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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>Japon : l'&#233;galitarisme scolaire, de l'esprit &#224; la lettre&#8230; et &#224; sa remise en cause</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rapha&#235;l Glaser</dc:creator>



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&lt;p&gt;La chose semble aujourd'hui acquise dans les pays d&#233;velopp&#233;s : depuis quelques d&#233;cennies, c'est toute une classe d'&#226;ge qui acc&#232;de aux premiers niveaux d'une scolarit&#233; dont le terme peut mener chacun &#224; des &#233;tudes longues. Pour autant, comment convient-il de traiter l'ensemble de ces &#233;l&#232;ves une fois franchies les portes de l'institution scolaire ? Et quels raisonnements philosophiques, politiques, scientifiques&#8230; peuvent-ils &#234;tre invoqu&#233;s &#224; l'appui de ce choix ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Se pose d'une part la question (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH108/arton380-b437a.png?1790688752' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La chose semble aujourd'hui acquise dans les pays d&#233;velopp&#233;s : depuis quelques d&#233;cennies, c'est toute une classe d'&#226;ge qui acc&#232;de aux premiers niveaux d'une scolarit&#233; dont le terme peut mener chacun &#224; des &#233;tudes longues. Pour autant, comment convient-il de traiter l'ensemble de ces &#233;l&#232;ves une fois franchies les portes de l'institution scolaire ? Et quels raisonnements philosophiques, politiques, scientifiques&#8230; peuvent-ils &#234;tre invoqu&#233;s &#224; l'appui de ce choix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose d'une part la question des ant&#233;c&#233;dents et de l'environnement familial des &#233;l&#232;ves : sont-ils tous aptes et dispos&#233;s &#224; recevoir un enseignement intellectuellement exigeant ? L'&#233;cole japonaise semble r&#233;pondre par l'affirmative. Ce faisant, elle parvient effectivement &#224; amener toute une classe d'&#226;ge &#224; une excellente ma&#238;trise des savoirs fondamentaux, comme l'attestent inlassablement les &#233;valuations internationales. Mais cette forte conviction en &#171; l'&#233;galit&#233; d'ant&#233;c&#233;dents &#187; a &#233;t&#233; conquise historiquement au prix du d&#233;sint&#233;r&#234;t pour les enfants &#171; non aptes &#187; : hier, enfants handicap&#233;s victimes de l'eug&#233;nisme et de la rel&#233;gation dans l'&#233;ducation sp&#233;cialis&#233;e ; aujourd'hui, enfants d'immigr&#233;s, ou m&#234;me simplement de retour de l'&#233;tranger, &#224; qui tout dispositif de scolarisation sp&#233;cifique est refus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me question : celle de la p&#233;dagogie qu'on destinera &#224; l'ensemble d'une classe d'&#226;ge. Mais cette question ne doit-elle pas &#234;tre rapproch&#233;e de la premi&#232;re ? Face au constat que l'&#233;galit&#233; d'ant&#233;c&#233;dents est relative, limit&#233;e, le camp progressiste peut cependant d&#233;fendre une &#171; &#233;galit&#233; de traitement &#187; qui expose toute une classe d'&#226;ge &#224; une p&#233;dagogie uniforme, voire fortement uniformis&#233;e (manuels prescrits, le&#231;ons script&#233;es). Christian Galan plaide quant &#224; lui pour l'option inverse : convaincu qu'&#171; une p&#233;dagogie &#233;galitaire dans un monde d'in&#233;galit&#233;s ne peut qu'avoir des effets in&#233;galitaires &#187;, il d&#233;fend la prise en compte de la diversit&#233; individuelle, en &#233;cho aux recommandations de diff&#233;renciation p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, une chose est d'ouvrir &#224; tous la possibilit&#233; de conduire des &#233;tudes longues ; mais cette possibilit&#233; doit-elle devenir pour tous une r&#233;alit&#233; ? Que doit-il advenir, autrement dit, de la comp&#233;tition scolaire et sur le march&#233; du travail ? La soci&#233;t&#233; japonaise a fait le choix de la laisser intacte, et consid&#232;re de sa responsabilit&#233; d'y pr&#233;parer vigoureusement ses &#233;l&#232;ves par une id&#233;ologie &#171; moyenniste &#187;. Il s'agit de rappeler &#224; chacun qu'il doit se conformer, mais aussi se confronter &#224; ses voisins : le bachotage et la notation relative des performances sont la r&#232;gle ; des r&#232;glements scolaires tatillons vont jusqu'&#224; fixer la longueur des v&#234;tements et la coupe des cheveux. &#171; Capabiliste &#187;, son &#233;cole ne conduit ses &#233;l&#232;ves qu'&#224; un &#8211; certes tr&#232;s bon &#8211; niveau &#171; moyen &#187;, &#171; normal &#187;. La comp&#233;tition scolaire est externalis&#233;e dans les&lt;i&gt; juku&lt;/i&gt;, ces entreprises priv&#233;es disposant de toute latitude dans leurs programmes et le recrutement de leurs enseignants. Quant &#224; l'&#233;ducation obligatoire elle-m&#234;me, elle reste &#224; ce jour limit&#233;e &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et au coll&#232;ge ; en dehors de ces deux niveaux, le secteur &#233;ducatif priv&#233; est largement d&#233;velopp&#233; &#8211; et co&#251;teux. La d&#233;fense de l'efficacit&#233; p&#233;dagogique pr&#233;sente-t-elle alors encore un int&#233;r&#234;t, puisque les plus faibles seront de toute fa&#231;on expos&#233;s &#224; la concurrence, &#224; des &#233;tudes on&#233;reuses, et au rendement d&#233;croissant de leurs dipl&#244;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nourri par l'apport des enqu&#234;tes les plus r&#233;centes, l'ouvrage de Christian Galan donne &#224; r&#233;fl&#233;chir sur l'ensemble de ces points. S'il se fait le d&#233;fenseur d'options p&#233;dagogiques &#171; diff&#233;renciatrices &#187; avec lesquelles nous aurons l'occasion d'exprimer nos divergences, il livre aussi la d&#233;monstration du co&#251;t gigantesque du secteur priv&#233;, ce qui ne peut qu'inciter &#224; l'unification des parcours scolaires autour d'un enseignement public long. Trouver des mots d'ordres communs aux partisans de la d&#233;mocratisation s'av&#232;re d'autant plus pressant qu'au Japon comme ailleurs, le camp conservateur appara&#238;t tiraill&#233; entre un p&#244;le &#171; moyenniste &#187; et un p&#244;le n&#233;olib&#233;ral. Si ces deux p&#244;les se plient au principe de la mise en concurrence scolaire, les n&#233;olib&#233;raux peuvent parfaitement s'accommoder des mots d'ordre de prise en compte de l'individu et de diff&#233;renciation p&#233;dagogique chers aux progressistes. De son c&#244;t&#233;, le p&#244;le moyenniste, en normant les comportements, mais aussi la p&#233;dagogie, se pr&#233;sente volontiers comme le garant du rendement du syst&#232;me &#233;ducatif, en m&#234;me temps que&#8230; l'alli&#233; des &#233;l&#232;ves des milieux populaires : ne d&#233;fend-il pas une p&#233;dagogie efficace, seule &#224; m&#234;me de leur donner une chance dans la lutte des places ? Une r&#233;ponse progressiste n'abandonnant rien de son ambition de d&#233;mocratisation scolaire est donc &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; les ouvrages des ann&#233;es 1980 s'en tenaient au constat &#8211; par ailleurs discutable &#8211; de l'&#233;galit&#233; sociale permise par le syst&#232;me &#233;ducatif japonais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est particuli&#232;rement William K. Cummings, Educational equality in Japan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Christian Galan a pour ambition de mettre au jour les raisons de la croyance des familles japonaises en l'&#233;galit&#233; du syst&#232;me, en refusant pour cela toute explication culturaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur est professeur des universit&#233;s en langue et civilisation japonaises (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il revendique ce faisant un point de vue ext&#233;rieur, rarement, voire jamais adopt&#233; dans les publications des chercheurs japonais. La premi&#232;re partie de l'ouvrage (chapitres 1 &#224; 4) analyse donc la mise en place de l'&#171; &#233;galitarisme &#187; scolaire &#8211; notion que nous allons bient&#244;t pr&#233;ciser &#8211; au mitan des ann&#233;es 1950, dans les esprits comme dans les pratiques p&#233;dagogiques. Mais la croyance des familles japonaises en l'&#233;galit&#233; s'est brusquement effondr&#233;e au tournant des ann&#233;es 1990-2000, au point que les jeunes Japonais d&#233;noncent aujourd'hui fr&#233;quemment la &#171; loterie parentale &#187; responsable de leur devenir scolaire. La deuxi&#232;me partie de l'ouvrage (chapitres 5 &#224; 7) se centre donc sur les &#233;volutions des derni&#232;res d&#233;cennies, et sur la visibilisation accrue des processus in&#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mener cette d&#233;monstration ambitieuse, l'ouvrage s'appuie une riche documentation. L'auteur exploite notamment les statistiques du minist&#232;re de l'&#201;ducation japonais, caract&#233;ris&#233;es tant par la vari&#233;t&#233; de leurs objets que par leur niveau de d&#233;tail. Des tableaux statistiques sont reproduits, ainsi que quelques cartes. C. Galan s'appuie aussi sur divers rapports de recherche ou d'expertise. Enfin, il n'h&#233;site pas &#224; citer longuement des textes de loi, et parfois aussi d'autres chercheurs en &#233;ducation, essentiellement japonais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans l'ouvrage, les titres japonais sont transcrits en r&#244;maji (en alphabet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'auteur pr&#233;vient que l'ouvrage &#171; n'a sans doute ni commencement ni fin &#187;, parce qu'il repose sur &#171; diff&#233;rents travaux &#233;bauch&#233;s ou termin&#233;s (croyions-nous) et publi&#233;s durant ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, [&#8230;] parfois modifi&#233;s apr&#232;s avoir &#233;t&#233; achev&#233;s ou repris [&#8230;], tant&#244;t verbatim tant&#244;t r&#233;&#233;crits en tout ou partie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les textes suivants constituent une premi&#232;re version de certains chapitres : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (p. 45). Pour autant, soulignons d'embl&#233;e que les renvois entre chapitres sont nombreux, &#233;vitant les redites et facilitant le travail du lecteur qui souhaiterait se rem&#233;morer un &#233;l&#233;ment d&#233;j&#224; mentionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les piliers de l'&#233;galitarisme scolaire &#224; la japonaise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le premier chapitre aborde le r&#244;le des politiques et pens&#233;e eug&#233;nistes dans l'&#233;ducation de l'apr&#232;s-guerre. Avant m&#234;me l'adoption de la &#034;Loi de protection eug&#233;nique&#034; (&lt;i&gt;Y&#251;sei hogo h&#244;&lt;/i&gt;) de 1948, l'eug&#233;nisme est au programme des lyc&#233;es et des universit&#233;s, et le restera jusqu'aux directives de 1968-1970, appliqu&#233;es jusqu'en 1978. Les manuels de la mati&#232;re &#171; Sant&#233; et &#233;ducation physique &#187; comportent tous des contenus pro-eug&#233;niques. C'est avant tout le bien-&#234;tre social &#8211; plut&#244;t que, comme avant-guerre, la puret&#233; ethnique &#8211; qui est invoqu&#233; pour justifier les st&#233;rilisations forc&#233;es de personnes handicap&#233;es, y compris lorsqu'elles sont atteintes de maladies non g&#233;n&#233;tiques. Sous l'influence du courant &#233;tasunien des &lt;i&gt;reform eugenics&lt;/i&gt;, l'environnement devient &#224; cette &#233;poque une raison suffisante de pratiquer l'eug&#233;nisme. On veut permettre &#224; l'individu de se d&#233;velopper ; mais on assimile ce dernier &#224; ses &#171; capacit&#233;s &#187; (&lt;i&gt;n&#244;ryoku&lt;/i&gt;). &#171; L'enfant handicap&#233; n'ayant rien &#224; apporter aux autres, il ne peut donc se r&#233;aliser pleinement et, de fait, acc&#233;der lui-m&#234;me au bonheur &#187; (p. 61) : il est donc souhaitable qu'il ne naisse pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Capabilisme, &#233;galit&#233; d'ant&#233;c&#233;dents, &#233;galit&#233; de traitement&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc le &#171; &lt;strong&gt;capabilisme&lt;/strong&gt; &#187; &#8211; premier pilier de &#171; l'&#233;galitarisme &#187; &#224; la japonaise &#8211; qui s'&#233;tend tant au monde du travail qu'&#224; celui de l'&#233;ducation. Par ce n&#233;ologisme, l'auteur cherche &#224; traduire l'expression &#171; &lt;i&gt;n&#244;ryoku shugi&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; principe des capacit&#233;s / comp&#233;tences &#187;. La traduction courante par &#171; m&#233;ritocratie &#187; rel&#232;ve en effet du contre-sens : comme l'&#233;crit Honda Yuki, professeure &#224; l'universit&#233; de T&#244;ky&#244;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Postface &#224; la traduction japonaise de Michael J. Sandel, The tyranny of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;n&#244;ryoku&lt;/i&gt; (&#171; capacit&#233; &#187;, &#171; aptitude &#187;) renvoie aux qualit&#233;s inh&#233;rentes &#224; la personne consid&#233;r&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la notion d'aptitudes, voir sur ce site : Fabienne Andr&#233;, &#171; Apprendre. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (l&#224; o&#249; m&#233;rite dans le sens de &#171; contribution, service rendu, accomplissement important &#187; correspond &#224; &lt;i&gt;k&#244;seki&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; M&#233;ritocratie &#187; correspond plut&#244;t &#224; jitsuryoku shugi (&#171; syst&#232;me fond&#233; sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le monde du travail, &lt;i&gt;n&#244;ryoku shugi&lt;/i&gt; devient un mot d'ordre central dans le discours manag&#233;rial &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1950 et du d&#233;but des ann&#233;es 1960, qui permet de remettre en cause le salaire &#224; l'anciennet&#233; ou bas&#233; sur le dipl&#244;me. Du c&#244;t&#233; de l'&#233;cole, un affrontement p&#233;dagogique a lieu. Pour les tenants du capabilisme, &#171; la priorit&#233; &#233;tait l'acquisition rapide et syst&#233;matique des capacit&#233;s li&#233;es &#224; la ma&#238;trise des diff&#233;rents savoirs ou savoir-faire &#233;num&#233;r&#233;s dans les programmes scolaires et/ou consid&#233;r&#233;s comme indispensables &#224; la vie en soci&#233;t&#233; &#187; (p. 64). &#192; l'image de l'influent linguiste Tokieda Motoki, ils d&#233;fendent une s&#233;paration nette entre &#233;cole et soci&#233;t&#233; : l'&#233;cole ne doit pas enseigner des connaissances extraites de la vie dans son ensemble, mais des connaissances fondamentales qui permettront ult&#233;rieurement de faire son chemin dans la vie. Leurs adversaires d&#233;fendent les p&#233;dagogies reposant sur le &#171; principe de l'exp&#233;rience &#187; (keiken shugi) et sur la &#171; nouvelle &#233;ducation &#187; (shinky&#244;iku), largement venues des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1955-1958, le minist&#232;re privil&#233;gie le capabilisme : il s'agira de se centrer sur la quantit&#233; et la rapidit&#233; de l'acquisition des comp&#233;tences et des connaissances au programme. La mesure par des outils num&#233;riques objectifs et normatifs devient alors cruciale : c'est l'essor du &lt;i&gt;hensachi&lt;/i&gt;, indice caract&#233;ristique de la philosophie du capabilisme, puisqu'il &#233;value le niveau de l'&#233;l&#232;ve non pour lui-m&#234;me, mais par rapport &#224; la moyenne de l'ensemble de sa cohorte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hensachi = [(r&#233;sultat de l'&#233;l&#232;ve - moyenne de la cohorte) / &#233;cart-type de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Per&#231;u comme objectif, le hensachi des admis est affich&#233; publiquement par les lyc&#233;es et universit&#233;s pour permettre d'&#233;valuer la difficult&#233; de leur concours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'eug&#233;nisme fonctionne donc comme garant, en amont, de la &#171; normalit&#233; &#187; de tous les &#233;l&#232;ves, puisqu'il garantit que le handicap n'entre pas dans l'&#233;cole : c'est ce que C. Galan nomme &#171; &lt;strong&gt;&#233;galit&#233; d'ant&#233;c&#233;dents&lt;/strong&gt; &#187;, second pilier de l'&#233;galitarisme scolaire japonais. Or, comme l'affirme la Constitution de 1947 : &#171; Chacun a le droit de recevoir une &#233;ducation &#233;gale correspondant &#224; ses capacit&#233;s &#187;. L'&#233;galit&#233; d'ant&#233;c&#233;dents rend donc possible la conviction largement partag&#233;e &#8211; y compris par les enseignants &#8211; que tous les enfants ont la capacit&#233; d'&#233;tudier efficacement et d'assimiler parfaitement les programmes. Cette conviction d&#233;bouche sur le troisi&#232;me pilier de l'&#233;galitarisme japonais, que l'auteur appelle &#171; &lt;strong&gt;&#233;galit&#233; de traitement &lt;/strong&gt; &#187;, soit une uniformisation particuli&#232;rement stricte des pratiques p&#233;dagogiques des enseignants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La caract&#233;risation de ces pratiques p&#233;dagogiques n'est pas au c&#339;ur de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : les directives officielles ont force de loi ; tous les manuels doivent s'y conformer, et sont valid&#233;s par le minist&#232;re ; le redoublement comme le saut de classe, attentatoires &#224; l'&#233;galit&#233;, sont interdits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;galit&#233; de traitement entra&#238;ne aussi des cons&#233;quences sur les modes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Inversement, les enseignants se refusent &#224; signaler les enfants &#171; diff&#233;rents &#187; ou &#171; &#224; probl&#232;me &#187; : il n'existait pas de psychologues scolaires jusqu'au milieu des ann&#233;es 2000. Cons&#233;quence : les diff&#233;rences qui apparaissent entre &#233;l&#232;ves ne peuvent &#234;tre que le fruit des effets de l'environnement sur les enfants &#8211; et donc principalement des efforts individuels fournis, et de l'action, directe ou indirecte, des parents. La d&#233;monstration de l'auteur est s&#233;duisante ; notons tout de m&#234;me que la seconde partie du chapitre constitue la partie la plus sp&#233;culative de l'ouvrage, et qu'un &#233;tayage empirique un peu plus solide aurait peut-&#234;tre &#233;t&#233; n&#233;cessaire, pour d&#233;montrer l'influence de l'eug&#233;nisme sur l'enseignement &#171; normal &#187;, au-del&#224; de la seule &#233;ducation sp&#233;cialis&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur pr&#233;cise lui-m&#234;me (p. 45) qu'il n'avait jamais envisag&#233; le lien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me chapitre pr&#233;cise la bascule qui s'est faite entre l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre et la fin des ann&#233;es 1950, qui a vu la mise en place de l'&#233;galitarisme. Imm&#233;diatement apr&#232;s la d&#233;faite, le minist&#232;re de l'&#201;ducation promeut l'instruction des &#233;l&#232;ves en tant qu'individus, dans le but de soutenir la paix et la d&#233;mocratie. Dans son allocution du Nouvel An 1946, l'empereur ravive les r&#234;ves p&#233;dagogiques humanistes du d&#233;but de l'&#232;re Meiji, qui avaient &#233;t&#233; neutralis&#233;s avec le Rescrit imp&#233;rial sur l'&#233;ducation de 1886. Cette direction p&#233;dagogique p&#232;se sur la Loi fondamentale sur l'&#233;ducation du 31 mars 1947, li&#233;e &#224; la Constitution vot&#233;e le 3 novembre 1946. La Loi sur l'&#233;ducation scolaire, vot&#233;e le m&#234;me jour, cr&#233;e un nouveau syst&#232;me &#171; 6-3-3-4 &#187;, correspondant respectivement &#224; la dur&#233;e de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, du coll&#232;ge, du lyc&#233;e et de l'universit&#233;. L'&#233;ducation obligatoire (&lt;i&gt;gimu ky&#244;iku&lt;/i&gt;), avec ses manuels scolaires gratuits, concernera d&#233;sormais aussi le coll&#232;ge, passant donc de six &#224; neuf ans. D&#232;s la r&#233;ouverture de ce nouveau coll&#232;ge unique, il est fr&#233;quent&#233; par 99 % d'une classe d'&#226;ge, permettant ce que l'auteur appelle &#171; &lt;strong&gt;l'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s &lt;/strong&gt; &#187; &#224; l'institution scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;galit&#233; d'acc&#232;s dont demeurent donc exclus les &#233;l&#232;ves en situation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En &#233;cho aux p&#233;dagogues de l'&#232;re Taish&#244; (1912-1926), la loi accorde par ailleurs une totale autonomie aux enseignants sur le plan p&#233;dagogique. Elle permet une forte d&#233;centralisation de l'autorit&#233; &#233;ducative, via les comit&#233;s d'&#233;ducation (&lt;i&gt;ky&#244;iku iinkai&lt;/i&gt;) impos&#233;s par l'occupant &#233;tasunien, et &#233;lus par la population (loi de juillet 1948). M&#234;me les emplois du temps quotidien et hebdomadaire pourront &#234;tre adapt&#233;s aux r&#233;alit&#233;s locales. Le progressisme p&#233;dagogique culmine avec les programmes du 10 juillet 1951, &#171; directives [&#8230;] sans doute les plus r&#233;volutionnaires et les plus progressistes que le Japon [ait] jamais connues &#187; (p. 97)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'occupant &#233;tasunien craint que le pays ne suive la Chine et ne bascule dans le communisme. Des &#171; purges rouges &#187; ont lieu d&#232;s 1949 ; avec le recouvrement de la souverainet&#233; en avril 1952, les autorit&#233;s nationales souhaitent retrouver le contr&#244;le sur le monde &#233;ducatif. En 1958, les programmes sont r&#233;form&#233;s et reviennent &#224; l'organisation p&#233;dagogique d'avant-guerre : les programmes horaires sont fix&#233;s &#224; l'unit&#233; pr&#232;s, l'autonomie p&#233;dagogique est abandonn&#233;e, les contenus et m&#233;thodes sont centralis&#233;s. Les comit&#233;s d'&#233;ducation ne sont plus &#233;lus, mais nomm&#233;s par les autorit&#233;s locales. La r&#233;forme est soutenue par le patronat, qui y voit un levier du d&#233;veloppement &#233;conomique. Mais le minist&#232;re se revendique aussi explicitement de l'&#233;galit&#233; : seul un syst&#232;me centralis&#233; sera &#224; m&#234;me de permettre &#224; tous de b&#233;n&#233;ficier de conditions d'enseignement identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue de l'auteur sur cette &#233;volution est clairement n&#233;gatif : on s'est centr&#233; sur les &#233;galit&#233;s d'acc&#232;s et de traitement (&#171; tous les enfants acc&#232;dent &#224; l'&#233;ducation obligatoire et re&#231;oivent exactement la m&#234;me chose &#187; (p. 105)), ce qui constituerait une &#171; compr&#233;hension biais&#233;e du principe d'&#233;galit&#233; inscrit dans la Constitution et dans la Loi fondamentale sur l'&#233;ducation &#187; (p. 65). C'est l'objectif d'&#171; &#233;galit&#233; des chances de r&#233;ussite &#187; qui a &#233;t&#233; abandonn&#233;, c'est-&#224;-dire de &#171; donner diff&#233;remment &#224; chacun en fonction de ce qu'il est et de ses besoins r&#233;els pour lui permettre de r&#233;ussir aussi bien que tous les autres &#187; (p. 105), ou encore, dans les mots de Horio Teruhisa &#8211; sp&#233;cialiste du syst&#232;me &#233;ducatif japonais et d&#233;fenseur des droits de l'enfant, cit&#233; &#224; plusieurs reprises &#8211;, de &#171; faire &#233;merger l'individualit&#233; de chaque enfant de mani&#232;re &#233;galitaire et sans discrimination &#187; (cit&#233; p. 36). L'auteur estime que la gauche p&#233;dagogique japonaise a &#233;t&#233; mise en porte-&#224;-faux par le minist&#232;re, ne parvenant pas &#224; trancher entre l'&#233;galit&#233; et la prise en compte des particularit&#233;s de chacun (pp. 110-&#8288;111).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le Parti lib&#233;ral-d&#233;mocrate (PLD) est rest&#233; au pouvoir de mani&#232;re quasi ininterrompue depuis l'apr&#232;s-guerre, il op&#232;re une nette rupture avec l'&#233;galitarisme en 2006, avec la r&#233;forme de la &lt;i&gt;Loi fondamentale sur l'&#233;ducation&lt;/i&gt;. &#171; La nouvelle loi n'impose rien en elle-m&#234;me, elle rend juste possible ce qui, avant, ne l'&#233;tait pas &#187; (p. 114) : la part des collectivit&#233;s locales dans le financement de l'&#233;ducation s'accro&#238;t, tandis qu'on soutient le secteur &#233;ducatif priv&#233;. En ce qui concerne les contenus, les collectivit&#233;s ont d&#233;sormais des pr&#233;rogatives &#233;quivalentes &#224; l'&#201;tat &#8211; une premi&#232;re depuis le d&#233;but de l'&#232;re Meiji. On va jusqu'&#224; supprimer la mention de la dur&#233;e de l'&#233;ducation obligatoire (&#171; de neuf ans &#187;), et celle&#8230; de la mixit&#233; filles-gar&#231;ons ; officiellement, car celle-ci serait d&#233;j&#224; atteinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le &#034;moyennisme&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;galit&#233; d'ant&#233;c&#233;dents, &#233;galit&#233; d'acc&#232;s, capabilisme et &#233;galit&#233; de traitement : quatre piliers de l'&#233;galitarisme scolaire &#224; la japonaise ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s. Le &#171; &lt;strong&gt;moyennisme&lt;/strong&gt; &#187; &#8211; terme repris &#224; Karl Polanyi (&lt;i&gt;averagism&lt;/i&gt;) &#8211; est le dernier, d&#233;crit dans le quatri&#232;me chapitre. Pour Polanyi, le moyennisme d&#233;signait la survalorisation de la moyenne comme norme sociale de r&#233;f&#233;rence dans la soci&#233;t&#233; &#233;tasunienne ; mais au Japon, c'est l'&#233;cole elle-m&#234;me qui impose &#224; l'individu de devenir &#171; moyen &#187;, &#171; normal &#187;. Le moyennisme pr&#233;sente un aspect proprement p&#233;dagogique (avec l'exemple du hensachi que nous avons vu), mais aussi un versant comportemental. