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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
	<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/</link>
	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
Contact : gr-ds@orange.fr.
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	<language>fr</language>
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>Sans transmission des savoirs, pas d'esprit critique !</title>
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		<dc:date>2021-02-15T09:33:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nico Hirtt</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Selon le site &#201;duscol , g&#233;r&#233; par le Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, &#171; le d&#233;veloppement de l'esprit critique est au centre de la mission assign&#233;e au syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais &#187;. Mais qu'est-ce donc que l'esprit critique ? Pour l'auteur de l'article cit&#233;, il serait &#224; la fois &#171; un &#233;tat d'esprit &#187; et &#171; une mani&#232;re de proc&#233;der &#187;. L'&#233;tat d'esprit en question comporterait six attitudes : l'&#233;coute (s'int&#233;resser &#224; ce que pensent les autres, accepter le d&#233;bat), la curiosit&#233;, l'autonomie (chercher (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L121xH150/arton326-3b8cb.png?1790692076' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Selon le site &#201;duscol , g&#233;r&#233; par le Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, &#171; le d&#233;veloppement de l'esprit critique est au centre de la mission assign&#233;e au syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233;e avec l'accord de l'auteur, cette contribution est initialement parue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais qu'est-ce donc que l'esprit critique ? Pour l'auteur de l'article cit&#233;, il serait &#224; la fois &#171; un &#233;tat d'esprit &#187; et &#171; une mani&#232;re de proc&#233;der &#187;. L'&#233;tat d'esprit en question comporterait six attitudes : l'&#233;coute (s'int&#233;resser &#224; ce que pensent les autres, accepter le d&#233;bat), la curiosit&#233;, l'autonomie (chercher &#224; penser par soi-m&#234;me), la lucidit&#233; (savoir ce que l'on sait et ce que l'on ignore) et la modestie (accepter de s'&#234;tre tromp&#233;). Ces attitudes seraient &#224; leur tour nourries par six pratiques : s'informer, &#233;valuer l'information, distinguer dans cette information les faits et les interpr&#233;tations, confronter les interpr&#233;tations (pour prendre acte des d&#233;bats) et enfin &#233;valuer les interpr&#233;tations (afin de distinguer les opinions des hypoth&#232;ses et des faits valid&#233;s par l'exp&#233;rience).&lt;br class='autobr' /&gt;
La mission de l'&#201;cole, en mati&#232;re de formation &#224; l'esprit critique, consisterait d&#232;s lors &#224; exercer ces six pratiques afin d'encourager les six attitudes susmentionn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien dans tout cela, qui soit &#224; rejeter. La question qui me taraude est plut&#244;t : est-ce que cela suffit ? La capacit&#233; de formuler un jugement autonome et critique ne se nourrit-elle que de bonnes attitudes et de bonnes pratiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons le cas d'&#233;cole qui nous est fourni aujourd'hui par la Covid 19 et les mesures sanitaires qu'elle entra&#238;ne. Un esprit critique ne devrait certes pas accepter d'embl&#233;e, comme des v&#233;rit&#233;s incontestables, toute analyse ou information provenant des autorit&#233;s et des m&#233;dias qui leur sont fid&#232;les. Mais il ne devrait pas non plus se laisser entra&#238;ner par le flot de th&#232;ses d&#233;lirantes que l'on trouve parfois sur les r&#233;seaux sociaux. Il faut donc effectivement &#171; s'informer &#187;, &#171; distinguer les faits des interpr&#233;tations &#187;, identifier &#171; opinions, hypoth&#232;ses et faits valid&#233;s par l'exp&#233;rience &#187;, etc. Mais &#231;a n'est pas, me semble-t-il, qu'une question d'attitude ou de pratique. Il y a en effet une condition imp&#233;rative pour que ces attitudes et pratiques soient efficaces, condition que passe &#233;trangement sous silence le texte d'&#201;duscol : le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se forger une opinion sur les vaccins, sans comprendre ce qu'est un virus, ce que sont l'ADN et l'ARN, ce qu'est un anticorps ? Comment &#233;valuer la cr&#233;dibilit&#233; d'affirmations appuy&#233;es sur des donn&#233;es chiffr&#233;es, relatives &#224; l'efficience ou &#224; l'inefficience du confinement, si l'on n'a pas appris &#224; lire et &#224; interpr&#233;ter une statistique ? Comment comprendre les d&#233;bats virulents sur la dangerosit&#233; de certaines dispositions comme le port du masque si l'on n'a jamais d&#233;couvert ce qu'est une probabilit&#233; ? Comment r&#233;sister aux comparaisons faciles entre la France et la Su&#232;de si l'on n'a pas d'id&#233;e des diff&#233;rences g&#233;ographiques, d&#233;mographiques ou culturelles entre ces pays ? Comment peut-on comprendre que des personnes pourtant saines d'esprit se laissent aller &#224; des th&#232;ses dites &#171; conspirationnistes &#187;, si l'on n'a pas appris, notamment par l'&#233;tude de l'histoire contemporaine, &#224; quels mensonges les &#201;tats sont parfois pr&#234;ts lorsqu'il s'agit de prot&#233;ger leur pouvoir ou leurs int&#233;r&#234;ts ? Et &#224; quel point ils parviennent alors &#224; embrigader les principaux m&#233;dias. Enfin, comment esp&#233;rer une attitude et une pratique respectueuses d'une d&#233;marche scientifique, si l'on n'a jamais &#8212; ou pas souvent &#8212; eu l'occasion de participer &#224; la (d&#233;-)(re-)construction d'un savoir th&#233;orique en s'appuyant sur une telle d&#233;marche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que le savoir n'a pas bonne presse aujourd'hui dans le discours dominant sur l'&#233;ducation. Beaucoup affirment qu'&#224; l'&#232;re de l'internet, alors que chacun peut acc&#233;der en un clin d'oeil au contenu de biblioth&#232;ques et de m&#233;diath&#232;ques colossales, le r&#244;le de l'&#233;cole ne serait plus de transmettre du savoir, mais d'apprendre &#224; rechercher et &#224; mobiliser des connaissances nouvelles en fonction de besoins changeants et impr&#233;visibles. Telle est en tout cas la d&#233;finition &#171; moderne &#187; de la comp&#233;tence, que r&#233;clament les pouvoirs &#233;conomiques lorsqu'ils se penchent sur les syst&#232;mes &#233;ducatifs. Mais pour celui qui pense l'&#201;cole comme une instance &#233;mancipatrice, cette vision-l&#224; ne peut satisfaire. Le savoir ne se r&#233;duit en effet pas &#224; une masse d'informations. Dans sa forme la plus &#233;lev&#233;e, celle qu'implique une citoyennet&#233; critique, le savoir suppose un processus complexe d'abstraction et de conceptualisation que seule l'&#233;cole peut apporter &#224; tous. En c&#233;dant &#224; la mode consistant &#224; privil&#233;gier la comp&#233;tence flexible sur le savoir solidement construit, ce n'est pas l'esprit critique que l'on promeut mais au contraire la capacit&#233; de s'adapter au changement sans vell&#233;it&#233; de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_291 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L446xH328/capture_d_e_cran_2021-02-15_a_10.23.01-fd157.png?1790689109' width='446' height='328' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Promouvoir l'esprit critique &#224; l'&#233;cole, forger des citoyens capables de penser le monde avec leur propre t&#234;te et de participer &#224; sa transformation, cela ne peut se r&#233;duire &#224; l'inculcation de valeurs ou de comportements. Le v&#233;ritable esprit critique, celui qui permet de s'affranchir des dogmes de la pens&#233;e dominante, ne se nourrit pas de valeurs mais de savoirs. C'est par l'&#233;tude des sciences que l'on acquiert le mode de pens&#233;e qui lib&#232;re des pr&#233;jug&#233;s. C'est par la connaissance de notre environnement g&#233;ographique, technologique et socio-&#233;conomique que l'on peut saisir les potentialit&#233;s qui s'offrent &#224; l'homme et prendre toute la mesure du g&#226;chis actuel. C'est par l'histoire que l'on apprend comment se font et se d&#233;font les soci&#233;t&#233;s, que l'on per&#231;oit la force et les conditions de l'action politique et sociale. C'est par la litt&#233;rature, la philosophie et les arts que l'on apprend &#224; pr&#233;ciser, &#224; exprimer, &#224; nuancer et &#224; d&#233;fendre sa pens&#233;e. Au contraire, l'absence de rigueur, les savoirs mal structur&#233;s, les comp&#233;tences pratiques sans assise th&#233;orique, l'adaptabilit&#233; sans r&#233;flexion, ne conduisent l'homme qu'&#224; renoncer &#224; comprendre, &#224; accepter tout sans s'interroger sur rien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Publi&#233;e avec l'accord de l'auteur, cette contribution est initialement parue dans la revue du SnesSup, &lt;i&gt;Former des enseignants&lt;/i&gt;, n&#176; 692, f&#233;vrier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les programmes et l'enseignement des SES</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article257</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article257</guid>
		<dc:date>2017-04-28T17:02:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Beitone</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[&#192; la suite de la publication sur ce site d'une contribution du sociologue Pierre Merle (voir ici) explicitant son point de vue sur la r&#233;forme de l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e, Alain Beitone nous a propos&#233; les r&#233;flexions qui suivent] &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut d'abord saluer la d&#233;cision de Pierre Merle de publier un texte tir&#233; de son audition par la commission minist&#233;rielle charg&#233;e d'&#233;laborer un avis sur l'enseignement des SES. Pierre Merle a de plus d&#233;cid&#233; de confier son texte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH106/arton257-12134.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;&#192; la suite de la publication sur ce site d'une contribution du sociologue Pierre Merle (&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article254&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir ici&lt;/a&gt;) explicitant son point de vue sur la r&#233;forme de l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e, Alain Beitone nous a propos&#233; les r&#233;flexions qui suivent&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord saluer la d&#233;cision de Pierre Merle de publier un texte tir&#233; de son audition par la commission minist&#233;rielle charg&#233;e d'&#233;laborer un avis sur l'enseignement des SES. Pierre Merle a de plus d&#233;cid&#233; de confier son texte au site du GRDS (&lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article254&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article254&lt;/a&gt;), ce qui souligne la contribution &#233;minente de ce site dans le d&#233;bat sur l'&#233;cole en g&#233;n&#233;ral et sur les SES en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Merle a &#233;t&#233; professeur de SES. Devenu professeur des universit&#233;s en sociologie, il a continu&#233; &#224; s'int&#233;resser aux SES dans ses recherches et &#224; s'impliquer dans la vie de la discipline (notamment &#224; travers la participation aux concours de recrutement). Je pr&#233;cise que Pierre et moi entretenons des rapports amicaux et que l'on ne pourra mettre notre dialogue sur le compte de la querelle personnelle. L'objectif de ma contribution est de souligner les points d'accord entre nous, de dissiper les malentendus, de circonscrire les d&#233;saccords et, si possible, de les d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des points d'accords importants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pierre Merle souligne fortement les fondements scientifiques de l'enseignement des SES : &#171; Un enseignement de sciences &#233;conomiques et sociales a pour objet de transmettre des connaissances scientifiques qui, par construction, se diff&#233;rencient d'une opinion &#187; (toutes les citations de P. Merle sont tir&#233;es de son texte paru sur le site du GRDS). Cette posture est parfaitement conforme &#224; celle qui est exprim&#233;e dans le pr&#233;ambule du programme du cycle terminal actuellement en vigueur. Il pr&#233;cise son point de vue en distinguant l'Enseignement moral et civique et les SES : &#171; L'EMC rel&#232;ve principalement du registre de l'&#233;ducation, de la norme ; l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales du registre de l'instruction, de la science. &#201;duquer et instruire sont les deux missions traditionnelles de l'&#233;cole. Elles ne sont pas r&#233;ductibles l'une &#224; l'autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; un accord important car l'id&#233;e selon laquelle l'enseignement des SES est d'abord une &#233;ducation &#224; la citoyennet&#233; est tr&#232;s pr&#233;sente dans le d&#233;bat sur cette discipline scolaire. De m&#234;me, le scepticisme &#224; l'&#233;gard de l'emploi du terme &#171; science &#187; &#224; propos des sciences de la soci&#233;t&#233; reste fort chez certains des protagonistes du d&#233;bat sur les SES (Lawruszenko, Martinache et Mas, 2015, pp. 56-86).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Merle aborde aussi une question essentielle lorsqu'il &#233;crit : &#171; L'histoire des sciences impose un enseignement des SES pr&#233;sentant la pluralit&#233; des paradigmes et courants th&#233;oriques &#187;. C'est un point sur lequel j'ai pour ma part insist&#233; d&#232;s le d&#233;but de mes travaux en didactique des SES en soulignant le caract&#232;re pluri-paradigmatique des SES, ce qui m'a conduit &#224; d&#233;fendre l'importance du d&#233;bat scientifique dans la classe pour montrer aux &#233;l&#232;ves que les controverses scientifiques ont permis de faire progresser la connaissance du monde social. R&#233;pondant &#224; l'ASMP qui propose de r&#233;duire l'enseignement de l'&#233;conomie &#224; la micro&#233;conomie, Pierre Merle &#233;crit qu'une d&#233;marche d'initiation scientifique &#171; ne peut s'&#233;laborer en supprimant des pans entiers de l'analyse &#233;conomique contemporaine &#187;. Ce &#224; quoi, bien s&#251;r, on ne peut que souscrire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre point d'accord, la critique formul&#233;e par Pierre Merle &#224; l'&#233;gard du rapport r&#233;cent de l'Acad&#233;mie des sciences morales et politiques. Pierre Merle ironise &#224; juste titre sur les interrogations fond&#233;es sur l'exp&#233;rience courante qui devraient, selon l'ASMP, structurer l'enseignement des SES. Il conteste aussi l'id&#233;e selon laquelle l'enseignement des SES devrait donner une image positive de l'entreprise. Il pr&#233;cise : &#171; autant en &#233;conomie qu'en sociologie, l'activit&#233; scientifique n'a pas une finalit&#233; normative qui aurait pour objet de montrer que l'entreprise devrait &#234;tre aim&#233;e ou d&#233;test&#233;e, serait globalement une source de &#171; bien &#187; ou &#171; mal &#187;. Il souligne ainsi la n&#233;cessit&#233; de distinguer les connaissances positives et les jugements normatifs (Beitone et Martin-Baillon, 2016) et ses propos convergent avec ceux de J&#233;r&#244;me Deauvieau qui, dans un s&#233;minaire du GRDS consacr&#233; aux SES, rappelait que l'&#233;cole a pour finalit&#233; d'apprendre aux &#233;l&#232;ves &#171; comment penser &#187; et non pas &#171; ce qu'il faut penser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point d'accord enfin &#224; propos de la place des SES en seconde. Pierre Merle se prononce pour un enseignement obligatoire de SES (dans le tronc commun donc) et pour un horaire plus cons&#233;quent. On ne voit pas en effet pourquoi les sciences du monde social devraient occuper une place r&#233;duite &#224; l'entr&#233;e du lyc&#233;e. Au passage, Pierre Merle insiste aussi sur le fait que les enseignants charg&#233;s d'une discipline scolaire d&#233;termin&#233;e doivent ma&#238;triser les savoirs scientifiques de r&#233;f&#233;rence. C'est un point de vue d'autant plus important que cette position ne fait plus consensus dans les d&#233;bats sur l'&#233;cole et que les d&#233;fenseurs du &#171; ma&#238;tre ignorant &#187; sont aujourd'hui nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les points d'accord sont donc nombreux et importants. Mais des d&#233;saccords que je vais essayer de pr&#233;ciser subsistent. Ils sont &#224; la fois d'ordre &#233;pist&#233;mologique et d'ordre didactique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des d&#233;saccords &#233;pist&#233;mologiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le premier d&#233;saccord &lt;/i&gt; porte sur l'usage par Pierre Merle du concept de v&#233;rit&#233;. Il distingue en effet les connaissances scientifiques, les opinions, les normes et &#171; la v&#233;rit&#233; qui rel&#232;ve du sacr&#233; &#187;. Or, s'il existe (aux yeux de certains) des v&#233;rit&#233;s r&#233;v&#233;l&#233;es qui rel&#232;vent du sacr&#233;, cela ne suffit pas &#224; justifier que l'on jette l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; par-dessus bord en lui d&#233;niant toute pertinence scientifique. Telle n'est pas, par exemple, la conception de J&#252;rgen Habermas (peu suspect de positivisme) qui d&#233;fend avec vigueur l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; (Habermas 2001 et 2003). Des auteurs aussi divers que Pascal Engel (1989), Jean-Michel Berthelot (2008) ont insist&#233; sur l'importance du concept de v&#233;rit&#233;. Il faut rappeler aussi que Pierre Bourdieu souligne le lien tr&#232;s fort entre activit&#233; scientifique et v&#233;rit&#233; : &#171; &#171; C'est parce que le champ scientifique est, par certains c&#244;t&#233;s, un champ comme les autres mais qui ob&#233;it &#224; une logique sp&#233;cifique, que l'on peut comprendre, sans faire appel &#224; une forme quelconque de transcendance, qu'il est un lieu historique o&#249; se produisent des v&#233;rit&#233;s transhistoriques &#187; (Bourdieu, 2001, p. 136). On peut citer aussi Bernard Lahire : &#171; &#192; la question : &#171; &#192; quoi servent les sciences sociales ? &#187;, le chercheur r&#233;pond alors sereinement : &#171; &#192; rien d'autre qu'&#224; produire des v&#233;rit&#233;s scientifiques sur le monde social &#187;. Le chercheur n'est au service de personne, il est uniquement au service de la v&#233;rit&#233; ch&#232;rement conquise &#187; (Lahire, 2012, p. 8). Jacques Bouveresse insiste aussi sur le concept de v&#233;rit&#233; et sur la distinction n&#233;cessaire entre &#171; vrai &#187; et &#171; tenu pour vrai &#187;. Un de ses proches, Jean-Jacques Rosat (2009, p. 175), donne cet exemple &#233;clairant : m&#234;me si dans le d&#233;bat sur l'affaire Dreyfus les dreyfusards avaient perdu la bataille, si la culpabilit&#233; du capitaine avait &#233;t&#233; tenue pour vraie et s'il &#233;tait mort au bagne, il n'en demeure pas moins, que l'&#233;nonc&#233; &#171; Dreyfus est innocent &#187; aurait &#233;t&#233; un &#233;nonc&#233; vrai. Si, &#224; la mani&#232;re des relativistes, on est en d&#233;saccord avec cet exemple, si on consid&#232;re que l'innocence ou la culpabilit&#233; de Dreyfus est d&#233;termin&#233;e par un rapport de force et non par des faits objectifs, alors tous les &#233;nonc&#233;s se valent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il faut prendre garde aux d&#233;rapages scientistes qui transforment la v&#233;rit&#233; en dogme, mais on ne doit pas renoncer &#224; l'horizon r&#233;gulateur de la production d'&#233;nonc&#233;s vrais. C'est pourquoi, un enseignement qui se situe dans le prolongement du rationalisme des Lumi&#232;res, repose sur la construction dans la classe d'une norme &#233;pist&#233;mologique (version scolaire du champ scientifique de Bourdieu) qui permet d'&#233;valuer les &#233;nonc&#233;s formul&#233;s par les &#233;l&#232;ves. Si l'un de ces derniers affirme que le ch&#244;mage est li&#233; au nombre trop &#233;lev&#233; d'immigr&#233;s, la r&#233;ponse n'est pas que cette opinion est immorale, mais qu'elle est fausse car il est possible d'&#233;tablir rationnellement que le niveau de ch&#244;mage ne fluctue pas en fonction des flux migratoires. Cette question est importante, car l'&#233;cole en g&#233;n&#233;ral et les SES en particulier sont expos&#233;es &#224; l'influence d'une forte pression relativiste. Les futurs programmes de SES devront donc choisir entre rationalisme et relativisme et ce choix a des enjeux didactiques et politiques consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un second point de divergence &#233;pist&#233;mologique &lt;/i&gt; porte sur la fa&#231;on de traiter de la pluralit&#233; des paradigmes. Il faut ici naviguer entre deux &#233;cueils :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un &#233;cueil scientiste qui consiste &#224; affirmer qu'il n'existe qu'un seul discours l&#233;gitime dans chaque science sociale. C'est la position de Pierre Cahuc et Andr&#233; Zylberberg (2016) dans leur livre tr&#232;s contest&#233; sur le &#171; n&#233;gationnisme &#233;conomique &#187;. Dans leur perspective, les approches post-keyn&#233;siennes, r&#233;gulationnistes, marxistes, conventionnalistes, etc. sont exclues du champ scientifique et donc de l'enseignement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un &#233;cueil relativiste qui consid&#232;re que les sciences sociales sont constitu&#233;es d'un catalogue de th&#233;ories juxtapos&#233;es entre lesquelles il faudrait faire un choix &#171; citoyen &#187;. L'enseignement dans ce cas consiste &#224; faire d&#233;battre les &#233;l&#232;ves sur des alternatives : &#171; lib&#233;ral ou keyn&#233;sien &#187;, &#171; durkheimien ou w&#233;b&#233;rien &#187;, &#171; marxiste ou ricardien &#187;, etc. Dans cette conception, tous les discours se valent et le choix entre les paradigmes rel&#232;ve de la &#171; guerre des dieux &#187; c'est-&#224;-dire d'un choix en fin de compte non rationnel. Par exemple, il n'y a pas lieu d'opposer de fa&#231;on caricaturale le &#171; ch&#244;mage classique &#187; et le &#171; ch&#244;mage keyn&#233;sien &#187;, dans la mesure o&#249; les deux approches mettent en &#233;vidence des m&#233;canismes qui sont susceptibles de contribuer &#224; expliquer le niveau et l'&#233;volution du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je plaide pour ma part pour une posture qui articule trois exigences :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Permettre aux &#233;l&#232;ves de comprendre l'existence d'une pluralit&#233; de paradigmes et la f&#233;condit&#233; des d&#233;bats scientifiques entre ces paradigmes. Par exemple Marx s'appuie explicitement sur l'approche en termes de circuit des physiocrates et sur la th&#233;orie de la valeur-travail de Ricardo ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ne pas caricaturer les oppositions entre les paradigmes. Par exemple Durkheim et Weber d&#233;fendent tous les deux la neutralit&#233; axiologique, ils articulent tous les deux, explication et compr&#233;hension, etc.) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a cumulativit&#233; dans les sciences sociales. Par exemple, la mise en &#233;vidence des d&#233;faillances de march&#233; et des d&#233;fauts de coordination qui est au c&#339;ur de l'analyse &#233;conomique aujourd'hui s'appuie &#224; la fois sur Marx, sur Keynes, sur Pigou, sur Sraffa, sur Schumpeter, etc. De m&#234;me les r&#233;gulationnistes s'appuient sur Marx, Keynes, Schumpeter, les institutionnalistes am&#233;ricains, etc. Enfin, tous les &#233;conomistes aujourd'hui prennent en compte les asym&#233;tries d'information, le comportement strat&#233;gique du march&#233;, les d&#233;faillances du march&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cerner la divergence avec Pierre Merle repartons de l'un de ses exemples : &#171; Dans la sociologie fran&#231;aise, les explications des in&#233;galit&#233;s sociales des cursus scolaires par la sociologie d&#233;terministe bourdieusienne d'une part, individualiste boudonnienne d'autre part, s'opposent nettement. Il importe de distinguer clairement les approches holiste et individualiste &#187;. Pr&#233;sent&#233;e sous cette forme, l'opposition &#171; holisme &#187;/ &#171; individualisme &#187; apparait comme un clivage insurmontable. Or, Pierre Bourdieu lui-m&#234;me a mainte fois rappel&#233; qu'il &#233;tait oppos&#233; &#224; une telle pr&#233;sentation. Il la d&#233;nonce m&#234;me comme un travers professoral. Il d&#233;fend pour sa part un &#171; relationnisme m&#233;thodologique &#187; qui transcende l'opposition individualisme/holisme. Philippe Corcuff d&#233;veloppe cette posture de &#171; relationnalisme m&#233;thodologique &#187; et y voit m&#234;me une tendance lourde de la sociologie contemporaine. On ne peut penser le monde social ni &#224; travers un d&#233;terminisme simpliste niant l'autonomie des acteurs, ni &#224; travers une n&#233;gation de la contrainte sociale qui conduirait &#224; penser que l'acteur agit dans un vide social (Corcuff, 2011). Cette volont&#233; de rendre compte en m&#234;me temps de la singularit&#233; des acteurs, de leur subjectivit&#233; et des d&#233;terminismes sociaux se retrouve chez des auteurs, tr&#232;s diff&#233;rents par ailleurs, tels que : Bernard Lahire (1998, 2004, 2005, 2013), Fran&#231;ois de Singly (2000, 2003), sans oublier (pour remonter aux grands anciens) Norbert Elias (1991).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on prend l'exemple de la sociologie des in&#233;galit&#233;s scolaires, on observe aussi que de nombreux auteurs, par exemple lorsqu'ils analysent les ph&#233;nom&#232;nes de s&#233;gr&#233;gation, articulent les strat&#233;gies des acteurs et le contexte institutionnel (Agn&#232;s Van Zanten, Marco Oberti, Georges Felouzis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La troisi&#232;me divergence &#233;pist&#233;mologique&lt;/i&gt; porte sur la question des disciplines. Je me suis d&#233;j&#224; longuement exprim&#233; sur ce point et je serai donc bref (Beitone, 2015). Pierre Merle fait observer que les &#233;conomistes aussi bien que les sociologues &#233;tudient les in&#233;galit&#233;s scolaires ou encore l'entreprise. Il voit l&#224;, si je l'ai bien compris, une raison de relativiser l'importance des disciplines savantes. Il &#233;crit notamment : &#171; ces fronti&#232;res disciplinaires n'ont pas de fondements &#233;pist&#233;mologiques indiscutables &#187;. Il faut rappeler que les disciplines ne se d&#233;finissent pas par leur objet, mais par le point de vue qu'elles adoptent sur la r&#233;alit&#233; empirique. Par ce regard, elles construisent leur objet. Le fait est &#171; construit, conquis, constat&#233; &#187; comme l'&#233;crivait Pierre Bourdieu. Et naturellement l'entreprise n'est pas le m&#234;me &#171; fait &#187; pour l'&#233;conomiste et pour le sociologue. Il faut revenir &#224; ce qu'&#233;crivait en 1963 Peter L. Berger. Il soulignait avec humour que le fait pour un botaniste de s'int&#233;resser aux jonquilles n'emp&#234;che pas au po&#232;te de s'y int&#233;resser aussi. S'agissant de la sociologie, il &#233;crit : &#171; Dans ses voyages dans le monde des humains, le sociologue rencontrera fatalement d'autres voyeurs professionnels. Ces derniers en auront parfois un peu d'humeur, trouvant qu'il braconne sur leurs chasses gard&#233;es. Il rencontrera ici l'&#233;conomiste, l&#224; le politologue, ailleurs le psychologue ou l'ethnologue. Mais les questions qui l'avaient amen&#233; au m&#234;me endroit sont probablement diff&#233;rentes de celles qui poussent ces autres maraudeurs. Les questions du sociologue sont presque toujours les m&#234;mes : &#171; Que font ces gens les uns avec les autres ? &#187;, &#171; Quelle relations entretiennent-ils ? &#187;, &#171; Comment ces relations s'organisent-elles en institutions ? &#187;, &#171; Quelles sont les id&#233;es collectives qui font bouger les gens et les institutions ? &#187;. En cherchant r&#233;ponse &#224; ces questions dans des cas particuliers, le sociologue sera amen&#233;, bien s&#251;r, &#224; traiter de questions &#233;conomiques ou politiques, mais il le fera de mani&#232;re assez diff&#233;rente de celles de l'&#233;conomiste ou du politologue. C'est la m&#234;me sc&#232;ne humaine qu'il contemple et que ces autres scientifiques consid&#232;rent. Mais le sociologue a un angle de vision diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela compris, on voit qu'il n'y a gu&#232;re de sens &#224; essayer de d&#233;limiter pour le sociologue un territoire particulier &#224; l'int&#233;rieur duquel il serait chez lui pour mener son travail &#187; (Berger, 1963/2006, p. 53). Ce qui d&#233;finit le sociologue, ce n'est pas l'objet qu'il &#233;tudie (l'&#233;cole, l'entreprise, la famille, etc.), mais &#171; l'angle de vision &#187; qu'il adopte. Ailleurs, Berger compare les disciplines &#224; des lunettes : selon les lunettes disciplinaires que l'on adopte, on ne voit pas le monde de la m&#234;me fa&#231;on. Ce point de vue est aussi d&#233;fendu, d'une autre fa&#231;on, par l'anthropologue Alain Testart : &#171; Ce n'est pas la nature diff&#233;rente des choses, la qualit&#233; diff&#233;rente des &#233;v&#232;nements qui suscite des sciences distinctes, c'est l'&#233;clairage diff&#233;rent que chaque science porte sur les m&#234;mes choses et les m&#234;mes &#233;v&#233;nements du monde. C'est la dimension d'&#233;tude que chacune privil&#233;gie, la probl&#233;matique qu'elle d&#233;veloppe &#187; (Testart, 1991, p. 95). Et Testart pr&#233;cise qu'en droit, toute discipline peut s'emparer de n'importe quel objet. L'existence d'une sociologie de la sant&#233; et de la maladie, ne remet pas en cause la sp&#233;cificit&#233; de la m&#233;decine, ni la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;conomie de la sant&#233;. On ne peut donc rien d&#233;duire, quant &#224; l'importance et &#224; la f&#233;condit&#233; des disciplines, &#224; partir du constat qu'elles peuvent &#233;tudier les m&#234;mes objets. Il est par cons&#233;quent n&#233;cessaire de former les &#233;l&#232;ves &#224; la sp&#233;cificit&#233; du regard de chaque discipline. Ce qui constitue d'ailleurs une condition n&#233;cessaire si l'on se propose, par ailleurs, de leur montrer la f&#233;condit&#233; du croisement des regards disciplinaires. C'est la condition pour que des regards disciplinaires crois&#233;s soient possibles sur certains objets d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des d&#233;saccords p&#233;dagogiques et didactiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'agissant des questions p&#233;dagogiques et didactiques, je m'en tiendrai &#224; un seul point, &#224; mes yeux d&#233;cisif. Il existe &#224; propos des SES un d&#233;bat ancien qui oppose les partisans d'une approche &#171; par les objets &#187; et les partisans d'une approche par les disciplines. Remarquons, sans nous y attarder, mais en lien avec le point pr&#233;c&#233;dent, que ce d&#233;bat n'a de sens que si les &#171; objets &#187; existent naturellement et ind&#233;pendamment du regard disciplinaire qui le construit. Or, il n'en est rien. L'argent des sociologues a peu &#224; voir avec la monnaie des &#233;conomistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de ce d&#233;bat, Pierre Merle &#233;crit : &#171; Les enseignements de SES sont sans doute plus faciles &#224; construire et &#224; r&#233;aliser par les enseignants avec une approche disciplinaire de type acad&#233;mique, pr&#233;sente dans les manuels universitaires. Par contre, l'int&#233;r&#234;t des &#233;l&#232;ves est sans doute plus facile &#224; susciter avec l'approche par objets d'&#233;tude &#187; et il ajoute &#171; La r&#233;flexion p&#233;dagogique valide plut&#244;t une approche par objet &#187;. Ces affirmations semblent tr&#232;s discutables. En particulier, la r&#233;flexion p&#233;dagogique (ou au moins une partie d'entre elle) ne valide pas du tout le primat de l'approche par les objets. Cette derni&#232;re a, en effet, l'inconv&#233;nient majeur de favoriser une classification faible des savoirs. Sous pr&#233;texte de motiver les &#233;l&#232;ves, on part de leur exp&#233;rience v&#233;cue et on favorise leur expression. Le risque est alors grand, comme l'a montr&#233; J&#233;r&#244;me Deauvieau (2007, 2009), de succomber &#224; &#171; l'activisme langagier &#187;. En effet, face &#224; un objet d'&#233;tude &#171; chaud &#187; et &#224; l'int&#233;r&#234;t spontan&#233; qu'il suscite, les &#233;l&#232;ves, invit&#233;s &#224; s'exprimer, vont mobiliser leurs connaissances personnelles et leurs opinions et ils vont souvent mobiliser aussi des discours politiques (on condamne les banquiers, la sp&#233;culation, la pauvret&#233; et les in&#233;galit&#233;s, ou alors les pauvres, les immigr&#233;s et les assist&#233;s qui se gobergent gr&#226;ce &#224; l'&#201;tat providence, etc.). Mais &#224; partir de ce discours, il est tr&#232;s difficile de passer aux savoirs scolaires et &#224; leur l&#233;gitimit&#233; savante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut facilement illustrer cela &#224; travers la question du langage utilis&#233;. Soucieux de ne pas faire obstacle &#224; la participation des &#233;l&#232;ves, l'enseignant va souvent r&#233;viser en baisse son exigence en mati&#232;re de pr&#233;cision conceptuelle. On acceptera que les &#233;l&#232;ves disent : &#171; les riches ont trop d'argent &#187;, plut&#244;t que &#171; il existe une in&#233;galit&#233; de revenu importante entre les 1% de la population qui per&#231;oivent les revenus les plus &#233;lev&#233;s et les 10% de la population qui per&#231;oivent les revenus les plus faibles &#187;. Cette faible classification du langage utilis&#233; (langage commun contre langage relevant des savoirs scolaires), conduit aussi &#224; une moindre classification des savoirs sociaux ou politiques par rapport &#224; ces m&#234;mes savoirs scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans bien des cas, l'irruption du d&#233;bat social et la mobilisation par les &#233;l&#232;ves de leur exp&#233;rience personnelle du monde social constituent un obstacle important &#224; la r&#233;alisation des objectifs cognitifs qui sont vis&#233;s. On cr&#233;e donc un malentendu : les &#233;l&#232;ves pensent qu'ils ont r&#233;alis&#233; les t&#226;ches demand&#233;es puisqu'ils participent et donnent leur opinion. Mais ils ne r&#233;alisent pas l'appropriation des savoirs m&#233;thodologiques et conceptuels qui est en r&#233;alit&#233; attendue. Des r&#233;flexions p&#233;dagogiques, fond&#233;es sur de nombreuses observations empiriques du d&#233;roulement des interactions en classe, confirment que cette classification faible des savoirs, ce cadrage faible des activit&#233;s des &#233;l&#232;ves (puisque l'on veut favoriser l'expression spontan&#233;e des &#233;l&#232;ves) est un puissant facteur de cr&#233;ation d'in&#233;galit&#233;s d'apprentissage. En effet, les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; sont souvent ceux qui ne font pas de distinction nette entre, d'une part, leur exp&#233;rience quotidienne et les opinions li&#233;es &#224; cette exp&#233;rience et, d'autre part, avec les exigences sp&#233;cifique d'acquisition des savoirs scolaires. C'est ce que souligne aussi Elisabeth Bautier : &#171; Les contenus de savoir sont aujourd'hui devenus flous, ou du moins, sont des enchev&#234;trements de contenus disciplinaires, ponctuels le plus souvent, d'usages du langage, de raisonnements et de mode de faire proc&#233;duraux dans les activit&#233;s &#187; (Bautier, 2011, p. 162).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu cognitif passe au second rang par rapport &#224; la r&#233;alisation de t&#226;ches suppos&#233;es motivantes (&#233;crire un article pour le journal du lyc&#233;e, monter une exposition, participer &#224; un d&#233;bat, visiter un quartier ou une entreprise, etc.).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;videmment, il ne s'agit pas de s'opposer &#224; l'&#233;tude de questions (et non d'objets) qui font d&#233;bat dans la soci&#233;t&#233; (les in&#233;galit&#233;s de revenus, la reproduction sociale, la lutte contre l'effet de serre, les transformations de la relation salariale, etc.) (Beitone, 2004). Mais ces questions doivent &#234;tre trait&#233;es de telle fa&#231;on que les &#233;l&#232;ves font l'exp&#233;rience de la n&#233;cessit&#233; de rompre avec le sens commun et, en m&#234;me temps, l'exp&#233;rience de la f&#233;condit&#233; intellectuelle des savoirs scolaires et du recours &#224; un vocabulaire exigeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e par les disciplines a le m&#233;rite d'attirer l'attention des &#233;l&#232;ves sur le fait qu'il s'agit de s'approprier des connaissances qui sont produites par des communaut&#233;s savantes, qu'il s'agit par cons&#233;quent d'utiliser un langage pr&#233;cis, de conduire des raisonnements rigoureux. Le cadre disciplinaire a aussi le m&#233;rite de mettre en relation les savoirs et les probl&#233;matiques. On sait que l'acquisition par les &#233;l&#232;ves d'une &#171; conscience disciplinaire &#187; est de nature &#224; favoriser les apprentissages. Bref, l'entr&#233;e par les disciplines s'inscrit dans le paradigme de l'exigence intellectuelle (Terrail, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand m&#233;rite du texte de Pierre Merle c'est d'&#234;tre orient&#233; vers l'entente. Sur l'&#233;laboration des programmes, leur contenu, la formation des &#233;l&#232;ves et leur &#233;valuation, il formule des propositions. Le d&#233;bat peut donc et doit donc se poursuivre afin de rendre justice &#224; l'effort de d&#233;passement des conflits qu'il a entam&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Bautier E. (2011), &#034;Quand le discours p&#233;dagogique entrave la construction des usages litt&#233;raci&#233;s du langage&#034;, in J.Y. Rochex et J. Crinon (dirs), &lt;i&gt;La construction des in&#233;galit&#233;s scolaires. Au c&#339;ur des pratiques et des dispositifs d'enseignement&lt;/i&gt;, PUR, Coll. Paid&#233;ia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Beitone A. (2004), &lt;i&gt;Enseigner les questions socialement vives. Notes sur quelques confusions&lt;/i&gt;. Communication &#224; la 7&#232;me biennale de l'&#233;ducation et de la formation, Lyon, 15 avril 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Beitone A. (2015), &lt;i&gt;Disciplines savantes et disciplines scolaires&lt;/i&gt;, En ligne sur le site du GRDS, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article209&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article209&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * Beitone A. et Martin-Baillon A. (2016), &#034;La neutralit&#233; axiologique dans les sciences sociales&#034;, &lt;i&gt;Journal du Mauss&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.journaldumauss.net/?La-neutralite-axiologique-dans-les-1340&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.journaldumauss.net/?La-neutralite-axiologique-dans-les-1340&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Berger P. L. (1963/2006), &lt;i&gt;Invitation &#224; la sociologie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Coll. Grands Rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Berthelot J.-M. (2008), &lt;i&gt;L'emprise du vrai. Connaissance scientifique et modernit&#233;&lt;/i&gt;, PUF, Coll. Sociologie d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Cahuc P. et Zyberberg A. (2016), &lt;i&gt;Le n&#233;gationnisme &#233;conomique et comment s'en d&#233;barrasser&lt;/i&gt;, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Corcuff Ph. (2011), &lt;i&gt;Les nouvelles sociologies&lt;/i&gt;, Armand Colin, Coll. 128, 3&#232;me &#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Deauvieau J. (2007), &#034;Observer et comprendre les pratiques enseignantes&#034;, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, n&#176; 49, Elsevier, pp. 100-118).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Deauvieau J. (2009), &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire. Les nouveaux professeurs face aux difficult&#233;s du m&#233;tier&lt;/i&gt;, La Dispute, Coll. L'enjeu scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Elias N. (1991), &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; des individus&lt;/i&gt;, Fayard (r&#233;&#233;dition, Pocket-Agora, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Engel P. (1989), &lt;i&gt;La norme de vrai&lt;/i&gt;, Gallimard, Coll. NRF Essais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Habermas J. (2001), &lt;i&gt;V&#233;rit&#233; et justification&lt;/i&gt;, Gallimard, Coll. NRF Essais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Habermas J. (2003),&lt;i&gt; L'&#233;thique de la discussion et la question de la v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, Grasset, Coll. Nouveau coll&#232;ge de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lahire B. (1998), &lt;i&gt;L'homme pluriel&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lahire B. (2004), &lt;i&gt;La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lahire B. (2005), &lt;i&gt;Portraits sociologiques. Dispositions et variations individuelles&lt;/i&gt;, Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lahire B. (2012), &lt;i&gt;Le savant et les politiques. A quoi servent les sciences sociales ?&lt;/i&gt;, texte de conf&#233;rence r&#233;dig&#233; pour la Journ&#233;e de remise du Prix lyc&#233;en 2012 du livre de Sciences Economiques et Sociales &#224; l'ENS de Lyon le 21 novembre 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://ses.ens-lyon.fr/ses/fichiers/lahire-le-savant-et-les-politiques_1359641104077.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ses.ens-lyon.fr/ses/fichiers/lahire-le-savant-et-les-politiques_1359641104077.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lahire B. (2013), &lt;i&gt;Dans les plis singuliers du social&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lawruszenko J., Martinache I., Mas J.-Y. (2015), &#034;1967-2011 : la d&#233;marche des SES en question&#034;, in Galy M., Le Nader E., Combemale P. (2015),&lt;i&gt; Les sciences &#233;conomiques et sociales&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Coll. Grands Rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Rosat J.-J. (2009), Annexe III : &#034;Sur Foucault et la v&#233;rit&#233;&#034;, in Paul Boghossian (2006/2009), &lt;i&gt;La peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance&lt;/i&gt;, Agone (p. 175)&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;* Singly F. de (2003), &lt;i&gt;Les uns avec les autres. Quand l'individualisme cr&#233;e du lien&lt;/i&gt;, Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Terrail J.-P. (2016), &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Coll. L'enjeu scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Testart A. (1991), &lt;i&gt;Essai d'&#233;pist&#233;mologie&lt;/i&gt;, Bourgois, 1991.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelle r&#233;forme des programmes de sciences &#233;conomiques et sociales ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article254</link>
