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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>L'exp&#233;rimentation collective d'une nouvelle approche de la lecture au CP</title>
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		<dc:date>2011-06-30T07:36:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>conduite des apprentissages</dc:subject>
		<dc:subject>Difficult&#233; scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1 &#8211; Une d&#233;marche originale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au tout d&#233;part de cette histoire, l'exp&#233;rience pratique d'une psycholinguiste exer&#231;ant en Institut de r&#233;&#233;ducation, puis en CMPP, et r&#233;ussissant &#224; apprendre &#224; lire en quelques mois &#224; l'aide d'une m&#233;thode syllabique &#224; des jeunes en profonde perdition scolaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
La suite : Je lis, j'&#233;cris. Un apprentissage culturel et moderne de la lecture, est r&#233;alis&#233; en 2008-2009 et &#233;dit&#233; par Les Lettres bleues &#224; la rentr&#233;e 2009. Les auteurs, ladite psycholinguiste, une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Enseignement primaire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;conduite des apprentissages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot17" rel="tag"&gt;Difficult&#233; scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L75xH96/arton108-a1014.jpg?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='75' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; Une d&#233;marche originale.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au tout d&#233;part de cette histoire, l'exp&#233;rience pratique d'une psycholinguiste exer&#231;ant en Institut de r&#233;&#233;ducation, puis en CMPP, et r&#233;ussissant &#224; apprendre &#224; lire en quelques mois &#224; l'aide d'une m&#233;thode syllabique &#224; des jeunes en profonde perdition scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite : &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris. Un apprentissage culturel et moderne de la lecture&lt;/i&gt;, est r&#233;alis&#233; en 2008-2009 et &#233;dit&#233; par &lt;a href=&#034;http://leslettresbleues.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Lettres bleues&lt;/a&gt; &#224; la rentr&#233;e 2009. Les auteurs, ladite psycholinguiste, une formatrice IUFM, et un chercheur, sont partis d'un double principe : qu'une entr&#233;e efficace dans la lecture passe par un apprentissage progressif et syst&#233;matique du d&#233;chiffrage, l'acquisition d'une capacit&#233; de d&#233;chiffrage fluide et autonome &#233;tant la cl&#233; de l'acc&#232;s au sens ; et que, quel que soit leur milieu socioculturel, tous les enfants disposent de ressources d'intelligence ordinairement m&#233;connues, &#233;tant capables, v&#233;ritables &#171; &#233;ponges &#187;, d'absorber bien mieux que ce qu'on leur propose habituellement &#8211; &#224; condition bien s&#251;r de dispositifs p&#233;dagogiques ad&#233;quats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Destin&#233; au CP, l'ouvrage prend le contre pied de bien des convictions p&#233;dagogiques, et de ce qu'est encore aujourd'hui en France la culture scolaire dominante en mati&#232;re d'initiation &#224; la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan de l'acquisition du code, il interdit radicalement toute lecture devinette : lire c'est d&#233;chiffrer, et rien d'autre. Il s'agit d'apprendre &#224; &#171; d&#233;chiffrer &#187;, au sens le plus strict du terme, par l'&#233;tude des graph&#232;mes de la langue &#233;crite, &#224; l'exclusion de toute &#171; le&#231;on de son &#187; qui part des phon&#232;mes et non des graph&#232;mes. Cette &#233;tude des graph&#232;mes est ordonn&#233;e et syst&#233;matique, ne donnant jamais &#224; lire de graph&#232;mes qui n'aient &#233;t&#233; pr&#233;alablement &#233;tudi&#233;s et int&#233;gr&#233;s. L'&#233;cole ainsi ne demande rien aux &#233;l&#232;ves &#224; quoi elle ne leur ait d'abord donn&#233; les moyens de r&#233;pondre. Et elle les place du m&#234;me coup dans une position d'autonomie face au texte : une fois int&#233;gr&#233; le graph&#232;me de la le&#231;on du jour, ils peuvent tout lire par eux-m&#234;mes, n'ayant besoin d'aide que si, une fois d&#233;chiffr&#233; un mot de fa&#231;on fluide, ils n'en reconnaissent pas le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche est vivement contest&#233;e par les mouvements p&#233;dagogiques, qui voient dans son caract&#232;re syst&#233;matique et progressif un &#171; dressage &#187; de l'&#233;l&#232;ve, et lui pr&#233;f&#232;rent un apprentissage o&#249; l'&#233;l&#232;ve serait mis en position de &#171; chercheur &#187; parce qu'on l'invite &#224; deviner ce qu'il ne sait pas d&#233;chiffrer. Pour les auteurs de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, cet argument n'est gu&#232;re recevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord parce que l'&#233;criture d'une langue est un dispositif purement conventionnel, o&#249; il n'y a rien &#224; expliquer, &#224; comprendre, &#224; deviner, et tout &#224; apprendre. M&#234;me le &#171; chercheur &#187; Champollion n'a pu d&#233;chiffrer les hi&#233;roglyphes que lorsque la pierre de Rosette lui a donn&#233; les cl&#233;s du code.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite parce que la lecture devinette habitue l'&#233;l&#232;ve &#224; une perception approximative et floue du signe &#233;crit qui ob&#232;re l'acc&#232;s au sens de ce qui est &#171; lu &#187;. L'exp&#233;rience &#224; cet &#233;gard est sans appel : l'adoption des m&#233;thodes suppos&#233;es mettre l'&#233;l&#232;ve en position de &#171; chercheur &#187; s'est op&#233;r&#233;e dans les ann&#233;es 1970/80 au nom du &#171; lire c'est comprendre &#187; ; quatre d&#233;cennies plus tard 150 000 jeunes sortent chaque ann&#233;e de l'&#233;cole &#171; en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin et conjointement parce que la lecture devinette place l'&#233;l&#232;ve en position de d&#233;pendance syst&#233;matique vis &#224; vis du ma&#238;tre qui doit &#224; chaque fois valider s'il a devin&#233; juste ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; se d&#233;marque tout aussi bien des conceptions p&#233;dagogiques dominantes par le cr&#233;dit qu'il accorde aux ressources intellectuelles des &#233;l&#232;ves de CP. D'une part en faisant preuve de beaucoup d'exigence &#224; leur &#233;gard dans l'apprentissage technique : en leur demandant un travail pr&#233;cis d'&#233;criture et d'orthographe en association &#233;troite avec la lecture ; et en les confrontant d&#232;s les toutes premi&#232;res le&#231;ons non seulement &#224; l'apprentissage des lettres et des syllabes simples mais &#224; celui de tous les signes diacritiques (ponctuation, accents, etc.), de l'inversion des syllabes, et des bases du m&#233;talangage. En leur donnant &#224; lire, d'autre part, un vocabulaire diversifi&#233; et souvent peu familier, ainsi que des phrases et des textes sensiblement d&#233;cal&#233;es par rapport aux historiettes qui font l'ordinaire des manuels de lecture habituellement utilis&#233;s. Cette ambition culturelle se retrouve d'ailleurs dans un graphisme lui aussi assez inhabituel, qui oppose au bariolage profus de bien des manuels une mise en page d&#233;pouill&#233;e et calme, et puise son iconographie dans le patrimoine artistique mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l&#224; o&#249; les m&#233;thodes utilis&#233;es par neuf ma&#238;tres sur dix invitent l'&#233;l&#232;ve &#171; chercheur &#187; &#224; pratiquer la lecture devinette, &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; propose un apprentissage progressif et syst&#233;matique qui ne contourne aucune difficult&#233; ; et l&#224; o&#249; ces m&#233;thodes s'en tiennent &#224; un vocabulaire familier et &#224; des r&#233;cits enfantins, &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; donne &#224; lire un vocabulaire &#171; soutenu &#187; et des textes qui jouent sur les fonctions litt&#233;raires, po&#233;tiques, humoristiques et r&#233;flexives du langage. Trop beau, trop difficile, trop ambitieux pour des enfants de six ans, a fortiori dans les quartiers populaires ? C'est ce qui m&#233;ritait d'&#234;tre mis &#224; l'&#233;preuve de la pratique, l'exp&#233;rimentation &#233;tant entreprise &#224; l'initiative des auteurs de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 &#8211; La constitution d'un collectif de ma&#238;tres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le printemps 2009 a &#233;t&#233; consacr&#233; par ces derniers &#224; la constitution d'un r&#233;seau de douze enseignants de CP int&#233;ress&#233;s &#224; tester le nouveau manuel de lecture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lecteur int&#233;ress&#233; trouvera sur le site , rubrique &#171; L'inauguration &#187;, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contact&#233;s par relations personnelles, les raisons de ces coll&#232;gues de participer &#224; l'exp&#233;rience sont assez variables, sur fond d'un int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#224; s'ins&#233;rer dans un r&#233;seau de travail et d'&#233;changes. La moiti&#233; d'entre eux pratiquaient jusque-l&#224; une d&#233;marche syllabique &#171; bricol&#233;e &#187;, selon leur expression, pour la plupart d'entre eux &#224; partir de plusieurs manuels et de leurs propres apports. Ils ont &#233;t&#233; sensibles aux qualit&#233;s techniques de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; : la pr&#233;cision dans la conduite de l'apprentissage, la syst&#233;maticit&#233; de sa progression, l'association &#233;troite du lire et de l'&#233;crire. A la perspective d'en finir ainsi avec un &#171; bricolage &#187; d&#233;voreur de temps et d'une efficacit&#233; parfois incertaine est venu s'ajouter un &#233;l&#233;ment de conviction compl&#233;mentaire. Les uns &#233;taient s&#233;duits par l'iconographie de l'ouvrage qu'il leur paraissait possible d'utiliser pour initier leurs &#233;l&#232;ves &#224; l'histoire de l'art ; les autres, qui passaient d'un apprentissage du code men&#233; en quelques semaines pour &#171; d&#233;river vers la lecture de petits albums &#187;, selon la formule de l'une d'elles, pensaient trouver dans &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; une d&#233;marche associant de fa&#231;on plus organis&#233;e et plus progressive l'acquisition de la technique du d&#233;chiffrage et la lecture de textes int&#233;ressants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les six autres coll&#232;gues certains n'avaient jamais encore enseign&#233; en CP, et les autres utilisaient jusque-l&#224; une m&#233;thode mixte. A la perplexit&#233; de ces derniers face aux acquisitions de leurs &#233;l&#232;ves, qui leur paraissaient insuffisantes, et &#224; leur envie d'essayer autre chose, s'est ajout&#233; pour tous un attrait pour l'apport culturel de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, qui s'est jou&#233; l&#224; aussi soit plut&#244;t du c&#244;t&#233; de l'esth&#233;tique de son graphisme soit plut&#244;t, pour des coll&#232;ges lass&#233;s des historiettes suppos&#233;es adapt&#233;es &#224; cet &#226;ge, du c&#244;t&#233; de la qualit&#233; de ses textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces douze ma&#238;tres sont r&#233;partis dans six &#233;coles, dont quatre accueillent un public urbain tr&#232;s populaire : sur l'ensemble de leurs &#233;l&#232;ves, au moins 66 % appartiennent &#224; des familles d'ouvriers et d'employ&#233;s, majoritairement immigr&#233;es. Deux ma&#238;tresses ont un public d'&#233;l&#232;ves diff&#233;rent. L'une enseigne dans une &#233;cole rurale du sud de la France ; sa classe compte 14 &#233;l&#232;ves, dont 12 (85 %) appartiennent &#224; des familles d'ouvriers et d'employ&#233;s. L'autre est &#171; institutrice ma&#238;tre formatrice &#187; dans une commune plut&#244;t ais&#233;e proche de Paris ; sa classe de 21 &#233;l&#232;ves n'en compte que 8 (soit 38 %) dont les parents sont ouvriers ou employ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dix autres coll&#232;gues travaillent dans des quartiers populaires de l'agglom&#233;ration parisienne. L'une enseigne dans une &#233;cole class&#233;e &#171; Ambition r&#233;ussite &#187;, coinc&#233;e &#224; l'extr&#234;me limite de Paris et d'une banlieue populaire. Elle a 24 &#233;l&#232;ves, environ trois sur quatre sont immigr&#233;s ; 30 % d'entre eux ne parlent pas le fran&#231;ais chez eux. Trois autres ont la charge des trois CP &#171; renforc&#233;s &#187; d'une &#233;cole de proche banlieue class&#233;e en ZEP (21 &#233;l&#232;ves par classe). Trois autres encore travaillent, en limite de Paris, dans une &#233;cole qui n'est pas class&#233;e ZEP mais pourrait l'&#234;tre, les deux tiers environ de leurs &#233;l&#232;ves appartenant &#224; des familles immigr&#233;es, le plus souvent de fra&#238;che date. Enfin les derni&#232;res assurent les trois CP d'une &#233;cole du sud de Paris, dont le public est tr&#232;s contrast&#233; socialement, une majorit&#233; venant de classes moyennes plut&#244;t ais&#233;es et environ 40% de milieux populaires, le plus souvent de familles immigr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total donc les conditions de l'exp&#233;rimentation s'av&#233;raient plut&#244;t satisfaisantes : une repr&#233;sentation fortement majoritaire des classes populaires et particuli&#232;rement de l'immigration r&#233;cente, un public d'&#233;l&#232;ves n&#233;anmoins diversifi&#233; socialement, et la pr&#233;sence d'une &#233;cole rurale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 &#8211; Changer de manuel, mais aussi d'habitudes de travail : des d&#233;buts un peu difficiles.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elles le reconnurent plus tard : deux coll&#232;gues furent pr&#232;s d'abandonner l'exp&#233;rience quelque temps apr&#232;s la rentr&#233;e. A dire vrai, les premi&#232;res semaines furent assez d&#233;licates. Pour une double raison. D'abord parce que pour les &#233;l&#232;ves c'est l&#224; que l'effort demand&#233; est maximal, alors qu'il s'agit d'int&#233;grer les bases et la logique du code graphophonologique. Mais aussi parce que l'adoption du nouveau manuel a impliqu&#233; certaines &#233;volutions, auxquelles les coll&#232;gues ne s'attendaient pas n&#233;cessairement, de fa&#231;ons de faire jusque-l&#224; bien rod&#233;es. Bien naturellement la pertinence de ces &#233;volutions, d&#233;fendue par les auteurs, n'a pas emport&#233; d'embl&#233;e toutes les convictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aborder le code par les lettres et leur combinaison en syllabes, c'est mettre le sens entre parenth&#232;ses et commencer par le plus abstrait &#8211; et c'est bien cette difficult&#233;, fondamentalement, que la m&#233;thode globale tente de contourner. D&#233;marrer ainsi suppose une r&#233;elle confiance dans les capacit&#233;s d'abstraction des &#233;l&#232;ves, et dans leur envie d'apprendre. De plus le souci d'&#233;viter que s'installent de mauvaises habitudes ensuite tr&#232;s difficiles &#224; perdre ; celui de pr&#233;venir toute lecture &#171; dyslexique &#187; ; celui enfin de doter tr&#232;s vite les jeunes lecteurs des ressources indispensables pour assurer une lecture compr&#233;hensive en autonomie, ont conduit les auteurs de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; &#224; cumuler les difficult&#233;s dans les toutes premi&#232;res le&#231;ons : l'&#233;tude des accentuations du e (&#233;, &#232;, &#234;) intervient d&#232;s la le&#231;on 2 ; celle des syllabes consonne/voyelle, des syllabes inverses voyelle/consonne, de l'assemblage de deux voyelles, la lecture de mots &#171; simples &#187;, de mots commen&#231;ant par une voyelle, de mots comportant des lettres muettes, la d&#233;finition de ce qu'est une phrase, interviennent d&#232;s la le&#231;on 4&#8230; et d&#232;s la le&#231;on 5 on voit appara&#238;tre des syllabes de trois lettres. Si le nombre de le&#231;ons du manuel (52) est pr&#233;vue pour un rythme moyen d'environ deux le&#231;ons par semaine, on comprend que tous les coll&#232;gues aient &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; consacrer une semaine enti&#232;re &#224; chaque le&#231;on pendant les deux premiers mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re phase d&#233;licate pour les &#233;l&#232;ves mais aussi pour les enseignants amen&#233;s, de leur c&#244;t&#233;, &#224; revoir leurs habitudes de travail. Familiers pour la plupart des &#171; le&#231;ons de sons &#187; et des exercices de &#171; discrimination auditive &#187;, il leur a fallu se convaincre que l'&#233;tude du d&#233;chiffrage propos&#233;e par &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; leur permettait de se passer des s&#233;ances de phonologie, le travail sur le son se faisant d&#233;sormais tr&#232;s bien par la lecture d'une vari&#233;t&#233; de syllabes prononc&#233;es &#224; haute voix. Si toute une s&#233;rie d'exercices devenaient ainsi inutiles, d'autres &#8211; et particuli&#232;rement toute la panoplie des fameux &#171; exercices &#224; trous &#187; &#8211; &#233;taient franchement proscrits par une d&#233;marche qui s'oppose &#224; toute lecture devinette. Ce fut l'occasion de r&#233;aliser qu'encourager les &#233;l&#232;ves &#224; deviner plut&#244;t qu'&#224; d&#233;chiffrer venait accentuer leur propension &#224; pr&#234;ter une attention d&#233;j&#224; trop flottante aux signes &#233;crits, cette tendance bien naturelle au moindre effort &#233;tant pr&#233;judiciable &#224; un d&#233;codage correct et donc &#224; la compr&#233;hension du texte. Les coll&#232;gues furent d'autant plus vite convaincus de la n&#233;cessit&#233; de s'y opposer qu'ils constat&#232;rent rapidement les effets b&#233;n&#233;fiques de ce qui devint un mot d'ordre tr&#232;s courant dans le quotidien des classes : &#171; On n'invente pas : regarde ce qui est &#233;crit ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; invitait encore &#224; renoncer &#224; une autre habitude de travail famili&#232;re &#224; plusieurs coll&#232;gues du collectif : celle qui consiste &#224; &#171; bricoler &#187; la progression et le contenu des le&#231;ons dans l'apprentissage du d&#233;codage, en empruntant &#224; droite &#224; gauche &#224; telle ou telle m&#233;thode, et en travaillant avec des photocopies. Non seulement en effet le travail exig&#233; par le manuel est d&#233;j&#224; tr&#232;s cons&#233;quent pour les &#233;l&#232;ves, mais suivre la progression qu'il propose est la seule fa&#231;on de leur permettre de lire en autonomie les &#233;nonc&#233;s de chaque le&#231;on, et donc de tirer pleinement profit de la d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'adopter la r&#232;gle qui conditionne strictement l'acc&#232;s au sens &#224; un d&#233;chiffrage fluide a &#233;galement amen&#233; les coll&#232;gues &#224; revenir sur des fa&#231;ons de faire command&#233;es par le souci de la compr&#233;hension pens&#233; comme prioritaire. Ainsi allait-il de soi pour eux de faire pr&#233;c&#233;der la lecture d'un texte par une explication des mots que les &#233;l&#232;ves risquaient de ne pas conna&#238;tre, et du sens g&#233;n&#233;ral du texte. Le bon sens (&#224; quoi bon faire l'effort de lire si on sait d&#233;j&#224; ce dont il est question, que devient alors le plaisir de la d&#233;couverte, et au nom du &#171; lire c'est comprendre &#187; doit-on en arriver au comprendre sans lire ?), et la d&#233;marche de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, ont conduit au choix d'une autre proc&#233;dure, consistant &#224; demander aux &#233;l&#232;ves de d&#233;chiffrer les textes sans pr&#233;alable, et de mettre en discussion ce qu'ils en avaient pens&#233; et ce qui restait &#233;ventuellement obscur une fois parvenus &#224; une lecture fluide.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4 &#8211; Comment traiter la difficult&#233; d'apprentissage ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus significatif dans cette exp&#233;rience, peut-&#234;tre, c'est qu'elle a amen&#233; tous ses protagonistes &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la notion m&#234;me de difficult&#233; d'apprentissage. En proposant une d&#233;marche qui concentre nombre de difficult&#233;s d&#232;s les premi&#232;res le&#231;ons, &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; fait en effet d'autant plus fortement ressortir combien l'institution scolaire a ordinairement tendance &#224; l'inverse &#224; diff&#233;rer voire &#224; contourner ce qui para&#238;t difficile pour les &#233;l&#232;ves ; et &#224; inventer toute sorte d'approches de biais et de suppos&#233;s facilitateurs quand il est devenu in&#233;vitable de l'affronter. Et cette d&#233;marche d'&#233;vitement para&#238;t s'imposer plus encore dans les quartiers populaires et les ZEP, c'est assez logique puisque ici les &#233;l&#232;ves sont cens&#233;s disposer de moindres ressources intellectuelles, linguistiques, culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, quelque peu inquiets au d&#233;part face aux difficult&#233;s techniques des premi&#232;res le&#231;ons, et plus encore &#224; la diversit&#233; du vocabulaire et au c&#244;t&#233; &#171; litt&#233;raire &#187; ou r&#233;flexif des textes donn&#233;s &#224; lire, les participants &#224; l'exp&#233;rience ont souvent litt&#233;ralement d&#233;couvert la capacit&#233; de leurs &#233;l&#232;ves &#224; faire face &#224; des exigences fortes, y compris l&#224; o&#249; la distance culturelle entre le milieu familial et l'univers scolaire est la plus grande. Cens&#233;s n'&#234;tre &#171; motiv&#233;s &#187; que par le facile et le ludique, ces derniers ont manifest&#233; tout d'abord une r&#233;el plaisir &#224; se confronter aux dimensions les plus techniques et suppos&#233;es ingrates du d&#233;chiffrage, d&#232;s lors qu'ils se voyaient progresser jour apr&#232;s jour. Et conjointement, ils ont fait montre d'une aisance certes in&#233;gale, mais aussi dans leur quasi totalit&#233; de belles ressources d'intelligence et d'ouverture d'esprit, s'impr&#233;gnant des r&#232;gles du code graphophonologique, t&#233;moignant d'un go&#251;t tr&#232;s vif pour tout ce qui touche &#224; l'exploration et au maniement de la langue, et d'une curiosit&#233; intellectuelle certaine d&#232;s qu'on leur propose des textes qui les sortent du d&#233;j&#224; connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les participants &#224; l'exp&#233;rience ont r&#233;alis&#233;, du m&#234;me coup, que la seule fa&#231;on d'apporter beaucoup aux &#233;l&#232;ves consiste &#224; beaucoup exiger d'eux. N'&#233;tait-ce par exemple pas trop leur demander que de conjoindre un gros travail d'&#233;criture aux difficult&#233;s de la lecture ? Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment ce travail d'&#233;criture qui a permis aux &#233;l&#232;ves qui avaient des difficult&#233;s en lecture de les surmonter en int&#233;grant mieux la graphie des lettres. Et ne fallait-il pas proposer un vocabulaire et des textes plus &#171; simples &#187; aux &#233;l&#232;ves les moins arm&#233;s culturellement pour ne pas les mettre en difficult&#233; ? Mais comment mettre ces &#233;l&#232;ves en position de r&#233;ussir leur scolarit&#233; si l'&#233;cole ne leur apporte pas ce que les autres trouvent dans leur famille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion s'imposait : il fallait &#224; la fois &#234;tre tr&#232;s exigeant, et tr&#232;s attentif &#224; ce que les &#233;l&#232;ves disposent des moyens de r&#233;pondre &#224; ces exigences.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5 &#8211; Les r&#233;sultats obtenus au terme de l'ann&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;changes par mail entre les participants de l'exp&#233;rience se sont fortement ralentis apr&#232;s le mois de novembre, signe indubitable que les difficult&#233;s du d&#233;marrage &#233;taient pour l'essentiel surmont&#233;es, de nouvelles habitudes de travail prises. Toutes les r&#233;unions du second trimestre l'ont confirm&#233;, les coll&#232;gues avaient d'autant mieux int&#233;gr&#233; les principes d'utilisation du manuel qu'ils pouvaient d&#233;sormais en v&#233;rifier l'efficacit&#233;. Ils se pr&#233;occupaient au premier trimestre de la fa&#231;on de tirer le meilleur parti de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; ; d&#233;sormais c'est la petite minorit&#233; des &#233;l&#232;ves &#171; &#224; la tra&#238;ne &#187; qui va polariser l'attention collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des &#233;l&#232;ves les choses marchent aussi de mieux en mieux au fur et &#224; mesure de l'avancement dans l'ann&#233;e, comme le montre l'acc&#233;l&#233;ration progressive du passage d'une le&#231;on &#224; la suivante. Les huit ou dix premi&#232;res le&#231;ons, quand ce n'est pas plus, ont pris chacune une bonne semaine, et personne n'aurait alors jur&#233; qu'il arriverait au terme du manuel (52 le&#231;ons). En fait une bonne majorit&#233; des coll&#232;gues y sont parvenus. C'est que, sur la base d'acquis solides et de qualit&#233;, l'apprentissage a pu s'effectuer de plus en plus vite. Plusieurs ma&#238;tres ont signal&#233; &#224; cet &#233;gard que leurs &#233;l&#232;ves leur demandaient, dans les derni&#232;res semaines, de sauter la barre d'apprentissage pour aborder directement le vocabulaire de la le&#231;on, ou bien s'amusaient &#224; concourir &#224; la d&#233;chiffrer le plus vite possible sans tr&#233;bucher. Comme le note l'une d'elles, qui est arriv&#233;e au bout avec pourtant 28 &#233;l&#232;ves, &#171; &#224; partir de P&#226;ques on a nettement acc&#233;l&#233;r&#233;, passant parfois &#224; trois le&#231;ons par semaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin d'ann&#233;e, les &#233;valuations des membres du collectif sont assez homog&#232;nes, variant relativement peu avec la composition sociale de leur public d'&#233;l&#232;ves. La quasi totalit&#233; de ces derniers ont normalement appris &#224; lire. Les coll&#232;gues distinguent ceux qui lisent tr&#232;s bien, &#171; couramment &#187;, d&#233;chiffrant le texte &#224; vitesse de lecture normale sans tr&#233;bucher et en mettant le ton ; et ceux qui tout en n'ayant pas de probl&#232;me de d&#233;chiffrage et en comprenant ce qu'ils lisent, ont encore besoin d'un peu plus de temps que les pr&#233;c&#233;dents : par exemple qui peuvent lire un texte &#224; voix haute parfaitement si on leur laisse le temps de le parcourir en silence une premi&#232;re fois. D'une classe &#224; l'autre, les premiers repr&#233;sentent entre 60 et 80% des &#233;l&#232;ves, les seconds donc entre 15 et 30-35%. Et plus encore qu'en lecture, c'est peut-&#234;tre dans le domaine de l'&#233;criture et de l'acquisition de l'orthographe que les acquis de l'ann&#233;e sont les plus remarquables, &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; conjuguant le travail de l'&#233;criture et de l'orthographe &#224; celui de la lecture d&#232;s les toutes premi&#232;res le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve est ainsi faite qu'il est possible de proposer &#224; la lecture des &#233;l&#232;ves de CP des textes qui ne les infantilisent pas, en franche rupture avec ce qu'il est ordinairement consid&#233;r&#233; comme politiquement correct de leur donner. Non seulement c'est possible, mais &#231;a marche ! Ces jeunes &#233;l&#232;ves sont int&#233;ress&#233;s, curieux de d&#233;couvrir de nouveaux mots, de nouvelles id&#233;es, de nouveaux domaines de pens&#233;e, de nouvelles formes d'expression artistique. Ils se sentent pris au s&#233;rieux. Et cela se v&#233;rifie pour tous les &#233;l&#232;ves, quel que soit le bain culturel dont ils b&#233;n&#233;ficient dans leur famille. C'est l&#224; tr&#232;s certainement le r&#233;sultat le plus important de l'exp&#233;rience de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les &#233;l&#232;ves &#171; en difficult&#233; &#187; ? Sur les douze classes qui ont particip&#233; &#224; l'exp&#233;rience, on d&#233;compte en fin d'ann&#233;e sept &#233;l&#232;ves dont on ne peut pas dire qu'ils aient appris &#224; lire (un dans sept classes diff&#233;rentes), soit environ 3% de l'effectif total. Trois observations &#224; ce propos pour conclure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'une part un certain nombre d'&#233;l&#232;ves qui s'annon&#231;aient, ou &#233;taient annonc&#233;s en d&#233;but d'ann&#233;e comme de futurs &#233;l&#232;ves en difficult&#233;&#8230; ne le sont aucunement en fin d'ann&#233;e. L'accent mis par &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; sur le &#171; tous capables &#187; et la n&#233;cessit&#233; de ne laisser aucun &#233;l&#232;ve au bord de la route a pay&#233; : jusqu'au bout, aucun membre du collectif n'a renonc&#233; &#224; emmener avec lui 100% de ses &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deuxi&#232;me observation sur les cas difficiles, certains &#233;l&#232;ves qu'on dit pourtant &#171; en difficult&#233; &#187; ne sont pas des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; intellectuelle. On en a vu ici qui ont appris &#224; lire et &#224; &#233;crire normalement, tout en manifestant de ces inadaptations comportementales qui peuvent on le sait bien grever lourdement la bonne marche de la classe enti&#232;re&#8230; mais les coll&#232;gues ont soigneusement &#233;vit&#233; de les enfermer dans un statut de mauvais &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Troisi&#232;me observation. Une fois &#233;limin&#233;s les cas &#171; difficiles &#187; qui s'en sortent n&#233;anmoins et les &#233;l&#232;ves agit&#233;s mais qui apprennent, il ne reste alors qu'un tout petit nombre d'enfants en r&#233;elle difficult&#233; intellectuelle. Ils n'appartiennent pas n&#233;cessairement aux cat&#233;gories sociales les moins favoris&#233;es. Ils sont en difficult&#233; dans tous les secteurs des apprentissages, et ont &#233;videmment besoin d'une intervention sp&#233;cialis&#233;e : ce sont davantage des enfants en difficult&#233; qu'&#224; proprement parler des &#171; &#233;l&#232;ves en difficult&#233; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le lecteur int&#233;ress&#233; trouvera sur le site &lt;a href=&#034;http://www.leslettresbleues.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.leslettresbleues.fr&lt;/a&gt;, rubrique &#171; &lt;a href=&#034;http://leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique17&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'inauguration&lt;/a&gt; &#187;, une relation beaucoup plus d&#233;taill&#233;e de cette exp&#233;rimentation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un autre enseignement des maths en primaire</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article123</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article123</guid>
		<dc:date>2011-06-30T07:36:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Stella Baruk et Guillaume Tremblay</dc:creator>


		<dc:subject>conduite des apprentissages</dc:subject>
		<dc:subject>Math&#233;matiques</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le travail de Stella Baruk sur l'enseignement des math&#233;matiques a fait l'objet de nombreux ouvrages depuis trente ans. Il se diffuse progressivement dans l'&#233;ducation nationale, notamment depuis la publication de &#034;Comptes pour petits et grands&#034;, livre du ma&#238;tre pour le CP-CE1 (un fichier d'exercices est &#224; para&#238;tre pour la rentr&#233;e 2012). Stella Baruk retrace ici la gen&#232;se de cette diffusion et les exp&#233;rimentations qu'elle a men&#233;es en collaboration avec des enseignant-e-s de CP et CE1. A sa (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Enseignement primaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;conduite des apprentissages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot44" rel="tag"&gt;Math&#233;matiques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L82xH90/arton123-e2285.jpg?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='82' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le travail de Stella Baruk sur l'enseignement des math&#233;matiques a fait l'objet de nombreux ouvrages depuis trente ans. Il se diffuse progressivement dans l'&#233;ducation nationale, notamment depuis la publication de &#034;Comptes pour petits et grands&#034;, livre du ma&#238;tre pour le CP-CE1 (un fichier d'exercices est &#224; para&#238;tre pour la rentr&#233;e 2012). Stella Baruk retrace ici la gen&#232;se de cette diffusion et les exp&#233;rimentations qu'elle a men&#233;es en collaboration avec des enseignant-e-s de CP et CE1. A sa suite, Guillaume Tremblay, professeur &#224; Paris, expose la fa&#231;on dont il introduit l'&#233;tude de la num&#233;ration dans sa classe de CP.