<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
	<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/</link>
	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
Contact : gr-ds@orange.fr.
Suivez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/democratisation.scolaire
Et sur Instagram : www.instagram.com/democratisation_scolaire/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?id_mot=9&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
		<url>https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L144xH16/siteon0-ac0ed.png?1790689034</url>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/</link>
		<height>16</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Prost/Gauchet : tirer les le&#231;ons du pass&#233;, mais lesquelles ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article194</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article194</guid>
		<dc:date>2014-06-20T10:07:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>conduite des apprentissages</dc:subject>
		<dc:subject>p&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Coup sur coup nous arrivent deux ouvrages importants. &#034;Du changement dans l'&#233;cole&#034; est d&#251; &#224; l'historien Antoine Prost, sp&#233;cialiste peu contest&#233; des politiques scolaires et des arcanes du minist&#232;re ; et &#034;Transmettre, apprendre&#034; &#224; trois philosophes qui en sont &#224; leur troisi&#232;me titre en commun sur les questions de l'&#233;cole (Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi). &lt;br class='autobr' /&gt; Il s'agit l&#224; de livres tr&#232;s diff&#233;rents, mais qui ont en commun d'explorer les transformations historiques de notre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;conduite des apprentissages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;p&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L128xH150/arton194-45811.png?1790693659' class='spip_logo spip_logo_right' width='128' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Coup sur coup nous arrivent deux ouvrages importants. &#034;Du changement dans l'&#233;cole&#034; est d&#251; &#224; l'historien Antoine Prost, sp&#233;cialiste peu contest&#233; des politiques scolaires et des arcanes du minist&#232;re ; et &#034;Transmettre, apprendre&#034; &#224; trois philosophes qui en sont &#224; leur troisi&#232;me titre en commun sur les questions de l'&#233;cole (Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; de livres tr&#232;s diff&#233;rents, mais qui ont en commun d'explorer les transformations historiques de notre syst&#232;me &#233;ducatif et d'en tirer quelques enseignements pour une &#233;cole plus efficace et donc plus d&#233;mocratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Prost, Du changement dans l'&#233;cole. Les r&#233;formes de l'&#233;ducation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'un et l'autre proposent une vision ample et r&#233;fl&#233;chie de ces transformations, portant la marque d'une longue maturation intellectuelle. Leurs conclusions ne sont pas vraiment les m&#234;mes, ce qui n'en rend leur rapprochement que plus suggestif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; l'historien manifeste une fois de plus sa ma&#238;trise du sujet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Du minist&#232;re de Jean Zay &#224; la loi Fillon, Antoine Prost visite ou revisite, en nuan&#231;ant, pr&#233;cisant ou rectifiant telle ou telle de ses analyses ant&#233;rieures, les &#233;pisodes jug&#233;s importants de l'histoire contemporaine de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Il propose &#224; chaque fois des textes qui feront r&#233;f&#233;rence, en partant donc du Front populaire, et en s'arr&#234;tant en cours de route sur l'histoire de la commission Langevin et l'&#233;pisode des classes nouvelles ; sur la r&#233;forme Debr&#233; ; sur les d&#233;bats et les d&#233;cisions politiques des ann&#233;es 1960 autour du coll&#232;ge, et de la gestion des flux d'&#233;l&#232;ves ; sur les prol&#233;gom&#232;nes, tout au long des m&#234;mes ann&#233;es 60, de la transformation de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, et sur la mont&#233;e en puissance du mouvement de la r&#233;novation p&#233;dagogique ; sur l'impact de mai 68 et la refondation des universit&#233;s ; sur les r&#233;formes Savary et l'&#233;chec du projet d'un grand service public unifi&#233; d'&#233;ducation nationale ; sur la cr&#233;ation d'un bac pro, et sur celle des IUFM ; et enfin sur la formalisation, de Th&#233;lot &#224; Fillon, de la politique du socle commun.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_230 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L106xH168/Image_39-4-3e363.png?1790689104' width='106' height='168' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une question historiographique typique qui fournit le fil rouge le plus manifeste de ce parcours. Que doivent les modifications de la r&#233;alit&#233; &#224; la volont&#233; et &#224; l'action politiques ? Que doivent les changements effectifs de l'institution scolaire &#224; des r&#233;formes voulues et port&#233;es par les d&#233;cideurs, que ce soit au niveau du minist&#232;re ou &#224; celui des plus hauts responsables de l'&#201;tat ? Et, en prenant les choses en sens inverse, la promulgation d'une r&#233;forme est-elle n&#233;cessairement la garantie que les changements voulus vont se r&#233;aliser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine Prost est ainsi amen&#233;, en conclusion de son ouvrage, &#224; distinguer les r&#233;formes abouties de celles qui ont &#233;chou&#233;. Il range parmi les premi&#232;res, au c&#244;t&#233; bien s&#251;r de la r&#233;forme de Michel Debr&#233;, celles en 1963 de Capelle-Pompidou qui cr&#233;e les CES, &#233;tablissements clairement int&#233;gr&#233;s dans le secondaire, et donc ouverts vers les &#233;tages sup&#233;rieurs du cursus scolaire, m&#234;me s'ils juxtaposent deux finalit&#233;s, fin du parcours amorc&#233; dans le primaire et prop&#233;deutique du lyc&#233;e ; celle d'Edgar Faure transformant &#224; chaud les universit&#233;s en 1968 ; ou encore la cr&#233;ation des bacs pro en 1985 sous l'&#233;gide de Fabius et Chev&#232;nement, qui ach&#232;ve l'organisation des trois fili&#232;res jusqu'au terme du secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles qui ont &#233;chou&#233; sont &#224; son sens celles qui touchaient &#224; la p&#233;dagogie : &#171; Dans l'ensemble, si d'ambitieuses r&#233;formes de structure ont abouti, celles qui concernent les fa&#231;ons d'enseigner, la p&#233;dagogie, ont &#233;chou&#233;. Toutes les r&#233;formes qui s'y sont employ&#233;es ont tourn&#233; court : les classes nouvelles, la r&#233;forme p&#233;dagogique des ann&#233;es 1960, celle de Savary, et pour finir les IUFM &#187; (p. 307).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La pr&#233;occupation p&#233;dagogique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine Prost porte visiblement un int&#233;r&#234;t tout particulier &#224; cet &#233;chec suppos&#233; des r&#233;formes p&#233;dagogiques, auquel sa conclusion est largement consacr&#233;e. Cet int&#233;r&#234;t attire l'attention sur ce qui a constitu&#233; un second fil rouge, plus implicite que le premier, de l'ouvrage : le souci de comprendre ce qui a fait obstacle &#224; la transformation des pratiques d'enseignement tout au long d'une p&#233;riode historique au cours de laquelle, depuis Jean Zay, les tentatives d'impulser le changement en ce domaine n'ont pas manqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;occupation p&#233;dagogique est une constante dans l'&#339;uvre de Prost : il y a presque trente ans elle traversait son &#171; &#201;loge des p&#233;dagogues &#187; (1985), qui rappelait l'exigence d'une p&#233;dagogie centr&#233;e sur l'&#233;l&#232;ve, la ma&#238;trise du savoir par l'enseignant ne pouvant suffire &#224; assurer l'efficacit&#233; de sa transmission&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Prost, &#201;loge des p&#233;dagogues, Points-Seuil, 1985, pp. 27-32.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le chercheur revendique ici son implication personnelle, rappelant son militantisme &#224; la CFDT, et ses va-et-vient entre la posture de l'historien et ses activit&#233;s r&#233;currentes d'expert l'engageant dans la d&#233;termination des politiques scolaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Du changement dans l'&#233;cole, op. cit., note 27 p. 347.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_231 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L64xH87/Image_40-4-fb422.png?1790689104' width='64' height='87' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet int&#233;r&#234;t pour le changement des pratiques enseignantes nous vaut de tr&#232;s fines analyses des diff&#233;rents &#233;pisodes de la mont&#233;e en puissance de la pr&#233;occupation p&#233;dagogique dans les politiques scolaires et de ses avatars successifs. &#192; commencer par les d&#233;veloppements consacr&#233;s au minist&#232;re Jean Zay, qui rappelle que la politique scolaire du Front populaire n'a pas seulement consist&#233; &#224; porter l'obligation scolaire &#224; 14 ans, mais qu'elle s'est clairement orient&#233;e vers la mise en place d'une &#233;cole unique, tout en cr&#233;ant un climat favorable aux p&#233;dagogies nouvelles et &#224; &#171; l'ouverture de l'&#233;cole sur la vie &#187;. De la m&#234;me fa&#231;on l'histoire de la commission Langevin (novembre 1944-mars 1945) et de l'&#233;laboration du fameux plan &#171; Langevin-Wallon &#187;, la cr&#233;ation, le destin et l'&#233;chec final des &#171; classes nouvelles &#187; devant &#233;tendre aux 11-15 ans le b&#233;n&#233;fice de la p&#233;dagogie active soutenue par Jean Zay, font l'objet d'un examen attentif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette g&#233;n&#233;alogie de l'esprit p&#233;dagogique qui finira par affecter en profondeur notre syst&#232;me &#233;ducatif dans les ann&#233;es 1970-80 est compl&#233;t&#233;e, dans deux forts chapitres centraux (7 et 8), par une analyse pr&#233;cise de ce qui se joue &#224; cet &#233;gard dans les ann&#233;es 1960, marqu&#233;e par une forte mont&#233;e en puissance de l'exigence de changements, dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire et au-del&#224;. Prost s'attache &#224; souligner combien en ce sens mai 68 n'appara&#238;t en aucune fa&#231;on &#224; l'origine de la r&#233;novation p&#233;dagogique, mais bien davantage comme un &#233;pisode qui va&lt;br class='autobr' /&gt;
politiser, on pourrait dire sans doute surpolitiser, les d&#233;bats et les oppositions autour de la conduite des apprentissages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; 1968 rend la discussion id&#233;ologique. La politisation du d&#233;bat p&#233;dagogique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les le&#231;ons du pass&#233; selon Antoine Prost&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Antoine Prost constate &#224; diff&#233;rentes reprises que malgr&#233; les r&#233;formes successives &#171; le probl&#232;me des &#233;l&#232;ves qui ne peuvent pas suivre n'est pas r&#233;gl&#233; &#187; (ainsi p. 192). La source de cette difficult&#233; est imput&#233;e en 1985 &#224; &#171; la distance culturelle entre les savoirs scolaires, hier destin&#233;s aux classes sociales sup&#233;rieures, et le public plus d&#233;mocratique auquel ils sont aujourd'hui dispens&#233;s &#187;, distance qui aurait pour cons&#233;quence &#171; l'apparition chez certains &#233;l&#232;ves d'un refus nouveau de l'&#233;cole &#187; : celui-ci se manifeste par l'&#233;mergence du chahut anomique d&#233;crit dans les ann&#233;es 1960 par Jacques Testani&#232;re, et les difficult&#233;s qui s'ensuivent dans le fonctionnement des &#233;tablissements scolaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;loge des p&#233;dagogues, op. cit., pp. 32-34.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'explication est reprise en 2014, dans des termes identiques et en s'appuyant sur la m&#234;me r&#233;f&#233;rence &#224; l'ouvrage des journalistes Hamon et Rotman &lt;i&gt;Tant qu'il y aura des profs&lt;/i&gt; (1984), qui met l'accent sur les incivilit&#233;s et les formes de rejet des r&#232;gles du jeu scolaire dans les coll&#232;ges populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;cole n'arrive plus &#224; remplir ses missions c'est donc que les &#233;l&#232;ves ont chang&#233;, sans qu'elle-m&#234;me s'adapte &#224; ce changement, proc&#233;dant au contraire &#224; &#171; la g&#233;n&#233;ralisation d'une scolarit&#233; de premier cycle dont les contenus et les m&#233;thodes, inadapt&#233;s &#224; ce nouveau public, le mettent en difficult&#233;, voire en &#233;chec &#187; (p. 194).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien eu des tentatives d'adaptation : mais les efforts de r&#233;novation p&#233;dagogique, qui auraient pu d&#233;boucher sur la transformation des pratiques d'enseignement, ont successivement tourn&#233; court pour des raisons diverses, dont la permanence du &#171; lobby anti-p&#233;dagogue &#187; (p.272). Aussi bien le probl&#232;me pos&#233; est toujours en suspens. Il empire m&#234;me : dans un article du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; commentant les r&#233;sultats de la derni&#232;re enqu&#234;te PISA, &#171; Le niveau scolaire baisse, cette fois-ci c'est vrai &#187; (20-2-2013), l'historien lance un cri d'alarme. Soulignant combien &#171; il est urgent d'enrayer cette r&#233;gression &#187;, il observe qu'elle est ant&#233;rieure &#224; la semaine de 4 jours, dont on ne saurait &#171; soutenir qu'elle ait am&#233;lior&#233; les choses &#187;. Il lui para&#238;t essentiel de trouver &#171; les moyens de faire travailler plus efficacement les &#233;l&#232;ves &#187;, tout particuli&#232;rement dans le primaire, et &#171; c'est aux professeurs des &#233;coles et &#224; leurs inspecteurs qu'il revient d'y r&#233;fl&#233;chir collectivement &#187;. Et &lt;i&gt;Du changement dans l'&#233;cole&lt;/i&gt; se termine en reprenant l'appel &#224; d&#233;finir &#171; une fa&#231;on d'enseigner autrement, en laquelle je veux esp&#233;rer &#187; (p. 325).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faudrait-il, pour que cet appel ne reste pas un v&#339;u pieux &#8211; et une culpabilisation inutile des enseignants &#8211;, que l'analyse des r&#233;centes d&#233;cennies de notre syst&#232;me &#233;ducatif permette d'identifier les raisons pour lesquelles il ne parvient pas &#224; r&#233;sorber l'&#233;chec scolaire. Les propositions &#224; cet &#233;gard d'Antoine Prost paraissent un peu courtes. Attribuer l'&#233;chec chez les jeunes des classes populaires &#224; un rejet de l'&#233;cole qui serait lui-m&#234;me imputable &#224; leur distance culturelle aux savoirs scolaires est tr&#232;s loin d'aller de soi. Bien plut&#244;t qu'un a priori culturel, leur d&#233;samour de l'&#233;cole n'est-il pas d&#251; &#224; l'impossibilit&#233; &#233;prouv&#233;e de surmonter les difficult&#233;s des apprentissages ? Qui pourrait, quand on est en &#233;chec depuis le CP, continuer lorsqu'on arrive au coll&#232;ge &#224; adh&#233;rer suffisamment &#224; l'institution pour s'efforcer de r&#233;pondre &#224; ses attentes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les r&#233;formes de la p&#233;dagogie ont-elles eu lieu ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite des tentatives de r&#233;forme p&#233;dagogique amorc&#233;es sous le Front populaire, puis &#224; la Lib&#233;ration, et reprises dans les ann&#233;es 1960, en permettant d'assurer un autre accueil &#224; ces jeunes, aurait-elle permis de r&#233;soudre le probl&#232;me ? La chose semble &#233;vidente pour Antoine Prost. Pourtant on manque d'exp&#233;rience probante : celle des &#171; classes nouvelles &#187; (1946-1950), notamment, semble indiquer que si les &#233;l&#232;ves s'y trouvent bien, les r&#233;sultats proprement scolaires sont comparables &#224; ceux des classes traditionnelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du changement&#8230;, op. cit., pp. 55-58&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et surtout aucune argumentation r&#233;fl&#233;chie ne permet d'&#233;tablir en quoi les orientations p&#233;dagogiques des r&#233;novateurs seraient susceptibles de pr&#233;venir l'&#233;chec des apprentissages des jeunes d'origine populaire. Sans &#233;l&#233;ments d'analyse sur ce point, comment pr&#233;sumer de l'efficacit&#233; des p&#233;dagogies nouvelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience historique ne manque cependant pas, dont on pourrait tirer quelque enseignement. Les pratiques d'enseignement n'ont-elles pas profond&#233;ment &#233;volu&#233; depuis les ann&#233;es 1960, et pr&#233;cis&#233;ment dans le sens souhait&#233; par Antoine Prost ? Et quelles en ont &#233;t&#233; les cons&#233;quences ? Cette interrogation n'appara&#238;t nulle part dans l'ouvrage. Mieux, ce qui laisse quand m&#234;me tr&#232;s perplexe : l'auteur raisonne comme s'il n'y avait pas lieu de se poser la question, car rien de significatif n'aurait chang&#233; en r&#233;alit&#233;. De Jean Zay aux IUFM toutes les r&#233;formes p&#233;dagogiques auraient &#171; &#233;chou&#233; &#187;&#8230; aux enseignants maintenant de les faire advenir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien n'ignore certes pas les modifications de l'univers scolaire, il d&#233;crit &#171; la r&#233;forme sans bruit &#187; du primaire dans les ann&#233;es 1960/70, la mixit&#233;, l'organisation par &#226;ge en lieu et place des classes uniques, la profonde r&#233;novation de l'enseignement du fran&#231;ais, le tiers-temps p&#233;dagogique et les disciplines d'&#233;veil, la mont&#233;e du travail en groupe et de l'individualisation des t&#226;ches, la pr&#233;occupation croissante de la motivation des &#233;l&#232;ves en rupture avec les m&#233;thodes magistrales et collectives, puis l'extension des nouveaux principes au secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute ces transformations ne r&#233;pondent-elles que tr&#232;s partiellement &#224; la radicalit&#233; des propositions port&#233;es dans les ann&#233;es 1960/70 par J. S. Neill et I. Illich, dont Antoine Prost &#233;voque les ouvrages. Pour autant peut-on faire comme si elles &#233;taient non avenues ? Compteraient-elles pour si peu qu'il serait possible d'affirmer tranquillement que les r&#233;formes touchant aux fa&#231;ons d'enseigner &#171; ont &#233;chou&#233; &#187; ou ont &#171; tourn&#233; court &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L266xH189/Image_32-8-037b4.png?1790689104' width='266' height='189' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que cette posture est r&#233;currente chez des militants p&#233;dagogiques qui, confront&#233;s &#224; une dure r&#233;alit&#233; qu'il devient impossible d'ignorer, attribuent volontiers la permanence de l'&#233;chec scolaire, a fortiori son aggravation, &#224; une mise en &#339;uvre avort&#233;e ou insuffisante des principes pour lesquels ils se sont mobilis&#233;s. Les changements introduits dans l'&#233;ducation nationale depuis les ann&#233;es 1960 ne sont certes pas la transposition pure et simple des mod&#232;les port&#233;s par les mouvements p&#233;dagogiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand il arrive d'ailleurs que ce soit localement le cas, il s'av&#232;re, comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ils s'inspirent d'autant plus &#233;troitement de ces derniers que leurs militants ont &#233;t&#233; associ&#233;s de tr&#232;s pr&#232;s &#224; la conception des r&#233;formes : qu'on songe par exemple &#224; la part d&#233;terminante qu'ont prise le mouvement Freinet et le GFEN dans la conception et l'exp&#233;rimentation de la r&#233;forme cruciale du fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire. Les pr&#233;occupations qui, &#224; des degr&#233;s divers, animent ces mouvements : le constructivisme, la qu&#234;te obsessive de d&#233;tours p&#233;dagogiques concrets et ludiques, un enseignement du fran&#231;ais con&#231;u en termes de d&#233;veloppement des capacit&#233;s communicationnelles, etc. ont &#233;t&#233; au principe m&#234;me de la r&#233;novation p&#233;dagogique de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Mieux : l'orientation fondamentale de la r&#233;novation, qui associe l'accueil des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires &#224; l'exigence de dispositifs permettant d'&#233;viter une confrontation trop brutale &#224; l'abstraction des savoirs de la culture &#233;crite, est port&#233;e au premier chef par les militants p&#233;dagogiques, comme on le voit tr&#232;s clairement dans le cas de la r&#233;forme du fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Enseignement &#233;l&#233;mentaire, les le&#231;ons de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Personne ne peut faire aujourd'hui comme si ces r&#233;formes n'avaient pas eu lieu ou ne devaient rien aux p&#233;dagogies nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que ces r&#233;formes ont profond&#233;ment impr&#233;gn&#233; la culture professionnelle et les pratiques enseignantes. Comme un chercheur le notait r&#233;cemment, en s'inscrivant ainsi radicalement en faux contre la vision d'une r&#233;novation p&#233;dagogique avort&#233;e, celle-ci se r&#233;v&#232;le avec le recul, pour peu qu'on observe ce qui se joue effectivement dans les salles de classe, notamment dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, comme un grand succ&#232;s historique (assur&#233; entre autres par le relais des IUFM dont Antoine Prost se refuse l&#224; aussi &#224; reconna&#238;tre la port&#233;e)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Houssen Zakaria, Que font les ma&#238;tres ? Pour un bilan de la r&#233;forme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne prendre que cet exemple, &#224; vrai dire exemplaire : ce n'est &#233;videmment pas &#224; la m&#233;thode syllabique, devenue ultra minoritaire, qu'on peut imputer l'ampleur des &#233;checs en lecture et les 150 000 adolescents qui sortent chaque ann&#233;e de notre syst&#232;me &#233;ducatif &#171; en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187;. Comment d&#232;s lors se refuser, sauf beaucoup d'aveuglement volontaire, &#224; interroger ce que doit cette situation &#224; la r&#233;forme de l'apprentissage men&#233;e dans les ann&#233;es 1970/80 au nom, le paradoxe est cruel, du mot d'ordre : &#171; Lire, c'est comprendre &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on souhaite, comme Antoine Prost l'appelle de ses v&#339;ux, que les enseignants se mobilisent pour mettre en &#339;uvre de nouvelles fa&#231;ons d'enseigner, encore faudrait-il que les analyses propos&#233;es par les chercheurs donnent effectivement &#224; r&#233;fl&#233;chir les limites des pratiques actuelles. Et qu'ils r&#233;ussissent &#224; s'&#233;manciper, &#224; cette fin, de l'opposition r&#233;p&#233;titive des &#171; p&#233;dagogues &#187; et du &#171; lobby anti-p&#233;dagogue &#187; qui st&#233;rilise la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le transmettre et l'apprendre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'&#233;manciper de l'opposition entre la tradition et la modernit&#233; en mati&#232;re de p&#233;dagogie : c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que nous propose &lt;i&gt;Transmettre, apprendre&lt;/i&gt;, et c'est un bel appel d'air.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_233 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L115xH177/Image_37-7-554a9.png?1790689104' width='115' height='177' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est en prenant pour objet de r&#233;flexion cette opposition elle-m&#234;me, en la soumettant &#224; l'examen anthropologique et &#224; la critique philosophique, que les trois auteurs de l'ouvrage cherchent les voies de son d&#233;passement. La relation du transmettre &#224; l'apprendre est celle d'une p&#233;dagogie de l'imposition &#224; une p&#233;dagogie active. Le passage historique de l'une &#224; l'autre, &#171; r&#233;volution culturelle silencieuse &#187;, r&#233;sulte selon eux de la conjonction entre l'impact intellectuel du mod&#232;le de l'apprendre, qui plongerait ses racines dans la th&#233;orie de l'&#233;volution, et la mont&#233;e en puissance de l'individualisme social. Si cette r&#233;volution silencieuse leur para&#238;t irr&#233;versible, assurant &#171; le triomphe d&#233;finitif de l'apprendre &#187;, elle n'en r&#233;v&#232;le pas moins aujourd'hui ses limites, marqu&#233;es par un ample &#233;chec &#224; l'entr&#233;e des jeunes g&#233;n&#233;rations dans la culture &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La persistance de cet &#233;chec indique pour eux l'existence de failles dans la vision de l'apprendre mise en &#339;uvre. Elle interroge du m&#234;me coup la conception de la transmission en regard de laquelle s'est &#233;labor&#233; le mod&#232;le de l'apprendre : son principe aurait &#233;t&#233; confondu avec l'une de ses formes historiques, alors qu'il s'agit d'une &#171; donn&#233;e interhumaine ind&#233;passable &#187;. Car transmettre sans se pr&#233;occuper de l'apprendre est vain, mais apprendre hors d'un cadre r&#233;gl&#233; par la volont&#233; de transmettre l'est tout autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale de &lt;i&gt;Transmettre, apprendre&lt;/i&gt;, qui conjugue l'ambition du projet, la qualit&#233; de la r&#233;flexion et celle de l'expression. Les auteurs d&#233;noncent &#224; ce propos la maxime de Boileau, qui suspend la clart&#233; de l'&#233;nonciation au pr&#233;alable d'une conception pertinente : c'est bien plut&#244;t pour eux, &#224; tr&#232;s juste titre, &#171; le travail pour parvenir &#224; un &#233;nonc&#233; clair qui ouvre acc&#232;s &#224; une conception ferme &#187; (p. 201). Saluons donc le travail ici consenti, et l'accomplissement de l'ouvrage, dont les pr&#233;c&#233;dents avaient commenc&#233; de rassembler les pi&#232;ces&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi, Pour une philosophie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Triomphe de l'apprendre, r&#233;sistances de la transmission&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de l'apprendre survient au terme d'une longue transition d'une soci&#233;t&#233; de tradition &#224; une soci&#233;t&#233; de connaissance. Le compromis qui r&#233;gissait les apprentissages scolaires depuis Descartes entre transmission de la tradition et mobilisation de la raison a fait l'objet d'une critique montante au long du 20&#232;me si&#232;cle, inh&#233;rente &#224; l'influence croissante des p&#233;dagogies nouvelles. La publication et le succ&#232;s de l'ouvrage d'Ivan Illich, &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; sans &#233;cole&lt;/i&gt; (Seuil, 1971) marque l'aboutissement du processus. C'est &#171; un document id&#233;ologique de premier ordre sur le tournant &#187;, qui pousse &#224; son terme la logique de l'apprendre : radicalement critique de toute forme de transmission, l'ouvrage associe l'individualisation radicale de l'apprendre et sa d&#233;sinstitutionalisation tout aussi radicale au profit d'une nouvelle forme sociale id&#233;ale, le r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;but de prise de conscience des limites d'une conception purement individualiste-constructiviste de l'apprendre va cependant s'op&#233;rer d&#232;s les ann&#233;es 1980, s'agissant particuli&#232;rement des domaines de l'&#233;thique, de la citoyennet&#233;, du maniement du langage et de l'acquisition d'une expression ais&#233;e et de qualit&#233;, domaines o&#249; les apprentissages paraissaient &#224; l'exp&#233;rience pouvoir difficilement se passer de quelque chose de l'ordre de la transmission. Qui plus est celle-ci continuait &#224; r&#233;gir, hors l'&#233;cole, deux lieux essentiels pour les apprentissages : la famille et le groupe des pairs. C'est, au total, &#171; un incompressible de la transmission &#187; qui s'av&#233;rait ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exigence de la transmission interg&#233;n&#233;rationnelle est de fait un propre de toute soci&#233;t&#233; humaine. Elle est rendue possible par la disposition et l'usage des &#171; outils symboliques que sont la langue, l'&#233;criture et les objets technique &#187; ; et elle est fond&#233;e en n&#233;cessit&#233; par l'historicit&#233; de l'humain, le transfert des acquis d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre &#233;tant la condition de la survie du groupe dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille reste aujourd'hui un lieu privil&#233;gi&#233; d'observation de son exercice, qu'il s'agisse des transmissions d'ordre psychique, moral, cognitif : ce qui est d&#233;volu au groupe des pairs &#233;tant inversement proportionnel &#224; l'effectivit&#233; de ce qui se joue dans la famille. La transmission est &#233;galement bien vivante dans l'apprentissage des m&#233;tiers et la formation des chercheurs, domin&#233;s par la relation entre ma&#238;tres et disciples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les th&#233;ories de l'apprendre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des apports originaux de &lt;i&gt;Transmettre, apprendre&lt;/i&gt; r&#233;side sans doute dans l'&#233;laboration d'une g&#233;n&#233;alogie fouill&#233;e du constructivisme p&#233;dagogique. C'est dans la th&#233;orie de l'&#233;volution, via le principe de la r&#233;capitulation de la phylogen&#232;se par l'ontogen&#232;se, que plongerait ses racines la conception d'une &#233;ducation qui doit reparcourir les &#233;tapes de la production des outils et des savoirs qui ont fait l'humanit&#233;, en mobilisant comme dans l'exp&#233;rience initiale l'exp&#233;rimentation, l'inf&#233;rence, l'induction : d'une p&#233;dagogie donc qui doit mettre l'enfant en situation de r&#233;solution de probl&#232;mes et de construction de ses savoirs, et dont on retrouve l'influence chez Spencer, Dewey, Piaget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fil de cette int&#233;r&#234;t historiographique pour la gen&#232;se des id&#233;es p&#233;dagogiques, l'ouvrage s'int&#233;resse longuement aux rapports entre Piaget et Vygotski, qui repr&#233;senterait le grand d&#233;bat du 20&#232;me si&#232;cle sur l'apprendre. &#192; l'encontre des lectures de ces auteurs qui tendent &#224; r&#233;duire leurs diff&#233;rends et cherchent une synth&#232;se &#171; socio-constructiviste &#187; entre la perspective g&#233;n&#233;tique constructiviste du premier et le souci du second d'ancrer le d&#233;veloppement de l'enfant dans la culture, &lt;i&gt;Transmettre, apprendre&lt;/i&gt; pr&#233;f&#232;re marquer leurs oppositions et souligne l'importance de la critique de Piaget par Vygotski : posture coh&#233;rente des auteurs, puisque le second d&#233;fend et argumente fortement la dimension n&#233;cessairement transmissive de tout apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que dire de l'apprendre aujourd'hui ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de s'en tenir au constat d'un &#171; reste &#187; irr&#233;pressible de la transmission, et d'en rappeler l'exigence anthropologique, les auteurs de &lt;i&gt;Transmettre, apprendre&lt;/i&gt; en viennent &#224; interroger l'apprendre lui-m&#234;me, en se demandant ce qui, dans sa logique, est porteur de l'exigence de transmission&#8230; mais reste m&#233;connu de ses tenants : &#171; Le probl&#232;me le plus profond de l'&#233;cole d'aujourd'hui est qu'elle ne sait plus ce veut dire apprendre &#187; (p. 187).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apprendre, c'est d'abord apprendre l'usage du langage et de ce que le langage a permis comme d&#233;veloppement d'une culture et de soci&#233;t&#233; &#224; partir du moment o&#249; il est devenu langage &#233;crit &#187; (p. 191). Lire, &#233;crire, compter : ces activit&#233;s intellectuelles, en lesquelles se r&#233;sument les contenus scolaires, n'ont rien d'&#233;l&#233;mentaire car elles impliquent &#224; chaque fois, &#171; au-del&#224; de la simple comp&#233;tence technique, d'acc&#233;der &#224; un univers artificiel de la r&#233;flexion et de l'abstraction &#187; (p. 203). On ne saurait gommer la difficult&#233; intrins&#232;que de leur apprentissage, qui rend indispensable la m&#233;diation d'autrui et requiert la transmission. En ignorant &#171; &#224; quel point il est difficile d'apprendre (&#8230;) la r&#233;flexion p&#233;dagogique du 20&#232;me si&#232;cle nous a fourvoy&#233;s &#187;, guid&#233;e qu'elle a &#233;t&#233; &#171; de part en part par la recherche d'une mani&#232;re d'apprendre qui serait facile, parce que &#171; naturelle &#187; &#187; (p. 204).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_234 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L123xH146/Image_41-41b92.png?1790689104' width='123' height='146' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage se termine par une r&#233;flexion nourrie sur ce qu'il en est d'apprendre &#224; l'heure d'internet, examinant non sans quelque courage intellectuel diff&#233;rentes facettes de cette question si d&#233;battue et en m&#234;me temps si peu r&#233;ellement explor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand bouleversement informatique d&#233;veloppe des habitudes d'instantan&#233;it&#233; qui remettent en cause les institutions de transmission. Dans ce contexte, porteur d'autant d'illusions que de promesses, les auteurs rappellent, loin de se laisser subjuguer &#224; leur tour par les prouesses de la fameuse &#171; petite poucette &#187;, que l'informatique n'enl&#232;ve rien au fait qu'apprendre repr&#233;sente toujours un travail. &#171; Le support de l'&#233;cran n'y changera pas grand-chose &#187; : l'&#233;cole se doit donc d'assumer la diff&#233;rence de ses normes et de ses valeurs (p. 224). Il s'av&#232;re &#224; cet &#233;gard impossible pour elle, &#171; au risque de se d&#233;truire, d'&#234;tre compl&#233;tement en phase avec le contemporain (&#8230;) L'institution scolaire est dans une tout autre temporalit&#233;, faite de rapport au pass&#233;, d'anticipation raisonn&#233;e du futur, et de lenteur dans l'acquisition des savoirs &#187; (226).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers un quatri&#232;me ouvrage ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Transmettre, apprendre&lt;/i&gt; se d&#233;marque avec bonheur de toute redite du combat des anciens et des modernes o&#249; tant d'autres continuent de s'enliser paresseusement. Le GRDS y retrouve son propre souci d'explorer de nouvelles voies, hors des limites d&#233;sormais bien av&#233;r&#233;es tant des formes de transmission pratiqu&#233;e sous la Troisi&#232;me R&#233;publique que de la r&#233;novation p&#233;dagogique r&#233;alis&#233;e sous la Cinqui&#232;me. Nous nous reconnaissons &#233;galement dans l'identification entre scolarisation et entr&#233;e dans la culture &#233;crite et r&#233;flexive, dans la critique du biologisme piag&#233;tien, dans le rappel conjoint d'une difficult&#233; d'apprendre qui exige la m&#233;diation de passeurs &#8211; il n'est pas d'apprentissage efficace en ce domaine qui puisse se passer de transmission &#8211; ; dans l'estimation cons&#233;quente du caract&#232;re inappropri&#233; de toute d&#233;marche p&#233;dagogique qui fait son principe de la facilit&#233; d'apprendre ; comme dans le refus d'imaginer que la technologie informatique (&#224; l'&#233;gal de tout autre forme d' &#171; ouverture sur la vie &#187;) va r&#233;gler la question des apprentissages : car conna&#238;tre, comme nous le notions &#224; propos du d&#233;bat entre savoir et comp&#233;tence, est autre chose que s'informer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Pierre Terrail, La culture commune et la question des comp&#233;tences, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait peut-&#234;tre regretter le caract&#232;re un peu unilat&#233;ral, ici comme dans les travaux de Jean-Pierre Astolfi, de l'insistance sur la difficult&#233; d'apprendre. Car c'est aussi de la r&#233;f&#233;rence &#224; cette difficult&#233; que s'alimentent tant le discours des p&#233;dagogies douces, qui souhaitent en &#233;pargner l'&#233;preuve aux enfants des classes populaires, que les conceptions &#233;litistes de l'&#233;ducation, qui les jugent incapables de les affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'un acc&#232;s large &#224; la culture &#233;crite ne peut s'argumenter que de la reconnaissance d'une part de ce que Joseph Jacotot appelait &#171; l'&#233;galit&#233; des intelligences &#187; ; et de la mise en avant d'autre part de ce que le m&#234;me Astolfi d&#233;signait comme l'exigence d'une &#171; &#233;l&#233;mentation des savoirs &#187;, qui est une fa&#231;on d'affronter, et non de contourner ou de m&#233;conna&#238;tre, la difficult&#233; d'apprendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je r&#233;f&#232;re ici &#224; mes travaux, Entrer dans la culture &#233;crite. Tous capables ?, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la r&#233;ussite de cette &#233;tape majeure de leur parcours r&#233;flexif, on ne peut que souhaiter donc que les auteurs mettent en chantier un quatri&#232;me ouvrage m&#233;ditant les formes de la transmission ad&#233;quates tant &#224; la difficult&#233; d'apprendre qu'aux bouleversements du monde d'aujourd'hui !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Prost, &lt;i&gt;Du changement dans l'&#233;cole. Les r&#233;formes de l'&#233;ducation de 1936 &#224; nos jours&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 2013 ; et Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi, &lt;i&gt;Transmettre, apprendre&lt;/i&gt;, Stock, Paris, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Prost, &lt;i&gt;&#201;loge des p&#233;dagogues&lt;/i&gt;, Points-Seuil, 1985, pp. 27-32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple &lt;i&gt;Du changement dans l'&#233;cole&lt;/i&gt;, op. cit., note 27 p. 347.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; 1968 rend la discussion id&#233;ologique. La politisation du d&#233;bat p&#233;dagogique surcharge toute question professionnelle, les m&#233;thodes de lecture, la dict&#233;e, la dissertation, etc., d'enjeux politiques sur lesquels l'accord est impossible &#187;, &lt;i&gt;Du changement dans l'&#233;cole&lt;/i&gt;, op. cit., p. 164&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;loge des p&#233;dagogues&lt;/i&gt;, op. cit., pp. 32-34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Du changement&lt;/i&gt;&#8230;, op. cit., pp. 55-58&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand il arrive d'ailleurs que ce soit localement le cas, il s'av&#232;re, comme dans l'exp&#233;rimentation des classes nouvelles, que les &#233;l&#232;ves s'en trouvent plut&#244;t bien, sans que les effets en mati&#232;re de transmission efficace des savoirs soient toujours manifestes (voir par exemple, sur l'exp&#233;rience d'une &#233;cole Freinet dans la banlieue de Lille, le &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article21' class=&#034;spip_in&#034;&gt;compte-rendu d'un ouvrage d'Yves Reuter&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article133' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Enseignement &#233;l&#233;mentaire, les le&#231;ons de l'exp&#233;rience&lt;/a&gt;, 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Houssen Zakaria, &lt;i&gt;Que font les ma&#238;tres ? Pour un bilan de la r&#233;forme p&#233;dagogique &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi, &lt;i&gt;Pour une philosophie politique de l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, Bayard, Paris, 2002 ; et &lt;i&gt;Conditions de l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, Stock, Paris, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Pierre Terrail, &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article145' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La culture commune et la question des comp&#233;tences&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je r&#233;f&#232;re ici &#224; mes travaux, &lt;i&gt;Entrer dans la culture &#233;crite. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013 ; et &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article142' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;L'&#233;cole et les savoirs. &#192; propos d'un ouvrage d'Astolfi&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Les programmes de fran&#231;ais : de la stabilit&#233; au soup&#231;on. 1 - Jusqu'en 1970 </title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article167</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article167</guid>
