner &#224; des enfants plus jeunes des savoirs plus simples et donc qu'il est inutile d'exiger des ma&#238;tres de cette &#233;cole un niveau de qualification tr&#232;s &#233;lev&#233; dans la (les) discipline(s) enseign&#233;e(s). Il se justifie pourtant pleinement si l'on prend en consid&#233;ration que la qualit&#233; du parcours scolaire se joue largement lors des toutes premi&#232;res ann&#233;es de scolarit&#233;, l&#224; o&#249; peut se nouer un rapport de plaisir ou, &#224; l'inverse, de souffrance aux processus d'acquisition des savoirs, et que la cr&#233;dibilit&#233; m&#234;me de notre projet de tronc commun de la maternelle au lyc&#233;e implique une am&#233;lioration radicale des apprentissages &#233;l&#233;mentaires pour tous les &#233;l&#232;ves conduisant &#224; l'&#233;radication de l'&#233;chec scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c) Pour ce qui concerne la formation des enseignants du second degr&#233;, la perspective d'&#233;cole commune que nous proposons modifie &#233;galement de fa&#231;on significative un mode de recrutement qui se joue aujourd'hui essentiellement sur l'&#233;valuation de la qualification acquise dans la discipline enseign&#233;e. La prise en charge de la formation didactique, des &#233;l&#233;ments de formation commune &#224; tous les enseignants ainsi que des stages en situation dans le cadre d'un master universitaire permettra d'int&#233;grer pleinement les nouveaux contenus de formation d&#233;crits ci-dessus dans le processus d'&#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2-2 : Formation commune.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a) L'&#233;cole commune n'est pas concevable, sans une forte am&#233;lioration de l'efficacit&#233; des pratiques enseignantes. C'est l&#224; une seconde grande condition de la d&#233;mocratisation scolaire, qui ne saurait &#234;tre r&#233;alis&#233;e sans que les enseignants se r&#233;approprient, dans leur masse, la ma&#238;trise des gestes du m&#233;tier. De nos jours, les dispositifs de scolarisation qui pilotent &#224; distance leur activit&#233; dans les classes, d&#233;finissant les p&#233;dagogies l&#233;gitimes au travers des instructions officielles, voire des manuels scolaires, ont toujours &#233;t&#233; con&#231;us, depuis la loi Guizot de 1833, par des experts ext&#233;rieurs qui s'embarrassent peu de retours d'exp&#233;rience. L'am&#233;lioration du rendement de l'action p&#233;dagogique ne peut passer, &#224; l'inverse, que par une autogestion instruite et collectivement ma&#238;tris&#233;e de l'activit&#233; enseignante. Seuls en effet des enseignants bien form&#233;s et capables de dialoguer sur un pied d'&#233;galit&#233; avec les chercheurs, mus par l'int&#233;r&#234;t du m&#233;tier et donc par le d&#233;sir de la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves, sont en position d'exp&#233;rimenter, d'identifier et d'int&#233;grer en savoir faire professionnels les fa&#231;ons d'apprendre les plus performantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La formation aux mani&#232;res de faire (les p&#233;dagogies pratiqu&#233;es) ne souffre donc pas l'administration de recettes, quelles qu'elles soient. Elle s'acquiert, pour l'essentiel, par un va et vient permanent entre la pratique de la classe et la r&#233;flexion th&#233;orique sur les pratiques mises en &#339;uvre - ou les pratiques observ&#233;es &#8211; et leurs effets concrets. Elle devra en particulier se pencher sur les raisons et les mani&#232;res de g&#233;rer les ph&#233;nom&#232;nes d'indiscipline, d'incivilit&#233;, de rejet des contraintes inh&#233;rentes &#224; tout processus d'apprentissage. Une r&#233;flexion sur la nature, les modalit&#233;s d'appropriation et les finalit&#233;s de l'autorit&#233; dans la classe et, plus largement, dans les diff&#233;rents aspects de la vie de l'institution scolaire est n&#233;cessaire, et il faudra en corollaire s'interroger sur la distinction qu'elle entretient avec la force, le droit, la contrainte l&#233;gale ou physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; b) Une des sources principales du mal vivre de nombreux &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;cole &#8211; notamment dans le second degr&#233; - r&#233;side dans les in&#233;galit&#233;s conduisant aux tris, aux s&#233;lections implacables fond&#233;es sur l'&#233;chec scolaire, et la conscience forte qu'en ont tant les &#233;l&#232;ves que les parents des enjeux de la r&#233;ussite scolaire face &#224; l'avenir professionnel. La disparition progressive de ces ph&#233;nom&#232;nes que nous proposons avec la mise en &#339;uvre des modalit&#233;s du tronc commun de culture commune de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire au lyc&#233;e devrait permettre de faire dispara&#238;tre une grande partie de ces probl&#232;mes. Mais le rapport qui existe entre les questions d'apprentissage et celles qui concernent l'autorit&#233; et le relationnel restera quoi qu'il en soit une question centrale. D'o&#249; l'importance des stages pratiques dans le cadre de la formation, qui permettront de nourrir la r&#233;flexion et la pratique enseignante au travers des situations de classe diversifi&#233;es que les stagiaires seront &#224; m&#234;me de vivre et analyser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci &#233;tant, certains &#233;l&#232;ves rencontrent des difficult&#233;s que les seules pratiques enseignantes ne peuvent pas r&#233;gler, car elles trouvent leurs sources et motivations hors du contexte scolaire. La formation doit donc &#233;galement inclure une connaissance fine des ressources institutionnelles (dans et hors de l'&#233;cole) o&#249; il est possible de trouver des comp&#233;tences en mesure d'aider les &#233;l&#232;ves &#224; surmonter leurs difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c) Tout processus d'apprentissage implique la mise en activit&#233; intellectuelle du sujet apprenant, &#224; partir de son syst&#232;me de pens&#233;e et de valeurs, de ses ressorts &#233;motionnels et affectifs. La formation professionnelle des enseignants implique donc qu'ils soient &#233;galement instruits sur les ressources linguistiques et intellectuelles dont disposent les &#233;l&#232;ves, ainsi que sur les d&#233;terminants psycho-sociaux qui les font agir aux diff&#233;rents stades de leur d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, la formation des jeunes &#224; un univers culturel se fait dans de multiples lieux (famille ; environnement social&#8230;) qui renvoient &#224; des modalit&#233;s et des contenus d'apprentissage tr&#232;s vari&#233;s. L'&#233;cole est un de ces lieux, parmi d'autres, mais particulier puisqu'elle a pour principale fonction de faire entrer les &#233;l&#232;ves dans la culture &#233;crite. Or nous savons que, au d&#233;part, nous pouvons compter sur une r&#233;elle &#233;galit&#233; des intelligences et des capacit&#233;s de chaque enfant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir l'ouvrage de J.-P. Terrail : De l'oralit&#233;. Essai sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La lutte pour la r&#233;ussite scolaire de tous doit donc n&#233;cessairement prendre en compte ces diff&#233;rences d'origine - et les in&#233;galit&#233;s d'acquis qu'elles peuvent induire - pour faire en sorte qu'elles ne soient pas des obstacles &#224; l'appropriation de la culture scolaire. La formation des enseignants devra donc inclure un programme d'&#233;tudes articul&#233;es sur les questions du langage &#8211; oral et &#233;crit - de son rapport &#224; la pens&#233;e, des ressources intellectuelles qu'il implique aux diff&#233;rents stades de son acquisition et des dispositifs &#233;ventuels &#224; envisager pour que , d&#232;s le plus jeune &#226;ge, soit r&#233;tablie une r&#233;elle &#233;galit&#233; des acquis scolaires de chaque &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d) Dans la perspective d'une &#233;cole commune foyer d'activit&#233;s et de rayonnement culturel local&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voire, dans certains cas sp&#233;cifiques, plus largement r&#233;gionaux ou nationaux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les futurs enseignants seront invit&#233;s &#224; se familiariser avec les usages sociaux et culturels de leur discipline. Ils seront ainsi en mesure d'apporter, dans leurs futurs &#233;tablissements d'exercice , un compl&#233;ment d'activit&#233;s sociales et culturelles enrichissantes pour tous les &#233;l&#232;ves donnant un sens suppl&#233;mentaire aux activit&#233;s de la classe proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; e) Parce que l'enseignant est &#224; la fois un travailleur et un citoyen charg&#233; de la formation de futurs citoyens, il sera, dans le m&#234;me mouvement, n&#233;cessaire d'alimenter une r&#233;flexion sur les enjeux d&#233;cisifs du m&#233;tier vu sous ses diff&#233;rents aspects sociaux. Il sera n&#233;cessaire, par exemple, de s'interroger sur les questions relatives &#224; la la&#239;cit&#233; : il peut s'agir de ses dimensions historiques, id&#233;ologiques et intellectuelles qui touchent &#224; la la&#239;cisation de la pens&#233;e depuis les origines de la philosophie jusqu'&#224; ses dimensions politiques qui marquent en profondeur le sens et la nature des programmes et de l'organisation de l'&#233;cole. Plus g&#233;n&#233;ralement, une solide connaissance de l'institution scolaire dans ses structures, son fonctionnement, son r&#244;le- pass&#233; et pr&#233;sent - dans le fonctionnement &#233;conomique, politique, social et culturel de la nation para&#238;t n&#233;cessaire pour que chaque enseignant puisse adopter, sur ce plan aussi, une distance r&#233;flexive par rapport &#224; l'exercice de son m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 : Cursus et mode de recrutement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a) Pr&#233;cisons d'entr&#233;e que, comme l'a montr&#233; l'exp&#233;rience diverse et parfois contradictoire des IUFM ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, l'appropriation des savoirs &#233;nonc&#233;s ci dessus dans leur coh&#233;rence ne pourra acqu&#233;rir une autorit&#233; et une efficacit&#233; incontestable que s'ils sont diffus&#233;s dans un cadre et dans des formes proprement universitaires et en liaison permanente avec les progr&#232;s de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cursus de formation devra favoriser une entr&#233;e progressive dans le m&#233;tier, comportant d&#232;s le d&#233;but du recrutement des stages en situation dans lesquels la prise de responsabilit&#233; ira crescendo. Ainsi pourront &#234;tre mises en place des situations d'enseignement tr&#232;s diverses donnant &#224; voir des formes renouvel&#233;es d'association entre processus de transmission des savoirs et ph&#233;nom&#232;nes inh&#233;rents &#224; la gestion du groupe-classe qui ne sauraient &#234;tre pens&#233;s de mani&#232;re satisfaisante si on les isole de la transmission des savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de l'actuelle organisation des &#233;tudes universitaires en licences et masters, ce cursus pourrait s'organiser autour de ces deux niveaux de certification des savoirs et comp&#233;tences acquis, le recrutement d&#233;finitif se faisant par concours, conform&#233;ment au statut de la fonction publique, et au niveau du master, dipl&#244;me impliquant un degr&#233; de familiarisation avec la recherche permettant de fonder la qualification d' &#171; enseignant-chercheur pour la r&#233;ussite scolaire de tous les &#233;l&#232;ves &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; b) Les futurs enseignants devront en premier lieu obtenir une licence dans la discipline de leur choix, pr&#233;figurant le master d'enseignement vers lequel ils se dirigeront ensuite. Ils pourront alors se pr&#233;senter &#224; la premi&#232;re partie du concours de recrutement national qui leur conf&#233;rera le grade de professeur en formation, salari&#233; aux niveaux premiers de la grille de r&#233;mun&#233;ration de leur corps d'accueil dans la fonction publique d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c) Les deux ann&#233;es n&#233;cessaires &#224; l'acquisition du master d'enseignement seront consacr&#233;es d'une part &#224; l'approfondissement des apprentissages disciplinaires, &#224; l'histoire et l'&#233;pistemologie des savoirs scolaires de leur discipline, et de leur didactique en liaison avec leur participation &#224; des stages en situation. L'analyse critique des situations de classe rencontr&#233;es donnera lieu &#224; l'&#233;laboration d'un m&#233;moire de recherche permettant &#224; l'&#233;tudiant, s'il le souhaite, de s'engager &#233;ventuellement dans l'&#233;laboration d'une th&#232;se de doctorat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois valid&#233; le master, par contr&#244;le continu, le futur enseignant se pr&#233;sentera &#224; la deuxi&#232;me partie du concours national de recrutement, dont le contenu sera principalement ax&#233; sur la v&#233;rification du degr&#233; de maitrise de la didactique de la discipline enseign&#233;e, des diff&#233;rentes composantes de la formation commune et de la capacit&#233; &#224; ma&#238;triser une situation de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d) Compte tenu de la dur&#233;e des &#233;tudes impos&#233;es par ce cursus, et afin de ne pas aggraver la distance culturelle qui peut exister entre les enseignants et leurs &#233;l&#232;ves, tr&#232;s majoritairement d'origine populaire, des pr&#233;recrutements devront &#234;tre organis&#233;s de sorte que les candidats ne puissent &#234;tre s&#233;lectionn&#233;s de fait selon l'importance de leurs ressources familiales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les analyses et propositions ici expos&#233;es sont d&#233;velopp&#233;es sous une forme beaucoup plus compl&#232;te et d&#233;taill&#233;e dans le chapitre 4 du livre du GRDS : &lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article130' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, sous le titre &#034;La formation des enseignants : Quels ma&#238;tres pour une &#233;cole d&#233;mocratique ?&#034; (pp. 119 &#224; 143). &lt;i&gt;La Dispute&lt;/i&gt;, janvier 2012, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire. Les nouveaux professeurs face aux difficult&#233;s du m&#233;tier&lt;/i&gt;, La Dispute, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article81' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La fabrique des savoirs scolaires&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, La Dispute, 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La culture de l'&#233;crit concerne tout ce qui s'appr&#233;hende directement par la voie du texte &#233;crit, donc aussi toute forme d'activit&#233; intellectuelle ou physique dont les contenus sont travaill&#233;s par l'&#233;crit. A ce titre, la pratique de l'oral &#224; l'&#233;cole est amplement inform&#233;e par la culture de l'&#233;crit. C'est l&#224; un des aspects qui explique l'avantage que poss&#232;dent, en arrivant &#224; l'&#233;cole, les &#233;l&#232;ves issus des classes ais&#233;es qui sont habitu&#233;s &#224; &#233;voluer dans un univers oral profond&#233;ment marqu&#233; par cette culture sur les enfants issus de milieux moins cultiv&#233;s. La conscience de la raison sociale de cette in&#233;galit&#233; d'origine pose, du coup, de fa&#231;on radicalement nouvelle la question des modalit&#233;s par lesquelles l'&#233;cole et les enseignants travaillent &#224; r&#233;duire ces in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous pr&#233;f&#233;rons ce terme &#224; celui d'&#233;cole &#171; maternelle &#187; qui &#233;voque trop &#8211; ce n'est pas un hasard &#8211; la fonction parentale transpos&#233;e dans le syst&#232;me scolaire, la fonction de l'&#233;cole &#171; enfantine &#187; &#233;tant de permettre &#224; l'enfant qu'elle accueille de passer progressivement au statut d'&#233;l&#232;ve dans l'&#233;cole premi&#232;re d&#232;s le CP.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les enseignements supposant une comp&#233;tence tr&#232;s particuli&#232;re (&#233;ducation physique, arts plastiques et musique, langues vivantes &#233;trang&#232;res ou r&#233;gionales pourraient &#234;tre assur&#233;s par des enseignants sp&#233;cialistes, comme cela se pratique d'ailleurs parfois dans certaines &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous faisons ici clairement r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;ternel faux d&#233;bat entretenu complaisamment par certains sur le &#171; traumatisme &#187;, que constituerait pour les &#233;l&#232;ves le passage du ma&#238;tre unique de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#224; l'&#233;quipe pluridisciplinaire des enseignants du coll&#232;ge, et la &#171; souffrance &#187; que cela entra&#238;nerait chez les plus fragiles, g&#233;n&#233;ratrice d'&#233;chec scolaire. Cette analyse sans aucun fondement scientifique sert en r&#233;alit&#233; &#224; justifier une tentative de primariser le coll&#232;ge en r&#233;duisant notamment le nombre des enseignants &#224; ce niveau, et &#224; leur imposer un retour &#224; la polyvalence que, pour ce qui nous concerne, nous excluons totalement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir l'ouvrage de &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J.-P. Terrail&lt;/a&gt; : &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article29' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voire, dans certains cas sp&#233;cifiques, plus largement r&#233;gionaux ou nationaux, comme c'est d&#233;j&#224; le cas de certains &#233;tablissements impliqu&#233;s dans la pr&#233;paration et le fonctionnement du festival de th&#233;&#226;tre d'Avignon, ou du festival musical d'Uzeste par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;cole commune : le projet du GRDS</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131</guid>
		<dc:date>2012-01-12T09:29:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole commune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s aux bons parcours scolaires sont importantes &#8211; 50 points d'&#233;cart s&#233;parent les chances d'un enfant de cadre et celles d'un enfant d'ouvrier d'obtenir un bac g&#233;n&#233;ral (72% vs 22%) &#8211; , et stables depuis les ann&#233;es 1950/60. Si les politiques n&#233;olib&#233;rales mises en &#339;uvre de fa&#231;on concert&#233;e, depuis dix ans, sous l'&#233;gide des &#171; experts &#187; internationaux, ne risquent pas de r&#233;duire les &#233;carts, ce ne sont pas elles qui les ont cr&#233;&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#233;carts constituent en r&#233;alit&#233; une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;&#233;cole commune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L75xH66/arton131-b629b.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='75' height='66' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s aux bons parcours scolaires sont importantes &#8211; 50 points d'&#233;cart s&#233;parent les chances d'un enfant de cadre et celles d'un enfant d'ouvrier d'obtenir un bac g&#233;n&#233;ral (72% vs 22%) &#8211; , et stables depuis les ann&#233;es 1950/60. Si les politiques n&#233;olib&#233;rales mises en &#339;uvre de fa&#231;on concert&#233;e, depuis dix ans, sous l'&#233;gide des &#171; experts &#187; internationaux, ne risquent pas de r&#233;duire les &#233;carts, ce ne sont pas elles qui les ont cr&#233;&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, concernant ces politiques, Ken Jones (dir.), L'&#201;cole en Europe, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;carts constituent en r&#233;alit&#233; une dimension structurelle de l'&#233;cole dite &#171; unique &#187;, qui r&#233;sulte de la g&#233;n&#233;ralisation &#224; partir des ann&#233;es 1960 de l'acc&#232;s de tous les &#233;l&#232;ves au coll&#232;ge. Toute entreprise aujourd'hui de d&#233;mocratisation scolaire, d&#232;s lors, doit prendre ses distances non seulement avec les politiques n&#233;olib&#233;rales, mais aussi avec l'&#233;cole unique elle-m&#234;me. Et c'est bien, en ce sens, l'analyse critique des caract&#233;ristiques de cette derni&#232;re qui peut nous donner les cl&#233;s d'un v&#233;ritable processus de d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La position du probl&#232;me&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mise en place de l'&#233;cole unique a permis une extension consid&#233;rable des scolarit&#233;s. Tous les milieux sociaux ont vu s'&#233;largir sensiblement leur acc&#232;s aux savoirs savants de la culture &#233;crite. Ce b&#233;n&#233;fice a pu masquer, pendant un temps, la persistance des in&#233;galit&#233;s sociales. Les annonces r&#233;currentes de nouvelles mesures de lutte contre l'&#233;chec scolaire, l'instauration d'une politique de discrimination positive avec la cr&#233;ation des ZEP, ont jou&#233; dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 2000 marquent &#224; cet &#233;gard un tournant. D'un c&#244;t&#233; il devient de plus en plus difficile de ne pas prendre acte de l'impuissance de l'&#233;cole unique, discrimination positive ou pas, mesures de lutte contre l'&#233;chec scolaire ou pas, &#224; r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s. De l'autre l'&#233;chec scolaire de masse devient de moins en moins supportable. Parce que la demande de scolarisation dans l'enseignement sup&#233;rieur est aujourd'hui extr&#234;mement majoritaire dans tous les milieux sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Tristan Poullaouec, Le Dipl&#244;me, arme des faibles, La Dispute, Paris, 2010.