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stella Baruk : Exp&#233;rimentations et convictions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il va bient&#244;t y avoir une vingtaine d'ann&#233;es, il me fut propos&#233; de participer &#224; un colloque organis&#233; dans l'&#238;le de Rhodes ; colloque qui avait pour sujet les &#8220;assistances de tous ordres&#8221; destin&#233;es &#224; &#8220;rem&#233;dier&#8221; aux &#233;checs en math&#233;matiques . Initiative courageuse &#224; l'&#233;poque puisque abordant de front des pratiques plus ou moins volontairement ignor&#233;es jusqu'alors. Les qualifiant de &#8220;probl&#233;matique mondiale&#8221; &#8211; ce qui voulait dire caract&#233;ristique des pays d&#233;velopp&#233;s &#8211;, il s'agissait des &#8220;le&#231;ons particuli&#232;res&#8221;, des &#8220;maths-secours&#8221; et autres &#8220;maths-assistance&#8221; , destin&#233;s &#224; pallier les insuffisances institutionnelles et dont on ne pouvait plus ignorer la prolif&#233;ration. Ce qui ne pouvait que mettre en &#233;vidence l'in&#233;galit&#233; flagrante dans le &#8220;soutien&#8221; que pouvaient ou non apporter, selon les moyens dont ils disposaient, des parents &#224; leurs enfants . &#201;vidence qui ferait na&#238;tre l'id&#233;e sans doute sinc&#232;rement g&#233;n&#233;reuse que &#8220;l'&#233;cole doit &#234;tre son propre recours&#8221;, c'est-&#224;-dire apporter &#224; tous le soutien que seuls les riches pouvaient offrir &#224; leurs enfants ; mais en r&#233;alit&#233;, disposition qui constituait une &#233;ni&#232;me fuite en avant, une &#233;ni&#232;me fa&#231;on d'&#233;viter les raisons pour lesquelles il fallait un recours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invit&#233;e comme auteur de &lt;i&gt;&#201;chec et Maths&lt;/i&gt;, et &#8220;sp&#233;cialiste&#8221; de &#8220;rem&#233;diations en entretiens particuliers&#8221;, il y avait quelque temps d&#233;j&#224; que j'&#233;tais parvenue, me semblait-il, &#224; comprendre l'essentiel des raisons faisant que, bien &#233;videmment sans le vouloir, l'institution fabriquait elle-m&#234;me l'&#8220;&#233;l&#232;ve en difficult&#233;&#8221;. On me disait apr&#232;s &lt;i&gt;&#201;chec et Maths&lt;/i&gt; : &#171; Tout &#231;a est bien beau, mais on ne peut pas mettre un pr&#233;cepteur derri&#232;re chaque &#233;l&#232;ve qui ne comprend pas &#187;. Or le sens des analyses particuli&#232;res que je proposais n'&#233;tait en aucune fa&#231;on le recours au pr&#233;ceptorat , mais consistait plut&#244;t, &#224; partir de leur accumulation, &#224; tenter d'en d&#233;gager des invariants, afin d'en faire b&#233;n&#233;ficier l'entit&#233; naturelle qu'est une classe. Et alors qu'allaient progressivement appara&#238;tre des slogans tels que &#171; l'aide &#224; l'&#233;l&#232;ve, c'est-&#224;-dire le cours particulier ou en petit groupe pour les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, c'est la base de la d&#233;mocratie &#187;, repoussant &#224; plus tard ou jamais l'analyse des difficult&#233;s de l'&#233;cole, il &#233;tait assez paradoxal pour moi de constater que le travail de l'institution allait exactement en sens inverse du mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la majorit&#233; des intervenants du colloque de Rhodes il semblait qu'il y avait lieu de s'accommoder d'un &#233;tat de fait, un fait dit de soci&#233;t&#233; , alors que pour ma part, il me paraissait qu'un &#171; fait de soci&#233;t&#233; &#187; tel que celui-l&#224; n'&#233;tait jamais que le r&#233;sultat de l'acceptation des conditions qui l'imposent : que donc, reconsid&#233;rer parmi ces conditions celles sur lesquelles on peut intervenir peut transformer cet &#233;tat de fait. La masse &#233;tant une entit&#233; discr&#232;te, c'est-&#224;-dire constitu&#233;e par du un, plus un, plus un, on peut comprendre quel peut &#234;tre l'int&#233;r&#234;t d'avoir travaill&#233; avec des individualit&#233;s ; mais pour en faire b&#233;n&#233;ficier le groupe. Mon intervention &#224; Rhodes s'intitulait donc : Comment passer du particulier au g&#233;n&#233;ral et se trouvait &#234;tre contemporaine d'une premi&#232;re &#8220;exp&#233;rimentation&#8221; de cette conviction, dans deux &#233;coles de l'avenue de la R&#233;publique &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne m'avait jamais paru acceptable que certains enfants au bout de deux mois de CP soient d&#233;clar&#233;s &#8220;en difficult&#233;&#8221;. Je me souviens comment un jour, exasp&#233;r&#233;e par l'impuissance d'une enfant, impuissance dans laquelle elle n'aurait jamais d&#251; &#234;tre, et recevant juste apr&#232;s un coup de fil d'une inspectrice me demandant d'intervenir devant des enseignants de l'Enseignement sp&#233;cialis&#233;, je l'apostrophai, alors qu'elle n'y &#233;tait pour rien : &#171; Mais pourquoi me demande-t-on, sans cesse, de parler devant des r&#233;&#233;ducateurs ? Pour que les choses changent, c'est d'abord aux &#233;ducateurs qu'il faudrait s'adresser ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'ayant entendue exprimer plus calmement mais avec toujours autant de conviction la m&#234;me revendication devant des enseignants, encore, sp&#233;cialis&#233;s, c'est une autre inspectrice Madame Jeanne-Marie Tisseyre, &#224; laquelle je rends gr&#226;ce ici une fois de plus, qui allait intervenir de fa&#231;on d&#233;cisive dans le tour que prenaient mes recherches. &#171; Pourquoi avais-je demand&#233;, faut-il &#8220;r&#233;parer&#8221; des &#233;l&#232;ves alors qu'il suffirait de ne pas les ab&#238;mer ? &#187; Tr&#232;s vite, en effet, d'un c&#244;t&#233; la souffrance et les larmes rendaient l'enfant mutique, ou apathique, ou violent, et de l'autre les &#8220;r&#233;parateurs&#8221; trouvaient une situation rendue d'autant plus difficile que s'y ajoutaient les pressions de l'appareil institutionnel et les angoisses du milieu familial ; le tout pour de trop nombreux cas o&#249; le &#8220;handicap&#8221; de l'&#233;l&#232;ve n'&#233;tait autre que celui de l'impossibilit&#233; o&#249; il &#233;tait de trouver par lui-m&#234;me ou &#224; ses c&#244;t&#233;s choses ou gens susceptibles de r&#233;tablir le sens qu'il ne trouvait pas &#224; l'&#233;cole , et que ne lui apporterait aucun soutien ne faisant que reproduire ce qu'on lui avait d&#233;j&#224; propos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les math&#233;matiques &#233;tant encore plus naturellement &#8220;verticales&#8221; que toute autre discipline, l'id&#233;e que j'avais d&#233;j&#224; eue plusieurs ann&#233;es plus t&#244;t &#233;tait de proposer un suivi d'une cohorte d'enfants du CP au CM2 munis de ce dont je les croyais capables en math&#233;matiques. J'avais la conviction que le taux d'&#233;chec serait incomparablement amoindri, l'abord du coll&#232;ge transform&#233;. L'ambition n'&#233;tait pas mince. Ce projet une fois soumis &#224; Madame Tisseyre, celle-ci me proposa sa circonscription pour une exp&#233;rimentation : deux &#233;coles, Avenue de la R&#233;publique &#224; Paris, l'une en ZEP et l'autre non. Des enseignants seraient volontaires dans les deux &#233;coles, il n'y avait plus qu'&#224; commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enthousiaste, je donnai mon accord ; nous commen&#231;&#226;mes donc en septembre 1993. Tout &#233;tait &#224; faire, sinon &#224; inventer. Mettre en forme un apprentissage de la num&#233;ration, des op&#233;rations, des calculs, des probl&#232;mes, de la g&#233;om&#233;trie, &#224; mains nues. Une chance remarquable s'offrit alors. Alors que je l'avais rencontr&#233;e pour un tout autre sujet, Isabelle Magnard s'int&#233;ressa &#224; l'exp&#233;rience. Deux ann&#233;es durant, &#224; partir des pages que je pr&#233;parais pour nourrir au jour le jour les deux classes de CP puis de CE1 de ces math&#233;matiques &#8220;diff&#233;remment&#8221; abord&#233;es, les &#201;ditions Magnard fournirent les documents en couleur qui rendaient la vie quotidienne de la classe paisible et &#8220;naturelle&#8221;, sinon celle de qui fut charg&#233;e de la fabrication de ces documents exp&#233;rimentaux et de la mienne. C'est bien naturellement qu'ils apparaissent dans le &#8220;r&#233;cit&#8221; de ces exp&#233;rimentations, mati&#232;re rendue &#8220;&#233;ternellement&#8221; vivante de la fa&#231;on dont Julie, Jean-Mathieu, Dahdjim, Justine, Ana&#239;s et les autres v&#233;curent cet apprentissage de math&#233;matiques fond&#233;es sur la langue et le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1998 &#224; 2000, une autre exp&#233;rience fut men&#233;e dans deux &#233;coles du 14&#232;me arrondissement, sous la houlette, cette fois de l'INRP, toujours en CP puis CE1 . Elle ne fit que confirmer les r&#233;sultats de la premi&#232;re. Pratiquement plus d'&#233;checs en num&#233;ration, un calcul mental et &#233;crit qui coulait de source&#8230; Et les probl&#232;mes&#8230; Et la g&#233;om&#233;trie&#8230; Dans les deux exp&#233;riences, je venais dans les classes une fois par semaine, &#8220;initiant&#8221; un nouveau sujet, retrouvant dans les r&#233;sultats des enfants scrut&#233;s de pr&#232;s, analys&#233;s, le formidable travail des enseignants. La coh&#233;rence de &#8220;la m&#233;thode&#8221; fond&#233;e sur la langue et le sens, et, &#233;videmment, les math&#233;matiques, leur apparaissait au fur et &#224; mesure que s'avan&#231;ait l'ann&#233;e. De quoi &#233;taient donc capables des petits CP en fin d'ann&#233;e ? De lire &#8211; voire d'&#233;crire - des millions, de faire des probl&#232;mes en ayant &#224; choisir une op&#233;ration, d'expliquer leurs d&#233;marches&#8230; En fin de CE1 on avait une num&#233;ration solide, des probl&#232;mes complexes dont il fallait trouver les op&#233;rations interm&#233;diaires&#8230; Mais en tous cas, des enfants jamais angoiss&#233;s, jamais soumis &#224; un jugement, les erreurs &#233;tant discut&#233;es en classe, les consensus obtenus sur, pr&#233;cis&#233;ment, le sens de ce qui &#233;tait demand&#233;, et celui des r&#233;ponses que ces questions induisaient, produisaient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux volumes intitul&#233;s &lt;i&gt;Comptes pour petits et grands&lt;/i&gt; rendent compte de ces exp&#233;riences : le premier paru en 1997 &#233;tait consacr&#233; &#224; la num&#233;ration, socle de tout socle commun, et en 2003 le second, consacr&#233; aux op&#233;rations et calculs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Miracle des livres : ils circulent, propagent des id&#233;es, lesquelles apportent parfois des &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion &#224; des questions rest&#233;es jusqu'alors sans r&#233;ponse, suscitent des d&#233;sirs d'innover, d'essayer&#8230; Leur vocation de &#8220;bouteille &#224; la mer&#8221; leur fit aborder les rivages de la lointaine Nouvelle Cal&#233;donie, dont le gouvernement , sous l'&#233;gide de la direction de l'enseignement, me confia au cours de quatre lumineux s&#233;jours (2000-2003) un passionnant travail qui me menait partout, sur le caillou, en brousse comme dans les quartiers les plus d&#233;sh&#233;rit&#233;s de Noum&#233;a, constater les difficult&#233;s qu'affrontaient les ma&#238;tres. Partager avec eux, dans une atmosph&#232;re rendue f&#233;conde par la nouveaut&#233;, les discussions, les propositions venant de tous, la recherche de moyens diff&#233;rents de transmettre les bases de l'&#233;criture et du sens des nombres, ou du dessin et des propri&#233;t&#233;s des figures fut une exp&#233;rience particuli&#232;rement riche et chaleureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera dans &lt;i&gt;Comptes pour petits et grands&lt;/i&gt; le d&#233;tail des exp&#233;rimentations parisiennes, un compte rendu sur le site de l'INRP d&#233;j&#224; mentionn&#233; ; on pourra lire un reportage dans une &#233;cole de la r&#233;gion parisienne dans le Monde 2, du 13 septembre 2008 ; consulter un dossier-bilan de l'exp&#233;rience cal&#233;donienne. Plus proches, et, cette fois-ci, sans nulle intervention de ma part, nombre d'enseignants de l'Hexagone, d&#233;sesp&#233;rant jusqu'alors de combler l'&#233;cart