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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>Trois curricula lyc&#233;ens europ&#233;ens, et la perspective d'un lyc&#233;e unique</title>
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		<dc:date>2026-04-02T08:42:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabienne Andr&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Dans son ouvrage &#171; Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France &#187;, Luisa Lombardi donne &#224; voir l'organisation curriculaire (tr&#232;s contrast&#233;e) de l'enseignement secondaire sup&#233;rieur g&#233;n&#233;ral dans ces trois nations europ&#233;ennes. L'&#233;vocation ci-dessous de son travail est l'occasion de rappeler de fa&#231;on succincte, dans une seconde partie du texte, la perspective d&#233;mocratique de lyc&#233;e unique avanc&#233;e par le GRDS.] &lt;br class='autobr' /&gt; I - Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Traits communs et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH106/arton375-ea878.png?1790688752' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Dans son ouvrage &#171; Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France &#187;, Luisa Lombardi donne &#224; voir l'organisation curriculaire (tr&#232;s contrast&#233;e) de l'enseignement secondaire sup&#233;rieur g&#233;n&#233;ral dans ces trois nations europ&#233;ennes. L'&#233;vocation ci-dessous de son travail est l'occasion de rappeler de fa&#231;on succincte, dans une seconde partie du texte, la perspective d&#233;mocratique de lyc&#233;e unique avanc&#233;e par le GRDS.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luisa Lombardi, Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France, PU du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Traits communs et diff&#233;rences&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le segment du cursus scolaire situ&#233; entre l'&#233;cole des savoirs fondamentaux (&#233;cole primaire et coll&#232;ge) et l'enseignement sup&#233;rieur qui int&#233;resse l'auteure ; et c'est la configuration d'ensemble de ce segment (&#226;ge modal et modalit&#233;s d'acc&#232;s, dur&#233;e du cursus, organisation des enseignements obligatoires et optionnels, modalit&#233;s des &#233;valuations) qu'elle s'attache &#224; appr&#233;hender dans sa coh&#233;rence interne. D'embl&#233;e, l'organisation de ce segment (l'enseignement secondaire sup&#233;rieur, ESS) pr&#233;sente des variations cons&#233;quentes d'une nation &#224; l'autre. En Angleterre, o&#249; l'obligation scolaire est &#224; dix-huit ans, il dure deux ans, succ&#233;dant &#224; un cursus coll&#233;gien de cinq ans : ce sont les deux ann&#233;es de &#171; sixth forms &#187; qui pr&#233;parent aux examens dits de &#171; A Levels &#187;. En Italie (scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans comme en France), sa dur&#233;e est de cinq ann&#233;es, et de trois en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois configurations r&#233;sultent d'une &#233;volution historique marqu&#233;e par des traits communs d'une nation &#224; l'autre : transmission de savoirs abstraits compartiment&#233;s en disciplines scolaires ; utilisation du latin pour la s&#233;lection sociale des publics ; &#233;mergence de nouvelles fili&#232;res au fil de la massification de l'ESS. Ce dont on peut induire les trois missions communes persistantes de l'ESS :&lt;br class='autobr' /&gt;
* former l'esprit via la transmission de savoirs sans finalit&#233; pragmatique ; &lt;br class='autobr' /&gt;
* s&#233;lectionner par la mise en place de barrages aux nouveaux publics (depuis l'unification du cursus du premier cycle du secondaire, via la r&#233;ussite &#224; ce dernier, et via la cr&#233;ation de fili&#232;res hi&#233;rarchis&#233;es dans l'ESS) ; &lt;br class='autobr' /&gt;
* orienter, via la cr&#233;ation de nouvelles fili&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de l'offre d'enseignement est tr&#232;s contrast&#233;e. En Angleterre, sur soixante-dix mati&#232;res possibles, chaque &#233;tablissement en propose une vingtaine, chaque &#233;l&#232;ve devant en choisir librement trois ou quatre, les universit&#233;s demandant que trois d'entre elles aient &#233;t&#233; valid&#233;es. En Italie, les cinq ann&#233;es du cursus peuvent &#234;tre accomplies selon six parcours possibles propos&#233;s dans les lyc&#233;es sp&#233;cialis&#233;s correspondant : chaque parcours comprend quinze enseignements, et se voit valid&#233; par la r&#233;ussite &#224; quatre &#233;preuves. En France, jusqu'&#224; la r&#233;forme Blanquer, les trois ann&#233;es du lyc&#233;e d'enseignement g&#233;n&#233;ral et technologique &#233;taient dot&#233;es de deux voies (G et T), et couronn&#233;es par un examen &#224; multiples &#233;preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les pratiques d'&#233;valuation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Angleterre&lt;/i&gt; : Treize &#233;preuves de validation pour quatre disciplines, uniquement &#224; la fin de la seconde ann&#233;e : pour &#233;viter le bachotage on s'assure que chaque discipline a &#233;t&#233; comprise dans plusieurs de ses aspects ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Italie &lt;/i&gt; : Contr&#244;le continu d&#233;terminant le passage d'ann&#233;e en ann&#233;e ; puis quatre &#233;preuves pour dix disciplines, portant sur le programme de la derni&#232;re ann&#233;e : on s'assure de la pr&#233;paration de l'&#233;l&#232;ve sur un large spectre de disciplines ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;France&lt;/i&gt; : Contr&#244;le continu comme en Italie, d&#233;terminant ici &#224; la fois la progression et l'orientation, puis l'examen terminal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de la litt&#233;rature illustre bien les attentes nationales respectives port&#233;es par ces dispositifs d'&#233;valuation. En Angleterre il s'agit de former des experts en litt&#233;rature anglophone ; en Italie d'attester la ma&#238;trise de la langue, requise dans toutes les fili&#232;res ; en France &#233;galement, avec toutefois un recours plus manifeste aux connaissances litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre la formation est con&#231;ue comme un entra&#238;nement &#224; la r&#233;ussite des &#233;preuves finales ; &#224; l'oppos&#233;, en Italie : &#171; La formation re&#231;ue assume une fin en soi ; elle est ensuite valid&#233;e par l'examen terminal. &#187;. Si en Angleterre la s&#233;lection se base essentiellement sur la performance scolaire stricto sensu (dont les crit&#232;res sont raccords avec la demande des universit&#233;s), en France elle rel&#232;ve davantage du classement, qui exige que le lyc&#233;en conjugue bonne performance scolaire et strat&#233;gie efficiente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La posture de l'&#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une nation &#224; l'autre, l'&#233;l&#232;ve est ainsi plac&#233; dans une posture tr&#232;s diff&#233;rente. En Angleterre il est confront&#233; &#224; une offre tr&#232;s vari&#233;e non compartiment&#233;e en fili&#232;res ; totalement libres, ses choix pr&#233;figurent ses futures sp&#233;cialit&#233;s universitaires. Son parcours lui est personnel, il en est le seul responsable. En Italie, il est invit&#233; &#224; choisir entre six parcours de cinq ans pr&#233;construits par l'&#201;tat, sans pression d'une admission universitaire trop lointaine, et sans passerelles de r&#233;orientation en cours de route ni panachage possible. Mais les six programmes partagent un large tronc commun assurant une formation g&#233;n&#233;raliste ; le groupe-classe est stable du d&#233;but &#224; la fin, les enseignants sont reconduits dans chaque mati&#232;re. Aux antipodes de l'exp&#233;rience anglaise, l'&#233;l&#232;ve est ainsi amen&#233; &#224; s'identifier &#224; une communaut&#233; de savoir, de camarades, d'enseignants : toute la distance entre l'individualisme protestant anglo-saxon, et l'&#233;thique communautaire eccl&#233;siale du catholicisme romain. En France, l'&#233;l&#232;ve a le choix entre des parcours au contenu pr&#233;&#233;tabli, un choix contraint par les perspectives d'un acc&#232;s conditionnel &#224; l'enseignement sup&#233;rieur &#8211; contrainte que la mise en place de Parcoursup n'a fait qu'accentuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total : un seul moment de choix partout, &#224; l'entr&#233;e dans l'ESS ; seul le syst&#232;me fran&#231;ais admet des bifurcations de parcours. Les m&#233;canismes de s&#233;lection/orientation se ressemblent, l'autocensure y jouant pleinement son r&#244;le : ce sont les bons &#233;l&#232;ves qui s'inscrivent au liceo classico ou scientifico en Italie, comme aux A Levels &#224; sujet g&#233;n&#233;ral en Angleterre. En France l'orientation est plus souvent impos&#233;e, d'autant que le choix des options (des modules depuis la r&#233;forme Blanquer) doit tenir compte des contraintes d'admission dans l'enseignement sup&#233;rieur. Entre l'Anglais tenu d'assumer ses choix et l'Italien beaucoup moins responsabilis&#233;, le lyc&#233;en fran&#231;ais se voit exiger une r&#233;flexion continue quant aux cons&#233;quences que les choix op&#233;r&#233;s en cours de formation auront sur la suite de son parcours d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le sens global des trois curricula &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun des trois syst&#232;mes privil&#233;gie l'une des trois missions de l'ESS : le curriculum anglais valorise l'orientation ; l'italien la formation : le fran&#231;ais la s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;L'expert anglais&lt;/i&gt; Le curriculum est structur&#233; autour de la d&#233;cision d'orientation du lyc&#233;en. Aucun enseignement obligatoire : on s'embarrasse peu ici de culture commune. Pas d'orientation institutionnalis&#233;e non plus : ce sont d&#232;s lors les r&#232;gles d'admission &#224; l'universit&#233; qui disposent d'un pouvoir prescriptif. Le lyc&#233;en doit se montrer doublement expert : par les connaissances qu'il a choisi d'approfondir ; par sa capacit&#233; &#224; g&#233;rer librement ses choix et son temps d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;L'Italien &#171; cultiv&#233; &#187;&lt;/i&gt; Le &#171; liceo &#187;, lui, entend former &#224; une culture g&#233;n&#233;raliste et partag&#233;e. Les six parcours possibles (classique, scientifique, artistique, linguistique, musical, de sciences humaines) partagent un large tronc commun d'enseignements, r&#233;duisant ainsi l'impact du choix de l'un d'entre eux &#224; l'entr&#233;e de l'ESS ; et tous les enseignements qui composent un parcours donn&#233; sont obligatoires. L'acc&#232;s anticip&#233; &#224; l'universit&#233; p&#232;se peu cinq ans avant : l'enjeu est plut&#244;t d'achever le cursus, en validant ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e l'ensemble des disciplines &#233;tudi&#233;es. Les notes des trois derni&#232;res ann&#233;es sont prises en compte pour la note globale du dipl&#244;me final, la &#171; Maturit&#224; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * &lt;i&gt;Le Fran&#231;ais &#171; strat&#232;ge &#187;&lt;/i&gt; Le lyc&#233;e fran&#231;ais est centr&#233; sur la diff&#233;renciation des &#233;l&#232;ves dans des parcours hi&#233;rarchis&#233;s. La formation commune est relativement large, mais combin&#233;e au choix des voies, des s&#233;ries et/ou modules, des options, des enseignements de sp&#233;cialit&#233;. Les options sont hi&#233;rarchis&#233;es, en raison notamment des crit&#232;res d'admission dans les CPGE, qui instaurent la voie scientifique en &#171; bon chemin &#187;. Du coup l'acc&#232;s aux s&#233;ries est r&#233;gul&#233; par les enseignants, les &#233;l&#232;ves ne disposant que des options pour influencer la d&#233;cision du conseil de classe, lesquelles ne sont plus d&#232;s lors une occasion pour une formation d&#233;sir&#233;e mais l'instrument d'une strat&#233;gie de parcours. Et la compensation des notes entre disciplines pour le bac sugg&#232;re qu'il s'agit moins de valider les connaissances acquises dans chacune d'entre elles que d'&#233;tablir un classement hi&#233;rarchique de fin de parcours entre les &#233;l&#232;ves. Ici donc la s&#233;lection appara&#238;t comme le principe recteur de l'organisation du curriculum et de l'exp&#233;rience des lyc&#233;ens : les savoirs deviennent &#171; irresponsables &#187; car instrumentalis&#233;s (on choisit de travailler telle mati&#232;re non pour elle-m&#234;me mais parce qu'elle a un gros coefficient).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II &#8211; La perspective d'un lyc&#233;e unique pour la France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La comparaison des cas anglais, italien et fran&#231;ais a le grand avantage de mettre en &#233;vidence la large amplitude des modes possibles d'organisation de l'enseignement secondaire sup&#233;rieur dans des pays hautement d&#233;velopp&#233;s, dont la confrontation &#224; la litt&#233;ratie est particuli&#232;rement ancienne. Elle invite ainsi &#224; relativiser, &#224; &#171; d&#233;naturaliser &#187; la configuration fran&#231;aise, segment d'un syst&#232;me scolaire dont on sait, gr&#226;ce aux enqu&#234;tes PISA, qu'il est le plus in&#233;galitaire des pays de l'OCDE : accentuant les in&#233;galit&#233;s socioculturelles qui clivent la population, plut&#244;t que de les corriger ou simplement les att&#233;nuer. Et elle donne du m&#234;me coup un nouveau relief &#224; la proposition d'&#233;cole commune avanc&#233;e par le GRDS, laquelle vise pr&#233;cis&#233;ment &#224; assurer une profonde d&#233;mocratisation de notre syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne reviendra pas ici sur les traits g&#233;n&#233;raux du projet d'&#233;cole commune, ni sur l'argumentation soutenant sa cr&#233;dibilit&#233;, largement expos&#233;s par ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, La crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;cole commune ayant pour colonne vert&#233;brale un tronc commun d'enseignements de 2 &#224; 18 ans, le segment du secondaire sup&#233;rieur est assur&#233; par un lyc&#233;e unique, qui a vocation &#224; accueillir l'ensemble des membres des jeunes g&#233;n&#233;rations dans un m&#234;me cursus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des trois missions attribu&#233;es &#224; l'ESS, former l'esprit, s&#233;lectionner, orienter, l'&#233;cole commune ne retient que la premi&#232;re. Elle ne s&#233;lectionne pas : le curriculum est obligatoire pour tout un chacun. Elle n'oriente pas : le curriculum est con&#231;u en sorte de permettre tous les choix d'enseignement sup&#233;rieur. De leur c&#244;t&#233; les formations d'enseignement sup&#233;rieur doivent concevoir leur offre &#224; l'aune du bagage de culture commune assur&#233; par l'ESS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un programme commun d'enseignements&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport aux trois lyc&#233;es &#233;tudi&#233;s par Luisa Lombardi, la d&#233;marche port&#233;e par l'&#233;cole commune est aux antipodes de l'individualisme anglais. Elle est proche par contre du curriculum italien, par sa fa&#231;on d'organiser une communaut&#233; scolaire stable et rassurante, et d'assurer &#224; ses membres une culture largement partag&#233;e. En Italie, certes, les lyc&#233;ens doivent choisir entre six parcours possibles pour les cinq ann&#233;es de l'ESS ; et c'est dans ce choix que se joue la s&#233;lection, puisque les meilleurs sortants de l'enseignement secondaire inf&#233;rieur, et vraisemblablement les h&#233;ritiers, mieux inform&#233;s et visant plus loin, choisissent le liceo scientifico ou le liceo classico, qui pr&#233;parent le mieux &#224; l'enseignement sup&#233;rieur ; alors que les autres &#233;l&#232;ves s'autocensurent. Les effets de cette s&#233;lection sont limit&#233;s toutefois par le fait que les six parcours partagent un large tronc commun d'enseignements. L'&#233;cole commune radicalise cette logique en s'opposant &#224; toute s&#233;lection, s'en tenant &#224; un seul parcours d'enseignements communs obligatoires. Il ne s'agit l&#224;, apr&#232;s tout, que de prolonger jusqu'&#224; la fin du secondaire le principe de la diffusion d'une culture commune qui est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans le primaire et au coll&#232;ge. D'autant que ce principe ne contredit en rien la diversit&#233; des go&#251;ts et des choix de vie qui commencent &#224; se dessiner, voire &#224; s'affirmer, aux &#226;ges du lyc&#233;e fran&#231;ais (16/18 ans). Le programme d'enseignements communs peut tout &#224; fait se voir suppl&#233;ment&#233; par des formations librement choisies, approfondissant les mati&#232;res d&#233;j&#224; trait&#233;es dans le cursus commun ou abordant d'autres domaines intellectuels, culturels, artistiques ou sportifs. L'&#233;ducation nationale peut elle-m&#234;me faciliter ces compl&#233;ments de formation en incitant les &#233;tablissements &#224; s'instaurer en foyers locaux de rayonnement culturel, gr&#226;ce auxquels les lyc&#233;ens peuvent d&#233;velopper leurs capacit&#233;s dans les domaines de leur choix et tester leurs affinit&#233;s &#233;ventuelles pour telle ou telle orientation possible dans l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#233;valuations&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune ne note ni ne classe, mais elle &#233;value. Les notes et les classements mettent les &#233;l&#232;ves en concurrence ; les apprentissages peuvent tr&#232;s bien s'en passer, alors qu'ils ont toujours besoin d'&#233;valuations. Les notes et les classements transforment les enseignants en juges. Les &#233;valuations aussi ; mais le juge peut rester l'indispensable &#171; alli&#233; dans la place &#187; en adoptant une proc&#233;dure d'&#233;valuation qui, sans rien sacrifier de sa rigueur, contribue prioritairement &#224; la formation des &#233;l&#232;ves et se pr&#233;occupe au premier chef de donner &#224; chacun toute chance de r&#233;ussite. C'est ce type de proc&#233;dure qui convient au lyc&#233;e unique propos&#233; par le GRDS (on en trouvera une illustration tr&#232;s convaincante dans le r&#233;cent ouvrage de Nicolas Kaczmarek&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicolas Kaczmarek, Manuel contre la mise en &#233;chec scolaire, La Dispute, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Les &#233;valuations de contr&#244;le continu permettront de s'assurer que l'essentiel du programme r&#233;alis&#233; est assimil&#233; et que la progression de l'&#233;l&#232;ve au long des trois ann&#233;es peut se poursuivre. Le dipl&#244;me final (&#171; Bac de culture commune &#187;) prend acte de l'effectuation du parcours des trois ann&#233;es et a valeur de certificat d'admission dans l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation curriculaire du lyc&#233;e italien montre le chemin d'une scolarisation centr&#233;e sur la transmission des savoirs, dans laquelle la formation re&#231;ue et largement partag&#233;e &#171; assume une fin en soi &#187; (Lombardi), pr&#233;serv&#233;e des empi&#232;tements des contraintes de s&#233;lection et d'orientation. Il reste, pour parvenir &#224; un syst&#232;me scolaire v&#233;ritablement d&#233;mocratique, d'une part &#224; faire entrer la totalit&#233; des jeunes dans le secondaire sup&#233;rieur g&#233;n&#233;ral ; et d'autre part &#224; unifier ce dernier car, en Italie comme en France, le maintien de fili&#232;res diff&#233;renci&#233;es est le cheval de Troie qui rend possible l'in&#233;vitable hi&#233;rarchisation des cursus et la persistance des in&#233;galit&#233;s sociales. C'est ce que propose le GRDS.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luisa Lombardi, &lt;i&gt;Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France&lt;/i&gt;, PU du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2024, ainsi que les contributions &#224; ce site, notamment dans les rubriques &lt;i&gt;&#201;cole commune &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Culture commune&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicolas Kaczmarek, &lt;i&gt;Manuel contre la mise en &#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'enjeu scolaire, Paris, 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Visages du progressisme scolaire en France (1880-2021) : m&#233;ritocratie ou d&#233;mocratie ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338</link>
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		<dc:date>2021-12-20T15:21:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Introduction &lt;br class='autobr' /&gt; Les ann&#233;es 1990 ont marqu&#233; un net infl&#233;chissement des objectifs affich&#233;s par les politiques scolaires. Celles-ci mettaient en avant jusque-l&#224; la recherche de l'&#233;galit&#233; des chances ; elles se pr&#233;occupent ensuite prioritairement, avec les politiques dites du socle commun, des conditions de sortie sur le march&#233; du travail des &#233;l&#232;ves en &#233;chec, dont le taux ne s'est pas r&#233;duit malgr&#233; les mesures de discrimination positive cens&#233;es am&#233;liorer la situation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les minist&#232;res de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH133/arton338-68296.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='133' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1990 ont marqu&#233; un net infl&#233;chissement des objectifs affich&#233;s par les politiques scolaires. Celles-ci mettaient en avant jusque-l&#224; la recherche de l'&#233;galit&#233; des chances ; elles se pr&#233;occupent ensuite prioritairement, avec les politiques dites du socle commun, des conditions de sortie sur le march&#233; du travail des &#233;l&#232;ves en &#233;chec, dont le taux ne s'est pas r&#233;duit malgr&#233; les mesures de discrimination positive cens&#233;es am&#233;liorer la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les minist&#232;res de la pr&#233;sidence Hollande se sont av&#233;r&#233;s particuli&#232;rement d&#233;cevants. Celui de Vincent Peillon a pr&#233;par&#233; une version sociale-d&#233;mocrate du socle, dite de &#171; refondation &#187;, mais dont les diff&#233;rences avec le socle Fillon se sont av&#233;r&#233;es finalement assez modestes ; et promulgu&#233; une r&#233;forme des rythmes scolaires dont on cherche toujours l'apport positif &#224; une &#233;cole d&#233;mocratique. Celui de Najat Vallaud Belkacem s'est signal&#233; par une r&#233;forme des enseignements du coll&#232;ge inspir&#233;e de pr&#233;ceptes p&#233;dagogiques qui ont fait la preuve de leur impuissance depuis les ann&#233;es 1960, r&#233;forme impos&#233;e malgr&#233; l'hostilit&#233; majoritaire des enseignants concern&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, Les enjeux cach&#233;s de &#171; l'interdisciplinarit&#233; &#187; au coll&#232;ge, 2015, .&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le minist&#232;re Blanquer s'est lanc&#233; pour sa part dans une offensive ouvertement lib&#233;rale et anti-d&#233;mocratique, visant &#224; transformer les &#233;tablissements scolaires en entreprises concurrentielles dot&#233;es d'autonomie et d'un directeur statutaire en position de choisir ses enseignants ; &#224; intensifier par l'instauration des lyc&#233;es modulaires une concurrence entre les &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es qui ne peut que favoriser les &#171; h&#233;ritiers &#187; ; &#224; rendre plus difficile aux autres l'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur par la transformation du bac et la mise en oeuvre de Parcoursup ; &#224; soumettre &#233;troitement les formations courtes au patronat en promouvant l'apprentissage pr&#233;coce et en limitant les enseignements g&#233;n&#233;raux dans les fili&#232;res professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;tier enseignant est fortement affect&#233;. Le travail intellectuel et culturel des professeurs est d&#233;valoris&#233; par la politique p&#233;dagogique des &#171; comp&#233;tences &#187;, par la r&#233;duction du temps r&#233;el d'enseignement en classe, par la charge chronophage des proc&#233;dures bureaucratiques impos&#233;es, par le bac &#171; &#224; la carte &#187; qui autorise toutes les d&#233;magogies &#233;valuatives locales, par la baisse des salaires : le sens du m&#233;tier est remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indispensable, la r&#233;sistance syndicale &#224; cette offensive est rendue particuli&#232;rement difficile par le contexte politique : affaiblissement de la gauche, puissance concentr&#233;e des m&#233;dias dominants, recours des responsables gouvernementaux aux diversions les plus d&#233;brid&#233;es (imputations d'islamogauchisme et autres wokismes), etc. Dans une telle situation une posture purement d&#233;fensive a toutes chances d'&#234;tre entendue comme une intention de retour &#224; l'ordre scolaire ant&#233;rieur : perspective &#224; vrai dire peu susceptible de d&#233;clencher de grands enthousiasmes. Notre syst&#232;me &#233;ducatif n'est pas en bonne sant&#233; tant les in&#233;galit&#233;s scolaires qui l'affectent sont importantes, persistantes, et impactent le travail d'enseignants qui se sentent en difficult&#233; face &#224; l'&#233;chec des uns et aux m&#233;diocres performances des autres. Et les choses ne sont pas all&#233;es s'am&#233;liorant au fil des d&#233;cennies. En apparence tout va bien : les &#233;l&#232;ves vont de plus en plus loin dans le cursus, la courbe du nombre de bacheliers grimpe comme jamais, le nombre des mentions obtenues explose. En r&#233;alit&#233; la courbe des acquisitions cognitives effectives suit une pente sym&#233;triquement inverse : depuis 1985 le niveau de ces acquisitions, &#233;valu&#233;es par la DEPP-MEN &#224; l'entr&#233;e et &#224; la sortie du coll&#232;ge en fran&#231;ais et en maths, ne cesse de baisser dans des proportions impressionnantes ; et si cette baisse est plus forte pour les &#233;l&#232;ves des milieux populaires, elle touche aussi les enfants de cadres et d'intellectuels. Seul un essor (malheureux) de la tol&#233;rance &#224; l'ignorance au sein m&#234;me de l'institution vou&#233;e &#224; la combattre peut expliquer la coexistence de ces deux courbes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire, 2020, .&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps d&#232;s lors, pour les partisans de la d&#233;mocratisation scolaire, et plus largement pour les d&#233;fenseurs du service public d'&#233;ducation, non seulement de stopper l'h&#233;morragie, mais de se tourner r&#233;solument vers l'avenir, un autre avenir que celui qu'on nous pr&#233;pare aujourd'hui, d'en mettre &#224; plat les modalit&#233;s possibles et de les soumettre au d&#233;bat le plus large. Les observations qui suivent s'int&#233;ressent en ce sens aux traits marquants de l'histoire du progressisme scolaire en France. Savoir d'o&#249; l'on vient pour mieux penser o&#249; l'on peut aller.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La vis&#233;e d'une &#233;cole unique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Troisi&#232;me R&#233;publique h&#233;rite d'un double syst&#232;me de scolarisation : celui des lyc&#233;es napol&#233;oniens, qui prennent eux-m&#234;mes la suite des coll&#232;ges d'Ancien R&#233;gime ; et celui de l'enseignement primaire d&#233;fini par la loi Guizot de 1833, qui prolonge le r&#233;seau des petites &#233;coles, paroissiales et communales, lesquelles commencent &#224; essaimer en France d&#232;s le 16&#232;me si&#232;cle. La structuration et l'&#233;volution de ces deux r&#233;seaux ne remettront pas en cause leur s&#233;paration. Chacun a son administration propre, ses r&#232;gles de fonctionnement, ses b&#226;timents, son corps enseignant... et ses publics, qui ne se croisent pas : les enfants de l'&#233;lite fr&#233;quentent le secondaire, qui commence en 11&#232;me (CP) au petit lyc&#233;e, et donne acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur ; les enfants du peuple entrent &#224; l'&#233;cole primaire, gratuite, qui ne pr&#233;pare pas &#224; l'examen d'entr&#233;e en 6&#232;me mais au Certificat d'&#233;tudes, les meilleurs d'entre eux pouvant postuler &#224; l'enseignement primaire sup&#233;rieur et pr&#233;parer &#233;ventuellement l'&#233;cole normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cloisonnement revient &#224; vouer chaque milieu social &#224; un destin scolaire pr&#233;d&#233;fini &#8211; de fait, la proportion d'enfants des classes populaires entrant dans le secondaire s'av&#232;re statistiquement infime. Des ann&#233;es 1880 &#224; la guerre, l'id&#233;e que les meilleurs &#233;l&#232;ves du primaire seraient aptes &#224; suivre un cursus secondaire, et le principe conjoint d'un acc&#232;s pour eux libre et gratuit aux &#233;tudes lyc&#233;ennes, se frayent un chemin difficile et tr&#232;s minoritaire, port&#233;es par quelques intellectuels et responsables politiques, tel Ferdinand Buisson, comme par les instituteurs syndicalistes. L'objectif d'une &#233;cole assurant &#171; l'&#233;galit&#233; des enfants devant l'instruction &#187; et permettant &#171; la s&#233;lection des v&#233;ritables capacit&#233;s &#187; est n&#233;anmoins clairement formul&#233; &#224; la Chambre d&#232;s 1901 par un groupe de d&#233;put&#233;s socialistes et radicaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie ici &#224; l'excellent travail, inform&#233; et rigoureux, de Jean-Michel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette revendication prendra une nouvelle ampleur au sortir de la guerre, particuli&#232;rement port&#233;e par un groupe de jeunes professeurs du secondaire et du sup&#233;rieur, qui adoptent comme pseudonyme collectif &#171; Les Compagnons de l'universit&#233; nouvelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers ouvrent en grand le d&#233;bat moderne autour du principe m&#233;ritocratique d'une &#233;cole juste. Ils plaident en 1919 pour &#171; un enseignement d&#233;mocratique &#187;, au service d'une soci&#233;t&#233; &#171; o&#249; la seule hi&#233;rarchie est celle du m&#233;rite ou de l'utilit&#233; &#187;. La revendication m&#233;ritocratique a un grand avantage. Elle peut &#234;tre l&#233;gitim&#233;e &#224; la fois par des arguments d'ordre &#233;thique (assurer une v&#233;ritable d&#233;mocratie) et d'ordre socio&#233;conomique (garantir au pays le concours des meilleurs quelle que soit leur origine sociale). Elle peut &#234;tre soutenue en ce sens de gauche comme de droite. C'est bien le cas des Compagnons dont les membres se r&#233;clament les uns de la premi&#232;re, les autres de la seconde. Et de fait leur plaidoyer r&#233;f&#232;re tant&#244;t &#224; un principe de justice (&#034;Un peuple qui s'est uni dans la guerre ne peut &#234;tre divis&#233; dans la paix (...) Les p&#232;res ont veill&#233; dans les m&#234;mes tranch&#233;es, partout o&#249; cela est r&#233;alisable, les fils peuvent s'asseoir sur les m&#234;mes bancs.&#034;), tant&#244;t &#224; des raisons de pure efficacit&#233; pratique : au sortir de la guerre, la France a besoin de reconstituer ses &#233;lites dirigeantes, qu'il s'agit de recruter dans l'ensemble des classes sociales, et pas seulement dans le vivier trop &#233;troit du seul enseignement secondaire (qui n'accueille alors qu'environ 3% des jeunes g&#233;n&#233;rations). Ils se prononcent pour une &#171; &#233;cole unique &#187; gratuite &#224; tous les niveaux, l'unification du primaire qui deviendrait pour tous la prop&#233;deutique du secondaire, et... l'int&#233;riorisation d'une s&#233;lection qu'assurait jusque-l&#224; le cloisonnement des r&#233;seaux de scolarisation primaire et primaire sup&#233;rieur vs secondaire : &#171; L'enseignement d&#233;mocratique sera en m&#234;me temps un proc&#233;d&#233; de s&#233;lection. Le ma&#238;tre a pour premier devoir de discerner les vocations, d'en encourager l'&#233;closion (...) Tout enfant peut avoir acc&#232;s &#224; l'universit&#233;. &#171; Place au talent ! Place aux meilleurs !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Compagnons, L'universit&#233; nouvelle, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Compagnons esquissent ainsi les traits g&#233;n&#233;raux de &#171; l'&#233;cole unique &#187;. R&#233;cusant par principe toute entrave administrative &#224; l'acc&#232;s des bons &#233;l&#232;ves, quelle que soit leur origine sociale, aux meilleurs cursus, accueillant tous les enfants en leur donnant des chances de r&#233;ussite identiques, elle a quatre cons&#233;quences. L'int&#233;riorisation d'abord des fili&#232;res, qui vont remplacer les r&#233;seaux de scolarisation, car l'&#233;cole unique ne supprime pas la diff&#233;renciation des cursus. L'int&#233;riorisation ensuite de la s&#233;lection : ce qui comptait jusque-l&#224; &#233;tait de savoir dans quelle &#233;cole on entrait ; l'&#233;cole unique, elle, accueille sans distinction, le tout est d&#233;sormais de savoir comment on en sort. Puis la mise en concurrence, par l&#224;-m&#234;me, des &#233;l&#232;ves : qui seront les exclus, et qui seront les heureux &#233;lus des cursus les plus valoris&#233;s ? Et enfin une forte transformation de la professionnalit&#233; enseignante : le ma&#238;tre n'a plus pour &#171; premier devoir &#187; d'enseigner mais, selon les Compagnons, de &#171; discerner les vocations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Plan Langevin-Wallon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole unique ne conna&#238;tra un d&#233;but de r&#233;alisation qu'avec le d&#233;cret Berthoin de 1959, quatre d&#233;cennies plus tard. Le cloisonnement du primaire et du secondaire avait entretemps perdu de sa rigueur, du fait notamment de l'&#233;tablissement de la gratuit&#233; des lyc&#233;es en 1930&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gratuit&#233; qui devait leur permettre de faire face aux d&#233;ficits de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parall&#232;lement le projet de leur unification avait beaucoup chemin&#233;, port&#233; par la gauche syndicale et intellectuelle, face &#224; ceux qui d&#233;fendent l'autonomie et de l'enseignement technique, et de l'enseignement secondaire classique. Le physicien Paul Langevin, membre du PCF et partisan de l'&#233;ducation nouvelle, est port&#233; en 1929 &#224; la pr&#233;sidence de l'association des Compagnons, qui a repris les orientations et l'intitul&#233; du groupe des Compagnons de 1919. L'&#233;quipe de Jean Zay qui acc&#232;de au minist&#232;re en 1936 et porte l'obligation scolaire &#224; 14 ans est critique du caract&#232;re &#233;litiste et trop classique de l'enseignement secondaire ; et pr&#233;pare un programme de r&#233;organisation d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif. Inquiets cependant du risque qu'un libre acc&#232;s aux &#233;tudes longues d&#233;bouche sur une surproduction d'intellectuels qui ne trouveraient pas d'emplois, ils se pr&#233;occupent au premier chef de ce qui peut le pr&#233;venir : la mise en place d'un processus efficace de s&#233;lection des &#233;l&#232;ves en fonction de leurs &#171; aptitudes &#187;, et lancent &#224; la rentr&#233;e de 1937 d&#233;part une exp&#233;rimentation de quelques centaines de &#171; classes d'orientation &#187; pratiquant les m&#233;thodes actives, qui dispara&#238;tront &#224; la rentr&#233;e 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte d'espoir et d'audace de la Lib&#233;ration permet aux intellectuels progressistes qui s'y &#233;taient investis avant-guerre, Paul Langevin, Henri Wallon, Gustave Monod notamment, de reprendre le projet d'&#233;cole unique. Le Rapport remis par la Commission constitu&#233;e en 1944 et pr&#233;sid&#233;e par Langevin se r&#233;f&#232;re non pas d'abord &#224; une exigence &#233;conomique, mais &#224; un &#171; principe de justice &#187;, celui de la possibilit&#233; donn&#233;e &#224; chacun de faire la preuve de son talent jusqu'au maximum de ses &#171; aptitudes &#187;, gr&#226;ce au caract&#232;re d&#233;mocratique de la scolarisation. Pr&#233;conisant en outre le report &#224; 18 ans de l'obligation scolaire (qui avait &#233;t&#233; port&#233;e &#224; 14 ans par le Front Populaire, dix ann&#233;es plus t&#244;t seulement), il conf&#232;re &#224; ses propositions une tonalit&#233; g&#233;n&#233;rale &#171; &#233;mancipatoire &#187; : des &#233;tudes longues pour tous, au sein d'une &#233;cole unique qui rassemble les enfants du peuple et ceux de l'&#233;lite. Le Plan devient ainsi, pour longtemps, l'horizon du progressisme scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, le Plan pr&#233;voit que tous les &#233;l&#232;ves suivent &#224; l'identique les deux premiers cycles du cursus : 3 &#224; 11 ans et 11 &#224; 15 ans. Le second doit permettre de former le citoyen et le travailleur, et en m&#234;me temps de d&#233;terminer l'orientation des &#233;l&#232;ves. Ceux-ci seraient ensuite en effet ventil&#233;s entre les fili&#232;res constitutives du troisi&#232;me cycle : &#171; &#233;tudes th&#233;oriques &#187;, pour former les futurs responsables ; &#171; &#233;tudes professionnelles &#187; &#171; destin&#233;es &#224; fournir les cadres moyens de la production &#187; ; &#171; &#233;tudes pratiques (apprentissage) &#187;, pour former les ex&#233;cutants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les membres de la Commission du Plan, deux contraintes justifient l'introduction du processus de s&#233;lection/orientation dans le second cycle. La n&#233;cessit&#233;, d'abord, de r&#233;pondre aux besoins diff&#233;renci&#233;s du march&#233; du travail. La recherche de l'ad&#233;quation entre la formation et l'emploi a marqu&#233; les d&#233;bats au sein de la Commission, sans r&#233;sultats tr&#232;s clairs semble-t-il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le d&#233;pouillement des proc&#232;s-verbaux des r&#233;unions de la Commission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celle-ci faisant ainsi l'exp&#233;rience du caract&#232;re &#171; introuvable &#187; de la relation formation/emploi, qui ne sera reconnu que bien plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucie Tanguy (dir.), L'introuvable relation formation-emploi, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre contrainte tient &#224; la capacit&#233; des &#233;l&#232;ves &#224; suivre un cursus long et ambitieux. Les membres de la Commission s'inqui&#232;tent de ce que des &#233;tudes prolong&#233;es soient inaccessibles &#224; une proportion importante d'&#233;l&#232;ves. C'est bien s&#251;r la fili&#232;re lyc&#233;enne des &#171; &#233;tudes th&#233;oriques &#187; qui suscite le plus d'interrogations. Roger Gal, secr&#233;taire adjoint de la Commission et proche de Langevin, note &#224; cet &#233;gard dans un article de 1946 : &#171; C'est un fait que la nature de la plupart des individus les pr&#233;dispose &#224; des activit&#233;s pratiques et professionnelles bien plus qu'&#224; des activit&#233;s th&#233;oriques et intellectuelles abstraites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;ducation nationale, n&#176;5, janvier 1946, art. cit&#233; par J-M Chapoulie.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ces inqui&#233;tudes peuvent se comprendre : l'enseignement secondaire n'est alors fr&#233;quent&#233; que par une toute petite minorit&#233; d'&#233;l&#232;ves (en 1946, seuls 5% de la cohorte ont d&#233;croch&#233; un bac) ; et dans l'enseignement primaire, seul un &#233;l&#232;ve sur deux obtient le CEP. Pas loin au total d'un jeune Fran&#231;ais sur deux sort de l'&#233;cole sans aucun dipl&#244;me. Difficile, dans ces conditions, d'imaginer le bac pour tous &#224; 18 ans...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne dispose pas alors de statistiques pr&#233;cises et fiables concernant les in&#233;galit&#233;s scolaires, l'on sait bien que les difficult&#233;s d'apprentissage se concentrent sur les enfants d'origine populaire, au-del&#224; m&#234;me dit-on de la proportion parmi eux de &#171; retard&#233;s &#187; ou d'&#171; anormaux &#187;. Quelques ann&#233;es plus tard, Roger Gal &#233;crira : &#171; Chacun admet que le malheur d'&#234;tre n&#233; dans un milieu in&#233;duqu&#233; se remarque au plan du langage par toutes sortes d'inf&#233;riorit&#233;s, mais l'on sait moins que la m&#233;moire est, d'apr&#232;s certaines &#233;tudes, handicap&#233;e en moyenne dans la proportion de 30% par ces m&#234;mes conditions. Et (...) l'&#233;chelle verbale des &#233;l&#232;ves des centres d'apprentissage est tr&#232;s inf&#233;rieures &#224; celle des lyc&#233;ens du m&#234;me &#226;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roger Gal, &#171; &#201;ducation et d&#233;mocratie &#187;, Esprit, n&#176; 215, 1954, cit&#233; par J-M (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cole unique, &#233;galit&#233; des chances, report &#224; 18 ans de l'obligation scolaire : les r&#233;formes structurelles propos&#233;es par la Commission (je n'&#233;voque pas ici les pr&#233;conisations du Plan en mati&#232;re de contenus et de pratiques d'enseignement, favorables aux p&#233;dagogies actives et &#224; l'&#233;ducation nouvelle) sont de nature &#224; ouvrir les &#233;tudes longues et l'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur aux meilleurs &#233;l&#232;ves des classes populaires ; et &#224; permettre aux autres d'&#233;chapper &#224; l'exploitation pr&#233;coce du travail, tout en formant et certifiant leur qualification professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s loin d'&#234;tre n&#233;gligeable... sans pour autant repr&#233;senter, dans le contexte de la Lib&#233;ration, une avanc&#233;e aussi radicale et r&#233;volutionnaire que celle de l'institution de la S&#233;curit&#233; sociale g&#233;r&#233;e par les travailleurs. Le Plan Langevin-Wallon est une version de gauche de l'&#233;cole de l'&#233;galit&#233; des chances, comme la r&#233;forme engag&#233;e par la 5&#232;me R&#233;publique en sera, douze ans plus tard, une version de droite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Plan Langevin-Wallon et l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est avec la 5&#232;me R&#233;publique qu'advient enfin l'instauration effective d'une &#233;cole unique, quelque quatre-vingt ans apr&#232;s que l'id&#233;e ait commenc&#233; d'en germer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait remonter plus loin et &#233;voquer le projet d'&#233;cole commune de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;cret sign&#233; par le ministre Berthoin en 1959 pose les bases d'une recomposition d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif qui s'ach&#232;vera, au choix, en 1975 avec l'instauration du coll&#232;ge unique par le ministre Haby, ou bien en 1985 sous le minist&#232;re Chev&#232;nement avec la cr&#233;ation du bac pro, lequel assure &#224; l'enseignement professionnel un parcours continu&#233; jusqu'au terme du secondaire, &#224; l'instar de l'enseignement technologique et de l'enseignement g&#233;n&#233;ral. L'obligation scolaire est port&#233;e &#224; 16 ans ; les petites classes des lyc&#233;es sont supprim&#233;es ; leurs classes moyennes seront int&#233;gr&#233;es dans l'ordre des coll&#232;ges, comme ce qui restait de l'enseignement primaire sup&#233;rieur ; l'examen d'entr&#233;e en 6&#232;me est supprim&#233;. &#192; partir de 1973, &#224; l'issue de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, tout le monde entre au coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;cole est dot&#233;e des traits essentiels que lui pr&#234;taient les Compagnons. Accueillant tous les enfants, elle a pris en charge leur s&#233;lection et leur ventilation entre les trois fili&#232;res. Exigeant une &#233;valuation et un classement pr&#233;coces et syst&#233;matiques des &#233;l&#232;ves, la responsabilit&#233; de l'orientation est assur&#233;e par les professeurs et les conseils de classe. L'impact de l'exigence de tri va se faire sentir &#224; tous les niveaux des pratiques enseignantes, comme le montre une diversit&#233; d'observations empiriques. Et il se traduira du m&#234;me coup par une pression nouvelle sur les &#233;l&#232;ves ainsi mis en concurrence, pression qui ira croissant au fil de la massification des &#233;tages sup&#233;rieurs du cursus. Au point que l'adolescence de ceux qui souhaitent r&#233;ussir leurs &#233;tudes est &#171; devenue un champ de bataille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael J. Sandel, La Tyrannie du m&#233;rite, Albin Michel, Paris, 2021, p. 95.