		<dc:date>2014-03-27T17:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Agn&#232;s Joste et Philippe Le Qu&#233;r&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>enseignement du fran&#231;ais</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les soixante derni&#232;res ann&#233;es ont vu l'enseignement du fran&#231;ais consid&#233;rablement boulevers&#233; : d'une relative stabilit&#233; depuis l'instauration de l'&#233;cole obligatoire &#224; la fin du XIX&#232;me si&#232;cle jusqu'aux ann&#233;es 1960, il a depuis &#233;t&#233; travers&#233; par de profondes remises en cause disciplinaires, p&#233;dagogiques, id&#233;ologiques et politiques qui n'ont pas trouv&#233; leur issue. En particulier, l'allongement de la scolarit&#233; obligatoire et l'acc&#232;s d&#233;mocratique de tous les &#233;l&#232;ves au second degr&#233; n'ont pas &#233;t&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Histoire des disciplines&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot64" rel="tag"&gt;enseignement du fran&#231;ais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L121xH150/arton167-deedf.png?1790692830' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les soixante derni&#232;res ann&#233;es ont vu l'enseignement du fran&#231;ais consid&#233;rablement boulevers&#233; : d'une relative stabilit&#233; depuis l'instauration de l'&#233;cole obligatoire &#224; la fin du XIX&#232;me si&#232;cle jusqu'aux ann&#233;es 1960, il a depuis &#233;t&#233; travers&#233; par de profondes remises en cause disciplinaires, p&#233;dagogiques, id&#233;ologiques et politiques qui n'ont pas trouv&#233; leur issue. En particulier, l'allongement de la scolarit&#233; obligatoire et l'acc&#232;s d&#233;mocratique de tous les &#233;l&#232;ves au second degr&#233; n'ont pas &#233;t&#233; assum&#233;s : la r&#233;ponse disciplinaire n'a pas &#233;t&#233; assez pens&#233;e, d&#233;battue ni explicit&#233;e, la r&#233;ponse institutionnelle s'est born&#233;e au report des apprentissages pr&#233;coces et &#224; la r&#233;duction des contenus, la r&#233;ponse &#233;conomique a &#233;t&#233; purement comptable, avec la baisse des horaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;l&#233;vation du niveau de formation de la population fran&#231;aise depuis un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Associ&#233;es au cours des ann&#233;es 70-80 &#224; une remise en cause p&#233;dagogique coupl&#233;e &#224; un mouvement de contestation du savoir, ces r&#233;ponses insuffisamment m&#251;ries ont eu des effets pervers : actuellement, 40 % des &#233;l&#232;ves sortant de l'&#233;cole primaire ont un niveau fragile ou inqui&#233;tant, 15 % des &#233;l&#232;ves de coll&#232;ge sont en tr&#232;s grande difficult&#233; et 60 % d'entre eux ont une r&#233;ussite moyenne qui ne les met pas en &#233;tat assur&#233; de poursuivre des &#233;tudes, la moiti&#233; des entrants en Seconde de lyc&#233;e ne ma&#238;trise pas l'orthographe grammaticale. Pire, et alors que l'analyse des causes se fait de plus en plus fine, ces chiffres d'&#233;chec vont croissant : en vingt ans, la perte de niveau atteint deux ans ; le coll&#233;gien de 5e de 2007, par exemple et parmi les mesures objectivables moyennant une m&#233;thode stricte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Bulle, dans L'&#201;cole et son double (Hermann, 2009, p. 211 et sq.) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a le niveau d'orthographe grammaticale d'un &#233;colier de CM2 de 1987&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note 08-38 de la DEPP, d&#233;cembre 2008. Orthographe : le niveau des &#233;coliers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'enqu&#234;te internationale Pisa de 2009 insiste sur la baisse du niveau en lecture et les difficult&#233;s d'argumentation des coll&#233;giens de 15 ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le niveau scolaire baisse, cette fois c'est vrai, Antoine Prost, Le Monde du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les universit&#233;s imposent des remises &#224; niveau de syntaxe et d'expression, certains professionnels, faute de ma&#238;triser l'&#233;crit, ne peuvent plus r&#233;diger eux-m&#234;mes leurs rapports&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'illettrisme des cadres : un ph&#233;nom&#232;ne m&#233;connu et tabou, Le Monde du 16 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord mis sous le boisseau (plusieurs statistiques de la DEPP, organe minist&#233;riel de mesure de l'&#201;ducation nationale cr&#233;&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 80, ont &#233;t&#233; publi&#233;es avec retard), ces chiffres de l'&#233;chec scolaire ont &#233;t&#233; au fil du temps reconnus par tous et corrobor&#233;s par des enqu&#234;tes internationales, mais utilis&#233;s &#224; des fins oppos&#233;es, les uns y voyant le r&#233;sultat du manque croissant d'exigence et d'organisation des programmes, les autres l'effet de m&#233;thodes d&#233;su&#232;tes et l'insuffisance d'application de r&#233;formes permettant &#224; l'&#233;l&#232;ve &#171; d'acqu&#233;rir un savoir [...] par sa propre activit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Loi d'orientation sur l'&#233;ducation, Rapport annex&#233; (BO 4, 31 ao&#251;t 1989).&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude des programmes et instructions officiels illustre cet &#233;tat de fait et le d&#233;bat qui l'accompagne : leurs pr&#233;conisations de contenus et de m&#233;thode, ainsi que les horaires pr&#233;vus, dessinent la silhouette de cet &#233;chec qui s'affirme avec le temps et est devenu &#224; la fois chronique et g&#233;n&#233;rateur de sa propre permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat des lieux ici suit la chronologie : il est en effet difficile de ne pas tenir compte des bases parfois anciennes mais longtemps mod&#233;lisantes de la discipline, et de s&#233;parer les variations de programmes et d'horaires des d&#233;bats d'id&#233;es qui les ont instaur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Les programmes ant&#233;rieurs &#224; 1970&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) &lt;i&gt;L'&#233;cole primaire&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes qui la r&#233;gissent, dat&#233;s de 1882, 1887, 1923, 1938, 1945, 1950 et 1960, qui seront en vigueur jusqu'en 1972, font montre d'une remarquable continuit&#233;, se reprenant d'ailleurs mutuellement. D&#232;s 1882, la volont&#233; de d&#233;limiter les connaissances pour augmenter leur solidit&#233; est affirm&#233;e, et sera r&#233;p&#233;t&#233;e ensuite : &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;al de l'&#233;cole primaire n'est pas d'enseigner beaucoup, mais de bien enseigner. L'enfant qui en sort sait peu, mais sait bien ; l'instruction qu'il a re&#231;ue est restreinte, mais elle n'est pas superficielle. [...] L'objet de l'enseignement primaire n'est pas d'embrasser sur les diverses mati&#232;res auxquelles il touche tout qu'il est possible de savoir, mais de bien apprendre dans chacune d'elles ce qu'il n'est pas permis d'ignore&lt;/i&gt;r &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1.1 Le cas de la lecture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alphab&#233;tisation g&#233;n&#233;rale, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, est devenue une urgence &#224; la fois &#233;conomique, sociale (l'opinion est gagn&#233;e aux bienfaits de l'instruction), et politique (les &#233;lus sont traumatis&#233;s par la d&#233;faite de 1870, imput&#233;e &#224; l'ignorance du peuple et au manque d'esprit national)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Antoine Prost, L'Enseignement en France, 1800-1967, Armand Colin (1968).&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'acc&#232;s &#224; la lecture et &#224; des livres &#233;difiants capables d'instaurer une &#233;ducation morale et une conscience civique doit &#234;tre rapide. D&#232;s l'instauration de l'instruction publique en 1882, l'importance de la lecture dans la journ&#233;e de classe est soulign&#233;e : &#171; &lt;i&gt;L'enseignement du fran&#231;ais (exercices de lecture, lectures expliqu&#233;es, le&#231;ons de grammaire, exercices orthographiques, dict&#233;es, analyses, r&#233;citations, exercices de composition, etc.) occupera tous les jours environ deux heures.&lt;/i&gt; &#187;. Les instructions de 1923 le r&#233;p&#233;teront &#224; propos du CP : &#171; &lt;i&gt; l'enseignement essentiel &#224; cet &#226;ge, c'est la lecture ; le cours pr&#233;paratoire est, avant tout, un cours de lecture.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tous les programmes de cette &#233;poque admettent que le m&#233;canisme de d&#233;chiffrage doit &#234;tre rapidement domin&#233;, dans les premiers mois de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire (trois mois dans les textes de 1923), s'inscrivant ainsi en faux contre les apprentissages laborieux ant&#233;rieurs effectu&#233;s sur du latin et fix&#233;s &#224; trois ou quatre ans jusqu'en 1800 et apr&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apprentissage de la lecture, m&#233;thodes et manuels, Tome 1,p. 71-74, Luc (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ils insistent sur le temps et les ann&#233;es n&#233;cessaires &#224; l'acquisition v&#233;ritable de la lecture. Pour eux, elle se fait tout au long de l'&#233;cole primaire. En 1887, chacun des trois niveaux d'acquisition (lecture courante avec explication des mots, lecture courante avec explications, lecture expressive) prend deux ans. En 1923, cette dur&#233;e est r&#233;duite : &#171; &lt;i&gt;C'est d&#232;s le d&#233;but du cours moyen, &#224; neuf ans, que l'&#233;colier doit lire avec expression.&lt;/i&gt; &#187;, mais reste importante : jamais l'acquisition de la v&#233;ritable lecture courante n'est consid&#233;r&#233;e comme un apprentissage anodin ni facile, et les modalit&#233;s d'exercices de lecture sont d&#233;crites de fa&#231;on d&#233;taill&#233;e. Le pragmatisme est de r&#232;gle : &#171; &lt;i&gt;Nous ne pr&#233;conisons aucune m&#233;thode : la meilleure sera celle qui donnera les r&#233;sultats les plus rapides et les plus solides. Entre la m&#233;thode d'&#233;pellation et la m&#233;thode syllabique ou la m&#233;thode globale, nous ne faisons aucun choix ; des exp&#233;riences se poursuivent qui d&#233;cideront. Toutefois, les proc&#233;d&#233;s qui nous paraissent devoir l'emporter sont ceux qui am&#232;nent l'enfant &#224; s'int&#233;resser &#224; cette t&#226;che ingrate qui consiste &#224; associer des sons et des formes sans rapport apparent. Par suite, ceux qui font appel &#224; son besoin de mouvement ont les plus grandes chances d'&#234;tre f&#233;conds. Et telle est probablement la raison du succ&#232;s de la m&#233;thode phonomimique, malgr&#233; sa bizarrerie. L'essentiel est que l'enfant prenne plaisir &#224; cet apprentissage difficile.&lt;/i&gt; &#187; Mais en 1938 et 45, donc jusqu'en 1960, le texte officiel pr&#233;cise que &#171; &lt;i&gt;la &#8220;lecture courante&#8221; n'est pas encore compl&#232;tement acquise &#224; dix ans par la moyenne des &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1969, il sera fix&#233; par les textes officiels qu'au CP la lecture doit occuper les deux heures quotidiennes fix&#233;es en 1882 pour tout le primaire, soit dix heures par semaine, la totalit&#233; de l'enseignement du fran&#231;ais occupant en CP quinze heures hebdomadaires, soit 50% du temps scolaire (la semaine de primaire a une dur&#233;e de trente heures &#224; cette &#233;poque). &lt;br class='autobr' /&gt;
La circulaire minist&#233;rielle de 1960 faisant suite &#224; l'instauration de la prolongation de la scolarit&#233; jusqu'&#224; seize ans (r&#233;forme Berthoin de 1959), loin de repousser les objectifs du primaire vers l'aval, insiste au contraire sur la solidit&#233; des savoirs &#233;l&#233;mentaires, et appelle les instituteurs &#224; la plus grande vigilance : &lt;i&gt;&#171; &lt;i&gt;Il appara&#238;t donc avec nettet&#233; que le r&#244;le essentiel des ma&#238;tres des classes &#233;l&#233;mentaires est maintenant plus encore que par le pass&#233; d'&#233;tablir les fondations solides et durables de tout l'&#233;difice scolaire. Cette n&#233;cessit&#233; s'impose notamment dans les disciplines fondamentales : lecture, grammaire, orthographe, r&#233;daction et calcul.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode recommand&#233;e dans ce m&#234;me texte est pragmatique, insistant sur les exercices d'application plus que sur la r&#233;citation du cours, et mettant en garde contre la diminution des horaires r&#233;glementaires du fran&#231;ais et des math&#233;matiques au profit d'apprentissages autres d'histoire, g&#233;ographie ou sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1.2 L'&#233;tude de la langue.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, les notions de grammaire &#224; acqu&#233;rir sont rest&#233;es relativement stables. Tr&#232;s peu d&#233;taill&#233;s jusqu'en 1950, les textes officiels s'en tiennent &#224; une description succincte des connaissances &#224; enseigner. &#192; titre d'exemple, les instructions de 1923 indiquent pour les deux ann&#233;es de cours moyen : &#171; &lt;i&gt;Grammaire. - Diverses esp&#232;ces de mots. Conjugaison des verbes (forme active, forme passive, forme pronominale). R&#232;gles g&#233;n&#233;rales du participe pass&#233;. Pr&#233;positions et adverbes. Conjonctions et interjections. Compl&#233;ments du nom. Les propositions. La phrase. Exercices d'analyse.&lt;/i&gt; &#187; En 1945, les instructions se font plus pr&#233;cises, sur la conjugaison par exemple qui introduit pour les deux ann&#233;es de CE une liste de verbes &#224; savoir conjuguer : &#171; &lt;i&gt;Exercices oraux et &#233;crits sur la conjugaison du verbe avoir, du verbe &#234;tre, d'un verbe type du premier et du deuxi&#232;me groupes, des verbes aller et venir, et limit&#233;s aux temps usuels de l'indicatif.&lt;/i&gt; &#187; Les exercices varient peu : exercices grammaticaux d'application des r&#232;gles, dict&#233;es, r&#233;dactions succinctes. L'&#171; &lt;i&gt;analyse logique&lt;/i&gt; &#187;, qui couronne l'apprentissage de la grammaire, n'intervient que dans le Cours sup&#233;rieur. Les instructions de 1950&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; enfin, tr&#232;s pr&#233;cises, fixent avec minutie les contenus, en distinguant entre elles, pour la premi&#232;re fois, les ann&#233;es &#233;l&#233;mentaires et de cours moyen, et marquent un tournant : elles donnent une image exacte de l'enseignement du fran&#231;ais en primaire pour les vingt ann&#233;es qui suivent. La connaissance de la morphologie verbale s'y &#233;tend jusqu'au conditionnel et au subjonctif, celle de la syntaxe jusqu'&#224; la ma&#238;trise de quatre propositions, &#233;tant entendu que la relative et la conjonctive &#233;taient acquises d&#232;s le CM1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1.3 L'esprit des m&#233;thodes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1866, le ministre Victor Duruy plaide pour des m&#233;thodes actives, notamment en grammaire, &#171; objet d'effroi &#187; pour les &#233;l&#232;ves. La formation des ma&#238;tres est mise en cause : &#171; &lt;i&gt;C'est [...] de l'&#233;cole normale qu'il faut chasser cette scolastique grammaticale qui se compla&#238;t dans les th&#233;ories subtiles et s'amuse &#224; des curiosit&#233;s bonnes pour occuper les loisirs des lettr&#233;s. &#187;, &#171; il est certain qu'il ne faudrait pas six ann&#233;es pour parcourir le programme de l'enseignement primaire, si cet enseignement &#233;tait donn&#233; avec la parfaite connaissance des besoins intellectuels des enfants.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soulign&#233; dans le texte original.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Ferry en 1882 insiste lui aussi sur les m&#233;thodes actives : &#171; &lt;i&gt;La seule m&#233;thode qui convienne &#224; l'enseignement primaire est celle qui fait intervenir tour &#224; tour le ma&#238;tre et les &#233;l&#232;ves, qui entretient pour ainsi dire entre eux et lui un continuel &#233;change d'id&#233;es sous des formes vari&#233;es, souples et ing&#233;nieusement gradu&#233;es. Le ma&#238;tre part toujours de ce que les enfants savent, et, proc&#233;dant du connu &#224; l'inconnu, du facile au difficile, il les conduit, par l'encha&#238;nement des questions orales ou des devoirs &#233;crits, &#224; d&#233;couvrir les cons&#233;quences d'un principe, les applications d'une r&#232;gle, ou inversement les principes et les r&#232;gles qu'ils ont d&#233;j&#224; inconsciemment appliqu&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les textes officiels ne sont pas appliqu&#233;s, les programmes connaissent des &#171; excroissances &#187; locales : les instructions de 1923 fixent pour la premi&#232;re fois un emploi du temps hebdomadaire et rappellent &#224; l'observance des programmes, &#171; &lt;i&gt;trahis [...] par leurs interpr&#232;tes&lt;/i&gt;. &#187; Les manuels sont accus&#233;s eux aussi de surench&#232;re. Par r&#233;action, les instructions officielles de 1945 et 1950 sont extr&#234;mement pr&#233;cises. Mais en 1960 encore, on d&#233;plore la diminution arbitraire, ici ou l&#224;, des horaires de fran&#231;ais et math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces rappels &#224; l'ordre montrent qu'il est difficile de se faire une id&#233;e exacte des pratiques mises en &#339;uvre par les instituteurs. Mais les pr&#233;conisations de 1945 montrent que la r&#233;flexion p&#233;dagogique progresse au del&#224; des m&#233;canismes et de l'activit&#233; &#233;voqu&#233;s ant&#233;rieurement : &#171; &lt;i&gt;c'est par des signes ext&#233;rieurs, les seuls que les enfants puissent reconna&#238;tre s&#251;rement, que le ma&#238;tre, par n&#233;cessit&#233; p&#233;dagogique, d&#233;finira les notions grammaticales ; mais il peut choisir ces signes ext&#233;rieurs et monter dans l'esprit des &#233;l&#232;ves les m&#233;canismes corrects, de telle fa&#231;on que la r&#233;flexion scientifique, quand elle pourra s'exercer, n'ait qu'&#224; suivre l'ordre m&#234;me du m&#233;canisme pour, en quelque sorte, se retrouver elle-m&#234;me.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. &lt;i&gt;L'enseignement secondaire avant 1970&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_164 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L251xH145/Image_30-3-f4c49.png?1790689103' width='251' height='145' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'organisation actuelle des &#233;tablissements, distincts selon qu'ils sont de premier (coll&#232;ges) ou de second (lyc&#233;e) cycles, date de la cr&#233;ation des coll&#232;ges d'enseignement secondaire (CES), dont la p&#233;riode d'implantation s'est &#233;tendue de 1959 &#224; 1967. Pour conna&#238;tre les programmes du premier cycle des ann&#233;es 1950, il faut donc un instant se pencher sur les instructions pour le lyc&#233;e, qui f&#233;d&#233;rait les classes des deux cycles, de la 6e &#224; la terminale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2.1 Le premier cycle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du premier cycle du secondaire est complexe. L'&#233;cole primaire est longtemps en France le seul horizon scolaire de la majorit&#233; de la population. Au-del&#224;, cohabitent deux syst&#232;mes de premier cycle jusqu'en 1959 : d'une part celui du lyc&#233;e, faisant se succ&#233;der sans rupture, dans un m&#234;me &#233;tablissement, les deux cycles, de la sixi&#232;me &#224; la terminale (apr&#232;s parfois m&#234;me un &#171; petit lyc&#233;e &#187; correspondant aux classes primaires de la &#171; onzi&#232;me &#224; la septi&#232;me &#187;, c'est-&#224;-dire du CP au CM2) ; d'autre part le seul premier cycle du &#171; cours compl&#233;mentaire &#187; - sur le mod&#232;le de l'ancien &#171; enseignement primaire sup&#233;rieur &#187; supprim&#233; en 1941 et parall&#232;le &#224; l' &#171; enseignement secondaire sp&#233;cial &#187; de Victor Duruy (1865) -, qui fut align&#233; sur les programmes du premier cycle des lyc&#233;es (sans le latin et avec une seule langue vivante) par Jean Zay en 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les programmes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'instauration de l'enseignement du fran&#231;ais : la question du latin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin du XIXe si&#232;cle, il n'existe pas de programmes de fran&#231;ais pour le secondaire masculin. Certes, le fran&#231;ais est quotidiennement et officieusement utilis&#233; en classe en histoire, en g&#233;ographie, pour l'imitation de quelques &#233;crivains classiques, pour des exercices de version, de comptes rendus ou de r&#233;sum&#233;s ; et l'enseignement f&#233;minin des pensionnats, assimil&#233; &#224; un art d'agr&#233;ment, se pratique exclusivement en fran&#231;ais depuis sa cr&#233;ation. Mais la mati&#232;re elle-m&#234;me, consid&#233;r&#233;e comme un avatar du latin, ne fait pas encore partie officiellement, pour les gar&#231;ons, de l'enseignement du lyc&#233;e ni des &#233;preuves d'examen, et la pol&#233;mique r&#232;gne autour de son introduction : &#224; partir de 1870 et parce que la d&#233;faite de 1871 est imput&#233;e &#224; un enseignement r&#233;trograde qui n'&#233;veille pas les esprits, le minist&#232;re cherche &#224; marginaliser progressivement l'enseignement du latin, majoritaire dans l'horaire des &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1880, le latin occupait 10 des 24 heures de cours des gar&#231;ons &#233;l&#232;ves de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au profit de celui du fran&#231;ais, mais se trouve sous le feu de la critique de l'&#201;glise puis de &#171; l'ordre moral &#187;. En 1880, Jules Ferry tranche, fait remplacer le discours latin du baccalaur&#233;at par une composition fran&#231;aise sur programme litt&#233;raire, et impose le fran&#231;ais par de nouveaux exercices sur programmes ; le fran&#231;ais acquiert ainsi un droit de cit&#233;, encore mineur, au lyc&#233;e de l'&#233;poque, et le latin qui se commen&#231;ait en 8e de lyc&#233;e (le CM1) est repouss&#233; en 6e. En 1902, une r&#233;forme des lyc&#233;es cr&#233;e dans les deux cycles une section B sans latin, ce qui consacre et institue la place du fran&#231;ais dans le cursus secondaire, et elle ouvre le programme de lectures des &#233;l&#232;ves de B aux litt&#233;ratures &#233;trang&#232;res. L'institution aura &#224; c&#339;ur de pr&#233;server la qualit&#233; des &#233;tudes en B : d&#232;s 1902 le fran&#231;ais y est renforc&#233;, en exercices divers de r&#233;daction et d'expression, et les textes de 1925 et 1938 fixent tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment des horaires de fran&#231;ais g&#233;n&#233;reux et des contenus ambitieux pour les &#233;l&#232;ves sans latin, qu'ils soient en lyc&#233;e ou en &#201;cole primaire sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le programme d'auteurs : l'imp&#233;rialisme du classicisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de 1880 et 1890 donnent pour le premier cycle une liste d'&#339;uvres essentiellement classiques : le XVIe et le XVIIIe sont laiss&#233;s de c&#244;t&#233;, le XIXe ne concerne que les classes de 3e. En 1902 l'amplitude chronologique s'&#233;tend au Moyen-&#194;ge en 6e et 5e, et aux Romantiques du XIXe en 3e (cf. tableaux pages suivantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mareuil Andr&#233;, &#034;Les programmes de fran&#231;ais dans l'enseignement du second (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ; les &#233;l&#232;ves de 3e re&#231;oivent un &#171; pr&#233;cis d'histoire de la litt&#233;rature &#187;. En 1925, la place du XIXe augmente notablement, et le r&#244;le de la po&#233;sie est reconnu dans les classes. Les programmes de 1937-38 &#233;largissent encore le corpus, y compris aux litt&#233;ratures &#233;trang&#232;res pour les &#171; modernes &#187; de B, mais ni Stendhal, Balzac, Flaubert ni Maupassant ne sont cit&#233;s. Les instructions de 1963-67 en sont tr&#232;s proches : Rabelais n'appara&#238;t toujours pas, Beaumarchais est int&#233;gr&#233; ainsi que les romanciers du XIXe, mais ceux-ci sous forme d'extraits et non d'&#339;uvres compl&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, comme &#224; l'&#233;cole primaire, les programmes du premier cycle ont tr&#232;s peu &#233;volu&#233; pendant presque un si&#232;cle, entre 1880 et 1970. Le panth&#233;on s'est modifi&#233; &#224; la marge, mais le XVIIe si&#232;cle reste roi, et les &#339;uvres des &#233;crivains du XXe si&#232;cle ne sont pas encore entr&#233;es au coll&#232;ge, sauf sous forme d'extraits, en 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;L'&#233;tude de la langue.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de 1902, qui ont model&#233; le premier cycle pour cinquante ans, sont extr&#234;mement concis. En 6e et 5e, ils tiennent en quelques lignes : &#171; &lt;i&gt;&#233;tude de la syntaxe&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;exercices de langue fran&#231;aise et d'orthographe&lt;/i&gt; &#187; ; la r&#233;daction en 6e consiste en de &#171; &lt;i&gt;petits exercices oraux ou &#233;crits de composition&lt;/i&gt; &#187;, en 5e et 4e en &#171; &lt;i&gt;compositions tr&#232;s simples&lt;/i&gt; &#187;, la &#171; &lt;i&gt;composition fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187; intervient en 3e. Pour les non-latinistes (section B), on insiste en 6e sur l'analyse logique et le lexique, ensuite les programmes sont communs. En Seconde, tous les &#233;l&#232;ves re&#231;oivent &#171; &lt;i&gt;une grammaire plus d&#233;velopp&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. En Premi&#232;re, il n'y a plus de le&#231;on de langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1925 marque un tournant : les programmes se font pr&#233;cis et indiquent une progression ainsi que des horaires. Au del&#224; de &#171; cours communs &#187; de 4 heures pour latinistes et non-latinistes, les &#171; modernes &#187; de B ont 3 heures &#171; de compensation du latin &#187; ; leurs cours &#171; sp&#233;ciaux &#187; sont r&#233;serv&#233;s &#224; la lecture dirig&#233;e, &#224; des travaux pratiques de grammaire, et &#224; des exercices de r&#233;daction. Leur horaire de fran&#231;ais atteint donc 7 heures hebdomadaires, jusqu'en 3e. On peut ainsi penser qu'&#224; cette date, la question didactique et p&#233;dagogique du fran&#231;ais au lyc&#233;e est d&#233;finitivement r&#233;gl&#233;e, puisqu'il appara&#238;t clairement, par l'examen de ces intitul&#233;s de programme et de ces horaires de la section B, que le choix est fait : on apprend et on perfectionne le fran&#231;ais par l'&#233;tude syst&#233;matique de la langue fran&#231;aise et des textes fran&#231;ais, et non par le d&#233;tour du latin et des textes antiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de cette date prescrivent donc une &#233;tude de plus en plus complexe de la syntaxe, entre la 6e et la 3e, et d&#233;veloppent l'&#233;tude du lexique, acquis syst&#233;matiquement jusqu'en fin de cycle. Les programmes de 1938, luttant sans doute contre des h&#233;sitations d&#233;j&#224; soulign&#233;es en 1909 (&lt;i&gt;&#171; Le mal vient de ce que les professeurs ne savent pas o&#249; ils vont, parce que les exercices n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;partis entre les quatre classes du premier cycle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discussion 2, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e P&#233;dagogique, L'Enseignement du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;), insistent sur la progression grammaticale : &lt;i&gt;&#171; le plan d'&#233;tude de la langue a essentiellement pour objet de d&#233;terminer les parties du programme qui doivent &#234;tre &#233;tudi&#233;es dans chaque classe, de fa&#231;on &#224; &#233;viter toute omission qui serait d&#233;finitive, ou tout double emploi qui serait improductif. &#187;&lt;/i&gt;. Ils attirent &#233;galement l'attention sur la morphologie, ce qui indirectement signale des lacunes ; par exemple, le programme de 5e mentionne que &lt;i&gt;&#171; les formes verbales doivent &#234;tre sues imperturbablement &#187;&lt;/i&gt;. Mais &#224; cette date les horaires baissent d'une heure pour les &#171; modernes &#187; de B, 6 heures au lieu de 7, les latinistes conservant les 4 heures de &#171; cours communs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'enseignement technique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de l'enseignement classique na&#238;t peu &#224; peu un enseignement professionnel. Lointainement issues des formations assur&#233;es sous l'Ancien R&#233;gime, au sein des corporations, par les ma&#238;tres-compagnons, les &#233;coles d'apprentissage commencent &#224; &#234;tre encadr&#233;es par l'&#201;tat apr&#232;s la guerre de 1870, et &#233;voluent, sur le mod&#232;le des &#233;coles primaires sup&#233;rieures, vers la formation de cadres ou de contrema&#238;tres. Ce seront les &#233;coles nationales professionnelles (ENP) fond&#233;es par Jules Ferry d&#232;s 1887 dans des villes industrielles de province, plus prestigieuses mais moins nombreuses que les &#201;coles Pratiques du Commerce et de l'Industrie (EPCI) cr&#233;&#233;es cinq ans plus tard par transformation des sections professionnelles des &#233;coles primaires sup&#233;rieures et g&#233;r&#233;es par le minist&#232;re &#233;ponyme. Charg&#233;es de former &#171; des employ&#233;s du commerce et des ouvriers aptes &#224; &#234;tre imm&#233;diatement utilisables &#187;, ces &#233;coles se d&#233;veloppent rapidement et leur nombre passe de 12 en 1892 &#224; 122 en 1941.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs effectifs progressent vite, mais la formation initiale d'ouvriers au sein de l'&#233;cole n'existe pas vraiment. Sa mise au point est lente, passe par l'assistanat, les &#233;coles d'usines int&#233;gr&#233;es, des &#233;coles d'apprentissage, en restant longtemps dirig&#233;e par le minist&#232;re du Commerce et de l'Industrie qui en revendique la mainmise. En 1920, l'Instruction publique devient son minist&#232;re de tutelle et int&#232;gre cet enseignement technique. Parall&#232;lement &#224; partir de 1937 se cr&#233;ent les internats des Maisons Familiales Rurales, &#224; statut associatif, d&#233;di&#233;es &#224; l'enseignement agricole en alternance et pratiquant des m&#233;thodes actives, ult&#233;rieurement rattach&#233;es au minist&#232;re de l'Agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de l'enseignement technique se d&#233;veloppe particuli&#232;rement sous la pression du Front Populaire, dont le ministre Jean Zay, soucieux de d&#233;mocratisation, veut instituer un premier cycle pour tous en cr&#233;ant trois sections parall&#232;les &#8211; classique, moderne, technique &#8211; int&#233;gr&#233;es dans une &#171; &#233;cole unique &#187; inspir&#233;e du programme &#233;labor&#233; en 1919-1920 par les &#171; Compagnons de l'Universit&#233; Nouvelle &#187;. Voulant &#224; la fois pr&#233;server la fili&#232;re classique, r&#233;duire le ch&#244;mage des jeunes et renforcer le contr&#244;le de l'&#201;tat sur les classes populaires, le gouvernement de Vichy aide paradoxalement &#224; cette d&#233;mocratisation en restructurant l'enseignement technique. En 1940 sont cr&#233;&#233;s, sous la tutelle du Commissariat g&#233;n&#233;ral &#224; la Jeunesse, les Centres de Formation Professionnelle (CFP). Conserv&#233;s &#224; la Lib&#233;ration qui les rattache &#224; la Direction de l'Enseignement Technique, ils deviendront les Centres d'Apprentissage (CA), destin&#233;s aux jeunes sortis de l'obligation scolaire (14 ans) qu'ils pr&#233;parent en 3 ans au CAP. En 1959, la r&#233;forme Berthoin les transformera en Coll&#232;ges d'Enseignement Technique (CET), qui accueillent dans le m&#234;me but des &#233;l&#232;ves ayant &#224; la fin du cycle d'observation (6e-5e) fait le choix de la fili&#232;re technique courte, dans le cadre nouveau de la scolarit&#233; obligatoire jusqu'&#224; 16 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le fran&#231;ais, les instructions de ce premier cycle technique, dont 30 &#224; 50 % de la formation est g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des horaires de centre d'apprentissage figurent sur , et dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sont tr&#232;s proches de celles de premier cycle de lyc&#233;e de 1938, et rappellent celles de la cr&#233;ation de la section B en 1902. En 1947, en sus du programme grammatical, les prescriptions de lecture sont exigeantes : &#171; &lt;i&gt;Le programme des auteurs, tel qu'il a &#233;t&#233; &#233;tabli, correspond &#224; une double pr&#233;occupation : a) celle d'assurer aux &#233;l&#232;ves de nos Coll&#232;ges Techniques une culture litt&#233;raire qui les mette au contact des chefs-d'&#339;uvre de la litt&#233;rature classique ; b) celle de les informer sur la vie professionnelle, sociale et &#233;conomique pour les pr&#233;parer &#224; y prendre leur place. [&#8230;] On fera donc appel, en m&#234;me temps qu'aux &#339;uvres litt&#233;raires, aux t&#233;moignages directs sur la civilisation mat&#233;rielle et morale pass&#233;e et pr&#233;sente.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour les centres d'apprentissage dont les programmes renvoient explicitement en 1948 &#171; aux programmes des Coll&#232;ges techniques (section commerciale.) &#187; Les prescriptions de lectures des sections sans latin (section B des lyc&#233;es, coll&#232;ges techniques, centres d'apprentissage) convergent : toutes font une place &#224; des traductions de litt&#233;rature antique et &#233;trang&#232;re et &#224; des textes de civilisation contemporaine. Il est clair que dans l'esprit des concepteurs leur &#171; modernit&#233; &#187; se construit contre les Humanit&#233;s, avec lesquelles semble se dessiner une &#233;mulation d'exigence qui marquera durablement le volet litt&#233;raire des fili&#232;res techniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les professeurs devront r&#233;partir les divers exercices de langue fran&#231;aise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 1961, peu avant leur suppression, l'esprit en est rest&#233; ambitieux : &#171; &lt;i&gt;des comparaisons, des rapprochements sont possibles pour &#233;clairer tel ou tel fait grammatical, pour parvenir, par un effort intelligent, &#224; une connaissance r&#233;fl&#233;chie de la langue&lt;/i&gt; &#187; ; en litt&#233;rature on pratique des &#171; &lt;i&gt;lectures dirig&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, donc l'&#233;tude d'&#339;uvres compl&#232;tes, et les m&#233;thodes sont actives, pr&#244;nant &#171; &lt;i&gt;l'exercice collectif&lt;/i&gt; &#187; de recherche des id&#233;es, et en 3e ann&#233;e les compositions fran&#231;aises, &#171; &lt;i&gt;r&#233;cit, analyse et r&#233;sum&#233;s d'&#339;uvres lues, discussion de pens&#233;es et de jugement&lt;/i&gt; &#187; suscitent la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2.2 Le second cycle. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second cycle en trois ann&#233;es tel que nous le connaissons date de 1874. Auparavant les &#233;tudes secondaires s'arr&#234;taient majoritairement avec la classe de rh&#233;torique (Premi&#232;re actuelle) apr&#232;s laquelle on pouvait passer directement le baccalaur&#233;at sans une classe Terminale que peu d'&#233;l&#232;ves suivaient. Le baccalaur&#233;at en deux parties r&#232;gle la question, et ce syst&#232;me durera jusqu'en 1965, avant de resurgir de fa&#231;on limit&#233;e avec la cr&#233;ation des &#233;preuves anticip&#233;es de fran&#231;ais en 1969, puis d'autres &#233;preuves anticip&#233;es de math&#233;matiques, de sciences ou sur dossier les ann&#233;es suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au second cycle technique long, il se met progressivement en place de 1959 &#224; 1965, avec une structure identique &#224; celle des lyc&#233;es d'enseignement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les programmes d'auteurs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le tableau synoptique en annexe.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils restent longtemps, pendant presque un si&#232;cle, aussi stables et aussi classiques que les programmes du premier cycle. Le XVIIe si&#232;cle s'y taille la part du lion, ce qui cr&#233;e des programmes bien redondants depuis les petites classes. Les programmes de 1902 ne diff&#232;rent de ceux de 1880 qu'avec l'apparition des po&#232;tes du XVIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1902, les programmes de 2de et 1e, toutes sections confondues, sont quasiment identiques, &#171; &lt;i&gt;Morceaux choisis de prosateurs et de po&#232;tes des XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe si&#232;cles&lt;/i&gt; &#187; ; la seule diff&#233;rence est l'apparition en 1e de Pascal, Diderot, Rousseau et Voltaire. Les historiens font partie du programme des deux ann&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Choix des principaux historiens du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;, compl&#233;t&#233;s en 1e par &#171; &lt;i&gt;des lectures sur la soci&#233;t&#233; du XVIIIe si&#232;cle extraites des m&#233;moires et de la correspondance&lt;/i&gt; &#187; ; l'&#233;preuve de composition fran&#231;aise au baccalaur&#233;at peut en effet porter sur &#171; &lt;i&gt;un sujet de litt&#233;rature ou d'histoire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1925, le programme n'a pas chang&#233;, en dehors de l'introduction notable du roman r&#233;cent : &#171; &lt;i&gt;Extraits des grands romanciers du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;. En po&#233;sie, Lamartine et Hugo sont rejoints par Vigny et Musset, ainsi que d'autres po&#232;tes de l'&#233;poque, non nomm&#233;s, sous forme d'&#171; &lt;i&gt;anthologie&lt;/i&gt; &#187;, et par des critiques, Taine, Sainte-Beuve, Renan, sous forme de &#171; &lt;i&gt;choix&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces programmes seront reconduits en 1947 puis 1967, avec peu de changements. Toutefois on note l'apparition plus nette du roman et de la po&#233;sie du XIXe si&#232;cle : si le programme de 2de n'en comporte que des extraits choisis, celui de 3e prescrit une lecture suivie d'un roman de Balzac, ou Flaubert ou Hugo, et celui de 1e pr&#233;voit enfin &#171; &lt;i&gt;une grande &#339;uvre en vers&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;une grande &#339;uvre en prose&lt;/i&gt; &#187; du XIXe. Les programmes de l'enseignement technique long sont &#224; ce moment plus audacieux pour la 2e, o&#249; ils introduisent un roman de Stendhal sous forme de lecture suivie ou dirig&#233;e. &#192; cette date, ils ne font d'ailleurs gu&#232;re de diff&#233;rence avec l'enseignement g&#233;n&#233;ral : les &#171; techniques &#187; ont le m&#234;me programme et le m&#234;me horaire (3 heures) que les sections B, C et D du lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral. Les textes recommandent pour eux, en 2de, une heure sp&#233;cifique hebdomadaire de &#171; composition fran&#231;aise et exercices pratiques &#187;, proche de l'attention port&#233;e par les &#171; cours sp&#233;ciaux &#187; aux B de 1902.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude du XXe si&#232;cle n'interviendra que plus tard, avec l'instauration, en 1965, d'une heure sp&#233;cifique d' &#171; &lt;i&gt;initiation &#224; la litt&#233;rature du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;, dont le contenu est laiss&#233; &#224; l'appr&#233;ciation du professeur, en Terminale litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le changement le plus notable de cette apr&#232;s-guerre tient &#224; la m&#233;thode : la prescription, pour la premi&#232;re fois, de l'&#233;tude d'une &#339;uvre compl&#232;te d'un auteur au lieu de morceaux choisis : pi&#232;ces de Moli&#232;re, Corneille, Racine, Lettres Persanes, contes de Voltaire... C'est la victoire, un si&#232;cle apr&#232;s, de l'&#233;volution d'une r&#233;flexion sur la nature et l'enseignement du fran&#231;ais commenc&#233;e dans les ann&#233;es 1870.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2.3. Les m&#233;thodes : des p&#233;dagogies nouvelles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les contenus restent relativement stables, l'enseignement du fran&#231;ais conna&#238;t en effet &#224; trente ans d'intervalle, au d&#233;but du XXe si&#232;cle puis avant la Seconde guerre mondiale, des r&#233;novations p&#233;dagogiques capitales qui modifient l'abord de ces contenus. Elles sont le fruit de la r&#233;flexion disciplinaire sur la langue et la litt&#233;rature, et le proc&#232;s des m&#233;thodes mim&#233;tiques ant&#233;rieures. Leur retentissement sur les programmes et les instructions n'est pas termin&#233; &#224; l'heure actuelle, et &#233;clairent bien des d&#233;bats r&#233;cents et r&#233;currents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La rupture avec le formalisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture avec le latin s'accompagne d'une profonde r&#233;volution p&#233;dagogique qui donne lieu &#224; un d&#233;bat vif et des oppositions tenaces. D&#232;s 1870, en fran&#231;ais comme en latin, les m&#233;thodes pr&#233;conis&#233;es rompent avec la glose ant&#233;rieure, ou le discours (exercice de rh&#233;torique visant &#224; faire parler noblement de grands personnages). Le ministre Jules Simon affirme la n&#233;cessit&#233; de faire place plus large &#224; l'&#233;tude des &#339;uvres compl&#232;tes au lieu de commentaires (&#171; &lt;i&gt;il faut &#233;tudier une litt&#233;rature dans ses chefs-d'&#339;uvre&lt;/i&gt; &#187;), &#224; leur &#233;lucidation au lieu d'exercices vides et formalistes : les explications de textes fran&#231;ais n'&#233;taient auparavant que des mod&#232;les pour l'art d'&#233;crire, ou le pr&#233;texte &#224; formation morale. On veut maintenant que &#171; &lt;i&gt;les grands auteurs [...] (soient) &#233;tudi&#233;s en eux-m&#234;mes, pour eux-m&#234;mes et dans leurs &#339;uvres m&#234;mes, non &#224; travers les &#339;uvres des critiques&lt;/i&gt; &#187;, en &#233;liminant toute glose pointilliste ou morale, et en ne s&#233;parant pas la forme du fond&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. M. A. Cahen, L'explication fran&#231;aise, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les instructions de 1880 et 1890, insistant sur le contact direct avec les textes, sont pr&#233;cis&#233;es en 1911 : &#171; &lt;i&gt;Choisir un texte int&#233;ressant, d'&#233;tendue mesur&#233;e, qui forme, cependant, un tout ; et dans ce tout, choisir une s&#233;rie de remarques (...) dirig&#233;es dans le m&#234;me sens ; faire valoir les difficult&#233;s et, apr&#232;s discussion, les r&#233;soudre ; &#233;viter la digression qui fait perdre de vue le texte, la paraphrase qui l'&#233;nerve, les divisions faussement m&#233;thodiques qui, d'une page vivante, font une st&#233;rile anatomie&lt;/i&gt; &#187;, dans l'esprit de Gustave Lanson d&#233;non&#231;ant en 1901 le p&#233;ril de la scl&#233;rose qui guette sans cesse, l'introduction novatrice de l'histoire litt&#233;raire ayant &#233;t&#233; l'occasion d'apprentissages dess&#233;chants : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;tude des litt&#233;ratures se fera par les textes. L'histoire litt&#233;raire, chose d'enseignement sup&#233;rieur, est, dans l'enseignement secondaire un fl&#233;au... Pr&#233;c&#233;dant la lecture (...) des textes, le cours d'histoire litt&#233;raire est une &#233;cole de psittacisme.&lt;/i&gt; &#187; L'explication litt&#233;raire doit &#234;tre adapt&#233;e aux capacit&#233;s des &#233;l&#232;ves : &#171; &lt;i&gt;lecture expliqu&#233;e&lt;/i&gt; &#187; rigoureuse mais modeste en premier cycle, &#171; &lt;i&gt;explication fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187; dans le second, et exige la rigueur : ce n'est pas &#171; &lt;i&gt;une causerie &#224; propos d'un texte, (elle) se propose un objet pr&#233;cis et l'atteint par une m&#233;thode positive&lt;/i&gt; &#187; ; elle forme &#233;galement l'esprit &#224; &#171; &lt;i&gt;un imp&#233;rieux devoir d'exactitude qu'il faut appeler, de son vrai nom, la probit&#233; intellectuelle&lt;/i&gt;. &#187; Quant aux pratiques, une circulaire pr&#233;cise de quinze paragraphes fixe en 1880 une p&#233;dagogie dynamique. Elle pr&#233;conise les m&#233;thodes actives, sollicitant la participation des &#233;l&#232;ves et le travail collectif de recherche d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La red&#233;finition des exercices d'&#233;criture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement aux m&#233;thodes objectives, marqu&#233;es le positivisme affich&#233; par Lanson, le recours en expression &#233;crite &#224; la r&#233;flexion, plut&#244;t que l'imitation, la rh&#233;torique de fiction ou la compilation convenue qui avaient pr&#233;valu jusque l&#224;, est pr&#233;conis&#233; d&#232;s 1880 : &#171; &lt;i&gt;Les compositions fran&#231;aises, distribu&#233;es et gradu&#233;es dans les diverses classes, ne seront plus uniquement des narrations, des discours ou des lettres. Tous les sujets propres &#224; entretenir l'habitude de la r&#233;flexion, &#224; former le go&#251;t, &#224; fortifier le jugement, seront utilement employ&#233;s aux exercices de la classe [...] On &#233;vitera l'abus des mati&#232;res qui favorisent trop les amplifications st&#233;riles, et on habituera l'&#233;l&#232;ve &#224; trouver les principales id&#233;es de ses compositions&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette v&#233;ritable r&#233;volution, rempla&#231;ant la reproduction d'un mod&#232;le ext&#233;rieur par l'exercice d'une r&#233;flexion personnelle, mettra longtemps &#224; faire son chemin : en 1909, trente ans apr&#232;s, il faut encore insister pour obtenir une r&#233;novation des pratiques. Le programme &#233;largi et l'&#233;tude directe des &#339;uvres n'ont pas &#233;largi les esprits : &#171; &lt;i&gt;Il me semble que l'on s'est surtout pr&#233;occup&#233; de la forme des &#339;uvres, [...] que l'on a discut&#233; surtout sur les id&#233;es litt&#233;raires des &#233;coles qui ont produit les &#339;uvres, que l'on a cherch&#233; beaucoup dans les textes de quelle th&#233;orie, de quelle doctrine litt&#233;raire ces textes &#233;taient les repr&#233;sentants. [...] Que produisent les fantaisies, les subtilit&#233;s, les paradoxes, transport&#233;s de la th&#233;orie litt&#233;raire dans l'enseignement ? Quelque chose d'odieux et de ridicule.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustave Lanson, La crise des m&#233;thodes, ibidem&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Lanson recherche au contraire des exercices objectifs de composition fran&#231;aise : &#171; &lt;i&gt; Il faut habituer (les &#233;l&#232;ves) &#224; faire un bon rapport, un bon expos&#233;, dans un style exact, clair et suivi, sans autres qualit&#233;s litt&#233;raires que l'ordre et la justesse ; apprenons-leur &#224; user du fran&#231;ais proprement, &#224; rassembler quelques faits pr&#233;cis, quelques donn&#233;es s&#251;res, &#224; les classer, les comparer, &#224; en tirer des inductions et des cons&#233;quences raisonnables.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me ann&#233;e et dans des termes voisins, au lieu des exercices st&#233;riles de psittacisme litt&#233;raire, Gustave Rudler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Rudler, La Composition fran&#231;aise, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e P&#233;dagogique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pr&#233;conise la dissertation, apparue dans le secondaire dans les ann&#233;es 1870-1880 pour constituer l'&#233;preuve de fran&#231;ais du baccalaur&#233;at&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Chervel, &#034;Le baccalaur&#233;at et les d&#233;buts de la dissertation litt&#233;raire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; &lt;i&gt;Un entra&#238;nement intense &#224; l'art de penser, et de penser juste, c'est-&#224;-dire sur des faits bien &#233;lucid&#233;s.[...] Je repr&#233;sentai (aux &#233;l&#232;ves) qu'une dissertation &#233;tait un th&#233;or&#232;me, que je leur en donnais l'&#233;nonc&#233;, et qu'ils avaient &#224; m'en fournir la d&#233;monstration, qu'ils voulussent bien instituer, varier, retourner etc., l'exp&#233;rience, comme en physique . [...] Ils comprirent vite ce langage et firent des progr&#232;s merveilleux [...] Je conclus de l&#224; que nous aurions tort de nous montrer sceptiques sur l'intelligence de nos &#233;l&#232;ves. Nous pouvons attendre et obtenir beaucoup d'eux, pourvu que nous leur apportions une m&#233;thode.&lt;/i&gt; &#187; &#187; Cet esprit s'affirme &#224; nouveau dans les programmes de 1925, avec l'apparition d'une initiation &#224; l'argumentation d&#232;s la 3e : &#171; encha&#238;nement des id&#233;es &#187;, &#171; plan simple et logique &#187;, et est r&#233;it&#233;r&#233; dans les instructions de 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La m&#233;thode exp&#233;rimentale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, l'&#233;tude de la langue veut &#233;viter le formalisme. En 1902, pas de progression prescrite, mais une m&#233;thode exp&#233;rimentale : &#171; les r&#232;gles seront enseign&#233;es surtout par l'usage &#187;. De la 4e &#224; la 2de revient la m&#234;me formule : &#171; &lt;i&gt;Le professeur donnera, &#224; l'occasion de l'&#233;tude des textes, les notions de grammaire historique qui para&#238;tront n&#233;cessaires. Ces notions ne seront pas la mati&#232;re d'un cours suivi et se donneront seulement dans la mesure o&#249; elles peuvent rendre plus intelligible l'usage actuel de la langue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet &#233;tat d'esprit a rencontr&#233; ses limites : les textes de 1925 et 1938 en t&#233;moignent puisqu'ils reviennent &#224; des prescriptions rigoureuses (cf supra), et, comme pour le primaire en 1923, fixent des progressions et des horaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La primaut&#233; de la formation de l'esprit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de 1938 de Jean Zay, issus du Front Populaire, d&#233;veloppent longuement leurs objectifs et leurs m&#233;thodes pour le secondaire. Marqu&#233;s par un esprit nouveau soucieux de l'&#233;panouissement de l'enfant, ils sont cependant dans la ligne des textes de 1902 et 1909 visant l'exercice de l'intelligence plus que l'&#233;rudition. Ils pr&#244;nent le d&#233;veloppement d'un &#171; &lt;i&gt;esprit non sans lacunes [...], mais sans f&#234;lures&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Ce qui donne &#224; l'enseignement du second degr&#233; son caract&#232;re original, [...] c'est qu'il vise &#224; former l'esprit des enfants et &#224; leur donner une culture g&#233;n&#233;rale. [...] Son r&#244;le est moins de les pourvoir d'un bagage de connaissances utiles que de favoriser le libre et complet d&#233;veloppement de leurs facult&#233;s [...]