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'existence des &#171; r&#232;glements scolaires abusifs &#187; : leur durcissement se met en place dans les ann&#233;es 1960, en r&#233;ponse &#224; la contestation sociale. L'uniforme devient alors la norme dans la quasi-totalit&#233; des coll&#232;ges et lyc&#233;es. Les &#233;l&#232;ves rusant avec la contrainte, les institutions scolaires produisent de nouveaux r&#232;glements qui font fr&#233;mir : on mesure la longueur des v&#234;tements des &#233;l&#232;ves &#224; l'entr&#233;e, m&#232;tre ruban &#224; l'appui, quand on ne v&#233;rifie pas la couleur des sous-v&#234;tements des coll&#233;giennes ; les &#233;l&#232;ves aux cheveux naturellement fris&#233;s doivent pr&#233;senter un certificat&#8230; &#192; la surench&#232;re des ann&#233;es 1980 r&#233;pondront les d&#233;nonciations des ann&#233;es 2010, aux r&#233;sultats mitig&#233;s. Les politiques nationalistes &#233;pousent volontiers ce moyennisme comportemental, exigeant de l'&#233;cole qu'elle produise de &#171; vrais Japonais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre mal de l'&#233;cole japonaise, le refus d'aller &#224; l'&#233;cole (fut&#244;k&#244;). Le minist&#232;re mesure les absences sup&#233;rieures &#224; 50 jours d&#232;s 1966 ; elles d&#233;croissent jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1970, puis r&#233;augmentent, atteignant 11,8 &#233;l&#232;ves pour mille en 2022 et 31,7 &#8240; (17 &#8240; en &#233;l&#233;mentaire et 59,8 &#8240; au coll&#232;ge) en 2022 &#8211; leur plus haut niveau jamais atteint. Si dans les ann&#233;es 1950-1960, l'appr&#233;hension de ce probl&#232;me public est d'abord &#233;conomique (travail des enfants), sociale (orphelins&#8230;) et m&#233;dicale (mauvaise sant&#233;), elle se fait ensuite clinique et psychologique. Mais dans les ann&#233;es 1970, le refus scolaire entre en contradiction avec l'obligation japonaise de fr&#233;quentation scolaire (&lt;i&gt;gimu sh&#251;gaku&lt;/i&gt;) &#8211; caract&#233;ristique du moyennisme &#8211;, alors que le taux de scolarisation au lyc&#233;e d&#233;passe d&#233;sormais les 90 % d'une classe d'&#226;ge. P&#233;dagogues et sociologues s'emparent alors du probl&#232;me : d&#232;s 1990, un rapport affirme que &#171; le refus d'aller &#224; l'&#233;cole peut concerner n'importe quel enfant &#187;. On accepte finalement de remettre en cause l'obligation de fr&#233;quentation d'un &#233;tablissement scolaire : reconnaissant que les causes du refus scolaire sont internes &#224; l'&#233;cole, on tord l'&#233;galit&#233; de traitement en multipliant les adaptations pour les &#233;l&#232;ves concern&#233;s (adaptation de la fr&#233;quentation scolaire, des programmes&#8230;, et m&#234;me classes adapt&#233;es). Bref : &#171; l'&#233;cole japonaise, mise en place pour former sur un m&#234;me mod&#232;le des Japonais &#171; moyens &#187; et de futurs adultes id&#233;aux, n'a jamais &#233;t&#233; pens&#233;e ni organis&#233;e pour fonctionner diff&#233;remment, rejetant ou externalisant tout ce qui d&#233;roge aux attentes pour lesquelles elle a &#233;t&#233; con&#231;ue &#187; (p. 264)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me, les dispositifs sp&#233;cifiques qui permettraient de scolariser les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le moyennisme discr&#233;dite la comp&#233;tition, mais aussi la diff&#233;rence au sein de l'institution. Le chapitre se cl&#244;t sur le cas extr&#234;me de &#171; l'affaire Sakakibara &#187;, nom qu'avait choisi pour lui-m&#234;me un coll&#233;gien de K&#244;be apr&#232;s avoir agress&#233; et tu&#233; plusieurs enfants plus jeunes en 1997. Dans sa lettre adress&#233;e &#224; un journal, il disait se venger de &#171; l'&#233;ducation obligatoire &#187; et de &#171; la soci&#233;t&#233; &#187; qui l'avait mise en place, puisqu'elle avait fait de lui un &#171; &#234;tre transparent &#187; qui &#171; n'existe pas &#187;. Le chapitre est saisissant, et justifie parfaitement le choix de prendre pour objet l'&#233;galitarisme nippon lui-m&#234;me : il est clair que celui-ci ne se limite pas &#224; &#171; l'&#233;galit&#233; de traitement &#187; p&#233;dagogique stricto sensu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#034;juku&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre &#171; r&#233;ponse pragmatique et &#233;conomique du &#171; r&#233;el &#187; &#224; l'&#233;galitarisme &#233;ducatif &#187; (p. 172) : les &lt;i&gt;juku&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233;s &#224; la fin du troisi&#232;me chapitre. Il s'agit d'entreprises &#224; but lucratif relevant, non du minist&#232;re de l'&#201;ducation (&lt;i&gt;Monbukagakush&#244;&lt;/i&gt;), mais de celui de l'&#201;conomie, du Commerce et de l'Industrie (&lt;i&gt;Keizaisangy&#244;sh&#244;&lt;/i&gt;). Certains proposent des activit&#233;s extrascolaires, mais ce sont les juku scolaires (&lt;i&gt;gakush&#251; juku&lt;/i&gt;) qui int&#233;ressent l'auteur. Ils jouissent d'une totale libert&#233; sur leurs programmes et leurs pratiques p&#233;dagogiques, ainsi que sur le recrutement et le paiement de leurs enseignants. Ils se d&#233;clinent en deux sortes : les &#171; juku pr&#233;paratoires aux concours &#187; ou &#171; pour aller de l'avant &#187; (&lt;i&gt;shingaku juku&lt;/i&gt;) &#8211; avec &#224; l'extr&#234;me les yobik&#244; pr&#233;parant aux concours d'entr&#233;e &#224; l'universit&#233; &#8211;, et les &#171; juku de soutien et de rattrapage &#187; (&lt;i&gt;hosh&#251; juku&lt;/i&gt;), dont la version limite sont les &#171; juku d'aide aux d&#233;crocheurs &#187; (&lt;i&gt;ochikobore ky&#251;sai juku&lt;/i&gt;). L'&#233;volution de leur fr&#233;quentation est difficile &#224; saisir statistiquement. Les enqu&#234;tes du minist&#232;re de l'&#201;ducation indiquent qu'entre 1976 et 2007, on serait pass&#233; de 12 % &#224; 25,9 % d'&#233;coliers en fr&#233;quentant, tandis que les coll&#233;giens seraient pass&#233;s de 38 % &#224; 53,5 % &#8211; ces proportions croissant du d&#233;but de l'&#233;l&#233;mentaire &#224; la fin du coll&#232;ge. Cette hausse s'explique certes par la chute de la natalit&#233; &#8211; qui permet de d&#233;penser plus d'argent par enfant &#8211;, mais aussi par l'abaissement de l'&#226;ge d'entr&#233;e dans la comp&#233;tition scolaire : ceux qui en ont les moyens ne visent d&#233;sormais plus l'entr&#233;e dans un bon lyc&#233;e, mais dans un bon coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Galan pr&#233;sente ensuite une enqu&#234;te de 1995 sur 1 813 &#233;l&#232;ves de cinqui&#232;me et sixi&#232;me ann&#233;es d'&#233;l&#233;mentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fukaya Masashi, Dobashi Minoru et Saegusa Keiko, &#171; Gakush&#251; juku &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : un tiers fr&#233;quente un juku &#171; pour aller de l'avant &#187;, un cinqui&#232;me un juku de soutien, 27 % un juku mixte, et moins d'un sur cinq un autre type de juku scolaire. Le taux de fr&#233;quentation augmente en fonction des r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves, et ceux qui en tirent le plus grand b&#233;n&#233;fice semblent &#234;tre les &#233;l&#232;ves d&#233;j&#224; performants. Ayant r&#233;parti les &#233;l&#232;ves en cinq groupes de niveau, les auteurs montrent que le recrutement des juku &#171; pour aller de l'avant &#187; se fait essentiellement parmi les &#233;l&#232;ves tr&#232;s bons ou bons (62,4 % du public), l&#224; o&#249; celui des juku &#171; de soutien &#187; concerne en priorit&#233; les &#233;l&#232;ves bons et moyens (68,4 % du public). M&#234;me dans ces derniers, les &#233;l&#232;ves faibles ou en difficult&#233; ne repr&#233;sentaient pas plus du quart du public. La derni&#232;re enqu&#234;te minist&#233;rielle sur les juku, men&#233;e en 2007 aupr&#232;s de plusieurs dizaines de milliers d'&#233;coliers et coll&#233;giens et de leurs parents, confirme que seuls 10 % des &#233;coliers et 20 % des coll&#233;giens concern&#233;s indiquent fr&#233;quenter un juku pour combler un retard dans les apprentissages ; la grande majorit&#233; y pr&#233;pare ses devoirs, prend de l'avance, ou pr&#233;pare l'entr&#233;e au lyc&#233;e. Les familles faisant le choix du priv&#233; d&#232;s l'&#233;l&#233;mentaire investissent alors fortement dans les juku pour viser l'entr&#233;e dans un coll&#232;ge priv&#233; r&#233;put&#233;, l&#224; o&#249; les parents restant dans le public diff&#232;rent ces d&#233;penses au coll&#232;ge, visant le meilleur lyc&#233;e possible (fig. 14, p. 199).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur insiste sur la double utilisation des juku &#8211; bachotage, mais aussi soutien scolaire (p. 179). Son interpr&#233;tation est que les juku constituent &#171; la r&#233;ponse du r&#233;el &#224; un &#233;galitarisme si peu en prise avec la r&#233;alit&#233; et les int&#233;r&#234;ts des familles et des individus &#187; (p. 172), qui r&#233;duit tous les enfants &#171; &#224; un &#233;l&#232;ve-apprenant unique [&#8230;] sans singularit&#233;&#183;s &#187; (p. 207). Il me semble pourtant que les statistiques fournies invalident la sym&#233;trie sugg&#233;r&#233;e par C. Galan : les juku profitent avant tout aux meilleurs &#233;l&#232;ves et aux familles les plus ambitieuses et les plus fortun&#233;es. Je rejoindrai donc bien davantage l'auteur quand il &#233;crit que l'objectif de l'&#233;galitarisme est &#171; d'une part, de socialiser tous les individus sur un m&#234;me mod&#232;le et, &lt;i&gt;d'autre part, de doublement externaliser la comp&#233;tition scolaire &lt;/i&gt; en dehors des murs de l'&#233;cole et en dehors du budget de l'&#201;tat &#187;, &#224; travers les juku (p. 208, je souligne). On y reviendra dans la conclusion de ce compte-rendu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'effondrement de la croyance en l'&#233;galitarisme, effet de la crise &#233;conomique et du d&#233;mant&#232;lement n&#233;olib&#233;ral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris : &#171; la coh&#233;rence du syst&#232;me &#233;tait tr&#232;s forte &#187; (p. 516). Comment alors expliquer le brusque effondrement de la croyance des familles dans l'&#233;galitarisme ? C. Galan pointe vers deux faisceaux de causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Croissance et crise &#233;conomique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier tient &#224; la situation &#233;conomique du pays (d&#233;crite notamment &#224; la fin du chapitre 5) : si l'&#233;cole japonaise n'&#233;tait pas &#171; &#233;galitaire &#187; dans la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle &#8211; au sens o&#249;, comme dans les autres pays capitalistes, il existait en v&#233;rit&#233; une forte corr&#233;lation entre la position sociale occup&#233;e par l'individu et son milieu social d'origine &#8211;, du moins une solide croissance &#233;conomique garantissait-elle aux parents qu'ils verraient les revenus et le confort de leurs enfants s'am&#233;liorer, m&#234;me lorsque ceux-ci n'entraient pas &#224; l'universit&#233;. &#171; Se trouvait ainsi valid&#233;e l'id&#233;e selon laquelle le syst&#232;me &#233;tait vraiment &#233;galitaire et m&#233;ritocratique du fait que tous pouvaient s'&#233;lever socialement en fonction des effort fournis par chacun et par sa famille. &#187; (p. 394) La crise &#233;conomique du d&#233;but des ann&#233;es 1990 a mis un terme &#224; cet espoir : la perception est vive d&#233;sormais que seul l'acc&#232;s aux universit&#233;s les plus prestigieuses garantit la r&#233;ussite. Or celui-ci est, comme on va le voir, tr&#232;s directement li&#233; au capital &#233;conomique des familles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La conclusion du cinqui&#232;me chapitre (pp. 392-&#8288;395) r&#233;sume particuli&#232;rement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mise en cause de l'&#233;galitarisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour la fin de la croyance en l'&#233;galitarisme, et sans doute particuli&#232;rement, pr&#233;ciserais-je, de la croyance dans le &#171; principe des aptitudes &#187; (&lt;i&gt;n&#244;ryoku shugi&lt;/i&gt;) qui rend les efforts individuels de l'&#233;l&#232;ve et de ses parents comptables de son destin. Mais d'autre part &#8211; et c'est le deuxi&#232;me faisceau de causes &#8211;, c'est aussi cet &#233;galitarisme lui-m&#234;me dont les piliers constitutifs sont effectivement, r&#233;ellement d&#233;mantel&#233;s par les gouvernements successifs du PLD. S'il fallait pr&#233;ciser, je sugg&#233;rerais que ce sont avant tout les attaques contre l'&#171; &#233;galit&#233; de traitement &#187;, et avant tout dans le versant le moins directement p&#233;dagogique de celle-ci &#8211; concernant donc l'orientation des flux d'&#233;l&#232;ves et les institutions scolaires qui les prennent en charge &#8211; que documente C. Galan. On y reviendra &#233;galement &#224; la fin de ce compte-rendu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Afin de ne pas trop allonger ce compte-rendu, on s'est concentr&#233; sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quand dater la fin du soutien du PLD &#224; l'&#233;galitarisme, et sa conversion au n&#233;olib&#233;ralisme ? Si le mandat comme premier ministre de Nakasone Yasuhiro (1982-1987) est marqu&#233; par des espoirs r&#233;formateurs, l'auteur documente son &#233;chec, principalement d&#251; &#224; l'attachement du minist&#232;re de l'&#201;ducation au centralisme. Le bref mandat d'Obuchi Keiz&#244;, de juillet 1998 &#224; son soudain d&#233;c&#232;s en avril 2000, imprime en revanche le mouvement pour les d&#233;cennies qui suivent : en plus de lancer l'objectif de r&#233;duire le nombre de fonctionnaires d'un quart en dix ans, il voit la publication du rapport de la Commission &#171; Vision pour le Japon au XXIe si&#232;cle &#187;. Il s'agit d'ouvrir au march&#233; une part toujours plus grande du syst&#232;me &#233;ducatif japonais ; il faut cesser de consid&#233;rer que chaque individu a un &#171; droit &#224; l'&#233;ducation &#187;. Il a au contraire envers l'&#201;tat un &#171; devoir d'&#233;ducation &#187;, du m&#234;me ordre que&#8230; le paiement de ses imp&#244;ts, et le respect de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les co&#251;ts de l'&#233;ducation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me chapitre est centr&#233; sur le co&#251;t de l'&#233;ducation pour les familles, dans un contexte o&#249; l'investissement public dans l'&#233;ducation tourne autour des 3,5 % du PIB depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990 &#8211; tr&#232;s en de&#231;&#224; de tous les autres pays du G7, mais aussi de la Cor&#233;e du Sud et de l'Inde (fig. nos 70-&#8288;71, pp. 376-&#8288;377). La p&#233;riode voit une forte chute du revenu des m&#233;nages : le revenu moyen est tomb&#233; de 51 150 &#8364; en 1993 &#224; 40 730 &#8364; en 2013, le revenu m&#233;dian chutant de 42 350 &#8364; en 1995 &#224; 33 110 &#8364; en 2021. La part des m&#233;nages disposant de tr&#232;s hauts revenus est &#233;galement en baisse : on passe de 5,1 % de m&#233;nages gagnant plus de 15 millions de yens (115 500 &#8364;) en 1995 &#224; &#224; 3,6 % en 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sur la m&#234;me p&#233;riode, les co&#251;ts de l'&#233;ducation n'ont cess&#233; d'augmenter. Certes, au niveau de l'&#233;ducation obligatoire (&#233;l&#233;mentaire et coll&#232;ge), la Loi fondamentale sur l'&#233;ducation de 1947 interdit les &#171; frais de cours &#187; (&lt;i&gt;jugy&#244;-ry&#244;&lt;/i&gt;) dans les &#233;tablissements publics (g&#233;r&#233;s par les collectivit&#233;s locales) ainsi que dans les rares &#233;tablissements nationaux (directement g&#233;r&#233;s par l'&#201;tat). Une kyrielle d'autres frais est n&#233;anmoins exigible : frais &#171; de cotisations scolaires &#187; pour les d&#233;penses courantes de la classe, de &#171; livres, fournitures scolaires et consommables &#187;, de d&#233;placement&#8230; Et cet encadrement, d&#233;j&#224; incomplet, est inexistant dans le secteur priv&#233; : si ce dernier reste faiblement d&#233;velopp&#233; au niveau de l'&#233;ducation obligatoire &#8211; scolarisant 1,3 % des &#233;coliers et 7,7 % des coll&#233;giens en 2021 &#8211;, il prend en charge la quasi-totalit&#233; des enfants du pr&#233;-&#233;l&#233;mentaire (87,2%), un gros tiers des lyc&#233;ens (34,4%) et les trois quarts des &#233;tudiants (76%). Les familles japonaises ont le privil&#232;ge douteux de payer de leur poche 48 % des d&#233;penses &#233;ducatives en pr&#233;-&#233;l&#233;mentaire &#8211; presque le triple de la moyenne de l'OCDE &#8211;, et 64,5 % dans l'enseignement sup&#233;rieur. Seules l'Angleterre et la Colombie font pire &#224; ce dernier niveau (rapport OCDE 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pr&#233;-&#233;l&#233;mentaire existent deux grands types d'institutions. Accueillant historiquement les enfants des basses classes, les &#171; cr&#232;ches &#233;ducatives &#187; (&lt;i&gt;hoikujo&lt;/i&gt;) d&#233;pendent du minist&#232;re de la Sant&#233; et du Travail, et emploient des &#233;ducateurs ou pu&#233;riculteurs qui prennent en charge les enfants d&#232;s leur naissance. Les &#171; jardins d'enfants &#187; (&lt;i&gt;y&#244;chien&lt;/i&gt;) pr&#233;sentent, eux, une dimension scolaire plus marqu&#233;e : ils rel&#232;vent du minist&#232;re de l'&#201;ducation, ont des programmes nationaux coh&#233;rents avec ceux des &#233;coles &#233;l&#233;mentaires, et ne scolarisent les enfants qu'entre trois et six ans, en premi&#232;re partie de journ&#233;e. Malgr&#233; d'importantes mesures de gratuit&#233; prises en 2019, les d&#233;penses &#233;ducatives s'&#233;levaient encore &#224; 1 269 &#8364; par enfant et par an dans le priv&#233; en 2021, auxquels s'ajoutaient 1 110 &#8364; de d&#233;penses &#233;ducatives extrascolaires (juku notamment). Pour une ann&#233;e &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire publique &#171; gratuite &#187;, il fallait encore compter en 2021 pas moins de 2 700 &#8364;, que les parents compl&#233;taient par 1 907 &#8364; de d&#233;penses extrascolaires. Au coll&#232;ge (1 310 &#8364; par an dans le public), les d&#233;penses extrascolaires s'&#233;galisent entre parents du public et du priv&#233; (&#224; un peu plus de&#8230; 2 800 &#8364; annuels) : les seconds ont en effet d&#233;j&#224; assur&#233; &#224; leur prog&#233;niture un parcours de r&#233;ussite, quand les premiers augmentent leurs efforts en esp&#233;rant l'entr&#233;e dans un bon lyc&#233;e. Au lyc&#233;e en revanche, les jeux sont largement faits, et la culture populaire (le manga &lt;i&gt;Great teacher Onizuka&lt;/i&gt; (1997-2002), par exemple) se fait l'&#233;cho de deux r&#233;alit&#233;s scolaires distinctes : l&#224; o&#249; les &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es les plus prestigieux poursuivent leur bachotage intensif, le temps d'&#233;tude des autres chute fortement. La diff&#233;rence de recrutement entre public et priv&#233; se joue au milieu de la distribution : les lyc&#233;es priv&#233;s sont moins nombreux que le public (16 % contre 24 %) &#224; recruter des lyc&#233;ens dont le hensachi moyen est compris entre 45 et 49, mais un peu plus nombreux (15 % contre 13 %) avec un hensachi moyen compris entre 50 et 54 (fig. 50, p. 319). Les rares lyc&#233;es nationaux sont prestigieux, et recrutent (tr&#232;s) haut dans la distribution. La situation des universit&#233;s, enfin, est paradoxale : alors que depuis 2018, le nombre de places est sup&#233;rieur au nombre de jeunes de 18 ans dans l'archipel, en 2022 seuls 60,4 % des jeunes s'y inscrivent (p. 328). Le co&#251;t est un obstacle dirimant, pouvant atteindre trente &#224; quarante mille euros pour une scolarit&#233; en quatre ans dans une universit&#233; priv&#233;e. La lecture de ce chapitre &#8211; le plus long de l'ouvrage &#8211; est globalement assez fastidieuse ; les premi&#232;res sections encha&#238;nent les listes de frais et de calculs. Il aurait mieux valu commencer par les derni&#232;res sections, pr&#233;sentant globalement la situation (comme on l'a fait dans ce compte-rendu), puis pr&#233;senter le co&#251;t &#224; chaque niveau des scolarit&#233;s de mani&#232;re plus synth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;tablissements du centre, &#233;tablissements des p&#233;riph&#233;ries&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sixi&#232;me chapitre propose une analyse du syst&#232;me &#233;ducatif japonais &#224; l'aide d'un mod&#232;le &#171; centre-p&#233;riph&#233;ries &#187;, analyse rarement entreprise si on en croit l'auteur. On n'est pas certain de bien saisir la perspective en question, puisque les caract&#233;ristiques d'un mod&#232;le centre-p&#233;riph&#233;ries ne sont jamais d&#233;taill&#233;es ; &#224; la lecture, on comprend qu'il s'agit d'in&#233;galit&#233;s territoriales, essentiellement entre d&#233;partements&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Japon compte 47 unit&#233;s administratives, dont 43 ont le statut de ken (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais aussi &#224; l'&#233;chelle de quelques grandes m&#233;tropoles. L'auteur propose une comparaison des r&#233;sultats scolaires entre d&#233;partements, sur la base des &#233;valuations nationales que le minist&#232;re a mises en place en 2007 pour soutenir le syst&#232;me du &#171; choix de l'&#233;cole &#187;. Les &#233;l&#232;ves du secteur public sont &#233;valu&#233;s en japonais et math&#233;matiques en fin d'&#233;l&#233;mentaire et de coll&#232;ge, ainsi que, pour les seuls coll&#233;giens, en anglais. En 2019, les d&#233;partements les plus performants en fin d'&#233;l&#233;mentaire &#8211; Akita, Ishikawa, Fukui&#8230; et m&#234;me Okinawa, en sixi&#232;me position &#8211; n'&#233;taient pas sp&#233;cialement &#8216;attendus' : on n'observe aucune corr&#233;lation particuli&#232;re entre la performance des &#233;coles et la composition sociale du d&#233;partement. &#171; [L]'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#8211; sur le plan des performances scolaires des &#233;l&#232;ves tout au moins &#8211; joue mieux son r&#244;le de garant de l'&#233;galit&#233; de tous en mati&#232;re d'&#233;ducation que ne le fait le coll&#232;ge public &#187; (p. 414) : &#224; ce niveau, en effet, les corr&#233;lations n&#233;gatives sont nettes entre le taux de r&#233;ussite aux &#233;preuves et divers indices de pr&#233;carit&#233; (taux de pauvret&#233; relative des m&#233;nages &#233;levant des enfants, de divorces, ou de familles monoparentales). Okinawa est d&#233;sormais bonne derni&#232;re. C'est notamment la fuite des meilleurs &#233;l&#232;ves vers le secteur priv&#233; &#8211; qui, rappelons-le, ne participent pas aux &#233;valuations &#8211; qui est en cause ici : dans une grande m&#233;tropole comme T&#244;ky&#244;, il semble exister une corr&#233;lation positive entre le pourcentage de r&#233;ussite aux &#233;valuations de fin d'&#233;l&#233;mentaire et le taux d'inscription dans un coll&#232;ge priv&#233; de chaque arrondissement (qui varie de 10,3 % &#224; 40,4 %). Pour l'acc&#232;s aux universit&#233;s, les in&#233;galit&#233;s interd&#233;partementales sont encore plus nettes : en 2020, les sept d&#233;partements du Kant&#244; (r&#233;gion de T&#244;ky&#244;) accueillaient un tiers des 798 universit&#233;s du pays, et les sept du Kansai (r&#233;gion d'&#212;saka et Ky&#244;to) un cinqui&#232;me ; le Hokkaid&#244; et les cinq d&#233;partements d'Aichi, Fukuoka, Niigata, Okayama et Hiroshima en accueillent ensemble 22,6 % ; les 27 d&#233;partements restants s'en partagent moins du quart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre se cl&#244;t par une &#233;tude de cas statistique sur le d&#233;partement de K&#244;chi, fine et originale. Le K&#244;chi est en effet une p&#233;riph&#233;rie plus &#8216;inattendue' qu'Okinawa, ou que le sud-ouest et l'extr&#234;me nord du pays : il se caract&#233;rise certes par son manque de dynamisme &#233;conomique, sa population &#226;g&#233;e et en grande difficult&#233; &#233;conomique, et une faible implantation d'universit&#233;s. Mais les &#233;coles &#233;l&#233;mentaires maintiennent un niveau sup&#233;rieur &#224; la moyenne nationale ; il y en a 32,46 pour 100 000 habitants, le taux le plus &#233;lev&#233; du pays. Les coll&#232;ges publics, en revanche, paient ch&#232;rement la fuite vers les coll&#232;ges nationaux et priv&#233;s, qui concerne 20,44 % des &#233;l&#232;ves &#8211; soit le deuxi&#232;me taux le plus &#233;lev&#233; du pays apr&#232;s T&#244;ky&#244; ! Les &#233;l&#232;ves qu'ils accueillent encore, d&#233;sormais en-de&#231;&#224; des moyennes nationales, pr&#233;sentent un &#171; renoncement &#224; toute strat&#233;gie d'ascension sociale &#187; (p. 