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les gagnants ont bien du m&#233;rite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;cole avait d&#232;s le d&#233;part une vis&#233;e &#233;troitement s&#233;lective. Il s'agissait de r&#233;pondre aux exigences patronales en &#233;levant le niveau g&#233;n&#233;ral de formation initiale des jeunes g&#233;n&#233;rations, mais s&#251;rement pas de favoriser l'acc&#232;s du plus grand nombre aux savoirs &#233;labor&#233;s en remettant en cause les hi&#233;rarchies sociales. La r&#233;forme n'a pas vocation, &#233;crit le ministre Berthoin, de permettre &#224; des milliers de jeunes qui n'ont rien &#224; y faire d'envahir le lyc&#233;e. De Gaulle lui-m&#234;me pr&#244;nait l'entr&#233;e pour tous au coll&#232;ge, mais souhaitait une barri&#232;re infranchissable &#224; l'entr&#233;e des lyc&#233;es. On sait combien, une fois les vannes ouvertes, la pression des familles pour que leurs enfants b&#233;n&#233;ficient d'&#233;tudes longues a &#233;t&#233; forte. La mani&#232;re des ministres de la 5&#232;me R&#233;publique d'y faire face rel&#232;ve du judo plus que de la boxe. L'&#233;lan des enfants des milieux populaires et des petites classes moyennes fut canalis&#233; vers les voies de d&#233;rivation de l'enseignement technologique et de l'enseignement professionnel. La chronologie des modifications du dispositif est instructive : &#224; chaque fois qu'un seuil nouveau du cursus devient accessible aux nouveaux publics du secondaire, une nouvelle fili&#232;re est ouverte pour les accueillir. C'est le cas de la cr&#233;ation de la fili&#232;re technique dans le contexte de la premi&#232;re explosion scolaire des ann&#233;es 1960 ; puis de la r&#233;organisation de la fili&#232;re professionnelle dans le contexte de la seconde explosion scolaire initi&#233;e par le minist&#232;re Chev&#232;nement (1985-1995). Et l'on voit aujourd'hui le ministre Blanquer s'efforcer d'une main d'am&#233;liorer l'efficience de la formation &#233;l&#233;mentaire, et s'attacher de l'autre &#224; en pr&#233;venir les effets potentiels en r&#233;formant les &#233;tudes lyc&#233;ennes et le bac dans le sens le plus s&#233;lectif qui soit : lui non plus ne souhaite pas &#171; l'invasion &#187; des meilleurs parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette version malthusienne de l'&#233;cole unique n'en a pas moins eu des effets d&#233;mocratiques peu contestables puisqu'aujourd'hui de tr&#232;s nombreux enfants d'ouvriers, de petits agriculteurs ou d'employ&#233;s peuvent acc&#233;der &#224; l'enseignement sup&#233;rieur. Les in&#233;galit&#233;s scolaires se sont pour autant maintenues &#224; un niveau tr&#232;s &#233;lev&#233; : la s&#233;lection h&#233;ritocratique n'a gu&#232;re &#233;t&#233; mise en cause&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;62% des enfants d'ouvriers non qualifi&#233;s obtiennent aujourd'hui un bac... (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On est simplement pass&#233;, de la 3&#232;me &#224; la 5&#232;me R&#233;publique, d'une s&#233;lection sociale assez radicalement m&#233;canique &#224; une s&#233;lection plus souple des &#233;l&#232;ves en fonction de leurs &#171; chances &#187;, mais tout aussi marqu&#233;e socialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait identifier cette modalit&#233; d'&#233;cole unique &#224; une sorte de r&#233;alisation du Plan Langevin-Wallon. Aux vis&#233;es prioritairement utilitaristes et professionnalisantes de la premi&#232;re, ce dernier oppose l'ambition que soit transmise &#224; tous &#171; une large et solide culture (qui) lib&#232;re l'homme des &#233;troites limites du technicien &#187;. Ce qui passe par la diffusion par les m&#233;thodes actives de contenus d'enseignement rompant avec le formalisme de l'enseignement classiquement propos&#233; &#224; l'&#233;lite, ouverts sur les sciences et techniques ainsi que sur la vie sociale et le monde, contribuant par l'instruction civique &#224; former des citoyens, maintenant une dose significative de culture g&#233;n&#233;rale dans les cursus professionnalisants. Pour aider les familles &#224; maintenir leurs enfants &#224; l'&#233;cole jusqu'&#224; 18 ans, le Plan pr&#233;conise la distribution de bourses au coll&#232;ge, l'affectation d'un pr&#233;-salaire au lyc&#233;e, et en milieu rural la construction de coll&#232;ges et l'organisation du ramassage scolaire. Il pr&#233;voit &#233;galement une mesure susceptible de limiter drastiquement la concurrence entre les &#233;l&#232;ves : la suppression pure et simple des classements et des examens ! La ventilation des &#233;l&#232;ves entre les fili&#232;res ne s'op&#232;rera plus d&#232;s lors par la notation des performances, mais par l'identification de leurs &#171; aptitudes &#187;. L'orientation est ainsi confi&#233;e, dans les classes d'observation et d'orientation du coll&#232;ge, &#224; des ma&#238;tres &#171; instruits de la connaissance de la psychologie des jeunes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un horizon en commun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc deux versions d'&#233;cole unique aux vis&#233;es sociopolitiques incontestablement divergentes, oppos&#233;es sur bien des points. Il leur reste n&#233;anmoins d'&#234;tre deux versions, deux &#233;laborations issues d'un m&#234;me principe, celui d'une &#233;cole de l'&#233;galit&#233; des chances, et h&#233;riti&#232;res d'une m&#234;me inspiration, l'&#233;thique m&#233;ritocratique r&#233;publicaine, qui entend faire place &#224; la promotion scolaire des meilleurs. Trois &#233;l&#233;ments les rapprochent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;occupation d'abord de la promotion des meilleurs, qui conduit &#224; organiser l'ensemble du dispositif de scolarisation autour des proc&#233;dures d'identification des capacit&#233;s intellectuelles des &#233;l&#232;ves. L'importance accord&#233;e &#224; cet objectif proc&#232;de d'une conviction forte : ces capacit&#233;s sont in&#233;galement distribu&#233;es ; et leur distribution n'est pas r&#233;ductible &#224; l'appartenance sociale car, en derni&#232;re instance, elles sont donn&#233;es en nature. C'est ce qu'indique le recours omnipr&#233;sent &#224; la notion d'&#171; aptitude &#187;, cit&#233;e 23 fois dans les quatre pages des attendus du d&#233;cret Berthoin de 1959, et d'un usage r&#233;current dans le Plan Langevin-Wallon. Certes ce dernier se soucie de limiter autant que faire se peut l'impact du donn&#233; naturel, en soulignant que l'&#233;cole doit permettre &#171; la mise en valeurs des aptitudes &#187;, le d&#233;veloppement de chacun jusqu'au maximum de ses aptitudes. Il reste que ces derni&#232;res apparaissent toujours comme un pr&#233;alable : jamais, que ce soit chez Berthoin ou dans le Plan Langevin-Wallon, elles ne sont pens&#233;es comme le produit d'une histoire, et notamment d'une histoire scolaire. L'&#233;cole subit les aptitudes, elle ne les forme pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second &#233;l&#233;ment commun, l'organisation de fili&#232;res diff&#233;renci&#233;es dans le secondaire, afin d'offrir un cursus ad&#233;quat &#224; chaque type d'aptitudes (ou de &#171; pr&#233;dispositions &#187;, pour reprendre la formule de Roger Gal cit&#233;e ci-dessus). L'organisation propos&#233;e par le Plan Langevin-Wallon (&#233;tudes th&#233;oriques/professionnelles/pratiques) est calqu&#233;e sur les fili&#232;res alors existantes. Chacune d'entre elles voit son cursus &#233;tendu jusqu'&#224; 18 ans et se voit dot&#233;e d'un enseignement de culture g&#233;n&#233;rale : quelle que soit la voie choisie, chaque &#233;l&#232;ve a droit &#224; &#171; d'&#233;gales possibilit&#233;s de d&#233;veloppement &#187;, sachant que toutes les t&#226;ches sociales rel&#232;vent d'&#171; une &#233;gale dignit&#233; &#187; et qu'il convient de reconna&#238;tre &#171; la haute valeur mat&#233;rielle et morale des activit&#233;s manuelles, de l'intelligence pratique, de la valeur technique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#233;l&#233;ment commun, la mise en place des proc&#233;dures d'&#233;valuation/observation et d'orientation qui vont permettre de ventiler les &#233;l&#232;ves entre les trois fili&#232;res. Ces sont les enseignants de l'&#233;cole moyenne (du second cycle pour le Plan Langevin-Wallon, du coll&#232;ge pour l'&#233;cole de la 5&#232;me R&#233;publique) &#224; qui revient la charge des d&#233;cisions d'orientation. La l&#233;gitimit&#233; de ces d&#233;cisions appara&#238;t dans les deux cas comme un point crucial. Pour le Plan Langevin-Wallon il s'agit &#224; cette fin de doter les enseignants d'une &#171; p&#233;dagogie de l'orientation &#187; et de r&#233;elles connaissances psychologiques. C'est bien pour d&#233;gager les lin&#233;aments de cette p&#233;dagogie de l'orientation &#171; que nous n'avons pas &#187; qu'est lanc&#233;e la fameuse exp&#233;rimentation des &#171; classes nouvelles &#187; (1945/1951) qui, au niveau du coll&#232;ge, ont pr&#233;cis&#233;ment en charge l'orientation des &#233;l&#232;ves, comme c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas des classes exp&#233;rimentales &#171; d'observation &#187; instaur&#233;es par Jean Zay quelques ann&#233;es auparavant (1937-1939). Du c&#244;t&#233; de l'&#233;cole unique 5&#232;me R&#233;publique, la conception de la proc&#233;dure d'&#233;valuation/orientation est plus quantitative que qualitative, s'appuyant sur les notes et le classement des &#233;l&#232;ves ; mais l'on retrouve le m&#234;me souci de la l&#233;gitimer par des mesures susceptibles de mieux garantir l'&#233;galit&#233; des chances en soutenant les &#233;l&#232;ves les plus m&#233;ritants : mise en place du coll&#232;ge unique (1975)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Haby, pr&#233;sentant la loi unifiant le coll&#232;ge, le souligne : &#171; Faire en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, promotion de p&#233;dagogies diff&#233;renci&#233;es et cens&#233;es adapt&#233;es aux milieux populaires, attribution de bourses, adoption de la discrimination positive avec la cr&#233;ation des ZEP (1981). Dans l'enseignement sup&#233;rieur, les IPES (1956-1978) ont favoris&#233; l'acc&#232;s au professorat du secondaire de toute une g&#233;n&#233;ration de &#171; m&#233;ritants &#187; : l'ouverture du recrutement de Sciences Po aux meilleurs lyc&#233;ens des ZEP (2001) s'inscrit dans la lign&#233;e de cette politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les limites de l'&#233;cole m&#233;ritocratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique a eu le temps de produire tous ses effets. Ses promoteurs annon&#231;aient deux objectifs et une r&#233;serve. Les objectifs : assurer l'essor des formations initiales afin de soutenir le d&#233;veloppement &#233;conomique ; et ouvrir &#224; cette fin la possibilit&#233; d'&#233;tudes longues &#224; des cat&#233;gories sociales qui en &#233;taient exclues jusque-l&#224;, en recrutant au m&#233;rite et non plus en fonction de l'appartenance &#224; l'&#233;lite. La r&#233;serve : la r&#233;alisation de ces objectifs ne doit pas conduire &#224; encombrer les &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me &#233;ducatif par un trop grand nombre de nouveaux arrivants. Six d&#233;cennies plus tard, le programme est assez bien r&#233;alis&#233;. L'essor des scolarit&#233;s est vertigineux, et il tient essentiellement aux prolongations d'&#233;tudes dans les classes moyennes et populaires. Pour autant les meilleurs parcours, ceux qui d&#233;bouchent sur les positions de pouvoir, ont &#233;t&#233; farouchement pr&#233;serv&#233;s et accueillent toujours les enfants de l'&#233;lite : la m&#233;ritocratie n'a gu&#232;re port&#233; atteinte &#224; ce qu'il faut bien qualifier d'h&#233;ritocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Paul Pasquali, H&#233;ritocratie. Les &#233;lites, les grandes &#233;coles et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et du m&#234;me coup, le projet mis en avant par le ministre Berthoin, consistant &#224; substituer les aptitudes &#224; l'appartenance de classe au principe du recrutement des parcours d'excellence, s'est av&#233;r&#233; largement illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en oeuvre du Plan Langevin-Wallon aurait-elle conduit &#224; un r&#233;sultat tr&#232;s diff&#233;rent ? Pour le moins, elle se serait heurt&#233;e &#224; deux difficult&#233;s. La premi&#232;re concerne l'orientation, qui a d'ailleurs constitu&#233; l'&#233;cueil essentiel sur lequel a achopp&#233; l'exp&#233;rience des classes nouvelles. Les membres de la Commission du Plan ont conscience de ne pas disposer ne serait-ce que d'une amorce de ce que pourrait &#234;tre une p&#233;dagogie de l'orientation susceptible d'identifier les aptitudes des &#233;l&#232;ves. &#171; La recherche des aptitudes est encore embryonnaire &#187;, &#233;crit une inspectrice g&#233;n&#233;rale impliqu&#233;e dans la mise en oeuvre des classes nouvelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233;e par J-M Chapoulie, op. cit&#233;.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Non sans raison : on sait mieux aujourd'hui qu'autant poursuivre une chim&#232;re. Il &#233;tait certes possible de chercher &#224; s'appuyer sur la tradition des tests psychom&#233;triques initi&#233;e par Binet et Simon d&#232;s 1905. Autant cependant que d'&#233;valuations quantifi&#233;es de l'intelligence, l'orientation scolaire a besoin d'indicateurs plus qualitatifs. La notion d'aptitude est d'ailleurs cens&#233;e subsumer &#224; la fois un niveau et une forme d'intelligence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons-nous &#224; ce sujet la remarque de Roger Gal cit&#233;e ci-dessus : &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Faut-il rappeler &#224; cet &#233;gard qu'Alfred Binet lui-m&#234;me s'int&#233;ressait &#224; toutes les dimensions de la personnalit&#233;, esp&#233;rant pouvoir &#233;laborer des &#171; types psychologiques &#187;, et appelant de ses voeux une psychologie susceptible d'appr&#233;hender les formes les plus qualitatives des aptitudes enfantines... mais qu'il a fini par renoncer &#224; pr&#233;dire l'orientation professionnelle la plus souhaitable pour ses propres filles ? Le probl&#232;me d'une &#171; orientation par les aptitudes &#187; n'est toujours pas r&#233;solu quatre d&#233;cennies plus tard : il fut &#224; la fois au coeur des pr&#233;occupations des classes d'orientation de Jean Zay comme des classes nouvelles de Gustave Monod, et la limite essentielle de leur exp&#233;rimentation. Il n'aurait certainement pas trouv&#233; davantage de solution dans le cadre d'une mise en oeuvre du Plan &#224; l'&#233;chelle nationale. &#192; d&#233;faut il aurait bien fallu r&#233;introduire notes et examens pour conf&#233;rer quelque l&#233;gitimit&#233; aux d&#233;cisions d'orientation... lesquelles d&#232;s lors auraient essentiellement traduit, comme dans l'&#233;cole de la 5&#232;me R&#233;publique, le poids des in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde difficult&#233; tient &#224; la volont&#233; affirm&#233;e par le Plan de conf&#233;rer une &#171; &#233;gale dignit&#233; &#187; aux sections (th&#233;orique/professionnelle/pratique) propos&#233;es &#224; l'orientation des &#233;l&#232;ves. La Commission en est bien consciente : il faut pour y parvenir &#233;tablir &#171; l'&#233;gale dignit&#233; de toutes les t&#226;ches sociales &#187; elles-m&#234;mes. Par le recours &#224; cette formule les r&#233;dacteurs du Plan manifestent une double pr&#233;occupation. D'une part ils entendent rompre avec la survalorisation traditionnelle dans le syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais de l'enseignement litt&#233;raire classique au b&#233;n&#233;fice d'une consid&#233;ration nouvelle &#224; porter aux &#233;tudes scientifiques et techniques (pr&#233;occupation particuli&#232;rement port&#233;e par le physicien Paul Langevin), ainsi qu'&#224; une culture g&#233;n&#233;rale ouverte sur le monde (valoris&#233;e par Gustave Monod). Mais il s'agit aussi pour eux, d'autre part, de faire reconna&#238;tre &#171; la haute valeur mat&#233;rielle et morale des activit&#233;s manuelles &#187;. Or il y a l&#224; d'&#233;vidence deux probl&#232;mes bien diff&#233;rents. Le premier objectif est tout &#224; fait r&#233;alisable, et sera d'ailleurs pour partie r&#233;alis&#233; par l'&#233;cole de la 5&#232;me R&#233;publique, qui fera des maths et des &#233;coles d'ing&#233;nieurs des enjeux d'excellence. Le deuxi&#232;me objectif n'a pas grand chose &#224; voir avec celui-ci. Dans un contexte historique o&#249; &#171; les activit&#233;s manuelles &#187; rel&#232;vent pour l'essentiel non pas des activit&#233;s ind&#233;pendantes de l'artisanat, mais de l'industrie et des services capitalistes, ce deuxi&#232;me objectif revient &#224; pr&#244;ner l'&#233;tablissement d'un signe d'&#233;galit&#233;, et d'&#233;gale d&#233;sirabilit&#233;, entre des activit&#233;s d'ex&#233;cution sous commandement, et des activit&#233;s de conception et de commandement. L'id&#233;e est &#233;videmment pour le moins peu r&#233;aliste. Elle a pourtant persist&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui, sans conna&#238;tre jamais la moindre traduction pratique : toutes les recherches concernant l'orientation dans notre actuelle &#233;cole unique ont montr&#233; que le choix des fili&#232;res professionnalisantes courtes se faisait sous contrainte institutionnelle, int&#233;rioris&#233;e ou subie, ou alors avec la perspective d'un emploi de type artisanal. On voit mal, l&#224; aussi, ce que la mise en oeuvre du Plan aurait pu changer &#224; cette r&#233;alit&#233;, sauf &#224; &#234;tre accompagn&#233;e d'une transformation profonde de la soci&#233;t&#233; et de l'organisation du travail. &#192; d&#233;faut, le plaidoyer pour l'intelligence de la main n'aurait &#233;t&#233; que consolation des perdants, comme il l'est dans notre &#233;cole unique d'aujourd'hui. Les fili&#232;res professionnalisantes auraient connu la m&#234;me d&#233;valorisation. Et les enseignants, aux diff&#233;rents niveaux du cursus, auraient adopt&#233; le comportement classique de la m&#233;ritocratie r&#233;publicaine, tel que le d&#233;crit J. Krop &#224; partir de sa recherche sur les instituteurs de la Seine entre 1880 et 1930, lesquels consacraient &#171; une grande &#233;nergie &#187; &#224; pr&#233;parer leurs meilleurs &#233;l&#233;ments au Certificat d'&#233;tudes, tout en &#171; laissant de c&#244;t&#233; ceux qui peinent dans leurs apprentissages &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Krop, La m&#233;ritocratie r&#233;publicaine : &#233;litisme et scolarisation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ceux-l&#224; m&#234;me qui se retrouveront quelques d&#233;cennies plus tard dans l'enseignement professionnel de l'&#233;cole unique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Coups de tonnerre dans un ciel serein&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;cole unique mettant tous les &#233;l&#232;ves en concurrence et permettant &#224; chacun, en assurant l'&#233;galit&#233; des chances, de faire valoir son talent et ses m&#233;rites ; instauration au niveau du secondaire de trois fili&#232;res in&#233;galement valoris&#233;es ; orientation des &#233;l&#232;ves vers l'une ou l'autre de ces fili&#232;res en fonction de l'&#233;valuation de leurs aptitudes individuelles ; enseignants charg&#233;s de former tout en s&#233;lectionnant, ou vice-versa. Tels sont les traits structurants de la matrice m&#233;ritocratique qui reste l'horizon ind&#233;passable du progressisme scolaire... jusqu'aux ann&#233;es 1960/70. Les auteurs du Plan Langevin-Wallon en ont propos&#233; une version qui, malgr&#233; des intentions vigoureusement progressistes, n'avait gu&#232;re de chances en l'&#233;tat d'apporter des solutions de fond aux insuffisances d&#233;mocratiques dont a souffert, et continue de souffrir, l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conviction que les parcours scolaires sont g&#233;r&#233;s en derni&#232;re instance par les &#171; aptitudes &#187; individuelles des &#233;l&#232;ves constitue la pierre angulaire de tout l'&#233;difice m&#233;ritocratique. &#201;galit&#233; des chances qui garantit &#224; chacun la possibilit&#233; de manifester son potentiel, assurance que ce potentiel est fonci&#232;rement variable d'un &#233;l&#232;ve &#224; l'autre, au point qu'une majorit&#233; d'entre eux soit dans l'incapacit&#233; d'emprunter les meilleurs parcours, organisation de l'orientation des &#233;l&#232;ves vers les parcours les plus ad&#233;quats aux possibilit&#233;s de chacun, tout ram&#232;ne &#224; l'id&#233;e d'aptitudes naturellement &#8211; et donc irr&#233;ductiblement &#8211; in&#233;gales. Les Compagnons de l'universit&#233; nouvelle parlaient de &#171; talent &#187; ou de &#171; vocation &#187; (une vocation toujours pr&#233;existante, qu'il s'agit de &#171; discerner &#187; et non pas de susciter). Jean Zay, les auteurs du Plan Langevin-Wallon, le ministre Berthoin, tous se r&#233;f&#232;rent avec constance aux &#171; aptitudes &#187;. La distribution de ces aptitudes est relativement ind&#233;pendante de l'appartenance sociale, et rel&#232;ve d'un ordre naturel qui reste cependant toujours quelque peu &#233;nigmatique, mais que la science devrait finir par &#233;lucider. Enlevez cette pierre angulaire qu'est la croyance en l'existence d'&#171; aptitudes &#187; naturelles, et donc inn&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le caract&#232;re inn&#233; des aptitudes est &#233;videmment essentiel. Dire qu'&#224; tel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et tout l'&#233;difice s'&#233;croule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de l'inn&#233;it&#233; des facult&#233;s intelligentes, aujourd'hui encore, n'a pas vraiment disparu du sens commun. Mais les lignes ont boug&#233;. Du c&#244;t&#233; des chercheurs, des personnalit&#233;s aussi reconnues qu'Alfred Sauvy et Alain Girard, responsables de l'Institut national d'&#233;tudes d&#233;mographiques (INED), pouvaient encore &#233;crire en 1974, pour rendre compte des in&#233;galit&#233;s scolaires, que &#171; les enfants n'ont pas tous la m&#234;me &#8216;facilit&#233; pour apprendre'. L'intelligence, quelle que soit la d&#233;finition qu'on en donne, ne se trouve pas, si l'on ose dire, en &#233;gale quantit&#233; chez tous. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Girard etAlfred Sauvy , L'enseignement pour tous, PUF, Paris, 1974.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La modeste r&#233;serve qui est ici &#233;mise (&#171; si l'on ose dire &#187;) doit sans doute beaucoup &#224; l'irruption dans les ann&#233;es 1960 de critiques port&#233;es &#224; la th&#232;se de l'inn&#233;it&#233; de l'intelligence, qui conna&#238;tront un assez large retentissement. Ces critiques sont venues d'horizons divers : la philosophie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, Dou&#233;, non dou&#233;, &#201;ditions sociales, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la sociologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, Les H&#233;ritiers, &#201;ditions de Minuit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et la biologie elle-m&#234;me, dont divers chercheurs soulignent en cette d&#233;cennie combien notre cerveau est &#224; la naissance un ensemble de potentialit&#233;s qui se r&#233;aliseront en capacit&#233;s intellectuelles sous l'effet seulement de leur mise en oeuvre effective &#8211; c'est en pensant qu'on apprend &#224; penser, via l'acquisition et l'usage du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les milieux instruits, puis aupr&#232;s d'un plus large public, la foi en une intelligence inn&#233;e va par la suite perdre peu &#224; peu de son impact... pour &#234;tre le plus souvent remplac&#233;e par un autre fatalisme, celui du d&#233;terminisme de l'origine sociale. Antoine L&#233;on en fait la remarque d&#232;s 1980, dans son Introduction &#224; l'histoire des faits &#233;ducatifs (PUF) : &#171; Si l'on voulait r&#233;sumer l'&#233;volution de l'image de l'aptitude depuis le d&#233;but du si&#232;cle, on pourrait dire qu'on est pass&#233; d'une sorte de fatalisme de l'h&#233;r&#233;dit&#233;, sous-tendu par la notion de disposition naturelle, &#224; une sorte de fatalisme du milieu, li&#233; &#224; l'id&#233;e de diff&#233;rences culturelles irr&#233;versibles. &#187; (p. 168). Ce &#171; fatalisme du milieu &#187; &#233;tait promis au plus bel avenir. Connu sous le nom de &#171; th&#232;se du handicap socioculturel &#187;, s'autorisant d'une r&#233;f&#233;rence tronqu&#233;e aux travaux de Pierre Bourdieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#232;se du handicap socioculturel s'appuie sur la notion de &#171; transmission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce d&#233;terminisme sociologique succ&#233;dant au d&#233;terminisme biologique a depuis massivement conquis les esprits, nouvelle version du pr&#233;jug&#233; d&#233;ficitariste &#224; l'&#233;gard des enfants des classes populaires qui cimente depuis longtemps la culture professionnelle enseignante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toutefois une diff&#233;rence de taille entre les deux d&#233;terminismes. Le fatalisme biologique invite &#224; penser que tout est jou&#233; &#224; la naissance. &#192; l'encontre de ce pr&#233;suppos&#233; d'inn&#233;it&#233;, le fatalisme sociologique admet que &#171; l'intelligence &#187; se construit au cours de l'histoire familiale des enfants. Un pas absolument d&#233;cisif a ainsi &#233;t&#233; franchi : les &#171; aptitudes &#187;, si l'on veut reprendre ce terme, ne sont plus consid&#233;r&#233;es comme un donn&#233;, mais comme le produit d'une histoire, celle de la socialisation familiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui soul&#232;ve une nouvelle question, et ouvre un nouveau champ d'investigation : quels sont les facteurs qui contribuent &#224; la socialisation cognitive des jeunes g&#233;n&#233;rations au cours de l'histoire de leurs membres ? On ne saurait certes minorer l'impact du milieu familial. Mais celui-ci n'a pas l'exclusivit&#233; de la socialisation des jeunes. Et en mati&#232;re de socialisation cognitive, comment oublier ce qui est acquis (ou non) &#224; l'&#233;cole, &#224; partir de trois ans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra dire, bien s&#251;r, que ce qui est acquis &#224; l'&#233;cole d&#233;pend des ressources d'intellection form&#233;es dans le milieu familial. C'est bien la posture adopt&#233;e par une grande partie de la sociologie de l'&#233;ducation contemporaine, pour laquelle tout ce qui se passe &#224; l'&#233;cole &#224; un moment donn&#233; fait &#233;cho &#224; tel ou tel trait de la socialisation familiale, sans que soit jamais interrog&#233; l'impact de la socialisation scolaire ant&#233;rieure. Autrement dit : une majorit&#233; de chercheurs aujourd'hui participe du &#171; fatalisme du milieu &#187; qui impr&#232;gne massivement, parall&#232;lement, le monde &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fatalisme du milieu et m&#233;connaissance du r&#244;le des apprentissages &#233;l&#233;mentaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le passage du d&#233;terminisme biologique au d&#233;terminisme sociologique &#233;tait porteur d'une possibilit&#233; d'&#233;chapper au fatalisme en r&#233;introduisant de l'historicit&#233; dans la construction des capacit&#233;s intellectuelles individuelles. En un demi-si&#232;cle, il faut bien constater que cette possibilit&#233; n'a gu&#232;re &#233;t&#233; mise &#224; profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport &#224; l'enseignement primaire illustre bien cette emprise perp&#233;tu&#233;e du fatalisme scolaire. La tradition m&#233;ritocratique n'interroge jamais le poids de ce qui se joue dans les premi&#232;res ann&#233;es de scolarisation, l'enseignement primaire &#233;tant ainsi implicitement consid&#233;r&#233; comme une simple chambre d'enregistrement du donn&#233; des aptitudes. Des Compagnons de l'universit&#233; nouvelle au Plan Langevin-Wallon, en passant par le minist&#232;re de Jean Zay, l'attention se focalise exclusivement sur l'&#233;cole moyenne, charg&#233;e des missions d'observation et d'orientation ; et les classes exp&#233;rimentales de 1937 et de 1947 ne seront jamais des classes du primaire, mais toujours des d&#233;buts du secondaire. La substitution progressive du sociologisme au biologisme, &#224; partir des ann&#233;es 1970, ne va pas changer grand chose &#224; cet &#233;gard : d'hier &#224; aujourd'hui, le progressisme scolaire ne posera qu'exceptionnellement de fa&#231;on explicite le probl&#232;me de l'efficience de l'enseignement primaire. Au contraire, il n'aura souvent de cesse de tourner en d&#233;rision le souci de l'acquisition des &#171; fondamentaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nous savons aujourd'hui trois choses d&#233;cisives concernant l'efficience de la conduite des apprentissages &#233;l&#233;mentaires et leur impact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part les &#233;carts de performances intellectuelles entre enfants de cadres et enfants d'ouvriers sont tout simplement multipli&#233;s par deux entre l'entr&#233;e au CP et la sortie du CM2. Ce creusement des &#233;carts, dans lequel l'efficacit&#233; diff&#233;renci&#233;e des aides familiales joue un r&#244;le majeur, confirme combien les capacit&#233;s scolaires se construisent tout au long de l'histoire individuelle, et combien l'&#233;cole contribue activement &#224; la production des in&#233;galit&#233;s, en d&#233;l&#233;guant aux familles une part importante des apprentissages cognitifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf . Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait d'autre part que l'action de l'&#233;cole a une efficience tr&#232;s variable d'un ma&#238;tre &#224; l'autre, et d'une fa&#231;on de conduire les apprentissages &#224; l'autre. C'est l&#224; par exemple le r&#233;sultat le plus spectaculaire (et le moins comment&#233; !) de l'enqu&#234;te coordonn&#233;e par Roland Goigoux sur l'enseignement de la lecture au CP, moment &#244; combien crucial de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite. Les ma&#238;tres des 131 classes enqu&#234;t&#233;es ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s pour leur anciennet&#233; et leur confiance dans la qualit&#233; de leurs gestes professionnels. Or il s'av&#232;re que l'amplitude des &#233;carts entre les acquisitions r&#233;alis&#233;es au long de l'ann&#233;e de CP (les performances en fin d'ann&#233;e ayant &#233;t&#233; contr&#244;l&#233;es par les performances en d&#233;but d'ann&#233;e), qu'il s'agisse de capacit&#233;s de d&#233;chiffrage ou de compr&#233;hension, sont spectaculaires d'une classe &#224; l'autre ; tout particuli&#232;rement concernant les &#233;l&#232;ves des milieux populaires (ce qui n'est pas tr&#232;s &#233;tonnant puisque les autres apprennent beaucoup dans leur famille)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Goigoux (dir.), Lire et &#233;crire, rapport de recherche IF&#201;, Lyon, 2016.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dispose enfin, gr&#226;ce aux enqu&#234;tes de suivi de cohortes scolaires men&#233;es par la DEPP-MEN, de donn&#233;es tr&#232;s fiables d&#233;montrant combien est d&#233;cisif, &#224; milieu sociofamilial comparable, le d&#233;roulement de la scolarit&#233; primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, selon l'enqu&#234;te de la DEPP-MEN concernant les &#233;l&#232;ves entr&#233;s en 6&#232;me en 1995, et suivis jusque dans l'enseignement sup&#233;rieur, on constate que, dans chaque milieu social, la qualit&#233; des &#233;tudes au coll&#232;ge est &#233;troitement d&#233;pendante des performances en fran&#231;ais et en maths &#224; la sortie du primaire (tableau 1).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH186/capture_d_e_cran_2021-12-19_a_19.04.52-94f2b.png?1790689110' width='500' height='186' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet impact des apprentissages &#233;l&#233;mentaires sur la suite du cursus se fait sentir jusqu'&#224; la fin du cursus universitaire. Dans chaque milieu social, l&#224; aussi, la relation est av&#233;r&#233;e entre les performances &#224; la sortie du primaire et les chances de d&#233;crocher une licence (bac+3) (tableau 2). Mieux : on observe que si les enfants d'ouvriers sont beaucoup moins nombreux que les enfants de cadres &#224; sortir du primaire dans le quart des meilleurs, lorsque c'est le cas leur parcours ult&#233;rieur s'approche fortement de celui de leurs homologues issus de parents cadres (tableaux 1 et 2). Si l'on pr&#233;f&#232;re : plus le rendement p&#233;dagogique du primaire est faible, plus les &#233;carts sociaux sont sensibles (voir notamment tableau 2). Par contre une primaire r&#233;ussie par tous r&#233;duirait tr&#232;s significativement l'impact de l'origine sociale sur le parcours scolaire (il suffirait pour cela que les pratiques d'enseignement aujourd'hui les plus efficaces soient adopt&#233;es dans toutes les classes).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH193/capture_d_e_cran_2021-12-19_a_18.35.47-ebf72.png?1790689110' width='500' height='193' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La premi&#232;re &#233;chapp&#233;e de la matrice m&#233;ritocratique
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au long du demi-si&#232;cle &#233;coul&#233; depuis les &#233;branlements des ann&#233;es 1960, le &#171; fatalisme du milieu &#187; va peser sur le monde &#233;ducatif, sur celui de la recherche, comme sur les &#233;laborations du progressisme scolaire. Celui-ci restera enferm&#233; dans les limites de la matrice m&#233;ritocratique associant le dispositif des fili&#232;res du secondaire, les proc&#233;dures de s&#233;lection/orientation par les notes, et l'ignorance de l'enseignement primaire. Deux projets de d&#233;mocratisation scolaire &#233;mergent toutefois dans cette p&#233;riode et font exception. Fait marquant, con&#231;us de fa&#231;on totalement ind&#233;pendante &#224; plus de trois d&#233;cennies de distance, l'un et l'autre conjuguent l'objectif d'un lyc&#233;e unique, la disparition donc des fili&#232;res, et l'attention port&#233;e en amont aux gains d'efficacit&#233; p&#233;dagogique potentiels de l'enseignement primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier d'entre eux, le projet d'&#171; &#233;cole progressive &#187;, est &#233;labor&#233; au sein du SNES (Syndicat national de l'enseignement secondaire), et sera port&#233; par le syndicat dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1970, puis abandonn&#233; dans la d&#233;cennie suivante. Le contexte de son adoption est marqu&#233; par la n&#233;cessit&#233; pour le SNES de s'opposer au projet d'&#233;cole &#171; fondamentale &#187; promu en 1973 par le SNI (Syndicat national des instituteurs, alors majoritaire au sein de la F&#233;d&#233;ration de l'&#233;ducation nationale-FEN), qui maintient l'obligation scolaire &#224; 16 ans et propose une continuit&#233; primaire/coll&#232;ge (ce qui impliquerait l'int&#233;gration des enseignants du coll&#232;ge dans le champ de syndicalisation du SNI). Les ann&#233;es 1970 sont aussi celles d'une progression rapide des effectifs scolaris&#233;s &#224; tous les niveaux du secondaire, qui passe ainsi du statut d'enseignement r&#233;serv&#233; &#224; l'&#233;lite &#224; celui d'enseignement de masse, dont les modalit&#233;s apparaissent largement &#224; repenser. Enfin cette d&#233;cennie est celle de la mont&#233;e en puissance de la gauche du programme commun, et de la pr&#233;paration de r&#233;formes de fond en vue de son accession au gouvernement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se reportera, pour une analyse plus d&#233;taill&#233;e de cet &#233;pisode, &#224; l'&#233;tude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'&#233;cole progressive se r&#233;f&#232;re au Plan Langevin-Wallon : mais il en subvertit largement la logique. L'objectif n'est plus de conduire chacun au maximum de ses aptitudes, mais au &#171; niveau le plus &#233;lev&#233; dans l'acquisition des connaissances &#187;, en formant &#171; l'intelligence et le sens critique &#187;. Le terme d'&#171; aptitudes &#187; a d'ailleurs purement et simplement disparu du vocabulaire employ&#233;. Les difficult&#233;s scolaires ne tiennent plus ici &#224; des &#171; diff&#233;rences individuelles inn&#233;es &#187;, mais &#224; &#171; la situation sociale des int&#233;ress&#233;s &#187;. Et l'impact de l'origine sociale peut et doit &#234;tre combattu, sans en rabattre &#224; aucun moment sur les exigences intellectuelles, en sorte que tous re&#231;oivent &#171; une formation de m&#234;me qualit&#233; &#187;. Porter l'obligation scolaire &#224; dix-huit ans s'impose &#224; cette fin, donnant du temps pour r&#233;ins&#233;rer les jeunes en difficult&#233;, permettant d'&#233;viter les p&#233;dagogies &#171; h&#226;tives et autoritaires &#187;, assurant &#224; tous un niveau d'&#233;ducation suffisant pour former &#171; l'homme, le travailleur, le citoyen &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re condition pour parvenir &#224; ces objectifs est l'unification du lyc&#233;e. L&#224; o&#249; le Plan Langevin-Wallon laissait subsister trois sections nettement autonomes, le projet d'&#233;cole progressive appara&#238;t tout entier tendu vers l'effacement de leurs diff&#233;rences. Le lyc&#233;e comporterait une seconde commune d'orientation, les trois voies (enseignement g&#233;n&#233;ral, technologique, professionnel) propos&#233;es en premi&#232;re et terminale &#233;tant &#171; progressivement sp&#233;cialis&#233;es, mais de nombreuses passerelles seraient &#233;tablies afin que les orientations ne soient pas irr&#233;versibles &#187;. M&#234;me la terminale ne serait pas compl&#232;tement optionnelle du fait d'un fonds commun d'enseignements disciplinaires obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le lyc&#233;e lui-m&#234;me ne peut &#234;tre unifi&#233;, seconde condition, sans un r&#233;am&#233;nagement d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif en partant de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, qui le rende plus efficient et permette d'instaurer un tronc commun jusqu'&#224; la seconde incluse ; la marche vers l'unification de deux derniers niveaux de classe proc&#233;dant par un d&#233;cloisonnement progressif des trois lyc&#233;es (g&#233;n&#233;ral, technique, et d'enseignement professionnel).&lt;br class='autobr' /&gt;
En mati&#232;re d'enseignements, le projet ne met pas au centre l'enfant, mais les apprentissages : &#171; l'&#233;cole progressive n'est pas centr&#233;e sur l'enfant ou l'adolescent (&#8230;) mais sur la vie et le travail du jeune en relation pour cela avec des adultes &#187;. Il insiste par ailleurs sur la n&#233;cessit&#233; d'en finir avec la hi&#233;rarchie des disciplines. La manifestation la plus spectaculaire, eu &#233;gard &#224; la tradition &#233;litiste de l'enseignement secondaire fran&#231;ais, de ce souci d'&#233;gale consid&#233;ration envers les disciplines est certainement la proposition d'introduire un enseignement technologique d&#232;s l'enseignement &#233;l&#233;mentaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re p&#233;dagogique, conform&#233;ment au refus proclam&#233; de tout d&#233;nivel&#233; d'exigence au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires, les pr&#233;occupations p&#233;dagogiques du projet du SNES portent essentiellement sur la fa&#231;on d'aider ces derniers &#224; surmonter leurs difficult&#233;s intellectuelles. Le r&#233;examen des fonctionnements de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire doit y contribuer ; pour le reste, il s'agit de mobiliser une batterie de moyens propres &#224; r&#233;cup&#233;rer et r&#233;ins&#233;rer dans le flux commun les plus vuln&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce projet d'&#233;cole progressive, deux possibilit&#233;s s'offraient au SNES. Soit consid&#233;rer que l'essentiel &#233;tait de parvenir &#224; assurer &#224; tous les jeunes &#224; 18 ans un bagage de culture commune, et donc interroger plus avant la nature de la transformation &#171; en profondeur &#187; dont l'&#233;cole fran&#231;aise avait besoin afin de mettre tous ses publics en mesure de s'approprier effectivement un tel bagage. Soit renoncer &#224; tout objectif d'unification des cursus secondaires, s'en tenir au dispositif existant des fili&#232;res et des s&#233;ries, r&#233;clamer &#224; leur endroit une &#233;gale consid&#233;ration, en leur assignant pour objectif de mener tous leurs &#233;l&#232;ves &#224; l'obtention d'un dipl&#244;me qualifiant. La seconde option a pr&#233;valu jusqu'&#224; aujourd'hui, et bien des &#233;l&#233;ments dans la conjoncture des ann&#233;es 1980 peuvent &#233;clairer une telle issue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet l'&#233;tude cit&#233;e publi&#233;e sur ce site,&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le projet d'&#171; &#233;cole commune &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'&#233;cole commune, autour duquel s'est constitu&#233; le GRDS, commence &#224; &#234;tre &#233;labor&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000, et fera l'objet d'un ouvrage collectif publi&#233; en 2012&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sa conception s'est &#233;labor&#233;e hors de toute r&#233;f&#233;rence au projet d'&#233;cole progressive du SNES : non seulement cependant il en partage les objectifs et nombre de propositions, mais d'une certaine fa&#231;on on peut dire qu'il va jusqu'au bout de sa logique en s'effor&#231;ant d'approfondir l'analyse des conditions de sa mise en oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus radical de toute naturalisation des capacit&#233;s intellectuelles individuelles est au principe de ce projet, et peut s'appuyer aujourd'hui sur des connaissances plus assur&#233;es, qu'elles soient issues de recherches d'ordre biologique ou d'ordre anthropologique, qui convergent significativement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; partir de travaux s'appuyant sur l'imagerie c&#233;r&#233;brale, Stanislas Dehaene (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous les enfants, sauf handicap lourd, sont en mesure de s'approprier un bagage de culture commune au long d'une scolarit&#233; commune de 2 &#224; 18 ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce site Le projet d'&#233;cole commune du GRDS, 2012, .