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		<dc:date>2017-03-30T09:37:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Merle</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La ministre de l'&#233;ducation nationale a confi&#233; au Conseil national &#233;ducation-&#233;conomie (CNEE) et au Conseil sup&#233;rieur des programmes (CSP) une mission sur l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales (SES) et souhaite un avis sur les contenus qui doivent &#234;tre dispens&#233;s dans le cadre de cet enseignement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite &#224; mon audition par le comit&#233; restreint CNEE-CSP, j'ai r&#233;dig&#233; le rapport ci-dessous. J'ai organis&#233; ma r&#233;flexion sur une &#233;ventuelle r&#233;forme des programmes de sciences &#233;conomiques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH47/arton254-d8655.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='47' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La ministre de l'&#233;ducation nationale a confi&#233; au Conseil national &#233;ducation-&#233;conomie (CNEE) et au Conseil sup&#233;rieur des programmes (CSP) une mission sur l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales (SES) et souhaite un avis sur les contenus qui doivent &#234;tre dispens&#233;s dans le cadre de cet enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; mon audition par le comit&#233; restreint CNEE-CSP, j'ai r&#233;dig&#233; le rapport ci-dessous. J'ai organis&#233; ma r&#233;flexion sur une &#233;ventuelle r&#233;forme des programmes de sciences &#233;conomiques et sociales &#224; partir des huit th&#233;matiques suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; Connaissances scientifiques, opinion, v&#233;rit&#233; et normes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un enseignement de sciences &#233;conomiques et sociales a pour objet de transmettre des connaissances scientifiques qui, par construction, se diff&#233;rencient d'une opinion, de la connaissance non scientifique, &#233;tablie notamment par l'exp&#233;rience personnelle ; de la v&#233;rit&#233;, qui rel&#232;ve du sacr&#233; ; de la norme, au fondement des pratiques et du fonctionnement des organisations et institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison, l'enseignement des SES n'a pas pour objet intrins&#232;que de participer &#224; la formation du citoyen. L'enseignement moral et civique (EMC), dispens&#233; par les professeurs d'histoire g&#233;ographie, a des exigences propres. L'EMC rel&#232;ve principalement du registre de l'&#233;ducation, de la norme ; l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales du registre de l'instruction, de la science. &#201;duquer et instruire sont les deux missions traditionnelles de l'&#233;cole. Elles ne sont pas r&#233;ductibles l'une &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fronti&#232;re entre ces deux registres n'est pas &#233;tanche puisque l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales participe activement &#224; la formation du citoyen mais ces deux registres doivent &#234;tre conceptuellement distingu&#233;s. La confusion entre ceux-ci pr&#233;sente le risque de limiter le projet scientifique poursuivi par les SES au profit de consid&#233;rations normatives telles que donner une &#171; image positive de l'entreprise &#187;, la minoration des conflits sociaux, etc. La question de l'&#233;quilibre entre les diff&#233;rentes parties du programme des SES, forc&#233;ment difficile, est abord&#233;e ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Pluralit&#233; des paradigmes et des courants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un des apports de la recherche &#233;pist&#233;mologique a &#233;t&#233; de montrer que l'&#233;laboration de la connaissance scientifique est intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la construction de paradigmes successifs ou/et concurrents pr&#233;sents dans toutes les disciplines, particuli&#232;rement en &#233;conomie, sociologie et science politique o&#249; la coexistence des paradigmes semblent plus forte que dans d'autres sciences (en astronomie, l'h&#233;liocentrisme de Copernic et Galil&#233;e n'est pas conciliable avec le g&#233;ocentrisme de Ptol&#233;m&#233;e). L'histoire des sciences impose un enseignement des SES pr&#233;sentant la pluralit&#233; des paradigmes et courants th&#233;oriques. En ce sens, l'enseignement des SES ne peut avoir pour objet de pr&#233;senter les d&#233;marches &#171; de l'&#233;conomiste &#187;, &#171; du sociologue &#187; et &#171; du politiste &#187; (cf. pr&#233;ambule des programmes). Le recours au singulier est probl&#233;matique &#224; double titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, il existe une diversit&#233; certaine des d&#233;marches &#224; l'int&#233;rieur de chaque champ disciplinaire, autant en &#233;conomie qu'en sociologie. Si les constructions th&#233;oriques sont parfois compl&#233;mentaires, elles sont souvent antagonistes. Certaines pr&#233;sentations du programme de SES semblent m&#233;conna&#238;tre ces paradigmes concurrents. Il en est ainsi lorsque le projet de l'enseignement de sociologie pr&#233;cise &#171; On initiera les &#233;l&#232;ves au raisonnement sociologique en montrant qu'il prend en compte &#224; la fois le poids des d&#233;terminismes sociaux et le jeu des acteurs &#187;. Dans la sociologie fran&#231;aise, les explications des in&#233;galit&#233;s sociales des cursus scolaires par la sociologie d&#233;terministe bourdieusienne d'une part, individualiste boudonnienne d'autre part, s'opposent nettement. Il importe de distinguer clairement les approches holiste et individualiste. Le raisonnement sociologique ne prend pas en compte &#171; &#224; la fois &#187; ces deux approches, elles existent de fa&#231;on concurrente, chacune se pr&#233;sentant comme la seule pertinente. Les th&#233;ories de la d&#233;viance sont une autre illustration de la force des paradigmes : les analyses de Parsons, Merton et Becker sont concurrentes. Il n'existe nullement une d&#233;marche unitaire en sociologie. Il en est de m&#234;me en &#233;conomie. Les approches n&#233;oclassique et keyn&#233;sienne rel&#232;vent de paradigmes diff&#233;rents. La notion de &#171; ch&#244;mage keyn&#233;sien &#187; se diff&#233;rencie de celle de &#171; ch&#244;mage classique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, bien qu'elles aient leurs sp&#233;cificit&#233;s, les disciplines des SES ne sont pas totalement ind&#233;pendantes les unes des autres, ni par leurs m&#233;thodes ni par leurs objets. Les fronti&#232;res disciplinaires sont des constructions sociales temporellement instables et scientifiquement discutables. L'entreprise est un objet traditionnel de recherche des &#233;conomistes, mais la sociologie de l'entreprise constitue un objet de recherches sociologiques d&#233;j&#224; ancien et bien identifi&#233;. De m&#234;me, il existe, parall&#232;lement &#224; la sociologie de l'&#233;ducation, dont les premiers travaux datent de Durkheim &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, une &#233;conomie de l'&#233;ducation, en fort d&#233;veloppement en France, notamment par l'apport des &#233;conomistes de l'&#201;cole d'Economie de Paris (des objets de recherche tels que la s&#233;gr&#233;gation sociale des &#233;tablissements scolaires sont autant &#233;tudi&#233;s par les &#233;conomistes que les sociologues). De fa&#231;on identique, si l'analyse du vote est fortement investie par les politistes, les &#233;conomistes du Public Choice ont &#233;galement &#233;tudi&#233; celui-ci, ainsi que la d&#233;viance, objet classique de la sociologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une manifestation de l'incertitude des fronti&#232;res entre les disciplines tient &#224; ce qu'elles sont d&#233;finies parfois diff&#233;remment selon les instances repr&#233;sentatives consid&#233;r&#233;es. Les sections du Conseil national des Universit&#233;s sont diff&#233;rentes des sections du CNRS. Ce qui montre que ces fronti&#232;res disciplinaires n'ont pas de fondements &#233;pist&#233;mologiques indiscutables. Un enseignement des SES qui ferait l'impasse sur cette pluralit&#233; des paradigmes et courants serait contraire aux principes de la connaissance scientifique tels qu'ils sont &#233;tablis par l'analyse &#233;pist&#233;mologique et les pratiques de la recherche contemporaine. Sur les objets communs, la confrontation entre les analyses des &#233;conomistes et des sociologues est sans aucun doute une des modalit&#233;s de la construction de connaissances scientifiques nouvelles. De plus en plus, les appels d'offres et contrats de recherche sont pr&#233;sent&#233;s par plusieurs laboratoires de disciplines diff&#233;rentes en associant de fa&#231;on fructueuse les &#233;conomistes, les g&#233;ographes et les sociologues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avis de l'acad&#233;mie des sciences morales et politiques qui souhaite centrer l'enseignement des SES sur le &#171; champ de la micro&#233;conomie, domaine o&#249; le savoir est le mieux fond&#233; et o&#249; un large consensus est plus facile &#224; r&#233;aliser qu'en macro&#233;conomie &#187; (rapport du 20 mars) est contraire &#224; une d&#233;marche d'initiation scientifique qui ne peut s'&#233;laborer en supprimant des pans entiers de l'analyse &#233;conomique contemporaine. Pr&#233;senter un seul courant de l'analyse &#233;conomique reviendrait &#224; supprimer le questionnement inh&#233;rent &#224; la construction scientifique et &#224; substituer un discours de v&#233;rit&#233; &#224; la pluralit&#233; des analyses. Le pluralisme de la pens&#233;e n'est pas seulement une n&#233;cessit&#233; scientifique, elle est aussi une exigence d&#233;mocratique. Les deux piliers d'une &#233;cole de la r&#233;publique - &#233;ducation &#224; la citoyennet&#233; et instruction - sont intrins&#232;quement compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Approche des SES par les objets ou par les disciplines acad&#233;miques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les programmes ant&#233;rieurs &#224; 2010 ont privil&#233;gi&#233; des programmes construits sur des objets communs ; les actuels programmes sont de type disciplinaire. Il existe des entr&#233;es &#233;conomiques &#171; La production dans l'entreprise &#187;, &#171; Comment un march&#233; concurrentiel fonctionne-t-il ? &#187;, et des entr&#233;es sociologiques &#171; Groupes et r&#233;seaux sociaux &#187;, &#171; contr&#244;le social et d&#233;viance &#187;. Il existe aussi des &#171; Regards crois&#233;s &#187; qui ont pour objet de croiser ces deux entr&#233;es disciplinaires &#171; Entreprise, institution, organisation &#187;, &#171; Comment un ph&#233;nom&#232;ne social devient-il un probl&#232;me public ? &#187;&#8230; Ces regards crois&#233;s ont pour objet de favoriser des apprentissages par objets plut&#244;t que par discipline pour ne pas s&#233;parer totalement l'&#233;conomie et la sociologie. Pour avancer dans la r&#233;flexion, plusieurs arguments peuvent &#234;tre pr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Il s'agit d'une question difficile &#224; poser et &#224; r&#233;soudre de fa&#231;on abstraite dans le cadre d'un d&#233;bat d'experts universitaires qui, d'une part, n'ont pas de connaissances des &#233;l&#232;ves concrets, de ce qu'ils peuvent apprendre et, d'autre part, disposent de comp&#233;tences acad&#233;miques approfondies essentiellement dans leur discipline au d&#233;triment des autres champs disciplinaires. Leurs possibilit&#233;s de concevoir et de promouvoir les analyses par objets communs &#224; l'&#233;conomie et &#224; la sociologie sont r&#233;duites pour cette raison. Les positions d&#233;fendues sont souvent biais&#233;es, en rapport avec la position disciplinaire et statutaire des experts sollicit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Les enseignements de SES sont sans doute plus faciles &#224; construire et &#224; r&#233;aliser par les enseignants avec une approche disciplinaire de type acad&#233;mique, pr&#233;sente dans les manuels universitaires. Par contre, l'int&#233;r&#234;t des &#233;l&#232;ves est sans doute plus facile &#224; susciter avec l'approche par objets d'&#233;tude. La th&#233;orie de la zone proximale de d&#233;veloppement est fond&#233;e sur l'id&#233;e que les &#233;l&#232;ves ne peuvent pas rentrer dans des apprentissages si les questions et probl&#232;mes soulev&#233;s ne recouvrent pour eux aucune signification. La r&#233;flexion p&#233;dagogique valide plut&#244;t une approche par objet. Dans une telle approche par objet, l'&#233;tude de &#171; l'entreprise &#187; serait r&#233;alis&#233;e dans ces dimensions &#233;conomiques et sociales et non pas limit&#233;e &#224; l'analyse &#233;conomique &#224; laquelle s'ajoute ult&#233;rieurement un &#171; regard crois&#233; &#187; &#224; dominante sociologique, en grande partie d&#233;connect&#233; de la premi&#232;re d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Pr&#233;sentes parmi les professeurs de SES, les pol&#233;miques soulev&#233;es par l'alternative entre des apprentissages par les objets versus par les disciplines d&#233;montrent la difficult&#233; du probl&#232;me. L'exp&#233;rience professionnelle de l'enseignant, son niveau de ma&#238;trise des diff&#233;rents champs disciplinaires ainsi que le niveau acad&#233;mique des &#233;l&#232;ves sont des variables susceptibles d'expliquer, selon les situations, une pertinence plus grande d'une approche par objets ou d'une approche disciplinaire. Les approches par objets ou par discipline sont probablement plus ou moins pertinentes selon la formation des professeurs et les contextes d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) Les deux approches ont leur pertinence. Si certains objets se pr&#234;tent &#224; des approches crois&#233;es (ex. l'entreprise) ; d'autres sont plus logiquement abord&#233;es dans des approches disciplinaires car certains objets ont &#233;t&#233; davantage &#233;tudi&#233;s en sociologie et sciences politiques qu'en &#233;conomie et inversement. &#192; titre d'exemple, le th&#232;me de la stratification sociale est central dans les analyses sociologiques, important en science politique, secondaire et parfois inexistant dans les analyses &#233;conomiques o&#249; les agents sont cens&#233;s agir selon une rationalit&#233; commune de type co&#251;ts-b&#233;n&#233;fices. Pour ces raisons, il est possible de faire une distinction entre des &#171; objets disciplinaires &#187;, ceux qui n'ont pas ou peu fait l'objet d'investigation dans les autres disciplines (par exemple la monnaie en &#233;conomie, la stratification sociale en sociologie), et les &#171; objets interdisciplinaires &#187; ou &#171; objets crois&#233;s &#187;, par exemple l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment conclure ? Le programme actuel repose sur trois approches : &#233;conomique, sociologique (y compris la science politique) et les &#171; regards crois&#233;s &#187;. Il serait possible de construire le programme sur une autre logique. Elle reposerait sur la distinction entre ce qui est quasiment propre &#224; chaque discipline, des objets ou approches disciplinaires (par exemple, la monnaie en &#233;conomie ; les classes sociales en sociologie) et les objets ou approches communs ou interdisciplinaires (par exemple l'entreprise). Cette distinction &#233;viterait que les &#171; regards crois&#233;s &#187; ne reprennent dans le cadre d'une analyse sociologique des th&#233;matiques telles que l'entreprise abord&#233;e initialement en &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle fa&#231;on de penser le programme de SES permettrait de concilier l'approche disciplinaire, de type universitaire, et la dimension interdisciplinaire. &#192; titre d'exemple, l'entreprise est un objet traditionnel des analyses &#233;conomiques mais la question de l'organisation rationnelle est abord&#233;e par Weber en d&#233;but du XXe si&#232;cle, &#233;tudi&#233;e dans les ann&#233;es 1930 par les sociologues dans le cadre de l'&#201;cole des Relations Humaines. La distinction centrale entre organisations formelle et informelle contribue &#224; l'explication des malfa&#231;ons, du coulage, du freinage ouvrier, du turn-over et, in fine, d'une production de qualit&#233; moindre. Une approche de l'entreprise limit&#233;e &#224; la micro&#233;conomie ferait l'impasse sur des variables d&#233;terminantes de la productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Les programmes : th&#232;mes, notions, indications compl&#233;mentaires
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'organisation des programmes en trois niveaux - th&#232;mes, notions, indications compl&#233;mentaires - pr&#233;sente l'avantage de la pr&#233;cision mais l'inconv&#233;nient d'&#234;tre trop prescriptif. Un professeur de SES qui suivrait &#224; la lettre les notions et les indications compl&#233;mentaires risquerait de s'enfermer dans une approche p&#233;dagogique descendante, centr&#233;e sur les notions &#224; ma&#238;triser, au d&#233;triment d'une approche susceptible de s'appuyer sur la participation des &#233;l&#232;ves, leur capacit&#233; &#224; d&#233;couvrir et &#224; poser des questions. Il existe une certaine contradiction entre la p&#233;dagogie active des SES et un programme construit sur des notions d&#233;finies de fa&#231;on globalement acad&#233;mique. Cette contradiction est sans doute in&#233;vitable. Elle pourrait &#234;tre minor&#233;e. De surcro&#238;t, si les indications compl&#233;mentaires sont utiles, elles sont aussi une source de probl&#232;mes particuliers pour l'&#233;valuation au baccalaur&#233;at (cf. ci-dessous).&lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines th&#233;matiques sont aussi formul&#233;es de fa&#231;on discutable. Par exemple, la question : &#171; Comment les individus s'associent-ils pour constituer des groupes sociaux ? &#187; laisse supposer que les groupes sociaux sont seconds par rapport aux individus et que ces groupes sociaux r&#233;sulteraient d'une activit&#233; d'individus rationnels. Cette formulation incite &#224; penser que les individus pourraient exister en dehors d'une identit&#233; sociale, d'un genre, d'une cat&#233;gorie d'&#226;ge, de groupes d'appartenance et de r&#233;f&#233;rence, d'une place objective ou/et subjective dans les diff&#233;rents stratifications sociales. Ce postulat inh&#233;rent &#224; la question pos&#233;e est pour le moins contestable. &lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me, dans le programme de l'option de terminale &#171; Sciences sociales du politique &#187;, le th&#232;me &#171; Quels sont les r&#233;pertoires de l'action politique aujourd'hui ? &#187; est probl&#233;matique. L'expression r&#233;pertoires de l'action politique n'est, &#224; notre connaissance, rattach&#233;e &#224; aucune th&#233;orie connue. Charles Tilly introduit la notion de r&#233;pertoire d'action collective et non d'action politique. Dans l'analyse de Tilly, il existe un r&#233;pertoire dominant par p&#233;riode historique (un r&#233;pertoire agr&#233;geant plusieurs modalit&#233;s d'action). Si le programme fait indirectement r&#233;f&#233;rence &#224; Charles Tilly, le pluriel est de trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines indications compl&#233;mentaires manquent parfois de clart&#233; ou sont absentes alors qu'elles sont indissociables &#224; la compr&#233;hension de certains th&#232;mes. Ainsi, l'explication des tables de mobilit&#233; sociale, qu'il s'agisse de la compr&#233;hension des taux de mobilit&#233; ou de la fluidit&#233; sociale, n&#233;cessite d'introduire la notion de mobilit&#233; structurelle qui n'est pas pr&#233;sente dans les indications compl&#233;mentaires. La pr&#233;cision du programme est int&#233;ressante mais elle est potentiellement une source d'incoh&#233;rence ou de probl&#232;me d'interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coupage horaire entre les diff&#233;rents th&#232;mes et, via ceux-ci, les diff&#233;rentes disciplines des SES est sensiblement d&#233;favorable &#224; la sociologie g&#233;n&#233;rale et &#224; la sociologie politique pour les classes de premi&#232;re et terminale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En premi&#232;re : &#233;conomie (90 heures), sociologie g&#233;n&#233;rale et sociologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'existe pas de raisons scientifiques &#224; un tel d&#233;s&#233;quilibre qui renvoie probablement &#224; une hi&#233;rarchie implicite et/ou explicite des savoirs acad&#233;miques, &#224; des repr&#233;sentations du monde marqu&#233;es par le primat des analystes &#233;conomiques sur les analyses sociologiques. La place de l'&#233;conomie dans les diff&#233;rentes fili&#232;res universitaires, plus pr&#233;sente que la sociologie et la science politique, ne constitue pas un argument satisfaisant d'explication de dotations horaires in&#233;gales associ&#233;es &#224; chaque discipline des SES. Autant dans les Instituts d'&#201;tudes Politiques que dans les &#233;coles de commerce, une connaissance plus approfondie de la sociologie des organisations, de la nomenclature des PCS, des m&#233;thodes d'enqu&#234;te, des modalit&#233;s de construction des sondages, etc., serait n&#233;cessaire et, peut-&#234;tre, professionnellement plus utile que certaines mod&#233;lisations propres aux analyses &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, de la seconde &#224; la terminale, le programme est difficile &#224; r&#233;aliser en raison du niveau des &#233;l&#232;ves. &#192; titre d'exemple, le programme de premi&#232;re contient 30 questions et 110 notions. Le risque encouru est une approche trop rapide de certaines notions ou un bachotage au d&#233;triment de la r&#233;flexion et de la compr&#233;hension. A ce programme difficile &#224; r&#233;aliser avec certains &#233;l&#232;ves en raison du volume hebdomadaire d'enseignement et de 36 semaines de cours souvent r&#233;duites &#224; 30 semaines effectives, il faut ajouter des comp&#233;tences statistiques, absolument indispensables (indice, taux de croissance, coefficient multiplicateur, &#233;lasticit&#233;&#8230;), et pour lesquelles le professeur doit consacrer souvent un temps important d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5 - La place de l'enseignement des SES en classe de seconde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement des SES en classe de seconde est sp&#233;cifique. Il s'agit d'un enseignement exploratoire, limit&#233; &#224; 1h30 par semaine. La dur&#233;e hebdomadaire de cet enseignement justifiait une r&#233;vision &#224; la baisse des programmes de 2010 et la r&#233;duction du nombre de th&#232;mes obligatoires de huit &#224; six. Cet enseignement en classe de seconde pose toutefois plusieurs probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Compte tenu de l'importance de la fili&#232;re &#201;conomique et Sociale dans les fili&#232;res g&#233;n&#233;rales et de la place de l'enseignement exploratoire de SES en seconde, choisie par plus de 80 % des &#233;l&#232;ves de seconde, cet enseignement devrait &#234;tre obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) L'&#233;valuation par comp&#233;tences pr&#233;conis&#233;e dans l'enseignement exploratoire revient &#224; supprimer les notes. A ce niveau de scolarit&#233;, cette consigne est pour le moins surprenante. La notation constitue pour les &#233;l&#232;ves et les parents une indication utile pour choisir l'orientation la plus pertinente &#224; la fin de la classe de seconde. L'absence d'&#233;valuation chiffr&#233;e serait compr&#233;hensive si les autres disciplines au fondement des orientations en fin de seconde (math&#233;matiques, fran&#231;ais et langues) &#233;taient dans la m&#234;me situation. Actuellement, cette &#233;valuation par comp&#233;tence r&#233;duit la l&#233;gitimit&#233; de la discipline et limite l'implication des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Alors m&#234;me que le volume horaire hebdomadaire demeure limit&#233; par rapport aux th&#232;mes &#224; ma&#238;triser par les &#233;l&#232;ves, certains enseignants de SES sont dans l'obligation d'aborder &#233;galement des th&#232;mes de gestion, sans disposer de la formation n&#233;cessaire. Ou bien, des professeurs non cap&#233;tiens en SES sont amen&#233;s &#224; assurer un enseignement de SES, sans toujours disposer des comp&#233;tences acad&#233;miques dans les diff&#233;rentes mati&#232;res enseign&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois difficult&#233;s sp&#233;cifiques &#224; l'enseignement des SES dans les classes de seconde m&#233;ritent d'&#234;tre signal&#233;es car une partie des critiques relatives &#224; l'enseignement des SES en seconde tiennent &#224; ces mauvaises conditions d'enseignement. Pour permettre de mieux r&#233;aliser le programme de SES et permettre un choix &#233;clair&#233; de la fili&#232;re ES, la dur&#233;e hebdomadaire devrait &#234;tre port&#233;e &#224; deux heures et le statut d'enseignement obligatoire retenu. Cette position est d&#233;fendue par l'Acad&#233;mie des Sciences Morales et Politiques dans son avis de mars 2017 (&#171; les outils n&#233;cessaires &#224; cette compr&#233;hension [les grands enjeux &#233;conomiques] devraient &#234;tre offerts &#224; l'ensemble des &#233;l&#232;ves &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6 - Les &#233;preuves de sciences &#233;conomiques et sociales au baccalaur&#233;at&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve de dissertation au baccalaur&#233;at de sciences &#233;conomiques et sociales a la particularit&#233; d'&#234;tre accompagn&#233;e de &#171; trois ou quatre documents de nature strictement factuelle &#187;. Si les sujets de dissertation tels que j'ai eu &#224; les conna&#238;tre r&#233;cemment en tant que co-pr&#233;sident, de 2013 &#224; 2015, de La commission charg&#233;e de l'&#233;tude des sujets de Sciences &#201;conomiques et Sociales du baccalaur&#233;at, correspondent au programme et &#224; l'esprit de l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales, et si les documents d'accompagnement sont bienvenus, il est difficile de comprendre pourquoi ceux-ci doivent r&#233;glementairement &#234;tre seulement factuels. Il serait possible qu'une partie de ces documents, par exemple la moiti&#233;, pr&#233;sente des analyses &#233;conomiques ou sociologiques qui permettraient de tester les qualit&#233;s de lecture et d'interpr&#233;tation des candidats au baccalaur&#233;at. Il est difficile de comprendre pourquoi les documents d'accompagnement devraient permettre seulement d'&#233;valuer les comp&#233;tences techniques de lecture d'un graphique, tableau ou sch&#233;ma, et s'interdire d'appr&#233;cier des comp&#233;tences analytiques &#233;galement parties prenantes de l'enseignement des SES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sujets de dissertation peuvent aussi &#234;tre accompagn&#233;s d'un document texte si celui-ci est aussi strictement factuel (chronologie, monographie, extrait d'entretien, etc.). Cette exigence r&#233;glementaire a impos&#233; aux membres de la commission dont j'ai &#233;t&#233; membre de proc&#233;der &#224; des d&#233;coupages dans certains documents d'accompagnement de type texte au risque de r&#233;duire la qualit&#233; argumentaire de ceux-ci. Certains de ces textes, soumis &#224; des d&#233;coupages pr&#233;alables lors de la confection des sujets, n'&#233;taient d&#233;j&#224; pas totalement coh&#233;rents pour cette raison. L'obligation de textes strictement factuels est difficile &#224; respecter. Cette obligation est par ailleurs discutable p&#233;dagogiquement (cf. ci-dessus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve compos&#233;e, que j'ai pu d&#233;couvrir de fa&#231;on d&#233;taill&#233;e lors de ma participation &#224; la commission pr&#233;cit&#233;e, est int&#233;ressante mais parfois probl&#233;matique. Int&#233;ressante car il s'agit de pr&#233;senter &#224; des &#233;l&#232;ves a priori plus faibles une alternative &#224; l'&#233;preuve classique de la dissertation qui n&#233;cessite des qualit&#233;s de construction et d'analyse insuffisamment ma&#238;tris&#233;es par certains &#233;l&#232;ves de terminale. Cette &#233;preuve compos&#233;e est aussi probl&#233;matique pour les raisons suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie consacr&#233;e &#224; la &#171; Mobilisation des connaissances &#187; est compos&#233;e de deux questions, not&#233;es chacune sur trois points. Elles portent sur des notions diff&#233;rentes du programme (science &#233;conomique, sociologie, science politique, regards crois&#233;s). De fa&#231;on logique, ces questions ne sont valid&#233;es par la commission pr&#233;cit&#233;e que si elles rel&#232;vent strictement du programme sous la forme des indications compl&#233;mentaires. Le probl&#232;me pos&#233; par cette forme d'&#233;valuation des &#233;l&#232;ves est un risque de bachotage au cours de l'ann&#233;e de terminale. Il s'agit pour les &#233;l&#232;ves de pr&#233;parer des fiches et de les apprendre par c&#339;ur. Cet objectif est susceptible de se substituer au d&#233;veloppement des capacit&#233;s d'analyse et d'interpr&#233;tation des &#233;l&#232;ves. &#192; titre d'exemple, une question sur la d&#233;finition des groupes de statut de Weber (session 2016 du bac) est tr&#232;s pointue et rel&#232;ve du bachotage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie 2 de l'&#233;preuve compos&#233;e repose sur l'&#233;tude d'un document statistique (4 points). Cette seconde partie est int&#233;ressante. Les &#233;l&#232;ves doivent r&#233;pondre &#224; une question et s&#233;lectionner les informations pertinentes par rapport &#224; celle-ci. Elle pr&#233;sente l'inconv&#233;nient de construire l'interpr&#233;tation d'un document en dehors de toute analyse plus globale. Mutatis mutandis, cette &#233;preuve est comparable &#224; une &#233;preuve qui aurait pour but de demander &#224; un &#233;l&#232;ve de CP de lire convenablement des mots alors que le but poursuivi par l'enseignant en CP est que l'&#233;l&#232;ve comprenne une phrase. Toutefois, la lecture du mot est partie prenante de la lecture de la phrase. &#201;valuer les &#233;l&#232;ves faibles sur ce type de comp&#233;tence est pertinent pour cette raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la partie 3 de l'&#233;preuve compos&#233;e a pour objet de pr&#233;senter un &#171; raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire &#187; (10 points) comportant deux ou trois documents factuels ou non. Cette troisi&#232;me partie ne doit sugg&#233;rer &#171; ni plan-type ni r&#233;ponse sous forme de d&#233;bat ou d'opposition &#187;. La sp&#233;cificit&#233; de cette troisi&#232;me partie est en partie contraire &#224; l'enseignement des SES dont l'objet est justement de favoriser l'&#233;laboration de d&#233;bats argument&#233;s et les oppositions th&#233;oriques ou/et factuelles. Cette &#233;preuve gagnerait en pertinence si, justement, les &#233;l&#232;ves avaient &#224; construire de fa&#231;on structur&#233;e leurs r&#233;ponses sous la forme d'une mini dissertation simplifi&#233;e. Si la troisi&#232;me partie de l'&#233;preuve compos&#233;e &#233;tait ainsi repens&#233;e, elle serait une modalit&#233; d'entra&#238;nement et d'initiation &#224; l'exercice sp&#233;cifique et difficile de la dissertation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces raisons, l'&#233;preuve compos&#233;e est int&#233;ressante mais pourrait faire l'objet de modifications, relativement limit&#233;es d'ailleurs, pour qu'elle soit plus adapt&#233;e aux principes et projets de l'enseignement des SES tout en restant abordables aux &#233;l&#232;ves travailleurs qui ne disposent pas des qualit&#233;s d'analyse suffisantes pour ma&#238;triser l'exercice de la dissertation. L'&#233;preuve compos&#233;e pourrait avoir non trois parties mais seulement deux. La premi&#232;re serait constitu&#233;e de deux sous-parties. La premi&#232;re sous-partie serait constitu&#233;e de l'&#233;tude d'un document statistique (5 points) ; la seconde de l'analyse d'un texte (5 points). Dans les deux cas, il s'agirait de r&#233;pondre &#224; une question simple sur le sch&#233;ma de l'actuelle partie 2 de l'&#233;preuve compos&#233;e. La seconde partie (10 points) aurait pour objet de construire &#171; un raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire &#187; mais pourrait faire l'objet d'une &#171; r&#233;ponse sous forme de d&#233;bat ou d'opposition &#187;. Les deux parties de cette nouvelle &#233;preuve compos&#233;e pourraient &#234;tre en partie interd&#233;pendantes. La premi&#232;re partie (&#233;tude d'un texte et d'un document statistique) de l'&#233;preuve pourrait apporter des &#233;l&#233;ments utiles &#224; la seconde. Si cette possibilit&#233; peut exister, il ne faut pas la transformer en une obligation r&#233;glementaire pour ne pas augmenter les contraintes d&#233;j&#224; importantes qui p&#232;sent sur l'&#233;laboration des sujets de bac. Il ne faudrait pas aussi que des &#233;l&#232;ves &#233;chouant &#224; la premi&#232;re partie soient p&#233;nalis&#233;s pour aborder la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7 &#8211; L'&#233;valuation des programmes de l'enseignement des SES
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de SES font r&#233;guli&#232;rement l'objet de d&#233;bats et de critiques. Dans notre soci&#233;t&#233;, ces d&#233;bats participent au fonctionnement ordinaire de la d&#233;mocratie. Le minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale et les professeurs de SES n'ont pas le monopole de la parole l&#233;gitime sur les programmes d'enseignement. Pour autant, pour &#234;tre fond&#233;es, pour ne pas &#234;tre r&#233;duites &#224; des jugements de valeur, voire &#224; des activit&#233;s de lobbying, les critiques doivent &#234;tre &#233;labor&#233;es &#224; partir de proc&#233;dures d'analyse qui en assurent la pertinence. Dans les d&#233;bats actuels, cette d&#233;marche rigoureuse de construction critique n'est pas forc&#233;ment ou toujours assur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; titre d'exemple, les remarques formul&#233;es par l'Acad&#233;mie des Sciences Morales et Politiques (ASMP) reposent sur les avis d'un panel d'&#233;conomistes bas&#233;s hors de France qui ont analys&#233; les programmes et les manuels. La d&#233;marche est &#224; plusieurs titres biais&#233;e. Pourquoi ne retenir que des &#233;conomistes alors qu'une partie importante des programmes ne rel&#232;ve pas de l'&#233;conomie ? Pourquoi analyser les manuels qui ne sont que des interpr&#233;tations des programmes ? Pourquoi ne pas &#233;tudier les mises en &#339;uvre effectives du programme de SES par les professeurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions de l'ASMP pr&#233;sent&#233;es le 20 mars sont contradictoires. D'une part, elle souhaite un enseignement centr&#233; sur l'&#233;conomie afin de permettre une &#171; compr&#233;hension r&#233;elle des grands enjeux &#233;conomiques &#187;. D'autre part, elle pr&#233;conise de resserrer l'enseignement sur les bases de l'&#233;conomie, sp&#233;cifiquement la micro&#233;conomie, plut&#244;t que la macro&#233;conomie. L'ASMP sugg&#232;re notamment de partir d'interrogations fond&#233;es sur &#171; l'exp&#233;rience courante &#187; : &#171; Comment assurer l'&#233;quilibre du budget de la famille ? &#187;, &#171; Est-il possible &#8211; et comment &#8211; d'envisager d'acheter un logement ? &#187; ; &#171; Quels sont les avantages et les inconv&#233;nients d'&#234;tre propri&#233;taire ou locataire ? &#187; ; &#171; Pourquoi &#233;pargner et comment placer les revenus &#233;pargn&#233;s ? &#187;. Ces questions cens&#233;es &#234;tre fond&#233;es sur &#171; l'exp&#233;rience courante &#187; sont bien &#233;tranges. D'une part, elles ne concernent pas les deux premiers d&#233;ciles des m&#233;nages dont le patrimoine est inf&#233;rieur &#224; 8000 &#8364; en 2015 et pour lesquels &#171; placer les revenus &#233;pargn&#233;s &#187; et &#171; &#234;tre propri&#233;taire de son logement &#187; ne constituent pas des pr&#233;occupations pertinentes. D'autre part, ces questions sont bien &#233;loign&#233;es de l'objectif initial de permettre &#171; une compr&#233;hension r&#233;elle des grands enjeux &#233;conomiques &#187;. Par ailleurs, les modes de validation des savoirs propos&#233;s par l'acad&#233;mie, davantage centr&#233;s sur la ma&#238;trise des savoirs fondamentaux, se feraient au d&#233;triment d'une r&#233;flexion plus large en rapport avec la compr&#233;hension souhait&#233;e des grands enjeux &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde source de critiques des programmes de SES porte sur la place et la pr&#233;sentation de l'entreprise. La place accord&#233;e &#224; celle-ci serait insuffisante et donnerait une &#171; image n&#233;gative &#187; de l'entreprise. Aucune de ces deux critiques n'est fond&#233;e. Cette critique des programmes de SES est biais&#233;e id&#233;ologiquement. D'une part, l'&#233;tude de l'entreprise est tr&#232;s pr&#233;sente dans les programmes de SES (sp&#233;cifiquement en premi&#232;re ES) au d&#233;triment parfois d'autres dimensions telles que la mondialisation ou l'&#233;conomie durable qui permettent d'ailleurs de mieux situer l'entreprise dans les contextes socio-&#233;conomiques mouvants de son activit&#233; et non pas de fa&#231;on parfois d&#233;sincarn&#233;e, hors d'un contexte socio-historique. D'autre part, autant en &#233;conomie qu'en sociologie, l'activit&#233; scientifique n'a pas une finalit&#233; normative qui aurait pour objet de montrer que l'entreprise devrait &#234;tre aim&#233;e ou d&#233;test&#233;e, serait globalement une source de &#171; bien &#187; ou &#171; mal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, si des critiques peuvent &#234;tre formul&#233;es &#224; l'encontre des programmes, la r&#233;flexion sur ceux-ci n&#233;cessite de prendre en compte la fa&#231;on dont les programmes sont mis en &#339;uvre, concr&#232;tement, dans la r&#233;alit&#233; des classes et des &#233;tablissements. Sans aucun doute, cette mise en &#339;uvre est diverse. L'analyse de la diversit&#233; des pratiques d'enseignement des SES, ins&#233;parable de la diversit&#233; du corps des professeurs de SES et de leurs conditions d'exercice, serait un pr&#233;alable &#224; toute modification des programmes afin d'&#233;viter, dans ce domaine comme dans d'autres, que des modifications formelles des programmes n'ait qu'une incidence r&#233;duite ou contre-productive sur leur mise en &#339;uvre effective.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8 - Les modalit&#233;s d'&#233;laboration d'un programme pertinent d'enseignement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;flexion sur les programmes de SES et une &#233;ventuelle r&#233;forme de ceux-ci pose la question des modalit&#233;s d'&#233;laboration d'un programme pertinent. La question pos&#233;e est celle du statut de l'expert et des limites de celui-ci. Certes les enseignants-chercheurs en &#233;conomie, sociologie et science politique ont des comp&#233;tences d'experts. Mais cette comp&#233;tence est doublement &#224; relativiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, en dehors de leur discipline sp&#233;cifique, leurs comp&#233;tences sont souvent limit&#233;es, ce qui les emp&#234;chent, en partie, de penser l'enseignement de leur discipline de fa&#231;on conjointe ou compl&#233;mentaire avec les autres. D'autre part, et cette seconde remarque est encore plus importante que la premi&#232;re, ces experts ont une connaissance r&#233;duite voire inexistante des &#233;l&#232;ves concrets, de leurs capacit&#233;s d'apprentissage, du temps souvent consid&#233;rable n&#233;cessaire &#224; l'acquisition de comp&#233;tences techniques qui peuvent para&#238;tre pourtant &#233;videntes. Ces remarques indiquent qu'une r&#233;flexion sur les programmes impose une interaction entre cinq cat&#233;gories d'acteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des professeurs de l'enseignement secondaire non membres des associations repr&#233;sentatives. Ceux-ci pourraient &#234;tre tir&#233;s au sort ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les associations repr&#233;sentatives des professeurs de SES ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des enseignants chercheurs dans les diff&#233;rentes disciplines enseign&#233;es avec une repr&#233;sentation significative d'anciens agr&#233;g&#233;s de sciences &#233;conomiques et sociales qui ont eu l'exp&#233;rience de l'enseignement des trois disciplines dans le secondaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'inspection g&#233;n&#233;rale de SES ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile et/ou des acad&#233;mies des sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recueillir les avis de ces cinq cat&#233;gories d'acteurs est un pr&#233;alable essentiel &#224; une r&#233;flexion sur de nouveaux programmes de SES. Toutefois, la logique pr&#233;conis&#233;e de l'interaction entre ces cinq cat&#233;gories d'acteurs est diff&#233;rente de la logique de leur audition. Le probl&#232;me essentiel n'est pas de recueillir des avis, qui ne peuvent &#234;tre consensuels en raison des positions statutaires diverses occup&#233;es par ces cinq cat&#233;gories d'acteurs. L'enjeu est d'&#233;tablir une synth&#232;se qui rel&#232;verait d'une sorte d'optimum et qui impose &#224; la fois un processus d'&#233;laboration des changements et un processus d&#233;cisionnel ad&#233;quat. L'un et l'autre ne peuvent se construire que dans l'interaction et l'&#233;change contradictoire. Par exemple, dans l'&#233;laboration des programmes, il serait possible, plut&#244;t que de pr&#233;senter des notions, d'introduire &#171; la ma&#238;trise de m&#233;canismes &#187;. L'id&#233;e est &#233;ventuellement pertinente en &#233;conomie et non pertinente en sociologie. La mise en &#339;uvre d'une id&#233;e est un premier test de sa validit&#233;, permettant de retenir celle-ci ou de l'&#233;carter. Le processus d&#233;cisionnel devrait rassembler une majorit&#233; relative des cinq cat&#233;gories des acteurs concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de d&#233;cision est &#233;videmment co&#251;teux en temps. Il est susceptible d'&#233;viter que les changements &#233;ventuels soul&#232;vent des oppositions fortes ou/et ne soient pas mis pleinement en &#339;uvre dans la quotidien des classes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En premi&#232;re : &#233;conomie (90 heures), sociologie g&#233;n&#233;rale et sociologie politique (60 heures), regards crois&#233;s (20 heures). En classe terminale, &#233;conomie (80 heures), sociologie (50 heures), Regards crois&#233;s (40 heures). Pour les premi&#232;re et terminale, le total de l'horaire d'&#233;conomie est de 170 heures, 110 heures pour la sociologie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que doit-on apprendre &#224; l'&#233;cole ? Notes sur un rapport de Terra Nova</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article252</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article252</guid>