424) : fort absent&#233;isme et faible fr&#233;quentation des juku. L'auteur conclut qu'on peut parler d'&#171; &#233;coles de la p&#233;riph&#233;rie &#187; au sens d'Agn&#232;s Van Zanten&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agn&#232;s Van Zanten, L'&#233;cole de la p&#233;riph&#233;rie. Scolarit&#233; et s&#233;gr&#233;gation en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , dans le cas du K&#244;chi tout aussi bien que des arrondissements d&#233;favoris&#233;s des grandes m&#233;tropoles &#8211; ce qui aurait peut-&#234;tre m&#233;rit&#233; discussion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une p&#233;dagogie &#233;galitaire&#8230; aux effets in&#233;galitaires ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris &#224; la lecture de ce compte-rendu, l'ouvrage fournit au lecteur fran&#231;ais une grande richesse d'informations sur le syst&#232;me scolaire japonais. Il m&#233;rite d'&#234;tre lu. Deux critiques toutefois. D'abord, des informations essentielles sur le syst&#232;me &#233;ducatif nippon, telles que la dur&#233;e de l'&#233;ducation obligatoire, ou l'&#233;volution du taux de scolarisation aux diff&#233;rents niveaux de la scolarit&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies (fig. no 32, p. 244), ne sont pas pr&#233;sent&#233;es d'embl&#233;e, mais diss&#233;min&#233;es au fil des pages. L'ouvrage visant &#224; introduire le Japon dans les d&#233;bats francophones aupr&#232;s de chercheurs en &#233;ducation non sp&#233;cialistes (p. 43), cela aurait m&#233;rit&#233; une annexe d&#233;di&#233;e, ainsi qu'un index des noms propres. Deuxi&#232;me point n&#233;gatif : &#224; partir du troisi&#232;me chapitre, le d&#233;s&#233;quilibre est trop important entre, d'une part, la pr&#233;sentation des donn&#233;es empiriques &#8211; tr&#232;s riche, on l'a dit &#8211; et de longues citations de textes de loi ou de chercheurs, parfois tr&#232;s peu comment&#233;es ; et d'autre part, les passages proposant une interpr&#233;tation d'ensemble permettant de prendre du recul sur les faits. Ces derniers &#8211; en particulier la fin du chapitre 5 (pp. 392-&#8288;395) et le d&#233;but de la conclusion de l'ouvrage (pp. 515-&#8288;518) &#8211; sont passionnants, mais trop brefs et tardifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'interpr&#233;tation et de discussion&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure ce compte-rendu, c'est cette interpr&#233;tation d'ensemble que j'aimerais discuter. C. Galan se montre globalement critique de l'&#233;galit&#233; de traitement. Citant un propos de Jacques Fijalkow sur l'enseignement de la lecture, il fait sienne l'id&#233;e qu'&#171; une p&#233;dagogie &#233;galitaire dans un monde d'in&#233;galit&#233;s ne peut qu'avoir des effets in&#233;galitaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Fijalkow, Entrer dans l'&#233;crit, Paris, Mignard, 1993, p. 8 (cit&#233; pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il peut faire montre d'un relativisme d&#233;complex&#233; quant &#224; la r&#233;ussite la plus notable &#224; porter au cr&#233;dit de l'&#233;galit&#233; de traitement, &#224; savoir de faire acqu&#233;rir &#224; tous les &#233;l&#232;ves les savoirs de base. Dans un passage portant sur le co&#251;t financier des &#233;tudes japonaises, notamment universitaires, il &#233;crit ainsi que &#034;PISA &#233;value les syst&#232;mes &#233;ducatifs sur ce qui fait la force du syst&#232;me &#233;ducatif japonais, sur ce pour quoi ce syst&#232;me a &#233;t&#233; con&#231;u [&#8230;] Pour les parents japonais, les d&#233;fis et les enjeux relatifs &#224; l'&#233;ducation de leurs enfants commencent toutefois, si l'on peut dire, l&#224; o&#249; PISA s'arr&#234;te [&#224; l'issue du coll&#232;ge, donc]. Le fait que PISA valorise les performances de leur pays durant la p&#233;riode de l'&#233;ducation obligatoire &lt;i&gt;ne leur apporte pas grand-chose sur le plan individuel&lt;/i&gt;. Cela ne r&#233;sout en effet en rien &lt;i&gt;les probl&#232;mes auxquels ils doivent faire face au quotidien, [&#8230;] qui sont essentiellement &#233;conomiques et financiers&lt;/i&gt;, des probl&#232;mes qui impactent les r&#233;sultats et l'avenir post-coll&#232;ge de [leurs enfants]&#034; (p. 383, je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur appelle au contraire de ses v&#339;ux une &#171; &#233;galit&#233; de r&#233;ussite &#187;. Les contours en restent flous, mais on comprend qu'il s'agirait d'appliquer un traitement diff&#233;rent &#224; chaque &#233;l&#232;ve, respectueux de son individualit&#233; ; de droits &#171; &#224; la diff&#233;rence, &#224; la diversit&#233;, &#224; l'autonomie, &#224; l'enfance, notamment &#187; (p. 79). S'en &#233;tonnera-t-on alors ? C. Galan est oblig&#233; de noter &#224; plusieurs reprises que les propositions des progressistes p&#233;dagogiques japonais &#8211; modulation des horaires, du contenu des programmes, suppression de l'obligation de fr&#233;quentation scolaire &#8211; rejoignent celles&#8230; des n&#233;olib&#233;raux. Il assure que les deux points de vue sont &#171; peu conciliables &#187; (p. 517), &#171; fondamentalement irr&#233;conciliables &#187; (p. 80), et visent &#171; des objectifs radicalement diff&#233;rents &#187; (p. 502). Mais quelle peut &#234;tre la nature de ces objectifs si diff&#233;rents, quand les politiques publiques propos&#233;es sont les m&#234;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre part, nous sommes convaincu(s) que faire acqu&#233;rir &#224; toute une classe d'&#226;ge la ma&#238;trise des savoirs fondamentaux de la culture &#233;crite a une valeur en soi, intrins&#232;que. &#171; Une p&#233;dagogie &#233;galitaire dans un monde d'in&#233;galit&#233;s ne peut qu'avoir des effets in&#233;galitaires &#187; ? Mais c'est exactement l'inverse qu'a montr&#233; le sixi&#232;me chapitre &#224; propos des r&#233;sultats aux &#233;valuations nationales en fin d'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire. Le passage m&#233;rite d'&#234;tre cit&#233; un peu longuement :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Dans le cas des r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves aux tests nationaux sur les comp&#233;tences scolaires, en revanche, ces deux Japon [opposant d'un c&#244;t&#233; les grandes m&#233;tropoles, Kansai et Kant&#244;, et de l'autre, des p&#233;riph&#233;ries de plus en plus marginalis&#233;es &#224; mesure qu'on s'&#233;loigne du centre] se dissolvent, &lt;i&gt;notamment au niveau de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, dans une autre r&#233;alit&#233; spatiale&lt;/i&gt; &#224; la fois plus &#233;clat&#233;e g&#233;ographiquement et &lt;i&gt;plus resserr&#233;e sur le plan des &#233;carts, fond&#233;e sur la r&#233;elle &#171; efficacit&#233; &#187; de ladite &#233;cole &#233;l&#233;mentaire et sur les conditions locales de sa mise en place&lt;/i&gt; qui parviennent la plupart du temps &#224; &lt;i&gt;contrebalancer les diff&#233;rences d'environnement socio-familial&lt;/i&gt;.&#034; (p. 428, je souligne)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et imm&#233;diatement apr&#232;s le passage qu'on vient de citer, l'auteur ajoute :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Un &#233;l&#233;ment important entre &#233;galement en jeu ici : le fait que les familles aux strat&#233;gies &#233;litistes les plus pouss&#233;es scolarisent encore &#224; ce niveau, dans leur immense majorit&#233;, leurs enfants dans le public.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement dit : &lt;i&gt;seule une application particuli&#232;rement stricte de l'&#233;galit&#233; de traitement&lt;/i&gt; &#8211; les &#233;l&#232;ves b&#233;n&#233;ficiant exactement du m&#234;me enseignement, dans la m&#234;me institution publique &#8211; &lt;i&gt;est &#224; m&#234;me de permettre une appropriation &#233;gale des savoirs fondamentaux&lt;/i&gt;, neutralisant l'effet du milieu social d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche p&#233;dagogique japonaise pourrait-elle en tirer quelque enseignement ? Tentons cette exp&#233;rience de pens&#233;e. S'il a brill&#233; dans la transmission de savoirs fondamentaux &#224; toute une classe d'&#226;ge, l'&#233;galitarisme japonais s'est parfaitement accommod&#233; du maintien de la concurrence scolaire, que traduisent tant, en son sein, le moyennisme scolaire du hensachi que, en dehors de lui, la &#171; double externalisation &#187; &#8211; hors les murs de l'&#233;cole, et hors le budget de l'&#201;tat &#8211; de la comp&#233;tition scolaire dans les juku. Il s'est accompagn&#233; d'un moyennisme comportemental devenu insupportable &#224; de larges franges des jeunes g&#233;n&#233;rations, contrecarrant s&#233;rieusement les ambitions nationalistes des politiciens du PLD. On rejoindra C. Galan quand il appelle de ses v&#339;ux la n&#233;cessaire prise en compte des &#233;l&#232;ves &#171; diff&#233;rents &#187;, s'agissant des enfants d'immigr&#233;s, ayant s&#233;journ&#233; &#224; l'&#233;tranger, ou en situation de handicap. Il est clair aussi que l'&#233;galit&#233; de traitement ne devra pas conduire &#224; interdire l'enseignement du raisonnement &#233;crit sous sa forme longue, du &#171; comment penser &#187; si constitutif de la litt&#233;rature et des sciences humaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir note 10. Lire, sur ce site : J&#233;r&#244;me Deauvieau, &#171; Quel enseignement pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ces consid&#233;rations mises &#224; part, une v&#233;ritable d&#233;mocratisation scolaire &lt;i&gt;appelle visiblement une syst&#233;matisation de l'&#233;galit&#233; de traitement&lt;/i&gt;. Au point de vue de l'organisation du syst&#232;me scolaire, cela ne peut impliquer que la suppression de la concurrence : soit la nationalisation du secteur &#233;ducatif priv&#233;, et la fermeture des juku, en commen&#231;ant par les juku &#171; pour aller de l'avant &#187; (&lt;i&gt;shingaku juku&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je me centre ici sur la situation interne &#224; l'institution scolaire. Du c&#244;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Gageons qu'une fois cette concurrence abolie, les d&#233;rives de type &#171; bachotage &#187;, dans les pratiques p&#233;dagogiques des enseignants japonais eux-m&#234;mes, auront t&#244;t fait d'appara&#238;tre superflues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est particuli&#232;rement William K. Cummings, &lt;i&gt;Educational equality in Japan &lt;/i&gt; (Princeton University Press, 1980), qui est vis&#233; dans l'introduction de l'ouvrage. Suite &#224; la publication du rapport de Christopher Jencks et de ses coll&#232;gues sur les in&#233;galit&#233;s &#233;ducatives aux &#201;tats-Unis, la quatri&#232;me de couverture du livre de Cummings proclamait que &#171; les Japonais ont r&#233;ussi l&#224; o&#249; les Am&#233;ricains ont &#233;chou&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'auteur est professeur des universit&#233;s en langue et civilisation japonaises &#224; l'universit&#233; Toulouse-Jean Jaur&#232;s, chercheur &#224; l'Institut fran&#231;ais de recherches sur l'Asie de l'Est (IFRAE, Inalco / Universit&#233; Paris Cit&#233; / CNRS) et co-directeur de la revue &lt;i&gt;&#201;tudes japonaises&lt;/i&gt;, qu'il a co-fond&#233;e en 2024. Signalons que ses premiers travaux ont port&#233; sur l'enseignement de la lecture, sujet amplement trait&#233; sur le site du GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans l'ouvrage, les titres japonais sont transcrits en r&#244;maji (en alphabet latin, selon le syst&#232;me dit &#171; Hepburn modifi&#233; &#187;), suivis d'une traduction en fran&#231;ais. La transcription des noms de personne respecte l'usage japonais qui est de citer d'abord le nom de famille, puis le nom personnel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les textes suivants constituent une premi&#232;re version de certains chapitres : &#171; Eug&#233;nisme et &#233;ducation dans le Japon d'apr&#232;s-guerre &#187;,&lt;i&gt;Cipango. Cahiers d'&#233;tudes japonaises&lt;/i&gt;, vol. 24, 2021, Isabelle Konuma (coord.), &#171; Eug&#233;nisme dans le Japon moderne et contemporain &#187;, pp. 163-&#8288;207 (pour le chapitre 1) ; &#171; L'&#233;volution du concept d'&#8220;&#233;ducation d'apr&#232;s-guerre&#8221; &#187;, in Michael Lucken, Anne Bayard-Sakai et Emmanuel Lozerand (dir.), &lt;i&gt;Le Japon apr&#232;s la guerre&lt;/i&gt;, Arles, Philippe Picquier, 2006, pp. 47-&#8288;81 (ouvrage r&#233;&#233;dit&#233; sous le titre &lt;i&gt;Sengo, le Japon apr&#232;s la guerre&lt;/i&gt;, Paris, Presses de l'Inalco, 2017, pp. 47-&#8288;82) (ch. 2) ; &#171; Une strat&#233;gie du d&#233;sordre : l'assouplissement de la sectorisation scolaire au Japon &#187;, &lt;i&gt;Dossiers des sciences de l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, 2012, no 27, Christian Galan et Claude L&#233;vi Alvar&#232;s (coord.), &#171; S&#233;isme &#233;ducatif au Japon &#187;, pp. 87-&#8288;101 (d&#233;but du ch. 3) ; &#171; Le syst&#232;me &#233;ducatif japonais au prisme du mod&#232;le &#8220;centre-p&#233;riph&#233;rie(s)&#8221; &#187; [2021], in Aline Henninger et Mayumi Shimosakai (dir.), &lt;i&gt;Japon pluriel 14. P&#233;riph&#233;ries et centres&lt;/i&gt;. Actes du quatorzi&#232;me colloque de la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise d'&#233;tudes japonaises, Arles, Philippe Picquier, 2023, pp. 43-&#8288;85 (ch. 6) ; communication &#171; La Covid-&#8288;19 et le syst&#232;me &#233;ducatif japonais : tensions, d&#233;fis et opportunit&#233;s (manqu&#233;es ?) &#187;, journ&#233;es d'&#233;tude &#171; La soci&#233;t&#233; japonaise face &#224; la Covid-&#8288;19 &#187; du groupe de recherche &lt;i&gt;Populations japonaises &#8211; IFRAE / CRCAO&lt;/i&gt;, universit&#233; Paris Cit&#233;, 18-&#8288;19 novembre 2021 (ch. 7).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Postface &#224; la traduction japonaise de Michael J. Sandel, &lt;i&gt;The tyranny of merit : what's become of the common good ? &lt;/i&gt; (Londres, Allen Lane, 2020 ; trad. jap. &lt;i&gt;Hayakawa shob&#244;&lt;/i&gt;, 2023, cit&#233;e p. 63, note 1.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la notion d'aptitudes, voir sur ce site : Fabienne Andr&#233;, &#171; &lt;i&gt;Apprendre. Les &#171; aptitudes &#187;, vie et mort, et Dehaene &#187;&lt;/i&gt;, 2025 : https:&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article361&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article361&lt;/a&gt; ; et Jean-Pierre Terrail, &#171; &lt;i&gt;Visages du progressisme scolaire en France (1880-2021) : m&#233;ritocratie ou d&#233;mocratie ?&lt;/i&gt; &#187;, 2021 : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; M&#233;ritocratie &#187; correspond plut&#244;t &#224; &lt;i&gt;jitsuryoku shugi&lt;/i&gt; (&#171; syst&#232;me fond&#233; sur les comp&#233;tences &#187;), utilis&#233; surtout &#224; partir de 1990. Cette expression remplace &lt;i&gt;gakureki shakai&lt;/i&gt; (&#171; soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur les dipl&#244;mes &#187;), tr&#232;s utilis&#233;e des ann&#233;es 1970 jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1990, mais beaucoup moins aujourd'hui. &lt;i&gt;Meri(t)tokurash&#238;&lt;/i&gt; reste marginal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Hensachi&lt;/i&gt; = [(r&#233;sultat de l'&#233;l&#232;ve - moyenne de la cohorte) / &#233;cart-type de la cohorte] x 10 + 50. Le hensachi est donc compris entre 25 et 75 pour la quasi-totalit&#233; (98,76 %) d'une cohorte. Un hensachi de 50 situe un &#233;l&#232;ve exactement &#224; la moyenne de sa cohorte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La caract&#233;risation de ces pratiques p&#233;dagogiques n'est pas au c&#339;ur de l'ouvrage. On trouvera plus de d&#233;tails dans les textes suivants : Christian Galan, &#171; Japon : l'uniformit&#233; comme principe p&#233;dagogique &#187;, in Collectif, Actes du colloque &#171; D&#233;fendre et transformer l'&#233;cole pour tous &#187;, universit&#233; de Provence, Marseille, 3-&#8288;4-&#8288;5 octobre 1997, &#233;dit&#233;s sur CD-Rom par l'IUFM d'Aix-Marseille, 1998 (https://hal.science/hal-02399202/) ; et Christian Galan, Yves Cadot et Aline Henninger, &#171; Neutraliser (toujours plus) la &#171; variable enseignant &#187; &#187;, in &lt;i&gt;Loyaut&#233; et patriotisme (le retour). &#201;ducation et n&#233;o-conservatisme dans le Japon du XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, PUR, &#171; Histoire &#187;, 2023, pp. 79-&#8288;108 (&lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/books.pur.189255&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/books.pur.189255&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;galit&#233; de traitement entra&#238;ne aussi des cons&#233;quences sur les modes d'&#233;valuation, comme il est sugg&#233;r&#233; dans la conclusion de l'ouvrage. Puisqu'on ne peut &#233;valuer les &#233;l&#232;ves que sur ce que l'on est certain qu'ils ont tous acquis dans les m&#234;mes conditions, les questionnaires &#224; choix multiples et autres r&#233;ponses br&#232;ves sont la r&#232;gle. Le commentaire de texte et la dissertation sont totalement absents ; la lecture d'&#339;uvres int&#233;grales, trop variable selon l'individu, est rare.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'auteur pr&#233;cise lui-m&#234;me (p. 45) qu'il n'avait jamais envisag&#233; le lien entre eug&#233;nisme et &#233;ducation avant l'&#233;criture de l'article qui a servi de base &#224; ce chapitre (voir note 4).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;galit&#233; d'acc&#232;s dont demeurent donc exclus les &#233;l&#232;ves en situation de handicap, rel&#233;gu&#233;s dans l'&#233;ducation sp&#233;cialis&#233;e. L'auteur ne traite pas leur cas dans l'ouvrage, et renvoie notamment aux travaux d'Anne-Lise Mithout. Sur les &#233;l&#232;ves immigr&#233;s ou ayant s&#233;journ&#233; &#224; l'&#233;tranger, voir la note suivante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De m&#234;me, les dispositifs sp&#233;cifiques qui permettraient de scolariser les enfants d'immigr&#233;s, ou m&#234;me simplement ceux ayant s&#233;journ&#233; &#224; l'&#233;tranger, demeurent quasi inexistants &#224; ce jour. L'auteur a ici laiss&#233; de c&#244;t&#233; cette question, mais y a consacr&#233; de pr&#233;c&#233;dents travaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fukaya Masashi, Dobashi Minoru et Saegusa Keiko, &#171; Gakush&#251; juku &#187;, &lt;i&gt;Monogurafu &#8211; sh&#244;gakusei nau&lt;/i&gt; (Monographies &#8211; les &#233;coliers aujourd'hui), vol. 15-&#8288;6, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La conclusion du cinqui&#232;me chapitre (pp. 392-&#8288;395) r&#233;sume particuli&#232;rement bien ce raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Afin de ne pas trop allonger ce compte-rendu, on s'est concentr&#233; sur les caract&#233;ristiques les plus saillantes du syst&#232;me &#233;ducatif nippon. On a laiss&#233; de c&#244;t&#233; le d&#233;but du troisi&#232;me chapitre, consacr&#233; &#224; la mise en place partielle d'une politique de &#171; choix de l'&#233;cole &#187;, ainsi que le septi&#232;me chapitre, qui analyse les premiers mois de la pand&#233;mie de Covid-&#8288;19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Japon compte 47 unit&#233;s administratives, dont 43 ont le statut de ken (d&#233;partements). Par commodit&#233;, l'auteur les appelle toutes &#171; d&#233;partements &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agn&#232;s Van Zanten, &lt;i&gt;L'&#233;cole de la p&#233;riph&#233;rie. Scolarit&#233; et s&#233;gr&#233;gation en banlieue&lt;/i&gt;, Paris, PUF, &#171; Le lien social &#187;, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Fijalkow, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit&lt;/i&gt;, Paris, Mignard, 1993, p. 8 (cit&#233; pp. 172-&#8288;173). Voir aussi page 395 : &#171; une &#233;ducation &#233;galitariste dans une soci&#233;t&#233; fondamentalement in&#233;galitaire amplifi[e] en r&#233;alit&#233; les in&#233;galit&#233;s existant au sein de celle-ci en restreignant toujours plus la part de la population pouvant objectivement participer &#224; la comp&#233;tition scolaire, c'est-&#224;-dire avec une chance r&#233;elle de &#171; gagner quelque chose &#187;, f&#251;t-ce peu. &#187;. Et page 522 : &#171; une &#233;ducation et une p&#233;dagogie &#233;galitaristes dans un monde d'in&#233;galit&#233;s ne peuvent que renforcer les in&#233;galit&#233;s en question. Donner &#224; tous la m&#234;me chose quand tous sont diff&#233;rents revient &#224; favoriser les mieux dot&#233;s en capital &#233;conomique, social et culturel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir note 10. Lire, sur ce site : J&#233;r&#244;me Deauvieau, &#171; Quel enseignement pour penser le monde social ? Quelques r&#233;flexions et propositions &#187;, GRDS, 2017 : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259&lt;/a&gt; ; et aussi Nicole Grataloup, &#171; &#201;crire pour penser et pour philosopher &#187;, in Jean-Pierre Terrail (coord.), &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux populaires&lt;/i&gt;, La Dispute, &#171; L'enjeu scolaire &#187;, pp. 169-&#8288;187. (&lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/disp.terra.2020.01.0169&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/disp.terra.2020.01.0169&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je me centre ici sur la situation interne &#224; l'institution scolaire. Du c&#244;t&#233; des familles, la situation actuelle, particuli&#232;rement d&#233;l&#233;t&#232;re, se caract&#233;rise &#224; la fois par l'effondrement de la croyance en une &#171; &#233;galit&#233; d'ant&#233;c&#233;dents &#187; &#8211; remplac&#233;e par le constat d&#233;sabus&#233; de l'existence d'une &#171; loterie parentale &#187; (oya-gacha) &#8211; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; par le maintien de l'attachement au moyennisme acad&#233;mique incarn&#233; par le hensachi, per&#231;u comme objectif, donc juste. &#171; Si [&#8230;] beaucoup de Japonais &#8211; et notamment les jeunes &#8211; ont pris conscience de l'existence d'in&#233;galit&#233;s sociales et scolaires pouvant agir sur l'obtention d'un hensachi plus ou moins &#233;lev&#233;, ce sont bien les conditions in&#233;galitaires de cette obtention que ceux-ci d&#233;noncent et non l'outil qui les mesure. &#187; (p. 519) On reste attach&#233; &#224; la &#171; juste &#187; mesure de sa valeur relative, quand bien m&#234;me on ressent vivement que tous ne sont pas partis de la m&#234;me ligne de d&#233;part : on voit bien qu'il n'y a que le maintien de la comp&#233;tition scolaire pour expliquer cette position d&#233;sesp&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;cole finlandaise : la chute d'une ic&#244;ne (et ses enseignements)</title>
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		<dc:date>2026-05-13T10:34:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabienne Andr&#233;</dc:creator>