entre le travail fourni et les r&#233;sultats obtenus, me disent avoir tent&#233; puis adopt&#233; partie ou tout des m&#233;thodes que je propose, ou en font &#233;tat sur la toile. Voici par exemple un t&#233;moignage &#8220;&#224; chaud&#8221; de Rodolphe Viardet, professeur des &#233;coles, ma&#238;tre formateur, qui me touche particuli&#232;rement car les enfants sont en pleine &#8220;exp&#233;rimentation&#8221; de la totalit&#233; de ce que je propose, dans les domaines tant num&#233;rique que g&#233;om&#233;trique o&#249; il y a aussi tant &#224; faire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'enseigne au C. P. depuis 5 ans &#224; l'&#233;cole Henri Wallon A de Bagneux 92. L'&#233;cole est class&#233;e en R&#233;seau d'Education Prioritaire. J'ai tout d'abord essay&#233; d'enseigner avec des manuels traditionnels d&#233;di&#233;s au C.P Les enfants comptaient beaucoup et de tout, ils groupaient des allumettes et &#171; construisaient &#187; la dizaine, ils comptaient loin, tr&#232;s loin, ils &#233;changeaient des pi&#232;ces contre des billets, ils se d&#233;pla&#231;aient sur des bandes num&#233;riques en &#171; avant &#187; ou en &#171; arri&#232;re &#187;&#8230; mais je ne me suis rapidement rendu compte que j'avais des difficult&#233;s &#224; donner du sens aux exercices propos&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;couvert Stella Baruk et la coh&#233;rence de son travail, mes &#233;l&#232;ves et moi-m&#234;me avons enfin commenc&#233; &#224; parler la m&#234;me langue : celles des math&#233;matiques qui nous parle si souvent et que Stella nous apprend &#224; entendre. Finalement tout devient si simple pour eux et pour moi. En num&#233;ration, on commence doucement, jusqu'&#224; neuf&#8230; Et puis tout est l&#224; pour nous guider ! Les doigts, les mots, les chiffres qui n'arr&#234;tent pas de se m&#234;ler ; &#224; chaque s&#233;ance de nouveaux nombres font leur apparition : les cachottiers, les nombre rigolos, les vingts (parfois ils sont quatre)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais attention, tout n'est pas toujours rose, certains chiffres &#8220;mentent&#8221; alors que d'autres &#8220;disent la v&#233;rit&#233;&#8221;&#8230; Mais en fin de compte, cependant &#171; mes C.P &#187; sont rassur&#233;s car &#224; chaque fois tout s'&#233;claircit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque je demande aux &#233;l&#232;ves d'&#233;crire un nombre ou de le repr&#233;senter, ils demandent toujours : en mots ? en chiffres ? avec des &#233;tiquettes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais une s&#233;ance sans d&#233;couverte ni outils (des &#233;tiquettes/doigts, des doubles, les mains des camarades&#8230;) et les probl&#232;mes de la classe deviennent ceux de chacun&#8230; Mes &#233;l&#232;ves demandent toujours : &#171; quand &#231;a commence les maths ? &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Quand &#231;a commence les maths ?&#8221; Eh bien, tout de suite. L'essentiel de ce que je propose semblerait se limiter &#224; une v&#233;rit&#233; de La Palice. Faire en sorte que d&#232;s le CP ce que les enfants apprennent en math&#233;matiques, discipline suppos&#233;e &#234;tre le comble du sens &#8211; souvenez-vous, rien ne saurait &#234;tre aussi s&#251;r que 2 et 2 font quatre &#8211; ait du sens pour eux, comme pour ceux qui les leur enseignent. Or voici quarante ann&#233;es bient&#244;t que j'observe, avec d'autres acteurs du monde enseignant, les m&#234;mes &#8220;incroyables&#8221; conduites de la part d'enfants sens&#233;s, s'agissant de &#8220;donner&#8221; l'&#226;ge du capitaine, ou d'&#233;crire que &#171; trois cent quatre-vingt-sept &#187; s'&#233;crit 3004207. En quelques mois d'&#233;cole, les enfants renoncent au sens, l'abandonnant &#224; leurs enseignants, souhaitant qu'ils trouvent dans les r&#233;ponses qu'ils feront &#224; des questions devenues incompr&#233;hensibles ce qu'ils souhaitent. Ali&#233;nation qui m'a toujours paru inconcevable, sachant les d&#233;g&#226;ts provoqu&#233;s, sans commune mesure avec les causes, qu'il suffit de reconsid&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconsid&#233;rer la mati&#232;re, en reconsid&#233;rant la fa&#231;on de travailler, c'est-&#224;-dire la mani&#232;re : l'erreur, dont je n'arrive m&#234;me plus &#224; penser qu'elle est une erreur quand elle est &#8220;fra&#238;che&#8221;, tant elle est l'auxiliaire la plus s&#251;re de qui enseigne, &#224; qui elle renverra les ambigu&#239;t&#233;s de la langue utilis&#233;e, les impr&#233;cisions d'une formulation, les interrogations sur les &#8220;objets&#8221; du savoir. Quand un enfant non encore paralys&#233; par la crainte de se tromper r&#233;pond, il r&#233;pond avec ce qu'il sait, et non avec ce qu'il ne sait pas. Si cette r&#233;ponse n'est pas conforme &#224; ce qui est attendu, elle devient question : pourquoi ? Pourquoi ce que je crois &#234;tre la r&#233;ponse &#224; la question pos&#233;e n'est pas vrai ? Analyser les raisons des erreurs fra&#238;ches, en constater la &#8220;l&#233;gitimit&#233;&#8221;, leur faire une place &#224; c&#244;t&#233; de la &#8220;v&#233;rit&#233; &#187; &#224; laquelle on souhaite acc&#233;der, telle est cette p&#233;dagogie qui m&#232;ne &#224; l'&#233;pist&#233;mologie, constant questionnement sur la nature et la forme du savoir propos&#233; ; et qui est combien f&#233;conde &#224; quelque niveau que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que tout le domaine du savoir &#224; transmettre &#171; de la maternelle &#224; l'universit&#233; &#187; s'est trouv&#233; pour moi refond&#233;, mati&#232;re et mani&#232;re, soutenu par une probl&#233;matique de sens, de langue, de sp&#233;cificit&#233; du savoir math&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est gu&#232;re possible d'en donner ici un &#8220;panorama&#8221;, m&#234;me en se limitant &#224; l'&#233;cole. Je sais cependant que nombre de ceux qui exp&#233;rimentent ce que je propose sont particuli&#232;rement convaincus par un abord de la num&#233;ration fond&#233; sur la langue et le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La num&#233;ration, constitutive de tout le domaine du num&#233;rique, n&#233;cessairement impos&#233;e de fa&#231;on pr&#233;coce, est cause de beaucoup d'&#233;checs, car elle est difficile. Or c'est d'elle dont d&#233;pend le capital num&#233;rique &#224; venir des &#233;l&#232;ves. Comment se pense, s'&#233;crit un nombre ? Quelles sont les relations entre le lu, le su, le vu et l'entendu ? Comment, &#224; partir de ce bricolage qu'est notre langue num&#233;rale arriver &#224; construire un syst&#232;me &#8220;implacablement&#8221; coh&#233;rent (le syst&#232;me d&#233;cimal) ? Sans aucun doute avec la langue, car c'est &#224; partir de cette mati&#232;re premi&#232;re que les enfants entendent ce qu'ils entendent et comprennent ce qu'ils comprennent. L'ignorer, ou la consid&#233;rer comme le veut la tradition comme un simple &#8220;vocabulaire&#8221;, c'est travailler contre elle, et tuer le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enseignement du nombre fond&#233; sur la langue du nombre, qui permettra &#224; quiconque entre &#224; l'&#233;cole d'y apprendre le maniement tant math&#233;matique que quantitatif, c'est-&#224;-dire socialis&#233;, du nombre&#8230; C'est ce qui, je crois, s'est constitu&#233; &#224; travers le temps par une lutte constante contre l'&#233;chec, un travail constant avec les enseignants. C'est pourquoi nul ne pouvait mieux en rendre compte qu'un &#8220;exp&#233;rimentateur&#8221;, et ce alors que quelques ann&#233;es de pratique lui ont permis de s'approprier et de faire sienne une d&#233;marche qui sans doute correspondait d&#233;j&#224; &#224; un questionnement ; questionnement qui en particulier pour nombre de professeurs des &#233;coles que j'ai rencontr&#233; na&#238;t, alors que le travail qu'ils fournissent est consid&#233;rable, de leur relative impuissance &#224; surmonter les &#233;checs des enfants ; le tout comme si ils s'apercevaient que c'&#233;taient les moyens fournis par la tradition p&#233;dagogique qui montraient leur impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera donc, comme point fort de ce que je peux proposer pour que notre &#233;cole primaire devienne une &#233;cole premi&#232;re, expos&#233; mieux que je ne saurais le faire, le compte rendu qu'en a fait Guillaume Tremblay, professeur des &#233;coles, enseignant en CP, que je remercie chaleureusement ici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Guillaume Tremblay : La m&#233;thode Baruk ou comment donner du sens aux nombres en s'appuyant sur les ressources de la langue &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les nombres appartiennent &#224; l'univers langagier quotidien des &#233;l&#232;ves qui les entendent et les disent avant d'apprendre &#224; les lire et les &#233;crire de mani&#232;re m&#233;thodique &#224; l'&#233;cole. Ils font partie du langage ordinaire que les enfants s'approprient d&#232;s qu'ils sont en &#226;ge de parler. Leur apprentissage en tant qu'objets de la langue non seulement commune mais aussi math&#233;matique est en revanche une sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;cole. Il est d'autant plus crucial pour les &#233;l&#232;ves de cycle 2 qu'il conditionne ensuite grandement leur r&#233;ussite tant en num&#233;ration qu'en calcul. On per&#231;oit bien l'enjeu d&#233;mocratique de cette entr&#233;e en math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or pour &#234;tre solide, l'apprentissage des nombres doit indissociablement &#234;tre r&#233;flexif et donner acc&#232;s au sens complexe dont la langue des nombres est porteuse. C'est la d&#233;marche que Stella Baruk d&#233;fend dans &lt;i&gt;Comptes pour petits et grands&lt;/i&gt; (volume 1, Magnard, 2003, [CPPG1]), un outil p&#233;dagogique issu d'une exp&#233;rimentation dans des classes de CP/CE1. Nous nous efforcerons ici d'en pr&#233;senter la logique, en abordant d'un point de vue pratique la conduite des premiers apprentissages num&#233;riques &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, dont l'importance pour la suite de la scolarit&#233; vient d'&#234;tre soulign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons dans un premier temps sur la n&#233;cessit&#233; pour les &#233;l&#232;ves de ma&#238;triser la langue des nombres dans sa multiplicit&#233;, en distinguant bien ce qui rel&#232;ve de l'usage courant du quantitatif et ce qui renvoie au sens math&#233;matique et &#224; la double &#233;criture du nombre, en chiffres et en mots. Cette double &#233;criture, ainsi que les diff&#233;rentes repr&#233;sentations possibles du nombre, seront fondamentales dans l'approche des nombres inf&#233;rieurs &#224; 10 que nous d&#233;taillerons dans un second temps. Nous aborderons enfin l'&#233;criture et la lecture des nombres &#224; deux chiffres, en expliquant pourquoi la m&#233;thode Baruk pr&#233;conise de commencer par le nombre 37 et non par 10&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; La langue des nombres : usage courant et sens math&#233;matique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sortir de l'opacit&#233; num&#233;rique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombres tout d'abord se parlent. Un enfant entend et parle avant d'&#233;crire. Comme pour tout objet de pens&#233;e, le mode premier d'expression des nombres est celui des mots. La parole premi&#232;re de l'enfant, son &#233;coute de la parole des autres, ont l'avantage de v&#233;hiculer du sens, et l'inconv&#233;nient de ne suivre aucun ordre particulier dans la capitalisation qui s'en fait au fur et &#224; mesure que l'enfant grandit. La langue des nombres subit le m&#234;me sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants sont immerg&#233;s dans un monde satur&#233; de signes dont ceux de la langue des nombres, particuli&#232;rement dans une soci&#233;t&#233; qui privil&#233;gie l'information chiffr&#233;e, quantifi&#233;e. Permettre aux enfants de lire-&#233;crire la langue des nombres, c'est donc non seulement les ouvrir sur le savoir math&#233;matique mais aussi les ouvrir au monde, et ne pas les laisser se d&#233;battre dans ce que Stella Baruk appelle &#171; l'opacit&#233; num&#233;rique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il s'agira pour y parvenir d'&#233;tablir une distinction entre le savoir socialis&#233; de la quantit&#233; et un savoir math&#233;matique du nombre. Ces deux aspects essentiels et dissym&#233;triques doivent coexister pacifiquement. La prise en compte d'habitudes quantitatives particuli&#232;res, leur n&#233;cessaire distinction d'avec l'&#171; universalit&#233; &#187; math&#233;matique sont essentielles &#224; l'&#233;laboration du sens. Inversement, le m&#233;lange qui se fait traditionnellement du quantitatif et du math&#233;matique est &#224; l'origine de bien des confusions dans les apprentissages math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nombres et &#171; nombres-de &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La double fonction de la num&#233;ration, fonction de lecture courante du monde qui nous entoure, et fonction &#171; savante &#187; de savoir math&#233;matique, renvoie &#224; deux notions que Stella Baruk nous invite &#224; distinguer, les &#171; nombres-de &#187; et les nombres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; nombres-de &#187; rendent compte de quantit&#233;s. Nous appellerons ainsi les nombres suivis de ce qu'ils comptent, &#233;valuent ou mesurent. Ces expressions rendent compte de quantit&#233;s, elles peuvent s'adresser directement &#224; l'enfant (&#171; un lapin a quatre pattes &#187;) mais il peut aussi les entendre sans que cela lui soit adress&#233; (cf. les milliards pr&#234;t&#233;s aux banques&#8230;). Dans la phrase &#171; un lapin a quatre pattes &#187;, &#171; quatre &#187; dit le nombre-de pattes du lapin. C'est un nombre-de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre est une id&#233;e qui permet de se repr&#233;senter la quantit&#233;. On peut dire &#171; quatre &#187; tout seul. &#171; Quatre &#187; tout seul n'est pas un nombre-de. Ce n'est pas une quantit&#233;, c'est un nombre, c'est-&#224;-dire une id&#233;e, qui permet &#224; l'imagination de marcher, de se repr&#233;senter une quantit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Langue num&#233;rale et langue num&#233;rique, la double &#233;criture du nombre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombres ont ceci de singulier dans la langue qu'ils s'&#233;crivent d'une part en mots et d'autre part en chiffres. Le nombre &#171; quatre &#187; peut se dire et s'&#233;crire en mot, mais il a aussi une autre &#233;criture, en chiffre : 4. Les nombres sont en effet les seuls mots de la langue &#224; avoir deux &#233;critures. Avec Stella Baruk, nous d&#233;signerons par &#171; langue num&#233;rale &#187; tous les mots qui mettent en jeu des nombres et par &#171; langue num&#233;rique &#187;, la traduction chiffr&#233;e de ces expressions num&#233;rales. En num&#233;ral, les nombres s'&#233;crivent en mots. En num&#233;rique, ils s'&#233;crivent en chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres sont des signes qui proposent une seconde &#233;criture pour transcrire un mot qui a d&#233;j&#224; son &#233;criture propre. Il s'agit de signes &#233;trangers &#224; ceux qui permettent d'&#233;crire une langue. L'&#233;criture chiffr&#233;e usuelle utilise les dix chiffres : 1,2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 0. Une fois un syst&#232;me de num&#233;ration choisi, les nombres n'ont qu'une seule &#233;criture chiffr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons la difficult&#233; li&#233;e au fait que la langue commune utilise couramment &#171; chiffre &#187; en lieu et place de &#171; nombre &#187;. La langue commune est comme elle est mais la distinction &#224; faire en classe, et en math&#233;matiques, entre nombres et chiffres est essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant comment se d&#233;cline le travail avec les &#233;l&#232;ves de cycle2 sur les nombres-de, les nombres et leur double &#233;criture, tout d'abord sur les nombres inf&#233;rieurs &#224; dix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant dix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail proprement dit de lecture-&#233;criture et son enracinement dans du sens va se faire d'abord sur &#171; cinq &#187;, puis autour. Pour qu'il y ait &#171; sentiment de nombre &#187;, il faut qu'il y ait du nombreux, c'est pourquoi on prendra &#171; cinq &#187; pour &#171; pivot &#187;. Seront ensuite abord&#233;s &#171; six &#187; et &#171; sept &#187;, puis &#171; quatre &#187; et &#171; trois &#187;, et enfin les extr&#234;mes : &#171; huit &#187; et &#171; neuf &#187;, puis &#171; deux &#187; et &#171; un &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce niveau, le mat&#233;riau langagier convoqu&#233; sera la comptine num&#233;rique d&#233;j&#224; connue et imprimant un ordre. On aura &#233;galement recours aux comptines sp&#233;cifiques qui incluent certains mots num&#233;raux parmi d'autres (comme par exemple &#171; voici ma main elle a cinq doigts&#8230; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donner le sentiment du nombre &#224; l'aide de repr&#233;sentations vari&#233;es&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombres et nombres-de sont susceptibles de repr&#233;sentations qu'on donnera &#224; voir aux &#233;l&#232;ves. Pour donner le &#171; sentiment &#187; du nombre aux enfants, on leur pr&#233;sentera, en les distinguant, des repr&#233;sentations mat&#233;rialis&#233;es de nombres-de et des repr&#233;sentations id&#233;alis&#233;es du nombre. Les repr&#233;sentations mat&#233;rialis&#233;es de nombres-de auront pour support des objets quelconques (billes, pommes&#8230;) ou les doigts de la main. Tandis que pour les repr&#233;sentations id&#233;alis&#233;es, nous utiliserons des entit&#233;s d&#233;sincarn&#233;es, points ou barres, notamment des doigts sous forme de barres, ayant l'avantage de pr&#233;server le statut d'id&#233;alit&#233; du nombre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH102/Image_15-eb5f9.png?1790689101' width='500' height='102' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On insistera tout particuli&#232;rement sur le mat&#233;riel privil&#233;gi&#233; que constituent les doigts, aussi bien &#171; en vrai &#187;, incarnations de nombres-de, qu'en repr&#233;sentations id&#233;alis&#233;es. De toutes les perceptions possibles de nombres-de, celles des doigts offrent un avantage indiscutable. On commencera donc par l&#224;. La morphologie et le nombre de doigts sont fondamentaux. Bien s&#251;r les nombres-de doigts sont des nombres-de, mais comme nous le verrons plus tard avec les nombres &#224; deux chiffres, les doigts permettent un acc&#232;s privil&#233;gi&#233; au sens de l'&#233;criture chiffr&#233;e qui est ce qu'elle est, une &#233;criture d&#233;cimale, autrement dit une &#233;criture en base &#171; dix &#187;, parce que nous avons dix doigts. Nous appellerons &#171; monstration &#187; l'action destin&#233;e &#224; &#233;voquer un nombre en montrant un nombre-de doigts. Quant aux repr&#233;sentations id&#233;alis&#233;es du nombre, les doigts sous forme de barres permettront la reconnaissance imm&#233;diate des nombres repr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2 Le sens des nombres-de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les repr&#233;sentations mat&#233;rialis&#233;es, on r&#233;fl&#233;chira sur le sens (ou l'absence de sens) du d&#233;nombrement d'objets. Il s'agit de porter un regard math&#233;matique sur des objets non math&#233;matiques. On peut compter ensemble des poires, mais si elles sont de diff&#233;rentes tailles, ou m&#233;lang&#233;es avec d'autres fruits, le d&#233;nombrement a-t-il toujours du sens ? Pour pouvoir dire un nombre-de, il faut qu'existe un mot qui permet de &#171; parler le nombre &#187;, un terme transitif qui homog&#233;n&#233;ise la collection. On peut sans doute compter ensemble des pommes et des poires car il s'agit de fruits, par contre compter ensemble des poires et des stylos n'a aucun sens, il n'y pas de terme transitif permettant de les r&#233;unir. Les enfants s'amusent beaucoup &#224; proposer ou refuser l'existence de termes transitifs justifiant l'existence d'un nombre-de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'organisation de la repr&#233;sentation id&#233;alis&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des repr&#233;sentations id&#233;alis&#233;es en points ou en barres, on insistera sur l'organisation permettant la reconnaissance imm&#233;diate ou rapide. On mettra en &#233;vidence les diff&#233;rentes perceptions que propose une repr&#233;sentation visuelle des nombres inf&#233;rieurs &#224; dix, selon que cette repr&#233;sentation est organis&#233;e ou non (sachant qu'en fran&#231;ais la parole n'organise le nombre qu'apr&#232;s dix) : non organis&#233;e, il faut compter pour savoir &#171; combien il y a &#187;, d&#233;nombrer ; organis&#233;e, &#171; on voit tout de suite combien il y a &#187;, on peut tout de suite &#171; nombrer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disposition id&#233;alis&#233;e des doigts sous forme de barres aura pour nous une importance particuli&#232;re : elle est imm&#233;diatement reconnaissable pour les enfants. Nous apprendrons &#233;galement les dispositions g&#233;om&#233;triques qui permettent la perception instantan&#233;e des nombres avant dix, par exemple &#171; cinq &#187; sous forme de pentagone.