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parce que cette attente sociale massive donne toute sa force &#224; la mission r&#233;publicaine de l'&#233;cole : assurer une entr&#233;e r&#233;ussie de tous les enfants dans la culture &#233;crite. Parce que cette attente interpelle particuli&#232;rement les enseignants, qui ne peuvent trouver leur bonheur professionnel que dans la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves. Au regard enfin du besoin social d'un tr&#232;s grand nombre de salari&#233;s dot&#233;s d'une qualification &#233;lev&#233;e, une qualification leur permettant de concevoir et d'assurer de nouveaux modes de d&#233;veloppement &#233;conomique, et l'essor d'une production &#233;conome de produits et services de haute qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne s'&#233;tonnera pas, dans ces conditions, qu'il soit devenu banal de parler d'une crise historique de notre syst&#232;me &#233;ducatif, et que l'&#233;cole soit maintenant une grande question de soci&#233;t&#233;, qui se maintient sondage apr&#232;s sondage au tout premier rang des pr&#233;occupations de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi Fillon de 2005 propose deux axes de r&#233;ponse &#224; cette situation. D'un c&#244;t&#233; il s'agit d'encourager les poursuites d'&#233;tudes longues, de fa&#231;on &#224; passer d'un peu plus de 20% &#224; 50% de jeunes form&#233;s au niveau licence. A l'autre p&#244;le, il s'agit de r&#233;pondre &#224; la question : &#171; que faire avec les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; ? &#187; On appelle &#224; un recentrage sur les fondamentaux, pour rassurer les inqui&#233;tudes des familles, mais on n'accorde pas grand cr&#233;dit &#224; la possibilit&#233; par l&#224; de r&#233;duire vraiment l'&#233;chec de masse. C'est plut&#244;t l'occasion de r&#233;organiser les programmes et les proc&#233;dures d'&#233;valuation autour d'un nouveau principe, d&#233;j&#224; largement appliqu&#233; dans d'autres nations, mais sans r&#233;f&#233;rence &#224; quelque bilan de sa mise en &#339;uvre, celui de la formation des &#171; comp&#233;tences &#187;. Dans le prolongement de la loi Fillon, le d&#233;cret de juillet 2006 d&#233;finit le &#171; socle commun de connaissances et de comp&#233;tences &#187; que tout &#233;l&#232;ve doit faire sien ; et de nouveaux programmes pour le coll&#232;ge et pour l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire sont &#233;labor&#233;s en 2007 et 2008, d&#233;finissant le minimum que chaque &#233;l&#232;ve doit s'approprier, qui constituera le bagage d'employabilit&#233; de ceux qui s'en contenteront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse dans cette entreprise de s'appuyer sur les inqui&#233;tudes des parents pour institutionnaliser et l&#233;gitimer une &#233;cole &#224; deux vitesses ne fait pas le moindre doute. Le document &#171; 12 id&#233;es pour 2012 &#187; publi&#233; par la &#171; Fondation pour l'innovation politique &#187;, think tank de l'UMP, donne une d&#233;finition tr&#232;s claire de l'aboutissement du processus engag&#233; : faire &#233;clater ce qui subsiste d'&#171; &#233;cole unique &#187; dans notre syst&#232;me &#233;ducatif. &#171; De nouvelles formes d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale rendent d&#233;sormais impossible la distribution d'un m&#234;me savoir &#224; tous, au m&#234;me moment de la vie et selon les m&#234;mes m&#233;thodes &#187;, indique le document, qui propose donc d'&#171; organiser la diff&#233;renciation des programmes pour r&#233;pondre &#224; la diff&#233;renciation sociale et culturelle &#187;. A cette fin, &#171; de nouveaux &#233;tablissement d'enseignement secondaire doivent voir le jour sous le nom d'&#171; &#233;coles fondamentales &#187; [qui accueilleraient] de la sixi&#232;me &#224; la troisi&#232;me les enfants dont les performances mesur&#233;es &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire ou au coll&#232;ge seraient jug&#233;es insuffisantes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans envisager une semblable mise &#224; bas de l'&#233;cole unique, un ensemble d'organisations politiques, syndicales, associatives, p&#233;dagogiques qui se situent dans l'opposition au pouvoir de droite ne s'en d&#233;clarent pas moins elles aussi en faveur du principe du socle commun. C'est le cas de celles qui ont &#233;t&#233; mobilis&#233;es au long des ann&#233;es 2000 par la Ligue de l'enseignement pour contribuer &#224; recomposer un projet progressiste pour l'&#233;cole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Jos&#233; Tovar, Gen&#232;se du projet du PS pour l'&#233;ducation. De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La r&#233;f&#233;rence au r&#244;le organisateur du socle commun pour le syst&#232;me &#233;ducatif est r&#233;currente dans les textes qui scandent cette recomposition : de celui qui est publi&#233; en 2005 par la Ligue (Refonder l'&#233;cole pour qu'elle soit celle de tous) et inclue l'exigence d'un socle commun &#171; noyau fondamental de savoirs, de comp&#233;tences, de connaissances &#187; parmi ses quelques &#171; id&#233;es-force &#187; pour l'&#233;cole de demain, jusqu'au programme publi&#233; par le Parti socialiste en 2011 (&#201;ducation et formation pour l'&#233;galit&#233;) qui l'&#233;voque sous la figure d'une &#171; base que viendra enrichir l'ensemble des nouveaux savoirs acquis tout au long de la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les protagonistes de cette n&#233;buleuse d'organisations se sont ralli&#233;s &#224; la logique du socle commun, c'est bien qu'ils partagent avec la droite une conviction essentielle : l'&#233;chec scolaire de masse est in&#233;luctable, et il vaut mieux que ceux qui &#233;chouent sortent de l'&#233;cole avec des &#171; comp&#233;tences &#187; qui favoriseront leur acc&#232;s &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines forces syndicales (la FSU notamment) et politiques (voir notamment le programme du Front de gauche pour la pr&#233;sidentielle 2012) refusent cependant de renoncer &#224; l'ambition d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs. Elles opposent au processus d'&#233;clatement de l'&#233;cole unique engag&#233; par la droite des principes et des objectifs qui, pr&#244;nant la transmission &#224; tous d'une culture commune de haut niveau en lieu et place d'une &#233;cole &#224; deux vitesses, ne peuvent manquer de recueillir l'assentiment des partisans d'une &#233;cole &#233;galitaire. Il reste toutefois &#224; d&#233;velopper ces principes jusqu'&#224; &#233;laborer un projet scolaire d'ensemble, audacieux et coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GRDS souhaite contribuer &#224; cette &#233;laboration en soumettant au d&#233;bat ses propositions pour une &#171; &#233;cole commune &#187;, propositions qui s'int&#233;ressent &#224; l'organisation du parcours des &#233;l&#232;ves, aux dispositifs et aux pratiques p&#233;dagogiques, &#224; la formation des enseignants, et aux contenus d'enseignement. On &#233;voque ici les traits g&#233;n&#233;raux de l'&#233;cole commune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un expos&#233; d'ensemble de nos r&#233;flexions, voir GRDS, L'&#233;cole commune. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;marche mise en &#339;uvre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les projets pour l'&#233;cole s'embarrassent peu d'analyses critiques de l'existant, donnant &#224; comprendre les raisons pour lesquelles celui-ci ne donne pas satisfaction et m&#233;rite d'&#234;tre remplac&#233;. Les doctrines p&#233;dagogiques partent de principes et de valeurs r&#233;f&#233;rant &#224; la nature de l'enfant, &#224; l'exigence de son d&#233;veloppement harmonieux et de la formation d'individus libres et responsables, &#224; ce qu'il en est des bonnes fa&#231;ons d'apprendre, etc., et imaginent l'&#233;cole qui va r&#233;aliser ces id&#233;aux. Les politiques actuelles du socle commun, de leur c&#244;t&#233;, partent d'un constat, celui de l'&#233;chec r&#233;it&#233;r&#233; de toute une partie des &#233;l&#232;ves, et ne cherchent pas &#224; le comprendre mais lui proposent une &#171; solution &#187; : puisqu'ils n'arrivent pas &#224; apprendre, on va former des comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons choisi une autre voie, en nous attachant &#224; identifier, sans pr&#233;juger du bien et du mal en mati&#232;re &#233;ducative, ce qui fait aujourd'hui obstacle, dans les fonctionnements pratiques de l'&#233;cole publique, &#224; l'appropriation des savoirs de la culture &#233;crite. Cette autre voie nous semble en effet la plus propre &#224; assurer la plausibilit&#233; socio-historique d'un projet de d&#233;mocratisation, en l'inscrivant dans le mouvement r&#233;el de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Tout en &#233;chouant &#224; r&#233;duire l'in&#233;galit&#233; des chances, l'instauration de l'&#233;cole unique a permis d'&#233;largir consid&#233;rablement l'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s : c'est cet &#233;largissement qu'il s'agit aujourd'hui de poursuivre et d'intensifier, en prenant la mesure des contradictions nouvelles qu'il a fait surgir et des moyens de les d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec scolaire affecte tous les milieux sociaux (28% des enfants de cadres ne r&#233;ussissent pas &#224; d&#233;crocher un bac d'enseignement g&#233;n&#233;ral), mais pr&#233;f&#233;rentiellement et prioritairement les milieux populaires (78% des enfants d'ouvriers sont dans le m&#234;me cas). Les recherches empiriques accumul&#233;es depuis un demi si&#232;cle &#224; l'&#233;chelle internationale montrent sans conteste possible que les difficult&#233;s d'apprentissage sont &#233;troitement corr&#233;l&#233;es, quel que soit le milieu social, &#224; l'insuffisance ou au d&#233;faut d'une aide familiale efficace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ce qui est des enfants de cadres, voir Ga&#235;le Henri Panabi&#232;re, Des &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question cruciale &#224; poser est donc celle-ci : pourquoi l'&#233;cole ne parvient-elle pas &#224; accueillir les enfants disposant d'un encadrement familial scolairement peu efficient &#8211; notamment ceux qui sont issus des classes populaires &#8211; en sorte de limiter, sinon en compensant compl&#232;tement, l'impact des in&#233;galit&#233;s familiales et culturelles sur la r&#233;ussite scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons &#224; cet &#233;gard qu'aujourd'hui au contraire l'&#233;cole accompagne les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette question, les recherches accumul&#233;es depuis les ann&#233;es 1960 (notamment en France, &#201;tats-Unis, Grande-Bretagne) apportent de s&#233;rieux &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse. Elles invitent &#224; r&#233;partir les facteurs qui, dans le fonctionnement de l'institution scolaire, contribuent &#224; creuser les in&#233;galit&#233;s scolaires, en deux grands ensembles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans un premier type de cas, ces facteurs proc&#232;dent d'une distribution des ressources de l'institution scolaire qui, au lieu de contrecarrer le jeu des in&#233;galit&#233;s sociales et culturelles, vient les conforter. L'existence de ces facteurs para&#238;t consubstantielle &#224; l'organisation concurrentielle de l'&#233;cole unique, et leur &#233;limination suppose la suppression de cette derni&#232;re. La question de la d&#233;mocratisation scolaire renvoie ici &#224; un probl&#232;me d'organisation structurelle de l'institution scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans un second type de cas, ces facteurs rel&#232;vent du processus de transmission des connaissances et sont inh&#233;rents aux dispositifs p&#233;dagogiques con&#231;us &#224; cette fin. Certaines recherches les concernant mettent l'accent sur la responsabilit&#233; des modes de traitement de la difficult&#233; d'apprentissage, ou des p&#233;dagogies constructivistes qui induisent les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires en erreur quant aux objectifs r&#233;els de l'activit&#233; scolaire, etc. D'autres, plus proches d'un point de vue didactique, s'attachent &#224; interroger la pertinence de ces objectifs eux-m&#234;mes et des syst&#232;mes d'apprentissage qui les sous-tendent, qu'il s'agisse de l'enseignement de la lecture (syllabique ou mixte ?), des math&#233;matiques (doit-on au CP faire des activit&#233;s de d&#233;nombrement ou engager l'&#233;tude du syst&#232;me de nombres ?), de l'histoire (la compr&#233;hension de l'histoire suppose-t-elle une approche chronologique ?), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute entreprise de d&#233;mocratisation scolaire doit s'en prendre simultan&#233;ment &#224; ces deux registres de facteurs. Nous nous en tiendrons ici au premier d'entre eux et aux cons&#233;quences qu'il convient d'en tirer (on trouvera dans un autres texte de cette rubrique des r&#233;flexions concernant l'am&#233;lioration indispensable des dispositifs p&#233;dagogiques &#224; l'&#339;uvre dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sultats de la recherche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t que les ressources et services distribu&#233;s par l'institution scolaire le sont assez syst&#233;matiquement au prorata de la puissance sociale de leurs b&#233;n&#233;ficiaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les dotations financi&#232;res par &#233;l&#232;ve, la qualit&#233; des b&#226;timents, la diversit&#233; de l'offre scolaire (sections et fili&#232;res disponibles), l'importance du personnel non enseignant, etc. sont &#224; l'avantage des &#233;tablissements des beaux quartiers ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le d&#233;roulement des carri&#232;res enseignantes, qui va massivement des &#233;tablissements les plus populaires vers ceux des beaux quartiers, r&#233;serve majoritairement les postes les plus difficiles aux enseignants d&#233;butants, les moins exp&#233;riment&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la gestion des parcours des &#233;l&#232;ves engage une s&#233;rie de d&#233;cisions de notation, d'affectation ou pas au redoublement, aux classes d'enseignement sp&#233;cialis&#233;, &#224; telle ou telle classe de niveau le cas &#233;ch&#233;ant, et d'orientation vers des fili&#232;res plus ou moins valoris&#233;es. Les recherches qui ont interrog&#233; les d&#233;terminants de ces d&#233;cisions en ont conclu que toutes choses &#233;gales par ailleurs, et notamment &#224; valeur scolaire identique (contr&#244;l&#233;e par les chercheurs), ces d&#233;cisions s'op&#233;raient toujours au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves des classes populaires, qui sont moins bien not&#233;s et plus souvent affect&#233;s par des orientations qui sont suppos&#233;es rem&#233;dier &#224; leurs difficult&#233;s (redoublement, etc.) mais s'av&#232;rent en r&#233;alit&#233; p&#233;nalisantes pour la suite de leur parcours ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La distribution des ressources intellectuelles de l'institution n'&#233;chappe pas davantage &#224; cette logique in&#233;galitaire. Face aux difficult&#233;s, r&#233;elles ou pr&#233;sum&#233;es, des &#233;l&#232;ves d'origine populaire, une minorit&#233; d'enseignants s'attache &#224; maintenir une ambition forte, en concentrant l'effort p&#233;dagogique sur les points les plus difficiles, et donc les plus th&#233;oriques, quitte &#224; y passer plus de temps. Une forte majorit&#233; toutefois estime in&#233;vitable de s'adapter &#171; par le bas &#187;, en contournant les points d&#233;licats et les aspects jug&#233;s les plus abstraits et les plus th&#233;oriques de la mati&#232;re. Au nom d'une p&#233;dagogie qui devrait &#234;tre n&#233;cessairement diff&#233;renci&#233;e, ils se r&#233;signent par avance &#224; l'id&#233;e de ne pas traiter tout le programme, et substituent chaque fois que possible l'exemple &#224; la d&#233;monstration, l'illustration &#224; l'expos&#233; des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donner moins &#224; ceux qui ont moins&lt;/i&gt; appara&#238;t dans ces conditions comme la loi g&#233;n&#233;rale qui r&#233;gule l'affectation des bienfaits scolaires, et l'existence de zones de discrimination positive est loin de suffire &#224; la contrecarrer. L'&#233;cole unique r&#233;v&#232;le l&#224; sa vraie nature : celle d'une institution tout enti&#232;re prise dans les logiques in&#233;galitaires d'une soci&#233;t&#233; de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le principe de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves qui permet qu'il en aille ainsi. Les d&#233;mocrates protestent aujourd'hui &#224; juste titre &#224; l'encontre de la mise en concurrence des &#233;tablissements scolaires, mais sans mesurer toujours que cette derni&#232;re n'est jamais qu'une extension de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes, &#224; travers le dispositif d'&#233;valuation, de classement, d'orientation qui r&#233;git depuis le d&#233;cret Berthoin de 1959 le parcours de ces derniers. Par lui-m&#234;me ce dispositif ne peut aboutir qu'&#224; proportionner les parcours au sein de l'institution &#224; l'importance des ressources dont disposaient les int&#233;ress&#233;s au d&#233;part. Cette action quasi automatique de la concurrence est encore renforc&#233;e par l'action de l'institution scolaire qui vient augmenter les ressources de ceux qui &#233;taient d&#233;j&#224; les mieux pourvus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cole commune : apprendre sans concurrence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la d&#233;mocratisation scolaire ne peuvent tirer de ces constats qu'une seule conclusion : si l'on veut en finir avec les in&#233;galit&#233;s sociales face &#224; l'&#233;cole, la premi&#232;re condition &#224; r&#233;aliser est la suppression de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, et la suppression donc du support essentiel de cette derni&#232;re, les notes et les classements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a suffi de quelques g&#233;n&#233;rations depuis les ann&#233;es 1960 pour que l'id&#233;e qu'apprendre supposait d'&#234;tre &#233;valu&#233;, not&#233;, class&#233;, orient&#233;, figure parmi les plus fortes &#233;vidences de notre monde naturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certes l'&#233;cole de la Troisi&#232;me R&#233;publique n'ignorait ni l'&#233;valuation, ni les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On oublie ainsi, ce qu'on a pourtant sous les yeux, que bien des apprentissages s'op&#232;rent avec succ&#232;s en impliquant soit une &#233;valuation qui n'aboutit pas &#224; un classement, du type de l'examen et non du concours (par exemple apprendre &#224; conduire), soit pas d'&#233;valuation sp&#233;cifique (par exemple apprendre &#224; marcher, &#224; nager, &#224; observer les codes de bonne conduite en soci&#233;t&#233;, etc.). Pourtant ces apprentissages peuvent eux aussi requ&#233;rir bien des investissements et beaucoup de t&#233;nacit&#233;. Le cas le plus frappant est certainement celui de la parole. Entrer dans le langage humain et se doter d'une capacit&#233; linguistique ordinaire est une entreprise extraordinairement complexe, de longue haleine, dont on ne voit pas ce qu'elle aurait de moins difficile que d'entrer dans la culture &#233;crite. Elle s'op&#232;re pourtant sans concours, sans examen, et&#8230; sans &#233;chec !