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&lt;p&gt;Des succ&#232;s, un d&#233;clin, et un besoin d'explication &lt;br class='autobr' /&gt; On se souvient peut-&#234;tre de la surprise provoqu&#233;e par les donn&#233;es de la premi&#232;re enqu&#234;te PISA, publi&#233;es en 2001, dont ressortaient les super scores de l'&#233;cole finlandaise, en t&#234;te de tous les pays de l'OCDE en mati&#232;re de ma&#238;trise de la langue &#233;crite, quatri&#232;me en sciences, cinqui&#232;me en maths. Nous avions rendu compte ici de l'ouvrage de Paul Robert qui, en 2008, avait salu&#233; ces succ&#232;s et soulign&#233; ce qui alors avait frapp&#233; les esprits et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH127/arton379-25427.png?1790688752' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='127' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des succ&#232;s, un d&#233;clin, et un besoin d'explication&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; On se souvient peut-&#234;tre de la surprise provoqu&#233;e par les donn&#233;es de la premi&#232;re enqu&#234;te PISA, publi&#233;es en 2001, dont ressortaient les super scores de l'&#233;cole finlandaise, en t&#234;te de tous les pays de l'OCDE en mati&#232;re de ma&#238;trise de la langue &#233;crite, quatri&#232;me en sciences, cinqui&#232;me en maths&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'essentiel : financ&#233;e par l'OCDE et con&#231;ue par des chercheurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous avions rendu compte ici de l'ouvrage de Paul Robert qui, en 2008, avait salu&#233; ces succ&#232;s et soulign&#233; ce qui alors avait frapp&#233; les esprits et &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un &#233;l&#233;ment essentiel d'explication : la r&#233;forme des ann&#233;es 1970 et la mise en place d'une &#233;cole fondamentale pour tous, jusqu'&#224; 16 ans, tronc v&#233;ritablement commun : sans redoublements, sans notes pendant les six ann&#233;es du cycle initial, sans classes de niveau, donc sans classement ni hi&#233;rarchisation des &#233;l&#232;ves, et m&#234;me sans examen &#224; la sortie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Paul Robert, La Finlande : un mod&#232;le &#233;ducatif pour la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GRDS ne pouvait qu'&#234;tre sensible &#224; la r&#233;ussite d'un syst&#232;me &#233;ducatif dans lequel, notions-nous, &#171; L'objectif affich&#233; d'&#171; une bonne &#233;cole pour tous &#187; est ici pris au s&#233;rieux : tout semble fait dans la pratique pour que tous les &#233;l&#232;ves sortent du tronc commun en possession du m&#234;me bagage cognitif et culturel de base. Les enseignants ont une forte responsabilit&#233; dans la gestion du dispositif de rem&#233;diation. D&#232;s que des difficult&#233;s apparaissent dans une mati&#232;re donn&#233;e, des s&#233;ances d'aide sont organis&#233;es, pendant ou apr&#232;s la classe, avec l'appui d'assistants d'&#233;ducation. &#187; Et nous ajoutions, toujours &#224; partir du travail de Paul Robert, &#171; Le scepticisme initial d'une partie des enseignants quant au r&#233;alisme de cette ambition a &#233;t&#233; surmont&#233; au cours de n&#233;gociations qui ont abouti &#224; r&#233;duire la taille des classes, et assur&#233; de bonnes conditions de travail gr&#226;ce &#224; une libert&#233; et une responsabilit&#233; p&#233;dagogiques maximales (accompagn&#233;es de la suppression de l'inspection). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;me : dix ans apr&#232;s, l'ic&#244;ne &#233;tait d&#233;chue. Certes la chute est relative ; elle a suscit&#233; beaucoup moins de commentaires que les performances de 2001, mais elle est manifeste&#8230; et surtout elle appelle &#224; son tour une explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Classement de la Finlande dans les enqu&#234;tes PISA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH96/capture_d_e_cran_2026-05-13_a_12.23.57-4d8c0.png?1790689035' width='500' height='96' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans TIMSS, un test international plus ax&#233; sur les programmes scolaires, les &#233;l&#232;ves finlandais de 13 ans ont vu leurs scores en math&#233;matiques chuter de 38 points entre 1999 et 2011 &#8211; laissant les &#233;l&#232;ves de 14 ans du pays obtenir des r&#233;sultats l&#233;g&#232;rement inf&#233;rieurs en 2011 par rapport &#224; ceux de 13 ans en 1999&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TIMSS (Trends in Mathematics and Science Study) est une &#233;tude comparative (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 2015 que parut en Angleterre un rapport de recherche universitaire (non traduit en fran&#231;ais), publi&#233; par le Centre for Policy Studies de la London School of Economics, se proposant d'exposer &#171; &lt;i&gt;Ce que sont en r&#233;alit&#233; les le&#231;ons de la Finlande&lt;/i&gt; &#187;, et annon&#231;ant en sous-titre : &#171; &lt;i&gt;La v&#233;ritable histoire d'une superpuissance &#233;ducative &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gabriel Heller Sahlgren, Real Finnish Lessons. The true story of an (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son auteur, Gabriel Heller Sahlgren, chercheur su&#233;dois (Stockholm), a directement enqu&#234;t&#233; au long de l'ann&#233;e 2014, pour la r&#233;alisation de sa th&#232;se de doctorat, aupr&#232;s des &#233;tablissements, des enseignants, et des responsables &#233;ducatifs finlandais. Il en a tir&#233; une &#233;tude solidement document&#233;e qui, afin de proposer une interpr&#233;tation convaincante du d&#233;clin des performances cognitives des adolescents finlandais au cours des ann&#233;es 2000, commence par revenir sur les conditions r&#233;elles des succ&#232;s de leur syst&#232;me &#233;ducatif tels qu'ils ont &#233;t&#233; relev&#233;s au d&#233;but de la d&#233;cennie gr&#226;ce &#224; PISA. Nous reprendrons, dans ce qui suit, les lin&#233;aments de son argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Reprendre l'analyse des raisons du succ&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sahlgren a doublement mis la logique de son c&#244;t&#233;. D'une part en consid&#233;rant qu'une explication cr&#233;dible du d&#233;clin des performances des jeunes finlandais supposait que les facteurs de leurs succ&#232;s ant&#233;rieurs aient &#233;t&#233; identifi&#233;s de fa&#231;on pertinente, et qu'il fallait donc commencer par reprendre cette identification &#224; nouveaux frais &#8211; sans se contenter des interpr&#233;tations qui ont fleuri au moment des premiers constats, au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Et d'autre part en se refusant, aux fins de cette identification, aux facilit&#233;s des commentaires les plus faciles et les plus fr&#233;quents : ceux qui se contentent de mettre en relation les r&#233;sultats de PISA avec telles ou telles caract&#233;ristiques des syst&#232;mes &#233;ducatifs concern&#233;s, telles qu'elles se donnent &#224; voir au moment de l'enqu&#234;te, sans trop se soucier de v&#233;rifier que les corr&#233;lations observ&#233;es rel&#232;vent effectivement d'une relation de causalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, donc, reprendre l'analyse des raisons du succ&#232;s. Parmi celles qui ont &#233;t&#233; avanc&#233;es dans les premi&#232;res ann&#233;es 2000, Sahlgren retient l'unification du syst&#232;me &#233;ducatif supprimant le dispositif ant&#233;rieur &#224; deux fili&#232;res par la r&#233;forme de 1972 ; mais aussi la fin des contr&#244;les standardis&#233;s (des enseignants comme des &#233;l&#232;ves), la collaboration autonome des enseignants, ainsi que la qualit&#233; professionnelle de ces derniers, issus d'une tr&#232;s forte s&#233;lection et tous pourvus d'un master. Or il conteste cette vision des choses de fa&#231;on assez radicale : &#171; En r&#233;alit&#233;, &#233;crit-il, il y a peu de fondements &#224; ces arguments &#187;. Pour une raison qui est d'abord d'ordre chronologique : les performances du d&#233;but des ann&#233;es 2000 ont &#233;t&#233; attribu&#233;es &#224; une organisation du syst&#232;me scolaire qui commen&#231;ait juste alors &#224; se mettre en place, et qui caract&#233;rise plut&#244;t&#8230; la p&#233;riode de leur d&#233;clin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jusqu'aux ann&#233;es 1990, le syst&#232;me &#233;ducatif finlandais &#233;tait centralis&#233; et contr&#244;l&#233; par l'&#201;tat. Le programme national &#233;tait d&#233;taill&#233; et prescriptif, et tous les enseignants devaient suivre une formation approfondie en cours d'emploi, tout en &#233;tant tenus de consigner ce qui &#233;tait enseign&#233; heure par heure dans des journaux de classe pour garantir qu'ils respectaient le contenu obligatoire. Il existait &#233;galement une inspection active des &#233;coles, et tous les manuels scolaires devaient &#234;tre approuv&#233;s par le Conseil national de l'&#233;ducation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait bien qu'on ne transforme pas les institutions, et la culture professionnelle qui va avec, celle du monde enseignant ne faisant pas exception &#224; la r&#232;gle, bien au contraire, par d&#233;cret. Les r&#233;formes dont le principe a &#233;t&#233; con&#231;u dans les ann&#233;es 1970 ont pris de fait beaucoup de temps pour prendre corps. L'autonomie des &#233;coles, comme l'abolition des inspections scolaires et de l'approbation des manuels de classe, ne sont devenues r&#233;alit&#233;s que dans la deuxi&#232;me partie des ann&#233;es 1990. Elles ne sauraient d&#232;s lors, rel&#232;ve Sahlgren, &#234;tre &#224; l'origine des remarquables performances des adolescents de 15 ans enqu&#234;t&#233;s par PISA en 2000 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il semble que la mont&#233;e en puissance de la Finlande ait principalement acc&#233;l&#233;r&#233; sous l'ancien syst&#232;me centralis&#233;. Alors que les r&#233;sultats ont augment&#233; d'environ l'&#233;quivalent de 23 points TIMSS entre 1965 et 1980, ils ont augment&#233; de 32 points suppl&#233;mentaires dans les ann&#233;es 1980. Ils ont &#233;galement augment&#233; de 34 points suppl&#233;mentaires dans les ann&#233;es 1990, mais ont commenc&#233; &#224; se stabiliser dans la derni&#232;re partie de la d&#233;cennie, pour finalement commencer &#224; d&#233;cliner au milieu des ann&#233;es 2000. En fait, &#233;tant donn&#233; l'&#226;ge des &#233;l&#232;ves test&#233;s, les gains les plus importants ont eu lieu lorsque les &#233;l&#232;ves fr&#233;quentaient principalement l'&#233;cole avant que l'ancien syst&#232;me ne soit enti&#232;rement aboli &#8211; et le pic se produit peu apr&#232;s son abolition compl&#232;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Sahlgren multiplie les observations &#224; l'appui de cette th&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entre 1970 et 1983, les performances en sciences des &#233;l&#232;ves finlandais de dix ans ont augment&#233; de l'&#233;quivalent de 48 &#224; 59 points TIMSS, selon l'ajustement effectu&#233;, un gain plus important que celui de tout autre pays. En 1983, la Finlande s'est donc class&#233;e premi&#232;re en sciences, &#224; &#233;galit&#233; avec le Japon et la Cor&#233;e du Sud. Parmi les &#233;l&#232;ves de 14 ans, les scores en sciences de la Finlande ont augment&#233; de l'&#233;quivalent de 11 &#224; 22 points entre 1970 et 1983, pla&#231;ant le pays statistiquement significativement derri&#232;re seulement la Hongrie, le Japon et les Pays-Bas parmi les 26 syst&#232;mes &#233;ducatifs au total en 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, en 1991, &#224; la fin du syst&#232;me centralis&#233;, les &#233;l&#232;ves finlandais de 9 et 14 ans surpassaient tous les autres pays en lecture. En fait, les &#233;l&#232;ves finlandais avaient d&#233;j&#224; obtenu des positions de t&#234;te dans un test similaire d&#232;s 1970, se classant troisi&#232;mes dans les deux groupes d'&#226;ge. Et en math&#233;matiques, les scores des &#233;l&#232;ves du secondaire inf&#233;rieur en Finlande ont augment&#233; davantage en termes absolus entre le milieu des ann&#233;es 1960 et le d&#233;but des ann&#233;es 1980 que dans tous les autres neuf pays ayant particip&#233; aux deux occasions, &#224; l'exception des Pays-Bas, bien que la Finlande n'ait &#233;merg&#233; comme un pays performant qu'avec les premiers r&#233;sultats du PISA en 2000. D'autres donn&#233;es soutiennent la trajectoire g&#233;n&#233;rale de mont&#233;e et de d&#233;clin dans les enqu&#234;tes internationales. Les scores moyens des tests des conscrits masculins finlandais &#226;g&#233;s de 18 &#224; 20 ans ont augment&#233; d'environ l'&#233;quivalent de 24 points PISA entre 1988 et 1997, tandis qu'ils ont diminu&#233; entre 1997 et 2009 d'environ 21 points PISA. En d'autres termes, les performances se sont am&#233;lior&#233;es lorsque les jeunes hommes fr&#233;quentaient principalement l'&#233;cole primaire et secondaire inf&#233;rieure avant que l'ancien syst&#232;me ne soit enti&#232;rement aboli, et ont commenc&#233; &#224; diminuer lorsqu'ils ont &#233;t&#233; davantage expos&#233;s au nouveau syst&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'impact de la r&#233;forme de la formation des enseignants, &#171; &#233;tant donn&#233; le temps n&#233;cessaire pour renouveler l'ensemble du corps enseignant en laissant les candidats passer par le nouveau syst&#232;me, il est &#233;galement improbable que les changements dans leur formation soient une bonne explication des premiers r&#233;sultats du PISA (&#8230;) En fait, le d&#233;part &#224; la retraite des enseignants form&#233;s sous l'ancien r&#233;gime co&#239;ncide avec la stagnation des performances du pays et son d&#233;clin &#233;ventuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : &#171; Les v&#233;ritables causes de l'ascension de la Finlande dans les tests internationaux sont peu susceptibles d'&#234;tre trouv&#233;es en examinant les caract&#233;ristiques du syst&#232;me &#233;ducatif actuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2015 donc (ndlr).&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les donn&#233;es pr&#233;sent&#233;es jusqu'&#224; pr&#233;sent indiquent que nous devons remonter plus loin dans le temps pour trouver des explications. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;cole et construction nationale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon Sahlgren, la politique scolaire a constitu&#233; de longue date un instrument majeur de la construction de la Finlande comme nation ind&#233;pendante, alors qu'elle n'&#233;tait au d&#233;part qu'une r&#233;gion autonome de l'empire tsariste. La scolarisation devait assurer la diffusion de l'&#233;thique patriotique, tout en int&#233;grant les r&#233;gions rurales finnophones dans un ensemble culturellement unifi&#233;. Cette double mission fut confi&#233;e &#224; des enseignants formant &#171; une arm&#233;e bien disciplin&#233;e d'&#233;ducateurs &#187; au service du nationalisme finlandais, et que la seconde guerre mondiale a rendu encore plus imp&#233;rative. Sorte de hussards noirs de la r&#233;publique version finnoise, ces enseignants b&#233;n&#233;ficiaient du m&#234;me coup d'un statut social particulier et tr&#232;s reconnu. La profession &#233;tait enviable, la s&#233;lection &#233;tait forte et retenait des candidats dont la comp&#233;tence n'&#233;tait sans doute pas pour rien dans l'efficience du syst&#232;me &#233;ducatif. Le respect dont ils jouissaient permettait de maintenir un enseignement de type magistral et autoritaire : &#171; Quelle que soit l'activit&#233; sp&#233;cifique dans laquelle les &#233;l&#232;ves s'engagent, souligne Sahlgren &#224; cet &#233;gard, la caract&#233;ristique cl&#233; de ce style &#233;ducatif est que le mode d'instruction est dirig&#233; par l'enseignant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nombre de t&#233;moignages semblent attester que ce type de rapport p&#233;dagogique, solidement ancr&#233; dans la tradition du monde &#233;ducatif finlandais, a perdur&#233; jusqu'aux ann&#233;es 2000, bien apr&#232;s donc les r&#233;formes institutionnelles des ann&#233;es 1970 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; la fin des ann&#233;es 1980, des chercheurs ont analys&#233; des enregistrements vid&#233;o de cours et ont conclu que la dynamique en classe dans le pays ne semblait pas avoir beaucoup chang&#233; au cours des 50 ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, les enseignants parlant plus des deux tiers du temps et les &#233;l&#232;ves donnant des r&#233;ponses courtes aux questions des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1996, quatre ans avant la premi&#232;re &#233;tude PISA, un groupe de chercheurs britanniques de l'Universit&#233; d'East Anglia a visit&#233; 50 &#233;coles finlandaises et a rapport&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Toute une classe suivant ligne par ligne ce qui est &#233;crit dans le manuel, &#224; un rythme d&#233;termin&#233; par l'enseignant. Rang&#233;es et rang&#233;es d'enfants faisant tous la m&#234;me chose de la m&#234;me mani&#232;re. &#187; En 2003, une &#233;quipe de chercheurs finlandais a interrog&#233; environ 3 600 &#233;l&#232;ves de 15 ans dans 61 &#233;coles s&#233;lectionn&#233;es au hasard sur les m&#233;thodes d'enseignement utilis&#233;es dans les cours de sciences. Ils ont constat&#233; que &#171; les cours de sciences semblent &#234;tre assez traditionnels. L'enseignement direct, la r&#233;solution de probl&#232;mes de base, la lecture de manuels et la r&#233;alisation de travaux pratiques sont souvent utilis&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, au milieu des ann&#233;es 2000, un chercheur a film&#233; des cours de math&#233;matiques avec dix enseignants finlandais s&#233;lectionn&#233;s au hasard et a rapport&#233; que &#171; les enseignants finlandais sont plut&#244;t traditionnels et conservateurs sur le plan p&#233;dagogique en classe [&#8230;] [et] m&#232;nent leurs cours de mani&#232;re assez uniforme &#187;. [&#8230;] Nous n'avons pas vu beaucoup de preuves, par exemple, d'un apprentissage centr&#233; sur l'&#233;l&#232;ve ou d'un apprentissage ind&#233;pendant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En d'autres termes, souligne Sahlgren, les m&#233;thodes p&#233;dagogiques finlandaises sont rest&#233;es traditionnelles tout au long de l'&#232;re des am&#233;liorations &#233;ducatives, en contraste marqu&#233; avec l'id&#233;al constructiviste et progressiste. Elles semblent &#233;galement avoir &#233;t&#233; uniformes entre les enseignants et les &#233;coles, malgr&#233; l'autonomie &lt;i&gt;de jure &lt;/i&gt; dont jouissaient les enseignants. &#187; Et il en conclut que &#171; les m&#233;thodes traditionnelles utilis&#233;es en Finlande pendant son ascension dans les enqu&#234;tes internationales sont efficaces pour produire des scores &#233;lev&#233;s aux tests. Cela renforce l'id&#233;e que la pr&#233;servation d'une culture d'autorit&#233;, tout en traversant des changements soci&#233;taux rapides, est une explication partielle des performances &#233;ducatives croissantes du pays au cours du XXe si&#232;cle. Ce constat converge avec ce que l'on sait d'apr&#232;s le travail de John Hattie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Olivier Mottint, Faut-il renoncer aux p&#233;dagogies actives ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme des r&#233;sultats d&#233;sastreux de l'exp&#233;rience qu&#233;becoise des ann&#233;es 2000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A propos du &#171; Renouveau p&#233;dagogique &#187; au Qu&#233;bec, voir Jean-Pierre Terrail, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l'auteur d'en conclure : &#171; Les m&#233;thodes d'enseignement autoritaires semblent pr&#233;f&#233;rables, du moins pour atteindre l'objectif traditionnel d'am&#233;liorer les performances cognitives. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les effets de la modernisation sociale et p&#233;dagogique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La modernisation tardive de la Finlande et son d&#233;veloppement &#233;conomique alors rapide ont eu deux cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le pays a commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper &#233;conomiquement, l'&#233;ducation de masse s'est v&#233;ritablement mise en place, en b&#233;n&#233;ficiant de l'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement traditionnelles qui se perp&#233;tuaient : c'est alors, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, que l'&#233;cole finlandaise obtient ses plus grands succ&#232;s. Mais ce m&#234;me d&#233;veloppement a tr&#232;s vite commenc&#233; &#224; saper les fondements culturels et sociaux du syst&#232;me &#233;ducatif, sous l'impact de la transformation des valeurs et des modes de vie promus par les jeunes g&#233;n&#233;rations. Parmi ces derni&#232;res, &#171; les attitudes favorables &#224; l'apprentissage ont diminu&#233; entre 2001 et 2012. Entre 2000 et 2009, la part des &#233;l&#232;ves finlandais de 15 ans qui lisaient plus de 30 minutes par jour est pass&#233;e de 48 % &#224; 34 %. &#187; On peut invoquer ici le poids &#171; des am&#233;liorations technologiques, en particulier la mont&#233;e des r&#233;seaux sociaux &#187;. &#201;galement le reflux du respect de l'ob&#233;issance, que rel&#232;vent beaucoup d'enseignants, favoris&#233; sans doute par les parents eux-m&#234;mes, moins nombreux &#224; souhaiter l'inculquer &#224; leurs enfants, et plus critiques eux-m&#234;mes vis-&#224;-vis des enseignants, car plus instruits. Soit &#171; Les pressions de la soci&#233;t&#233; post-industrielle &#233;rodent de nombreux fondements sur lesquels reposaient les performances &#233;ducatives de la Finlande, tout comme elles ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;es dans la plupart des pays occidentaux plus t&#244;t dans l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au plan des pratiques p&#233;dagogiques ? Le signal du changement est donn&#233; par le programme national de 1994 &#171; selon lequel toutes les &#233;coles devaient concevoir leurs propres programmes d'&#233;tudes de mani&#232;re &#224; am&#233;liorer l'enseignement et l'apprentissage selon les id&#233;es &#233;ducatives constructivistes. &#187; Mais il a fallu du temps pour que les pratiques changent majoritairement, au point que les ann&#233;es 2000 sont celles de l'apog&#233;e des m&#233;thodes traditionnelles. Celles-ci restent encore r&#233;pandues dans les ann&#233;es 2010, marqu&#233;es toutefois par la mont&#233;e en puissance progressive d'une p&#233;dagogie beaucoup plus centr&#233;e sur les &#233;l&#232;ves, leur activit&#233; individuelle, leurs questionnements. &#171; Entre 1994 et 2010, la part moyenne des &#233;l&#232;ves finnois de 11, 13 et 15 ans qui ont explicitement d&#233;clar&#233; que leurs enseignants les encourageaient &#224; exprimer leurs opinions en classe est pass&#233;e de 36 % &#224; 54 %. La part de ceux qui ont explicitement d&#233;clar&#233; que leurs enseignants s'int&#233;ressaient &#224; leur vie est pass&#233;e de 18 % &#224; 32 %, tandis que la part de ceux qui &#233;taient en d&#233;saccord explicite a diminu&#233; de 39 % &#224; 24 %. &#187; Et cette transformation de la relation p&#233;dagogique est encourag&#233;e par les pouvoirs publics. Le programme national de 2016 ne stipule-t-il pas que &#171; les &#233;l&#232;ves devraient avoir plus d'influence sur l'enseignement &#187; ? &#171; Cette &#233;volution, commente Sahlgren, montre que les enseignants finlandais ont rejoint leurs coll&#232;gues du monde entier dans la transition vers des m&#233;thodes d'apprentissage dirig&#233;es par les &#233;l&#232;ves depuis le pic de performance &#233;ducative du pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir du moment o&#249; l'&#233;cole finlandaise rentre ainsi dans le rang mondial de la modernisation p&#233;dagogique que les performances de ses &#233;l&#232;ves se mettent &#224; r&#233;gresser. Difficile d&#232;s lors de ne pas consid&#233;rer, avec Sahlgren, que le recul voire l'abandon de la p&#233;dagogie magistrale traditionnelle est pour le moins &#171; une raison pour laquelle le pays a commenc&#233; &#224; d&#233;cliner &#187; dans les classements internationaux des syst&#232;mes &#233;ducatifs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;l&#233;ments de discussion et de r&#233;flexion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le monde change, l'&#233;cole doit changer&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sahlgren souligne &#224; juste titre tout ce que ce recul doit &#224; la pression exerc&#233;e sur l'institution scolaire par les transformations de la vie sociale. &#171; Les m&#233;thodes autoritaires ne sont plus consid&#233;r&#233;es comme adapt&#233;es ou possibles dans une soci&#233;t&#233; post-industrielle o&#249; les &#233;l&#232;ves deviennent moins dociles et ob&#233;issants (&#8230;) Lorsque le monde &#233;tait plus autoritaire en g&#233;n&#233;ral, les &#233;l&#232;ves acceptaient plus facilement les enseignants autoritaires. (&#8230;) Les m&#233;thodes p&#233;dagogiques changent tout simplement parce qu'il n'est plus possible de contr&#244;ler la classe avec les anciennes m&#233;thodes (&#8230;) Les m&#233;thodes constructivistes ont probablement &#233;merg&#233; pour aligner ce qui se passe dans les &#233;coles avec la soci&#233;t&#233; ext&#233;rieure (&#8230;) La soci&#233;t&#233; et les pratiques scolaires semblent avoir chang&#233; simultan&#233;ment de mani&#232;re qui pourrait nuire aux performances des &#233;l&#232;ves, refl&#233;tant un sch&#233;ma observ&#233; dans d'autres pays occidentaux en g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la force de ce processus, il se garde cependant d'en faire une destin&#233;e fatale, hors de tout contr&#244;le possible. &#171; Aujourd'hui, la soci&#233;t&#233; est moins ax&#233;e sur l'autorit&#233; et l'ob&#233;issance, et davantage sur la libert&#233; et l'ind&#233;pendance. Par cons&#233;quent, selon cet argument, les &#233;coles doivent adopter ces valeurs. Mais c'est une erreur. Les &#233;coles ne sont pas cens&#233;es &#234;tre des microcosmes du monde ext&#233;rieur. Elles sont cens&#233;es &#234;tre des institutions qui pr&#233;parent les &#233;l&#232;ves &#224; ce monde. Les &#233;l&#232;ves ne sont pas des citoyens adultes et ne devraient pas &#234;tre trait&#233;s comme tels. Ainsi, bien que la soci&#233;t&#233; &#233;volue vers moins d'autorit&#233; et plus d'ind&#233;pendance, cela ne signifie pas que l'&#233;ducation doit suivre cette trajectoire. En fait, on pourrait soutenir qu'il devient encore plus important que les &#233;coles conservent certaines structures autoritaires pour garantir que les &#233;l&#232;ves acceptent l'institution scolaire. Si ce raisonnement est juste, le changement de m&#233;thodes pourrait en r&#233;alit&#233; avoir contribu&#233; &#224; une diminution de l'acceptation de l'autorit&#233; dans les &#233;coles, plut&#244;t que l'inverse (&#8230;) Apr&#232;s tout, si les adultes ne se comportent pas comme des autorit&#233;s, pourquoi les enfants les consid&#233;reraient-ils comme tels ? &#187; Et de conclure : &#171; La le&#231;on politique [de l'exp&#233;rience finlandaise] la plus forte est le danger de rejeter l'autorit&#233; dans les &#233;coles, en