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_124 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L328xH123/Image_19-0ce10.png?1790689101' width='328' height='123' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ma&#238;triser la double &#233;criture des nombres&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des exercices seront propos&#233;s pour reconna&#238;tre et savoir &#233;crire les nombres avant &#171; dix &#187; en chiffre et en mot. Notons que l'&#233;criture chiffr&#233;e fournit aux mots num&#233;raux une garantie que n'ont pas les autres mots de la langue. On peut par ailleurs constater avec les enfants que les mots pour dire les nombres dans chaque langue sont diff&#233;rents alors que leur &#233;criture chiffr&#233;e est la m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif final est que convergent toutes les composantes qui donneront leur assise solide aux nombres pr&#233;c&#233;dant dix : la co&#239;ncidence du d&#233;nombrement (ordinal) et du &#171; nombrement &#187; (cardinal), et celle de l'&#233;criture num&#233;rale et num&#233;rique. Les enfants sont ainsi suppos&#233;s faire connaissance des nombres de un &#224; neuf. Ces nombres sont en effet explor&#233;s pour eux-m&#234;mes et les diverses incarnations de chacun doivent &#234;tre bien pr&#233;sentes. &#171; Huit &#187; par exemple doit : &#233;voquer un mot parl&#233; , &#234;tre mat&#233;rialisable en nombre-de , repr&#233;sentable en nombre ; on peut l'&#233;crire en mot, mais aussi en chiffre ; il a sa place dans la suite des nombres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La correspondance du num&#233;ral avec le num&#233;rique a une importance particuli&#232;re. Elle doit &#234;tre solidement &#233;tablie. Sans cela, les &#233;critures comportant deux chiffres seront opaques, ou muettes, n'&#233;voquant rien dans l'entendement de l'enfant. De m&#234;me on soulignera l'importance d'initier les enfants &#224; la notion d'organisation : quand le nombre ne s'&#233;crit qu'avec un seul chiffre et ne se dit qu'avec un seul mot, son organisation est &#171; libre &#187; ; au-del&#224;, il faut composer avec la double organisation que supposent la langue et l'&#233;criture chiffr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lire-&#233;crire des nombres &#224; deux chiffres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les nombres &#224; deux chiffres se posent les questions que met en jeu un syst&#232;me de num&#233;ration, autrement dit l'organisation syst&#233;matique d'une quantit&#233; &#233;tablie de &#171; uns &#187;. Le processus historique fort complexe qui mena &#224; l'&#233;criture des nombres a consist&#233; &#224; fixer la quantit&#233; repr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re &#224; la rendre ais&#233;ment perceptible, ce qui suppose de l'organiser. Dans notre syst&#232;me de num&#233;ration, les nombres sont organis&#233;s en base dix parce qu'historiquement on a appris &#224; garder le souvenir des quantit&#233;s avec les doigts. Jusqu'&#224; neuf, les doigts suffisent &#224; repr&#233;senter les nombres qui sont des &#171; uns &#187; mis c&#244;te &#224; c&#244;te. Apr&#232;s, les nombres sont organis&#233;s par &#171; paquets &#187; de dix : les dix doigts pris ensemble vont constituer une nouvelle unit&#233;. Pour initier les &#233;l&#232;ves &#224; ce syst&#232;me complexe d'organisation, Stella Baruk propose de s'appuyer, outre le recours aux doigts, sur les ressources qu'offre la langue en faisant notamment entendre aux &#233;l&#232;ves le principe d'organisation qui la structure. C'est pourquoi nous commencerons par le nombre 37 : le &#171; trente &#187; de &#171; trente-sept &#187;, dans lequel on entend bien le &#171; tr &#187; de trois, veut dire trois paquets de dix et s'&#233;crit en effet avec le chiffre 3. Il y a une correspondance &#224; ce niveau entre ce qui se dit dans la langue num&#233;rale, ce qui s'&#233;crit dans la langue num&#233;rique, et ce qu'on peut repr&#233;senter avec les doigts. L'acc&#232;s au sens de l'&#233;criture chiffr&#233;e dans notre syst&#232;me de num&#233;ration est ainsi plus ais&#233; avec 37 qu'avec 11 ! Voyons maintenant, en entrant dans le d&#233;tail de la pratique de classe, comment s'articulent ces principes avec une progression qui permet un apprentissage efficace des nombres &#224; deux chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entendre, dire et &#233;crire les nombres &#224; deux chiffres, de 30 &#224; 69&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue num&#233;rale, qui se parle et s'entend, r&#233;pond &#224; un principe d'organisation. On s'appuiera donc sur elle pour aborder les nombres &#224; deux chiffres et le syst&#232;me de num&#233;ration. L'&#233;criture seconde du nombre, la num&#233;rique, ne fait que &#171; doubler &#187; la parole, qui est charg&#233;e de significations et d'informations qu'on s'attachera &#224; rendre explicites. Il faut donner du sens au nombre qui se dit, permettre &#224; l'enfant de reconna&#238;tre dans ce qu'il entend la fa&#231;on dont s'organise le nombre. On apprendra &#224; lire et &#224; &#233;crire en num&#233;ral et en num&#233;rique ce qui se dit, afin de rendre coh&#233;rentes la parole et sa &#171; double &#233;criture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire &#171; trente-sept &#187; suppose d&#233;j&#224; un groupement en 3 &#171; paquets de dix &#187;, lesquels sont ce qu'ils sont parce que nous avons dix doigts. Mais pour que l'entit&#233; constitu&#233;e par dix &#171; uns &#187; apparaisse avec le nouveau visage de un &#171; dix &#187;, c'est-&#224;-dire en tant que nouvelle unit&#233;, il faut qu'il y en ait plusieurs. D'o&#249; le fait de commencer avec les enfants par &#171; trente-sept &#187;, nombre qui n'a pas &#233;t&#233; choisi au hasard : il s'identifie ais&#233;ment &#224; l'&#339;il et &#224; l'oreille, et les allers-retours entre toutes ses expressions convergent ais&#233;ment pour donner du sens &#224; ce qui est d&#233;j&#224; dans l'entendement. Et comme nous le verrons, il sera pr&#233;cieux pour la suite des &#233;v&#232;nements&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que le plus difficile de la num&#233;ration est la &#171; tranche &#187; de dix &#224; cent, &#224; cause principalement de l'&#233;cart entre ce qui se dit et ce qui s'&#233;crit pour les nombres entre dix et trente, et ceux apr&#232;s soixante-dix. Difficiles parmi les difficiles sont les nombres de dix &#224; vingt. Cette &#233;preuve est traditionnellement ce qui attend les enfants en premier : avec Stella Baruk, nous ne l'aborderons qu'une fois entra&#238;n&#233;s &#224; lire-&#233;crire des nombres qui laisseront plus volontiers appara&#238;tre du sens, et de la coh&#233;rence entre le lu, le su, le vu et l'entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons donc par trente-sept. En classe de CP, on imagine avec les enfants qu'on doit faire savoir &#224; quelqu'un qui nous regarde mais ne peut nous entendre parce qu'il est dans la cour par exemple, qu'il faut trente-sept assiettes pour le go&#251;ter. On n'a plus assez de doigts :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les deux mains en l'air, nos poings ferm&#233;s, on lui montre nos dix doigts, une, deux, trois fois, et puis on montre un &#171; sept &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On &#233;crit au tableau &#171; trente-sept &#187; en mots. On fait lire aux enfants : le sept est familier, le &#171; tr &#187; du trente peut se d&#233;duire du trois, il reste &#224; d&#233;coder &#171; ente &#187; et le trait d'union qui fait qu'un seul objet se dit avec deux mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On l'&#233;crit maintenant en chiffres en pla&#231;ant sous le &#171; sept &#187; le &#171; 7 &#187; que nous connaissons bien puis sous le &#171; trente &#187;, un &#171; 3 &#187;, apr&#232;s avoir r&#233;&#233;crit les deux premi&#232;res lettres &#171; tr &#187; en couleurs. Ce &#171; trois &#187; est un trrrois qui veut dire trrrente. On donne bien &#224; entendre le trrr qui permet d'associer &#171; trente &#187; &#224; l'&#233;criture de &#171; 3 &#187;. On explicite en montrant la correspondance mot/chiffre au tableau : trente-sept s'&#233;crit avec un 3 qui vaut trente, et un 7 qui vaut sept, qui &#171; dit la v&#233;rit&#233; &#187; (&#171; 3 &#187; ne ment pas, mais il dit autre chose que 3 &#171; uns &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ensuit une s&#233;rie d'exercices sur les nombres de &#171; trente et un &#187; &#224; &#171; trente-neuf &#187; : le ma&#238;tre montre, les &#233;l&#232;ves doivent dire les nombres ; les &#233;l&#232;ves montrent les nombres demand&#233;s ; le ma&#238;tre montre ou &#233;crit en mots au tableau, les &#233;l&#232;ves &#233;crivent les nombres en chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente-trois sera le premier nombre &#171; rigolo &#187; rencontr&#233;, puisqu'il s'&#233;crit avec un &#171; 3 &#187; qui vaut &#171; trente &#187; et un &#171; 3 &#187; qui dit la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite on dicte aux enfants les nombres, en faisant d'abord monter la voix et en s'attardant sur le &#171; en &#187; de trente, puis en la laissant retomber : trente, quatre etc. On encha&#238;ne rapidement. Et maintenant, attention : trente&#8230; et l&#224;, on se met la main sur la bouche, on n'a plus rien &#224; dire. On a besoin d'un signe pour dire qu'on n'a plus rien &#224; dire : ce signe, c'est z&#233;ro, &#171; le chiffre du silence &#187;, qui est l&#224; pour marquer une place vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La succession rythm&#233;e des gestes pour r&#233;p&#233;ter &#171; dix &#187; va &#234;tre compl&#233;t&#233;e par une repr&#233;sentation plus stable et rassurante : les &#171; logos &#187; destin&#233;s &#224; &#233;voquer le &#171; dix &#187; des dix doigts vont permettre de donner une repr&#233;sentation organis&#233;e des nombres, calqu&#233;e sur son organisation parl&#233;e. Les enfants n'auront plus qu'&#224; comptabiliser des &#171; dix &#187; fix&#233;s au tableau et reconna&#238;tre les &#171; uns &#187; familiers qui les accompagnent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_125 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L311xH235/Image_20-12a13.png?1790689101' width='311' height='235' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une fois le processus entam&#233; avec trente, il se poursuit ais&#233;ment pour les quarante, cinquante et soixante : &#224; partir de trente, un carton de dix suppl&#233;mentaire au tableau, un geste de plus avec les mains, le qua qui rappelle le quatre, et l'on a quarante et quelque. En gardant le &#171; sept &#187; final tr&#232;s commode, on affichera successivement au tableau quarante-sept, puis cinquante-sept, puis soixante-sept. Dans &#171; cinquante &#187;, le &#171; cinq &#187; s'entend dans son int&#233;gralit&#233;. Apr&#232;s, il faudra &#234;tre plus attentif : au sifflement du sssoixante qui rappelle celui du sssix et, aux &#171; ente &#187; ou &#171; ante &#187; qui nous &#171; expliquent &#187; que ce qui est compt&#233; jusqu'&#224; trois, quatre, cinq ou six, ce sont des paquets de dix.&lt;br class='autobr' /&gt;