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suppression de la concurrence scolaire impliquerait un ample bouleversement culturel de notre rapport &#224; l'&#233;cole, mais elle n'a elle-m&#234;me besoin que d'une mesure pr&#233;cise et circonscrite : la suppression de la notation et de toute forme substitutive d'&#233;talonnage de la valeur scolaire des &#233;l&#232;ves (lettres, etc.). Sans &#233;talonnage, pas de comparaison possible des prestations des &#233;l&#232;ves, pas de classement, pas de mise en hi&#233;rarchie. Une &#233;cole sans notes pr&#233;sente de multiples avantages. L'appropriation par les &#233;l&#232;ves des fondements de la culture &#233;crite redevient sa mission premi&#232;re et exclusive. Ses enseignants n'ont plus d'autre responsabilit&#233; que de cr&#233;er les conditions d'un apprentissage r&#233;ussi. Et ils seront convi&#233;s &#224; l'assumer avec d'autant plus d'insistance qu'il ne sera plus possible de contourner la r&#233;solution des difficult&#233;s d'apprentissage par l'attribution de &#171; mauvaises notes &#187;. Les &#233;l&#232;ves pour leur part, d&#233;barrass&#233;s de l'obsession pesante de la mauvaise note, et de ses cons&#233;quences (redoublement, orientation subie, etc.), pourront se consacrer &#224; leurs apprentissages avec beaucoup moins de pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un apprentissage sans notes n'est &#233;videmment pas un apprentissage sans &#233;valuation. Y a-t-il d'ailleurs un apprentissage qui ne suppose quelque validation de la part de ceux qui se sont d&#233;j&#224; appropri&#233;s les savoirs concern&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;cole sans notes est-elle cr&#233;dible ? On rappellera d'abord &#224; cet &#233;gard que ce ne sont pas les notes qui &#171; tiennent &#187; les &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;cole jusqu'&#224; au moins dix-huit ans mais une norme sociale d&#233;sormais bien &#233;tablie et qui subsistera, notes ou pas. Il est clair, conjointement, que la suppression des notes contraint l'&#233;cole &#224; placer le go&#251;t d'apprendre au principe des apprentissages. Exigence irr&#233;aliste ? Mais quoi d'autre que le go&#251;t d'apprendre nous a permis &#224; tous d'affronter les complexit&#233;s consid&#233;rables de l'apprentissage de la parole ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le tronc commun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune est une &#233;cole qui n'a pas l'ambition d'assurer l'&#233;galit&#233; des chances, mais d'assurer l'entr&#233;e r&#233;ussie de tous ses &#233;l&#232;ves dans la culture &#233;crite. Loin de faire de l'acquisition des savoirs &#233;labor&#233;s une question de &#171; chance &#187;, elle met toutes ses ressources au service d'un objectif primordial : assurer &#224; chacun, au long d'un parcours commun, l'acquisition d'une culture commune correspondant aux connaissances de l'&#233;poque et aux besoins du futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc pas pour l'&#233;cole commune de classer pour trier et &#233;liminer, mais de conduire tout le monde en un point d&#233;termin&#233;, aboutissement du tronc commun. La conviction de l'&#233;galit&#233; des intelligences, de la disposition par chaque &#234;tre parlant des capacit&#233;s d'abstraction, de raisonnement logique, de r&#233;flexivit&#233; indispensables et suffisantes &#224; une entr&#233;e normale dans la culture &#233;crite, est au principe de la mise en place de ce tronc commun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Pierre Terrail, De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;renciation des parcours au sein de l'actuelle &#233;cole unique s'op&#232;re &#224; travers le recours &#224; diff&#233;rentes instances qui, pour &#234;tre dites &#171; de rem&#233;diation &#187;, n'en p&#233;nalisent pas moins les &#233;l&#232;ves et d&#233;bouchent assez syst&#233;matiquement sur l'orientation vers les voies courtes : redoublement, RASED, classes d'adaptation, classes de faible niveau, sections au programme all&#233;g&#233;, SEGPA, etc. Parler de tronc commun implique la disparition de toutes ces instances (ou pour le moins, concernant les RASED, une reconsid&#233;ration de leurs modalit&#233;s de fonctionnement actuelles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est &#233;videmment pas parce qu'on aura supprim&#233; le redoublement qu'on aura supprim&#233; du m&#234;me coup la difficult&#233; d'apprentissage et l'in&#233;gale aisance avec laquelle les &#233;l&#232;ves parviendront &#224; la surmonter. Aussi la mise en place d'un v&#233;ritable tronc commun n'est-elle tout simplement pas concevable sans une am&#233;lioration massive de l'efficacit&#233; des dispositifs p&#233;dagogiques, &#224; commencer par ceux de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet aspect tout &#224; fait crucial de l'&#233;cole commune n'est pas abord&#233; ici. On (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette am&#233;lioration assur&#233;e, deux probl&#232;mes subsisteront : l'existence d'enfants souffrant de handicaps ou de traumatismes lourds, dont il faudra assurer la formation et l'&#233;panouissement possibles dans les meilleures conditions sp&#233;cialis&#233;es, mais dont la proportion ne d&#233;passe pas deux &#224; trois pour cent de chaque cohorte ; et le fait qu'en fonction de leur parcours intellectuel certains &#233;l&#232;ves auront plus de difficult&#233;s que d'autres &#224; affronter tel ou tel type d'apprentissage. Les enseignants concern&#233;s devront pouvoir, dans ce dernier cas, disposer d'une aide ext&#233;rieure, notamment celle d'enseignants surnum&#233;raires, qui interviendront &#224; leur demande, sous leur responsabilit&#233;, et sans que les &#233;l&#232;ves int&#233;ress&#233;s soient soustraits au d&#233;roulement normal de leur classe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les contenus du tronc commun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition de ces programmes du tronc commun n'est rien d'autre que celle de la culture commune que l'on entend transmettre &#224; l'ensemble des jeunes g&#233;n&#233;rations. C'est une question qui concerne tout un chacun, et ne saurait &#234;tre l'apanage des experts du gouvernement, du patronat, et m&#234;me de la noosph&#232;re p&#233;dagogique. La mise en place de l'&#233;cole commune devrait &#234;tre l'occasion d'un &#233;largissement consid&#233;rable du cercle des discutants et des d&#233;cideurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les contenus de la culture commune soient l'objet de d&#233;bats est in&#233;vitable : quelle que soit la dur&#233;e du tronc commun, ses programmes seront n&#233;cessairement le r&#233;sultat de choix, impliquant divergences et confrontations. Ils devront &#224; la fois, en tout &#233;tat de cause, permettre toutes les orientations sp&#233;cialis&#233;es au terme du tronc commun ; et donner &#224; chacun les moyens minimaux d'une pens&#233;e autonome et r&#233;flexive sur les domaines qui ne ressortiront pas de sa sp&#233;cialisation. La culture qu'ils viseront &#224; transmettre devra donc avoir une dimension plurielle, &#171; polytechnique &#187;. Certains domaines, aujourd'hui absents des programmes ou secondaris&#233;s, telles l'activit&#233; de travail et son organisation, ou la technologie, devront &#234;tre s&#233;rieusement valoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit tronc commun ne dit pas uniformisation et standardisation du d&#233;veloppement intellectuel et culturel de chacun ! Au long de leurs &#233;tudes, les &#233;l&#232;ves pourront d&#233;velopper plus particuli&#232;rement leurs savoirs et leurs savoir faire dans tel ou tel domaine de pr&#233;dilection, et l'institution scolaire leur en offrira la possibilit&#233;. Mais ces investissements sp&#233;cialis&#233;s ne pourront s'op&#233;rer au d&#233;triment des mati&#232;res du tronc commun : avant la fin du parcours commun, aucune sp&#233;cialisation impliquant l'abandon de tel ou tel choix professionnels ult&#233;rieurs ne devrait pouvoir &#234;tre envisag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dur&#233;e du tronc commun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre d'une obligation scolaire port&#233;e &#224; 18 ans, qui rallie aujourd'hui les suffrages des organisations progressistes, le GRDS propose que le tronc commun soit compos&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'une &#233;cole enfantine qui accueille les &#233;l&#232;ves de deux ou trois ans jusqu'&#224; six ans, qui soit dot&#233;e d'une v&#233;ritable ambition intellectuelle, culturelle, artistique, mais en r&#233;cusant toute entr&#233;e pr&#233;matur&#233;e, et strictement inutile, dans le lire-&#233;crire, quelle qu'en soit la forme
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'une &#233;cole premi&#232;re, con&#231;ue comme l'antichambre du secondaire, et dot&#233;e de modes de fonctionnement et de transmission des savoirs profond&#233;ment repens&#233;s. Le GRDS propose en particulier que chaque classe ait deux ma&#238;tres, un ma&#238;tre litt&#233;raire et un ma&#238;tre scientifique, en sus des intervenants sp&#233;cialis&#233;s
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'une &#233;cole secondaire accueillant les &#233;l&#232;ves de onze &#224; dix-huit ans. L'enseignement secondaire d&#233;bouche &#224; 17 ans sur un bac de culture g&#233;n&#233;rale et technologique, et se conclue &#224; 18 ans par une terminale &#224; options, pr&#233;figurant les choix ult&#233;rieurs d'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des objections les plus fr&#233;quemment soulev&#233;es par ces propositions concerne la suppression des fili&#232;res, et le report en terminale de ce qui sera dans le nouveau cadre une v&#233;ritable option, et non plus une orientation subie par des &#233;l&#232;ves en &#233;chec. Le lecteur int&#233;ress&#233; pourra se reporter &#224; ce sujet au d&#233;bat fourni qui s'est d&#233;velopp&#233; sur ce site autour de l'hypoth&#232;se d'un &#171; lyc&#233;e unique &#187;. Le projet du GRDS repose sur la conviction qu'il est possible de r&#233;duire massivement l'&#233;chec dans les apprentissages &#233;l&#233;mentaires, et prend en compte les cons&#233;quences qu'aurait une telle r&#233;duction dans le secondaire, qui limiterait drastiquement les comportements de rejet de l'&#233;cole et les attitudes d'indiff&#233;rence utilitariste &#224; l'&#233;gard des savoirs (&#224; quoi &#231;a sert ?), qui donnent souvent &#224; croire qu'on r&#233;soudra les probl&#232;mes de l'institution scolaire en &#171; ouvrant l'&#233;cole sur la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est toujours difficile d'imaginer que l'existant puisse &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rent de la figure famili&#232;re qu'on lui conna&#238;t, et en l'occurrence que la question &#171; qu'est-ce qu'on fait avec les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; ? &#187; puisse perdre le sens qu'elle a aujourd'hui. Il arrive ainsi que la perspective d'un lyc&#233;e unique et de la suppression des classes d'enseignement professionnel et technologique en seconde et en premi&#232;re soit per&#231;ue comme un d&#233;sint&#233;r&#234;t pour les jeunes (issus principalement des milieux populaires) pour lesquels ces classes constituent actuellement une bou&#233;e de secours. Le d&#233;bat est d'autant plus complexe que ce sont les enseignants actuellement confront&#233;s aux publics en difficult&#233; (et notamment ceux des fili&#232;res professionnelles et technologiques) qui sont les plus sensibles &#224; cette objection, alors que la r&#233;ponse &#8211; qu'il s'agisse de valider le &#171; tous capables &#187; ou d'&#233;laborer des dispositifs p&#233;dagogiques performants dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire &#8211; est &#224; chercher &#224; distance de leurs pr&#233;occupations quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement sous l'aspect suivant que le projet du GRDS rencontre parfois de l'incompr&#233;hension. On ne peut concevoir le lyc&#233;e unique sans une am&#233;lioration massive de la transmission des savoirs &#233;l&#233;mentaires de la culture &#233;crite. Mais r&#233;ciproquement seule une forte affirmation du lyc&#233;e unique comme destination normale de tout parcours scolaire cr&#233;era les conditions de la transformation de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; se verront aujourd'hui attribuer des notes m&#233;diocres, invit&#233;s &#224; redoubler, affect&#233;s &#224; des classes de faible niveau, orient&#233;s vers les fili&#232;res courtes. Ces multiples fa&#231;ons de g&#233;rer leur parcours scolaire repr&#233;sentent autant de possibilit&#233;s, si ce n'est d'incitations, &#224; renoncer &#224; affronter la r&#233;alit&#233; des difficult&#233;s d'apprentissage. Le recours &#224; ces &#171; solutions &#187; revient &#224; r&#233;soudre un probl&#232;me cognitif par des proc&#233;dures de tri social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, la suppression de tous ces traitements institutionnels de la difficult&#233; intellectuelle, et l'affirmation conjointe que tous les &#233;l&#232;ves sont appel&#233;s &#224; suivre une scolarit&#233; normale jusqu'&#224; un bac de culture g&#233;n&#233;rale et technologique, reviennent &#224; lancer un appel tr&#232;s fort aux enseignants pour qu'ils se mobilisent collectivement afin de reprendre la main sur leur m&#233;tier, en remettant sur l'ouvrage des dispositifs p&#233;dagogiques aujourd'hui bien trop peu performants, avec la collaboration des chercheurs et des moyens mat&#233;riels et financiers ad&#233;quats pour la formation continue et l'exp&#233;rimentation. C'est du m&#234;me coup une fa&#231;on d'inviter les enseignants et les &#233;l&#232;ves &#224; adopter deux r&#232;gles d&#233;ontologiques essentielles, consistant pour les premiers &#224; ne pas accepter de ne pas se faire comprendre, et pour les seconds &#224; ne pas accepter de ne pas comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les diff&#233;rents volets de l'&#233;cole commune&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La proposition du GRDS d'un syst&#232;me &#233;ducatif structur&#233;e par un parcours scolaire unique de 2 &#224; 18 ans (la terminale &#224; option peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme faisant partie du tronc commun, les &#233;carts cognitifs et culturels &#233;tant beaucoup moins significatifs entre ses options qu'entre les fili&#232;res d'aujourd'hui) ne va pas, nous l'avons not&#233; chemin faisant, sans fortes implications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exigence d'une r&#233;duction massive de l'&#233;chec scolaire vient au premier rang d'entre elles. La mise au point de dispositifs p&#233;dagogiques beaucoup plus efficients doit &#234;tre l'affaire de toute la communaut&#233; enseignante, anim&#233;e par l'objectif d&#233;termin&#233; de la r&#233;ussite de tous, et disposant &#224; cette fin de moyens d'exp&#233;rimentation, d'&#233;changes et de r&#233;flexion dignes de ce nom, et de la collaboration des chercheurs. Pour ce qui le concerne le GRDS avance des pistes de r&#233;flexion concernant l'enseignement &#233;l&#233;mentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, L'&#201;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et a ouvert sur ce site une rubrique &#171; Exp&#233;rimentations &#187; o&#249; les coll&#232;gues qui participent &#224; des initiatives d'am&#233;lioration des apprentissages sont invit&#233;s &#224; en faire part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation des enseignants doit pouvoir s'appuyer, pour &#234;tre la plus efficace possible, sur les apports d'une formation initiale et continue repens&#233;e en fonction des ambitions de l'&#233;cole commune. Les propositions du GRDS concernant la formation des ma&#238;tres sont expos&#233;es dans le chapitre 4 de &lt;i&gt;L'&#201;cole commune&lt;/i&gt; (op. cit&#233;), et sont &#233;voqu&#233;es parall&#232;lement dans cette rubrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cursus de l'enseignement sup&#233;rieur et les modalit&#233;s de leur acc&#232;s sont eux aussi &#224; repenser dans le nouveau contexte. Tout, ici, reste &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste enfin l'&#233;norme domaine de la culture commune, des contenus d'enseignement &#224; transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations au cours de leur scolarisation dans l'&#233;cole commune. Le GRDS a engag&#233; en premi&#232;re &#233;tape le travail de constitution d'une biblioth&#232;que des programmes disciplinaires, nourrie par l'apport de sp&#233;cialistes des disciplines s'effor&#231;ant de faire le point de l'&#233;volution des programmes dans les derni&#232;res d&#233;cennies et des d&#233;bats qu'ils ont suscit&#233;s : ce bilan &#233;tant un pr&#233;alable indispensable pour que puisse se d&#233;velopper dans les conditions les plus productives possibles un d&#233;bat &#233;largi sur les choix &#224; op&#233;rer pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment l'&#233;cole commune peut-elle advenir ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question de la dynamique politique susceptible d'impulser et de soutenir dans la dur&#233;e une aussi vaste transformation du syst&#232;me &#233;ducatif est &#233;videmment d&#233;cisive. Cette dynamique ne peut &#234;tre que le fait, naturellement, des forces qui y ont directement int&#233;r&#234;t ; et plus pr&#233;cis&#233;ment d'une conjonction de l'action de ces forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'abord des cat&#233;gories sociales dont les enfants subissent massivement aujourd'hui l'&#233;chec scolaire, au premier chef les ouvriers et les employ&#233;s, nettement majoritaires dans le salariat. La position des cadres moyens et sup&#233;rieurs est plus complexe, toujours tent&#233;s de tirer leur &#233;pingle du jeu de la concurrence scolaire, mais subissant en m&#234;me temps eux aussi l'angoisse et l'&#233;chec scolaires (28% des enfants de cadres sup&#233;rieurs ne d&#233;crochent pas le bac g&#233;n&#233;ral).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de la responsabilit&#233; des organisations politiques qui se r&#233;clament des classes populaires de se doter d'une politique scolaire &#233;labor&#233;e, pens&#233;e d'abord en r&#233;f&#233;rence aux int&#233;r&#234;ts de ces classes, sans se contenter de reprendre les revendications du syndicalisme enseignant, aussi l&#233;gitimes fussent ces derni&#232;res : &#224; chacun son r&#244;le et sa fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces organisations peuvent promouvoir les lignes directrices d'une grande politique pour l'&#233;cole, elles peuvent agir pour sensibiliser la population autour de leur programme, elles peuvent engager le d&#233;bat avec les agents de l'institution scolaire au plan national, dans les villes et les quartiers. Ce ne sont pas elles, cependant, qui peuvent mettre cette politique en &#339;uvre dans les &#233;tablissements et dans les salles de classes. Et l'on ne peut, de l'ext&#233;rieur, sans retour d'exp&#233;rience, &#233;dicter ce que doivent &#234;tre les bonnes mani&#232;res de conduire les apprentissages. Rien donc ne se fera sans la participation active des protagonistes de l'&#233;cole, au premier chef des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-ci partagent avec l'ensemble des actifs le go&#251;t du travail bien fait. Et bien faire son travail, pour un enseignant, c'est de permettre &#224; tous ses &#233;l&#232;ves de surmonter les difficult&#233;s des apprentissages. En ce sens, on peut consid&#233;rer, s'agissant d'entreprendre une r&#233;duction massive des in&#233;galit&#233;s et donc de l'&#233;chec scolaires, que la qu&#234;te du bonheur professionnel peut constituer un puissant levier pour inciter les enseignants &#224; s'engager dans la r&#233;forme, f&#251;t-ce au prix d'une remise en cause des fa&#231;ons &#233;tablies de conduire les apprentissages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, concernant ces politiques, Ken Jones (dir.), &lt;i&gt;L'&#201;cole en Europe&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2011 ; et Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Cl&#233;ment, Guy Dreux, &lt;i&gt;La Nouvelle &#233;cole capitaliste&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Le Dipl&#244;me, arme des faibles&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Jos&#233; Tovar, &lt;i&gt;Gen&#232;se du projet du PS pour l'&#233;ducation. De l'Appel de la Ligue de l'Enseignement en 2000 (&#171; L'&#233;cole que nous voulons &#187;) &#224; l'Appel de Bobigny en 2010&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.democratisation-scolaire.fr&lt;/a&gt;, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un expos&#233; d'ensemble de nos r&#233;flexions, voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ce qui est des enfants de cadres, voir Ga&#235;le Henri Panabi&#232;re, &lt;i&gt;Des &#171; h&#233;ritiers &#187; en &#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons &#224; cet &#233;gard qu'aujourd'hui au contraire l'&#233;cole accompagne les &#233;carts sociaux, voire contribue &#224; les creuser : ainsi &#224; la fin du CM2, l'&#233;cart moyen des acquisitions cognitives rapport&#233;es au milieu social des &#233;l&#232;ves a doubl&#233; par rapport &#224; ce qu'il &#233;tait au moment de l'arriv&#233;e au CP&#8230; (voir Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire : construction et &#233;volution &#187;, &lt;i&gt;France, portrait social&lt;/i&gt;, INSEE, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Certes l'&#233;cole de la Troisi&#232;me R&#233;publique n'ignorait ni l'&#233;valuation, ni les notes, les examens et les concours, et l'&#233;cole unique a pu para&#238;tre en prolonger &#224; cet &#233;gard la tradition. Mais la s&#233;lection interne &#224; l'institution scolaire avait un tout autre statut : elle ne concernait qu'une partie des &#233;l&#232;ves et se faisait par la r&#233;ussite (s'agissant par exemple des &#233;l&#232;ves du primaire encourag&#233;s &#224; passer dans le primaire sup&#233;rieur) bien plus que par l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet aspect tout &#224; fait crucial de l'&#233;cole commune n'est pas abord&#233; ici. On se reportera aux textes concern&#233;s de cette m&#234;me rubrique du site, et bien s&#251;r &#224; l'ouvrage cit&#233; du GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#201;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, op. cit&#233;, chapitre 2 &#171; R&#233;examiner les enseignements &#233;l&#233;mentaires &#187; ; et &#171; Assurer &#224; tous une entr&#233;e r&#233;ussie dans la culture &#233;crite ? &#187; sur ce site&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Coll&#232;ge : un atelier pluridisciplinaire de fabrication de le&#231;ons</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article124</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article124</guid>
		<dc:date>2011-06-30T07:35:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvain Marange</dc:creator>