&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e dans le langage est constitutive chez tous les &#234;tres parlants de capacit&#233;s d'abstraction, de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie et de raisonnement logique. Cette disposition de ressources d'intelligence &#233;galement donn&#233;e &#224; tous ne supprime pas les in&#233;galit&#233;s &#224; l'&#226;ge de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite (au CP), les enfants ayant fait au pr&#233;alable, notamment dans leur milieu familial, un usage tr&#232;s diff&#233;rent de ces ressources. La question reste donc enti&#232;re de savoir comment l'institution scolaire peut se mettre en mesure de compenser les diff&#233;rences, au lieu de contribuer &#224; les creuser. Le probl&#232;me se pose toutefois tr&#232;s diff&#233;remment selon qu'il s'agit de d&#233;plorer un handicap socioculturel et de proposer des moyens et des objectifs d'apprentissage suppos&#233;s adapt&#233;s au manque, ou de trouver les fa&#231;ons efficaces de mobiliser les ressources existantes. Plut&#244;t que de chercher l'impossible contournement de la difficult&#233; intellectuelle, il convient de partir de la conviction que la difficult&#233; intellectuelle ne se contourne pas mais qu'elle s'affronte, et que tous les &#233;l&#232;ves disposent pour cela des ressources d'intelligence n&#233;cessaires, &#224; condition qu'on leur permette de les mettre en oeuvre. &#192; l'&#233;gard de tous ses publics l'&#233;cole commune doit faire preuve d'une forte exigence intellectuelle : c'est particuli&#232;rement le cas vis &#224; vis des publics populaires pour lesquels, en lieu et place de l'ordinaire compassion, cette exigence est la seule attitude susceptible de leur apporter ce que les h&#233;ritiers puisent dans leur environnement familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles seraient donc les traits essentiels d'une institution scolaire d&#233;termin&#233;e &#224; mettre en oeuvre une telle posture p&#233;dagogique &#224; vis&#233;e &#233;galitaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier imp&#233;ratif : que les enseignants investissent sa logique, de fa&#231;on active et massive. Ce qui suppose une mutation significative des dominantes de leur culture professionnelle. L'&#233;cole unique a charg&#233; les professeurs d'une mission d'&#233;valuation, d'identification des meilleurs et d'orientation des plus vuln&#233;rables, qui p&#232;se lourdement, une diversit&#233; d'enqu&#234;tes de terrain l'ont montr&#233;, sur les attentes &#224; l'&#233;gard des &#233;l&#232;ves et sur les gestes du m&#233;tier. La seule fa&#231;on de les restituer pleinement &#224; leur mission d'enseignement, l'indispensable &#233;valuation des apprentissages &#233;tant r&#233;duite &#224; sa dimension p&#233;dagogique, &#224; l'exclusion de tout usage mettant les &#233;l&#232;ves en concurrence par la notation et le classement, c'est de rendre notes et classements inutiles parce qu'on n'a plus besoin d'orienter les &#233;l&#232;ves, du fait de la suppression des classes de niveau, sections sp&#233;cialis&#233;es et fili&#232;res hi&#233;rarchis&#233;es. C'est sans doute un aspect original et tr&#232;s important du projet d'&#233;cole commune que de mettre ainsi en avant le lien incontournable entre la n&#233;cessaire mutation de la culture enseignante et l'instauration d'un tronc commun jusqu'&#224; 18 ans, lyc&#233;e unique compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une majorit&#233; d'enseignants s'attendent aujourd'hui &#224; ce que, malgr&#233; leurs efforts p&#233;dagogiques, et &#171; fatalisme du milieu &#187; aidant, une partie de leurs &#233;l&#232;ves soient en &#233;chec en fin d'ann&#233;e. Estimant ne pas &#234;tre en mesure de leur consacrer davantage de temps et d'effort, ils se r&#233;solvent, comme les instituteurs parisiens du d&#233;but du si&#232;cle dernier, &#224; laisser &#171; de c&#244;t&#233; ceux qui peinent dans leurs apprentissages &#187;. Autrement dit ils finissent de guerre lasse &#224; traiter la difficult&#233; intellectuelle par les recours d'ordre administratif que leur offre l'institution : la mauvaise note, le redoublement, l'affectation &#224; des classes de faible niveau, puis pr&#233;professionnelles, puis l'orientation vers les voies courtes d&#233;valoris&#233;es, recours dont l'exp&#233;rience a montr&#233; &#224; l'envi qu'ils ne faisaient qu'aggraver le probl&#232;me pos&#233; ; alors que, dans une institution qui vise &#224; former et non &#224; trier, le seul rem&#232;de &#224; la difficult&#233; intellectuelle ne peut &#234;tre que d'ordre... intellectuel. Ce qui souligne l&#224; encore l'importance d&#233;cisive du tronc commun et de l'&#233;radication des fili&#232;res dans le projet d'&#233;cole commune. Donnant aux ma&#238;tres la seule mission de conduire tous leurs &#233;l&#232;ves juqu'&#224; un bac de culture commune, excluant toute possibilit&#233; d'exclusion du tronc commun, ce dispositif les invite &#224; consid&#233;rer la r&#233;ussite de tous leurs &#233;l&#232;ves comme normale, &#224; la fois d&#233;sirable et in&#233;luctable ; et &#224; s'investir aux c&#244;t&#233;s de ceux &#171; qui peinent dans leurs apprentissages &#187; autant qu'&#224; choyer les meilleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'&#233;cole commune retrouve ainsi une pr&#233;occupation du Plan Langevin-Wallon, qui refusait la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves par la notation et les examens ; tout en rompant radicalement pour sa part, par la suppression des fili&#232;res, avec toute logique m&#233;ritocratique. &#192; l'instar du projet d'&#233;cole progressive du SNES, il pr&#244;ne un r&#233;examen d'ensemble des contenus d'enseignement, incluant notamment l'introduction d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire d'un enseignement scientifique et technologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, sur ces propositions de contenus d'enseignement du projet d'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme le projet d'&#233;cole progressive, celui du GRDS insiste sur le caract&#232;re d&#233;cisif d'un r&#233;examen en profondeur de l'enseignement primaire, celui qui transmet les &#171; fondamentaux &#187;, tant il est vrai qu'on ne construit pas sur du sable. Une suggestion forte du GRDS &#224; cet &#233;gard concerne la formation des enseignants de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, l'abandon de leur polyvalence, leur recrutement au sortir des fili&#232;res universitaires assurant une solide formation math&#233;matique d'un c&#244;t&#233;, litt&#233;raire de l'autre, et une s&#233;rieuse pr&#233;paration didactique &#224; une conduite d'apprentissages beaucoup plus complexes qu'on ne le laisse souvent entendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, La Formation des enseignants de l'&#233;cole commune, 2012,&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les temps sont-ils &#224; la radicalit&#233; incontournable de projets porteurs d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation scolaire, alors que le monde enseignant et ses organisations syndicales et professionnelles peinent &#224; s'opposer &#224; des r&#233;formes qui d&#233;gradent les conditions de travail, accentuent la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, menacent le service public ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut penser, &#224; l'encontre du pessimisme ambiant, que les luttes ont besoin d'un horizon de conqu&#234;te, alors que, faute d'une id&#233;e forte, elles s'&#233;puisent dans une r&#233;sistance pied &#224; pied mais trop souvent impuissante. De ce point de vue, comment ne pas voir que tout ce qui va dans le sens de la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole et de la r&#233;ussite de tous les publics va aussi dans le sens des aspirations de l'immense majorit&#233; des enseignants &#224; un bonheur professionnel in&#233;dit, et rec&#232;le ainsi un potentiel d'attractivit&#233; consid&#233;rable ? Il est notable &#224; cet &#233;gard que d'ores et d&#233;j&#224; bien des enseignants s'investissent, sans attendre des jours meilleurs, dans la recherche de p&#233;dagogies exigeantes et fructueuses pour les &#233;l&#232;ves d'origine populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment en ce sens l'ouvrage collectif P&#233;dagogies de l'exigence, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour &#224; un stade ant&#233;rieur de l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique, &#224; l'&#233;poque d'avant l'actuelle entreprise de destruction n&#233;o-lib&#233;rale, alors que l'&#233;cole &#233;tait d&#233;j&#224; affect&#233;e par de fortes in&#233;galit&#233;s sociales et un taux d'&#233;chec &#233;lev&#233;, n'appara&#238;t gu&#232;re d&#233;sirable. En m&#234;me temps les r&#233;formes actuelles invitent &#224; de nouvelles &#233;laborations. La quasi liquidation de l'enseignement professionnel, au d&#233;triment de ce qu'il tentait de transmettre de culture g&#233;n&#233;rale, et au profit d'une promotion de l'apprentissage qui ne b&#233;n&#233;ficie en r&#233;alit&#233; qu'aux dipl&#244;m&#233;s de l'enseignement sup&#233;rieur, la liquidation des fili&#232;res d'enseignement g&#233;n&#233;ral et du bac lui-m&#234;me, la suppression du libre droit d'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur : que reste-t-il &#224; d&#233;fendre dans ce champ de ruines, si ce n'est la perspective d'une &#233;cole profond&#233;ment et d&#233;mocratiquement renouvel&#233;e ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;Les enjeux cach&#233;s de &#171; l'interdisciplinarit&#233; &#187; au coll&#232;ge&lt;/i&gt;, 2015, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie ici &#224; l'excellent travail, inform&#233; et rigoureux, de Jean-Michel Chapoulie, &lt;i&gt;L'&#201;cole d'&#201;tat conquiert la France. Deux si&#232;cles de politique scolaire&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Compagnons, &lt;i&gt;L'universit&#233; nouvelle&lt;/i&gt;, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gratuit&#233; qui devait leur permettre de faire face aux d&#233;ficits de candidatures r&#233;sultant de la forte mortalit&#233; des jeunes hommes, futurs g&#233;niteurs potentiels, pendant les ann&#233;es de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon le d&#233;pouillement des proc&#232;s-verbaux des r&#233;unions de la Commission auquel a proc&#233;d&#233; Jean-Michel Chapoulie, &lt;i&gt;L'&#201;cole d'&#201;tat conquiert la France. Deux si&#232;cles de politique scolaire&lt;/i&gt;, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucie Tanguy (dir.), &lt;i&gt;L'introuvable relation formation-emploi&lt;/i&gt;, La Documentation fran&#231;aise, Paris, 1988 : ouvrage &#233;crit alors m&#234;me que les besoins du march&#233; du travail sont bien mieux connus en 1988 qu'en 1947.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#201;ducation nationale&lt;/i&gt;, n&#176;5, janvier 1946, art. cit&#233; par J-M Chapoulie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roger Gal, &#171; &#201;ducation et d&#233;mocratie &#187;, &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, n&#176; 215, 1954, cit&#233; par J-M Chapoulie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait remonter plus loin et &#233;voquer le projet d'&#233;cole commune de Peletier de Saint Fargeau en 1792. Je m'en tiens ici aux d&#233;buts, dans les ann&#233;es 1880, de la mise en cause de la s&#233;paration entre deux r&#233;seaux de scolarisation relevant l'un et l'autre de l'&#201;cole d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael J. Sandel, &lt;i&gt;La Tyrannie du m&#233;rite&lt;/i&gt;, Albin Michel, Paris, 2021, p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;62% des enfants d'ouvriers non qualifi&#233;s obtiennent aujourd'hui un bac... mais il ne s'agit d'un bac S que pour 9% d'entre eux (contre 43 % pour les enfants de cadres), d'un bac d'enseignement g&#233;n&#233;ral pour 19% (contre 72% pour les enfants de cadres). Or on sait qu'obtiendront un dipl&#244;me Bac +5 : un bachelier g&#233;n&#233;ral sur deux ; un bachelier technologique sur dix ; trois bacheliers professionnels sur cent. Cf. &lt;i&gt;Note d'information du SEIS&lt;/i&gt;, n&#176; 18.06, 2018. Et dans l'enseignement sup&#233;rieur, la protection bourgeoise des meilleurs parcours, ceux des classes pr&#233;pas et des plus grandes &#233;coles qui d&#233;bouchent sur des positions de pouvoir, a &#233;t&#233; assur&#233;e avec constance et succ&#232;s, voir Paul Pasquali, &lt;i&gt;H&#233;ritocratie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Haby, pr&#233;sentant la loi unifiant le coll&#232;ge, le souligne : &#171; Faire en sorte que toutes les cat&#233;gories sociales aient acc&#232;s, dans des conditions de chances &#233;gales, &#224; ces formations est devenu ainsi un objectif essentiel du syst&#232;me &#233;ducatif &#187; (soulign&#233; par l'auteur).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Paul Pasquali, &lt;i&gt;H&#233;ritocratie. Les &#233;lites, les grandes &#233;coles et les m&#233;saventures du m&#233;rite (1870-2020)&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233;e par J-M Chapoulie, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons-nous &#224; ce sujet la remarque de Roger Gal cit&#233;e ci-dessus : &#171; La nature de la plupart des individus les pr&#233;dispose &#224; des activit&#233;s pratiques et professionnelles bien plus qu'&#224; des activit&#233;s th&#233;oriques et intellectuelles abstraites &#187; ; ou encore la r&#233;f&#233;rence du Plan lui-m&#234;me &#224; l'existence d'une &#171; intelligence pratique &#187; qui destinerait &#224; et se manifesterait dans l'exercice des professions manuelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Krop, &lt;i&gt;La m&#233;ritocratie r&#233;publicaine : &#233;litisme et scolarisation de masse sous la III&#232;me R&#233;publique&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le caract&#232;re inn&#233; des aptitudes est &#233;videmment essentiel. Dire qu'&#224; tel moment telle personne est en mesure de, est en capacit&#233; de, ou est &#171; apte &#187; &#224; faire ceci ou cela, est une chose . Ce qui fonde tout l'&#233;difice m&#233;ritocratique en est une autre, c'est l'id&#233;e que par nature (ind&#233;passable) les individus sont aptes ou non &#224; suivre des &#233;tudes th&#233;oriques, peuvent ou non acc&#233;der &#224; la pens&#233;e abstraite, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Girard etAlfred Sauvy , &lt;i&gt;L'enseignement pour tous&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, &lt;i&gt;Dou&#233;, non dou&#233;&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, Paris, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, &lt;i&gt;Les H&#233;ritiers&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Minuit, Paris, 1964&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La th&#232;se du handicap socioculturel s'appuie sur la notion de &#171; transmission familiale du capital culturel &#187;... mais omet soigneusement ce qui la compl&#232;te chez Bourdieu, et permet de la mobiliser dans une approche non d&#233;terministe des processus de scolarisation, &#224; savoir l'id&#233;e d'une &#171; complicit&#233; &#187; objective de l'&#233;cole et des classes instruites, la conduite des apprentissages dans l'institution scolaire n'enseignant pas tout ce qu'exige leur r&#233;ussite, et d&#233;l&#233;guant ainsi aux familles le soin de le faire (ce que seules les familles instruites sont en mesure de r&#233;aliser).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf . Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#187;, &lt;i&gt;France, portrait social&lt;/i&gt;, Ins&#233;e, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Goigoux (dir.), &lt;i&gt;Lire et &#233;crire&lt;/i&gt;, rapport de recherche IF&#201;, Lyon, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se reportera, pour une analyse plus d&#233;taill&#233;e de cet &#233;pisode, &#224; l'&#233;tude publi&#233;e sur le site du GRDS, &lt;i&gt;Les trois voies du lyc&#233;e : rep&#232;res socio-historiques&lt;/i&gt;, 2017, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263#nh7&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263#nh7&lt;/a&gt;. La plupart des citations donn&#233;es ci-dessous sont emprunt&#233;es au texte du projet d'&#233;cole progressive pr&#233;sent&#233; dans l'&lt;i&gt;US&lt;/i&gt; (publication du SNES) du 22 octobre 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet l'&#233;tude cit&#233;e publi&#233;e sur ce site, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; partir de travaux s'appuyant sur l'imagerie c&#233;r&#233;brale, Stanislas Dehaene montre que tous les enfants sont de &#171; formidables petites machines &#224; apprendre &#187;, cf. &lt;i&gt;Les Neurones de la lecture&lt;/i&gt;, Odile Jacob, Paris, 2012. C&#244;t&#233; anthropologie, voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce site Le projet d'&#233;cole commune du GRDS, 2012, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, sur ces propositions de contenus d'enseignement du projet d'&#233;cole commune : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;La Formation des enseignants de l'&#233;cole commune&lt;/i&gt;, 2012, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment en ce sens l'ouvrage collectif &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tous &#224; l'&#233;cole &#224; 18 ans !</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article333</link>
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		<dc:date>2021-10-16T09:03:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[La France a rendu l'&#233;cole obligatoire jusqu'&#224; 16 ans pour les nouveaux entrants de 1959. Depuis, ce seuil n'a pas chang&#233;. Certaines organisations syndicales et politiques appellent &#224; reprendre la marche en avant des scolarit&#233;s. Un tel projet implique n&#233;anmoins une vaste r&#233;forme de l'enseignement pour r&#233;aliser toutes ses promesses d'&#233;mancipation. Le Monde Diplomatique a publi&#233; dans son num&#233;ro de septembre une version proche du texte qu'on lira ici.] &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1947, le plan Langevin-Wallon (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;La France a rendu l'&#233;cole obligatoire jusqu'&#224; 16 ans pour les nouveaux entrants de 1959. Depuis, ce seuil n'a pas chang&#233;. Certaines organisations syndicales et politiques appellent &#224; reprendre la marche en avant des scolarit&#233;s. Un tel projet implique n&#233;anmoins une vaste r&#233;forme de l'enseignement pour r&#233;aliser toutes ses promesses d'&#233;mancipation. &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt; a publi&#233; dans son num&#233;ro de septembre une version proche du texte qu'on lira ici.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1947, le plan Langevin-Wallon proposait de rendre l'&#233;cole obligatoire jusqu'&#224; 18 ans. La mesure resta lettre morte, comme le reste de ce grand programme de r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais qu'avait &#233;labor&#233; la commission minist&#233;rielle pr&#233;sid&#233;e par le physicien Paul Langevin puis, apr&#232;s sa mort, le psychologue Henri Wallon (tous deux membres du parti communiste fran&#231;ais). Soixante-quinze ans plus tard, le temps n'est-il pas venu d'ent&#233;riner ce report de l'obligation scolaire ? Ambitieux en 1947, celui-ci semble aujourd'hui &#224; port&#233;e de main. Neuf jeunes sur dix poursuivent d&#233;j&#224; leurs &#233;tudes jusqu'&#224; leur majorit&#233; au moins. Et les besoins toujours plus marqu&#233;s en comp&#233;tences scientifiques et techniques plaident en ce sens. L'aspiration aux &#233;tudes longues n'a jamais &#233;t&#233; aussi g&#233;n&#233;rale. Interrog&#233;s au moment de l'entr&#233;e en sixi&#232;me de leurs enfants, les parents esp&#232;rent dans 8 &#224; 9 cas sur 10 voir leur prog&#233;niture sur les bancs de l'&#233;cole jusqu'&#224; 20 ans au moins quel que soit les milieux d'origine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristan Poullaouec, &#171; Regrets d'&#233;cole. Le report des aspirations scolaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant la majorit&#233; des organisations politiques et syndicales se refusent &#224; un tel report&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;cente mesure gouvernementale concernant l'obligation de formation de 16 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule la gauche de transformation (Parti communiste fran&#231;ais, La France insoumise, Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail, F&#233;d&#233;ration syndicale unitaire, Sud) affiche clairement cet objectif, sans n&#233;cessairement pr&#233;ciser la fa&#231;on de l'atteindre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La question sera abord&#233;e dans un colloque co-organis&#233; par le SNES-FSU, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fix&#233;e &#224; 13 ans par les lois Ferry des ann&#233;es 1880, l'obligation scolaire est prolong&#233;e d'une ann&#233;e en 1936, par le Front populaire. En 1959, un d&#233;cret du ministre Berthoin la porte de 14 &#224; 16 ans, dans le cadre du tournant imprim&#233; par le r&#233;gime gaulliste &#224; la politique scolaire : il s'agit alors de favoriser la poursuite de l'expansion &#233;conomique, gr&#226;ce &#224; l'am&#233;lioration de la formation initiale des jeunes g&#233;n&#233;rations. Tournant d'importance historique, puisqu'il aboutit &#224; unifier les deux r&#233;seaux de scolarisation coexistant sous la Troisi&#232;me R&#233;publique, primaire pour les classes populaires et secondaire pour les milieux ais&#233;s. Au milieu des ann&#233;es 1970 l'entr&#233;e dans le secondaire est acquise pour la plupart des &#233;l&#232;ves, et l'allongement des scolarit&#233;s se poursuivra jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'opposition au report de l'obligation scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contribuant aux actions de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme, une partie du patronat s'av&#232;re soucieuse d'une meilleure alphab&#233;tisation des jeunes, mais ne tient visiblement pas &#224; peupler davantage les &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me scolaire. C'est que &#171; tout le monde ne fera pas partie de la nouvelle &#233;conomie (...) Les petits boulots ont encore de l'avenir &#187; soulignent en 2001 les ministres de l'&#233;ducation de l'OCDE. Selon l'expertise de cette organisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;OCDE, &#171; What future for our schools&#8221;, Education Policy Analysis, Paris, 2001 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et celle de l'Union europ&#233;enne (Sommet de Lisbonne), horizon des ministres fran&#231;ais successifs, l'&#233;cole doit &#224; la fois resserrer ses enseignements autour de l'utilit&#233; professionnelle, am&#233;liorer la formation des &#233;lites et, pour les autres, viser la formation de comp&#233;tences &#233;l&#233;mentaires les rendant employables. Conserver un volant de scolarit&#233;s courtes, c'est pr&#233;server une arm&#233;e de r&#233;serve &#233;loign&#233;e de la vie politique, qui tire les salaires vers le bas et alimente la tendance &#224; la d&#233;qualification des postes de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des partis et syndicats de centre-gauche p&#232;se l'h&#233;ritage de la F&#233;d&#233;ration de l'&#201;ducation nationale (FEN)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La F&#233;d&#233;ration de l'&#201;ducation nationale, domin&#233;e par le Parti socialiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Celle-ci a toujours r&#233;cus&#233; le report &#224; 18 ans de la scolarit&#233; obligatoire, privil&#233;giant sous le nom d'&#171; &#233;cole fondamentale &#187; un continuum &#233;cole-coll&#232;ge jusqu'&#224; 16 ans. Estimant qu'une partie des jeunes ne sont pas en mesure de prolonger leurs &#233;tudes au-del&#224; de cette limite, et que de toutes fa&#231;ons il faut bien pourvoir les emplois peu qualifi&#233;s, ces organisations se sont ralli&#233;es aux politiques du &#171; socle commun de connaissances &#187;. Celles-ci d&#233;finissent le bagage minimum que doivent avoir acquis tous les &#233;l&#232;ves en fin de coll&#232;ge, et s'adressent donc essentiellement &#224; ceux qui ne poursuivront pas leurs &#233;tudes jusqu'au bac. La droite en inscrit le principe dans la loi Fillon de 2005 ; il sera repris en 2012, sous le quinquennat de Fran&#231;ois Hollande, par le ministre Vincent Peillon qui insiste cependant sur la possibilit&#233; de poursuivre ses &#233;tudes apr&#232;s l'obtention du socle commun. Les diff&#233;rences entre les deux socles resteront toutefois assez modestes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De quelques critiques des effets de la prolongation des scolarit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon un argument souvent oppos&#233; (par des gens eux-m&#234;mes tr&#232;s instruits) &#224; tout allongement des scolarit&#233;s, une telle perspective alimenterait la course aux dipl&#244;mes, leur multiplication, et au bout du compte leur d&#233;valorisation, des dipl&#244;m&#233;s en venant &#224; occuper des emplois peu qualifi&#233;s. Que dire de cette objection ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ph&#233;nom&#232;nes de concurrence entre demandeurs d'emploi sur le march&#233; du travail sont &#233;videmment peu contestables... et les entreprises en profitent pour &#233;viter de reconna&#238;tre la qualification r&#233;elle des emplois. Les emplois r&#233;put&#233;s peu qualifi&#233;s occup&#233;s par des dipl&#244;m&#233;s le sont parfois vraiment, mais ne sont-ils pas en r&#233;alit&#233; le plus souvent beaucoup plus exigeants que le patronat ne veut bien l'admettre ? En particulier lorsque celui-ci intensifie au maximum la pression au rendement sur les salari&#233;s qui les occupent, et qui ne peuvent satisfaire aux r&#233;quisits manag&#233;riaux qu'en mobilisant au mieux les comp&#233;tences form&#233;es par l'&#233;cole et reconnues par leur dipl&#244;me ? Le fait m&#234;me que les entreprises privil&#233;gient toujours le recrutement des salari&#233;s les mieux scolaris&#233;s en t&#233;moignent : elles reconnaissent ce faisant qu'elles ont besoin de comp&#233;tences fortes, et que l'&#233;cole joue un r&#244;le crucial dans leur formation. Si ce n'&#233;tait pas le cas elles recruteraient pour ces postes r&#233;put&#233;s peu qualifi&#233;s... des salari&#233;s peu dipl&#244;m&#233;s, qui leur reviendraient toujours moins cher que ceux qu'elles embauchent effectivement. Plut&#244;t que de s'obnubiler sur la concurrence pour l'emploi et &#171; l'inflation-d&#233;valorisation des dipl&#244;mes &#187;, il serait donc bien plus pertinent d'interroger, au-del&#224; des m&#233;canismes du march&#233; du travail, la relation entre les capacit&#233;s form&#233;es par l'&#233;cole et leur usage dans le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre question. La dur&#233;e croissante des &#233;tudes se ferait-elle n&#233;cessairement au b&#233;n&#233;fice d'une meilleure formation des jeunes g&#233;n&#233;rations ? Voil&#224; qui n'a rien d'&#233;vident. Depuis trois d&#233;cennies en effet, on enregistre une d&#233;gradation continue des apprentissages scolaires. Le temps n'est plus o&#249; l'on pouvait, avec les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet, opposer &#224; juste titre, aux discours alarm&#233;s sur le niveau qui baisse, les performances des jeunes g&#233;n&#233;rations sup&#233;rieures &#224; celles de leurs a&#238;n&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Baudelot et Roger Establet, Le Niveau monte, Le Seuil, 1989.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon le service statistique du minist&#232;re, &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me, la plupart des &#233;l&#232;ves de 2017 obtenaient en calcul des r&#233;sultats inf&#233;rieurs au score moyen des &#233;l&#232;ves de 1987. En fran&#231;ais, la perte d'orthographe grammaticale est consid&#233;rable, marquant une d&#233;gradation sensible du rapport &#224; la langue &#233;crite, et s'accompagnant d'un affaiblissement net des performances en lecture et en compr&#233;hension. Et dans les deux cas, m&#234;me si elle est plus marqu&#233;e pour les milieux populaires, la baisse concerne tous les &#233;l&#232;ves. Le ph&#233;nom&#232;ne est compl&#233;tement masqu&#233; par la multiplication des dipl&#244;mes et des mentions obtenues : il n'en est pas moins tout &#224; fait saisissant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire, GRDS, 2020.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enjeu et contraintes du report de l'obligation scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; condition donc que l'allongement des &#233;tudes stoppe cette h&#233;morragie au lieu de l'accentuer encore, et am&#233;liore r&#233;ellement la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations, reporter la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans s'av&#232;re aussi n&#233;cessaire que souhaitable. La mesure d&#233;coule naturellement de la production acc&#233;l&#233;r&#233;e de connaissances scientifiques. Elle s'impose m&#234;me &#224; l'heure o&#249; la survie de l'humanit&#233; exige une modification profonde de nos fa&#231;ons de produire et de consommer. La prolongation de l'obligation scolaire aurait en outre l'avantage de saper les fondements du pouvoir des experts, gr&#226;ce au d&#233;veloppement en chaque individu d'une capacit&#233; &#224; penser le monde, &#224; d&#233;battre de son avenir. Et face &#224; une r&#233;volution informatique mise au service de l'ub&#233;risation du travail, elle favoriserait un recentrage de l'intervention humaine sur la ma&#238;trise des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la prolongation de l'obligation scolaire jusqu'&#224; 16 ans a constitu&#233; un progr&#232;s, son report &#224; 18 ans implique des changements bien plus radicaux. Il place l'ensemble des jeunes en position d'acc&#233;der aux savoirs les plus &#233;labor&#233;s, une possibilit&#233; qui ne concerne aujourd'hui qu'une partie des jeunes g&#233;n&#233;rations : pour l'essentiel celle qui d&#233;croche un bac d'enseignement g&#233;n&#233;ral et se trouve en position d'atteindre un dipl&#244;me de niveau bac + 5&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Obtiendront un dipl&#244;me Bac +5 : un bachelier g&#233;n&#233;ral sur deux ; un bachelier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La massification des &#233;tudes sup&#233;rieures qui d&#233;coulerait d'un report &#224; 18 ans limiterait l'exploitation &#233;conomique du travail peu qualifi&#233;, en d&#233;gonflant les effectifs de l'arm&#233;e de r&#233;serve de non dipl&#244;m&#233;s. Elle compromettrait &#233;galement la tendance &#224; polariser et opposer salari&#233;s qui pensent et encadrent (conception) et salari&#233;s qui ob&#233;issent (ex&#233;cution), tendance inh&#233;rente &#224; l'accumulation du capital dans les &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'un tel programme se heurte cependant &#224; une objection : comment maintenir &#224; l'&#233;cole des jeunes en &#233;chec, parfois depuis le CP et &#224; qui, parvenus au coll&#232;ge, le cadre scolaire d&#233;pourvu de sens devient insupportable ? Il suffit de poser la question pour en deviner la r&#233;ponse : porter l'obligation scolaire &#224; 18 ans est irr&#233;aliste sans une r&#233;forme de notre syst&#232;me &#233;ducatif susceptible de limiter drastiquement l'&#233;chec et les in&#233;galit&#233;s scolaires, sans un r&#233;examen d'ensemble de l'institution, dans ses structures, ses contenus d'enseignement, les modalit&#233;s des transmissions cognitives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les observations qui suivent prennent notamment appui sur les travaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;limination de la concurrence dans une &#233;cole commune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuel syst&#232;me scolaire accueille tous les jeunes et leur impose, par le biais du triptyque &#233;valuation-classement-orientation, une mise en concurrence pour les meilleures notes, les meilleures classes, les meilleures fili&#232;res. L'issue de cette lutte des places est jou&#233;e d'avance, d'autant qu'aux atouts dont ils disposent &#224; l'entr&#233;e les &#171; h&#233;ritiers &#187; pourront ajouter en cours de route les b&#233;n&#233;fices inh&#233;rents &#224; leur position sociale : &#233;tablissements mieux cot&#233;s et mieux dot&#233;s, enseignants plus exp&#233;riment&#233;s, enseignements plus ambitieux, aides parentales et parascolaires, etc. Comment s'&#233;tonner dans ces conditions de l'ampleur d'in&#233;galit&#233;s sociales maintenues des ann&#233;es 1960 aux ann&#233;es 1990, et encore accrues depuis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;limination de la concurrence n'est pas en elle-m&#234;me le rem&#232;de magique &#224; l'&#233;chec scolaire, mais c'en est une condition premi&#232;re. Or, supprimer la concurrence, c'est supprimer ce qui l'organise : &#224; savoir les notes (dont le seul int&#233;r&#234;t est de classer, car on peut tr&#232;s bien &#233;valuer sans noter et sans classer) et les parcours diff&#233;renci&#233;s, notamment au lyc&#233;e o&#249; les fili&#232;res professionnelles demeurent des zones de rel&#233;gation scolaire. Il s'agit donc de remplacer l'actuelle &#233;cole unique par une &#233;cole &#171; commune &#187;, dont le principe serait de conduire tous les &#233;l&#232;ves au terme de l'appropriation d'un bagage culturel commun &#224; 18 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nouveaux contenus &#224; transmettre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition de ce bagage appelle une vaste d&#233;lib&#233;ration : que voulons-nous transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations ? Avan&#231;ons quelques pistes. Son contenu devrait ouvrir, &#224; 18 ans, le champ des possibles, permettant de choisir aussi bien une formation courte dans une &#233;cole professionnelle sup&#233;rieure que des &#233;tudes prolong&#233;es, prenant appui sur de solides acquis de base, litt&#233;raires et math&#233;matiques. Il serait indispensable, dans une telle perspective, d'int&#233;grer d&#232;s le primaire une introduction aux savoirs techniques et technologiques, dont une trop grande partie des jeunes sont aujourd'hui priv&#233;s. Un second principe pourrait &#234;tre le suivant : la scolarisation vise indissociablement la transmission des savoirs et la formation de citoyens libres et responsables. Sa mission essentielle en ce sens est de permettre &#224; chacun de constituer des ressources pour penser par lui-m&#234;me. L'&#233;cole doit enseigner, si l'on pr&#233;f&#232;re, comment penser plut&#244;t que ce qu'il faut penser. Toutes les disciplines sont ici concern&#233;es, mais certaines plus que d'autres. Ainsi de la philosophie, dont un enseignement adapt&#233; pourrait commencer t&#244;t dans le cursus ; ou des sciences humaines et sociales auxquelles les &#233;l&#232;ves du primaire pourraient &#234;tre initi&#233;s d&#232;s le primaire. En mati&#232;re de formation du citoyen, une familiarisation avec la posture de recherche vaut sans doute toutes les le&#231;ons de morale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une p&#233;dagogie de l'exigence intellectuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me champ &#224; interroger concerne la mani&#232;re d'enseigner. Le nouvel esprit p&#233;dagogique qui s'instaure dans les ann&#233;es 1970 et 1980 se caract&#233;rise par un souci obsessif de renforcer la motivation suppos&#233;e chancelante des &#233;l&#232;ves. L'approche frontale des savoirs est bannie, au profit d'itin&#233;raires de d&#233;couverte qui partent des connaissances suppos&#233;ment famili&#232;res de l'enfant pour le mener en douceur vers une &#171; auto-construction &#187; des savoirs. Cette p&#233;dagogie ludique et compassionnelle irrigue encore la r&#233;forme du coll&#232;ge de 2015. Au vu de ses r&#233;sultats peu convaincants, cette doxa m&#233;rite r&#233;examen. Deux constats s'imposent : la difficult&#233; intellectuelle ne se contourne pas, elle s'affronte ; tous les humains &#8211; m&#234;me issus des classes populaires &#8211; sont dot&#233;s en tant qu'&#234;tres de langage d'une capacit&#233; d'abstraction, de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie, de raisonnement logique. Le probl&#232;me devient d&#232;s lors le suivant : s'attacher &#224; mobiliser ces ressources plut&#244;t que d&#233;plorer les &#171; handicaps socioculturels &#187;, afin que tous surmontent les difficult&#233;s d'apprentissage. Pour ce faire, il n'existe d'autre voie que la mise en &#339;uvre, par des enseignants qui se veulent des &#171; alli&#233;s dans la place &#187; plut&#244;t que des juges, de p&#233;dagogies exigeantes attentives &#224; assurer aux &#233;l&#232;ves les moyens de r&#233;pondre &#224; leurs r&#233;quisits. C'est le seul moyen pour l'&#233;cole de leur apporter ce qu'ils ne trouvent pas dans leur famille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'ouvrage collectif P&#233;dagogies de l'exigence, La Dispute, 2020.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ins&#233;parable d'une refonte d'ensemble de notre syst&#232;me &#233;ducatif, le report &#224; 18 ans de l'obligation scolaire n'est donc pas un mince objectif. Vouloir l'appliquer &#224; moindres frais ne ferait qu'aggraver la tendance &#224; l'&#339;uvre depuis la fin des ann&#233;es 1980, qui conjugue l'allongement des scolarit&#233;s et la d&#233;gradation des acquisitions cognitives. Et chercher &#224; en faire l'&#233;conomie ne ferait que retarder la solution de bien des probl&#232;mes aujourd'hui pos&#233;s &#224; notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tristan Poullaouec, &#171; Regrets d'&#233;cole. Le report des aspirations scolaires dans les milieux populaires &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, 2019/2, n&#176;114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;cente mesure gouvernementale concernant l'obligation de formation de 16 &#224; 18 ans ne vise pas &#224; &#233;radiquer les scolarit&#233;s &#233;court&#233;es des &#233;l&#232;ves en grande difficult&#233; mais propose un &#171; accompagnement sur mesure &#187; vers le march&#233; du travail pour les jeunes concern&#233;s, en d&#233;sh&#233;rence apr&#232;s leur rupture avec l'institution scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La question sera abord&#233;e dans un colloque co-organis&#233; par le SNES-FSU, &#201;duc'action CGT, et le GRDS. Intitul&#233;e &#171; Porter l'obligation scolaire &#224; 18 ans. Pourquoi, comment ? &#187;, cette rencontre se tiendra &#224; Paris les 14 et 15 janvier prochain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;OCDE, &#171; What future for our schools&#8221;, &lt;i&gt;Education Policy Analysis&lt;/i&gt;, Paris, 2001 ; et &#8220;Investing in Competencies for all&#8221;, Communiqu&#233; de la r&#233;union des ministres de l'&#201;ducation, avril 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La F&#233;d&#233;ration de l'&#201;ducation nationale, domin&#233;e par le Parti socialiste depuis 1947, devient Unsa-&#201;ducation en 2000, apr&#232;s la cr&#233;ation de la FSU.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Baudelot et Roger Establet, &lt;i&gt;Le Niveau monte&lt;/i&gt;, Le Seuil, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, GRDS, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Obtiendront un dipl&#244;me Bac +5 : un bachelier g&#233;n&#233;ral sur deux ; un bachelier technologique sur dix ; trois bacheliers professionnels sur cent. Cf. &lt;i&gt;Note d'information du SEIS&lt;/i&gt;, n&#176; 18.06, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les observations qui suivent prennent notamment appui sur les travaux accumul&#233;s depuis 2008 par le GRDS (Groupe de recherches sur la d&#233;mocratisation scolaire).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'ouvrage collectif &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, La Dispute, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Blanquer + Vidal = &#233;cole de caste</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article298</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article298</guid>
		<dc:date>2019-02-22T16:23:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Tripier</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les r&#233;formes r&#233;centes des ministres Vidal et Blanquer, pr&#233;sent&#233;es par eux comme des r&#233;ponses techniques aux probl&#232;mes de l'affectation des &#233;l&#232;ves dans l'enseignement sup&#233;rieur (ou de leur pr&#233;paration intellectuelle &#224; ses divisions disciplinaires), ont ou auront comme r&#233;sultat d'accro&#238;tre encore davantage le poids des familles, donc, vraisemblablement, de faire encore reculer la France dans les enqu&#234;tes PISA. Comment ces r&#233;formes r&#233;ussissent et r&#233;ussiront ce tour de force ? En privil&#233;giant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH58/arton298-01b38.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='58' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les r&#233;formes r&#233;centes des ministres Vidal et Blanquer, pr&#233;sent&#233;es par eux comme des r&#233;ponses techniques aux probl&#232;mes de l'affectation des &#233;l&#232;ves dans l'enseignement sup&#233;rieur (ou de leur pr&#233;paration intellectuelle &#224; ses divisions disciplinaires), ont ou auront comme r&#233;sultat d'accro&#238;tre encore davantage le poids des familles, donc, vraisemblablement, de faire encore reculer la France dans les enqu&#234;tes PISA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ces r&#233;formes r&#233;ussissent et r&#233;ussiront ce tour de force ? En privil&#233;giant encore plus l'origine des lyc&#233;es dont les &#233;l&#232;ves proviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quels m&#233;canismes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part en se soumettant &#224; l'obsession obsidionale des enseignants des classes pr&#233;paratoires &#224; avoir un public homog&#232;ne en traitant les diff&#233;rents lyc&#233;es de fa&#231;on in&#233;galitaire et en estimant que les &#233;l&#233;ments moyens des bons lyc&#233;es avaient la priorit&#233; sur les excellents &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es consid&#233;r&#233;s moins bons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'un bon lyc&#233;e ? C'est un lyc&#233;e dans lequel plusieurs &#233;l&#232;ves ont eu leur baccalaur&#233;at avec la mention tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les &#233;l&#232;ves obtiennent-ils ce r&#233;sultat ? Sans conteste en travaillant avec constance et t&#233;nacit&#233;, en ayant une excellente m&#233;moire et des synapses leur permettant de r&#233;soudre rapidement les probl&#232;mes scolaires qui leur sont pos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, &#224; un &#226;ge o&#249; les sollicitations extra-scolaires sont multiples et engageantes r&#233;ussit-on &#224; travailler avec constance et t&#233;nacit&#233; ? En moyenne en ayant des parents qui, &#233;tant pass&#233;s par les m&#234;mes &#233;preuves aux m&#234;mes &#226;ges, savent manier la carotte et le b&#226;ton pour que les performances scolaires de leurs rejetons soient bonnes. Et comme, en moyenne, ces parents ont ou ont eu des postes de cadres sup&#233;rieurs suffisamment bien pay&#233;s pour habiter des quartiers o&#249; les prix au m&#232;tre carr&#233; sont &#233;lev&#233;s, ces lyc&#233;es dits bons sont les lyc&#233;es des quartiers &#171; bourgeois &#187; de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment &lt;i&gt;Parcours-sup&lt;/i&gt; r&#233;ussit-il &#224; privil&#233;gier les &#171; bons lyc&#233;es &#187; ? En incluant, dans l'algorithme permettant la s&#233;lection, des &#233;l&#233;ments essentiels de celui utilis&#233; pour l'entr&#233;e en classe pr&#233;paratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi peut-on anticiper que la r&#233;forme Blanquer du baccalaur&#233;at renforcera la hi&#233;rarchie des lyc&#233;es ? Parce qu'en privil&#233;giant le contr&#244;le continu, ce qui comptera pour d&#233;partager les &#233;l&#232;ves sera le seul &#233;l&#233;ment suppos&#233; stable : l'ordre des lyc&#233;es et rien n'est pr&#233;vu pour le corriger. Mais aussi parce que la multiplication des options au baccalaur&#233;at avantage les &#233;coles ayant la meilleure r&#233;putation, comme une enqu&#234;te r&#233;cente sur l'&#233;cole en Grande Bretagne, rapport&#233;e par le SNES, le d&#233;montre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SNES-FSU, Le Lyc&#233;e modulaire, une alternative aux s&#233;ries du lyc&#233;e fran&#231;ais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat &#224; pr&#233;voir de cet ensemble de mesures est celui de retrouver les m&#234;mes familles dans les m&#234;mes places, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, donc de glisser vers une soci&#233;t&#233; qui ne renouvellera pas ses &#233;lites, une soci&#233;t&#233; de caste, une soci&#233;t&#233; fig&#233;e, le retour &#224; l'Ancien R&#233;gime. Tout le contraire de ce que nous promettait le discours de notre Pr&#233;sident de la R&#233;publique lorsqu'il lan&#231;a le Grand D&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te PISA 2015 place la France dans la position peu enviable de 27&#232;me place sur 69. Or, comme le rappelle J. P. Terrail : &#171; Cette enqu&#234;te mesure pr&#233;cis&#233;ment les ressources des familles des &#233;l&#232;ves qu'elle &#233;value, ressources &#233;conomiques mais aussi culturelles tels les dipl&#244;mes des parents, l'importance de la biblioth&#232;que familiale, etc. Elle permet ainsi de rapporter la r&#233;ussite de l'enfant aux ressources de son environnement familial, et d'appr&#233;cier leur &#233;cart. Les pays les plus performants sont ceux dans lesquels les performances des &#233;l&#232;ves sont les plus ind&#233;pendantes des ressources de leurs familles, ceux donc dans lesquels l'&#233;cole r&#233;ussit le mieux &#224; assurer par elle-m&#234;me la transmission des savoirs (m&#234;me si cette r&#233;ussite n'est jamais totale : aucun pays n'&#233;chappe &#224; l'influence de l'origine sociale sur la r&#233;ussite scolaire). Les pays les plus performants sont ceux dans lesquels l'efficacit&#233; de l'&#233;cole en mati&#232;re de progression cognitive des &#233;l&#232;ves les moins dot&#233;s au d&#233;part est la plus &#233;lev&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir PISA, Commentaires et enseignements d'une comparaison internationale,GRDS,&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gageons donc que ce retour &#224; l'Ancien R&#233;gime marquera une chute encore plus importante dans ce classement de l'OCDE. Esp&#233;rons que cette chute dans les hi&#233;rarchies mondiales conduira un futur gouvernement &#224; mettre &#224; plat le syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais afin de le rendre intellectuellement et socialement performant pour d'autres que les 1%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Observation compl&#233;mentaire &lt;/i&gt; (enregistr&#233;e le 24 mars 2019)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article du 19 F&#233;vrier 2018, de la revue en ligne AOC , Fran&#231;ois Dubet a cette pr&#233;diction retentissante sur la r&#233;forme du baccalaur&#233;at de M. Blanquer : &#171; Un 9 (au baccalaur&#233;at) du 5&#176; arrondissement parisien vaudra mieux qu'un 15 dans un lyc&#233;e de Seine-Saint Denis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de Dubet est seulement centr&#233; sur le baccalaur&#233;at, mais si l'on y ajoute parcours-sup et que l'on fait confiance &#224; cet excellent connaisseur de la scolarit&#233;, ces deux r&#233;formes aboutissent &#224; classer des &#233;tablissements, pas des &#233;l&#232;ves. Mais il y a plus : la strat&#233;gie des parents angoiss&#233;s par l'avenir de leurs enfants les conduira &#224; bien des sacrifices, dont celui de r&#233;duire leurs m&#232;tres carr&#233;s d'habitation pour habiter un quartier proche d'un &#171; bon lyc&#233;e &#187;, afin que l'affectation de leur rejeton dans celui-ci soit certaine. Il en r&#233;sultera une hausse du prix des logements autour de ces lyc&#233;es qui renforcera l'&#233;loignement des familles modestes. Cela accro&#238;tra encore la diff&#233;rence entre les &#233;tablissements. Celle-ci affectera les classes de quatri&#232;me et troisi&#232;me qu'&#233;tudie l'enqu&#234;te PISA, et la France se retrouvera dans les profondeurs du classement. Mais ces ph&#233;nom&#232;nes prennent du temps &#224; produire leurs effets, suffisamment pour que les noms des promoteurs de cette ang&#233;lique r&#233;forme visant le retour &#224; l'ancien r&#233;gime, o&#249; les m&#234;mes familles occupent les m&#234;mes places, soient tomb&#233;s dans l'oubli.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SNES-FSU, &lt;i&gt;Le Lyc&#233;e modulaire, une alternative aux s&#233;ries du lyc&#233;e fran&#231;ais ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2018, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article285&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article285&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;PISA, Commentaires et enseignements d'une comparaison internationale&lt;/i&gt;,GRDS, 2016, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article41&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article41&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des dispositifs de rem&#233;diation en licence pour faire r&#233;ussir les &#233;tudiants : vraiment ? </title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article288</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article288</guid>