particulier en abandonnant l'enseignement structur&#233; et centr&#233; sur les enseignants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sahlgren a certainement raison de souligner l'impact de la pression de parents plus instruits, d'enfants plus agit&#233;s, moins attentifs et moins respectueux, incitant les enseignants &#224; adopter une p&#233;dagogie moins directive et les responsables politiques &#224; pr&#244;ner le recours aux m&#233;thodes actives. Le ph&#233;nom&#232;ne affecte tous les pays d&#233;velopp&#233;s de fa&#231;on comparable, et avec une contemporan&#233;it&#233; croissante (mondialisation, internet, r&#233;seaux). Qu'il ait eu sur les performances de l'&#233;cole finlandaise des effets aussi ostensibles tient &#224; la longue r&#233;sistance que lui a oppos&#233; une p&#233;dagogie traditionnelle efficiente, laquelle a c&#233;d&#233; &#224; son tour, mais plus tardivement qu'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serait-il souhaitable, ou m&#234;me possible, comme il le pr&#233;conise, de pr&#233;server les relations &#233;ducatives des transformations qui affectent, hors &#233;cole, l'ensemble de la vie sociale ? Proposons quelques remarques &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;formes de structure et posture p&#233;dagogique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fait m&#233;rite d'abord d'&#234;tre soulign&#233;. Dans la foul&#233;e des toutes premi&#232;res enqu&#234;tes PISA, la plupart des commentateurs ont associ&#233; les brillants r&#233;sultats de l'&#233;cole finlandaise aux r&#233;formes des ann&#233;es 1970, au premier rang desquels le Fran&#231;ais Paul Robert, qui y voit explicitement, en 2009, &#171; le secret de la r&#233;ussite &#187; et un &#171; mod&#232;le &#187; possible pour la France. Or ces r&#233;formes concernaient l'organisation des parcours de scolarisation (tronc commun jusqu'&#224; 16 ans, suppression des redoublements, des notes et du classement des &#233;l&#232;ves), mais sans se prononcer sur la nature de la relation p&#233;dagogique elle-m&#234;me, dont la gestion devait &#234;tre librement assum&#233;e par des enseignants dont l'autonomie de d&#233;cision se voyait renforc&#233;e. Ce que montrent les indicateurs mobilis&#233;s par Sahlgren, c'est la force d'inertie de la culture professionnelle du monde enseignant qui, trois d&#233;cennies plus tard, continuent massivement &#224; pratiquer la p&#233;dagogie h&#233;rit&#233;e de la tradition. Forg&#233;e dans l'histoire nationale, c'est paradoxalement cette p&#233;dagogie qui assure, gr&#226;ce &#224; son efficience en mati&#232;re de transmission cognitive, les succ&#232;s du pays dans les premi&#232;res ann&#233;es 2000. Voil&#224; qui rappelle avec insistance que l'essentiel des apprentissages scolaires se joue dans la classe&#8230; et que les transformations de la relation p&#233;dagogique sont le moteur d&#233;cisif de leur am&#233;lioration ou de leur d&#233;t&#233;rioration. L'impact des r&#233;formes du dispositif structurel de scolarisation d&#233;pend toujours de ce qui se passe au plan des relations d'enseignement, et donc de leurs effets &#224; cet &#233;gard. C'est bien ce que nous disions d&#233;j&#224; il y un quart de si&#232;cle dans notre compte-rendu de l'ouvrage de Paul Robert, et gr&#226;ce &#224; quoi, alors m&#234;me que nous approuvions au GRDS le principe de r&#233;formes de structure qui au final ne se sont pas av&#233;r&#233;es d&#233;cisives, les apports de la recherche de Sahlgren ne nous prennent pas aujourd'hui &#224; revers. Citons la fin de notre compte-rendu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Paul Robert insiste &#233;norm&#233;ment sur ce que l'efficacit&#233; de l'enseignement finlandais doit &#224; des apprentissages qui s'op&#232;rent dans une atmosph&#232;re bienveillante et d&#233;tendue, sans stress et sans pression (&#8230;). Peu d'enseignants je suppose contesteraient qu'il soit plus agr&#233;able de travailler dans une ambiance confiante et calme (&#8230;). Mais l'on ne saurait confondre les conditions de travail et le travail lui-m&#234;me. L'efficacit&#233; cognitive d'un syst&#232;me &#233;ducatif d&#233;pend des proc&#233;dures d'apprentissage proprement dites (&#8230;) Et Paul Robert, agr&#233;g&#233; de lettres classiques, sait bien que l'absence de stress ne suffit pas &#224; faire des forts en th&#232;me. Il ne nous dit pourtant pratiquement rien sur les modalit&#233;s d'apprentissage pratiqu&#233;es en Finlande. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Paul Robert, La Finlande : un mod&#232;le &#233;ducatif pour la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (soulign&#233; par nous, F.A.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelle &#171; autorit&#233; &#187; pour garantir la qualit&#233; des apprentissages ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons la conclusion essentielle de la recherche de Sahlgren : &#171; La le&#231;on politique la plus forte est le danger de rejeter l'autorit&#233; dans les &#233;coles, en particulier en abandonnant l'enseignement structur&#233; et centr&#233; sur les enseignants. &#187; L'emploi de la notion d'autorit&#233; m&#233;rite &#233;videmment ici d'&#234;tre sp&#233;cifi&#233;, sauf &#224; para&#238;tre faire fi du lourd passif historique accumul&#233;, du ma&#238;tre du fouet des &#233;coles sum&#233;riennes aux turpitudes de B&#233;tharram, par l'exercice du pouvoir sur les enfants dans les enceintes scolaires. Ce que souligne en fait l'exp&#233;rience finlandaise, et cette mention sans doute aurait suffi, c'est l'efficience d'un &#171; enseignement structur&#233; et centr&#233; sur les enseignants &#187; : l'efficience donc d'apprentissages scolaires organis&#233;s et pilot&#233;s de pr&#232;s par les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en &#233;vidence, par l'analyse de Sahlgren, des cons&#233;quences r&#233;gressives du renoncement &#224; un guidage ferme des apprentissages cognitifs n'a rien de vraiment tr&#232;s surprenant. Les m&#234;mes cons&#233;quences ont &#233;t&#233; constat&#233;es et document&#233;es par les milliers d'&#233;tudes dont l'&#233;quipe n&#233;o-z&#233;landaise de Hattie a fait la synth&#232;se&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hattie, J. (2009). Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par le suivi de l'exp&#233;rience du &#171; Renouveau p&#233;dagogique &#187; au Qu&#233;bec, comme par l'analyse des conditions de la baisse des performances des &#233;l&#232;ves fran&#231;ais depuis les ann&#233;es 1980&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Mais pourquoi donc le niveau des &#233;l&#232;ves baisse-t-il ?, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cas finlandais vient donc s'ajouter &#224; une exp&#233;rience internationale d&#233;j&#224; abondamment fournie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, &#233;voquer un &#171; guidage ferme des apprentissages &#187; est une fa&#231;on de rappeler l'asym&#233;trie de la relation &#233;ducative. L'&#233;ducateur et l'&#233;duqu&#233; ne sont pas des camarades, comme le voudrait le p&#233;dagogue br&#233;silien Paulo Freire, car l'enseignant occupe une position surplombante dans le processus de transmission des connaissances. Ce surplomb peut s'accompagner d'une maltraitance des &#233;l&#232;ves, ou tout simplement d'une inculcation peu attentive &#224; ses effets sur ces derniers. Il peut toutefois aussi, de la part d'enseignants conscients d'&#234;tre les &#171; alli&#233;s dans la place &#187; de leurs &#233;l&#232;ves, &#234;tre mis &#224; profit pour cr&#233;er les conditions d'une appropriation r&#233;fl&#233;chie par leur public des savoirs &#224; transmettre. Dans ce dernier cas l'&#171; autorit&#233; &#187; du ma&#238;tre lui est toujours d&#233;l&#233;gu&#233;e par l'institution, mais sa v&#233;ritable reconnaissance par les &#233;l&#232;ves doit l'essentiel &#224; leur sentiment de r&#233;ussir gr&#226;ce &#224; lui des apprentissages difficiles, et d'&#234;tre ainsi entendus et respect&#233;s. Cette autorit&#233;-l&#224; est toujours indispensable, et elle l'est d'autant plus que les &#233;volutions de la vie sociale tendent &#224; fragiliser, voire &#224; effriter celle que l'on pr&#234;te spontan&#233;ment &#224; l'institution. Pr&#233;server &#171; l'autorit&#233; dans les &#233;coles &#187;, comme le recommande Sahlgren, passe donc aujourd'hui de plus en plus par la capacit&#233; des enseignants &#224; engager leurs &#233;l&#232;ves dans des activit&#233;s intellectuelles exigeantes dont ils sauront surmonter les difficult&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira avec profit, &#224; cet &#233;gard, l'ouvrage de Nicolas Kaczmarek, Manuel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour l'essentiel : financ&#233;e par l'OCDE et con&#231;ue par des chercheurs australiens, PISA soumet tous les trois ans (2 000, 2 003, 2 006, etc.), dans chacun des pays enqu&#234;t&#233;s (57 en 2006), environ 5 000 jeunes scolaires de 15 ans &#224; une &#233;preuve de &#171; comp&#233;tences &#187; de 210 minutes portant sur trois domaines : la compr&#233;hension de l'&#233;crit, la culture math&#233;matique, la culture scientifique. L'enqu&#234;te porte en outre sur les caract&#233;ristiques &#233;conomiques et socioculturelles des familles des &#233;l&#232;ves enqu&#234;t&#233;s (et le profil de leur &#233;tablissement scolaire). Elle permet ainsi de comparer les performances des adolescents sous l'angle tant de leur moyenne que de leur dispersion dans chaque pays ; et de rapporter ces performances aux ressources des familles, en mesurant ainsi ce qu'elles doivent en propre &#224; l'action des syst&#232;mes scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Paul Robert, La Finlande : un mod&#232;le &#233;ducatif pour la France ? Les secrets de la r&#233;ussite&lt;/i&gt;, ESF, Paris, 2009, GRDS, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TIMSS (&lt;i&gt;Trends in Mathematics and Science Study&lt;/i&gt;) est une &#233;tude comparative internationale qui mesure le niveau des connaissances scolaires des &#233;l&#232;ves de CM1 et de 4e en math&#233;matiques et en sciences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gabriel Heller Sahlgren,&lt;i&gt; Real Finnish Lessons. The true story of an education superpower&lt;/i&gt;, Center for Policy Studies, GB, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2015 donc (ndlr).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Olivier Mottint, &lt;i&gt;Faut-il renoncer aux p&#233;dagogies actives ?&lt;/i&gt; GRDS, 2018, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article287&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article287&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A propos du &#171; Renouveau p&#233;dagogique &#187; au Qu&#233;bec, voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'enjeu scolaire, Paris, 2024, pp. 66-69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, Paul Robert, &lt;i&gt;La Finlande : un mod&#232;le &#233;ducatif pour la France ? Les secrets de la r&#233;ussite&lt;/i&gt;, ESF, Paris, 2009, GRDS, 2010, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article68&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article68&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hattie, J. (2009). &lt;i&gt;Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses Relating to Achievement&lt;/i&gt;. New York : Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Mais pourquoi donc le niveau des &#233;l&#232;ves baisse-t-il ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2026, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article373&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article373&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On lira avec profit, &#224; cet &#233;gard, l'ouvrage de Nicolas Kaczmarek, &lt;i&gt;Manuel contre la mise en &#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'enjeu scolaire, Paris, 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De l'existence d'une &#171; crise &#233;ducative &#187;, et de ses modalit&#233;s </title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article315</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article315</guid>
		<dc:date>2020-03-10T10:15:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Dans son ouvrage r&#233;cemment paru, &#034;Les Luttes de classe en France au XXI&#232;me si&#232;cle&#034; (&#201;ditions du Seuil, Paris, 2020), Emmanuel Todd s'attache &#224; d&#233;montrer la r&#233;alit&#233; d'une &#171; crise &#233;ducative &#187; constituant un &#233;l&#233;ment fort des transformations contemporaines de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, qu'elle menacerait d'un &#171; effondrement intellectuel &#187;. Cet aspect de l'ouvrage donne ici l'occasion de revenir sur la vieille question de la &#171; baisse du niveau &#187; et d'interroger la r&#233;alit&#233; aujourd'hui d'une tol&#233;rance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH128/arton315-132a5.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='128' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Dans son ouvrage r&#233;cemment paru, &#034;Les Luttes de classe en France au XXI&#232;me si&#232;cle&#034; (&#201;ditions du Seuil, Paris, 2020), Emmanuel Todd s'attache &#224; d&#233;montrer la r&#233;alit&#233; d'une &#171; crise &#233;ducative &#187; constituant un &#233;l&#233;ment fort des transformations contemporaines de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, qu'elle menacerait d'un &#171; effondrement intellectuel &#187;. Cet aspect de l'ouvrage donne ici l'occasion de revenir sur la vieille question de la &#171; baisse du niveau &#187; et d'interroger la r&#233;alit&#233; aujourd'hui d'une tol&#233;rance de masse &#224; l'ignorance dans notre syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel Todd est de ces intellectuels qui n'h&#233;sitent pas &#224; d&#233;serter les sentiers battus et &#224; ignorer le politiquement correct, bref qui s'autorisent &#224; penser. Il le fait de fa&#231;on suffisamment instruite et intelligente pour que, m&#234;me si ici on ne le suit pas jusqu'au bout, m&#234;me si on se sent l&#224; en d&#233;saccord formel avec lui, son travail s'av&#232;re toujours stimulant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un essai stimulant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, s'agissant de son &#339;uvre historico-anthropologique, assum&#233;e seul ou cosign&#233;e avec le d&#233;mographe Herv&#233; Le Bras, peut-on parfois juger quelque peu excessif le r&#244;le d&#233;volu au d&#233;terminisme des structures familiales dans l'interpr&#233;tation historique. Il reste que l'accent mis sur ce r&#244;le est le fruit d'un travail extr&#234;mement s&#233;rieux, d'une grande &#233;rudition, dont l'apport original est peu contestable, et qui ouvre de r&#233;elles perspectives au renouvellement de la recherche anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son dernier livre,&lt;i&gt; Les Luttes de classe en France au XXI&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt;, ne rel&#232;ve pas du m&#234;me registre : c'est un essai sociopolitique, revendiqu&#233; comme tel, un &#171; exercice fondamentalement sp&#233;culatif &#187; (p. 13) qui entend r&#233;agir &#224; chaud &#224; l'acc&#233;l&#233;ration d'une histoire nationale relanc&#233;e par les Gilets jaunes, et contribuer &#224; sa compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'aucuns seront surpris que la r&#233;f&#233;rence &#224; Marx &#8211; soulign&#233;e de fa&#231;on manifeste dans le titre de l'ouvrage &#8211; concerne essentiellement les analyses historiques et laisse de c&#244;t&#233; l'apport essentiel du Capital, en coupant les luttes sociales du mouvement de l'accumulation capitaliste. Ce dernier n'a plus de dynamique propre, il appara&#238;t chez Todd enti&#232;rement subordonn&#233; &#224; l'emprise d'un &#201;tat &#171; omnipr&#233;sent en France &#187; au sein du bloc &#171; stato-financier &#187; qu'il constitue avec lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur va jusqu'&#224; sous-titrer une partie de sa conclusion : &#171; &#201;tat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette fa&#231;on de voir d&#233;bouche logiquement en cl&#244;ture du livre sur l'appel &#224; &#171; un march&#233; r&#233;gul&#233; par un &#201;tat raisonnable, &#224; un capitalisme apprivois&#233; par la d&#233;mocratie politique &#187; (p. 361). On aurait pu souhaiter une approche plus dialectique des rapports contemporains entre le capital et l'&#201;tat, qui offrirait aux luttes actuelles d'autres perspectives que l'instauration d'un suppos&#233; capitalisme bisounours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les marxistes eux-m&#234;mes ont de longue date interrog&#233; la logique de ces (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On s'&#233;tonnera tout aussi bien de l'absence totale dans l'analyse des luttes sociales aujourd'hui de toute r&#233;f&#233;rence aux enjeux environnementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;serves ne sont pas mineures. Elles n'emp&#234;chent pas le lecteur d'appr&#233;cier toute une s&#233;rie d'aper&#231;us nouveaux ou iconoclastes : la mise en &#233;vidence statistique d'une baisse du niveau de vie qui affecte neuf Fran&#231;ais sur dix, et la critique conjointe des artifices par lesquels l'INSEE masque cette d&#233;gradation ; la d&#233;monstration qu'il n'y a de creusement des in&#233;galit&#233;s qu'entre les 10, voire les 1% les plus riches et tous les autres Fran&#231;ais ; le lien &#233;tabli entre l'affaiblissement national et la d&#233;sindustrialisation massive des derni&#232;res d&#233;cennies ; la distance prise &#224; l'&#233;gard de toute f&#233;tichisation des dipl&#244;mes, &#233;tay&#233;e par la critique sarcastique de l'&#233;narchie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'en tiendrai ici &#224; l'analyse que propose Todd de &#171; la crise &#233;ducative &#187; que nous vivons, qui serait &#171; beaucoup plus pr&#233;occupante encore que le naufrage &#233;conomique du pays &#187;, dans la mesure o&#249; l'&#233;ducation constituerait &#171; l'axe central de l'histoire &#187; (pp. 62-63).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les indicateurs de la crise &#233;ducative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Todd s'attache particuli&#232;rement au taux d'obtention du bac g&#233;n&#233;ral dans l'ensemble des cohortes concern&#233;s, taux consid&#233;r&#233; comme pierre de touche de l'extension du secondaire au long du dernier demi-si&#232;cle. Ce taux passe de 19,6 en 1968 &#224; 37,2 en 1995 ; puis r&#233;gresse &#224; 31,6 en 2004 ; et reprend enfin sa progression pour atteindre 42,1 en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette reprise d'apr&#232;s 2004 ne devrait cependant pas faire illusion, car on observe qu'entre 1995 et 2018 le taux de r&#233;ussite des candidats &#224; l'examen passe de 72 &#224; 88% : le bac g&#233;n&#233;ral est donc &#171; devenu plus facile &#224; obtenir &#187; (p. 65), et la hausse du nombre de ses titulaires ne contredit pas la tendance r&#233;elle &#224; la r&#233;gression du niveau intellectuel des jeunes g&#233;n&#233;rations depuis le milieu des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette appr&#233;ciation est d'autant plus cr&#233;dible qu'on peut l'&#233;tayer par l'&#233;volution, en amont, des r&#233;sultats des &#233;valuations nationales &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me. Ainsi, rel&#232;ve l'auteur, alors que les scores obtenus en calcul lors de ces &#233;valuations sont de 250 points en 1987, ils r&#233;gressent r&#233;guli&#232;rement depuis pour se monter en 2017 &#224; 176 points. Et les performances en lecture et orthographe manifestent une &#233;volution r&#233;gressive semblable au long des trois d&#233;cennies concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit en conclure, note l'auteur, que &#171; de plus en plus d'enfants obtiennent le bac au sein de g&#233;n&#233;rations qui savent de moins en moins bien &#233;crire et compter &#187; (p. 65). Et l'on peut conjointement &#171; supposer que le niveau de l'enseignement sup&#233;rieur a d&#251;, lui aussi, baisser pendant notre p&#233;riode &#187;, alors que le taux d'acc&#232;s &#224; bac+2 passe de 27,4 % en 2000 &#224; 43,6 % en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re observation. La tendance &#224; la croissance des &#233;carts cognitifs au sortir du syst&#232;me scolaire entre les meilleurs et les moins bons, au long des derni&#232;res d&#233;cennies, et du m&#234;me coup le creusement des in&#233;galit&#233;s sociales face &#224; l'&#233;cole, est souvent soulign&#233;e par les enqu&#234;tes et les commentateurs. Pour autant, comme Todd le fait remarquer, l'affaissement des performances intellectuelles des jeunes est g&#233;n&#233;ral, affectant toutes les cat&#233;gories sociales, m&#234;me si c'est de fa&#231;on relativement diff&#233;renci&#233;e : ainsi la baisse des r&#233;sultats en calcul &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me est de 30 % chez les enfants d'ouvriers, 28 % chez ceux des professions interm&#233;diaires, et encore 26 % chez les enfants de cadres sup&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les causes de la r&#233;gression&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ph&#233;nom&#232;ne aussi g&#233;n&#233;ral ne peut qu'avoir des causes elles-m&#234;mes g&#233;n&#233;rales. Les techniques d'apprentissage scolaire devraient-elles &#234;tre incrimin&#233;es ? En r&#233;alit&#233;, soutient Todd, &#171; l'&#233;cole n'est pas la seule ni m&#234;me la principale responsable du d&#233;clin des facult&#233;s intellectuelles &#233;l&#233;mentaires &#187;. Comme le montre l'exemple des USA, c'est l'arriv&#233;e de la t&#233;l&#233;vision qui est &#224; la source de la diminution des temps de lecture : &#171; Toutes les soci&#233;t&#233;s du monde doivent d&#233;sormais affronter un reflux massif de l'&#233;crit comme instrument de loisirs pour les enfants en cours de formation c&#233;r&#233;brale &#187; (p. 71). Paradoxe : &#171; Une perc&#233;e technologique majeure nous menace d'un effondrement intellectuel &#187; (p. 72). La solution ne peut &#234;tre que mondiale : &#171; une mise sous contr&#244;le des &#233;crans &#187; (p. 73).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En soulignant avec tant de force l'affaiblissement du niveau intellectuel des jeunes g&#233;n&#233;rations, Emmanuel Todd touche un point sensible, et on peut se f&#233;liciter du tranchant de son propos : cet affaiblissement est r&#233;guli&#232;rement &#233;voqu&#233; &#224; l'occasion de la publication de tel ou tel r&#233;sultat d'enqu&#234;te (les &#233;valuations &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me, les enqu&#234;tes PIRLS et PISA, notamment), puis on passe &#224; autre chose. Son argumentation m&#233;rite donc attention, r&#233;flexion&#8230; et discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cole et le temps d'&#233;cran&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La substitution du temps d'&#233;cran au temps de lecture sur papier est peu contestable, et touche toutes les cat&#233;gories de lecteurs. Les m&#233;faits &#171; stup&#233;fiants &#187; du visionnage passif prolong&#233; sont av&#233;r&#233;s. L'on sait qu'ils touchent massivement les jeunes, jusqu'aux tr&#232;s jeunes. Les &#233;crans sont une arme absolue pour les parents en qu&#234;te de tranquillit&#233; de leur prog&#233;niture, et leurs cons&#233;quences physiologiquement n&#233;fastes commencent seulement d'&#234;tre mis pr&#233;cis&#233;ment en &#233;vidence par l'imagerie c&#233;r&#233;brale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crans devraient certainement &#234;tre totalement bannis des premi&#232;res ann&#233;es de la vie. Pour les plus grands, quand le risque de compromettre le d&#233;veloppement normal du cerveau s'est r&#233;duit, il importerait de distinguer les usages. Tous les types d'&#233;cran ne se valent pas et n'ont pas les m&#234;mes implications intellectuelles : le visionnage passif d'images n'a pas les m&#234;mes cons&#233;quences que des jeux vid&#233;o qui exigent parfois un v&#233;ritable travail d'intelligence ; les nouvelles formes de communication &#233;lectronique exigent la manipulation des symboles de l'&#233;crit, m&#234;me s'il s'agit d'un simple &#233;change d'informations, voire de bavardage et de futilit&#233;s ; et le travail intellectuel proprement dit se fait de plus en plus exclusivement sur &#233;cran. Pour une part de ses usages (certainement trop restreinte de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale et particuli&#232;rement chez les jeunes), la &#171; perc&#233;e technologique &#187; du num&#233;rique provoque un changement du support mat&#233;riel de l'&#233;crit plus qu'un &#171; effondrement intellectuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; d'un certain &#226;ge avant lequel la confrontation aux &#233;crans doit &#234;tre radicalement prohib&#233;e, le &#171; contr&#244;le des &#233;crans &#187; pr&#244;n&#233; par Todd devrait assur&#233;ment constituer une pr&#233;occupation forte des parents et des pouvoirs publics. Dans cette affaire, l'institution scolaire est en position de mobiliser un &#171; temps de cerveau disponible &#187; consid&#233;rable, et souvent oubli&#233; par des commentateurs qui sont sensibles aux effets produits par les &#233;crans sur les scolarit&#233;s, mais n'interrogent gu&#232;re ceux que l'&#233;cole peut (et/ou pourrait) produire sur l'usage des &#233;crans. L'&#233;cole a certes pris aujourd'hui bien du retard sur l'essor d'une industrie de la &#171; captation de l'attention &#187;, selon le mot de Bernard Stiegler, captation que les int&#233;r&#234;ts mercantiles conduisent &#224; une &#171; d&#233;formation de l'attention &#187;, &#224; une suj&#233;tion qui la canalise &#171; vers les objets non pas de la raison, pas plus que du d&#233;sir, mais de la consommation, c'est-&#224;-dire de la pulsion &#187; et du m&#234;me coup &#171; court-circuite les structures &#233;ducatives en g&#233;n&#233;ral, de la sph&#232;re parentale &#224; l'&#233;cole et &#224; l'universit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Stiegler, &#171; La formation de la nouvelle raison. Sept propositions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Face &#224; quoi le seul recours est celui d'une &#171; soci&#233;t&#233; luttant r&#233;solument et d&#233;lib&#233;r&#233;ment (&#8230;) contre le r&#232;gne de la b&#234;tise (&#8230;) et de la prol&#233;tarisation de l'esprit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid., p. 199.