On reprend les m&#234;mes exercices que pour trente et quelque : dire ou &#233;crire &#224; partir de monstrations avec les mains ou avec les &#233;tiquettes, montrer avec les doigts ou les &#233;tiquettes des nombres dits ou &#233;crits, &#233;crire sous la dict&#233;e des nombres o&#249; le second chiffre est celui du silence. Presque tout le complexe de trente &#224; soixante-neuf est en place. Pour le compl&#233;ter, on portera une attention particuli&#232;re sur l'&#233;criture des mots &#171; trente &#187;, &#171; quarante &#187;, cinquante &#187; et &#171; soixante &#187; afin que les enfants puissent &#233;crire en mots les nombres figur&#233;s par les cartons. On insistera toujours sur la double &#233;criture, en proposant r&#233;guli&#232;rement des dict&#233;es de nombres &#224; &#233;crire en mots et en chiffres. On mettra aussi en &#233;vidence la particularit&#233; en mots des &#171; trente et un &#187;, &#171; quarante et un &#187;, &#171; cinquante et un &#187;, &#171; soixante et un &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand les mots ne rendent plus de comptes : la descente sur vingt puis sur dix et la rencontre des cachottiers&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une attention sp&#233;ciale est accord&#233;e &#224; vingt en raison de sa &#171; pauvret&#233; &#187; et du fait qu'on n'entend plus rien de son organisation en deux dizaines. Cette pauvret&#233; dans la mati&#232;re, et dans l'&#233;vocation sonore, suppose que l'on proc&#232;de par appauvrissement d'une mati&#232;re riche, et sonore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tableau se trouvent donc les cartons repr&#233;sentant &#171; 67 &#187; : un sssoixante-sept o&#249; le &#171; 6 &#187; est &#233;voqu&#233; par le sss, et dont le &#171; 7 &#187; qui est bien connu restera l&#224; jusqu'au bout. On l'&#233;crit en chiffres dessous. Un carton de &#171; dix &#187; dispara&#238;t : cinquante-sept ! On l'&#233;crit, 57, on le redit, et puis ainsi de suite : quarante-sept, 47, trente-sept, 37, et puis on n'a plus que 2 paquets de dix. Ce deux, on ne l'entend plus du tout dans ce qui se dit, &#171; vingt &#187;. Dans &#171; vingt-sept &#187;, qui s'&#233;crit en chiffres 27, la correspondance entre ce qui se dit et ce qui s'&#233;crit est rompue au niveau des dizaines, en revanche elle est maintenue au niveau des &#171; uns &#187; : on n'entend rien du deux dans &#171; vingt &#187;, mais on entend bien le &#171; sept &#187; qui dit la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois assur&#233;e l'&#233;criture des nombres de vingt &#224; soixante-neuf, on poursuit, en faisant dispara&#238;tre &#224; nouveau un carton de &#171; dix &#187; &#224; partir de vingt-sept : &#171; dix-sept &#187;. Si rien ne s'entendait du deux/2 dans l'&#233;criture de &#171; vingt/20 &#187;, que dire du un/1 de l'&#233;criture de dix/10 , par ailleurs pauvre parmi les pauvres en mati&#232;re. Il faut toutefois donner &#224; entendre &#171; dix &#187; l&#224; o&#249; il s'entend ; et comme par hasard, il ne s'entend qu'&#224; partir du &#171; dix-sept &#187; ! On comprend maintenant pourquoi le &#171; sept &#187; est un rep&#232;re pr&#233;cieux&#8230; On finit donc avec un carton dans la colonne des &#171; dix &#187;, et toujours notre sept. Il faut &#233;crire ce un en chiffre, et ce sept qui va avec, 17. On fait remarquer que le un ne s'entend pas. On dicte ensuite, montre et demande de montrer &#171; dix-huit &#187; et &#171; dix-neuf &#187;. C'est tout ce dont on dispose pour donner &#224; entendre ce &#171; dix &#187;. On recommence la dict&#233;e : dix-huit, dix-sept, dix-neuf, dix&#8230; : main sur la bouche. Le chiffre du silence doit venir s'&#233;crire &#224; c&#244;t&#233; du un qu'on n'entend pas. Et on arrive ainsi &#224; 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On arrive maintenant &#224; la partie la plus ardue, les nombres de 11 &#224; 16. Ici, la correspondance est totalement rompue entre ce qui se dit en mots et ce qui s'&#233;crit en chiffres. On dit &#171; dix-sept &#187;, &#171; dix-huit &#187;, &#171; dix-neuf &#187;, mais on ne dit pas &#171; dix-un, dix-deux, dix-trois, dix-quatre, dix-cinq, dix-six, etc. &#187;. D&#232;s lors comment savoir que nos onze, douze, treize, quatorze, quinze, seize s'&#233;crivent 11, 12, 13, 14, 15, 16. Ces nombres cachent bien leur jeu, c'est pourquoi Stella Baruk les appelle les &#171; cachottiers &#187;. En mots ils ont tout du message cach&#233; et ce doublement, car onze, douze, treize, quatorze, quinze, seize ne signifient pas &#171; dix-un, dix-deux, dix-trois etc. &#187; mais plut&#244;t &#171; un et dix, deux et dix, trois et dix etc. &#187;. Il y a un renversement apr&#232;s seize. Avec les enfants, il conviendra de &#171; d&#233;sosser &#187; les cachottiers et de proposer pour ce qui est du sens, des termes transitifs. On expliquera ainsi que dans &#171; dix-sept &#187;, &#171; dix-huit &#187;, &#171; dix-neuf &#187;, si on n'entend rien du &#171; un &#187; qui permet d'&#233;crire &#171; dix &#187; avec un &#171; 1 &#187;, du moins le &#171; dix &#187;, lui, on l'entend bien. Dans &#171; seize &#187;, le &#171; dix &#187; est non seulement cach&#233; dans le zzze, mais renvoy&#233; au bout du mot. C'est donc sssei qui &#233;voque sssix, et zzze le dix : donc ce ssseizzze veut dire &#171; six et dix &#187;, mais si nous l'&#233;noncions comme il s'&#233;crit en chiffre, nous dirions plut&#244;t &#171; dix-six &#187;. Ce sera donc &#171; dix-six &#187; que nous adopterons comme terme transitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que tous ces nombres si difficiles du d&#233;but ont &#233;t&#233; explor&#233;s, on explicite la notion de dizaine et celle de comptage : quand on compte, on dit le nom des nombres que l'on obtient en partant de un/1, et en ajoutant un, encore un, et ainsi de suite ; chaque fois qu'on arrive &#224; un paquet de dix, on a une nouvelle dizaine, on la compte avec les autres dizaines et on dit un nouveau mot, apr&#232;s lequel on recommence&#8230; Il est temps maintenant de proc&#233;der &#224; une remise en ordre de 1 &#224; 69 et de faire une pause avant la d&#233;couverte des nombres de 70 &#224; 99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Apr&#232;s 70, les dizaines cach&#233;es&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici face &#224; ces &#171; monstres langagiers &#187; que sont nos &#171; soixante-dix &#187;, &#171; quatre-vingts &#187;, &#171; quatre-vingt-dix &#187;. Ces irr&#233;gularit&#233;s de la langue num&#233;rale, ont au moins le m&#233;rite d'attirer notre attention sur les r&#233;gularit&#233;s d'un syst&#232;me, celui des ente ou ante, qui correspond &#224; celui de l'&#233;criture num&#233;rique. Nous utiliserons donc l&#224; aussi des termes transitifs pour aider &#224; donner du sens &#224; ces nombres : &#171; septante &#187; pour soixante-dix, &#171; huitante &#187; pour quatre-vingts, &#171; nonante &#187; pour quatre-vingt-dix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra ainsi montrer aux &#233;l&#232;ves qu'en Belgique et en Suisse, on dit &#171; septante &#187;, mais qu'en fran&#231;ais on compte sans inventer un nouveau mot apr&#232;s soixante-neuf. On dit soixante-dix. L'&#233;criture en chiffres de 78 est facile &#224; partir d'une repr&#233;sentation avec les cartons. Tout le probl&#232;me va &#234;tre la fa&#231;on de le lire et de le dire. &#171; Soixante-dix &#187; et &#171; septante &#187; sont deux organisations diff&#233;rentes du m&#234;me nombre dans la langue num&#233;rale, alors qu'il n'y aura qu'une fa&#231;on de l'&#233;crire en chiffres. On va illustrer ces deux fa&#231;ons de dire avec les cartons : &#224; l'aide d'accolades, en juxtaposant soixante et dix d'un c&#244;t&#233; (soixante-dix) et en regroupant les sept &#171; dix &#187; (septante) de l'autre. Mais attention, avec les &#233;l&#232;ves on dit soixante-dix comme un seul bloc, et huit tout seul : &#171; soixante-dix, huit &#187;. On dicte en parlant en fran&#231;ais ou en suisse : 78, 79, 77 et 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aborder les &#171; soixante-&#8230;ze &#187;, on va se servir de l'&#233;criture chiffr&#233;e comme tremplin &#224; la fa&#231;on de parler : 76 devrait se lire soixante-dix-six, mais on ne peut pas laisser dix-six &#224; la suite, on le remplace par seize, et au lieu de dire soixante-dix-six, on dit soixante-seize.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, apr&#232;s soixante, la langue num&#233;rale suit un autre principe d'organisation : au lieu de compter par dix, on compte par vingt, ce qu'on va voir avec &#171; quatre-vingts &#187;. En des temps recul&#233;s, et dans certains pays, si on voulait garder le souvenir d'une quantit&#233;, et que les doigts ne suffisaient pas, on utilisait aussi ceux des pieds, ce qui faisait vingt en tout. C'est pourquoi certains nombres sont organis&#233;s en vingtaines : les huit dizaines font ainsi quatre vingtaines, ce qui se dira quatre-vingts. On peut r&#233;inventer un comptage par vingt avec les enfants &#224; l'aide des cartons : un vingt, deux vingts (quarante), trois vingts (soixante), puis quatre-vingts. Dans le syst&#232;me en ante, cela devrait logiquement se dire &#171; huitante &#187;. On se servira de ce terme transitif jusqu'&#224; ce que l'association &#171; quatre-vingts &#187;- &#171; huit dix &#187; se fasse facilement. On peut maintenant travailler les nombres de 81 &#224; 89 puis 80 &#224; partir de dict&#233;es, en disant bien le quatre-vingts d'un bloc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ajoutant un carton de dix &#224; 80, et en pla&#231;ant sept &#224; c&#244;t&#233;, il est tr&#232;s simple d'&#233;crire en chiffres le nombre repr&#233;sent&#233;, 97. En mots, en fran&#231;ais, c'est plus difficile&#8230; On propose le nonante suisse comme terme transitif ; le nombre repr&#233;sent&#233; et qui a pour &#233;criture chiffr&#233;e 97, se dit ais&#233;ment en Suisse : nonante-sept. Puis on peut expliquer ensuite de la m&#234;me fa&#231;on que pour &#171; soixante-dix &#187;. On peut aussi expliciter le comptage en vingtaines dans l'organisation en mots et le comparer au comptage par dix dans l'&#233;criture chiffr&#233;e en s'aidant des cartons : on regroupe ces derniers par vingtaines ou on autonomise les dizaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le complexe des nombres de 1 &#224; 99 est ma&#238;tris&#233;, et les &#233;l&#232;ves qui ont ainsi acc&#232;s au sens de l'&#233;criture chiffr&#233;e pourront mettre &#224; profit ces connaissances pr&#233;cieuses lors de l'apprentissage du calcul et des probl&#232;mes qui font d'ailleurs l'objet du second volume de Comptes pour petits et grands de Stella Baruk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que la question de l'organisation des expressions num&#233;rales r&#233;v&#232;le une s&#233;dimentation diversifi&#233;e au cours de l'histoire. Face &#224; cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; linguistique, rappelons que la r&#233;gularit&#233; de l'&#233;criture chiffr&#233;e est rassurante d&#232;s qu'elle est compar&#233;e &#224; ce qui se dit, pour s'y accorder, ou s'en s&#233;parer. Amener comme y invite Stella Baruk, les enfants &#224; r&#233;fl&#233;chir sur ces relations complexes entre langue parl&#233;e et langue &#233;crite, &#224; comprendre les syst&#232;mes qu'elles traduisent et ainsi &#224; ma&#238;triser le sens des nombres dits, entendus, lus et &#233;crits, c'est permettre &#224; tous de poursuivre les apprentissages math&#233;matiques sur des bases solides. C'est aussi permettre &#224; tous de d&#233;velopper des capacit&#233;s r&#233;flexives utiles &#224; la ma&#238;trise de la langue tout court, et au-del&#224;, d'&#233;prouver le plaisir singulier li&#233; &#224; l'activit&#233; intellectuelle. Les r&#233;flexions de Stella Baruk seront donc utiles &#224; tous ceux qui parient sur l'&#233;galit&#233; des intelligences et qui cherchent des dispositifs p&#233;dagogiques pratiques mettant en &#339;uvre le principe d'&#233;ducabilit&#233; universelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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