. C'est par cet objet et non seulement par son contenu que doit se d&#233;finir un enseignement humaniste.&lt;/i&gt; &#187; Cet objectif passe par des m&#233;thodes actives dues au d&#233;veloppement, &#224; l'&#233;poque, des mouvements d'&#233;ducation nouvelle : l'exercice du jugement personnel, le questionnement, l'appui sur la r&#233;alit&#233; et l'exp&#233;rience de l'&#233;l&#232;ve, l'entra&#238;nement de la m&#233;moire, les exercices d'application et le sens de l'effort. Mais cette participation des &#233;l&#232;ves n'entra&#238;ne pas une r&#233;duction du savoir ni des ambitions : &#171; &lt;i&gt;ils devront &#234;tre capables d'exprimer [...] par la parole et la plume, tout ce qu'ils auront &#224; dire, sans rester en-de&#231;&#224; et sans aller au-del&#224; de leur pens&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;ils auront besoin de conna&#238;tre et de comprendre le monde o&#249; ils seront appel&#233;s &#224; vivre, et pour cela de savoir ce qu'il a &#233;t&#233;, ce qu'il est devenu et comme il va.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une r&#233;flexion didactique : l'enseignement du fran&#231;ais : une pratique ou une po&#233;tique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instructions pour le secondaire de 1938 semblent annoncer les d&#233;bats des ann&#233;es 1970. Elles distinguent et d&#233;finissent soigneusement le p&#233;rim&#232;tre de deux pistes : celle de l'exercice, indispensable &#224; une expression ais&#233;e, et celle de la th&#233;orie de la langue qui vise la formation de l'esprit et la conscience de la culture : &#171; on n'enseigne pas la langue fran&#231;aise &#224; un enfant en le faisant r&#233;fl&#233;chir sur la th&#233;orie de cette langue &#187; Elles insistent donc sur la pratique premi&#232;re, pr&#233;conisent de s'appuyer sur les premiers savoirs linguistiques de l'enfant pour les d&#233;velopper et lui faire distinguer cet outil vernaculaire de la langue commune, de la langue soutenue et de la langue litt&#233;raire &#8211; futurs &#171; registres de langue &#187; des ann&#233;es 70... Elles se demandent quelle langue, quelle grammaire enseigner, indiquent quels m&#233;canismes faire acqu&#233;rir (la conjugaison), et ouvrent nombre de pistes pratiques non sans &#233;valuer l'efficacit&#233; et le bien-fond&#233; de chacune : leurs r&#233;flexions sur le recours &#224; la dict&#233;e ont une pertinence toujours actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#224; suivre)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Annexe&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_167 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais1-4967b.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais2-9c06d.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais3-cdabd.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_170 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais4-26c42.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais5-b76eb.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH293/enseignement-du-francais6-efa6e.png?1790692831' width='500' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#233;l&#233;vation du niveau de formation de la population fran&#231;aise depuis un demi-si&#232;cle, l'importante proportion d'&#233;l&#232;ves qui obtiennent maintenant le baccalaur&#233;at et peuvent effectuer des &#233;tudes sup&#233;rieures, comme l'existence de secteurs performants dans notre &#201;ducation nationale ne doivent pas masquer des dysfonctionnements majeurs, surtout en ce qui concerne l'&#201;cole obligatoire&lt;/i&gt;. (Rapport 2012 du HCE)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nathalie Bulle, dans &lt;i&gt;L'&#201;cole et son double&lt;/i&gt; (Hermann, 2009, p. 211 et sq.) montre que les comparaisons ant&#233;rieures sur un si&#232;cle (entre 1877 et 1987), excluant de fait les filles, sont biais&#233;es par la diff&#233;rence des syst&#232;mes &#233;ducatifs. Samuel Huet (&lt;a href=&#034;http://www.samuelhuet.com/paid/44-polemos/277-sur-la-baisse-de-niveau1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.samuelhuet.com/paid/44-polemos/277-sur-la-baisse-de-niveau1.html&lt;/a&gt;) fait de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note 08-38 de la DEPP, d&#233;cembre 2008. &lt;i&gt;Orthographe : le niveau des &#233;coliers en chute&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 3 mai 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le niveau scolaire baisse, cette fois c'est vrai&lt;/i&gt;, Antoine Prost, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 21 f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'illettrisme des cadres : un ph&#233;nom&#232;ne m&#233;connu et tabou&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 16 f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Loi d'orientation sur l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, Rapport annex&#233; (BO 4, 31 ao&#251;t 1989).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Antoine Prost, &lt;i&gt;L'Enseignement en France, 1800-1967&lt;/i&gt;, Armand Colin (1968).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Apprentissage de la lecture, m&#233;thodes et manuels&lt;/i&gt;, Tome 1,p. 71-74, Luc Maisonneuve, L'Harmattan&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.sauv.net/io1945.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sauv.net/io1945.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soulign&#233; dans le texte original.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1880, le latin occupait 10 des 24 heures de cours des gar&#231;ons &#233;l&#232;ves de 6e (&lt;i&gt;Le latin ou l'empire d'un signe&lt;/i&gt;, Fran&#231;oise Waquet, Albin Michel 1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mareuil Andr&#233;, &#034;Les programmes de fran&#231;ais dans l'enseignement du second degr&#233; depuis un si&#232;cle (1872-1967)&#034;, in &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, Volume 7 N&#176;1, 1969, pp. 31-45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discussion 2, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e P&#233;dagogique, &lt;i&gt;L'Enseignement du Fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Imprimerie Nationale (1909)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des horaires de centre d'apprentissage figurent sur &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.ac-nice.fr/lyceeeucalyptus/lgt/index.php/lelycee/visitevirtuelle/itemphotos/44-avant-les-qekq-le-centre-lamarque&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ac-nice.fr/lyceeeucalyptus/lgt/index.php/lelycee/visitevirtuelle/itemphotos/44-avant-les-qekq-le-centre-lamarque&lt;/a&gt;, &lt;br class='autobr' /&gt;
et dans les programmes de 1947, les apprentis re&#231;oivent 13 heures de cours g&#233;n&#233;raux pour 15 heures d'enseignement professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt; Les professeurs devront r&#233;partir les divers exercices de langue fran&#231;aise de telle mani&#232;re que les cours sp&#233;ciaux &#224; B comportent des exercices de haute valeur &#233;ducative et constituent un enseignement de compensation du latin&lt;/i&gt; &#187; (Horaires, programmes et instructions de 1925)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le tableau synoptique en annexe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. M. A. Cahen, &lt;i&gt;L'explication fran&#231;aise&lt;/i&gt;, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e P&#233;dagogique, &lt;i&gt;L'Enseignement du Fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Imprimerie Nationale (1909)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustave Lanson, &lt;i&gt;La crise des m&#233;thodes&lt;/i&gt;, ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Rudler, &lt;i&gt;La Composition fran&#231;aise&lt;/i&gt;, in Conf&#233;rences du Mus&#233;e P&#233;dagogique, &lt;i&gt;L'Enseignement du Fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Imprimerie Nationale (1909)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Chervel, &#034;Le baccalaur&#233;at et les d&#233;buts de la dissertation litt&#233;raire (1874-1881)&#034;, &lt;i&gt;Histoire de l'&#201;ducation&lt;/i&gt;, n&#176; 94, mai 2002, INRP.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les SES : histoire de la discipline, &#233;tat des controverses</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article153</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article153</guid>
		<dc:date>2012-10-19T11:36:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;lisabeth Chatel et G&#233;rard Grosse</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>lyc&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet &#233;tat des lieux de la discipline scolaire intitul&#233;e &#034;Sciences &#233;conomiques et sociales&#034; s'appuie sur des textes et travaux ant&#233;rieurs et n'offre pas de point de vue vraiment nouveau sur la discipline mais elle en fait la synth&#232;se. Les ressources sur lesquelles il s'appuie sont pour l'essentiel des textes et rapports officiels, des travaux de recherche, des &#233;crits des &#171; t&#233;nors &#187; de la discipline, ceux qui en raison de leurs travaux ou de leur position institutionnelle ont acc&#232;s &#224; une parole (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Histoire des disciplines&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;lyc&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L100xH121/arton153-28e48.jpg?1790689102' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet &#233;tat des lieux de la discipline scolaire intitul&#233;e &#034;Sciences &#233;conomiques et sociales&#034; s'appuie sur des textes et travaux ant&#233;rieurs et n'offre pas de point de vue vraiment nouveau sur la discipline mais elle en fait la synth&#232;se. Les ressources sur lesquelles il s'appuie sont pour l'essentiel des textes et rapports officiels, des travaux de recherche, des &#233;crits des &#171; t&#233;nors &#187; de la discipline, ceux qui en raison de leurs travaux ou de leur position institutionnelle ont acc&#232;s &#224; une parole &#171; l&#233;gitime &#187;. Les grands absents ce sont, d'abord, les professeurs, assez peu &#233;tudi&#233;s dans le quotidien de leur travail professionnel : pr&#233;paration de cours, s&#233;quences en classe, relations avec les coll&#232;gues, les &#233;l&#232;ves, les parents, etc., correction de copies, etc. A quelques rares enqu&#234;tes pr&#232;s (dont celles conduites par le pass&#233; &#224; l'INRP, mais qui demanderaient &#224; &#234;tre renouvel&#233;es), on sait tr&#232;s peu de choses sur l'activit&#233; r&#233;elle des enseignants de SES, comme de la plupart des professionnels de l'&#233;ducation d'ailleurs. Les &#233;l&#232;ves sont les autres grands absents pour les m&#234;mes raisons. En effet, la derni&#232;res fois qu'on leur a demand&#233; un avis sur les enseignements qu'ils recevaient date de 1998 et de l'enqu&#234;te pilot&#233;e par Philippe Meirieu sur &#171; Quels savoirs enseigner dans les lyc&#233;es ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution s'articulera en trois temps. D'abord une pr&#233;sentation de l'histoire de cette discipline scolaire presque quinquag&#233;naire et des professeurs qui l'enseignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, une focalisation sur l'&#233;volution des programmes et des formes d'&#233;valuation de leur apprentissage par les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un &#233;clairage est donn&#233; sur quelques controverses qui ont travers&#233; et agitent encore la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. L'&#233;volution institutionnelle de la discipline&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.1.	Historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sciences &#233;conomiques et sociales sont une mati&#232;re composite de par ses champs scientifiques de r&#233;f&#233;rence. Ceux-ci sont respectivement l'&#233;conomie, la sociologie, la science politique, plus accessoirement l'histoire &#233;conomique et sociale, la d&#233;mographie, l'ethnologie ou le droit etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1.1. Origine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discipline est cr&#233;&#233;e en m&#234;me temps que la fili&#232;re B des lyc&#233;es, &#224; l'occasion de la r&#233;forme Fouchet de 1966. Cette r&#233;forme est d'une grande importance car la cr&#233;ation des fili&#232;res techniques d'une part et celle de la voie B dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral de l'autre vont remodeler durablement le second cycle du second degr&#233; et permettre l'acc&#232;s massif au baccalaur&#233;at, qui s'&#233;tendra encore en 1987 par la cr&#233;ation des baccalaur&#233;ats professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en forme de ce nouvel enseignement est confi&#233;e &#224; Guy Palmade et Marcel Roncayolo, respectivement historien et g&#233;ographe, tous deux proches de Fernand Braudel et p&#233;n&#233;tr&#233;s de la d&#233;marche de pens&#233;e de l'&#233;cole dite des &#8220; Annales &#8221;. Cette discipline est inscrite dans une nouvelle voie d'enseignement, la &#171; B &#187;, qui deviendra &#171; E.S. &#187; (&#233;conomique et sociale) en 1993. Voie d'enseignement g&#233;n&#233;ral, il ne s'agissait pas de pr&#233;parer directement &#224; une profession, ni de pr&#233; sp&#233;cialiser les &#233;l&#232;ves dans une discipline particuli&#232;re de l'Universit&#233;, on la voulait, selon l'expression d'Antoine Prost, inspir&#233;e d'un humanisme moderne, c'est &#224; dire visant une compr&#233;hension critique du monde contemporain dans ses dimensions &#233;conomiques et sociales. M&#234;me si des options de sciences &#233;conomiques et sociales ont pu &#234;tre offertes aux &#233;l&#232;ves des autres s&#233;ries dans les ann&#233;es 80, discipline et s&#233;rie seront toujours &#233;troitement li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1.2. &#201;volution des effectifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation et le d&#233;veloppement de la s&#233;rie B correspondent &#224; la premi&#232;re massification de la scolarisation dans le second cycle long. Les effectifs des &#233;l&#232;ves de lyc&#233;e sont multipli&#233;s par 3,2 entre 1960 et 1988, alors que les effectifs des jeunes d'&#226;ge correspondant n'augmentent que de 12,4 % sur cette p&#233;riode. Sur la p&#233;riode 1970-88, les effectifs du second cycle long sont multipli&#233;s par 1,44 quand ceux des B le sont par 2,45. Au total, de 1970 &#224; 1990, le nombre de bacheliers g&#233;n&#233;raux augmente d'un peu plus de 100 000, dont environ la moiti&#233; au titre des bacheliers B. Jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 80, la s&#233;rie &#233;conomique et sociale a particip&#233; &#224; la massification de l'enseignement au lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, le poids relatif des bacheliers ES a diminu&#233; dans l'ensemble des bacheliers du fait de l'augmentation des bacheliers professionnels, mais augmente l&#233;g&#232;rement au sein des bacheliers g&#233;n&#233;raux et technologiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, en 2010, on comptait en premi&#232;re comme en terminale ES environ 100.000 &#233;l&#232;ves et le bac ES &#171; fournissait &#187; 22,4% des bacheliers g&#233;n&#233;raux et technologiques (GT) soit 3 points de plus par rapport &#224; 1994. A titre de comparaison, la m&#234;me ann&#233;e, les chiffres &#233;taient de 34,3 pour le bac S (+3 points), 22,7 pour les bacs technologiques tertiaires (+1 point).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que 85% des 500.000 &#233;l&#232;ves de seconde g&#233;n&#233;rale et technologique suivaient un &#171; enseignement d'exploration &#187; de SES. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente &#8211; avant la mise en &#339;uvre de la r&#233;forme des lyc&#233;es, 43,5% des &#233;l&#232;ves de seconde GT suivaient un &#171; enseignement de d&#233;termination &#187; de SES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1.3. L'adh&#233;sion des &#233;l&#232;ves et des familles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on en juge par cet accroissement des effectifs des fili&#232;res B puis ES, on peut consid&#233;rer que se manifeste une certaine adh&#233;sion des lyc&#233;ens et de leur famille &#224; la fili&#232;re &#233;conomique et sociale mais, il est vrai que le choix de cette orientation est parfois contraint soit par la carte scolaire soit par l'impossibilit&#233; d'acc&#233;der &#224; d'autres fili&#232;res, plus s&#233;lectives. N&#233;anmoins le soutien massif apport&#233; par les familles en 1976 puis &#224; nouveau en 1980, quand elles seront sollicit&#233;es pour d&#233;fendre la discipline menac&#233;e de disparition, montre que l'accueil est tr&#232;s positif. De plus, cette discipline, contrairement &#224; d'autres, para&#238;t bien re&#231;ue des lyc&#233;ens comme le montrent les rapports issus de la consultation des lyc&#233;ens organis&#233;e en 1998 par Philippe Meirieu &#224; la demande du ministre de l'&#233;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2. Les enseignants de SES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;valu&#233; le nombre de professeurs de SES on s'attachera &#224; cerner les contours de leur identit&#233; professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2.1. Les effectifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 70, la discipline ne compte que quelques centaines d'enseignants, le millier est atteint &#224; la fin des ann&#233;es 70, 2000 au milieu des ann&#233;es 80, 3000 au milieu des ann&#233;es 90 et pr&#232;s de 4000 depuis les ann&#233;es 2000 (enseignement public seulement, 3 864 en 2010-2011). Avec les professeurs du priv&#233; sous contrat on peut estimer &#224; 5000 le nombre de professeurs de SES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres sont &#233;quivalents &#224; ceux des professeurs de philosophie, et repr&#233;sentent moins d'un cinqui&#232;me des professeurs d'histoire-g&#233;ographie (qui enseignent en coll&#232;ge ou en lyc&#233;e) ou d'&#233;conomie-gestion (s&#233;rie STMG).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps des professeurs de SES ne pr&#233;sente pas de sp&#233;cificit&#233; notable en terme d'&#226;ge ou de statut, mais pr&#233;sente une double particularit&#233; : &#234;tre paritaire en terme de sex-ratio, ce qui est rare dans l'enseignement secondaire et compter une proportion particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e de non-titulaire, 5% en 2010-2011(Rep&#232;res et r&#233;f&#233;rences statistiques &#8211;MEN 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2.2. Identit&#233; professionnelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On manque de donn&#233;es sur la formation initiale, mais, si l'on se fie &#224; une enqu&#234;te ancienne (Jean et Rallet 1993), on peut estimer qu'environ les deux-tiers ont suivi des cursus d'&#233;conomie. Cependant, les formations initiales des professeurs de SES sont diversifi&#233;es (sciences &#233;conomiques, AES, droit, sociologie, IEP, &#233;coles de commerce, histoire etc..). Plus que dans d'autres disciplines, les trajectoires sont diverses : les exp&#233;riences professionnelles ant&#233;rieures autres que l'enseignement ne sont pas rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'identit&#233; professionnelle disciplinaire est forte. Au d&#233;but, elle s'est construite au travers les stages de S&#232;vres et en proximit&#233; avec les premiers inspecteurs. Elle a &#233;t&#233; p&#233;riodiquement r&#233;activ&#233;e au travers ce qui a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme des attaques contre l'existence de la discipline ou son &#171; identit&#233; &#187; (le &#171; nous nous battrons pour un adjectif &#187; de 1980).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sentiment identitaire s'enracine dans des motivations communes. L'enqu&#234;te &#233;voqu&#233;e ci-dessus montre que dans les motivations des professeurs, ce qui prime c'est, pour beaucoup, une dimension politique : le &#171; refus d'une carri&#232;re marchande &#187; et le rejet de &#171; la logique et des valeurs de l'entreprise &#187;. Mais l'aspect principal est didactique : un int&#233;r&#234;t intellectuel pour une mati&#232;re pluridisciplinaire, dont l'objet impose des actualisations fr&#233;quentes, une volont&#233; de participer &#224; la formation du citoyen. L'enqu&#234;te men&#233;e par Thomas Benatou&#239;l (Benatou&#239;l 1997), si elle met &#224; jour la diversit&#233; des positionnements par rapport au &#171; mod&#232;le p&#233;dagogique &#187; de la discipline, en partie li&#233;e &#224; la diversit&#233; des trajectoires, confirme n&#233;anmoins la pr&#233;gnance de cette dimension civique. La majorit&#233; des enseignants de SES interrog&#233;s manifestent leur volont&#233; de ne pas seulement transmettre des connaissances, mais, ce faisant, de fournir des outils de compr&#233;hension du monde et de construction d'un esprit critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement dans la discipline s'accompagne souvent d'un engagement associatif et syndical. Un professeur de SES sur quatre environ adh&#232;re &#224; l'APSES. Et si on ne retient que l'enseignement public, le taux doit approcher un sur trois. C'est une proportion particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e. De m&#234;me, la proportion de professeurs de SES syndiqu&#233;s est particuli&#232;rement forte, on peut estimer qu'un professeur de SES sur trois, et m&#234;me probablement un sur deux dans le public est syndiqu&#233;, ce qui est une proportion sup&#233;rieure &#224; la moyenne des enseignants du secondaire. Leur formation et le contenu de leur enseignement les placent dans une situation particuli&#232;re. Leurs connaissances des transformations &#233;conomiques et sociales, des enjeux de la politique &#233;conomique, des m&#233;canismes de la reproduction et de la mobilit&#233; sociale etc. les conduisent souvent &#224; un point de vue mieux inform&#233; et ainsi &#224; joindre engagement dans la discipline et engagement associatif, syndical ou politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux moments critiques de l'histoire institutionnelle de la discipline (d&#233;but des ann&#233;es 80, 1998, 2009-2011) l'association a jou&#233; un r&#244;le mobilisateur des enseignants de SES et a su trouver des appuis aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves, des parents, des universitaires et des hommes politiques. N'h&#233;sitant pas &#224; jouer un r&#244;le de quasi-syndicat en appelant &#224; des gr&#232;ves et des manifestations sp&#233;cifiques &#224; la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.3. Les difficult&#233;s institutionnelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s institutionnelles sont r&#233;currentes pour les sciences &#233;conomiques et sociales. Elles proviennent presque invariablement de projets de r&#233;formes, propos&#233;s au Minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale qui se r&#233;percutent n&#233;gativement sur la discipline, sans que, dans tous les cas, ce r&#233;sultat ait n&#233;cessairement &#233;t&#233; recherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.3.1. Le partage des territoires disciplinaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es soixante-dix les difficult&#233;s commencent &#224; l'occasion de la r&#233;forme Haby des coll&#232;ges (1974-75). Celle-ci va mettre les professeurs de SES directement en concurrence avec ceux d'histoire et g&#233;ographie. Avec les sciences et techniques &#233;conomiques (&#233;conomie-gestion) il y a aussi concurrence pour savoir &#224; qui l'enseignement de l'&#233;conomie des lyc&#233;ens va &#233;choir, apr&#232;s le rapport Bourdin pr&#233;parant la r&#233;forme Beullac (1979-80). Il est vrai que cette concurrence s'enracine dans une histoire plus ancienne, l'enseignement de l'&#233;conomie ayant d'abord &#233;t&#233; d&#233;volu aux professeurs d'&#233;conomie et gestion dans les ann&#233;es 1950. Ceux des professeurs qui ont connu ces exp&#233;rimentations ont pu ressentir la cr&#233;ation de la voie B et des SES comme une agression et une mise en cause de leurs comp&#233;tences en &#233;conomie. La tension avec l'APSTE sera exprim&#233;e lors des projets de r&#233;forme Chev&#232;nement 1985 puis Monory 1986, qui pr&#233;voyaient l'&#233;clatement de la discipline et/ou de la s&#233;rie mais ces projets n'aboutiront pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, ces tensions se sont att&#233;nu&#233;es et la pr&#233;sence des sciences &#233;conomiques et sociales dans le lyc&#233;e est mieux assur&#233;e, mais elles peuvent ressurgir. On en a pour preuve, par exemple, la d&#233;claration d'Alain Boissinnot, alors directeur des lyc&#233;es au minist&#232;re, &#224; la fin des ann&#233;es 90 : &#171; la cr&#233;ation des SES en 1966 &#233;tait une erreur g&#233;n&#233;tique &#187; sous-entendant que l'initiation aux sciences sociales aurait du &#234;tre assur&#233;e par les professeurs d'histoire-g&#233;ographie ; ou encore crainte de marginalisation de la discipline au moment de la r&#233;forme lanc&#233;e par All&#232;gre ; concurrence avec les professeurs d'histoire-g&#233;ographie pour l'attribution des enseignement d'ECJS apr&#232;s 1998 ; ou enfin tout r&#233;cemment projet de fusion entre les enseignements d'exploration de SES et de PFEG en seconde dans lequel beaucoup de professeurs de SES voient le risque d'une absorption &#224; terme par l'&#233;conomie-gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.3.2. Les relations avec les &#233;conomistes du sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question concerne le contenu donn&#233; &#224; l'enseignement &#233;conomique du second degr&#233; dans les fili&#232;res g&#233;n&#233;rales. Les &#233;conomistes ont &#233;t&#233; consult&#233;s lors de la cr&#233;ation des SES et sur les projets de programmes discut&#233;s entre 1965 et 1967. Ils avaient alors travaill&#233; dans un esprit de collaboration avec les autres sciences sociales notamment dans le cadre trac&#233; par l'historien des Annales, Charles Moraz&#233;. Cependant, les temps changent, de jeunes &#233;conomistes r&#233;unis en 1982 dans une commission sur les pr&#233;-requis pour l'enseignement sup&#233;rieur sont tr&#232;s critiques &#224; l'&#233;gard de cette orientation de l'enseignement &#233;conomique secondaire. Ayant eux-m&#234;mes v&#233;cu comme un progr&#232;s pour la science &#233;conomique la scission des facult&#233;s de Droit et de Sciences &#233;conomiques apr&#232;s 1968, ils craignent de trouver dans les SES, un reste d'une approche de l'&#233;conomie qu'ils jugent trop vague, trop peu rigoureuse et, de ce fait, tent&#233;e par l'id&#233;ologie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette analyse n'est pas celle du rapport Malinvaud de 1989. Celui-ci, au contraire, fait de la fili&#232;re B un bilan positif et affirme la pertinence de l'objectif qu'il nomme &#8220; culturel &#8221; de cet enseignement pour le second degr&#233;. Il s&#233;pare ainsi clairement la question du contenu &#224; donner &#224; l'enseignement de l'&#233;conomie de niveau scolaire et celui du niveau universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle sera en partie reprise par le rapport de la commission Guesnerie. Celle-ci est pr&#233;sid&#233;e par Roger Guesnerie, professeur au coll&#232;ge de France, et install&#233;e par X. Darcos alors ministre de l'&#233;ducation nationale afin &#171; d'auditer &#187; les programmes et les manuels de sciences &#233;conomiques et sociales. Le rapport estime certes que les sciences &#233;conomiques et sociales ont toute leur place dans le lyc&#233;e d'aujourd'hui et de demain car elles sont un pilier fondamental de la formation du citoyen dans notre monde contemporain. Mais il pr&#233;conise d'inverser la d&#233;marche de conception des programmes. Leur objectif doit &#234;tre l'acquisition de &#171; fondamentaux &#187; (connaissances et comp&#233;tences). Les th&#232;mes viennent en second et pour autant qu'ils servent &#224; l'apprentissage des fondamentaux. Comme ces fondamentaux sont disciplinaires, le rapport penche vers une d&#233;marche d'initiation &#224; l'&#233;conomie (surtout) et &#224; la sociologie. Double rupture par rapport au projet initial des sciences &#233;conomiques et sociales : l'initiation aux &#171; sciences de r&#233;f&#233;rence &#187; devient la priorit&#233; et leur int&#233;gration doit &#234;tre l'exception.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. L'&#233;volution des contenus d'enseignement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les programmes, lettre de ce qu'il est prescrit d'enseigner, d&#233;limitent le contenu &#233;ducatif que le syst&#232;me d'enseignement s'engage &#224; faire apprendre &#224; la jeune g&#233;n&#233;ration. Ils dessinent les contours d'une obligation sociale que le syst&#232;me scolaire remplit et dont l'accomplissement est le fait des professeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reviendra donc d'abord sur l'&#233;volution, contrast&#233;e, des textes prescriptifs depuis les premiers programmes de la fin des ann&#233;es 60 jusqu'&#224; ceux issu de la r&#233;forme du lyc&#233;e initi&#233;e par Luc Chatel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On compl&#233;tera cette analyse d'une pr&#233;sentation des formes d'&#233;valuation finale au baccalaur&#233;at qui, par induction, d&#233;terminent les formes d'&#233;valuation en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'en tiendra au prescrit, mais il faut se garder d'oublier que ce qui s'enseigne dans les classes est souvent diff&#233;rent de la lettre du programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1. Les programmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait int&#233;ressant de retracer les &#233;volutions dans les modalit&#233;s de r&#233;daction des programmes, notamment s'agissant de la diversit&#233; et du poids des diff&#233;rents acteurs : inspection, universitaires, professeurs de terrain, mais cela ne sera pas fait ici faute de place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modifications de programme doivent &#234;tre mises en relation avec les difficult&#233;s institutionnelles pr&#233;sent&#233;es ci-dessus et avec certaines controverses qui seront &#233;voqu&#233;es infra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1.1. Les programmes initiaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers programmes de sciences &#233;conomiques et sociales portent la marque de leurs auteurs, historiens et g&#233;ographes inspir&#233;s de l'&#233;cole des Annales et de l'esprit de l'Ecole pratique des hautes &#233;tudes (aujourd'hui EHESS). Ils sont &#233;crits en proposant successivement &#224; l'&#233;tude un certain nombre d'objets sociaux, susceptibles de constituer des &#171; probl&#232;mes &#187;. L'int&#233;gration pluridisciplinaire des sciences sociales est con&#231;ue en termes d'apport de ces diverses disciplines des sciences de la soci&#233;t&#233; au traitement de ces probl&#232;mes. Il ne s'agit donc pas v&#233;ritablement de les &#233;tudier pour elles-m&#234;mes. La finalit&#233; culturelle est affirm&#233;e : il s'agit de former &#171; une attitude intellectuelle &#187;, des &#171; habitudes mentales &#187;, un point de vue &#171; critique &#187; &#224; l'&#233;gard des ph&#233;nom&#232;nes sociaux en donnant aux &#233;l&#232;ves les moyens d'exercer leur jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res instructions de SES, celles de 1967, sont tr&#232;s longues. Elles pr&#233;cisent les m&#233;thodes actives qu'elles veulent instaurer, elles tracent les contours d'un enseignement qui se veut exp&#233;rimental aux deux sens du terme : en tant qu'exp&#233;rience nouvelle d'enseignement et en tant que fa&#231;on d'aborder les sciences de la soci&#233;t&#233; en ayant le souci du mat&#233;riau empirique. N&#233;anmoins, malgr&#233; la longueur de ces conseils, on y accorde aux ma&#238;tres une enti&#232;re responsabilit&#233; dans la conduite de l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1.2. Le tournant des ann&#233;es 80&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les changements tr&#232;s importants dans les programmes qui s'op&#232;rent en 1982, puis &#224; leur suite en 1988, sous l'effet des &#171; attaques &#187; d'&#233;conomistes universitaires, correspondent &#224; l'inflexion de ce projet au profit d'une logique disciplinaire, celle de l'&#233;conomie. Cette logique &#233;conomique sous-tend tr&#232;s nettement le programme de seconde par exemple, malgr&#233; le maintien de l'&#233;tude de la famille. Au lieu d'une optique &#224; la fois probl&#233;matique, int&#233;grative et servant une finalit&#233; culturelle, la discipline d'enseignement se met &#224; pencher vers une formation &#224; finalit&#233; plus strictement acad&#233;mique, correspondant plus &#224; l'id&#233;e de &#171; transposition &#187; d'un domaine savant. Ce n'est d'ailleurs pas l'analyse &#233;conomique dans son entier qui est transpos&#233;e, mais surtout la macro&#233;conomie, plut&#244;t d'inspiration keyn&#233;sienne. Cette optique macro&#233;conomique rend possible le maintien d'une dimension sociale manifeste dans les contenus de l'enseignement. Elle laisse place &#224; la description des ph&#233;nom&#232;nes sociaux et ne perd pas de vue la dimension critique, m&#234;me si la finalit&#233; culturelle domine moins nettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1967 &#224; 1982-88, on peut remarquer la disparition des r&#233;f&#233;rences aux &#171; faits &#187; (&#233;conomiques et sociaux) et &#224; la &#171; vie &#233;conomique &#187; au profit des notions de &#171; structure &#187;, qui organise l'enseignement de premi&#232;re, et de &#171; syst&#232;me &#187;, qui organise celui de terminale. Les termes de &#171; structures &#187; et de &#171; syst&#232;mes &#187; expriment un mode d'int&#233;gration des dimensions &#233;conomiques et sociales. On peut y lire l'effet du poids des hauts responsables de l'INSEE, servant de caution scientifique, avec la collaboration de professeurs qui avaient gagn&#233; la bataille politique pour le maintien de la discipline dans ses composantes &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement dans le r&#244;le et la responsabilit&#233; attribu&#233;e au professeur se situe de ce point de vue dans les instructions de 1988. Beaucoup plus courtes, elles conc&#232;dent le principe de libert&#233; p&#233;dagogique, mais ne recommandent pas aux professeurs, comme le faisaient les pr&#233;c&#233;dentes, de construire par eux-m&#234;mes une d&#233;marche coh&#233;rente. Au contraire on attend plut&#244;t d'eux qu'ils respectent l'ordre du programme. Ainsi le programme, de liste de questions &#224; traiter ou de th&#232;me &#224; aborder, devient-il subrepticement la trame d'un plan de cours. L'indication en marge des dur&#233;es approximatives de traitement des sous-parties contre-indique, de plus, des remaniements trop importants. Cette optique d'encadrement plus strict se confirme dans les programmes successifs dans lesquels on cherche &#224; mieux d&#233;limiter l'extension des divers points par une modification de la forme de pr&#233;sentation du programme en colonnes. En instaurant deux ou trois niveaux d'&#233;criture, on distingue clairement le programme de l'enseignement, premi&#232;re colonne, du programme d'apprentissage des &#233;l&#232;ves, deuxi&#232;me colonne, interpr&#233;t&#233;e ou compl&#233;t&#233;e pour le ma&#238;tre dans la troisi&#232;me colonne. La deuxi&#232;me colonne, en grande partie inspir&#233;e des travaux ex&#233;cut&#233;s au d&#233;but des ann&#233;es 1980 dans les groupes sur les objectifs de r&#233;f&#233;rence, pr&#233;cise ces connaissances attendues par une liste de notions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1.3. Celui de 1993-95&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant de 1993-95 est probablement moins radical en termes de finalit&#233;s, mais peut-&#234;tre plus exigeant en mati&#232;re de formation initiale des ma&#238;tres dans les disciplines savantes de r&#233;f&#233;rence. Il correspond &#224; une tentative de r&#233;&#233;quilibrage de la discipline d'enseignement vers les autres sciences sociales : les sciences politiques, la sociologie. C'est particuli&#232;rement patent avec les programmes de sp&#233;cialit&#233; et celui de terminale dans lequel la partie sociologique suppose des exigences conceptuelles qui n'existaient pas &#224; ce degr&#233; dans le pass&#233;. De ce fait ils servent plus qu'avant des objectifs d'explication et probablement moins de simple pr&#233;sentation ou description outill&#233;e des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques et sociaux. La tendance &#224; plus de pr&#233;cisions dans l'&#233;criture des programmes et plus de d&#233;veloppements th&#233;oriques dans les exigences continue de se manifester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la perspective d'int&#233;gration n'est pas compl&#232;tement perdue de vue. Elle exprime le souhait d'un enseignement qui conserve pour but affirm&#233; &#171; la compr&#233;hension du monde contemporain &#187; et ne pr&#233;tend pas servir strictement de prop&#233;deutique aux cursus universitaires d'&#233;conomie ou de sociologie. Cette vis&#233;e &#171; culturelle &#187; s'exprime dans les textes compl&#233;mentaires qui affirment, contre l'apparence, que l'interdisciplinarit&#233; doit pouvoir s'exercer dans chacune des parties du programme. Elle se donne aussi &#224; voir dans la tentative de r&#233;daction &#171; probl&#233;matis&#233;e &#187; du programme de terminale et dans la question &#171; du changement social &#187; qui y court de part en part avec ses aspects conjointement descriptifs, explicatifs et normatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans les ann&#233;es 1993, le courant proche de l'APSES, et favorable &#224; la forme de pluridisciplinarit&#233; pratiqu&#233;e en SES, l'a emport&#233;. Il a imprim&#233; son influence sur les programmes de SES r&#233;&#233;crits lors de la &#171; R&#233;forme p&#233;dagogique des lyc&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1.4. Les programmes de 2008-2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000, la conjoncture politique est diff&#233;rente. Le pouvoir politique au Minist&#232;re est &#224; l'&#233;coute des critiques de l'enseignement des SES qui &#233;manent du monde patronal. Des &#233;conomistes universitaires se sentent en phase avec cette &#233;volution, d&#232;s lors qu'elle conduit &#224; rapprocher l'enseignement scolaire de ce qui se fait &#224; l'universit&#233;. Ceci permet de comprendre le tournant des programmes de 2010 : il&lt;br class='autobr' /&gt;