		<dc:date>2018-05-07T07:49:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mary David et Nathalie Lebrun</dc:creator>


		<dc:subject>Difficult&#233; scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>Coll&#233;giens</dc:subject>
		<dc:subject>Lyc&#233;ens</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le but affich&#233; d'accro&#238;tre les chances de r&#233;ussite des &#233;tudiants en licence, la loi &#171; relative &#224; l'orientation et &#224; la r&#233;ussite des &#233;tudiants &#187; (ORE) pr&#233;voit la mise en place de &#171; dispositifs d'accompagnement p&#233;dagogique et des parcours de formation personnalis&#233;s tenant compte de la diversit&#233; et des sp&#233;cificit&#233;s des publics &#233;tudiants accueillis &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque les &#233;l&#232;ves de terminale qui s'inscrivent sur la plateforme Parcoursup formulent des v&#339;ux d'entr&#233;e en licence universitaire, ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot17" rel="tag"&gt;Difficult&#233; scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot32" rel="tag"&gt;&#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;Coll&#233;giens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Lyc&#233;ens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH56/arton288-cd903.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='56' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le but affich&#233; d'accro&#238;tre les chances de r&#233;ussite des &#233;tudiants en licence, la loi &#171; relative &#224; l'orientation et &#224; la r&#233;ussite des &#233;tudiants &#187; (ORE) pr&#233;voit la mise en place de &#171; dispositifs d'accompagnement p&#233;dagogique et des parcours de formation personnalis&#233;s tenant compte de la diversit&#233; et des sp&#233;cificit&#233;s des publics &#233;tudiants accueillis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les &#233;l&#232;ves de terminale qui s'inscrivent sur la plateforme &lt;i&gt;Parcoursup&lt;/i&gt; formulent des v&#339;ux d'entr&#233;e en licence universitaire, ils peuvent &#234;tre jug&#233;s comme inadapt&#233;s &#224; suivre ces &#233;tudes. Ce verdict, &#233;nonc&#233; par les &#233;quipes universitaires de la fili&#232;re vis&#233;e, correspond &#224; des r&#233;sultats consid&#233;r&#233;s comme trop faibles, &#224; une fili&#232;re ou s&#233;rie du lyc&#233;e suppos&#233;e mal adapt&#233;e, ou &#224; d'autres indices laissant penser que l'&#233;l&#232;ve ne peut pas r&#233;ussir dans de bonnes conditions. Ces &#233;l&#232;ves seraient alors contraints de suivre des dispositifs ou parcours sp&#233;cifiques propos&#233;s par l'universit&#233; vis&#233;e : c'est la r&#233;ponse &#171; oui si &#187; qui peut &#234;tre propos&#233;e par les responsables de licence. D'ores et d&#233;j&#224;, les personnels des universit&#233;s constatent qu'ils sont dans l'incapacit&#233; mat&#233;rielle d'examiner les dossiers de chaque candidat &#224; l'inscription, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; de proposer des parcours de rem&#233;diation, qui ne seront pas financ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la capacit&#233; des r&#233;sultats scolaires, de la fili&#232;re de lyc&#233;e, ou d'autres indices qui pourraient &#234;tre pris en compte comme l'&#233;tablissement de provenance, &#224; pr&#233;dire la r&#233;ussite des &#233;tudiants dans des parcours post-bac dans lesquels ils ne sont pas encore entr&#233;s est tr&#232;s discutable.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bodin, R. &amp; Orange, S., L'universit&#233; n'est pas en crise. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais laissons de c&#244;t&#233; temporairement cet obstacle, et imaginons que les moyens mat&#233;riels et humains sont r&#233;unis pour mettre en place des dispositifs de rem&#233;diation pour les bacheliers &#171; fragiles &#187; : de tels dispositifs &#171; d'accompagnement p&#233;dagogique et des parcours de formation personnalis&#233;s &#187; permettraient-ils de mieux faire &#171; r&#233;ussir &#187; les &#233;tudiants ? Seraient-ils de nature &#224; limiter le fameux &#171; 60 % d'&#233;chec en licence &#187;, slogan justifiant la r&#233;forme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce que recouvre en r&#233;alit&#233; ce chiffre, lire en particulier : Bodin, R. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des dispositifs d'accompagnement et de rem&#233;diation, plac&#233;s en tout d&#233;but ou pendant le cursus, existent depuis longtemps dans l'enseignement sup&#233;rieur, et plus largement dans le syst&#232;me &#233;ducatif. Que nous apprennent les recherches en &#233;ducation sur leur efficacit&#233; ? L'enseignement principal de ces recherches est que, &lt;i&gt;quel que soit le niveau dans le syst&#232;me &#233;ducatif, ces dispositifs sont d'autant plus efficaces qu'ils sont ancr&#233;s dans les cursus concern&#233;s et dans les savoirs qui y sont enseign&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;	&#201;mergence des dispositifs &#224; l'&#233;cole (premier et second degr&#233;s) &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cole, la tentation, depuis les ann&#233;es 1990, a &#233;t&#233; de multiplier ces dispositifs en dehors du temps scolaire, en proposant aux &#233;l&#232;ves rep&#233;r&#233;s comme &#233;tant en difficult&#233; des aides m&#233;thodologiques et du soutien. Cela s'inscrit dans le projet d'&#171; individualisation de l'enseignement &#187; pr&#233;vu par la loi d'orientation de 1989&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tandis que les scolarit&#233;s se prolongent, et que de nouvelles cat&#233;gories d'&#233;l&#232;ves entrent au coll&#232;ge puis au lyc&#233;e, sous l'effet de la demande de scolarisation et des r&#233;formes institutionnelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Poullaouec, T. &amp; Lem&#234;tre, C., &#171; Retours sur la seconde explosion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la cat&#233;gorie d'&#171; &#233;chec scolaire &#187; appara&#238;t &#224; partir des ann&#233;es 1950-60 et s'impose progressivement comme un probl&#232;me devant &#234;tre pris en charge par l'&#233;cole. C'est pour lutter contre ce probl&#232;me de l'&#233;chec qu'&#233;mergent les dispositifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera dans l'article d'A. Barr&#232;re un d&#233;veloppement sur ce point et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : les difficult&#233;s d'apprentissage de certains &#233;l&#232;ves sont vues comme des difficult&#233;s individuelles, et leur r&#233;solution li&#233;e &#224; des solutions individuelles (concernant un &#233;l&#232;ve en particulier). Des dispositifs se multiplient : aide personnalis&#233;e, modules (au lyc&#233;e), soutien, tutorat, aide individualis&#233;e, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi d'orientation de 2005&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, instituant un &#171; socle commun de connaissances et de comp&#233;tences &#187;, a renforc&#233; cette tendance et suscit&#233; l'apparition de nouveaux dispositifs d'aide, dans le premier puis le second degr&#233; (notamment les programmes personnalis&#233;s de r&#233;ussite &#233;ducative, &#224; l'&#233;cole et au coll&#232;ge, pour les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;). La r&#233;forme du lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral et technologique &#224; partir de 2010 a &#233;galement multipli&#233; les dispositifs : soutien pendant les vacances scolaires, &#171; stages passerelle &#187; (pour pr&#233;parer un changement de fili&#232;re), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les r&#233;sultats de ces dispositifs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le bilan de ces multiples formes d'aides est mince, comme le souligne le dossier de veille de l'IF&#233; qui leur est consacr&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. les nombreuses r&#233;f&#233;rences bibliographiques dans Reverdy, C., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pire, les aides peuvent produire l'inverse de ce qu'elles sont suppos&#233;es faire : renforcer la difficult&#233; scolaire au lieu de la r&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus souvent, le soutien ou les aides sont &#171; externalis&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils s'effectuent en dehors du temps collectif de l'enseignement en classe. Les &#233;l&#232;ves, &#233;coliers, coll&#233;giens ou lyc&#233;ens, sont accompagn&#233;s sur des temps sp&#233;cifiques qui s'ajoutent au temps scolaire collectif, ou parfois s'y substituent (l'&#233;l&#232;ve &#171; sort &#187; de la classe quelques heures par semaine). L'aide procur&#233;e &#224; certains &#233;l&#232;ves ne compense pas les effets d&#233;l&#233;t&#232;res de ces dispositifs. Le premier est l'effet de stigmatisation de ceux qui sont &#171; sortis &#187; des classes ou tenus de rester en dehors du temps collectif ce qui les d&#233;l&#233;gitime d'autant (le mod&#232;le d'enseignement &#233;tant l'enseignement en classe, le reste est souvent jug&#233; comme accessoire). Regrouper ainsi les &#233;l&#232;ves jug&#233;s faibles, les d&#233;signe aux yeux de tous et les conforte dans l'id&#233;e qu'ils sont &#171; mauvais &#187;, et donc jug&#233;s incapables de r&#233;ussir dans le syst&#232;me &#233;ducatif ordinaire. Dans un syst&#232;me scolaire qui reste fortement s&#233;gr&#233;g&#233;, notamment, au lyc&#233;e, entre voie professionnelle, voie technologique et g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;forme annonc&#233;e du lyc&#233;e n'est pas de nature &#224; remettre en cause cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s&#233;lectionner des &#233;l&#232;ves comme devant b&#233;n&#233;ficier de tels dispositifs participe d'une proph&#233;tie autor&#233;alisatrice : les plus faibles ont besoin d'aides, parce qu'ils ne peuvent pas r&#233;ussir sans, et parce qu'ils ont peu de chances de suivre un parcours scolaire valoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, ces dispositifs proposent g&#233;n&#233;ralement une aide avant tout m&#233;thodologique, souvent d&#233;connect&#233;e des disciplines enseign&#233;es : apprendre la prise de notes, l'organisation du cahier de textes, etc., induit chez ces &#233;l&#232;ves une perte de sens du travail scolaire et une transposition difficile en classe des savoir-faire travaill&#233;s en dehors. Les dispositifs s'attachent davantage aux comp&#233;tences proc&#233;durales qu'aux notions indispensables pour apprendre en classe. En outre, c'est souvent aux &#233;l&#232;ves seuls qu'il revient de transposer eux-m&#234;mes les choses apprises dans les modules d'aide dans les exercices r&#233;alis&#233;s en classe et de s'en servir pour r&#233;pondre aux attentes de leurs professeurs. Le rapport des inspections g&#233;n&#233;rales sur les dispositifs d'aide et d'accompagnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;IGEN et IGAENR, &#171; Observation et &#233;valuation de l'ensemble des dispositifs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fait les m&#234;mes constats, et y ajoute le fait que les dispositifs d&#233;douanent les enseignants de la prise en charge de la difficult&#233; dans la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, les recherches soulignent que les dispositifs les plus efficaces sont ceux qui favorisent l'apprentissage collectif et simultan&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Reverdy, C., op. cit.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils sont internalis&#233;s, c'est-&#224;-dire qu'ils se d&#233;roulent en classe, avec tous les &#233;l&#232;ves, en groupe h&#233;t&#233;rog&#232;ne, et articulent rem&#233;diation m&#233;thodologique et savoirs disciplinaires. Ils sont d'autant plus b&#233;n&#233;fiques qu'ils sont r&#233;alis&#233;s au fur et &#224; mesure du cursus de formation, et non en amont ou dans les interstices du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;	Les dispositifs dans l'enseignement sup&#233;rieur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'apparus dans l'enseignement universitaire un peu apr&#232;s leur d&#233;veloppement dans le syst&#232;me &#233;ducatif pr&#233;bac, les dispositifs d'aide et d'accompagnement aux &#233;tudiants ne sont pas une invention r&#233;cente : leur institutionnalisation date de 1996, mais d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1990, de nombreux essais de tutorat et d'aides diverses avaient &#233;t&#233; mis en place dans les universit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annoot, E., &#171; De l'accompagnement &#224; la p&#233;dagogie universitaire : quels (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la vari&#233;t&#233; des dispositifs, quelques constantes peuvent &#234;tre relev&#233;es : les mesures reposent principalement sur de l'accompagnement m&#233;thodologique, en-dehors des temps d'enseignement collectif (cours, Travaux Pratiques, Travaux Dirig&#233;s, projets). Ils sont rarement assur&#233;s par des enseignants-chercheurs, mais plut&#244;t par des &#233;tudiants. Ils sont plus souvent &#171; non cibl&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils s'adressent &#224; des &#233;tudiants volontaires qui font eux-m&#234;mes la d&#233;marche de s'inscrire (et non &#224; un public d&#233;sign&#233;). Enfin, ils sont tr&#232;s d&#233;pendants des possibilit&#233;s de financement, et font partie des enseignements tr&#232;s soumis aux al&#233;as financiers des universit&#233;s. Le plan licence en 2008&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a temporairement abond&#233; les financements de ces dispositifs et incit&#233; les enseignants-chercheurs &#224; y participer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233;anmoins, ce type d'enseignement n'&#233;chappe pas &#224; la division symbolique du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sans en transformer la philosophie g&#233;n&#233;rale : ils proposent des &#224;-c&#244;t&#233; p&#233;dagogiques pour tenter de compenser en partie des lacunes &#233;tudiantes, et tenter d'am&#233;liorer la &#171; r&#233;ussite &#233;tudiante &#187;, &#171; mesur&#233;e en r&#233;f&#233;rence &#224; un parcours standardis&#233; effectu&#233; dans un temps norm&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique leur d&#233;finition officielle soit encore tr&#232;s l&#226;che, les nouveaux &#171; dispositifs d'accompagnement p&#233;dagogique &#187; pr&#233;vus par la loi ORE ne constituent pas une rupture avec l'existant. Comme le rel&#232;ve E. Annoot &#224; propos des dispositifs pr&#233;c&#233;dents, &#171; leur existence s'appuie sur l'id&#233;e d'une d&#233;faillance de l'universit&#233; qu'il faudrait compenser &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le principal changement r&#233;side dans le ciblage syst&#233;matique : les dispositifs deviennent obligatoires, pour des &#233;tudiants rep&#233;r&#233;s comme susceptibles d'&#233;chouer avant m&#234;me leur inscription &#224; l'universit&#233;. Les difficult&#233;s plus grandes que connaissent les &#233;tudiants issus de fili&#232;res technologiques ou professionnelles, par exemple, vont servir de moyen de pr&#233;diction d'un &#233;chec probable. Mais ce sera aussi le cas pour les &#233;l&#232;ves aux r&#233;sultats moyens et faibles issus des fili&#232;res g&#233;n&#233;rales. La r&#233;ponse &#171; oui si &#187; que peuvent donner les commissions de recrutement des L1 (premi&#232;re ann&#233;e de licence) signifie : &#171; nous vous autorisons &#224; vous inscrire, si et seulement si vous acceptez de suivre le parcours sp&#233;cifique et les mesures d'accompagnement dont nous avons d&#233;cid&#233; que vous en aviez imp&#233;rativement besoin pour r&#233;ussir &#187;. Les contenus qui seront enseign&#233;s, les intervenants, les modalit&#233;s de financement sont renvoy&#233;s &#224; chaque universit&#233;. Il est donc tr&#232;s probable que celles-ci vont se contenter de proposer des dispositifs qui existent d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les r&#233;sultats de ces dispositifs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rents dispositifs d'accompagnement dans le sup&#233;rieur, qui se sont multipli&#233;s depuis la fin des ann&#233;es 1990, ont &#233;t&#233; &#233;galement analys&#233;s par les recherches en &#233;ducation. Ces recherches&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#233;req (&#201;d.), &#171; Le tutorat &#224; l'universit&#233; : peut-on forcer les &#233;tudiants &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont port&#233; sur les diff&#233;rentes formes de tutorat et d'accompagnement, dont on remarque qu'il est le plus souvent d'ordre m&#233;thodologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats, issus des travaux cit&#233;s en note (7), montrent qu'une des limites fortes des dispositifs dans le sup&#233;rieur est qu'ils n'atteignent pas leur &#171; cible &#187; : quand ils s'adressent &#224; tout &#233;tudiant volontaire, ils attirent tr&#232;s peu les &#233;tudiants en difficult&#233;, mais plut&#244;t les &#233;l&#232;ves aux r&#233;sultats moyens, voire bons, qui veulent progresser. Ces derniers jugent assez positivement les mesures, du point de vue des effets sur leurs notes. Par contre, il n'y a pas d'effet significatif sur les fa&#231;ons de travailler, en particulier sur l'autonomie, dont les enseignants affirment g&#233;n&#233;ralement qu'elle est indispensable &#224; la r&#233;ussite &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, des dispositifs d'accompagnement par les pairs (type &#171; cord&#233;es de la r&#233;ussite &#187;), dans le cadre de la transition lyc&#233;e-universit&#233;, se sont d&#233;velopp&#233;s sur le mod&#232;le de certaines exp&#233;rimentations dans le pr&#233;bac&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Baudrit, A., Le tutorat : Richesses d'une m&#233;thode p&#233;dagogique, Bruxelles, De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'accompagnant (ou formateur) est alors dans &#171; une posture d'aide &#224; la construction des savoirs complexes o&#249; le formateur est impliqu&#233; dans une dimension relationnelle singuli&#232;re comportant des fonctions de guidance m&#233;thodologique et de t&#233;moin de progression &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul, M. , &#171; L'accompagnement dans le champ professionnel &#187; (note de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le tutorat par les pairs est alors consid&#233;r&#233; comme &#171; une situation p&#233;dagogique d'accompagnement individualis&#233; au sein de laquelle chacun [tuteur (&#233;tudiant avanc&#233;) et tutor&#233;] apprend, notamment sur la base d'un m&#233;canisme d'identification alors qu'aucun des acteurs n'est a priori un professionnel de l'enseignement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lepage, P. &amp; Romainville, M., 2009, cit&#233; dans Devillers, M. et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien que ce dispositif (par groupe de trois &#224; cinq &#233;tudiants) soit largement centr&#233; sur les difficult&#233;s disciplinaires, sans exclure le d&#233;veloppement de comp&#233;tences transversales, la progression dans l'acquisition disciplinaire et l'am&#233;lioration de la r&#233;ussite n'est pas significative et sa contribution &#224; la lutte contre l'&#233;chec reste &#224; d&#233;montrer (difficult&#233;s d'organisation, diversit&#233; dans la pr&#233;paration des s&#233;ances, forte h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des activit&#233;s &#224; contenus disciplinaire versus comp&#233;tences transversales)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Berzin, C., &#171; Tutorat de pairs et Plan r&#233;ussite en licence : Quelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, le tuteur comme le tutor&#233; ayant le m&#234;me statut, celui d'&#233;tudiant, ce sont des conseils, des m&#233;thodes et des explications de cours qui pr&#233;dominent au d&#233;triment des obstacles &#233;pist&#233;mologiques &#224; surmonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait penser que la loi ORE, en obligeant certains &#233;tudiants jug&#233;s faibles &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#224; s'inscrire dans ces dispositifs, am&#233;liorera la situation en &#171; ciblant &#187; les b&#233;n&#233;ficiaires. Mais dans les dispositifs cibl&#233;s, le probl&#232;me n'est pas radicalement diff&#233;rent : les &#233;tudiants les plus en difficult&#233; et les plus pr&#233;caires d&#233;crochent souvent, d&#232;s le d&#233;but. Ces d&#233;crochages peuvent &#234;tre d'ordre disciplinaire, m&#233;thodologique ou avoir une autre origine (job &#233;tudiant, situation familiale difficile, etc.). Nous pourrions penser que les tests de positionnement, souvent plac&#233;s d&#232;s la rentr&#233;e universitaire, pourraient permettre &#224; ces &#233;tudiants de prendre conscience de leurs difficult&#233;s disciplinaires et d'&#233;viter l'abandon pr&#233;coce du cursus licence. Mais ces tests ont souvent comme seul objectif la restitution de connaissances en dehors de toute mise en situation rencontr&#233;e dans les enseignements de L1. Par cons&#233;quent, les &#233;tudiants ayant eu un faible score &#224; ces tests ne se jugent pas forc&#233;ment en difficult&#233; pour suivre les enseignements universitaires. Notons au passage qu'il est possible qu'un &#233;tudiant ayant eu un score convenable &#224; ces tests rencontre quand m&#234;me des difficult&#233;s de compr&#233;hension disciplinaire par la suite. Par cons&#233;quent, les &#233;tudiants les plus fragiles jugent que les dispositifs ne sont pas adapt&#233;s &#224; leurs besoins, surtout quand ceux-ci sont propos&#233;s t&#244;t dans l'ann&#233;e et ne r&#233;solvent en rien les conditions externes faisant obstacle &#224; la poursuite d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans l'enseignement pr&#233;bac, l'accompagnement pr&#233;coce des &#233;tudiants en difficult&#233; est jug&#233; peu efficace, contrairement aux dispositifs propos&#233;s au bout de quelques mois, puis tout au long du cursus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport du jury de la conf&#233;rence de consensus &#171; R&#233;ussite et &#233;chec dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui ont laiss&#233; le temps aux enseignants de conna&#238;tre les r&#233;elles difficult&#233;s de leurs &#233;tudiants et aux &#233;tudiants de prendre conscience de leurs lacunes disciplinaires et m&#233;thodologiques, et parfois d'avoir r&#233;solu les obstacles externes &#224; l'apprentissage (meilleure gestion du temps d'&#233;tude avec celui consacr&#233; &#224; un job, am&#233;lioration des conditions familiales gr&#226;ce &#224; une assistance sociale et/ou psychologique, etc). Si on ne tient pas compte de ce temps d'adaptation, ce sont l&#224; encore les &#233;tudiants aux meilleures notes (au d&#233;part) qui restent davantage dans les dispositifs et en tirent le plus de profit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les dispositifs d'accompagnement que nous avons &#233;valu&#233;s n'ont b&#233;n&#233;fici&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si des effets positifs sont constat&#233;s sur certains &#233;tudiants, c'est plut&#244;t du c&#244;t&#233; de leur motivation. Mais l'effet mesur&#233; sur les r&#233;sultats n'est pas significatif, ni sur l'assiduit&#233;, corr&#233;l&#233;e positivement &#224; la pr&#233;sence et la r&#233;ussite aux examens. C'est une des raisons pour lesquelles S. Morlaix et C. Perret affirment que le bilan du plan licence est d&#233;cevant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morlaix, S. &amp; Perret, C., Essai de mesure des effets du Plan R&#233;ussite en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les dispositifs sont peu efficaces, c'est surtout parce qu'ils sont ax&#233;s sur la m&#233;thodologie, la d&#233;couverte de l'environnement universitaire, le renforcement, et sont le plus souvent d&#233;connect&#233;s des autres enseignements universitaires. Le gage de la r&#233;ussite d'un enseignement m&#233;thodologique est au contraire &#171; l'ancrage des th&#232;mes abord&#233;s dans le travail disciplinaire et quotidien des &#233;tudiants qui donne du sens &#224; l'activit&#233; pour les &#233;tudiants &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cosnefroy, L., Hoffmann, C. &amp; Douady, J., &#171; L'accompagnement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme &#224; l'&#233;cole, regrouper des &#233;tudiants jug&#233;s faibles ou fragiles pour leur proposer des contenus sp&#233;cifiques sur un temps d&#233;di&#233; les stigmatise et peut les entretenir dans une image d&#233;grad&#233;e d'eux-m&#234;mes, ce qui est plut&#244;t d&#233;favorable &#224; la r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;	Conclusion : la logique politique de la loi ORE)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne peut que regretter et s'&#233;tonner que le projet de loi ne tienne pas compte de ces travaux, pourtant repris dans les conf&#233;rences de consensus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une conf&#233;rence de consensus regroupe des scientifiques et des acteurs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;ussite et &#233;chec dans l'enseignement sup&#233;rieur. Quels &#233;clairages de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et largement diffus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif du projet de loi ne serait-il donc pas d'amener au plus haut niveau de qualification tous les &#233;tudiants, quelle que soit leur origine scolaire et sociale ? Ne viserait-il pas au contraire d'enfermer chacun dans un &#171; tube &#187; excluant chez l'&#233;tudiant toute possibilit&#233; de construire son parcours de formation par essai-erreur, en renfor&#231;ant ainsi la hi&#233;rarchie sociale ? De plus, afficher des exigences en termes de niveau et de cursus pr&#233;alable n'aura-t-il pas pour effet d'&#233;carter les &#233;tudiants qui se jugeront eux-m&#234;mes trop faibles ? Ne serait-ce pas un moyen de faire des &#233;conomies sur le dos des jeunes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'objectif r&#233;el du gouvernement &#233;tait d'am&#233;liorer la r&#233;ussite et d'accentuer la d&#233;mocratisation du sup&#233;rieur, l'&#201;tat favoriserait, notamment par le financement et la formation des enseignants, la prise en compte des r&#233;sultats des recherches en &#233;ducation. Cela suppose des changements drastiques dans l'enseignement scolaire et universitaire, et notamment des transformations des pratiques p&#233;dagogiques, dont l'effet sur les apprentissages des &#233;l&#232;ves est significatif (toutes les pratiques ne se valent pas). Il est notamment souhaitable de d&#233;velopper la diff&#233;renciation p&#233;dagogique simultan&#233;e et internalis&#233;e (en classe) favorisant l'apprentissage par les pairs, les &#233;tudiants faibles &#233;tant aid&#233;s par les &#233;tudiants plus dot&#233;s scolairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#233;galement abonder largement les moyens des universit&#233;s favorisant des groupes de taille raisonnable. Comme le pointe E. Annoot, les dispositifs existants sont avant tout des mesures politiques, moins co&#251;teuses &#224; mettre en place que le recrutement massif d'enseignants-chercheurs pour diminuer les effectifs dans les groupes de licence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annoot, E., &#171; Le tutorat ou &#034;le temps suspendu&#034; &#187;, Revue des sciences de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Pour cela, il faut remettre en cause la hi&#233;rarchie de prestige et de moyens in&#233;galement distribu&#233;s entre les fili&#232;res de l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du pr&#233;-&#233;l&#233;mentaire &#224; l'universit&#233;, l'enjeu est celui de la conciliation entre deux objectifs tout aussi importants l'un que l'autre : la poursuite de la massification et l'acc&#232;s, pour toutes et tous les &#233;l&#232;ves, &#224; un enseignement de qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mary David&lt;/strong&gt;, Universit&#233; de Nantes, Centre Nantais de sociologie (CENS)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Nathalie Lebrun&lt;/strong&gt;, Universit&#233; de Lille, Laboratoire de Didactique Andr&#233; Revuz (Universit&#233;s Paris Diderot, Cergy-Pontoise, Rouen, Artois et Paris-Est Cr&#233;teil), &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.ldar.website&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ldar.website&lt;/a&gt;. Secr&#233;taire Nationale du SNESUP-FSU, &lt;a href=&#034;http://www.snesup.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.snesup.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bodin, R. &amp; Orange, S., &lt;i&gt;L'universit&#233; n'est pas en crise. Les transformations de l'enseignement sup&#233;rieur : enjeux et id&#233;es re&#231;ues&lt;/i&gt;, Bellecombes-en-Bauges, &#233;ditions du Croquant, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce que recouvre en r&#233;alit&#233; ce chiffre, lire en particulier : Bodin, R. &amp; Millet, M., &#171; L'universit&#233;, un espace de r&#233;gulation. L'&#171; abandon &#187; dans les 1ers cycles &#224; l'aune de la socialisation universitaire &#187;, &lt;i&gt;Sociologie&lt;/i&gt;, 2011/3 (Vol. 2), p. 225-242 ; Monfort, V., &#171; Repenser l'&#233;chec &#224; l'universit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Les Temps Modernes&lt;/i&gt;, 2006/3 (n&#176; 637-638-639), p. 703-715 ; ou encore cette analyse sur le site du Snesup-FSU : &lt;a href=&#034;http://www.snesup.fr/article/prerequis-selection-en-licence-des-fausses-evidences-aux-vrais-chiffres&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.snesup.fr/article/prerequis-selection-en-licence-des-fausses-evidences-aux-vrais-chiffres&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000509314&amp;categorieLien=id&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000509314&amp;categorieLien=id&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Poullaouec, T. &amp; Lem&#234;tre, C., &#171; Retours sur la seconde explosion scolaire &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, 2009 (167), p.5-11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouvera dans l'article d'A. Barr&#232;re un d&#233;veloppement sur ce point et la d&#233;monstration de la transformation profonde que conna&#238;t l'&#233;cole avec la &#171; mont&#233;e des dispositifs &#187;. Barr&#232;re, A., &#171; La mont&#233;e des dispositifs : un nouvel &#226;ge de l'organisation scolaire &#187;, &lt;i&gt;Carrefours de l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, 2013/2 (n&#176; 36), p. 95-116.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/bo/2005/18/MENX0400282L.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/bo/2005/18/MENX0400282L.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. les nombreuses r&#233;f&#233;rences bibliographiques dans Reverdy, C., L'accompagnement &#224; l'&#233;cole : dispositifs et r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves. Dossier de veille IF&#201;, ENS de Lyon n&#176; 119, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;forme annonc&#233;e du lyc&#233;e n'est pas de nature &#224; remettre en cause cette s&#233;gr&#233;gation. Le baccalaur&#233;at professionnel en est exclu. Pour les enseignements g&#233;n&#233;raux et technologiques, le choix de sp&#233;cialit&#233;s risque de favoriser le regroupement social des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;IGEN et IGAENR, &#171; Observation et &#233;valuation de l'ensemble des dispositifs d'aide individualis&#233;e et d'accompagnement &#224; l'&#233;cole, au coll&#232;ge et au lyc&#233;e &#187;, rapport n&#176;2010-114, octobre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Reverdy, C., op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annoot, E., &#171; De l'accompagnement &#224; la p&#233;dagogie universitaire : quels enjeux pour la formation des enseignants-chercheurs ? &#187;, &lt;i&gt;Recherche et formation&lt;/i&gt;, 77 | 2014, p. 17-28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233;anmoins, ce type d'enseignement n'&#233;chappe pas &#224; la division symbolique du travail qui existe entre les enseignants &#224; l'universit&#233;. Tr&#232;s peu prestigieuse, cette t&#226;che &#233;choit g&#233;n&#233;ralement aux moins qualifi&#233;s et &#224; ceux dont le statut est le plus pr&#233;caire. Cf David, M., &#171; La division du travail enseignant et ses effets sur les savoirs enseign&#233;s &#187;, &lt;i&gt;Recherches en &#233;ducation&lt;/i&gt;, n&#176;30, 2017, p. 50-62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C&#233;req (&#201;d.), &#171; Le tutorat &#224; l'universit&#233; : peut-on forcer les &#233;tudiants &#224; la r&#233;ussite ? &#187;, &lt;i&gt;Bref &lt;/i&gt; n&#176; 290 ; Annoot, E., &lt;i&gt;La r&#233;ussite &#224; l'universit&#233;. Du tutorat au plan licence&lt;/i&gt;, Bruxelles, De Boeck, 2011 ; Cosnefroy, L. &amp; Annoot, E. (dir.), &#171; La posture d'accompagnement dans l'enseignement sup&#233;rieur &#187;, &lt;i&gt;Recherche et formation&lt;/i&gt;, 2014, n&#176; 77 ; Albero, B. &amp; Poteaux, N. (dir.), &lt;i&gt;Enjeux et dilemmes de l'autonomie. Une exp&#233;rience d'autoformation &#224; l'universit&#233;. &#201;tude de cas &lt;/i&gt; , Paris, &#201;ditions de la Maison des sciences de l'homme, 2010 ; Raucent, B., Verzat, C. &amp; Villeneuve, L., &lt;i&gt;Accompagner des &#233;tudiants. Quels r&#244;les pour l'enseignant ? Quels dispositifs ? Quelles mises en &#339;uvre ?&lt;/i&gt;, De Boeck Sup&#233;rieur, 2010 ; Guillon St&#233;phane, &#171; La coop&#233;ration &#233;tudiante en cours d'&#233;tudes : tutorat et entraide, facteurs de r&#233;ussite ? &#187;, &lt;i&gt;Biennale internationale de l'&#233;ducation, de la formation et des pratiques professionnelles&lt;/i&gt;, Paris, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Baudrit, A., &lt;i&gt;Le tutorat : Richesses d'une m&#233;thode p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, Bruxelles, De Boeck, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul, M. , &#171; L'accompagnement dans le champ professionnel &#187; (note de synth&#232;se), &lt;i&gt;Savoirs&lt;/i&gt;, 2009, n&#176; 20, p.11-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lepage, P. &amp; Romainville, M., 2009, cit&#233; dans Devillers, M. et Romainville, M. (2013). , &#171; Le tutorat de transition. Un soutien social adapt&#233; pour un enrichissement mutuel des acteurs &#187;, in Papi, C. (coord.), &lt;i&gt;Le tutorat de pairs dans l'enseignement sup&#233;rieur. Enjeux institutionnels, technop&#233;dagogiques, psychosociaux et communicationnels&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2013, p.23-36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Berzin, C., &#171; Tutorat de pairs et Plan r&#233;ussite en licence : Quelle perception par les &#233;tudiants du r&#244;le de tuteur ? &#187;, in Papi, C. (coord.), &lt;i&gt;Le tutorat de pairs dans l'enseignement sup&#233;rieur&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2013, p.37-56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport du jury de la conf&#233;rence de consensus &#171; R&#233;ussite et &#233;chec dans l'enseignement sup&#233;rieur. Quels &#233;clairages de la recherche ? &#187;, Conf&#233;rences de consensus : transformation p&#233;dagogique de l'enseignement sup&#233;rieur, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les dispositifs d'accompagnement que nous avons &#233;valu&#233;s n'ont b&#233;n&#233;fici&#233; qu'aux &#233;tudiants d&#233;j&#224; actifs dans leur parcours et volontaires pour &#234;tre accompagn&#233;s &#187;. Annoot, E., &#171; De l'accompagnement &#224; la p&#233;dagogie universitaire : quels enjeux pour la formation des enseignants-chercheurs ? &#187;, &lt;i&gt;Recherche et formation&lt;/i&gt;, 2014, 77, p.17-28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morlaix, S. &amp; Perret, C., &lt;i&gt;Essai de mesure des effets du Plan R&#233;ussite en Licence&lt;/i&gt;, Dijon, IREDU, coll. Les document de travail de l'IREDU, CIPE/IREDU-CNRS, 2012, p.20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cosnefroy, L., Hoffmann, C. &amp; Douady, J., &#171; L'accompagnement m&#233;thodologique &#187;, &lt;i&gt;Recherche et formation&lt;/i&gt;, 2014, 77, p.29-44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une conf&#233;rence de consensus regroupe des scientifiques et des acteurs de terrain. Elle favorise les &#233;changes sur les travaux de recherche et a pour objectif de d&#233;gager des conclusions fond&#233;es scientifiquement. Le consensus donne lieu &#224; des constats et recommandations r&#233;dig&#233;s par les acteurs de terrain apr&#232;s l'audition de chercheurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; R&#233;ussite et &#233;chec dans l'enseignement sup&#233;rieur. Quels &#233;clairages de la recherche ? &#187;, &lt;i&gt;Conf&#233;rences de consensus : transformation p&#233;dagogique de l'enseignement sup&#233;rieur&lt;/i&gt; (2015) ; CNESCO, &#171; Diff&#233;renciation p&#233;dagogique : comment adapter l'enseignement &#224; la r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves ? &#187;, &lt;i&gt;Dossier de synth&#232;se&lt;/i&gt;, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annoot, E., &#171; Le tutorat ou &#034;le temps suspendu&#034; &#187;, &lt;i&gt;Revue des sciences de l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, 2001, 27(2), p.383&#8211;402.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le lyc&#233;e modulaire : une alternative aux &#171; s&#233;ries &#187; du lyc&#233;e fran&#231;ais ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article285</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article285</guid>
		<dc:date>2018-01-20T17:22:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Le secteur Lyc&#233;es du SNES-FSU</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[&#192; l'heure o&#249; le d&#233;bat sur l'unification du syst&#232;me &#233;ducatif reprend de la vigueur dans la gauche politique et syndicale qui se prononce en faveur de la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans, la perspective minist&#233;rielle d'un lyc&#233;e modulaire ne devrait-elle pas &#234;tre appr&#233;ci&#233;e comme un pas vers une &#233;cole plus d&#233;mocratique, qui ne diviserait plus les &#233;l&#232;ves et ne s&#233;parerait plus les classes sociales ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le lyc&#233;e modulaire n'a en fait que les apparences d'une &#171; &#233;cole commune &#187;. Conjuguant proximit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH74/arton285-c1169.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='74' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[&#192; l'heure o&#249; le d&#233;bat sur l'unification du syst&#232;me &#233;ducatif reprend de la vigueur dans la gauche politique et syndicale qui se prononce en faveur de la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans, la perspective minist&#233;rielle d'un lyc&#233;e modulaire ne devrait-elle pas &#234;tre appr&#233;ci&#233;e comme un pas vers une &#233;cole plus d&#233;mocratique, qui ne diviserait plus les &#233;l&#232;ves et ne s&#233;parerait plus les classes sociales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lyc&#233;e modulaire n'a en fait que les apparences d'une &#171; &#233;cole commune &#187;. Conjuguant proximit&#233; spatiale et distance sociale, c'est une solution &#171; new management &#187;, intelligente et retorse, qui confie au libre jeu des choix individuels le soin d'assurer la s&#233;lection scolaire. Qui mieux qu'elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le minist&#232;re Blanquer d&#233;clare viser 100% de r&#233;ussite dans les apprentissages du lire-&#233;crire au CP. Qu'il associe cette entreprise &#224; une r&#233;forme du lyc&#233;e nous rappelle que, depuis les ann&#233;es 1960, tout progr&#232;s dans la scolarisation de masse s'est toujours accompagn&#233; de la mise en place dans les &#233;tages sup&#233;rieurs du cursus de voies de d&#233;rivation. C'est qu'il s'agit, comme le soulignaient alors de Gaulle et son ministre Berthoin, d'&#233;viter que les fili&#232;res nobles soient &#034;envahies&#034;. L'&#233;cole de masse doit rester une &#233;cole de classe, ce que lui garantit le lyc&#233;e modulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et merci au SNES-FSU qui nous permet de mettre &#224; disposition de nos lecteurs l'&#233;tude qui suit, concernant l'exp&#233;rience (probante) du lyc&#233;e modulaire anglais.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les s&#233;ries du lyc&#233;e fran&#231;ais sont r&#233;guli&#232;rement accus&#233;es &#171; d'enfermer &#187; les &#233;l&#232;ves dans une &#171; sp&#233;cialisation pr&#233;coce &#187; qui ne correspond pas forc&#233;ment &#224; leurs go&#251;ts (en termes de contenus disciplinaires), mais dont ils ne peuvent pas changer une fois qu'ils entament le cycle terminal. Les s&#233;ries sont &#233;galement accus&#233;es d'&#234;tre hi&#233;rarchis&#233;es, et ainsi d'enfermer les &#233;l&#232;ves dans des parcours in&#233;gaux, certains plus &#171; prestigieux &#187; que d'autres, &#171; ouvrant plus de portes &#187; que d'autres, etc. Bref, le lyc&#233;e organis&#233; en s&#233;ries serait &#224; la fois cloisonn&#233; et hi&#233;rarchis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, le &#171; lyc&#233;e modulaire &#187; ou &#171; lyc&#233;e &#224; la carte &#187; permettrait aux &#233;l&#232;ves de construire eux-m&#234;mes leur parcours de formation, de fa&#231;on plus souple et plus libre, en faisant des choix de formation plus divers. Les &#233;l&#232;ves ne seraient ainsi plus soumis aux &#171; hi&#233;rarchies &#187; des s&#233;ries et des disciplines, ne seraient plus enferm&#233;s dans des parcours plus ou moins prestigieux, puisqu'il n'y a plus de &#171; parcours oblig&#233;s &#187;. Ce &#171; libre choix &#187; du contenu de la formation par les &#233;l&#232;ves r&#233;soudrait donc le cloisonnement et la hi&#233;rarchisation des parcours que les s&#233;ries &#171; &#224; la fran&#231;aise &#187; provoqueraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans du lyc&#233;e modulaire proposent diverses variantes de ce type d'organisation, plus ou moins encadr&#233;es par des r&#232;gles, par des &#171; passages oblig&#233;s &#187;, des enseignements communs &#224; tous, etc. Ils ne pr&#244;nent pas tous le &#171; libre choix pur &#187;, certains proposant des modes d'organisation qui se rapprochent plus ou moins des s&#233;ries, en introduisant une dose plus ou moins forte de &#171; modularit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble int&#233;ressant de regarder ce qui se passe dans le cadre du &#171; lyc&#233;e &#187; britannique, car c'est un mod&#232;le presque &#171; pur &#187; de lyc&#233;e modulaire. Apr&#232;s l'examen du GCSE (&#224; 16 ans), les &#233;l&#232;ves peuvent continuer dans les &#233;tudes &#171; post-compulsory &#187;, dans diff&#233;rents types d'&#233;coles secondaires qu'on appellera &#171; lyc&#233;e &#187; (Grammar schools, Comprehensive schools, Independent schools, etc.). Ils doivent alors choisir librement les disciplines qu'ils vont &#233;tudier pendant un an ou deux : d'abord 4 ou 5 disciplines pour le &#171; AS level &#187;, puis 3 disciplines (ou plus) pour le &#171; A2 level &#187;, qui aboutissent &#224; un &#171; GCE A level &#187; complet. On est donc dans le cadre d'un &#171; lyc&#233;e &#187; tr&#232;s fortement &#171; modulaire &#187;, sans r&#233;elle contrainte autre que les disciplines disponibles dans l'&#233;tablissement fr&#233;quent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'organisation est donc cens&#233; permettre de d&#233;passer les probl&#232;mes de cloisonnement et de hi&#233;rarchisation des s&#233;ries &#224; la fran&#231;aise. En r&#233;alit&#233;, on peut montrer que c'est tout sauf le cas : s'il n'est pas possible de dire que le lyc&#233;e &#171; &#224; la carte &#187; serait davantage cloisonn&#233; et hi&#233;rarchis&#233; que le lyc&#233;e &#171; en s&#233;ries &#187;, en revanche, ce qui semble tr&#232;s net, c'est qu'il ne l'est pas moins !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un lyc&#233;e &#171; &#224; la carte &#187;... tr&#232;s rigide !