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole a ici toute sa place &#224; prendre. En dispensant de fa&#231;on s&#233;rieuse, instruite, syst&#233;matique une formation &#224; l'image, et &#224; l'image anim&#233;e. En tirant parti pour son propre compte des pouvoirs de captation de l'attention du num&#233;rique, en le mettant au service donc de l'instauration/restauration de l'autorit&#233; des savoirs. En alimentant le plaisir d'apprendre, en &#233;tant source d'un d&#233;sir de savoir, d'une soif de compr&#233;hension, de r&#233;flexion, d'argumentation qui ne peuvent trouver &#224; se satisfaire dans les usages banals des technologies num&#233;riques. On voit bien d'ailleurs que l&#224; o&#249; elle est effective, quel que soit le milieu social, la r&#233;ussite scolaire s'accompagne de fait d'un usage diff&#233;rent des &#233;crans, beaucoup plus s&#233;lectif, plus r&#233;tif &#224; la suj&#233;tion, et qui n'h&#233;site pas &#224; s'en d&#233;tourner au b&#233;n&#233;fice de la lecture sur papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours essentiel de l'institution scolaire face &#224; la suj&#233;tion num&#233;rique des jeunes g&#233;n&#233;rations passe en ce sens par sa capacit&#233; &#224; g&#233;n&#233;raliser les entr&#233;es r&#233;ussies dans la culture &#233;crite, sans lesquelles toute pr&#233;tention &#224; un contr&#244;le autoritaire des &#233;crans serait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Il lui faut pour cela renoncer aux usages du num&#233;rique fond&#233;s sur l'id&#233;e que les in&#233;vitables difficult&#233;s des apprentissages seraient solubles dans la manipulation et le ludique : se d&#233;fier autrement dit de toute tentation de simplement accompagner le mouvement du num&#233;rique r&#233;cr&#233;atif au nom de la n&#233;cessaire &#171; ouverture de l'&#233;cole sur la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole n'est certes responsable ni de l'essor industriel des &#233;crans, ni de leur puissance de s&#233;duction, ni des &#233;ducations parentales qui n'en pr&#233;munissent pas suffisamment les enfants. Mais, dans la mesure o&#249; elle ne fait pas tout ce qu'elle pourrait faire pour assurer une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s au savoir, dans cette m&#234;me mesure elle porte la responsabilit&#233; de la marge de jeu qu'elle abandonne &#224; la prol&#233;tarisation des esprits par un usage ab&#234;tissant et assujettissant des &#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stagnation et d&#233;gradation des performances scolaires&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait donc se contenter de victimiser une institution scolaire qui n'en pourrait mais, face &#224; l'invasion irr&#233;pressible des &#233;crans. Il suffit d'ailleurs, pour s'en convaincre, de reconstituer la chronologie des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; suivre Emmanuel Todd, l'ann&#233;e 1995 marquerait les d&#233;buts de la d&#233;gradation &#233;ducative &#8211; rep&#233;rable tant au niveau du bac g&#233;n&#233;ral qu'&#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me &#8211;, qui menace de provoquer &#224; terme un &#171; effondrement intellectuel &#187; du pays. Or la prise en compte de la d&#233;cennie ant&#233;rieure invite &#224; nuancer l'analyse. La DEPP&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Direction des &#233;tudes, de la prospective et de la programmation au minist&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; indique en effet que les performances en fran&#231;ais et en maths &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me sont stables de 1987 &#224; 1997 (on ne dispose pas de mesures plus anciennes), information indicative &#224; peu de choses pr&#232;s de ce qui se joue dans la d&#233;cennie 1985/1995. Celle-ci est identifi&#233;e par l'historiographie des flux de scolarisation comme &#171; la deuxi&#232;me explosion scolaire &#187; apr&#232;s celle des ann&#233;es 1960. De fait l'impulsion donn&#233;e aux prolongations d'&#233;tudes &#224; partir de 1985, tant par la cr&#233;ation du bac pro que par les consignes du ministre Chev&#232;nement visant &#224; limiter drastiquement les redoublements en vue d'atteindre l'objectif des 80% d'une g&#233;n&#233;ration parvenant au niveau du bac, va progressivement (mais rapidement) provoquer la massification des effectifs lyc&#233;ens et, &#224; sa suite, celle des effectifs d'&#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode qui s'ouvre en 1995 est marqu&#233;e par ce processus de massification. R&#233;alis&#233;e &#224; performances constantes au sortir du primaire, cette derni&#232;re implique l'arriv&#233;e aux &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me &#233;ducatif d'&#233;l&#232;ves dot&#233;s d'une ma&#238;trise m&#233;diocre des fondamentaux de la culture &#233;crite, alors que leurs a&#238;n&#233;s sortaient bien plus t&#244;t sur le march&#233; du travail. Leur arriv&#233;e pose des probl&#232;mes difficiles aux enseignants concern&#233;s, car elle met en cause des pratiques p&#233;dagogiques adapt&#233;es &#224; des &#233;l&#232;ves disposant d'acquis de base mieux assur&#233;s. Nombre d'entre eux r&#233;agiront par une tendance &#224; la baisse des exigences cognitives, qu'ils con&#231;oivent comme la seule fa&#231;on de faire face &#224; la situation sans trop p&#233;naliser leurs &#233;l&#232;ves. La baisse des exigences en amont, seule modalit&#233; imagin&#233;e par l'&#233;quipe chev&#232;nementiste pour favoriser l'essor g&#233;n&#233;ral des scolarit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Outre bien s&#251;r la cr&#233;ation du bac pro.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, va ainsi susciter celle des exigences en aval. C'est une dynamique sans doute impr&#233;vue par ses initiateurs qui se met d&#232;s lors en place, marqu&#233;e par une tol&#233;rance nouvelle du corps enseignant (tol&#233;rance contrainte et malheureuse pour beaucoup) &#224; l'&#233;gard : des insuffisances cognitives de leurs &#233;l&#232;ves ; des &#233;carts entre les programmes officiels (dont l'ambition tend plut&#244;t &#224; cro&#238;tre) et ce qui en est r&#233;ellement trait&#233; en classe ; et au bout du compte des &#233;carts entre la certification et les comp&#233;tences effectivement acquises. Seules sans doute les fili&#232;res les plus &#233;litistes &#233;chappent compl&#232;tement &#224; cette dynamique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Souligner cette exception n'est &#233;videmment pas approuver tous les contenus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une paup&#233;risation cognitive de masse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces observations permettent-elles de conclure &#224; la paup&#233;risation cognitive des jeunes g&#233;n&#233;rations, au point que le pays soit menac&#233; &#224; terme d'un &#171; effondrement intellectuel &#187; ? Si c'&#233;tait le cas, le processus irait en tout cas de pair avec un formidable essor des niveaux de certification. Rappelons en ce sens que le taux de bacheliers par g&#233;n&#233;ration (toutes sections confondues) passe de 5% en 1950 &#224; 30 % en 1985&#8230; pour doubler dans la d&#233;cennie suivante, grimpant &#224; 62,7 % en 1995. Il atteint aujourd'hui les 80%, d&#233;passant l'objectif fix&#233; par Chev&#232;nement (qui visait seulement 80% d'&#233;l&#232;ves parvenant en terminale). Comment traiter ce paradoxe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obsession de la &#171; baisse du niveau &#187; est tr&#232;s ancienne, et on nous appelle r&#233;guli&#232;rement &#224; nous en d&#233;fier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se souvient notamment du petit livre offensif de Christian Baudelot et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous disposons toutefois aujourd'hui de s&#233;ries statistiques qui laissent peu de place au doute. Celle qui indique la d&#233;gradation de la ma&#238;trise par les entrants en 6&#232;me de la langue &#233;crite et du langage math&#233;matique depuis le milieu des ann&#233;es 1990, et sa stagnation au long de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente, est essentielle : l'on sait en effet combien la valeur scolaire au sortir du primaire s'av&#232;re d&#233;terminante au regard des performances ult&#233;rieures, son impact &#233;tant manifeste encore sur les chances de d&#233;crocher un dipl&#244;me de fin d'&#233;tudes sup&#233;rieures. On retrouve d'ailleurs, dans les enqu&#234;tes PISA ou de la DEPP, la m&#234;me tendance &#224; la baisse des acquis cognitifs lorsque l'enqu&#234;te est men&#233;e plus tard dans le parcours, en fin du cursus au coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se avanc&#233;e par Emmanuel Todd d'une tendance historique &#224; la baisse du niveau r&#233;el des bacheliers et des dipl&#244;m&#233;s de l'enseignement sup&#233;rieur n'a d&#232;s lors rien d'illogique ; ce que semble effectivement confirmer la hausse r&#233;guli&#232;re et sensible des taux de r&#233;ussite (rapport&#233;s au nombre de candidats) des ann&#233;es 1990 &#224; aujourd'hui, hausse qui affecte d'ailleurs non seulement le bac g&#233;n&#233;ral, mais &#233;galement les bacs technologiques et professionnels. Ainsi les taux de r&#233;ussite passent, entre 1995 et 2017, de 75 &#224; 91 % pour le bac g&#233;n&#233;ral ; de 76 &#224; 90 % pour le bac technologique ; de 73 &#224; 82 % pour le bac professionnel. Et cette hausse des taux de r&#233;ussite de l'examen s'accompagne d'une inflation des mentions obtenues. Ces dipl&#244;mes sont donc au total plus facile &#224; obtenir&#8230; par des candidats en moyenne moins bien pr&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux d'Emmanuel Todd, l'arriv&#233;e &#224; l'&#226;ge adulte des g&#233;n&#233;rations concern&#233;es par cette baisse des acquis cognitifs est une menace pour le niveau &#233;ducatif global du pays : un point de bascule vers un affaiblissement absolu de ce niveau devrait &#234;tre atteint selon ses calculs aux alentours de 2030, quand les g&#233;n&#233;rations entr&#233;es en 6&#232;me &#224; partir de 1995 arriveront &#224; la quarantaine et p&#232;seront davantage que les g&#233;n&#233;rations ant&#233;rieures mieux form&#233;es, qui auront disparu ou dont le potentiel intellectuel sera d&#233;grad&#233; par l'&#226;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir pp. 68-69.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tirer une telle cons&#233;quence des constats qui pr&#233;c&#232;dent para&#238;t toutefois discutable. La comparaison entre une personne qui a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une formation &#233;l&#233;mentaire plus solide, mais qui a arr&#234;t&#233; ses &#233;tudes beaucoup plus t&#244;t, et son homologue n&#233; trente ou quarante ans plus tard, et qui lui a poursuivi ses &#233;tudes jusqu'au bac voire &#224; l'universit&#233; malgr&#233; ses lacunes en maths et en fran&#231;ais, ne va pas de soi. Les programmes et les attentes scolaires ont chang&#233;, comme a chang&#233; ce qu'on apprend hors de l'&#233;cole, dans la famille, par les pairs, par les m&#233;dias, de nos jours par internet, etc. La comparaison entreprise par la DEPP en 1996 entre les performances conserv&#233;es dans le d&#233;partement de la Somme des &#233;l&#232;ves pr&#233;sent&#233;s au certificat d'&#233;tudes dans les ann&#233;es 1920 et celles des coll&#233;giens d'alors&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. Dejonghe, J. Levasseur, B. Alinaud, C. Peretti, J-C. Petrone, C. Pons, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; met en exergue tous les obstacles auxquels se heurte une telle d&#233;marche et les approximations auxquelles elle est contrainte, et tout aussi bien la difficult&#233; d'en appr&#233;hender les r&#233;sultats en termes simplement de hausse ou de baisse de niveau : ainsi les &#233;l&#232;ves des ann&#233;es 1920 ont une meilleure orthographe, mais ceux de 1996 sont plus performants en r&#233;daction&#8230; D'autre part ce n'est pas parce que les jeunes d'aujourd'hui ma&#238;trisent moins bien certains fondamentaux de la langue &#233;crite et des math&#233;matiques que la prolongation de leurs &#233;tudes bien au-del&#224; du seuil o&#249; s'arr&#234;taient leurs a&#238;n&#233;s pourrait &#234;tre tenue pour non avenue ou sans effets : ainsi la recherche d'Anne-Sophie Romainville sur les &#233;l&#232;ves de l'enseignement secondaire (de la 5&#232;me &#224; la premi&#232;re) montre les b&#233;n&#233;fices qu'en retirent les &#233;l&#232;ves dont le parcours &#233;l&#233;mentaire a &#233;t&#233; m&#233;diocre, m&#234;me si ces b&#233;n&#233;fices restent s&#233;rieusement limit&#233;s par les lacunes initiales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Anne-Sophie Romainville, Les faces cach&#233;es de la langue scolaire. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171; crise &#233;ducative &#187; : une r&#233;alit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se d'un affaissement du potentiel intellectuel national appel&#233; &#224; se muer &#224; terme en v&#233;ritable &#171; effondrement &#187; appara&#238;t en fin de compte insuffisamment d&#233;montr&#233;e, laissant pour le moins perplexe. Pour autant il n'est certainement pas excessif de parler avec Todd de &#171; crise &#233;ducative &#187;. Sans doute celle-ci est-elle accentu&#233;e depuis quelques ann&#233;es par des politiques minist&#233;rielles imposant sans discussion possible des mesures peu go&#251;t&#233;es par la majorit&#233; du corps enseignant &#8211; qu'il s'agisse des r&#233;formes des rythmes scolaires et du coll&#232;ge sous Hollande, de celles de l'enseignement professionnel, du lyc&#233;e, de l'acc&#232;s &#224; l'universit&#233; sous Macron, sans parler de la r&#233;forme des retraites &#8211; et aux effets tr&#232;s sensibles : sentiment de non reconnaissance et de maltraitance, col&#232;res, d&#233;moralisation, d&#233;missions, chute des candidatures aux concours de recrutement. Mais l'on ne saurait s'en tenir l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du malaise enseignant, pour commencer par lui, remonte bien plus t&#244;t, au moins au tournant que repr&#233;sente &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1980 la d&#233;mocratisation organis&#233;e par la politique chev&#232;nementiste, d&#233;mocratisation contradictoire en ce que la prolongation des cursus qu'elle impulse s'op&#232;re sans la moindre am&#233;lioration des acquisitions cognitives &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire. Les nouveaux entrants au lyc&#233;e et &#224; l'universit&#233; y arrivent avec leurs lacunes. Ne sachant trop comment les accueillir, ne trouvant le plus souvent d'autre issue que ce qu'il faut bien appeler une tol&#233;rance &#224; l'ignorance, nombre de leurs enseignants auront le sentiment d'une d&#233;valorisation de leur m&#233;tier &#8211; un m&#233;tier qui perd son sens s'il ne consiste plus&#8230; &#224; enseigner et r&#233;duire l'ignorance. Et ce ne sont pas dans les d&#233;cennies suivantes les encouragements implicites de l'administration &#224; jeter un voile pudique sur les &#233;carts entre le &#171; niveau &#187; r&#233;el des &#233;l&#232;ves et l'exigence officielle des programmes et des &#233;preuves dipl&#244;mantes, ce ne sont pas non plus les injonctions &#224; remplir des &#171; livrets de comp&#233;tence &#187; auxquelles on ne peut ni se d&#233;rober ni consentir sans faux-semblant, qui auraient pu leur permettre l'&#233;conomie d'une conscience malheureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, si d&#232;s avant 1995 les performances de notre &#233;cole &#233;l&#233;mentaire s'av&#232;rent insuffisantes pour assurer la poursuite du mouvement de prolongation des scolarit&#233;s, le ph&#233;nom&#232;ne est bien plus probl&#233;matique encore aujourd'hui. Alors que l'efficience du primaire s'est encore d&#233;grad&#233;e, les attentes des familles en mati&#232;re de r&#233;ussite scolaire n'ont cess&#233; de progresser, suscitant beaucoup de frustration &#224; l'&#233;gard de l'&#233;cole, particuli&#232;rement dans les milieux populaires. Or la l&#233;gitimit&#233; des ambitions familiales para&#238;t impossible &#224; contester, dans un contexte historique marqu&#233; par une explosion des connaissances scientifiques et des technologies de pointe, et par le besoin de plus en plus pressant d'une ma&#238;trise d&#233;mocratique instruite qui mette ces avanc&#233;es au service de l'homme et de la plan&#232;te. Le temps est venu, si l'on pr&#233;f&#232;re, o&#249; ne peut plus &#234;tre m&#233;connu le besoin d'une v&#233;ritable rupture avec l'existant en mati&#232;re de formation des jeunes g&#233;n&#233;rations, de l'enseignement primaire jusqu'&#224; un enseignement sup&#233;rieur qui doit &#234;tre ouvert &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;cole marche &#224; contre-courant de cette exigence historique &#8211; et en ce sens, il ne para&#238;t de fait nullement excessif de parler de crise &#233;ducative. La difficult&#233; de mettre fin &#224; son efficience insuffisante, pire : la d&#233;gradation continue de ses performances, tiennent sans doute &#224; la fois &#224; des facteurs internes &#224; l'institution (parmi lesquels le rel&#226;chement des exigences cognitives dans nombre d'&#233;tablissements et de classes est venu renforcer dans les derni&#232;res d&#233;cennies les freins qui tiennent &#224; la structuration concurrentielle du syst&#232;me scolaire depuis les ann&#233;es 1960&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce point GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et &#224; des facteurs externes (dont la palette va de l'extension de la mis&#232;re sociale &#224; l'usage invasif des &#233;crans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole dispose pourtant de moyens d'action sur ces deux registres. Il ne saurait certes &#234;tre question, s'agissant du second, de la consid&#233;rer comme une sorte de Samu social : mais on ne saurait non plus en faire la victime proprement impuissante d'&#233;volutions sociales et culturelles qui l'accableraient du dehors. Celles-ci peuvent lui compliquer s&#233;rieusement la t&#226;che, elle n'en d&#233;tient pas moins des ressources et des pouvoirs, je l'ai not&#233; &#224; propos de la question des &#233;crans, qui peuvent lui permettre de garder la main dans son domaine propre de responsabilit&#233;, celui de la formation intellectuelle des jeunes g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une v&#233;ritable issue &#224; la crise de notre syst&#232;me &#233;ducatif aurait deux conditions. Un changement radical de ses finalit&#233;s officielles et l&#233;gitimes, d'une part, qui lui assignerait la mission, non plus d'accueillir tous les jeunes en se consacrant &#224; s&#233;lectionner les meilleurs et exclure les autres, mais de conduire tous ses publics jusqu'au terme de l'appropriation d'une culture commune, au seuil de l'entr&#233;e dans l'enseignement sup&#233;rieur. Et d'autre part que soit d&#233;clar&#233;e la guerre, notamment dans les classes des quartiers populaires, &#224; la vulgate p&#233;dagogique qui conduit &#224; proposer un enseignement au rabais, au pr&#233;texte qu'il est ludique, attractif et concret. Si la premi&#232;re de ces conditions est suspendue &#224; la d&#233;cision politique, la seconde rel&#232;ve d'une transformation des pratiques p&#233;dagogiques que certains enseignants s'attachent d'ailleurs &#224; mettre en &#339;uvre d&#232;s aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'auteur va jusqu'&#224; sous-titrer une partie de sa conclusion : &#171; &#201;tat partout, capitalisme nulle part &#187; (p. 344).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les marxistes eux-m&#234;mes ont de longue date interrog&#233; la logique de ces rapports, qu'on pense notamment pour la France aux d&#233;bats suscit&#233;s dans les ann&#233;es 1970 par la publication des th&#232;ses des &#233;conomistes communistes sur le &#171; capitalisme monopoliste d'&#201;tat &#187;. La financiarisation de l'&#233;conomie d'un c&#244;t&#233; et les transformations du personnel politique de l'autre ont depuis lors modifi&#233; la donne, sans suffire par elles-m&#234;mes &#224; clore le d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Stiegler, &#171; La formation de la nouvelle raison. Sept propositions pour l'&#233;cole &#187;, in Denis Kambouchner, Philippe Meirieu, Bernard Stiegler, &lt;i&gt;L'&#233;cole, le num&#233;rique et la soci&#233;t&#233; qui vient&lt;/i&gt;, Mille et une nuits, Fayard, Paris, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid., p. 199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Direction des &#233;tudes, de la prospective et de la programmation au minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Outre bien s&#251;r la cr&#233;ation du bac pro.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Souligner cette exception n'est &#233;videmment pas approuver tous les contenus d'enseignement propos&#233;s dans ces fili&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se souvient notamment du petit livre offensif de Christian Baudelot et Roger Establet, &lt;i&gt;Le Niveau monte. R&#233;futation d'une vieille id&#233;e concernant la pr&#233;tendue d&#233;cadence de notre &#233;cole&lt;/i&gt;, Le Seuil, Paris, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir pp. 68-69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;V. Dejonghe, J. Levasseur, B. Alinaud, C. Peretti, J-C. Petrone, C. Pons, Claude Th&#233;lot, &#171; Connaissances en fran&#231;ais et en calcul des &#233;l&#232;ves des ann&#233;es 20 et d'aujourd'hui : comparaison &#224; partir des &#233;preuves du Certificat d'&#201;tudes Primaires &#187;, &lt;i&gt;Les dossiers d'&#201;ducation et Formations&lt;/i&gt;, n&#176;62 , DEPP/MENSR, f&#233;vrier 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Anne-Sophie Romainville, &lt;i&gt;Les faces cach&#233;es de la langue scolaire. Transmission de la culture &#233;crite et in&#233;galit&#233;s sociales&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce point GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux populaires&lt;/i&gt; (auteur collectif), La Dispute, Paris, avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Joseph Jacotot (1770 &#8211; 1840) : p&#233;dagogue radical</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article313</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article313</guid>