est appuy&#233; par quelques enseignants de SES, port&#233; par un courant d'id&#233;es bien relay&#233; au minist&#232;re, &#224; l'Inspection et &#224; l'universit&#233;, de sorte que cette conception de l'enseignement scolaire l'emporte, contre le point de vue de la majorit&#233; des enseignants de SES du secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la r&#233;forme du lyc&#233;e men&#233;e par le gouvernement Sarkozy, la r&#233;&#233;criture des programmes de SES, effectu&#233;e par un &#171; groupe d'experts &#187; &#224; effectif restreint o&#249; les &#171; professeurs de terrain &#187; sont peu nombreux, s'appuie sur les conclusions du rapport Guesnerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus que les pr&#233;c&#233;dents, les derniers programmes en date &#8211; et tout particuli&#232;rement celui de premi&#232;re &#8211; manifestent une rupture entre la finalit&#233; de formation par les sciences sociales au pluriel, qui &#233;tait celle de cette discipline scolaire jusqu'alors, et la vis&#233;e prioritairement &#171; scientifique &#187; de ces nouveaux programmes qui est de &#171; d&#233;velopper l'apprentissage rigoureux de savoirs disciplinaires &#187;. Il s'agit de former &#224; et non par la science &#233;conomique, la sociologie, la science politique. Certains se f&#233;licitent de cette &#171; refondation &#187;, d'autre, en particulier l'APSES, s'en inqui&#232;tent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre rupture, l'orientation scientifique sous-jacente : le programme de premi&#232;re privil&#233;gie, tant en &#233;conomie qu'en sociologie, les raisonnements en termes de choix issus de l'individualisme m&#233;thodologique. Cette orientation m&#233;thodologique est tout &#224; fait diff&#233;rente du privil&#232;ge donn&#233; &#224; la macro&#233;conomie et aux conceptualisations &#171; holistes &#187; dans les programmes ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2. Les formes d'&#233;valuation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;valuation des apprentissages des &#233;l&#232;ves est une activit&#233; quotidienne qui prend des formes diversifi&#233;es. On s'en tiendra ici &#224; une analyse des modalit&#233;s d'&#233;valuation &#224; l'&#233;preuve terminale du baccalaur&#233;at, d'autant que les &#233;preuves du baccalaur&#233;at influencent certainement la forme des &#233;preuves de contr&#244;le en amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2.1. Le mod&#232;le initial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers textes qui les dessinent datent d'octobre 1968, soit apr&#232;s la premi&#232;re session du bac B. Ils instaurent le principe d'une dissertation sur documents, avec deux sujets au choix. D'entr&#233;e de jeu se pose la question de l'interpr&#233;tation du dossier documentaire et de son importance, s'agit-il d'un aide m&#233;moire pour une dissertation, ou d'un v&#233;ritable travail sur documents ? Ce qui va l'emporter dans la dur&#233;e c'est l'interpr&#233;tation initiale : le dossier appuie et sert l'argumentation, mais ne la fournit pas en son entier. Le libell&#233; de la question prend des formes diverses. Le nombre et la taille des documents souvent tr&#232;s &#233;lev&#233; vont se r&#233;duire et se normaliser progressivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2.2. La configuration actuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 80, une discussion s'instaure alors dans la discipline au sujet du bac et se poursuit, afin d'envisager l'id&#233;e de cr&#233;er une nouvelle &#233;preuve &#224; c&#244;t&#233; ou &#224; la place de la dissertation. Dans un second temps, elle portera sur des am&#233;nagements &#224; op&#233;rer dans l'&#233;preuve de dissertation, que majoritairement les professeurs souhaitent maintenir en l'amendant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ceci contribuera &#224; concevoir un cahier des charges tr&#232;s pr&#233;cis et contraignant pour chacune des deux &#233;preuves qui vont en r&#233;sulter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le tronc commun il y a deux &#233;preuves au choix. Une nouvelle &#233;preuve de synth&#232;se cr&#233;&#233;e en 1993. Elle comporte un travail pr&#233;paratoire de 6 questions not&#233;es sur 10, suivi d'une question de synth&#232;se, not&#233;e sur 10. Le candidat est invit&#233; &#224; r&#233;pondre &#224; &#171; la probl&#233;matique donn&#233;e dans l'intitul&#233; par une argumentation assortie d'une r&#233;flexion critique &#187;. Le dossier est de trois ou quatre documents. Pour le sujet de dissertation les documents sont plus nombreux mais limit&#233;s &#224; 6. Le sujet de la dissertation invite le candidat &#224; &#8220; construire une argumentation &#224; partir d'une probl&#233;matique qu'il devra &#233;laborer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux &#233;preuves ont donc des exigences un peu diff&#233;rentes. La pr&#233;paration par des petites questions aide l'&#233;l&#232;ve dans le travail sur les documents et le rassemblement des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la synth&#232;se, dont la probl&#233;matique (en fait les grandes lignes du plan) est fournie. Un &#233;l&#232;ve peut obtenir la moyenne ou presque, sans bien comprendre le probl&#232;me dont il est question dans le dossier. C'est donc une &#233;preuve un peu trompeuse pour juger des qualit&#233;s de compr&#233;hension des &#233;l&#232;ves, mais plus pr&#233;cise pour juger de l'exactitude de leurs connaissances. Cependant, la deuxi&#232;me &#233;preuve n'a pas chass&#233; la dissertation car elles portent chacune sur des th&#232;mes diff&#233;rents, les &#233;l&#232;ves se pr&#233;parent donc aux deux &#233;preuves. De la sorte, l'effet retour de l'&#233;preuve sur l'enseignement est positif. L'&#233;preuve de synth&#232;se oblige les &#233;l&#232;ves &#224; travailler plus s&#233;rieusement les documents et &#224; ne pas n&#233;gliger de revoir leurs cours, de conna&#238;tre de d&#233;finitions avec pr&#233;cision, de savoir un peu traiter l'information statistique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2.3. Les &#233;preuves pr&#233;vues en 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme du lyc&#233;e s'accompagne de celle des &#233;preuves au baccalaur&#233;at, impos&#233;e unilat&#233;ralement par l'inspection g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'en tenir &#224; l'essentiel on peut noter deux modifications majeures. L'&#233;preuve de synth&#232;se est supprim&#233;e. Elle faisait, il est vrai, l'objet de critiques assez nombreuses : difficult&#233;s r&#233;currentes d'harmonisation des attentes pour les r&#233;ponses aux questions du travail pr&#233;paratoire, caract&#232;re r&#233;p&#233;titif de l'&#233;preuve puisque les r&#233;ponses aux questions pr&#233;paratoires devaient &#234;tre utilis&#233;es dans la question de synth&#232;se et risque de &#171; double peine &#187; en cas de mauvaises r&#233;ponses &#224; ces questions, aspect exag&#233;r&#233;ment formel de la formulation de la question de synth&#232;se. Elle est remplac&#233;e par une &#171; &#233;preuve compos&#233;e &#187; constitu&#233;e de 3 parties ind&#233;pendantes qui portent sur 4 chapitres diff&#233;rents du programme. La dissertation sur documents est maintenue, mais avec un dossier documentaire modifi&#233; et de nouvelles r&#232;gles dans le libell&#233; des sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle &#233;preuve est exigeante en termes de r&#233;citation de notions ou m&#233;canismes pr&#233;cis et tr&#232;s peu en mati&#232;re de probl&#233;matisation, argumentation, r&#233;daction, les d&#233;bats y sont proscrits. C'est cette interdiction du d&#233;bat qui provoque le m&#233;contentement des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de documents (essentiellement statistiques) du dossier accompagnant la dissertation est r&#233;duit et le libell&#233; doit &#233;viter d'induire un &#171; plan-type &#187;, donc &#171; Pourquoi &#8230; &#187; ou &#171; Montrer que &#8230; &#187; plut&#244;t que &#171; dans quelle mesure &#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouvelles &#233;preuves qui doivent s'appliquer pour le baccalaur&#233;at 2013 semblent en r&#233;sonance avec les nouveaux programmes b&#226;tis sur l'objectif de transmission des &#171; fondamentaux &#187; de l'&#233;conomie et de la sociologie. Elle rencontre l'hostilit&#233; d'une grande partie du corps enseignant et leur inqui&#233;tude sur l'incertitude ainsi g&#233;n&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.3. Limite de l'analyse : faible connaissance des curricula r&#233;els&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants, en particulier les plus novices s'appuient beaucoup sur les manuels. Ceux-ci proposent une interpr&#233;tation du texte officiel. Et les professeurs ne s'en tiennent g&#233;n&#233;ralement pas &#224; la lecture des programmes que les manuels proposent, souvent avec une certaine diversit&#233;. Ce travail d'interpr&#233;tation personnelle est important parce qu'il permet de mieux ma&#238;triser la mati&#232;re de l'enseignement en cherchant &#224; b&#226;tir pour soi-m&#234;me une coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, on connait peu les contenus effectivement enseign&#233;s et on ne conna&#238;t pas beaucoup mieux les contenus appris, si ce n'est &#224; travers le prisme de l'&#233;valuation finale au baccalaur&#233;at.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques recherches qui ont &#233;t&#233; conduites sur les pratiques professionnelles des enseignants de SES montrent clairement que les programmes sont interpr&#233;t&#233;s par les enseignants, parfois ils peuvent m&#234;me s'&#233;loigner de son &#171; esprit &#187; (enqu&#234;te conduite au d&#233;but des ann&#233;es 1990 (Chatel et alii 1995)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants op&#232;rent, pour partie consciemment pour partie moins, des choix didactiques en fonction de leur propre lecture du programme, du manuel utilis&#233;, de leur formation ou encore de la &#171; configuration &#187; particuli&#232;re des classes. Ainsi, une exp&#233;rimentation men&#233;e &#224; l'INRP (Chatel et alii 2000) a fait apparaitre qu'un projet commun &#224; deux professeurs pouvait conduire &#224; des cheminements de cours et, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, &#224; des savoirs assimil&#233;s par les &#233;l&#232;ves, diff&#233;rents. En d&#233;pit de la pr&#233;paration commune et de l'accord initial, des diff&#233;rences entre les deux enseignants, diff&#233;rences de &#171; style p&#233;dagogique &#187;, de conception du (des) savoir(s) et d'attentes vis &#224; vis des &#233;l&#232;ves, ont jou&#233;. Et, d'autre part, les deux classes &#233;taient tr&#232;s &#233;loign&#233;es quant &#224; l'esprit qui les animait. Les &#233;l&#232;ves y &#233;taient individuellement, mais aussi collectivement diff&#233;rents. Ce qui a facilit&#233; dans un cas et frein&#233; dans l'autre la f&#233;condation r&#233;ciproque des exp&#233;riences sociales et influenc&#233; le contenu des savoirs &#233;labor&#233;s dans les deux classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des enseignants de SES manifestent le souci de ne pas seulement transmettre des connaissances, mais aussi de fournir des outils de compr&#233;hension du monde et de construction d'un esprit critique. Ainsi comme l'exprime un professeur de SES &#224; l'occasion d'une enqu&#234;te (Chatel et alii 2002) &#171; les &#233;l&#232;ves sont aveugles aux d&#233;terminismes sociaux, le cours sur la socialisation peut &#234;tre le moment de les amener &#224; questionner ces habitus incorpor&#233;s dans les fa&#231;ons profondes de fonctionner &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, m&#234;me si l'&#233;cart entre le &#171; prescrit &#187; et le &#171; r&#233;el &#187; est certainement irr&#233;ductible, avec les deux derni&#232;res s&#233;ries de programme (2002 et surtout 2010-2011) les &#171; indications compl&#233;mentaires &#187;, qui font partie du programme, visent &#224; un encadrement plus strict des pratiques. On peut regretter qu'elles laissent, en cons&#233;quence, peu de place aux interrogations et aux discussions, il s'agit surtout de &#171; montrer &#187;, &#171; exposer &#187;, &#171; mettre en &#233;vidence &#187;, etc. Pr&#233;conisation il est vrai coh&#233;rentes avec l'objectif de transmettre des &#171; fondamentaux &#187; con&#231;us comme des outils pr&#234;ts &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. D&#233;bats et controverses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quel objet pour la discipline d'enseignement scolaire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une opposition se dessine entre les enseignants de SES d&#232;s la fin des ann&#233;es 1980 en relation &#224; la pluridisciplinarit&#233; des programmes. Contre la majorit&#233; des enseignants favorable &#224; une forme d'int&#233;gration des diverses disciplines acad&#233;miques constitutives des SES, une minorit&#233; active se montre, au contraire, tr&#232;s critique de la forme de pluridisciplinarit&#233; pratiqu&#233;e en SES, relayant ainsi le point de vue d'&#233;conomistes universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par leur interm&#233;diaire, cette critique a exerc&#233; une influence sur l'inspection et sur la r&#233;daction des programmes. Un professeur joue particuli&#232;rement un r&#244;le dans cette &#233;volution, il s'exprime tr&#232;s fr&#233;quemment dans les revues de la discipline et sur son blog. Alain Beitone d&#233;fend, d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1990, le point de vue selon lequel il faudrait s&#233;parer &#233;conomie et sociologie dans les SES. Il appuie son propos sur la th&#233;orie de la transposition didactique d'Yves Chevallard et sur l'id&#233;e que les m&#233;thodes scientifiques et les objets de ces deux disciplines sont nettement diff&#233;rents. Il faut, selon lui, diminuer l'&#233;cart entre les savoirs savants et les savoirs enseign&#233;s (Beitone et Legardez 1995) et renforcer ainsi la valeur scientifique de l'enseignement, contre les approximations et les id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la position oppos&#233;e s'expriment, de longue date &#233;galement, d'autres t&#233;nors de la profession. Ils sont, eux aussi dot&#233;s de ressources intellectuelles et/ou institutionnelles et &#224; ce titre susceptibles de faire autorit&#233;. C'est le cas notamment de Pascal Combemale ou encore de Christian Laval. Ils d&#233;fendent des points de vue qui convergent avec la position de l'association de sp&#233;cialistes, l'APSES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord ils d&#233;noncent l'un et l'autre inlassablement ce qui serait une fausse querelle men&#233;e par A. Beitone, &#233;tiquetant des opposants imaginaires &#224; l'enseignement des th&#233;ories. Ils d&#233;fendent la richesse d'un enseignement qui, acceptant l'&#233;tude &#171; d'objets probl&#232;mes &#187;, permet de croiser des points de vue divers et des approches diff&#233;rentes ; notamment au plan disciplinaire. Ils &#233;tablissent chacun &#224; leur fa&#231;on, un lien entre la vocation &#233;ducative de cet enseignement et sa perspective critique, ferment de d&#233;mocratie. &#171; L'aspect &#233;ducatif (attitude scientifique, esprit critique, sens de la responsabilit&#233; sociale, propension au questionnement, pratique du d&#233;bat), &#233;crit Laval (Laval 2008), est tout aussi important que l'aspect proprement cognitif &#187;. Quant &#224; Combemale, invit&#233; dans une manifestation publique de l'APSES en mars 2008, il &#233;tablit une relation forte entre l'&#233;ducation d&#233;mocratique &#224; laquelle les SES doivent contribuer &#224; ses yeux et leur contenu. Il parle des SES dans ces termes : &#171; Elles existent pour des raisons politiques parce qu'une d&#233;mocratie r&#233;elle a besoin de citoyens instruits participant activement &#224; la construction de leur destin&lt;br class='autobr' /&gt;
collectif. (&#8230;) C'est pourquoi notre enseignement part de ces questions, lesquelles font in&#233;vitablement d&#233;bat quand il s'agit d'enjeux majeurs pour notre soci&#233;t&#233; &#187; (Combemale 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe tout de m&#234;me des points d'accord. Tous les protagonistes s'accordent sur le caract&#232;re, disons pour faire simple, &#8220; pluridisciplinaire &#8221; de cet enseignement. Personne ne souhaite voir s'effacer l'une ou l'autre des principales r&#233;f&#233;rences savantes des SES. Quant &#224; l'approche scientifique des ph&#233;nom&#232;nes sociaux, nul ne d&#233;fend une position empiriste, tous s'accordent pour reconna&#238;tre le caract&#232;re construit de leur approche. Tous conviennent que les repr&#233;sentations que les &#233;l&#232;ves ont, avant l'enseignement, de ces ph&#233;nom&#232;nes constituent une forme de connaissance &#224; prendre en compte pour assurer l'enseignement. Tous enfin visent une connaissance qui, quand elle passe par la description, conduise &#224; interroger les moyens de la description et parfois la d&#233;passe pour engager la compr&#233;hension ou l'explication des ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un enseignement qui importe aux milieux patronaux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A diverses occasions, des groupes interviennent, parfois avec insistance, pour mettre publiquement en d&#233;bat le contour de l'enseignement &#233;conomique des lyc&#233;es. Ils sont issus de milieux &#171; &#233;conomiques &#187;, le plus souvent proches du patronat ou des milieux politiques situ&#233;s &#224; droite sur l'&#233;chiquier politique. Les th&#232;mes et les m&#233;thodes pour intervenir dans l'agenda politique sur cette question sont assez semblables d'une p&#233;riode &#224; l'autre : offensive sur la situation existante qui prend la forme d'articles critiques dans la presse &#233;conomique principalement relatifs aux contenus des manuels scolaires ; &#233;ventuellement &#233;tay&#233;s par des enqu&#234;tes ou des sondages ; cela sert &#224; saisir les instances politiques et tenter de demander la r&#233;union d'une commission pour faire bouger la dite situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1960-1970 : l'offensive sur ce th&#232;me vient du CNPF, qui met en avant l'inculture &#233;conomique des fran&#231;ais. Dans les ann&#233;es 1980, il s'agit plut&#244;t de modifier les contours de l'enseignement existant. L'offensive est celle des Club &#171; Perspectives et r&#233;alit&#233;s &#187;, club de r&#233;flexion &#233;conomique et social de la droite lib&#233;rale. Elle va &#234;tre relay&#233;e par des &#233;conomistes universitaires. C'est la perspective pluridisciplinaire des SES qui est vis&#233;e ainsi que sa p&#233;dagogie &#171; active &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000, la critique issue des milieux &#233;conomiques et patronaux reprend et s'organise syst&#233;matiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ensemble d'initiatives semble correspondre &#224; une m&#234;me intention d'intervention dans le curriculum. La critique ouverte et r&#233;p&#233;t&#233;e des manuels conduit le minist&#232;re &#224; cr&#233;er, d&#233;but 2008, une commission, dirig&#233;e par Roger Guesnerie, professeur d'&#233;conomie au coll&#232;ge de France, ayant pour mission d'examiner les manuels et au-del&#224; de donner des avis sur l'orientation de l'enseignement des SES au lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier mouvement est assez semblable aux pr&#233;c&#233;dents dans les m&#233;thodes, mais la volont&#233; d'influencer les contours de l'enseignement, le curriculum formel et le curriculum r&#233;el, est plus affirm&#233;e. Issu de milieux &#233;conomiques dirigeants, souvent patronaux, il manifeste, par son existence, l'importance sociale que repr&#233;sente, pour ceux-ci, l'information &#233;conomique et plus pr&#233;cis&#233;ment la vision qui est donn&#233;e de l'entreprise par l'enseignement scolaire. La volont&#233; d'intervenir sur le contenu et les m&#233;thodes montre que cet enseignement est consid&#233;r&#233; comme &#233;tant un rouage tr&#232;s important dans la construction de l'opinion et des repr&#233;sentations du monde &#233;conomique et social. Cela montre aussi que son contenu actuel ne convient pas aux attentes de ce groupe dans la mesure, pr&#233;cis&#233;ment peut-on supposer, o&#249; cet enseignement ne vise pas &#224; former des &#171; comportements &#187; &#233;conomiques, mais &#224; transmettre un savoir sur les comportements &#233;conomiques des agents sociaux, plus largement un savoir objectiv&#233; sur les interd&#233;pendances &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles relations des savoirs scolaires et des savoirs du champ scientifique et universitaire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux sortes d'influence d'ordre scientifique pr&#233;sident &#224; l'&#233;volution des contenus de l'enseignement des SES. Une logique acad&#233;mique qui se traduit par la baisse de la dimension historique dans les SES et la mont&#233;e de l'&#233;conomie, puis de la sociologie, la science politique restant toujours assez marginale. Cette logique disciplinaire tend &#224; chercher une forme d'alignement r&#233;ciproque entre les contenus scolaires et universitaires. Ainsi les savoirs scolaires se trouvent l&#233;gitim&#233;s par la caution universitaire. C'est cette logique acad&#233;mique que d&#233;crivent les travaux de la sociologie anglaise du curriculum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, une autre logique est &#233;galement visible. On trouve dans l'&#233;volution des contenus enseign&#233;s en SES un &#233;cho du poids relatifs des divers courants de pens&#233;e internes aux disciplines. Par l&#224; se r&#233;percutent dans l'histoire des SES les grandes fractures m&#233;thodologiques dans les sciences de la soci&#233;t&#233;. Au tout d&#233;but, les choix fondateurs sont effectu&#233;s par des chercheurs proches des historiens des Annales. Ils con&#231;oivent cet enseignement scolaire dans l'esprit qui anime leurs d&#233;marches de recherche, en profitant de cette opportunit&#233; institutionnelle et des appuis politiques qu'ils ont alors au minist&#232;re de l'Education nationale. La cr&#233;ation d'une nouvelle mati&#232;re d'enseignement leur ouvre un espace pour envisager un enseignement des questions &#233;conomiques et sociales de fa&#231;on innovante. Leur conception de cet enseignement est inspir&#233;e de leur propre fa&#231;on de travailler qui postule la compl&#233;mentarit&#233; des diverses sciences de la soci&#233;t&#233;. Ils font alors triompher cette option qui n'avait pas r&#233;ussi &#224; influer l'enseignement de l'histoire scolaire dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Ce faisant, ils font entrer dans l'enseignement une fa&#231;on de concevoir le travail historien et les sciences de la soci&#233;t&#233; qui n'est pas la seule et ne fait pas consensus. Ensuite, la transformation des programmes de SES dans les ann&#233;es 1980 fait dominer la dimension &#233;conomique dans les SES et donne le privil&#232;ge &#224; la macro&#233;conomie sur la micro&#233;conomie, partie des connaissances &#233;conomiques la plus susceptible d'accueillir les questions &#224; r&#233;sonance politique. De plus, cette orientation d'inspiration keyn&#233;sienne, ou m&#234;me parfois marxienne, critique &#224; l'&#233;gard de la pure logique de march&#233;, laisse place aux questions de soci&#233;t&#233; d&#233;j&#224; pr&#233;sentes dans les programmes. Il y a donc un changement de l'appui disciplinaire de l'enseignement scolaire des SES, mais une certaine continuit&#233; du point de vue des principes scientifiques dans la fa&#231;on de concevoir les sciences de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette orientation, favorable &#224; la critique de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; marchande, contrarie certains milieux &#233;conomiques. S'en suit une deuxi&#232;me sorte de tension &#224; partir de 1980 et surtout dans les ann&#233;es 2000 qui fait &#233;cho &#224; des conflits internes &#224; la pens&#233;e &#233;conomique. Une fois encore, c'est au plan de la m&#233;thode scientifique que se place la ligne de fracture relative &#224; l'orientation &#224; donner &#224; l'enseignement scolaire des SES, entre une conception de la science &#233;conomique comme science dure des faits &#233;conomiques versus une &#233;conomie politique, con&#231;ue comme science des faits sociaux dans leur dimension &#233;conomique. La premi&#232;re se fonde sur une hypoth&#232;se forte de rationalit&#233; des comportements et de pr&#233;vision du futur en termes de probabilit&#233;, la deuxi&#232;me refuse cet alignement de la pens&#233;e &#233;conomique sur des hypoth&#232;ses jug&#233;es trop restrictives. Elle pr&#233;conise une plus vaste pluralit&#233; interne des m&#233;thodes et une collaboration de l'&#233;conomie avec les autres sciences sociales. C'est la premi&#232;re qui triomphe dans les derniers projets de programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;saccords relatifs pour partie &#224; la m&#233;thode des sciences sociales se r&#233;percutent dans les choix relatifs aux programmes d'enseignement. D'une certaine fa&#231;on les parties en controverses au sein de ces sciences exportent leurs conflits sur un autre terrain en tentant d'exercer leur influence respective dans les programmes de l'enseignement scolaire en profitant du fait qu'elles sont consult&#233;es en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelle d&#233;marche didactique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire simple on peut distinguer chez les enseignants et formateurs d'enseignants deux visions diff&#233;rentes de cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est port&#233;e par un courant de travaux inspir&#233;s de la th&#233;orie de la transposition didactique de Chevallard (Beitone et Legardez 1995). Pour ces auteurs, les savoirs des &#233;l&#232;ves ressortissent de repr&#233;sentations sociales. Il faut donc craindre une prise trop directe de l'enseignement sur ces savoirs souvent incertains, incomplets, inexacts, porteurs d'id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs lorsqu'ils enseignent doivent prendre en compte ces savoirs d&#233;j&#224;-l&#224; de fa&#231;on &#224; ce que leur enseignement contribue &#224; r&#233;duire l'&#233;cart aux savoirs savants que ces repr&#233;sentations r&#233;v&#232;lent. Le didacticien, quant &#224; lui, travaille &#224; d&#233;busquer tous les d&#233;voiements et &#233;carts aux savoirs savants de r&#233;f&#233;rence qu'il peut trouver dans les programmes, les manuels ou m&#234;me dans les cours. Les auteurs parlent &#224; ce sujet d'assumer la transposition didactique. La norme de l'activit&#233; didactique doit donc &#234;tre l'alignement maximal aux savoirs savants de r&#233;f&#233;rence (Beitone et Hemdane 2007). S'introduit alors une deuxi&#232;me hypoth&#232;se relative &#224; ces savoirs savants de r&#233;f&#233;rence, qui sont con&#231;us comme n&#233;cessairement conformes aux d&#233;coupages en disciplines acad&#233;miques. La pluralit&#233; de courants de pens&#233;e au sein des disciplines est reconnue, le savoir savant disciplinaire de r&#233;f&#233;rence n'est pas un corpus unifi&#233;, ni consensuel. Ces auteurs proposent, &#224; la fois th&#233;oriquement (Beitone 2006) et pratiquement dans les manuels auxquels ils contribuent, que l'on donne d'entr&#233;e de jeu aux &#233;l&#232;ves les cl&#233;s m&#233;thodologiques et &#233;pist&#233;mologique de cette pluralit&#233; ; des pr&#233;ambules ou introductions aux parties &#233;conomiques ou sociologiques doivent pr&#233;venir l'&#233;l&#232;ve de ces principes diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proposition ne rencontre pas l'adh&#233;sion majoritaire des enseignants aux yeux desquels ces pr&#233;cautions m&#233;thodologiques, ne pouvant &#234;tre comprises des &#233;l&#232;ves, resteront de pure forme. Un autre point de vue didactique est exprim&#233; dans divers &#233;crits de professeurs qui r&#233;fl&#233;chissent &#224; leur fa&#231;on d'enseigner. Il porte, pour l'essentiel, sur la prise en charge du passage de la connaissance qu'ont d&#233;j&#224; les &#233;l&#232;ves des faits sociaux &#224; leur conceptualisation et th&#233;orisation dans les sciences de la soci&#233;t&#233;. Cela produit deux sortes de r&#233;flexions, les unes relatives &#224; l'organisation de la progression de l'&#233;tude, les autres relatives aux d&#233;coupages des &#233;l&#233;ments &#224; &#233;tudier dans les programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de la progression de l'enseignement, Luc Simula, professeur collaborant aux travaux de l'INRP, d&#233;fend un principe didactique de progression du complexe au simple (Chatel et alii 2000). Celui-ci stipule de ne pas refuser la connaissance que les &#233;l&#232;ves ont du monde &#233;conomique et social, au pr&#233;texte qu'elle serait &#171; non scientifique &#187;, mais de l'enrichir, de l'organiser, pour passer &#224; l'analyse puis &#224; la conceptualisation et, &#233;ventuellement, &#224; la th&#233;orie. Ainsi la progression de l'enseignement ne va pas du simple au complexe selon la figure de l'embo&#238;tement, de la complexification ou de la combinaison d'&#233;l&#233;ments simples, mais du particulier (qui est complexe) au g&#233;n&#233;ral (ce qui simplifie). Soin et Grosse (Chatel et alii 2000), emploient l'expression de &#171; distillation du r&#233;el &#187; pour d&#233;crire le passage du foisonnement de l'exp&#233;rience &#224; sa conceptualisation. Il s'agit l&#224; d'insister sur le temps que prend le passage de ce qui est familier et connu des &#233;l&#232;ves, des questions qui sont &#233;ventuellement les leurs, &#224; un autre niveau de connaissance. Jean et Rallet (Jean et Rallet 2009) pr&#233;conisent alors d'organiser le programme autour de l'&#233;tude d'objets du monde social en proc&#233;dant en spirale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci conduit &#224; un deuxi&#232;me th&#232;me de r&#233;flexion didactique relatif aux objets mis &#224; l'&#233;tude. L'interpr&#233;tation des programmes comme construits autour d'objet-probl&#232;mes l&#233;gitime scientifiquement les choix didactiques constitutifs des SES et est reprise par l'APSES qui l'utilise pour d&#233;fendre une sp&#233;cificit&#233; des SES et un mode de constitution d'un enseignement pluridisciplinaire int&#233;gr&#233;. Mais cette entr&#233;e par les &#171; objets &#187; ou &#171; les questions &#187; est &#233;galement envisag&#233;e en relation avec la motivation des &#233;l&#232;ves suppos&#233;e plus forte en prenant pour point de d&#233;part des th&#232;mes qui d&#233;j&#224; les questionnent et les int&#233;ressent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons d'abord revenir sur le r&#244;le important des professeurs de SES eux-m&#234;mes, les &#171; t&#233;nors &#187; mais aussi, collectivement, en particulier &#224; travers leur association professionnelle, dans les &#233;volutions de la discipline. Aux diff&#233;rents moments-cl&#233;s, ils ont &#233;t&#233; pr&#233;sents dans les instances officielles, les forums de discussion, la presse, ou la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cela a pu &#234;tre vu plus haut, ce r&#244;le est intervenu dans l'&#233;laboration d'une m&#233;thode p&#233;dagogique particuli&#232;re, dans la construction d'une d&#233;marche didactique en tension entre les deux orientations qui cohabitent au sein de la discipline, mais encore dans l'&#233;volution des programmes d'enseignement. Leur interpr&#233;tation par les enseignants bien s&#251;r, leur &#233;laboration aussi, tant par leur participation aux groupes charg&#233;s de leur construction et leur participation aux d&#233;bats qui traversent la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette conclusion, nous voudrions r&#233;fl&#233;chir sur deux points : la question de la d&#233;mocratisation et les pistes possibles pour un enseignement renouvel&#233; de sciences &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;mocratisation et SES&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sciences &#233;conomiques et sociales ont toujours (sauf en seconde depuis les ann&#233;es 80) &#233;t&#233; associ&#233;es &#224; une s&#233;rie, B puis E.S. Il est donc bien difficile de distinguer l'une et l'autre, d'autant que la notion m&#234;me de d&#233;mocratisation peut faire l'objet d'acceptions diverses. Quatre aspects peuvent &#234;tre &#233;voqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation entendue comme &#171; massification &#187; : la s&#233;rie B a attir&#233; ou du moins accueilli des flux suppl&#233;mentaires d'&#233;l&#232;ves. Le nombre de bacheliers B est multipli&#233; par trois entre 1970 et 1980, tandis que le nombre total de bacheliers n'augmente que d'un tiers : la s&#233;rie B a &#233;t&#233; un vecteur essentiel de cette premi&#232;re &#171; d&#233;mocratisation quantitative &#187; du lyc&#233;e. Au total, de 1970 &#224; 1990, le nombre de bacheliers g&#233;n&#233;raux augmente d'un peu plus de 100 000, dont environ la moiti&#233; au titre des bacheliers B. Apr&#232;s 1985 l'&#171; explosion &#187; du lyc&#233;e est largement due aux bacs technologiques, puis aux baccalaur&#233;ats professionnels. Cependant, il est remarquable que le poids relatif des bacheliers B puis ES se maintienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation comme &#171; &#233;galisation &#187; : la s&#233;rie B/ES a-t-elle contribu&#233; &#224; l'ouverture du lyc&#233;e aux enfants de cat&#233;gories populaires ? Modestement : les travaux de Bernard Convert (Convert 2003) montrent que, en 1987 comme en 2001, la composition sociale de la s&#233;rie B/ES est proche de celles de la D/S-SVT ou A/L, &#224; &#233;gale distance de la S Maths et des s&#233;ries technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation comme &#171; ouverture culturelle &#187; : Les SES ont-elles contribu&#233; &#224; une d&#233;mocratisation des savoirs scolaires ? En offrant aux jeunes une ouverture sur un ordre de r&#233;alit&#233; et des mani&#232;res de la comprendre auxquels ils avaient &#233;t&#233; peu habitu&#233;s jusque-l&#224;, les SES apportent une double contribution : collectivement, elles offrent &#224; un nombre croissant de jeunes en formation des grilles d'analyse, des concepts pour saisir le monde dans ses dimensions &#233;conomiques, sociales, politiques. Individuellement, elles fournissent &#224; ceux des jeunes qui veulent s'en saisir des outils pour, tout &#224; la fois, penser leur singularit&#233; et les d&#233;terminismes sociaux qui les animent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'ouverture sur les sciences de la soci&#233;t&#233; que constituent les SES est aussi une ouverture sur un r&#233;gime de v&#233;rit&#233; et d'argumentation particuliers. Ce r&#233;gime particulier de v&#233;rit&#233; et d'argumentation, pourvu qu'il ne conduise pas au relativisme int&#233;gral ou au refus de th&#233;oriser, participe &#224; la formation d'esprits tourn&#233;s vers le doute, la discussion, la confrontation des points de vue : qualit&#233;s n&#233;cessaires &#224; une d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La d&#233;mocratisation comme produit des pratiques p&#233;dagogiques : les pratiques p&#233;dagogiques revendiqu&#233;es en SES sont-elles d&#233;mocratiques ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, de quelles m&#233;thodes s'agit-il ? Au cours des ann&#233;es 70, quand la discipline nouvelle s'installe dans le syst&#232;me scolaire, un mod&#232;le p&#233;dagogique est progressivement exp&#233;riment&#233;, bas&#233; principalement sur le travail sur document. Le cours magistral est vivement critiqu&#233; car il ne permet pas une r&#233;elle activit&#233; intellectuelle de la part des &#233;l&#232;ves. Les professeurs, encourag&#233;s et aid&#233;s mat&#233;riellement par leur inspection de l'&#233;poque, &#233;laborent des dossiers documentaires, qui circulent dans la communaut&#233; enseignante. Ils se pr&#233;sentent sous la forme d'un recueil de textes, de statistiques, et s'accompagnent le plus souvent de questions guidant le travail des &#233;l&#232;ves. Ainsi s'affirme une certaine conception de cet enseignement, qui perdure aujourd'hui, dont le recours &#224; une p&#233;dagogie active est le ciment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail sur document devient le support essentiel de cet enseignement ; il est confort&#233; par l'&#233;preuve du baccalaur&#233;at qui se pr&#233;sente sous la forme d'une dissertation accompagn&#233;e d'un dossier documentaire. Les manuels scolaires s'adaptent &#224; ces pratiques enseignantes et soulagent les professeurs dans leur t&#226;che de confection de dossiers documentaires : citons pour m&#233;moire le manuel Hatier, publi&#233; en 1978 sous la direction de J. Br&#233;mond qui se compose de plusieurs regroupements de documents permettant de traiter dans leur totalit&#233; le programme de seconde. L'activit&#233; des &#233;l&#232;ves est guid&#233;e, des documents de sensibilisation et de pr&#233;sentation des faits pr&#233;c&#232;dent des documents plus analytiques. Les auteurs n'interviennent que tr&#232;s bri&#232;vement pour pr&#233;senter le dossier ; il est sp&#233;cifi&#233; sans autres commentaires que l'exploitation de celui-ci sera conduite par le professeur. Pr&#233;fac&#233; par H. Lanta, alors Inspecteur, ce manuel l&#233;gitime en quelque sorte cette m&#233;thode p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution des programmes au cours des ann&#233;es 80, l'&#233;preuve de la classe ont conduit &#224; une certaine homog&#233;n&#233;isation des manuels. Les documents sont plus courts, syst&#233;matiquement accompagn&#233;s de questions pr&#233;cises. Ils sont ins&#233;r&#233;s dans un plan de cours, des synth&#232;ses r&#233;sument les chapitres. Des exercices, des fiches m&#233;thodes sur les savoir-faire guident le travail des &#233;l&#232;ves. Malgr&#233; cette &#233;volution qui t&#233;moigne d'une &#171; scolarisation &#187; de la discipline, le travail sur document, le recours &#224; l'actualit&#233;, les recherches documentaires, l'usage de l'informatique demeurent des r&#233;f&#233;rences communes aux professeurs de SES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en &#339;uvre de ces m&#233;thodes &#171; actives &#187; n'ob&#233;it pas &#224; un objectif de d&#233;mocratisation, mais &#224; un souci p&#233;dagogique g&#233;n&#233;ral de mise en activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves, qui peut se d&#233;cliner selon diff&#233;rentes modalit&#233;s (Chatel, Grosse, Richet 2002) : construire des r&#233;f&#233;rences communes au sein de la classe, enrichir et structurer l'observation de la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et sociale, organiser et nourrir l'activit&#233; de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, m&#234;me si la profession continue &#224; s'y r&#233;f&#233;rer, par exemple quand elle proteste contre la lourdeur des programmes qui emp&#234;cherait le recours aux m&#233;thodes actives, on manque d'enqu&#234;te pr&#233;cise r&#233;cente et suffisamment document&#233;e pour savoir ce qu'il en est en r&#233;alit&#233; des m&#233;thodes p&#233;dagogiques pratiqu&#233;es en classe de sciences &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;serves n'interdisent pas de s'interroger sur le statut des p&#233;dagogies actives en mati&#232;re de d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation est souvent entendue au sens de r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves de milieux populaires. Les p&#233;dagogies actives dont se r&#233;clament g&#233;n&#233;ralement les professeurs de SES sont-elles plus ou moins favorables &#224; l'apprentissage des &#233;l&#232;ves les moins familiaris&#233;s, par leur socialisation primaire, avec les codes scolaires ? Les travaux de recherche sont plut&#244;t r&#233;serv&#233;s - voire critiques &#8211; vis-&#224;-vis de ces p&#233;dagogies en terme d'apprentissage pour les &#233;l&#232;ves les moins bien dot&#233;s en capital socio-scolaire. Mais ces recherches ont le plus souvent &#233;t&#233; conduites au niveau du primaire, ou bien dans des disciplines o&#249; le poids du capital culturel et linguistique est plus fort. Concernant les SES, de la seule enqu&#234;te de terrain, celle de &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur14' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau&lt;/a&gt; (Deauvieau 2007 et 2009), il ressort que quand ces m&#233;thodes actives d&#233;rivent en &#171; activisme langagier &#187;, elles sont sources de malentendus et peu propices &#224; l'apprentissage. Mais portant sur un effectif r&#233;duit d'enseignants d&#233;butants ces conclusions demanderaient &#224; &#234;tre confirm&#233;es. De la m&#234;me fa&#231;on, il faudrait &#233;tudier de fa&#231;on approfondie si les manuels utilis&#233;s en SES sont les plus &#224; m&#234;me d'aider les &#233;l&#232;ves &#224; l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, en termes de valeurs, on peut soutenir que ce sont des p&#233;dagogies &#171; d&#233;mocratiques &#187;. La confrontation aux documents (certes choisis, s&#233;lectionn&#233;s...) est un succ&#233;dan&#233; d'exp&#233;rience. Le souci de prendre en compte l'exp&#233;rience sociale pour &#233;ventuellement la d&#233;construire et l'enrichir, la confrontation, le d&#233;bat : ces dimensions des p&#233;dagogies actives semblent plus porteuses de valeurs d&#233;mocratiques que les p&#233;dagogiques &#171; impositives &#187; traditionnelles. Le projet de conduire les &#233;l&#232;ves &#224; une autonomie en mati&#232;re d'acquisition de connaissances semble participer de cette &#171; d&#233;mocratie p&#233;dagogique &#187; (sous r&#233;serve bien s&#251;r que des pratiques p&#233;dagogiques de ce type soient effectivement mises en &#339;uvre dans les classes en SES...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques propositions pour les sciences &#233;conomiques et sociales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne nous appartient pas de faire des propositions de programme ou plus largement de transformation de l'enseignement de sciences &#233;conomiques et sociales, car de telles propositions devraient proc&#233;der d'une &#233;laboration d&#233;mocratique. Par contre, nous pouvons avancer un &#171; discours de la m&#233;thode &#187;, des principes qu'il nous semble souhaitable de respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, cet enseignement ayant fait ses preuves, il para&#238;t raisonnable de respecter ce qui existe quand cela marche assez bien. Si des &#233;volutions sont souhaitables, un bouleversement (des objectifs, des orientations, des contenus) ne l'est certainement pas d&#232;s lors qu'aucun bilan n&#233;gatif relatif &#224; ce qui se passe dans les classes ne le justifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il faut admettre que la l&#233;gitimit&#233; scientifique &#8211; n&#233;cessaire &#8211; des savoirs &#224; enseigner n'&#233;puise pas la question des choix curriculaires. Entre &#233;galement en jeu la capacit&#233; des enseignants &#224; se les approprier et &#224; rendre ainsi ces contenus enseignables, ce qui peut supposer des &#233;laborations didactiques et des compl&#233;ments de formation, donc du temps. Par ailleurs sur les questions curriculaires il y a des luttes de groupes aux int&#233;r&#234;ts parfois divergents. Les contenus enseign&#233;s ont une dimension politique, ils traduisent des finalit&#233;s assign&#233;es &#224; l'enseignement. Par exemple, une vision utile de l'enseignement peut s'opposer &#224; une vision plus humaniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs du fait de cette dimension politique des contenus qu'en tant qu'analystes nous n'avons pas de l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique pour nous exprimer sur l'orientation des contenus &#224; enseigner ; c'est &#233;galement la raison pour laquelle la proc&#233;dure d'&#233;laboration des contenus &#224; enseigner a de l'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#171; principe &#187; : avant tout changement, il faut prendre le temps d'un bilan v&#233;ritable. Savoir ce qui s'enseigne en classe (curricula r&#233;els) et ce qui marche (contenu et m&#233;thodes). Pourtant ces bilans pr&#233;alables, bien que r&#233;guli&#232;rement r&#233;clam&#233;s ne sont jamais effectu&#233;s. Il faudrait s'interroger &#224; ce sujet : court-termisme de l'action politique, effet d'annonce. Pourquoi les difficult&#233;s d'apprentissage des &#233;l&#232;ves et, corr&#233;lativement, les difficult&#233;s d'enseignement des professeurs sont-elles syst&#233;matiquement sous-estim&#233;es ? Pour les managers de l'&#233;ducation, il semble que des savoirs inscrits dans des programmes sont &#171; n&#233;cessairement &#187; enseign&#233;s, transmis et assimil&#233;s. Comme si le r&#233;el se pliait tout aussi n&#233;cessairement au prescrit. Notons, pour le d&#233;plorer, que l'inspection de sciences &#233;conomiques et sociales a accept&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es de se situer dans cette logique au d&#233;triment d'un projet &#224; dimension plus &#233;ducative dont elle fut autrefois porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'ils sont les premiers acteurs de leur mise en &#339;uvre, les professeurs doivent &#234;tre &#233;troitement associ&#233;s au bilan des programmes. Les parents doivent &#233;galement &#234;tre consult&#233;s et, parce que les programmes d'enseignement sont des choix collectifs sur les savoirs &#224; transmettre, un Conseil sup&#233;rieur de l'&#233;ducation r&#233;nov&#233; devrait permettre de consulter plus largement les citoyens, la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &#233;l&#232;ves il faudrait pouvoir tester leur r&#233;ception des contenus, leur attitude vis-&#224;-vis des m&#233;thodes. Il y a l&#224; tout un chantier de r&#233;flexion &#224; ouvrir sur les fa&#231;ons d'y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants devraient &#234;tre beaucoup plus pr&#233;sents dans les groupes charg&#233;s de l'&#233;laboration des programmes qu'ils ne l'ont &#233;t&#233; dans les plus r&#233;cents &#171; groupes d'experts &#187;. En compl&#233;ment du souci de valeur scientifique, les enseignants &#171; de terrain &#187; sont porteurs d'une exp&#233;rience p&#233;dagogique, d'un souci de faisabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il nous semble souhaitable d'envisager des proc&#233;dures d'exp&#233;rimentation-ajustement &#171; en continu &#187; des programmes. Il faut mettre en place des proc&#233;dures de suivi des pratiques en collaboration avec les praticiens, &#233;viter les bouleversements incessants et agressifs &#224; leur &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela exigerait de faciliter le d&#233;veloppement de &#171; professionnels experts &#187;, &#171; praticiens r&#233;flexifs &#187; qui prennent le temps de th&#233;oriser leur pratique et faire partager en retour ces r&#233;flexions. Cet aspect qui &#233;tait port&#233; par les projets de l'INRP dans les ann&#233;es 60-70 est aujourd'hui m&#233;connu par l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rep&#232;res et r&#233;f&#233;rences statistiques&lt;/i&gt; 2011, MEN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beitone Alain, &lt;i&gt;La place des th&#233;ories dans l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales. Une tentative d'&#233;claircissement&lt;/i&gt;, 2006, en ligne sur &lt;a href=&#034;http://www.eloge-des-ses.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.eloge-des-ses.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beitone Alain et Legardez Alain &#171; Enseigner les sciences &#233;conomiques et sociales, pour une approche didactique &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt; n&#176; 112, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beitone Alain et Hemdane Estelle, &lt;i&gt;Le concept de justice sociale dans le programme et les manuels de SES de terminale ES : Une nouvelle &#233;nigme didactique&lt;/i&gt;, 2007, en ligne sur &lt;a href=&#034;http://www.eloge-des-ses.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.eloge-des-ses.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benatou&#239;l Thomas, &#171; Le rapport &#224; la norme p&#233;dagogique : le cas des SES &#187;, &lt;i&gt;DEES&lt;/i&gt; n&#176; 109, octobre 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chatel et alii, &lt;i&gt;March&#233;s et prix, savoirs enseign&#233;s et fa&#231;ons d'enseigner en classe de sciences &#233;conomiques et sociales&lt;/i&gt;, INRP 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chatel et alii, &lt;i&gt;&#201;l&#232;ves et professeurs en classe de sciences &#233;conomiques et sociales, P&#233;dagogies actives et activit&#233; intellectuelle de l'&#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;, INRP 2000, (chapitre 5, Un projet &#8230; deux trajectoires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chatel et alii, &lt;i&gt;Apprendre la sociologie au lyc&#233;e, une &#233;valuation des connaissances des &#233;l&#232;ves en classe de premi&#232;re &#233;conomique et sociale&lt;/i&gt;, INRP 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chatel Elisabeth, Grosse G&#233;rard, Richet Adeline, &lt;i&gt;Professeur de sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e, un m&#233;tier et un art&lt;/i&gt;, Hachette 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combemale Pascal, &lt;i&gt;Les SES existent pour des raisons politiques et sont attaqu&#233;es pour des raisons politiques&lt;/i&gt;, 2008, en ligne sur &lt;a href=&#034;https://www.idies.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.idies.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convert Bernard : &#171; Les contradictions de la d&#233;mocratisation scolaire &#187;, &lt;i&gt;ARSS&lt;/i&gt; n&#176;149 - 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deauvieau J&#233;r&#244;me, &#171; Observer et comprendre les pratiques enseignantes &#187;, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, n&#176;1, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deauvieau J&#233;r&#244;me, &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire. L'entr&#233;e des nouveaux professeurs dans le m&#233;tier&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Gis&#232;le et Rallet Daniel : &#171; A la recherche des professeurs de SES &#187;, &lt;i&gt;DEES&lt;/i&gt; n&#176; 94, d&#233;cembre 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Gis&#232;le et Rallet Daniel, &#171; Une conception innovante des programmes &#187;, &lt;i&gt;Cahiers p&#233;dagogiques&lt;/i&gt; n&#176; 472, avril 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laval Christian, &lt;i&gt;Le rapport Guesnerie et la liquidation des SES&lt;/i&gt;, 2008, en ligne sur &lt;a href=&#034;https://www.idies.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.idies.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'enseignement de la technologie de 1960 &#224; nos jours : r&#233;formes et d&#233;bats</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article150</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article150</guid>