		<dc:subject>conduite des apprentissages</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Dispositif</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au coll&#232;ge La Duranti&#232;re de Nantes, tous les lundis et tous les mardis, deux groupes d'enseignants de toutes mati&#232;res se r&#233;unissent pendant une heure pour travailler sur la le&#231;on de l'un d'entre eux. Ils se mettent &#224; la place des &#233;l&#232;ves en testant eux-m&#234;mes les exercices puis les critiquent pour les faire &#233;voluer et leur donner une tournure enti&#232;rement inductive. Au bout de quelques s&#233;ances, les le&#231;ons finalis&#233;es sont pr&#233;sent&#233;es aux &#233;l&#232;ves. Dans un premier temps, ces derniers travaillent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;conduite des apprentissages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Dispositif&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L80xH61/arton124-e4815.jpg?1790689101' class='spip_logo spip_logo_right' width='80' height='61' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au coll&#232;ge La Duranti&#232;re de Nantes, tous les lundis et tous les mardis, deux groupes d'enseignants de toutes mati&#232;res se r&#233;unissent pendant une heure pour travailler sur la le&#231;on de l'un d'entre eux. Ils se mettent &#224; la place des &#233;l&#232;ves en testant eux-m&#234;mes les exercices puis les critiquent pour les faire &#233;voluer et leur donner une tournure enti&#232;rement inductive. Au bout de quelques s&#233;ances, les le&#231;ons finalis&#233;es sont pr&#233;sent&#233;es aux &#233;l&#232;ves. Dans un premier temps, ces derniers travaillent seuls et sans aide (SESA), l'enseignant se tenant &#224; distance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un autre enseignant est pr&#233;sent pour prendre connaissance des strat&#233;gies de r&#233;solution de probl&#232;me mises en &#339;uvre par les &#233;l&#232;ves et pour identifier les erreurs que le groupe de travail n'a pas su anticiper. S'ensuit une mise en commun par groupes de trois ou quatre &#233;l&#232;ves, puis la r&#233;daction collective du cours. Ces s&#233;quences demeurent assez exceptionnelles et prennent souvent place en d&#233;but de chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'origine de ce travail collectif, quelques constats largement partag&#233;s dans les &#233;tablissements de l'&#233;ducation prioritaire comme le n&#244;tre, mais aussi dans tous les autres coll&#232;ges en v&#233;rit&#233;, m&#234;me si la proportion d'&#233;l&#232;ves qui passent totalement &#224; c&#244;t&#233; des enseignements y est souvent un peu moins importante qu'en ZEP :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. A l'entr&#233;e en sixi&#232;me, nous accueillons un nombre significatif d'&#233;l&#232;ves qui ont d&#233;j&#224; redoubl&#233; en primaire et qui cumulent des difficult&#233;s scolaires importantes. Nous nous appliquons &#224; constituer des classes h&#233;t&#233;rog&#232;nes pour profiter de l'effet d'entrainement de t&#234;tes de classe. Mais, m&#234;me si heureusement nous avons parfois de bonnes surprises, la plupart du temps les &#233;carts entre les &#233;l&#232;ves demeurent et souvent m&#234;me s'aggravent au cours des quatre ann&#233;es de coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Fr&#233;quemment, les &#233;l&#232;ves qui ne parviennent pas &#224; entrer avec succ&#232;s dans les apprentissages scolaires entravent le bon d&#233;roulement des cours. Des ann&#233;es d'&#233;chec les ont conduits &#224; d&#233;velopper de savantes pratiques de contournement des t&#226;ches. Elles ont toutes pour objectif de retarder le moment de la mise au travail qui s'apparente pour eux &#224; un sc&#233;nario infernal et immuable : les bons &#233;l&#232;ves vont encore tirer b&#233;n&#233;fice de ce qui va se jouer quand ils vont encore passer &#224; c&#244;t&#233;. Aussi essayent-ils de tirer leurs camarades en dehors de l'activit&#233; propos&#233;e par l'enseignant, ou de d&#233;tourner le sens de l'activit&#233; en posant des questions hors sujet, voire m&#234;me de provoquer l'incident. Et si ces entreprises de d&#233;stabilisation sont passag&#232;res dans la plupart des cas, il arrive aussi que cela prenne un tour dramatique et que certains enseignements soient totalement paralys&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Parfois les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; deviennent passifs. Le prof a beau s'activer, mettre en sc&#232;ne son cours, le dialogue tourne au monologue et il v&#233;rifie assez vite qu'il a beaucoup donn&#233; de lui-m&#234;me pour un r&#233;sultat tr&#232;s modeste sur des &#233;l&#232;ves qui n'ont pas produit la r&#233;flexion attendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. D'autres &#233;l&#232;ves encore montrent les &#171; signes ext&#233;rieurs de l'&#233;tude &#187; mais ne parviennent pas &#224; d&#233;passer les malentendus qui se nouent entre eux et les enseignants. Ils ont beau apprendre par c&#339;ur avec beaucoup de m&#233;rite, ils ne se figurent pas bien ce qui est attendu par l'enseignant et tr&#233;buchent &#224; chaque &#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le travail de groupes est difficile &#224; mettre en &#339;uvre : les &#233;l&#232;ves en profitent souvent pour d&#233;border le cadre pos&#233; par l'enseignant qui ne peut suivre tous les groupes &#224; la fois. Il arrive aussi fr&#233;quemment que les &#171; bons &#187; &#233;l&#232;ves fassent tout le travail &#224; la place des autres qui par cons&#233;quent n'en tirent pas grand chose. La coop&#233;ration entre &#233;l&#232;ves devient alors illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le travail personnel des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; en dehors du temps de classe est lui aussi assez rare. Et m&#234;me lorsqu'ils font leurs devoirs, par n&#233;cessit&#233;, pour satisfaire des parents ou des enseignants dont les recommandations sont souvent prises pour des prescriptions comportementales, ils n'en tirent pas le b&#233;n&#233;fice attendu car rien ne leur permet de v&#233;rifier qu'ils travaillent dans le sens qui convient, la le&#231;on n'ayant pas &#233;t&#233; comprise en classe. Beaucoup finissent par renoncer d&#233;finitivement &#224; faire leurs devoirs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Individualisation et sortie de classe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'ils aient d&#233;finitivement renonc&#233; ou qu'ils pers&#233;v&#232;rent, les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; ont en commun de ne plus [vouloir] saisir le sens de tout ou partie des consignes des enseignants, souvent &#233;chaud&#233;s par l'am&#232;re exp&#233;rience d'efforts intellectuels qui ne produisent plus beaucoup de r&#233;sultats depuis des ann&#233;es. Comme si, lorsque les difficult&#233;s s'installent, elles se s&#233;dimentaient et rendaient toute rem&#233;diation improbable. Parmi les moins r&#233;sign&#233;s des enseignants, d'aucuns pr&#233;conisent le travail en petits groupes ou l'individualisation. Au coll&#232;ge la Duranti&#232;re comme ailleurs, toutes les formes de prise en charge individuelle ont &#233;t&#233; (et sont encore) pratiqu&#233;es : aide personnalis&#233;e, programme personnalis&#233; de r&#233;ussite &#233;ducative (PPRE), parcours individualis&#233;s, tutorat. Mais sans grand effet sur les r&#233;sultats scolaires des &#233;l&#232;ves. D'autres coll&#232;gues s'attachent aussi &#224; diff&#233;rencier leurs enseignements au sein m&#234;me de la classe : chacun son exercice, chacun son objectif pour la s&#233;ance, etc. Mais bizarrement, malgr&#233; l'importante mobilisation des enseignants, les effets produits sont minces. Au mieux, les relations entre enseignants et &#233;l&#232;ves s'apaisent un peu et ces derniers supportent un peu moins difficilement leur &#233;chec. Mais globalement les bons &#233;l&#232;ves restent bons et les moins bons progressent peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec scolaire massif que l'on rencontre dans les coll&#232;ges de l'&#233;ducation prioritaire finit par nourrir une d&#233;ception collective par rapport &#224; l'id&#233;al du coll&#232;ge unique et de la culture commune que nous ambitionnons de transmettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves sans distinction d'origine sociale ou de pass&#233; scolaire. Nous assistons impuissants &#224; la d&#233;rivation des &#233;l&#232;ves vers des orientations non choisies. Dans certaines situations les enseignants sont conduits &#224; organiser eux-m&#234;mes la mise &#224; l'&#233;cart de tel ou tel &#233;l&#232;ve dont les difficult&#233;s finissent par envahir leur quotidien et celui des classes. Sans m&#234;me parler des exclusions temporaires ou d&#233;finitives, les stages en entreprises, les dispositifs relais, les parcours individualis&#233;s, les r&#233;orientations sont autant de proc&#233;d&#233;s qui visent &#224; mettre &#224; distance une complication professionnelle que rien ne semble en mesure de r&#233;soudre au sein de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme l'&#233;viction demeure &#8211; heureusement &#8211; exceptionnelle et qu'il faut tout de m&#234;me faire avec les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves qui restent, nous oscillons entre deux r&#233;flexes : user d'autorit&#233; pour contraindre les &#233;l&#232;ves &#224; entrer dans le cadre ou, au contraire, adapter nos enseignements en cherchant ce qui, dans les registres ludique ou concret pourrait s&#233;duire et remobiliser certains d'entre eux. Dans le premier cas, c'est l'&#233;preuve de force, la volont&#233; du professeur se substituant &#224; celle de l'&#233;l&#232;ve qui est pourtant seule &#224; m&#234;me de l'amener &#224; penser par lui-m&#234;me. Au mieux, l'enseignant obtient le calme, m&#234;me si les &#233;l&#232;ves n'entrent pas beaucoup plus en r&#233;flexion qu'avant. La deuxi&#232;me solution se heurte souvent &#224; un autre &#233;cueil : par comparaison avec les activit&#233;s propos&#233;es aux autres classes ou en &#233;prouvant le peu d'efforts r&#233;flexifs requis pour s'acquitter des t&#226;ches scolaires, il est vite &#233;tabli que l'enseignant sous-estime les capacit&#233;s de ses &#233;l&#232;ves. Certains &#233;l&#232;ves se satisfont de ce manque d'exigence. Mais souvent, de nouveaux conflits apparaissent avec pour trame de fond la vexation ressentie par des &#233;l&#232;ves qui ne peuvent ignorer bien longtemps qu'on a renonc&#233; &#224; les tirer vers le haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une rencontre inattendue nous a permis de ne pas d&#233;sesp&#233;rer compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La naissance du p&#244;le de travail collectif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2000-2001, une &#233;quipe de formateurs (enseignants et conseillers d'orientation-psychologues) du Centre Acad&#233;mique de Ressources pour l'&#201;ducation Prioritaire (CAREP) de Nantes ont exp&#233;riment&#233; des &#171; ateliers de d&#233;crocheurs &#187; dans plusieurs coll&#232;ges de l'acad&#233;mie. Inspir&#233;s par les travaux de Jean Piaget, ils ont fait le pari de mettre en r&#233;flexion les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; en concevant pour eux des exercices de type situation-probl&#232;me de bon niveau et en les laissant se d&#233;brouiller seuls. Les &#233;l&#232;ves les plus en difficult&#233; (sur un niveau par exemple) &#233;taient regroup&#233;s et devaient travailler une &#224; deux heures par semaine de cette fa&#231;on. Au d&#233;but les &#233;l&#232;ves ont appr&#233;ci&#233; de travailler sur des exercices difficiles et de jouir d'un regain de confiance de la part des enseignants. Mais assez vite les effets pervers du regroupement par niveau ont pris le dessus, les &#233;l&#232;ves se sentant distingu&#233;s des bons &#233;l&#232;ves. Si bien que les conflits, qui avaient diminu&#233; un temps, ont resurgi. En outre, des enseignants ext&#233;rieurs &#224; ce projet ont parfois mal v&#233;cu l'exp&#233;rience, se sentant jug&#233;s par ceux qui pr&#233;tendaient &#234;tre plus comp&#233;tents que les autres pour prendre en charge les &#233;l&#232;ves difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002, les formateurs du CAREP ont propos&#233; aux enseignants des coll&#232;ges de ZEP de Loire Atlantique un stage de plusieurs journ&#233;es &#224; partir de ces exp&#233;riences intitul&#233; &#171; enseigner les publics difficiles &#187;. Nous nous y sommes inscrits &#224; 7 enseignants du coll&#232;ge la Duranti&#232;re. Les formateurs nous ont propos&#233; de pr&#233;parer collectivement des le&#231;ons et de les tester sur nous-m&#234;mes pour anticiper les erreurs des &#233;l&#232;ves. Nous avons ainsi pr&#233;par&#233; 7 le&#231;ons, une chacun. Puis nous les avons pr&#233;sent&#233;es aux &#233;l&#232;ves, mais dans le cadre normal de la classe cette fois, c'est &#224; dire sans retenir le principe de diff&#233;renciation. Nous avons pu v&#233;rifier rapidement que nous approchions de solutions et, dans les semaines qui suivirent, nous avons import&#233; le proc&#233;d&#233; de travail collectif au coll&#232;ge, avec le soutien des formateurs, en constituant un atelier de confection de le&#231;ons (couramment appel&#233; &#171; Seul et Sans Aide &#187; ou &#171; SESA &#187;). Il fonctionne depuis sur la base d'une r&#233;union hebdomadaire. Le midi dans les premiers temps, puis sur une heure lib&#233;r&#233;e dans l'emploi du temps par le principal-adjoint les ann&#233;es suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque s&#233;ance de travail permet de mettre au point une le&#231;on du programme de la classe concern&#233;e &#224; partir de la pr&#233;paration d'un des enseignants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voici quelques exemples de le&#231;ons r&#233;alis&#233;es : &#171; le th&#233;or&#232;me de Pythagore &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En travaillant &#224; plusieurs enseignants de plusieurs disciplines, il est apparu qu'aucune de nos le&#231;ons n'&#233;tait &#233;vidente pour les autres. L'approche de non-sp&#233;cialistes &#8211; autrement dit le regard du prof de maths ou de musique sur une le&#231;on d'histoire ou de fran&#231;ais &#8211; nous oblige &#224; rectifier les consignes pour les d&#233;barrasser du jargon de sp&#233;cialiste. Le travail collectif permet ainsi d'anticiper les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves car les enseignants des autres mati&#232;res ont des difficult&#233;s parfois similaires dans le domaine concern&#233;. D'une certaine fa&#231;on, nous prenons le risque de nous mettre nous-m&#234;mes en situation d'&#233;chec pour mieux emp&#234;cher que cela ne se produise en classe. Les activit&#233;s &#233;voluent consid&#233;rablement pour imaginer des exercices explicites, sans pr&#233;-requis, sans codages pour initi&#233;s (&#224; ce sujet, nous avons depuis &#233;t&#233; conquis par les travaux de St&#233;phane Bonnery et notamment par l'id&#233;e de &#171; d&#233;lit d'initi&#233;s &#187;), car nous-m&#234;mes ne d&#233;tenons pas toutes les clefs. L'auteur de la le&#231;on peut toujours invoquer le fait que les &#233;l&#232;ves sont suppos&#233;s avoir d&#233;j&#224; vu une question, devant notre d&#233;sarroi collectif il doit se rendre &#224; l'&#233;vidence qu'il ne peut parier sur ce point. Aussi une premi&#232;re formule a &#233;t&#233; bannie de nos &#233;changes : &#171; normalement les &#233;l&#232;ves le savent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, nos discussions montrent tr&#232;s souvent que nous ne sommes pas au clair sur la d&#233;limitation des savoirs que nous enseignons. Le collectif aide &#233;norm&#233;ment &#224; pr&#233;ciser les choses et &#224; rendre explicite le p&#233;rim&#232;tre de la notion ou de la r&#232;gle &#224; enseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre il est rapidement apparu qu'une le&#231;on o&#249; les consignes consistent &#224; guider l'&#233;l&#232;ve dans toutes ses d&#233;marches de fa&#231;on proc&#233;durale a pour inconv&#233;nient de multiplier les occasions de malentendus et de brouiller le sens de la recherche, les pr&#233;alables pouvant passer pour le vif du sujet par exemple. Nos &#233;l&#232;ves peuvent ainsi passer une heure &#224; effectuer des t&#226;ches relativement m&#233;caniques sans vraiment r&#233;fl&#233;chir sur l'objet de la le&#231;on ou en r&#233;fl&#233;chissant &#224; c&#244;t&#233;. Nous avons donc essay&#233; de limiter le nombre de consignes, de ne pas s&#233;quencer les activit&#233;s pour aller droit au but et provoquer la rencontre imm&#233;diate entre la difficult&#233; d'un probl&#232;me et les &#233;l&#232;ves. Nous nous appliquons &#224; nous d&#233;barrasser de toutes les &#233;tapes qui visent l'impr&#233;gnation ou les pr&#233;dispositions et qui ne font que retarder la mise en r&#233;flexion sur le n&#339;ud d'un probl&#232;me. Tous les pr&#233;alables sont m&#233;ticuleusement &#233;vacu&#233;s en m&#234;me temps que les pr&#233;requis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail collectif des enseignants consiste alors &#224; d&#233;construire les savoirs pour les donner &#224; reconstruire aux &#233;l&#232;ves sans &#233;quivoque possible avec des moyens d'auto-v&#233;rification. Autrement dit, nous organisons le d&#233;sordre de cas particuliers de telle sorte que les &#233;l&#232;ves ne puissent les reclasser que d'une seule fa&#231;on : celle qui permet d'&#233;tablir le savoir enseign&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'objectif &#233;tant que la r&#232;gle ou la notion puissent &#234;tre r&#233;employ&#233;e dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Les activit&#233;s soumises aux &#233;l&#232;ves &#233;pousent donc la d&#233;marche du puzzle et impliquent le recours au proc&#233;d&#233; intellectuel de l'analogie (associations, discriminations) qui est &#233;videmment &#224; la port&#233;e de tous. Un autre avantage du travail collectif s'est alors r&#233;v&#233;l&#233; : nous n'arrivons jamais &#224; retourner seuls nos le&#231;ons. Nous avons toujours besoin des autres pour trouver le point de bascule qui permet de leur donner une tournure inductive sans laquelle les &#233;l&#232;ves ne peuvent r&#233;soudre seuls les probl&#232;mes qui leur sont soumis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exercices sont pr&#233;sent&#233;s ensuite aux &#233;l&#232;ves qui les r&#233;solvent individuellement, en silence, et sans l'intervention du prof. En effet, si l'habitude et le bon sens veulent que lorsqu'un &#233;l&#232;ve est en difficult&#233;, on vienne &#224; son secours, nous avons constat&#233; &#8211; suivant en cela les hypoth&#232;ses des formateurs du CAREP &#8211; que l'absence d'aide pendant le travail personnel avait pour m&#233;rite de laisser aux &#233;l&#232;ves le temps n&#233;cessaire pour inventer par eux-m&#234;mes des strat&#233;gies de r&#233;solution des probl&#232;mes par t&#226;tonnement. Ce temps est essentiel et nos pr&#233;parations collectives nous garantissent a priori que les &#233;l&#232;ves ne seront pas pi&#233;g&#233;s par des pr&#233;requis mal partag&#233;s ou des consignes &#233;quivoques. Tous les &#233;l&#232;ves peuvent donc r&#233;ussir ces exercices et la classe h&#233;t&#233;rog&#232;ne n'est plus un obstacle. Le travail collectif pr&#233;paratoire nous donne confiance dans les exercices et en nos &#233;l&#232;ves. Mais cela n'&#233;tant pas toujours suffisant pour nous retenir absolument d'intervenir dans le travail des &#233;l&#232;ves, nous avons pris le parti de nous visiter &#224; chaque s&#233;ance de ce type pour tenir bon, gr&#226;ce &#224; la simple pr&#233;sence d'un coll&#232;gue, face &#224; la demande insistante d'aide de certains. Cela permet en outre de faire un compte rendu et de rectifier un peu la le&#231;on apr&#232;s coup en cas de besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensions avoir fait le tour du probl&#232;me en faisant travailler les &#233;l&#232;ves ainsi. Nous avions gagn&#233; la mise au travail de tous et l'entr&#233;e en r&#233;flexion de chacun. Les r&#233;sultats &#233;taient bons lors des &#233;valuations qui portaient sur les parties trait&#233;es de cette fa&#231;on. Les relations profs-&#233;l&#232;ves s'apaisaient nettement et le cadre collectif avait l'avantage de nous faire d&#233;couvrir le travail des coll&#232;gues et d'amener ces derniers &#224; s'int&#233;resser au sien ce qui &#233;tait tr&#232;s gratifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;j&#224; nous touchions aux limites de l'exercice car l'exp&#233;rience avait un revers inattendu : l'incompr&#233;hension de coll&#232;gues qui ont pu avoir le sentiment d'&#234;tre mis en question (contest&#233;s ?) dans leurs pratiques par l'existence m&#234;me d'un groupe de travail et l'incompr&#233;hension de la direction qui a pu voir en l'atelier un cadre o&#249; se construisait le m&#233;tier sans elle. Nous ne savions pas bien nous d&#233;fendre contre leurs reproches au demeurant contradictoires : la direction ne voyait pas d'un bon &#339;il la coh&#233;sion que produisait le travail collectif au sein du groupe et redoutait manifestement les d&#233;sob&#233;issances potentielles induites par la conviction professionnelle qu'il procurait ; &#224; en croire quelques coll&#232;gues, les &#233;l&#232;ves qui avaient planch&#233; sur un exercice SESA en sortaient &#233;puis&#233;s et manifestaient d'autant plus d'agitation dans les cours qui suivaient ; ne pas aider les &#233;l&#232;ves passait, aux yeux de certains, pour une mise en difficult&#233; intentionnelle contraire aux habitudes de pr&#233;venance des enseignants ; pour d'autres enfin, vouloir repenser collectivement le m&#233;tier empi&#233;tait sur les pr&#233;rogatives de l'inspection aupr&#232;s de laquelle nous &#233;tions suspect&#233;s de vouloir nous placer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'installation dans la dur&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la rentr&#233;e 2004, soucieux de ne pas envenimer les relations avec nos coll&#232;gues de travail mais quand m&#234;me curieux des potentialit&#233;s de l'exp&#233;rience, nous nous sommes simplement faits plus discrets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les seuls &#224; qui nous en parlions facilement &#233;taient les parents d'&#233;l&#232;ves qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Le temps a fait le reste. Les critiques se sont estomp&#233;es et le p&#233;rim&#232;tre de l'atelier s'est &#233;largi, chaque ann&#233;e de nouveaux enseignants rejoignant le groupe de travail. Parall&#232;lement, l'assiduit&#233; s'est renforc&#233;e, malgr&#233; le copieux investissement que cela exigeait, attestant que le b&#233;n&#233;fice retir&#233; &#233;tait sup&#233;rieur &#224; ce qu'il co&#251;tait en temps et en &#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, compte tenu de la confiance qui s'&#233;tait install&#233;e avec les &#233;l&#232;ves, nous avons commenc&#233; &#224; croire &#224; la possibilit&#233; de renouer avec le travail de groupes &#224; l'issue de s&#233;ances SESA. Apr&#232;s le temps de travail individuel, nous avons demand&#233; &#224; nos &#233;l&#232;ves de confronter leurs r&#233;sultats et les m&#233;thodes employ&#233;es pour y parvenir. Jamais nous n'avions vu nos &#233;l&#232;ves aussi volubiles sur les questions enseign&#233;es. Les plus en difficult&#233; s'investissaient dans ce temps de mise en commun par groupes avec autant de ferveur que les autres. Tous avaient quelque chose &#224; raconter puisque tous avaient r&#233;fl&#233;chi au probl&#232;me au pr&#233;alable. Ce temps de confrontation est devenu indispensable. Et comme nous n'avons cess&#233; de compter chaque fois un peu plus sur l'intelligence de nos &#233;l&#232;ves, &#224; pr&#233;sent nous leur demandons de r&#233;diger eux-m&#234;mes les bilans des le&#231;ons par groupes. Ces bilans sont mis en commun ensuite afin de devenir la trace &#233;crite du cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces progr&#232;s continus ont permis au p&#244;le de travail collectif de durer. Le nombre de coll&#232;gues