		<dc:date>2017-03-06T10:59:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Beitone</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En mai 2016, la Fondation Terra Nova a publi&#233; un rapport important consacr&#233; &#224; la question des contenus d'enseignement. Cette fondation, qui se pr&#233;sente comme &#171; progressiste &#187;, est un laboratoire d'id&#233;es influent de ce que l'on pourrait appeler la gauche sociale-lib&#233;rale, h&#233;riti&#232;re en grande partie de la &#171; deuxi&#232;me gauche &#187;. Son directeur, Thierry Pech, a travaill&#233; pour la CFDT, puis avec Pierre Rosanvallon (La R&#233;publique des Id&#233;es), il est proche de la revue Esprit et a dirig&#233; les &#201;ditions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH66/arton252-d71f1.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='66' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En mai 2016, la Fondation Terra Nova a publi&#233; un rapport important consacr&#233; &#224; la question des contenus d'enseignement. Cette fondation, qui se pr&#233;sente comme &#171; progressiste &#187;, est un laboratoire d'id&#233;es influent de ce que l'on pourrait appeler la gauche sociale-lib&#233;rale, h&#233;riti&#232;re en grande partie de la &#171; deuxi&#232;me gauche &#187;. Son directeur, Thierry Pech, a travaill&#233; pour la CFDT, puis avec Pierre Rosanvallon (&lt;i&gt;La R&#233;publique des Id&#233;es&lt;/i&gt;), il est proche de la revue &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt; et a dirig&#233; les &#201;ditions du Seuil et &lt;i&gt;Alternatives &#233;conomiques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs du rapport sont Roger Fran&#231;ois Gauthier et Agn&#232;s Florin. Le premier est inspecteur g&#233;n&#233;ral de l'administration de l'&#233;ducation nationale et de la recherche, docteur en sciences de l'&#233;ducation (sous la direction de Philippe Meirieu), membre du Conseil Sup&#233;rieur des programmes. La seconde est professeure &#233;m&#233;rite des universit&#233;s en psychologie de l'&#233;ducation, elle s'est notamment impliqu&#233;e dans la r&#233;cente &#171; refondation &#187; de l'&#233;cole. Le rapport r&#233;sulte de la r&#233;flexion d'un groupe de travail dans lequel on trouve deux inspecteurs g&#233;n&#233;raux (Laurence Loeffel et Andr&#233; Canvel), une fonctionnaire de la DEGESCO (Isabelle Robin), une fonctionnaire de la commission europ&#233;enne (Luisa Lombardi), deux professeurs de sciences de l'&#233;ducation (Laurence Cornu et Jo&#235;l Lebeaume), enfin le responsable du principal syndicat des personnels de direction (Philippe Tournier) et l'ancien pr&#233;sident du CRAP devenu depuis pr&#233;sident du Conseil National pour l'Innovation et la R&#233;ussite Educative (Philippe Watrelot). Il s'agit donc d'un groupe tr&#232;s repr&#233;sentatif des milieux dirigeants de l'&#233;ducation nationale en France. Leur rapport n'en est que plus r&#233;v&#233;lateur, or, nous allons le montrer, il est tr&#232;s inqui&#233;tant. Les auteurs se situent explicitement dans la continuit&#233; de la r&#233;forme du coll&#232;ge et plus g&#233;n&#233;ralement de la refondation de l'&#233;cole initi&#233;e par Vincent Peillon et poursuivie par Najat Vallaud Belkacem. Le rapport a manifestement &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; pour alimenter la r&#233;flexion des candidats &#171; progressistes &#187; en vue des &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales de 2017. L'importance de ce rapport est soulign&#233;e dans les &lt;i&gt;Cahiers p&#233;dagogiques&lt;/i&gt; o&#249; Nicole Priou insiste sur la convergence des avis de six rapports relatifs &#224; l'&#233;ducation, dont celui de Terra Nova (Priou, 2017).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des notations pertinentes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si nous sommes en d&#233;saccord avec la probl&#233;matique d'ensemble du rapport, il faut au pr&#233;alable souligner que celui-ci comporte des remarques ou des analyses pertinentes. En premier lieu, il insiste sur les r&#233;sultats inqui&#233;tants du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais en ce qui concerne les apprentissages des &#233;l&#232;ves. D&#232;s l'introduction, les auteurs rappellent que : &#171; Entre 20 et 30% des &#233;l&#232;ves d'une classe d'&#226;ge arrivent en fin de scolarit&#233; obligatoire avec des savoirs insuffisants, qui compromettent aussi bien leurs chances de vivre de fa&#231;on autonome que d'acqu&#233;rir des comp&#233;tences professionnelles &#187; (p. 2). C'est l&#224; en effet un point essentiel qui est &#233;troitement li&#233; au creusement des in&#233;galit&#233;s sociales d'apprentissage, car les &#233;l&#232;ves qui b&#233;n&#233;ficient de ressources extra-scolaires savent tirer profit des enseignements qu'ils re&#231;oivent au sein de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces situations d'&#233;chec et d'in&#233;galit&#233;s doivent &#234;tre mises en relation avec une autre caract&#233;ristique du syst&#232;me &#233;ducatif, la marchandisation (particuli&#232;rement importante en France). Les auteurs soulignent que le recours massif &#224; diverses formes de soutien scolaire est contradictoire avec l'id&#233;e selon laquelle les &#171; savoirs scolaires doivent &#234;tre &#233;quitablement accessibles &#224; tous &#187; (p. 26). Ces constats qui peuvent &#234;tre unanimement partag&#233;s (creusement des in&#233;galit&#233;s et accroissement de la marchandisation et de la comp&#233;tition entre &#233;l&#232;ves comme entre &#233;tablissements) ne conduisent pas les auteurs &#224; proposer un sursaut salvateur pour promouvoir l'acc&#232;s de tous les &#233;l&#232;ves aux savoirs et l'adoption d'une logique de coop&#233;ration plut&#244;t que de concurrence. Tout au contraire, ils proposent d'adapter les contenus d'enseignement aux aptitudes (consid&#233;r&#233;es comme plus limit&#233;es) des nouveaux publics scolaires et ils proposent d'accro&#238;tre la diversification de l'offre scolaire par des &#233;tablissements plus autonomes (ce qui conduit in&#233;vitablement &#224; une amplification de la concurrence).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un enjeu central : contenus d'enseignement et d&#233;mocratisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme l'ensemble des responsables du syst&#232;me &#233;ducatif, les auteurs du rapport sont pr&#233;occup&#233;s par l'&#233;chec scolaire. Ils sont bien conscients du fait que l'in&#233;galit&#233; sociale massive face &#224; la r&#233;ussite &#233;ducative est &#224; la fois une source d'inefficience &#233;conomique et une source de frustration, voire de r&#233;volte, face &#224; ce que beaucoup de familles populaires per&#231;oivent, &#224; juste titre, comme une injustice. Le rapport parle du &#171; caract&#232;re immaitrisable du d&#233;veloppement de l'&#233;chec scolaire &#187; (p. 8). La r&#233;ponse des auteurs &#224; cette situation d'&#233;chec s'inscrit dans le discours dominant. Les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves r&#233;sulteraient du fait qu'&#224; l'occasion du coll&#232;ge unique (et plus globalement de la d&#233;mocratisation quantitative de l'enseignement secondaire) on a continu&#233; &#224; enseigner les m&#234;mes contenus &#224; des &#233;l&#232;ves beaucoup plus nombreux et issus de milieux sociaux plus modestes. Ils &#233;crivent : &#171; ces politiques de d&#233;mocratisation, par le fait m&#234;me qu'elles ambitionnaient de faire parvenir de nouvelles cat&#233;gories sociales &#224; des &#233;tudes plus longues, ne se pr&#233;occupaient pas de ce que ces &#233;tudes proposaient en termes de savoir &#187; (p. 8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour eux, si le coll&#232;ge unique a eu des cons&#233;quences &#171; f&#226;cheuses &#187; c'est parce que l'on a &#233;tendu &#171; &#224; tous les &#233;l&#232;ves acc&#233;dant &#224; une fili&#232;re d&#233;sormais unique les programmes qu'on proposait ant&#233;rieurement aux seuls &#233;l&#232;ves de la fili&#232;re la plus acad&#233;mique et la plus conforme &#224; des canons scolaires traditionnellement r&#233;serv&#233;s &#224; une minorit&#233; &#187; (idem). Cela rejoint la position de Fran&#231;ois Dubet : &#171; Au fond, nous avons fait entrer dans l'&#233;cole des jeunes qui n'&#233;taient pas faits pour elle, en n'envisageant gu&#232;re de changer la nature de cette &#233;cole et les mani&#232;res d'y apprendre &#187; (Dubet, 2017, p. 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est l&#224; en pr&#233;sence d'un expos&#233; sans fard de la th&#232;se d&#233;ficitariste. Tant que seuls les enfants des milieux sociaux privil&#233;gi&#233;s acc&#233;daient &#224; l'enseignement secondaire, les savoirs qui &#233;taient enseign&#233;s pouvaient &#234;tre acad&#233;miques, abstraits, conceptuels, th&#233;oriques, etc. Les nouveaux coll&#233;giens et nouveaux lyc&#233;ens sont n&#233;cessairement issus de cat&#233;gories sociales plus modestes puisque les anciens coll&#233;giens et anciens lyc&#233;ens &#233;taient eux des enfants de la bourgeoisie dont le taux de scolarisation &#233;tait d&#233;j&#224; tr&#232;s &#233;lev&#233;. Et c'est parce qu'ils sont issus de cat&#233;gories plus modestes qu'ils sont mis en &#233;chec par les savoirs jusque-l&#224; r&#233;serv&#233;s &#224; une minorit&#233;. Ce discours ne peut reposer que sur deux bases discutables (&#233;ventuellement combin&#233;es) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une approche naturaliste de l'&#233;chec et de la r&#233;ussite scolaire. Certains &#233;l&#232;ves seraient par nature ouverts &#224; la pens&#233;e abstraite et d'autres ne seraient dot&#233;s que de l'intelligence de la main tourn&#233;e vers le concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un fatalisme sociologique. A six ans tout est jou&#233; et l'origine familiale d&#233;termine, sans que l'&#233;cole n'y puisse rien, le devenir scolaire et social des &#233;l&#232;ves. Certains milieux sociaux produiraient donc (sauf exceptions li&#233;es &#224; des &#171; dons &#187; miraculeux) des enfants inaptes &#224; acc&#233;der aux formes les plus exigeantes de la culture : l'&#233;cole &#171; traditionnelle &#187; et les savoirs qu'elle v&#233;hiculait n'est donc pas faite pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment ce discours est difficile &#224; d&#233;fendre ouvertement dans l'espace public. On s'emploie donc &#224; le pr&#233;senter sous des formes plus &#171; progressistes &#187;. On met en avant la n&#233;cessit&#233; de s'adapter &#224; la diversit&#233; des &#171; besoins &#187; des &#233;l&#232;ves, on d&#233;nonce le caract&#232;re trop ambitieux et trop encyclop&#233;dique des savoirs enseign&#233;s, on d&#233;plore le fait que les disciplines (forc&#233;ment repli&#233;es sur elles-m&#234;mes) enseignent des savoirs qui ne font pas sens pour les &#233;l&#232;ves, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours, qui explique l'&#233;chec scolaire par l'inadaptation des savoirs enseign&#233;s aux nouveaux publics d'&#233;l&#232;ves, est contestable pour deux raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, les auteurs du rapport mettent l'accent sur l'&#233;cart entre ce qui est enseign&#233; &#224; l'&#233;cole primaire et la &#171; culture du second degr&#233; &#187; qu'impose le coll&#232;ge aux &#233;l&#232;ves. Mais cette analyse ne permet pas de rendre compte des graves difficult&#233;s que rencontrent de nombreux &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;cole primaire ni du creusement des in&#233;galit&#233;s sociales de ma&#238;trise des savoirs scolaires au cours de la scolarit&#233; &#233;l&#233;mentaire (Andreu et Steinmetz, 2016 ; Dalibard et Pastor, 2015). On ne peut pas expliquer la situation actuelle de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire par l'impact n&#233;gatif de la &#171; culture du second degr&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les auteurs du rapport laissent croire que les contenus enseign&#233;s au coll&#232;ge aujourd'hui sont les m&#234;mes que ceux qui &#233;taient enseign&#233;s dans les premiers cycles des lyc&#233;es avant 1975 (Loi Haby). Mais &#233;videmment il n'en est rien. Les nombreuses r&#233;formes des structures et des programmes qui sont intervenues depuis cette &#233;poque ont toujours &#233;t&#233; justifi&#233;es par la volont&#233; de s'adapter aux &#233;l&#232;ves et de mettre en &#339;uvre des p&#233;dagogies innovantes. &lt;i&gt;Si l'&#233;chec perdure, voire s'amplifie, on ne peut pas l'expliquer par le fait que la scolarit&#233; entre la 6&#232;me et la 3&#232;me des coll&#232;ges aujourd'hui serait calqu&#233;e sur l'enseignement d&#233;livr&#233; aux &#233;l&#232;ves du premier cycle du lyc&#233;e Henri IV entre 1902 et 1975&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contre les disciplines, le curriculum&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rapport reprend l'approche tr&#232;s r&#233;pandue selon laquelle l'&#233;cole serait marqu&#233;e par un conservatisme concernant les savoirs enseign&#233;s. Selon les auteurs, la tradition disciplinaire &#171; d&#233;fend souvent une r&#233;f&#233;rence aux savoirs clos sur eux-m&#234;mes, auxquels on porte une r&#233;v&#233;rence quasi-religieuse et dont la signification ne va pas de soi pour les nouveaux publics d'&#233;l&#232;ves &#187; (p. 35). C'est que l'id&#233;e m&#234;me de discipline est li&#233;e &#224; un &#171; &#233;l&#232;ve abstrait que l'&#233;cole nourrissait de savoirs peu tourn&#233;s vers le monde et servant notamment &#224; d&#233;gager une petite &#233;lite &#187; (p. 57). On remarquera au passage que la technique d'argumentation, tr&#232;s souvent utilis&#233;e par le rapport, consiste &#224; pr&#233;senter comme une &#233;vidence le fait que les disciplines sont &#171; peu tourn&#233;es vers le monde &#187;. Que l'enseignement de l'histoire, de la g&#233;ographie, des SVT, des langues vivantes, des SES, etc., soit indiff&#233;rent au monde dans lequel vivent les &#233;l&#232;ves est pourtant &#224; l'&#233;vidence inexact. Mais pour disqualifier les savoirs disciplinaires, tout est bon ! Les disciplines sont aussi critiqu&#233;es parce que &#171; pour les &#233;l&#232;ves, les liens entre les disciplines ne sont pas apparents. Ils ont le sentiment d'&#234;tre confront&#233;s &#224; une accumulation sans coordination d'objets h&#233;t&#233;rog&#232;nes &#187; (p. 33). Il faut donc compl&#233;ter les disciplines par &#171; une approche inter ou transdisciplinaire &#187; (idem). De plus au sein des disciplines &#171; l'appr&#233;hension abstraite reste trop souvent privil&#233;gi&#233;e au d&#233;triment d'une assimilation r&#233;elle par les &#233;l&#232;ves &#187; (p. 15). La critique de l'abstraction (&#233;l&#232;ve abstrait et savoir abstrait) est une constante du rapport. La condamnation des disciplines et des savoirs qu'elles v&#233;hiculent est sans appel : &#171; finalement les disciplines exposent analytiquement des savoirs plut&#244;t qu'elles n'expliquent le monde et ses complexit&#233;s. Elles portent en elles un risque permanent de savoirs trop sp&#233;culatifs et abstraits &#187; (p. 34).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les auteurs vont au-del&#224; de ces critiques des disciplines (sur le d&#233;bat relatif aux disciplines voir Beitone 2015). Il faut, selon eux substituer une approche en termes de curriculum &#224; une approche en termes de disciplines scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'une discipline est une &#171; organisation sectorielle des savoirs d&#233;finie par des sp&#233;cialistes du domaine &#187; (p. 10), le curriculum est le &#171; nom donn&#233; &#224; une prescription p&#233;dagogique plus large que le programme, en ce sens qu'elle vise l'ensemble de l'exp&#233;rience d'apprentissage de l'&#233;l&#232;ve et qu'elle int&#232;gre l'apport des diff&#233;rentes disciplines, des diff&#233;rents niveaux d'enseignement, mais aussi la fa&#231;on dont les &#233;l&#232;ves sont &#233;valu&#233;s, les examens organis&#233;s et les professeurs form&#233;s &#187; (idem). S'il s'agissait de mettre en coh&#233;rence les diff&#233;rentes composantes du syst&#232;me &#233;ducatif, on ne pourrait que souscrire &#224; cette approche curriculaire. Mais l'enjeu est tout autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons plus loin sur la question des comp&#233;tences et de la formation des enseignants. Pr&#233;cisons d'abord en quoi l'approche curriculaire permet de rompre avec la conception &#171; traditionnelle &#187; de l'enseignement en pr&#233;cisant au passage que cet usage du terme &#171; curriculum &#187; est tr&#232;s &#233;loign&#233; de son sens originel en sociologie de l'&#233;ducation (voir Forquin, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le curriculum (au sens du rapport) se propose de rompre avec la &#171; tradition autoritaire de savoirs impos&#233;s &#187; (p. 18). Il s'agit d&#233;sormais de r&#233;pondre aux besoins des &#233;l&#232;ves. Non seulement les besoins communs mais aussi les &#171; besoins particuliers li&#233;s &#224; des cultures diff&#233;rentes &#187; (p. 19). A cette fin, le curriculum national doit fixer des objectifs g&#233;n&#233;raux (pas n&#233;cessairement li&#233;s aux savoirs disciplinaires mais aussi aux savoir-faire et aux savoir-&#234;tre) qui doivent ensuite &#234;tre d&#233;clin&#233;s et pr&#233;cis&#233;s au niveau local. Le rapport cite l'in&#233;vitable exemple finlandais o&#249; le National Core Curriculum (NCC) est associ&#233; &#224; une forte d&#233;centralisation du syst&#232;me &#233;ducatif. Le NCC sert de cadre &#224; l'&#233;laboration de curriculums locaux permettant de mettre en &#339;uvre diff&#233;rentes approches du travail scolaire. Cela permet &#171; d'am&#233;liorer les conditions d'apprentissage des &#233;l&#232;ves par l'adaptation des contenus d'enseignement &#224; leurs besoins &#187; (p. 45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc, pour les auteurs, un lien tr&#232;s fort entre leur r&#233;flexion sur la gouvernance trop centralis&#233;e du syst&#232;me &#233;ducatif et leurs propositions sur les contenus d'enseignement. Pour eux c'est la gouvernance centralis&#233;e qui pousse &#224; &#171; une vision abstraite des contenus enseign&#233;s &#187; (p. 70). Ils d&#233;fendent au contraire l'&#233;laboration de curriculums locaux car l'&#233;tablissement scolaire &#171; doit &#234;tre le lieu de l'&#233;laboration fine, &#224; la fois pour que les disciplines s'entendent sur un curriculum d'&#233;tablissement et parce que c'est &#224; ce niveau que se tisse l'interdisciplinarit&#233; &#187; (idem). Il s'agit donc bien de d&#233;finir au niveau de l'&#233;tablissement ce qui doit &#234;tre enseign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici l'intention, pr&#233;sent&#233;e comme g&#233;n&#233;reuse, de s'adresser &#224; l'enfant et au jeune r&#233;el et non &#224; l'&#233;l&#232;ve abstrait. Les dangers de l'approche sont &#233;vidents. Les besoins des &#233;l&#232;ves &#233;tant consid&#233;r&#233;s comme donn&#233;s, on constatera sans peine qu'ils sont diff&#233;rents dans un &#233;tablissement d'un quartier privil&#233;gi&#233; et dans un autre &#233;tablissement s&#233;gr&#233;g&#233; d'un &#171; quartier d'exil &#187;. Certes aujourd'hui de telles adaptations existent dans les faits, mais on a largement d&#233;montr&#233; qu'elles creusent les in&#233;galit&#233;s. Au lieu de se r&#233;signer &#224; une diff&#233;renciation qui ne sera qu'une hi&#233;rarchisation, on peut rechercher les moyens de l'acc&#232;s de tous les &#233;l&#232;ves aux savoirs n&#233;cessaires &#224; une pens&#233;e autonome. Par ailleurs, d&#232;s lors que les diff&#233;rents &#233;tablissements enseignent des contenus diff&#233;rents (m&#234;me dans le cadre d'un curriculum national) et mettent en &#339;uvre des m&#233;thodes p&#233;dagogiques diff&#233;rentes, il n'est plus acceptable d'imposer aux familles une carte scolaire. Les familles doivent pouvoir choisir les contenus et les m&#233;thodes p&#233;dagogiques qui correspondent aux &#171; besoins &#187; de leurs enfants. De m&#234;me, dans la perspective d'une d&#233;centralisation des contenus et des m&#233;thodes d'enseignement, il faut assurer la coh&#233;rence de l'&#233;quipe enseignante et son adaptation &#224; la fa&#231;on dont chaque &#233;tablissement d&#233;cline le curriculum. Cela implique le recrutement sur profil au niveau local et par cons&#233;quent un march&#233; du travail enseignant. Les auteurs d&#233;plorent &#233;videmment le conservatisme fran&#231;ais : &#171; on constate qu'existe en France un tabou sur cette id&#233;e de l'adaptation des enseignements au niveau local et aux besoins des &#233;l&#232;ves &#187; (p. 45). L'un des objectifs du rapport est de faire dispara&#238;tre ce tabou.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contre le savoir, les comp&#233;tences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le discours des partisans de l'approche par comp&#233;tences est maintenant bien r&#244;d&#233;. Leur objecte-t-on l'importance des savoirs ? Ils r&#233;pondent que &#171; bien s&#251;r &#187; les comp&#233;tences sont des savoirs mis en &#339;uvre dans des situations complexes. A leurs yeux, s'inqui&#233;ter de la remise en cause des savoirs par les comp&#233;tences ne peut relever que de la mauvaise foi ou de l'archa&#239;sme. Pourtant d&#232;s qu'ils parlent des savoirs, c'est sur le mode n&#233;gatif (abstraits, d&#233;nu&#233;s de sens pour les &#233;l&#232;ves, clos sur eux-m&#234;mes, etc.), et les comp&#233;tences sont toujours pr&#233;sent&#233;es de fa&#231;on favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple le rapport d&#233;plore que les disciplines soient &#171; orient&#233;es chacune vers certains contenus &#187; (p. 33) et il se demande si ces m&#234;mes disciplines permettent de former les &#233;l&#232;ves aux diverses comp&#233;tences : &#171; raisonnement logique, communication, cr&#233;ativit&#233;, esprit d'entreprendre et &#224; travailler avec autrui &#187; (p. 33). On le voit donc, si les disciplines sont d&#233;finies par des contenus de savoirs, les comp&#233;tences sont transversales. De plus, les savoirs sont pr&#233;sent&#233;s comme inaccessibles dans la mesure o&#249; &#171; la masse des savoirs disponibles, de plus en plus souvent &#233;clat&#233;s entre des sp&#233;cialit&#233;s elles-m&#234;mes de plus en plus nombreuses, montre l'impossibilit&#233; de rester dans une logique d'accumulation des savoirs &#187; (p. 14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors restent les comp&#233;tences, mais pas n'importe lesquelles. Il s'agit de &#171; comp&#233;tences pour vivre &#187; (p. 36). Ces &#171; Life skills &#187; (comp&#233;tences ordinaires pour la vie) nous pr&#233;cise-t-on ont &#233;t&#233; d&#233;finies au sein de l'OMS et de l'UNICEF puis popularis&#233;es par le Forum mondial de l'&#233;ducation de Dakar de 2000. Parmi ces comp&#233;tences citons celles relatives &#224; la sant&#233; (former les &#233;l&#232;ves au rapport avec un m&#233;decin), les rapports &#224; &#171; l'argent &#187; (former les &#233;l&#232;ves &#224; la consommation, &#224; la gestion de l'endettement et des rapports avec le banquier), les probl&#232;mes de la vie mat&#233;rielle au quotidien (bricolage, entraide familiale). Pour le coup, il est vrai, nous passons des &#171; savoirs abstraits &#187; des disciplines aux probl&#232;mes pratico-pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, les savoirs dont on nous dit qu'ils sont ins&#233;parables des comp&#233;tences, sont des savoirs susceptibles de s'appliquer concr&#232;tement &#224; la vie quotidienne. On apprend aux &#233;l&#232;ves &#224; calculer le co&#251;t d'un cr&#233;dit, mais pas &#224; r&#233;fl&#233;chir au statut de la monnaie et des banques dans l'&#233;conomie. Pour les auteurs du rapport c'est en se pr&#233;occupant de ces &#171; comp&#233;tences pour vivre &#187; que l'&#233;cole r&#233;pond aux &#171; besoins &#187; des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; amis bons sens &#187;, comme disait Pierre Bourdieu, feront sans doute remarquer que les &#233;l&#232;ves sont contents d'apprendre &#224; bricoler ou &#224; s'endetter &#224; moindre co&#251;t pour s'acheter une mobylette. Mais bien s&#251;r, personne ne va croire que les savoirs abstraits, th&#233;oriques et conceptuels ont perdu tout int&#233;r&#234;t. En r&#233;alit&#233;, les &#233;l&#232;ves et les familles bien inform&#233;s savent qu'en fin de compte c'est sur ces savoirs-l&#224; (connaissances math&#233;matiques, sociologiques, litt&#233;raires, philosophiques, historiques, biologiques, physiques, etc.) que se joue le devenir scolaire et social des &#233;l&#232;ves. Ces familles choisiront les &#233;tablissements, les sections, les options qui permettent d'acc&#233;der &#224; un rapport instruit &#224; la nature et au monde social. Les autres seront pris au pi&#232;ge d'apprentissages concrets et ludiques qui ne permettent pas d'acc&#233;der aux formations les plus valoris&#233;es. Et bien s&#251;r, s'ils se retrouvent en difficult&#233; &#224; l'entr&#233;e en seconde, en licence ou en master, ils ne pourront s'en prendre qu'&#224; eux-m&#234;mes puisque, d&#232;s l'&#233;cole primaire, on leur aura propos&#233; des projets d'&#233;coles diff&#233;rents, des curriculums locaux adapt&#233;s aux besoins des &#233;l&#232;ves, des options diff&#233;renci&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, et il n'y a pas lieu de s'en &#233;tonner, le rapport de Terra Nova se situe clairement dans la perspective trac&#233;e par deux fonctionnaires du Bureau International de l'&#233;ducation de l'UNESCO : &#171; Les &#233;coles ont une obligation de fournir &#224; leurs &#233;l&#232;ves une &#233;ducation qui leur permettra de s'adapter &#224; un environnement de plus en plus mondialis&#233;, comp&#233;titif, diversifi&#233; et complexe, dans lequel la cr&#233;ativit&#233;, la capacit&#233; d'innover, le sens de l'initiative, l'esprit d'entreprise et un engagement envers l'apprentissage tout au long de la vie sont tout aussi importants que les connaissances sp&#233;cifiques associ&#233;es &#224; une mati&#232;re &#187; (Opertti et Duncombe, 2011, p. 106). Former &#224; l'esprit d'entreprise dans un monde mondialis&#233; et comp&#233;titif ! On comprend l'accent mis sur les comp&#233;tences !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Transformer l'identit&#233; professionnelle des enseignants
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, dans la mesure o&#249; il s'agit, dans l'optique du rapport, de passer d'une transmission-appropriation des savoirs &#224; l'acquisition de &#171; comp&#233;tences pour la vie &#187; il faut transformer l'identit&#233; professionnelle des enseignants. En effet : &#171; la stabilit&#233; des disciplines est aussi d&#233;fendue par une partie des enseignants qui sont recrut&#233;s pour leur ma&#238;trise des savoirs propres &#224; une discipline scolaire et dont le d&#233;roulement de carri&#232;re est directement li&#233; &#224; cette ma&#238;trise initiale d'un corpus de connaissances &#187; (p. 6). C'est donc le rapport des enseignants aux connaissances disciplinaires qui pose probl&#232;me. Car &#171; les enseignements de chaque discipline se d&#233;finissent majoritairement en r&#233;f&#233;rence &#224; des savoirs acad&#233;miques &#171; purs &#187; se percevant comme intemporels et d&#233;sint&#233;ress&#233;s &#187; (p. 34). Ces savoirs &#171; constituent une large part de l'identit&#233; professionnelle &#187; (p. 34) des professeurs et c'est donc avec cela qu'il faut rompre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici l'argument des &#171; besoins &#187; des &#233;l&#232;ves : &#171; la sp&#233;cialisation disciplinaire pr&#233;coce des enseignants ne leur permet pas de r&#233;pondre aux besoins culturels des &#233;l&#232;ves &#187; p. 69). Nagu&#232;re le syndicat des personnels de direction a d&#233;nonc&#233; les exigences disciplinaires, qu'il jugeait excessives, des jurys des concours de recrutement. La th&#232;se qui est pr&#233;sent&#233;e ici de fa&#231;on implicite est que ce sont les savoirs trop ambitieux des enseignants qui les emp&#234;chent de r&#233;pondre aux besoins des &#233;l&#232;ves. Au lieu de recruter sur la base des connaissances disciplinaires, il faudrait donc recruter en fonction de la &#171; culture g&#233;n&#233;rale &#187; (p. 69) sur le mod&#232;le du recrutement des personnels de direction qui sont &#233;valu&#233;s sur la base de leur connaissance g&#233;n&#233;rale du syst&#232;me &#233;ducatif et non sur un champ de savoir sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que d&#233;plore le rapport, c'est que l'enseignement de la culture g&#233;n&#233;rale soit d&#233;j&#224; trop lacunaire au lyc&#233;e et que les concours de recrutement des enseignants ne s'en soucient pas (p. 69). Il est vrai que, dans le rapport, les enseignants sont d&#233;finis non pas comme des sp&#233;cialistes de l'enseignement de tel ou tel champ disciplinaire, mais comme &#233;tant en charge &#171; d'enseigner la formation de culture g&#233;n&#233;rale &#187; (idem). Ce retour en gr&#226;ce de la culture g&#233;n&#233;rale a un caract&#232;re presque comique pour ceux qui ont lu &#201;mile Durkheim. Dans l'introduction de sa th&#232;se (&lt;i&gt;De la division du travail social&lt;/i&gt;) ce dernier &#233;crivait : &#171; Nous avons pass&#233; le temps o&#249; l'homme parfait nous paraissait &#234;tre celui qui, sachant s'int&#233;resser &#224; tout sans s'attacher exclusivement &#224; rien, capable de tout go&#251;ter et de tout comprendre, trouvait moyen de r&#233;unir et de condenser en lui ce qu'il y avait de plus exquis dans la civilisation. Aujourd'hui, cette culture g&#233;n&#233;rale tant vant&#233;e jadis, ne nous fait plus l'effet que d'une discipline molle et rel&#226;ch&#233;e. (&#8230;) L'honn&#234;te homme d'autrefois n'est plus pour nous qu'un dilettante, et nous refusons au dilettantisme toute valeur morale &#187; (Durkheim, 1893/1978, pp. 4-5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs dans cette logique que Sciences Po Paris a abandonn&#233; l'&#233;preuve de culture g&#233;n&#233;rale qui donnait l'occasion aux &#233;tudiants de tenir des discours superficiels et qui permettait de s&#233;lectionner les h&#233;ritiers d'un habitus mondain permettant de briller. Et voil&#224; qu'on nous propose de recruter les enseignants sur les bases de cette culture g&#233;n&#233;rale et cela au nom d'une modernisation du syst&#232;me &#233;ducatif qui serait, nous dit-on, favorable &#224; une r&#233;ussite scolaire plus &#233;galitaire. La contradiction est &#233;vidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger est pourtant que des forces puissantes sont &#224; l'&#339;uvre pour transformer d&#232;s &#224; pr&#233;sent dans ce sens la formation des enseignants. On entend dire que la licence suffirait &#224; attester de la ma&#238;trise des contenus disciplinaires et que les deux ann&#233;es du master MEEF devraient &#234;tre consacr&#233;es &#224; des connaissances &#171; pratiques &#187; et g&#233;n&#233;rales sur le syst&#232;me &#233;ducatif. On dit aussi que les &#233;tudiants ayant d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;valu&#233;s en licence sur leurs connaissances disciplinaires, les concours de recrutement devraient renoncer &#224; toute &#233;valuation de la ma&#238;trise des contenus &#224; enseigner. Il en d&#233;coule logiquement que la part des sp&#233;cialistes de la discipline dans les jurys des concours devrait &#234;tre r&#233;duite et que des chefs d'&#233;tablissement ou des psychologues seraient mieux &#224; m&#234;me d'&#233;valuer la &#171; bienveillance &#187; des futurs enseignants. Dans ce discours, tr&#232;s r&#233;pandu dans les ESPE et dans les couloirs du minist&#232;re, le &#171; professionnel &#187; est syst&#233;matiquement oppos&#233; au &#171; disciplinaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes le rapport de Terra Nova n'est pas aussi franc du collier, on est dans le registre de l'onctuosit&#233; &#339;cum&#233;nique. Mais les propositions qui sont formul&#233;es sont cependant assez explicites : &#171; former les enseignants &#224; comprendre le statut d'artefact des disciplines qu'ils enseignent &#187; et &#171; susciter une r&#233;flexion sur la notion int&#233;gratrice de curriculum &#187;, &#171; d&#233;cloisonner les disciplines en se pr&#233;occupant de la culture commune des professeurs, au-dessus de leur discipline &#187; (p. 70).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, quiconque a travaill&#233; sur la formation des enseignants sait bien que nombre d'entre eux sont d&#233;munis pour enseigner certaines parties des programmes (et pour les enseignants du premier degr&#233; certaines disciplines qui rel&#232;vent de leur polyvalence). Cette insuffisance de ma&#238;trise des savoirs disciplinaires de r&#233;f&#233;rence ne permet pas &#224; l'enseignant de prendre assez de recul par rapport &#224; ce qu'il enseigne et par rapport &#224; la fa&#231;on dont les &#233;l&#232;ves apprennent. Bien souvent, l'insuffisante ma&#238;trise disciplinaire emp&#234;che les enseignants de comprendre les obstacles cognitifs et &#233;pist&#233;mologiques que rencontrent les &#233;l&#232;ves et d'&#233;laborer des situations de rem&#233;diation permettant de surmonter ces obstacles. Quand l'enseignant est contraint, faute d'une formation initiale et continue suffisante, de s'accrocher aux &#171; livres du ma&#238;tre &#187; ou aux corrig&#233;s des fichiers p&#233;dagogiques sur lesquels les &#233;l&#232;ves travaillent, cela ne facilite pas, loin s'en faut, l'acc&#232;s &#233;galitaire des &#233;l&#232;ves aux savoirs vis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;tendre, au nom d'une meilleure formation p&#233;dagogique ou d'une meilleure prise en compte des &#171; besoins &#187; des &#233;l&#232;ves, qu'il faut en rabattre sur les exigences disciplinaires dans le recrutement et la formation des ma&#238;tres, c'est aller &#224; l'encontre de l'objectif de d&#233;mocratisation affich&#233; par les auteurs du rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Andreu S. et Steinmetz C. (2016), 'Les performances en orthographe des &#233;l&#232;ves en fin d'&#233;cole primaire (1987-2007-2015)', DEPP, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt;, n&#176; 28, d&#233;cembre 2016.&lt;br class='autobr' /&gt;
* Beitone A. (2015), &lt;i&gt;Disciplines scolaires et disciplines savantes&lt;/i&gt;, en ligne &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article209&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article209&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
* Dalibard E. et Pastor J.-M. (2015), CEDRE 2014. Math&#233;matiques en fin d'&#233;cole primaire : les &#233;l&#232;ves qui arrivent au coll&#232;ge ont des niveaux tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes, DEPP, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt;, n&#176; 18, mai 2015. &lt;br class='autobr' /&gt;
* Dubet F. (2017), Pr&#233;face, dans Berlinguer L. (2017), &lt;i&gt;R&#233;inventer l'&#233;cole. Une &#233;cole de qualit&#233; pour tous et pour chacun&lt;/i&gt;. Paris, Editions Fabert.&lt;br class='autobr' /&gt;
* Durkheim (1893/1978), &lt;i&gt;De la division du travail social&lt;/i&gt;, PUF, Biblioth&#232;que de philosophie contemporaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
* Forquin J.-C. (2008), &lt;i&gt;Sociologie du curriculum&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, Coll. Paideia.&lt;br class='autobr' /&gt;
* Opertti R. et Duncombe L. (2011), 'Vision du curriculum : Prospective d'ensemble et d&#233;bats contemporains', &lt;i&gt;Revue internationale d'&#233;ducation de S&#232;vres&lt;/i&gt;, n&#176; 56, Avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
* Priou N. (2017), &lt;i&gt;Des avis qui convergent&lt;/i&gt;, 17 janvier. En ligne : &lt;a href=&#034;http://www.cahiers-pedagogiques.com/Des-avis-qui-convergent&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cahiers-pedagogiques.com/Des-avis-qui-convergent&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La configuration du d&#233;bat sur l'&#233;cole</title>
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		<dc:date>2016-10-13T11:45:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Beitone, Rapha&#235;l Pradeau</dc:creator>



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&lt;p&gt;[Comme en d'autres domaines, les lignes de force des affrontements d'id&#233;es sur l'&#233;cole apparaissent aujourd'hui singuli&#232;rement brouill&#233;es. Les partisans de la d&#233;mocratisation scolaire ont souvent le sentiment d'&#234;tre pris en tenaille entre les tenants d'une &#233;cole de l'ordre et de l'inculcation autoritaire, qui ferait fi de toute la r&#233;flexion du 20&#232;me si&#232;cle sur les modalit&#233;s des apprentissages, et des &#034;modernistes&#034; de droite comme de gauche se r&#233;clamant &#224; l'inverse de cet h&#233;ritage pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH145/arton234-202ad.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[Comme en d'autres domaines, les lignes de force des affrontements d'id&#233;es sur l'&#233;cole apparaissent aujourd'hui singuli&#232;rement brouill&#233;es. Les partisans de la d&#233;mocratisation scolaire ont souvent le sentiment d'&#234;tre pris en tenaille entre les tenants d'une &#233;cole de l'ordre et de l'inculcation autoritaire, qui ferait fi de toute la r&#233;flexion du 20&#232;me si&#232;cle sur les modalit&#233;s des apprentissages, et des &#034;modernistes&#034; de droite comme de gauche se r&#233;clamant &#224; l'inverse de cet h&#233;ritage pour promouvoir des r&#233;formes qui ne paraissent gu&#232;re de nature &#224; favoriser l'appropriation par tous des savoirs d&#233;velopp&#233;s de la culture &#233;crite. A. Beitone et R. Pradeau ont publi&#233; dans la revue &lt;a href=&#034;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-11-automne-2016/debats/article/le-debat-sur-l-ecole&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Les Possibles&#034;&lt;/a&gt; (&#233;dit&#233;e en ligne par Attac) une note de synth&#232;se visant &#224; clarifier les enjeux du d&#233;bat et la nature des alternatives qui m&#233;ritait d'&#234;tre reprise sur le site du GRDS.]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat des difficult&#233;s de l'&#233;cole est assez peu discutable : situation d'&#233;chec d'un nombre important d'&#233;l&#232;ves d&#232;s l'&#233;cole primaire, creusement des in&#233;galit&#233;s au coll&#232;ge, tri social explicite &#224; partir du lyc&#233;e o&#249; l'enseignement professionnel et, dans une certaine mesure l'enseignement technologique, sont utilis&#233;s comme voie de rel&#233;gation pour les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les travaux de U. Palheta et notamment son livre La domination (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au niveau de l'enseignement sup&#233;rieur, les &#233;checs massifs marquent les premiers cycles universitaires, tandis que la diversification des voies de formation s'accompagne d'une importante offre priv&#233;e, notamment dans le secteur des &#233;coles de management, mais aussi avec le d&#233;veloppement des &#171; &#233;curies &#187; accompagnant les &#233;tudiants en m&#233;decine ou en droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de l'&#233;cole et du coll&#232;ge, les enqu&#234;tes du minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale (DEPP) et celle de l'OCDE (PISA) mettent en &#233;vidence des difficult&#233;s tr&#232;s s&#233;rieuses du syst&#232;me &#233;ducatif. Par exemple, en fin de coll&#232;ge, 15 % des &#233;l&#232;ves ne poss&#232;dent pas les connaissances langagi&#232;res leur permettant la poursuite d'&#233;tudes (mais 25 % des &#233;l&#232;ves de ZEP sont dans ce cas). L'enqu&#234;te PISA montre que le syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais est celui o&#249; les r&#233;sultats scolaires des &#233;l&#232;ves est le plus influenc&#233; par l'origine sociale. Le r&#233;sultat d'ensemble est tr&#232;s clair : le niveau baisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce qu'affirment &#224; la fois A. Prost dans Le Monde du 20 f&#233;vrier 2013 et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les in&#233;galit&#233;s se creusent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette situation, per&#231;ue bien souvent par la population &#224; travers l'exp&#233;rience scolaire des enfants et petits-enfants, et compte tenu notamment des enjeux de l'insertion professionnelle, les attentes &#224; l'&#233;gard de l'&#233;cole sont tr&#232;s fortes (surtout dans les milieux populaires) et parfois d&#233;&#231;ues. C'est sur cette d&#233;ception et sur la construction m&#233;diatique de la &#171; crise de l'&#233;cole &#187; que jouent notamment les responsables politiques, ainsi que divers groupes de pression qui pr&#233;conisent des r&#233;formes de l'&#233;cole et parfois (pour ceux qui exercent le pouvoir) tentent de les mettre en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les forces politiques de droite et du centre portent deux discours assez diff&#233;rents &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'une part, un discours conservateur centr&#233; sur la restauration de l'ordre et de l'autorit&#233;, la nostalgie d'une &#233;cole du pass&#233; (exemple classique d'illusion r&#233;trospective) o&#249; les ma&#238;tres &#233;taient respect&#233;s et o&#249; les &#233;l&#232;ves apprenaient les fables de la Fontaine, le roman national et les tables de multiplication. Cette perspective conservatrice conduit &#224; proposer le retour de l'uniforme, des le&#231;ons de morale, des sanctions, du redoublement, etc. Assez logiquement, dans cette perspective on cherche &#224; revenir en arri&#232;re sur la massification de l'enseignement en proposant de r&#233;tablir l'examen d'entr&#233;e en 6e, l'orientation vers l'apprentissage en fin de 5e et de mettre en place une s&#233;lection &#224; l'entr&#233;e de l'universit&#233;. L'&#233;cole en g&#233;n&#233;ral et le &#171; coll&#232;ge unique &#187; en particulier souffriraient de proposer &#224; tous les &#233;l&#232;ves un type d'&#233;tude qui n'est accessible qu'&#224; une minorit&#233;. Il faudrait donc revenir &#224; la valorisation du travail manuel, &#224; l'entr&#233;e pr&#233;coce dans la vie active pour les &#233;l&#232;ves qui (par nature ?) ne sont pas port&#233;s vers les questions abstraites. Ce discours conservateur que l'on trouve dans certaines publications de droite ou d'extr&#234;me droite, dans un syndicat comme le SNALC, dans le collectif Racine impuls&#233; par le Front national, s'articule volontiers avec des orientations x&#233;nophobes (l'&#233;cole serait victime elle aussi du &#171; grand remplacement &#187; et de l'invasion des immigr&#233;s imposant une approche communautariste, etc.). L'exaltation du m&#233;rite et de l'excellence sert ici &#224; justifier une politique scolaire malthusienne et &#233;litiste et privil&#233;gie un entre-soi social qui alimente des strat&#233;gies familiales de choix des &#233;coles et du logement. Dans ce contexte, la pr&#233;sence d'une offre de formation priv&#233;e renforce encore la s&#233;gr&#233;gation sociale et ethnique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il existe un discours lib&#233;ral. Ce discours met l'accent sur une transformation radicale de la coordination du syst&#232;me &#233;ducatif. Constatant l'&#233;chec du pilotage hi&#233;rarchique (le fameux th&#232;me de l'impossibilit&#233; de r&#233;former l'&#233;cole), les tenants de cette approche lib&#233;rale proposent de mettre en place une gestion par le march&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Fondation pour l'&#233;cole, par exemple, se propose de diversifier l'offre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'est m&#234;me pas n&#233;cessaire de privatiser le syst&#232;me &#233;ducatif, il suffit de renforcer consid&#233;rablement l'autonomie des &#233;tablissements et de pousser un peu plus loin ce qui existe d&#233;j&#224; : projets &#233;ducatifs locaux et projets d'&#233;tablissement, possibilit&#233; pour les chefs d'&#233;tablissement de recruter le personnel enseignant (ou de jouer un r&#244;le important dans le recrutement) sont au c&#339;ur de cette logique. D&#232;s lors, il y a une offre diff&#233;renci&#233;e et il suffit de laisser les parents choisir l'offre qui leur convient le mieux (on dira aussi l'offre qui est la plus adapt&#233;e aux enfants, puisqu'ils n'ont pas tous les m&#234;mes besoins et les m&#234;mes aptitudes). La version la plus radicale de la mise en place de cette r&#233;gulation marchande conduirait &#224; instaurer un syst&#232;me de ch&#232;que &#233;ducation : au nom de la libert&#233; individuelle, chaque famille serait en droit de choisir &#224; quel &#233;tablissement elle alloue les cr&#233;dits publics auquel son enfant a droit. Cette logique pr&#233;sente aux yeux de ses promoteurs deux avantages consid&#233;rables :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Elle permet de &#171; r&#233;former &#187; de fa&#231;on d&#233;centralis&#233;e et donc d'&#233;viter un conflit central avec le corps enseignant. Les batailles se m&#232;neront &#233;tablissement par &#233;tablissement, car la pr&#233;sence syndicale y est in&#233;gale et le rapport de force y est le plus d&#233;favorable aux personnels.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Elle permet de mettre en place en douceur (au nom de la diff&#233;renciation des parcours, de l'individualisation de la formation, de l'&#233;panouissement des enfants, de la libre initiative des enseignants, etc.) une s&#233;gr&#233;gation douce. Car, bien &#233;videmment, tous les &#233;coles, coll&#232;ges et lyc&#233;es ne se vaudront pas en termes d'acquis cognitifs. Les parents choisiront &#171; librement &#187; d'affecter leurs enfants &#224; tel ou tel projet &#233;ducatif. Ici on fera des maths, l&#224; du macram&#233;, ici on lira Racine et l&#224; on r&#233;duira drastiquement l'enseignement g&#233;n&#233;ral pour privil&#233;gier le lien avec l'entreprise et le m&#233;tier, dans une perspective utilitariste d'insertion professionnelle &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pi&#232;ge est que ce courant lib&#233;ral se pr&#233;sente volontiers comme &#171; modernisateur &#187;. Il d&#233;nonce l'&#233;cole traditionnelle, la p&#233;dagogie verticale, la culture &#171; acad&#233;mique &#187; et &#171; encyclop&#233;dique &#187; et promeut les comp&#233;tences &#171; non cognitives &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette th&#232;se est notamment soutenue par O. Galland.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;cole &#171; 42 &#187; lanc&#233;e par X. Niel (&#233;cole priv&#233;e hors contrat qui d&#233;livre un dipl&#244;me non reconnu par l'&#201;tat) en est caract&#233;ristique : &#233;cole ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, formation et &#233;valuation par les pairs (pas de cours magistraux, pas de travaux dirig&#233;s), p&#233;dagogie de projet, etc. Logique marchande et modernisme p&#233;dagogique peuvent donc se combiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, P. Cahuc, S. Carcillo, O. Galland et A. Zylberberg ont publi&#233; aux &#233;ditions Eyrolles (sp&#233;cialis&#233;es dans les publications manag&#233;riales) un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;La machine &#224; trier&lt;/i&gt;. Ils y d&#233;veloppent une critique de l'institution scolaire, trop archa&#239;que, trop traditionnelle, ne faisant pas assez de place aux &#171; comp&#233;tences non cognitives &#187;, etc. Une occasion de rappeler que les &#171; lib&#233;raux &#187; s'opposent souvent aux &#171; conservateurs &#187;. Voici le commentaire &#233;logieux que faisait de ce livre &lt;i&gt;Les Cahiers p&#233;dagogiques&lt;/i&gt; : &#171; R&#233;duire le primat des disciplines, supprimer les notes jusqu'&#224; un certain stade de l'enseignement, d&#233;velopper des m&#233;thodes 'horizontales' d'apprentissage : programme d'un quelconque mouvement d'&#233;ducation nouvelle, certes, mais c'est aussi ce qu'on trouve en conclusion de cet ouvrage, r&#233;dig&#233; par une &#233;quipe pluridisciplinaire (&#233;conomie et sociologie). Une vision lucide et stimulante de ce que devrait &#234;tre davantage notre syst&#232;me d'enseignement, que les auteurs esquissent &#224; partir d'enqu&#234;tes et d'&#233;tudes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La note de lecture est sign&#233;e par J.-M. Zakhartchouk, un des responsables (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ainsi, &lt;i&gt;Les Cahiers P&#233;dagogiques&lt;/i&gt;, figure embl&#233;matique de l'&#233;ducation nouvelle, dont les militant(e)s sont progressistes et attach&#233;s &#224; la d&#233;mocratisation scolaire, saluent des propositions qui s'inscrivent explicitement dans la logique de la mise en &#339;uvre au sein de l'&#233;cole d'une approche tr&#232;s clairement inspir&#233;e du lib&#233;ralisme &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre anecdotique, cette note de lecture est r&#233;v&#233;latrice. Tout un discours port&#233; par les mouvements p&#233;dagogiques, par un certain nombre d'intellectuels de gauche, de militants syndicalistes, de responsables du syst&#232;me &#233;ducatif, converge avec le discours lib&#233;ral sur le plan &#233;conomique. Par exemple, un rapport publi&#233; par la Fondation &lt;i&gt;Terra Nova&lt;/i&gt; (r&#233;put&#233;e proche du Parti socialiste) en mai 2016 est consacr&#233; &#224; la question des savoirs enseign&#233;s. Ce rapport se veut un accompagnement de la r&#233;forme des coll&#232;ges promue par la ministre de l'&#201;ducation nationale. Cela conduit les auteurs du rapport &#224; remettre en cause les disciplines scolaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les disciplines scolaires, voir la contribution d'A. Beitone sur le site (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; relativiser les savoirs pour souligner l'importance des comp&#233;tences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On sait que l'approche par les comp&#233;tences est au c&#339;ur des pr&#233;conisations de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; pr&#233;coniser une approche en termes de curriculum en lieu et place des programmes scolaires et &#224; pr&#233;coniser la mise en place de curricula locaux. Cette id&#233;e, consistant &#224; pousser encore plus loin la d&#233;centralisation du syst&#232;me &#233;ducatif en mettant en place des &#171; projets &#233;ducatifs locaux &#187; est port&#233;e notamment par l'association &#171; Prisme &#187;, anim&#233;e par des &#233;lus locaux de gauche. Sous pr&#233;texte de s'adapter aux contextes locaux, aux int&#233;r&#234;ts et aux motivations des &#233;l&#232;ves, il s'agit d'adapter les contenus d'enseignement et les m&#233;thodes p&#233;dagogiques. D&#232;s lors, le pilotage du syst&#232;me &#233;ducatif ne peut plus revenir &#224; l'administration centrale, il doit &#234;tre confi&#233; &#224; des autorit&#233;s locales (en particulier aux &#233;lus locaux). Cette &#233;volution des m&#233;thodes p&#233;dagogiques fond&#233;e sur des projets locaux est &#233;videmment tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e par les responsables de l'enseignement priv&#233; sous contrat. &#192; la limite, chaque &#233;cole (et plus seulement les &#233;tablissements priv&#233;s) aura son &#171; caract&#232;re propre &#187; et les familles choisiront le projet &#233;ducatif qui leur convient le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les auteurs de cette note de &lt;i&gt;Terra Nova&lt;/i&gt; sur les contenus d'enseignements on trouve un inspecteur g&#233;n&#233;ral de l'&#201;ducation nationale (R.-F. Gauthier), un responsable du syndicat des chefs d'&#233;tablissement du second degr&#233; (Ph. Tournier) et un responsable des &lt;i&gt;Cahiers p&#233;dagogiques&lt;/i&gt; (Ph. Watrelot).