		<dc:date>2012-09-11T16:00:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Harl&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Enseignement professionnel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1962-1976 : les premi&#232;res tentatives d'introduction de la technologie au coll&#232;ge &lt;br class='autobr' /&gt;
1 - La technologie &#171; Capelle &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Capelle est l'initiateur du premier enseignement de technologie en 1962. La formation qu'il a suivie, le parcours professionnel qu'il a effectu&#233; ax&#233; sur la recherche appliqu&#233;e, l'ont amen&#233; &#224; d&#233;fendre un enseignement qui valorise les applications pratiques. Jean Capelle est agr&#233;g&#233; de math&#233;matiques, mais &#233;galement physicien, sp&#233;cialiste de m&#233;canique et auteur d'une th&#232;se sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Histoire des disciplines&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot19" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;Enseignement professionnel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/arton150-2f9c1.jpg?1790689102' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1962-1976 : les premi&#232;res tentatives d'introduction de la technologie au coll&#232;ge&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 -&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;La technologie &#171; Capelle &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Capelle est l'initiateur du premier enseignement de technologie en 1962&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. circulaire du 7 septembre 1962 qui a pour objet l'&#034;Enseignement de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La formation qu'il a suivie, le parcours professionnel qu'il a effectu&#233; ax&#233; sur la recherche appliqu&#233;e, l'ont amen&#233; &#224; d&#233;fendre un enseignement qui valorise les applications pratiques. Jean Capelle est agr&#233;g&#233; de math&#233;matiques, mais &#233;galement physicien, sp&#233;cialiste de m&#233;canique et auteur d'une th&#232;se sur la m&#233;canique rationnelle. Il m&#232;ne des recherches aux usines Citro&#235;n et participe en 1935 &#224; la mise au point des automobiles &#224; traction avant, avant de diriger en 1943, la Soci&#233;t&#233; d'&#233;tudes de l'industrie de l'engrenage &#224; Paris. Recteur de l'acad&#233;mie de Nancy de 1949 &#224; 1954, il cr&#233;e &#224; Lyon en 1957 le premier Institut des sciences appliqu&#233;es (INSA), puis est appel&#233; en 1961 aux fonctions de Directeur g&#233;n&#233;ral de la p&#233;dagogie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette direction a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e afin de coiffer les trois directions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale par le ministre Lucien Paye, fonctions qu'il quitte en 1964. Jean Capelle sera &#233;galement rapporteur de la loi de 1971 concernant les enseignements technologiques et professionnels. Cette loi contiendra une critique du syst&#232;me &#233;ducatif, qu'elle souhaite davantage ancr&#233; dans la r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple l'article 2 : &#034;les enseignements scolaires et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technologie est &lt;i&gt;une d&#233;marche inductive o&#249; la fabrication est pr&#233;texte &#224; la d&#233;couverte des lois physiques qui d&#233;terminent le fonctionnement des objets. Les liens avec les sciences physiques sont fr&#233;quemment postul&#233;s dans les programmes.&lt;/i&gt; La technologie s'appuie sur et introduit des notions de sciences physiques. Ainsi parmi les &#233;l&#233;ments propos&#233;s en 1963 dans les programmes des classes de 4&#232;me, on trouve : &#034;les notions de force, de couple, de pression, le principe des leviers (&#8230;). L'&#233;tude des fonctions m&#233;caniques organis&#233;es par l'homme, leur logique, constitue une discipline capable de jouer un r&#244;le tremplin pour permettre d'aborder, avec le maximum de succ&#232;s, d&#232;s le d&#233;but du cycle de maturit&#233;, les sciences physiques&#8230; (Capelle J., 1966, p. 63).&#034; &#034;Cette discipline qui pourrait s'appeler m&#233;canique aussi bien que technologie, s'appuie &#8230;.. sur des propri&#233;t&#233;s physiques tout &#224; fait courantes. C'est une initiation g&#233;n&#233;rale aux sciences exp&#233;rimentales (Capelle J., 1963, p. 22).&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 - La commission Lagarrigue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Lagarrigue est polytechnicien, professeur de physique et chercheur en physique des particules. Il appartient &#224; cette nouvelle g&#233;n&#233;ration de physiciens qui d&#233;veloppent, &#224; partir des ann&#233;es cinquante, des applications pratiques de leurs recherches, utiles dans le monde &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commission Lagarrigue &#034;a comp&#233;tence pour toute question relative &#224; l'enseignement de la physique, de la chimie et de la technologie&#034;. La pr&#233;sence de la technologie au sein d'une commission charg&#233;e de la r&#233;forme des sciences physiques &#233;tonne. Elle se comprend en tant que discipline de sciences exp&#233;rimentales, oppos&#233;e aux math&#233;matiques. La composition de la commission se d&#233;cline nettement en faveur des sciences physiques. La commission est constitu&#233;e ainsi du Pr&#233;sident de l'Union des physiciens (Georges Guinier), d'enseignants de physique et de chimie du second degr&#233; et de classes pr&#233;paratoires, d'Inspecteurs g&#233;n&#233;raux de physique et de chimie (MM. Picoux et Cessac). Le rapporteur est lui-m&#234;me un physicien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun inspecteur g&#233;n&#233;ral des techniques industrielles ne fait partie de la commission, comme le d&#233;plore A. Alauze, doyen, dans un courrier adress&#233; le 11 octobre 1971 &#224; Andr&#233; Lagarrigue : &#034;Il est de fait que les inspecteurs g&#233;n&#233;raux des techniques industrielles ont toujours regrett&#233; de ne plus &#234;tre associ&#233;s &#224; l'animation de l'enseignement de la technologie dans les classes de premier cycle et ont &#233;t&#233; surpris de constater qu'aucun d'entre nous ne faisait partie es-qualit&#233; de votre commission d'&#233;tudes qui accueillait par contre la quasi-totalit&#233; de nos coll&#232;gues de physiques (Lebeaume J., 1996, p. 27). &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs de travaux manuels et de sciences physiques revendiqueront l'enseignement de cette technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La massification de l'enseignement secondaire et donc l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des niveaux scolaires justifient, aux yeux de l'Union des physiciens, &lt;i&gt;un enseignement plus concret, plus ax&#233; vers l'exp&#233;rimentation, pris en charge par les professeurs de sciences physiques&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La technologie tend &#224; devenir une nouvelle discipline abstraite alors que son introduction dans l'enseignement doit servir &#224; donner aux &#233;l&#232;ves le go&#251;t de l'exp&#233;rimentation. (&#8230;) L'entr&#233;e dans les sections scientifiques du second cycle ne doit pas &#234;tre enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e par l'aptitude au raisonnement math&#233;matique. Un enseignement ax&#233; sur la manipulation repr&#233;sente, de plus, un pas vers la d&#233;mocratisation de l'enseignement car l'in&#233;galit&#233; due au milieu social s'y manifeste. L'enseignement de la technologie doit donc se diversifier, devenir une initiation aux sciences exp&#233;rimentales, r&#233;pondre aux questions que se posent les &#233;l&#232;ves sur les techniques qu'ils c&#244;toient tous les jours (Le Monde, 22 mars 1974. L'article a occasionn&#233;, deux mois plus tard, des r&#233;actions de la part du Pr&#233;sident de l'Association des professeurs d'initiation technologique : &#034;Technologie et quincaillerie&#034;, Le Monde, 22 mai 1974, p. 16).&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rimentation d'un enseignement de technologie confi&#233; &#224; des professeurs de sciences physiques s'expliquera en fait en partie par des raisons institutionnelles de recrutement. En effet, en 1968-69, une initiation &#224; l'enseignement de la physique-chimie est mise en place dans le premier cycle. Un facteur important joue un r&#244;le d&#233;cisif dans l'adoption de ces programmes : ce facteur est relatif &#224; la possibilit&#233; de maintenir une assez large ouverture au CAPES de sciences physiques, &#224; condition que les jeunes professeurs enseignent la technologie dans le premier cycle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 - Une approche plus imm&#233;diate des r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques&lt;/strong&gt; : les modules de &#171; techniques de fabrication &#187; des ing&#233;nieurs des Arts et M&#233;tiers et professeurs de l'enseignement technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association de la technologie aux sciences exp&#233;rimentales est loin de faire l'unanimit&#233;. Un autre groupe de personnes, issues de l'enseignement technique, s'interroge sur le bien-fond&#233; de la d&#233;nomination &#034;technologie&#034;, lui pr&#233;f&#233;rant celle &#034;d'enseignement technique&#034;, &lt;i&gt;l&#233;gitimant un enseignement plut&#244;t ax&#233; sur l'activit&#233; de travail, la fabrication&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tymologie grecque associe la technique [techn&#232;] &#224; un savoir pratique, qui n'est pas d&#233;riv&#233; de la science : &#034;[La technique] n'est pas une science appliqu&#233;e (&#8230;) Elle op&#232;re sur ces r&#233;alit&#233;s mouvantes du monde terrestre, qui constituent, aux yeux du Grec, le domaine de l'&#224;-peu-pr&#232;s, auquel ne s'appliquent ni exacte mesure, ni calcul pr&#233;cis. Elle a donc un autre objet et se situe sur un autre plan que la science. La pratique technique n'a pas recours aux math&#233;matiques ; elle ne cherche pas &#224; exp&#233;rimenter, elle agit par t&#226;tonnements&#034; (Descolonges M., 1996, p. 127).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position renvoie au d&#233;bat sur la valeur &#034;intellectuelle&#034;, &#034;culturelle&#034; de la technique. Certains philosophes, comme G. Simondon et historiens des techniques, comme B. Gilles, essayent de lever l'ambigu&#239;t&#233; entre connaissance empirique et connaissance technique et montrent la parit&#233; de niveau, sur le plan du sch&#232;me mental entre l'activit&#233; technique et l'activit&#233; scientifique : &#034;La distinction entre science et technique proc&#232;de fondamentalement de ce que la premi&#232;re vise la connaissance, la seconde l'action efficace. (&#8230;) Tout au long de l'histoire de la technique, cette diff&#233;rence &#8230; a &#233;t&#233; la source de tensions, voire d'oppositions, d'incompr&#233;hensions mutuelles assez vives entre l'homme de la science et l'homme de la technique. Chez le premier domine un souci de puret&#233; de la connaissance et un primat de la 'contemplation' qui le conduit &#224; accorder peu d'estime &#224; ceux qui se pr&#233;occupent avant tout d'action efficace. (&#8230;) Nous observons que l'histoire est loin de v&#233;rifier la conception, assez courante, selon laquelle la technique ne serait finalement qu'une application de la science. (&#8230;) Maintes fois en effet nous nous trouvons en pr&#233;sence d'un 'faire' qui ne proc&#232;de aucunement d'un savoir pr&#233;sentant les caract&#232;res du savoir scientifique. Il est cependant fr&#233;quemment un v&#233;ritable savoir, mais surtout un savoir en actes (Gilles B., pp. 1112-1113).&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette acception de la technique comme d'un savoir en actes est celle, pour une part, de personnalit&#233;s ing&#233;nieurs des Arts et M&#233;tiers, comme Maurice Combarnous, J. Seguin, Lucien G&#233;minard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ils interviennent &#224; l'&#233;poque par le biais d'articles parus dans diverses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucien G&#233;minard est Inspecteur g&#233;n&#233;ral de l'Enseignement technique et conseiller pour l'Enseignement technique aupr&#232;s du recteur Jean Capelle. Il est membre de la Commission Lagarrigue et prendra part, par la suite, aux diff&#233;rentes commissions minist&#233;rielles de r&#233;flexion sur l'enseignement de la technologie. Il &#233;dite la premi&#232;re fiche documentaire d'Education manuelle et technique en 1977. Il pr&#233;side &#224; partir de 1983 la Commission permanente de r&#233;flexion sur la technologie (COPRET).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception est partag&#233;e, pour une autre part, par un ensemble de professeurs de l'enseignement technique et en particulier de professeurs de l'Ecole normale nationale d'apprentissage (ENNA) de Paris Nord, membres de la commission Lagarrigue : Jean Chabal, Ren&#233; Ducel &#8211;par ailleurs pr&#233;sident de l'Association fran&#231;aise pour le d&#233;veloppement de l'enseignent technique (AFDET). Andr&#233; Campa, ing&#233;nieur des Arts et m&#233;tiers et de l'Ecole sup&#233;rieure d'&#233;lectricit&#233;, fait partie de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente de l'ENNA : il y est nomm&#233; sous directeur en 1945 par la direction de l'Enseignement technique. Il arrivera dans cet &#233;tablissement apr&#232;s avoir exerc&#233; dans l'enseignement technique des fonctions d'enseignement ou d'encadrement d'ateliers : il est titulaire d'un certificat d'aptitude &#224; l'enseignement du travail manuel (section chef des travaux), a exerc&#233; comme professeur technique adjoint de forge &#224; l'&#233;cole des Arts et m&#233;tiers de Chalons sur Marne, comme chef des travaux aux coll&#232;ges techniques de Charleville, Versailles et Suresnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces informations biographiques sont extraites pour partie de textes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces enseignants sont &#224; l'origine de l'exp&#233;rimentation, de 1974 &#224; 1976, &#224; raison de deux heures par semaine pendant deux semestres, du module&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les modules sont de petites unit&#233;s centr&#233;es chacune sur un th&#232;me &#224; dominante (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de &#034;techniques de fabrication&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#233;labor&#233; plus pr&#233;cis&#233;ment d'apr&#232;s une id&#233;e de R. Ducel, par l'&#233;quipe J. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Fabrication en conditions r&#233;elles, objectifs de socialisation, &#233;tude de l'usage social de l'objet sont les caract&#233;ristiques de ce module. Cet enseignement entend en effet approcher le travail industriel salari&#233; dans toutes ses dimensions : conception, r&#233;alisation&lt;/i&gt;. Les s&#233;ances consistent en la fabrication collective par la classe d'objets complexes, proches des r&#233;alisations industrielles, comme par exemple un compresseur &#224; membranes, un moteur &#233;lectrique. Les moyens techniques mis en &#339;uvre doivent permettre d'initier les &#233;l&#232;ves aux principaux modes de fabrication des objets &#8211; enl&#232;vement de mati&#232;re par tournage, fraisage, per&#231;age, conformation &#224; froid de m&#233;taux en feuilles min&#233;es, fonderie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;quipement choisi permet d'atteindre ces objectifs : machine-outil (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - et de leur donner une id&#233;e r&#233;elle des fabrications industrielles. Les &#233;l&#232;ves alternent, au cours des s&#233;ances, fabrication sur postes de travail manuels ou sur machines, et r&#233;daction de fiches de travail &#8211; analyse de l'objet, simulation d'un fonctionnement, repr&#233;sentations graphiques avec leurs normes. Les enseignants &#233;valuent aussi bien les savoir-faire acquis, la ma&#238;trise des langages, des notions et lois, des d&#233;marches, que les attitudes (curiosit&#233;, autonomie, socialisation). Les rapports d'exp&#233;rimentation sur le module pr&#233;cisent en effet qu'outre la conception et la fabrication, l'&#233;tude de l'organisation du travail, des rapports sociaux entre patrons et salari&#233;s, font partie du programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reprenons l'expression de Becker et parlerons d'&#034;&#233;quilibre fluctuant&#034; entre le monde de physiciens, proches des milieux &#233;conomiques et politiques, relay&#233;s par les revendications cat&#233;gorielles des professeurs de sciences physiques d'un c&#244;t&#233;, et celui des membres de l'enseignement technique, attach&#233;s &#224; d&#233;fendre la valeur culturelle de leur enseignement de l'autre. Ces tensions trouvent une r&#233;solution provisoire dans &lt;i&gt;la mise en place de l'initiation scientifique et technique, exp&#233;riment&#233;e dans les classes de 4&#232;me et de 3&#232;me de 1971 &#224; 1976&lt;/i&gt;. Cet enseignement se d&#233;cline sous la forme de trois modules pr&#233;sentant un caract&#232;re technique fort : technique de fabrication, &#233;lectronique, automatisme, et de cinq autres, qui rel&#232;vent de la physique : astronomie, chimie, photographie, polym&#232;res et plastiques, &#233;nergie. L'accent est mis sur la manipulation (d&#233;montage, observation du fonctionnement, modifications &#233;ventuelles), la description analytique d'ensembles techniques complexes et la vulgarisation touchant aux domaines scientifiques et techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette initiation n'en reste n&#233;anmoins qu'au stade de l'exp&#233;rimentation au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix. Pourquoi &#233;choue-t-elle &#224; s'implanter ? La mort d'Andr&#233; Lagarrigue en janvier 1975, qui interrompt brutalement les travaux de la commission est une explication insuffisante. Elle souligne en tout cas que l'implantation de la technologie n'est pas port&#233;e par une volont&#233; politique suffisamment forte pour r&#233;sister aux changements de gouvernements. La conjonction de facteurs &#233;conomiques et politiques demande &#224; &#234;tre &#233;clair&#233;e par le contexte scolaire de l'&#233;poque et en particulier les cat&#233;gories de professeurs disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#201;ducation manuelle et technique (EMT) : Reclasser des cat&#233;gories de professeurs devenues obsol&#232;tes depuis la r&#233;forme du coll&#232;ge unique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mise en place du coll&#232;ge unique conjugu&#233;e &#224; la prolongation de la scolarit&#233; obligatoire am&#232;ne dans les &#233;tablissements scolaires un nouveau public, plus h&#233;t&#233;rog&#232;ne socialement. Les responsables politiques partagent la conviction &lt;i&gt;qu'un enseignement manuel, concret, serait davantage adapt&#233; pour certains enfants&lt;/i&gt;. Cette conviction est fr&#233;quente en particulier chez ceux ayant connu le primaire comme Ren&#233; Haby, qui a commenc&#233; sa carri&#232;re comme instituteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;ducation manuelle et technique (EMT) fait &#233;cho &#224; un enseignement que Ren&#233; Haby avait d&#233;j&#224; exp&#233;riment&#233; une quinzaine d'ann&#233;es auparavant. En 1960-61 en effet, alors proviseur du lyc&#233;e de Metz, il avait encourag&#233; un enseignement bas&#233; sur les travaux manuels, la manipulation, qui convenait selon lui, aux &#233;l&#232;ves les moins dou&#233;s. Cette exp&#233;rience p&#233;dagogique, dans laquelle Mme Haby, professeur de travaux manuels, avait une part active, &#233;tait bas&#233;e notamment sur les activit&#233;s manuelles. Une s&#233;rie d'exercices concrets, se pr&#233;sentant sous la forme de probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre manuellement en deux heures, est ainsi propos&#233;e, par demi-classes aux &#233;l&#232;ves des sections modernes de 6&#232;me et de 5&#232;me. Les &#233;l&#232;ves doivent par exemple reproduire, par l'observation de mod&#232;les, un type de tissage ou de tressage de n&#339;uds ; r&#233;aliser un circuit &#233;lectrique, ou de transmission m&#233;canique par imitation, composer des puzzles&#8230; Ren&#233; Haby justifiait ainsi ces exp&#233;riences : &#034;L'intelligence concr&#232;te est une manifestation de l'intelligence g&#233;n&#233;rale, et peut donc nous renseigner sur les possibilit&#233;s r&#233;elles d'un &#233;l&#232;ve &#034;bloqu&#233;&#034; au d&#233;but de sa sixi&#232;me par des &#233;l&#233;ments affectifs ou par la possession encore insuffisante des moyens d'expression verbo-conceptuels. N'oublions pas que ce type d'&#233;l&#232;ve risque de se multiplier consid&#233;rablement dans les ann&#233;es &#224; venir dans nos &#233;tablissements du second degr&#233;, envahis par une masse d'enfants beaucoup moins familiaris&#233;s avec ces moyens d'expression que les repr&#233;sentants du secteur tertiaire qui pendant longtemps ont &#224; peu pr&#232;s seuls peupl&#233; les lyc&#233;es&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Haby R., 1962, &#034;Une discipline nouvelle dans le cycle d'observation&#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'activit&#233; manuelle donne &#034;un moyen d'expression&#8230; &#224; une intelligence concr&#232;te&#8230; qui s'appuie sur la manipulation, les essais et les erreurs, l'observation et la mesure.&#034; Les activit&#233;s manuelles comporteront &#034;des exercices assez syst&#233;matiques utilisant l'intelligence concr&#232;te : de petites fabrications [m&#233;nag&#232;res ou d'atelier] feront partie des exercices&#8230; d&#233;montages et remontages d'objets usuels&#8230; r&#233;alisations de circuits &#233;lectriques simples&#8230; l'aspect pratique (d&#233;pannage) n'y sera pas n&#233;glig&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Haby R., 1975, &#034;Pour une modernisation du syst&#232;me &#233;ducatif&#034;, Paris, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'EMT a permis en fait de recycler deux cat&#233;gories d'enseignants qui avaient perdu leur fonction lors de la r&#233;forme de 1975. D'une part les professeurs des anciens travaux manuels, essentiellement des femmes (&#224; 80%), titulaires pour la plupart d'un CAPES &#034;travaux manuels &#233;ducatifs-enseignement m&#233;nager&#034;. D'autre part les professeurs des classes pratiques (Classes pr&#233;professionnelles de niveau et classes pr&#233;paratoires &#224; l'apprentissage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les CPPN et les CPA ont &#233;t&#233; mises en place par la loi sur les enseignements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) supprim&#233;es par la r&#233;forme de 1975. Ces derniers, pour la plupart des hommes, anciens instituteurs, sont rompus aux activit&#233;s pratiques proches de l'enseignement pr&#233;professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place de l'EMT a pos&#233; des probl&#232;mes d'adaptation &#224; ces enseignants. En effet, les anciens travaux manuels &#233;taient diff&#233;renci&#233;s sexuellement. Des enseignantes dispensaient la cuisine et la couture aux jeunes filles, alors que les enseignants se chargeaient des ateliers bois et fer &#224; l'attention des gar&#231;ons. Avec l'EMT, le m&#234;me enseignant a la charge des travaux textiles, de la cuisine, des ateliers bois et fer et de la m&#233;canique. Bien souvent en fait, dans les coll&#232;ges, les enseignants continuent &#224; se r&#233;partir les diff&#233;rentes activit&#233;s en fonction de leurs comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les deux tentatives d'introduction d'&#233;l&#233;ments de technique dans les programmes d'enseignement obligatoire se soldent par des &#233;checs : l'initiation technologique n'est qu'exp&#233;riment&#233;e dans les classes de 4&#232;me et de 3&#232;me moderne ; l'&#233;ducation manuelle et technique a une dur&#233;e de vie assez courte (de 1977 &#224; 1985) ; elle se concentre par ailleurs sur les activit&#233;s manuelles, les options technologiques &#233;tant rel&#233;gu&#233;es &#224; titre facultatif dans les classes de 4&#232;me et de 3&#232;me.&lt;/i&gt; L'absence de mise en place d'une cat&#233;gorie de professeurs sp&#233;cifiquement form&#233;s est le maillon manquant. Utilis&#233;e pour g&#233;rer des probl&#232;mes d'enseignants en surplus (professeurs de sciences physiques &#224; la fin des ann&#233;es soixante, puis professeurs de travaux manuels et de classes pratiques &#224; partir des ann&#233;es 75), la technologie n'a pas r&#233;ussi &#224; s'implanter au coll&#232;ge. La question de l'inscription d'une culture technique dans les cursus commun d'enseignement, pos&#233;e depuis le Plan Langevin-Wallon, se heurte ainsi &#224; des conjonctures particuli&#232;res, en l'occurrence, les cat&#233;gories de professeurs disponibles &#224; un moment donn&#233;. L'apparition de nouveaux profils d'enseignants &#224; partir des ann&#233;es 85 va-t-elle favoriser cette inscription ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'inscription de la technologie dans la culture commune : la constitution d'un corps enseignant articul&#233;e &#224; une volont&#233; politique forte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'obsession du probl&#232;me du ch&#244;mage &#224; partir de 1976-1977 fait que l'id&#233;e de rapprocher l'&#233;cole de l'entreprise semble s'imposer comme une solution contre laquelle nul ne s'&#233;l&#232;ve, ni &#224; droite, ni &#224; gauche. Le point de vue est unanime sur ce qui est alors d&#233;sign&#233; comme une n&#233;cessit&#233; &#233;conomique et culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gration du technique et de l'&#233;conomique sont des objectifs des 8&#232;me et 9&#232;me Plans. Dans le cadre de la pr&#233;paration du 8&#232;me Plan, un groupe est charg&#233; de r&#233;fl&#233;chir sur &#034;la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et la technologie&#034;. On peut lire explicitement, dans un document pr&#233;paratoire au 9&#232;me Plan, que &#034;l'avenir &#233;conomique de notre soci&#233;t&#233; repose pour une large part sur la capacit&#233; de la population active &#224; investir les secteurs technologiques de pointe.&#034; L'&#233;cole est charg&#233;e de sensibiliser la population &#224; soutenir activement cette politique misant sur la technologie de pointe. Dans la pr&#233;paration du 9&#232;me Plan, une &#233;tude, soulignant la r&#233;sistance g&#233;n&#233;rale de l'&#233;cole &#224; accepter la technique comme &#233;l&#233;ment d'enseignement, est ainsi consacr&#233;e &#224; &lt;i&gt;la culture technique et au r&#244;le qu'elle doit jouer dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;. L'informatique, point de rencontre d'un grand nombre de technologies, fait l'objet d'une attention particuli&#232;re, comme le montre le foisonnement de rapports demand&#233;s par le gouvernement de l'&#233;poque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Minc A., Sora A., 1978, L'informatisation de la soci&#233;t&#233;, Rapport &#224; M. le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de la technologie dans les coll&#232;ges est ainsi port&#233;e par une volont&#233; politique forte qui d&#233;passe les clivages traditionnels : la tendance est amorc&#233;e par la droite, et poursuivie par le gouvernement de gauche &#224; partir de 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1981, Alain Savary, ministre de l'&#201;ducation nationale, charge Louis Legrand de faire des propositions de r&#233;forme afin de lutter contre l'&#233;chec scolaire, de combattre les in&#233;galit&#233;s scolaires. Louis Legrand sugg&#232;re dans son rapport rendu en 1983, de r&#233;&#233;quilibrer les contenus trop abstraits du coll&#232;ge, de remplacer l'EMT par une &#034;&#233;ducation technologique polytechnique&#034;, discipline de base de la sixi&#232;me &#224; la terminale. Ce nouvel enseignement serait une synth&#232;se entre une technologie th&#233;orique et une &#034;polytechnie&#034; fond&#233;e sur des r&#233;alisations pratiques. A la suite de ce rapport, Alain Savary demande &#224; L. G&#233;minard de pr&#233;sider une Commission permanente de r&#233;flexion sur les enseignements technologiques &#8211;COPRET- commission &#224; l'origine de la programmation de la technologie dans les coll&#232;ges &#224; partir de 1984. L'inscription de la technologie dans les programmes d'enseignement du coll&#232;ge prend place dans un faisceau de mesures comme l'encouragement des jumelages &#233;coles-entreprises &#224; partir de 1984 par Laurent Fabius et Jean-Pierre Chev&#232;nement, la cr&#233;ation des baccalaur&#233;ats professionnels en 1985 et leur ouverture aux titulaires de BEP et CAP, la mise en place de la mission &#034;&#233;ducation &#233;conomie&#034; qui devient en 1986 le Haut comit&#233; &#233;ducation &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La COPRET se compose de chercheurs, de repr&#233;sentants du monde &#233;conomique, d'une majorit&#233; de repr&#233;sentants de l'enseignement technique et d'une minorit&#233; de professeurs d'EMT. Le rapport de force au sein de la commission est en faveur de l'enseignement technique. On compte ainsi cinq membres de l'Inspection venant du technique, contre un charg&#233; de mission d'inspection g&#233;n&#233;rale d'EMT, quatre professeurs de l'enseignement professionnel contre un professeur d'EMT. Deux directeurs d'entreprise font par ailleurs partie de la commission : le directeur g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233; &#034;Hydrom&#233;canique et frottements&#034;, le directeur de la Soci&#233;t&#233; Bull. Nous soulignons ici les modifications dans la composition des commissions de r&#233;formes scolaires qui incluent d&#233;sormais des responsables d'entreprise. De tels repr&#233;sentants ne faisaient pas partie par exemple de la commission Lagarrigue. Parmi les Inspecteurs g&#233;n&#233;raux de l'enseignement technique, pr&#233;sents au sein de la COPRET, deux sont &#233;galement membres du Haut Comit&#233; Education Economie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de la technologie dans les coll&#232;ges est port&#233;e par une volont&#233; politique forte et soutenue par le monde des entreprises qui intervient &#224; partir des ann&#233;es quatre-vingts dans le d&#233;bat &#233;ducatif. Cette intervention est un plus par rapport &#224; la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente mais insuffisante pour rendre compte de la programmation effective de la technologie dans les coll&#232;ges. A ces &#233;l&#233;ments s'ajoutent, dans l'institution scolaire, la constitution d'un corps d'enseignants sp&#233;cialistes et la formalisation des contenus d'enseignement. Cette formalisation contribue, relativement, &#224; inscrire la mati&#232;re dans la &#034;culture &#233;tablie&#034;, celle qui valorise l'abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'association des techniques aux sciences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La technologie enseign&#233;e dans les coll&#232;ges est institu&#233;e pour transmettre des langages, des modes sp&#233;cifiques de repr&#233;sentation, des connaissances sur les mat&#233;riaux et les processus de production. Elle valorise l'explication th&#233;orique des savoirs et des pratiques mis en &#339;uvre dans l'activit&#233; technique&lt;/i&gt; c'est &#224; dire l'acquisition de connaissances et non plus simplement l'activit&#233; concr&#232;te de fabrication. Le glissement est perceptible &#224; travers la comparaison de deux circulaires minist&#233;rielles : celle de 1977 invoquait &#034;l'intelligence de l'action&#034;, &#034;les capacit&#233;s sensori-motrices&#034;, &#034;l'habilet&#233; du geste&#034; ; celle de 1980 insiste sur &#034;l'analyse, la d&#233;duction, le raisonnement logique, l'&#233;mergence de concepts.&#034; Entendu au sens large de culture technique, l'enseignement se veut &#233;galement une sensibilisation au fait technique d'un point de vue &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux objectifs sont explicitement formul&#233;s dans les textes de la COPRET et les programmes de 1985 qui en d&#233;coulent : &#034;L'enseignement doit permettre l'appropriation des d&#233;marches suivantes : conception, &#233;tude, r&#233;alisation et utilisation des produits techniques. (&#8230;) Cet enseignement vise &#224; faire comprendre &#224; l'&#233;l&#232;ve comment les connaissances se mobilisent et s'utilisent dans l'action (Rapport COPRET, Technologie, textes de r&#233;f&#233;rence, pp. 64-65).&#034; &#034;Cet enseignement ouvre donc le coll&#232;ge vers les lieux de production, &#233;tablit des contacts avec les entreprises et les hommes qui con&#231;oivent, produisent et commercialisent. (&#8230;) La technologie est con&#231;ue dans une acception large, incluant les dimensions &#233;conomiques et la gestion. Trois grands domaines ont &#233;t&#233; retenus, ils correspondent aux deux tiers du capital horaire : m&#233;canique et automatique, &#233;lectronique et informatique industrielle, &#233;conomie et gestion (Programmes et instructions, 1985, pp. 281-292).&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le poids pris par l'informatique dans les programmes de technologie est significatif du mouvement d'intellectualisation qui happe la mati&#232;re.&lt;/i&gt; D'abord sous-jacente &#224; chacun des trois grands domaines qui constituaient les programmes initiaux, l'informatique a acquis depuis 1994 une place explicite dans les programmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Le Conseil national des programmes propose (&#8230;) de rendre tous les &#233;l&#232;ves (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne s'agit pas seulement de ma&#238;triser le traitement de texte, mais &#233;galement d'utiliser des bases de donn&#233;es, d'approcher la conception et la fabrication assist&#233;e par ordinateur, le pilotage de maquettes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La technologie semble tirer sa l&#233;gitimit&#233; de sa prise en charge de l'informatique. A-t-elle sacrifi&#233; le ph&#233;nom&#232;ne technique &#224; l'informatique,&lt;/i&gt; sous-discipline des math&#233;matiques ? La place prise par l'informatique, par la conception, par l'acquisition de connaissances met en &#233;vidence la fa&#231;on dont la technologie s'est construite, par combinaison des sciences aux techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obligatoire depuis 1985 dans les coll&#232;ges, l'inscription de la technologie parmi les connaissances reconnues comme socialement n&#233;cessaires &#224; tous souligne la volont&#233; de diversifier une culture scolaire domin&#233;e jusqu'alors par les savoirs scientifiques et humanistes. Pour autant, cette programmation n'&#233;quivaut pas &#224; une reconnaissance de la technique comme une mati&#232;re &#224; parit&#233; avec les sciences et les lettres. Nous avons d&#233;taill&#233;, pour le montrer, les modalit&#233;s de l'enseignement de la technologie qui, li&#233;e aux sciences physiques, aux math&#233;matiques et &#224; l'informatique, l&#233;gitime la hi&#233;rarchie des enseignements op&#233;r&#233;e par l'&#233;cole, les uns abstraits, destin&#233;s &#224; comprendre, les autres pratiques, ax&#233;s sur le faire. Le recrutement des enseignants qui prennent en charge cette mati&#232;re s'est align&#233; sur les formes universitaires institu&#233;es : la licence, le CAPES, et dans la lign&#233;e, la revendication d'une agr&#233;gation et d'une fili&#232;re de recherche universitaire. Si ces caract&#233;ristiques contribuent &#224; ancrer l'inscription de la technologie dans les coll&#232;ges, elles nient en m&#234;me temps sa sp&#233;cificit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Questionnements actuels&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 - La d&#233;marche d'investigation (DI) introduite dans les nouveaux programmes de technologie en coll&#232;ge : l&#233;gitimit&#233; et r&#233;percussions identitaires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La DI pr&#244;n&#233;e en technologie dans les nouveaux programmes de coll&#232;ge transforme profond&#233;ment la discipline. D'activit&#233; productive, centr&#233;e sur la fabrication, le travail sur un objet singulier, elle devient discipline d'acquisition de connaissances et de comp&#233;tences (Lebeaume, 2011). L'enjeu de cette &#233;volution : Certains pensent que l'accent mis sur les savoirs, la formalisation donnerait &#224; la mati&#232;re une l&#233;gitimit&#233; qu'elle peine &#224; conqu&#233;rir. Cette inscription dans les formes classiques de la discipline apporterait du cr&#233;dit aux yeux des parents par exemple. Cette &#233;volution de la discipline vers l'acquisition de connaissances d&#233;connect&#233;es d'un support de fabrication est qualifi&#233;e positivement par l'Inspection qui y voit un gage de s&#233;rieux et de cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les enjeux de la mise en place de la DI et les conditions de possibilit&#233;s ? Le passage d'une d&#233;marche de projet &#224; une DI en technologie soul&#232;ve des questions quant au maintien d'une identit&#233; disciplinaire. La DI est-elle possible en technologie ou est-ce une importation de la d&#233;marche scientifique ? Comment les enseignant peuvent-ils s'approprier cette injonction sans &#171; perdre leur &#226;me &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La DI, introduite dans les nouveaux programmes de technologie d&#233;stabilise bon nombre d'enseignants. Les plus exp&#233;riment&#233;s ont d&#233;j&#224; fait face aux nombreuses mutations qu'a connues la discipline en coll&#232;ge : de l'&#233;ducation manuelle et technique comportant des &#233;l&#233;ments de couture et de cuisine, &#224; la technologie avec l'introduction de l'informatique et certains sont un peu d&#233;sabus&#233;s quand les autres se mobilisent dans des exp&#233;rimentations. La DI se substitue aujourd'hui &#224; la d&#233;marche de projet. Chaque &#233;tape a &#233;t&#233; source de difficult&#233;s pour les enseignants. Il faut d&#233;sormais trouver les situations d&#233;clenchantes, susceptibles de questionner les &#233;l&#232;ves... Ce n'est pas simple : si la physique offre de nombreux exemples, la technologie semble poser probl&#232;me d'autant que sur de nombreux sites, comme ceux de la main &#224; la p&#226;te pour le secondaire, il n'y a rien en technologie. Tout est focalis&#233; sur les sciences physiques et les SVT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tape de la formalisation des connaissances pose &#233;galement probl&#232;me aux enseignants car il s'agit d'un renversement de perspectives par rapport aux pratiques en cours. A travers la crainte de la formalisation, c'est le sentiment de perte d'identit&#233; disciplinaire que certains enseignants expriment. Ils rejoignent les inqui&#233;tudes d'enseignants r&#233;unis au sein de l'Association des enseignants d'activit&#233;s technologiques (AEAT) qui critiquent les nouveaux programmes qui ne donnent plus la possibilit&#233; de mener des r&#233;alisations techniques individuelles. C'est bien la suppression dans le cursus commun obligatoire de toute activit&#233; de fabrication qui est ici en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin &#233;valuer, mais que faut-il &#233;valuer ? La d&#233;marche des &#233;l&#232;ves ou les connaissances acquises ? Sans compter qu'il faut parall&#232;lement &#233;valuer les comp&#233;tences du socle commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants mettent en place la DI de mani&#232;re diff&#233;renci&#233;e. Les dispositifs tiennent notamment &#224; leurs parcours traduisant un effet de &#171; g&#233;n&#233;ration &#187; (Tanguy, 1991). Dans les cas &#233;tudi&#233;s, le professeur de technologie ayant suivi un cursus universitaire puis &#233;tant entr&#233; directement dans l'enseignement est plus familier avec la d&#233;marche que ne l'est une enseignante ayant pourtant plus d'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la DI, l'&#233;tape de la formalisation des connaissances semble difficilement compatible aux yeux des enseignants avec la motivation des &#233;l&#232;ves. Les enseignants mettent l'accent sur la dimension d'exp&#233;rimentations r&#233;alis&#233;es par les &#233;l&#232;ves, sur la phase essais/erreurs et sur l'&#233;mulation entre groupes qui en r&#233;sulte. Une formalisation assortie d'une notation viendrait briser cet enthousiasme. Les &#233;l&#232;ves s'accordent le droit de se tromper, prennent confiance et cela est essentiel &#224; leurs yeux. Certains enseignants relatent les difficult&#233;s qu'ils ont &#224; faire travailler les &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;crit et la place restreinte qu'ils accordent de leur propre chef &#224; l'&#233;crit dans les s&#233;ances. La d&#233;marche d'investigation mise en &#339;uvre en technologie s'&#233;loigne des formes disciplinaires classiques. Il n'y a pas de transmission magistrale ni de devoir sur papier. Ce que les enseignants mettent en avant ce sont les dimensions d'autonomie, de libert&#233; et d'aisance. Ils expriment &#233;galement le souci de la place r&#233;serv&#233;e &#224; l'&#233;l&#232;ve en difficult&#233; qui s'exprime dans la manipulation, dans le concret et prend confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 - Quel lien entre ces &#233;volutions et la d&#233;mocratisation de l'enseignement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste depuis les ann&#233;es 1990 &#224; un mouvement de d&#233;compartimentation des disciplines. L'objectif du nouveau curriculum formel, ancr&#233; dans l'exigence de la construction d'une Europe de la connaissance (strat&#233;gie de Lisbonne), semble &#234;tre d'unifier les objectifs des diff&#233;rentes disciplines. Cet objectif s'actualise dans l'enseignement int&#233;gr&#233;, dans les exp&#233;rimentations de projets interdisciplinaires ou encore dans la mise en place de th&#232;mes de convergence. Young a identifi&#233; des tendances convergentes dans les politiques europ&#233;ennes et internationales en particulier &#171; le passage d'un cursus articul&#233; sur des sujets disciplinaires &#224; un cursus g&#233;n&#233;rique &#187;, &#171; la r&#233;duction des contenus disciplinaires des curricula &#187; et &#171; la promotion de th&#232;mes transdisciplinaires &#187; (Young, 2010). Parall&#232;lement les approches exp&#233;rimentales et les d&#233;marches d'investigation s'imposent dans les programmes des disciplines scientifiques et technologiques. Ces &#233;volutions relatives aux contenus enseign&#233;s et aux d&#233;marches sont objets d'&#233;tude des didactiques ; elles questionnent &#233;galement la sociologie. Quel est le lien entre ces &#233;volutions et la d&#233;mocratisation de l'enseignement ? Les d&#233;marches exp&#233;rimentales en particulier peuvent laisser craindre une &#171; s&#233;lection sociale occulte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourra consulter sur le sujet le dossier de la veille scientifique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en cantonnant &#224; la manipulation les &#233;l&#232;ves les plus en butes &#224; l'abstraction et &#224; la forme scolaire classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#192; lire &#233;galement : les propositions, formul&#233;es par Yves-Claude Lequin, concernant ce que pourrait &#234;tre &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article158&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'enseignement de la technique et de la technologie dans l'&#233;cole commune&lt;/a&gt; dont le principe est d&#233;fendu par le GRDS]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. circulaire du 7 septembre 1962 qui a pour objet l'&#034;Enseignement de la technologie&#034; (BO du 17-9-62), compl&#233;t&#233;e par les instructions du 1er juillet 1963 &#034;Enseignement de la technologie dans les classes de 4&#232;me et de 3&#232;me modernes&#034; (BO du 11-7-63).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette direction a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e afin de coiffer les trois directions d'enseignement (&#233;l&#233;mentaire et compl&#233;mentaire, classique et moderne, technique) par un ensemble de bureaux charg&#233; des questions g&#233;n&#233;rales comme l'orientation et la coordination p&#233;dagogique, les programmes financiers et la carte scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple l'article 2 : &#034;les enseignements scolaires et universitaires ont pour but de dispenser les &#233;l&#233;ments de base et une culture g&#233;n&#233;rale incluant des donn&#233;es scientifiques et techniques : de pr&#233;parer &#224; une qualification et de concourir &#224; son perfectionnement et &#224; son adaptation au cours de la vie professionnelle&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ils interviennent &#224; l'&#233;poque par le biais d'articles parus dans diverses revues : Combarnous M., 1963, &#034;La technologie, sa valeur et les conditions de son enseignement&#034;, &lt;i&gt;Les Cahiers p&#233;dagogiques&lt;/i&gt;, novembre, pp. 9-11 ; Seguin J., 1964, &#034;La technologie &#8216;sans fabrication'&#034;, &lt;i&gt;L'&#201;ducation nationale&lt;/i&gt;, n&#176;28, 15 octobre, pp. 10-12 ; Campa A., 1963, &#034;L'Enseignement de la technologie dans les classes de quatri&#232;me et de troisi&#232;me moderne&#034;, &lt;i&gt;Le Cours industriel&lt;/i&gt;, f&#233;vrier, n&#176;5, pp. 129-33. A.Campa est par ailleurs auteur de &lt;i&gt;L'ing&#233;nieur et le technicien&lt;/i&gt; (1964).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces informations biographiques sont extraites pour partie de textes de travail de Daniel Tacaille, distribu&#233;s &#224; l'occasion de s&#233;minaires de doctorants qui se sont d&#233;roul&#233;s &#224; l'universit&#233; de Nanterre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les modules sont de petites unit&#233;s centr&#233;es chacune sur un th&#232;me &#224; dominante physique ou technologique. Chaque module correspond approximativement &#224; un enseignement de trente heures ; il propose une liste d'objectifs &#233;ducatifs, du mat&#233;riel appropri&#233;, un ou plusieurs exemples de progression p&#233;dagogique et des modes de contr&#244;le et d'observation des &#233;l&#232;ves (Lebeaume J., 1996).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#233;labor&#233; plus pr&#233;cis&#233;ment d'apr&#232;s une id&#233;e de R. Ducel, par l'&#233;quipe J. Chabal, J.-L. Martinand, R. de Prustu, J. Simonetti.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;quipement choisi permet d'atteindre ces objectifs : machine-outil polyvalente (tour, fraiseuse, perceuse) ; ensemble (cisaille &#224; levier, poin&#231;onneuse, plieuse) permettant le travail des t&#244;les minces ; lot d'outillages. Pezet R., 1985, &#034;Le module exp&#233;rimental &#8216;techniques de fabrication'&#034;, &lt;i&gt;Les Cahiers p&#233;dagogiques&lt;/i&gt;, n&#176;233, avril, pp. 19-22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Haby R., 1962, &#034;Une discipline nouvelle dans le cycle d'observation&#034;, &lt;i&gt;L'&#201;ducation nationale&lt;/i&gt;, n&#176;14, pp. 19-20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Haby R., 1975, &#034;Pour une modernisation du syst&#232;me &#233;ducatif&#034;, Paris, &lt;i&gt;La documentation fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Les Cahiers fran&#231;ais, pp. 10 et 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les CPPN et les CPA ont &#233;t&#233; mises en place par la loi sur les enseignements technologiques de juillet 1971, elles remplacent les anciennes classes pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Minc A., Sora A., 1978, &lt;i&gt;L'informatisation de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Rapport &#224; M. le Pr&#233;sident de la R&#233;publique, Paris, La Documentation fran&#231;aise ; Simon J.-C., 1980, &lt;i&gt;&#201;ducation et informatisation de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Rapport &#224; M. le Pr&#233;sident de la R&#233;publique, Paris, La Documentation fran&#231;aise ; Le Correy Y., Pair C., 1981, &lt;i&gt;Introduction de l'informatique &#224; l'Education nationale&lt;/i&gt;, Rapport &#224; M. le Ministre de l'&#201;ducation nationale, Service d'information du minist&#232;re ; Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, 1984, &lt;i&gt;Informatique et enseignement&lt;/i&gt;, Actes du colloque national de Paris, 21-22 novembre 1983, Paris, La Documentation fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;Le Conseil national des programmes propose (&#8230;) de rendre tous les &#233;l&#232;ves aptes, en fin de 5&#232;me, &#224; une utilisation raisonn&#233;e des outils informatiques en confiant cette mission essentielle &#224; la technologie&#034; Ferry L., 1995, p. 162.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourra consulter sur le sujet le dossier de la veille scientifique de l'INRP intitul&#233; &#171; d&#233;marche exp&#233;rimentale et apprentissages math&#233;matiques &#187;, avril 2007. &lt;a href=&#034;http://193.51.247.174/vst/Dossiers/Demarche_experimentale/Dossier_demarche_experimentale.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://193.51.247.174/vst/Dossiers/Demarche_experimentale/Dossier_demarche_experimentale.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Refondation de l'&#233;cole et r&#233;formes imm&#233;diates</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article149</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article149</guid>