		<dc:date>2020-02-03T16:50:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eva Codognet et Guillaume Tremblay</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Originaire d'un milieu modeste et marqu&#233; par les id&#233;es de la R&#233;volution fran&#231;aise &#224; laquelle il participe activement, Joseph Jacotot, est un intellectuel bouillonnant, frondeur et engag&#233;, embrassant tr&#232;s jeune plusieurs carri&#232;res, dans l'enseignement, le droit, puis l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire, avant de devenir au gr&#233; des &#233;v&#233;nements politiques et du hasard, un p&#233;dagogue radical. Nous sommes alors au d&#233;but du 19e si&#232;cle. Elabor&#233;es sous la contrainte d'une situation d'exil en Belgique, ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L107xH150/arton313-fc837.png?1790693188' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Originaire d'un milieu modeste et marqu&#233; par les id&#233;es de la R&#233;volution fran&#231;aise &#224; laquelle il participe activement, Joseph Jacotot, est un intellectuel bouillonnant, frondeur et engag&#233;, embrassant tr&#232;s jeune plusieurs carri&#232;res, dans l'enseignement, le droit, puis l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire, avant de devenir au gr&#233; des &#233;v&#233;nements politiques et du hasard, un p&#233;dagogue radical. Nous sommes alors au d&#233;but du 19e si&#232;cle. Elabor&#233;es sous la contrainte d'une situation d'exil en Belgique, ses propositions p&#233;dagogiques, qui diviseront l'opinion de son temps, vont en effet questionner l'acte d'enseigner &#171; &#224; la racine &#187; en interrogeant la place m&#234;me du ma&#238;tre et en contestant la division du monde intellectuel entre savants et ignorants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de l'attention et des d&#233;bats qu'elle suscita de son vivant en mati&#232;re d'enseignement, l'&#339;uvre de Jacotot reste aujourd'hui largement m&#233;connue et tr&#232;s peu de travaux historiques relatent cette aventure p&#233;dagogique singuli&#232;re. Une notice lui est consacr&#233;e dans le dictionnaire de p&#233;dagogie publi&#233; par Ferdinand Buisson en 1911, mais il faut attendre la parution du livre du philosophe Jacques Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant, en 1987, soit pr&#232;s de 150 ans apr&#232;s la mort de Jacotot pour qu'on entende parler &#224; nouveau de son nom qui fit pourtant scandale au d&#233;but du 19e si&#232;cle. Suivra ensuite la publication d'un opuscule de Jean-Fran&#231;ois Garcia sur le personnage en 1997. Mais aucune &#233;tude historique de grande ampleur n'est venue &#233;clairer le parcours &#233;tonnant de ce p&#233;dagogue radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tudierons dans un premier temps la trajectoire biographique en ligne bris&#233;e de cet intellectuel issu de milieu populaire, ayant connu l'exil suite &#224; ses engagements politiques, et devenu p&#233;dagogue au gr&#233; des circonstances et de son int&#233;r&#234;t pour l'&#233;mancipation intellectuelle. Nous reviendrons ensuite sur la d&#233;couverte radicale de Jacotot selon laquelle un ma&#238;tre peut enseigner ce qu'il ignore et un &#233;l&#232;ve apprendre seul, d&#233;couverte qui l'am&#232;nera &#224; th&#233;oriser l'&#233;galit&#233; des intelligences. Puis nous analyserons le rapport plut&#244;t intempestif des id&#233;es p&#233;dagogiques de Jacotot aux controverses de son temps sur l'enseignement. Nous proposerons enfin une ouverture sur la r&#233;ception de cette &#339;uvre pr&#244;nant l'&#233;galit&#233; par des femmes p&#233;dagogues au 19e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trajet tumultueux d'un intellectuel engag&#233; devenu p&#233;dagogue &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N&#233; &#224; Dijon en 1770, dans une famille d'artisans, Joseph Jacotot se voit offrir par son grand-p&#232;re menuisier, qui croit en les capacit&#233;s intellectuelles de son petit-fils, l'opportunit&#233; de b&#233;n&#233;ficier d'une instruction scolaire dont ce dernier profitera pleinement, au point d'embrasser rapidement une brillante carri&#232;re d'enseignant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous appuyons principalement pour les rep&#232;res biographiques de cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette confiance initiale de l'&#233;ducateur en l'intelligence de l'enfant, ce quel que soit son milieu social d'origine, sera, comme nous le verrons, l'un des axiomes du futur p&#233;dagogue. Pour l'heure, le jeune Jacotot fr&#233;quente une &#233;cole dirig&#233;e selon les principes des Fr&#232;res des &#233;coles chr&#233;tiennes puis un coll&#232;ge fond&#233; par les j&#233;suites, ce qui lui assure une formation classique. Il se montre &#224; cette occasion particuli&#232;rement vif et ind&#233;pendant d'esprit, traits de caract&#232;re dont il t&#233;moignera tout au long de son parcours. Apprenant vite, &#224; 14 ans, il devient enseignant rempla&#231;ant au coll&#232;ge et entame des &#233;tudes sup&#233;rieures &#224; Dijon. Un temps avocat, il enseigne ensuite la rh&#233;torique et le latin entre 1789 et 1791. Apr&#232;s son engagement r&#233;volutionnaire de 1792 &#224; 1793, pendant lequel il sera notamment instructeur au bureau des poudres, et une courte exp&#233;rience d'administrateur en tant que substitut du directeur de l'&#233;cole polytechnique de Paris, il renoue avec sa carri&#232;re d'enseignant de retour &#224; Dijon. Il fait preuve d'une grande polyvalence dans ses choix disciplinaires : de 1795 &#224; 1814, il enseigne ainsi les lettres classiques et les math&#233;matiques, &#224; l'Ecole centrale puis au lyc&#233;e (institutions nouvellement cr&#233;&#233;es &#224; destination des &#233;lites), mais aussi le droit puis les sciences &#224; la facult&#233;. Le p&#233;dagogue Jacotot insistera plus tard sur le fait qu'une m&#234;me intelligence s'exerce, quels que soient les objets consid&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re d&#233;termin&#233; et les convictions politiques de Jacotot l'am&#232;nent &#224; s'engager activement dans les combats de son temps, ce qui ne sera pas sans cons&#233;quences sur sa carri&#232;re. En 1792, Jacotot abandonne provisoirement ses fonctions d'enseignant et entre comme artilleur volontaire dans la compagnie de la C&#244;te d'or, o&#249; il est &#233;lu capitaine, avant de devenir en 1793, instructeur pour la fabrication et le maniement des explosifs. Il se souviendra probablement de cette exp&#233;rience des cours r&#233;volutionnaires, ouverts &#224; des recrues d'origines sociales vari&#233;es et assur&#233;s sous la contrainte de l'urgence, lorsqu'il fera son &#233;tonnante d&#233;couverte p&#233;dagogique de &#171; l'&#233;galit&#233; des intelligences &#187; sous la contrainte d'une situation d'exil. L'exil, Jacotot en fait l'am&#232;re exp&#233;rience en 1815, dans un tout autre contexte politique, celui de la restauration de la monarchie, apr&#232;s l'&#233;chec du retour de Napol&#233;on Bonaparte : ayant &#233;t&#233; &#233;lu d&#233;put&#233; pendant la p&#233;riode des &#171; cent jours &#187;, il se voit en effet contraint de quitter la France et conna&#238;t la d&#233;ch&#233;ance sur le plan universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exil&#233; en Belgique, Jacotot donne des cours particuliers pour vivre puis est recrut&#233; comme lecteur de fran&#231;ais &#224; l'Universit&#233; de Louvain, sans parvenir &#224; retrouver sa place de professeur. C'est dans ces conditions, aussi difficiles qu'impr&#233;vues, alors qu'il souffre d'un sentiment de d&#233;classement par rapport &#224; la position qu'il occupait en France, que Jacotot va devenir un p&#233;dagogue aux id&#233;es radicales. En 1818, les circonstances l'am&#232;nent en effet &#224; faire une d&#233;couverte p&#233;dagogique paradoxale : il trouve une solution de fortune pour enseigner le fran&#231;ais &#224; des &#233;tudiants qui parlent le hollandais, langue dont il est lui-m&#234;me ignorant. Il utilise pour cela une &#233;dition bilingue du T&#233;l&#233;maque de F&#233;nelon qui permet aux &#233;l&#232;ves d'apprendre seuls, et au ma&#238;tre d'enseigner ce qu'il ignore, en recourant seulement &#224; un interpr&#232;te pour la traduction des consignes initiales de travail. Dans les ann&#233;es qui suivent, Jacotot promeut ce qu'il appelle d&#233;sormais l'&#171; Enseignement universel &#187;, qui repose sur le principe de &#171; l'&#233;galit&#233; des intelligences &#187;, en donnant des conf&#233;rences, aussi courues que pol&#233;miques, &#224; Louvain. Il publie &#233;galement des ouvrages p&#233;dagogiques plusieurs fois r&#233;&#233;dit&#233;s et d&#233;clinant la port&#233;e de sa d&#233;couverte dans diverses mati&#232;res : &lt;i&gt;Langue maternelle &lt;/i&gt; (1823), &lt;i&gt;Langue &#233;trang&#232;re&lt;/i&gt; (1824), &lt;i&gt;Musique, dessin et peinture&lt;/i&gt; (1824), &lt;i&gt;Math&#233;matiques&lt;/i&gt; (1828).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1820, des exp&#233;rimentations appliquant les principes p&#233;dagogiques de Jacotot sont men&#233;es dans des institutions d&#233;di&#233;es &#224; l'instruction des jeunes gens, aussi bien les filles que les gar&#231;ons, en Belgique et en France. Des instituts Jacotot se d&#233;veloppent ainsi dans plusieurs villes : le pensionnat de jeunes filles dirig&#233; par Mlle Marcellis et l'institut de Shuyveler &#224; Louvain, l'institut de M. Sepr&#233;s &#224; Anvers, l'institut de M. Wurtz &#224; Li&#232;ge, l'institut de l'abb&#233; Deshouill&#232;res &#224; Paris, pour ne citer que quelques exemples. Suite au rapport positif que r&#233;dige l'expert ind&#233;pendant Van Kinker en 1826 sur ces &#233;tablissements, Guillaume Ier, le roi lib&#233;ral de Belgique, confie &#224; Jacotot un projet d'exp&#233;rimentation de sa m&#233;thode en 1827 dans les &#233;coles normales militaires formant les officiers du royaume des Pays-Bas. Le p&#233;dagogue qui se flatte de pouvoir faire apprendre le hollandais tr&#232;s vite int&#233;resse d'autant plus le roi que celui-ci souhaite imposer le hollandais comme langue officielle. Cela n'est pas sans envenimer les pol&#233;miques entre jacotistes et anti-jacotistes, Jacotot &#233;tant &#224; la fois per&#231;u comme le fondateur d'une m&#233;thode d'enseignement radicale et l'instrument en Belgique d'une politique linguistique royale contest&#233;e. Jacotot qui d&#233;veloppe par ailleurs des sentiments de grandeur et de pers&#233;cution, s'accommode mal de la supervision de son exp&#233;rimentation par les corps constitu&#233;s : l'&#233;cole normale militaire de Louvain est finalement ferm&#233;e en 1828 et le roi s'&#233;loigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacotot pr&#233;pare son retour en France, o&#249; l'oscillation entre les ultraroyalistes partisans de la r&#233;action absolutiste et les lib&#233;raux penche entre 1828 et 1829 en faveur de ces derniers. Il re&#231;oit pendant cette p&#233;riode de nombreux visiteurs officiels fran&#231;ais, dont certains hauts repr&#233;sentants des associations lib&#233;rales pour l'instruction que les id&#233;es de Jacotot en faveur de l'enseignement universel intriguent, dans un contexte o&#249; se fait jour la volont&#233; d'&#233;duquer le peuple en un temps bref et donc &#224; un co&#251;t limit&#233;. Charles-Philibert de Lasteyrie de la SIE (soci&#233;t&#233; pour l'instruction &#233;l&#233;mentaire cr&#233;&#233;e en 1815) en 1828, Me Baudoin pour le ministre de l'instruction publique Vatimesnil en 1829, Jean-Baptiste Froussard pour le d&#233;put&#233; lib&#233;ral Casimir P&#233;rier, se rendent successivement &#224; Louvain pour rencontrer Jacotot et &#233;valuent positivement sa m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1830, la Monarchie de juillet succ&#232;de &#224; la monarchie constitutionnelle de la Restauration dans laquelle les ultraroyalistes conservaient depuis 1815 une forte influence. &#192; la faveur de ce nouveau r&#233;gime plus lib&#233;ral, Jacotot se d&#233;cide &#224; rentrer en France. Ses id&#233;es p&#233;dagogiques radicales continuent d'&#234;tre discut&#233;es et exp&#233;riment&#233;es dans des institutions priv&#233;es mais restent minoritaires dans un contexte o&#249; l'Etat se dote d'une politique p&#233;dagogique sp&#233;cifique, sous l'impulsion du ministre de l'instruction publique Fran&#231;ois Guizot en 1832, et de son conseiller Paul Lorrain, farouche opposant &#224; la m&#233;thode Jacotot. Le p&#232;re de l'enseignement universel qui souhaite mettre sa m&#233;thode fond&#233;e sur l'&#233;galit&#233; des intelligences au service de l'humanit&#233; plut&#244;t que des institutions entre par ailleurs en conflit &#224; ce sujet avec certains de ses disciples. Il meurt &#224; Paris le 30 juillet 1840.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour sur la d&#233;couverte de l'enseignement universel &#224; Louvain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lecteur de fran&#231;ais &#224; l'Universit&#233; de Louvain en 1818, c'est sous la contrainte du hasard et de la n&#233;cessit&#233;, au gr&#233; des besoins d'une improvisation qui n'est pas sans rappeler celle qu'il avait mis en &#339;uvre pendant l'exp&#233;rience des cours r&#233;volutionnaires, que Jacotot fait la tr&#232;s surprenante d&#233;couverte selon laquelle un ma&#238;tre peut enseigner avec succ&#232;s ce qu'il ignore, et un &#233;l&#232;ve apprendre seul aupr&#232;s d'un ma&#238;tre ignorant : Jacotot a en effet r&#233;ussi &#224; enseigner le fran&#231;ais &#224; des &#233;tudiants parlant le hollandais, dont il est lui-m&#234;me ignorant. Il leur a fait apprendre par c&#339;ur, observer puis r&#233;p&#233;ter et commenter avec succ&#232;s l'&#233;dition bilingue du T&#233;l&#233;maque de F&#233;nelon. Tr&#232;s vite ses &#233;tudiants sont capables de parler mais aussi de composer en fran&#231;ais avec une syntaxe correcte. Fid&#232;le &#224; cette exp&#233;rience fondatrice paradoxale, Jacotot s'emploie par la suite &#224; tirer les cons&#233;quences de ce renversement radical quant &#224; la relation entre le ma&#238;tre et l'&#233;l&#232;ve. Il se fait d'ailleurs volontiers provocateur au sujet de sa d&#233;couverte lors des conf&#233;rences qu'il donne &#224; Louvain : &#171; Il faut que je vous apprenne que je n'ai rien &#224; vous apprendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; in Jacques Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant. Cinq le&#231;ons sur l'&#233;mancipation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage du T&#233;l&#233;maque de F&#233;nelon restera embl&#233;matique de la d&#233;marche de Jacotot, puisqu'il l'utilisera &#233;galement comme support privil&#233;gi&#233; dans son premier ouvrage publi&#233;, Langue maternelle, en 1823, qui comme son nom l'indique vise &#224; instruire les &#233;l&#232;ves en lecture et en &#233;criture dans leur langue maternelle (et non plus &#224; apprendre le fran&#231;ais comme langue &#233;trang&#232;re). &#171; Sachez un livre et rapportez-y tout le reste &#187; sera d'ailleurs l'un des principes fondamentaux que d&#233;fendra Jacotot et qui lui vaudra de nombreuses moqueries de la part de ses opposants. Le livre peut &#234;tre un classique sans &#234;tre un chef d'&#339;uvre : il doit &#234;tre suffisamment riche sur les plans s&#233;mantique et linguistique pour que l'&#233;l&#232;ve qui l'apprend puisse ensuite y rapporter ses apprentissages futurs en orthographe et en grammaire, en composition ou en improvisation, selon un ordre non pas &#233;tabli par le ma&#238;tre, mais d&#233;fini par l'&#233;l&#232;ve au fil de son parcours. Le texte doit permettre &#224; l'&#233;l&#232;ve d'exercer son intelligence en l'appliquant au support qui lui-m&#234;me contient l'intelligence commune de l'auteur : la mise en rapport directe de l'intelligence de l'&#233;l&#232;ve avec celle du texte est essentielle en ce qu'elle permet &#224; l'&#233;l&#232;ve de s'&#233;manciper du savoir du ma&#238;tre, et au ma&#238;tre de s'assurer que l'&#233;l&#232;ve fait bon usage de son intelligence. L'&#233;l&#232;ve est lib&#233;r&#233; des explications du ma&#238;tre mais contraint &#224; penser par le dispositif que ce dernier lui propose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette logique, la contrainte de la situation, ici li&#233;e au texte, permet de lib&#233;rer l'intelligence de l'&#233;l&#232;ve : dans un premier temps, il s'agit de l'amener, comme en t&#233;moignent les premi&#232;res le&#231;ons de Langue maternelle/ Enseignement universel : Langue Maternelle (6e &#233;dition), Paris, Au si&#232;ge de l'&#233;cole de Jacotot, 1841, p.1-7./, &#224; retenir par c&#339;ur chaque phrase du texte, en lui faisant r&#233;p&#233;ter progressivement et observer chaque mot de la phrase (Calypso, Calypso ne, Calypso ne pouvait&#8230;), puis en lui faisant &#233;crire au fur et &#224; mesure chacune des phrases apprises. Ce qui est dit doit &#234;tre montr&#233;, les deux choses &#233;tant mises en rapport. L'action du ma&#238;tre se limite dans cette phase introductive &#224; v&#233;rifier que l'&#233;l&#232;ve effectue ce travail de m&#233;morisation et qu'il est capable de distinguer les diff&#233;rents mots, les syllabes et les lettres qui lui serviront ensuite &#224; analyser l'orthographe et les terminaisons grammaticales de chaque mot. Plus tard, l'&#233;l&#232;ve qui aura ainsi m&#233;moris&#233; le texte d&#233;couvrira les sentiments des personnages ou la morale du r&#233;cit, et il sera amen&#233; &#224; en parler, &#224; dire ce qu'il voit, ce qu'il en pense et ce qu'il en fait, dans ses compositions et ses improvisations. Mais l'importance de la m&#233;morisation initiale et de l'attention port&#233;e &#224; la mat&#233;rialit&#233; du texte sont, on le voit, d&#233;terminantes. Les d&#233;tracteurs de Jacotot critiqueront d'ailleurs cet usage intensif de l'apprentissage par c&#339;ur, comparant les &#233;l&#232;ves instruits selon cette m&#233;thode &#224; des perroquets ou consid&#233;rant &#224; l'inverse les enfants comme incapables d'un tel effort de m&#233;morisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jacques Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant, op. cit., p.43.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;/. Mais pour Jacotot, d'une part l'intelligence est une, elle ne se divise pas entre des fonctions sup&#233;rieures et inf&#233;rieures, et d'autre part, croire que la m&#233;moire est faible, c'est ne pas croire &#224; la puissance de l'intelligence humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacotot pr&#244;ne un renversement des valeurs intellectuelles en r&#233;pandant inlassablement le message &#233;mancipateur de l'&#171; &#233;galit&#233; des intelligences &#187; : l'&#233;l&#232;ve et le ma&#238;tre ont une intelligence commune, le premier ayant donc la capacit&#233; d'apprendre seul, tandis que l'action du second consiste &#224; croire en cette capacit&#233; et &#224; permettre son actualisation. Apprendre seul, mais pas sans ma&#238;tre. Le r&#244;le du ma&#238;tre consiste &#224; s'assurer simplement que l'&#233;l&#232;ve met son intelligence au service de sa volont&#233; pour apprendre. &#171; Je crois que tous les hommes ont une intelligence &#233;gale, et qu'il suffit, sans demander d'autres raisons &#224; la rh&#233;torique, que la volont&#233; diff&#232;re pour que les r&#233;sultats soient diff&#233;rents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; in Jean-Fran&#231;ois Garcia, Jacotot, op.cit., p.35.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; dira Jacotot. Il peut y avoir une in&#233;galit&#233; dans la manifestation de l'intelligence, selon l'&#233;nergie plus ou moins grande que la volont&#233; communique &#224; l'intelligence pour apprendre, mais pas de hi&#233;rarchie de capacit&#233; intellectuelle. L'&#233;galit&#233; intellectuelle selon Jacotot est un postulat, et non un but &#224; atteindre. Emanciper l'&#233;l&#232;ve c'est donc croire en cette capacit&#233; commune &#224; penser, contraindre l'&#233;l&#232;ve &#224; l'actualiser, et ainsi lui faire prendre la mesure de cette puissance &#233;gale entre tous les &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jacotot et les controverses p&#233;dagogiques de son temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'action militante de Jacotot pour promouvoir ses conceptions p&#233;dagogiques s'inscrit dans une p&#233;riode de vifs d&#233;bats en France entre 1815 et 1830 concernant les m&#233;thodes d'enseignement requises. Ces controverses sont en lien avec les tumultes politiques que traverse le pays, entre essor des id&#233;es lib&#233;rales et restauration de l'ordre monarchique. D'un c&#244;t&#233; les lib&#233;raux souhaitent encourager les exp&#233;rimentations p&#233;dagogiques pour d&#233;velopper l'instruction du peuple dans le contexte de la premi&#232;re r&#233;volution industrielle. De l'autre les ultraroyalistes entendent restaurer les privil&#232;ges du Clerg&#233; et l'influence morale des congr&#233;gations et des j&#233;suites dans le domaine &#233;ducatif. De nombreux lib&#233;raux se montrent alors favorables &#224; la m&#233;thode &#171; lancast&#233;rienne &#187;, ou d'Enseignement mutuel, consistant &#224; d&#233;l&#233;guer une partie de l'enseignement &#224; des &#233;l&#232;ves promus &#171; moniteurs &#187; au sein de l'&#233;cole et plac&#233;s sous la supervision d'un seul ma&#238;tre, ce qui permet d'instruire largement tout en ma&#238;trisant les moyens allou&#233;s. Ils s'opposent aux ultraroyalistes qui d&#233;fendent quant &#224; eux le principe de l'Enseignement simultan&#233; initi&#233; par les institutions confessionnelles des Fr&#232;res des &#233;coles chr&#233;tiennes, selon lequel un ma&#238;tre en charge de l'autorit&#233; de la classe enseigne les m&#234;mes contenus aux &#233;l&#232;ves d'un m&#234;me niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacotot n'intervient pas directement dans ces d&#233;bats mais critique ouvertement ce qu'il appelle &#171; La vieille &#187; dans ses &#233;crits et qui renvoie aux pratiques et conceptions p&#233;dagogiques alors dominantes, inspir&#233;es de l'Enseignement simultan&#233;. Ses id&#233;es novatrices partent du principe, comme dans l'Enseignement mutuel, que les enfants du peuple sont capables d'apprendre et reconnaissent un r&#244;le plus actif &#224; l'&#233;l&#232;ve. Elles b&#233;n&#233;ficient par cons&#233;quent d'une certaine audience &#224; la fin des ann&#233;es 1820 aupr&#232;s de d&#233;fenseurs de la m&#233;thode lancast&#233;rienne, tel Charles-Philibert de Lasteyrie, qui rendra visite &#224; Jacotot &#224; Louvain et publiera dans la foul&#233;e un rapport favorable sur l'Enseignement universel. Pourtant Jacotot garde ses distances, voyant dans l'Enseignement mutuel le visage potentiellement r&#233;nov&#233; de &#171; La vieille &#187; : lui ne veut pas seulement instruire le peuple avec des m&#233;thodes d'enseignement adapt&#233;es, &#224; la mani&#232;re des partisans de l'Enseignement mutuel, mais &#233;manciper les pauvres, c'est-&#224;-dire leur faire prendre conscience de leur puissance intellectuelle &#233;gale et les encourager &#224; l'exercer. Dans l'Enseignement mutuel, l'autorit&#233; savante du ma&#238;tre est seulement partag&#233;e avec les &#233;l&#232;ves tuteurs mais reste dominante, tandis que dans l'Enseignement universel, l'autorit&#233; reposant sur le savoir est renvers&#233;e : seule demeure l'autorit&#233; consistant &#224; contraindre la volont&#233; de l'&#233;l&#232;ve pour qu'il fasse usage de son intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; m&#233;thode &#187; de Jacotot n'en est pas vraiment une, au sens o&#249; ce qu'il d&#233;fend, plus qu'une m&#233;thode d'enseignement, est une m&#233;thode d'&#233;mancipation de l'&#233;l&#232;ve devant prendre conscience de son pouvoir intellectuel. Comme il le r&#233;p&#232;te : &#171; N'oubliez jamais que mes principes ne sont pas ma m&#233;thode&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; in Jean-Fran&#231;ois Garcia, Jacotot, op.cit., p.41.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Jacotot ne cherche pas &#224; perfectionner les m&#233;thodes d'enseignement existantes, &#224; se prononcer sur les contenus enseign&#233;s, ou &#224; r&#233;former les institutions d&#233;di&#233;es &#224; l'instruction, pas plus d'ailleurs qu'il ne souhaite subvertir l'ordre social. Pour lui le probl&#232;me est ailleurs : ce qu'il vise, c'est une &#233;mancipation universelle des individus, enjoignant par exemple le parent pauvre et ignorant &#224; s'&#233;manciper, c'est-&#224;-dire &#224; prendre conscience de ce qu'il peut intellectuellement, pour pouvoir &#233;manciper &#224; son tour ses enfants, non pas en leur transmettant des savoirs qu'il n'a pas, mais en les encourageant &#224; les acqu&#233;rir par eux-m&#234;mes, &#224; partir de ce qu'ils savent d&#233;j&#224;, et en contr&#244;lant cette acquisition &#224; l'aide de sa raison. Ainsi : &#171; Qui emp&#234;che cette m&#232;re ignorante mais &#233;mancip&#233;e de remarquer toutes les fois qu'elle demande o&#249; est P&#232;re si l'enfant montre toujours le m&#234;me mot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; in Jacques Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant, op. cit., p.55.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les opposants de Jacotot, certains prennent le soin de publier des textes contre l'Enseignement universel, ironisant sur les principes de cette p&#233;dagogie, accus&#233;e de charlatanisme, ou s'inqui&#233;tant de ses cons&#233;quences politiques et morales. Paul Lorain par exemple fait para&#238;tre en 1830 une R&#233;futation de la m&#233;thode Jacotot d&#233;non&#231;ant en ces termes la remise en cause de l'autorit&#233; savante du ma&#238;tre et des institutions scolaires : &#171; On peut enseigner ce qu'on ignore est encore une maxime de m&#233;nage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.55.