&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre initiative tr&#232;s r&#233;v&#233;latrice est la publication dans le quotidien &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt; du 15 f&#233;vrier 2015 d'un appel intitul&#233; &#171; Refondons l'&#233;cole &#187;. On y trouve la traditionnelle remise en cause de la &#171; transmission descendante du savoir &#187;. L'&#233;cole doit &#234;tre le lieu d'une &#171; communication apais&#233;e &#187;, etc. Parmi les signataires de ce texte on trouve des intellectuels progressistes : E. Fassin, Ph. Meirieu, F. Dubet, C. Leli&#232;vre, Ph. Fr&#233;meaux (d'&lt;i&gt;Alternatives &#233;conomiques&lt;/i&gt;), mais aussi des responsables syndicaux et associatifs : G. Jean (vice-pr&#233;sidente de l'Institut de recherche de la FSU), S. David (ancien pr&#233;sident de l'Association des professeurs de sciences &#233;conomiques et sociales). La F&#233;d&#233;ration des conseils de parents d'&#233;l&#232;ves (FCPE) signe en tant que telle, de m&#234;me que le Cercle de recherches et d'action p&#233;dagogique (&#233;diteur des Cahiers p&#233;dagogiques). Mais on trouve aussi la fille de P. Rahbi (qui a d&#233;velopp&#233; des &#233;coles priv&#233;es hors contrat dans le cadre du mouvement Colibri) et A. Verdiani (pr&#233;sidente du Printemps de l'&#233;ducation). Ces deux derni&#232;res signataires s'inscrivent clairement dans une logique marchande, puisqu'il s'agit de &#171; changer l'&#233;cole &#187; par la cr&#233;ation d'un r&#233;seau concurrentiel d'&#233;coles priv&#233;es hors contrat. Le mouvement du Printemps de l'&#233;ducation se propose d'&#233;duquer les &#233;l&#232;ves &#224; la joie et &#224; une v&#233;ritable spiritualit&#233;, mais surtout A. Verdiani explique dans une interview : &#171; je n'ai jamais avou&#233; cela, mais je pense en r&#233;alit&#233; que l'&#233;cole n'est pas n&#233;cessaire &#187;. Et elle insiste sur le fait que le plus important, c'est que chacun puisse &#171; choisir son &#233;cole &#187;. La boucle est boucl&#233;e : on peut en appeler &#224; l'&#233;mancipation des &#233;l&#232;ves, &#224; leur &#233;panouissement, le c&#339;ur du projet, c'est la diversification de l'offre &#233;ducative, dans un cadre qui sera n&#233;cessairement concurrentiel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les raisons d'un combat douteux &#224; gauche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment donc, des individus et des organisations, clairement situ&#233;s &#224; gauche de l'&#233;chiquier politique, d&#233;fenseurs de l'&#233;galit&#233; devant l'&#233;ducation et de la la&#239;cit&#233;, en viennent-ils &#224; faire front commun avec des groupes contestables et &#224; engager &#224; leur c&#244;t&#233; un combat douteux visant &#224; la remise en cause du syst&#232;me &#233;ducatif public et r&#233;publicain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication se trouve dans l'histoire du syst&#232;me &#233;ducatif et des d&#233;bats qui l'ont travers&#233;. Pendant longtemps, le syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais a &#233;t&#233; tr&#232;s centralis&#233;, a mis en &#339;uvre une p&#233;dagogie tr&#232;s directive, voire autoritaire, s'est peu int&#233;ress&#233; au sens du savoir pour les &#233;l&#232;ves, etc. C'&#233;tait particuli&#232;rement vrai dans l'enseignement secondaire, et la d&#233;nonciation du &#171; lyc&#233;e caserne &#187; en mai 1968 est caract&#233;ristique d'une remise en cause de cette institution totale et des savoirs souvent formels qu'elle v&#233;hiculait. Face &#224; cette &#233;cole traditionnelle, &#224; sa p&#233;dagogie &#171; magistrale &#187;, &#224; sa discipline quasi militaire, se sont dress&#233;s les mouvements d'&#233;ducation nouvelle qui ont d&#233;fendu un autre rapport entre enseignants et &#233;l&#232;ves, un autre rapport des &#233;l&#232;ves aux savoirs, une &#233;volution des savoirs enseign&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de Mai a eu une indiscutable fonction &#233;mancipatrice : il fallait remettre en cause le conservatisme scolaire. Mais, &#224; l'&#233;cole comme dans l'entreprise (voir les analyses de L. Boltanski et E. Chiappelo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Boltanski, E. Chiappelo, Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, 1999&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), les dominants se sont montr&#233;s capables de changer leurs pratiques et leurs discours, sans rien abandonner de leurs objectifs. Ils ont donc int&#233;gr&#233; la critique &#171; artiste &#187; de l'&#233;cole et se sont appropri&#233; toute une partie des th&#232;ses de l'&#233;ducation nouvelle en les d&#233;pouillant de leurs aspects subversifs et en les mettant au service d'un projet d'adaptation de l'&#233;cole au capitalisme mondialis&#233; (salari&#233;s mobiles et adaptables, entreprises apprenantes, mise en avant des comp&#233;tences plut&#244;t que des qualifications, ringardisation des syndicats au profit d'un management &#171; cool &#187; des ressources humaines, etc.). Le &#171; nouvel esprit du capitalisme &#187; passe, &#224; l'&#233;cole, par une &#171; modernisation p&#233;dagogique &#187; qui s'attaque aux savoirs et &#224; la revendication d'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action militante en faveur d'une &#233;ducation nouvelle est ainsi relay&#233;e, &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1960 et plus encore apr&#232;s 1968, par un part croissante des responsables du syst&#232;me &#233;ducatif qui entendent r&#233;former les contenus d'enseignement et les m&#233;thodes p&#233;dagogiques pour s'adapter &#224; la massification progressive de l'enseignement secondaire. Les id&#233;es des mouvements d'&#233;ducation nouvelle vont d&#232;s lors structurer la formation des enseignants : certains inspecteurs pourchassent et condamnent le cours magistral ; on ne jure plus que par les m&#233;thodes actives, l'innovation, le travail autonome, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;cente r&#233;forme des coll&#232;ges, avec la mise en place des Enseignements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, le d&#233;bat qui se structure oppose les tenants de l'approche conservatrice (qui d&#233;noncent toutes les r&#233;formes au nom de la tradition) et les d&#233;fenseurs de l'innovation p&#233;dagogique qui d&#233;tiennent le pouvoir au sein de l'institution &#233;ducative et de la formation des enseignants. Ces derniers b&#233;n&#233;ficient de l'appui des militants p&#233;dagogiques et d'un certain nombre de syndicats (SGEN, UNSA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce d&#233;bat, dont le caract&#232;re caricatural est accentu&#233; par l'opposition entre &#171; p&#233;dagogues &#187; et &#171; r&#233;publicains &#187;, aucune autre position ne semble pouvoir se faire entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, de nombreux travaux montrent que la mise en &#339;uvre du paradigme p&#233;dagogique actuellement dominant contribue &#224; accentuer les in&#233;galit&#233;s au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves issus des cat&#233;gories sociales les moins dot&#233;es en capital culturel. Le mod&#232;le p&#233;dagogique dominant a recours tr&#232;s massivement &#224; une p&#233;dagogie invisible qui r&#233;sulte d'une volont&#233; de &#171; d&#233;scolariser &#187; l'&#233;cole. Sous pr&#233;texte de donner du sens aux apprentissages (ce qui est &#233;videmment indispensable) on met en place des &#171; projets &#187;, des activit&#233;s qui se veulent ludiques, qui sont en rupture avec la forme scolaire. On somme les enseignants de cesser de transmettre et de se percevoir plut&#244;t comme des &#171; animateurs &#187;, des &#171; m&#233;diateurs &#187; ou des &#171; facilitateurs &#187;. On pr&#233;conise le concret (puisqu'on part de l'id&#233;e que la plupart des &#233;l&#232;ves sont r&#233;tifs &#224; l'abstraction), etc. Et on pense qu'&#224; l'occasion de ces activit&#233;s qui permettent &#171; d'ouvrir l'&#233;cole sur la vie &#187;, les &#233;l&#232;ves vont r&#233;aliser, de fa&#231;on largement informelle et donc implicite, les apprentissages vis&#233;s par l'&#233;cole. En r&#233;alit&#233;, cette doxa de l'&#233;cole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la contribution d'&#201;. Bautier au r&#233;cent rapport du CNESCO : &#171; Pratiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; produit des malentendus dans les apprentissages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;. Bautier et P. Rayou (2009), Les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage. Programmes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : certains &#233;l&#232;ves per&#231;oivent les enjeux cognitifs des activit&#233;s propos&#233;es, d'autres pas du tout. &#201;videmment les principales victimes de ces malentendus sont les &#233;l&#232;ves dont la socialisation ne les conduit pas &#224; &#234;tre en connivence avec les attentes (largement implicites) de l'&#233;cole. Et c'est le cumul de ces malentendus, au fil du temps, qui produit (et qui creuse) les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, si on veut lutter contre les in&#233;galit&#233;s sociales d'apprentissage, il nous semble qu'il faut se battre sur deux fronts :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	contre les conservateurs qui veulent restreindre &#224; une minorit&#233; d'&#233;l&#232;ves l'acc&#232;s aux savoirs conceptuels ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	contre les &#171; modernisateurs &#187; qui, sous pr&#233;texte de d&#233;mocratisation, d'individualisation des apprentissages et d'innovations p&#233;dagogiques, contribuent involontairement &#224; creuser les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau paradigme p&#233;dagogique s'impose donc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une pr&#233;sentation synth&#233;tique et percutante, voir J.-P. Terrail (2016), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui est notamment d&#233;fendu par le &lt;i&gt;Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire&lt;/i&gt; (GRDS). Il suppose de se fixer comme objectif la r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves dans les apprentissages propos&#233;s dans une &#233;cole obligatoire, gratuite et la&#239;que&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le GRDS propose d'&#233;tendre la scolarit&#233; obligatoire de 3 ans jusqu'&#224; 18 ans. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc bien d'assurer &#224; tous les &#233;l&#232;ves la ma&#238;trise d'une culture commune relevant &#224; la fois des humanit&#233;s, des sciences de la nature, des sciences sociales, des technologies, des pratiques artistiques, de l'&#233;ducation physique. Pour atteindre cette r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves, il faut mettre en place des d&#233;marches p&#233;dagogiques qui reposent sur des p&#233;dagogies explicites (ce qui ne veut pas dire magistrales), sur un cadrage fort des activit&#233;s d'apprentissage, sur une classification forte des savoirs (qui distingue clairement les savoirs communs et les savoirs scolaires reposant sur des disciplines savantes de r&#233;f&#233;rence). Il faut donc se fixer des objectifs cognitifs ambitieux, seuls &#224; m&#234;mes de permettre aux &#233;l&#232;ves de go&#251;ter la &#171; saveur des savoirs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-P. Astolfi (2008), La saveur des savoirs. Disciplines et plaisir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut pour cela faire &#233;prouver par les &#233;l&#232;ves le caract&#232;re &#233;mancipateur des savoirs, de la rigueur, de l'exigence intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose que les militantes et militants progressistes cessent de s'identifier &#224; la doxa p&#233;dagogique en vigueur. Au mieux, ils se trompent de combat, au pire, ils servent sans s'en rendre compte les projets lib&#233;raux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les travaux de U. Palheta et notamment son livre &lt;i&gt;La domination scolaire. Sociologie de l'enseignement professionnel et de son public&lt;/i&gt;, PUF, 2012. Un rapport de l'inspection g&#233;n&#233;rale paru en juillet 2016 indique : &#171; Sept mois apr&#232;s l'obtention d'un dipl&#244;me sous statut scolaire, 57 % des titulaires d'un CAP et 46 % des bacheliers professionnels sont au ch&#244;mage (DEPP, 2014). Le ch&#244;mage recule mais persiste apr&#232;s plusieurs ann&#233;es. Selon l'enqu&#234;te du CEREQ G&#233;n&#233;ration 2010, r&#233;alis&#233;e en 2013, trois ans apr&#232;s l'obtention d'un CAP, un jeune sur trois est encore en recherche d'emploi. C'est &#233;galement le cas d'un bachelier professionnel sur cinq. L'entr&#233;e sur le march&#233; du travail se fait, de plus, souvent au prix d'une sortie du secteur d'activit&#233; pour lequel le jeune a &#233;t&#233; form&#233; ou de l'acceptation d'emplois sous-qualifi&#233;s &#187; Rapport 2016-041.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ce qu'affirment &#224; la fois A. Prost dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 20 f&#233;vrier 2013 et R. Establet sur le site Educpros.fr le 12 mars 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Fondation pour l'&#233;cole&lt;/i&gt;, par exemple, se propose de diversifier l'offre &#233;ducative par la cr&#233;ation d'&#233;coles priv&#233;es hors contrats libres de leurs m&#233;thodes p&#233;dagogiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette th&#232;se est notamment soutenue par O. Galland.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La note de lecture est sign&#233;e par J.-M. Zakhartchouk, un des responsables historiques des&lt;i&gt; Cahiers p&#233;dagogiques&lt;/i&gt;. Elle est suivie d'un entretien avec P. Cahuc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les disciplines scolaires, voir &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article209&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la contribution d'A. Beitone&lt;/a&gt; sur le site du Groupe de Recherche sur la D&#233;mocratisation Scolaire (GRDS).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On sait que l'approche par les comp&#233;tences est au c&#339;ur des pr&#233;conisations de l'OCDE et de la Commission europ&#233;enne en mati&#232;re de politique &#233;ducative. Voir sur ce point les analyses critiques de N. Hirtt et A. Del Rey.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Boltanski, E. Chiappelo, &lt;i&gt;Le nouvel esprit du capitalisme&lt;/i&gt;, Gallimard, 1999&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;cente r&#233;forme des coll&#232;ges, avec la mise en place des Enseignements pratiques interdisciplinaires, s'inscrit dans cette logique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la contribution d'&#201;. Bautier au r&#233;cent rapport du CNESCO : &#171; Pratiques scolaires dominantes et in&#233;galit&#233;s au sein de l'&#233;cole &#187;. Ce texte montre comment les pratiques scolaires dominantes qui r&#233;sultent des injonctions minist&#233;rielles et d'une pression des &#171; doxas de l'&#233;cole &#187; contribuent &#224; produire les in&#233;galit&#233;s sociales d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;. Bautier et P. Rayou (2009), Les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage. Programmes, pratiques et malentendus, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une pr&#233;sentation synth&#233;tique et percutante, voir J.-P. Terrail (2016), &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Coll. L'enjeu scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le GRDS propose d'&#233;tendre la scolarit&#233; obligatoire de 3 ans jusqu'&#224; 18 ans. Voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-P. Astolfi (2008), &lt;i&gt;La saveur des savoirs. Disciplines et plaisir d'apprendre&lt;/i&gt;, ESF.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le concert des disciplines </title>
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		<dc:date>2016-08-28T09:13:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard Schneuwly</dc:creator>



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&lt;p&gt;Une pr&#233;tention : par l'interdisciplinarit&#233; r&#233;soudre les probl&#232;mes que poseraient les disciplines &lt;br class='autobr' /&gt;
L'interdisciplinarit&#233; &#224; l'&#233;cole, gr&#226;ce &#224; nos voisins fran&#231;ais, occupe &#224; nouveau le devant de la sc&#232;ne : &#171; &#192; compter de la rentr&#233;e 2016, pour mieux s'approprier des savoirs abstraits, les &#233;l&#232;ves b&#233;n&#233;ficieront d'enseignements pratiques interdisciplinaires. Ils permettront aux &#233;l&#232;ves de comprendre le sens de leurs apprentissages en les croisant, en les contextualisant et en les utilisant pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH125/arton231-db89f.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='125' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une pr&#233;tention : par l'interdisciplinarit&#233; r&#233;soudre les probl&#232;mes que poseraient les disciplines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'interdisciplinarit&#233; &#224; l'&#233;cole, gr&#226;ce &#224; nos voisins fran&#231;ais, occupe &#224; nouveau le devant de la sc&#232;ne : &#171; &#192; compter de la rentr&#233;e 2016, pour mieux s'approprier des savoirs abstraits, les &#233;l&#232;ves b&#233;n&#233;ficieront d'enseignements pratiques interdisciplinaires. Ils permettront aux &#233;l&#232;ves de comprendre le sens de leurs apprentissages en les croisant, en les contextualisant et en les utilisant pour r&#233;aliser des projets collectifs concrets. [&#8230;] Il s'agit de d&#233;velopper la p&#233;dagogie de projet qui donne un sens concret, et donc peut-&#234;tre du sens tout court au savoir &#187; d&#233;cr&#232;te la ministre de l'&#233;ducation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pr&#233;tention est claire : les disciplines proposeraient des savoirs abstraits qui n'ont pas de sens pour les &#233;l&#232;ves et ne permettent pas de r&#233;aliser des projets. L'interdisciplinarit&#233; par contre donnerait du &#171; concret &#187;, voire &#171; peut-&#234;tre du sens tout court &#187; gr&#226;ce &#224; des projets pratiques croisant les disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectuons un petit pas en arri&#232;re. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970, afin notamment de mieux ajuster la recherche et la formation aux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, l'OCDE promeut l'interdisciplinarit&#233;. Dans ce contexte, elle p&#233;n&#232;tre alors aussi dans l'&#233;cole. L'UNESCO notamment en constitue un fer de lance. En 1986, D'Hainhaut r&#233;dige un substantiel rapport pour cette organisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'Hainaut, L. (1986). L'interdisciplinarit&#233; dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y &#233;num&#232;re les probl&#232;mes auxquels l'interdisciplinarit&#233; allait apporter des solutions et qui sont autant de &#171; raisons psychop&#233;dagogiques &#187; pour l'adopter afin de d&#233;passer les limites, apparemment importantes, de l'organisation de l'&#233;cole en disciplines (pp. 49ss) : l'approche disciplinaire sert surtout &#224; pr&#233;parer aux &#233;tudes sup&#233;rieures ; la d&#233;marche naturelle de l'enfant n'est pas, comme dans les disciplines, de cloisonner son activit&#233; ; la personne humaine tend &#224; une &#233;ducation coh&#233;rente et int&#233;gr&#233;e que ne permettent pas les disciplines ; l'&#233;tude des disciplines consid&#233;r&#233;es s&#233;par&#233;ment emp&#234;chent de mettre en &#339;uvre, dans la vie ou une autre discipline, ce que les &#233;l&#232;ves ont appris ; l'interdisciplinarit&#233; offre une voie &#233;conomique d'appropriation du savoir n&#233;cessaire vu l'explosion des savoirs ; beaucoup de sujets ou de domaines de connaissances pertinents ne sont pas inclus dans les disciplines. Malheureusement, continue D'Hainhaut, les enseignants affichent de la m&#233;fiance, de la r&#233;ticence et de l'hostilit&#233; vis-&#224;-vis d'une &#233;ducation interdisciplinaire, mais ils ne r&#233;futent gu&#232;re de mani&#232;re convaincante les arguments en faveur de l'interdisciplinarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur plusieurs points, le lecteur reconna&#238;tra une argumentation semblable &#224; celle adopt&#233;e par les pionniers de l'&#233;ducation nouvelle, par exemple par Decroly qui proposait de greffer les exercices scolaires (lecture, calcul, dessin, etc.) sur des &#171; centres d'int&#233;r&#234;t &#187; de l'enfant, comme &#171; se nourrir &#187;, &#171; se d&#233;fendre contre des ennemis &#187; ou &#171; remplir ses obligations sociales &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Decroly, O. (1908). Programme d'une &#233;cole dans la vie &#187;, L'&#201;cole nationale, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les ann&#233;es 30, Monseigneur Eug&#232;ne D&#233;vaud lui embo&#238;tait le pas dans le canton de Fribourg, proposant un programme autour de quatre centres d'&#233;tudes (le travail, la lutte contre la faim, la d&#233;fense contre les intemp&#233;ries, la sauvegarde du corps et de l'esprit)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;vaud, E. (1935). P&#233;dagogie du Cours Sup&#233;rieur. Fribourg : Librairie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sans toutefois abandonner les &#171; branches culturelles &#187; (g&#233;ographie, histoire, histoire naturelle, travaux manuels, dessin et bien s&#251;r langue maternelle) qui sont cependant subordonn&#233;es aux centre. Il a d&#251; constater l'&#233;chec de son plan. &#171; Les instituteurs n'&#233;taient pas pr&#233;par&#233;s &#224; l'ex&#233;cuter [le plan des centres d'&#233;tudes], ni m&#234;me capables de l'ex&#233;cuter dans son esprit et mon intention &#187; &#233;crit-il dans une lettre &#224; Ferri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Piller, A. (1956). Monseigneur Eug&#232;ne D&#233;vaud (1876-1942) et l'Ecole primaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les disciplines : d&#233;limiter les savoirs et savoir-faire &#224; apprendre et proposer des d&#233;marches pour les enseigner&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Visiblement, cibles d'attaques virulentes de la part des d&#233;fenseurs de l'interdisciplinarit&#233; et de ses avatars, les disciplines scolaires comme mode d'organisation fondamentale de l'&#233;cole r&#233;sistent, tenaces. De fait, elles sont l'&#339;uvre des enseignants eux-m&#234;mes. Les disciplines constituent l'outil qu'ils ont d&#233;velopp&#233; quand il s'est agi de garantir &#224; tous l'acc&#232;s &#224; l'instruction et de trouver des mani&#232;res efficaces pour r&#233;pondre aux finalit&#233;s multiples de l'&#233;cole : donner acc&#232;s &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; aux techniques culturelles fondamentales (lecture, &#233;criture, math&#233;matiques) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; des connaissances scientifiques (sciences naturelles et sciences sociales et humaines) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et &#224; des biens culturels fondamentaux de notre soci&#233;t&#233; (litt&#233;rature, arts visuels, musique, artisanat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but ultime : former des citoyens autonomes, dont les capacit&#233;s sont d&#233;velopp&#233;es dans de nombreux domaines, leur permettre d'&#234;tre aptes &#224; s'inscrire, se mouvoir et intervenir dans la vie politique, culturelle, professionnelle et priv&#233;e. Nous faisons ici abstraction de la fonction de distinction entre classes sociales et de s&#233;lection qu'assume aussi &#8211; qu'elle le veuille ou non &#8211; l'&#233;cole dans une soci&#233;t&#233; fortement in&#233;galitaire, avec des effets in&#233;luctables sur le choix et l'organisation des savoirs et des d&#233;marches d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les disciplines ont &#233;t&#233; fabriqu&#233;es comme l'un des instruments privil&#233;gi&#233;s pour r&#233;aliser cet immense d&#233;fi. Elles d&#233;limitent les domaines que les enseignants et les &#233;l&#232;ves aborderont et les savoirs et savoir-faire que les jeunes acquerront ; et elles d&#233;finissent des d&#233;marches qui permettent de le faire : mode de pr&#233;sentation des contenus, exercices pour se les approprier, outils pour &#233;valuer leur ma&#238;trise. Fruit d'un long travail pour rendre des contenus enseignables, elles repr&#233;sentent une structure souple &#224; l'int&#233;rieur de laquelle d'immenses transformations se sont op&#233;r&#233;es depuis bient&#244;t deux si&#232;cles : de nouveaux savoirs et de nouvelles m&#233;thodes sont sans cesse invent&#233;s et d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les disciplines constituent l'un des &#233;l&#233;ments constitutifs de ce que certains appellent &#171; la grammaire de la scolarisation &#187; (grammar of schooling), d'autres &#171; la forme scolaire &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tyack, D. &amp; Cuban, L. (1995). Why grammar of schooling persists. In (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourquoi ont-elles cette importance ? On peut mentionner au moins trois probl&#232;mes dont les disciplines facilitent la r&#233;solution et qu'une approche interdisciplinaire risquerait d'&#233;luder sinon d'aggraver.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques atouts des disciplines et les d&#233;rives possibles y correspondant de l'interdisciplinarit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1. Les disciplines et domaines disciplinaires&lt;/strong&gt; circonscrivent des savoirs et savoir-faire clairement d&#233;limit&#233;s, et proposent des d&#233;marches qui sont autant de rep&#232;res pour les &#233;l&#232;ves permettant de s'orienter, de savoir &#171; quel jeu se joue &#187;. De nombreux p&#233;dagogues, de Herbart &#224; Bernstein, ont mis en &#233;vidence la n&#233;cessit&#233; d'une telle mani&#232;re de faire qui rend visible ce qui est &#224; savoir, qui explicite ce qu'il faut faire, qui permet de conna&#238;tre ce sur quoi on sera &#233;valu&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le probl&#232;me d'une &#171; p&#233;dagogie invisible &#187; est bri&#232;vement pr&#233;sent&#233; in Pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dans ce contexte disciplinaire, pourrait-on m&#234;me affirmer, qu'on peut clairement d&#233;finir et distinguer les contenus qui sont l'objet de l'&#233;tude, qu'il s'agit de conna&#238;tre sous leurs diff&#233;rents aspects en les rencontrant dans des situations diff&#233;rentes et &#224; travers des exercices vari&#233;s, syst&#233;matiquement choisis. Certes, la pr&#233;sentation didactique est souvent loin d'avoir la clart&#233; et transparence n&#233;cessaires ni la syst&#233;maticit&#233; suffisante pour garantir l'acc&#232;s de tous aux savoirs et savoir-faire. Nombreuses sont les am&#233;liorations possibles pour y parvenir. Mais les disciplines sont n&#233;cessaires pour rendre visibles les objets &#224; conna&#238;tre et &#224; ma&#238;triser et pour disposer des m&#233;thodes pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des grands risques d'une approche dite &#171; interdisciplinaire &#187; r&#233;side dans le fait que les objets d'&#233;tude deviennent invisibles pour les &#233;l&#232;ves. Quel est finalement ce que nous devons apprendre et savoir, peuvent-ils s'interroger. Quel est l'enjeu du projet (un exemple d'&#171; enseignement de pratique interdisciplinaire &#187; donn&#233; par le minist&#232;re de l'&#233;ducation fran&#231;ais) consistant &#224; produire un magazine consacr&#233; &#224; la machine &#224; vapeur dans lequel les &#233;l&#232;ves doivent utiliser des connaissances, en histoire, sur la r&#233;volution industrielle, en physique, sur la pression &#224; gaz et, en math&#233;matiques, sur la comparaison entre la vitesse du cheval et celle du train &#224; vapeur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Amener les &#233;l&#232;ves dans des contr&#233;es inconnues&lt;/strong&gt; &#224; travers des d&#233;marches syst&#233;matiques d'&#233;tude. L'un des principaux leitmotivs invoqu&#233;s pour d&#233;fendre des approches dites &#171; interdisciplinaires &#187; se pr&#233;sente comme suit : &#171; D'un point de vue p&#233;dagogique, un enseignement compartiment&#233; en disciplines est en contradiction avec les d&#233;marches naturelles de l'&#233;l&#232;ve qui explore son milieu et, par l&#224;, est souvent moins motivant pour l'&#233;l&#232;ve s'il n'a pas r&#233;solu de s'engager dans la discipline qui fait l'objet du cours. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'Hainhaut, 1986, p. 15.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On retrouve ici deux &#233;l&#233;ments essentiels des critiques &#224; l'encontre des disciplines d&#233;j&#224; formul&#233;es au d&#233;but du 20e si&#232;cle, lorsque se d&#233;ploie l'&#233;ducation nouvelle : ce seraient les d&#233;marches naturelles qui permettraient le mieux d'apprendre, quels que soient le contexte social et le contenu abord&#233; ; l'&#233;l&#232;ve ne serait motiv&#233; que par l'exploration de son milieu imm&#233;diat, par ce qu'il conna&#238;t en quelque sorte d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les disciplines scolaires ont pr&#233;cis&#233;ment la fonction inverse : amener les &#233;l&#232;ves dans des contr&#233;es inconnues &#224; travers des d&#233;marches syst&#233;matiques d'&#233;tudes d'objets qui d&#233;passent le quotidien et qui sont hors de leur milieu habituel. Ceci se fait, comme l'a th&#233;oris&#233; Vygotski, par la cr&#233;ation d'une zone proximale de d&#233;veloppement : il s'agit de proposer &#224; l'&#233;l&#232;ve des outils, des concepts, des mani&#232;res de faire qu'il ne conna&#238;t pas, qui sont &#171; abstraits &#187; pour lui, qu'il ne rencontre pas dans sa vie quotidienne pour cr&#233;er une tension entre ce qu'il sait d&#233;j&#224; faire et ce qu'il devra savoir faire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vygotski a d&#233;velopp&#233; cette id&#233;e dans son texte &#233;crit en 1934 Le probl&#232;me de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci se concr&#233;tise &#224; travers une d&#233;marche bien construite. Les disciplines constituent pr&#233;cis&#233;ment des mani&#232;res d'organiser les savoirs et les savoir-faire progressivement et syst&#233;matiquement, permettant &#224; l'&#233;l&#232;ve d'apprendre des savoirs de plus en plus complexes, dans un processus &#224; la fois spiralaire et cumulatif. Prenons un exemple pour l'enseignement de l'&#233;criture. Dans une le&#231;on d&#233;di&#233;e &#224; l'enseignement de la r&#233;daction d'une note critique de lecture on observe que l'enseignant utilise une s&#233;rie de notions complexes &#8211; notes critiques de lecture, nouvelles, r&#233;sum&#233;s, arguments, argumenter &#8211;, chacune &#233;tant elle-m&#234;me bas&#233;e sur de nombreuses autres et sur des ensembles de pratiques et de techniques sans lesquelles elles ne peuvent pas fonctionner, de la simple possibilit&#233; de d&#233;coder et d'encoder, en passant par la capacit&#233; de r&#233;diger un petit texte jusqu'&#224; des techniques d'argumentation dans des situations diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'enseignement, il ne s'agit pas de donner des informations qu'on pourrait trouver sans autre sur internet, comme on le pr&#233;suppose souvent dans des projets interdisciplinaires ; il s'agit de construire concepts complexes et abstraits en lien avec d'autres, des savoir-faire qui en pr&#233;supposent d'autres. Les acqu&#233;rir implique un travail de longue haleine. Que ces concepts doivent ensuite &#234;tre mis en &#339;uvre aussi dans des contextes autres que celui de leur premi&#232;re acquisition, personne n'en doute ; mais cela peut se faire &#8211; et se fait d'ailleurs &#8211; &#224; l'int&#233;rieur de la discipline. L'interdisciplinarit&#233; n'a nullement le monopole du &#171; sens &#187;. Par contre, le travail interdisciplinaire rend pour le moins difficile, parfois impossible, le travail progressif, syst&#233;matique et approfondi de construction de concepts et de savoir-faire complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Eviter autant que possible les d&#233;rives id&#233;ologiques.&lt;/strong&gt; Traitons un dernier aspect, plus d&#233;licat. Un autre des arguments souvent invoqu&#233;s pour justifier l'introduction de l'interdisciplinarit&#233; &#224; l'&#233;cole et qui se voit particuli&#232;rement bien dans la promotion des &#171; &#233;ducations &#224; &#187; est d'affirmer qu'il s'agit de pr&#233;parer les jeunes aux exigences de la vie sociale. Dans un monde qui est per&#231;u comme mena&#231;ant, soumis &#224; des dangers plan&#233;taires, se construit un consensus pour donner &#224; l'&#233;cole une mission &#233;ducative, de fait d'&#233;ducation morale. Il ne s'agit plus seulement de savoirs ou de savoir-faire, mais de devoir agir, d'inculcation de valeurs. Est-ce le devoir de l'&#233;cole et des enseignants de d&#233;finir ce que les &#233;l&#232;ves doivent penser, ce qu'ils doivent faire, au-del&#224; bien s&#251;r des n&#233;cessit&#233;s li&#233;es &#224; l'apprentissage scolaire et la vie en classe ? &#171; L'&#233;ducation doit se borner &#224; l'instruction &#187; affirmait jadis sagement Condorcet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Condorcet (1791). Cinq m&#233;moires sur l'instruction publique. Paris : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, justifiant cette position notamment par deux arguments qui semblent toujours d'actualit&#233;. 1. &#171; Une &#233;ducation commune ne peut pas se graduer comme l'instruction. Il faut qu'elle soit compl&#232;te, sinon elle est nulle et m&#234;me nuisible. &#187; Or, la progression et la syst&#233;maticit&#233; sont des caract&#233;ristiques essentielles de l'enseignement, comme nous venons de le voir. 2. &#171; L'&#233;ducation [&#8230;] embrasse toutes les opinions politiques, morales ou religieuses. Or, la libert&#233; de ces opinions ne serait plus qu'illusoire, si la soci&#233;t&#233; s'emparait des g&#233;n&#233;rations naissantes pour leur dicter ce qu'elles doivent croire. &#187; (p. 35) Or, l'interdisciplinarit&#233;, notamment dans le contexte des &#171; &#233;ducations &#224; &#187; est toujours sur la pente glissante de transmettre des opinions, des id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De vrais probl&#232;mes pos&#233;s &#8211; pour y r&#233;pondre, renforcer les relations qui existent d&#233;j&#224; entre disciplines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au feu donc l'interdisciplinarit&#233; ? Certains probl&#232;mes auxquels elle est cens&#233;e apporter des r&#233;ponses constituent des points critiques du rapport entre disciplines et il convient de les aborder. J'en indiquerai quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.	On observe d'abord &lt;/strong&gt; que plusieurs disciplines scolaires se d&#233;veloppent &#224; partir d'un noyau commun par une sorte de sp&#233;cialisation. En Suisse romande, ces noyaux sont aujourd'hui rassembl&#233;s en domaines disciplinaires (langues, math&#233;matiques et sciences de la nature, sciences sociales et humaines, arts, corps et mouvement), m&#234;me si fran&#231;ais et les math&#233;matiques sont en g&#233;n&#233;ral d&#232;s le d&#233;but distinct des autres. Ce mouvement de diff&#233;renciation ou sp&#233;cialisation, qui peut aussi &#234;tre d&#233;nomm&#233; de &#171; disciplinarisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On observe facilement ce processus en comparant le Bulletin scolaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, montre qu'il y a des liens &#233;troits entre un certain nombre de disciplines qui sans doute facilitent la construction de rapports entre elles au cours de la scolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.	Toutes les disciplines&lt;/strong&gt; concourent &#224; ce que le PER appelle des &#171; capacit&#233;s transversales &#187;. Il s'agit l&#224; d'une partie du projet global de la formation de la personne : collaboration, communication, strat&#233;gies d'apprentissage, pens&#233;e cr&#233;atrice, d&#233;marche r&#233;flexive. Elles doivent &#234;tre en point de mire de l'enseignant quand il aborde les diff&#233;rentes disciplines, voire quand il les met en rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.	Certaines disciplines&lt;/strong&gt; ont intrins&#232;quement le r&#244;le d'outiller les &#233;l&#232;ves pour d'autres. Le fran&#231;ais joue &#224; cet &#233;gard un r&#244;le particuli&#232;rement important, la ma&#238;trise de la langue sous toutes ses formes (parler, &#233;couter, lire et &#233;crire) &#233;tant pr&#233;suppos&#233;e pour acqu&#233;rir des savoirs dans les autres. Encore faut-il que le travail en fran&#231;ais soit orient&#233; vers une instrumentation explicite pour de tels apprentissages. La notion de &#171; genre &#187; peut &#224; ce propos constituer un vecteur important, chaque discipline ayant des genres particuliers &#224; travers lesquels se transmettent et se construisent des savoirs : le r&#233;cit historique, la description g&#233;ographique, le rapport de science, l'interpr&#233;tation d'une &#339;uvre artistique, etc. On pourrait tenir un discours analogue pour les math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.	Finalement, des projets&lt;/strong&gt; auxquels participent des enseignants provenant de plusieurs disciplines ou, au primaire, incluant plusieurs disciplines, sont l&#233;gion dans les &#233;coles (voir &#224; ce propos la liste fournie dans la livraison de mai 2015 des Cahiers p&#233;dagogiques), notamment pour r&#233;pondre &#224; certaines exigences du PER li&#233;es &#224; la &#171; formation g&#233;n&#233;rale &#187; ou pour mettre &#171; en musique &#187; les cinq domaines disciplinaires, issus d'ailleurs en partie de domaines non diff&#233;renci&#233;s au d&#233;but de la scolarit&#233;. On peut alors, modestement, se contenter de pluridisciplinarit&#233;, &#224; savoir de traiter un m&#234;me probl&#232;me &#224; partir de plusieurs disicplines. Ceci a au moins trois avantages : &lt;br class='autobr' /&gt;
1. prendre conscience qu'il y a des points de vue disciplinaires qui permettent de voir le m&#234;me probl&#232;me autrement ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2. explorer une probl&#233;matique de mani&#232;re approfondie en mobilisant des savoirs divers ; &lt;br class='autobr' /&gt;
3 cr&#233;er des liens, l&#224; o&#249; c'est possible et a du sens, entre des disciplines et leurs concepts et outils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;alisme pragmatique aide &#224; aller de l'avant. A la place de faire de l'interdisciplinaire la panac&#233;e qui permettrait enfin de donner du sens aux apprentissages et de r&#233;soudre les nombreux probl&#232;mes qui se posent dans l'enseignement, il s'agit d'encourager modestement des projets qui fleurissent partout : &#233;laborer, comme le font tant d'enseignants, de petits projets &#224; l'int&#233;rieur des disciplines pour donner sens au savoir ; tenir compte des besoins des autres disciplines, par exemple dans l'enseignement du fran&#231;ais ; croiser deux disciplines comme par exemple l'histoire et la g&#233;ographie ; voire, parfois, en allant plus loin, r&#233;unir plusieurs disciplines, notamment pour assurer la &#171; formation g&#233;n&#233;rale &#187;, projet qui sera sans doute plut&#244;t pluri- qu'interdisciplinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'interdisciplinarit&#233; ? Certainement pas au sens plein du terme qui ne para&#238;t pas &#234;tre &#224; la port&#233;e de l'&#233;cole et des &#233;l&#232;ves. Par contre des carrefours, des lieux de croisement des disciplines pour aborder des questions vives &#224; partir de plusieurs points de vue : ce concert des disciplines &#8211; dans le sens aussi de concertation, d'accord &#8211; constitue un enrichissement ind&#233;niable de l'enseignement et de l'apprentissage scolaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/cid86831/college-mieux-apprendre-pour-mieux-reussir.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/cid86831/college-mieux-apprendre-pour-mieux-reussir.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'Hainaut, L. (1986).&lt;i&gt; L'interdisciplinarit&#233; dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;. Paris : UNESCO. (&lt;a href=&#034;http://www.unesco.org/education/pdf/31_14_f.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.unesco.org/education/pdf/31_14_f.pdf&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Decroly, O. (1908). Programme d'une &#233;cole dans la vie &#187;, L'&#201;cole nationale, 11, 323-325 ; 12, 360-362. (&lt;a href=&#034;http://www.ecoledecroly.be/docs_historiques.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ecoledecroly.be/docs_historiques.html&lt;/a&gt; )&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;vaud, E. (1935). &lt;i&gt;P&#233;dagogie du Cours Sup&#233;rieur&lt;/i&gt;. Fribourg : Librairie de l'Universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Piller, A. (1956).&lt;i&gt; Monseigneur Eug&#232;ne D&#233;vaud (1876-1942) et l'Ecole primaire fribourgeoise&lt;/i&gt;. Fribourg : Editions universitaires Fribourg, p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tyack, D. &amp; Cuban, L. (1995). &lt;i&gt;Why grammar of schooling persists. In Tinkering towards Utopia. A centuryof Public School Reform&lt;/i&gt;. Cambridge : Harvard University Press (&lt;a href=&#034;http://media.myunion.edu/faculty/williamsb/EDU504/Tyack%20and%20Cuban,%20Why%20the%20Grammar%20of%20Schooling%20Persists1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://media.myunion.edu/faculty/williamsb/EDU504/Tyack%20and%20Cuban,%20Why%20the%20Grammar%20of%20Schooling%20Persists1.pdf&lt;/a&gt; ) ; Th&#233;venaz-Christen, Th. (2008). Gros plan sur la forme scolaire. &lt;i&gt;Revue suisse des sciences de l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, 30, 207-228 (&lt;a href=&#034;http://rsse.elearninglab.org/wp-content/uploads/2012/12/SZBW_8.2_Editorial.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://rsse.elearninglab.org/wp-content/uploads/2012/12/SZBW_8.2_Editorial.pdf&lt;/a&gt; )&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le probl&#232;me d'une &#171; p&#233;dagogie invisible &#187; est bri&#232;vement pr&#233;sent&#233; in &lt;a href=&#034;http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/01/23122012_ConstrInegalites.aspx&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/01/23122012_ConstrInegalites.aspx&lt;/a&gt; Pour plus d'information : Frandji D. &amp; Vitale, Ph. (Eds.) (2008).&lt;i&gt; Actualit&#233; de Basil Bernstein. Savoir, p&#233;dagogie et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Rennes : PUR.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'Hainhaut, 1986, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vygotski a d&#233;velopp&#233; cette id&#233;e dans son texte &#233;crit en 1934 Le probl&#232;me de l'enseignement et du d&#233;veloppement mental &#224; l'&#226;ge scolaire ; on le trouve in Schneuwly, B. &amp; Bronckart, J. P. (Ed.). (1985) Vygotski aujourd'hui (pp. 95-117), Neuch&#226;tel et Paris : Delachaux et Niestl&#233;. Le concept de zone proximale de d&#233;veloppement en lien avec l'enseignement est approfondi et comment&#233; dans le chapitre 2 &#171; Contradiction et d&#233;veloppement &#187; in Schneuwly, B. (2008). Vygotski, l'&#233;cole et l'&#233;criture. Gen&#232;ve : Section des sciences de l'&#233;ducation (&lt;a href=&#034;http://www.unige.ch/fapse/publications-ssed/collections/cahiers/catalogue/118/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.unige.ch/fapse/publications-ssed/collections/cahiers/catalogue/118/&lt;/a&gt; )&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Condorcet (1791). &lt;i&gt;Cinq m&#233;moires sur l'instruction publique&lt;/i&gt;. Paris : Flammarion. &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/condorcet/cinq_memoires_instruction/cinq_memoires.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/condorcet/cinq_memoires_instruction/cinq_memoires.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On observe facilement ce processus en comparant le Bulletin scolaire fribourgeois de 3H qui pr&#233;voit des &#233;valuations pour 6 disciplines et domaines disciplinaires et celui de 11H qui en compte 14. &lt;a href=&#034;http://www.irdp.ch/documentation/bulletins_scolaires/bulletins_scolaires.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.irdp.ch/documentation/bulletins_scolaires/bulletins_scolaires.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une formation acad&#233;mique sur l'EMC. Par qui ?... Et pour quoi ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article227</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article227</guid>