qui y participent d&#233;sormais varie de un quart &#224; un tiers de l'&#233;quipe enseignante du coll&#232;ge selon les ann&#233;es (12 &#224; 18 enseignants de toutes mati&#232;res). Il a m&#234;me gagn&#233; une relative institutionnalisation gr&#226;ce &#224; l'int&#233;r&#234;t que lui ont port&#233; des universitaires qui ont d&#233;p&#234;ch&#233; des th&#233;sards pour proc&#233;der &#224; des observations et &#224; la venue de repr&#233;sentants de l'inspection d'acad&#233;mie et du rectorat qui, tout en refusant de d&#233;bloquer les heures de d&#233;charge que nous demandions pour amplifier l'action, ont reconnu son int&#233;r&#234;t en chargeant une mission p&#233;dagogique de donner un peu d'&#233;cho &#224; nos travaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Effets positifs en cascade&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans soutien financier, sans d&#233;charge et sans v&#233;ritable encouragement institutionnel, l'atelier a dur&#233; d'une fa&#231;on tout &#224; fait inattendue, malgr&#233; un important turn-over des personnels qui invalide l'hypoth&#232;se d'une simple rencontre entre des personnes aux affinit&#233;s p&#233;rennes et malgr&#233; l'ampleur de la t&#226;che qui aurait pu nous d&#233;courager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;ussissons &#224; produire une dizaine de le&#231;ons par an. Et m&#234;me si nous pouvons en r&#233;utiliser certaines d'une ann&#233;e sur l'autre, les le&#231;ons du type &#171; seul et sans aide &#187; en classe demeurent assez rares. Chaque enseignant en pr&#233;sente entre deux et sept ou huit par classe et par an, ce qui repr&#233;sente entre 2 heures et 15 heures de cours sur une ann&#233;e. Mais cela a des effets secondaires sur le reste de nos enseignements : sur notre fa&#231;on d'aider ou pas, d'exiger le silence, ou encore de gagner en conviction sur la possibilit&#233; de faire r&#233;ussir tous les &#233;l&#232;ves dans le cadre de la classe h&#233;t&#233;rog&#232;ne en comptant sur l'intelligence des &#233;l&#232;ves. En effet, nous nous surprenons &#224; enseigner des savoirs complexes que nous n'aurions jamais os&#233; pr&#233;senter &#224; nos &#233;l&#232;ves sans l'&#233;mulation du p&#244;le de travail collectif. Le proc&#233;d&#233; permet ainsi de conserver un niveau d'exigence &#233;lev&#233; dans le cadre de la classe h&#233;t&#233;rog&#232;ne l&#224; o&#249; nous pouvions &#234;tre auparavant tent&#233;s de c&#233;der &#224; l'adaptation du niveau de nos enseignements au niveau (r&#233;el ou suppos&#233;) de nos &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autrement dit, le SESA favorise une mise en activit&#233; intellectuelle autonome (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Cela induit une autre satisfaction des &#233;l&#232;ves li&#233;e &#224; l'importance que nous accordons &#224; la r&#233;ussite de tous qui se manifeste par le fait que tous ont les m&#234;mes exercices &#224; traiter. C'est une garantie d'&#233;galit&#233; qui produit les meilleurs effets en mati&#232;re de comportement des &#233;l&#232;ves en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La satisfaction que procure le SESA aux &#233;l&#232;ves, malgr&#233; (ou plut&#244;t gr&#226;ce &#224;) l'effort intellectuel qu'il implique, est av&#233;r&#233;e aussi par le fait qu'elle rend superflue la &#171; motivation de la note &#187;. Ce qui nous porte &#224; croire que les &#233;l&#232;ves attendent davantage de l'&#233;cole qu'elle leur donne &#224; penser et l'occasion de se sentir chang&#233;s par la r&#233;flexion et les savoirs que des bonnes notes. C'est &#233;videmment tr&#232;s encourageant car cela invalide toute conception utilitariste de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous continuons d'&#234;tre surpris par l'efficacit&#233; du travail collectif qui fonctionne comme un acc&#233;l&#233;rateur-d&#233;multiplicateur de solutions p&#233;dagogiques. Les r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves sont bons &#224; toutes les &#233;valuations r&#233;alis&#233;es sur les questions &#233;tudi&#233;es en SESA (toujours au-del&#224; de 15/20 de moyenne). M&#234;me si, bien s&#251;r, les parties du programme que nous traitons ainsi sont encore trop modestes pour changer significativement les r&#233;sultats globaux des &#233;l&#232;ves les plus en difficult&#233;. Quant aux effets sur la gestion de classe, ils sont tout bonnement spectaculaires. L'adh&#233;sion des &#233;l&#232;ves para&#238;t exactement proportionnelle &#224; la confiance que les enseignants ont gagn&#233;e en travaillant ensemble. Si bien que l'atelier joue un r&#244;le inattendu puisqu'il sert aussi de cadre d'accueil pour les enseignants nouvellement arriv&#233;s au coll&#232;ge et qui le rejoignent. Ils p&#226;tissent beaucoup moins longtemps que les autres de l'effet &#171; nouveau &#187; que les &#233;l&#232;ves exploitent parfois pour retarder le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut avouer qu'il est extr&#234;mement r&#233;jouissant de travailler &#224; plusieurs sur nos difficult&#233;s respectives &#224; faire passer nos enseignements et d'obtenir des r&#233;sultats tangibles sur l'attitude des &#233;l&#232;ves face au travail. Nous y trouvons une occasion de r&#233;conciliation avec un m&#233;tier que beaucoup de prescriptions institutionnelles inappropri&#233;es ont rendu difficile.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Questions encore en d&#233;bat au sein du groupe de travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le p&#244;le de travail collectif du coll&#232;ge nous a conduit &#224; interroger les modalit&#233;s d'appropriation des savoirs par les &#233;l&#232;ves autant que la professionnalit&#233; enseignante. Voici quelques-unes des pistes de r&#233;flexion qu'il a fait surgir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t que les le&#231;ons que nous concevons portent essentiellement sur deux types de contenus : des r&#232;gles ou des lois (th&#233;or&#232;mes, r&#232;gles d'&#233;criture en math&#233;matiques, en fran&#231;ais, en langue vivante, en &#233;ducation musicale) et des notions (concepts, outils de compr&#233;hension en histoire, en fran&#231;ais, en sciences exp&#233;rimentales)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les notions &#233;tant par nature &#224; g&#233;om&#233;trie variable, elles demandent toujours (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est impossible de construire une le&#231;on inductive avec un contenu de type liste ou chronologie par exemple. Seuls des savoirs articul&#233;s se pr&#234;tent &#224; ce type d'exercice. Or les coll&#233;giens doivent aussi appr&#233;hender des savoirs ou des comp&#233;tences simples. Aussi les exercices SESA qui occupent les &#233;l&#232;ves une &#224; deux heures en g&#233;n&#233;ral prennent souvent place en d&#233;but de chapitre car ils permettent de reconstruire le savoir fondamental (la notion de totalitarisme en histoire, le th&#233;or&#232;me de Pythagore en maths, les usages de ser et estar en espagnol, etc.) &#224; partir d'un ensemble de cas particuliers qui, une fois ordonn&#233;s par les &#233;l&#232;ves, r&#233;v&#232;lent la r&#232;gle ou la notion. Mais ils exigent des compl&#233;ments de cours. En math&#233;matiques ou en langue vivante par exemple, les enseignants passent ensuite aux exercices d'application, quand en histoire par exemple, les prolongements viseront souvent &#224; enrichir la notion avec des &#233;l&#233;ments diachroniques ou culturels. Et ces prolongements de cours qui se font sous la forme dialogu&#233;e ou magistrale se d&#233;roulent d'autant mieux que les &#233;l&#232;ves ont accroch&#233; au SESA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre exp&#233;rience nous conduit &#224; penser que si les enseignants ne peuvent pas tout, ils ne peuvent pas rien non plus. Nous avons notamment r&#233;vis&#233; notre vision de l'id&#233;e d'&#233;l&#232;ve d&#233;crocheur. Ce ne sont manifestement pas les &#233;l&#232;ves qu'il convient de r&#233;parer pr&#233;alablement mais le m&#233;tier qui semble d'ailleurs ne pouvoir se construire sans la ressource collective. Nous en sommes m&#234;me &#224; penser que toute rem&#233;diation sp&#233;cifique pour les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; est al&#233;atoire (au mieux &#231;a rassure les &#233;l&#232;ves et les enseignants, mais plus vraisemblablement, au pire, cela enferme dans la non-pens&#233;e et l'attente de solutions toutes faites de la part des &#233;l&#232;ves). Il faut &#234;tre trait&#233; comme tout le monde pour s'autoriser &#224; entrer en r&#233;flexion et &#224; tenter des hypoth&#232;ses de r&#233;solution de probl&#232;me. Il semble donc qu'on n'apprenne bien qu'ensemble, dans le cadre de la classe h&#233;t&#233;rog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous travaillons actuellement sur l'id&#233;e de sym&#233;trie entre le travail des enseignants et le travail des &#233;l&#232;ves : le travail collectif r&#233;pond au travail de groupes en classe. Il est &#233;tonnant de constater &#224; quel point les collectifs sont riches de ressources aussi bien pour mettre au point des le&#231;ons que pour apprendre. Le besoin d'installer sa r&#233;flexion dans le temps pour les &#233;l&#232;ves est &#224; rapprocher du temps souvent consid&#233;rable que chaque enseignant consacre &#224; la mise au point de sa le&#231;on. Enfin, le besoin de r&#233;flexion individuelle pr&#233;alable &#224; toute formalisation collective est commun aux enseignants qui testent les exercices avant d'accorder leurs conclusions et aux &#233;l&#232;ves qui y puisent le d&#233;sir de comprendre et de partager leurs questions avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous ne comprenons toujours pas vraiment pourquoi le retournement inductif des exercices est si difficile &#224; trouver seul. Le d&#233;tour par le collectif (et le regard des autres) semble incontournable pour trouver le mode d'emploi du d&#233;montage des savoirs afin de les pr&#233;senter sous une forme qui garantisse l'entr&#233;e en r&#233;flexion des &#233;l&#232;ves et qui &#233;vite la simple mise en pr&#233;sence des savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailler en &#233;quipe a beau &#234;tre une recommandation courante dans les circulaires de l'&#201;ducation nationale, en pratique, cela se r&#233;sume souvent &#224; des temps de concertation destin&#233;s au suivi individuel des &#233;l&#232;ves. Le travail en &#233;quipe donne parfois lieu &#224; des temps de pr&#233;paration d'examens blancs ou m&#234;me de pr&#233;paration de s&#233;quences p&#233;dagogiques &#224; plusieurs. Mais cela tourne presque toujours &#224; la r&#233;partition des t&#226;ches au sein d'une m&#234;me &#233;quipe disciplinaire et constitue, m&#234;me sous cette forme, un &#233;v&#233;nement assez rare. L'exp&#233;rience men&#233;e au coll&#232;ge la Duranti&#232;re nous interroge donc sur les possibilit&#233;s d'enclencher et de faire durer un travail collectif sur les enseignements dans un &#233;tablissement. Certains principaux s'y essayent, notamment dans les coll&#232;ges de ZEP mais &#233;chouent presque toujours &#224; faire travailler durablement les enseignants ensemble sur les le&#231;ons qu'ils pr&#233;sentent en classe. Les formateurs r&#233;ussissent parfois &#224; initier un travail collectif sur les contenus mais sont d&#233;munis pour le rendre p&#233;renne. Seuls les enseignants semblent en mesure d'y parvenir. A condition de r&#233;sister &#224; toutes les pressions qui ne manquent pas alors de s'exercer sur eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le pr&#233;sent article comporte une limite majeure : ce qu'il pr&#233;sente pourra peut-&#234;tre donner &#224; croire que les pratiques collectives qui se sont install&#233;es dans notre coll&#232;ge r&#233;pondaient &#224; une th&#233;orie ordonn&#233;e. Or tout cela s'est mis en place peu &#224; peu, avec des allers-retours, des h&#233;sitations, un important turn-over dans les &#233;quipes et une certaine difficult&#233; &#224; en parler car il n'est pas simple de se faire comprendre lorsqu'on d&#233;crit le travail collectif qui est men&#233; au coll&#232;ge la Duranti&#232;re. Tout commentaire sur la mise en r&#233;flexion des &#233;l&#232;ves &#8211; comme toute hypoth&#232;se p&#233;dagogique &#8211; est en soi discutable. Les pratiques p&#233;dagogiques peuvent se ressembler beaucoup tout en reposant sur des ressorts tr&#232;s diff&#233;rents et il n'est pas facile de d&#233;crire ce qui fait l'originalit&#233; d'un proc&#233;d&#233; (combien de fois a-t-on entendu des coll&#232;gues nous dire &#171; c'est exactement ce que je fais moi-m&#234;me avec mes &#233;l&#232;ves &#187; alors qu'aucun d'entre nous n'y est jamais parvenu seul...). De plus le m&#233;tier est trop malmen&#233; depuis quelques ann&#233;es pour que puisse s'engager un d&#233;bat simple sur la professionnalit&#233; enseignante exempt de passion, d'a priori ou d'incompr&#233;hension. Nous l'avons v&#233;rifi&#233; &#224; nos d&#233;pends lors d'expos&#233;s publics ou lorsque nous pr&#233;sentons l'atelier aux nouveaux coll&#232;gues. On nous oppose toutes sortes d'objections qui s'&#233;vanouissent pourtant syst&#233;matiquement d&#232;s qu'on passe aux travaux pratiques. Aussi avons-nous d&#233;cid&#233; de tourner un petit film pour rendre compte du travail collectif de fa&#231;on plus vivante et moins th&#233;orique. Et, en attendant l'aboutissement de ce projet qui nous prend beaucoup de temps, nous avons essay&#233; de nous astreindre &#224; mettre en ligne quelques le&#231;ons sur le site du coll&#232;ge : &lt;a href=&#034;http://clg-durantiere-44.ac-nantes.fr/sesa/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://clg-durantiere-44.ac-nantes.fr/sesa/&lt;/a&gt;. La plupart des le&#231;ons (une centaine r&#233;alis&#233;es &#224; ce jour) n'y figurent pas encore mais nous allons combler ce manque dans les mois qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esp&#233;rant que cette contribution permettra de nourrir un d&#233;bat complexe sur les difficult&#233;s scolaires des &#233;l&#232;ves de coll&#232;ge et leur traitement en classe, nous sommes &#233;videmment preneurs de toutes les remarques et restons &#224; la disposition de tous pour en discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Marange, enseignant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mail : sylvain.marange@free.fr&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Annexe : 5 le&#231;ons de math&#233;matiques pour illustrer le propos &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(les le&#231;ons de cette mati&#232;re sont sans doute celles qui permettent le mieux de comprendre le proc&#233;d&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une le&#231;on de sixi&#232;me sur les premiers &#233;l&#233;ments de g&#233;om&#233;trie
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une le&#231;on de sixi&#232;me sur la m&#233;diatrice
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une le&#231;on de cinqui&#232;me sur le calcul litt&#233;ral
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une le&#231;on de troisi&#232;me sur les racines carr&#233;es
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une le&#231;on de troisi&#232;me sur les probabilit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_126 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/IMG/pdf/SESA-Premiers_e_lts_de_ge_ome_trie_6e_me.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 129.7 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1791411057' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_127 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/IMG/pdf/SESA_me_diatrice_6e-1.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 214.7 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1791411057' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_128 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/IMG/pdf/SESA_calcul_litte_ral_5e-1.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 176.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1791411057' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_129 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/IMG/pdf/SESA_racines_carre_es_3e-1.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 111 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1791411057' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_130 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/IMG/pdf/SESA_proba_3e.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 420.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1791411057' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voici quelques exemples de le&#231;ons r&#233;alis&#233;es : &#171; le th&#233;or&#232;me de Pythagore &#187; ou la &#171; m&#233;diatrice &#187; en math&#233;matiques, &#171; humanisme et renaissance &#187; ou &#171; la Chine des Han &#187; en histoire, &#171; l'accord du participe &#187; ou &#171; les subordonn&#233;es &#187; en fran&#231;ais, &#171; la combustion &#187; ou &#171; les liquides h&#233;t&#233;rog&#232;nes &#187; en sciences physiques, &#171; les doubles croches &#187; ou &#171; les familles d'instruments &#187; en musique, &#171; pr&#233;sent simple et be / ing &#187; ou &#171; le preterit &#187; en anglais, &#171; la notion de d&#233;veloppement &#187; ou &#171; la Russie &#187; en g&#233;ographie, &#171; les trois voies du lyc&#233;e et les crit&#232;res de choix &#187; en &#233;ducation &#224; l'orientation, &#171; la m&#233;iose &#187; en SVT, &#171; emballage et montage d'un produit &#187; en technologie, &#171; l'accentuation &#187; ou &#171; ser et estar &#187; en espagnol, &#171; d&#233;border un d&#233;fenseur &#187; ou &#171; la course d'orientation &#187; en EPS, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'objectif &#233;tant que la r&#232;gle ou la notion puissent &#234;tre r&#233;employ&#233;e dans tout autre contexte et que, l'ayant mise en &#233;vidence une fois par eux-m&#234;mes, les &#233;l&#232;ves soient en mesure de la retrouver par la r&#233;flexion et non plus seulement par la m&#233;moire fond&#233;e sur du par coeur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les seuls &#224; qui nous en parlions facilement &#233;taient les parents d'&#233;l&#232;ves qui &#233;taient agr&#233;ablement surpris de la bienveillance des coll&#232;gues de l'&#233;quipe &#224; l'&#233;gard des &#233;l&#232;ves avec lesquels les relations s'&#233;taient notoirement am&#233;lior&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Autrement dit, le SESA favorise une mise en activit&#233; intellectuelle autonome de l'&#233;l&#232;ve tout en &#233;vitant les d&#233;rives auxquelles cette perspective aboutit si souvent : diff&#232;rement voire contournement des points difficiles, invisibilisation des enjeux cognitifs essentiels, renoncement &#224; un enseignement ambitieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les notions &#233;tant par nature &#224; g&#233;om&#233;trie variable, elles demandent toujours &#224; &#234;tre d&#233;limit&#233;es en atelier avant de donner lieu &#224; des exercices de type SESA.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;cole : la r&#233;volution du droit &#224; la r&#233;ussite</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article107</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article107</guid>