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'une organisation du lyc&#233;e puisse &#233;viter &#171; d'enfermer &#187; les &#233;l&#232;ves dans une &#171; sp&#233;cialisation pr&#233;coce &#187;, une voie de formation &#171; cloisonn&#233;e &#187;, il faudrait que l'&#233;l&#232;ve puisse changer de champs disciplinaires &#233;tudi&#233;s d'une ann&#233;e sur l'autre. Or ce n'est absolument pas possible en Grande-Bretagne : si l'&#233;l&#232;ve a le choix des disciplines &#233;tudi&#233;es en AS level (year 12), les disciplines qu'il &#233;tudiera l'ann&#233;e suivante (pour le A2 level) ne peuvent &#234;tre choisies que parmi celles qu'il a &#233;tudi&#233;es pour le AS level ! Il est strictement impossible, par exemple, de choisir &#171; histoire &#187; ou &#171; math&#233;matiques &#187; pour le A2 level (year 13) si on n'a pas &#233;tudi&#233; ces disciplines pour le AS level (year 12). D'ailleurs, les programmes des disciplines sont souvent pens&#233;s en continuit&#233; : le contenu disciplinaire des cours pour le A2 level suppose les acquis du AS level... un peu comme les programmes de terminale supposent d'avoir suivi les cours de 1&#232;re, en France...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en r&#233;alit&#233;, la &#171; voie de formation &#187; de chaque lyc&#233;en est certes construite par le lyc&#233;en... mais une fois les disciplines choisies pour le AS level, il n'est plus possible de modifier sa formation ult&#233;rieurement (autrement qu'en abandonnant une des disciplines &#233;tudi&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lyc&#233;e modulaire, tel qu'il se pratique en Grande Bretagne, est donc en r&#233;alit&#233; tr&#232;s cloisonnant, sans doute davantage qu'en France (&#233;tant donn&#233; le faible nombre de disciplines &#233;tudi&#233;es par chaque &#233;l&#232;ve). Il enferme tr&#232;s t&#244;t les &#233;l&#232;ves dans une sp&#233;cialisation disciplinaire pr&#233;coce. Et d'ailleurs, peut-il en &#234;tre autrement ? Peut-on imaginer de &#171; reprendre les maths ou l'histoire &#187; (ou autre) pour le bac en terminale, si on a arr&#234;t&#233; les maths ou l'histoire (ou autre) en 1&#232;re ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;galement noter, sur ce point, que si formellement le nombre de disciplines &#171; au choix &#187;, et donc le nombre de combinaisons de disciplines possibles, sont tr&#232;s &#233;lev&#233;s, en r&#233;alit&#233; les choix techniquement possibles sont d&#233;finis, tout simplement, par l'offre de chaque lyc&#233;e. Et &#233;videmment, tous les lyc&#233;es n'offrent pas toutes les disciplines !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Des choix vraiment &#171; libres &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Formellement, donc, chaque &#233;l&#232;ve est &#171; libre &#187; de &#171; choisir &#187; ses disciplines pour composer son cursus de formation au lyc&#233;e &#171; &#224; la carte &#187; - dans les limites rappel&#233;es ci-dessus. Mais de mani&#232;re tr&#232;s peu surprenante, on constate que les choix de disciplines sont en r&#233;alit&#233; tr&#232;s nettement influenc&#233;s par un certain nombre de &#171; variables &#187; sociales tout &#224; fait classique : le sexe, le niveau scolaire, le type d'&#233;tablissement, la classe sociale... Autrement dit, laisser les &#233;l&#232;ves &#171; libres &#187; de choisir leurs disciplines, c'est en grande partie laisser des d&#233;terminismes sociaux et scolaires jouer librement sur les choix individuels.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note : tous les tableaux et toutes les donn&#233;es sont issues de divers dossiers r&#233;alis&#233;s par Cambridge Assessment, organisme priv&#233; britannique, sur la base du National Pupil DataBase, en 2014/2015. Voir en particulier le dossier &#171; uptake of GCE A level subjects 2014 &#187;, Statistics report series n&#176;82, avril 2015, sur le site &lt;a href=&#034;http://www.cambridgeassessment.org.uk/our-research/all-published-resources/statistical-reports/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cambridgeassessment.org.uk/our-research/all-published-resources/statistical-reports/&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;On retrouve, comme en France, des diff&#233;rences tr&#232;s nettes entre filles et gar&#231;ons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des parcours est plus forte pour les filles que pour les gar&#231;ons, puisque les 10 combinaisons de disciplines1 les plus fr&#233;quentes repr&#233;sentent 22% des choix des gar&#231;ons, et 14,2% des choix des filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les 10 combinaisons de disciplines les plus fr&#233;quentes chez les gar&#231;ons, 10 contiennent au moins 2 disciplines scientifiques (et 7 ne contiennent que des disciplines scientifiques) ; aucune ne contient de discipline litt&#233;raire. Sur les 10 combinaisons les plus fr&#233;quentes chez les filles, seules 6 contiennent au moins une discipline scientifique ; 8 contiennent au moins une discipline litt&#233;raire ou une discipline de sciences sociales ; 4 ne contiennent aucune discipline scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re plus fine, on retrouve, comme en France, un &#171; clivage de genre &#187; tr&#232;s classique dans le &#171; choix &#187; d'un certain nombre de disciplines :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_266 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH192/capture_d_e_cran_2018-01-20_a_13.13.31-3c38e.png?1790689107' width='500' height='192' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lecture : 20,1% des filles choisissent les math&#233;matiques pour le A2 level, contre 37,9% des gar&#231;ons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;Les choix de disciplines sont &#233;galement influenc&#233;s par le type d'&#233;tablissement fr&#233;quent&#233; par les lyc&#233;ens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut opposer, pour simplifier, les &#171; grammar schools &#187;, qui sont s&#233;lectives et cherchent &#224; accueillir de &#171; bons &#233;l&#232;ves &#187; pour leur offrir des formations ambitieuses, et les &#171; comprehensive schools &#187;, qui ont une moins bonne r&#233;putation, accueillent les &#233;l&#232;ves sans s&#233;lection, et sont souvent per&#231;ues comme moins &#171; ambitieuses &#187;. Les &#233;l&#232;ves des &#171; grammar schools &#187; choisissent plus souvent math&#233;matiques, biologie, chimie, physique, &#233;conomie... Les &#233;l&#232;ves de &#171; comprehensive schools &#187; choisissent plus souvent des disciplines artistiques (photographie, design), des disciplines de sciences sociales (sociologie, psychologie), des disciplines culturelles (media / film studies).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_267 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH243/capture_d_e_cran_2018-01-20_a_13.19.26-792c7.png?1790689108' width='500' height='243' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lecture : 25,1% des &#233;l&#232;ves des comprehensive schools choisissent les math&#233;matiques, contre 44,1% des &#233;l&#232;ves des grammar school.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit au passage que visiblement, les scolarit&#233;s dans les comprehensive schools semblent plus &#171; diverses &#187; et plus &#171; &#233;clat&#233;es &#187; que dans les grammar schools : mais est-ce une plus grande &#171; richesse &#187; de l'offre de disciplines, ou plut&#244;t le signe que les grammar schools (ou en tout cas les &#233;l&#232;ves de grammar schools) se concentrent sur les disciplines les plus &#171; prestigieuses &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On note &#233;galement que, si formellement, les lyc&#233;ens doivent choisir trois disciplines pour leur derni&#232;re ann&#233;e d'&#233;tude, ils peuvent en choisir plus ou moins. Mais l&#224; encore, le type d'&#233;tablissement fait des diff&#233;rences : si 31,6% des lyc&#233;ens des comprehensive schools ne prennent qu'une ou deux disciplines, ce n'est le cas que de 5,9% des lyc&#233;ens des grammar schools (soit 6 fois moins). A l'inverse, seuls 11% des lyc&#233;ens de comprehensive schools suivent 4 disciplines ou plus, contre 31,8% des &#233;l&#232;ves de grammar schools (soit trois fois plus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;Le niveau scolaire des &#233;l&#232;ves influence fortement les choix de disciplines...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir les choix des &#233;l&#232;ves en fonction de leur niveau aux examens du GCSE : &#233;l&#232;ves &#171; faibles &#187;, &#171; moyens &#187; ou &#171; bons &#187;. De mani&#232;re tr&#232;s pr&#233;visible, ces cat&#233;gories d'&#233;l&#232;ves ne font pas les m&#234;mes choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, plus leur niveau de d&#233;part est &#233;lev&#233;, plus ils suivent un nombre important de cours : seuls 4,9% des lyc&#233;ens de bon niveau ne suivent que un ou deux cours, contre 53,1% des &#233;l&#232;ves de niveau faible (soit 10 fois plus !). A l'inverse, 27,2% des &#233;l&#232;ves de bon niveau suivent 4 cours ou davantage, contre seulement 4,6% des &#233;l&#232;ves faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les disciplines choisies ne sont pas les m&#234;mes. Par exemple, sur 100 &#233;l&#232;ves &#171; bons &#187;, seulement 15 choisissent au moins une discipline artistique, alors que 73 choisissent au moins une discipline scientifique ; &#224; l'inverse, 43% des &#233;l&#232;ves &#171; faibles &#187; choisissent au moins une discipline artistique, et seulement 26% choisissent au moins une discipline scientifique. Les rapports sont donc de 1 &#224; 3 pour les deux choix... Autrement dit, les &#233;l&#232;ves d'un bon niveau choisissent massivement des disciplines scientifiques, alors que les &#233;l&#232;ves faibles s'en d&#233;tournent : est-ce si diff&#233;rent du syst&#232;me des s&#233;ries fran&#231;ais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir les choses de mani&#232;re plus fine en voyant les choix sp&#233;cifiques de disciplines en fonction du niveau des &#233;l&#232;ves, et les choses sont claires et confirment tout simplement l'existence de hi&#233;rarchies symboliques entre disciplines en Grande Bretagne : certaines disciplines sont davantage choisies par les bons &#233;l&#232;ves, d'autres par les &#233;l&#232;ves faibles... comme en France.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_268 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L498xH202/capture_d_e_cran_2018-01-20_a_17.22.05-97e1c.png?1790689108' width='498' height='202' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lecture : 7,7% des &#233;l&#232;ves faibles choisissent les math&#233;matiques, contre 23,8% des &#233;l&#232;ves moyens, et 50,8% des &#233;l&#232;ves bons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; Enfin, &lt;strong&gt;la classe sociale d'origine des &#233;l&#232;ves a une influence sur leur choix de disciplines&lt;/strong&gt; : le syst&#232;me modulaire ne fait pas dispara&#238;tre l'effet des in&#233;galit&#233;s sociales sur les parcours scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re peu surprenante, les enfants issus des cat&#233;gories sup&#233;rieures (higher managerial et higher professional) choisissent plus souvent des disciplines scientifiques (et exclusivement ces disciplines), ou encore l'histoire, que les &#233;l&#232;ves issus des cat&#233;gories populaires ou de classes moyennes. M&#234;me si les diff&#233;renciations sont plus subtiles, on retrouve donc l'influence de la classe sociale sur les choix de parcours...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conna&#238;tre son orientation post-bac d&#232;s la fin du coll&#232;ge ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les choix individuels de disciplines sont donc, on vient de le voir, fortement d&#233;termin&#233;s par des variables sociales et scolaires : la &#171; libert&#233; de choix &#187; est en r&#233;alit&#233; la porte ouverte &#224; l'action des d&#233;terminismes sociaux, et si on reproche aux s&#233;ries d'entretenir les in&#233;galit&#233;s sociales de parcours scolaires, alors clairement le lyc&#233;e modulaire est tout sauf une solution &#224; ce probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;Se renseigner sur les &#171; pr&#233;requis / attendus &#187; des universit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lyc&#233;e modulaire demande aussi aux &#233;l&#232;ves qui sortent de &#171; coll&#232;ge &#187; (qui ont donc 16 ans) d'avoir une id&#233;e d&#233;j&#224; tr&#232;s claire de ce que sera leur orientation &#171; post-bac &#187; (apr&#232;s le A-level). En effet, les universit&#233;s proposent des formations en pr&#233;cisant les &#171; pr&#233;requis &#187; (&#171; qualification requirements &#187;) en termes de disciplines choisies comme A-level (et en termes de niveau atteint dans ces disciplines). Elles s&#233;lectionnent ensuite les &#233;l&#232;ves en fonction du cursus suivi et du cursus demand&#233;. Chaque lyc&#233;en doit donc se renseigner, avant de choisir quelles disciplines il &#233;tudiera en AS et A2, sur les attentes des universit&#233;s qu'il vise, pour les cours universitaires qu'il vise. Faire les &#171; mauvais &#187; choix, c'est se fermer les portes de l'universit&#233; deux ans plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait pas compl&#232;tement : si au moment de candidater, le lyc&#233;en se rend (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attend donc des lyc&#233;ens, d&#232;s leur entr&#233;e au lyc&#233;e, qu'ils aient une id&#233;e d&#233;j&#224; tr&#232;s claire de l'emploi qu'ils veulent exercer, pour savoir quelle formation universitaire demander, et ainsi d&#233;cider des disciplines qu'il faudra &#233;tudier pendant les deux ann&#233;es de AS et A2. S'agit-il l&#224; vraiment des meilleures conditions pour permettre une sp&#233;cialisation progressive, une construction des choix d'orientation apais&#233;e, qui prenne le temps n&#233;cessaire &#224; la maturation des projets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; pr&#233;requis &#187; sont tr&#232;s diff&#233;rents d'une universit&#233; &#224; l'autre. Par exemple, un lyc&#233;en qui envisage d'&#233;tudier la biologie &#224; l'universit&#233; se retrouvera face &#224; une offre de formations aux &#171; attendus &#187; tr&#232;s diff&#233;rents (on n'a pris que 3 exemples, tir&#233;s du site UCAS, &#233;quivalent d'APB&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;; on trouve sur ce site la description de chaque formation (lieu, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) :&lt;br class='autobr' /&gt;
Biological Sciences University of Birmingham&lt;br class='autobr' /&gt;
Qualification requirements&lt;br class='autobr' /&gt;
A level&lt;br class='autobr' /&gt;
AAB &lt;br class='autobr' /&gt;
A level Biology/Human Biology and a second science&#176;. Minimum of five GCSEs to include Mathematics, English and double award science at grade C. &#176;Subjects accepted as 'second science' : Chemistry, Mathematics (or Further Mathematics or Statistics), Physics, Geography, Geology, Psychology. Specified subjects excluded for entry : General Studies, Critical Thinking, Citizenship Studies, Applied Science, Communication and Culture, Critical Studies, Global Perspectives, Science in Society, Use of Maths and World Development.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Biological Sciences University of Essex&lt;br class='autobr' /&gt;
Qualification requirements&lt;br class='autobr' /&gt;
A level&lt;br class='autobr' /&gt;
BCC &lt;br class='autobr' /&gt;
Including Biology grade B. Pass required in science practical element of A-level Biology.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Biological Sciences University of Edinburgh&lt;br class='autobr' /&gt;
Qualification requirements&lt;br class='autobr' /&gt;
A level&lt;br class='autobr' /&gt;
AAA - ABB &lt;br class='autobr' /&gt;
Minimum entry requirement : ABB in one sitting, to include Biology and Chemistry ; Grade A is required in one of Biology, Chemistry, Mathematics or Physics. GCSEs : English at Grade B or 6. Mathematics or Physics at Grade B or 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit d&#233;j&#224; que certaines universit&#233;s ont des exigences fortes (Birmingham, Edinburgh) : notes &#233;lev&#233;es au A level, notes du GCSE (Brevet), disciplines exig&#233;es, disciplines interdites... gare aux erreurs de parcours que l'on d&#233;couvre trop tard... D'autres ont des exigences plus faibles pour la m&#234;me formation (Essex : notes &#171; BCC &#187;). Sans doute un effet ou une preuve de la hi&#233;rarchie entre universit&#233;s, certaines pouvant se payer le luxe de s&#233;lectionner leurs &#233;tudiants, d'autres moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;Que faire si on ne sait pas quoi faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs de l'orientation et de l'&#233;ducation ont bien conscience, cela dit, que demander aux jeunes lyc&#233;ens de savoir exactement ce qu'ils voudront &#233;tudier plus tard peut poser probl&#232;me. Un groupement d'universit&#233;s qui se pr&#233;sente comme &#171; leading universities &#187; (dont Cambridge et Oxford), le groupe &#171; Russell Universities &#187;, &#233;dite donc un guide pour faire des &#171; informed choices &#187;, dans lequel cette situation est &#233;voqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-il conseill&#233; aux lyc&#233;ens qui ne savent pas ce qu'ils voudront faire plus tard ? Tout simplement de choisir d'&#233;tudier des &#171; facilitating subjects &#187; pour leur A-level. Ces disciplines sont celles qui sont le plus souvent requises par les universit&#233;s, et donc il est conseill&#233; aux lyc&#233;ens &#171; dans le doute &#187; de construire leur parcours &#224; partir de ces disciplines, ce qui leur garantit les meilleures chances ult&#233;rieures d'orientation r&#233;ussie. Et quelles sont ces disciplines &#171; facilitantes &#187;, ces disciplines &#171; qui ouvrent toutes les portes &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt; -math&#233;matiques&lt;br class='autobr' /&gt; -litt&#233;rature anglaise&lt;br class='autobr' /&gt; -physique&lt;br class='autobr' /&gt; -chimie&lt;br class='autobr' /&gt; -biologie&lt;br class='autobr' /&gt; -langues vivantes&lt;br class='autobr' /&gt; -g&#233;ographie&lt;br class='autobr' /&gt; -histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#171; surprenant &#187; de constater que ce lyc&#233;e modulaire qui, sur le papier, autorise tous les choix et toutes les combinaisons, en r&#233;alit&#233;, favorise un petit nombre de disciplines... Dont la combinaison compl&#232;te ressemble &#224; s'y m&#233;prendre au contenu de la s&#233;rie S, en France ! S&#233;rie souvent vue par les &#233;l&#232;ves et les parents comme &#171; ouvrant toutes les portes &#187;... Et le lyc&#233;e modulaire ferait tomber les hi&#233;rarchies entre s&#233;ries ?... Et donnerait toute libert&#233; de choix aux &#233;l&#232;ves ?... Il suffit d'ailleurs de lire le guide du Russell Group de mani&#232;re plus d&#233;taill&#233;e pour voir que ces universit&#233;s donnent des &#171; combinaisons &#187; de discipline &#224; suivre, plus sp&#233;cifiquement, pour chaque voie universitaire envisag&#233;e. Et on &#233;voque une plus grande libert&#233; de choix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce titre, on peut revenir aux donn&#233;es statistiques concernant les choix de disciplines, et les combinaisons entre ces disciplines. Certes, la multiplicit&#233; des combinaisons fait qu'on ne trouve pas l'&#233;quivalent d'une &#171; s&#233;rie S &#187; hyper-dominante, car la combinaison de disciplines la plus fr&#233;quente ne repr&#233;sente que 5,8% des &#233;l&#232;ves, et ensemble, les 10 combinaisons les plus fr&#233;quentes ne repr&#233;sentent que 16,6% des &#233;l&#232;ves. En ce sens, il semble bien y avoir une diversit&#233; de parcours plus grande, et des parcours plus individualis&#233;s, que dans le cadre des s&#233;ries fran&#231;aises. Mais s'en tenir l&#224; est trompeur :&lt;br class='autobr' /&gt; -sur les 10 combinaisons les plus fr&#233;quentes, 7 contiennent uniquement des disciplines scientifiques (math&#233;matiques, chimie, physique, biologie, math&#233;matiques renforc&#233;es) ;&lt;br class='autobr' /&gt; -sur les 10 combinaisons les plus fr&#233;quentes, une seule ne contient aucune discipline scientifique (english literature ; history ; psychology), combinaison qui n'est prise que par 0,7% des lyc&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, les disciplines scientifiques sont tr&#232;s clairement dominantes en termes num&#233;riques par rapport aux champs litt&#233;raires, artistiques, des sciences sociales ou de la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;Parcours d'initi&#233;s et &#171; libert&#233; de choix &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNES a souvent point&#233; le risque que, dans un lyc&#233;e modulaire, des &#171; parcours d'initi&#233;s &#187; plus ou moins implicites se forment, ce qui ne changerait rien &#224; la hi&#233;rarchie des disciplines et s&#233;ries que l'on peut reprocher au syst&#232;me fran&#231;ais, mais la rendrait plus insidieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe &#171; Russell Universities &#187; explique aux &#233;l&#232;ves que non seulement les universit&#233;s peuvent exiger d'avoir suivi telle ou telle discipline, et d'avoir obtenu telle ou telle note, mais qu'elles peuvent aussi, parfois, refuser de prendre en compte les dossiers qui incluent le suivi de telle ou telle discipline. Dans les exemples ci-dessus, l'universit&#233; de Birmingham est dans ce cas : certains &#171; A level &#187; sont consid&#233;r&#233;s comme &#171; non-acceptables &#187;, et donc un &#233;l&#232;ve qui postulerait en ayant suivi un de ces cours verrait son dossier refus&#233; par principe. Ainsi, par exemple, un &#233;l&#232;ve ayant fait biologie, chimie, et &#171; general studies &#187; se verrait refuser l'admission, car &#171; general studies &#187;, bien que donnant lieu &#224; un &#171; A level &#187;, n'est pas consid&#233;r&#233; comme un &#171; A level &#187; de niveau acceptable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des parcours d'initi&#233;s, et des parcours pour ceux qui ne savaient pas, qui n'avaient pas eu la bonne information. Mais la responsabilit&#233; leur en incombe, puisqu'ils n'ont pas fait les d&#233;marches n&#233;cessaires pour se renseigner sur les &#171; attendus &#187; de chaque universit&#233; ! Au passage, on voit &#224; quel point ce type de pratique va &#224; l'encontre de l'id&#233;e m&#234;me de libert&#233; de choix, et de lyc&#233;e &#171; &#224; la carte &#187; : malheur &#224; celui ou celle qui a voulu &#171; diversifier &#187; ses disciplines sans savoir qu'ainsi, il se fermait des portes ! On pourrait tout &#224; fait dire que les s&#233;ries fran&#231;aises, parce qu'elles sont plus larges, parce qu'elles incluent davantage de disciplines, permettent en r&#233;alit&#233; un choix bien plus large et bien moins risqu&#233; pour les &#233;l&#232;ves ! Elles leur permettent de poursuivre une formation disciplinaire large, sans risque de voir leur poursuite d'&#233;tudes bloqu&#233;e par un &#171; mauvais choix &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;En fin de compte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, un lyc&#233;e &#171; purement &#187; modulaire o&#249; les &#233;l&#232;ves choisissent leurs formations ne fait en rien dispara&#238;tre les hi&#233;rarchies de &#171; prestige &#187; entre les disciplines (au b&#233;n&#233;fice des disciplines scientifiques), ni les in&#233;galit&#233;s de choix d'orientation entre les &#233;l&#232;ves, en fonction du genre, de la classe sociale, du niveau scolaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;senter le lyc&#233;e modulaire comme une solution aux in&#233;galit&#233;s et aux hi&#233;rarchies qui seraient intimement li&#233;es &#224; l'organisation du lyc&#233;e en &#171; s&#233;ries &#187; est donc au mieux fallacieux, au pire mensonger. L'orientation selon la voie ou la s&#233;rie, en France, fait appara&#238;tre des hi&#233;rarchies entre s&#233;ries et disciplines, et des in&#233;galit&#233;s entre &#233;l&#232;ves, c'est un fait connu. Mais on retrouve les m&#234;mes in&#233;galit&#233;s dans un lyc&#233;e modulaire. Peut-&#234;tre de mani&#232;re plus &#171; dilu&#233;e &#187;, moins visible (et donc plus pernicieuse), mais jusqu'&#224; preuve du contraire, pas de mani&#232;re moins forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera pour finir que, si le lyc&#233;e modulaire &#171; pur &#187;, le plus &#233;loign&#233; dans son esprit des &#171; s&#233;ries &#187;, ne r&#232;gle pas les probl&#232;mes qu'on reproche &#224; ces s&#233;ries, alors on ne voit pas comment un lyc&#233;e modulaire plus &#171; cadr&#233; &#187;, moins &#233;loign&#233; du syst&#232;me des s&#233;ries, pourrait le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en tout cas en finir avec l'id&#233;e selon laquelle le lyc&#233;e modulaire serait un gage de libert&#233; de choix pour les &#233;l&#232;ves : c'est en r&#233;alit&#233; tout le contraire !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait pas compl&#232;tement : si au moment de candidater, le lyc&#233;en se rend compte, soit qu'il n'a pas suivi les bonnes disciplines, soit qu'il n'a pas les notes suffisantes, il pourra parfois &#234;tre accueilli en &#171; foundation year &#187;, c'est-&#224;-dire admis sous condition : il devra suivre une ann&#233;e de remise &#224; niveau...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ucas.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ucas.com&lt;/a&gt; ; on trouve sur ce site la description de chaque formation (lieu, organisation, co&#251;t, pr&#233;requis, etc.), et les &#233;l&#232;ves passent par cette plateforme pour candidater.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un bac de culture commune pour l'Universit&#233;</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article262</link>
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		<dc:date>2017-10-06T15:04:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Hugr&#233;e, Jos&#233; Tovar, Tristan Poullaouec</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>Universit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quels que soient les milieux sociaux, une large majorit&#233; des parents souhaite que leurs enfants poursuivent des &#233;tudes sup&#233;rieures. Plus de la moiti&#233; des bacheliers vise un bac +5. Et voici qu'arrivent dans l'enseignement sup&#233;rieur les g&#233;n&#233;rations nombreuses du d&#233;but des ann&#233;es 2000 : si rien ne change, ce sont 350 000 &#233;tudiants suppl&#233;mentaires qui se profilent &#224; l'horizon 2025. &#192; l'&#233;vidence, les capacit&#233;s d'accueil actuelles ne permettraient pas d'y faire face, m&#234;me en retoilettant le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot32" rel="tag"&gt;&#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot33" rel="tag"&gt;Universit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH113/arton262-58464.jpg?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff262.jpg?1790685250&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quels que soient les milieux sociaux, une large majorit&#233; des parents souhaite que leurs enfants poursuivent des &#233;tudes sup&#233;rieures. Plus de la moiti&#233; des bacheliers vise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Juliette Ponceau, Eric Chan-Pang-Fong, &#034;Apr&#232;s le bac ? Choix d'orientation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; un bac +5. Et voici qu'arrivent dans l'enseignement sup&#233;rieur les g&#233;n&#233;rations nombreuses du d&#233;but des ann&#233;es 2000 : si rien ne change, ce sont 350 000 &#233;tudiants suppl&#233;mentaires qui se profilent &#224; l'horizon 2025. &#192; l'&#233;vidence, les capacit&#233;s d'accueil actuelles ne permettraient pas d'y faire face, m&#234;me en retoilettant le syst&#232;me d'Admission Post Bac ou en supprimant le tirage au sort dans les fili&#232;res o&#249; la demande exc&#232;de l'offre de places.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il alors &#171; arr&#234;ter de faire croire &#224; tout le monde que l'universit&#233; est la solution pour tout le monde &#187; ? La formule d'Emmanuel Macron n'a rien de courageux, ni de nouveau : il n'est ni le premier, ni le dernier &#224; vouloir d&#233;tourner la jeunesse populaire des &#233;tudes longues. Pour les lib&#233;raux, l'occasion est trop belle d'instaurer enfin la s&#233;lection &#224; l'universit&#233;, sous une forme ou une autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;vu pour y accueillir convenablement ces nouveaux &#233;tudiants. Tout au contraire, 10 ans de loi P&#233;cresse n'ont conduit qu'&#224; r&#233;duire l'offre de formation, diminuer le nombre d'enseignants-chercheurs et &#233;tendre la pr&#233;carit&#233; parmi les personnels, sans am&#233;liorer la r&#233;ussite en licence. Et le gouvernement d'annuler cet &#233;t&#233; 331 millions d'euros de cr&#233;dits pour l'enseignement sup&#233;rieur et la recherche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les universit&#233;s n'ont pas trop d'&#233;tudiants : elles manquent cruellement de moyens. Veut-on vraiment am&#233;liorer l'accueil et la r&#233;ussite des &#233;tudiants en premier cycle ? Aujourd'hui, moins d'un tiers des enfants des classes populaires obtient un dipl&#244;me d'enseignement sup&#233;rieur, contre les deux tiers des enfants de cadres et de professions interm&#233;diaires. Qu'on le veuille ou non, c'est &#224; l'universit&#233; que se retrouve la grande majorit&#233; des bacheliers d'origine populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristan Poullaouec, C&#233;dric Hugr&#233;e, &#171; Qui sont les &#233;tudiants d'origine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les in&#233;galit&#233;s ne peuvent pas &#234;tre gliss&#233;es sous le tapis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore faut-il en prendre la mesure, dans les parcours et les niveaux d'acquisition des &#233;tudiants, de fait tr&#232;s contrast&#233;s. Trop de bacheliers, en effet, ne disposent pas des connaissances et des techniques de travail suffisantes pour r&#233;ussir sans encombres leurs &#233;tudes universitaires. Certains enseignants-chercheurs estiment pouvoir restaurer leurs conditions de travail en les &#233;cartant des premiers cycles universitaires, parfois m&#234;me au nom de leur attachement au service public. Nous pensons au contraire qu'il est urgent et possible de pr&#233;venir ces difficult&#233;s d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://publication.enseignementsup-recherche.gouv.fr/eesr/10/illustration-EESR10_ES_21-2-diplomes_de_l_enseignement_superieur_des_jeunes_ages_de_25_a_29_ans_en_fonction_du_milieu_social_en_2003_2005_et_2013_2015.php&#034; width=&#034;500px&#034; height=&#034;700px&#034; frameborder=&#034;0&#034; id=&#034;EESR10_ES_21-2&#034; scrolling=&#034;auto&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, se focaliser, comme Olivier Beaud et Fran&#231;ois Vatin (&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/09/11/arretons-de-penser-que-l-universite-est-la-solution-pour-tout-le-monde_5183825_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde, 11.09.2017&lt;/a&gt;), sur les difficult&#233;s r&#233;elles des bacheliers professionnels est trompeur, car ils s'inscrivent rarement &#224; l'universit&#233;. Deuxi&#232;mement, dans un enseignement sup&#233;rieur de plus en plus hi&#233;rarchis&#233;, les orientations &#171; par d&#233;faut &#187; ne sont pas plus fr&#233;quentes en Licence qu'en IUT ou en BTS. Troisi&#232;mement, les &#233;tudiants d'origine populaire qui d&#233;crochent une licence sont le plus souvent des bacheliers g&#233;n&#233;raux. Issus des classes populaires ou pas, ce dont ont besoin les &#233;tudiants pour s'approprier les savoirs universitaires sont des connaissances et des m&#233;thodes in&#233;galement transmises dans l'enseignement primaire et secondaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
En conditionnant l'acc&#232;s &#224; certaines fili&#232;res au suivi de certains enseignements au lyc&#233;e et aux notes obtenues au bac ou en terminale, l'instauration de &#171; pr&#233;requis &#187; n'a que l'apparence du bon sens. Laisserait-on chaque universit&#233; d&#233;finir ses pr&#233;requis en fonction des cursus propos&#233;s ? Rien de tel pour renforcer la concurrence entre &#233;tablissements, entre fili&#232;res. De plus, ce n'est pas vraiment en vertu de la sp&#233;cialit&#233; de leur bac que les bacheliers g&#233;n&#233;raux r&#233;ussissent le mieux, quelle que soit la fili&#232;re : c'est d'abord parce qu'ils ont b&#233;n&#233;fici&#233; des meilleurs apprentissages de l'&#233;cole primaire jusqu'au lyc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc concevoir ensemble la transformation des premiers cycles universitaires, la lutte contre la s&#233;gr&#233;gation dans l'enseignement sup&#233;rieur et la refonte du baccalaur&#233;at. Le gouvernement veut prolonger la s&#233;gr&#233;gation actuelle entre les fili&#232;res du bac par une s&#233;gr&#233;gation renforc&#233;e entre les fili&#232;res du sup&#233;rieur : davantage de bacheliers professionnels en BTS, davantage de bacheliers technologiques en IUT, en esp&#233;rant davantage de bacheliers g&#233;n&#233;raux &#224; l'universit&#233;&#8230; mais sans toucher aux moyens accord&#233;s aux classes pr&#233;paratoires, qui permettent aux plus favoris&#233;s d'esquiver les premiers cycles universitaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne sortira pas de l'impasse actuelle sans un vaste plan d'investissement public pour les universit&#233;s. En ramenant le montant du tr&#232;s d&#233;cri&#233; Cr&#233;dit d'Imp&#244;t Recherche offert aux entreprises &#224; son niveau de 2007, avant sa refonte par Val&#233;rie P&#233;cresse et Nicolas Sarkozy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration, septembre 2013 ; L'Humanit&#233;, avril 2015 ; Le Monde, septembre 2016&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on disposerait d'une premi&#232;re enveloppe de 4 milliards d'euros, qui permettrait &#224; la fois de relancer les financements p&#233;rennes de la recherche publique et de rouvrir le chantier d'une formation intellectuelle exigeante pour tous les &#233;tudiants. Mais on ne combattra pas non plus efficacement l'&#233;chec en premier cycle sans conduire tous les lyc&#233;ens vers un haut niveau de culture commune, &#224; la fois litt&#233;raire, scientifique et technologique. C'est pourquoi il faut mettre en d&#233;bat la proposition d'un bac de culture commune comme issue normale d'un &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article94' class=&#034;spip_in&#034;&gt;lyc&#233;e unifi&#233;&lt;/a&gt;, permettant aux futurs bacheliers de faire de vrais choix d'orientation dans l'enseignement sup&#233;rieur sans remettre en cause leur droit &#224; la poursuite d'&#233;tude. Cet objectif fait partie du &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131' class=&#034;spip_in&#034;&gt;projet d'&#233;cole commune&lt;/a&gt; &#233;labor&#233; par le GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://twitter.com/share&#034; class=&#034;twitter-share-button&#034; data-url=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article262&#034; data-via=&#034;G_R_D_S&#034; data-size=&#034;large&#034;&gt;Tweet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2017/03/4/NI_17.01_-_Apres_le_bac_(panel_bacheliers_2014)_697034.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Juliette Ponceau, Eric Chan-Pang-Fong, &#034;Apr&#232;s le bac ? Choix d'orientation et entr&#233;e dans l'enseignement sup&#233;rieur des bacheliers 2014&#034;, Note d'information, n&#176;17.01, MENSR, 2017&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tristan Poullaouec, C&#233;dric Hugr&#233;e, &#171; Qui sont les &#233;tudiants d'origine populaire ? &#187;, in Coulangeon P., Galland O. et Vourch R., &lt;i&gt;Mondes &#233;tudiants&lt;/i&gt;, La Documentation fran&#231;aise, 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://sciences.blogs.liberation.fr/2013/09/18/credit-dimpot-recherche-la-gabegie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lib&#233;ration, septembre 2013&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/les-milliards-envoles-du-credit-impot-recherche-571624&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Humanit&#233;, avril 2015&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/06/qui-profite-du-credit-d-impot-recherche_4993109_4355770.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde, septembre 2016&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelle finalit&#233; pour l'&#233;cole ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article238</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article238</guid>