		<dc:date>2012-09-10T09:22:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chantal Mallet</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole commune</dc:subject>
		<dc:subject>Polyvalence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je viens de terminer L'&#233;cole commune et j'esp&#232;re que ce petit livre (publi&#233; &#224; La Dispute par le GRDS) contribuera au d&#233;bat de l'heure, celui dont nous avons tous besoin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur L'&#233;cole commune &lt;br class='autobr' /&gt;
En tout premier lieu, il est important que les propositions pour une r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s scolaires se fondent sur &#171; l'urgence vitale dans le monde actuel d'un contr&#244;le d&#233;mocratique de la science, de la technique, de la production et des &#233;changes &#187;, marquant ainsi que la lutte contre les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;&#233;cole commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Polyvalence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L100xH100/arton149-badc8.png?1790689102' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je viens de terminer &lt;i&gt;L'&#233;cole commune&lt;/i&gt; et j'esp&#232;re que ce petit livre (publi&#233; &#224; La Dispute par le GRDS) contribuera au d&#233;bat de l'heure, celui dont nous avons tous besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur &lt;i&gt;L'&#233;cole commune&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout premier lieu, il est important que les propositions pour une r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s scolaires se fondent sur &#171; l'urgence vitale dans le monde actuel d'un contr&#244;le d&#233;mocratique de la science, de la technique, de la production et des &#233;changes &#187;, marquant ainsi que la lutte contre les in&#233;galit&#233;s ne rel&#232;ve pas de l'ordre moral (d'une forme de g&#233;n&#233;rosit&#233; des &#233;lites envers les couches populaires) mais bien de l'ordre du politique pour ceux qui veulent parier sur un avenir de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, j'ai appr&#233;ci&#233; que vous ayez soulign&#233; le r&#244;le crucial de l'&#233;cole premi&#232;re dans la construction des in&#233;galit&#233;s scolaires et point&#233; l'obstacle que constitue la repr&#233;sentation (majoritaire) chez les enseignants d'un d&#233;terminisme social de l'&#233;chec scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d'autant plus que j'enseigne en &#233;cole &#233;l&#233;mentaire et que je me sens donc doublement concern&#233;e par ce d&#233;bat en tant que citoyenne d'abord et comme professionnelle, soucieuse de meilleures conditions de travail, ce qui impliquerait de pouvoir travailler au sein d'un syst&#232;me scolaire qui me permette de me concentrer sur les apprentissages des fondamentaux et ne m'oblige pas &#224; pr&#233;parer laborieusement des s&#233;ances d'EPS et d'arts plastiques que je m&#232;ne tr&#232;s m&#233;diocrement, et dans lequel je puisse faire pr&#233;valoir, pour les moins &#224; l'aise, le temps de terminer une t&#226;che sur mon service de r&#233;cr&#233;ation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la politique du &#171; socle commun de connaissances et de comp&#233;tences &#187; le projet d'une &#233;cole commune ne peut se mener &#224; bien que si &#224; chaque palier, on s'est donn&#233; les moyens de r&#233;ussir pour chaque &#233;l&#232;ve les apprentissages fondamentaux, d'o&#249; l'importance de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, celle qui met en place les &#233;l&#233;ments d'une potentielle construction du savoir par le sujet lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut que se sentir mal &#224; l'aise face aux proc&#233;dures d'&#233;valuation du socle commun et des pressions engendr&#233;es sur le corps enseignant. Enseignants, nous sommes tous tent&#233;s, pour de multiples raisons, de d&#233;clarer atteinte telle comp&#233;tence math&#233;matique &#224; la premi&#232;re r&#233;ussite op&#233;ratoire comme dans l'observation de J.Y. Rochex (&#171; Au c&#339;ur de la classe &#187;) o&#249; une &#233;l&#232;ve se voit gratifi&#233;e d'une r&#233;ussite pour une division dont elle n'a &#233;t&#233; qu'une simple ex&#233;cutante .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole doit se recadrer sur ce qu'elle est seule &#224; pouvoir faire, aider chaque enfant &#224; entrer dans la culture de l'&#233;crit, celle qui, a contrario de l'oral, permet le &#171; suspens du sens &#187; (B. Lahire) et donc un rapport r&#233;flexif au langage. Les choix p&#233;dagogiques doivent effectivement d&#233;couler de ce pr&#233;suppos&#233; en privil&#233;giant bien s&#251;r les p&#233;dagogies explicites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adh&#232;re donc totalement &#224; ce beau projet de long terme de l'&#233;cole commune mais aimerais conna&#238;tre vos positions concernant des r&#233;formes plus limit&#233;es mais pouvant &#234;tre mises en acte sur le court terme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le crit&#232;re pertinent pour juger de ces r&#233;formes ponctuelles doit bien s&#251;r &#234;tre l'avantage que peuvent en retirer les &#233;l&#232;ves les plus en difficult&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble, de plus, qu'&#224; condition d'&#234;tre b&#233;n&#233;fique aux plus fragiles, une modification partielle du syst&#232;me peut favoriser une &#233;volution des repr&#233;sentations enseignantes sur les &#233;l&#232;ves des classes populaires, ce qui peut induire une dynamique positive lors de la phase de d&#233;bat et de n&#233;gociation d'une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif avec tous les partenaires (enseignants, syndicats, parents d'&#233;l&#232;ves, chercheurs...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les rythmes scolaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je pense en tout premier lieu &#224; la r&#233;forme des rythmes scolaires (journ&#233;e plus courte et vacances moins longues) qui ne se contente pas d'&#234;tre plus conforme aux rythmes biologiques de l'enfant mais qui sera surtout b&#233;n&#233;fique aux &#233;l&#232;ves des classes populaires, ceux qui souffrent le plus d'un &#233;loignement prolong&#233; de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut s'appuyer sur ce constat des enseignants des &#233;coles difficiles : &#171; apr&#232;s les grandes vacances, ils ne savent plus rien &#187; et leurs repr&#233;senter ce qu'ils gagneraient en s&#233;r&#233;nit&#233; avec des grandes vacances moins longues.&lt;br class='autobr' /&gt;
En outre cette r&#233;forme pr&#233;sente l'avantage en multipliant les matin&#233;es et en r&#233;duisant les apr&#232;s-midi de poser des bases structurelles favorisant le temps consacr&#233; aux disciplines fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la maternelle &#224; l'&#233;cole enfantine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir pris tout niveau de classe en maternelle et dans des &#233;coles tant du centre ville que de la p&#233;riph&#233;rie, je suis consciente de ce que le travail manuel (coloriage, d&#233;coupage, collage...) y envahit le temps de la classe et que cela est sans doute pour partie &#224; l'origine, chez mes actuels &#233;l&#232;ves de CE2 de cet irritant r&#233;flexe qui les pousse &#224; se pr&#233;cipiter sur les ciseaux et la colle lorsqu'on leurs distribue une photocopie et de la n&#233;cessit&#233; de leurs rappeler que l'on va d'abord lire le document !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je suis &#233;galement consciente de ce que la gestion d'une classe qui immobilise moyens ou grands dans l'espace de la classe 5 heures durant rend in&#233;vitable le recours &#224; des t&#226;ches plus ou moins occupationnelles comme le coloriage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique de la maternelle interpelle donc la r&#233;forme des rythmes scolaires, et plus encore peut-&#234;tre, parce qu'il est vital pour une refondation de l'&#233;cole que le fonctionnement de l'institution n'entretienne plus chez les familles les plus &#233;loign&#233;es de l'&#233;cole, la confusion entre espace de garderie et institution d&#233;volue &#224; la formation. Or, en l'occurrence, contrairement &#224; ce que met en avant un bon sens superficiel : &#171; plus les enfants de milieu d&#233;favoris&#233; sont &#224; l'&#233;cole, mieux c'est &#187;, le quantitatif (plus de temps pass&#233; &#224; l'&#233;cole) peut nuire au qualitatif (l'&#233;tablissement d'un rapport positif au savoir chez de enfants &#233;loign&#233;s de la culture scolaire) et ce choix va induire in&#233;vitablement des moments o&#249; il faudra g&#233;rer les comportements sans pouvoir rapporter cette exigence &#233;ducative &#224; des enjeux d 'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;cole enfantine qui se soucie des &#233;l&#232;ves les plus fragiles interpelle &#233;galement en la sommant de se renouveler la r&#233;flexion sur l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. L'accord est total sur le b&#233;n&#233;fice que retirent les plus faibles d'une scolarisation dans des classes o&#249; le niveau d'exigences les tire vers le haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au del&#224; du constat factuel et statistique, on doit en retenir l'essentiel : la l&#233;gitimation du choix de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; r&#233;side dans l'avantage qu'il repr&#233;sente pour les plus fragiles et c'est &#224; cette aune qu'il convient de l'appr&#233;cier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'&#233;cole maternelle, y compris si on est avertie (j'&#233;tais sociologue avant d'&#234;tre enseignante) et convaincue que l'on est l&#224; pour les plus &#233;loign&#233;s de l'&#233;cole, fonctionne en renfor&#231;ant, chez ceux dont le niveau de langage est r&#233;duit, un sentiment d'inf&#233;riorit&#233; par rapport &#224; ceux dont l'intervention sera approuv&#233;e par la ma&#238;tresse. Je pense ici aux &#233;changes dialogu&#233;s autour de la pr&#233;sentation d'un album.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas m&#233;conna&#238;tre que la lourdeur des effectifs est avant tout pr&#233;judiciable aux plus faibles en les rel&#233;guant &#224; des r&#244;les passifs mais ce serait se leurrer que d'imaginer tout r&#233;gler avec des effectifs r&#233;duits.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La formation des enseignants de l'&#233;cole premi&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai envie d'&#233;mettre quelques r&#233;serves &#224; propos de la formation des enseignants du premier degr&#233;. Comme vous, j'appelle de mes v&#339;ux un cursus qui renforcerait l'histoire et l'&#233;pist&#233;mologie des savoirs scolaires ainsi qu'un travail sur une didactique de l'erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que la partition entre P.E litt&#233;raires et P.E scientifiques pr&#233;senterait l'avantage non n&#233;gligeable de renforcer leur l&#233;gitimit&#233; et assurance professionnelle face &#224; leur hi&#233;rarchie pour les situer au m&#234;me niveau que celles des enseignants du second degr&#233;. Pas de r&#233;forme r&#233;ussie de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire avec des enseignants qui craignent l'inspecteur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande n&#233;anmoins si un enseignant en &#233;l&#233;mentaire n'est pas plus pertinent en jonglant entre les deux disciplines tant la r&#233;solution des difficult&#233;s en math passe par une explicitation langagi&#232;re et qu'inversement les faiblesses dans la compr&#233;hension de textes litt&#233;raires s'&#233;clairent du constat de carence dans la rigueur logique en maths.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m&#233;connais pas que, ainsi, nous serions dans la situation (paradoxale ?) d'exiger un cursus plus lourd pour l'&#233;l&#233;mentaire et je me souviens qu'en poste &#224; l'IUFM, j'avais pr&#233;par&#233;, pour la commission qui s&#233;lectionnait les dossiers de candidature avec d&#233;j&#224; le crit&#232;re d'une probabilit&#233; de r&#233;ussite au concours, un rapport d'o&#249; il ressortait que les cursus de sciences &#233;conomiques et de biologie ( cursus exigeant &#224; la fois des qualit&#233;s de r&#233;daction et un niveau solide en math) donnaient le plus de chance de r&#233;ussite au concours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En conclusion&lt;/strong&gt;, le fil rouge de toute refondation de l'&#233;cole, au del&#224; du traitement de chaque point pr&#233;cis, implique que soit pens&#233;e la dimension symbolique de l'institution scolaire, celle qui a la charge de tisser un autre lien social que celui du march&#233; et de l'utilitarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;cole ne peut pas simplement se contenter d'accueillir tous les enfants au m&#234;me lieu sans s'exposer au risque de g&#233;n&#233;rer ou sentiment d'impuissance ou ressentiment voire les deux chez ceux qui, pour une raison ou pour une autre, n'ont pas &#233;tabli une relation positive au savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui se joue autour de la construction d'une transcendance du rapport au savoir (et non une transcendance du savoir) c'est bien s&#251;r la volont&#233; d'instaurer une dynamique d'&#233;galit&#233; par del&#224; les diff&#233;rences mais aussi de fonder le sentiment d'appartenance &#224; une commune citoyennet&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le lyc&#233;e Ch&#226;tel : premier bilan de la r&#233;forme</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article138</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article138</guid>
		<dc:date>2012-05-04T13:46:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Frajerman</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>lyc&#233;e</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Etablir un premier bilan objectif de la r&#233;forme du lyc&#233;e impuls&#233;e par Luc Chatel en d&#233;cembre 2009 repr&#233;sente une entreprise d&#233;licate. En effet, son application d&#233;pend des proviseurs, dot&#233;s d'une grande latitude. Aucune statistique ne permet de savoir exactement comment ils ont utilis&#233; leurs pouvoirs nouveaux. M&#234;me les forces favorables &#224; une mutation du lyc&#233;e jugent qu'elle est peu ambitieuse en comparaison de celle propos&#233;e auparavant par Xavier Darcos et regrettent le maintien du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;lyc&#233;e&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L100xH100/arton138-7c997.jpg?1790689102' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Etablir un premier bilan objectif de la r&#233;forme du lyc&#233;e impuls&#233;e par Luc Chatel en d&#233;cembre 2009 repr&#233;sente une entreprise d&#233;licate. En effet, son application d&#233;pend des proviseurs, dot&#233;s d'une grande latitude. Aucune statistique ne permet de savoir exactement comment ils ont utilis&#233; leurs pouvoirs nouveaux. M&#234;me les forces favorables &#224; une mutation du lyc&#233;e jugent qu'elle est peu ambitieuse en comparaison de celle propos&#233;e auparavant par Xavier Darcos et regrettent le maintien du baccalaur&#233;at qui structure l'enseignement en amont&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citons les CRAP-Cahiers p&#233;dagogiques, des associations d'&#233;ducation populaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les commentateurs s'interrogent : comment personnaliser l'enseignement si les moyens baissent et que la structure n'est pas boulevers&#233;e ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette r&#233;forme a &#233;t&#233; v&#233;cue comme un moyen de faire des &#233;conomies, notamment en supprimant de nombreuses heures de cours (par exemple 3 h 30 d'enseignement scientifique en premi&#232;re S ou 2 h de gestion en premi&#232;re STMG). Toutefois, le volume global d'heures de cours suivi par les &#233;l&#232;ves change peu, il est m&#234;me plus &#233;lev&#233; qu'en 1982&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exemple de la premi&#232;re S : 26 h 30, puis 29 h en 1993, puis 28 h 30 en 2001 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Se polariser sur l'aspect budg&#233;taire conduirait donc &#224; une analyse tronqu&#233;e, et n&#233;gligerait le pl&#233;biscite des postulats de la r&#233;forme par l'opinion publique. La &#171; r&#233;volution de la personnalisation &#187; ch&#232;re au ministre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans sa conf&#233;rence de presse du 1 septembre 2011, il en fait la troisi&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; m&#233;rite donc d'&#234;tre &#233;tudi&#233;e en soi, dans ses principes autant que dans son application.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation de la r&#233;forme par le minist&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sondage CSA, janvier 2010, la formulation provenant des services (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un accompagnement personnalis&#233; (AP) de 2 heures par semaine &#171; pour du soutien scolaire, de l'approfondissement, de l'apprentissage des m&#233;thodes et / ou de l'aide &#224; l'orientation &#187;, &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Plus d'autonomie pour les &#233;tablissements, qui d&#233;cident du contenu de l'AP et de l'attribution des heures de groupes &#224; effectifs r&#233;duit,&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un tronc commun, avec des programmes identiques en premi&#232;re g&#233;n&#233;rale pour plusieurs mati&#232;res, &#171; afin notamment de faciliter les changements d'orientation au cours ou &#224; la fin de l'ann&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La personnalisation en questions&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Si l'id&#233;e de personnalisation rec&#232;le une part de communication non n&#233;gligeable, elle constitue aussi une r&#233;orientation des fondements th&#233;oriques du syst&#232;me &#233;ducatif, qui serait bas&#233; moins sur des connaissances &#224; transmettre que sur la r&#233;ponse aux demandes des &#233;l&#232;ves. Elle r&#233;pond au besoin de prise en compte de l'individu, mais pr&#233;sente le risque d'une d&#233;rive anomique chez des adolescents en pleine recherche identitaire. Ainsi au lyc&#233;e Balzac de Paris, un chef d'&#233;tablissement a constitu&#233; pas moins de 255 groupes pour 900 &#233;l&#232;ves. En dehors de quelques mati&#232;res, les &#233;l&#232;ves d'une m&#234;me classe ne sont jamais ensemble. Avec leurs professeurs, ils ont fait gr&#232;ve jusqu'au d&#233;part de la proviseure. Certains en ont conclu que &#171; la personnalisation peut se faire au d&#233;triment des jeunes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditorial de Fran&#231;ois Jarraud, &#171; A Balzac, la premi&#232;re gr&#232;ve de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'affaiblissement de la classe peut &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme un renoncement de l'institution scolaire &#224; proposer aux &#233;l&#232;ves une communaut&#233; de vie, un apprentissage de la mixit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fragmentation des cours, la diminution des horaires des disciplines accroissent l'effectif g&#233;r&#233; par l'enseignant, g&#233;n&#233;rant l'anonymat des &#233;l&#232;ves. Du coup, en classe de seconde, il n'est plus rare de voir 12 ou 13 professeurs par classe. Or, la personnalisation implique &#233;galement que les professeurs connaissent leurs &#233;l&#232;ves, pour prendre en compte leurs besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme introduit une nette hausse du nombre d'heures d'enseignement en petits groupes (10 h 30 d&#233;sormais contre 7 h en seconde, 7 h contre 4 h 30 en premi&#232;re ES...). Toutefois, la port&#233;e de ce progr&#232;s est amoindrie par le flou du texte. Dans l'ancien syst&#232;me, le nombre d'&#233;l&#232;ves et l'horaire par professeur &#233;tait pr&#233;cis&#233;, d&#233;sormais l'arr&#234;t&#233; mentionne un &#171; effectif r&#233;duit &#187;. Ceci autorise les &#233;tablissements, contraints &#224; des mesures d'&#233;conomie, &#224; mettre en place des syst&#232;mes ing&#233;nieux. Par exemple, quand on cr&#233;e trois groupes pour deux classes de 36 &#233;l&#232;ves, on aboutit &#224; des effectifs de 23 &#233;l&#232;ves par groupe, l'&#233;quivalent d'effectifs de classe enti&#232;re existant auparavant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une mise en &#339;uvre laborieuse &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
La mani&#232;re dont les objectifs sont traduits en actes constitue l'&#233;preuve de v&#233;rit&#233; des r&#233;formes, dont beaucoup &#171; n'ont jamais &#233;t&#233; vraiment appliqu&#233;es sur le terrain ou l'ont &#233;t&#233; sous des formes divergentes, voire contraires aux intentions des r&#233;formateurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agn&#232;s Van Zanten, Les politiques de l'&#233;ducation, PUF, 2004, p. 88.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La plupart des proviseurs ont reconduit les dispositifs ant&#233;rieurs et attribu&#233; l'accompagnement personnalis&#233; aux enseignants dont les postes &#233;taient en p&#233;ril du fait des diminutions d'horaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;oise Colsa&#235;t (d&#233;cembre 2011), &#171; On va attendre et il ne se passera rien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, la pr&#233;sente r&#233;forme du lyc&#233;e s'inscrit dans un contexte difficile qui lui imprime une marque aust&#232;re et qui ob&#232;re la force de persuasion de ses promoteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'impopularit&#233; aupr&#232;s du corps professoral des mesures structurant la politique &#233;ducative actuelle : fin de la carte scolaire, soutien &#224; l'enseignement priv&#233;, renforcement des pouvoirs du chef d'&#233;tablissement et restrictions budg&#233;taires. Comment convaincre que la r&#233;forme est motiv&#233;e par un souci d'am&#233;lioration du syst&#232;me, partag&#233; par tous, lorsqu'elle permet de diminuer le nombre de postes ? L'absence d'un consensus minimal parmi les personnels charg&#233;s de faire vivre la r&#233;forme est susceptible d'oblit&#233;rer ses ambitions. Ainsi, un questionnaire rempli par des professeurs abonn&#233;s au site &lt;i&gt;Caf&#233; p&#233;dagogique&lt;/i&gt; - favorable &#224; l'id&#233;e de r&#233;forme - montre que 67 % la jugent n&#233;gativement, l'ensemble de ses modalit&#233;s &#233;tant ressenties comme inefficaces et aggravant leurs conditions de travail. L'ann&#233;e &#224; venir est d'autant plus p&#233;rilleuse que les baisses de budget vont se faire sentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la pr&#233;cipitation dans la construction de la r&#233;forme, due &#224; un calendrier contraint (volont&#233; du pr&#233;sident de la R&#233;publique et du nouveau ministre de l'Education d'aboutir avant les &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales). De ce fait, plusieurs impairs ont aggrav&#233; la perception n&#233;gative des changements. Ainsi, la r&#233;&#233;criture exp&#233;ditive des programmes a frustr&#233; les professeurs et abouti notamment au retard de livraison de plusieurs mois des manuels de seconde, fait in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple des programmes d'histoire en s&#233;rie g&#233;n&#233;rale. Comme la mati&#232;re fait partie du tronc commun et qu'elle est &#233;valu&#233;e au baccalaur&#233;at en premi&#232;re pour la seule s&#233;rie scientifique, des &#233;l&#232;ves &#233;tudient ensemble une mati&#232;re qui ne fait pas l'objet du m&#234;me examen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le cas d'une classe de 1e L/ES/S. Les &#233;l&#232;ves de L et ES sont toujours (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le programme de premi&#232;re, portant sur l'histoire du monde de 1880 &#224; 2010, a comprim&#233; deux ann&#233;es d'&#233;tude en une. La solution adopt&#233;e &#8211; l'histoire th&#233;matique - n&#233;glige toute chronologie malgr&#233; les lacunes des &#233;l&#232;ves et aboutit &#224; &#233;tudier la seconde guerre mondiale avant le nazisme et le communisme ! De plus, les &#233;l&#232;ves de L et ES seront &#233;valu&#233;s sur leurs connaissances de terminale, &#224; partir d'un programme b&#226;ti sur des questions comme la religion aux &#201;tats-Unis ou la presse fran&#231;aise depuis 1890&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Tresallet et Gilbert Dumas, &#171; Une lecture du XXe si&#232;cle rendue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;preuve ne sanctionne donc plus l'acquisition des connaissances historiques fondamentales pour l'exercice de la citoyennet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des fili&#232;res toujours d&#233;s&#233;quilibr&#233;es &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Luc Chatel, comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, clame sa volont&#233; de r&#233;&#233;quilibrer les fili&#232;res du lyc&#233;e. Il s'agit d'un constat unanimement partag&#233; : la s&#233;rie S attire 50 % des &#233;l&#232;ves de la voie g&#233;n&#233;rale, au d&#233;triment d'une s&#233;rie litt&#233;raire dont le niveau et les effectifs baissent dangereusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Evolution du poids des s&#233;ries de terminale g&#233;n&#233;rale&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_138 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH375/Stat-41efd.jpg?1790689102' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Officiellement, la s&#233;rie L est revaloris&#233;e, pourtant la disparition des math&#233;matiques met clairement en danger son attractivit&#233;, la positionnant comme une s&#233;rie tr&#232;s sp&#233;cialis&#233;e. Les r&#233;formes successives avaient affaibli nettement la vari&#233;t&#233; et l'aspect litt&#233;raire de la fili&#232;re. D&#233;sormais, les langues priment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si l'&#233;l&#232;ve prend une langue pour l'&#233;preuve de sp&#233;cialit&#233; et pour l'&#233;preuve (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La nouvelle option &#171; droit et grands enjeux du monde contemporain &#187; devait revaloriser &#233;galement la s&#233;rie. N&#233;anmoins, jusqu'&#224; pr&#233;sent elle est essentiellement mise en &#339;uvre par des lyc&#233;es prestigieux qui abritent encore des classes de L d'un bon niveau. Ces &#233;tablissements offrent des d&#233;bouch&#233;s en classe pr&#233;paratoire et des options en art ou en langues rares&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Rapport de l'Inspection g&#233;n&#233;rale n 2006-044, &#201;valuation des mesures prises (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par ailleurs, les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires &#233;prouvent une inqui&#233;tude envers la philosophie que leurs parents peuvent difficilement dissiper. Choisir la s&#233;rie L revient pour eux &#224; un saut dans l'inconnu, avec la perspective de 8 h de cours et d'un coefficient 7 en philosophie. Cette mati&#232;re m&#233;riterait de ne plus &#234;tre cantonn&#233;e en terminale, mais redistribu&#233;e sur l'ensemble du lyc&#233;e. Sa place singuli&#232;re, h&#233;rit&#233;e d'un temps o&#249; elle rempla&#231;ait la litt&#233;rature en terminale, ne se justifie plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'attaquer &#224; la s&#233;lection sociale et scolaire qui produit une hi&#233;rarchie des s&#233;ries, les r&#233;formateurs entendent diminuer l'attractivit&#233; de la fili&#232;re S en insistant sur son caract&#232;re scientifique. Toutefois, le succ&#232;s de cette fili&#232;re n'est pas d'abord conditionn&#233; par le type d'enseignement qu'elle propose, puisque les &#233;tudes scientifiques sont en perte de vitesse &#224; l'universit&#233;, mais par le statut envi&#233; qu'elle donne &#224; ses &#233;l&#232;ves. La fili&#232;re S n'est donc pas la cause de la s&#233;lection, mais son instrument. D'ailleurs dans les ann&#233;es 1950-1960, la cible des r&#233;formateurs &#233;tait le latin qui a perdu son caract&#232;re s&#233;lectif au profit des math&#233;matiques, sans que la d&#233;mocratisation y gagne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurent Frajerman, &#171; La F&#233;d&#233;ration de l'Education Nationale face aux enjeux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des passerelles &#224; la marge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La s&#233;rie S n'est pas affaiblie par la r&#233;forme, faute de concurrence, elle gagne encore des &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;+ 0.9 point en un an. Rapport de l'Inspection g&#233;n&#233;rale n&#176;2012- 003, Suivi de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En revanche, sa sp&#233;cialisation accrue risque de priver les meilleurs &#233;l&#232;ves d'une culture humaniste. Paradoxalement, si l'identit&#233; des s&#233;ries du lyc&#233;e est plus affirm&#233;e, le tronc commun pour toutes les s&#233;ries en premi&#232;re g&#233;n&#233;rale induit une certaine uniformisation. Gr&#226;ce &#224; lui, le changement de s&#233;rie serait facilit&#233; mais pas de mani&#232;re r&#233;ciproque. En effet, comme il ne comporte pas de mati&#232;re scientifique (obligatoire pour tous), il rend possible le passage de la 1S vers la 1L, mais pas l'inverse. La r&#233;orientation en s&#233;rie ES reste ardue, car les autres &#233;l&#232;ves n'ont pas &#233;tudi&#233; les sciences &#233;conomiques et sociales. Les transferts en cours de premi&#232;re resteront marginaux, et concerneront principalement les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; en S, confort&#233;e dans son statut particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le tronc commun ne sert pas &#224; l'orientation des &#233;l&#232;ves, il joue un r&#244;le cons&#233;quent pour fermer des classes, en r&#233;partissant mieux les &#233;l&#232;ves. 70 % des fermetures de classe sont concentr&#233;es en premi&#232;re, malgr&#233; une l&#233;g&#232;re augmentation du nombre d'&#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Courrier de S1 du SNES, d&#233;cembre 2010.&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ceux-ci sont toujours aussi d&#233;sorient&#233;s, d'autant que les dispositifs annonc&#233;s (tutorat par des enseignants, d&#233;couverte des m&#233;tiers par l'enseignement d'exploration) ne fonctionnent pas. Paradoxalement, le minist&#232;re entendait confier l'orientation aux professeurs, dont la m&#233;connaissance du monde du travail et les pr&#233;jug&#233;s sur les m&#233;tiers non intellectuels sont fr&#233;quemment critiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;forme en faveur des p&#233;dagogies actives&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Depuis le rapport Prost (1983), le minist&#232;re cherche &#224; faire &#233;voluer les pratiques p&#233;dagogiques au lyc&#233;e (autre rapport &#224; l'&#233;l&#232;ve, culture du d&#233;bat, recherche documentaire plut&#244;t que cours magistral). La strat&#233;gie inaugur&#233;e par Claude All&#232;gre en 1999 consiste &#224; utiliser l'introduction de nouveaux enseignements comme leviers, avec l'institution des Travaux personnels encadr&#233;s (TPE) et de l'&#233;ducation civique, juridique et sociale (ECJS). Tr&#232;s vite, on a pu remarquer que &#171; l'outil de gestion de l'engagement professoral que constitue l'innovation p&#233;dagogique se fait absorber par l'organisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;l&#232;ne Buisson-Fenet, Les innovations p&#233;dagogiques comme outils de gestion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Treize ans apr&#232;s, les TPE ont disparu de la terminale g&#233;n&#233;rale et perdent encore la moiti&#233; de leur horaire, sans qu'aucune &#233;tude n'ait fait le bilan de leur action. Pour l'ECJS, les inspections d'histoire-g&#233;ographie et de Sciences &#233;conomiques et sociales, au lieu d'accompagner les professeurs, ont repris la main en r&#233;digeant des programmes de plus en plus pr&#233;cis, bridant l'innovation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; r&#233;formatrice se heurte &#224; la pr&#233;gnance des cultures disciplinaires, adoss&#233;es &#224; un mod&#232;le p&#233;dagogique mixte, qui a int&#233;gr&#233; le souci de mise en activit&#233; des &#233;l&#232;ves, sans bouleverser l'autorit&#233; professorale. Les professeurs exp&#233;rimentent depuis longtemps des m&#233;thodes actives, et les r&#233;ticences proviennent aussi du bilan qu'ils en font. Par exemple, le travail en autonomie suppose une mobilisation des &#233;l&#232;ves qui ne va pas de soi, ce qui aboutit quelquefois &#224; un effet pervers, la multiplication des notes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, l'enseignement par les comp&#233;tences, plut&#244;t que par les savoirs, se heurte &#224; un refus massif. L'obstacle n'est pas tant la r&#233;flexion stimulante induite par la notion que le caract&#232;re abstrait et le manque de lien avec le travail enseignant des applications propos&#233;es. Pour r&#233;partir les &#233;l&#232;ves dans les groupes de seconde, les professeurs ne se servent pas du livret de comp&#233;tence du coll&#232;ge, v&#233;ritable usine &#224; gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impact des nouveaux enseignements&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Les disciplines, sur lesquelles l'identit&#233; de l'enseignement secondaire s'est construite, sont affaiblies par la r&#233;forme. Par exemple, l'option &#171; droit et grands enjeux du monde contemporain &#187; en T L n'est connect&#233;e &#224; aucune mati&#232;re enseign&#233;e dans la voie g&#233;n&#233;rale. Par quel miracle va-t-on recruter des enseignants de droit au lyc&#233;e ? L'arr&#234;t&#233; affirme que cette &#171; d&#233;marche exigeante suppose, pour &#234;tre enseign&#233;e, des qualifications juridiques particuli&#232;res &#187;, sans pr&#233;ciser lesquelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arr&#234;t&#233; du 12-7-2011 - J.O. du 20-9-2011 Bulletin officiel sp&#233;cial n&#176;8 du 13 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux enseignements ont &#233;t&#233; mis en place. Les &lt;i&gt;enseignements d'exploration&lt;/i&gt; sont plut&#244;t appr&#233;ci&#233;s. Ainsi, &#171; Litt&#233;rature et soci&#233;t&#233; &#187; et &#171; M&#233;thodes et pratiques scientifiques &#187; atteignent un point d'&#233;quilibre int&#233;ressant : des disciplines proches associ&#233;es, un programme national laissant de la souplesse aux enseignants, des m&#233;thodes de travail vari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, les modalit&#233;s de l'&lt;i&gt;accompagnement personnalis&#233;&lt;/i&gt; suscitent un d&#233;saveu g&#233;n&#233;ralis&#233; chez les professeurs et les &#233;l&#232;ves. Sa d&#233;nomination montre un glissement de la transmission des savoirs vers le soutien &#224; la personne. Extr&#234;mement floue, sa d&#233;finition r&#233;glementaire laisse une grande latitude aux professeurs (dans les cas extr&#234;mes, mais admis par l'institution, des s&#233;ances de sophrologie ont &#233;t&#233; institu&#233;s). On en attend un rappel des principes de base du m&#233;tier d'&#233;l&#232;ve aussi bien qu'un approfondissement du cours. L'AP existe aussi en classe enti&#232;re, loin du &#171; cas par cas pour chaque &#233;l&#232;ve &#187; vant&#233; par le minist&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pratique est surtout r&#233;pandue en premi&#232;re et pour les professeurs principaux.&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des lyc&#233;es ont aussi invent&#233; l'AP &#171; autonome &#187;, sans enseignants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce syst&#232;me n'est pas condamn&#233; par l'Inspection G&#233;n&#233;rale : rapport n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cet auto-accompagnement sera certainement tr&#232;s personnel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re ann&#233;e, de nombreux lyc&#233;es ont mis en place de la m&#233;thodologie d&#233;connect&#233;e des disciplines, puis sont revenus &#224; des formes plus classiques d'exercice sur le mode du soutien (ce qui se faisait en &#171; modules &#187;). La d&#233;ception des &#233;l&#232;ves fait consensus chez les observateurs et se manifeste souvent par un accroissement de l'absent&#233;isme et des attitudes d&#233;viantes. Les &#233;l&#232;ves esp&#233;raient du soutien dans la mati&#232;re de l'enseignant et consid&#232;rent l'AP comme un cours de faible importance. Leurs critiques portent aussi sur leurs emplois du temps, alourdis par la multiplication des groupes parall&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;finition de l'enseignement en accompagnement personnalis&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Deux &#233;cueils principaux sont &#224; &#233;viter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;faire de la &#171; m&#233;thodologique creuse &#187;, sans l'ancrer dans un travail disciplinaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;reprendre l'aide individualis&#233;e disciplinaire, exclusivement en fran&#231;ais et en math&#233;matiques ;&lt;br /&gt;
certes, il est possible de proposer un soutien et un approfondissement de type disciplinaire, mais de mani&#232;re ponctuelle, pour mettre l'accent sur un point pr&#233;cis. &lt;br /&gt;
Ce vers quoi il faut tendre, c'est un travail de type transversal.&lt;br /&gt;
Qu'entendre par &#171; transversal &#187; ? Il n'est pas demand&#233; aux &#233;l&#232;ves une r&#233;flexion th&#233;orique &#171; au-del&#224; &#187; du disciplinaire. Il s'agit d'un travail sur des comp&#233;tences ancr&#233;es dans une discipline mais transf&#233;rables &#224; d'autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Evelyne Ballanfat, IA-IPR de Lettres, &#171; L'accompagnement personnalis&#233; : fiches r&#233;ussites &#187;, rectorat de Cr&#233;teil, septembre 2010.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Toutes les enqu&#234;tes signalent la force de la demande de formation des professeurs. Le discours sur la d&#233;marche transversale domine les politiques &#233;ducatives depuis plusieurs d&#233;cennies, et pourtant les instruments produits par le minist&#232;re pour accompagner la cr&#233;ation de l'accompagnement personnalis&#233; peinent &#224; s'en inspirer. Ainsi le site internet du minist&#232;re se garde de proposer des exemples concrets, et dans le guide du rectorat de Cr&#233;teil, les fiches propos&#233;es penchent vers l'un des &#233;cueils d&#233;nonc&#233;s dans la d&#233;finition reproduite ici. Soit elles traitent de &#171; la prise de note &#187; ou de &#171; l'utilisation du brouillon &#187;, dans une perspective m&#233;thodologique pure, soit elles abordent des questions disciplinaires (comme &#171; l'argumentation &#187;, objet d'&#233;tude tr&#232;s &#224; la mode en lettre). L'interdisciplinarit&#233; y est purement rh&#233;torique. Par exemple, une fiche en sciences de la vie et de la terre conclue sur une comp&#233;tence transf&#233;rable bien vague : &#171; la ma&#238;trise du lexique &#187; (p. 36). Une fiche de langue propose &#233;galement en titre un &#171; d&#233;bat en interdisciplinarit&#233; &#187; (p. 52) sans que le contenu ne corresponde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des chefs d'&#233;tablissements plus autonomes, des professeurs plus libres ?&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Comme pour toute r&#233;forme, la profondeur de la mutation est conditionn&#233;e par les dispositions pratiques prises par ses acteurs, ici les directions d'&#233;tablissement. Soutiendront-elles les efforts d'innovation ou seront-elles de nature administrative ? En effet, avec la facult&#233; de choisir les mati&#232;res enseign&#233;es en effectif restreint et de nommer les enseignants qui s'occuperont de l'AP et des Enseignements d'exploration (EdE), le proviseur peut d&#233;finir une r&#233;elle politique d'&#233;tablissement. Toutefois, l'administration de l'&#201;ducation nationale demeure tr&#232;s hi&#233;rarchis&#233;e et cette r&#233;forme n'est pas pilot&#233;e d'une mani&#232;re lisible. Par exemple, la politique officielle consiste &#224; refuser les classes de niveau, notamment en seconde. Pourtant, elles se multiplient depuis que les directions d'&#233;tablissement construisent leurs classes de seconde en fonction des enseignements d'exploration (&#171; Principes fondamentaux de l'&#233;conomie et de la gestion &#187; conduit vers la voie technologique). Ce syst&#232;me est-il uniquement mis en place du fait de la complexit&#233; nouvelle de la gestion des &#233;tablissements, avec ces multiples groupes, ou correspond-il &#224; un dessein inavou&#233; du minist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des professeurs, les nouvelles formes de cours leur donnent une grande latitude, par leur quasi absence de cadrage national. Le rapport de l'inspection g&#233;n&#233;rale insiste d'ailleurs beaucoup sur cette &#171; libert&#233; &#187;, en coh&#233;rence avec la volont&#233; de suppression du pouvoir d'&#233;valuation des inspecteurs, au profil disciplinaire. Si beaucoup de professeurs regrettent les programmes nationaux - s&#233;curisants et &#233;galitaires -, certains qui les vivaient comme un carcan profitent de cette opportunit&#233; pour innover, et notamment construire des cours s'appuyant sur leurs go&#251;ts personnels. La zone d'incertitude de la hi&#233;rarchie augmente, ces enseignements devenant les angles morts du contr&#244;le des professeurs (pas d'inspecteur, peu d'&#233;valuation des &#233;l&#232;ves permettant d'&#233;valuer leurs enseignants, ni de norme d'enseignement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invention de nouvelles formes de r&#233;gulation s'impose. La r&#233;forme des lyc&#233;es est donc &#233;troitement corr&#233;l&#233;e &#224; celle du management des &#233;tablissements. Elle implique le renforcement d'instances interm&#233;diaire pour faciliter le travail collectif des enseignants (conseil p&#233;dagogique, coordinateurs de discipline)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;oise Clerc, Synth&#232;se des donn&#233;es recueillies sur la mise en place de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deux types de r&#233;gulations s'av&#232;rent possibles : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit la r&#233;gulation pr&#244;n&#233;e par le ministre, manag&#233;riale et bas&#233;e sur le chef d'&#233;tablissement. Il attribuera les heures de cours, recrutera et notera les enseignants. Dans ce but, il collectera les informations chez les parents et les &#233;l&#232;ves, notamment au moyen des nouvelles technologies. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit une r&#233;gulation d&#233;mocratique, sur la base de consensus nouveaux au sein des &#233;tablissements, port&#233;s par des institutions r&#233;nov&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;velyne Rognon , Thomas Lamarche (dir.), Manager ou servir. Les services (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le proviseur, &lt;i&gt;primus inter pares&lt;/i&gt; comme le directeur d'&#233;cole, d&#233;pendra du conseil d'administration. Le conseil p&#233;dagogique, les coordinateurs et les professeurs principaux seront &#233;lus par les enseignants et non nomm&#233;s par le proviseur. Cela suppose une communaut&#233; &#233;ducative mobilis&#233;e, qui tisse des liens avec son territoire et les usagers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