		<dc:date>2011-03-22T16:55:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tristan Poullaouec</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; B&#226;tir une &#233;cole commune &#187;, qui garantisse r&#233;ellement le droit &#224; la r&#233;ussite scolaire de tous les &#233;l&#232;ves, en les conduisant, sans redoublements, ni groupes de niveaux, ni fili&#232;res de 3 &#224; 18 ans, jusqu'&#224; un &#171; baccalaur&#233;at de culture g&#233;n&#233;rale &#187; comprenant des enseignements technologiques : c'est bel et bien &#224; une r&#233;volution scolaire qu'invitent Bernard Calabuig et Jos&#233; Tovar dans leur nouveau livre (Faites chauffer l'&#233;cole. Principes pour une r&#233;volution scolaire, aux &#233;ditions Syllepse, apr&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L91xH91/arton107-23bfb.jpg?1790689101' class='spip_logo spip_logo_right' width='91' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; B&#226;tir une &#233;cole commune &#187;&lt;/i&gt;, qui garantisse r&#233;ellement le droit &#224; la r&#233;ussite scolaire de tous les &#233;l&#232;ves, en les conduisant, sans redoublements, ni groupes de niveaux, ni fili&#232;res de 3 &#224; 18 ans, jusqu'&#224; un &lt;i&gt;&#171; baccalaur&#233;at de culture g&#233;n&#233;rale &#187;&lt;/i&gt; comprenant des enseignements technologiques : c'est bel et bien &#224; une r&#233;volution scolaire qu'invitent Bernard Calabuig et &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Jos&#233; Tovar&lt;/a&gt; dans leur nouveau livre (&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article100' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Faites chauffer l'&#233;cole. Principes pour une r&#233;volution scolaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, aux &#233;ditions Syllepse, apr&#232;s &#034;L'&#233;cole en qu&#234;te d'avenir&#034;, chez le m&#234;me &#233;diteur en 2007).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il s'agit en effet de rompre avec &lt;i&gt;&#171; le mod&#232;le de l'&#233;cole dite &#8216;&#8216;unique'' &#187;&lt;/i&gt; et avec son &lt;i&gt;&#171; leurre &#187;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire le principe concurrentiel de &lt;i&gt;&#171; l'&#233;galit&#233; des chances &#187;&lt;/i&gt;, o&#249; les &#233;l&#232;ves sont &lt;i&gt;&#171; &#8216;&#8216;&#224; &#233;galit&#233; de droits'' sur la ligne de d&#233;part &#187;&lt;/i&gt;, mais o&#249; &lt;i&gt;&#171; ce sont toujours les m&#234;mes qui sont les premiers sur la ligne d'arriv&#233;e, les m&#234;mes qui acc&#232;dent aux fili&#232;res gratifiantes et socialement prometteuses, et les m&#234;mes qui sont &#233;limin&#233;s en cours de route &#187;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s quarante ans de fonctionnement, ce &lt;i&gt;&#171; syst&#232;me &#233;ducatif est aujourd'hui &#224; bout de souffle &#187;&lt;/i&gt;. La premi&#232;re partie du livre en dresse un &#233;tat des lieux pr&#233;cis en faisant retour sur &lt;i&gt;&#171; les fondements de l'&#233;cole s&#233;gr&#233;gative &#187;&lt;/i&gt;, aux d&#233;buts de la cinqui&#232;me R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ses limites ne r&#233;sultent pas seulement de l'insuffisance des moyens ou de l'offensive n&#233;olib&#233;rale actuelle : &lt;i&gt;&#171; l'incapacit&#233; de l'&#233;cole &#224; cr&#233;er les conditions pour que les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires r&#233;ussissent massivement des &#233;tudes secondaires et sup&#233;rieures de qualit&#233; est la cause fondamentale de la crise globale dont souffre aujourd'hui le syst&#232;me &#233;ducatif &#187;&lt;/i&gt;. Pour les auteurs, ce constat n'implique aucun fatalisme et l'ambition d'une &#233;cole commune dans une soci&#233;t&#233; in&#233;gale n'a rien d'illusoire. La seconde partie s'attache au contraire &#224; en &#233;tablir les conditions de possibilit&#233; et &#224; en d&#233;gager une perspective cr&#233;dible autour de trois id&#233;es fortes : &lt;i&gt;&#171; refonder un projet culturel pour l'&#233;cole &#187;&lt;/i&gt; (chapitre 3), &lt;i&gt;&#171; refonder la formation des enseignants &#187;&lt;/i&gt; (chapitre 4), et &lt;i&gt;&#171; assurer une formation professionnelle initiale de qualit&#233; pour tous &#187;&lt;/i&gt; (chapitre 5). Les lecteurs convaincus de la n&#233;cessit&#233; de d&#233;mocratiser l'&#233;cole y trouveront largement mati&#232;re &#224; r&#233;fl&#233;chir. Mieux : &#224; &#233;laborer ensemble les &lt;i&gt;&#171; contours d'une &#233;cole de l'intelligence, de la culture et de la professionnalisation pour tous et toutes &#187;&lt;/i&gt;, ainsi qu'y appelle l'&#233;pilogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insistons ici sur les points de d&#233;part de toutes ces pistes, &lt;i&gt;&#171; dont tout le reste d&#233;pend &#187;&lt;/i&gt; (chapitres 1 et 2). Il convient d'abord de se d&#233;barrasser du pr&#233;jug&#233; tenace du handicap socioculturel et de prendre acte de l'&#233;ducabilit&#233; universelle. Si tous les &#233;l&#232;ves ont les ressources intellectuelles pour apprendre, &lt;i&gt;&#171; les raisons de l'&#233;chec scolaire de masse sont donc &#224; rechercher en priorit&#233; dans l'&#233;cole &#187;&lt;/i&gt;. Il faut ensuite admettre que &lt;i&gt;&#171; les strat&#233;gies institutionnelles de diversification des voies de la r&#233;ussite [&#8230;] n'ont fait que s'attaquer &#8211; sans succ&#232;s notable &#8211; aux effets de l'&#233;chec scolaire : il est temps aujourd'hui de s'attaquer clairement &#224; ses causes &#187;&lt;/i&gt;. Il importe enfin de reconna&#238;tre que la concurrence scolaire n'est pas indispensable aux apprentissages : &lt;i&gt;&#171; d&#233;charg&#233;e de toute obligation de notation, de classement et d'orientation, l'&#233;cole commune assurera &#224; tous les &#233;l&#232;ves un parcours scolaire continu essentiellement fond&#233; sur le suivi personnalis&#233; de chaque &#233;l&#232;ve et la capacit&#233; &#224; r&#233;parer les d&#233;faillances [&#8230;] constat&#233;es dans les apprentissages &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_25_iprod_487_idc_890-Faites-chauffer-l-ecole.html" class="spip_out"&gt;Les &#233;ditions Syllepse&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce compte rendu est paru dans L'Humanit&#233; du 21/03/2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faites chauffer l'&#233;cole ! Principes pour une r&#233;volution scolaire</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article100</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article100</guid>
		<dc:date>2011-01-30T21:00:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jos&#233; Tovar</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Se fondant sur les acquis les plus novateurs des recherches en sciences de l'&#233;ducation qui montrent que tous les &#233;l&#232;ves peuvent r&#233;ussir une scolarit&#233; de haut niveau, pourvu qu'on leur en donne les moyens, les auteurs proposent d'en finir avec l'&#233;cole de la s&#233;lection telle qu'elle fonctionne, pour lui substituer un syst&#232;me d'&#233;cole commune se donnant comme objectif premier l'acquisition par tous d'une culture commune ambitieuse, mieux en prise avec les &#233;volutions culturelles, &#233;conomiques et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L84xH60/arton100-06ecb.jpg?1790689100' class='spip_logo spip_logo_right' width='84' height='60' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Se fondant sur les acquis les plus novateurs des recherches en sciences de l'&#233;ducation qui montrent que tous les &#233;l&#232;ves peuvent r&#233;ussir une scolarit&#233; de haut niveau, pourvu qu'on leur en donne les moyens, les auteurs proposent d'en finir avec l'&#233;cole de la s&#233;lection telle qu'elle fonctionne, pour lui substituer un syst&#232;me d'&#233;cole commune se donnant comme objectif premier l'acquisition par tous d'une culture commune ambitieuse, mieux en prise avec les &#233;volutions culturelles, &#233;conomiques et sociales de notre temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L126xH207/calabuig-tovar2011-c5c25.jpg?1790689100' width='126' height='207' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formes de l'&#233;cole s'ajoutent les unes aux autres depuis plus de trente ans. Mais depuis plusieurs d&#233;cennies, le niveau de formation des jeunes ne progresse plus et, &#224; certains &#233;gards, il r&#233;gresse. Gauche comme droite au gouvernement sont en &#233;chec dans ce domaine. Le syst&#232;me &#233;ducatif est &#224; bout de souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des changements profonds sont devenus urgents : structures, modes de fonctionnement, programmes qui sont en d&#233;phasage complet avec les aspirations et les potentialit&#233;s des jeunes et de la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui. Il faut que se d&#233;veloppent la concertation pour la satisfaction des besoins &#233;ducatifs, pour les choix budg&#233;taires et l'implication des jeunes scolaris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L205xH328/calabuig-tovar2007-64f48.jpg?1790689100' width='205' height='328' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &lt;i&gt;L'&#233;cole en qu&#234;te d'avenir&lt;/i&gt; (d&#233;j&#224; paru chez Syllepse en 2007), &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Jos&#233; Tovar&lt;/a&gt;, enseignant et syndicaliste, membre du GRDS, et Bernard Calabuig, charg&#233; de mission aupr&#232;s de la communaut&#233; de communes d'Aubagne (Bouches-du-Rh&#244;ne) prennent une nouvelle fois la plume ensemble pour analyser la profondeur de la crise de l'&#233;cole et chercher les conditions d'une sortie de cette crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemples :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; un parcours scolaire commun dans le cadre d'une scolarit&#233; obligatoire de 3 &#224; 18 ans ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; en finir avec toute forme d'orientation anticip&#233;e (les choix de sp&#233;cialisation disciplinaire ou pr&#233;-professionnels interviennent apr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
baccalaur&#233;at unique de culture g&#233;n&#233;rale) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; syst&#232;me de suivi personnalis&#233; des apprentissages fond&#233; sur la capacit&#233; d'innovation p&#233;dagogique d'enseignants gr&#226;ce &#224; une formation initiale et continue enti&#232;rement repens&#233;e ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; r&#233;organisation du temps scolaire autour de deux grands axes : les enseignements disciplinaires et des ateliers de pratiques sociales et &lt;br class='autobr' /&gt;
culturelles ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; les &#233;tablissements scolaires deviendraient des lieux d'animation culturelle ouverts sur la vie de la cit&#233; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; un fonctionnement enti&#232;rement nouveau des &#233;tablissements scolaires, fond&#233; sur le principe d'une autogestion instruite et collectivement ma&#238;tris&#233;e entre personnels, parents, &#233;l&#232;ves et administrateurs repr&#233;sentant l'autorit&#233; publique.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ses auteurs sont impliqu&#233;s dans les questions &#233;ducatives depuis de nombreuses ann&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_25_iprod_487_idc_890-Faites-chauffer-l-ecole.html" class="spip_out"&gt;Les &#233;ditions Syllepse&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Le livre sera en librairie d&#233;but mars, mais la diffusion commence d&#232;s maintenant par commandes directes aupr&#232;s des auteurs, &#224; l'adresse suivante :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Jos&#233; TOVAR&lt;/li&gt;&lt;li&gt;49, rue Merlan&lt;/li&gt;&lt;li&gt;93130 Noisy le Sec&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Prix : 7 &#8364; + 2,50 &#8364; de frais d'envoi = 9,50 Euros.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Ch&#232;ques &#224; libeller &#224; l'ordre de Syllepse.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dix id&#233;es re&#231;ues sur les &#233;l&#232;ves des classes populaires</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article95</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article95</guid>
		<dc:date>2011-01-11T10:23:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Hugr&#233;e, Tristan Poullaouec</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Ressources intellectuelles</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Parents</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis la Loi Fillon de 2005, la politique gouvernementale en mati&#232;re d'&#233;cole (avec entre autres la note de vie scolaire, l'apprentissage junior, les bourses au m&#233;rite, la multiplication des dispositifs &#171; relais &#187;, l'accompagnement personnalis&#233;, l'accompagnement &#233;ducatif pour les &#171; orphelins de 16 heures &#187;, le d&#233;veloppement des options &#224; la carte, les groupes de niveau d&#233;guis&#233;s en groupes de comp&#233;tences...) n'a fait que renforcer les in&#233;galit&#233;s. Dans ce contexte, il s'agit d'alimenter notre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Controverses p&#233;dagogiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Ressources intellectuelles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Parents&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L100xH96/arton95-206de.jpg?1790689100' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis la Loi Fillon de 2005, la politique gouvernementale en mati&#232;re d'&#233;cole (avec entre autres la note de vie scolaire, l'apprentissage junior, les bourses au m&#233;rite, la multiplication des dispositifs &#171; relais &#187;, l'accompagnement personnalis&#233;, l'accompagnement &#233;ducatif pour les &#171; orphelins de 16 heures &#187;, le d&#233;veloppement des options &#224; la carte, les groupes de niveau d&#233;guis&#233;s en groupes de comp&#233;tences...) n'a fait que renforcer les in&#233;galit&#233;s. Dans ce contexte, il s'agit d'alimenter notre r&#233;flexion et de nous aider &#224; r&#233;sister.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dossier &#034;D&#233;mocratisation scolaire&#034;, extrait du bulletin de l'&#201;cole &#201;mancip&#233;e de Loire Atlantique (n&#176;24, d&#233;cembre 2010) r&#233;alis&#233; par Mary David et Marie Haye. L'int&#233;gralit&#233; du num&#233;ro (contenant notamment la transcription d'une conf&#233;rence de Jean-Pierre Terrail &#224; Nantes) est disponible &lt;a href=&#034;http://www.ecoleemancipee.org/IMG/pdf/24-bulletin_decembre_2010.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure de la crise &#233;conomique et sociale, les dipl&#244;mes sont de plus en plus n&#233;cessaires pour faire face aux exigences du march&#233; du travail. Mais les dipl&#244;mes c&#232;dent la place aux certifications par comp&#233;tences, et les parcours scolaires sont rest&#233;s toujours aussi in&#233;gaux selon l'origine sociale des &#233;l&#232;ves : 20% des enfants d'ouvriers d&#233;crochent aujourd'hui un bac g&#233;n&#233;ral, contre plus de 70% des enfants de cadres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole prend en charge individuellement le tri social des &#233;l&#232;ves, sur la base de leurs r&#233;sultats scolaires : &#224; l'&#233;l&#232;ve qui r&#233;ussit scolairement, la voie g&#233;n&#233;rale, et, &#224; celui qui ne parvient pas &#224; surmonter les difficult&#233;s inh&#233;rentes &#224; tout apprentissage, les fili&#232;res de rel&#233;gation. Loin de renforcer les rep&#232;res de classe, cette situation n'a fait que les brouiller plus encore : chaque &#233;l&#232;ve et sa famille se voient individuellement imput&#233;s le m&#233;rite et donc la responsabilit&#233; de son propre parcours scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premi&#232;re partie : Dix id&#233;es re&#231;ues sur les &#233;l&#232;ves des classes populaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;e re&#231;ue n&#176;1. &lt;i&gt;&#171; Lui, ce qui le motive, c'est les choses pratiques, concr&#232;tes. &#187;&lt;/i&gt; Tous les enfants (en particulier les enfants issus des classes populaires) ne sont pas capables d'abstraction, de raisonnement logique et de r&#233;flexivit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tristan Poullaouec : &lt;/strong&gt;Apr&#232;s l'id&#233;ologie des dons (certains auraient la &#171; bosse des maths &#187;, d'autres &#171; l'intelligence de la main &#187; faite pour le travail manuel), c'est l'id&#233;ologie du handicap socioculturel qui domine aujourd'hui les explications ordinaires des difficult&#233;s scolaires, &#224; travers &#171; l'&#233;quation simpliste selon laquelle les enfants de pauvres ne sauraient &#234;tre que de pauvres enfants &#187; (Jean-Yves Rochex). En r&#233;alit&#233;, &lt;strong&gt;tous les &#233;l&#232;ves arrivent &#224; l'&#233;cole avec les m&#234;mes capacit&#233;s intellectuelles, d&#232;s lors qu'ils sont tous entr&#233;s dans le langage&lt;/strong&gt;. Parler, c'est en effet d&#233;crire et interpr&#233;ter le monde gr&#226;ce &#224; des abstractions, faire des raisonnements logiques (ne serait-ce qu'en encha&#238;nant l'adverbe &#171; pourquoi &#187; et la locution &#171; parce que &#187;) et r&#233;fl&#233;chir sur le langage : quand un enfant se questionne autour du sens d'un mot par exemple, cela implique de sa part une r&#233;flexion sur les diverses significations de ce mot, sur ses emplois, sur ses origines, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. D'un milieu &#224; l'autre, les usages effectifs du langage sont certes variables. Mais les fa&#231;ons de parler des enfants issus des classes populaires ne les emp&#234;chent pas par principe de b&#233;n&#233;ficier normalement des apports de l'&#233;cole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet &#171; Langage et &#233;galit&#233; des intelligences &#187;, L'&#233;cole &#233;mancip&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, notamment parce que les &#233;carts constat&#233;s entre les jeunes enfants des milieux populaires et les autres sont encore tr&#232;s peu significatifs. Les capacit&#233;s des &#233;l&#232;ves ne peuvent donc &#234;tre index&#233;es sur leurs origines sociales. Quant &#224; leur volont&#233; d'apprendre, elle est trop souvent consid&#233;r&#233;e comme une donn&#233;e, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; fig&#233;e dans la t&#234;te des &#233;l&#232;ves. Il suffit pourtant d'interroger sa propre histoire pour voir que cette motivation n'a rien de naturelle. S'il est clair que la motivation est encourag&#233;e par l'appropriation des savoirs, elle peut r&#233;ciproquement &#234;tre d&#233;courag&#233;e par les difficult&#233;s scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;e re&#231;ue n&#176;2. &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#171; On ne peut pas faire le programme avec ces &#233;l&#232;ves-l&#224;. &#187;, &#171; Elle ne comprend rien : si je lui faisais faire les m&#234;mes choses qu'aux autres, elle se d&#233;couragerait. &#187;&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Il faut diff&#233;rencier, adapter les dispositifs p&#233;dagogiques voire les contenus aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, quitte &#224; en rabattre sur ses exigences.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T.P. : &lt;/strong&gt;C'est malheureusement une r&#233;alit&#233; : face aux difficult&#233;s scolaires, bien des enseignants revoient leurs exigences &#224; la baisse. Convaincus que les ressources intellectuelles des &#233;l&#232;ves d&#233;pendent d'abord de la position sociale de leurs parents, ils adaptent leur enseignement en attendant moins des &#233;l&#232;ves des classes populaires et davantage des &#233;l&#232;ves des classes moyennes ou dominantes : en illustrant plut&#244;t qu'en d&#233;montrant, en privil&#233;giant le concret sur l'abstrait, en pr&#233;f&#233;rant se limiter aux points les plus simples au d&#233;triment des points compliqu&#233;s, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. Cela est particuli&#232;rement vrai dans les &#233;tablissements o&#249; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale est tr&#232;s faible, ou dans ceux o&#249; se pratiquent les classes de niveau. Mais &lt;strong&gt;anticiper sur les difficult&#233;s d'abstraction, de raisonnement ou de r&#233;flexion, contribue en fait &#224; de nouvelles in&#233;galit&#233;s d'appropriation des savoirs en donnant encore moins &#224; &#171; ceux qui n'ont que l'&#233;cole pour comprendre l'&#233;cole &#187; (St&#233;phane Bonn&#233;ry)&lt;/strong&gt;. Plusieurs recherches sociologiques l'ont observ&#233;, dans le premier degr&#233; comme dans le second degr&#233;. Certains dispositifs p&#233;dagogiques y contribuent &#233;galement par eux-m&#234;mes, comme le montre St&#233;phane Bonn&#233;ry&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comprendre l'&#233;chec scolaire La Dispute, 2007&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par exemple &#224; propos des exercices &#224; trous &#224; l'&#233;cole primaire, qui focalisent les &#233;l&#232;ves sur les consignes et les d&#233;tournent des objets de savoir ou J&#233;r&#244;me Deauvieau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Enseigner dans le secondaire. Les nouveaux professeurs face aux difficult&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par exemple &#224; propos du cours dialogu&#233; en lyc&#233;e, qui brouille la diff&#233;rence entre savoirs scolaires et savoirs d'exp&#233;rience : les &#233;l&#232;ves puisent dans leurs exp&#233;riences pour r&#233;pondre aux questions, sans comprendre que ce sont d'autres savoirs, objectiv&#233;s, qui permettent une v&#233;ritable r&#233;ussite scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;e re&#231;ue n&#176;3. &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#171; Les &#233;tudes, c'est pas pour lui ! Ce serait le leurrer quant &#224; ses possibilit&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; Il est pr&#233;f&#233;rable d'orienter un &#233;l&#232;ve en difficult&#233; le plus t&#244;t possible vers la voie professionnelle, pour le pr&#233;munir d'une r&#233;-orientation douloureuse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Hugr&#233;e : &lt;/strong&gt;Cette affirmation fait en partie &#233;cho &#224; l'id&#233;e que les enfants issus des cat&#233;gories populaires auraient tendance, et m&#234;me int&#233;r&#234;t, &#224; ne pas trop prolonger leurs parcours scolaires dans l'enseignement sup&#233;rieur. Sur ce point, il faut &#234;tre tr&#232;s clair : les enqu&#234;tes dont nous disposons montrent sans ambig&#252;it&#233; que, pour ces enfants, plus leurs dipl&#244;mes sont &#233;lev&#233;s, plus la &#171; force de rappel &#187; de l'origine sociale est faible. Ce que les sociologues de la mobilit&#233; sociale nomment la &#171; force de rappel de l'origine sociale &#187;, c'est le fait qu'&#224; dipl&#244;me &#233;gal, les enfants de cadres sup&#233;rieurs connaissent de meilleures positions sociales que les enfants d'ouvriers. C'est un fait incontestable, et une partie de ma recherche sur les cheminements professionnels des enfants d'origine populaire ayant au moins une licence le confirme pour les g&#233;n&#233;rations les plus r&#233;centes. Mais, il faut tenir ensemble ces deux faces de la r&#233;alit&#233; pour comprendre l'enjeu des &#233;tudes sup&#233;rieures pour ces familles : &lt;strong&gt;pour &#233;chapper aux emplois les moins r&#233;mun&#233;r&#233;s, les moins prot&#233;g&#233;s socialement et les plus difficiles du point de vue des conditions de travail, les jeunes d'origine populaire ont besoin, plus que ceux issus des classes moyennes ou sup&#233;rieures, d'un dipl&#244;me du sup&#233;rieur&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;e re&#231;ue n&#176;4. &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#171; Cet &#233;l&#232;ve souffre &#224; l'&#233;cole, mais il est malheureusement trop jeune pour la quitter. &#187; &#171; Il faudrait lui faire faire des stages. &#187; &#171; On pourrait l'envoyer en classe-relais, il pourrait souffler. &#187;&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Le coll&#232;ge unique ne fonctionne pas : beaucoup d'&#233;l&#232;ves n'y trouvent pas leur place.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T.P. :&lt;/strong&gt; Pendant longtemps, le coll&#232;ge unique a en effet concentr&#233; toutes les critiques. Il est d'ailleurs encore consid&#233;r&#233; par certains comme le maillon faible de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Mais depuis quelques ann&#233;es, le d&#233;bat scolaire se d&#233;place largement vers l'&#233;cole primaire. Il n'y a pas que de mauvaises raisons &#224; cela. Qu'on en juge : quand on les r&#233;partit en quatre quarts d'effectifs &#233;gaux dans l'ordre croissant de leurs performances aux &#233;valuations &#224; l'entr&#233;e en 6e, la part des enfants d'ouvriers qui ont atteint la seconde g&#233;n&#233;rale ou technologique sans redoubler au coll&#232;ge passe, d'un quartile &#224; l'autre, de 6 % &#224; 25 %, puis 55 % et enfin 85 %.