		<dc:date>2017-01-10T10:42:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le rapport de France Strat&#233;gie publi&#233; en septembre 2016 et intitul&#233; &#171; Quelle finalit&#233; pour l'&#233;cole ? &#187; m&#233;rite attention et r&#233;flexion &#224; un double titre. D'une part en ce que la question &#224; laquelle il entend r&#233;pondre, celle des objectifs de la scolarisation, est aussi primordiale que rarement soulev&#233;e dans le d&#233;bat public, au point qu'il faille &#224; chaque fois d&#233;crypter la repr&#233;sentation implicite des missions de l'&#233;cole qui sous-tend chaque intervention dans ce d&#233;bat, et chaque mesure de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH78/arton238-dc07d.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='78' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le rapport de France Strat&#233;gie publi&#233; en septembre 2016 et intitul&#233; &#171; Quelle finalit&#233; pour l'&#233;cole ? &#187; m&#233;rite attention et r&#233;flexion &#224; un double titre. D'une part en ce que la question &#224; laquelle il entend r&#233;pondre, celle des objectifs de la scolarisation, est aussi primordiale que rarement soulev&#233;e dans le d&#233;bat public, au point qu'il faille &#224; chaque fois d&#233;crypter la repr&#233;sentation implicite des missions de l'&#233;cole qui sous-tend chaque intervention dans ce d&#233;bat, et chaque mesure de politique scolaire. C'est aussi le statut de l'institution signataire qui appelle l'attention sur ce rapport : h&#233;riti&#232;re de l'ancien Commissariat au Plan, France Strat&#233;gie est cr&#233;&#233;e en 2013, et se d&#233;finit comme &#171; un organisme de r&#233;flexion, d'expertise et de concertation plac&#233; aupr&#232;s du Premier ministre (&#8230;), outil de pilotage strat&#233;gique au service de l'ex&#233;cutif (qui prend appui) sur des &#233;quipes d'analystes confirm&#233;s comp&#233;tents &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rappelons, avant de les mettre en discussion, les termes du rapport&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;marche des experts de France Strat&#233;gie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir soulign&#233;, &#224; tr&#232;s juste titre donc, que le d&#233;bat sur les missions de l'&#233;cole est &#224; la fois n&#233;cessaire et occult&#233;, le rapport est organis&#233; en trois moments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France Strat&#233;gie observe d'abord que l'institution scolaire oriente aujourd'hui &#171; l'essentiel de son &#233;nergie dans une direction : garantir l'uniformit&#233; du syst&#232;me en sorte que chaque &#233;l&#232;ve b&#233;n&#233;ficie autant que possible de la m&#234;me exp&#233;rience scolaire &#187;. Notre syst&#232;me &#233;ducatif donne autrement dit la priorit&#233; &#224; la s&#233;lection m&#233;ritocratique des &#233;lites, installant de ce fait &#171; les professeurs dans une posture d'&#233;valuation neutre des capacit&#233;s des &#233;l&#232;ves plut&#244;t que d'accompagnement en vue de la progression de chaque enfant &#187;. D'autres finalit&#233;s, note le rapport, sont pourtant possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;finir ces derni&#232;res, et examiner leurs implications, les experts proc&#232;dent dans un second temps &#224; l'&#233;laboration de trois &#171; id&#233;altypes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Le premier mod&#232;le d'organisation alternative est celui d'une &#233;cole qui se pr&#233;occuperait exclusivement de &#171; la pr&#233;paration au monde professionnel &#187;. Les contenus d'enseignement en seraient &#233;labor&#233;s &#171; notamment par les acteurs du monde socio&#233;conomique &#187; ; le dispositif national serait fortement d&#233;centralis&#233; afin de l'adapter aux ressources locales du march&#233; du travail et permettrait l'enseignement altern&#233; ; les &#233;l&#232;ves se sp&#233;cialiseraient progressivement jusqu'&#224; d&#233;velopper un profil de comp&#233;tences personnel, et b&#233;n&#233;ficieraient d'une formation tout au long de la vie ; les enseignants seraient capables de g&#233;rer des partenariats multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Le second mod&#232;le est celui de &#171; l'accomplissement de la personnalit&#233; de chaque &#233;l&#232;ve &#187;. Le respect de leur singularit&#233; individuelle, l'&#233;laboration cons&#233;quente d'un projet personnel &#233;panouissant d&#233;terminent un besoin de savoirs sp&#233;cifiques, et donc un syst&#232;me scolaire sans programmes nationaux et une autonomie totale des &#233;tablissements, le principe d'une &#233;valuation nationale &#233;tant cependant maintenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Le troisi&#232;me mod&#232;le est celui de &#171; la transmission d'une culture commune &#187;, d'une &#233;cole dispensant &#224; tous les m&#234;mes savoirs jug&#233;s essentiels &#224; la formation de citoyens &#233;clair&#233;s : d&#233;barrass&#233;e donc des contraintes de la s&#233;lection m&#233;ritocratique, et se dotant d'&#233;quipes p&#233;dagogiques autonomes attach&#233;es &#224; assurer l'ad&#233;quation des moyens &#224; des publics in&#233;vitablement h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Cet objectif suscite un fort besoin de motivation des &#233;l&#232;ves (qui n'ont pas choisi les apprentissages &#224; r&#233;aliser), et donc de &#171; sources de motivation extrins&#232;que &#187; tels des examens nationaux de fin de cycle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un troisi&#232;me temps, les experts de France Strat&#233;gie proc&#232;dent &#224; la comparaison de ces trois mod&#232;les, qui les am&#232;ne &#224; deux conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils rel&#232;vent d'abord la convergence des trois mod&#232;les quant &#224; &#171; l'autonomie forte &#187; &#224; accorder aux &#233;quipes p&#233;dagogiques et aux &#233;tablissements aux plans juridique, financier, p&#233;dagogique : s'il n'y a plus de mise en concurrence des &#233;l&#232;ves visant &#224; leur s&#233;lection m&#233;ritocratique, l'uniformit&#233; du mode d'enseignement ne s'impose plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils soulignent en m&#234;me temps la disparit&#233; de ces mod&#232;les quant au mode de d&#233;termination des contenus, lequel est relatif &#224; la d&#233;finition des missions de l'&#233;cole. Il ne leur para&#238;t pourtant pas impossible de concilier les trois mod&#232;les en affectant leur finalit&#233; propre &#224; des temps diff&#233;rents du processus &#233;ducatif, et &#233;voquent deux formes possibles d'une telle conciliation. Dans la premi&#232;re, l'&#233;cole primaire serait affect&#233;e &#224; la transmission d'une culture commune, le coll&#232;ge assurerait l'&#233;panouissement de chaque &#233;l&#232;ve, le lyc&#233;e se chargeant de la pr&#233;paration au monde professionnel. Dans une seconde hypoth&#232;se, la transmission d'une culture commune serait l'objet d'un tronc commun traversant l'ensemble du cursus ; le reste du temps scolaire disponible serait consacr&#233; &#224; l'&#233;panouissement individuel, et prendrait de plus en plus en charge, au long de l'avanc&#233;e du parcours, les objectifs de la formation professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle est la finalit&#233; du rapport de France Strat&#233;gie ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;plorions, en conclusion d'une &#233;tude sur l'imposition des EPI, que la question : &#171; quelle &#233;cole voulons-nous ? &#187;, logiquement pr&#233;alable &#224; toute d&#233;bat un peu sens&#233; sur la r&#233;forme du coll&#232;ge, ne soit jamais pos&#233;e, comme si elle &#233;tait soigneusement &#233;cart&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Les enjeux cach&#233;s de l'&#171; interdisciplinarit&#233; &#187; au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. France Strat&#233;gie l'a prise &#224; bras le corps, et l'on ne peut que s'en r&#233;jouir. Tout comme on se r&#233;jouira de voir soulign&#233;, ce qui &#233;tait jusque-l&#224; aussi surtout le fait du GRDS, le r&#244;le de principe organisateur de l'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif que joue, dans le cas de l'&#171; &#233;cole unique &#187; mise en place par la Cinqui&#232;me R&#233;publique, la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chercheurs et politiques s'en tenant essentiellement &#224; la d&#233;nonciation (ou &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l'on reconna&#238;tra encore aux auteurs du rapport le m&#233;rite d'avoir identifi&#233; de fa&#231;on plut&#244;t convaincante les trois grandes alternatives &#224; ce principe, telles qu'elles hantent aujourd'hui le d&#233;bat public : en y incluant notamment la vis&#233;e de la transmission d'une culture commune, dont se r&#233;clame la FSU, et que le GRDS d&#233;fend pour sa part de fa&#231;on affirm&#233;e et syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on ne saurait pour autant s'en tenir l&#224;. Sous le couvert d'un &#233;tat des lieux exhaustif et d'une r&#233;flexion sur les cons&#233;quences que l'on peut en d&#233;duire en toute objectivit&#233;, le rapport de France Strat&#233;gie laisse en effet entrevoir un plaidoyer pour le caract&#232;re in&#233;luctable de la r&#233;gulation du syst&#232;me &#233;ducatif par le march&#233; qui n'appara&#238;t pas vraiment justifi&#233; par l'argumentation propos&#233;e. Pour les auteurs, &#171; l&#224; o&#249; l'objectif de s&#233;lection m&#233;ritocratique des &#233;lites impliquait d'enseigner de mani&#232;re uniforme (&#8230;) les trois finalit&#233;s vis&#233;es par les mod&#232;les alternatifs (&#8230;) n'imposent pas cette uniformit&#233; du mode d'enseignement &#187; (p. 16). Autrement dit : la mise en cause de l'actuel syst&#232;me &#233;ducatif et de son principe organisateur, la r&#233;alisation de l'&#233;galit&#233; des chances pour la s&#233;lection des meilleurs, est l&#233;gitime au vu de la m&#233;diocrit&#233; de leurs r&#233;sultats, mais elle d&#233;bouche n&#233;cessairement sur l'&#233;clatement et la dispersion des lieux et des modalit&#233;s d'enseignement. Toutes les alternatives envisageables, en effet, requi&#232;rent une &#171; autonomie forte des &#233;quipes p&#233;dagogiques et des &#233;tablissements &#187;, seul moyen de leur permettre les indispensables adaptations au public et au contexte local. L'argumentation qui conduit &#224; cette conclusion m&#233;rite donc d'&#234;tre examin&#233;e de pr&#232;s : l'am&#233;lioration de l'efficacit&#233; &#233;ducative de l'&#233;cole fran&#231;aise devrait-elle se payer du renoncement &#224; un grand service public d'&#233;ducation nationale assurant l'homog&#233;n&#233;it&#233; de la socialisation scolaire sur l'ensemble du territoire ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un probl&#232;me de m&#233;thode&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche des auteurs du rapport est la suivante : le fonctionnement actuel de notre syst&#232;me &#233;ducatif, qui met tous les &#233;l&#232;ves en concurrence de fa&#231;on &#224; s&#233;lectionner les meilleurs, donne &#224; l'exp&#233;rience des r&#233;sultats trop m&#233;diocres. Il convient donc de consid&#233;rer les fa&#231;ons possibles de le r&#233;organiser en lui assignant d'autres finalit&#233;s que la s&#233;lection m&#233;ritocratique. Et le rapport de noter &#224; cet &#233;gard : &#171; Nous avons choisi de mener cette r&#233;flexion en imaginant pour chaque finalit&#233; un mod&#232;le id&#233;altypique d'&#201;cole &#187; (p. 53). Cette proc&#233;dure prospective relativement originale m&#233;rite un examen d'autant plus attentif que France Strat&#233;gie envisage de la mettre en &#339;uvre dans d'autres domaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans l'avant-propos du rapport, Jean Pisani-Ferry le sugg&#232;re ainsi : &#171; Une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affichage de la d&#233;marche est clairement celui de la neutralit&#233; : loin de plaider pour telle ou telle option qui leur para&#238;traient &#233;thiquement ou politiquement pr&#233;f&#233;rable, les auteurs nous proposent d'examiner avec eux les choix envisageables, d'en peser les avantages et inconv&#233;nients respectifs, d'en r&#233;fl&#233;chir les compatibilit&#233;s &#233;ventuelles. Ils semblent ainsi s'effacer derri&#232;re le principe de r&#233;alit&#233; : voil&#224; les cartes qui peuvent &#234;tre jou&#233;es, aux citoyens et au politique de trancher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De r&#233;alit&#233;, pourtant, il est ici bien peu question. La chose s'av&#232;re d&#232;s le constat qui sert de d&#233;part &#224; l'argumentation, celui des limites rencontr&#233;es par l'&#233;cole de l'&#233;galit&#233; des chances. Les auteurs reprennent &#224; cet &#233;gard le mot d'Antoine Prost : notre syst&#232;me &#233;ducatif a d&#233;mocratis&#233; la s&#233;lection, il n'a pas d&#233;mocratis&#233; la r&#233;ussite. Ils observent que toutes les mesures de lutte contre l'&#233;chec ont &#233;t&#233; incapables d'adapter le secondaire &#171; &#224; des publics socialement et scolairement tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes &#187;. Quant &#224; tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience, &#224; identifier les obstacles sur lesquels la d&#233;mocratisation a but&#233;, l'analyse tourne court, se contentant d'incriminer l'abandon de la formule des cours compl&#233;mentaires, qui assuraient aux &#233;l&#232;ves des enseignants moins nombreux et plus pr&#233;sents. On dispose pourtant aujourd'hui de r&#233;sultats de recherche accumul&#233;s depuis un bon demi-si&#232;cle autrement plus riches et plus convaincants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'argument r&#233;current des effets suppos&#233;s ravageurs du passage d'un ma&#238;tre &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard des enseignements de l'exp&#233;rience marque tout aussi bien l'&#233;laboration des alternatives propos&#233;es &#224; l'examen. On sait pourtant que les politiques de transformation sociale, s'agirait-il des plus r&#233;volutionnaires, ne sauraient faire table rase du pass&#233;. Le mort saisit toujours le vif, au moins pour partie. Certes le cours historique du monde ne d&#233;termine l'avenir en aucun de ses moments : mais il d&#233;finit le champ des possibles &#224; l'int&#233;rieur duquel l'action politique peut s'inscrire. Et celle-ci a le plus grand int&#233;r&#234;t &#224; s'instruire de l'exp&#233;rience pass&#233;e, sauf &#224; reproduire les errements auxquels elle souhaite &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En donnant comme des &#171; id&#233;altypes &#187; les mod&#232;les d'&#233;cole qu'ils d&#233;duisent des trois finalit&#233;s alternatives envisageables, les auteurs du rapport font implicitement r&#233;f&#233;rence &#224; la d&#233;marche de Max Weber, formalis&#233;e dans les &lt;i&gt;Essais sur la th&#233;orie de la science&lt;/i&gt; et mise en &#339;uvre avec brio, notamment, dans son fameux &lt;i&gt;Protestantisme et capitalisme&lt;/i&gt;. Mais l'allusion est trompeuse. Pour le sociologue allemand, l'id&#233;altype est bien une utopie, au sens litt&#233;ral du terme &#8211; ce n'est pas une restitution fid&#232;le de la r&#233;alit&#233; &#8211; mais il est &#233;labor&#233; &#224; partir de l'observation de la r&#233;alit&#233;, dont on rep&#232;re les caract&#233;ristiques distinctives qu'on typifie et qu'on relie entre elles : &#171; On obtient un id&#233;altype en accentuant unilat&#233;ralement un ou plusieurs points de vue et en encha&#238;nant une multitude de ph&#233;nom&#232;nes donn&#233;s isol&#233;ment, diffus et discrets, que l'on trouve tant&#244;t en grand nombre, tant&#244;t en petit nombre et par endroits pas du tout, qu'on ordonne selon les pr&#233;c&#233;dents points de vue unilat&#233;ralement, pour former un tableau de pens&#233;e homog&#232;ne. On ne trouvera nulle part empiriquement un pareil tableau dans sa puret&#233; conceptuelle : il est une utopie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Max Weber, Essais sur la th&#233;orie de la science, Paris, Pocket, [1904-1917], (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Or les mod&#232;les d'&#233;cole d&#233;crits par les experts de France Strat&#233;gie ne sont pas &#233;labor&#233;s en partant de r&#233;alit&#233;s observ&#233;es et analys&#233;es. Ils sont juste d&#233;duits sp&#233;culativement du principe fondateur, en posant &#224; chaque fois la question : quels seraient les traits pertinents d'un syst&#232;me scolaire dot&#233; de telle finalit&#233; ? Ces mod&#232;les sont eux aussi des utopies, mais dont la conception ne s'embarrasse pas des le&#231;ons de l'exp&#233;rience. Ce qui n'est pas sans cons&#233;quences sur la cr&#233;dibilit&#233; de consid&#233;rations du rapport parmi les plus cruciales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que nous apprend l'exp&#233;rience&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cole au service du march&#233; (mod&#232;le A)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Une osmose du monde scolaire et du monde professionnel&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole du mod&#232;le A est organis&#233;e par le principe de la pr&#233;paration des &#233;l&#232;ves au monde professionnel, qui exige une &#233;troite collaboration entre le monde professionnel et le monde scolaire, permettant de d&#233;finir les comp&#233;tences dont le march&#233; a besoin. Cette collaboration r&#233;git la totalit&#233; du parcours scolaire, et au-del&#224; assure la continuit&#233; entre formation initiale et formation continue tout au long de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement primaire est centr&#233; sur l'apprentissage des &#171; enseignements transversaux &#187; (bases de la culture &#233;crite, &#224; transmettre par les m&#233;thodes actives). Ces enseignements transversaux occupent une place minoritaire et d&#233;croissante dans le second cycle, prioritairement consacr&#233; &#224; la professionnalisation et &#224; l'alternance (2 ann&#233;es de stage sur 7 au total) : d'abord sous forme de modules de pr&#233;professionnalisation familiarisant les &#233;l&#232;ves avec les six grands champs de l'activit&#233; professionnelle ; les &#233;l&#232;ves se sp&#233;cialisant ensuite (&#224; l'entr&#233;e au lyc&#233;e) par le choix d'une majeure et d'une mineure parmi ces derniers. L'enseignement sup&#233;rieur assure la formation des adultes tout au long de la vie et pr&#233;pare pour sa part directement aux m&#233;tiers. L'accumulation des cr&#233;dits obtenus en 2&#232;me cycle, puis en formation continue et par validation des acquis de l'exp&#233;rience d&#233;finit les comp&#233;tences de l'int&#233;ress&#233; et g&#232;re une carri&#232;re qui ainsi ne s'enferme pas n&#233;cessairement dans les acquis initiaux et les positions subalternes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Concurrence et in&#233;galit&#233;s sociales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons, c'est la r&#232;gle du jeu id&#233;altypique que nous propose France Strat&#233;gie, l'id&#233;e d'une &#233;cole compl&#232;tement envahie par l'utilitarisme &#233;conomique, et n&#233;gligeant le constat historique r&#233;current selon lequel aucune soci&#233;t&#233; humaine n'a jamais renonc&#233; &#224; sa part de culture libre, o&#249; la pens&#233;e s'exerce pour le seul plaisir de la r&#233;flexion, du jeu, de la connaissance gratuite et de la recherche esth&#233;tique. Reste une question : ce premier mod&#232;le, qui se veut comme les autres une alternative au syst&#232;me actuel, r&#233;pond-il vraiment &#224; cette intention ? Certes, il se diff&#233;rencie significativement de l'existant en poussant &#224; son terme la logique actuellement &#224; l'&#339;uvre qui voit les besoins de l'entreprise et l'&#233;tat du march&#233; du travail peser de fa&#231;on croissante sur la d&#233;termination des contenus et des parcours scolaires. Mais rompt-il pour autant avec le principe dont la critique &#233;taye toute l'argumentation du rapport, celui de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves dans une &#233;cole qui assure l'&#233;galit&#233; de la s&#233;lection bien mieux que celle de la r&#233;ussite, pour reprendre la formule d'A. Prost ? C'est peu cr&#233;dible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole &#171; de la pr&#233;paration au monde professionnel &#187; r&#233;duit chaque &#233;tape de la scolarit&#233; &#224; un pas de plus vers l'acc&#232;s direct au m&#233;tier, au moins &#224; partir de l'entr&#233;e dans le secondaire. Comment le parcours scolaire pourrait-il, dans ces conditions, ne pas faire l'objet d'un affrontement plus vif encore qu'aujourd'hui entre les familles, les &#233;l&#232;ves, les milieux sociaux ? Son organisation s'y pr&#234;te : d&#232;s 15/16 ans, les &#233;l&#232;ves sont invit&#233;s &#224; choisir &#171; librement &#187; les champs professionnels qu'ils souhaitent investir puis au sein de ces champs le m&#233;tier qu'ils souhaitent exercer. Or l'exp&#233;rience montre &#224; l'envi que les d&#233;cisions qui sont laiss&#233;es &#224; la libre appr&#233;ciation des familles et des jeunes constituent des moments cl&#233; dans le jeu de la concurrence. Elles renforcent toujours le &#171; libre &#187; exercice des d&#233;terminismes sociaux, gr&#226;ce au jeu combin&#233; d'ambitions mesur&#233;es &#224; la position sociale et d'une connaissance tr&#232;s in&#233;gale des choix les plus rentables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est on voit mal comment les acquis des &#233;l&#232;ves en mati&#232;re de &#171; savoirs transversaux &#187; pourraient ne pas peser dans les orientations professionnelles : or rien ne s'oppose, dans le mod&#232;le A, &#224; la perp&#233;tuation des in&#233;galit&#233;s scolaires qu'on peut observer aujourd'hui &#224; la sortie du primaire et dont on sait le caract&#232;re d&#233;cisif pour toute la suite de la scolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait au total exclure que l'&#233;cole &#171; de la pr&#233;paration au monde professionnel &#187; soit plus soumise encore que notre actuel syst&#232;me &#233;ducatif &#224; la concurrence et aux in&#233;galit&#233;s sociales. Il n'est m&#234;me pas s&#251;r qu'elle satisferait le patronat, conscient sans doute de la n&#233;cessit&#233; de trouver sur le march&#233; du travail des titulaires de savoirs disciplinaires de haut niveau dont les experts de France Strat&#233;gie ne semblent pas avoir pr&#233;vu la formation (laquelle est incompatible avec l'&#233;tiolement rapide de la part des &#171; enseignements transversaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cole de l'accomplissement personnel (mod&#232;le B)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;L'&#233;laboration d'un &#171; curriculum-projet &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons alors le mod&#232;le B, con&#231;u pour permettre &#171; l'accomplissement de la personnalit&#233; de chaque &#233;l&#232;ve &#187;. Il semble aller de soi, pour les auteurs du rapport, qu'un tel objectif ne peut &#234;tre atteint que si les contenus de savoir &#224; transmettre ne sont d&#233;termin&#233;s ni par les besoins du march&#233; ni par l'exigence d'appropriation d'une culture commune, mais r&#233;gis en leur enti&#232;ret&#233; par la personnalit&#233; singuli&#232;re de chaque &#233;l&#232;ve. Il s'agit ici de s'en tenir &#224; &#171; une d&#233;finition par le bas de ce que les &#233;l&#232;ves doivent apprendre &#187; (p. 76).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exigence soul&#232;ve des difficult&#233;s de trois ordres. Est-il r&#233;aliste de concevoir un syst&#232;me &#233;ducatif laissant &#171; place &#224; une diversit&#233; potentiellement infinie de parcours ? &#187; Prudents, les auteurs admettent la n&#233;cessit&#233; sur ce plan d'un compromis entre le souhaitable et le possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second obstacle : &#171; il serait na&#239;f d'imaginer que tous les &#233;l&#232;ves soient &#224; tout &#226;ge en mesure de concevoir par eux-m&#234;mes les projets qu'ils souhaitent r&#233;aliser &#187; (p.77). Il faudra les y aider, en proc&#233;dant &#224; cette fin en trois temps : en leur soumettant d'abord un &#171; &#233;ventail &#187; de projets de vie &#224; partir de ce qu'ils sont en mesure d'exprimer de leurs aspirations ; puis, une fois leur choix progressivement construit, en d&#233;terminant pour eux le &#171; curriculum-projet &#187;, la liste des savoirs n&#233;cessaires &#224; sa r&#233;alisation ; enfin en organisant la transmission de ces savoirs avec &#171; exigence et bienveillance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me difficult&#233; : la &#171; libre &#187; expression des projets de vie ne sera-t-elle pas r&#233;gul&#233;e en fait par le milieu social des &#233;l&#232;ves ? Les auteurs du rapport qui ne s'&#233;taient pas pos&#233; la question dans le cas du mod&#232;le A se la posent cette fois-ci, et conviennent que la probabilit&#233; qu'il en aille bien ainsi est forte et in&#233;vitable. La seule solution &#224; leurs yeux consiste &#224; &#171; consid&#233;rer autrement l'objectif d'&#233;galit&#233; &#187;, celui-ci &#233;tant suppos&#233; atteint d&#232;s lors que chaque &#233;l&#232;ve dispose effectivement des &#171; conditions sp&#233;cifiques d'accomplissement personnel &#187; (p.75).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Discussion du mod&#232;le&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les experts de France Strat&#233;gie admettent la difficult&#233; d'une auto-d&#233;termination pr&#233;coce des projets de vie, mais n'interrogent pas les raisons d'un tel constat. L'auraient-ils fait qu'ils se seraient peut-&#234;tre souvenu qu'on ne na&#238;t pas homme, mais qu'on le devient en s'appropriant le patrimoine linguistique et culturel existant, en faisant sien cet ensemble historiquement constitu&#233; de savoirs et croyances, comp&#233;tences et savoir-faire qui nous rend proprement humains. &#171; Ce que tes p&#232;res t'ont l&#233;gu&#233;, passe ta vie &#224; l'acqu&#233;rir &#187; (Freud). Or chacun, &#224; partir des potentialit&#233;s biologiques communes de l'esp&#232;ce, devient humain &#224; sa fa&#231;on : il n'est pas deux fa&#231;ons identiques de devenir une personne en captant l'h&#233;ritage partag&#233;. La singularit&#233; de chaque individu humain n'est pas un donn&#233; originaire, mais le r&#233;sultat d'un parcours d'appropriation du patrimoine commun qui est toujours unique. C'est lorsque ce parcours est suffisamment avanc&#233; que s'ouvre progressivement la possibilit&#233; d'un projet de vie effectivement personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette premi&#232;re raison, de port&#233;e universelle, le monde actuel en conjoint une seconde, qui tient aux profondes modifications du champ des possibles qui s'op&#232;rent de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, et donc entre la naissance et l'entr&#233;e dans la vie d'adulte. On ne sait pas, enfant, ce que sera le monde demain : comment d&#232;s lors anticiper si t&#244;t la route que l'on s'y tracera ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Associer l'accomplissement personnel &#224; une auto-d&#233;termination pr&#233;coce du projet de vie appara&#238;t donc comme un non-sens anthropologique. Et imaginer un syst&#232;me scolaire fond&#233; sur cette auto-d&#233;termination est pure vue de l'esprit. Si l'&#233;laboration d'un projet propre et le d&#233;veloppement de l'activit&#233; visant &#224; le r&#233;aliser sont bien, en effet, des modalit&#233;s essentielles de l'accomplissement personnel, la seule fa&#231;on que peut avoir l'&#233;cole de contribuer &#224; ce dernier consiste &#224; en cr&#233;er les conditions primordiales en organisant l'appropriation effective du patrimoine commun par tous les membres des jeunes g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le B laisse supposer, parall&#232;lement, la possibilit&#233; d'une soci&#233;t&#233; dont chaque membre aurait suivi un parcours exclusif, la possibilit&#233; d'une soci&#233;t&#233; compos&#233;e d'individus juxtapos&#233;s, sans culture partag&#233;e. Cette vision d&#233;riv&#233;e de l'individualisme radical des &#233;conomistes n&#233;o-classiques est elle aussi profond&#233;ment irr&#233;aliste : on ne fait pas soci&#233;t&#233; sans culture commune, et aucune vie sociale n'est concevable si la socialisation primaire de ses protagonistes n'est pas centr&#233;e sur la transmission de cette culture commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pertinence du mod&#232;le ach&#232;ve de se dissoudre si l'on prend en consid&#233;ration la troisi&#232;me difficult&#233; de sa mise en &#339;uvre telle que la signalent les auteurs eux-m&#234;mes. Les jeunes &#233;l&#232;ves n'ont pas de projet de vie vraiment personnel et les amener &#224; se prononcer &#224; ce sujet ne peut les conduire qu'&#224; reprendre &#224; leur compte les aspirations propres &#224; leur milieu social. Une &#233;cole conforme &#224; ce mod&#232;le ne saurait &#234;tre en ce sens qu'une &#233;cole de la reproduction sociale. Qu'&#224; cela ne tienne, argumentent en quelque sorte les auteurs, on la dira quand m&#234;me &#233;cole de l'&#233;galit&#233;, sinon de l'&#233;galit&#233; des r&#233;ussites, du moins de l'&#233;galit&#233; dans l'accomplissement personnel de chacun. Cette pirouette vaut ce que valent tous les tours de passe-passe qui substituent pareillement une supposition d'&#233;quit&#233; (prudemment le mot n'est pas prononc&#233; ici) &#224; l'&#233;galit&#233; r&#233;elle ; et les auteurs s'y contredisent. Au point de d&#233;part de leur r&#233;flexion ne fondaient-ils pas en effet leur critique de l'&#233;cole actuelle sur le reproche d'avoir d&#233;mocratis&#233; non pas la r&#233;ussite, mais seulement la s&#233;lection (en assurant de ce fait elle aussi une sorte d'&#233;quit&#233;, celle de l'&#233;galit&#233; formelle devant la concurrence) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudrait-il, au bout du compte, puisque le mod&#232;le propos&#233; manque tellement de consistance, abandonner toute perspective d'une &#233;cole qui assurerait l'accomplissement personnel de ses publics ? C'est moins sans doute un tel objectif qu'il convient d'abandonner que le pr&#233;suppos&#233; dont l'accompagnent les auteurs du rapport en le rendant solidaire d'une &#233;cole o&#249; chacun, un peu &#224; la mani&#232;re pr&#233;conis&#233;e autrefois par Yvan Illich, vient accomplir un parcours singulier et librement choisi. Encore faudrait-il &#224; cette fin poser la question occult&#233;e ici : en quoi pr&#233;cis&#233;ment l'accomplissement personnel exclut-il un curriculum au moins pour partie impos&#233;, d&#232;s lors que ce curriculum comporte l'essentiel de ce qui est n&#233;cessaire pour participer pleinement &#224; la vie sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'&#233;cole de la culture commune (mod&#232;le C) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Les mod&#232;les A et B : des alternatives sans consistance&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mod&#232;les A et B ne r&#233;sistent pas &#224; l'examen et ne sauraient &#234;tre s&#233;rieusement consid&#233;r&#233;s comme des hypoth&#232;ses de travail cr&#233;dibles. Les solutions qu'ils proposent ne seraient ni moins concurrentielles ni moins in&#233;gales socialement que celle qui exhibe aujourd'hui ses limites. Qui plus est, chacune &#224; sa fa&#231;on comporte une part d'irr&#233;alisme r&#233;dhibitoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas prendre en consid&#233;ration, si l'on veut s&#233;rieusement pr&#233;parer au monde professionnel, qu'une part massive et toujours croissante des m&#233;tiers &#8211; et leur obsolescence rapide &#8211; rend n&#233;cessaire pour l'immense majorit&#233; des &#233;l&#232;ves un haut niveau de formation scientifique, technologique, culturelle, ce qui interdit l'&#233;tiolement pr&#233;coce de l'enseignement des dits &#171; savoirs transversaux &#187; ? Et concernant aussi le mod&#232;le A, s'il s'agit effectivement d'en finir avec la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, la seule solution ne consiste-t-elle pas &#224; reporter la pr&#233;paration au m&#233;tier au-del&#224; d'une zone de non concurrence qui devrait s'&#233;tendre, sachant le besoin d'une formation &#233;lev&#233;e pour tous, jusqu'&#224; la fin du secondaire &#8211; cette zone de non concurrence &#233;tant &#233;videmment consacr&#233;e &#224; la transmission des savoirs, lesquels ont le grand avantage de se partager sans l&#233;ser personne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au mod&#232;le B, on a soulign&#233; combien la question de l'accomplissement personnel ne pouvait se poser qu'&#224; des personnes ayant acquis une r&#233;elle conscience du monde et de leur propre singularit&#233;. L'on ne peut d&#232;s lors qu'abandonner la perspective des choix pr&#233;coces de projets de vie &#8211; lesquels de toute fa&#231;on r&#233;introduisent concurrence et in&#233;galit&#233;s sociales &#8211; et se pr&#233;occuper d'assurer au moins aux &#233;l&#232;ves des apprentissages &#224; la fois r&#233;ussis et &#233;panouissants, sachant que la majeure partie de ces derniers rel&#232;vera de l'incontournable appropriation d'une culture commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Une scolarit&#233; &#233;panouissante ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les repr&#233;sentations p&#233;dagogiques courantes l'&#233;panouissement des &#233;l&#232;ves est une chose, l'acquisition des savoirs une autre, ces deux objectifs paraissant distincts si ce n'est contradictoire. On conna&#238;t ainsi les enqu&#234;tes men&#233;es aupr&#232;s des ma&#238;tres du primaire qui demandent lequel de ces objectifs est &#224; privil&#233;gier &#8211; une proportion croissante des enqu&#234;t&#233;s donnant d'ailleurs le primat &#224; l'&#233;panouissement des &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon un sondage Harris r&#233;alis&#233; en 2016 pour le SNUIPP, 59% des ma&#238;tres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;paration entre les deux objectifs, et le primat donn&#233; &#224; l'&#233;panouissement sur les apprentissages, heurtent le bon sens et la moindre observation du comportement r&#233;el des &#233;l&#232;ves. Ceux-ci en effet sont massivement conscients que l'&#233;cole est avant tout le lieu des apprentissages, et tout ratage de ces derniers, v&#233;cu comme un &#233;chec personnel, engage rapidement d&#233;sint&#233;ressement, et &#224; terme rejet de l'&#233;cole et des savoirs : diff&#233;rents travaux de recherche rappellent que les comportements de rejet sont bien le fait des &#233;l&#232;ves qui sont pass&#233;s &#224; c&#244;t&#233; des apprentissages, que les enseignants qui privil&#233;gient le ludique perdent facilement leur ascendant moral sur les &#233;l&#232;ves, etc. Une scolarit&#233; &#233;panouissante, si l'on pr&#233;f&#232;re, a d'abord pour condition sine qua non des apprentissages efficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Des apprentissages efficaces ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore il convient de partir de l'exp&#233;rience r&#233;elle pour identifier les conditions d'une meilleure efficacit&#233; des apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la &#171; motivation &#187; des &#233;l&#232;ves est au c&#339;ur de la r&#233;flexion sur la conduite des apprentissages depuis la r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1960/80. Elle est aussi extr&#234;mement pr&#233;sente dans les consid&#233;rations des experts de France Strat&#233;gie. Elle ne para&#238;t pas soulever pour eux de grandes difficult&#233;s dans le contexte du mod&#232;le A, sans doute parce que celui-ci s'efforce d'assurer le libre choix des orientations professionnelles. Elle est encore moins probl&#233;matique dans le cas du mod&#232;le B, tout entier organis&#233; autour du libre choix des contenus d'enseignement par les &#233;l&#232;ves. Elle n'est soulev&#233;e par les rapporteurs que dans le cas du mod&#232;le C, celui qui vise &#224; la transmission d'une culture commune et donc de contenus impos&#233;s a priori, et qui aurait d&#232;s lors &#224; leur sens un fort besoin de &#171; sources de motivation extrins&#232;ques &#187;, tels des examens nationaux de fin de cycle. On voit bien, dans les trois cas, les lin&#233;aments de la pens&#233;e utilitariste ici &#224; l'&#339;uvre, qui suppose que les &#233;l&#232;ves n'ont d'autre souci que de maximiser leurs utilit&#233;s personnelles, acc&#232;dent &#224; l'acm&#233; du bonheur si on les laisse agir librement en ce sens, et doivent &#234;tre contraints quand ce n'est pas le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc pour apprendre bien il faut &#234;tre motiv&#233;, et pour &#234;tre motiv&#233; la condition essentielle serait que l'apprentissage serve un but, permette de maximiser une utilit&#233; (ou d'&#233;carter la menace d'examens rat&#233;s). Or, comme le fait observer Astolfi, la motivation ne saurait pr&#233;c&#233;der l'apprentissage : on n'est pas motiv&#233; pour apprendre &#171; en g&#233;n&#233;ral &#187;, on est motiv&#233; par ce qu'on vous propose d'apprendre. La motivation ne doit donc pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un pr&#233;alable mais comme &#171; un effet attendu de la r&#233;ussite p&#233;dagogique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Astolfi, La Saveur des savoirs, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2008 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et la motivation dont les apprentissages scolaires ont besoin, ce n'est pas la motivation extrins&#232;que qui s'attache &#224; leurs b&#233;n&#233;fices attendus (r&#233;ussir ses examens, son m&#233;tier, sa vie), mais la motivation intrins&#232;que qui tient au plaisir de l'activit&#233; de connaissance consid&#233;r&#233;e en elle-m&#234;me. De fait, les recherches des ann&#233;es 1980/90 ont montr&#233; combien la r&#233;ussite des apprentissages &#233;tait fortement associ&#233;e &#224; l'attrait du savoir pour lui-m&#234;me (lequel n'exclut &#233;videmment pas la conscience des b&#233;n&#233;fices d'un autre ordre que l'on peut en attendre), alors que les seules motivations extrins&#232;ques s'av&#233;raient peu op&#233;rantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment Bernard Charlot, &#201;lisabeth Bautier, Jean-Yves Rochex, &#201;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En mati&#232;re de &#171; motivation &#187;, l'am&#233;lioration des apprentissages exige donc au premier chef non pas de r&#233;f&#233;rer les savoirs &#224; un but ext&#233;rieur librement choisi, mais de parvenir &#224; faire go&#251;ter aux &#233;l&#232;ves &#171; la saveur des savoirs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue on ne voit pas en quoi le mod&#232;le C, qui vise &#224; transmettre &#224; tous une culture commune, serait particuli&#232;rement mal arm&#233; pour motiver les &#233;l&#232;ves. Au contraire : d&#233;barrass&#233; des contraintes de la mise en concurrence de ces derniers et ouvert aux dynamiques de l'apprendre et du comprendre ensemble, c'est le mod&#232;le le plus propice s'agissant de centrer l'investissement p&#233;dagogique sur les modalit&#233;s les plus efficaces de conduite des apprentissages, et par l&#224; sur les conditions de pr&#233;servation et d'impulsion de la motivation des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la motivation est donc celle d'une bonne conduite des apprentissages. &#192; cet &#233;gard l'exp&#233;rience des derni&#232;res d&#233;cennies nous apprend une autre chose, tout &#224; fait cruciale. Il est vain d'attendre une meilleure r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves et un int&#233;r&#234;t accru pour les savoirs de toutes actions visant &#224; r&#233;duire la difficult&#233; des apprentissages. Ce type de recette p&#233;dagogique para&#238;t certes plus que jamais &#224; l'ordre du jour &#8211; que l'on pense pour la seule ann&#233;e 2015-2016 aux projets de r&#233;forme de l'orthographe scolaire et du lexique num&#233;ral, et &#224; l'imposition des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) dans les programmes du coll&#232;ge &#8211;, mais va &#224; l'encontre d'une accumulation de constats de recherche sans appel. La preuve empirique est largement faite que le contournement de la difficult&#233; intellectuelle n'apporte rien &#224; personne, et contribue &#224; couler les &#233;l&#232;ves les plus vuln&#233;rables. Ceux-ci ont besoin au contraire qu'on fasse cr&#233;dit &#224; leurs capacit&#233;s de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie et qu'on n'en rabatte en rien, avec eux, sur l'ambition des contenus de savoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule une &#233;cole de l'exigence intellectuelle para&#238;t en ce sens de nature &#224; r&#233;pondre &#224; la critique port&#233;e par France Strat&#233;gie quant au m&#233;diocre rendement de notre actuel syst&#232;me &#233;ducatif. Sous cet aspect l&#224; aussi le mod&#232;le C, visant &#224; la transmission d'une culture commune, para&#238;t le seul &#224; m&#234;me, en contrecarrant les effets ravageurs de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, d'assurer une v&#233;ritable rupture avec la logique d'une &#233;cole de la reproduction des &#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;La question de l'autonomie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mod&#232;le C, nous dit le rapport, &#171; les enseignants ont une mission essentiellement p&#233;dagogique &#187;. Celle-ci est particuli&#232;rement &#171; complexe car il s'agit de transmettre les m&#234;mes savoirs &#224; tous les &#233;l&#232;ves &#187; ; par cons&#233;quent de &#171; mobiliser tous les outils et m&#233;thodes p&#233;dagogiques n&#233;cessaires &#187; et &#224; cette fin de &#171; travailler en &#233;quipe &#187;. La formation des enseignants adh&#233;rant &#224; ces objectifs et capables de s'int&#233;grer au travail d'&#233;quipe doit &#234;tre repens&#233;e avec soin et &#171; &#224; l'&#233;chelle nationale &#187;. Et, souligne encore le rapport, &#171; un fort degr&#233; d'autonomie doit &#234;tre accord&#233; aux &#233;quipes p&#233;dagogiques &#187; (pp. 103-105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coh&#233;rence de ces consid&#233;rations ne manquera pas, jusque-l&#224;, de susciter l'adh&#233;sion. Mais pourquoi en d&#233;duire la n&#233;cessit&#233; de &#171; l'autonomie des &#233;tablissements &#187;, et s'en tenir &#224; cette derni&#232;re en mati&#232;re d'organisation du syst&#232;me &#233;ducatif ? D'autant que ladite autonomie est recommand&#233;e aux plans &#224; la fois p&#233;dagogique, juridique et financier ! Les &#233;coles devraient-elles &#234;tre transform&#233;es en entreprises pour transmettre une culture commune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif exige d'&#233;vidence la g&#233;n&#233;ralisation de pratiques enseignantes s'adossant &#224; la recherche, n'h&#233;sitant pas devant l'innovation et l'exp&#233;rimentation, et b&#233;n&#233;ficiant par suite effectivement d'un travail d'&#233;quipe et d'une autonomie significative. L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des publics appelle en ce sens une forte responsabilisation d'enseignants mieux form&#233;s, dot&#233;s d'une r&#233;elle libert&#233; de mouvement et d'auto-organisation (et des moyens aff&#233;rents !), et l'introduction donc d'une certaine souplesse dans la gestion d'un syst&#232;me &#233;ducatif en mesure de s'adapter &#224; cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s &#224; surmonter diff&#233;rent essentiellement en fonction d'une part des savoirs disciplinaires &#224; transmettre et d'autre part du milieu social des &#233;l&#232;ves. Le contexte dans lequel elles se posent d&#233;borde donc, sous ces deux aspects, le cadre de l'&#233;tablissement. En r&#233;alit&#233; elles sont tout &#224; fait du m&#234;me ordre dans tout l'espace national : la logique des maths et les probl&#232;mes que suscite son appropriation sont les m&#234;mes &#224; Valenciennes et &#224; Perpignan ; et comme le montre la recherche, les difficult&#233;s de ma&#238;trise de la langue &#233;crite par les &#233;l&#232;ves d&#233;pendent fondamentalement de l'&#233;ducation familiale : ce sont les m&#234;mes, pour les milieux d&#233;favoris&#233;s, &#224; Brest et &#224; Nice. Loin d'enclore les &#233;tablissements dans leur rencontre avec un public suppos&#233; unique, la gestion d'un syst&#232;me &#233;ducatif qui souhaite transmettre la m&#234;me culture &#224; tous doit donc avoir pour priorit&#233; d'assurer un haut niveau de formation initiale et continue des enseignants, de favoriser les &#233;changes entre ces derniers et avec les chercheurs, de stimuler la circulation de la r&#233;flexion didactique et p&#233;dagogique au sein d'un m&#234;me cadre disciplinaire, d'impulser la diffusion des innovations efficaces au plan national, de r&#233;partir ses moyens financiers et humains entre les &#233;tablissements au prorata inverse du niveau socio-culturel de leur public. Autant dire que la transmission d'une culture commune a besoin d'un service public de l'&#233;ducation nationale qui favorise la coop&#233;ration et bannit la concurrence en son sein. Un tel objectif appelle certes une large autonomie enseignante, et donc une transformation tr&#232;s sensible du service public. Mais il n'impose en rien, bien au contraire, l'autonomie juridique et financi&#232;re des &#233;tablissements !