		<dc:date>2016-06-05T08:29:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Dordoigne</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans le courant de l'ann&#233;e scolaire 2015-2016, &#034;1 000 enseignants et personnels&#034; se voient d&#233;sign&#233;s pour participer, pendant deux jours, &#224; un stage sur l'enseignement moral et civique (EMC). Le premier jour est consacr&#233; &#224; la la&#239;cit&#233; (sur laquelle portera l'essentiel de mon commentaire), la seconde session &#224; d'autres th&#232;mes du programme de baccalaur&#233;at professionnel. La formation th&#233;orique est dispens&#233;e, le matin, par une inspectrice ; l'apr&#232;s-midi, deux enseignants nous pr&#233;sentent des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH89/arton227-f4f05.png?1790689038' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='89' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le courant de l'ann&#233;e scolaire 2015-2016, &#034;1 000 enseignants et personnels&#034; se voient d&#233;sign&#233;s pour participer, pendant deux jours, &#224; un stage sur l'enseignement moral et civique (EMC). Le premier jour est consacr&#233; &#224; la la&#239;cit&#233; (sur laquelle portera l'essentiel de mon commentaire), la seconde session &#224; d'autres th&#232;mes du programme de baccalaur&#233;at professionnel. La formation th&#233;orique est dispens&#233;e, le matin, par une inspectrice ; l'apr&#232;s-midi, deux enseignants nous pr&#233;sentent des documents en vue de leur exploitation p&#233;dagogique. Les personnels s&#233;lectionn&#233;s ont &#224; charge d' &#034;accompagner leurs pairs&#034; dans chaque acad&#233;mie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marie Piquemal, &#034;La&#239;cit&#233;, &#8216;valeurs de la R&#233;publique', mixit&#233;&#8230; les solutions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#9679; L'introduction de l'EMC dans les programmes scolaires fait l'objet d'une publication au Bulletin officiel sp&#233;cial n&#176; 6 du 25 juin 2015&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Son objectif est de &#034;permettre aux &#233;l&#232;ves de bien comprendre le bien-fond&#233; des r&#232;gles r&#233;gissant les comportements individuels et collectifs (principe de discipline), de reconna&#238;tre le pluralisme des opinions, des convictions et des modes de vie (principe de coexistence des libert&#233;s), et de construire du lien social et politique (principe de la communaut&#233; des citoyens).&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'EMC se veut transdisciplinaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, &#034;Les Enjeux cach&#233;s de l'interdisciplinarit&#233; au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais fait l'objet d'un enseignement sp&#233;cifique de la part des enseignants d'histoire-g&#233;ographie. Deux th&#232;mes ou deux s&#233;ries de th&#232;mes sont trait&#233;s chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; Pratiquement personne ne conteste la mission &#233;ducative de l'&#233;cole. D'ailleurs, certains des th&#232;mes abord&#233;s l'&#233;taient d&#233;j&#224; dans le cadre de l'enseignement du pr&#233;c&#233;dent programme d' &#034;&#233;ducation civique juridique et sociale&#034; (ECJS). Reste qu'un certain nombre de questions se posent, notamment : la question des horaires, la question de l'articulation entre &#233;thique et politique, la question du r&#244;le de l'enseignant dans l'enseignement de l'EMC.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;14 heures pour l'EMC ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#9679; Avec des programmes de plus en plus lourds, les professeurs ont parfois sacrifi&#233;, tout ou partie de l'&#233;ducation civique pour &#034;venir &#224; bout&#034; des autres mati&#232;res que sont l'histoire et la g&#233;ographie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 2009 et 2015, l'examen d'&#233;ducation civique portait toujours sur le th&#232;me obligatoire de Bac Pro&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Mons, &#034;&#201;ducation civique &#224; l'&#233;cole : n&#233;glig&#233;e et insuffisante. Elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; sachant &#224; quoi s'en tenir, les enseignants n&#233;gligeaient les autres th&#232;mes qu'ils ne traitaient souvent m&#234;me pas. C'est donc pour rem&#233;dier &#224; cette situation que l''EMC n'&#233;lit plus de th&#232;me obligatoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui encore, les enseignants de lettres-histoire - quadrivalents - dispensent des cours en histoire, en g&#233;ographie, en histoire de l'art et en enseignement moral et civique. Et nombreux sont ceux qui ponctionnent sur les horaires de fran&#231;ais le nombre d'heures qui leur fait d&#233;faut pour &#034;boucler&#034; le programme d'histoire-g&#233;ographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; Les recommandations du minist&#232;re donne la r&#233;partition suivante :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_246 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L469xH164/image_25-aa120.png?1790689038' width='469' height='164' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coupage horaire donne un avantage certain &#224; l'EMC sur les autres disciplines, alors que les th&#232;mes sont deux fois plus nombreux en histoire et en g&#233;ographie et que l'EMC ne compte que pour 20 % des points &#224; l'&#233;preuve du bac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;compte math&#233;matique des th&#232;mes n'est d'ailleurs pas toujours pertinent car le poids quantitatif et qualitatif de ces th&#232;mes est in&#233;gal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains th&#232;mes sont &#034;encyclop&#233;diques&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est le terme utilis&#233; par la chercheuse Carine Vassy que j'ai contact&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme le second th&#232;me de l'ann&#233;e de Terminale qui aborde notamment des notions et des institutions aussi diverses que 1&#176; La bio&#233;thique. 2&#176; les OGM, 3&#176; les th&#233;rapies g&#233;niques..., 3&#176; Le r&#244;le du Haut Conseil des Biotechnologies, 4&#176; Les &#233;volutions de l'&#233;thique m&#233;dicale, 5&#176; La question du consentement du patient. 6&#176; Le r&#244;le du Comit&#233; consultatif national d'&#233;thique (CCNE), 7&#176; Le principe de pr&#233;caution. Mais un th&#232;me unique, comme celui de la la&#239;cit&#233; en classe de Terminale, p&#232;se d'un poids politique sup&#233;rieur au pr&#233;c&#233;dent &#233;tant donn&#233; l'attachement des politiques &#224; la &#034;nouvelle la&#239;cit&#233;&#034; de 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, certains aspects sont, pour l'instant et officieusement, mis de c&#244;t&#233; comme tous &#034;les sujets non stabilis&#233;s&#034;, notamment la fin de vie, la gestation pour autrui (GPA). La mise &#224; l'&#233;cart de ces sujets laisse d'ailleurs entrevoir la pr&#233;valence de l'approche l&#233;galiste des intervenants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'inspectrice nous remet un document de 11 pages intitul&#233; &#034;Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme si les questions pos&#233;es n'&#233;taient pas aussi importantes que les questions r&#233;solues. Comme si la prudence exigeait que l'examen du baccalaur&#233;at d&#251;t se limiter &#224; ce que la justice ou la loi ont d&#233;j&#224; tranch&#233; pour permettre au minist&#232;re de se retrancher derri&#232;re leurs boucliers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quid de l'intellectuel critique face &#224; l'intellectuel de gouvernement ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La seconde interrogation tient &#224; l'organisation du stage sous l'&#233;gide d'une inspectrice de l'&#201;ducation nationale, &#224; la fois pr&#233;sidente (arbitre) et &#034;auteure&#034; (productrice de deux synth&#232;ses sur les th&#232;mes de la la&#239;cit&#233; et la discrimination, sous l'angle juridique). Le statut &#8211; et non la personne de l'inspectrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Kantorowicz, Les Deux corps du roi. Essais sur la th&#233;ologie politique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; pose la question de l'autonomie du champ du savoir &#224; l'&#233;gard du politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;cret du 18 juillet 1990, les personnels d'inspection sont plac&#233;s sous la tutelle du recteur d'acad&#233;mie. &#034;Ce rapprochement g&#233;ographique de l'autorit&#233; hi&#233;rarchique a eu pour premi&#232;re cons&#233;quence une diminution de l'autonomie des inspecteurs&#034;. En contrepartie du &#034;prestige de sa fonction&#034;, l'inspecteur a &#034;un devoir de loyaut&#233;&#034; envers le pouvoir politique, y compris &#034;taire ses opinions (&#8230;) lorsqu'il a un d&#233;saccord sur le fond avec la politique minist&#233;rielle en cours&#034;. Dans ces conditions, on peut se demander s'il est judicieux qu'une formation sur la la&#239;cit&#233; soit dispens&#233;e par une personne tenue par sa loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard de son minist&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xavier Albanel, Le Travail d'&#233;valuation. L'inspection dans l'enseignement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; alors que le r&#244;le de l'intellectuel est pr&#233;cis&#233;ment de &#034;dire la v&#233;rit&#233; au pouvoir&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Noiriel, Les Fils maudits de la R&#233;publique. L'avenir des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, le th&#232;me de la la&#239;cit&#233;, dont l'inspectrice se charge de nous donner un aper&#231;u, est pr&#233;cis&#233;ment l'objet d'une controverse entre les partisans de la la&#239;cit&#233; de 1905 et les tenants de la la&#239;cit&#233; de 2003. C'est ce qu'il ressort, par exemple, de la passe d'armes r&#233;cente entre le Premier ministre, Manuel Valls, et Jean-Louis Bianco, le pr&#233;sident de l'Observatoire de la la&#239;cit&#233;, fin 2015 - d&#233;but 2016&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durant cette controverse, Jean-Louis Bianco, est accus&#233; de faire le jeu des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : le 18 janvier, au cours d'une conf&#233;rence-d&#233;bat des Amis du Conseil repr&#233;sentatif des institutions juives de France, &#224; Paris, Manuel Valls rappelle &#224; son directeur que &#034;l'Observatoire de la la&#239;cit&#233;, (&#8230;) [&#233;tait] plac&#233; sous [sa] responsabilit&#233; (&#8230;) alors que Jean-Louis Bianco pr&#233;tendait &#034;repr&#233;sente[r] une institution ind&#233;pendante, et souhaitait qu'il [fall&#251;t] s'habituer dans la R&#233;publique &#224; ce qu'il y ait des institutions ind&#233;pendantes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce statut d' &#034;intellectuel de gouvernement&#034;, incarn&#233; par les membres de l'inspection acad&#233;mique, s'av&#232;re incompatible avec la position soutenue par Jean Baub&#233;rot qui recommande un &#034;soutien critique&#034; &#224; l'EMC&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Baub&#233;rot, &#034;L'Enseignement moral et civique&#034;, M&#233;diapart, 31 ao&#251;t 2015.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : comme le regrette l'historien et fondateur de la sociologie de la la&#239;cit&#233;, &#034;des sujets qui f&#226;chent sont soigneusement &#233;vit&#233;s. Mais je n'attendais pas de miracle de commissions et comit&#233;s dont on connait bien les limites. Et rien n'emp&#234;che les profs d'aborder ce qui, dans l'explicitation donn&#233;e, reste des angles morts ; On peut m&#234;me parier que, en maints endroits, les &#233;l&#232;ves pousseront leurs enseignants &#224; aller plus loin que pr&#233;vu. Beau d&#233;fi. C'est pourquoi, il faut absolument pr&#233;voir des retours : que des interpellations et sur l'institution scolaire et sur la soci&#233;t&#233; globale puissent obtenir de la visibilit&#233; sociale.&#034; Il n'emp&#234;che, il sera bien difficile, pour l'enseignant, de pointer le fait que les r&#232;glements int&#233;rieurs vot&#233;s en conseil d'administration sont ill&#233;gaux sur plusieurs points&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les droits et obligations des lyc&#233;ens figurent dans le premier th&#232;me du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux la&#239;cit&#233;s compatibles entre elles ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certes, quelques gages d'ind&#233;pendance nous sont donn&#233;s &#224; deux reprises au moins pendant le d&#233;roulement de la deuxi&#232;me journ&#233;e consacr&#233;e &#224; l'&#233;tude des discriminations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi les documents qui nous sont distribu&#233;s, nous trouvons : 1&#176; un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais plusieurs impasses trahissent le l&#233;gitimisme de l'intervenante dans son expos&#233; sur la la&#239;cit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La Charte de la la&#239;cit&#233; &#224; l'&#201;cole (2013)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est jamais interrog&#233;e. Sa critique semble exclue du champ du pensable ou du dicible. Baub&#233;rot en a pourtant propos&#233; une lecture critique en 2013&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Baub&#233;rot, &#034;Charte de la la&#239;cit&#233; : vive l'&#233;cole la&#239;que&#034;, M&#233;diapart, 9 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Naturellement, nul n'en a fait &#233;tat durant la p&#233;riode de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) L'opposition entre les deux la&#239;cit&#233;s n'est pas explicit&#233;e. Certes, la la&#239;cit&#233; nous est montr&#233;e dans sa diversit&#233; &#224; travers un document qui en recense quinze d&#233;finitions sur deux pages, les textes permettant de confronter les points de vue de sociologues, de politiques, sans compter de courts extraits de manuels. Mais l'antagonisme entre la la&#239;cit&#233; de 1905 et la &#034;nouvelle la&#239;cit&#233;&#034; de 2003 est pass&#233; sous silence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la pr&#233;sentation qui nous en est donn&#233;e, comme sur le Portail des valeurs de la R&#233;publique dont voici un extrait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Portail ouvert le 21 mars 2016. . Les passages sont soulign&#233;s par nous.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le sch&#233;ma qui pr&#233;vaut est continuiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#034;En 2004, Fran&#231;ois Fillon attache son nom &#224; la plus r&#233;cente loi de la&#239;cit&#233; scolaire. [2] Cette fois-ci, le r&#233;glage concerne le port de signes religieux par les &#233;l&#232;ves, &lt;br class='autobr' /&gt;
[3] sp&#233;cialement le port de foulards dits islamiques [4] par des jeunes filles. [5] Le probl&#232;me est pos&#233; &#224; la R&#233;publique [6] depuis les ann&#233;es 1980. Il aura fallu deux d&#233;cennies pour accoucher d'une loi qui reprend la double dimension de la la&#239;cit&#233; que nous avons identifi&#233;e : [7] &#224; la traditionnelle neutralit&#233; est associ&#233;e [8] la 'lutte d&#233;termin&#233;e contre toutes les formes de discrimination' qui actualise [9] la dimension d'&#233;mancipation humaniste.&#034; Reprenons quelques-unes de ces affirmations, tout &#224; fait repr&#233;sentatives du discours qui nous est tenu pendant le stage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le texte utilise le d&#233;ictique temporel, &#034;cette fois-ci&#034; qui nous donne &#224; voir une succession de deux la&#239;cit&#233;s compatibles entre elles alors que tout les oppose ou presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Il mentionne le nom de Fran&#231;ois Fillon mais, comme ce fut le cas durant le stage, le changement de contexte politique n'est pas mentionn&#233; : nul ne pr&#233;cise que la loi lib&#233;rale de 1905 est promue par des hommes de gauche alors que la la&#239;cit&#233; r&#233;pressive de 2003 est vot&#233;e &#224; l'initiative de la droite &#224; laquelle se rallie une bonne partie de la gauche de gouvernement ; ni que la nouvelle la&#239;cit&#233;, centr&#233;e sur l'identit&#233; de la France, permet &#224; l'extr&#234;me-droite de se r&#233;approprier la la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intervenants sollicitent des auteurs qu'ils ne situent pas politiquement. Nous ne savons donc pas qui sont les contributeurs de &lt;i&gt;L'Ab&#233;c&#233;daire du Guide r&#233;publicain&lt;/i&gt; (2004) auxquels nous sommes renvoy&#233;s ni qui est le philosophe Abdennour Bidar&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abdennour Bidar : ce philosophe, membre de la revue Esprit, a r&#233;dig&#233; un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; dont les vid&#233;os nous sont recommand&#233;es. Foin donc de la d&#233;marche sociologique qui vise &#224; objectiver la position des agents dans l'espace social pour en expliquer les prises de position selon le triptyque bourdieusien bien connu : dispositions &#8594; positions &#8594; prises de position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] L'extrait n'&#233;voque pas le changement de sens donn&#233; &#224; &#034;la traditionnelle neutralit&#233;&#034; : alors que la la&#239;cit&#233; de 1905 imposait la neutralit&#233; aux personnels de l'&#201;tat, la loi de 2004 sur l'interdiction des signes religieux &#224; l'&#233;cole l'impose aux usagers. L'approche nominaliste (qui permet de nommer de la m&#234;me fa&#231;on deux choses diff&#233;rentes) voudrait nous faire croire que la neutralit&#233; de 2004 est dans le prolongement de la neutralit&#233; de 1905 alors qu'elle en exprime tout le contresens. Baub&#233;rot parle de &#034;la&#239;cit&#233; falsifi&#233;e&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Baub&#233;rot, La la&#239;cit&#233; falsifi&#233;e, La D&#233;couverte, 2012.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; propos de la nouvelle la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] L'un des participants au stage estime que &#034;la loi de 2004 est une r&#233;ponse au 'probl&#232;me' pos&#233; par le voile&#034;. L'inspectrice corrobore ce point de vue &#233;tonnant : &#034;on est face &#224; un v&#233;ritable probl&#232;me&#034; tout en admettant &#034;qu'on est dans un rapport de forces qui se construit&#034;, derni&#232;re phrase &#224; laquelle chacun peut souscrire. Mais, l'approche constructiviste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Berger, Thomas Luckmann, La Construction sociale de la r&#233;alit&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sit&#244;t &#233;voqu&#233;e, est sit&#244;t oubli&#233;e d&#232;s qu'il s'agit de plaider en faveur de la loi de de 2004 alors que les sciences sociales rejettent l'id&#233;e de &#034;probl&#232;mes&#034; allant de soi et mettent l'accent sur leur invention par les groupes sociaux. En t&#233;moignent les titres d'ouvrages comme ceux de Thomas Deltombe : &#034;L'Islam imaginaire&#034; et &#034;la construction m&#233;diatique de l'islamophobie en France&#034; ; de Marwan Mohammed et Abdellali : &#034;comment les &#233;lites fran&#231;aises fabriquent le probl&#232;me musulman&#034; ; d'Houda Asal, la &#034;fabrique&#034; du &#034;nouveau concept&#034; d'islamophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Ce &#034;probl&#232;me&#034; se serait pos&#233; depuis les ann&#233;es 1980. C'est pr&#233;cis&#233;ment de cette &#233;poque que date la mont&#233;e du Front national (sa victoire aux municipales de Dreux en 1983). C'est de cette &#233;poque que la gauche de gouvernement formule sa r&#233;ponse au (double) p&#233;ril de l'extr&#234;me-droite (et de l'immigration) : en 1984, le Premier ministre d'alors, Laurent Fabius, estime que &#034;le ph&#233;nom&#232;ne Le Pen proc&#232;de &#224; de 'vraies questions' auxquelles l'extr&#234;me droite apporte de fausses r&#233;ponses&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antenne 2, le 5 septembre 1984.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; partir de ce moment, l'immigration maghr&#233;bine devient un &#034;probl&#232;me&#034; pour tout le monde, &#224; droite comme &#034;&#224; gauche&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la droitisation de la gauche de gouvernement, on peut lire : Laurent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ce &#034;probl&#232;me&#034; concerne &#034;sp&#233;cialement le port de foulards dits islamiques&#034; ; nul ne nous pr&#233;cise que cette loi est dure avec la religion musulmane et douce avec la religion chr&#233;tienne qu'elle consid&#232;re comme un fondement de l'identit&#233; fran&#231;aise. Ce que Baub&#233;rot appelle une &#034;cathola&#239;cit&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Au contraire, le texte &#233;voque &#034;la 'lutte d&#233;termin&#233;e contre toutes les formes de discrimination' &#034;. Il ne s'alarme pas non plus d'une loi qui vise d'abord les [4] &#034;jeunes filles&#034; alors que les gar&#231;ons &#233;chappent &#224; son emprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Enfin, la loi de 2004 comporterait une &#034;dimension d'&#233;mancipation humaniste&#034; alors qu'elle pr&#244;ne le r&#233;tablissement de l'autorit&#233;. D'ailleurs, pour Fran&#231;ois Baroin, son promoteur, &#034;&#224; un certain point, la la&#239;cit&#233; et les droits de l'homme sont contradictoires&#034; (sic).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'EMC, une r&#233;ponse au &#034;choc des civilisations&#034; et &#224; la radicalisation des banlieues ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1) L'introduction de l'EMC dans les programmes scolaires co&#239;ncide avec les attentats islamistes contre Charlie Hebdo, du 7 janvier 2015 et ceux commis dans plusieurs quartiers parisiens, le 13 novembre de la m&#234;me ann&#233;e. Cette concordance a pu laisser &#224; penser que ce &#034;nouvel&#034; enseignement &#233;tait une r&#233;ponse &#224; ces attentats. Cette th&#232;se est d&#233;mentie par le minist&#232;re qui fait valoir que l'EMC est ant&#233;rieure et remonte &#224; la &#034;loi d'orientation et de de refondation de l'&#201;cole de la R&#233;publique&#034; du 9 juillet 2013&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Loi n&#176; 2013-595 du 8 juillet 2013. JORF n&#176;0157 du 9 juillet 2013.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, initi&#233;e par le ministre (PS) Vincent Peillon (2012-2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Pourtant, l'av&#232;nement de l'EMC doit &#234;tre replac&#233; dans son contexte historique plus large car il n'est pas sans lien avec l'islamophobie surgie du monde post-communiste et de l'apr&#232;s-Guerre froide : d&#232;s la R&#233;volution iranienne de 1979, mais surtout depuis 1990, et encore davantage depuis 2001, l'ennemi des d&#233;mocraties occidentales n'est plus le communiste sovi&#233;tique mais l'arabo-musulman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bertrand Badie, Nouveaux mondes. Carnets d'apr&#232;s Guerre froide, CNRS, 2012 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En maintenant la bipolarisation, mais en en changeant d'axe (l'affrontement m&#233;ridional Nord-Sud se substitue au conflit longitudinal Est-Ouest), les militaires redonnent un sens global aux &#233;v&#233;nements mondiaux, quitte &#224; fabriquer un ennemi artificiel, ce qui leur permet de conserver les budgets et les postes n&#233;cessaires &#224; leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle perception du monde, qui voit le jour aux &#201;tats-Unis avec la th&#232;se du choc des civilisations, soutenue par Samuel Huntington&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Samuel Huntington, &#034;The Clash of civilizations&#034;, Foreign Affairs, 1993. Pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, para&#238;t &#034;confirm&#233;e&#034; par les attentats terroristes du 11 septembre 2001&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Didier Bigo, Laurent Bonelli, Thomas Deltombe, Au nom du 11 septembre. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; en France, elle se manifeste notamment par le passage de la la&#239;cit&#233; historique (de 1905) &#224; la nouvelle la&#239;cit&#233; (de 2003), par l'organisation d'un &#034;d&#233;bat&#034; sur l'identit&#233; nationale initi&#233; par Nicolas Sarkozy en 2007&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Noiriel, &#192; quoi sert l'identit&#233; nationale ?, Agone, 2007.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme en 2001 aux &#201;tats-Unis, les attentats terroristes de 2015, en France, &#034;confirment&#034; la lecture culturaliste du monde et justifient les raidissements du monde politique &#224; l'&#233;gard du monde musulman comme le confirment : en Europe, la politique de fermeture des fronti&#232;res pratiqu&#233;e dans l'espace Schengen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des 26 pays qui appartiennent &#224; l'espace Schengen, 10 ont r&#233;tabli des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; en France, sous le mandat de Fran&#231;ois Hollande, l'instauration de l'&#233;tat d'urgence et ses multiples prolongations ainsi que la tentative avort&#233;e, en 2016, de l'inscription de la d&#233;ch&#233;ance de la nationalit&#233; dans la constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) L'EMC constitue une r&#233;ponse &#224; la radicalisation des jeunes de banlieue.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Depuis les attentats, la ministre de l'&#201;ducation le crie sur tous les toits : l'&#233;cole se mobilise pour les valeurs de la R&#233;publique&#034;&lt;i&gt;Article cit&#233; Lib&#233;ration, 22/01/2015.&lt;/i&gt; : lors son discours du 22 janvier 2015, la ministre de l'&#201;ducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, affiche sa d&#233;termination : &#034;L'&#201;cole est et sera en premi&#232;re ligne, avec fermet&#233;, discernement et p&#233;dagogie, pour r&#233;pondre au d&#233;fi r&#233;publicain, parce que c'est son identit&#233; et sa mission profonde. &#201;cole et R&#233;publique sont indissociables. Elles doivent le rester &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Vincent Geisser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Geisser, &#034;&#201;duquer &#224; la la&#239;cit&#233;, r&#233;&#233;duquer au &#8216;bon islam' ? Limites (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce discours &#034;entend renouer avec le mythe de 'l'&#233;cole sanctuaire', &#224; la fois pilier et vecteur de l'universalisme r&#233;publicain&#034;. Il entend r&#233;pondre au &#034;d&#233;veloppement du jihadisme radical dans les banlieues fran&#231;aises, (&#8230;) per&#231;u comme la cons&#233;quence directe d'une crise de valeurs, ou plut&#244;t d'une incapacit&#233; des institutions &#233;ducatives &#224; transmettre aux populations les plus vuln&#233;rables les vertus du mod&#232;le r&#233;publicain&#034;, voire des carences d' &#034;une partie du corps enseignant jug&#233;e trop laxiste face au radicalisme religieux&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, ce discours de la ministre s'accompagne d'un ensemble de mesures : la confirmation de l'instauration de l'EMC en remplacement de l'&#233;ducation civique, la r&#233;vision des programmes scolaires en vue de renforcer le contenu de l'enseignement la&#239;que du fait religieux, la mise &#224; disposition de ressources p&#233;dagogiques pour les enseignants, la pr&#233;paration d'un &#034;un livret op&#233;rationnel de pr&#233;vention et de lutte contre les ph&#233;nom&#232;nes de radicalisation&#034;, la mise en place d'un plan de formation continue &#224; la la&#239;cit&#233;, un soin sp&#233;cial accord&#233; &#224; l'&#233;ducation aux m&#233;dias pour &#034;apprendre aux &#233;l&#232;ves &#224; lire et &#224; d&#233;crypter l'information et l'image, &#224; aiguiser leur esprit critique et &#224; se forger une opinion, comp&#233;tences essentielles pour exercer une citoyennet&#233; &#233;clair&#233;e et responsable en d&#233;mocratie&#034; ; des sanctions renforc&#233;es &#224; l'&#233;gard des &#233;l&#232;ves et des professeurs qui contreviendraient aux principes et aux valeurs de la R&#233;publique : une attention port&#233;e aux candidats au concours d'enseignant, test&#233;s &#224; l'examen sur leur capacit&#233; &#034;&#224; expliquer et &#224; faire partager les valeurs de la R&#233;publique&#034;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Vincent Geisser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Geisser, article cit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#034;la r&#233;ponse institutionnelle au 'terrorisme djihadiste' se fonde sur l'id&#233;e re&#231;ue que sa p&#233;dagogie mortif&#232;re concurrencerait objectivement la p&#233;dagogie la&#239;que et r&#233;publicaine, avec un risque de contamination &#224; de larges secteurs de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, et plus particuli&#232;rement &#8211; m&#234;me si cela n'est jamais &#233;nonc&#233; explicitement &#8211; aux populations dites 'arabo-musulmanes', parce que cens&#233;es entretenir une plus grande proximit&#233; sociale et culturelle avec les terroristes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans entrer dans le d&#233;tail, on sait que cette lecture religieuse du jihadisme est loin d'&#234;tre admise par tous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une pr&#233;sentation rapide de l'&#233;ventail des positions explicatives du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Vincent Geisser, &#034;les chercheurs en sciences sociales convergent au moins sur un certain nombre de tendances lourdes qui permettent de d&#233;passer les interpr&#233;tations culturalistes et essentialistes du terrorisme djihadiste, en le reliant analytiquement aux autres manifestations de violences extr&#234;mes observ&#233;es en ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle : processus d'individualisation et/ou de privatisation de la violence (elle n'est plus le fait d'organisations de masse ou de groupes structur&#233;s mais d'individus isol&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Wieviorka, Soci&#233;t&#233;s et Terrorisme, Fayard, 1989. (Note de V. Geisser).&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, recours par les acteurs &#224; la mise en sc&#232;ne m&#233;diatique et &#224; la th&#233;&#226;tralisation des op&#233;rations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Megie, &#034;La &#8216;sc&#232;ne terroriste' : r&#233;flexions th&#233;oriques autour de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, porosit&#233; des fronti&#232;res entre terrorisme et banditisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle Sommier, &#034;Violence politique et violence criminelle : la porosit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;connexion totale entre la fin poursuivie et les moyens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xavier Crettiez, Isabelle Sommier, &#034;Les attentats du 11 septembre : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, attaques de plus en plus fr&#233;quente des symboles de la soci&#233;t&#233; civile (presse, intellectuels, artistes, etc.) et plus exclusivement de ceux l'&#201;tat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 63. (Note de V. Geisser).&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, etc., autant d'&#233;volutions significatives qui nous permettraient de sortir du d&#233;bat st&#233;rile sur la nature' religieuse' du terrorisme islamique et de contribuer sans doute &#224; mieux le cerner &#224; la fois de ses particularit&#233;s et ses similitudes avec les autres ph&#233;nom&#232;nes de violences radicales.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication exclusive du recours &#224; la violence politique par la dimension religieuse conduit &#224; plusieurs &#233;cueils dont le risque de stigmatisation des musulmans. Or, comme le souligne Olivier Roy, &#034;la grande proportion de convertis parmi les radicaux (22 % de volontaires qui rejoignent Daech, selon la police fran&#231;aise) montre bien que la radicalisation concerne une frange marginale de la jeunesse en g&#233;n&#233;rale et non le c&#339;ur de la population musulmane&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Roy, &#034;La Peur d'une communaut&#233; qui n'existe pas&#034;, Le Monde, 9 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel r&#244;le pour l'enseignant charg&#233; de l'EMC ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1)	L'EMC pr&#233;sente plusieurs caract&#233;ristiques : en principe transdisciplinaire, il est &#8211; comme nous l'avons d&#233;j&#224; signal&#233; &#8211; d&#233;volu aux enseignants de lettres-histoire. En second lieu, il faut noter qu'il a pour particularit&#233; de s'&#233;carter du principe de neutralit&#233; axiologique propre aux sciences. M&#234;me s'il ne doit pas s'&#233;noncer verticalement, de l'enseignant &#224; l'enseign&#233;, sa nature &#034;morale&#034; veut qu'il s'&#233;nonce sur le mode prescriptif et injonctif, qui vise moins &#224; faire dire qu'&#224; faire souscrire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Lacroix, &#034;Contrebande et contrefa&#231;ons&#034;, Critiques sociales, 8-9, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Souscrire mais &#224; quoi ? Aux valeurs de la R&#233;publique que sont l'&#233;galit&#233;, la libert&#233;, la fraternit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La devise est inscrite dans la D&#233;claration des droits de l'homme de 1789 et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la la&#239;cit&#233;. Mais &#224; quelle la&#239;cit&#233; ? Bien que le programme recommande, &#034;une &#233;tude de cas &#224; partir des conditions d'&#233;laboration de la loi de 2004 et des d&#233;bats au sein de la commission Stasi&#034;, il est &#224; craindre que la loi s'&#233;tudie pour elle-m&#234;me au lieu d'en &#233;tudier les d&#233;bats contradictoires dans une histoire mise en perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Des deux la&#239;cit&#233;s &#8211; de 1905 et de 2003 &#8211;, laquelle va-t-elle l'emporter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &#192; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233;, Serge Guimond et son &#233;quipe restent prudents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Armelle Nugier, Marl&#232;ne Oppin, Medhi Cohu, Rodolphe Kamkiejski, &#201;lodie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#034;D'un c&#244;t&#233;, ces attentats ont port&#233; le d&#233;bat public autour de l'endoctrinement des jeunes et semblent orienter le d&#233;bat des citoyens sur l'incompatibilit&#233; des valeurs de l'Islam avec celle des pays occidentaux dans la logique &#034;du choc des civilisations&#034; de Samuel Huntington. D'un autre c&#244;t&#233;, la marche r&#233;publicaine du 11 janvier, qui a rassembl&#233; 4 millions de personnes, tend &#224; v&#233;hiculer un message de tol&#233;rance envers l'islam et d'unification face &#224; la menace terroriste (&#034;nous sommes tous Charlie&#034;). Ce message, plus en phase avec la la&#239;cit&#233; historique dans la mesure o&#249; il s'agit de d&#233;fendre l'&#233;galit&#233; de toutes les religions, a pu impacter positivement les attitudes vis-&#224;-vis des minorit&#233;s maghr&#233;bines.&#034; Pour Serge Guimond, c'est la la&#239;cit&#233; de 1905 qui a permis de r&#233;sister aux attentats de 2015, non celle de 2003&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Guimond, &#034;La &#034;Nouvelle la&#239;cit&#233;&#034; est reli&#233;e &#224; plus d'intol&#233;rance&#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &#192; l'&#233;cole, l'affaire semble entendue &#224; cause du r&#244;le que joue l'institution dans la promotion de la &#034;nouvelle la&#239;cit&#233;&#034; et de la place incontournable prise par la Charte de la la&#239;cit&#233; &#224; l'&#201;cole&#034; (les &#233;l&#232;ves en entendent parler dans diff&#233;rents cours par diff&#233;rents professeurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'en convaincre, il suffit d'examiner quelques questions d'EMC propos&#233;es par des coll&#232;gues (d'une autre acad&#233;mie) en vue de l'examen du baccalaur&#233;at professionnel. Ces questions sont accompagn&#233;es de la totalit&#233; des quinze articles de la Charte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q. 1. Identifier et expliciter les valeurs et les principes de la charte de la la&#239;cit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Q. 2. En utilisant vos connaissances et le document, donner une d&#233;finition de la la&#239;cit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Q. 3. Pourquoi la la&#239;cit&#233; &#224; l'&#201;cole permet-elle de &#034;vivre ensemble&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il fallait ne retenir qu'une de ces questions, ce serait la derni&#232;re, d'ailleurs ambigu&#235; : est-ce l'enseignement de la la&#239;cit&#233; &#224; l'&#233;cole qui permet de &#034;vivre ensemble&#034; ? Est-ce la Charte de la la&#239;cit&#233; qui permet aux &#233;l&#232;ves de mieux &#034;vivre ensemble&#034; ? Malgr&#233; les recommandations audacieuses de Jean Baub&#233;rot quant au soutien critique qu'il convient d'apporter &#224; l'EMC, l'enseignant peut-il &#233;mettre des r&#233;serves sur la &#034;nouvelle la&#239;cit&#233;&#034; ? Si l'on retient la deuxi&#232;me hypoth&#232;se de lecture, peut-on imaginer qu'un &#233;l&#232;ve r&#233;ponde n&#233;gativement &#224; la question sans subir d'&#233;valuation n&#233;gative de la part de l'examinateur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la derni&#232;re question, les &#233;l&#232;ves r&#233;pondent souvent que l'&#201;cole et / ou la Charte permettent de vivre ensemble parce qu'elles cantonnent la religion &#224; l'espace priv&#233; et qu'elles interdisent l'expression religieuse, comprise comme un ferment de discorde entre eux. Ce genre de r&#233;ponse est r&#233;v&#233;lateur de plusieurs ph&#233;nom&#232;nes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Du point de vue des &#233;l&#232;ves, &lt;br class='autobr' /&gt;
i. la r&#233;ponse fonctionnaliste qu'ils formulent ne fait qu'anticiper la r&#233;ponse attendue par l'institution &#224; l'appel d'une question rh&#233;torique ; &lt;br class='autobr' /&gt;
ii. Ils tendent &#224; &#233;tendre la loi de 2004 (sur l'interdiction des signes religieux &#224; l'&#233;cole) &#224; tous les autres espaces publics.&lt;br class='autobr' /&gt;
iii. Ils &#233;tendent l'interdiction vestimentaire de la loi de 2004 &#224; tout autre mode d'expression en d&#233;pit de l'article 8 de la Charte qui stipule : &#034;La la&#239;cit&#233; permet l'exercice de la libert&#233; d'expression des &#233;l&#232;ves dans les limites du bon fonctionnement de l'&#201;cole comme du respect des valeurs r&#233;publicaines et du pluralisme des convictions.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
iv. Ils font pr&#233;valoir la nouvelle la&#239;cit&#233; sur la la&#239;cit&#233; historique. Ils m&#233;connaissent la D&#233;claration des Droits de l'homme et du citoyen de 1789 et de son article 10 selon lequel &#034;nul ne doit &#234;tre inqui&#233;t&#233; pour ses opinions, m&#234;me religieuses&#034;, rejoignant le point de vue pr&#233;cit&#233; de Fran&#231;ois Baroin pour qui : &#034;&#224; un certain point, la la&#239;cit&#233; et les droits de l'homme sont contradictoires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Du point de vue des enseignants, ce genre de questionnement les convertit de fait en &#034;entrepreneurs de morale&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Howard Becker, Outsiders. &#201;tudes de sociologie de la d&#233;viance , M&#233;taili&#233;, 1985.&#034; id=&#034;nh2-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vou&#233;s &#224; la promotion d'une norme &#8211; la nouvelle la&#239;cit&#233; &#8211; contre une autre &#8211; la la&#239;cit&#233; historique. Car, comment imaginer qu'un enseignant sanctionne favorablement l'&#233;l&#232;ve qui r&#233;pondrait que la loi de 2004 ne facilite pas le vivre ensemble ? Dans le cas d'esp&#232;ce, l'enseignant n'est-il pas condamn&#233; qu'&#224; &#034;surveiller et punir&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Naissance de la prison. Surveiller et punir, Gallimard, 1975.&#034; id=&#034;nh2-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La nouvelle la&#239;cit&#233; facilite-t-elle le &#034;vivre ensemble&#034; ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1) La loi de 2004 favorise l'exclusion en op&#233;rant plusieurs ruptures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Elle s'oppose &#224; la loi de s&#233;paration des &#201;glises et de l'&#201;tat du 9 d&#233;cembre 1905, la la&#239;cit&#233; historique n'imposant de neutralit&#233; religieuse qu'au personnel scolaire et non pas aux &#233;l&#232;ves ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Elle oppose les catholiques et les membres des autres confessions dont les signes d'appartenance religieuse font l'objet d'une appr&#233;ciation diff&#233;rente en raison de la prise en compte de la taille des symboles ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Elle oppose les &#233;coles publiques et les &#233;coles priv&#233;es qui sont exclues de son champ d'application. Elle a d'ailleurs favoris&#233; la cr&#233;ation d'&#233;tablissements confessionnels et contribu&#233; &#224; renforcer les effectifs des &#233;coles priv&#233;es au d&#233;triment des &#233;coles publiques. Les &#233;coles priv&#233;es sous contrat &#8211; reconnues par l'&#201;tat &#8211; accueillent de plus en plus d'&#233;l&#232;ves : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2 millions, soit 17 % des effectifs, r&#233;partis dans : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 8 500 &#233;coles catholiques, &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 282 &#233;coles juives (dont 148 sont en cours de contractualisation), &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 50 &#233;coles musulmanes (dont 20 en cours de cr&#233;ation) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; Elle oppose les lyc&#233;ens et les &#233;tudiants qui ne sont pas (encore) concern&#233;s par la nouvelle la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Pour Pierre Merle, &#034;la la&#239;cit&#233; est en quelque sorte n&#233;gative&#034; dans les &#233;tablissements publics. La nouvelle la&#239;cit&#233;. Elle substitue l'interdiction des identit&#233;s religieuses au principe constitutionnel du respect de toutes les croyances. Elle favorise moins le vivre-ensemble que les regroupements communautaires et l'entre-soi religieux dans les &#233;tablissements priv&#233;s qui ne sont pas soumis &#224; la d&#233;finition n&#233;gative de la la&#239;cit&#233; de la loi de mars 2004. Cette loi a apport&#233; une sorte d'avantage comparatif aux &#233;tablissements priv&#233;s qui b&#233;n&#233;ficient, contrairement aux &#233;tablissements publics, d'une la&#239;cit&#233; positive, ouverte &#224; l'expression 'ostensible' des identit&#233;s religieuses.&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Merle, &#034;Faut-il refonder la la&#239;cit&#233; scolaire ?&#034;, La Vie des id&#233;es, 17 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hanifa Ch&#233;rifi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inspectrice de l'&#233;ducation nationale, membre du HCI, elle est l'auteure, en 2005, d'un rapport qui juge positivement la loi sur l'interdiction des signes religieux &#224; l'&#233;cole. Ce rapport constate, en effet, &#034;une diminution des signes religieux recens&#233;s par l'&#201;ducation nationale. Il y en avait 3000 en1994 et 1465 en 2003-2004. Il y avait donc d&#233;j&#224; une diminution. Et en 2004-2005, son rapport en recense 639&#034;. Mais, pour Marwan Mohammed, c'est l'unique crit&#232;re pour qualifier de 'positive' cette loi. D'un point de vue sociologique, si l'on veut s'int&#233;resser aux effets de la loi, il faudrait davantage d'indicateurs. Par exemple, on ne conna&#238;t pas le nombre de filles qui ont d&#233;cid&#233; de ne plus aller &#224; l'&#233;cole, choisi l'autoformation, pr&#233;f&#233;r&#233; une &#233;cole musulmane ou catholique ou encore celles qui ont choisi de suivre un cursus par le Cned&#8230; On ne connait pas non plus l'impact social ou psycho-logique sur les trajectoires des filles concern&#233;es. (&#8230;) Autre question sans r&#233;ponse : la loi a-t-elle contribu&#233; &#224; enlever d&#233;finitivement ou &#224; maintenir le hijab ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marwan Mohammed, &#034;Interdiction du voile &#224; l'universit&#233; : 'L'id&#233;e, c'est que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;3) L'&#233;quipe de psychosociologues r&#233;unis autour de Serge Guimond&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Guimond et al., article cit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; estime que la &#034;nouvelle la&#239;cit&#233;&#034; de 2003 remet en question le mod&#232;le r&#233;publicain dans son r&#244;le de garant de l'acceptation, du respect et de l'int&#233;gration pour ses citoyens car &#034;elle est reli&#233;e &#224; plus d'intol&#233;rance et ne facilite pas le vivre ensemble.&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Guimond, article cit&#233; sauf le point num&#233;ro 3 qui se trouve en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour Serge Guimond :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; &#034;L'&#233;cole n'exerce pas d'influence directe sur la perception des &#233;l&#232;ves envers les immigr&#233;s, mais elle en a une sur l'adh&#233;sion &#224; telle ou telle la&#239;cit&#233; qui permet de pr&#233;dire les attitudes d'ouverture et de rejet des autres groupes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; &#034;Les liens entre les deux la&#239;cit&#233;s et ce que l'on appelle le vivre-ensemble sont diam&#233;tralement oppos&#233;s : les corr&#233;lations sont positives entre 'la la&#239;cit&#233; historique' et le fait d'&#234;tre ouvert &#224; la diversit&#233;. &#192; l'inverse, on voit des corr&#233;lations n&#233;gatives entre l'adh&#233;sion &#224; la 'nouvelle la&#239;cit&#233;' et l'acceptation de ces diff&#233;rences.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Il existe un lien marqu&#233; entre les pr&#233;jug&#233;s envers les minorit&#233;s maghr&#233;bines et de confession musulmane et la nouvelle la&#239;cit&#233;. La nouvelle la&#239;cit&#233; est &#034;un moyen de dissimulation de certains pr&#233;jug&#233;s envers les Maghr&#233;bins et les Musulmans de France&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; &#034;La la&#239;cit&#233; historique favorise la coh&#233;sion nationale et l'int&#233;gration tandis que la nouvelle la&#239;cit&#233; cr&#233;e des clivages&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; La la&#239;cit&#233; historique est reli&#233;e &#224; &#034;un plus grand bien &#234;tre psychologique (&#233;prouver des sentiments positifs)&#034;, ce qui n'est pas le cas de la nouvelle la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un manque de comp&#233;tence ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons d&#233;j&#224; signal&#233;, le fait que la formation soit dispens&#233;e par un membre de l'inspection acad&#233;mique nous para&#238;t probl&#233;matique. Pour la raison, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e, que le statut de ces agents de l'&#201;tat les place dans une situation d'alli&#233;s objectifs &#8211; de chiens de garde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Nizan, Les Chiens de garde, 1932 ; Serge Halimi, Les Nouveaux chiens de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; du pouvoir politique. Mais pour d'autres raisons encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Les membres de l'inspection n'ont, bien souvent, pas de &#034;titres &#224; parler&#034; qui les autoriserait &#224; s'exprimer sur les sujets qu'ils abordent alors que leur statut les y contraint. Comme l'a montr&#233; Bourdieu, le titre scolaire repr&#233;sente &#034;un v&#233;ritable titre de propri&#233;t&#233; symbolique qui donne droit &#224; des profits de reconnaissance&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, &#034;Espace social et pouvoir symbolique&#034;, 1986, in Choses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par l'effet de cons&#233;cration institutionnelle qui lui donne sa force illocutoire, le langage autoris&#233; a la certitude d'&#234;tre non seulement entendu mais reconnu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, &#034;Le Langage autoris&#233; : les conditions sociales de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Du fait de la position sociale du locuteur, selon qu'elle lui donne l'acc&#232;s ou non &#034;&#224; la langue de l'institution, &#224; la parole officielle, orthodoxe, l&#233;gitime&#034;, selon qu'elle lui donne l'acc&#232;s ou non aux outils de la mise en sc&#232;ne linguistique (la chaire, le micro, la d&#233;clinaison des titres, la mise &#224; distance spatiale), les paroles ne sont pas &#233;galement cr&#233;dibles et audibles. Par un effet d'allodoxia, la parole de l'inspectrice appara&#238;t pour ce qu'elle n'est pas car prendre la parole &#224; la place d'un intellectuel &#034;sp&#233;cifique&#034;, c'est commettre un &#034;effet d'oracle&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, &#034;La D&#233;l&#233;gation et le f&#233;tichisme politique&#034;, 1983, in Choses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par lequel l'intervenante usurpe une comp&#233;tence intellectuelle qu'elle ne poss&#232;de pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Plusieurs exemples (autre que ceux que nous cit&#233;s sur la la&#239;cit&#233;) peuvent illustrer les lacunes du dis-cours magistral qui nous est tenu pendant la moiti&#233; du temps pass&#233; en stage (l'autre moiti&#233; est consacr&#233;e &#224; l'examen de documents &#224; vocation p&#233;dagogique) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Sur les discriminations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme j'ai d&#233;j&#224; eu l'occasion de le signaler, la discrimination est seulement abord&#233;e sous l'angle juridique &#224; partir d'un document qui s'alimente &#224; une source unique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le site &#034;Discrimi-Non !&#034;, d&#233;j&#224; cit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certes, cette approche est-elle conforme au r&#233;f&#233;rentiel qui recommande l'analyse des &#034;textes juridiques fondamentaux de lutte contre les discriminations (particuli&#232;rement la loi du 1er juillet 1972)&#034;. Mais &#224; prendre en compte uniquement l'aspect juridique, purement descriptif de l'objet d'&#233;tude, on risque fort de passer &#224; c&#244;t&#233; des enjeux qui le traversent. Ainsi, la lecture d'un ouvrage sur le droit et la bio&#233;thique ne nous informe gu&#232;re sur les enjeux de la bio&#233;thique comme pourrait le faire un ouvrage de sociologie. &#192; l'exception du livre de St&#233;phanie Hennette Vauchez, (&lt;i&gt;Le Droit de la bio&#233;thique&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 2009), un ouvrage comme celui de Val&#233;rie Depadt-Sebag (&lt;i&gt;Droit et bio&#233;thique&lt;/i&gt;, Larcier, 2012) ne nous informe gu&#232;re sur les enjeux de la bio&#233;thique. Sur le sujet, les ouvrages sociologiques sont rares. On peut cependant citer le dossier pr&#233;sent&#233; sous la direction d'Eric Fassin, &lt;i&gt;La Bio&#233;thique en d&#233;bat : angles vifs et angles morts&lt;/i&gt;, 2012. &lt;a href=&#034;http://www.raison-publique.fr/article528.html/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.raison-publique.fr/article528.html/&lt;/a&gt;. Il en irait de m&#234;me d'un ouvrage juridique sur la la&#239;cit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'exception faite de l'ouvrage de St&#233;phanie Hennettte Vauchez et Vincent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Faire l'impasse sur les sciences sociales nuit &#224; une bonne compr&#233;hension des sujets trait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des formes de discrimination ne sont pas &#233;voqu&#233;es. Ainsi la glottophobie n'appara&#238;t-elle pas dans le &#034;glossaire&#034; de &#034;DiscriminNON !&#034; et les intervenants n'y font pas allusion alors que nous devrions y &#234;tre particuli&#232;rement sensibilis&#233;s en tant qu'enseignants de lettres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Blanchet, Discriminations : combattre la glottophobie, Textuel, 2016.&#034; id=&#034;nh2-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b)	Sur l'&#233;ducation aux m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un document sch&#233;matique nous est remis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur la distinction entre rumeur et information. Certes, l'inspectrice pr&#233;cise avec pr&#233;caution que les supports qu'elle propose ne sont pas exempts de critiques mais celui-ci ne fait l'objet d'aucune objections comme s'il &#233;tait digne de confiance. Il &#233;mane d'ailleurs du &#034;Centre de liaison de l'Enseignement et des Medias d'information&#034; (CLEMI), un organisme domicili&#233; au minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_247 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L304xH475/image_30_bis-d6163.png?1790689038' width='304' height='475' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Gunthert trouve ce document d'une &#034;simplification abusive&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponse d'Andr&#233; Gunthert du 10 avril 2016.&#034; id=&#034;nh2-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Jean-Bruno Renard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponse de Jean-Bruno Renard du 18 mai 2016.&#034; id=&#034;nh2-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#034;Beaucoup de recherches sur les rumeurs montrent que les m&#233;dias ont jou&#233; et jouent encore un r&#244;le important dans la diffusion de nouvelles fausses ou douteuses&#034;. Le document oppose en effet les journalistes aux auteurs de &#034;rumeurs&#034; en pr&#233;tendant que le journaliste ne produit pas de rumeurs parce l'information est&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; [1] &#034;v&#233;rifi&#233;e&#034;, &lt;br class='autobr' /&gt;