L'imp&#233;ratif d'&#233;conomies budg&#233;taires ne r&#233;sume pas cette r&#233;forme. Certes elle cr&#233;e des outils &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; (flou de la d&#233;finition des effectifs r&#233;duits, tronc commun) mais la plupart des baisses d'horaires sont compens&#233;es par la cr&#233;ation de l'accompagnement personnalis&#233;. Cette r&#233;forme est volontaire du point de vue des pratiques p&#233;dagogiques, elle cr&#233;e les conditions d'un changement qui ne s'arr&#234;terait pas aux portes de la classe. Mais comme Claude All&#232;gre avant lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Prost et Annette Bon, &#171; Le moment All&#232;gre (1997-2000). De la r&#233;forme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Luc Ch&#226;tel a pris le risque de brouiller son message en amalgamant deux registres, celui de la p&#233;dagogie et celui du management. D'ailleurs, la notion de &#171; personnalisation &#187; ne doit pas laisser accroire que l'&#233;l&#232;ve pourrait d&#233;sormais puiser dans une carte de formation. Le choix est en r&#233;alit&#233; r&#233;serv&#233; &#224; l'institution locale (direction d'&#233;tablissement, professeurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'impact sur la structure du lyc&#233;e ? On peut estimer que la r&#233;forme est en continuit&#233; de l'unification progressive entreprise depuis le minist&#232;re Jospin, en 1992&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Denis Paget (2008), L'invention du Second degr&#233;. Petite histoire des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avec l'instauration du tronc commun, l'alignement croissant des programmes des s&#233;ries technologiques sur la voie g&#233;n&#233;rale et celui du baccalaur&#233;at professionnel sur le baccalaur&#233;at g&#233;n&#233;ral. Cette uniformisation se manifeste aussi par l'obligation pour les &#233;l&#232;ves d'&#233;tudier en seconde une deuxi&#232;me langue vivante ainsi que de l'&#233;conomie, au d&#233;triment des autres options. &#192; l'inverse, certaines initiatives comme le projet de d&#233;velopper l'alternance d&#232;s la quatri&#232;me ou encore la pr&#233;servation de la domination de la fili&#232;re S semblent r&#233;tablir une certaine diff&#233;renciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moteur de la r&#233;forme provient de la d&#233;centralisation des pouvoirs d'ex&#233;cution que l'on observe dans toutes les politiques publiques. Les partisans de l'autonomie de l'&#233;tablissement remarquent qu'elle favorise la souplesse, la capacit&#233; d'adaptation, ses d&#233;tracteurs qu'elle renforce les logiques s&#233;gr&#233;gatives. Cette r&#233;forme ne consiste pas seulement en un transfert de pouvoirs de gestion vers l'&#233;chelon local, mais aussi de la d&#233;l&#233;gation de la d&#233;finition de certains contenus (AP) et de choix principiels (pour les effectifs r&#233;duits, faut-il privil&#233;gier les sciences ou les langues ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de nos observations, on peut supputer que cette avanc&#233;e vers un lyc&#233;e autonome aboutisse &#224; des effets socialement diff&#233;renci&#233;s, du fait du contexte de p&#233;nurie budg&#233;taire, de crise du syst&#232;me &#233;ducatif et de renforcement du march&#233; scolaire. Les &#233;tablissements d'excellence souffriraient moins du nombre &#233;lev&#233; d'&#233;l&#232;ves par classe, leurs &#233;l&#232;ves &#233;tant s&#233;lectionn&#233;s et ma&#238;trisant les codes. Ces lyc&#233;es proposent un menu plut&#244;t traditionnel, en reconduisant leurs anciennes recettes sous les nouveaux termes (accompagnement personnalis&#233; sous forme de modules ou de cours classiques...). A l'autre extr&#234;me, les lyc&#233;es se ghetto&#239;sant n'offriraient que des modules de rem&#233;diation aux &#233;l&#232;ves qui y sont rel&#233;gu&#233;s. Dans ce cas, la R&#233;publique d&#233;missionnerait de son ambition d'offrir les m&#234;mes chances de scolarisation &#224; tous. Il ne s'agit pas d'id&#233;aliser le lyc&#233;e actuel, d&#233;j&#224; fortement hi&#233;rarchis&#233;, mais de constater que ses travers risquent d'&#234;tre amplifi&#233;s. Que resterait-il alors de la culture commune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Laurent Frajerman&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chercheur &#224; l'institut de recherches de la FSU&lt;br /&gt;
Professeur agr&#233;g&#233; d'Histoire au lyc&#233;e de Thiais&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Citons les CRAP-Cahiers p&#233;dagogiques, des associations d'&#233;ducation populaire comme la Ligue de l'enseignement, le SGEN-CFDT, la FCPE, l'UNL etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Exemple de la premi&#232;re S : 26 h 30, puis 29 h en 1993, puis 28 h 30 en 2001 et enfin 28 h aujourd'hui. N&#233;anmoins, dans les s&#233;ries technologiques, en premi&#232;re STI, l'horaire &#233;l&#232;ve baisse de deux heures.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans sa conf&#233;rence de presse du 1 septembre 2011, il en fait la troisi&#232;me r&#233;volution de l'&#233;cole moderne, apr&#232;s l'&#233;cole la&#239;que, gratuite et obligatoire de Jules Ferry et la d&#233;mocratisation des ann&#233;es 1960-1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sondage CSA, janvier 2010, la formulation provenant des services minist&#233;riels. Dans ces conditions, les principaux points sont approuv&#233;s par plus de 84 % des fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditorial de Fran&#231;ois Jarraud, &#171; A Balzac, la premi&#232;re gr&#232;ve de la personnalisation ? &#187;, Caf&#233; p&#233;dagogique, 14 novembre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agn&#232;s Van Zanten, Les politiques de l'&#233;ducation, PUF, 2004, p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;oise Colsa&#235;t (d&#233;cembre 2011), &#171; On va attendre et il ne se passera rien &#187;, Les cahiers p&#233;dagogiques, n&#176; 493.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le cas d'une classe de 1e L/ES/S. Les &#233;l&#232;ves de L et ES sont toujours &#233;valu&#233;s au baccalaur&#233;at en terminale, sur des questions comme la religion aux &#201;tats-Unis ou la presse fran&#231;aise depuis 1890.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Tresallet et Gilbert Dumas, &#171; Une lecture du XXe si&#232;cle rendue illisible pour les lyc&#233;ens d'aujourd'hui &#187;, tribune libre dans l'Humanit&#233; du 15 novembre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si l'&#233;l&#232;ve prend une langue pour l'&#233;preuve de sp&#233;cialit&#233; et pour l'&#233;preuve facultative au baccalaur&#233;at, le cumul des coefficients de langue s'&#233;l&#232;ve &#224; 14, contre 9 pour la litt&#233;rature et seulement 4 pour l'histoire-g&#233;ographie. Le minist&#232;re &#233;voque d'ailleurs &#171; une s&#233;rie d'excellence pour les langues &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Rapport de l'Inspection g&#233;n&#233;rale n 2006-044, &#201;valuation des mesures prises pour revaloriser la s&#233;rie litt&#233;raire au lyc&#233;e, p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laurent Frajerman, &#171; La F&#233;d&#233;ration de l'Education Nationale face aux enjeux de l'&#233;cole moyenne sous la IVe R&#233;publique. Cartographie d'un d&#233;bat &#187;, Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie, n&#176; 159, avril-juin 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;+ 0.9 point en un an. Rapport de l'Inspection g&#233;n&#233;rale n&#176;2012- 003, Suivi de la mise en &#339;uvre de la r&#233;forme du lyc&#233;e d'enseignement g&#233;n&#233;ral et technologique, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Courrier de S1 du SNES, d&#233;cembre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#233;l&#232;ne Buisson-Fenet, Les innovations p&#233;dagogiques comme outils de gestion de l'engagement professoral. Le cas des &#8220;nouveaux enseignements&#8221; de la r&#233;forme All&#232;gre, communication aux Journ&#233;es de Sociologie du travail du Centre Pierre Naville, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arr&#234;t&#233; du 12-7-2011 - J.O. du 20-9-2011 Bulletin officiel sp&#233;cial n&#176;8 du 13 octobre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La pratique est surtout r&#233;pandue en premi&#232;re et pour les professeurs principaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce syst&#232;me n'est pas condamn&#233; par l'Inspection G&#233;n&#233;rale : rapport n&#176; 2011-010, Mise en &#339;uvre de la r&#233;forme des lyc&#233;es d'enseignement g&#233;n&#233;ral et technologique, f&#233;vrier 2011, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;oise Clerc, Synth&#232;se des donn&#233;es recueillies sur la mise en place de l'accompagnement, &#201;ducation et Devenir, janvier 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;velyne Rognon , Thomas Lamarche (dir.), Manager ou servir. Les services publics aux prises avec le nouveau management public, Paris, Syllepse, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Prost et Annette Bon, &#171; Le moment All&#232;gre (1997-2000). De la r&#233;forme de l'&#201;ducation nationale au soul&#232;vement &#187;, Vingti&#232;me Si&#232;cle. Revue d'histoire, n&#176; 110, 2011, p. 123-145.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Denis Paget (2008), L'invention du Second degr&#233;. Petite histoire des coll&#232;ges et des lyc&#233;es ; &#201;dition du temps.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.democratisation-scolaire.fr/IMG/doc/Reforme_lycee_LF5.doc" length="115200" type="application/msword" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Lettre ouverte aux signataires de l'appel &#171; Pour un pacte national de lutte contre l'&#233;chec scolaire &#187; </title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article132</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article132</guid>
		<dc:date>2012-02-01T14:30:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe du GRDS</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>socle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Instant de bonheur, jeudi dernier, en d&#233;couvrant la &#171; Une &#187; de Lib&#233; : &#171; L'&#233;cole : un devoir &#187; avec en surtitre : &#171; Un appel contre l'&#233;chec scolaire &#187;. Enfin, l'&#233;cole s'invite en grand, et sur un sujet d'importance, dans la campagne des l&#233;gislatives&#8230; Las, en peu de temps ce fut l'indignation devant l'indigence, la duplicit&#233; et pour tout dire le caract&#232;re r&#233;trograde de cet appel dont l'objectif affich&#233; est de &#171; d&#233;finir ensemble le mod&#232;le &#233;ducatif que nous souhaitons pour la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;socle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L76xH99/arton132-db781.jpg?1790689102' class='spip_logo spip_logo_right' width='76' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Instant de bonheur, jeudi dernier, en d&#233;couvrant la &#171; Une &#187; de Lib&#233; : &#171; L'&#233;cole : un devoir &#187; avec en surtitre : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.pacteechecscolaire.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un appel contre l'&#233;chec scolaire&lt;/a&gt; &#187;. Enfin, l'&#233;cole s'invite en grand, et sur un sujet d'importance, dans la campagne des l&#233;gislatives&#8230; Las, en peu de temps ce fut l'indignation devant l'indigence, la duplicit&#233; et pour tout dire le caract&#232;re r&#233;trograde de cet appel dont l'objectif affich&#233; est de &lt;i&gt;&#171; d&#233;finir ensemble le mod&#232;le &#233;ducatif que nous souhaitons pour la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous dit-il en effet de la nature de l'&#233;chec scolaire, et surtout que nous propose-t-il pour en sortir ? Au d&#233;but du texte pointe un d&#233;but d'analyse sur une des caract&#233;ristiques de notre &#233;cole : la &lt;i&gt;&#171; comp&#233;tition qui cr&#233;e de la souffrance &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; un syst&#232;me de s&#233;lection &#187;&lt;/i&gt; auquel il faudrait substituer un &lt;i&gt;&#171; mod&#232;le de promotion &#187;&lt;/i&gt;. Voil&#224; qui m&#233;riterait quelques explications permettant de penser des r&#233;ponses progressistes ? L'&#233;cole n'est ni la famille, ni le club, ni la &#171; bande &#187;, ni la rue. Sauf erreur, sa vis&#233;e premi&#232;re est bien la r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves dans les apprentissages, source de plaisir et de d&#233;veloppement ? Le &#171; pacte &#187; se trompe, au mieux, lorsqu'il amalgame &#171; souffrance &#187; et &#171; effort &#187;. Plus, il trompe sur la r&#233;alit&#233; scolaire lorsqu'il n'associe pas souffrance &#224; &#233;chec. Car c'est bien le sentiment d'&#233;chec qui, fondamentalement, est cause de souffrance. Un texte pr&#233;tendant vouloir &#171; lutter contre l'&#233;chec scolaire &#187; doit aborder frontalement cette question, ne pas s'en &#233;carter. &#171; Psychologiser &#187;, comme &#224; d'autres moments, on m&#233;dicalise le probl&#232;me, conduit &#224; inverser les causes et les cons&#233;quences. Cette posture induit une approche humanitaire et non sociale de la question scolaire. Ah ces pauvres enfants de pauvres, s'ils pouvaient au moins &#234;tre heureux &#224; l'&#233;cole !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que pas une seule fois n'est utilis&#233;, &#224; propos des apprentissages, le terme de &#171; savoirs &#187; mais que revient deux fois celui de &#171; comp&#233;tences &#187; sans que cette terminologie (et son utilisation) ne soit d'une mani&#232;re ou d'une autre interrog&#233;e, du point de vue de sa validit&#233; scientifique et professionnelle, son efficacit&#233;, ses effets p&#233;dagogiques sur le syst&#232;me (rappelons qu'elles sont en vigueur dans le primaire depuis 1995). Est &#233;galement condamn&#233; le syst&#232;me de la notation &#171; &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#187; (seulement ?) auquel il faudrait substituer une &lt;i&gt;&#171; &#233;valuation fond&#233;e sur les comp&#233;tences des enfants &#187;&lt;/i&gt;. Nous pensons, pour notre part, qu'il faut en effet en finir avec le syst&#232;me de notation et de classement en vigueur dans notre &#233;cole. Mais aussi que, appliqu&#233;e isol&#233;ment sans s'attaquer dans le m&#234;me temps &#224; tout ce qui structure et fait dysfonctionner aujourd'hui notre syst&#232;me &#233;ducatif, &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article91' class=&#034;spip_in&#034;&gt;cette mesure est un leurre&lt;/a&gt;. Comment passer par pertes et profits la concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui s'y d&#233;veloppe, la s&#233;lection qui s'y op&#232;re, les carences de la formation initiale et continue, les fortes interrogations qui p&#232;sent sur les programmes scolaires, la d&#233;stabilisation du m&#233;tier d'enseignant par des r&#233;formes d'essence d'abord id&#233;ologique, s&#233;gr&#233;gative (loi Fillon, socle commun), la r&#233;duction des moyens humains et mat&#233;riels, l'absence de d&#233;mocratie, d'autonomie p&#233;dagogique, l'autoritarisme. Et tout cela sur fond de retour de l'id&#233;ologie des dons et du handicap socioculturel...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on cautionner, &#224; cent jours d'une &#233;ch&#233;ance &#233;lectorale d&#233;terminante, une telle entreprise de mystification, en particulier des populations dont le texte pr&#233;tend vouloir d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts, au moment o&#249; la question de la qualit&#233; et du niveau de formation des jeunes g&#233;n&#233;rations est devenue un enjeu central de notre soci&#233;t&#233; ? Il s'agit en effet d'imaginer un syst&#232;me &#233;ducatif non s&#233;gr&#233;gatif, permettant &#224; tous d'acc&#233;der &#224; des savoirs plus complexes, &#224; une culture commune repens&#233;e favorisant leur capacit&#233; &#224; innover, &#224; inventer de nouveaux modes de production et de d&#233;veloppement, bref de penser un autre monde. Or que nous propose le &#171; pacte &#187; ? Une &#233;ni&#232;me r&#233;forme structurelle dont la logique est la poursuite de l'opposition plus que s&#233;culaire entre deux mod&#232;les d'&#233;cole : le primaire et le secondaire ! En choisissant de raviver ce vieil antagonisme st&#233;rile et fatalement partisan, en promouvant le primaire comme mod&#232;le de renouveau du coll&#232;ge, on se d&#233;tourne des faits, on fait le choix du statu quo scolaire (partie cach&#233;e du projet)&#8230; et on prend le risque du retour aux divisions de la communaut&#233; enseignante sur la base des vieilles lunes corporatistes qui faisaient autrefois les d&#233;lices de la FEN. Or on le sait, l'&#233;cole primaire, par ses r&#233;sultats de plus en plus inqui&#233;tants, ne peut pr&#233;tendre au titre de mod&#232;le. Le coll&#232;ge non plus d'ailleurs, accus&#233; ici de fa&#231;on absurde d'&#234;tre &#171; un petit lyc&#233;e &#187; (on croit r&#234;ver !) : on veut le &#171; primariser &#187; et on l'accuse &#8211; conform&#233;ment &#224; la doxa &#233;ducative en vigueur - d'&#234;tre &#171; le maillon faible du syst&#232;me &#187;. Lui qu'hypocritement le &#171; pacte &#187; ne veut pas d&#233;signer pour ce qu'il est : un centre de tri, principalement social, des &#233;l&#232;ves. C'est Ubu roi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pacte c'est aussi le maintien de la scolarisation obligatoire &#224; 16 ans alors que plus de 90% des jeunes de 16 &#224; 18 ans sont sous statut scolaire. Il cautionne le &#171; socle commun &#187; impos&#233; aux forceps comme un viatique pour plus de 50% de ses &#233;l&#232;ves a priori priv&#233;s du droit d'acc&#232;s au lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral (&#233;l&#232;ves, comme par hasard, majoritairement issus des milieux populaires), orient&#233;s au mieux vers le lyc&#233;e professionnel sur des bases principalement sociales et dans lequel pr&#232;s de 40% des entrants ne finit pas leur scolarit&#233;, fournissant les gros bataillons des 180 000 jeunes qui sortent chaque ann&#233;e sur le march&#233; du travail sans aucune formation qualifiante ! Mais hormis les invocations convenues &#224; la revalorisation de l'enseignement professionnel, rien de bien nouveau dans la perspective ici trac&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre aspect, surr&#233;aliste cette fois, le &#171; pacte &#187; confie aux organisations p&#233;riscolaires le soin de donner aux &#233;l&#232;ves le &#171; go&#251;t de l'&#233;cole &#187;. Ainsi ce qui devrait &#234;tre le c&#339;ur de la professionnalit&#233; enseignante : faire en sorte que tous les &#233;l&#232;ves entrent d&#233;lib&#233;r&#233;ment en culture, est en quelque sorte externalis&#233;, renvoy&#233; &#224; la p&#233;riph&#233;rie du syst&#232;me, en escamotant totalement des questions aussi anodines que celles de la formation, tant initiale que continue des enseignants ; le d&#233;sastre provoqu&#233; par l'accumulation, ces derni&#232;res d&#233;cennies de r&#233;formes dont le seul point commun est d'avoir toujours cherch&#233; &#224; pr&#233;server la fonction s&#233;lective de notre syst&#232;me &#233;ducatif, de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire au lyc&#233;e, et les modalit&#233;s r&#233;elles par lesquelles se mettent en &#339;uvre les processus en cause ! Faut-il vraiment passer sous silence, pour ne g&#234;ner personne, que les in&#233;galit&#233;s scolaires, &lt;a href=&#034;http://www.humanite.fr/societe/jean-yves-rochex-%C2%AB-les-inegalites-scolaires-se-construisent-aussi-dans-la-classe-%C2%BB-487646&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme le souligne &#224; juste titre le chercheur J.-Y. Rochex&lt;/a&gt;, se construisent aussi &#224; l'&#233;cole sur le terreau du sabordage permanent des initiatives des personnels et du manque de moyens pour faire face aux difficult&#233;s cr&#233;&#233;es chez les &#233;l&#232;ves par la d&#233;gradation continue du contexte &#233;conomique, social et culturel dans lequel on veut les enfermer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cantonnant ses propositions &#224; une s&#233;rie de mesures sans v&#233;ritable ambition et assorties d'une logique consistant &#224; noyer l'acceptation de fait des in&#233;galit&#233;s scolaires dans un psychologisme de bon aloi, le &#171; pacte &#187; r&#233;v&#232;le sa duplicit&#233;. Et ce serait l'&#171; un des enjeux des prochaines &#233;lections nationales &#187; ? Nous ne pouvons nous r&#233;soudre &#224; l'id&#233;e qu'une d&#233;marche partisane puisse nous d&#233;tourner de ce qui constitue aujourd'hui le fond du d&#233;bat concernant l'avenir de notre &#233;cole : quelle culture g&#233;n&#233;rale et technologique voulons-nous pour ceux qui &#8211; ne l'oublions pas - arriveront sur le march&#233; du travail dans les ann&#233;es 2030 ? D'autres propositions de transformation progressiste de notre syst&#232;me &#233;ducatif sont mises en avant par des enseignants, des chercheurs, des syndicalistes, et m&#234;me des partis politiques de gauche qui ne se r&#233;signent pas &#224; une telle d&#233;faite de la pens&#233;e progressiste en mati&#232;re d'&#233;ducation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ken Jones, L'&#233;cole en Europe. Politiques n&#233;o-lib&#233;rales et r&#233;sistances collectives</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article118</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article118</guid>
		<dc:date>2011-05-30T16:21:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Concurrence</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet entretien avec Christian Laval &#224; propos du livre de Ken Jones (dir.) L'&#233;cole en Europe (La Dispute, collection L'Enjeu scolaire) est paru dans la revue de l'&#201;cole &#233;mancip&#233;e, n&#176;29, mai 2011 &lt;br class='autobr' /&gt;
EE : Au-del&#224; des travaux sur l'&#233;cole n&#233;olib&#233;rale que tu as d&#233;j&#224; men&#233;s, en quoi cet ouvrage, dont tu as &#233;crit la pr&#233;face, est-il novateur ? Pourquoi a-t-il sa raison d'&#234;tre maintenant ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce livre r&#233;pond &#224; une urgence. C'est pr&#233;cis&#233;ment maintenant que les enseignants de tous niveaux subissent les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Concurrence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L90xH121/arton118-0dfb9.jpg?1790689101' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cet entretien avec Christian Laval &#224; propos du livre de Ken Jones (dir.) &lt;i&gt;L'&#233;cole en Europe&lt;/i&gt; (La Dispute, collection L'Enjeu scolaire) est paru dans la revue de &lt;a href=&#034;http://www.ecoleemancipee.org/spip.php?article928&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&#201;cole &#233;mancip&#233;e, n&#176;29, mai 2011&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EE : &lt;i&gt;Au-del&#224; des travaux sur l'&#233;cole n&#233;olib&#233;rale que tu as d&#233;j&#224; men&#233;s, en quoi cet ouvrage, dont tu as &#233;crit la pr&#233;face, est-il novateur ? Pourquoi a-t-il sa raison d'&#234;tre maintenant ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre r&#233;pond &#224; une urgence. C'est pr&#233;cis&#233;ment maintenant que les enseignants de tous niveaux subissent les effets concrets des politiques europ&#233;ennes. L'&#233;cole en Europe, pour reprendre le titre du livre, ce n'est plus une abstraction, c'est de plus en plus de la r&#233;alit&#233; v&#233;cue. Que l'on songe au &#171; socle des comp&#233;tences de base &#187; ou &#224; la r&#233;forme universitaire, ou encore &#224; la volont&#233; de diminuer les d&#233;penses &#233;ducatives dans l'enseignement secondaire : ce sont l&#224; quelques-uns des effets des grands axes et des m&#233;thodes qui orientent les politiques &#233;ducatives en Europe. Le d&#233;sarroi est important devant ces transformations : d'o&#249; viennent-elles ? A quoi servent-elles ? Or, le grand argument, et pratiquement le seul, de ceux qui mettent en &#339;uvre les r&#233;formes depuis le ministre jusqu'aux hi&#233;rarchies locales et interm&#233;diaires est de dire que &#171; tout le monde le fait en Europe, donc il faut le faire en France &#187;. L'argument est &#233;videmment inepte. Mais il nous invite &#224; mieux conna&#238;tre ce qui s'est fait ailleurs et quelles cons&#233;quences cela a eues&#8230; C'est ce qui donne son importance au livre de Ken Jones et de son &#233;quipe de chercheurs et militants europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EE : &lt;i&gt;Les personnels de l'&#233;ducation vivent une p&#233;riode douloureuse, ils subissent injonctions, pressions et r&#233;formes en rafale, au sujet desquelles ils mettent en place des r&#233;sistances. En quoi cet ouvrage peut-il les aider ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre apporte une aide tr&#232;s concr&#232;te : il montre que les r&#233;formes que l'on impose &#224; l'&#233;cole et &#224; l'universit&#233; en France ont fait l'objet partout de contestations et de refus. Apr&#232;s l'avoir lu, aucun lecteur ne pourra se laisser convaincre que partout ailleurs on a accept&#233; les yeux ferm&#233;s ce que nous refusons ici ! Il faut sortir de l'horizon hexagonal pour lutter efficacement contre les r&#233;gressions que nous subissons et pour faire comprendre &#224; la profession et &#224; tous les milieux concern&#233;s, la signification profonde des mutations en cours. Ce livre peut y contribuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EE : &lt;i&gt;En quoi la compr&#233;hension globale des politiques n&#233;olib&#233;rales &#224; l'&#339;uvre permet-elle d'&#234;tre mieux arm&#233; pour y r&#233;sister ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les politiques &#233;ducatives europ&#233;ennes ne doivent pas &#234;tre combattues parce qu'elles sont europ&#233;ennes, mais parce qu'elles sont n&#233;olib&#233;rales. Et le n&#233;olib&#233;ralisme est avant tout une norme de soci&#233;t&#233; qui se pr&#233;sente comme une &#233;vidence : la concurrence est la loi supr&#234;me, l'entreprise est le mod&#232;le universel. Cette norme est impos&#233;e par des politiques publiques tr&#232;s volontaristes et pas seulement par l'expansion spontan&#233;e du march&#233;. Le r&#244;le actif de l'&#201;tat est en la mati&#232;re d&#233;cisif. On le voit bien justement dans le domaine scolaire. Et comme le montre l'ouvrage dirig&#233; par Ken Jones, c'est vrai partout en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comprendre que les r&#233;formes de l'&#233;cole participent de cette norme n&#233;olib&#233;rale est important pour au moins trois raisons : la premi&#232;re, je l'ai dit, est que cette norme est mondiale et qu'elle a pour relais l'Union europ&#233;enne. La lutte contre la mutation n&#233;olib&#233;rale de l'&#233;cole ne peut donc &#234;tre seulement nationale. Un nouvel internationalisme est indispensable. La deuxi&#232;me raison est que cette norme s'impose dans tous les secteurs de l'action publique et de la soci&#233;t&#233;. Ce qui contraint &#224; d&#233;velopper les actions transversales et les luttes interprofessionnelles. La troisi&#232;me raison est qu'il faut prendre conscience du sens de la transformation actuelle : un virage de civilisation du fait d'une acculturation utilitariste acc&#233;l&#233;r&#233;e. Ken Jones montre bien que c'est toute la tradition humaniste europ&#233;enne qui est attaqu&#233;e &#224; la base par la logique n&#233;olib&#233;rale quand elle touche aux savoirs et &#224; la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EE : &lt;i&gt;N'y a-t-il pas un risque de d&#233;courager et de d&#233;mobiliser les lecteurs ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de pire que l'ignorance ou la sous-estimation des tendances en cours ! Certains voudraient croire que les transformations que nous connaissons dans le monde depuis trente ans ne sont qu'un ph&#233;nom&#232;ne passager qui n'a pas touch&#233; &#224; l'essentiel de nos soci&#233;t&#233;s, de nos institutions, des rapports de force entre les classes, du fonctionnement des d&#233;mocraties. Il suffirait d'une &#233;lection, ou peut-&#234;tre d'un peu de protectionnisme, pour retrouver l'&#226;ge d'or de l'&#201;tat social et &#233;ducateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut regarder la situation sans catastrophisme mais avec lucidit&#233;. La rationalit&#233; n&#233;olib&#233;rale a diffus&#233; partout, jusque dans cette &#233;cole publique &#224; la fran&#231;aise que l'on voudrait croire indemne. Ceci impose de ne pas s'opposer seulement &#224; telle r&#233;forme partielle, mais &#224; s'attaquer &#224; toute la logique qui s'impose dans tous les secteurs de la soci&#233;t&#233; et de l'action publique. Rien n'est d&#233;finitivement perdu, mais la t&#226;che qui est devant nous est une rupture totale avec la norme n&#233;olib&#233;rale. Quant &#224; la question de la d&#233;mobilisation qu'un tel livre pourrait entra&#238;n&#233;e, il faut rappeler que la connaissance est toujours une force contre la d&#233;sinformation et la propagande qui r&#232;gnent en France, sp&#233;cialement quant &#224; la r&#233;alit&#233; mondiale et europ&#233;enne de l'&#233;cole et de l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EE : &lt;i&gt;Tu parles de &#171; trajectoires communes &#187; des diff&#233;rents syst&#232;mes &#233;ducatifs europ&#233;ens ; n'y a-t-il pas un danger &#224; vouloir comparer des syst&#232;mes entre eux, alors que les contextes (sociaux, &#233;conomiques, culturels) des pays ne sont pas comparables ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes &#233;ducatifs se transforment presque partout dans le monde selon une coh&#233;rence globale. C'est particuli&#232;rement vrai en Europe qui n'est &#224; cet &#233;gard qu'un sous-ensemble. Bien s&#251;r, les points de d&#233;part sont diff&#233;rents, les histoires, les structures institutionnelles, les soci&#233;t&#233;s sont diff&#233;rentes. Mais faut-il s'aveugler sur le pouvoir uniformisant de la mondialisation capitaliste sur tous les syst&#232;mes sociaux et culturels ? La mise en concurrence mondiale des soci&#233;t&#233;s et des &#201;tats encourage une homog&#233;n&#233;isation relative et progressive des syst&#232;mes &#233;ducatifs somm&#233;s de se plier partout aux m&#234;mes imp&#233;ratifs &#233;conomiques et &#224; des modes de r&#233;gulation similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EE : &lt;i&gt;Comparer les syst&#232;mes &#233;ducatifs, rep&#233;rer des similitudes, n'est-ce pas suivre la m&#234;me d&#233;marche que les &#233;valuations internationales (PISA) que nous contestons ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Ken Jones, c'est l'anti-Pisa. Il faut arracher &#224; l'OCDE le monopole des comparaisons internationales. PISA, contrairement &#224; ce que certains voudraient faire croire, n'est pas une mesure neutre. C'est un instrument politique, c'est un levier de l'acculturation utilitariste. On peut certes en utiliser tactiquement certains r&#233;sultats, mais le faire sans aucun recul critique comme le font par exemple Baudelot et Establet est un contresens scientifique et un mauvais coup politique. Comparer des syst&#232;mes &#233;ducatifs ne peut se faire sans comprendre que les contextes historiques, sociaux, &#233;conomiques, culturels, d&#233;mographiques, ethniques, sont des variables que les &#171; mesures de comp&#233;tences applicables dans la vie de tous les jours &#187; ne font pas imm&#233;diatement appara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EE : &lt;i&gt;Tu expliques que les r&#233;formes ont install&#233; &#171; l'&#233;cole sous le signe du capital &#187; ; comment les forces progressistes, les syndicats ont-ils pu accompagner cette mise en place sans en comprendre les enjeux ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre raisons de lire ce livre, de se l'approprier : la contestation et l'analyse ailleurs ont souvent un temps d'avance sur nous. C'est vrai de l'Angleterre o&#249; le n&#233;olib&#233;ralisme a &#233;t&#233; plus clairement assum&#233; par les responsables gouvernementaux. Nous avons un retard de compr&#233;hension, c'est &#233;vident. Cela ne concerne pas seulement les syndicats, mais une grande partie de la recherche en &#233;ducation, les associations de parents ou les mouvements p&#233;dagogiques. Les syndicats, du fait du poids de l'histoire nationale de l'&#233;cole et des structures institutionnelles, n'&#233;chappent pas &#224; ce travers. A cet &#233;gard, la situation est variable. La FSU dans sa globalit&#233; a une conscience beaucoup plus claire du sens des changements que le SGEN ou l'UNSA, lesquels n'ont pas brill&#233; par leur lucidit&#233;, c'est le moins que l'on puisse dire. La FSU, qui s'est li&#233;e tr&#232;s t&#244;t au mouvement altermondialiste, n'a cess&#233; &#171; d'&#233;largir son champ de vision &#187;. L'institut de la FSU y a contribu&#233; de son c&#244;t&#233; en produisant de nombreuses analyses et travaux sur les &#233;volutions mondiales et europ&#233;ennes et sur l'&#233;cole n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux &#233;l&#233;ments qui expliquent ce retard de compr&#233;hension : l'enfermement hexagonal et l'incompr&#233;hension du n&#233;olib&#233;ralisme. Le premier probl&#232;me est l'ignorance en France de la dimension europ&#233;enne et mondiale des r&#233;formes &#233;ducatives. C'est d'ailleurs pour cette raison &#224; la fois scientifique et politique que l'institut de la FSU a aid&#233; &#224; la traduction et &#224; la publication du livre de Ken Jones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me probl&#232;me, c'est une v&#233;ritable impossibilit&#233; de penser le n&#233;olib&#233;ralisme dans sa nouveaut&#233;, de prendre conscience du d&#233;placement qu'il op&#232;re dans la signification m&#234;me des r&#233;formes. C'est le r&#233;flexe de l'autruche : &#171; Rien de nouveau chez nous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de sp&#233;cialistes et d'acteurs ne veulent pas sortir du cadre ancien de perception des enjeux scolaires. Ils croient toujours que nous sommes dans la p&#233;riode o&#249; &#171; r&#233;forme &#187; &#233;tait synonyme de &#171; progr&#232;s &#187; ou de &#171; d&#233;mocratisation &#187;. Or, nous sommes pass&#233;s, souvent de fa&#231;on masqu&#233;e, de la r&#233;forme d&#233;mocratique &#224; la r&#233;forme n&#233;olib&#233;rale. Les Anglais l'ont &#233;videmment compris avant nous, &#224; leurs d&#233;pens. Nombreux sont ceux qui continuent &#224; croire que les luttes dans le champ scolaire restent structur&#233;es comme dans les ann&#233;es 50, 70 ou 80 : &#171; modernes &#187; contre &#171; r&#233;actionnaires &#187;, &#171; d&#233;mocrates contre &#233;litistes &#187;. D'o&#249; l'importance de faire comprendre non pas que tout a absolument chang&#233;, ce qui serait idiot, mais que les termes du probl&#232;me ont &#233;t&#233; modifi&#233;s avec le nouvel &#226;ge de l'&#233;cole dans lequel les r&#233;formes d'aujourd'hui veulent nous faire entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EE : &lt;i&gt;Le constat des politiques n&#233;olib&#233;rales &#233;tendues &#224; l'Europe est sans appel ; pourtant, le livre se termine par &#171; les obstacles &#187; &#224; leur mise en &#339;uvre, et incite donc &#224; la r&#233;sistance. Ce message d'espoir n'est-il pas un peu artificiel ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas. Les luttes des &#233;tudiants anglais ou italiens montrent que partout la contestation est profonde et massive. Le terrain scolaire et universitaire sera de plus en plus conflictuel avec les avanc&#233;es de la mutation n&#233;olib&#233;rale. Ce qui manque, c'est une r&#233;elle coordination europ&#233;enne effective des luttes des usagers et des professionnels &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne. Seul ce manque est vraiment d&#233;sesp&#233;rant. Il appartient aux militants et aux organisations de le combler le plus rapidement possible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pas de coll&#232;ge unique sans lyc&#233;e unique</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article112</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article112</guid>
		<dc:date>2011-04-02T13:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>lyc&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Coll&#232;ge</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Au moment o&#249; l'offensive n&#233;olib&#233;rale est la plus brutale, le syndicalisme pr&#233;sente le visage le plus assagi de son histoire et se prive d'inventer le futur &#187; (St&#233;phane Sirot, l'Humanit&#233;-Dimanche, 24-3-2011). En dirait-on tr&#232;s diff&#233;remment des partis de gauche ? &lt;br class='autobr' /&gt; 1/ Premi&#232;re question : le taux actuel d'&#233;chec scolaire est-il soluble dans une r&#233;forme d&#233;mocratique du syst&#232;me &#233;ducatif ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Serait-il exag&#233;r&#233; de parler d'un refus de masse de mettre cette question sur la table, voire d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;lyc&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;Coll&#232;ge&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L111xH115/arton112-43df9.png?1790689101' class='spip_logo spip_logo_right' width='111' height='115' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Au moment o&#249; l'offensive n&#233;olib&#233;rale est la plus brutale, &lt;br class='autobr' /&gt;