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La comparaison des trois mod&#232;les d'&#233;cole alternatifs &#224; l'organisation actuelle am&#232;ne les auteurs du rapport de France Strat&#233;gie, &#233;crivent-ils, &#171; &#224; deux conclusions &#187; principales (p. 16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Besoin de march&#233; ou injonction de marchandisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re consiste &#224; suspendre le d&#233;passement des limites du syst&#232;me existant &#224; la d&#233;volution in&#233;luctable d'&#171; une autonomie forte aux &#233;quipes p&#233;dagogiques et aux &#233;tablissements sur les plans juridique, financier et p&#233;dagogique &#187;. Comme on vient de le voir, l'autonomie enseignante est une chose, celle des &#233;tablissements en est une autre, bien diff&#233;rente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons &#224; cet &#233;gard que jusqu'aux ann&#233;es 1980-90 la r&#233;alit&#233; de l'autonomie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comment peut-on mettre en cause les ravages exerc&#233;s aujourd'hui par l'organisation de la concurrence entre &#233;l&#232;ves et la r&#233;introduire innocemment dans les rapports entre &#233;tablissements ? Dans cette insistance sans r&#233;elle justification sur la n&#233;cessit&#233; de syst&#233;matiser la concurrence entre les &#233;tablissements, et d'abandonner d&#232;s lors la r&#233;gulation du syst&#232;me &#233;ducatif au march&#233;, il est difficile de voir autre chose qu'un a priori id&#233;ologique et la reprise, en habits neufs, de l'antienne multis&#233;culaire selon laquelle sans concurrence, point de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Culture commune, formation professionnelle, accomplissement personnel : concilier les finalit&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde conclusion du rapport appelle &#224; r&#233;fl&#233;chir sur les modes possibles de conciliation entre les trois finalit&#233;s alternatives examin&#233;es. De fait il para&#238;trait difficile de concevoir dans le monde d'aujourd'hui une politique scolaire qui ne se soucie pas de l'un ou l'autre des trois objectifs correspondants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend au s&#233;rieux l'exigence de transmettre une culture commune, objectif prioritaire et consistant, le seul &#224; m&#234;me de surmonter les limites du syst&#232;me actuel, la question se pose du moment de l'introduction de l'orientation et de la formation professionnelles. Comme le GRDS l'a maintes fois soulign&#233;, la transmission d'une culture v&#233;ritablement commune suppose une conduite des apprentissages beaucoup plus efficace d&#232;s l'&#233;cole primaire ; ce qui ne pourra avoir pour effet qu'un report g&#233;n&#233;ral par les familles des choix d'orientation &#224; l'entr&#233;e dans l'enseignement sup&#233;rieur. Cette perspective, qui s'autorise des comportements actuellement observ&#233;s dans tous les milieux sociaux en cas d'entr&#233;e r&#233;ussie dans la culture &#233;crite, converge tant avec les exigences d'un exercice de plus en plus complexe de la grande masse des m&#233;tiers, a fortiori dans un avenir de proche et moyen terme, qu'avec les besoins de la gestion d&#233;mocratique, n&#233;cessairement instruite, de nos soci&#233;t&#233;s de demain. Il para&#238;t donc tr&#232;s raisonnable de repousser le moment des orientations existentielles au terme d'un tronc commun couvrant l'actuel cursus secondaire : la culture acquise au long de ce tronc commun ouvrant &#224; toute possibilit&#233; de choix disciplinaire et professionnel, et comportant donc des composantes n&#233;glig&#233;es aujourd'hui, en mati&#232;re par exemple d'enseignement technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons suffisamment soulign&#233;, par ailleurs, combien la condition premi&#232;re de l'accomplissement personnel des &#233;l&#232;ves r&#233;sidait dans la r&#233;ussite des apprentissages scolaires, d&#232;s lors que ces derniers pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme indispensables &#224; une participation libre, active et responsable de chacun &#224; la vie sociale. Mais cette condition n'est pas exclusive. L'on peut encore consid&#233;rer qu'au-del&#224; donc d'une d&#233;termination pertinente des contenus de la culture commune et d'une conduite efficace de leur transmission, la possibilit&#233; offerte &#224; chacun de d&#233;velopper sp&#233;cifiquement des capacit&#233;s intellectuelles, artistiques, sportives outrepassant les r&#233;quisits de la culture commune doit &#234;tre une pr&#233;occupation du service public d'une &#233;ducation nationale l&#233;gitimement pr&#233;occup&#233;e de &#171; l'accomplissement personnel &#187; de ses &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs_rapport_quelle_finalite_pour_quelle_ecole_21092016_final.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs_rapport_quelle_finalite_pour_quelle_ecole_21092016_final.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Les enjeux cach&#233;s de l'&#171; interdisciplinarit&#233; &#187; au coll&#232;ge&lt;/i&gt;, 2015, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chercheurs et politiques s'en tenant essentiellement &#224; la d&#233;nonciation (ou &#224; la promotion) de la concurrence entre les &#233;tablissements, qui n'est jamais qu'une modalit&#233; de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves et des classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans l'avant-propos du rapport, Jean Pisani-Ferry le sugg&#232;re ainsi : &#171; Une telle d&#233;marche pourrait &#234;tre engag&#233;e &#224; propos d'autres institutions qui jouent, comme l'&#201;cole, un r&#244;le central dans le pacte r&#233;publicain &#8211; par exemple la police ou l'assurance-maladie &#187; (p. 5).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'argument r&#233;current des effets suppos&#233;s ravageurs du passage d'un ma&#238;tre &#224; plusieurs enseignants lors de l'acc&#232;s au coll&#232;ge n'a qu'une port&#233;e limit&#233;e : d'apr&#232;s les &#233;tudes du minist&#232;re lui-m&#234;me, les &#233;checs dans le secondaire sont d'abord et massivement associ&#233;s &#224; la m&#233;diocrit&#233; des apprentissages r&#233;alis&#233;s &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire&#8230; Quant au ratage de ces derniers, il a beaucoup &#224; voir avec la conviction d&#233;ficitariste qui sous-tend les conceptions p&#233;dagogiques &#224; l'&#339;uvre depuis les ann&#233;es 1960/70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Max Weber, &lt;i&gt;Essais sur la th&#233;orie de la science&lt;/i&gt;, Paris, Pocket, [1904-1917], 1992, p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon un sondage Harris r&#233;alis&#233; en 2016 pour le SNUIPP, 59% des ma&#238;tres (contre 50% en 2013) privil&#233;gient l'&#233;panouissement plut&#244;t que la transmission des connaissances, voir : &lt;a href=&#034;http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2016/11/08112016Article636141858241488638&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2016/11/08112016Article636141858241488638&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Astolfi, &lt;i&gt;La Saveur des savoirs&lt;/i&gt;, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2008 (p. 68).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment Bernard Charlot, &#201;lisabeth Bautier, Jean-Yves Rochex, &lt;i&gt;&#201;cole et savoir dans les banlieues et ailleurs&lt;/i&gt;, Armand Colin, Paris, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons &#224; cet &#233;gard que jusqu'aux ann&#233;es 1980-90 la r&#233;alit&#233; de l'autonomie des enseignants universitaires et leur capacit&#233; d'auto-organisation p&#233;dagogique au sein des disciplines n'impliquait en rien l'autonomie juridique et financi&#232;re des universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Refondons l'&#233;cole... oui, mais comment ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article203</link>
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		<dc:date>2015-02-23T16:21:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Beitone</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le 16 f&#233;vrier 2015 est paru dans Lib&#233;ration un texte intitul&#233; &#171; Refondons l'&#233;cole &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je pr&#233;cise d'embl&#233;e, pour tenter d'&#233;viter les faux d&#233;bats, que je suis en accord avec de nombreuses formulations de ce texte et qu'il se trouve parmi les signataires des personnes pour lesquelles j'ai une grande consid&#233;ration et avec lesquelles j'entretiens des relations cordiales voire amicales. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s ce que j'ai pu apprendre, les initiateurs du texte ont une intention g&#233;n&#233;reuse. Ils souhaitent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH97/arton203-6d7c1.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 16 f&#233;vrier 2015 est paru dans Lib&#233;ration un texte intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/2015/02/15/refondons-l-ecole_1203255&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Refondons l'&#233;cole&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;cise d'embl&#233;e, pour tenter d'&#233;viter les faux d&#233;bats, que je suis en accord avec de nombreuses formulations de ce texte et qu'il se trouve parmi les signataires des personnes pour lesquelles j'ai une grande consid&#233;ration et avec lesquelles j'entretiens des relations cordiales voire amicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s ce que j'ai pu apprendre, les initiateurs du texte ont une intention g&#233;n&#233;reuse. Ils souhaitent allumer un contre-feu face aux discours qui n'abordent l'&#233;cole apr&#232;s les attentats de janvier, qu'en termes d'inculcation des &#171; valeurs de la R&#233;publique &#187; et en termes r&#233;pressifs. Je pense en effet que l'on doit s'opposer &#224; une telle approche de la la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce texte me semble faire fausse route.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1/ Qui signe et qui ne signe pas ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce genre d'appel public, le choix des &#171; premiers signataires &#187; est &#233;videmment un signal important. Il faut donc regarder qui signe et qui ne signe pas. Ce n'est pas du tout indiff&#233;rent. C'est m&#234;me r&#233;v&#233;lateur des intentions des initiateurs de l'appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les signataires, on trouve des personnalit&#233;s ou des organisations qui contribuent depuis longtemps au d&#233;bat sur l'&#233;cole (F. Dubet, Ph. Meirieu, J. Houssaye, le CRAP-Cahiers p&#233;dagogiques, la FCPE, la FESPI). On peut &#234;tre d'accord ou pas, en partie ou en totalit&#233;, avec ces signataires, mais leur pr&#233;sence dans une liste d'acteurs du d&#233;bat sur l'&#233;cole est parfaitement l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres signataires sont plus &#233;nigmatiques ou discutables. Quelle est la contribution de Sylvain Bourmeau &#224; la r&#233;flexion sur l'Ecole ? Il a beaucoup &#233;crit ces temps derniers pour exprimer son d&#233;saccord avec Michel Houellebecq. Est-ce pour cela qu'on l'a invit&#233; &#224; signer ? Mais alors il faudrait nous expliquer le raisonnement sous-jacent ? Et, s'il faut vraiment s'exprimer sur l'Islam dans un texte sur la refondation de l'Ecole, pourquoi pas Olivier Roy ou Edwy Plenel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve aussi dans la liste des signataires Sophie Bourquet-Rahbi et on nous pr&#233;cise dans le texte que la refondation de l'&#233;cole doit s'appuyer sur les exp&#233;riences d'&#233;cole innovante. Puisqu'on invite &#224; signer l'animatrice de &#171; la ferme des enfants &#187;, son exp&#233;rience doit &#234;tre une de celles qui sont donn&#233;es en exemple. Or, de quoi s'agit-il, d'une &#233;cole priv&#233;e hors contrat qui, sur fond de retour &#224; la terre, confie l'encadrement des enfants &#224; des personnes &#171; form&#233;es sur le tas &#187;. Faut-il vraiment s'inspirer de cela pour &#171; refonder l'&#233;cole publique &#187; ? Doit-on d&#233;localiser les &#233;coles de banlieues &#224; la campagne ? Faut-il fuir ou construire l'&#233;cole populaire comme l'&#233;crivaient, il y a bien longtemps, Alain L&#233;ger et Maryse Tripier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre signataire probl&#233;matique, Antonella Verdiani, l'animatrice du &#171; Printemps de l'&#233;ducation &#187;. Or cette association, dont l'un des parrains est Pierre Rahbi, se donne comme objectif &#171; d'accompagner la cr&#233;ation d'&#233;coles diff&#233;rentes &#187;. L&#224; encore, c'est la logique de la lib&#233;ralisation et de la concurrence sur le &#171; march&#233; &#233;ducatif &#187; qui semble &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais outre les signatures (dont certaines probl&#233;matiques) qui figurent dans le texte, il y a surtout la liste des signatures qui n'y figurent pas. Ni J.Y. Rochex, ni E. Bautier, ni C. Ben Ayed, ni J.P. Terrail, ni S. Johsua (et pas un seul didacticien des sciences de la nature ou de la technologie), ni S. Bonn&#233;ry, ni Y. Chevallard (et pas un seul didacticien des math&#233;matiques), ni J. Deauvieau, ni T. Poullaouec, ni A. van Zanten, ni R. Establet, ni Ch. Baudelot, ni B. Lahire, etc. Choisir de faire signer des partisans de la cr&#233;ation d'&#233;coles concurrentielles plut&#244;t que ces sp&#233;cialistes reconnus de l'&#233;ducation ne peut pas &#234;tre le produit du hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe comme si ce texte cherchait &#224; r&#233;activer le vieux d&#233;bat entre &#171; p&#233;dagogues &#187; et &#171; r&#233;publicains &#187;. Nous sommes nombreux pourtant (et d'abord Ph. Meirieu et F. Dubet) &#224; consid&#233;rer que cette controverse est d&#233;nu&#233;e de port&#233;e et qu'elle embourbe le d&#233;bat sur l'&#233;cole. Mais le seul moyen de la surmonter, c'est de susciter des prises de position communes de ceux qui sont class&#233;s par les m&#233;dias dans l'un ou l'autre camp. En retenant certaines signatures et en en &#233;cartant d'autres, cet appel nous replonge dans l'orni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2/ La question centrale des savoirs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais les signatures ne sont pas seules en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le second paragraphe du texte, la responsabilit&#233; de l'&#233;chec scolaire est nomm&#233;e. Il s'agirait &#171; des situations d'apprentissages le plus souvent organis&#233;es autour d'une &#171; transmission &#187; descendante du savoir, de l'enseignant vers l'&#233;l&#232;ve &#187;. Ainsi le probl&#232;me de l'&#233;cole r&#233;siderait dans le r&#244;le trop important des savoirs et dans le caract&#232;re trop transmissif des p&#233;dagogies mises en &#339;uvre. On pourrait comprendre une telle affirmation si nous nous trouvions avant les ann&#233;es 1960. Mais depuis, de l'eau a coul&#233; sous les ponts. Ce qui s'est impos&#233; c'est une &#171; doxa p&#233;dagogique &#187; (J.-Y. Rochex) selon laquelle les &#171; enfants &#187; doivent &#234;tre les acteurs de leurs apprentissages, l'enseignant est un &#171; facilitateur &#187;, l'accent est mis sur l'apprentissage du vivre ensemble, etc. Les injonctions de la hi&#233;rarchie, le contenu des supports p&#233;dagogiques, incitent (voire contraignent) les enseignants &#224; pratiquer une p&#233;dagogie invisible cr&#233;atrice de malentendus dans les apprentissages. Les &#233;l&#232;ves issus des cat&#233;gories populaires, celles et ceux qui n'ont que l'&#233;cole pour apprendre, ne sont pas explicitement conduits &#224; percevoir les enjeux cognitifs des apprentissages. Cet appel se trompe don de diagnostic, ce n'est pas l'exc&#232;s de savoirs ou la p&#233;dagogie transmissive qui sont en cause aujourd'hui, c'est l'incapacit&#233; &#224; rendre visible pour tous les &#233;l&#232;ves les enjeux cognitifs des apprentissages. Ce que nous propose cet appel pour la refondation, c'est d'accentuer les travers de ces p&#233;dagogies invisibles alors qu'il faudrait inventer des d&#233;marches conjuguant les acquis des p&#233;dagogies nouvelles et ceux des p&#233;dagogies explicites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le climat scolaire est d&#233;grad&#233; dans de nombreux &#233;tablissements, ce n'est pas parce que les enseignants manquent de &#171; bienveillance &#187; ou parce que la p&#233;dagogie est trop &#171; transmissive &#187;. C'est parce que les &#233;l&#232;ves issus des familles populaires, alors m&#234;mes qu'ils s'efforcent de se conformer au &#171; m&#233;tier d'&#233;l&#232;ve &#187; (prendre la parole, donner son opinion, &#234;tre actif) se retrouvent en &#233;chec, parce que les d&#233;marches p&#233;dagogiques mises en &#339;uvre ne sont pas assez explicites sur les savoirs qu'il s'agit d'acqu&#233;rir. L'ennui ne na&#238;t pas d'une trop grande directivit&#233;, mais d'une perte de vue de l'enjeu pol&#233;mique et &#233;mancipateur des savoirs authentiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &#171; Refondons l'&#233;cole &#187; se trompe dans le diagnostic sur la situation actuelle de l'&#233;cole et il propose une th&#233;rapeutique qui conduirait &#224; renforcer les causes des difficult&#233;s actuelles. Il faut cesser de s'agripper &#224; une vulgate p&#233;dagogique qui remonte aux ann&#233;es 1930 et qui est devenue &#65532;malgr&#233; tout la norme. Il faut prendre la mesure des discours et des d&#233;cisions des responsables actuels des politiques &#233;ducatives (qui proposent de remettre en cause les disciplines scolaires et les savoirs qu'elles v&#233;hiculent), il faut s'appuyer sur les recherches consacr&#233;es aux in&#233;galit&#233;s d'apprentissage qui montrent que plus la p&#233;dagogie mise en &#339;uvre est visible, plus la classification des savoirs est rigoureuse, plus le cadrage des activit&#233;s d'apprentissage des &#233;l&#232;ves est pr&#233;cis, plus les malentendus se dissipent et plus les in&#233;galit&#233;s sociales d'apprentissage se r&#233;duisent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D'un socle &#224; l'autre </title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article198</link>
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		<dc:date>2014-12-05T09:28:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Inacceptables et de plus en plus mal support&#233;es, les in&#233;galit&#233;s scolaires ne se laissent pas oublier. Chaque gouvernement, chaque nouveau ministre engagent &#224; leur encontre une politique qui structure toute leur action concernant le syst&#232;me &#233;ducatif, et qui est cens&#233;e r&#233;soudre le probl&#232;me. Depuis dix ans, c'est l'objectif d'un bagage minimum, d'un &#171; socle &#187;, qui fait office de cheval de bataille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour en mesurer le sens et la port&#233;e, ce nouvel avatar de &#171; la lutte contre l'&#233;chec scolaire &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH118/arton198-b2e32.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Inacceptables et de plus en plus mal support&#233;es, les in&#233;galit&#233;s scolaires ne se laissent pas oublier. Chaque gouvernement, chaque nouveau ministre engagent &#224; leur encontre une politique qui structure toute leur action concernant le syst&#232;me &#233;ducatif, et qui est cens&#233;e r&#233;soudre le probl&#232;me. Depuis dix ans, c'est l'objectif d'un bagage minimum, d'un &#171; socle &#187;, qui fait office de cheval de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en mesurer le sens et la port&#233;e, ce nouvel avatar de &#171; la lutte contre l'&#233;chec scolaire &#187; m&#233;rite d'&#234;tre resitu&#233; dans l'histoire plus longue de &#171; l'&#233;cole unique &#187; institu&#233;e entre 1959 (d&#233;cret Berthoin) et 1975 (d&#233;cret Haby), voire 1985 (cr&#233;ation du bac pro), tant l'existence d'un taux d'&#233;chec scolaire pr&#233;gnant et perdurant semble structurellement inh&#233;rente &#224; cette organisation de notre syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier socle (2006) a &#233;t&#233; mis en cause pour sa conformit&#233; servile aux politiques lib&#233;rales dominantes. Et aujourd'hui c'est surtout ce qui l'en diff&#233;rencie qui retient l'attention dans le projet de nouveau socle (2014). La comparaison n'est pas sans int&#233;r&#234;t, mais comment s'orienter dans le d&#233;bat qui s'est ouvert &#224; ce propos sans prendre un peu de distance historique, et en s'attachant &#224; tenir fermement ouverte la question principale : oui ou non, la vis&#233;e d'un socle est-elle de nature &#224; r&#233;pondre &#224; l'exigence sociale de d&#233;mocratisation scolaire ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La gen&#232;se du socle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; droite, une pr&#233;occupation logique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si ce sont des personnalit&#233;s politiques de droite qui &#233;voquent les premi&#232;res l'objectif d'un acquis minimum au sortir de l'&#233;cole. C'est en 1974, l'acc&#232;s au coll&#232;ge s'&#233;tant g&#233;n&#233;ralis&#233;, que Giscard d'Estaing s'interroge sur &#171; le savoir minimal &#187; qui devrait correspondre &#224; l'obligation scolaire port&#233;e &#224; 16 ans. Apr&#232;s Ren&#233; Haby en 1975, il y revient en 1976 en demandant la d&#233;finition d'un &#171; savoir commun &#187; propre au coll&#232;ge &#171; pour tous &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'&#233;voque ici succinctement les conditions de l'&#233;mergence de la question du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces responsables ont en effet la charge d'un syst&#232;me &#233;ducatif qui, pour leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, n'a jamais &#233;t&#233; cens&#233; &#233;liminer l'&#233;chec scolaire et garantir une v&#233;ritable &#233;galit&#233; dans l'acc&#232;s aux savoirs d&#233;velopp&#233;s de la culture &#233;crite. Au contraire. Aux yeux du ministre Berthoin comme &#224; ceux du g&#233;n&#233;ral de Gaulle, et cela de fa&#231;on tr&#232;s explicite, ouvrir le coll&#232;ge &#224; tous est une chose, mais il n'est pas question pour autant de laisser &#171; envahir le lyc&#233;e par des dizaines de milliers de jeunes qui n'ont rien &#224; y faire &#187;. L'acc&#232;s ouvert au coll&#232;ge est indissociable de la mise en place d'un dispositif d'&#233;valuation, s&#233;lection, orientation, dont les initiateurs attendent, d&#232;s les d&#233;buts des ann&#233;es 1960, qu'il permette une gestion des scolarit&#233;s ad&#233;quate pour l'essentiel aux pr&#233;occupations patronales : assurant une am&#233;lioration sensible des formations tout en garantissant le maintien de flux diff&#233;renci&#233;s et d'un volant de sortants au niveau minimum de qualification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin d'un tel volant se maintiendra dans les d&#233;cennies suivantes du fait, &#171; soci&#233;t&#233; de la connaissance &#187; ou pas, du caract&#232;re capitaliste de la gestion du d&#233;veloppement &#233;conomique et technologique. Le communiqu&#233; de la r&#233;union des ministres de l'&#233;ducation de l'OCDE rappelle par exemple en 2001 que &#171; tout le monde ne fera pas partie de la nouvelle &#233;conomie &#187; et que &#171; les petits boulots ont encore de l'avenir &#187;. Il est logique d&#232;s lors que les instances internationales et les gouvernements nationaux se pr&#233;occupent de la formation initiale des &#171; bas niveaux de qualification &#187;, dont on sait le contenu historiquement relatif. En France la d&#233;finition de ces derniers en terme de &#171; socle commun &#187; sera d'abord le fait du &#171; Livre blanc des coll&#232;ges &#187;, rapport demand&#233; par le ministre Bayrou &#224; l'Inspection G&#233;n&#233;rale en 1994. Et c'est l'UMP qui, sous la pression des organismes internationaux, et estimant que le rapport des forces le lui permet, conclura l'affaire en inscrivant le principe du socle commun dans la loi Fillon de 2005 et en pr&#233;cisant son contenu l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le ralliement de la gauche socialiste&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la vis&#233;e du socle appara&#238;t ainsi assez naturelle &#224; droite, son &#233;mergence et sa maturation &#224; gauche appellent un examen particulier. Pour ceux qui dans les ann&#233;es 1960 voyaient essentiellement dans l'&#233;cole unique l'&#233;galisation des chances dont elle se targuait, la d&#233;finition d'un bagage minimum paraissait in&#233;vitablement porteuse d'une limitation a priori des parcours, et l'on ne pouvait que s'en d&#233;fier. Ce n'est pas un hasard si c'est en 1984/85, avec l'affaire du rapport du Coll&#232;ge de France, que la gauche mitterandienne commence &#224; reprendre &#224; son compte la th&#233;matique du SMIC culturel. Elle a renonc&#233;, avec &#171; le tournant de la rigueur &#187; de 1983, &#224; transformer la soci&#233;t&#233; : pourquoi s'acharnerait-elle d&#232;s lors &#224; d&#233;mocratiser le syst&#232;me &#233;ducatif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans plus tard, et donc vingt ans apr&#232;s la mise en place du coll&#232;ge unique, le rapport Fauroux de 1994 vient donner du poids &#224; l'id&#233;e que l'&#233;cole de l'&#233;galit&#233; des chances ne parviendra pas &#224; &#233;radiquer un volant important d'&#233;chec scolaire. Pour la gauche de gestion, le besoin grandit d&#232;s lors d'une politique qui prenne acte de sa persistance. La demande croissante de r&#233;ussite scolaire dans la tr&#232;s grande majorit&#233; des familles interdit cependant d'abandonner purement et simplement l'&#233;tendard de l'&#233;galit&#233; des chances. Si l'on veut valider de facto l'existence d'un volant de sorties sans qualification, il importe donc de lui donner un sens positif. L'adoption de la th&#233;matique du socle commun et de l'approche par comp&#233;tences va s'imposer comme la solution &#224; cette difficult&#233;, et se substituera progressivement &#224; l'imp&#233;ratif de la lutte contre les in&#233;galit&#233;s scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le ralliement de Bourdieu au milieu des ann&#233;es 1980 &#224; l'exigence d'un &#171; minimum culturel commun &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'&#233;pisode du rapport du Coll&#232;ge de France, voir la th&#232;se de Pierre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'autres intellectuels &#224; la r&#233;putation in&#233;galement progressiste, mais dont certains ont pris vigoureusement position pour la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole &#224; tel ou tel moment, se sont &#233;mus du sort des jeunes en &#233;chec. Ainsi en 1989 du plaidoyer des sociologues Baudelot et Establet en faveur d'un &#171; SMIC culturel &#187; : la d&#233;finition d'un &#171; savoir minimum garanti &#187; serait &#171; comme une reconnaissance des droits des plus faibles dans un univers r&#233;gi par la loi du plus fort &#187;, &#233;crivent-ils alors. Dans un rapport de 1999 Fran&#231;ois Dubet souligne &#224; son tour que &#171; le coll&#232;ge doit mieux d&#233;finir les savoirs et les comp&#233;tences qu'il peut attendre de tous &#187; ; et il n'aura de cesse par la suite de d&#233;noncer une conception du coll&#232;ge qui le d&#233;finit unilat&#233;ralement comme &#171; antichambre du lyc&#233;e &#187;. Et dans les ann&#233;es 2000, l'historien Claude Leli&#232;vre reprendra lui aussi cette th&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chercheurs fournissent une justification &#233;thique &#224; l'id&#233;e d'un socle commun. Et c'est dans la m&#234;me p&#233;riode charni&#232;re des ann&#233;es 1990 que les experts en p&#233;dagogie commencent de leur c&#244;t&#233; &#224; se rallier &#224; l'id&#233;e d'un bagage minimum constitu&#233; &#224; la fois de savoirs et savoir faire de base, mais aussi de comp&#233;tences existentielles. L'ouvrage de Philippe Perrenoud &lt;i&gt;Construire des comp&#233;tences d&#232;s l'&#233;cole&lt;/i&gt; (1997) est embl&#233;matique de ce ralliement, et en donne &#224; voir la logique. En posant tr&#232;s fortement, d'une part, que la question centrale d'une &#233;cole d&#233;mocratique est de ne pas laisser sortir les &#233;l&#232;ves en &#233;chec sans les &#171; savoir agir &#187; qui leur permettront de tirer malgr&#233; tout leur &#233;pingle du jeu de la vie adulte, l'auteur disqualifie l'objectif qui occupait jusqu'ici les esprits, celui de l'&#233;limination de l'&#233;chec lui-m&#234;me. Il invite &#224; faire l'impasse, du m&#234;me coup, sur une question qui aurait d&#251; logiquement commencer alors &#224; s'imposer : comment se fait-il qu'apr&#232;s vingt ans d'une r&#233;novation p&#233;dagogique marqu&#233;e au sceau du principe constructiviste, le taux d'&#233;chec scolaire n'ait pas boug&#233; d'un iota ? Et sachant que la &#171; formation des comp&#233;tences &#187; comporte in&#233;vitablement une grande part d'auto-formation (celle de la confrontation &#224; des &#171; situations-probl&#232;mes &#187;), son plaidoyer pour que l'approche par comp&#233;tences constitue le c&#339;ur de la p&#233;dagogie du socle pr&#233;sente un dernier avantage, non le moindre. Elle ne se contente pas de laver le constructivisme, tel qu'il avait &#233;t&#233; mobilis&#233; jusque-l&#224;, de tout soup&#231;on d'inefficacit&#233;, mais elle en remet le principe en selle et lui donne une nouvelle vigueur, sans examen critique des modalit&#233;s de sa mise en &#339;uvre pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'or&#233;e des ann&#233;es 2000, la gauche socialiste dispose ainsi, pour &#233;laborer sa propre version du socle, d'atouts non n&#233;gligeables : elle peut compter sur l'assentiment de chercheurs de renom et d'une large partie des milieux p&#233;dagogiques. C'est la Ligue de l'enseignement qui va se charger de l'entreprise, du lancement d'une r&#233;flexion nationale en 2000 sur &#171; L'&#233;cole que nous voulons &#187; jusqu'&#224; l'Appel de Bobigny en 2010 dont l'audience sera tr&#232;s large &#224; gauche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jos&#233; Tovar, Gen&#232;se du projet du PS pour l'&#233;ducation. De l'appel de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; en 2011, le programme scolaire du PS se nourrira de ce travail, en prenant en compte l'insuffisante efficacit&#233; des &#171; apprentissages fondamentaux &#187; que le d&#233;bat public a mis en avant au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, et en soulignant la n&#233;cessit&#233; de restaurer les moyens de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire. Les solutions propos&#233;es &#224; la &#171; crise de l'&#233;cole &#187; ne se distinguent pas radicalement des objectifs promus jusque-l&#224; par la droite : le socle commun, l'autonomie des &#233;tablissements, l'organisation g&#233;n&#233;rale du syst&#232;me en deux grandes parties : l'&#233;cole du socle commun (continuit&#233; &#233;cole-coll&#232;ge) d'une part, la poursuite d'&#233;tudes en voies diff&#233;renci&#233;es (courtes ou longues sur le mod&#232;le actuel inchang&#233;), en am&#233;liorant la continuit&#233; Lyc&#233;e &#8211;Universit&#233;s d'autre part&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, avant et apr&#232;s l'arriv&#233;e du PS au pouvoir, celui-ci ne renonce pas &#224; &#233;tablir son h&#233;g&#233;monie sur l'ensemble de la gauche : empruntant d&#232;s 2005 &#224; la FSU la notion de &#171; culture commune &#187;, supprimant toute mention du &#171; socle commun &#187; dans l'Appel de Bobigny pour obtenir la signature de la m&#234;me FSU, identifiant volontiers une fois au minist&#232;re les notions de socle commun et de culture commune, au point de les fusionner dans la nouvelle appellation de &#171; socle commun de comp&#233;tences, de connaissances et de culture &#187;. Terra nova, le think tank du PS, ira m&#234;me jusqu'&#224; r&#233;employer la notion d'&#171; &#233;cole commune &#187;, promue jusque-l&#224; par le GRDS dans une perspective radicalement diff&#233;rente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terra nova, Pour une &#233;cole commune du CP &#224; la 3&#232;me. Un pas suppl&#233;mentaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du socle Fillon au projet de 2014&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les orientations du minist&#232;re Peillon (2012)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau ministre reprend la promesse de postes pour l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, mais dont le nombre va vite se r&#233;v&#233;ler tr&#232;s insuffisant face au flux soutenu de la d&#233;mographie scolaire. Annonc&#233;e elle aussi tr&#232;s t&#244;t la r&#233;forme des rythmes scolaires va susciter des remous dont on se demande s'ils avaient &#233;t&#233; vraiment anticip&#233;s : elle a l'avantage en tout cas d'occuper le devant de la sc&#232;ne. Pendant ce temps le recrutement des enseignants est port&#233; &#224; bac + 5 et la cr&#233;ation des &#201;SP&#201; est d&#233;cr&#233;t&#233;e sans plus de d&#233;bats sur l'essentiel, i. e. les contenus effectifs de la formation professionnelle des professeurs, que lors de la suppression des IUFM sous Sarkozy. Et on annonce une r&#233;vision g&#233;n&#233;rale des contenus d'enseignement, en proc&#233;dant &#224; la mise en place d'un Conseil Sup&#233;rieur des Programmes (CSP), charg&#233; de consulter et de soumettre des propositions, et d'&#233;laborer en particulier, dans ce cadre, un projet pour un nouveau socle commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socle commun de connaissances, de comp&#233;tences et de culture est annonc&#233; par Vincent Peillon d&#232;s juin 2012 ; et un premier projet soumis &#224; d&#233;bat, le SNES et le SNEP ayant obtenu le principe d'une grande consultation, est publi&#233; deux ans apr&#232;s. Le socle Fillon, tr&#232;s marqu&#233; par les injonctions europ&#233;ennes, elles-m&#234;mes inspir&#233;es par les organismes capitalistes internationaux, faisait l'objet d'une opposition politique portant tant sur le fait de le donner comme un dipl&#244;me terminal destin&#233; &#224; toute une partie des publics scolaires que sur un contenu par trop r&#233;f&#233;r&#233; &#224; la seule employabilit&#233; de ses d&#233;tenteurs sur le march&#233; du travail. D'ailleurs il &#233;tait entr&#233; dans la loi plus que dans la r&#233;alit&#233; des pratiques, et sa suppos&#233;e mise en &#339;uvre induisait des difficult&#233;s &#8211; la contrainte des livrets personnels de comp&#233;tence, le maintien d'un brevet des coll&#232;ges qui n'avait plus beaucoup de sens, notamment &#8211; mal support&#233;es par les enseignants concern&#233;s. D'embl&#233;e Peillon, tr&#232;s sensible &#224; ces critiques, indiquait que le nouveau socle ne serait plus con&#231;u comme une certification de fin de scolarit&#233; mais comme un objectif de fin d'&#233;cole fondamentale concernant tous les &#233;l&#232;ves et donc compl&#232;tement ouvert &#224; la poursuite d'&#233;tudes ; et que son contenu serait repens&#233; avec le souci de doter tous les jeunes d'une culture commune de base, l&#224; o&#249; il s'agissait d'am&#233;liorer l'employabilit&#233; des &#233;l&#232;ves en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lectures du projet du CSP&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables du SE-UNSA se pr&#233;sentent volontiers comme des &#171; militants historiques &#187; du socle. Au lendemain de la publication par le CSP du projet de 2014, la r&#233;action de Claire Krepper, la secr&#233;taire nationale, par ailleurs membre de Terra nova, n'est pourtant pas de pleine satisfaction. Elle reproche &#224; la droite de 2006 d'avoir &#171; ajout&#233; le socle nouveau aux programmes anciens &#187;, en laissant les enseignants &#171; se d&#233;brouiller avec ces deux approches contradictoires &#187;. La loi Peillon ouvrait l'occasion au contraire de tenir &#171; la promesse d&#233;mocratique du socle commun &#187;. Or le projet du CSP reste&#8230; un projet, il ne d&#233;cide rien et &#171; renonce &#224; d&#233;crire les acquis r&#233;els qu'on pourrait garantir &#224; tous &#187;, alors que le SE a &#171; &#233;labor&#233; des propositions claires et coh&#233;rentes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Krepper, &#171; Les jeunes ont besoin d'engagements clairs &#187;, L'Humanit&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres appr&#233;ciations sont teint&#233;es d'un optimisme prudent. G&#233;rard Aschi&#233;ri, ancien secr&#233;taire national et actuel responsable de l'Institut de recherches de la FSU, se f&#233;licite de ce que le projet annonce la fin de la s&#233;gr&#233;gation entre deux cat&#233;gories d'&#233;l&#232;ves (ceux qui sont vou&#233;s au socle et ceux qui b&#233;n&#233;ficient des programmes normaux) au profit d'une r&#233;novation d'ensemble des programmes, le socle ouvrant d&#232;s lors pour tous sur la poursuite d'&#233;tudes. Il appr&#233;cie &#233;galement que l'acquisition des savoirs ne soit plus oppos&#233;e &#224; la formation des comp&#233;tences, et que la mise en perspective des futurs contenus d'enseignement ne sacrifie ni &#224; l'opposition des savoirs et des comp&#233;tences, ni &#224; la hi&#233;rarchisation des disciplines. Il souligne en m&#234;me temps que rien n'est encore jou&#233; : la question de l'&#233;valuation n'est pas r&#233;gl&#233;e, et l'apport potentiel du projet est fragilis&#233; par le maintien de la scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marine Roussillon, en charge des questions d'&#233;ducation au PCF, reste elle aussi tr&#232;s prudente, se f&#233;licitant de l'ouverture du d&#233;bat sur les contenus, un enjeu profond&#233;ment politique. Elle indique qu'&#224; son sens &#171; il s'agit non plus de d&#233;finir un patrimoine &#224; transmettre mais des pratiques de construction de la connaissance qui peuvent prendre pour support des objets et des disciplines divers &#187; : on croit comprendre qu'il convient &#224; son sens de privil&#233;gier la formation d'une capacit&#233; d'apprendre et d'un &#171; rapport critique aux savoirs &#187;, plut&#244;t que de chercher &#224; &#233;tablir une liste des savoirs &#224; transmettre, surtout s'ils se centrent sur les fameux &#171; fondamentaux &#187;, lire, &#233;crire, compter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir G&#233;rard Aschi&#233;ri, &#171; Socle : continuit&#233; ou rupture ? &#187;, et Marine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au sein du CSP&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences d'appr&#233;ciation sont aussi le fait des membres du CSP. Denis Paget, membre du SNES, estime que le projet de nouveau socle pr&#233;sente des avantages non n&#233;gligeables, qu'il s'agisse de la r&#233;unification des contenus d'enseignement et des flux d'&#233;l&#232;ves discrimin&#233;s par le socle Fillon, ou du refus de hi&#233;rarchiser les disciplines, en articulant leur contribution dans une perspective qui clarifie les objectifs de formation. Il attire l'attention sur le risque cependant d'oublier que les connaissances sont construites par les disciplines et sur le risque aussi, ce dont le souci lui est plus familier, de ne pas faire assez pour l'int&#233;gration culturelle de toutes les cat&#233;gories d'&#233;l&#232;ves. &#192; l'instar de G&#233;rard Aschi&#233;ri, il regrette le maintien &#224; 16 ans de l'obligation scolaire : certes les contenus propos&#233;s pour l'&#233;cole fondamentale sont nettement plus ambitieux que ceux du socle Fillon, mais pr&#233;cis&#233;ment le risque existe d'&#234;tre conduits &#224; bourrer les programmes pour tout faire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Denis Paget, &#171; Connaissances, comp&#233;tences et culture commune en d&#233;bat &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Post&#233;rieur &#224; la publication du projet de nouveau socle, l'ouvrage r&#233;cent de Roger-Fran&#231;ois Gauthier, lui aussi membre du CSP, manifeste un point de vue plus proche sans doute des intentions initiales de Vincent Peillon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roger-Fran&#231;ois Gauthier, Ce que l'&#233;cole devrait enseigner. Pour une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Loin d'&#234;tre une &#233;tape pour tous vers la poursuite d'&#233;tudes, si le nouveau socle se diff&#233;rencie selon l'auteur de l'ancien par les contenus qu'il propose, il ne para&#238;t gu&#232;re avoir de fonction diff&#233;rente. Le probl&#232;me auquel il r&#233;pond est en effet toujours celui que formulait Th&#233;lot en 2004 d'un socle &#171; accessible &#224; tous les &#233;l&#232;ves &#187; (p. 20), alors que &#171; l'objectif de permettre &#224; tous l'acc&#232;s au savoir para&#238;t aujourd'hui de plus en plus hors d'atteinte &#187; (p. 40). Face &#224; cette r&#233;alit&#233; qui a &#171; quelque chose de tragique &#187;, il convient de faire en sorte que la scolarit&#233; obligatoire ne soit plus &#171; pour tant d'enfants un lieu d'exclusion et d'&#233;chec &#187; (p. 48), en d&#233;finissant notamment les programmes du coll&#232;ge non plus en fonction d'une poursuite d'&#233;tudes mais des &#171; utilit&#233;s &#187; au sortir du coll&#232;ge (p. 34). Pour l'auteur la question &#224; laquelle doivent s'affronter les politiques scolaires n'est plus celle, habituelle mais d&#233;su&#232;te, de la gestion du cheminement des &#233;l&#232;ves (et donc, comprend le lecteur, des in&#233;galit&#233;s entre les parcours), mais de la d&#233;termination des contenus d'enseignement. Entre les deux pr&#233;occupations il faut choisir, car elles &#171; s'excluent l'une l'autre &#187; (p. 6), et choisir la seconde repr&#233;senterait rien moins qu'une &#171; r&#233;volution &#187;. Si Roger-Fran&#231;ois Gauthier a certainement raison de souligner l'importance d'affronter s&#233;rieusement aujourd'hui la question des contenus, identifier sa d&#233;marche &#224; une r&#233;volution peut para&#238;tre un peu d&#233;cal&#233; : son propos ne rejoint-il pas, assez banalement, la th&#233;matique du socle qui &#233;merge dans les ann&#233;es 1990 et sera reprise par la Ligue de l'enseignement dans la p&#233;riode suivante, th&#233;matique qui substitue au souci de la lutte contre l'&#233;chec la pr&#233;occupation de la formation des &#171; &#233;chou&#233;s &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;mocratisation : de quoi parle-t-on ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du CSP, les attentes des partisans d'une &#233;cole d&#233;mocratique &#224; l'&#233;gard du nouveau socle sont donc sensiblement diff&#233;rentes. Pour les uns il s'agit de corriger les d&#233;fauts les plus criants apparus dans la mise en &#339;uvre du socle Fillon, tout en conservant sa vocation : &#224; leurs yeux, le socle acte &#224; la fois l'irr&#233;ductibilit&#233; de l'&#233;chec scolaire et le souci d&#233;mocratique de ne pas abandonner ses victimes &#224; leur destin d'&#233;chou&#233;s. Pour les autres l'&#233;chec n'est pas une fatalit&#233;, le socle s'adresse &#224; tout le monde, et il marque une &#233;tape dans un parcours qui doit avoir une suite ; en accepter le principe est l'occasion de revisiter &#224; nouveaux frais la question des contenus d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les uns et les autres se