[2] transmise pas &#034;un journaliste&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
[3] qui r&#233;pond &#224; une &#034;charte &#233;thique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [2] La carte de presse sert &#034;un mythe fortement ancr&#233; dans l'esprit du public et m&#234;me des journalistes qu'il existe une structure fiable et garante de la qualit&#233; et de l'int&#233;grit&#233; des journalistes&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xavier Mol&#233;nat, &#034;Les Journalistes ont-ils une d&#233;ontologie ?&#034;, Sciences (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si le journaliste est un professionnel, cette qualification ne suffit pas &#224; le rendre infaillible car il est plac&#233; sous une double d&#233;pendance politique et &#233;conomique qui lui impose des contraintes, qui elles-m&#234;mes produisent des effets : la qu&#234;te de l'audience, la concurrence m&#233;diatique, l'exigence de rapidit&#233;, la mise sous le boisseau des &#034;journalistes embarqu&#233;s&#034; dans les conflits arm&#233;s (depuis la Seconde guerre du Golfe)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#232;s 1991, Marc Ferro parle d' &#034;information en uniforme&#034;, titre de son livre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la recherche du sensationnalisme, des croyances partag&#233;es conduisent &#224; l'absence de v&#233;rification de l'information, &#224; l'emballement m&#233;diatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrick Champagne, La Double d&#233;pendance. Sur le journalisme, Liber, 2016.&#034; id=&#034;nh2-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] En ce qui concerne, le respect d'une d&#233;ontologie journalistique, Xavier Mol&#233;nat montre que la profession journalistique se dote de codes &#034;qui n'ont de d&#233;ontologique que le nom. La sp&#233;cificit&#233; de la d&#233;ontologie, au sens strict, ne tient pas au fait de traduire en devoirs professionnels des 'valeurs morales &#224; vocation universelle' (probit&#233;, honneur, d&#233;sint&#233;ressement...), ce que l'on retrouve aussi dans l'&#233;thique professionnelle. Elle tient au mode de sanction des manquements constat&#233;s, qui est le fait d'&#171; instances reconnues au sein des groupements professionnels (...). 'La sanction de la r&#232;gle d&#233;ontologique est donc un acte de contrainte socialement organis&#233;, c'est-&#224;-dire d&#233;termin&#233; de fa&#231;on pr&#233;cise, et dirig&#233; envers le contrevenant selon une certaine proc&#233;dure, par une instance sp&#233;cialis&#233;e &#224; qui a &#233;t&#233; confi&#233; ce pouvoir'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dani&#232;le Siroux, &#034;D&#233;ontologie&#034;, in M. Canto-Sperber (dir.), Dictionnaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or ces instances n'existent pour ainsi dire jamais, en dehors de quelques professions lib&#233;rales, historiquement organis&#233;es autour d'un ordre (m&#233;decins et sp&#233;cialistes de la sant&#233;, avocats, architectes...) ayant un pouvoir de sanction pouvant aller jusqu'&#224; la radiation&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xavier Mol&#233;nat, art. cit.&#034; id=&#034;nh2-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les rumeurs d'origine journalistique sont nombreuses et leur recensement serait fastidieux : depuis le faux charnier de Timisoara, en 1989, jusqu'&#224; l'agression de Gennevilliers en avril 2016&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors que la presse estime qu'une jeune fille a &#233;t&#233; agress&#233;e &#224; cause de sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il suffit, pour s'en convaincre, de consulter chaque jour la rubrique &#034;vite-dit&#034; du site de Daniel Schneidermann, arr&#234;t sur images&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le site d'@si est payant mais cette rubrique est gratuite.&#034; id=&#034;nh2-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Compte tenu de la relative faiblesse des expos&#233;s th&#233;oriques, se pose la question du statut du destinataire de la formation : l'homologie structurale entre l'inspectrice et les enseignants de lyc&#233;es professionnels, sous l'angle de leur vocation &#224; tenir des discours g&#233;n&#233;raux, laisse &#224; penser que les enseignants professionnels ne peuvent pr&#233;tendre qu'&#224; des &#034;instructeurs&#034; g&#233;n&#233;raux et non pas des chercheurs sp&#233;cialis&#233;s. Aucune bibliographie ne nous est communiqu&#233;e sur les sujets abord&#233;s : ni sur les discriminations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Didier Fassin et &#201;ric Fassin (dir.), De la question sociale &#224; la question (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ni les m&#233;dias, sur les rumeurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une pr&#233;sentation concise de la notion de rumeur, on peut se reporter &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les th&#233;ories du complot : &lt;i&gt;Les Th&#233;ories du complot&lt;/i&gt;, Agone, 47, 2012 ; Les Th&#233;ories du complot aujourd'hui, &lt;i&gt;Diog&#232;ne&lt;/i&gt;, 249-250, 2015.]]. Comme si les personnels vis&#233;s n'avaient pas besoin &#034;d'aller plus loin&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle libert&#233; de ton et quels b&#233;n&#233;fices pour l'enseignant ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est une derni&#232;re raison qui rend inopportune la pr&#233;sence active d'un membre de l'inspection &#224; ces journ&#233;es de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'enseignant est confront&#233; &#224; une conf&#233;renci&#232;re qui est par ailleurs sa sup&#233;rieure hi&#233;rarchique. La nature asym&#233;trique des relations entre les participants peut tendre leurs &#233;changes, compte tenu de ce que nous savons des sentiments m&#233;lang&#233;s qu'inspire l'inspection : &#034;doute&#034;, &#034;crainte&#034;, &#034;sentiment d'infantilisation&#034;, &#034;relation &#339;dipienne&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xavier Albanel, opus cit., p. 113-146.&#034; id=&#034;nh2-66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, etc. La situation de stage reproduit partiellement cette situation de dominant &#224; domin&#233; qui n'est pas saine : durant l'entretien qui suit l'inspection &#8211; comme dans la situation du stage &#8211;, le dialogue &#8211; quand il s'instaure &#8211; n'est pas sans g&#233;n&#233;rer de l'autocensure dans l'auditoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) L'enseignant se retrouve dans la situation paradoxale de l'&#233;valu&#233;, devenu l'&#233;valuateur de l'&#233;valuatrice. L'inversion momentan&#233;e des r&#244;les, au moment du remplissage des grilles d'&#233;valuation, rel&#232;ve du faux-semblant : qui pourrait pr&#233;tendre juger n&#233;gativement, m&#234;me mod&#233;r&#233;ment, le contenu de la formation th&#233;orique prodigu&#233;e par l'inspectrice, la m&#234;me dont il redoute l'&#233;valuation ? Quelle peut bien &#234;tre sa libert&#233; de critique vis-&#224;-vis d'elle ? Le remplissage de cette grille demeure d'ailleurs formel, chacun d'entre nous se contentant de r&#233;pondre positivement aux items qui nous sont propos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Il resterait &#224; &#233;valuer la port&#233;e d'une telle formation. Sachant que ce stage est impos&#233;, il est &#224; craindre qu'il ne touche que les publics pr&#233;dispos&#233;s. Pour en avoir discut&#233; avec quelques coll&#232;gues lors de la deuxi&#232;me session, il appara&#238;t que la la&#239;cit&#233; n'&#233;tait pas bien assimil&#233;e dans sa diversit&#233; contradictoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marie Piquemal, &#034;La&#239;cit&#233;, &#8216;valeurs de la R&#233;publique', mixit&#233;&#8230; les solutions de Vallaud-Belkacem&#034;, Lib&#233;ration, 22 janvier 2015. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/2015/01/22/laicite-valeurs-de-la-republique-mixite-les-solutions-de-najat-vallaud-belkacem_1186223&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/societe/2015/01/22/laicite-valeurs-de-la-republique-mixite-les-solutions-de-najat-vallaud-belkacem_1186223&lt;/a&gt;. J'ai assist&#233; &#224; ce stage les 7 d&#233;cembre 2015 et 8 avril 2016 au lyc&#233;e polyvalent &#201;lisa Lemonnier, &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=90243&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=90243&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &#034;Les Enjeux cach&#233;s de l'interdisciplinarit&#233; au coll&#232;ge&#034;, 2015 &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Alain Beitone, &#034;Educations &#224;&#8230; Ya basta !&#034;, 2014 &lt;a href=&#034;http://skhole.fr/educations-a-ya-basta-par-alain-beitone&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://skhole.fr/educations-a-ya-basta-par-alain-beitone&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nathalie Mons, &#034;&#201;ducation civique &#224; l'&#233;cole : n&#233;glig&#233;e et insuffisante. Elle est pourtant primordiale&#034;, &lt;i&gt;L'Obs Le Plus&lt;/i&gt;, 16-01-2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1307178-education-civique-a-l-ecole-negligee-et-insuffisante-elle-est-pourtant-primordiale.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1307178-education-civique-a-l-ecole-negligee-et-insuffisante-elle-est-pourtant-primordiale.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est le terme utilis&#233; par la chercheuse Carine Vassy que j'ai contact&#233;e dans le courant de l'ann&#233;e 2015 &lt;a href=&#034;http://iris.ehess.fr/index.php?109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://iris.ehess.fr/index.php?109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'inspectrice nous remet un document de 11 pages intitul&#233; &#034;Les Discriminations et le droit&#034;, emprunt&#233; au site &#034;Discrimi-Non !&#034;, le portail de la lutte contre les discriminations de la r&#233;gion Rh&#244;nes-Alpes. &lt;a href=&#034;http://discrimi-non.org/category/2-La-discrimination-et-le-droit&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://discrimi-non.org/category/2-La-discrimination-et-le-droit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Kantorowicz, &lt;i&gt;Les Deux corps du roi. Essais sur la th&#233;ologie politique au Moyen &#194;ge&lt;/i&gt;, Gallimard, 1989, 1957.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Xavier Albanel, Le Travail d'&#233;valuation. L'inspection dans l'enseignement secondaire, &lt;i&gt;Octares&lt;/i&gt;, 2009, p. 7-13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Noiriel, &lt;i&gt;Les Fils maudits de la R&#233;publique. L'avenir des intellectuels en France&lt;/i&gt;, Fayard, 2005, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Durant cette controverse, Jean-Louis Bianco, est accus&#233; de faire le jeu des extr&#233;mismes apr&#232;s la publication d'un texte sign&#233;, entre autres, par une bonne partie des responsables politiques de l'islam de France, notamment une association &#034;proche&#034; des Fr&#232;res musulmans : le Premier ministre, Manuel Valls, s'en indigne devant les Amis du CRIF ; trois membres de l'Observatoire, favorables &#224; la nouvelle la&#239;cit&#233;, suspendent leur participation. Une p&#233;tition est lanc&#233;e pour demander la d&#233;mission de Bianco.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Baub&#233;rot, &#034;L'Enseignement moral et civique&#034;, &lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt;, 31 ao&#251;t 2015. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot/310815-enseignement-moral-et-civique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot/310815-enseignement-moral-et-civique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les droits et obligations des lyc&#233;ens figurent dans le premier th&#232;me du cours d'EMC de seconde, &#034;La Personne et l'&#233;tat de droit&#034;. Sur cet aspect, on peut lire : Pierre Merle, &lt;i&gt;L'&#201;l&#232;ve humili&#233;. L'&#233;cole, un espace de non-droit ?&lt;/i&gt;, PUF, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi les documents qui nous sont distribu&#233;s, nous trouvons : &lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176; un communiqu&#233; de la LDH du 19 mars 2014 qui &#233;voque la politique discriminatoire du gouvernement fran&#231;ais &#224; l'&#233;gard des Roms ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://ldh-toulon.net/les-Roms-bulgares-ou-roumains.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ldh-toulon.net/les-Roms-bulgares-ou-roumains.html&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#176; un diptyque sexiste utilis&#233; par le minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale pour le recrutement de ses personnels enseignants en 2011. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.lesinrocks.com/2011/06/17/actualite/education-nationale-parce-que-tu-ne-vaux-rien-1113850/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lesinrocks.com/2011/06/17/actualite/education-nationale-parce-que-tu-ne-vaux-rien-1113850/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://eduscol.education.fr/cid73652/charte-de-la-laicite-a-l-ecole.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://eduscol.education.fr/cid73652/charte-de-la-laicite-a-l-ecole.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Baub&#233;rot, &#034;Charte de la la&#239;cit&#233; : vive l'&#233;cole la&#239;que&#034;, &lt;i&gt;M&#233;diapar&lt;/i&gt;t, 9 sept. 2013.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jean-bauberot/blog/090913/charte-de-la-laicite-vive-l-ecole-laique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/jean-bauberot/blog/090913/charte-de-la-laicite-vive-l-ecole-laique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Portail ouvert le 21 mars 2016. &lt;a href=&#034;https://www.reseau-canope.fr/les-valeurs-de-la-republique/laicite.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.reseau-canope.fr/les-valeurs-de-la-republique/laicite.html&lt;/a&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les passages sont soulign&#233;s par nous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abdennour Bidar : ce philosophe, membre de la revue Esprit, a r&#233;dig&#233; un rapport intitul&#233; &lt;i&gt;Pour une p&#233;dagogie de la la&#239;cit&#233; &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;, La Documentation fran&#231;aise, 2012. &lt;a href=&#034;http://archives.hci.gouv.fr/IMG/pdf/Pedagogie_de_la_laicite-web.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://archives.hci.gouv.fr/IMG/pdf/Pedagogie_de_la_laicite-web.pdf&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans leur ouvrage sur l'islamophobie, (p. 117), Abdelllai Hajjat et Marwan Mohammed qualifient Bidar de &#034;repenti&#034;, une figure emprunt&#233;e &#224; Noam Chomsky et Edward Herman dans &lt;i&gt;La Fabrique du consentement. De la propagande m&#233;diatique en d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Agone, 2008. La notion correspond &#224; &#034;ces musulmans mod&#233;r&#233;s qui alimentent le sens commun sur l'islam&#034;. Vincent Geisser consacre aussi un passage aux &#034;musulmans islamophobes ?&#034; in, &lt;i&gt;La Nouvelle islamophobie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2003, pp. 95-112. Alain Gresh, &#034;Bidar, ces musulmans que nous aimons tant&#034;, Nouvelles d'orient, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, 25 mars 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2012-03-25-Bidar-ces-musulmans-que-nous-aimons-tant&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://blog.mondediplo.net/2012-03-25-Bidar-ces-musulmans-que-nous-aimons-tant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Baub&#233;rot, &lt;i&gt;La la&#239;cit&#233; falsifi&#233;e&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Berger, Thomas Luckmann, &lt;i&gt;La Construction sociale de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, M&#233;ridiens Klincksieck, 1986. R&#233;mi Lenoir, &#034;Objet sociologique et probl&#232;me social&#034;, in P. Champagne et al, &lt;i&gt;Initiation &#224; la pratique sociologique&lt;/i&gt;, Dunod, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antenne 2, le 5 septembre 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la droitisation de la gauche de gouvernement, on peut lire : Laurent Bonelli, &#034;Histoire d'un label politique&#034;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, novembre 2011. &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/BONELLI/46902&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/BONELLI/46902&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Loi n&#176; 2013-595 du 8 juillet 2013. JORF n&#176;0157 du 9 juillet 2013.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.legifrance.gouv.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.legifrance.gouv.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bertrand Badie, &lt;i&gt;Nouveaux mondes. Carnets d'apr&#232;s Guerre froide&lt;/i&gt;, CNRS, 2012 ; B. Badie, &lt;i&gt;Quand l'histoire commence&lt;/i&gt;, CNRS, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Samuel Huntington, &#034;The Clash of civilizations&#034;, Foreign Affairs, 1993. Pour la r&#233;futation de cette th&#233;orie, Rapha&#235;l Liogier, &lt;i&gt;La Guerre des civilisations n'aura pas lieu. Coexistence et violence au XXI&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt;, CNRS, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Didier Bigo, Laurent Bonelli, Thomas Deltombe, &lt;i&gt;Au nom du 11 septembre. Les d&#233;mocraties &#224; l'&#233;preuve de l'antiterrorisme&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Noiriel, &lt;i&gt;&#192; quoi sert l'identit&#233; nationale ?&lt;/i&gt;, Agone, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des 26 pays qui appartiennent &#224; l'espace Schengen, 10 ont r&#233;tabli des contr&#244;les aux fronti&#232;res entre l'automne 2015 et le printemps 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Geisser, &#034;&#201;duquer &#224; la la&#239;cit&#233;, r&#233;&#233;duquer au &#8216;bon islam' ? Limites des r&#233;ponses culturalistes et mis&#233;rabilistes au terrorisme&#034;, &lt;i&gt;Migrations Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, CIEMI, vol. 27, no 157,&#8206; 2015. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2015/02/16/eduquer-a-la-laicite-reeduquer-au-bon-islam/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2015/02/16/eduquer-a-la-laicite-reeduquer-au-bon-islam/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Geisser, article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une pr&#233;sentation rapide de l'&#233;ventail des positions explicatives du jihadisme, on peut lire l'article de Cecile Dumas, &#034;Olivier Roy et Gilles Kepel, querelle fran&#231;aise sur le jihadisme&#034;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 14 avril 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Wieviorka, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s et Terrorisme&lt;/i&gt;, Fayard, 1989. (Note de V. Geisser).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Megie, &#034;La &#8216;sc&#232;ne terroriste' : r&#233;flexions th&#233;oriques autour de &#8216;l'ancien' et du &#8216;nouveau' terrorisme &#034;, &lt;i&gt;Canadian Journal of Political Science/Revue canadienne de science politique&lt;/i&gt;, Cambridge University Press (CUP), 2010, vol 43 (04), p.983-1003. (Note de V. Geisser).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle Sommier, &#034;Violence politique et violence criminelle : la porosit&#233; des fronti&#232;res&#034;, in Xavier Crettiez (dir.), &lt;i&gt;Le silence des armes ? L'Europe &#224; l'&#233;preuve des s&#233;paratismes violents&lt;/i&gt;, La Documentation fran&#231;aise, 1999, p. 33-50. (Note de V. Geisser).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Xavier Crettiez, Isabelle Sommier, &#034;Les attentats du 11 septembre : continuit&#233; et rupture des logiques du terrorisme&#034;, &lt;i&gt;Annuaire fran&#231;ais des relations internationales&lt;/i&gt;, 2002, op.cit., p. 67. (Note de V. Geisser).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 63. (Note de V. Geisser).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Roy, &#034;La Peur d'une communaut&#233; qui n'existe pas&#034;, Le Monde, 9 novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Lacroix, &#034;Contrebande et contrefa&#231;ons&#034;, &lt;i&gt;Critiques sociales&lt;/i&gt;, 8-9, 1996, p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La devise est inscrite dans la D&#233;claration des droits de l'homme de 1789 et au fronton des b&#226;timents publics depuis le 14 juillet 1880.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Armelle Nugier, Marl&#232;ne Oppin, Medhi Cohu, Rodolphe Kamkiejski, &#201;lodie Roebroeck, Serge Guimond, &#034; 'Nouvelle La&#239;cit&#233;' en France et Pression normative envers les minorit&#233;s musulmanes&#034;, &lt;i&gt;International Review of social psychology&lt;/i&gt;, 29, 1, 2016. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.rips-irsp.com/articles/10.5334/irsp.11/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.rips-irsp.com/articles/10.5334/irsp.11/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Guimond, &#034;La &#034;Nouvelle la&#239;cit&#233;&#034; est reli&#233;e &#224; plus d'intol&#233;rance&#034;, &lt;i&gt;La&#239;cit&#233; &amp; Religions&lt;/i&gt;, 8, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Howard Becker, &lt;i&gt;Outsiders. &#201;tudes de sociologie de la d&#233;viance &lt;/i&gt;, M&#233;taili&#233;, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Naissance de la prison. Surveiller et punir&lt;/i&gt;, Gallimard, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Merle, &#034;Faut-il refonder la la&#239;cit&#233; scolaire ?&#034;, &lt;i&gt;La Vie des id&#233;es&lt;/i&gt;, 17 f&#233;vrier 2015. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.laviedesidees.fr/Faut-il-refonder-la-laicite-scolaire.html/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.laviedesidees.fr/Faut-il-refonder-la-laicite-scolaire.html/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marwan Mohammed, &#034;Interdiction du voile &#224; l'universit&#233; : 'L'id&#233;e, c'est que les musulmans posent probl&#232;me peu importe o&#249; ils se trouvent' &#8221;, &lt;i&gt;Les Inrocks&lt;/i&gt;, 8 juillet 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Guimond et al., article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Guimond, article cit&#233; sauf le point num&#233;ro 3 qui se trouve en conclusion de l'article collectif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Nizan, &lt;i&gt;Les Chiens de garde&lt;/i&gt;, 1932 ; Serge Halimi, &lt;i&gt;Les Nouveaux chiens de garde&lt;/i&gt;, Liber, 1997 ; William Blanc, Aurore Ch&#233;ry, Christophe Naudin, &lt;i&gt;Les Historiens de garde. De Lorant Deutsch &#224; Patrick Buisson, la r&#233;surgence du roman national&lt;/i&gt;, Inculte, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &#034;Espace social et pouvoir symbolique&#034;, 1986, in &lt;i&gt;Choses dites&lt;/i&gt;, Minuit, 1987, p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &#034;Le Langage autoris&#233; : les conditions sociales de l'efficacit&#233; du discours rituel, in &lt;i&gt;Ce que parler veut dire&lt;/i&gt;, Fayard, 1982, pp. 107 et 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &#034;La D&#233;l&#233;gation et le f&#233;tichisme politique&#034;, 1983, in &lt;i&gt;Choses dites&lt;/i&gt;, Minuit, 1987, pp. 193-194.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le site &#034;Discrimi-Non !&#034;, d&#233;j&#224; cit&#233;. &lt;a href=&#034;http://discrimi-non.org/category/2-La-discrimination-et-le-droit&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://discrimi-non.org/category/2-La-discrimination-et-le-droit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'exception faite de l'ouvrage de St&#233;phanie Hennettte Vauchez et Vincent Valentin, &lt;i&gt;L'Affaire Baby Loup ou la nouvelle la&#239;cit&#233;&lt;/i&gt;, LGDJ, 2014 dont le titre annonce d'ailleurs qu'il aborde un certain r&#233;gime de la la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Blanchet, &lt;i&gt;Discriminations : combattre la glottophobie&lt;/i&gt;, Textuel, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://mediascolaire.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://mediascolaire.wordpress.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;ponse d'Andr&#233; Gunthert du 10 avril 2016. &lt;a href=&#034;http://imagesociale.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://imagesociale.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;ponse de Jean-Bruno Renard du 18 mai 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Xavier Mol&#233;nat, &#034;Les Journalistes ont-ils une d&#233;ontologie ?&#034;, &lt;i&gt;Sciences humaines&lt;/i&gt;, 1er mars 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#232;s 1991, Marc Ferro parle d' &#034;information en uniforme&#034;, titre de son livre paru chez Ramsay en 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrick Champagne, &lt;i&gt;La Double d&#233;pendance. Sur le journalisme&lt;/i&gt;, Liber, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dani&#232;le Siroux, &#034;D&#233;ontologie&#034;, in M. Canto-Sperber (dir.), &lt;i&gt;Dictionnaire d'&#233;thique et de philosophie morale&lt;/i&gt;, PUF, 2001. Note de Mol&#233;nat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Xavier Mol&#233;nat, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alors que la presse estime qu'une jeune fille a &#233;t&#233; agress&#233;e &#224; cause de sa jupe courte, le tribunal correctionnel de Nanterre conclut dans un sens diff&#233;rent. On peut &#233;galement lire Christine Bard, &lt;i&gt;Ce que soul&#232;ve la jupe&#034;, Autrement, 2010.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/affaire-de-la-jupe-a-gennevilliers-descends-et-on-va-se-regler-18-05-2016-5805659.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/affaire-de-la-jupe-a-gennevilliers-descends-et-on-va-se-regler-18-05-2016-5805659.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le site d'@si est payant mais cette rubrique est gratuite. &lt;a href=&#034;http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Didier Fassin et &#201;ric Fassin (dir.), De la question sociale &#224; la question raciale, La D&#233;couverte, 2006 ; Olivier Masclet, &lt;i&gt;Sociologie de la diversit&#233; et des discriminations&lt;/i&gt;, Armand Colin, 128, 2012 ; Christophe Darg&#232;re, St&#233;phane H&#233;as (dir.), &lt;i&gt;La chute des masques&lt;/i&gt;, PUGrenoble, coll. &#034;Handicap Vieillissement Soci&#233;t&#233;&#034;, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une pr&#233;sentation concise de la notion de rumeur, on peut se reporter &#224; Pierre Lagrange, &#034;Les Rumeurs&#034;, &lt;i&gt;Culture visuelle&lt;/i&gt;, 2011. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://culturevisuelle.org/pulpsciences/archives/36&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://culturevisuelle.org/pulpsciences/archives/36&lt;/a&gt;. On peut lire aussi : Jean-Bruno Renard, &lt;i&gt;Rumeurs et l&#233;gendes urbaines&lt;/i&gt;, PUF, &#034;Que sais-je ?&#034;, 1999 ; Pascal Froissart, &lt;i&gt;La Rumeur. Histoire et fantasmes&lt;/i&gt;, Belin, 2010 &lt;a href=&#034;http://pascalfroissart.online.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://pascalfroissart.online.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Xavier Albanel, opus cit., p. 113-146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les enseignements pratiques interdisciplinaires au coll&#232;ge</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article224</link>
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		<dc:date>2016-03-27T08:55:27Z</dc:date>
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		<dc:creator>Paul Devin</dc:creator>



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&lt;p&gt;[Apr&#232;s une premi&#232;re &#233;tude sur un sujet actuellement fort d&#233;battu car il est au coeur de la r&#233;forme du coll&#232;ge (Les enjeux cach&#233;s de l'interdisciplinarit&#233; au coll&#232;ge), il nous a paru int&#233;ressant d'y revenir en publiant cette analyse de Paul Devin, inspecteur de l'&#201;ducation nationale, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du SNPI-FSU] &lt;br class='autobr' /&gt;
Le minist&#232;re argumente la r&#233;forme 2016 des coll&#232;ges comme une r&#233;forme p&#233;dagogique : &#171; mieux apprendre pour mieux r&#233;ussir &#187;. Un des vecteurs suppos&#233;s d'une meilleure r&#233;ussite des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH102/arton224-64b04.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[Apr&#232;s une premi&#232;re &#233;tude sur un sujet actuellement fort d&#233;battu car il est au coeur de la r&#233;forme du coll&#232;ge (&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les enjeux cach&#233;s de l'interdisciplinarit&#233; au coll&#232;ge&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;), il nous a paru int&#233;ressant d'y revenir en publiant cette analyse de Paul Devin, inspecteur de l'&#201;ducation nationale, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du SNPI-FSU]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le minist&#232;re argumente la r&#233;forme 2016 des coll&#232;ges comme une r&#233;forme p&#233;dagogique : &#171; mieux apprendre pour mieux r&#233;ussir &#187;. Un des vecteurs suppos&#233;s d'une meilleure r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves reposerait sur l'organisation d'enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) dont l'arr&#234;t&#233; du 19 mai 2015 fixe les finalit&#233;s : &#171; construire et approfondir des connaissances et des comp&#233;tences par une d&#233;marche de projet conduisant &#224; une r&#233;alisation concr&#232;te, individuelle ou collective &#187;. Les &#233;l&#232;ves devront y consacrer leur temps scolaire jusqu'&#224; trois heures par semaine &#224; partir de la rentr&#233;e prochaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un refus de l'interdisciplinaire ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que d'aucuns voudraient faire croire, notre opposition &#224; la r&#233;forme du coll&#232;ge 2016 ne s'ancre pas dans un refus de l'interdisciplinaire. Les positions de la FSU sont tr&#232;s claires : &#171; La construction d'une culture commune n&#233;cessite de penser des relations coh&#233;rentes entre les savoirs pour comprendre un monde de plus en plus complexe et pouvoir y agir comme citoyen libre et responsable. Cette coh&#233;rence se construit au sein de chaque enseignement et dans des coop&#233;rations entre disciplines, en s'appuyant sur des programmes qui le permettent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdisciplinarit&#233; est donc, pour la FSU, la condition d'une coh&#233;rence des savoirs au sein d'une culture commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, si l'interdisciplinarit&#233; constitue une n&#233;cessit&#233; pour construire des relations coh&#233;rentes entre les savoirs, elle reste une d&#233;marche complexe qui ne peut se confondre avec la simple juxtaposition th&#233;matique d'enseignements disciplinaires que propose la r&#233;forme du coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple fourni par le minist&#232;re : la machine &#224; vapeur permettant de relier les enseignements d'histoire sur la r&#233;volution industrielle et les enseignements de physique sur la pression des gaz. Mais les savoirs sur la pression des gaz permettent-ils de mieux comprendre la r&#233;volution industrielle ? Au contraire ne conduiront-ils pas &#224; construire une repr&#233;sentation trop strictement li&#233;e &#224; l'&#233;volution des techniques quand le professeur d'histoire aurait montr&#233; la complexit&#233; de la notion en mettant en &#233;vidence des facteurs techniques, d&#233;mographiques, &#233;conomiques, sociaux&#8230; Quant au recours aux math&#233;matiques qui vise &#224; comparer la vitesse du cheval et celle de la locomotive &#224; vapeur (sic !), on voit jusqu'o&#249; peut aller l'artificialit&#233; de la mise en relation entre les disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; on annonce un travail interdisciplinaire, on pr&#233;voit en fait un travail th&#233;matique, bas&#233; sur des liaisons superficielles qui ne garantissent en rien une r&#233;elle mise en relation des savoirs disciplinaires. On pourrait multiplier les exemples, limitons-nous &#224; celui qui, dans l'objectif de d&#233;couvrir le m&#233;tier de l'urbaniste, propose &#224; l'enseignant de math&#233;matiques de &#171; s'appuyer sur l'urbanisme pour aborder les aires et p&#233;rim&#232;tres &#187;. Nous sommes loin de la construction du sens, loin d'une situation o&#249; la rencontre d'un probl&#232;me n&#233;cessiterait de solliciter des savoirs issus de plusieurs champs disciplinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des enseignements pratiques ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien regarder les finalit&#233;s donn&#233;es aux EPI par l'arr&#234;t&#233; de mai 2015, ce n'est pas tant leur finalit&#233; interdisciplinaire qui est mise en avant que leur finalit&#233; pratique. Il s'agit de parvenir &#224; une &#171; r&#233;alisation concr&#232;te &#187; : maquette, journal, vid&#233;o&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est donc pas tant la coh&#233;rence des savoirs qui guide l'intention des EPI que la volont&#233; de red&#233;finir la nature m&#234;me des savoirs pour privil&#233;gier la capacit&#233; &#224; produire des objets concrets aux d&#233;pens de la construction de concepts et de l'acquisition de connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les vieilles illusions de la motivation par l'activit&#233;, celles qui veulent faire croire qu'on apprend en agissant. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas, ici, de prendre la d&#233;fense du mod&#232;le magistral, ni d'&#233;carter la question de la &#171; d&#233;volution &#187;, c'est-&#224;-dire de la mani&#232;re avec laquelle la conception et la mise en &#339;uvre didactiques permettent ou non &#224; l'&#233;l&#232;ve de construire des enjeux de sens. Il s'agit seulement de rappeler que r&#233;ussir une activit&#233; ne garantit en rien la r&#233;ussite des apprentissages. On peut &#234;tre tr&#232;s investi dans la construction de la maquette d'une &#233;olienne sans pour autant r&#233;ussir &#224; comprendre comment l'&#233;nergie m&#233;canique se transforme en &#233;nergie &#233;lectrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens des apprentissages ne peut se r&#233;duire &#224; la construction d'une perspective utilitariste. L'&#233;l&#232;ve qui focalisera son activit&#233; scolaire sur la r&#233;alisation d'une maquette plut&#244;t que sur l'apprentissage de la notion vis&#233;e risque fort de ne pas pouvoir investir sa motivation &#224; l'activit&#233; dans les perspectives d'une meilleure r&#233;ussite de ses apprentissages. Un investissement pratique &#233;lev&#233; ne garantit en rien une r&#233;ussite des apprentissages voire, au contraire, peut faire obstacle, en leurrant l'&#233;l&#232;ve sur la finalit&#233; de son travail scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'enseignement pratique contre l'ennui ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comp&#233;tence premi&#232;re de l'enseignant glisse, petit &#224; petit, vers les capacit&#233;s &#224; mettre en sc&#232;ne son enseignement pour motiver. L&#224; o&#249; nous pensions que la cl&#233; &#233;tait la comp&#233;tence &#224; produire et &#224; mettre en &#339;uvre des organisations didactiques, voil&#224; qu'est r&#233;p&#233;t&#233; &#224; l'envi la n&#233;cessit&#233; du ludique comme condition incontournable de la motivation et donc de l'apprentissage. Il ne s'agit &#233;videmment pas, pour nous, de d&#233;fendre l'aust&#233;rit&#233; de l'enseignement comme une vertu intrins&#232;que, ni de refuser des organisations p&#233;dagogiques qui concourent &#224; l'implication des &#233;l&#232;ves. Il s'agit juste de ne pas confondre finalit&#233; et mise en &#339;uvre, de ne pas se leurrer sur les vertus d'une apparente modernit&#233; des formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les choses sont loin d'&#234;tre aussi simples que vues au filtre des enthousiasmes de l'innovation. Tout d'abord parce que la motivation n'est pas uniforme et ce serait faire fi de la diversit&#233; des int&#233;r&#234;ts des &#233;l&#232;ves que de vouloir croire que tous seront motiv&#233;s par la r&#233;alisation d'une maquette d'&#233;olienne ou par le tournage d'une vid&#233;o. Ce serait aussi oublier que bien des motivations, inscrites dans la seule nouveaut&#233; de l'activit&#233;, s'&#233;moussent vite. Mais ce serait, encore une fois, surtout rester aveugle aux relations entre motivation et apprentissage. L'&#233;l&#232;ve tr&#232;s motiv&#233; par le coloriage d'une carte de g&#233;ographie n'en d&#233;veloppe pas pour autant un int&#233;r&#234;t pour l'analyse g&#233;ographique que permet la r&#233;alisation d'une telle carte. Et l'&#233;l&#232;ve qui r&#233;alise avec motivation un power point sur Louis XIV et Versailles ne d&#233;veloppe pas, par ce seul fait, les savoirs qui lui permettront de comprendre la monarchie absolue ! Car tant qu'il n'aura pas construit un savoir disciplinaire sur la monarchie absolue, il ne pourra pas r&#233;aliser son &#171; objet &#187; autrement que comme une juxtaposition hasardeuse. Tout l'inverse de ce que doit &#234;tre l'ambition de l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plus adapt&#233;s aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les repr&#233;sentations souvent v&#233;hicul&#233;es par les partisans de la r&#233;forme, disciplinaire et interdisciplinaire se cliveraient socialement : la discipline serait une organisation des apprentissages seulement accessible aux plus favoris&#233;s. Mais bien des travaux obligent &#224; interroger cette repr&#233;sentation. &#201;lisabeth Bauthier (Escol, Paris VIII) explique que l'interdisciplinarit&#233; est une situation suffisamment complexe pour qu'il soit l&#233;gitime de craindre que la g&#233;n&#233;ralisation des EPI contribue, au contraire, &#224; creuser les &#233;carts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voulons-nous revenir aux conceptions qui s&#233;paraient les voies d'enseignement d&#232;s l'&#233;cole primaire parce que les objectifs de l'&#233;cole &#233;taient fondamentalement diff&#233;rents en fonction de la classe sociale des parents ? Voulons-nous que la reproduction soit encore plus d&#233;termin&#233;e par les origines sociales qu'aujourd'hui ? Non&#8230; alors, nous ne pouvons accepter que le biais du pratique soit d&#233;fendu comme une condition culturelle n&#233;cessaire d'acc&#232;s aux savoirs pour les enfants des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Construire des liens entre les savoirs &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, il est loin d'&#234;tre s&#251;r que l'interdisciplinaire, au coll&#232;ge, doive essentiellement se situer hors des enseignements disciplinaires. L'essentiel des probl&#232;mes qu'il convient de r&#233;soudre par la mise en relation de savoirs li&#233;s &#224; plusieurs disciplines, c'est au sein de l'enseignement disciplinaire qu'il se pose. Quand l'enseignant de g&#233;ographie travaille la densit&#233; de population, quand l'enseignant de SVT sollicite l'organisation graphique de donn&#233;es. C'est d'abord dans ces situations que se pose au coll&#232;ge la mise en relation des savoirs. Or, pour faire progresser qualitativement ces questions, il faut d&#233;velopper les comp&#233;tences professionnelles des enseignants. Cela ne n&#233;cessite pas tant l'organisation de temps interdisciplinaires que le d&#233;veloppement de la formation continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La transversalit&#233; de l'enseignement du fran&#231;ais ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation de la transversalit&#233; de l'apprentissage de la langue ne peut &#234;tre confondue avec une banalisation de la discipline &#171; fran&#231;ais &#187;. L'id&#233;e que tous les enseignants &#171; font du fran&#231;ais &#187; m&#233;rite d'&#234;tre pr&#233;cis&#233;e. Il serait &#233;videmment inconcevable qu'un professeur de math&#233;matiques ou de musique s'exon&#232;re de toute pr&#233;occupation linguistique. Pour autant, restent les ambitions sp&#233;cifiques de la discipline, qu'il s'agisse d'&#233;tudier la langue ou de d&#233;velopper une culture litt&#233;raire. Sommes-nous bien conscients des cons&#233;quences r&#233;elles qu'aura la tendance &#171; naturelle &#187; &#224; d&#233;gager les horaires des EPI sur les plus gros volumes disciplinaires et notamment sur le fran&#231;ais ? Les horaires d'enseignement du fran&#231;ais se sont r&#233;duits de pr&#232;s d'un tiers depuis les ann&#233;es 1970. Peut-on raisonnablement continuer ? &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, si la ma&#238;trise de la langue est un enjeu de toutes les disciplines, il faut aussi prendre en compte que les comp&#233;tences linguistiques sont li&#233;es &#224; l'enjeu disciplinaire. L'&#233;l&#232;ve particuli&#232;rement habile &#224; produire un texte po&#233;tique devra renoncer &#224; cette comp&#233;tence lorsqu'il lui sera demand&#233; de produire un texte faisant le compte-rendu d'une exp&#233;rience scientifique. Il devra aussi prendre conscience que le traitement de l'information dans un &#233;crit scientifique mobilise des comp&#233;tences sensiblement diff&#233;rentes de celles mobilis&#233;es pour lire un roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La dynamique d'un travail concert&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#234;tre vraiment s&#251;r que les EPI produisent une telle dynamique. Celle-ci se heurtera tout d'abord &#224; l'insuffisance des moyens. Avec une dotation de trois heures destin&#233;e &#224; la fois aux enseignements compl&#233;mentaires (aide personnalis&#233;e et EPI), aux enseignements de compl&#233;ment (LCA : langues et cultures de l'Antiquit&#233;, LCR : langue et culture r&#233;gionales) et au travail en groupes &#224; effectifs r&#233;duits, il semble difficile d'imaginer des EPI bas&#233;s sur des interventions conjointes. Et pour les enseignants disposant d'horaires faibles (par exemple 1 heure d'arts plastiques ou de musique) il ne sera donc pas possible de concilier disciplinaire et interdisciplinaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit mal comment pourra se dessiner une v&#233;ritable construction collective interdisciplinaire. D'autant que le choix des disciplines concern&#233;es par les EPI sera tr&#232;s d&#233;pendant des dotations du coll&#232;ge et que ce seront donc des facteurs totalement ext&#233;rieurs aux volont&#233;s de projets des enseignants qui guideront les choix. Malheureusement, il faut craindre que cette tension des moyens mette plut&#244;t en concurrence les disciplines entre elles, contraignant les enseignants &#224; devoir d&#233;fendre leur horaire disciplinaire que les EPI viendront r&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La dynamique du travail collectif entre &#233;l&#232;ves ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne n&#233;cessite absolument pas la cr&#233;ation des EPI. Elle peut &#234;tre mise en &#339;uvre au sein d'une classe, dans le cadre d'un enseignement disciplinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi s'interroger sur la nature de la coop&#233;ration qui sera produite par un enseignement ayant pour finalit&#233; une production pratique. Dans un exemple fourni par le minist&#232;re, les d&#233;bats en caricature, le travail collectif se dessine &#224; partir des dons de quelques &#233;l&#232;ves : &#171; Agn&#232;s et Zinedine sont dou&#233;s pour le dessin, ils ont donc r&#233;alis&#233; chacun une caricature &#187;. On voit se dessiner une division du travail peu compatible avec les vertus attendues d'une v&#233;ritable coop&#233;ration. Les moins dou&#233;s devront-ils se contenter de faire les photocopies du journal r&#233;alis&#233; &#224; l'issue de l'EPI ? C'est une dimension qu'il ne faut pas n&#233;gliger dans les enseignements pratiques : ils cr&#233;ent des enjeux de production qui ne sont pas toujours compatibles avec une p&#233;dagogie soucieuse d'un r&#233;el traitement des difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves. &#199;a pose aussi une question quant &#224; l'&#233;valuation, d'autant que cette &#233;valuation est prise en compte pour le brevet des coll&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'autonomie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habilet&#233; du discours n&#233;o-lib&#233;ral quand il veut faire &#233;voluer le syst&#232;me vers une autonomie croissante des &#233;tablissements, c'est de la confondre avec l'autonomie p&#233;dagogique. Cette autonomie p&#233;dagogique existe aujourd'hui et permet aux enseignants d'&#234;tre les concepteurs de leurs enseignements, tout cela dans le cadre de programmes nationaux. La r&#233;forme du coll&#232;ge n'apporte rien de plus dans ce domaine. Par contre, elle permet un nouveau glissement vers l'inclusion des questions p&#233;dagogiques dans les strat&#233;gies manag&#233;riales. La mise en &#339;uvre de cette r&#233;forme obligera les chefs d'&#233;tablissements &#224; trancher. Quel sera le poids r&#233;el de l'avis du conseil p&#233;dagogique ? Et que se passera-t-il quand, pour des raisons d'affichage, on d&#233;cidera de mettre l'essentiel des moyens dans des actions qui, si elles s'av&#232;rent positives pour l'image du coll&#232;ge, ne sont pas forc&#233;ment essentielles pour la r&#233;ussite des apprentissages ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faut-il renoncer &#224; r&#233;former le coll&#232;ge ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement pas. Mais cette r&#233;forme souhait&#233;e doit prendre en compte trois choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, l'analyse des facteurs essentiels qui creusent aujourd'hui les &#233;carts entre les &#233;l&#232;ves. Le postulat qu'ils sont produits par l'ennui des enseignements disciplinaires est un postulat gratuit qu'aucune &#233;tude s&#233;rieuse n'a accr&#233;dit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la prise en compte d'un facteur sur lequel au contraire s'accordent les recherches sociologiques, celui de la mixit&#233; sociale au sein de l'&#233;tablissement. Or la r&#233;forme fait l'impasse sur cette question. Les exp&#233;rimentations propos&#233;es aux d&#233;partements sont incapables de produire les transformations n&#233;cessaires. Et la latitude laiss&#233;e &#224; l'enseignement priv&#233; de se servir du maintien de certaines organisations d'enseignement (les classes bi-langues par exemple) ne fera que diminuer la mixit&#233; dans les &#233;tablissements les plus populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il ne peut y avoir d'am&#233;lioration qualitative sans en fournir les moyens. On peut au contraire penser que la r&#233;forme du coll&#232;ge contribuera &#224; une &#171; rationalisation &#187; des moyens et que le bilan, &#224; terme, sera de constater une nouvelle diminution du ratio &#233;l&#232;ves/enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand paradoxe de la situation actuelle, c'est qu'on s'achemine vers une mise en &#339;uvre de surface. Le pire pour une r&#233;forme, quand elle est n&#233;cessaire, ce n'est pas qu'on y renonce parce que le renoncement permet d'ouvrir d'autres perspectives de r&#233;forme. Le pire c'est quand on fait semblant pour gagner une bataille id&#233;ologique sans s&#8216;assurer de la r&#233;alit&#233; des effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, les opposants &#224; cette r&#233;forme ne sont pas guid&#233;s par le conservatisme. Ils veulent seulement que les changements propos&#233;s ob&#233;issent &#224; la r&#233;alit&#233; de leur exercice professionnel et ne se perdent pas dans des pr&#233;suppos&#233;s p&#233;dagogiques affirm&#233;s comme des v&#233;rit&#233;s uniques et incontournables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils savent aussi que le m&#233;tier d'enseignant s'apprend et que penser l'am&#233;lioration qualitative du service public d'&#233;ducation doit d'abord s'ancre sur le d&#233;veloppement de la formation continue plut&#244;t que de se nourrir de la succession de transformations structurelles qui sont loin d'avoir fait leurs preuves en mati&#232;re de d&#233;mocratisation de la r&#233;ussite scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Extrait de la &lt;i&gt;Lettre aux adh&#233;rents du SNPI-FSU&lt;/i&gt; n&#176;56, 9 d&#233;cembre 2015)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un aspect inqui&#233;tant des nouveaux programmes du primaire</title>
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		<dc:date>2016-03-25T17:57:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les nouveaux programmes pour le cycle 2 qui entreront en vigueur en septembre 2016 s'attachent &#224; d&#233;finir des objectifs et des prescriptions pour tous les enseignements dont bien s&#251;r le fran&#231;ais. Apr&#232;s la d&#233;clinaison de quatre comp&#233;tences qui doivent &#234;tre travaill&#233;es dans le cadre de cet enseignement : comprendre et s'exprimer &#224; l'oral, lire, &#233;crire, et comprendre le fonctionnement de la langue, chacune est reprise pour faire l'objet de trois d&#233;veloppements. Ceux-ci portent sur : 1/ les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH149/arton223-b1d6a.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les nouveaux programmes pour le cycle 2 qui entreront en vigueur en septembre 2016 s'attachent &#224; d&#233;finir des objectifs et des prescriptions pour tous les enseignements dont bien s&#251;r le fran&#231;ais. Apr&#232;s la d&#233;clinaison de quatre comp&#233;tences qui doivent &#234;tre travaill&#233;es dans le cadre de cet enseignement : comprendre et s'exprimer &#224; l'oral, lire, &#233;crire, et comprendre le fonctionnement de la langue, chacune est reprise pour faire l'objet de trois d&#233;veloppements. Ceux-ci portent sur : 1/ les attendus de fin de cycle, 2/ les connaissances et comp&#233;tences associ&#233;es, accompagn&#233;es d'exemples de situations, d'activit&#233;s et de ressource pour l'&#233;l&#232;ve, et 3/ des rep&#232;res de progressivit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je fais le choix ici de m'attarder essentiellement sur la comp&#233;tence &#171; lire &#187;, mon objectif &#233;tant de souligner ce qui m'apparait comme une source d'inqui&#233;tude, car la fa&#231;on dont on envisage de travailler cette comp&#233;tence contient les ingr&#233;dients de la poursuite des &#233;checs particuli&#232;rement graves que l'on enregistre aujourd'hui et qui ne font que s'amplifier depuis plusieurs d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une situation alarmante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous disposons de nombreuses &#233;valuations des capacit&#233;s de lecture des &#233;l&#232;ves, qu'elles soient fran&#231;aises (les panels de la Depp, l'enqu&#234;te r&#233;guli&#232;re Cedre) ou internationales (Pisa et Pirls). En 2009 l'enqu&#234;te Cedre laisse appara&#238;tre qu'en fin de CM2, 40% des &#233;l&#232;ves n'atteignent pas les objectifs attendus en lecture. La note d'information de la Depp 08-38 qui porte sur les performances des &#233;l&#232;ves de CM2 &#224; vingt ans d'intervalle 1987-2007, montre que &#171; deux fois plus d'&#233;l&#232;ves (21%) se situent en 2007 au niveau de comp&#233;tences des 10% d'&#233;l&#232;ves les plus faibles de 1987 &#187;. Quant &#224; l'orthographe, &#171; le pourcentage d'&#233;l&#232;ves qui faisaient plus de quinze erreurs [&#224; la m&#234;me dict&#233;e propos&#233;e en 1987 et en 2007], &#233;taient de 26% en 1987, il est aujourd'hui de 46%. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m'abstenant ici de toute appr&#233;ciation sur l'ensemble de l'enqu&#234;te dirig&#233;e par Roland Goigoux &lt;i&gt; Lire et &#233;crire CP&lt;/i&gt; r&#233;cemment publi&#233;e, je retiendrai une donn&#233;e qui int&#233;resse tout particuli&#232;rement mon propos. Cette enqu&#234;te qui a b&#233;n&#233;fici&#233; de gros moyens porte sur un grand &#233;chantillon d'&#233;l&#232;ves, de classes et d'enseignants, offrant la possibilit&#233; de g&#233;n&#233;raliser les r&#233;sultats bruts obtenus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rapport le stipule sur la question du code : &#171; nous avons choisi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les r&#233;sultats qu'elle pr&#233;sente de l'&#233;valuation des &#233;l&#232;ves en fluence (nombre de mots correctement lus en une minute) &#224; la fin du CP en juin 2014, renforcent le caract&#232;re tr&#232;s inqui&#233;tant des &#233;valuations rappel&#233;es ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on en juge : 10% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent en moyenne 4 mots en une minute (8 mots maximum), 20% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent 11 mots en moyenne (15 mots maximum), 30% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent 18 mots en moyenne (21 mots maximum), ce qui est encore tr&#232;s insuffisant pour entrer sereinement dans les apprentissages. Prenons la mesure de ce que cela peut repr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'ann&#233;e 2013-2014, l'&#233;cole a scolaris&#233; 845.000 enfants au CP. Dans une projection qui n'est pas absurde compte tenu de l'ampleur de l'&#233;chantillon, l'enqu&#234;te &lt;i&gt;Lire et &#233;crire &#224; l'&#233;cole primaire&lt;/i&gt; nous autorise &#224; envisager une simulation consistant &#224; rapprocher ses r&#233;sultats en fluence du nombre d'&#233;l&#232;ves potentiellement concern&#233;s &#224; chaque fois. Ainsi peut-on se repr&#233;senter qu'en juin 2014, c'&#233;tait 84.500 &#233;l&#232;ves qui ne lisaient que 4 mots en moyenne &#224; l'issue du CP, 169.000 &#233;l&#232;ves qui ne lisaient que 11 mots, et 253.000, 18 mots. De tels chiffres se passent de tout commentaire, sauf peut-&#234;tre celui qui nous am&#232;ne &#224; saisir pourquoi 150.000 jeunes de 15 ans connaissent de graves difficult&#233;s de compr&#233;hension de l'&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand par ailleurs on apprend que 10% des &#233;l&#232;ves les plus performants lisent en moyenne 95 mots, et que 20% d'entre eux en lisent 67, on mesure l'&#233;cart consid&#233;rable qui se trouve creus&#233; entre 84.500 &#233;l&#232;ves d'un c&#244;t&#233; et 84.500 de l'autre. Cette situation d'in&#233;galit&#233; scolaire massive, insupportable et non support&#233;e par les enfants et leurs parents, n&#233;cessite une prise en charge institutionnelle d'une toute autre nature que celle des nouveaux programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne le r&#233;p&#232;terons jamais assez : un &#233;l&#232;ve qui ne parvient pas &#224; bien lire t&#244;t, a un avenir scolaire qui commence d&#233;j&#224; &#224; &#234;tre tr&#232;s s&#233;rieusement compromis. Et comme le niveau d'&#233;tudes et le dipl&#244;me conditionnent l'&#233;vitement du ch&#244;mage et l'avenir professionnel, il n'est pas abusif de dire que quelque chose d'essentiel pour la vie, voire de d&#233;cisif, se joue d&#232;s le CP. On pourra toujours essayer de se consoler en se disant que les choses pourront sans doute s'arranger par la suite, les donn&#233;es cit&#233;es plus haut sur les &#233;valuations qui concernent le CM2 montrent que tout repli sur ce genre de consolation est vou&#233; &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction du nouveau programme pour le cycle 2 et au-del&#224; confirme le poids de l'&#233;crit qui irrigue en profondeur toutes les activit&#233;s que l'&#233;cole propose aux &#233;l&#232;ves : les apprentissages scolaires rencontrent en permanence la lecture et l'&#233;criture, d'o&#249; l'enjeu d&#233;cisif de la responsabilit&#233; qu'elles endossent dans la mani&#232;re dont elles sont enseign&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Combien d'&#233;l&#232;ves d&#233;clar&#233;s &#171; nuls &#187; ou &#171; mauvais &#187; en math&#233;matiques par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la raison pour laquelle une lecture attentive des nouveaux programmes s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que construit le nouveau programme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le volet 1 qui traite des &#171; sp&#233;cificit&#233;s du cycle des apprentissages fondamentaux (cycle 2) &#187; met l'accent sur la n&#233;cessaire construction simultan&#233;e du sens et de l'automatisation. Le texte le dit clairement : &#171; La compr&#233;hension est indispensable &#224; l'&#233;laboration de savoirs solides que les &#233;l&#232;ves pourront r&#233;investir et l'automatisation de certains savoir-faire est le moyen de lib&#233;rer des ressources cognitives pour qu'ils puissent acc&#233;der &#224; des op&#233;rations plus &#233;labor&#233;es et &#224; la compr&#233;hension. Tous les enseignements sont concern&#233;s. &#187; L'id&#233;e est reprise plus loin pour en pr&#233;ciser les enjeux relatifs &#224; la lecture et &#224; l'&#233;criture. &#171; La construction du sens et l'automatisation constituent deux dimensions n&#233;cessaires &#224; la maitrise de la langue. La maitrise du fonctionnement du code phonographique, qui va des sons vers les lettres et r&#233;ciproquement, constitue un enjeu essentiel de l'apprentissage du fran&#231;ais au cycle 2. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons que saluer cette mise en avant de la n&#233;cessit&#233; de construire simultan&#233;ment le sens et l'automatisation, dans un climat p&#233;dagogique qui trop souvent conduit &#224; consid&#233;rer que l'automatisation ne pourrait pas faire cause commune avec la compr&#233;hension et le sens. Dans le cadre de l'apprentissage de la lecture cette vision continue d'avoir des d&#233;fenseurs : l'automatisation du d&#233;chiffrage ressemblerait trop &#224; la fabrique d'automatismes plus proches du dressage que de la construction de comp&#233;tences intelligentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir soulign&#233; la n&#233;cessit&#233; de cette construction, le d&#233;veloppement qui traite de la lecture et de la compr&#233;hension de l'&#233;crit annonce les attendus de la fin du cycle 2. On y trouve : &#171; Lire et comprendre des textes adapt&#233;s &#224; la maturit&#233; et &#224; la culture scolaire des &#233;l&#232;ves. &#187;, &#171; Lire &#224; voix haute avec fluidit&#233;, apr&#232;s pr&#233;paration, un texte d'une demi-page ; participer &#224; une lecture dialogu&#233;e. &#187; Ces attendus sont d&#233;fendables pour la fin du CE2, mais pourquoi ne pourraient-ils pas trouver un &#233;cho pour la fin du CP ? Les rep&#232;res de progressivit&#233; montrent bien que, sur le fond, les ambitions de ces attendus ne concernent pas le CP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un troisi&#232;me attendu de fin de cycle nourrit d'autres questions. &#171; Identifier des mots rapidement : d&#233;coder ais&#233;ment des mots inconnus r&#233;guliers, reconnaitre des mots fr&#233;quents et des mots irr&#233;guliers m&#233;moris&#233;s. &#187; Identifier &#171; des &#187; mots et non pas &#171; les &#187; mots : l'usage de l'article ind&#233;fini est troublant. M&#234;me &#224; la fin du CE2, les &#233;l&#232;ves ne seront pas tous en capacit&#233; d'identifier tous les mots de la langue, de pouvoir lire tout ce qui s'&#233;crit en fran&#231;ais, l'article ind&#233;fini le montre, ainsi que la mention de la reconnaissance de mots qui, nous le savons, ne peuvent qu'avoir &#233;t&#233; m&#233;moris&#233;s en nombre forc&#233;ment limit&#233;. Pouvoir lire tous les mots sans en avoir appris aucun n'appartient donc pas aux objectifs que ces programmes se fixent, m&#234;me pour la fin du CE2. C'est proprement stup&#233;fiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maitrise du fonctionnement du code phonographique qui semblait indispensable &#224; la construction du sens se voit, de fa&#231;on tout &#224; fait contradictoire, largement oubli&#233;e dans cette fa&#231;on de pr&#233;senter la question de l'identification des mots. L'affirmation par ailleurs de l'id&#233;e que tous les enseignements sont concern&#233;s par la construction simultan&#233;e du sens et de l'automatisation, se voit elle aussi, singuli&#232;rement discr&#233;dit&#233;e. En effet, &#224; quels sens dans les apprentissages les &#233;l&#232;ves pourront-ils acc&#233;der s'ils n'ont pas au plus t&#244;t la capacit&#233; de fr&#233;quenter efficacement tous les textes qui leur sont propos&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect du programme se trouve confirm&#233; dans la pr&#233;sentation de l'activit&#233; &#171; lecture et compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187; qui en guide l'esprit. Il est clairement sp&#233;cifi&#233; que l'essentiel de l'apprentissage de la lecture au niveau du code ne rel&#232;ve pas du CP, puisque c'est sur tout le cycle que peut s'&#233;taler cet apprentissage. Le texte est sans ambigu&#239;t&#233; : &#171; Au cours du cycle 2, les &#233;l&#232;ves continuent &#224; pratiquer des activit&#233;s sur le code dont ils ont eu une premi&#232;re exp&#233;rience en GS. Ces activit&#233;s doivent &#234;tre nombreuses et fr&#233;quentes. Ce sont des &#171; gammes &#187; indispensables pour parvenir &#224; l'automatisation de l'identification des mots. &#187; Au cours de tout le cycle 2&#8230; Il n'est donc pas impensable de se satisfaire de la perspective de trois ann&#233;es pour travailler le code, par le biais de &#171; gammes &#187; pouvant nous permettre d'esp&#233;rer que les &#233;l&#232;ves finissent par entrer dans l'automatisation de l'identification des mots. La r&#233;alit&#233; des 4 ou 11 mots lus en moyenne &#224; la fin du CP ne semble pas d&#233;ranger les concepteurs des nouveaux programmes qui donnent l'impression d'avoir accept&#233; la spirale de l'&#233;chec de trop nombreux &#233;l&#232;ves qui, nous le savons sont massivement issus des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les enfants, except&#233;s ceux qui, tr&#232;s peu nombreux, ont des probl&#232;mes sp&#233;cifiques, sont en capacit&#233; de savoir bien lire &#224; l'issue du CP. L'exp&#233;rimentation men&#233;e pendant une ann&#233;e apr&#232;s la sortie du manuel &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; aupr&#232;s de 12 classes majoritairement en ZEP, rend compte de fa&#231;on nette de cette r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le r&#233;cit de cette exp&#233;rimentation peut se lire sur le site qui par ailleurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et l'enqu&#234;te de J&#233;r&#244;me Deauvieau sur les manuels de lecture mixtes et syllabiques la confirme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut prendre connaissance de cette enqu&#234;te dans Enseigner efficacement la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est que les ressources langagi&#232;res des enfants au d&#233;but du CP leur offrent pleinement la possibilit&#233; de mener &#224; bien leur entr&#233;e dans l'&#233;crit et de construire efficacement les comp&#233;tences de lecture n&#233;cessaires, programmables pour cette classe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?, La Dispute, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or dans le nouveau programme, les rep&#232;res de progressivit&#233; sur le cycle 2 s'&#233;cartent de fa&#231;on inqui&#233;tante de l'enjeu majeur qu'il y a &#224; se convaincre de ces ressources des enfants pouvant leur permettre d'entamer une carri&#232;re d'&#233;coliers en grande r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'enjeu du d&#233;chiffrage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une des critiques adress&#233;es &#224; la syllabique a beaucoup de mal &#224; s'essouffler malgr&#233; les diverses mises au point qu'elle a pu recevoir : l'importance d&#233;cisive que la syllabique accorde au d&#233;chiffrage signerait son incapacit&#233; &#224; permettre aux &#233;l&#232;ves d'entrer dans la compr&#233;hension de ce qu'ils lisent. &#171; Lire, c'est comprendre &#187; est devenue une expression r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; l'envi par tous ceux qui refusent d'accepter les principes de la m&#233;thode syllabique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;chiffrage parfait d'un texte quel qu'il soit n'en assure jamais la compr&#233;hension. Il y va toujours de la culture, des connaissances mobilis&#233;es par le texte, pr&#233;sentes ou non chez le lecteur. Cet aspect de l'activit&#233; de lecture se retrouve identique chez tout apprenti lecteur. Lorsqu'il d&#233;chiffre un mot qu'il connait &#224; l'oral, c'est le d&#233;chiffrage habile, pr&#233;cis, rapide et seulement lui, qui lui donne un acc&#232;s autonome et s&#251;r &#224; la compr&#233;hension. &#192; son &#226;ge, d&#233;chiffrer des mots comme &#171; cheval &#187;, &#171; cahier &#187; ou &#171; pomme &#187; lui offre imm&#233;diatement, spontan&#233;ment, la saisie du sens qui s'impose &#224; lui comme &#224; tout lecteur francophone, de fa&#231;on incoercible : quand les cl&#233;s du d&#233;chiffrage sont pleinement acquises, automatis&#233;es, il devient impossible de voir ces mots sans les lire. L'acte de lecture inclut intrins&#232;quement le d&#233;chiffrage qui n'est ni un simple pr&#233;alable, ni un premier temps s&#233;par&#233; de la lecture proprement dite ; il s'inscrit fondamentalement dans le mouvement de son apprentissage, m&#234;me s'il faut bien commencer par s'appuyer sur les syllabes compos&#233;es de graph&#232;mes pour lire des mots, des phrases, des textes qui n'ont pas d'existence en-dehors de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de prendre des exemples de mots que tout enfant de CP connait et qu'il prend plaisir &#224; retrouver quand il r&#233;alise sa capacit&#233; &#224; percer les myst&#232;res du code pour s'en jouer, avec un sentiment de conqu&#234;te fabuleuse. Face &#224; des mots qu'il ne connait pas d&#233;j&#224; il ne peut pas &#233;prouver la m&#234;me sensation, mais sa capacit&#233; de d&#233;chiffrer lui offre pr&#233;cis&#233;ment une indication majeure, celle de ses m&#233;connaissances lexicales qui, trait&#233;es avec toute l'&#233;coute et la bienveillance n&#233;cessaires, lui permet d'enrichir son vocabulaire et de continuer &#224; &#233;prouver ce grand plaisir qui l'anime de gagner en capacit&#233;s de devenir un lecteur autonome. Les enfants sont gourmands de cet enrichissement et fiers de pouvoir montrer qu'ils connaissent des mots &#171; recherch&#233;s &#187;, &#171; savants &#187;. A cet &#233;gard, on ne peut que s'&#233;mouvoir de la pauvret&#233; lexicale &#224; laquelle on condamne les &#233;l&#232;ves lorsqu'on leur demande de s'appuyer sur de la reconnaissance globale de mots m&#233;moris&#233;s, au lieu de leur donner progressivement toutes les cl&#233;s universelles de la langue qui pourront bient&#244;t leur permettre de tout lire. L'&#233;motion est &#233;galement l&#224; lorsque l'on confine leur curiosit&#233; lexicale aux mots du quotidien, du familier, et aux textes qui s'y rapportent quasi exclusivement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le travail sur les textes, d&#232;s le CP, inclut la connaissance des mots qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'est bien dans les mots que nous pensons, cette question du d&#233;chiffrage maitris&#233; devient une question centrale, d&#233;cisive pour penser l'acquisition des connaissances inscrites dans un programme scolaire. Permettre aux &#233;l&#232;ves d'acc&#233;der tr&#232;s t&#244;t &#224; un d&#233;chiffrage habile, pr&#233;cis et tr&#232;s attentif &#224; la ponctuation qui participe de la construction du sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un exemple de &#171; difficult&#233; &#187; li&#233;e &#224; la ponctuation. Nous sommes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne suffira pas bien s&#251;r pour qu'ils entrent spontan&#233;ment dans la compr&#233;hension des contenus de l'ensemble des disciplines : toute l'intelligibilit&#233; disciplinaire n&#233;cessaire devra leur &#234;tre dispens&#233;e. Mais retarder l'acc&#232;s &#224; la mat&#233;rialit&#233; de la langue repr&#233;sent&#233;e par sa part cod&#233;e, consid&#233;rer qu'il peut sans dommages s'&#233;taler sur trois ann&#233;es, place trop d'&#233;l&#232;ves dans l'incapacit&#233; de s'emparer efficacement des contenus de savoirs qui, &#224; l'&#233;cole, font toujours appel &#224; l'&#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certains p&#233;dagogues consid&#232;rent que c'est tout au long de la scolarit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que pourront bien comprendre aux notions et concepts rencontr&#233;s &#224; l'&#233;crit, les 20% d'&#233;l&#232;ves qui &#224; la fin du CP d&#233;chiffrent en moyenne 11 mots en une minute ? Qu'en sera-t-il pour les 10% qui se situent &#224; 4 mots ? L'inqui&#233;tude pour ces &#233;l&#232;ves est abyssale. Le programme de 2016 pr&#233;cise qu' &#171; Au CE1 et au CE2, les r&#233;visions n&#233;cessaires &#224; la maitrise du code et les entrainements pour parvenir &#224; une r&#233;elle automatisation de l'identification des mots sont mises en place autant que de besoin (&#8230;). &#187; Cherche- t-on &#224; noyer le poisson ou &#224; rassurer les parents &#224; bon compte ? Comment peut-on parler de r&#233;visions quand les premiers apprentissages n'ont pas &#233;t&#233; faits ? R&#233;viser s'appuie sur des connaissances install&#233;es : 4 mots, 11 mots&#8230; placent les enfants dans une indigence intellectuelle coupable. Les r&#233;sultats des &#233;valuations de fin de CM2 rappel&#233;s plus haut montrent que d'ores et d&#233;j&#224;, aucune &#171; r&#233;vision &#187; n'a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e avec succ&#232;s, et les nouveaux programmes n'offrent aucune piste pour que la question soit s&#233;rieusement envisag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question de la syst&#233;maticit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous soulignions plus haut les d&#233;boires auxquels on expose les &#233;l&#232;ves lorsqu'on leur propose de m&#233;moriser des mots au lieu de leur fournir les cl&#233;s pour pouvoir tous les lire. A cet &#233;gard le nouveau programme ne d&#233;roge pas aux pratiques pr&#233;conis&#233;es largement par la grande majorit&#233; des manuels et de nombreux p&#233;dagogues. &#171; Reconnaitre des mots fr&#233;quents et des mots irr&#233;guliers m&#233;moris&#233;s &#187;, &#171; M&#233;morisation de mots fr&#233;quents (notamment en situation scolaire) et irr&#233;guliers &#187;, sont des pistes programmatiques explicitement indiqu&#233;es. Le d&#233;codage n'est pas oubli&#233; comme nous l'avons vu, mais la fa&#231;on dont il est trait&#233; m&#233;rite quelque regard critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les &#171; Connaissances et comp&#233;tences associ&#233;es &#187;, la connaissance des lettres, les correspondances graphophonologiques, la combinatoire (construction des syllabes simples et complexes), la m&#233;morisation des composantes du code sont explicitement stipul&#233;es comme devant &#234;tre enseign&#233;es. &#171; Comprendre un texte &#187; et &#171; Lire &#224; haute voix &#187; s'appuient sur la mobilisation de la comp&#233;tence de d&#233;codage. Toutefois, un principe essentiel pour la construction efficace de cette comp&#233;tence reconnue demeure ignor&#233; : il s'agit de la syst&#233;maticit&#233; dans le suivi d'une progression relative &#224; l'introduction des graph&#232;mes dans la suite des le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; de travailler le d&#233;codage est reconnue unanimement, mais pas la syst&#233;maticit&#233; que je viens de rappeler. Or c'est elle qui permet aux enfants de devenir t&#244;t des lecteurs efficaces. Dans un manuel de la m&#233;thode syllabique, chaque le&#231;on introduit un nouveau graph&#232;me (voire plusieurs) qui, combin&#233; aux graph&#232;mes pr&#233;c&#233;demment travaill&#233;s, apprend aux &#233;l&#232;ves de nouvelles combinaisons syllabiques propres &#224; rendre effective la lecture de tous les mots et textes de la le&#231;on. Ce principe veut donc qu'aucun mot de la le&#231;on ne contienne un graph&#232;me non encore &#233;tudi&#233;, gage de la possibilit&#233; pour les &#233;l&#232;ves de pouvoir toujours lire tous les mots et les textes de la le&#231;on de fa&#231;on autonome et s&#251;re sans la moindre reconnaissance globale. Ce principe n'a aucune existence dans les manuels qui combinent plusieurs pistes d'apprentissage, pr&#233;sents &#224; 90% dans l'enqu&#234;te dirig&#233;e par Roland Goigoux mentionn&#233;e plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pluralit&#233; des pistes d'apprentissage introduit beaucoup de confusion dans l'esprit des &#233;l&#232;ves qui deviennent incapables de se repr&#233;senter clairement la nature de l'acte de lire, habitu&#233;s qu'ils sont &#224; essayer de s'orienter dans ces diverses pistes : deviner pour tenter d'identifier des mots, apprendre des mots par c&#339;ur, chercher &#224; comprendre de l'&#233;crit par le dessin, l'illustration, faire des hypoth&#232;ses de sens en s'appuyant sur un contexte d'histoire entendue&#8230; La syllabe &#233;tant l'unit&#233; d'articulation des mots qu'ils soient parl&#233;s, lus ou &#233;crits, c'est cette articulation dans les mots qui fait l'objet de l'apprentissage. C'est dans l'articulation des syllabes &#171; chim &#187;, &#171; pan &#187; et &#171; z&#233; &#187; que se lit le mot et se d&#233;couvre sa signification. D'o&#249; l'importance d&#233;cisive &#224; demeurer concentr&#233; sur une progression dans la pr&#233;sentation des graph&#232;mes et des syllabes qui composent les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les manuels &#171; font &#187; du d&#233;codage, pr&#233;sentent des syllabes &#224; lire, mais le savoir lire de ces syllabes n'est pas syst&#233;matiquement pris en charge dans la le&#231;on, explicitement investi dans la lecture effective de tous les mots et des textes de cette m&#234;me le&#231;on. C'est un savoir qui subit en permanence la concurrence des autres pistes d'identification des mots et qui reste flottant, h&#233;sitant, incertain, efficace pour la lecture de certains mots mais pas de tous, ce qui laisse en suspens la lecture d&#233;chiffr&#233;e et compr&#233;hensive de tous les autres ainsi que des phrases et des textes. On peut m&#234;me se trouver face &#224; des mots partiellement lisibles sans qu'il soit possible d'aller jusqu'&#224; une lecture compl&#232;te, &#224; moins d'essayer de remplir les &#171; trous &#187; par de la devinette&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour d'autres d&#233;veloppements sur ces points on pourra se reporter &#224; mon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule l'articulation explicite et syst&#233;matique entre les acquis syllabiques de la le&#231;on et les textes, ainsi que l'articulation syst&#233;matique entre les acquis des le&#231;ons dans leur succession, construisent des comp&#233;tences abouties de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Posons la question. Le programme serait-il en contradiction avec la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants s'il allait jusqu'&#224; recommander de s'appuyer sur de tels principes ? A partir de sa d&#233;finition des objectifs, des connaissances et des comp&#233;tences associ&#233;es &#224; travailler, concr&#233;tis&#233;s par tout un ensemble d'exemples de situations, d'activit&#233;s et de ressources pour l'&#233;l&#232;ve, il induit des pratiques que les enseignants sont cens&#233;s prendre en compte. La m&#233;morisation de mots, la possibilit&#233; offerte de ne pas trop s'inqui&#233;ter d'avoir besoin de trois ans pour apprendre &#224; lire aux &#233;coliers participe de cette induction de pratiques. La lecture &#224; voix haute, source de conflits p&#233;dagogiques il n'y a pas si longtemps dont des instructions se sont fait l'&#233;cho en la bannissant, fait partie du nouveau programme pour d&#233;velopper des comp&#233;tences. Elle s'impose donc aux maitres aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura beau affirmer la n&#233;cessit&#233; de construire simultan&#233;ment le sens et l'automatisation, &#233;voquer un enseignement syst&#233;matique et structur&#233; du code graphophonologique, pr&#233;coniser dans le m&#234;me temps la m&#233;morisation de mots et offrir la possibilit&#233; de ne pas trop s'inqui&#233;ter d'avoir besoin de trois ans pour apprendre &#224; lire aux &#233;coliers, laisse planer une contradiction inqui&#233;tante. L'explicitation des moyens didactiques n&#233;cessaires pour permettre &#224; ceux-ci de devenir, dans le temps tout &#224; fait raisonnable du CP, des lecteurs d&#233;j&#224; avertis n'est pas contradictoire avec la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants. Une pseudo-libert&#233; laisse aujourd'hui trop d'enseignants d&#233;munis face aux exigences intellectuelles de ce qu'ils doivent enseigner, par manque d'une formation &#224; la hauteur de ces exigences. Une r&#233;elle libert&#233; p&#233;dagogique ne pourra jamais se construire que dans l'intelligence maximum de tout ce qui doit conduire les pratiques enseignantes adoss&#233;es &#224; des objectifs intellectuellement tr&#232;s ambitieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'apprentissage de la lecture s'inscrit dans ces objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******************************************************************************************&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai souhait&#233; ici m'attacher plus particuli&#232;rement &#224; la lecture dans le nouveau programme. Mais l'&#233;criture n'y est pas absente bien s&#251;r : elle fait l'objet de la d&#233;finition de connaissances et de comp&#233;tences associ&#233;es, d'attendus de fin de cycle, de rep&#232;res de progressivit&#233; et elle est &#233;clair&#233;e par l'&#233;tude de la langue (grammaire, orthographe, lexique). Sans m'&#233;tendre sur l'ensemble de ces d&#233;veloppements, je voudrais juste m'arr&#234;ter rapidement sur un aspect du programme qui touche &#224; l'orthographe, car l&#224; aussi nous avons affaire &#224; une comp&#233;tence qui souffre, dans le programme, de ne pas avoir &#224; commencer sa mise en place s&#233;rieuse d&#232;s le CP, ce qui semble rejoindre la conviction qu'au CP une orthographe tr&#232;s approximative, voire m&#234;me plus ou moins phon&#233;tique pourrait suffire pour ce niveau de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les attendus de fin de cycle 2 concernant l'&#233;criture et l'&#233;tude de la langue il ne s'agit que d' &#171; Am&#233;liorer une production, notamment l'orthographe, en tenant compte d'indications &#187; pour une part, et d' &#171; Orthographier les mots les plus fr&#233;quents notamment en situation scolaire) et les mots invariables m&#233;moris&#233;s &#187; pour l'autre. Or l&#224; aussi, d&#232;s le CP il est possible d'avoir d'autres ambitions. A ma connaissance &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; est le seul manuel qui introduit une dict&#233;e dans chaque le&#231;on d&#232;s la premi&#232;re. Avec l'activit&#233; de copie d&#233;velopp&#233;e dans le cahier d'exercices qui accompagne le manuel, la dict&#233;e est une activit&#233; d'&#233;criture qui accompagne en permanence l'activit&#233; de lecture. Les trois activit&#233;s se renforcent mutuellement et ont donc partie li&#233;e dans chaque le&#231;on, les mots de la dict&#233;e comme les autres &#233;tant tous enti&#232;rement lisibles par les &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; condition de faire de la dict&#233;e un moment de r&#233;el apprentissage o&#249; les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'aisance d'&#233;criture progressivement conquise ainsi par les &#233;l&#232;ves leur permet, l&#224; aussi tr&#232;s t&#244;t, de commencer &#224; se livrer &#224; des activit&#233;s d'invention d'&#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture et l'&#233;criture, si possible correctement orthographi&#233;e, se boostent mutuellement et se conjuguent avec profit tout au long d'un apprentissage qui n'a pas besoin d'attendre la fin du CE2 pour commencer &#224; esp&#233;rer des r&#233;sultats conformes &#224; une programmation exigeante. Les nouveaux programmes pour la rentr&#233;e 2016 ne se hissent pas &#224; la hauteur de telles ambitions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le rapport le stipule sur la question du code : &#171; nous avons choisi d'examiner les diff&#233;rentes modalit&#233;s de planification de l'&#233;tude du code observables dans les classes de CP fran&#231;aises &#187; (p.29).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Combien d'&#233;l&#232;ves d&#233;clar&#233;s &#171; nuls &#187; ou &#171; mauvais &#187; en math&#233;matiques par exemple sont incapables de bien lire, au sens radical de bien d&#233;chiffrer les consignes et le texte des probl&#232;mes ? Nous manquons d'une &#233;tude qui aurait pour mission d'&#233;lucider cette question du rapport entre le d&#233;chiffrage efficace et la compr&#233;hension des contenus d'apprentissages. Elle nous offrirait tr&#232;s certainement des informations pr&#233;cieuses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le r&#233;cit de cette exp&#233;rimentation peut se lire sur le site &lt;a href=&#034;http://www.leslettresbleues.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.leslettresbleues.fr&lt;/a&gt; qui par ailleurs pr&#233;sente le manuel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut prendre connaissance de cette enqu&#234;te dans &lt;i&gt;Enseigner efficacement la lecture. Une enqu&#234;te et ses implications&lt;/i&gt;, J&#233;r&#244;me Deauvieau, Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, Odile Jacob,Paris, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le travail sur les textes, d&#232;s le CP, inclut la connaissance des mots qui les composent mais ne s'y arr&#234;te pas bien s&#251;r. Leur compr&#233;hension n&#233;cessite une activit&#233; sp&#233;cifique et assidue permettant tout &#224; la fois de faire le point sur les sens explicites, mais aussi d'aller vers l'implicite, l'inf&#233;rentiel, en se livrant &#224; de v&#233;ritables d&#233;bats linguistiques et litt&#233;raires, qui r&#233;ussissent &#224; mettre au jour des d&#233;couvertes de sens et des interpr&#233;tations qui font sens pour les &#233;l&#232;ves, sans trahir la lettre. Sur cette question on pourra se reporter au site &lt;a href=&#034;http://www.leslettresbleues.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.leslettresbleues.fr&lt;/a&gt;. On y trouvera le guide d'utilisation du CD-Rom &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris. Manuel num&#233;rique enrichi&lt;/i&gt;, dans lequel sont d&#233;velopp&#233;es des propositions de travail sur les textes, qui de l'avis d'enseignants qui les pratiquent, donnent des r&#233;sultats tr&#232;s positifs. Ce travail sur la compr&#233;hension et l'interpr&#233;tation s'&#233;labore texte en main, afin que ce soit la lecture effective qui puisse donner ses r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un exemple de &#171; difficult&#233; &#187; li&#233;e &#224; la ponctuation. Nous sommes en math&#233;matiques, la consigne est : Ajouter 10 aux nombres suivants : 3, 5, 10 &#8230; Une &#233;l&#232;ve qui n'a pas su voir et donc lire le sens des deux- points, raisonne ainsi : le nombre suivant 3 &#233;tant 4, j'ajoute 10 &#231;a fait 14 etc. Elle a tout faux et pourtant elle a tout bon en maths, en l'occurrence ici savoir ajouter 10 &#224; un nombre, objet de l'exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre d'un travail sur son erreur on pourrait pointer le sens de la pr&#233;sence du s de &#171; suivants &#187; dans la consigne, mais l'essentiel porte sur les deux- points : elle n'a manifestement pas pris l'habitude de bien faire attention au sens qu'ils introduisent dans une phrase, comme tous les autres signes de ponctuation. Or quand on consulte la majorit&#233; des manuels d'apprentissage de la lecture et les guides du ma&#238;tre qui les accompagnent on s'&#233;tonne de constater &#224; quel point un traitement explicite d&#232;s le d&#233;but de l'apprentissage de toute la ponctuation y est absent ou trop peu pr&#233;sent. Et pourtant ils insistent beaucoup sur &#171; lire, c'est comprendre &#187;, ce qui somme toute est assez paradoxal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple qui en dit long sur le sens de la ponctuation, relev&#233; dans un roman : &#171; Ils ont tous envie de vivre, l&#224;-bas. &#187; Qui ne voit ce que produirait la suppression de la virgule ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Certains p&#233;dagogues consid&#232;rent que c'est tout au long de la scolarit&#233; primaire que les &#233;l&#232;ves apprennent &#224; lire. Ils confondent assur&#233;ment la part technique de la lecture qui tombe dans &#171; les oubliettes de l'enfance &#187; (Jos&#233; Morais) et rend possibles toutes les lectures, et la lecture &#224; laquelle nous nous livrons pour penser, nous informer, imaginer&#8230;qui elle dure toute la vie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour d'autres d&#233;veloppements sur ces points on pourra se reporter &#224; mon article intitul&#233; Critique de l'id&#233;al constructiviste dans l'enseignement de la lecture : &lt;a href=&#034;http://leslettresbleues.fr/spip.php?article110&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://leslettresbleues.fr/spip.php?article110&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; condition de faire de la dict&#233;e un moment de r&#233;el apprentissage o&#249; les &#233;l&#232;ves peuvent &#234;tre appel&#233;s &#224; se corriger eux-m&#234;mes, et non pas un moment d'&#233;valuation not&#233;e, sanctionnante et classante, la dict&#233;e permet aux &#233;l&#232;ves d&#232;s le CP d'atteindre des performances tout &#224; fait remarquables. On pourra s'en convaincre en consultant sur le site &lt;a href=&#034;http://www.leslettresbleues.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.leslettresbleues.fr&lt;/a&gt; le &#034;guide du maitre&#034; accompagn&#233; d'exemples de dict&#233;es difficiles au fort taux de r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Disciplines scolaires et savantes : le cas des SES, une discussion (1)</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article216</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article216</guid>