le syndicalisme pr&#233;sente le visage le plus assagi de son histoire et se prive d'inventer le futur &#187;&lt;/strong&gt; (St&#233;phane Sirot, l'Humanit&#233;-Dimanche, 24-3-2011). En dirait-on tr&#232;s diff&#233;remment des partis de gauche ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1/ Premi&#232;re question : le taux actuel d'&#233;chec scolaire est-il soluble dans une r&#233;forme d&#233;mocratique du syst&#232;me &#233;ducatif ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Serait-il exag&#233;r&#233; de parler d'un refus de masse de mettre cette question sur la table, voire d'une v&#233;ritable chape de plomb du silence &#224; son propos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;ponse cependant lui est donn&#233;e, &#224; la fois n&#233;gative et non explicit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si les apprentissages de la culture &#233;crite &#233;taient par nature hors d'atteinte de tout une partie des jeunes g&#233;n&#233;rations. Qu'avoir une partie de ses &#233;l&#232;ves en &#233;chec &#224; la fin de l'ann&#233;e faisait partie de l'ordre des choses. Comme s'il allait de soi que l'on ne pouvait &#233;lever le niveau moyen de scolarisation qu'au d&#233;triment de la qualit&#233; des contenus transmis. Que devant le constat des difficult&#233;s rencontr&#233;es par toute une partie des &#233;l&#232;ves qui prolongent leurs &#233;tudes, la seule solution &#233;tait de leur sugg&#233;rer d'en rabattre sur leurs ambitions (&#171; Mieux vaut un bon CAP qu'un bac mal ficel&#233; &#187;). Qu'&#224; l'&#233;gard des &#233;l&#232;ves qui gal&#232;rent au coll&#232;ge, il fallait penser &#171; socle commun &#187;, et travailler &#224; l'acquisition de &#171; comp&#233;tences &#187; plut&#244;t que de faire de la transmission des connaissances (selon les termes propres de Bernard Hugonnier, directeur adjoint &#224; l'&#233;ducation de l'OCDE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vont dans le m&#234;me sens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'id&#233;e que soutenir la capacit&#233; de tous les &#233;l&#232;ves &#224; r&#233;ussir ne servirait &#224; rien si ce n'est &#224; culpabiliser des enseignants en souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'absence de tout d&#233;bat sur la th&#232;se du handicap socioculturel, ciment id&#233;ologique d'une &#233;cole in&#233;gale, qu'illustre le fait que la seule recherche qui entreprend d'en proposer une argumentation critique sur le fond&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Pierre Terrail, De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'a m&#234;me pas &#233;t&#233; chroniqu&#233;e dans la presse syndicale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'exception il est vrai de Nouveaux Regards, revue publi&#233;e par l'Institut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le constat que, malgr&#233; la diffusion des donn&#233;es d'enqu&#234;te r&#233;v&#233;lant le rendement p&#233;dagogique limit&#233; de notre enseignement primaire, les programmes scolaires de la droite et du PS restent tourn&#233;s vers le coll&#232;ge, qu'il conviendrait de &#171; primariser &#187;, sans rien proposer concernant la d&#233;mocratisation des apprentissages &#233;l&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble &#224; l'inverse tout &#224; fait raisonnable de donner une r&#233;ponse positive &#224; cette premi&#232;re question. Oui, il est possible de r&#233;duire consid&#233;rablement les taux d'&#233;chec actuels. D'une part parce que la fameuse th&#232;se du handicap socioculturel ne r&#233;siste effectivement pas &#224; un examen un peu serr&#233;, lequel confirme sans r&#233;serves la pertinence du &#171; tous capables &#187; promu par le GFEN. D'autre part parce qu'il existe des donn&#233;es d'observation et d'exp&#233;rimentation indiquant des pistes s&#233;rieuses pour une forte am&#233;lioration de l'efficacit&#233; de notre enseignement &#233;l&#233;mentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Pierre Terrail, Que faire face &#224; la crise de l'enseignement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : et que l'on sait de longue date que la r&#233;ussite ou l'&#233;chec des &#233;l&#232;ves se joue pour l'essentiel d&#232;s les premiers apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2/ Deuxi&#232;me question : peut-on porter la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Prenant acte de ce que plus de 85% des jeunes sortent aujourd'hui de fait &#224; 18 ans et plus, c'est ce que propose la gauche syndicale et politique. 85% toutefois ce n'est pas 100%. Cette proposition est tout &#224; fait irr&#233;aliste, voire d&#233;magogique, si l'on n'explique pas ce que l'on va faire des 15% de jeunes qui d&#232;s le coll&#232;ge n'en peuvent plus de l'&#233;cole. Ces derniers sont &#171; en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187;. Les promettre, comme le proposent la droite et le PS, au vernis d'employabilit&#233; du socle commun, c'est les livrer sans d&#233;fenses au patronat et les condamner &#224; la gal&#232;re professionnelle ; et de toutes fa&#231;ons ce n'est pas &#231;a qui les tiendra &#224; l'&#233;cole jusqu'&#224; 18 ans. Revenir &#224; une orientation &#224; la fin de la cinqui&#232;me vers un enseignement professionnel ultra court ou vers l'apprentissage n'est pas une solution tr&#232;s diff&#233;rente, ne r&#233;pondrait ni aux aspirations des familles ni aux besoins d'un d&#233;veloppement &#233;conomique et social d&#233;mocratique, et l&#224; aussi contredirait le recul &#224; 18 ans de l'&#226;ge de la scolarit&#233; obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut tourner la chose comme on veut : annoncer la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans est une promesse illusoire si elle ne s'accompagne pas d'une am&#233;lioration des apprentissages &#233;l&#233;mentaires suffisamment cons&#233;quente pour que les 150 000 jeunes qui chaque ann&#233;e se retrouvent aujourd'hui &#171; en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187; arrivent au coll&#232;ge apr&#232;s une entr&#233;e satisfaisante dans la culture &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est urgent que la gauche politique et syndicale qui a pris parti pour l'obligation scolaire &#224; 18 ans s'explique sur la fa&#231;on dont elle entend rendre possible cette am&#233;lioration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3/ Troisi&#232;me question : le coll&#232;ge doit-il &#234;tre l'antichambre du lyc&#233;e ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis que Fran&#231;ois Dubet a imput&#233; les probl&#232;mes du coll&#232;ge unique &#224; son ambition d'&#234;tre &#171; l'antichambre du lyc&#233;e &#187;, la formule a fait flor&#232;s. Bruno Julliard, r&#233;dacteur du programme scolaire du PS, reprend explicitement la critique &#224; son compte dans un entretien au Monde du 9 mars 2011 (Q : &lt;i&gt;&#171; &#192; quoi ressemble votre coll&#232;ge ? &#187;&lt;/i&gt; ; R : &lt;i&gt;&#171; En finir avec l'id&#233;e que c'est l'antichambre du lyc&#233;e &#187;&lt;/i&gt;). En restant tout aussi silencieux que la droite sur la subtile hypocrisie du socle commun : l'ampleur des connaissances correspondant aux diff&#233;rentes &#171; comp&#233;tences &#187; n'&#233;tant pas sp&#233;cifi&#233;e, il y a ceux pour qui ces connaissances permettent l'acc&#232;s au lyc&#233;e, dont le coll&#232;ge aura &#233;t&#233; effectivement l'&#171; antichambre &#187; ; et les autres, qui n'auront rien &#224; dire puisque le coll&#232;ge n'est pas cens&#233; jouer ce r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1959 De Gaulle &#233;tait d'accord pour que tous les jeunes entrent au coll&#232;ge, mais voulait une barri&#232;re infranchissable &#224; l'entr&#233;e du lyc&#233;e. Un demi si&#232;cle plus tard, l'incapacit&#233; de toute une partie des &#233;l&#232;ves &#224; b&#233;n&#233;ficier normalement des enseignements du coll&#232;ge rend les deux tiers de leurs enseignants sceptiques quant au principe du coll&#232;ge unique et du m&#234;me coup r&#233;ceptifs &#224; l'&#233;gard de la politique du socle commun. N'est-il pas en effet raisonnable de tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;videmment plus facile de croire ce que l'on voit (surtout quand on le vit comme une gal&#232;re quotidienne !) que d'imaginer ce qui pourrait &#234;tre et de lui accorder quelque cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit il y a dans ce contexte deux solutions. Ou bien l'on prend acte de la situation actuelle, et on entreprend de la rendre plus supportable tout en l'am&#233;nageant au mieux des int&#233;r&#234;ts de &#171; l'&#233;conomie &#187; : c'est la solution du socle commun et de ses variantes de gauche. La seule autre solution est d'admettre le principe d'un enseignement primaire qui conduirait tous ses &#233;l&#232;ves &#224; la r&#233;ussite de leurs apprentissages &#233;l&#233;mentaires, et d'entreprendre d'en r&#233;unir les conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette seconde perspective, il n'y aurait plus lieu de chercher les moyens de traiter la grande difficult&#233; scolaire au coll&#232;ge, quels qu'ils soient, des SEGPA aux classes relais, des connaissances aux comp&#233;tences, de l'&#233;cole &#224; l'apprentissage. Le coll&#232;ge pourrait jouer normalement son r&#244;le d'appropriation poursuivie des bases de la culture &#233;crite (et donc&#8230; d'antichambre du lyc&#233;e), sans se soucier davantage des questions de comp&#233;tence que l'on ne s'en soucie aujourd'hui dans les &#171; bons &#187; &#233;tablissements. Quant aux &#233;l&#232;ves, ils se comporteraient tous comme se comportent aujourd'hui ceux que les difficult&#233;s d'apprentissage n'ont pas fait chavirer : ils souhaiteraient poursuivre leur scolarit&#233; au lyc&#233;e dans la voie de l'enseignement g&#233;n&#233;ral, consid&#233;rant eux aussi que le coll&#232;ge est une &#233;tape vers la poursuite normale de leurs &#233;tudes au lyc&#233;e. Rappelons &#224; ce propos que m&#234;me dans les conditions d'aujourd'hui plus de 85% des parents dans les familles ouvri&#232;res souhaitent que leurs enfants d&#233;crochent un dipl&#244;me de l'enseignement sup&#233;rieur&#8230; et que d&#232;s que ces derniers en ont les moyens scolaires, ils partagent massivement cet objectif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4/ Quatri&#232;me question : quel lyc&#233;e pour l'&#233;cole commune ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une am&#233;lioration g&#233;n&#233;rale des apprentissages &#233;l&#233;mentaires permettrait de mettre en place un tronc commun qui engloberait l'enseignement primaire, le coll&#232;ge, et conduirait tous les &#233;l&#232;ves au lyc&#233;e. Mais comment concevoir celui-ci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois hypoth&#232;ses sont a priori envisageables : le maintien de l'organisation actuelle en fili&#232;res s&#233;par&#233;es ; une r&#233;organisation du dispositif qui articulerait les fili&#232;res autour d'enseignements communs plus ou moins &#233;tendus, transformant en quelque sorte les fili&#232;res en options au sein d'un lyc&#233;e unique ; la suppression des fili&#232;res au profit d'un v&#233;ritable tronc commun, au moins jusqu'en premi&#232;re et &#224; l'obtention d'un bac de culture g&#233;n&#233;rale et technologique qui ouvrirait au choix des &#233;l&#232;ves sur trois options de terminale pr&#233;figurant les orientations ult&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re hypoth&#232;se n'est pas cr&#233;dible : &#224; la fois parce que les fili&#232;res professionnelles et technologiques actuelles sont con&#231;ues pour des &#233;l&#232;ves en &#233;chec dans les mati&#232;res fondamentales de la culture &#233;crite, et dot&#233;s d'une capacit&#233; de travail intellectuel autonome limit&#233;e ; et parce que des &#233;l&#232;ves arrivant au lyc&#233;e en r&#233;ussite au moins relative de leur scolarit&#233; g&#233;n&#233;rale n'auraient aucune raison de se sp&#233;cialiser trop t&#244;t en se coupant, &#224; 15 ou 16 ans, de toutes les autres orientations possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors le choix entre les deux autres hypoth&#232;ses, qui supposent l'une et l'autre un lyc&#233;e unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pencher en faveur de l'une ou l'autre d&#233;pend certainement de la fa&#231;on d'envisager le processus de d&#233;mocratisation. Si l'on part de l'id&#233;e (admise le plus souvent on l'a dit comme allant de soi) que l'efficacit&#233; des dispositifs d'enseignement ne peut &#234;tre am&#233;lior&#233;e qu'&#224; la marge, on raisonne d&#232;s lors n&#233;cessairement en termes d'adaptation de l'&#233;cole actuelle &#224; une vis&#233;e plus d&#233;mocratique, et la question devient : comment faire &#233;voluer les fili&#232;res actuelles pour en rapprocher les contenus et les &#233;l&#232;ves au sein d'un lyc&#233;e unique ? C'est tr&#232;s clairement le sch&#233;ma &#224; l'&#339;uvre dans &lt;a href=&#034;http://democratisation-scolaire.fr/phpBB/viewtopic.php?f=2&amp;t=5&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les propositions de lyc&#233;e unique avanc&#233;es par Denis Paget&lt;/a&gt;, qui valorisent l'hypoth&#232;se 2. Mais le probl&#232;me soulev&#233; au point pr&#233;c&#233;dent reste alors sans solution : sans am&#233;lioration massive de la transmission des savoirs, la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans est un leurre et le lyc&#233;e unique ne saurait &#234;tre le lyc&#233;e de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, si l'on admet la possibilit&#233; d'une telle am&#233;lioration, on doit se mettre &#224; raisonner en termes de refondation du syst&#232;me &#233;ducatif &#224; partir de sa base, et particuli&#232;rement du CP et de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, les transformations (&#224; la fois des contenus, des fa&#231;ons d'enseigner, et de l'organisation des parcours) intervenant au fur et &#224; mesure de l'avanc&#233;e des &#233;l&#232;ves &#171; nouveau syst&#232;me &#187; dans leurs &#233;tudes. Dans cette seconde perspective on voit les choses sous un angle bien diff&#233;rent. La mise en place d'un cursus unique de culture g&#233;n&#233;rale et technologique au lyc&#233;e (hypoth&#232;se 3) n'appara&#238;t plus comme un am&#233;nagement de la situation actuelle (am&#233;nagement in&#233;vitablement per&#231;u comme plus ou moins utopique parce qu'une partie des &#233;l&#232;ves n'auraient pas les moyens de suivre un tel cursus). L'instauration de ce cursus s'impose comme la seule r&#233;ponse d&#233;mocratique &#224; ce que seront les aspirations des parents et des &#233;l&#232;ves dans une &#233;cole refond&#233;e et efficace, et &#224; ce que sont d'ores et d&#233;j&#224; les besoins du pays en mati&#232;re de d&#233;veloppement de la qualification professionnelle et de la culture et de la conscience citoyennes. Dans cette seconde perspective, c'est le maintien d'un syst&#232;me d'options filiaris&#233;es (hypoth&#232;se 2) qui perd sa cr&#233;dibilit&#233;, pour les raisons indiqu&#233;es concernant l'hypoth&#232;se 1 : pourquoi se sp&#233;cialiser &#224; 15 ou 16 ans, quand on a les moyens de continuer &#224; enrichir sa culture g&#233;n&#233;rale et technologique en pr&#233;servant tout l'&#233;ventail des choix possibles jusqu'&#224; 17 ou 18 ans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceux que l'ampleur de l'&#233;cart entre le syst&#232;me actuel et le projet d'une &#233;cole commune incluant le lyc&#233;e inqui&#232;terait, on rappellera qu'il est plut&#244;t moindre que celui qui s&#233;parait le Plan Langevin-Wallon du dispositif de scolarisation de l'&#233;poque, h&#233;rit&#233; de la Troisi&#232;me R&#233;publique, l'&#233;cole unique de la Cinqui&#232;me ayant compl&#232;tement l&#233;gitim&#233; le droit de chacun aux meilleurs parcours scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5/ Cinqui&#232;me question : comment engager la dynamique de la refondation ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La coh&#233;rence de l'&#201;cole unique Cinqui&#232;me R&#233;publique est profonde et tr&#232;s g&#233;n&#233;ralement sous-estim&#233;e. C'est &#224; elle que l'institution doit d'&#234;tre une tr&#232;s belle r&#233;ussite, en s'av&#233;rant capable de r&#233;pondre compl&#232;tement aux intentions de ses promoteurs de la fin des ann&#233;es 1950 : assurer une &#233;l&#233;vation sensible de la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations, sans pour autant remettre en cause le caract&#232;re r&#233;serv&#233; (&#224; une proportion croissante mais toujours strictement limit&#233;e des &#233;l&#232;ves) de l'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s de la culture &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le miracle de cette &#233;cole est de permettre une relative transmission des savoirs tout en &#233;tant en son entier organis&#233; par et tourn&#233; vers l'exigence du tri social, gr&#226;ce &#224; la mise en place du dispositif d'&#233;valuation/hi&#233;rarchisation/orientation dont Berthoin soulignait d&#232;s 1959 le caract&#232;re absolument crucial pour l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets culturels de ce dispositif sont proprement admirables. Ainsi la possibilit&#233; de donner de mauvaises notes, de faire redoubler, d'orienter vers des classes d'enseignement sp&#233;cialis&#233; ou vers des classes de faible niveau, d'anticiper une orientation vers l'enseignement professionnel court, rend possible l'acceptation de l'&#233;chec des apprentissages et cautionne, &#224; la fois pratiquement et symboliquement, le renoncement &#224; l'&#233;liminer ; la th&#232;se du handicap socioculturel faisant office de cl&#233; de vo&#251;te id&#233;ologique de l'ensemble. Chaque moment du dispositif contribue solidairement &#224; l'activit&#233; de triage : toutes les &#233;tudes sur l'orientation montrent combien les d&#233;cisions finales r&#233;sument le parcours des &#233;l&#232;ves depuis la petite section de maternelle (chaque &#233;valuation m&#233;diocre, chaque recours &#224; une suppos&#233;e rem&#233;diation s'av&#233;rant &#224; l'examen comme un pas de plus vers l'&#233;jection pr&#233;coce).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit la coh&#233;rence de l'&#233;cole unique ne tient pas seulement &#224; la solidarit&#233; de ses diff&#233;rentes modalit&#233;s de fonctionnement, mais aussi &#224; la solidarit&#233; de l'amont et de l'aval des parcours. Ce qui se passe en aval (l'orientation) d&#233;pend de ce qui s'est pass&#233; en amont (dans les premi&#232;res ann&#233;es de la scolarit&#233;). Mais la r&#233;ciproque est tout aussi vraie : ce qui se passe en amont peut se passer ainsi parce que l'aval est organis&#233; de fa&#231;on &#224; accueillir aussi bien des &#233;l&#232;ves en &#233;chec que des &#233;l&#232;ves en r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'observation est d&#233;cisive, et on en retiendra ici deux cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'une part cette coh&#233;rence est telle qu'elle ne permet d'esp&#233;rer aucune am&#233;lioration significative tant qu'elle est en place. Il est d'ailleurs frappant que les &#233;carts de chances de r&#233;ussite scolaire selon l'origine sociale n'aient pas connu la moindre am&#233;lioration en un demi-si&#232;cle, malgr&#233; le d&#233;vouement des enseignants et la r&#233;currence d&#233;courageante des campagnes de &#171; lutte contre l'&#233;chec scolaire &#187;. La d&#233;mocratisation scolaire a besoin d'une v&#233;ritable refondation de l'&#233;cole, qui d&#233;construise les actuelles coh&#233;rences.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'autre part l'&#233;cole refond&#233;e doit exhiber sa propre coh&#233;rence. Elle a un besoin crucial, on l'a assez soulign&#233;, d'une &#233;l&#233;vation massive de son rendement p&#233;dagogique, et cela d&#232;s l'entr&#233;e dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire. C'est cette transformation de l'amont qui permettra &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'acc&#233;der au lyc&#233;e unique. Mais cette transformation de l'amont n'aura pas lieu elle-m&#234;me sans transformation de l'aval. C'est l'existence du lyc&#233;e unique, tr&#232;s fermement pos&#233;e dans son principe (dans la pratique le lyc&#233;e unique ne pouvant entrer en fonction qu'avec l'arriv&#233;e de la premi&#232;re promotion d'&#233;l&#232;ves de l'&#233;cole commune), et donc l'objectif incontournable de conduire tous les &#233;l&#232;ves au bac unique de culture g&#233;n&#233;rale et technologique, qui peut seule cr&#233;er les conditions d'une transformation des fa&#231;ons de faire dans les petites classes. La seule fa&#231;on en effet de donner du cr&#233;dit &#224; la possibilit&#233; pour tous de surmonter les difficult&#233;s d'apprentissage, et d'engager l'institution, ses enseignants et les chercheurs dans une confrontation r&#233;solue &#224; ces difficult&#233;s, en affrontant autrement les questions de l'enseigner et de l'apprendre, c'est bien de supprimer tout ce qui aujourd'hui permet de sanctionner l'&#233;chec et de chercher avec les enseignants les moyens de le traiter r&#233;ellement.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, on peut dire qu'il n'y aura pas d'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire performante sans coll&#232;ge unique, et de coll&#232;ge unique sans lyc&#233;e unique. Tout autre dispositif recr&#233;era immanquablement les anticipations et les orni&#232;res d'aujourd'hui. Et la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;voir une transition pour les &#233;l&#232;ves de l'entre-deux (ceux qui poursuivront leur parcours avant que la r&#233;forme n'ait produit tous ses effets) ne saurait en rien &#234;tre oppos&#233;e &#224; l'exigence d'une r&#233;forme globale de l'&#233;cole et des profondes r&#233;visions culturelles qu'elle seule peut susciter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Pierre Terrail, &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article49' class=&#034;spip_in&#034;&gt;De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/a&gt;, La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'exception il est vrai de &lt;i&gt;Nouveaux Regards&lt;/i&gt;, revue publi&#233;e par l'Institut de recherches de la FSU&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Pierre Terrail, &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article103'&gt;Que faire face &#224; la crise de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire ?&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.democratisation-scolaire.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vous avez dit rupture ? &#192; propos du projet du PS pour l'&#201;ducation</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article106</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article106</guid>
		<dc:date>2011-04-01T13:28:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jos&#233; Tovar</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;forme scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pr&#233;c&#233;d&#233; d'une introduction qui d&#233;clare se situer en rupture non seulement avec la politique suivie par le gouvernement de droite, mais aussi avec l'&#233;cole d'avant la droite, quand le parti socialiste &#233;tait au pouvoir, le projet, intitul&#233; &#171; &#201;ducation et Formation pour l'&#233;galit&#233; &#187; se pr&#233;sente en trois parties : 1/ Changer l'&#233;cole pour la r&#233;ussite de tous ; 2/ Construire l'orientation tout au long de la vie ; et 3/ B&#226;tir la continuit&#233; professionnelle. Il a vocation &#224; &#234;tre une des composantes du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;r&#233;forme scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L91xH91/arton106-ccc4f.gif?1790689101' class='spip_logo spip_logo_right' width='91' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;c&#233;d&#233; d'une introduction qui d&#233;clare se situer en rupture non seulement avec la politique suivie par le gouvernement de droite, mais aussi avec l'&#233;cole d'avant la droite, quand le parti socialiste &#233;tait au pouvoir, le projet, intitul&#233; &lt;strong&gt;&#171; &#201;ducation et Formation pour l'&#233;galit&#233; &#187;&lt;/strong&gt; se pr&#233;sente en trois parties : 1/ Changer l'&#233;cole pour la r&#233;ussite de tous ; 2/ Construire l'orientation tout au long de la vie ; et 3/ B&#226;tir la continuit&#233; professionnelle. Il a vocation &#224; &#234;tre une des composantes du projet politique que le PS entend proposer aux &#233;lecteurs en 2012 &#224; l'occasion de la campagne des pr&#233;sidentielles. Il a &#233;t&#233; adopt&#233; par la &#171; Convention pour une &#233;galit&#233; r&#233;elle &#187; du PS le 11 d&#233;cembre 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au niveau du diagnostic&lt;/strong&gt;, on partagera le constat sur l'&#233;tat de &lt;i&gt;&#171; &lt;strong&gt;crise majeure (du syst&#232;me scolaire) &#8230; qui impose de tout reconstruire&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/i&gt; d'autant plus facilement qu'il prend en compte les travaux les plus r&#233;cents de la recherche en &#233;ducation sur &lt;i&gt;&#171; l'incapacit&#233; du syst&#232;me &#224; faire &#233;chec &#224; la reproduction scolaire et sociale &#187;&lt;/i&gt;, et qui, &lt;i&gt;&#171; pire, accro&#238;t les &#233;carts entre les jeunes des milieux d&#233;favoris&#233;s et ceux des milieux plus ais&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;INSEE : France, portrait social, &#233;dition 2006 ; Dossier : Les in&#233;galit&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/i&gt;. De m&#234;me, on ne peut qu'approuver l'ambition affirm&#233;e de vouloir &lt;i&gt;&#171; changer l'&#233;cole&#8230; pour l'&#233;mancipation de tous &#187;&lt;/i&gt;. Enfin, on saluera la volont&#233; de traiter globalement la question &#233;ducative comme une question politique majeure, partie essentielle d'un projet de soci&#233;t&#233;, ce qui implique de s'int&#233;resser de pr&#232;s au r&#244;le que peuvent jouer dans un tel projet &#233;ducatif les associations de parents d'&#233;l&#232;ves et celles d'&#233;ducation populaire ainsi que celui des collectivit&#233;s territoriales, m&#234;me si, exp&#233;riences &#224; l'appui, on peut l&#233;gitimement s'interroger sur l'efficacit&#233; d'un projet qui n'engagera pas n&#233;cessairement le candidat PS &#233;ventuellement &#233;lu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une interview au Monde de l'&#201;ducation du 9 mars 2011, B. Julliard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et s&#8216;inqui&#233;ter de l'absence de tout chiffrage du co&#251;t des r&#233;formes propos&#233;es &lt;i&gt;&#171; qu'il faudra mener &#224; bien dans un contexte budg&#233;taire et &#233;conomique&#8230; de contraintes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview cit&#233;e&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. D&#233;j&#224;, on pressent le pire. &lt;i&gt;On voudrait bien, mais on ne peut pas : c'est la crise, il faut parer au plus press&#233;. Il faut pr&#233;server la comp&#233;titivit&#233; des entreprises ; Le march&#233;&#8230;&lt;/i&gt; Air connu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cision : il ne s'agit pas ici de r&#233;f&#233;rence au texte faisant l'objet de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une premi&#232;re conclusion s'impose : m&#234;me s'il &#233;tait appliqu&#233;, &lt;strong&gt;ce programme ne r&#233;pond pas &#224; la gravit&#233; de la situation&lt;/strong&gt;. Si crise majeure il y a bien, la nature de celle ci n'est pas analys&#233;e et les m&#233;canismes qui ont conduit aux blocages actuels sont ignor&#233;s. L'&#233;tat des lieux est sommaire et rel&#232;ve plut&#244;t du constat : &lt;i&gt;&#171; La hi&#233;rarchie latente entre les voies et les s&#233;ries, l'absence de v&#233;ritable suivi individuel et, plus g&#233;n&#233;ralement, la logique de s&#233;lection g&#233;n&#233;ralis&#233;e reviennent &#224; abandonner &#224; leur sort, sous couvert d'une pr&#233;tendue politique d'&#233;galit&#233; des chances, les &#233;l&#232;ves les plus en difficult&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Fort bien, mais les questions qui f&#226;chent ne sont pas pos&#233;es : pourquoi les &#233;l&#232;ves n'apprennent ils pas ? pourquoi le plaisir d'apprendre, si &#233;vident dans les grandes classes de maternelle et les premi&#232;res classes de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire dispara&#238;t-il si rapidement ? pourquoi plus de 20% des &#233;l&#232;ves arrivent-ils en 6&#232;me avec de grandes difficult&#233;s en lecture et en math&#233;matiques, au point que la perspective de toute poursuite d'&#233;tudes leur est d'ores et d&#233;j&#224; rendue pratiquement inenvisageable ? Et pourquoi ce sont pr&#232;s de 50% des &#233;l&#232;ves qui &#233;prouvent des difficult&#233;s plus ou moins importantes dans ces enseignements fondamentaux ? &lt;strong&gt;Ces probl&#232;mes ne seront pas r&#233;solus par des cr&#233;ations massives de postes, car ils sont bien ant&#233;rieurs aux d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par les suppressions de ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/strong&gt; Or de leur r&#233;solution d&#233;pend toute la suite des scolarit&#233;s. De m&#234;me que les difficult&#233;s de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire n'ont pas commenc&#233; avec les programmes r&#233;vis&#233;s sous le minist&#232;re Darcos. &lt;i&gt;&#171; Mis en danger par la mise en concurrence avec les &#233;coles priv&#233;es, maltrait&#233; par les politiques gouvernementales, souffrant d'un d&#233;ficit de reconnaissance, notre syst&#232;me &#233;ducatif est, malgr&#233; d'incontestables r&#233;ussites, souvent d&#233;pass&#233; et injuste. Il nous faut donc cesser de le retoucher &#224; la marge et entreprendre de profondes ruptures &#187;&lt;/i&gt;. Exit les responsabilit&#233;s du PS dans les politiques &#233;ducatives men&#233;es pendant deux d&#233;cennies avant le retour de la droite au pouvoir. La volont&#233; de rupture ainsi affirm&#233;e d'entr&#233;e de jeu vaut donc d'&#234;tre interrog&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le texte comporte &lt;strong&gt;nombre de propositions int&#233;ressantes, bien que parfois insuffisantes&lt;/strong&gt; eu &#233;gard &#224; l'ampleur des probl&#232;mes &#233;voqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Il en va ainsi, par exemple, de la priorit&#233; absolue accord&#233;e &#224; l'&#233;cole primaire et la proposition de porter la scolarit&#233; obligatoire &#224; 3 ans, avec un &lt;i&gt;&#171; droit &#224; l'&#233;cole maternelle &#224; deux ans &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se souvient que cette proposition faisait d&#233;j&#224; partie &#8211; quasiment dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Partant du constat que &lt;i&gt;&#171; c'est l&#224; que l'essentiel se joue, que les in&#233;galit&#233;s peuvent &#234;tre r&#233;sorb&#233;es, c'est donc l&#224; qu'il faut concentrer les moyens &#187;&lt;/i&gt;, l'engagement est pris de &lt;i&gt;&#171; mettre &#224; plat les programmes et les &#233;valuations Darcos &#187;&lt;/i&gt;, ainsi que &lt;i&gt;&#171; d'affecter, l&#224; o&#249; cela s'av&#233;rera n&#233;cessaire, un deuxi&#232;me professeur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On reconna&#238;t l&#224; une revendication d&#233;j&#224; ancienne du SNUIPP.&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans certaines classes pour personnaliser l'enseignement &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Un retour &#224; la sectorisation des recrutements des &#233;l&#232;ves s'imposera &#233;galement &#224; l'enseignement priv&#233; sous contrat, qui sera soumis, du coup, &#224; la m&#234;me obligation de mixit&#233; et diversit&#233; de recrutement que l'&#233;cole publique et verra dispara&#238;tre ainsi son argument essentiel dans le jeu de la concurrence entre priv&#233; et public.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;On appr&#233;cie &#233;galement, comme mesures positives :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le retour &#224; la semaine de cinq jours &#233;ducatifs comprenant des temps de loisirs culturels et sportifs organis&#233;s en lien avec les &#233;quipes enseignantes, les collectivit&#233;s et organisations d'&#233;ducation populaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le document fait r&#233;f&#233;rence &#224; plusieurs reprises aux associations d'&#233;ducation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la remise en cause de la prolif&#233;ration d'&#233;valuations auxquelles sont soumis &#233;l&#232;ves et enseignants, ainsi que celle des redoublements, et la volont&#233; de &lt;i&gt;&#171; r&#233;ellement donner plus &#8211; qualitativement et quantitativement &#8211; &#224; ceux qui en ont le plus besoin &#187;&lt;/i&gt;&#8230; sur la base d'une diffusion de la &lt;i&gt;&#171; dotation non par dispositif, mais par &#233;tablissement &#187;&lt;/i&gt;&#8230; afin de &lt;i&gt;&#171; promouvoir des initiatives innovantes pour lutter contre l'&#233;chec scolaire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces mesures sont &#224; l'&#233;vidence de nature &#224; rassurer la masse des enseignants et des parents d'&#233;l&#232;ves confront&#233;s &#224; l'invraisemblable accumulation de r&#233;formes d&#233;sastreuses promues par les ministres Darcos et Chatel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On regrettera&lt;/strong&gt;, pourtant, que la question fondamentale des m&#233;canismes qui, d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et tout au long de la scolarit&#233;, entra&#238;nent, qu'on le veuille ou pas, une mise en concurrence des &#233;l&#232;ves au sein m&#234;me de la classe, comme des classes et des &#233;tablissements entre eux, ne soit qu'&#224; peine effleur&#233;e (le &lt;i&gt;&#171; fonctionnement par &#233;vincements successifs de notre syst&#232;me&#8230; la hi&#233;rarchie entre les voies et les s&#233;ries&#8230; la logique de s&#233;lection g&#233;n&#233;ralis&#233;e&#8230; &#187;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'autres &lt;strong&gt;propositions sont plus discutables, voire franchement inqui&#233;tantes&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Il en va ainsi, par exemple, de &lt;strong&gt;la formation des enseignants&lt;/strong&gt;, qui devrait redevenir &lt;i&gt;&#171; une priorit&#233; absolue dans le cadre d'IUFM reconstruits et r&#233;nov&#233;s &#187;&lt;/i&gt; mais &lt;i&gt;&#171; qui devra comprendre une part de sp&#233;cialisation disciplinaire, une part de formation professionnelle&#8230; et une option dans une deuxi&#232;me discipline &#187;&lt;/i&gt;, mani&#232;re habile d'en revenir &#224; la bivalence des enseignants du second degr&#233; indispensable pour enseigner au &lt;i&gt;&#171; coll&#232;ge, dernier lieu &#233;ducatif travers&#233; par une classe d'&#226;ge &#187;&lt;/i&gt; (le PS ne pr&#233;voit pas la prolongation de la scolarit&#233; obligatoire au del&#224; des 16 ans aujourd'hui). Cette disposition converge avec la proposition que des enseignants puissent enseigner &#224; la fois en &#233;l&#233;mentaire et au coll&#232;ge : &lt;i&gt;&#171; nous proposons la participation d'enseignants du primaire au coll&#232;ge et r&#233;ciproquement dans le cadre de projets communs &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Dans la m&#234;me veine est pos&#233;e la n&#233;cessit&#233; de la strat&#233;gie de &lt;i&gt;&#171; responsabilisation accrue (des &#233;tablissements et des &#233;quipes enseignantes) pour &#233;laborer des politiques de projets et d'innovation&#8230; et ainsi garantir une transmission plus effective du socle commun &#187;&lt;/i&gt;, le tout dans le cadre d'une &lt;i&gt;&#171; &lt;strong&gt;autonomie des &#233;tablissements et de leurs &#233;quipes p&#233;dagogiques&lt;/strong&gt; &#224; qui sera confi&#233;e une part importante de la dotation horaire globale pour donner corps au projet d'&#233;tablissement et aux projets locaux &#187;&lt;/i&gt;. Comme le remarque &#224; juste titre un article du journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Baumard (responsable de la rubrique &#201;ducation) : &#171; Du jardin d'enfants &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;&#171; c'est une nouveaut&#233; pour un parti tr&#232;s attach&#233; &#224; la dimension nationale de l'&#233;ducation &#187;&lt;/i&gt;. Bien inqui&#233;tante nouveaut&#233;, en effet !&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'essentiel de ce projet r&#233;side dans &lt;strong&gt;l'acceptation&lt;/strong&gt; de la strat&#233;gie d&#233;velopp&#233;e par le gouvernement Sarkozy &lt;strong&gt;d'un syst&#232;me &#233;ducatif dual&lt;/strong&gt;, organis&#233; en deux grands blocs :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'un c&#244;t&#233; des &#233;tablissements ou groupes d'&#233;tablissements bas&#233;s sur le rapprochement &#233;cole/coll&#232;ge dans une continuit&#233; fond&#233;e sur le &#171; socle commun &#187; instaur&#233; par la loi Fillion de 2005&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Politique d&#233;velopp&#233;e dans le rapport parlementaire &#171; Grosperrin &#187; et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette notion &#8211; d&#233;sign&#233;e &#233;galement sous l'appellation de &lt;i&gt;&#171; fondation sur laquelle b&#226;tir la suite de leur parcours scolaire &#187;&lt;/i&gt;, ou de &lt;i&gt;&#171; base que viendra enrichir l'ensemble des nouveaux savoirs acquis tout au long de la vie &#187;&lt;/i&gt; fait l'objet d'un d&#233;veloppement destin&#233; manifestement &#224; rassurer ceux qui craindraient la suppression (programm&#233;e par la droite dans sa r&#233;forme du coll&#232;ge) de certaines disciplines d'enseignement, ou tout au moins de volumes horaires tels que ces enseignements n'auraient plus de sens : le concept pr&#233;cis&#233; devient le &lt;i&gt;&#171; socle commun de savoirs sur un champ tr&#232;s large de disciplines et de comp&#233;tences ainsi que l'appropriation des codes et des r&#232;gles de vie en soci&#233;t&#233; reposant sur les grandes valeurs de notre r&#233;publique &#187;&lt;/i&gt;. Elle est manifestement &#224; l'oppos&#233; de la notion de &lt;i&gt;&#171; culture commune de haut niveau pour tous dans le cadre d'une scolarit&#233; obligatoire port&#233;e &#224; 18 ans &#187;&lt;/i&gt; revendiqu&#233;e notamment par la FSU et, &#224; gauche, par le PCF, qui exprime une toute autre ambition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans l'interview au Monde de l'&#233;ducation cit&#233;e ci-dessus, B. Julliard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour les anciens militants de l'ex FEN, la proposition ainsi formul&#233;e ne manquera pas de rappeler le projet d' &lt;i&gt;&#171; &#233;cole fondamentale &#187;&lt;/i&gt; port&#233; par l'ex syndicat SNI-PEGC dans les ann&#233;es 70/80, avec le succ&#232;s que l'on sait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'informations sur cette question : De la FEN &#224; la FSU. Documents (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'un autre c&#244;t&#233;, le lyc&#233;e qualifi&#233; &lt;i&gt;&#171; de toutes les r&#233;ussites &#187;&lt;/i&gt;, auquel le projet accorde une attention r&#233;duite et tr&#232;s d&#233;cevante : l'organisation du syst&#232;me en trois voies de formation est conserv&#233;e sur la base de &lt;i&gt;&#171; parcours modulaires &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; d'unit&#233;s d'enseignement constituant un portfolio de comp&#233;tences &#187;&lt;/i&gt;. Mis &#224; part la volont&#233; de &lt;i&gt;rapprocher ces diff&#233;rentes voies de formation en les mettant progressivement en synergie dans les territoires [...], tout en conservant leurs sp&#233;cificit&#233;s [...] et de d&#233;velopper les enseignements et projets communs&lt;/i&gt;, la question de l'in&#233;gale valeur des formations conduisant &#224; un baccalaur&#233;at est &#224; peine effleur&#233;e. Rien sur les programmes, ni sur les horaires d'enseignement. En fait, cette organisation ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; celle instaur&#233;e par la r&#233;forme Chatel, avec &lt;i&gt;&#171; une seconde con&#231;ue comme un cycle de d&#233;couverte et de transition &#187;&lt;/i&gt; et les deux ann&#233;es suivantes comme &lt;i&gt;&#171; cycle d'orientation et de qualification &#187;&lt;/i&gt;. Le projet s'inscrit clairement dans une continuit&#233; Lyc&#233;e/Enseignement sup&#233;rieur, sans dire un mot des in&#233;galit&#233;s qui ne cessent de se creuser entre la minorit&#233; de ceux qui acc&#232;dent aux grandes &#233;coles et la majorit&#233; qui entrera dans les fili&#232;res universitaires.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, &lt;strong&gt;on ne s'&#233;tonnera pas de ne pas trouver dans ce projet de v&#233;ritable r&#233;flexion sur la proposition de prolonger la scolarit&#233; obligatoire jusqu'&#224; 18 ans&lt;/strong&gt;, pas plus que d'une relance du service scolaire de la psychologie de l'&#233;ducation et de l'orientation des &#233;l&#232;ves&#8230; pas plus &#8211; hormis quelques proclamations de principe sur la n&#233;cessit&#233; de &#171; remettre &#224; plat les formations de niveau V &#224; III - que d'une strat&#233;gie cr&#233;dible de revalorisation de l'enseignement professionnel initial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La perspective d'une r&#233;mun&#233;ration des &#233;l&#232;ves en stage de formation en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, apr&#232;s quelques d&#233;veloppements convenus sur la n&#233;cessit&#233; de lutter contre le d&#233;crochage et garantir &#224; tous les &#233;l&#232;ves une deuxi&#232;me chance, le projet pr&#233;voit la cr&#233;ation d'un &lt;i&gt; &lt;strong&gt;&#171; service public d'information et d'orientation de proximit&#233; &#187;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; regroupant &lt;i&gt;&#171; les professionnels de l'orientation de l'&#233;ducation nationale avec les Missions Locales de P&#244;le Emploi et autres services d'orientation professionnelle &#187;&lt;/i&gt; mis en place par les collectivit&#233;s territoriales. Cette proposition va &lt;strong&gt;&#224; l'encontre des revendications des personnels CO-psy du second degr&#233;&lt;/strong&gt;, et introduit en fait la derni&#232;re partie du texte, importante par la place qui y est consacr&#233;e (pr&#232;s d' 1/3 de l'ensemble) et le sujet, habituellement trait&#233; hors de la question des Enseignements scolaires proprement dits. On comprend vite pourquoi, puisque il est ici pr&#233;vu de &lt;i&gt;&#171; faire de l'&#233;cole un lieu de formation tout au long de la vie et plus g&#233;n&#233;ralement de la vie locale &#187;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; les &#233;tablissements scolaires devront &#234;tre ouverts en soir&#233;e, le Week End, et pendant les vacances &#224; des actions d'&#233;ducation populaire&#8230; les &#233;quipements informatiques, professionnels, les plateaux techniques, les CDI ainsi que le mat&#233;riel p&#233;dagogique devront &#234;tre des ressources dans le cadre de la formation tout au long de la vie &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, derri&#232;re un vocabulaire accrocheur et des propositions reprenant souvent des revendications du mouvement syndical enseignant mais restant toujours &#224; la p&#233;riph&#233;rie ou &#224; la marge de l'essentiel, &lt;strong&gt;le choix est fait d'un syst&#232;me &#233;ducatif &#224; deux vitesses&lt;/strong&gt;, fortement ax&#233; sur la dimension &#233;ducative du service public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les initi&#233;s reconnaitront, au passage, la marque du projet &#233;ducatif de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais peu soucieux de la qualit&#233; et du processus de transmission des savoirs constitutifs d'une culture g&#233;n&#233;rale pour tous digne des enjeux de civilisation du XXIe si&#232;cle, et essentiellement pr&#233;occup&#233; des modes de fabrication de la main d'&#339;uvre de demain dans une conception de la division du travail dont l'inspiration se situe nettement du c&#244;t&#233; des instances europ&#233;ennes : un socle commun permettant &#224; une partie des &#233;l&#232;ves ayant suivi le cursus de l'&#233;cole obligatoire (&#233;cole-coll&#232;ge) jusqu'&#224; 16 ans d'acqu&#233;rir les suppos&#233;s fondamentaux permettant de s'ins&#233;rer dans la soci&#233;t&#233; et dans le monde du travail aux niveaux de qualification des m&#233;tiers d'ex&#233;cution, et un ensemble Lyc&#233;e/Enseignement sup&#233;rieur charg&#233; de fournir &#224; &#171; l'&#233;conomie de la connaissance &#187; les cadres dont celle-ci aura besoin dans la comp&#233;tition internationale. Pour compl&#233;ter l'ensemble, un long d&#233;veloppement sur la n&#233;cessit&#233; d'une formation continue des travailleurs con&#231;ue comme un aspect essentiel de la strat&#233;gie de &#171; Formation tout au long de la vie &#187; dont on peut craindre qu'elle serve de compensation aux insuffisances de la formation initiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous aviez dit &#171; Ruptures &#187; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;INSEE : France, portrait social, &#233;dition 2006 ; Dossier : &lt;a href=&#034;http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/fporsoc06d.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire : construction et &#233;volution&lt;/a&gt; , par J. P. CAILLE et F. ROSENWALD&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans une interview au Monde de l'&#201;ducation du 9 mars 2011, B. Julliard minimise cet aspect du probl&#232;me : il estime que &lt;i&gt;&#171; tous les candidats potentiels sont d'accord sur la voie &#224; suivre ; &#8230; notre &#233;cole traverse une crise majeure, et il faut tout reconstruire&#8230; Les leaders socialistes font de ce sujet une de leurs premi&#232;res priorit&#233;s &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview cit&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;cision : il ne s'agit pas ici de r&#233;f&#233;rence au texte faisant l'objet de cette &#233;tude, mais d'un discours th&#233;orique, bien que renvoyant &#224; d'autres, bien r&#233;els, si souvent entendus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se souvient que cette proposition faisait d&#233;j&#224; partie &#8211; quasiment dans les m&#234;mes termes - du projet &#233;labor&#233; par le PCF et son r&#233;seau &#233;cole en 2005, repris dans la proposition de loi d&#233;pos&#233;e par les groupes parlementaires la m&#234;me ann&#233;e en opposition au projet de loi Fillon&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On reconna&#238;t l&#224; une revendication d&#233;j&#224; ancienne du SNUIPP.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le document fait r&#233;f&#233;rence &#224; plusieurs reprises aux associations d'&#233;ducation populaire comme partenaires naturelles du syst&#232;me &#233;ducatif. On ne pourra s'emp&#234;cher, &#224; cet &#233;gard, de se r&#233;f&#233;rer au foisonnement d'initiatives de r&#233;flexion et de propositions qui s'est d&#233;velopp&#233; dans diff&#233;rents secteurs de l'&#233;ducation populaire concernant les r&#233;formes qu'il conviendrait de mettre en &#339;uvre dans la conception m&#234;me et le fonctionnement du service public d'&#233;ducation. Lanc&#233;es par une kyrielle d'associations - parfois tr&#232;s sp&#233;cialis&#233;es, et de cr&#233;ation r&#233;cente - depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, notamment en lien avec l'adoption par la Ligue de l'Enseignement en juin 2005 de son projet &#171; Refonder l'&#201;cole, pour qu'elle soit celle de tous &#187;, elles ont produit - sur la base de force colloques et rencontres de sp&#233;cialistes &#8211; un corpus abondant et diversifi&#233;. Le processus continue aujourd'hui, ouvertement destin&#233; &#224; &#233;laborer une pens&#233;e nouvelle &#224; gauche sur la question scolaire, &#224; la suite du fiasco politique et id&#233;ologique de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente marqu&#233;e par le d&#233;sastre du minist&#232;re de C. All&#232;gre. Manifestement, le PS capitalise dans son projet les fruits abondants de cette r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Baumard (responsable de la rubrique &#201;ducation) : &#171; Du jardin d'enfants &#224; la fin d'une carri&#232;re : l'&#233;cole r&#233;nov&#233;e selon le parti socialiste &#187; in &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, N&#176; dat&#233; du 19 10 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Politique d&#233;velopp&#233;e dans le rapport parlementaire &#171; Grosperrin &#187; et le rapport convergent du HCE. Lire &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article88' class=&#034;spip_in&#034;&gt;notre article &#224; ce sujet&lt;/a&gt; sur ce site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans l'interview au Monde de l'&#233;ducation cit&#233;e ci-dessus, B. Julliard souhaite &lt;i&gt;&#171; une red&#233;finition du socle commun de connaissances et de comp&#233;tences&#8230; piliers de la culture commune et partag&#233;e dont nous souhaitons doter chaque &#233;l&#232;ve &#224; la fin de la scolarit&#233; obligatoire &#187;&lt;/i&gt;. Les marges de n&#233;gociation restent ouvertes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'informations sur cette question : &lt;i&gt;De la FEN &#224; la FSU. Documents pour l'Histoire&lt;/i&gt;, Institut de Recherches de la FSU.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La perspective d'une r&#233;mun&#233;ration des &#233;l&#232;ves en stage de formation en entreprise (formule propos&#233;e en son temps par J.-L. M&#233;lenchon, alors secr&#233;taire d'&#233;tat &#224; la formation professionnelle du gouvernement Jospin) ne r&#233;sout en rien la difficult&#233;, notamment pour les &#233;l&#232;ves d'origine populaire, &#224; trouver des stages v&#233;ritablement formateurs, encore moins l'exploitation &#233;hont&#233;e dont ils font trop souvent l'objet de la part des patrons d'entreprise lorsqu'ils en trouvent. Ce n'est pas d'une &#171; remise &#224; plat &#187; dont a besoin la formation professionnelle initiale, mais bien d'une conception radicalement nouvelle, appuy&#233;e sur une autre politique de l'emploi et d'implication du patronat dans l'ensemble de la formation professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les initi&#233;s reconnaitront, au passage, la marque du projet &#233;ducatif de la &lt;strong&gt;Ligue de l'enseignement&lt;/strong&gt;, source d'inspiration &#233;vidente de l'ensemble de ce projet. Pour plus d'indications sur cette question, voir notre article : &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article113' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Gen&#232;se du projet du PS pour l'&#233;ducation &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