r&#233;clament tout aussi bien de la lutte contre l'&#233;chec scolaire et de la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole. Ainsi Claire Krepper, pour l'UNSA, attend d'un &#171; socle lisible, coh&#233;rent, op&#233;rationnel &#187;, qu'il permette de sortir de cette situation &#171; qui nous vaut 150 000 sorties sans dipl&#244;me par an et la palme du syst&#232;me le plus injuste socialement en Europe &#187;. Si elle n'explique pas vraiment comment le socle va r&#233;duire l'injustice scolaire, on peut l&#233;gitimement supposer que le raisonnement qui est &#224; l'&#339;uvre ici est analogue &#224; celui que Philippe Perrenoud expose longuement dans son ouvrage de 1997 (&lt;i&gt;Construire l'&#233;cole des comp&#233;tences&lt;/i&gt;), lorsqu'il souligne combien la formation des comp&#233;tences &#224; l'&#233;cole du socle est au c&#339;ur de la lutte contre l'&#233;chec et pour la d&#233;mocratisation scolaire puisqu'elle consiste &#224; pr&#233;parer les classes populaires aux r&#233;quisits de leur situation professionnelle et aux besoins de leur vie quotidienne. Cette th&#233;matique est reprise en 2011 (&lt;i&gt;Quand l'&#233;cole pr&#233;tend pr&#233;parer &#224; la vie&lt;/i&gt;). Si les programmes scolaires restent trop exclusivement finalis&#233;s par la poursuite d'&#233;tudes dont les plus longues ne concernent en fait qu'une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e, expose Perrenoud, ceux qui passeront &#224; c&#244;t&#233; des savoirs ne b&#233;n&#233;ficieront pas non plus de la pr&#233;paration &#224; la vie &#224; laquelle ils ont droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette argumentation qui promeut l'&#233;cole du socle comme solution d&#233;mocratique &#224; l'injustice scolaire s'&#233;taye d'un pr&#233;suppos&#233; qui n'est jamais explicit&#233; comme tel (resterait-il politiquement incorrect ?), et selon lequel une formation de masse de haut niveau est impossible, comme l'exp&#233;rience des quatre derni&#232;res d&#233;cennies semble en t&#233;moigner. L'opposition actuelle entre ceux &#171; qui ont de la facilit&#233; &#187; et ceux qui ne pourraient aller ni plus vite, ni plus loin, et avec lesquels il convient de &#171; ne pas mettre la barre trop haut &#187;, pour reprendre les termes de Perrenoud, serait ind&#233;passable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on admet ce postulat, alors ceux qui en tiennent pour le maintien de contenus scolaires ambitieux sont n&#233;cessairement partisans du statu quo et de l'&#233;litisme scolaire. Ainsi, pour Perrenoud, on aurait deux conceptions de l'&#233;cole, celle qui la voue &#224; la formation des &#233;lites, et celle qui veut faire sa place &#224; la pr&#233;paration &#224; la vie ; et leur opposition rel&#232;verait d'un &#171; v&#233;ritable conflit de classe &#187;. Le rapport des forces p&#232;serait en faveur de la premi&#232;re, au d&#233;triment des classes populaires et de la d&#233;mocratie (l'affirmation ne manque pas de surprendre, alors que les forces sociales dominantes ont pr&#233;cis&#233;ment impos&#233; l'&#233;cole du socle). Quoiqu'il en soit, et c'est l&#224; l'affirmation que Roger-Fran&#231;ois Gauthier reprend &#224; son compte dans son dernier ouvrage, le &#171; conflit ne porte pas seulement sur l'in&#233;galit&#233; sociale devant la r&#233;ussite scolaire et la s&#233;lection, mais qu'il se joue d'abord dans la d&#233;finition de ce qu'il faut enseigner et exiger, bref de la culture scolaire &#187;. Et, sur cette base, les partisans du socle n'h&#233;siteront pas, le cas &#233;ch&#233;ant, &#224; traiter de r&#233;actionnaires ceux qui en tiennent pour une conception forte des savoirs scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mise en sc&#232;ne du &#171; conflit de classe &#187; autour de la question scolaire occulte la seule question qui vaille : l'&#233;chec de masse est-il vraiment irr&#233;ductible ? Et elle s'efforce de disqualifier, du m&#234;me coup, l'autre conception de la d&#233;mocratisation : celle qui prend au s&#233;rieux le postulat de l'&#233;ducabilit&#233; universelle, refuse de consid&#233;rer comme in&#233;luctable le taux d'&#233;chec qui accompagne toute l'histoire de l'&#233;cole unique, et peut mobiliser en ce sens l'apport d'une argumentation empiriquement &#233;tay&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?, La Dispute, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette conception-ci, la scolarisation de masse ne s'oppose pas par nature &#224; une conception forte des contenus. L'&#233;cole d&#233;mocratique est celle qui garantit un partage des savoirs de haut niveau. Il s'agit l&#224; d'un objectif difficile mais r&#233;aliste, et parfaitement en phase, qui plus est, tant avec les attentes de la population (neuf familles sur dix, dans tous les milieux sociaux, entendent que leurs enfants acc&#232;dent &#224; l'enseignement sup&#233;rieur), qu'avec les exigences du d&#233;veloppement social : seule une population massivement instruite pourra s'affronter d&#233;mocratiquement aux enjeux de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision ambitieuse de l'&#233;cole d&#233;mocratique est le bien commun de ceux qui ne sauraient voir dans le socle qu'un moment du parcours de chaque &#233;l&#232;ve et lui con&#231;oivent des contenus exigeants. Ceux-l&#224; sont aussi et logiquement partisans de porter la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans et regrettent que le projet du CSP n'aille pas jusque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci se cantonne &#224; l'horizon du coll&#232;ge et de &#171; l'&#233;cole fondamentale &#187;. Dans cette limite, et en supposant que toutes ses potentialit&#233;s d&#233;mocratiques se r&#233;alisent, peut-on imaginer que sa mise en &#339;uvre jettera enfin les fondements d'une &#233;cole d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute r&#233;flexion s&#233;rieuse sur ce point se doit logiquement de partir d'une analyse des obstacles que les fonctionnements actuels de l'&#233;cole opposent &#224; sa d&#233;mocratisation. C'est &#224; ce prix seulement qu'on peut rendre raison de l'efficace attendue d'une r&#233;forme : est-elle ou non de nature &#224; permettre de surmonter ces obstacles ? On peut sans doute regretter qu'une fois de plus l'exigence logique de cette d&#233;marche ne paraisse gu&#232;re pr&#233;occuper les protagonistes du d&#233;bat qui vient de s'ouvrir. L'influence du mod&#232;le normatif du discours de politique scolaire et p&#233;dagogique, qui d&#233;cr&#232;te le bien et le mal sans s'embarrasser d'&#233;tayage empirique, et avance de nouvelles pr&#233;conisations sans jamais &#233;valuer les effets des pr&#233;conisations pr&#233;c&#233;dentes, semble rester particuli&#232;rement pr&#233;gnante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Transmettre une &#171; culture commune &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son prologue, le projet du CSP pose clairement l'objectif central du nouveau socle : donner aux &#233;l&#232;ves la &#171; culture commune &#187; dont ils auront besoin, les uns autant que les autres, pour la suite de leur parcours scolaire et existentiel. Cet emprunt terminologique &#224; la FSU, qui s'en f&#233;licite, marque le refus d'identifier deux cat&#233;gories d'&#233;l&#232;ves et la volont&#233; de d&#233;finir le socle comme le cadre g&#233;n&#233;ral de programmes destin&#233;s aussi bien &#224; ceux qui vont continuer que les autres, tous devant pouvoir poursuivre leurs &#233;tudes une fois dot&#233;s de cet acquis fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intention ne souffre pas d'ambigu&#239;t&#233;. Mais si proclamer l'unicit&#233; des programmes est le pr&#233;alable indispensable d'une politique visant &#224; la transmission d'une culture commune, d'autres conditions sont n&#233;cessaires pour en assurer la r&#233;ussite. Le coll&#232;ge unique d'avant le socle Fillon n'a jamais &#233;t&#233; vraiment le m&#234;me pour tous ; et l'instauration du socle de 2006 est pr&#233;cis&#233;ment venu officialiser ce qui restait factuel jusque-l&#224; : l'existence d'un flux d'&#233;l&#232;ves trop en &#233;chec pour poursuivre leur scolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc qui, dans le projet de nouveau socle, permettrait une appropriation effective des m&#234;mes programmes par tous les &#233;l&#232;ves ? Pour les promoteurs historiques du principe d'une culture commune, c'est le contenu m&#234;me de cette derni&#232;re qui d&#233;tient la cl&#233; de la r&#233;ponse. La culture scolaire deviendrait un bien commun d&#232;s lors qu'elle s'ouvrirait &#224; l'exp&#233;rience et aux cultures de tous les &#233;l&#232;ves, &#224; commencer bien s&#251;r par ceux qui sont issus des classes populaires. La fa&#231;on dont les initiateurs de la notion de &#171; culture commune &#187; ont r&#233;agi &#224; la publication du projet du CSP montre que leur conception sur ce point n'a pas vari&#233;. Ainsi Marine Roussillon souligne que &#171; faire du commun &#187; passe par des contenus qui ne produisent pas l'exclusion ; H&#233;l&#232;ne Romian oppose la mise en commun des cultures de tous &#224; l'imposition de la culture de l'&#233;lite et propose de &#171; partir des cultures des jeunes &#187; ; Denis Paget s'inqui&#232;te de savoir si on va faire assez pour l'int&#233;gration culturelle de tous les &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les contributions de ces auteurs &#224; Carnets rouges, n&#176;1, sept. 2014.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici une th&#233;matique p&#233;dagogique ancienne : l'&#233;chec scolaire serait le fait d'&#233;l&#232;ves qui ne se retrouvent pas dans les contenus propos&#233;s par l'&#233;cole, et n'ont pas non plus h&#233;rit&#233; dans leur famille d'un penchant irr&#233;pressible &#224; se les approprier &#224; n'importe quelle condition. Pr&#233;sidant en 1971 la commission de r&#233;forme de l'enseignement du fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, H&#233;l&#232;ne Romian, d&#233;j&#224;, estimait que la confrontation aux savoirs abstraits et aux textes litt&#233;raires devait &#234;tre &#233;pargn&#233;e aux enfants des milieux populaires qui y &#233;taient mal pr&#233;par&#233;s. Et cette conviction de la n&#233;cessit&#233; de ne pas faire rupture avec la culture familiale des &#233;l&#232;ves, afin de ne pas pr&#233;cipiter l'&#233;chec de leurs apprentissages, a jou&#233; un r&#244;le crucial au c&#339;ur de la grande entreprise de r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes l'exp&#233;rience historique invite &#224; quelque prudence en la mati&#232;re. Consid&#233;rer l'ouverture de l'&#233;cole sur la vie et la culture de ses publics en difficult&#233; comme la cl&#233; de la r&#233;ussite scolaire est une vieille chim&#232;re. Les &#233;l&#233;ments de connaissance et de culture auxquels il s'agit de s'ouvrir ne sauraient &#234;tre abord&#233;s dans l'institution scolaire que dans le cadre d'une approche disciplinaire, scientifique et/ou r&#233;flexive. Le discours de l'&#233;cole ne saurait &#234;tre celui de l'adh&#233;rence et du fid&#233;isme : sauf &#224; contrevenir &#224; sa vocation propre, il sera n&#233;cessairement celui de la mise &#224; distance et de la r&#233;flexion instruite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est donc effectivement souhaitable que l'&#233;cole n'ignore pas des champs et des objets culturels dans lesquels les publics populaires, de telle ou telle origine nationale ou religieuse, pourront se reconna&#238;tre, elle ne peut le faire n'importe comment. Choisir l'objet d'&#233;tude est une chose : en permettre une approche instruite est l'essentiel. Et de fait nos trois auteurs prennent un soin peut-&#234;tre plus insistant aujourd'hui &#224; souligner combien l'&#233;cole doit &#234;tre du c&#244;t&#233; de la connaissance rationnelle. Marine Roussillon &#233;voque la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tablir &#171; une relation critique aux savoirs &#187; ; H&#233;l&#232;ne Romian souhaite que les cultures des jeunes soient &#171; observ&#233;es avec esprit scientifique et critique &#187; ; Denis Paget d&#233;clare se d&#233;fier des &#171; pr&#233;ventions &#224; l'&#233;gard des apprentissages strictement disciplinaires &#187;. Ils n'abordent pas pour autant la question des conditions auxquelles ces &#171; apprentissages strictement disciplinaires &#187; pourraient &#234;tre demain mieux r&#233;ussis qu'aujourd'hui, et s'en tiennent &#224; celle qui consiste &#224; proposer des objets culturels plus motivants pour les &#233;l&#232;ves. Cela pourtant ne suffit gu&#232;re : on ne peut plus ignorer, insistons-y, que le psychologisme de la motivation qui hante depuis quatre d&#233;cennies les entreprises de &#171; lutte contre l'&#233;chec scolaire &#187; a peu de chances, pour ne pas dire aucune, de constituer un axe fort d'&#233;radication de l'&#233;chec scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Se d&#233;fier des &#171; fondamentaux &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La culture commune contre les &#171; fondamentaux &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est illusoire, en r&#233;alit&#233;, de plaider pour quelque &#171; culture commune &#187; que ce soit sans se pr&#233;occuper au premier chef de la r&#233;ussite des apprentissages &#233;l&#233;mentaires : seuls des changements tr&#232;s importants &#224; cet &#233;gard pourront assurer une appropriation effectivement commune des contenus scolaires, a fortiori si l'on en d&#233;fend une conception ambitieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diatribes des partisans de la culture commune &#224; l'encontre des fameux &#171; fondamentaux &#187; paraissent de ce point de vue pour le moins inappropri&#233;es. N'y a-t-il pas mieux &#224; faire que de s'en prendre &#224; l'importance que le socle Fillon leur accorde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se reportera notamment &#224; cet &#233;gard aux contributions d&#233;j&#224; cit&#233;es de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conviendra certes volontiers que, de Thiers &#224; Darcos, les responsables politiques les moins suspects de militer pour une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'&#233;cole se sont prononc&#233;s pour leur acquisition, dans une perspective qu'ils entendaient particuli&#232;rement r&#233;ductrice. Ainsi d&#232;s 1850, dans un discours s'opposant violemment &#224; l'&#233;ducation des ouvriers, Adolphe Thiers d&#233;clarait : &#171; Lire, &#233;crire, compter, voil&#224; ce qu'il faut apprendre ; quant au reste, cela est superflu &#187;. Et il est tout aussi vrai que sous la pression d'un large public, soulign&#233;e lors du grand d&#233;bat de 2004 pr&#233;sid&#233; par Claude Th&#233;lot, Fillon, de Robien, Darcos se montreront soucieux des apprentissages du lire-&#233;crire-compter, tout en s'attachant parall&#232;lement &#224; consolider les structures d'une &#233;cole &#224; deux vitesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t cependant que de se crisper sur cette conception de la scolarisation des classes populaires, et de rejeter l'enfant avec l'eau du bain, il vaudrait mieux prendre l'objectif des fondamentaux au pied de la lettre. Trois raisons au moins plaident ici en faveur de l'intelligence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Trois raisons&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'interdit, tout d'abord, de consid&#233;rer les fondamentaux pour ce qu'ils sont : les savoirs et savoir faire dont la ma&#238;trise est indispensable, &#224; l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite, &#224; qui veut poursuivre son parcours. On peut discuter des modalit&#233;s de leur apprentissage, interroger les &#233;nonc&#233;s propos&#233;s &#224; l'apprenti lecteur, ou souligner que l'initiation aux math&#233;matiques exige moins de savoir compter au sens de d&#233;nombrer que de comprendre l'organisation du syst&#232;me num&#233;rique. Il reste qu'aucune suite n'est possible sans une appropriation correcte de ces fondamentaux. Mieux : leur appropriation effective s'accompagne in&#233;vitablement d'une poursuite d'&#233;tudes. Certes, du temps de Thiers, il &#233;tait tout &#224; fait concevable de r&#233;duire l'&#233;ducation populaire &#224; l'acquisition de ces fondamentaux. Ce n'est plus, aujourd'hui, qu'utopie de dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les donn&#233;es statistiques montrent en effet, et c'est une seconde raison de d&#233;fendre les &#171; fondamentaux &#187;, que dans les classes populaires la r&#233;ussite des apprentissages &#233;l&#233;mentaires encourage syst&#233;matiquement la r&#233;alisation d'&#233;tudes longues, conform&#233;ment au souhait ultra majoritaire des familles. Un &#171; socle commun r&#233;duit aux fondamentaux &#187; a donc autant de sens qu'un logarithme jaune : la question du socle ne se pose qu'en raison pr&#233;cis&#233;ment de l'&#233;chec massif de leur transmission. Et une appropriation satisfaisante des fondamentaux ne fait pas qu'encourager &#224; la poursuite d'&#233;tude, elle assure la qualit&#233; du parcours ult&#233;rieur : quand ils font partie du meilleur quartile des entrants en 6&#232;me les enfants d'ouvriers r&#233;alisent ensuite des parcours assez proches de ceux des enfants de cadres qui, eux aussi, ont r&#233;ussi leur entr&#233;e initiale dans la culture &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, et c'est la troisi&#232;me raison d'assumer l'exigence d'une bonne appropriation des fondamentaux, le ratage des apprentissages &#233;l&#233;mentaires est bien le c&#339;ur de la question scolaire et la source essentielle de l'in&#233;galit&#233; des parcours. D&#251; dans 90 % des cas &#224; un &#233;chec en lecture, le redoublement du CP affecte prioritairement les enfants d'ouvriers et d'employ&#233;s, et laisse tr&#232;s peu de chances &#224; une scolarit&#233; correcte. Ind&#233;pendamment de la pratique du redoublement, qui s'est sensiblement r&#233;duite, les &#233;carts culturels et cognitifs moyens entre les enfants d'ouvriers et les enfants de cadres sont multipli&#233;s par deux entre l'entr&#233;e au CP et la sortie du CM2. Les &#233;l&#232;ves issus des classes populaires forment ainsi le gros du quartile des moins bons entrants en 6&#232;me, dont le destin ult&#233;rieur est quasiment scell&#233;. Et cela vaut aussi bien pour les enfants de cadres qui se retrouvent dans ce quartile, tant est d&#233;cisive&#8230; l'acquisition des fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des amis du peuple contre les fondamentaux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune d&#233;mocratisation scolaire significative n'est envisageable sans que soient r&#233;solues les difficult&#233;s actuelles rencontr&#233;es dans l'acquisition des fondamentaux. Cela devrait tomber sous le sens. Faire l'impasse sur ce probl&#232;me, c'est renoncer d'avance &#224; changer r&#233;ellement l'&#233;cole. Et vice versa, ce dont le constat est facile &#224; faire : ceux qui, &#224; gauche, ont choisi de g&#233;rer les in&#233;galit&#233;s plut&#244;t que de les affronter contournent syst&#233;matiquement la question. Le PS avait beau indiquer dans son programme de 2012 vouloir donner la priorit&#233; &#224; l'enseignement primaire, il parlait de postes &#224; donner mais se gardait bien d'ouvrir le dossier de la conduite des apprentissages et de son efficacit&#233;. Deux ans apr&#232;s, Terra Nova, son &#171; Think Tank &#187;, revient aux amours anciennes : la faute au coll&#232;ge, plus pr&#233;cis&#233;ment au &#171; manque de progressivit&#233; &#187; et au &#171; d&#233;faut de coh&#233;rence &#187; entre primaire et coll&#232;ge. Quant &#224; l'efficacit&#233; des apprentissages &#233;l&#233;mentaires&#8230; L'UNSA pr&#233;f&#232;re pour sa part regarder du c&#244;t&#233; de la formation des comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger-Fran&#231;ois Gauthier, qui lui aussi se prononce pour le bien du peuple tout en refusant d'affronter clairement la question des in&#233;galit&#233;s, condamne fermement ce qu'il appelle &#171; l'id&#233;ologie des fondamentaux &#187;. &#201;coutons-le : &#171; (&#8230;) &#8216;lire, &#233;crire, compter'. Pourquoi pas &#8216;parler' par exemple ? Pourquoi pas &#8216;apprendre &#224; vivre avec autrui' ? N'est-ce pas capital ? Urgent ? Chacun sait qu'un atout d&#233;cisif pour toute la scolarit&#233; est la richesse du vocabulaire et l'aisance dans l'expression orale, d'abord &#224; l'entr&#233;e du CP puis &#224; l'entr&#233;e au coll&#232;ge, parce que cette richesse est un facteur de r&#233;ussite pour les autres apprentissages. Rappelons aussi que dans les &#233;tudes sup&#233;rieures, les grandes discriminations &#233;litistes se font non sur des &#233;crits, mais sur des oraux, que les initi&#233;s appellent &#8216;grands' &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roger-Fran&#231;ois Gauthier, Ce que l'&#233;cole devrait enseigner, op. cit&#233;, pp. 45-46.&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'&#233;tonne qu'un inspecteur g&#233;n&#233;ral de l'&#233;ducation nationale puisse ignorer &#224; ce point que l'institution scolaire n'a pas de sens si elle n'assure pas l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite (m&#234;me si elle se charge d'autres missions) ; et qu'il puisse m&#233;conna&#238;tre &#224; ce point la r&#233;alit&#233; des processus linguistiques et le fait que l'enrichissement du vocabulaire, la qualit&#233; de l'oral, a fortiori le beau langage requis dans les &#8216;grands oraux' des concours, supposent une fr&#233;quentation assidue de la langue &#233;crite. On entend ici comme un &#233;cho d'une observation de Philippe Perrenoud qui, s'en prenant &#224; ceux qui &#171; continuent &#224; privil&#233;gier un savoir sur la langue qui rel&#232;ve de la culture plus que la ma&#238;trise pratique, quand bien m&#234;me les travaux de recherche permettent de douter que la ma&#238;trise th&#233;orique de la syntaxe soit aussi indispensable qu'on l'imaginait pour produire des &#233;nonc&#233;s intelligibles et communiquer avec autrui &#187;, regrette que l'on ait encore affaire &#224; &#171; un enseignement de la langue comme objet de connaissance abstraite &#187; et pas seulement &#224; &#171; une &#233;ducation &#224; la communication langagi&#232;re et &#224; ses codes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Perrenoud, Quand l'&#233;cole pr&#233;tend pr&#233;parer &#224; la vie, ESF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voil&#224; un autre grand lettr&#233; qui estime que la communication orale est bien suffisante pour les gens du peuple qu'il faut &#171; pr&#233;parer &#224; la vie &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, d&#233;cid&#233;ment : le haro sur les &#171; fondamentaux &#187; n'a pas sa place chez les partisans d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s. Il reste &#224; esp&#233;rer que le d&#233;bat sur les programmes de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire n'esquivera pas la question une fois de plus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la hi&#233;rarchie des disciplines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De la hi&#233;rarchie &#224; l'ordonnancement didactique des disciplines&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; le socle Fillon faisait la part belle &#224; l'apprentissage du fran&#231;ais et des maths, disciplines gratifi&#233;es chacune d'un des sept &#171; piliers &#187; de la sagesse scolaire, le projet de r&#233;forme des contenus propos&#233;s par le CSP distribue ces derniers en cinq &#171; domaines de formation &#187;. Toutes les disciplines doivent apporter leur contribution propre &#224; chacun de ces domaines. Elles sont ainsi pos&#233;es sur un pied d'&#233;galit&#233;, et celles qui n'&#233;taient pas mises en exergue dans le socle de 2006 se r&#233;jouissent du changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hi&#233;rarchisation des disciplines est contestable &#224; plusieurs &#233;gards. Elle peut en effet fragiliser l'existence de disciplines mises en position subalterne, et au bout du compte conduire &#224; leur exclusion du curriculum. Elle peut &#224; l'inverse servir &#224; imposer telle discipline pour des raisons qui ne sont en rien &#233;ducatives, s'agissant par exemple de telle langue &#233;trang&#232;re rendue quasi obligatoire au d&#233;triment de toutes les autres. Et l'on sait bien les absurdit&#233;s p&#233;dagogiques auxquelles conduit aujourd'hui la survalorisation de certaines disciplines, dont le r&#244;le est s&#233;lectif autant que formatif. Ainsi de la fonction attribu&#233;e aux math&#233;matiques, qui draine vers le bac S les meilleurs litt&#233;raires, et d&#233;termine l'acc&#232;s aux grandes &#233;coles de jeunes gens qui se pr&#233;cipiteront ensuite massivement vers des emplois o&#249; les math&#233;matiques ne sont en rien qualifiantes, tout cela pendant que l'enseignement universitaire des math&#233;matiques se voit d&#233;sert&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de cette hi&#233;rarchisation-l&#224;, au ressort essentiellement social et politique, ne saurait &#234;tre &#233;tendue sans dommages &#224; la dimension proprement didactique des relations entre les disciplines. Dans l'ordre des savoirs, qu'une bonne culture math&#233;matique soit une condition de l'appropriation d'un ensemble de connaissances scientifiques ne saurait gu&#232;re &#234;tre remis en cause. Comme ne saurait l'&#234;tre le fait qu'une ma&#238;trise suffisante de la langue &#233;crite est indispensable s'agissant d'acc&#233;der &#224; tous les autres champs de la connaissance &#233;labor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;laboration d'un curriculum de culture commune quelque peu ambitieux, et qui doit former la capacit&#233; &#224; poursuivre le parcours d'&#233;tude et de formation, se doit donc d'&#234;tre attentif &#224; ce qu'on pourrait appeler l'ordonnancement didactique des disciplines. Cette exigence n'appara&#238;t pourtant gu&#232;re dans le projet du CSP, qui m&#233;lange par exemple dans le domaine des &#171; langages pour penser et communiquer &#187; des objectifs effectivement didactiques, soulign&#233;s &#224; propos de la ma&#238;trise de la langue fran&#231;aise et des langages scientifiques, et des objectifs r&#233;pondant davantage &#224; des exigences sociales, telles la communication orale, la pratique de langues &#233;trang&#232;res ou la lecture des plans du m&#233;tro. Le risque de cette &#171; &#233;galisation &#187; est &#233;videmment d'ouvrir la porte &#224; des processus de substitution d'objectifs en fonction des publics d'&#233;l&#232;ves, et &#224; un retour par l&#224;-m&#234;me aux curricula diff&#233;renci&#233;s du socle Fillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Formation des comp&#233;tences et appropriation des disciplines&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce risque est d'autant moins illusoire que le projet du CSP r&#233;introduit sans ambages la langue de bois des comp&#233;tences &#171; g&#233;n&#233;rales &#187;, transdisciplinaires (au hasard du texte : acqu&#233;rir la capacit&#233; de coop&#233;rer et de r&#233;aliser des projets, d'organiser son travail, d&#233;velopper la sensibilit&#233; et la confiance en soi et le respect des autres, d&#233;velopper le jugement, se poser des questions et chercher des r&#233;ponses, expliquer, d&#233;montrer, argumenter, etc.). Or ces comp&#233;tences perdent tout sens &#224; &#234;tre coup&#233;es d'un champ d'activit&#233; d&#233;termin&#233;. La curiosit&#233; intellectuelle, les facult&#233;s de jugement et de r&#233;flexion critique, l'autonomie dans le travail de la pens&#233;e s'acqui&#232;rent dans l'appropriation, la pratique et l'approfondissement des disciplines. La ma&#238;trise des savoirs contribue largement encore &#224; la confiance en soi et au respect des autres. La compr&#233;hension de ces &#171; autres &#187;, de leurs diff&#233;rences et de la logique de leurs comportements est certainement plus efficace que toutes les exhortations et les cours d'&#233;ducation morale et civique. La formation de l'esprit critique est une pr&#233;occupation r&#233;currente des p&#233;dagogues, &#233;ducateurs, philosophes de l'&#233;ducation : comment pense-t-on l'assurer, sinon par le d&#233;veloppement de la connaissance objective, l'apport des disciplines, la familiarisation avec leurs d&#233;bats internes et les conditions de la production des savoirs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'encontre des consid&#233;rations banales et impr&#233;cises sur les comp&#233;tences g&#233;n&#233;rales il faut rappeler avec Astolfi qu'un enseignement de qualit&#233; ne saurait avoir d'autre ambition que d'introduire les &#233;l&#232;ves aux disciplines, qui seules ont d&#233;velopp&#233; et d&#233;veloppent des savoirs &#171; dignes de ce nom &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Astolfi, La Saveur des savoirs, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2008, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et forment les comp&#233;tences qui vont avec. Le projet du CSP n'aurait pu mieux marquer sa diff&#233;rence avec le socle Fillon qu'en &#233;tant clair sur ce point&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Denis Paget pointe &#224; juste titre l'inconv&#233;nient de ne pas l'avoir fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet soutient il est vrai la n&#233;cessit&#233; de &#171; d&#233;passer l'opposition artificielle parfois entretenue entre connaissances et comp&#233;tences &#187;. L'on ne peut que se r&#233;jouir de cette prise de position, que le GRDS a pour sa part toujours d&#233;fendue. Elle est tout &#224; fait essentielle face &#224; l'abondante litt&#233;rature nationale et internationale qui, s'agissant de d&#233;finir le bagage minimum de sortie de l'&#233;cole, pr&#244;ne la substitution de la formation de comp&#233;tences &#224; l'acquisition des savoirs. Pour justifier son propos, cette litt&#233;rature tend &#224; r&#233;duire les savoirs &#224; de simples informations dont il conviendrait de limiter l'accumulation et la m&#233;morisation. Si l'on se refuse &#224; l'inverse &#224; opposer savoirs et comp&#233;tences, il importe de rappeler que le savoir n'est pas r&#233;ductible &#224; une liste d'&#233;nonc&#233;s porteurs de v&#233;rit&#233;s, et que l'appropriation d'une discipline suppose la compr&#233;hension du point de vue sous lequel elle interroge ses objets, de ses modes de raisonnement, de la port&#233;e et des limites de ses r&#233;sultats, de l'&#233;volution historique des probl&#233;matiques dominantes : s'expliquer sur ce point est d&#233;cisif pour poser correctement la question des comp&#233;tences, dont la formation et l'&#233;largissement d&#233;pendent au premier chef de l'approfondissement des savoirs disciplinaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'&#233;voque cette question in Jean-Pierre Terrail, La culture commune et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exigence premi&#232;re d'une bonne appropriation des bases des disciplines s'impose d'autant plus que l'on souhaite que tous les &#233;l&#232;ves puissent poursuivre leurs &#233;tudes au-del&#224; du coll&#232;ge. Une fois cette exigence pos&#233;e, il reste bien s&#251;r &#224; mettre en discussion les contenus disciplinaires avec les enseignants concern&#233;s, les questions &#224; d&#233;battre portant &#224; la fois sur les modalit&#233;s d'apprentissage les plus susceptibles de favoriser la poursuite d'&#233;tudes, les plus susceptibles donc d'&#233;viter de r&#233;duire l'enseignement &#224; une simple transmission informative de connaissances acquises (par exemple : l'enseignement de l'histoire doit-il viser &#224; transmettre telles connaissances utiles au futur citoyen ou &#224; introduire les &#233;l&#232;ves &#224; l'intelligibilit&#233; des processus historiques ?) ; et portant sur les objets &#224; traiter selon ces modalit&#233;s d'apprentissage (par exemple : quelle place les programmes d'histoire doivent-il accorder &#224; la connaissance des grandes religions ?). Il reste &#233;galement &#224; concevoir une organisation des relations adultes/&#233;l&#232;ves, des formes de coop&#233;ration entre les &#233;l&#232;ves et des conditions du travail intellectuel qui permettent tout &#224; la fois de restaurer le plaisir d'apprendre comme principe structurant de l'activit&#233; scolaire, et de contribuer au d&#233;veloppement de l'esprit civique et du respect d'autrui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour rompre avec la logique de l'&#233;cole unique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233; au socle Fillon, le projet du CSP va incontestablement dans le sens d'une &#233;cole plus d&#233;mocratique, par son rejet du principe d'une &#233;cole &#224; deux vitesses, son affirmation d'un coll&#232;ge ouvert sur la poursuite d'&#233;tudes (qui rompt donc avec la critique r&#233;currente d'un coll&#232;ge antichambre du lyc&#233;e), sa proposition de contenus d'enseignement plus ambitieux qui devraient &#234;tre structur&#233;s par l'apport des disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;l&#233;ments sont-ils pour autant susceptibles d'assurer une v&#233;ritable d&#233;mocratisation scolaire ? En admettant, ce qui n'est pas acquis, que le travail engag&#233; sur les programmes permette d'en r&#233;aliser toutes les potentialit&#233;s, suffiraient-ils pour r&#233;duire significativement les in&#233;galit&#233;s d'aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en douter. Ces in&#233;galit&#233;s sont inh&#233;rentes, comme nous nous sommes attach&#233;s &#224; le montrer par ailleurs, tant &#224; la logique m&#234;me de l'&#233;cole unique, et au premier chef &#224; la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, qu'au recours &#224; des dispositifs p&#233;dagogiques peu efficaces&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or le projet du CSP n'affronte aucun de ces deux obstacles &#224; une v&#233;ritable d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La culture commune n'est pas seulement affaire de contenus d'enseignement&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en concurrence est le fait de l'instauration, par le d&#233;cret Berthoin de 1959, d'une &#233;valuation syst&#233;matique des &#233;l&#232;ves, sanctionn&#233;e par les notes, le classement, et, en cons&#233;quence du classement, l'orientation vers des niveaux et des fili&#232;res de sortie in&#233;galement valoris&#233;s. Elle favorise in&#233;vitablement par elle-m&#234;me la reproduction sociale, les &#233;l&#232;ves mis en concurrence arrivant &#224; l'&#233;cole dot&#233;s de ressources culturelles in&#233;gales. Elle favorise tout aussi bien la distribution in&#233;gale des ressources financi&#232;res, humaines, p&#233;dagogiques m&#234;me, de l'institution, ainsi domin&#233;e par la r&#232;gle du donner plus &#224; ceux qui ont plus. Enfin, et peut-&#234;tre surtout, elle incite in&#233;luctablement les enseignants &#224; r&#233;gler les difficult&#233;s d'apprentissage au moyen des ressources institutionnelles &#224; leur disposition (la mauvaise note, le redoublement, l'affectation aux classes de faible niveau, l'orientation) au lieu de s'en tenir aux ressources de la p&#233;dagogie et de l'&#233;change intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conservant le principe de l'&#233;valuation classante, et en maintenant ouverte la possibilit&#233; d'&#233;liminer les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; &#224; l'issue du coll&#232;ge, le projet du CSP pr&#233;serve la logique de l'&#233;cole unique, qui accueille tous les enfants, les met en concurrence et les &#233;limine progressivement. La seule fa&#231;on d'&#233;chapper &#224; cette logique anti-d&#233;mocratique est de lui substituer la logique du tronc commun, celle d'une &#233;cole qui accueille tous les &#233;l&#232;ves et sait d'embl&#233;e qu'il lui faut tous les conduire, apr&#232;s s'&#234;tre appropri&#233;s la m&#234;me culture commune, au m&#234;me point d'arriv&#233;e, qui ne peut &#234;tre aujourd'hui que la fin du secondaire (85% des &#233;l&#232;ves poursuivent d'ores et d&#233;j&#224; leur cursus jusqu'&#224; 18 ans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette logique du tronc commun, toute possibilit&#233; de sanctionner les difficult&#233;s intellectuelles par des moyens institutionnels et extra p&#233;dagogiques est supprim&#233;e. En revanche, les enseignants doivent disposer des ressources en formation initiale et continue, en temps et en libert&#233; d'exp&#233;rimentation et de concertation, susceptibles de leur permettre de r&#233;pondre aux exigences de cette nouvelle logique, en conduisant les apprentissages de fa&#231;on beaucoup plus efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas plus qu'il ne s'attaque au principe de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, le projet du CSP ne r&#233;f&#232;re clairement &#224; l'exigence d'une am&#233;lioration massive de la r&#233;ussite des apprentissages, et &#224; ce qu'elle pr&#233;suppose, l'examen critique des dispositifs p&#233;dagogiques existants, des contenus de la formation des enseignants, de l'organisation de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, o&#249; l'essentiel de l'&#233;chec scolaire prend sa source, et notamment du principe de la polyvalence des ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qui a l'ambition de transmettre une culture v&#233;ritablement &#171; commune &#187; aux jeunes g&#233;n&#233;rations, ce sont pourtant l&#224; des questions incontournables.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'&#233;voque ici succinctement les conditions de l'&#233;mergence de la question du socle, en renvoyant pour une analyse plus d&#233;velopp&#233;e et pour les r&#233;f&#233;rences bibliographiques &#224; un texte pr&#233;c&#233;dent, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article164&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Que faire avec le socle et les comp&#233;tences ?&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.democratisation-scolaire.fr&lt;/a&gt;, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'&#233;pisode du rapport du Coll&#232;ge de France, voir la th&#232;se de Pierre Cl&#233;ment, &lt;i&gt;R&#233;former les programmes pour changer l'&#233;cole ? Une sociologie historique du champ du pouvoir scolaire&lt;/i&gt;, Universit&#233; de Picardie, 2013, et Jean-Pierre Terrail, article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jos&#233; Tovar, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article113&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Gen&#232;se du projet du PS pour l'&#233;ducation. De l'appel de la Ligue de l'enseignement en 2000 &#224; l'Appel de Bobigny en 2010&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.democratisation-scolaire.fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Terra nova, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole commune du CP &#224; la 3&#232;me. Un pas suppl&#233;mentaire vers la d&#233;mocratisation&lt;/i&gt;, mars 2014. L'ouvrage du GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, a &#233;t&#233; publi&#233; en 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claire Krepper, &#171; Les jeunes ont besoin d'engagements clairs &#187;, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, 16 juin 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir G&#233;rard Aschi&#233;ri, &#171; Socle : continuit&#233; ou rupture ? &#187;, et Marine Roussillon, &#171; Les programmes scolaires, un enjeu politique &#187;, &lt;i&gt;Carnets rouges&lt;/i&gt;, n&#176;1, sept. 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Denis Paget, &#171; Connaissances, comp&#233;tences et culture commune en d&#233;bat &#187;, &lt;i&gt;Carnets rouges&lt;/i&gt;, n&#176;1, sept. 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roger-Fran&#231;ois Gauthier, &lt;i&gt;Ce que l'&#233;cole devrait enseigner. Pour une r&#233;volution de la politique scolaire en France&lt;/i&gt;, Dunod, Paris, sept. 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les contributions de ces auteurs &#224; &lt;i&gt;Carnets rouges&lt;/i&gt;, n&#176;1, sept. 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se reportera notamment &#224; cet &#233;gard aux contributions d&#233;j&#224; cit&#233;es de Marine Roussillon et G&#233;rard Aschi&#233;ri &#224; &lt;i&gt;Carnets rouges&lt;/i&gt;, n&#176; 1, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roger-Fran&#231;ois Gauthier, &lt;i&gt;Ce que l'&#233;cole devrait enseigner&lt;/i&gt;, op. cit&#233;, pp. 45-46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Perrenoud, &lt;i&gt;Quand l'&#233;cole pr&#233;tend pr&#233;parer &#224; la vie&lt;/i&gt;, ESF, Issy-les-Moulineaux&lt;br class='autobr' /&gt;
, 2011, p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Astolfi, &lt;i&gt;La Saveur des savoirs&lt;/i&gt;, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2008, r&#233;&#233;d. 2010, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Denis Paget pointe &#224; juste titre l'inconv&#233;nient de ne pas l'avoir fait lorsqu'il &#233;voque sa crainte des pr&#233;ventions envers les apprentissages disciplinaires (&lt;i&gt;Carnets rouges&lt;/i&gt;, n&#176;1, article cit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'&#233;voque cette question in Jean-Pierre Terrail, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article145&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La culture commune et la question des comp&#233;tences&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, democratisation-scolaire.fr, 2012 ; et &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article164&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Que faire avec le &#171; socle &#187; et les &#171; comp&#233;tences &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, democratisation-scolaire.fr, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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