		<dc:date>2016-01-11T11:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Mas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[On lira ci-dessous une intervention de Jean-Yves Mas, professeur de SES, discutant l'&#233;tude d'Alain Beitone, [&#171; Disciplines scolaires et disciplines savantes &#187;], publi&#233;e sur notre site. On pourra lire &#233;galement, en seconde partie publi&#233;e parall&#232;lement, une [r&#233;flexion de Jean-Pierre Terrail], du GRDS, qui rebondit &#224; son tour sur le texte de J. Y. Mas et appelle &#224; repenser ce que pourrait &#234;tre la contribution des sciences sociales &#224; la culture commune des jeunes g&#233;n&#233;rations.] &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; propos de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH62/arton216-ab117.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='62' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[On lira ci-dessous une intervention de Jean-Yves Mas, professeur de SES, discutant l'&#233;tude d'Alain Beitone, [&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article209' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Disciplines scolaires et disciplines savantes &#187;&lt;/a&gt;], publi&#233;e sur notre site. On pourra lire &#233;galement, en seconde partie publi&#233;e parall&#232;lement, une [&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article217' class=&#034;spip_in&#034;&gt;r&#233;flexion de Jean-Pierre Terrail&lt;/a&gt;], du GRDS, qui rebondit &#224; son tour sur le texte de J. Y. Mas et appelle &#224; repenser ce que pourrait &#234;tre la contribution des sciences sociales &#224; la culture commune des jeunes g&#233;n&#233;rations.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; propos de la question &#233;pist&#233;mologique en SES (Jean-Yves Mas)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; nouvel esprit des SES &#187; et le projet fondateur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La r&#233;cente contribution d'Alain Beitone, consacr&#233;e &#224; la question des relations entre disciplines savantes et disciplines scolaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beitone A., &#171; Disciplines scolaires et disciplines savantes &#187;, en ligne sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est une excellente illustration de ce qu'on peut d&#233;sormais appeler &#171; le nouvel esprit des SES &#187;. Alain Beitone est en effet un des inspirateurs de la r&#233;forme des programmes de SES qui, en 2010, a remis en cause l'esprit initial du projet fondateur de cette discipline scolaire tel qu'il avait &#233;t&#233; d&#233;fini dans le pr&#233;ambule des premiers programmes de 1967&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les programmes de 1967 sont consultables sur le site de l' APSES.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est en effet de cette ann&#233;e-l&#224; que datent l'introduction de l'enseignement des SES et la cr&#233;ation de la fili&#232;re B, puis ES, dans les lyc&#233;es d'enseignement g&#233;n&#233;ral (on parle aussi de &#171; troisi&#232;me culture &#187;, pour la dissocier de la culture litt&#233;raire et de la culture scientifique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, les SES sont un projet d'enseignement qui repose sur des options &#233;pist&#233;mologiques, didactiques et civiques originales. C'est un enseignement qui ne se d&#233;finit pas comme une prop&#233;deutique &#224; l'enseignement sup&#233;rieur, mais comme un enseignement de culture g&#233;n&#233;rale qui entend croiser les diff&#233;rentes sciences sociales sur des objets ou des th&#232;mes construits par ces derni&#232;res. C'est un enseignement qui se veut original sur le plan didactique car il recommande aux enseignants d'avoir recours &#224; ce qu'on appelle les m&#233;thodes actives par opposition aux p&#233;dagogies magistrales traditionnelles ; enfin, c'est un enseignement civique qui vise avant tout la formation du citoyen et le d&#233;veloppement de l'esprit critique des &#233;l&#232;ves : il s'agit de les initier aux grandes questions &#233;conomiques, sociales et politiques qui traversent les soci&#233;t&#233;s contemporaines afin de former des citoyens actifs et capables de participer au d&#233;bat public conform&#233;ment &#224; un certain ethos r&#233;publicain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point , on peut se reporter &#224; l'excellent article de C. Laval, L' (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis sa cr&#233;ation, cet enseignement fait l'objet de nombreuses critiques qui portent sur les options d&#233;crites ci-dessus et ce qu'on appelle de fa&#231;on globale son &#171; projet fondateur &#187;. Ces critiques viennent &#224; la fois du monde acad&#233;mique - principalement d'&#233;conomistes de l'enseignement sup&#233;rieur ; ce sont celles qui vont &#234;tre reprises par Alain Beitone et certains de ses coll&#232;gues - et du monde de l'entreprise - &#224; travers notamment l'Institut de l'Entreprise, un think thank proche du Medef. La r&#233;forme des programmes de 2010 s'inspire en grande partie des principes &#233;nonc&#233;s par la critique acad&#233;mique, critiques qui sont expos&#233;es dans la contribution d'Alain Beitone et auxquelles ce pr&#233;sent article se propose de r&#233;pondre. La premi&#232;re partie de cette tribune sera consacr&#233;e aux critiques concernant les options &#233;pist&#233;mologiques du projet fondateur et notamment au d&#233;bat entre partisans et adversaires du croisement disciplinaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clo&#233; Gaubert, La s&#233;paration disciplinaire dans les programmes de SES : un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Alain Beitone, le projet fondateur et l'esprit des SES s'inscrivent dans un courant misologiste, bien dans l'air du temps, de critique voire de refus des disciplines acad&#233;miques et universitaires. Cette critique des savoirs disciplinaires, qui eut une certaine l&#233;gitimit&#233; dans les ann&#233;es post-68, participe d'une certaine doxa p&#233;dagogique qui, au nom de la critique des disciplines acad&#233;miques, aggrave les in&#233;galit&#233;s scolaires, g&#233;n&#232;re de la p&#233;dagogie invisible et encourage le relativisme. Ainsi selon lui, &#171; le discours dominant en SES est structur&#233; par le refus de faire de l'enseignement des SES au lyc&#233;e une &#171; prop&#233;deutique &#187; de l'enseignement sup&#233;rieur, par une prise de distance &#224; l'&#233;gard des &#171; savoirs acad&#233;miques &#187; et des disciplines institu&#233;es, par un refus de voir dans les savoirs savants la source de l&#233;gitimit&#233; des savoirs enseign&#233;s dans les disciplines scolaires &#187;. Voil&#224; pourquoi la r&#233;forme des programmes de 2010 a remis en cause l'approche pluridisciplinaire des faits &#233;conomiques et sociaux que revendiquait le projet fondateur. Le pr&#233;ambule des nouveaux programmes pr&#244;ne d&#233;sormais sur une s&#233;paration des champs disciplinaires mobilis&#233;s par les SES (science &#233;conomique, sociologie et sciences politiques)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons toutefois que le croisement disciplinaire n'a pas compl&#232;tement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il importe donc, selon Alain Beitone, que l'enseignement des SES dans le secondaire soit organis&#233; selon la th&#233;orie de la transposition didactique et que les enseignants de SES se pr&#233;occupent avant tout de la mani&#232;re dont les savoirs savants vont &#234;tre transpos&#233;s et adapt&#233;s &#224; l'enseignement secondaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article de J. Lawruszenko, I. Martinache et J-Y Mas &#171; 1967-2010, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous tenons d'abord &#224; pr&#233;ciser que nous sommes partiellement d'accord avec le point de vue que d&#233;fendent J.P. Terrail et Alain Beitone sur les dangers des r&#233;formes &#233;ducatives actuelles qui au nom de l'inter-disciplinarit&#233; et de la logique des comp&#233;tences cherchent &#224; remettre en question les disciplines savantes traditionnelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.P. Terrail Les enjeux cach&#233;s de l'interdisciplinarit&#233; au coll&#232;ge, en ligne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour autant nous ne partageons pas le diagnostic que porte Alain Beitone sur le projet fondateur des SES et certaines de ses affirmations, notamment celles selon lesquelles les enseignants oppos&#233;s aux nouveaux programmes de SES seraient hostiles aux &#171; savoirs savants &#187; et aux disciplines institu&#233;es, nous semblent plus que discutables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le d&#233;bat ici pr&#233;sent ne recoupe pas le clivage d&#233;bat entre r&#233;publicains et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme nous l'expliquerons plus loin, Alain Beitone, dans son hostilit&#233; au projet fondateur confond deux d&#233;bats, celui qui porte sur les &#171; disciplines &#187; et leur r&#244;le dans l'enseignement secondaire actuel et celui qui porte sur l'enseignement de l'&#233;conomie dans l'enseignement secondaire et sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enseignants de SES et les savoirs savants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons en premier lieu que les enseignants de SES, hostiles aux nouveaux programmes, ont &#233;t&#233; form&#233;s &#224; l'universit&#233;, o&#249; ils ont acquis savoirs et dipl&#244;mes dans une discipline particuli&#232;re (l'&#233;conomie, la sociologie ou les sciences politiques). Ils ont pass&#233; les concours de l'enseignement secondaire, qui n&#233;cessitent une bonne ma&#238;trise des savoirs disciplinaires. Ils sont parfois aussi qualifi&#233;s que certains universitaires (puisque de nombreux enseignants sont titulaires de th&#232;ses), et certains d'entre eux enseignent m&#234;me dans le sup&#233;rieur. On ne voit pas bien pourquoi &#171; l'esprit des SES &#187; serait a priori hostile au monde universitaire ou remettrait en cause la l&#233;gitimit&#233; des savoirs savants. Les enseignants n'ont pas non plus choisi d'enseigner les SES par penchant pour l'h&#233;t&#233;rodoxie, mais parfois pour des questions plus prosa&#239;ques ou plus mat&#233;rialistes (salaires plus &#233;lev&#233;s, faiblesse des postes dans le sup&#233;rieur, s&#233;curit&#233; de l'emploi...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces enseignants ne refusent donc pas par principe le d&#233;coupage disciplinaire ou les savoirs savants mais ils estiment que l'enseignement de l'&#233;conomie dans le secondaire, car c'est souvent sur l'enseignement de cette discipline que porte le d&#233;bat, n'a pas &#224; devenir la copie, m&#234;me &#233;dulcor&#233;e, de l'enseignement de l'&#233;conomie &#224; l'universit&#233;, tout simplement parce que les publics et les objectifs de l'enseignement secondaire ne sont pas les m&#234;mes que ceux de l'enseignement sup&#233;rieur. L'objectif de l'enseignement secondaire est de permettre aux &#233;l&#232;ves, en tant que futurs citoyens et futurs &#233;tudiants, d'acqu&#233;rir une culture g&#233;n&#233;rale en sciences sociales et en science &#233;conomique, celui de l'enseignement sup&#233;rieur de former des sp&#233;cialistes. Chaque degr&#233; d'enseignement a sa logique et sa sp&#233;cificit&#233;, il est st&#233;rile selon nous de chercher &#224; former, ou m&#234;me de vouloir s'inspirer de ce qui se fait dans l'enseignement sup&#233;rieur lorsqu'on a en face de soi des jeunes qui ont une connaissance de la soci&#233;t&#233; encore embryonnaire. On ne forme pas des &#233;l&#232;ves qui ont entre 15 et 18 ans, et qui n'ont qu'une heure de cours par semaine en SES en seconde, et au mieux 5 ou 6 en premi&#232;re et terminale, et dont beaucoup ne poursuivront pas un cursus de science sociales ou de sciences &#233;conomiques, comme on forme des &#233;tudiants destin&#233;s &#224; passer des masters ou des doctorats dans des disciplines sp&#233;cialis&#233;es. L'objectif des SES est de former des lyc&#233;ens &#224; une culture &#233;conomique et sociale, de les pr&#233;parer &#224; poursuivre des &#233;tudes sup&#233;rieures ou leur donner envie de poursuivre des &#233;tudes en sciences sociales, et non de former de futurs &#233;conomistes ou de futurs sociologues. Dire cela, ce n'est en rien renoncer &#224; transmettre des savoirs savants, ni avoir une conception &#171; d&#233;ficitariste &#187; des &#233;l&#232;ves, mais cette transmission ne peut se faire sur le mod&#232;le de la transposition didactique, qui si on en suit la logique, conduirait &#224; sensibiliser les &#233;l&#232;ves, d&#232;s la maternelle, &#224; la question de l'utilit&#233; marginale ou du surplus du consommateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pol&#233;mique sur l'enseignement de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que refusent les enseignants hostiles aux nouveaux programmes, ce n'est pas d'enseigner des savoirs savants, mais de consid&#233;rer qu'il n'y aurait qu'une seule mani&#232;re l&#233;gitime d'enseigner l'&#233;conomie, celle qui est actuellement dominante &#224; l'universit&#233;, c'est-&#224;-dire de l'enseigner comme une discipline formelle et d&#233;sincarn&#233;e &#224; travers le prisme du seul paradigme dominant et de la seule approche micro&#233;conomique. A l'inverse, ils souhaitent faire de l'&#233;conomie une discipline vivante qui permette de rendre compte de l'&#233;volution des &#233;conomies contemporaines, comme le permettaient en partie les anciens programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens programmes, parce qu'ils &#233;taient soucieux du respect du pluralisme des paradigmes &#233;taient aussi exigeants que les nouveaux programmes au sein desquels de nombreuses notions pourtant fort utiles ont disparu. En premi&#232;re, ils commen&#231;aient, par exemple, par pr&#233;senter les diff&#233;rents agents &#233;conomiques (m&#233;nages, entreprises, administrations ) selon l'approche macro-&#233;conomique classique de la comptabilit&#233; nationale que l'on trouve sur le site de l'INSEE. Cette approche macro avait le m&#233;rite de d&#233;finir un cadre global permettant d'identifier les fonctions des principaux agents &#233;conomiques, les relations qu'ils entretiennent entre eux, et donnait surtout un sens aux notions qui &#233;taient pr&#233;sent&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les nouveaux programmes ont fait dispara&#238;tre cette approche macro-&#233;conomique de l'&#233;conomie et de l'entreprise au profit d'une approche d'inspiration micro-&#233;conomique (introduction au calcul du consommateur en seconde et en premi&#232;re, au calcul du producteur en premi&#232;re, exposition de la loi des rendements d&#233;croissants, exposition formelle de la loi de l'offre et de la demande, &#233;tude de l'&#233;lasticit&#233; ), d'autant plus st&#233;rile que les &#233;l&#232;ves ne poss&#232;dent de toute fa&#231;on pas le bagage n&#233;cessaire &#224; un v&#233;ritable enseignement de micro-&#233;conomie, notamment en math&#233;matique. Ils sont de plus cens&#233;s apprendre les fondements micro &#233;conomiques du comportement des agents (r&#244;le omnipr&#233;sent du th&#232;me des incitations dans tous les chapitres), sans qu'on leur donne vraiment les moyens d'en comprendre le sens, ni l'int&#233;r&#234;t de cette approche, dont les programmes ne pr&#233;cisent pas qu'elle repose sur des hypoth&#232;ses comportementales particuli&#232;res et discutables (mod&#232;le de l'homo economicus). Certes, le premier chapitre actuel reprend les grandes &#233;quations macro&#233;conomiques sur le partage de la Valeur Ajout&#233;e, sur l'&#233;quilibre ressources-emplois et sur l'approche du PIB &#171; par les produits &#187;, mais comme ces &#233;quations fondamentales sont pr&#233;sent&#233;es comme des r&#233;ponses aux &#171; grandes questions que se posent les &#233;conomistes &#187;, et sans que ces question soient reli&#233;es entre elles, il y a peu de chance pour que les &#233;l&#232;ves en comprennent v&#233;ritablement le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre 2, l'entreprise est abord&#233;e sous l'angle de l'analyse micro-&#233;conomique du calcul du producteur. Elle est pr&#233;sent&#233;e de fa&#231;on d&#233;sincarn&#233;e comme une institution sans acteurs qui combine des facteurs de production substituables en fonction de leurs prix relatifs. Confront&#233;e &#224; la loi des rendements d&#233;croissants, elle doit choisir le niveau de sa production en fonction de sa recette marginale et de son co&#251;t marginal. Mais la fa&#231;on dont les entreprises mesurent leur activit&#233; n'est abord&#233;e que de fa&#231;on superficielle et les relations sociales au sein de l'entreprise ne sont &#233;tudi&#233;es que dans le dernier chapitre : quant &#224; la fa&#231;on dont elles cherchent concr&#232;tement &#224; augmenter leur profit et organisent le travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'organisation du travail &#233;tait &#233;tudi&#233;e en seconde et en terminale dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, probl&#233;matiques relativement importantes dans une &#233;conomie capitaliste, elles ne sont tout simplement plus abord&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, avant d'&#233;voquer la question de la substituabilit&#233; des facteurs de production, la loi des rendements d&#233;croissants ou la th&#233;orie des co&#251;ts de transaction, ne serait-il pas plus logique de s'assurer que les &#233;l&#232;ves sont capables d'identifier clairement les principaux acteurs de l'entreprise ? (et notamment savent ce qu'est une SA, et ne confondent pas dirigeants et propri&#233;taires de l'entreprise), de comprendre comment une entreprise r&#233;alise son profit (et pas uniquement sous l'angle micro &#233;conomique &#171; abstrait &#187; du calcul du producteur) et d'&#233;tudier les diff&#233;rentes strat&#233;gies de croissance (croissance interne / externe ) qu'elles mettent en &#339;uvre pour les augmenter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Beitone regrette que &#171; Jamais non plus les grands d&#233;bats scientifiques autour de la coordination ne sont &#233;voqu&#233;s. (&#8230;) Par cons&#233;quent la pr&#233;sence dans le programme des concepts de coordination, de coop&#233;ration, de hi&#233;rarchie, de march&#233;, d'entreprise, des grands d&#233;bats scientifiques autour de la coordination (plan et march&#233; &#224; partir du d&#233;bat entre O. Lange et L. von Mises, hi&#233;rarchie et march&#233; &#224; travers les travaux de R. Coase et O. Williamson), bien collectif, de bien commun, ne semble &#233;voquer chez les auteurs de manuels (et chez les professeurs ?) aucune probl&#233;matique d'ensemble, aucun des grands d&#233;bats th&#233;oriques qui traversent les disciplines de r&#233;f&#233;rence &#187;. Mais il oublie aussi de pr&#233;ciser que des notions essentielles comme le chiffre d'affaires, les consommations interm&#233;diaires, les &#233;conomies d'&#233;chelle, la profitabilit&#233;, la rentabilit&#233;, la comp&#233;titivit&#233;, la concentration et l'investissement des entreprises ont disparu des programmes de premi&#232;re ES. Peut-&#234;tre faudrait-il s'assurer que les &#233;l&#232;ves ma&#238;trisent ces notions &#233;l&#233;mentaires avant d'aborder &#171; les grands d&#233;bats scientifiques &#187; qui traversent la discipline. Ces questions semblent &#171; aller de soi &#187; pour des enseignants ou des &#233;tudiants en &#233;conomie, elles ne le sont souvent pas du tout pour des &#233;l&#232;ves qui savent &#224; peine distinguer une entreprise d'une administration. &#192; la limite, le professeur de SES peut m&#234;me consacrer un chapitre &#224; l'&#233;tude de l'entreprise sans en citer une seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre objectif n'est toutefois pas ici de discuter des m&#233;rites et des limites de la th&#233;orie micro-&#233;conomique, qui peut &#234;tre int&#233;ressante, notamment pour illustrer le ph&#233;nom&#232;ne des &#233;conomies d'&#233;chelle, mais &#224; condition de la fondre dans un chapitre global et descriptif, qui permette aux &#233;l&#232;ves de comprendre en quoi consiste l'activit&#233; d'une entreprise. Il s'agit ici de rappeler que l'approche micro-&#233;conomique n'est pas la seule approche possible des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques et qu'elle nous semble globalement inappropri&#233;e pour des &#233;l&#232;ves n'ayant qu'une connaissance embryonnaire des r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques. Ce ne sont donc pas les savoirs &#171; savants &#187; que les enseignants hostiles au nouveau programme refusent d'enseigner, mais une approche de l'&#233;conomie et de l'entreprise qui ne permet pas aux &#233;l&#232;ves de comprendre r&#233;ellement certains m&#233;canismes &#233;conomiques fondamentaux, ce qui ne veut pas dire non plus qu'il ne faut pas aborder certains d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire cela, ce n'est pas avoir une conception &#171; d&#233;ficitariste &#187; de nos &#233;l&#232;ves, mais se poser la question du degr&#233; d'appropriabilit&#233; et d'attractivit&#233; des savoirs par les apprenants ne nous semble pas tout &#224; fait inutile lorsqu'on cherche &#224; &#233;laborer un programme scolaire. C'est &#224; l'inverse se montrer soucieux d'une p&#233;dagogie explicite et coh&#233;rente qui prenne en compte les difficult&#233;s d'apprentissage de nombreux &#233;l&#232;ves qui arrivent en classe de premi&#232;re ES sans trop savoir souvent &#224; quoi correspond cette discipline qu'ils ont &#224; peine eu la possibilit&#233; &#171; d'explorer &#187; en seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fait social total entre &#233;pist&#233;mologie et p&#233;dagogie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la question de l'enseignement de l'&#233;conomie, le d&#233;bat porte surtout sur la pertinence &#233;pist&#233;mologique et didactique du croisement disciplinaire dans l'&#233;tude des faits &#233;conomiques et sociaux. Or il est parfaitement possible d'&#234;tre &#171; &#224; la fois &#187; partisan du croisement disciplinaire pour des raisons &#233;pist&#233;mologiques ou p&#233;dagogiques et reconna&#238;tre, par ailleurs, la l&#233;gitimit&#233; des savoirs savants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche pluridisciplinaire des faits &#233;conomiques et sociaux est justifi&#233;e par la proximit&#233; et de l'imbrication fr&#233;quente des probl&#233;matiques &#233;conomiques et sociales. Certes, la sociologie et la science &#233;conomique se d&#233;finissent d'abord par leur d&#233;marche m&#233;thodologique et non par leur objet ; il n'emp&#234;che que leur apport est souvent plus important sur certains objets que sur d'autres. Sans en avoir le monopole, les disciplines s'exercent sur des champs d'investigation privil&#233;gi&#233;s et leur f&#233;condit&#233; heuristique d&#233;pend souvent du terrain qu'elles investissent. Il y a ainsi une &#171; &#233;conomie de la famille &#187; ou une &#171; &#233;conomie de l'&#233;ducation &#187;, mais la famille et l'&#233;ducation restent surtout le terrain privil&#233;gi&#233; des sociologues ; &#224; l'inverse, il existe une &#171; sociologie de l'innovation &#187; ou &#171; une sociologie de l'emploi &#187; mais l'emploi et l'innovation sont traditionnellement plut&#244;t &#233;tudi&#233;s par les &#233;conomistes. Il existe enfin de nombreux terrains, objets ou institutions communs qui sont investis &#224; la fois par les sociologues et les &#233;conomistes comme la consommation, le travail, l'entreprise, les in&#233;galit&#233;s sociales, le ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologues et &#233;conomistes connaissent des enjeux de territoires et n'h&#233;sitent pas &#224; faire parfois des incursions sur le terrain du voisin ; ainsi les &#233;conomistes investissent-ils des objets sociologiques, notamment lorsque les th&#233;oriciens du choix rationnel s'int&#233;ressent &#224; l'action collective. &#224; l'inverse, des sociologues s'int&#233;ressent &#224; des pratiques &#233;conomiques, quand ils analysent ainsi les logiques sociales de l'&#233;change. Ces disciplines ont donc vocation &#224; dialoguer et &#224; s'enrichir mutuellement car elles s'int&#233;ressent aux m&#234;mes objets et que les savoirs qu'elles produisent sur ces derniers sont souvent compl&#233;mentaires. Ce que reconnaissent par ailleurs explicitement les nouveaux programmes qui renvoient en fin d'ann&#233;e l'&#233;tude de certains th&#232;mes sous l'angle des &#171; regards crois&#233;s &#187; ; mais ils le font de fa&#231;on artificielle et marginale alors que ces th&#232;mes pourraient tr&#232;s bien &#234;tre int&#233;gr&#233;s &#224; d'autres chapitres du programme sans qu'il soit n&#233;cessaire de leur consacrer un chapitre particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est par ailleurs pas &#233;tonnant que ces disciplines partagent parfois les m&#234;mes objets, puisqu'elles sont n&#233;es de la volont&#233; commune de comprendre les m&#233;canismes et les dynamiques qui ont boulevers&#233; les soci&#233;t&#233;s occidentales &#224; partir du XVI&#232;me si&#232;cle. Ces bouleversements ont &#233;t&#233; &#224; la fois de nature &#233;conomique, sociale et politique. Les questions engendr&#233;es par la r&#233;volution industrielle, le changement social et l'&#233;mergence des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques sont intrins&#232;quement li&#233;es. Les interactions entre les faits &#233;conomiques, politiques, sociaux et &#233;cologiques sont telles qu'il est souvent vain de chercher &#224; &#233;tudier un de leurs aspects sans &#233;voquer les autres, comme le montre par exemple l'analyse de la crise actuelle ou celle des cons&#233;quences du changement climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;conomie et sociologie partagent aussi une m&#234;me volont&#233; d'expliquer certains comportements humains, mais elles le font &#224; partir d'hypoth&#232;ses anthropologiques diff&#233;rentes. L'&#233;conomie s'int&#233;resse surtout aux effets produits par l'agr&#233;gation de comportements &#233;go&#239;stes alors qu'&#224; l'inverse la sociologie privil&#233;gie plut&#244;t l'impact de la socialisation dans l'explication de ces comportements. Le d&#233;veloppement de la sociologie doit par ailleurs beaucoup &#224; la crainte et &#224; l'inqui&#233;tude g&#233;n&#233;r&#233;es par le d&#233;veloppement de l'&#233;thique utilitariste et de l'individualisme au XIX&#232;me si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le montre Christian Laval dans L'homme &#233;conomique (NRF/ Gallimard) et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;conomie et la sociologie entretiennent donc des liens quasi-incestueux, puisqu'elles posent la question de l'origine de certaines pratiques humaines, m&#234;me si les sch&#232;mes d'intelligibilit&#233; qu'elles proposent reposent sur des hypoth&#232;ses anthropologiques diff&#233;rentes. Il est donc tout &#224; fait coh&#233;rent de chercher &#224; confronter et &#224; faire dialoguer ces disciplines lorsque le th&#232;me &#233;tudi&#233; s'y pr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de toute fa&#231;on erron&#233; de pr&#233;tendre que les SES souhaitent s'affranchir des savoirs savants ou du monde acad&#233;mique, puisqu'au contraire cet enseignement s'inscrit dans une tradition intellectuelle et &#233;pist&#233;mologique riche et f&#233;conde qui a pour anc&#234;tre Emile Durkheim, Marcel Mauss, Claude Levi Strauss, Fernand Braudel et plus pr&#232;s de nous Pierre Bourdieu qui, tous, se r&#233;clament d'une &#233;pist&#233;mologie du fait social total. Pierre Bourdieu consid&#233;rait la sociologie comme une v&#233;ritable science mais il &#233;tait par ailleurs favorable au croisement disciplinaire tel qu'il est d&#233;fini par le projet fondateur des SES&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment son intervention au stage de l' APSES en 1998 en ligne sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le croisement disciplinaire a donc ses d&#233;fenseurs y compris &#224; l'universit&#233; et de nombreux chercheurs, &#233;conomistes et sociologues, comme Bernard Lahire, Andr&#233; Orl&#233;ans, Thomas Picketty ou St&#233;phane Beaud, ont critiqu&#233; les nouveaux programmes. Rappelons par ailleurs que la plupart des nouveaux paradigmes apparus en sciences sociales depuis les ann&#233;es 70 (&#233;cole de la r&#233;gulation, le MAUSS, l'&#233;cole des conventions..) reposent sur une approche pluridisciplinaire des faits sociaux et que pour certains universitaires, ce ne sont pas les SES qui doivent copier la fa&#231;on dont l'&#233;conomie est enseign&#233;e &#224; l'universit&#233; mais, &#224; l'inverse, l'enseignement de l'&#233;conomie &#224; l'universit&#233; qui devrait s'inspirer de l'enseignement des SES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas d'un c&#244;t&#233; les SES, discipline &#171; turbulente &#187; de l'enseignement secondaire qui cherche &#224; s'&#233;manciper des savoirs savants et de l'autre l'enseignement l&#233;gitime de l'&#233;conomie &#224; l'universit&#233; qui repose sur l'enseignement des v&#233;ritables savoirs, mais bien un d&#233;bat qui concerne la science &#233;conomique et son enseignement dans son ensemble, d&#233;bat qui oppose dans l'enseignement sup&#233;rieur comme dans l'enseignement secondaire, les partisans du paradigme &#171; mainstream &#187;, et ceux qui contestent sa domination, domination qui a autant &#224; voir avec son poids institutionnel qu'avec sa f&#233;condit&#233; heuristique. Or dans son article Alain Beitone n'&#233;voque &#224; aucun moment les pol&#233;miques sur l'enseignement de l'&#233;conomie &#224; l'universit&#233;, comme si ce d&#233;bat ne concernait pas l'enseignement secondaire. On peut donc &#234;tre partisan du projet fondateur, et reconna&#238;tre la l&#233;gitimit&#233; des savoirs savants, &#224; condition de ne pas consid&#233;rer que ces derniers doivent &#234;tre uniquement issus en &#233;conomie du seul paradigme dominant, et de ne pas masquer que ces savoirs, m&#234;me s'ils sont &#171; savants &#187;, sont l'objet de d&#233;bats et de critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cloisonnement disciplinaire et p&#233;dagogie invisible, l'exemple du th&#232;me de l'entreprise dans le programme de premi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne comprenons pas tr&#232;s bien non plus au nom de quel principe &#233;pist&#233;mologique ou didactique, l'enseignant qui fait &#233;tudier &#224; ses &#233;l&#232;ves tel ou tel aspect de la soci&#233;t&#233; devrait se priver de l'apport des sciences sociales lorsqu'il &#233;tudie plut&#244;t un th&#232;me &#233;conomique, ou &#224; l'inverse des apports de la science &#233;conomique sur un objet sociologique, ni pourquoi on devrait morceler les savoirs, lorsque des &#233;clairages compl&#233;mentaires sont possibles et peuvent favoriser les apprentissages des &#233;l&#232;ves. &#192; partir du moment o&#249; l'enseignant distingue explicitement sur un th&#232;me les facteurs &#233;conomiques et les facteurs sociaux, les apports de la sociologie et ceux de la science &#233;conomique, le croisement disciplinaire ne g&#233;n&#232;re pas plus de p&#233;dagogie invisible qu'une approche strictement disciplinaire des faits &#233;tudi&#233;s. En effet, on peut tr&#232;s bien accepter et reconna&#238;tre la l&#233;gitimit&#233; des disciplines acad&#233;miques et souhaiter pourtant croiser les regards et les savoirs parce que cette d&#233;marche s'av&#232;re plus riche et plus stimulante sur le plan p&#233;dagogique. Sur bien des points, l'enseignant doit souvent aller un peu plus loin que les indications officielles afin de mettre en place une progression p&#233;dagogique explicite qui permette de rem&#233;dier aux lacunes et aux omissions des nouveaux programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e par les disciplines pr&#233;conis&#233;e par les nouveaux programmes s'est traduite concr&#232;tement par un appauvrissement culturel de la formation des &#233;l&#232;ves. On peut ainsi s'&#233;tonner de la disparition de toute perspective anthropologique dans les programmes de SES puisque l'&#233;tude de la famille et de ses diff&#233;rentes formes, th&#232;me pourtant tr&#232;s attractif aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves, a disparu des programmes de seconde, que l'&#233;tude de la culture n'est plus au programme de premi&#232;re et qu'il n'est plus possible non plus d'&#233;voquer la th&#233;orie du don dans le chapitre consacr&#233; au march&#233; en premi&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que pourrait regretter Jean Pierre Terrail lorsqu'il &#233;crit &#171; Pour lutter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me que nous ne comprenons pas en quoi proposer une analyse sociologiques de textes classiques de la litt&#233;rature fran&#231;aise du XIX&#232;me si&#232;cle en SES, serait source de p&#233;dagogie invisible, comme le sugg&#232;re Alain Beitone qui &#233;crit : &#171; le professeur de SES qui fait &#233;tudier un extrait de Zola ou de Balzac &#224; propos des classes sociales est dot&#233;, lui, d'une grille de lecture sociologique pour en rendre compte, alors que pour une bonne partie des &#233;l&#232;ves, l'impression pr&#233;vaudra &#034;qu'aujourd'hui en SES on a fait du fran&#231;ais&#034; &#187;. Il nous semble qu'&#224; l'inverse faire des ponts entre les disciplines, c'est aussi donner aux &#233;l&#232;ves la possibilit&#233; de relier les diff&#233;rents savoirs et leur donner un sens ; c'est aussi favoriser leur ouverture culturelle et leur curiosit&#233; intellectuelle, et montrer en quoi toutes les disciplines de l'enseignement secondaire participent &#224; cette formation intellectuelle et culturelle. Faut-il, par exemple, arr&#234;ter d'enseigner le calcul et l'utilisation des taux de variations, des valeurs relatives ou des indices, qui sont des outils indispensables en SES, sous pr&#233;texte que les &#233;l&#232;ves risquent de penser qu'en SES &#171; on fait des maths &#187; ? L'approche pluridisciplinaire des faits &#233;conomiques et sociaux est donc justifi&#233;e &#224; la fois sur le plan &#233;pist&#233;mologique et sur le plan didactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, c'est le cloisonnement disciplinaire qui, en proposant des analyses partielles des ph&#233;nom&#232;nes &#233;tudi&#233;s, risque de nuire aux apprentissages et d'&#234;tre source de savoirs implicites comme nous allons le montrer en analysant la fa&#231;on dont est trait&#233; le th&#232;me de l'entreprise dans les programmes de premi&#232;re ES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re, l'entreprise est abord&#233;e dans le premier chapitre, sous l'angle de la diversit&#233; des modes de production, la notion de profit appara&#238;t elle aussi dans ce chapitre &#224; travers l'&#233;tude du partage de la valeur ajout&#233;e ; puis l'entreprise est abord&#233;e dans le second chapitre &#224; travers le calcul du producteur. Dans ce chapitre on demande aux enseignants de pr&#233;senter les diff&#233;rentes entreprises et d'&#233;voquer leur indicateur d'activit&#233;, mais sans que cela n'apparaisse comme le c&#339;ur du chapitre. Dans le chapitre 3, les entreprises sont abord&#233;es sous l'angle de l'offre globale sur un march&#233; (march&#233; sur lequel il n 'y a jamais de probl&#232;me de d&#233;bouch&#233;s). Le financement de l'entreprise, quant &#224; lui, peut &#234;tre vu dans le chapitre 4 (monnaie et finance), et enfin dans le dernier chapitre du programme sont abord&#233;es les relations sociales au sein de l'entreprise sous l'angle de la th&#233;orie des co&#251;ts de transaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il nous semble que sur ce th&#232;me, il serait plus simple de regrouper l'ensemble des savoirs &#233;voqu&#233;s dans un seul chapitre, chapitre qui pr&#233;senterait les diff&#233;rents types d'entreprises, leurs principaux acteurs, la mesure de leur activit&#233; et les strat&#233;gies qu'elles peuvent suivre pour augmenter leurs profits. Bref, &#233;voquer les dimensions juridique, comptable, financi&#232;re, sociale et &#233;conomique des entreprises dans un m&#234;me chapitre, quitte &#224; ce que certains probl&#232;mes soient approfondis dans des chapitre sp&#233;cifiques, nous semble plus coh&#233;rent et plus efficace en terme d'apprentissage, que de distiller des &#233;l&#233;ments de savoirs tout au long de l'ann&#233;e. Quel sens donne-t-on aux apprentissages lorsqu'on construit un programme scolaire qui ne donne que des informations partielles sur les th&#232;mes &#233;tudi&#233;s et laisse aux &#233;l&#232;ves le soin de les rassembler pour leur donner un sens ? On peut, par exemple, l&#233;gitimement se demander si ce n'est pas plut&#244;t le cloisonnement disciplinaire qui est source de savoirs implicites, puisque seuls les &#233;l&#232;ves qui savent d&#233;j&#224; comment fonctionne une entreprise vont pouvoir par exemple, comprendre l'int&#233;r&#234;t du calcul du producteur. Autrement dit, vouloir analyser les faits sociaux dans leur globalit&#233;, lorsque cela s'y pr&#234;te, est beaucoup plus stimulant en terme d'acquis cognitifs et souvent plus coh&#233;rent en terme de progression p&#233;dagogique et d'exposition des savoirs que d'aborder certains items du programme de fa&#231;on parcellaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir des &#171; objets &#187; ou de &#171; th&#232;mes &#187; est de toute fa&#231;on indispensable dans un enseignement de sciences sociales &#224; vocation g&#233;n&#233;raliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On imagine mal un programme dans le secondaire qui serait de type &#171; histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et lorsque les savoirs disciplinaires aident les &#233;l&#232;ves &#224; mieux comprendre certaines probl&#233;matiques, il est coh&#233;rent de les rassembler pour en proposer une analyse globale, plut&#244;t que d'en rejeter tel ou tel aspect, sous pr&#233;texte que cela risque de produire des savoirs implicites. Il ne s'agit pas pour autant de pratiquer un enseignement pluridisciplinaire par principe ou par refus du d&#233;coupage des savoirs, mais tout simplement parce que, en science sociales sur certains th&#232;mes, les savoirs sont compl&#233;mentaires et qu'il permettent une approche plus rigoureuse et plus coh&#233;rente de la r&#233;alit&#233; sociale. Du reste, tous les th&#232;mes du programme de premi&#232;re ne se pr&#234;tent pas &#224; une approche pluridisciplinaire ; nous sommes pour notre part, favorable &#224; une r&#233;-&#233;criture des ces programmes selon un d&#233;coupage qui permette de distinguer clairement, comme dans les anciens programmes, les dimensions &#233;conomiques, sociales et politiques des soci&#233;t&#233;s contemporaines. Mais rien n'interdisait alors, de parler des approches anthropologiques du march&#233; ou de la monnaie dans l'analyse des liens marchands, des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et de leur mesure dans la partie sur les liens sociaux, ni des politiques &#233;conomiques dans une troisi&#232;me partie sur le r&#244;le de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi &#234;tre favorable au croisement disciplinaire ne signifie en rien &#234;tre hostile aux savoirs savants ; c'est au contraire vouloir les confronter, les faire dialoguer, et montrer en quoi ils peuvent &#234;tre compl&#233;mentaires afin d'enrichir la culture de nos &#233;l&#232;ves. Ce n'est pas non plus proposer des analyses exhaustives des faits &#233;conomiques et sociaux, mais vouloir les analyser de fa&#231;on globale et coh&#233;rente. Enfin, se revendiquer d'un enseignement pluridisciplinaire, ce n'est pas non plus refuser les disciplines, puisque pour les partisans du projet fondateur, les S.E.S. correspondent tout fait &#224; la conception des disciplines que propose J.P. Terrail : &#171; une discipline est donc tout autre chose qu'une masse d'informations qu'il s'agirait d'inculquer aux &#233;l&#232;ves. C'est un outil de la pens&#233;e, une puissance d'interpr&#233;tation. C'est l'ensemble constitu&#233; d'un objet, mais surtout et ins&#233;parablement du point de vue sous lequel on interroge cet objet et des m&#233;thodes d'investigation ad&#233;quates, point de vue et m&#233;thodes permettant seuls de produire une intelligibilit&#233; au moins partielle de l'objet &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les enjeux cach&#233;s de l'interdisciplinarit&#233; au coll&#232;ge, J.P. Terrail, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Contrairement &#224; ce qu'affirme Alain Beitone, les SES sont bien une discipline &#224; part enti&#232;re que les partisans du projet fondateur ont appris &#224; d&#233;fendre contre les multiples attaques dont elles sont victimes depuis leur cr&#233;ation !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article209" class="spip_out"&gt;Disciplines scolaires et disciplines savantes. Enjeux pour la formation des ma&#238;tres et la formation des &#233;l&#232;ves. L'exemple des SES&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beitone A., &#171; &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article209' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Disciplines scolaires et disciplines savantes&lt;/a&gt; &#187;, en ligne sur le site du GRDS 09-2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les programmes de 1967 sont consultables sur le site de l' APSES.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point , on peut se reporter &#224; l'excellent article de C. Laval, &lt;i&gt;L' esprit des SES et l'&#233;thique r&#233;publicaine&lt;/i&gt; (1996), en ligne sur le site de la revue IDEES.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clo&#233; Gaubert, &lt;i&gt;La s&#233;paration disciplinaire dans les programmes de SES : un enjeu pour les sciences sociales - La perception du combat pour l'APSES, l'AFEP et PEPS-Economie&lt;/i&gt;, en ligne sur le site de l' APSES.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notons toutefois que le croisement disciplinaire n'a pas compl&#232;tement disparu puisqu'en fin de programme de premi&#232;re et de terminale, une partie intitul&#233;e &#171; regards crois&#233;s &#187; propose des items communs &#224; l'&#233;conomie, &#224; la sociologie et &#224; la sciences politique&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'article de J. Lawruszenko, I. Martinache et J-Y Mas &#171; 1967-2010, la d&#233;marche des SES en question &#187; dans l'ouvrage collectif (direction de E. Le Nader, M. Galy et P. Combemale) &lt;i&gt;Les SES, histoire, enseignement, concours&lt;/i&gt;, &#201;dition La D&#233;couverte, Paris, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.P. Terrail &lt;i&gt;Les enjeux cach&#233;s de l'interdisciplinarit&#233; au coll&#232;ge&lt;/i&gt;, en ligne sur le site du GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le d&#233;bat ici pr&#233;sent ne recoupe pas le clivage d&#233;bat entre r&#233;publicains et p&#233;dagogues, l'auteur de ces lignes comme par ailleurs AB, ne se reconnaissant dans aucune de ces mouvances, ce d&#233;bat concerne avant tout l'enseignement des SES et son extrapolation &#224; d'autres disciplines scolaires ne nous semble pas forc&#233;ment pertinente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'organisation du travail &#233;tait &#233;tudi&#233;e en seconde et en terminale dans les anciens programmes. Ce th&#232;me, qui pourtant int&#233;ressait les &#233;l&#232;ves et permettait une mise en perspective historique de l'organisation productive a disparu des programmes de ES.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le montre Christian Laval dans &lt;i&gt;L'homme &#233;conomique&lt;/i&gt; (NRF/ Gallimard) et dans &lt;i&gt;L'ambition sociologique&lt;/i&gt; (folio). Les autres ouvrages de cet auteur, ancien professeur de SES, illustre de fa&#231;on exemplaire la compl&#233;mentarit&#233; des diff&#233;rentes sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment son intervention au stage de l' APSES en 1998 en ligne sur le site de l' APSES.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que pourrait regretter Jean Pierre Terrail lorsqu'il &#233;crit &#171; Pour lutter contre le racisme, pour ne prendre que cet exemple, la valorisation du vivre ensemble, l'invocation au respect d'autrui, les affirmations concernant l'unit&#233; de l'esp&#232;ce humaine risquent fort de peser de peu de poids tant que les &#233;l&#232;ves n'auront pas &#233;t&#233; confront&#233;s serait-ce a minima aux travaux de la biologie g&#233;n&#233;tique, de la pal&#233;ontologie humaine, de l'anthropologie culturelle, de l'histoire et de la sociologie des rapports inter-ethniques. La question pos&#233;e par l'imp&#233;ratif de la lutte contre le racisme est donc celle de la programmation de ces disciplines, qui peuvent chacune &#233;clairer un aspect de la question, dans le cursus secondaire &#187;. (&lt;i&gt;Les enjeux cach&#233;s de l'interdisciplinarit&#233; au coll&#232;ge&lt;/i&gt;, en ligne sur le site du GRDS).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On imagine mal un programme dans le secondaire qui serait de type &#171; histoire de la pens&#233;e &#187;, ou d&#233;coup&#233; comme &#224; l'universit&#233; par sous-champs disciplinaires (&#233;conomie internationale, &#233;conomie financi&#232;re, micro-&#233;conomie.. ou sociologie de la famille, puis sociologie de l'&#233;ducation &#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les enjeux cach&#233;s de l'interdisciplinarit&#233; au coll&#232;ge&lt;/i&gt;, J.P. Terrail, en ligne sur le site du GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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