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='idc951_c0' colspan='4'&gt;L'entr&#233;e en seconde sans redoublement selon la qualit&#233; des apprentissages en primaire (en %)&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td colspan='4' headers='idc951_c0'&gt;Taux d'acc&#232;s &#224; une seconde g&#233;n&#233;rale et technologique en cinq ans selon les notes obtenues &#224; l'entr&#233;e en 6e aux &#233;preuves nationales d'&#233;valuation en math&#233;matiques et en fran&#231;ais&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='idc951_c0'&gt;&lt;i&gt;Position des notes de l'&#233;l&#232;ve en 6e par rapport &#224; celles de tous les &#233;l&#232;ves de France&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ensemble des &#233;l&#232;ves&#8230;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&#8230; dont : Enfants d'ouvriers&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&#8230; dont : Enfants de cadres&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='idc951_c0'&gt;Quart sup&#233;rieur&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;89&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;85&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;93&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='idc951_c0'&gt;Troisi&#232;me quart&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;62&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;55&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;75&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='idc951_c0'&gt;Second quart&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;29&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;25&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;45&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='idc951_c0'&gt;Quart inf&#233;rieur&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;7&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;6&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;19&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='idc951_c0'&gt;Ensemble&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;46&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;32&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;76&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td colspan='4' headers='idc951_c0'&gt;&lt;i&gt;Lecture : Lorsque leurs performances les ont plac&#233;s dans le quart sup&#233;rieur des meilleurs &#233;l&#232;ves &#224; l'entr&#233;e en 6e, 85% des enfants d'ouvriers ont atteint la seconde g&#233;n&#233;rale et technologique sans conna&#238;tre de redoublement au coll&#232;ge. Champ : Ensemble des &#233;l&#232;ves entr&#233;s en 6e ou en SES en 1995.&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Mieux : l&#233;g&#232;rement sup&#233;rieures, les proportions correspondantes d'enfants de cadres qui entrent au lyc&#233;e sans redoubler sont tout &#224; fait du m&#234;me ordre. Autrement dit, si tous les &#233;l&#232;ves r&#233;ussissaient aussi bien leur primaire, l'avantage des enfants de cadres sur les enfants d'ouvriers serait tr&#232;s faible. &lt;strong&gt;Arriv&#233;s au coll&#232;ge, puis au lyc&#233;e, les parcours scolaires des &#233;l&#232;ves d&#233;pendent alors davantage de la r&#233;ussite en primaire que de l'origine sociale.&lt;/strong&gt; Qu'ils soient enfants de cadres ou enfants d'ouvriers, les bons &#233;l&#232;ves du primaire ont ainsi toutes chances d'arriver sans encombre en seconde. Les effets du primaire se mesurent jusque dans l'enseignement sup&#233;rieur : 61 % des &#233;l&#232;ves du dernier quartile obtiennent au moins la licence, contre seulement 28 % des &#233;l&#232;ves du troisi&#232;me quartile, 12 % du second et &#224; peine 6 % du premier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principal obstacle &#224; la d&#233;mocratisation scolaire vient donc du fait que les enfants des classes populaires se situent bien plus souvent dans les premiers quartiles, nettement sur-repr&#233;sent&#233;s parmi ceux qui ne savent pas lire et &#233;crire correctement en entrant en 6e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;e re&#231;ue n&#176;5. &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#171; De nos jours, les dipl&#244;mes n'ont plus aucune valeur sur le march&#233; du travail. &#187;&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Il est inutile, voire n&#233;faste, de pousser tous les &#233;l&#232;ves le plus loin possible dans leurs &#233;tudes : cette &#171; inflation scolaire &#187; ne fait qu'encombrer le march&#233; du travail par un trop grand nombre de dipl&#244;m&#233;s, qui sont, qui plus est, d&#233;class&#233;s &#224; l'embauche. En outre, les dipl&#244;mes ne prot&#232;gent pas contre le ch&#244;mage. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T.P. : &lt;/strong&gt;On &#233;voque beaucoup la d&#233;valorisation des dipl&#244;mes et le d&#233;classement &#224; l'embauche. En r&#233;alit&#233;, &lt;strong&gt;le paradoxe des dipl&#244;mes est qu'ils sont &#224; la fois de moins en moins suffisants dans le contexte du ch&#244;mage de masse et de la pr&#233;carisation des d&#233;buts de vie professionnelle, mais aussi de plus en plus n&#233;cessaires pour faire face aux exigences des postes de travail, des crit&#232;res de recrutements et des &#233;volutions de carri&#232;res&lt;/strong&gt;. La crise &#233;conomique avive encore cette tension, en renfor&#231;ant les in&#233;galit&#233;s entre les dipl&#244;m&#233;s. D'un c&#244;t&#233;, les dipl&#244;mes de l'enseignement professionnel conduisent le plus fr&#233;quemment aux positions d'ouvriers ou d'employ&#233;s et permettent rarement d'acc&#233;der en cours de carri&#232;re aux emplois les plus qualifi&#233;s. De l'autre, les dipl&#244;m&#233;s de l'enseignement sup&#233;rieur sont souvent reclass&#233;s en cours de carri&#232;re apr&#232;s un d&#233;classement &#224; l'embauche. La &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article22' class=&#034;spip_in&#034;&gt;m&#233;taphore de l'inflation scolaire&lt;/a&gt; ne convient pas. &#192; la diff&#233;rence de la monnaie, les dipl&#244;mes ont une valeur sp&#233;cifique, qui tient aux contenus enseign&#233;s. D'un c&#244;t&#233;, la valeur d'usage apport&#233;e &#224; leur qualification personnelle par la formation scolaire des jeunes est de plus en plus recherch&#233;e par les employeurs, qui leur assignent des t&#226;ches plus complexes et leur demandent d'intensifier leur travail productif, d'atteindre des objectifs toujours plus &#233;lev&#233;s, de prendre certaines initiatives, de s'adapter aux changements, etc. De l'autre, la valeur d'&#233;change des dipl&#244;mes est revue &#224; la baisse, du fait de la d&#233;gradation du rapport de force des salari&#233;s face aux employeurs : le ch&#244;mage de masse, la pr&#233;carisation des d&#233;buts de vie professionnelle ou encore l'individualisation de la gestion des carri&#232;res multiplient en effet les obstacles &#224; la reconnaissance des qualifications acquises. La th&#232;se de l'inflation scolaire confond au contraire ces deux processus, en postulant que tous les d&#233;class&#233;s sont sur-qualifi&#233;s. Au total, les enfants d'ouvriers ont aujourd'hui l&#233;g&#232;rement plus de chances d'occuper une position de cadre ou d'exercer une profession interm&#233;diaire : c'&#233;tait le cas de 19% d'entre eux &#224; l'&#226;ge de 30 ans en 1970, c'est d&#233;sormais le cas de 26% de la g&#233;n&#233;ration qui a eu le m&#234;me &#226;ge en 2003. Pousser les &#233;l&#232;ves le plus loin possible dans leurs &#233;tudes est donc possible et souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;e re&#231;ue n&#176;6. &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#171; Tu pr&#233;f&#232;res qu'il sorte du syst&#232;me &#233;ducatif sans rien ? &#187;&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Quitter l'&#233;cole avec un livret de comp&#233;tences valid&#233; en poche, c'est mieux que d'en sortir sans aucun dipl&#244;me. Le socle commun et la certification par comp&#233;tences sont un progr&#232;s, qui permet au passage de se d&#233;barrasser de la note, qui n'est pas un mode d'&#233;valuation satisfaisant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C.H. : &lt;/strong&gt;Sur la question tr&#232;s pr&#233;cise du socle commun, mon &#171; incomp&#233;tence &#187; ( !) est totale et je me permettrais juste de souligner les actuelles recherches en sociologie de Pierre Cl&#233;ment qui montrent qu'un des enjeux des outils qui l'accompagnent est une rationalisation gestionnaire du syst&#232;me &#233;ducatif. Cette nouvelle orientation des politiques &#233;ducatives r&#233;pond de fait mal aux trois questions tr&#232;s simples qui se posent &#224; tous les syst&#232;mes scolaires, dans toutes les soci&#233;t&#233;s : &lt;i&gt;qu'est-ce qu'on transmet&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#224; qui on le transmet&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;comment on le transmet&lt;/i&gt;. Et ce n'est pas la seule suppression des notes en primaire qui permettra de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage entre les &#233;l&#232;ves. C'est pour cette raison que le GRDS n'a pas sign&#233; l'appel &#224; l'initiative de l'AFEV. En revanche, mes recherches personnelles sur les nouvelles politiques d'insertion qui se mettent en place pour les dipl&#244;m&#233;s de l'enseignement sup&#233;rieur me permettent de dire quelques mots sur cette notion que tout le monde a le plus grand mal &#224; d&#233;finir, mais qui est tr&#232;s en vogue en ce moment &#224; l'universit&#233; : &#171; comp&#233;tence &#187;. Il s'agit d'une cat&#233;gorie de pens&#233;e qui est explicitement issue du monde productif et qui s'est impos&#233;e depuis pr&#232;s de 30 ans au syst&#232;me &#233;ducatif. Les enseignants du sup&#233;rieur qui voient arriver depuis quelques ann&#233;es cette notion auraient d'ailleurs de pr&#233;cieux conseils &#224; recevoir des professeurs des &#233;coles qui ont d&#251; &#234;tre les premiers &#224; se voir imposer cette nouvelle rh&#233;torique dans les programmes scolaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me avec la notion de comp&#233;tence est qu'elle op&#232;re une double mystification : &lt;br class='autobr' /&gt;
1.	Cette notion entend substituer la repr&#233;sentation verticale de la hi&#233;rarchie entre savoirs et pratiques &#224; une repr&#233;sentation horizontale de cette hi&#233;rarchie, comme le disait la sociologue Lucie Tanguy. La repr&#233;sentation verticale du rapport savoir/pratique organise largement aujourd'hui le syst&#232;me scolaire, par exemple dans l'opposition g&#233;n&#233;ral/professionnel. Et, au pr&#233;texte mensonger d'une lutte contre les in&#233;galit&#233;s, une partie des r&#233;formateurs scolaires cherchent &#224; inverser ce rapport. D'un point de vue philosophique, il y a l&#224; quelque chose d'int&#233;ressant apr&#232;s tout. Le souci, c'est que cette nouvelle vision des choses est de nature &#224; flouer (au double sens du terme) les savoirs scolaires : ils deviennent moins visibles, on les dit moins recherch&#233;s dans les processus d'apprentissage puisque d&#233;sormais on cherche &#224; faire &#171; &#233;merger des comp&#233;tences &#187;&#8230; Et finalement, &lt;strong&gt;l'&#233;cole se voit disputer par le monde des entreprises son monopole de la transmission des savoirs et de v&#233;rification des acquisitions&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	Cette notion recouvre un ensemble de propri&#233;t&#233;s instables qui, de fait, doivent &#234;tre continuellement &#233;valu&#233;es. Et, de ce point de vue, la &#171; comp&#233;tence &#187; permet de se distancier d'une vision des choses o&#249; la qualification &#233;tait acquise une fois pour toute. Ce point n'est pas sans effet sur le march&#233; du travail puisque la qualification &#233;tait jusqu'ici une chose d&#233;finie juridiquement qui ouvrait des droits, inscrits dans les conventions collectives (secteur priv&#233;) ou dans les statuts (secteur public).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;e re&#231;ue n&#176;7.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Cet &#233;l&#232;ve a des difficult&#233;s, mais c'est un peu de sa faute ! &#187; &#171; Il faut dire que ses parents ne l'aident pas beaucoup... &#187; &#171; Qu'ils sont m&#233;ritants, ces gosses des cit&#233;s qui r&#233;ussissent ! &#187; &#171; Tu sais, ces parents-l&#224; ne suivent pas leur enfant. &#187;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; La r&#233;ussite scolaire, &#231;a se m&#233;rite. Les enfants issus de familles populaires qui r&#233;ussissent sont d'autant plus m&#233;ritants qu'ils partent avec un &#171; handicap &#187;, mais s'ils sont en &#233;chec, c'est aussi de la faute de leurs parents qui sont d&#233;missionnaires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T.P. :&lt;/strong&gt; L'id&#233;e des parents d&#233;missionnaires dans les classes populaires est d&#233;mentie par l'essor des ambitions scolaires dans les familles ouvri&#232;res. Jusqu'aux ann&#233;es 1960, seule une petite fraction des ouvriers esp&#233;raient que leurs enfants aillent jusqu'au bac (15% en 1962). Aujourd'hui, le bac est un minimum, vis&#233; par 88% des familles ouvri&#232;res. La plupart d'entre elles r&#234;vent ensuite d'&#233;tudes sup&#233;rieures pour leurs enfants. Elle ne tient pas non plus lorsqu'on demande aux parents combien de temps ils consacrent aux devoirs &#224; la maison. D'apr&#232;s les enqu&#234;tes de l'Insee, cette aide au travail scolaire de leurs enfants les occupe &#224; peu pr&#232;s une heure par jour, quel que soit le milieu social. D'autres enqu&#234;tes aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves montrent par ailleurs que la plupart d'entre eux sont aid&#233;s par leurs parents. Les diff&#233;rences qualitatives dans l'aide apport&#233;e sont bien s&#251;r beaucoup plus fortes : les parents les plus dipl&#244;m&#233;s sont bien &#224; m&#234;me de comprendre les exigences de l'&#233;cole, tandis que ceux qui gardent un mauvais souvenir de l'&#233;cole peinent &#224; expliquer &#224; leurs enfants ce qu'ils n'ont pas compris en classe. &lt;strong&gt;L'institution scolaire contribue ainsi aux in&#233;galit&#233;s en d&#233;l&#233;guant des t&#226;ches d'apprentissage aux familles.&lt;/strong&gt; 90% des &#233;l&#232;ves demandent en effet &#224; leurs parents de leur expliquer les points difficiles &#224; comprendre. Une &#233;tudiante engag&#233;e dans le soutien scolaire l'expliquait tr&#232;s bien &#224; un journaliste de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.humanite.fr/node/453953&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Humanit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; il y a quelques semaines : &#171; Je suis toujours &#233;tonn&#233;e de voir que certains profs ne s'assurent pas que les &#233;l&#232;ves ont tous bien compris. Au final, plus l'ann&#233;e avance et plus il se creuse un foss&#233; entre ce que l'enseignant pense que l'&#233;l&#232;ve a compris et ce qu'il a r&#233;ellement compris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;e re&#231;ue n&#176;8.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Il y a bien des enfants des quartiers qui r&#233;ussissent ! &#187;&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Penser la r&#233;ussite scolaire en terme de rapport de classe est d&#233;pass&#233;. D'ailleurs, la lutte des classes est un concept d'un autre &#226;ge.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C.H. :&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Encore heureux que tous les enfants d'ouvriers et d'employ&#233;s ne sont pas condamn&#233;s &#224; l'&#233;chec scolaire ! Mais l'enjeu d'une soci&#233;t&#233; r&#233;ellement d&#233;mocratique n'est pas d'en faire r&#233;ussir 500 par an en les envoyant &#224; HEC (hautes &#233;tudes commerciales), &#224; l'IEP (Institut d'&#233;tudes politiques) ou &#224; l'ENS (&#233;cole normale sup&#233;rieure).&lt;/strong&gt; C'est exactement le sens du dernier num&#233;ro de la revue de sociologie &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/ecrire/?exec=breves_voir&amp;id_breve=15&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; auquel j'ai particip&#233;. Ce num&#233;ro rend compte des travaux r&#233;cents sur les classes populaires et l'enseignement sup&#233;rieur. Le premier point de la d&#233;monstration est de rappeler ce que le mot d'ordre du gouvernement de 30 % de boursiers en grande &#233;cole est illusoire puisque seuls 1 &#224; 2 % des enfants d'ouvriers acc&#232;dent &#224; ce secteur tr&#232;s ferm&#233; de l'enseignement sup&#233;rieur, qui scolarise &#224; peine 5 % des jeunes d'une g&#233;n&#233;ration, autant dire, un fait tout &#224; fait marginal. Un des r&#233;sultats int&#233;ressants de ma recherche sur les &#233;tudiants d'origine populaire rappelle que les STS et les dipl&#244;mes de Licence et de Master 1 sont les destin&#233;es scolaires majoritaires des enfants des cat&#233;gories populaires qui ont un baccalaur&#233;at. De toute &#233;vidence, attaquer l'universit&#233; comme on le fait actuellement, c'est d'abord et avant tout affaiblir un des lieux de formation intellectuelle de ces jeunes, et principalement, de ces &#171; anciennes bonnes &#233;l&#232;ves du secondaire &#187; qui ont connu des scolarit&#233;s non pas excellentes mais honorables au coll&#232;ge et au lyc&#233;e. Alors bien s&#251;r, il faut saluer le fait que les &#233;tudiants de Sciences Po ou de l'ENS apparaissent r&#233;guli&#232;rement dans les luttes de la jeunesse scolaris&#233;e. Mais si l'on pense &#224; la lutte contre le CPE, les cort&#232;ges et le mouvement &#233;taient avant tout port&#233;s par la jeunesse des premiers cycles universitaires, toutes disciplines confondues d'ailleurs. Et cette jeunesse risque de ne pas faire la m&#234;me exp&#233;rience du march&#233; du travail et que celle sortant des &#171; grandes &#233;coles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;e re&#231;ue n&#176;9.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;&#171; L'&#233;cole ne peut pas porter toute la mis&#232;re du monde ! &#187;&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Ce n'est pas &#224; l'&#233;cole de r&#233;soudre les in&#233;galit&#233;s sociales. De toute fa&#231;on, si elle le voulait, elle ne le pourrait pas. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C.H : &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;De mon point de vue, l'&#233;cole est un des outils privil&#233;gi&#233;s de la transformation sociale, ce qui fait d'ailleurs que l'enseignement n'est pas une activit&#233; professionnelle comme les autres.&lt;/strong&gt; Certes, on ne peut pas tout demander &#224; l'&#233;cole. Il y a notamment toute une s&#233;rie de questions que l'on pose actuellement &#224; l'&#233;cole et qui sont en fait des questions dont les issues reposent sur le march&#233; du travail, et plus particuli&#232;rement sur les salaires d'embauche. Mais, rien ne peut justifier que les conditions de vie des individus d&#233;terminent leur acc&#232;s aux savoirs et ce faisant leurs futures places dans la soci&#233;t&#233;. Commencer par l'&#233;cole pour r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s r&#233;sonne &#224; mon sens comme un principe politique intangible&#8230; &#224; condition de s'en donner les moyens financiers mais aussi intellectuels. C'est en ce sens qu'au GRDS nous d&#233;fendons l'id&#233;e d'une v&#233;ritable &#233;cole commune pour tous en croisant les discussions &#171; acad&#233;miques &#187; &#224; celles des militants et enseignants qui font quotidiennement l'exp&#233;rience des in&#233;galit&#233;s sociales &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;e re&#231;ue n&#176;10.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Elle r&#233;ussit mieux que son fr&#232;re : c'est normal, c'est une fille. &#187;&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Les filles r&#233;ussissent mieux &#224; l'&#233;cole que les gar&#231;ons, toutes classes sociales confondues. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C.H. :&lt;/strong&gt; C'est vrai ! Depuis 1971, il y a plus de bacheli&#232;res en France que de bacheliers. &#192; l'&#233;poque, ce constat n'avait que peu retenu l'attention des sociologues&#8230; Heureusement depuis lors, la question des in&#233;galit&#233;s sexu&#233;es de r&#233;ussite scolaire a &#233;t&#233; relativement bien travaill&#233;e par la sociologie. On peut retenir plusieurs enseignements de nombreux travaux sur la question. Tout d'abord, ce r&#233;sultat doit &#234;tre reli&#233; &#224; deux autres r&#233;sultats importants. L'origine sociale, et le capital culturel des parents expliquent plus que le genre les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite et d'orientation &#224; l'&#233;cole. En d'autres termes, le genre est une variable &#171; secondaire &#187; d'explication des in&#233;galit&#233;s scolaires. L'autre r&#233;sultat qui me para&#238;t essentiel &#224; mobiliser est le suivant : les seules variables scolaires (par exemple l'&#226;ge d'entr&#233;e en sixi&#232;me ou en seconde, le type de baccalaur&#233;at, les mentions au baccalaur&#233;at) restent, pour les sociologues, des variables tr&#232;s puissantes pour expliquer les parcours des &#233;l&#232;ves. Ces &#233;l&#233;ments permettent de souligner que le monde social et &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; le monde scolaire sont des mondes pluridimensionnels que l'on ne peut comprendre qu'avec une seule variable. Le point qui est ensuite l'objet de nombreuses discussions est l'orientation des filles en fonction de leurs r&#233;sultats scolaires. &#192; r&#233;ussite scolaire comparable, on a en effet observ&#233; que les filles tendent &#224; s'orienter vers des secteurs, souvent moins rentables par la suite dans leur carri&#232;re que les secteurs privil&#233;gi&#233;s par les gar&#231;ons. Il faut donc expliquer ce constat. Les interpr&#233;tations peuvent diverger entre les chercheurs qui mettent l'accent sur l'homologie entre la socialisation des petites filles et les normes scolaires, ceux qui soulignent leur adaptation et leur anticipation des fonctionnements sexistes de l'&#233;cole ou du march&#233; du travail ou enfin ceux qui pr&#233;f&#232;rent souligner le tr&#232;s net revirement des usages f&#233;minins de l'&#233;cole et des dipl&#244;mes. Certes, &lt;strong&gt;il faut globalement plus de dipl&#244;mes aux filles pour en avoir un peu moins (voire nettement moins dans certains secteurs !) que les gar&#231;ons&lt;/strong&gt;. Mais, ce qui retient l'attention quand on observe l'essor des scolarit&#233;s f&#233;minines &#224; l'&#233;chelle historique, c'est le passage d'un r&#233;gime o&#249; le dipl&#244;me servait aux filles &#224; se placer sur le march&#233; matrimonial &#224; un r&#233;gime o&#249; les filles ne s&#233;parent d&#233;sormais plus leurs scolarit&#233;s de l'acc&#232;s &#224; l'emploi, et notamment &#224; l'emploi qualifi&#233; d&#232;s qu'elles sont dipl&#244;m&#233;es. En &#233;tudiant les femmes qui deviennent ing&#233;nieurs, Catherine Marry utilise la tr&#232;s belle expression &#171; d'insoumission discr&#232;te &#187; des femmes acc&#233;dant &#224; ces professions. Elle signifie par l&#224; les formes de distanciation de ces femmes aux canons de r&#233;ussite auxquels on les a souvent incit&#233;es &#224; se conformer, puisqu'elles &#233;taient des filles. Elle montre ainsi dans quelles conditions ces filles &#233;chappent &#224; un d&#233;terminisme social et scolaire. Dans ma recherche sur les &#233;tudiantEs des milieux populaires qui acc&#232;dent au moins &#224; une licence, je me suis risqu&#233; &#224; parler &#171; d'&#233;chapp&#233;e belle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#232;se de C&#233;dric Hugr&#233;e est intitul&#233;e &#171; L'&#201;chapp&#233;e belle ? Sociologie des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un peu en &#233;cho &#224; cette approche. Bien s&#251;r, ces &#233;tudiantes n'ont pas les insertions des filles de cadres sup&#233;rieurs, mais leurs parcours peuvent &#234;tre vus comme des parcours scolaires &lt;i&gt;honorables&lt;/i&gt; qui se sont transform&#233;s en mobilit&#233;s sociales &lt;i&gt;raisonnables&lt;/i&gt;. Finalement, c'est au terme de cette transition que l'expression d'&#233;chapp&#233;e belle rev&#234;t son double sens : celui d'une belle &#233;chapp&#233;e &#224; laquelle est aussi associ&#233; le sentiment de &#171; l'avoir &#233;chapp&#233; belle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me partie : Quelques pistes pour r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s scolaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;cole &#201;mancip&#233;e&lt;/strong&gt; : Avez-vous rep&#233;r&#233; des pratiques que les enseignants mettent en &#339;uvre et qui mettent &#224; coup s&#251;r en &#233;chec les &#233;l&#232;ves qui n'ont que l'&#233;cole pour s'approprier la culture &#233;crite ? Et celles qui, &#224; l'inverse, leur permettent de r&#233;ussir v&#233;ritablement, c'est-&#224;-dire de ma&#238;triser pleinement la &#171; culture l&#233;gitime &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tristan Poullaouec :&lt;/strong&gt; En tant qu'enseignant-chercheur, je n'ai pas de recettes toutes faites &#224; proposer aux coll&#232;gues du primaire ou du secondaire. &#192; l'&#233;cole, au coll&#232;ge, au lyc&#233;e ou &#224; l'universit&#233;, il faudrait surtout instaurer les conditions d'une v&#233;ritable r&#233;flexion collective sur nos pratiques d'enseignement, nous permettant de reprendre la main sur le c&#339;ur de notre m&#233;tier. Pour ma part, je suis convaincu qu'il nous faut d&#233;j&#224; reconsid&#233;rer le r&#244;le de la difficult&#233; intellectuelle et de l'erreur dans les apprentissages. On ne peut pas contourner ces probl&#232;mes, comme le laissent croire certaines vulgates p&#233;dagogiques misant sur l'autoconstruction des savoirs par les &#233;l&#232;ves. Ainsi que le rappelle une lyc&#233;enne enqu&#234;t&#233;e par Fanny Renard, &#171; si on savait tout, on serait m&#234;me pas l&#224;, elle [l'enseignante] serait pas l&#224;, elle aussi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui les fait &#8211; in&#233;galement &#8211; lire, PUR, &#224; para&#238;tre.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Reconna&#238;tre que l'&#233;cole a pour mission principale la transmission des savoirs, c'est faire en sorte que les &#233;l&#232;ves soient effectivement confront&#233;s aux difficult&#233;s intellectuelles inh&#233;rentes &#224; ces savoirs, c'est &#233;galement accepter le r&#244;le formateur de leurs erreurs en cherchant avec eux leurs raisons et c'est enfin leur fournir &#224; tous les moyens de surmonter ces erreurs et ces difficult&#233;s. Il nous faut donc trouver le moyen de mettre en &#339;uvre efficacement la p&#233;dagogie explicite et rationnelle qu'appelaient de leurs v&#339;ux Bourdieu et Passeron dans les ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;&#201;&lt;/strong&gt; : Est-ce la notation qui d&#233;courage les &#233;l&#232;ves et qui cr&#233;e les in&#233;galit&#233;s scolaires ? Faut-il abandonner les notes chiffr&#233;es et les remplacer par l'&#233;valuation par comp&#233;tences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T.P. :&lt;/strong&gt; L'AFEV a lanc&#233; une p&#233;tition pour la suppression des notes &#224; l'&#233;cole primaire qui a contribu&#233; &#224; ranimer le d&#233;bat sur la d&#233;mocratisation scolaire. En effet, de multiples recherches ont soulev&#233; les probl&#232;mes que pose la notation, qui contribue davantage &#224; classer et &#224; trier les &#233;l&#232;ves qu'&#224; leur indiquer leurs acquis et leurs difficult&#233;s, leurs progr&#232;s ou le chemin qu'il leur reste &#224; faire. Les mauvaises notes sont en effet tr&#232;s d&#233;courageantes, dans un syst&#232;me scolaire qui laisse croire aux &#233;l&#232;ves qu'ils sont les seuls responsables de leurs r&#233;sultats. Le &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article91' class=&#034;spip_in&#034;&gt;GRDS a cependant refus&#233; de signer cette p&#233;tition&lt;/a&gt; : cette mesure est trompeuse, partielle et m&#234;me contreproductive, en l'&#233;tat actuel de l'&#233;cole. En effet, &#224; quoi sert de supprimer les notes si l'on maintient l'&#233;valuation des comp&#233;tences, d'une mani&#232;re ou d'une autre ? Ou bien s'agit-il seulement de ne pas stigmatiser les &#233;l&#232;ves qui n'apprennent pas en masquant leurs difficult&#233;s ? Et pourquoi ne pas &#233;tendre la mesure au secondaire : est-ce parce que la comp&#233;tition scolaire y serait plus l&#233;gitime ? &lt;strong&gt;Ce n'est pas en cassant le thermom&#232;tre qu'on changera la temp&#233;rature.&lt;/strong&gt; La question du redoublement l'a montr&#233; : les chercheurs ont prouv&#233; qu'&#224; niveau &#233;gal, ceux qui passent dans la classe sup&#233;rieure progressent plus que les redoublants. Mais quand on &#233;vite le redoublement, on n'a pas r&#233;solu pour autant les probl&#232;mes d'apprentissage. Depuis le milieu des ann&#233;es 1980, les redoublements ont ainsi beaucoup diminu&#233;, mais les &#233;carts de niveau entre les &#233;l&#232;ves en fin de coll&#232;ge se sont creus&#233;s&#8230; Les comp&#233;tences du socle commun et le livret qui en atteste la ma&#238;trise ne sont pas des solutions miracle. Au contraire, tout cela risque d'accentuer les in&#233;galit&#233;s entre les &#233;l&#232;ves, entre ceux qui s'approprieront de r&#233;elles connaissances et ceux dont on n'exigera que la ma&#238;trise pratique de quelques savoir-faire ou bonnes mani&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;&#201;&lt;/strong&gt; : Dans la France de l'apr&#232;s-guerre, la formation des futurs ouvriers et employ&#233;s est le produit de l'opposition de deux conceptions : celle &#171; scolariste &#187; de l'Etat et celle &#171; professionnaliste &#187; du patronat. Qu'en est-il aujourd'hui ? Les conceptions de l'Etat n'ont-elles pas rejoint celles du patronat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cric Hugr&#233;e : &lt;/strong&gt;C'est &#224; mon avis le fait central du cycle de r&#233;formes scolaires ouvertes depuis le d&#233;but des ann&#233;es deux mille : l'option &#171; professionnaliste &#187;, tr&#232;s ancienne, a plus que jamais le vent en poupe&#8230; au point d'ailleurs de ne plus &#234;tre cantonn&#233;e aux sections professionnelles/technologiques ou &#224; l'apprentissage puisqu'elle guide d&#233;sormais les r&#233;flexions sur les cursus g&#233;n&#233;raux. Le risque est bien s&#251;r que la nouvelle hi&#233;rarchie des savoirs scolaires et universitaires soit dict&#233;e par un ensemble d'injonctions que les responsables locaux des politiques scolaires vont peu &#224; peu faire leurs, au motif que l'on forme pour &#171; employer &#187;. Que l'on me comprenne, il faut ouvrir la discussion sur les savoirs scolaires, sur les programmes et les mani&#232;res d'enseigner. Il me semble par exemple qu'on ne peut se satisfaire que l'&#233;cart entre les moins bons lecteurs et les meilleurs lecteurs au primaire connaisse l'accroissement de ces derni&#232;res ann&#233;es. Il me semble &#233;galement que les dispositions critiques des &#233;l&#232;ves face aux informations &#171; en ligne &#187; par le biais des r&#233;seaux sociaux ou des recherches sur internet doivent faire l'objet d'une formalisation qui permette &#224; ces savoirs d&#233;sormais d&#233;cisifs d'&#234;tre enseign&#233;s par des professionnels&#8230; de ces savoirs ! C'est-&#224;-dire des personnes form&#233;es et r&#233;flexives et pas seulement focalis&#233;es par l'acquisition de quelques comp&#233;tences &#171; cliquer &#187;, &#171; copier/coller &#187;, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. Il me semble enfin impensable que la quasi-totalit&#233; des &#233;l&#232;ves du lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral (notamment les L et ES et certains S) soit dispens&#233;s d'enseignement dits &#171; techniques &#187; qui n'en sont pourtant pas moins th&#233;oriques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note de Marie Haye et Mary David : L'&#201;&#201; milite d'ailleurs pour que tous les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bref, &lt;strong&gt;il faut &#224; tout prix r&#233;sister &#224; la tentation de soumettre les savoirs scolaires ou leur orientation &#224; des imp&#233;ratifs &#233;conomiques cibl&#233;s et ouvrir urgemment un d&#233;bat politique sur ce que l'&#233;cole du 21&#232; si&#232;cle doit transmettre et comment elle doit le faire.&lt;/strong&gt; Je vais prendre un exemple que je connais bien : les enseignements li&#233;s &#224; ma discipline, la sociologie. J'insiste pour que les &#233;tudiants que j'ai en cours prennent au s&#233;rieux les savoirs li&#233;s &#224; la probl&#233;matisation (poser une &#171; bonne &#187; question), les savoirs li&#233;s aux m&#233;thodologies (utiliser la bonne technique d'enqu&#234;te : statistique, ethnographique, archive) car ces enseignements sont constitutifs de notre discipline. Ces enseignements sont aussi les meilleurs garants pour leur vie professionnelle future. J'apprends donc &#224; des &#233;tudiants &#224; bien mener une enqu&#234;te par questionnaire, &#224; faire de bonnes analyses de leurs donn&#233;es. Mais, je n'apprends pas &#224; faire des &#171; &#233;tudes de march&#233; &#187;, &#171; des &#233;valuations statistiques de programmes publics &#187; ou tout un tas de choses qu'ils feront dans leur vie professionnelle. Ce sera aux employeurs de les former &#224; leur domaine particulier et &#224; leurs &#171; commandes &#187; pr&#233;cises. Il ne faut pas oublier la responsabilit&#233; des employeurs en mati&#232;re de formation !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me partie. &#171; Je lutte des classes &#187; : Des bancs de l'&#233;cole aux mobilisations collectives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;&#201;&lt;/strong&gt; : Vous &#233;voquez un affaiblissement de la conscience de classe chez les familles populaires. En est-il de m&#234;me chez les familles issues des classes sup&#233;rieures ? En quoi cela freine-t-il la d&#233;mocratisation scolaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Hugr&#233;e :&lt;/strong&gt; Il est toujours malais&#233; pour les sociologues d'objectiver voire de quantifier la &#171; conscience de classe &#187;. Le sentiment d'appartenir au groupe ouvrier varie selon les &#233;poques et les calendriers socio-politiques. Il baisse ces derni&#232;res ann&#233;es, c'est certain. Tout semble indiquer que la bourgeoisie se pr&#233;sente bien comme la derni&#232;re des classes sociales, &#171; capable d'exister comme r&#233;alit&#233; sociale, &#233;conomique mais aussi symbolique &#187;, ainsi que l'&#233;crivaient les sociologues Michel et Monique Pin&#231;on-Charlot. Pour autant, la conflictualit&#233; au travail en France est encore importante. Ainsi, lors de la r&#233;cente lutte contre la r&#233;forme des retraites, on a reparl&#233; des in&#233;galit&#233;s d'esp&#233;rance de vie, de celles li&#233;es aux de condition de travail, des maladies socio-professionnelles qui affectent prioritairement les classes populaires. On a m&#234;me recommenc&#233; &#224; parler de nos salaires. C'est pour toutes ces raisons que la notion de classes populaires reste une notion int&#233;ressante &#224; mobiliser au del&#224; des nouvelles cat&#233;gories de d&#233;signation des victimes de la domination &#233;conomique et symbolique que sont les mots &#171; assist&#233;s &#187;, &#171; nouveaux pauvres &#187;, &lt;i&gt;etc&lt;/i&gt;. Cette notion renvoie n&#233;cessairement &#224; un syst&#232;me des in&#233;galit&#233;s, que l'on peut d&#233;signer comme lutte de classe si l'on souhaite se r&#233;f&#233;rencer &#224; une approche marxiste, ou comme lutte des classements s'il l'on pr&#233;f&#232;re faire &#233;cho aux travaux de Pierre Bourdieu. &lt;strong&gt;L'&#233;cole, elle-m&#234;me, est un objet de tr&#232;s nettes concurrences entre les classes sociales.&lt;/strong&gt; C'est particuli&#232;rement visible dans la g&#233;ographie scolaire des p&#244;les urbains o&#249; la d&#233;r&#233;glementation de la carte scolaire parach&#232;ve la main mise de certaines cat&#233;gories sociales tr&#232;s pr&#233;cises sur les &#233;tablissements pr&#233;sent&#233;s comme des &#233;tablissements de r&#233;ussite&#8230; Le probl&#232;me n'est pas que de tels &#233;tablissements existent. L'enjeu d'une v&#233;ritable politique &#233;ducative est de faire en sorte que les &#233;tablissements des quartiers populaires puissent proposer les m&#234;mes choses &#224; leurs &#233;l&#232;ves en mati&#232;re de savoirs, de contenus, d'ouverture culturelle. Et franchement, il y a des choses tr&#232;s concr&#232;tes &#224; faire en mati&#232;re d'offre de formation, de structures de s&#233;ries qui permettraient de r&#233;&#233;quilibrer le gouffre inadmissible qui s&#233;pare aujourd'hui les &#233;tablissements du centre et ceux de la p&#233;riph&#233;rie. Quelle est la diff&#233;rence d'heures de cours de fran&#231;ais et de maths ou d'histoire re&#231;ues effectivement par un-e &#233;l&#232;ve d'un coll&#232;ge &#171; ambition r&#233;ussite &#187; et par un-e &#233;l&#232;ve scolaris&#233;-e au coll&#232;ge du Lyc&#233;e Janson de Sailly dans le 16&#232; arrondissement ? Sur quatre ann&#233;es, je fais l'hypoth&#232;se que c'est important et je ne prends pas beaucoup de risques, je crois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;&#201;&lt;/strong&gt; : La frustration produite par l'&#233;cart entre les attentes des familles populaires et la r&#233;alit&#233; des parcours scolaires de leurs enfants ne se manifeste-t-elle pas aussi &#224; travers des mobilisations de jeunes lyc&#233;ens ou &#233;tudiants, qui sont r&#233;currentes &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1980 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tristan Poullaouec :&lt;/strong&gt; Face aux difficult&#233;s d'apprentissage, beaucoup d'&#233;l&#232;ves se d&#233;motivent peu &#224; peu. L'&#233;cart est de taille entre leurs attentes et la r&#233;alit&#233; des parcours scolaires. Seule la moiti&#233; des enfants d'ouvriers deviennent bacheliers, contre 88% des enfants de cadres. Et quand on d&#233;taille selon le type de bac, moins de 20% obtiennent un bac g&#233;n&#233;ral (contre 70% parmi les enfants de cadres). Les frustrations sont profondes. Elles se traduisent g&#233;n&#233;ralement par l'absent&#233;isme, le d&#233;crochage, voire les violences et la d&#233;scolarisation. Mais la crise scolaire se manifeste aussi de fa&#231;on plus positive, &#224; travers des mobilisations de jeunes lyc&#233;ens ou &#233;tudiants. La jeunesse scolaris&#233;e montre ainsi son profond attachement au droit &#224; &#233;tudier et sa demande d'&#233;galit&#233; scolaire, contre les r&#233;formes lib&#233;rales. Bien s&#251;r, cette jeunesse conteste aussi la pr&#233;carit&#233; qu'on leur impose en d&#233;but de vie professionnelle. Mais face aux difficult&#233;s rencontr&#233;es sur le march&#233; du travail, la plupart sont convaincus que le dipl&#244;me reste leur meilleure arme, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; lorsqu'ils n'ont pas d'autres ressources &#224; opposer &#224; la domination patronale (patrimoine familial ou r&#233;seau de relations des parents pour acc&#233;der &#224; l'emploi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;&#201;&lt;/strong&gt; : La mobilisation contre la r&#233;forme des retraites semble avoir pris une tournure plus forte et radicale chez les ouvriers (les raffineries ont &#233;t&#233; &#224; ce titre un secteur embl&#233;matique) et dans la frange populaire de la jeunesse (qui a eu de grandes difficult&#233;s &#224; mobiliser dans les fili&#232;res d'&#233;lite). Cela ne contredit-il pas l'id&#233;e selon laquelle il y aurait un affaiblissement de la conscience de classe dans les couches populaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C.H. :&lt;/strong&gt; Les enqu&#234;tes sur la conflictualit&#233; sociale, et notamment la conflictualit&#233; au travail, rappellent que les mobilisations sont loin d'&#234;tre rares en France dans les derni&#232;res ann&#233;es. Si l'on regarde maintenant le mouvement contre la r&#233;forme des retraites, il a effectivement &#233;t&#233; tir&#233; par des secteurs &#171; ouvriers &#187;, tel que la p&#233;tro-chimie. Il s'agit d'un secteur o&#249; la pr&#233;sence syndicale est relativement importante (au regard des moyennes dans le secteur priv&#233;), avec une configuration assez peu commune en ce moment : ce sont de tr&#232;s grandes entreprises qui, ind&#233;pendamment de la crise &#233;conomique, affichent des r&#233;sultats records et qui lancent de grands programmes de restructuration. Il y a l&#224; un ensemble de conditions qui rendaient plus probable qu'ailleurs, en ce moment, la mobilisation contre une r&#233;forme qui accentue les in&#233;galit&#233;s. Maintenant, il ne faudrait pas oublier que les enseignants, un peu en retrait de la mobilisation, &#233;taient au c&#339;ur de la mobilisation en 2003 avec les cheminots. Et au-del&#224; de ma prudence &#224; employer l'expression de &#171; conscience de classe &#187;, il reste difficile de conclure &#224; une hausse ou une baisse de la conscience de classe &#224; partir d'une configuration sociale et d'un mouvement. Il faut en fait trouver les bons &#171; indicateurs &#187;, ce qui n'est jamais ais&#233;. De mon point de vue, la double d&#233;faite des salari&#233;s du priv&#233; et du public sur les retraites en 7 ans, est loin d'avoir enterr&#233; l'id&#233;e d'une retraite &#224; 60 ans, &#224; taux plein. Mais, l'indice le plus net d'un regain de la conscience des int&#233;r&#234;ts propres aux salari&#233;s serait le retour de mobilisations nationales sur leurs salaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Mary DAVID et Marie HAYE&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet &#171; &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article51' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Langage et &#233;galit&#233; des intelligences&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;L'&#233;cole &#233;mancip&#233;e&lt;/i&gt;, n&#176;19, entretien avec Jean-Pierre Terrail &#224; propos de son dernier livre : &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article49' class=&#034;spip_in&#034;&gt;De l'oralit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, La Dispute, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article15' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Comprendre l'&#233;chec scolaire&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; La Dispute, 2007&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article45' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Enseigner dans le secondaire. Les nouveaux professeurs face aux difficult&#233;s du m&#233;tier&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, La Dispute, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La th&#232;se de C&#233;dric Hugr&#233;e est intitul&#233;e &#171; L'&#201;chapp&#233;e belle ? Sociologie des mobilit&#233;s scolaires et sociales des nouvelles g&#233;n&#233;rations populaires dipl&#244;m&#233;es de l'Universit&#233; (1970-2005) &#187; (Universit&#233; de Nantes, d&#233;cembre 2010)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ce qui les fait &#8211; in&#233;galement &#8211; lire&lt;/i&gt;, PUR, &#224; para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note de Marie Haye et Mary David : L'&#201;&#201; milite d'ailleurs pour que tous les &#233;l&#232;ves soient scolaris&#233;s jusqu'&#224; l'&#226;ge de 18 ans, dans des lyc&#233;es o&#249; ils re&#231;oivent tous les enseignements : g&#233;n&#233;raux, technologiques et professionnels&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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