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Or sous la Monarchie de Juillet, Lorain, autant hostile &#224; l'Enseignement universel qu'&#224; l'enseignement mutuel, devient le conseiller p&#233;dagogique de Guizot, Ministre de l'instruction publique de 1832 &#224; 1837, qui avec les lois de 1833 entame un processus de centralisation &#233;tatique de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire. Sous l'influence de Lorain, Guizot tranche en faveur de la diffusion de l'Enseignement simultan&#233; dans les &#233;coles communales, s'opposant &#224; la fois aux partisans de nouvelles m&#233;thodes et aux ultraroyalistes : il s'agit en effet de la&#239;ciser l'Enseignement simultan&#233; en l'am&#233;nageant de sorte qu'il ne soit plus identifiable &#224; la p&#233;dagogie des &#233;coles confessionnelles. Le but est d'assurer l'autorit&#233; du ma&#238;tre vu comme le garant d'un ordre social et moral repens&#233; dans le cadre du nouveau r&#233;gime monarchique, lequel r&#233;gime entend limiter aussi bien l'influence de l'Eglise que celle des id&#233;es r&#233;publicaines sur les m&#233;thodes d'instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, Jacotot se retrouve isol&#233;. Ses id&#233;es radicales lui valent d'&#234;tre ignor&#233; par les responsables du nouveau r&#233;gime et vivement critiqu&#233; par les conservateurs, sans qu'il n'ait d'autres alli&#233;s que certains propagateurs de ses principes ou les responsables d'instituts priv&#233;s qui appliquent sa m&#233;thode. Plusieurs ouvrages r&#233;dig&#233;s par des jacotistes et consacr&#233;s &#224; la d&#233;fense ou &#224; l'application de l'Enseignement universel sont ainsi parus en 1830, ceux par exemple d'E. Boutmy, d'A. Durietz, de M. Guillard &#224; Lyon ou d'A. Penot &#224; Strasbourg. Mais le positionnement de Jacotot qui a toujours &#233;t&#233; ambivalent depuis 1818 &#224; l'&#233;gard des institutions se radicalise. Dans les ann&#233;es 1820 d&#233;j&#224;, il oscillait entre recherche, voire d&#233;sir grandiose, de reconnaissance institutionnelle, et m&#233;fiance extr&#234;me de voir sa m&#233;thode d&#233;voy&#233;e dans un cadre qui limiterait la port&#233;e de l'&#233;mancipation intellectuelle vis&#233;e. Tout en adressant des demandes d'exclusivit&#233; au roi de Belgique pour les choix relatifs &#224; l'instruction, il d&#233;clarait en 1827 &#171; impossible d'instituer l'Enseignement universel dans l'ordre social, tant qu'il est contr&#244;l&#233; par les commissions de la &#171; vieille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; in Jean-Fran&#231;ois Garcia, Jacotot, op.cit., p.21.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Apr&#232;s son retour en France en 1830, dans une conjoncture politique s'av&#233;rant d&#233;favorable &#224; ses principes p&#233;dagogiques, l'amertume de Jacotot et son hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard de toute id&#233;e d'institutionnalisation de l'enseignement universel s'accroissent. Pour lui, les institutions risquent toujours de figer les principes en m&#233;thode. Progressivement, Jacotot s'ali&#232;ne une partie de ses soutiens et des querelles entre ses disciples &#233;clatent : tandis que le p&#232;re fondateur proclame les bienfaits de sa m&#233;thode pour l'humanit&#233; et d&#233;clare vouloir la mettre au service des p&#232;res de famille, pr&#233;tendant n'avoir besoin pour cela ni d'instruction publique ni de ministre, certains jacotistes s'&#233;cartent de ce cr&#233;do anti-institutionnel, &#224; l'image de M. S&#233;pr&#233;s qui fonde la Soci&#233;t&#233; pour la propagation de l'enseignement universel. Dans ces conditions, l'&#339;uvre de Jacotot ne survivra que difficilement &#224; sa mort survenue en 1840, malgr&#233; les efforts de certains de ses partisans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t des femmes pour la p&#233;dagogie &#233;galitaire de Jacotot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut pourtant se demander si les id&#233;es &#233;mancipatrices de Jacotot n'ont pas exerc&#233; une plus grande influence qu'il n'y para&#238;t, mais sousterraine, notamment en ce qui concerne l'&#233;ducation des filles. Ranci&#232;re relate par exemple les apprentissages spectaculaires r&#233;alis&#233;s par les jeunes filles de l'Institut Jacotot que tient Mlle Marcellis &#224; Louvain et qui forcent l'admiration de De Lasteyrie puis du directeur Baptiste Froussard envoy&#233; par le d&#233;put&#233; lib&#233;ral Casimir P&#233;rier en 1829 pour examiner les effets de l'Enseignement universel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jacques Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant, op. cit., p.72-75.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les jeunes filles sont capables &#224; &#233;galit&#233; avec ce professeur de composer en ma&#238;trisant une &#233;criture litt&#233;raire et d'improviser &#224; br&#251;le-pourpoint &#224; l'oral, avec assurance et imagination, sur des sujets tr&#232;s vari&#233;s, tir&#233;s au sort et pr&#233;par&#233;s en temps limit&#233;. Ranci&#232;re rapporte &#233;galement le cas des ganti&#232;res pauvres des environs de Grenoble qui b&#233;n&#233;ficient de l'enseignement universel dans le cadre d'un apprentissage professionnel, et que Jacotot en 1830 qualifie d'&#171; &#233;mancip&#233;es &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les pauvres villageoises des environs de Grenoble travaillent &#224; faire des gants ; on les paie trente sous la douzaine. Depuis qu'elles sont &#233;mancip&#233;es, elles s'appliquent &#224; regarder, &#224; &#233;tudier, &#224; comprendre un gant bien confectionn&#233;. Elles devineront le sens de toutes les phrases, de tous les mots de ce gant. Elles finiront par parler aussi bien que les femmes de la ville qui gagnent sept francs par douzaine. Il ne s'agit que d'apprendre une langue que l'on parle avec des ciseaux, une aiguille et du fil. Il n'est jamais question dans les soci&#233;t&#233;s humaines que de comprendre et de parler une langue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; in Jacques Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant, op. cit., p.64-65.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1840, la ma&#238;tresse de pension et p&#233;dagogue r&#233;formatrice Jos&#233;phine Bachellery, &#233;voqu&#233;e par Rebecca Rogers dans &lt;i&gt;Les bourgeoises au pensionnat&lt;/i&gt;, se r&#233;clame &#233;galement de l'enseignement de Jacotot : &#171; En disciple de Jacotot, elle affirme de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e sa foi en l'&#233;galit&#233; fondamentale d'intelligence entre hommes et femmes, et pr&#233;sente des projets qui permettraient &#224; ces derni&#232;res de d&#233;velopper leur entendement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rebecca Rogers, Les bourgeoises au pensionnat, L'&#233;ducation f&#233;minine au XIXe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Bachellery qui r&#233;dige le compte-rendu des obs&#232;ques de Joseph Jacotot publi&#233; en 1840, louera d'ailleurs de mani&#232;re toute solennelle &#171; [&#8230;] le r&#233;v&#233;lateur de l'&#233;galit&#233; des intelligences, celui qui donna &#224; notre sexe la seule croyance vraiment capable d'&#233;lever sa destin&#233;e sociale avec sagesse et dignit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Compte rendu des obs&#232;ques de J. Jacotot, d&#233;c&#233;d&#233; le 30 juillet 1840, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; [&#8230;]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de ce parcours, nous pouvons faire l'hypoth&#232;se que le principe d'&#233;galit&#233; des intelligences, &#224; d&#233;faut de favoriser l'institutionnalisation de la m&#233;thode Jacotot, aura particip&#233; d'un mouvement au long cours en faveur de l'&#233;galit&#233;. Pour Jacotot, l'&#233;galit&#233; est premi&#232;re et naturelle, l'in&#233;galit&#233; est seconde et ordonn&#233;e par des conventions sociales qui hi&#233;rarchisent les &#234;tres humains : &#171; C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que nous sommes tous &#233;gaux par nature que nous devons tous &#234;tre in&#233;gaux par les circonstances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; in Jacques Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant, op. cit., p.149.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cette naturalisation de l'&#233;galit&#233; combin&#233;e &#224; une d&#233;naturalisation de l'in&#233;galit&#233; avait de quoi inqui&#233;ter les partisans de l'ordre social et les opposants &#224; la cause de l'&#233;mancipation. Comme l'&#233;crivait le Duc de L&#233;vis, dans une lettre adress&#233;e &#224; Jacotot en 1830, apr&#232;s avoir reconnu les effets probants de l'Enseignement universel sur les progr&#232;s des &#233;l&#232;ves : &#171; N'esp&#233;rez donc pas une soumission de quelque dur&#233;e d'une jeune femme imbue, d&#232;s l'enfance, de la doctrine de l'&#233;galit&#233; intellectuelle&#8230; c'est le monde renvers&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; in Jean-Fran&#231;ois Garcia, Jacotot, op.cit., p.35-36.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sources primaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacotot, Jean-Joseph, &lt;i&gt;Musique, dessin et peinture&lt;/i&gt; (4e &#233;dition), Mansut fils, Paris, 1839.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k98029259/f1.image&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k98029259/f1.image&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacotot, Jean-Joseph, &lt;i&gt;Enseignement universel : Langue Maternelle&lt;/i&gt; (6e &#233;dition), Paris, Au si&#232;ge de l'&#233;cole de Jacotot, 1841.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=og8BAAAAYAAJ&amp;printsec=frontcover&amp;hl=fr&amp;source=gbs_ge_summary_r&amp;cad=0#v=onepage&amp;q&amp;f=true&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=og8BAAAAYAAJ&amp;printsec=frontcover&amp;hl=fr&amp;source=gbs_ge_summary_r&amp;cad=0#v=onepage&amp;q&amp;f=true&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bachellery Jos&#233;phine, &lt;i&gt;Compte rendu des obs&#232;ques de J. Jacotot, d&#233;c&#233;d&#233; le 30 juillet 1840&lt;/i&gt;, Paris, Mansut Fils, 1840.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5612248v&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5612248v&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sources secondaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dup&#233;rier, Laurence, &#034;Jos&#233;phine Bachellery&#034;, &lt;i&gt;Le Maitron,&lt;/i&gt; dictionnaire biographique mouvement ouvrier mouvement social, Edition num&#233;rique (version mise en ligne le 20 f&#233;vrier 2009, derni&#232;re modification le 25 avril 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garcia Jean-Fran&#231;ois, &#034;Souvenirs du futur&#034;, &lt;i&gt;Perspectives documentaires en &#201;ducation&lt;/i&gt;, N&#176;49, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garcia, Jean-Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Jacotot&lt;/i&gt;, 1re &#233;d. P&#233;dagogues &amp; p&#233;dagogies 15, Paris, Presses universitaires de France, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mayeur, Fran&#231;oise, &lt;i&gt;Histoire g&#233;n&#233;rale de l'enseignement et de l'&#233;ducation en France. &lt;/i&gt; Tome III, De la R&#233;volution &#224; l'&#233;cole r&#233;publicaine (1789-1930), Paris, G.-V. Labat, 1981 (R&#233;&#233;d. Poche Perrin, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meirieu, Philippe, &lt;i&gt;Jacotot, Peut-on enseigner sans savoir ?&lt;/i&gt;, Education en questions, Publication &#233;cole moderne fran&#231;aise, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perez, Bernard, &#034;Jacotot&#034; in Ferdinand Buisson (dir.), &lt;i&gt;Nouveau dictionnaire de p&#233;dagogie et d'instruction primaire&lt;/i&gt;, Edition &#233;lectronique INRP, 1911.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ranci&#232;re, Jacques, &lt;i&gt;Le ma&#238;tre ignorant. Cinq le&#231;ons sur l'&#233;mancipation intellectuelle&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1987 (r&#233;&#233;d. poche 10/18, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rogers, Rebecca, &lt;i&gt;Les bourgeoises au pensionnat, L'&#233;ducation f&#233;minine au XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007, p.113-143.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous nous appuyons principalement pour les rep&#232;res biographiques de cette section sur les travaux de Jean-Fran&#231;ois Garcia, cf. Jean-Fran&#231;ois Garcia, &lt;i&gt;Jacotot&lt;/i&gt;, Paris, Presses universitaires de France, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; in Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Le ma&#238;tre ignorant. Cinq le&#231;ons sur l'&#233;mancipation intellectuelle,&lt;/i&gt; Paris, Fayard, 1987 (r&#233;&#233;d. poche 10/18, 2004), p.28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Le ma&#238;tre ignorant&lt;/i&gt;, op. cit., p.43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; in Jean-Fran&#231;ois Garcia, Jacotot, op.cit., p.35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; in Jean-Fran&#231;ois Garcia, &lt;i&gt;Jacotot,&lt;/i&gt; op.cit., p.41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; in Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Le ma&#238;tre ignorant&lt;/i&gt;, op. cit., p.55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p.55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; in Jean-Fran&#231;ois Garcia, &lt;i&gt;Jacotot,&lt;/i&gt; op.cit., p.21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jacques Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant, op. cit., p.72-75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; in Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Le ma&#238;tre ignorant&lt;/i&gt;, op. cit., p.64-65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rebecca Rogers, Les bourgeoises au pensionnat, L'&#233;ducation f&#233;minine au XIXe si&#232;cle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007, p.113-143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Compte rendu des obs&#232;ques de J. Jacotot, d&#233;c&#233;d&#233; le 30 juillet 1840&lt;/i&gt;, Paris, Mansut Fils, 1840, p.8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; in Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Le ma&#238;tre ignorant&lt;/i&gt;, op. cit., p.149.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; in Jean-Fran&#231;ois Garcia, Jacotot, op.cit., p.35-36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Henri Wallon et l'orientation</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article309</link>
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		<dc:date>2019-06-30T08:55:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yves-Claude Lequin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avec ce livre de R&#233;gis Ouvrier-Bonnaz, Pour lire Wallon sur l'orientation (Sept textes in&#233;dits d'Henri Wallon), postfac&#233; par Bernard Prot (&#201;ditions sociales, 2019, 235 p., 16 &#8364;), nous sommes en pr&#233;sence d'un remarquable ouvrage, y compris dans son format pratique (r&#233;ellement de poche, et solide), avec une belle typographie. Dense, ce livre est soigneusement &#233;quilibr&#233; : une &#171; introduction &#187; substantielle (une centaine de pages !) qui, en r&#233;alit&#233;, est une rigoureuse analyse de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L136xH150/arton309-f55e8.png?1790692833' class='spip_logo spip_logo_right' width='136' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avec ce livre de R&#233;gis Ouvrier-Bonnaz, &lt;i&gt;Pour lire Wallon sur l'orientation (Sept textes in&#233;dits d'Henri Wallon)&lt;/i&gt;, postfac&#233; par Bernard Prot (&#201;ditions sociales, 2019, 235 p., 16 &#8364;), nous sommes en pr&#233;sence d'un remarquable ouvrage, y compris dans son format pratique (r&#233;ellement de poche, et solide), avec une belle typographie. Dense, ce livre est soigneusement &#233;quilibr&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une &#171; introduction &#187; substantielle (une centaine de pages !) qui, en r&#233;alit&#233;, est une rigoureuse analyse de la construction (donc de l'&#233;volution) de la pens&#233;e d'Henri Wallon (1879-1962) en ce qui concerne l'orientation, jalonnant un si&#232;cle de transformations multiples et profondes, (dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ainsi que sur les plans p&#233;dagogique et intellectuel) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des &#171; rep&#232;res &#187; chronologiques et biographiques (une douzaine de pages) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un bel ensemble de sept textes (dont quatre in&#233;dits &#224; ce jour), minutieusement choisis (80 p.), et strictement cadr&#233;s sur l'orientation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une postface de Bernard Prot (12 p.), sur les questions contemporaines de l'orientation dans le demi-si&#232;cle (prolifique en ce domaine) qui nous s&#233;pare de la mort d'Henri Wallon, en 1962. Postface remarquable, sur laquelle je ne reviendrai pas, car &#8211; vu son int&#233;r&#234;t et sa prise directe avec les questions les plus actuelles en ce domaine &#8211; elle sera &#224; coup s&#251;r la plus souvent lue en premier par les enseignants et les autres professionnels de l'orientation. En revanche, il n'est pas superflu d'&#233;voquer quelques aspects plus anciens, ce qui ne signifie qu'ils soient r&#233;volus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels textes d'Henri Wallon sont ici s&#233;lectionn&#233;s ? Ils jalonnent 40 ans de l'&#339;uvre wallonienne : un de 1913 (sur Taylor), deux de 1932 (sur &#171; L'&#233;ducation et le facteur social &#187;, puis &#171; Culture g&#233;n&#233;rale et Orientation professionnelle &#187;), trois de 1947 (entre espoir d'une r&#233;forme scolaire et d&#233;ception), un de 1955 (&#171; Les loisirs, les jeux et la culture &#187;, causerie radiodiffus&#233;e, &#224; l'&#233;poque de gouvernement Edgar Faure et du projet scolaire du ministre Berthoin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'extraits du Plan Febvre-Langevin-Pi&#233;ron-Wallon de 1947... Si l'auteur s'en tient &#224; l'&#339;uvre personnelle d'Henri Wallon en mati&#232;re d'orientation et, par cons&#233;quent, ne cite aucun texte de ce Plan, improprement nomm&#233; &#171; Plan Langevin-Wallon &#187;, il l'analyse cependant (pp. 74-78). On me permettra ici une parenth&#232;se : d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il y aurait beaucoup &#224; dire sur la &#171; r&#233;duction &#187; (par omission) de cette appellation, qui &#233;vacue les pr&#233;sidents de deux autres sous-commissions (et non des moindres : Lucien Febvre et Henri Pi&#233;ron) et qui restreint cette commission &#224; une affaire de p&#233;dagogues (qu'ils &#233;taient tous sans aucun doute) et non de scientifiques &#8211; ce qu'ils &#233;taient fondamentalement &#8211; tout en &#233;vacuant la dimension politique &#8211; pourtant fondamentale &#8211; qui sous-tend cette Commission : en 1944, le gouvernement De Gaulle, issu de la &#171; France Libre &#187; et de la R&#233;sistance int&#233;rieure, envisage une r&#233;forme scolaire afin de refonder la R&#233;publique fran&#231;aise sur de nouvelles bases ; c'est d'ailleurs le 3e projet scolaire de la &#171; France Libre &#187; : ce Plan de 1947 succ&#232;de &#224; deux autres, eux aussi commandit&#233;s par le m&#234;me gouvernement provisoire, l'un con&#231;u en plusieurs mois de discussion, &#224; Londres en 1942-43 (&#171; Plan Cathala &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph Cathala (1892-1969), chimiste universitaire toulousain, puis &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), le suivant &#224; Alger au premier semestre 1944 (&#171; Plan Durry &#187;), ces deux plans &#233;tant, eux aussi, malencontreusement &#171; &#233;vacu&#233;s &#187; par la plupart des historiens de la p&#233;dagogie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se reportera utilement &#224; un article de Jean-Fran&#231;ois Muracciole : La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce propos, nous d&#233;couvrons dans ce livre la proximit&#233; ancienne de Lucien Febvre avec Wallon : &#233;tudes dans la m&#234;me promotion &#224; l'&#201;cole nationale sup&#233;rieure, puis &#224; la Fondation Thiers, premier poste d'enseignant ensemble au m&#234;me lyc&#233;e (&#224; Bar-le-Duc en 1902) et de nombreux liens intellectuels ult&#233;rieurs. Ceci n'est pas rien, lorsqu'on sait l'importance de L. Febvre, comme historien (bien avant la &#171; nouvelle histoire &#187;), et comme cr&#233;ateur en 1929 &#8211; avec Marc Bloch &#8211; de la revue &#171; Les Annales, d'histoire &#233;conomique et sociale &#187;). Wallon et Febvre sont deux des grands penseurs qui ont profond&#233;ment fait &#233;voluer les sciences humaines et sociales au XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par ailleurs, Henri Wallon est historiquement li&#233; &#224; la R&#233;publique fran&#231;aise, puisque c'est son grand-p&#232;re (de m&#234;me nom et m&#234;me pr&#233;nom), qui avait fait adopter par l'Assembl&#233;e Nationale, en 1875, l'&#171; amendement Wallon &#187;, fondateur de la IIIe R&#233;publique (apr&#232;s une s&#233;culaire succession de monarchies et d'empires) et qu'en somme lui-m&#234;me reprend son flambeau en 1944, au moment o&#249; na&#238;t la IVe R&#233;publique. Enfin, Wallon et Febvre sont deux des grands penseurs qui ont profond&#233;ment fait &#233;voluer les sciences humaines et sociales au XXe si&#232;cle. Tout cela pour dire qu'en 1944, si &#8211; pour r&#233;former le syst&#232;me scolaire fran&#231;ais &#8211; De Gaulle se place dans la droite ligne de ses pr&#233;d&#233;cesseurs qui &#8211; depuis plus d'un si&#232;cle &#8211; confiaient g&#233;n&#233;ralement le pilotage de Commissions de r&#233;forme scolaire &#224; des savants, mais de pr&#233;f&#233;rence math&#233;maticiens, physiciens... (au moins depuis la &#171; Commission Laplace &#187; en 1817) ; De Gaulle, en 1944, apr&#232;s avoir choisi d'abord, parmi les Fran&#231;ais r&#233;fugi&#233;s &#224; Londres, Joseph Cathala, chimiste de haut niveau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; (...) Joseph Cathala fut appel&#233; par Ren&#233; Cassin, nomm&#233; par le g&#233;n&#233;ral de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pr&#233;f&#232;re des sp&#233;cialistes de sciences humaines, ce qui repr&#233;sente un tournant historique dans la politique scolaire fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons tout de m&#234;me que durant la derni&#232;re ann&#233;e d'occupation du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le grand-p&#232;re d'Henri Wallon a donn&#233; son nom &#224; la naissance de la IIIe R&#233;publique (&#171; amendement Wallon &#187;), lui-m&#234;me associe son nom &#224; la fondation de l'orientation scolaire qui, elle-m&#234;me d&#233;coule de ce que cr&#233;a la IIIe R&#233;publique &#224; ses d&#233;buts. A la remarquable analyse de R&#233;gis-Ouvrier Bonnaz, on pourrait juste ajouter deux &#233;l&#233;ments, pour compl&#233;ter son &#233;lucidation de cette gestation. Henri Wallon na&#238;t en 1879, moins d'une d&#233;cennie apr&#232;s la Commune de Paris et au moment pr&#233;cis o&#249; la R&#233;publique de Gr&#233;vy et Ferry institue son &#339;uvre scolaire. Souvenons-nous que si la Commune fut une r&#233;volution populaire (comme 1793, 1834 et les canuts lyonnais, juin 1848), elle fut la premi&#232;re &#224; avoir un &#171; gouvernement &#187; et celui-ci int&#233;grait aussi des anciens &#233;l&#232;ves des Grandes Ecoles (Centrale, Polytechnique...), comme Vaillant, Rossel, Protot, ce qui provoqua la rage des milieux jusque-l&#224; dirigeants. Les Communards furent violemment r&#233;prim&#233;s, et aussit&#244;t, les Grandes Ecoles furent r&#233;form&#233;es, de nouvelles furent cr&#233;&#233;es (1872 : une Ecole priv&#233;e de Science Po, puis HEC (1881), puis des Universit&#233;s catholiques furent autoris&#233;es (1875). D&#232;s 1879, ann&#233;e de la naissance de Wallon, Jules Ferry est &#233;lu pr&#233;sident et (gr&#226;ce au grand-p&#232;re de Wallon), la R&#233;publique est enfin institu&#233;e. Bient&#244;t se succ&#232;dent les grandes r&#233;formes scolaires (1881-86) : l'enseignement primaire est syst&#233;matis&#233;, un &#171; Enseignement primaire sup&#233;rieur &#187; est institu&#233; et d&#233;velopp&#233;, qui sera un premier embryon du futur coll&#232;ge (cf. le livre de Jean-Pierre Briand et Jean-Michel Chapoulie : &lt;i&gt;Les coll&#232;ges du peuple&lt;/i&gt; (PUR, 2011, 535 p.). Jusque-l&#224;, en France, il n'existait pour l'immense majorit&#233; des enfants qu'un (&#233;ventuel) enseignement &#233;l&#233;mentaire, donc la question d'une &#171; orientation scolaire ne se posait pas. D&#232;s lors l'enseignement &#171; &#233;l&#233;mentaire &#187;, peut devenir &#171; primaire &#187;, puisqu'une poursuite d'&#233;tude est envisageable pour des enfants de milieux populaires. En 1891, d&#233;bute un enseignement &#171; moderne &#187; et une d&#233;cennie apr&#232;s, en 1902, la r&#233;forme du secondaire place les sections &#171; modernes &#187; sur le m&#234;me plan que les sections &#171; classiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, ce premier &#226;ge de la IIIe R&#233;publique (disons, de 1879 &#224; 1900), qui est aussi celui de la jeunesse d'Henri Wallon, est celui o&#249; les facult&#233;s sont revitalis&#233;es, o&#249; la dynamique scientifique est remarquable, en France et dans le monde : les sp&#233;cialit&#233;s se reconstruisent, se subdivisent, les d&#233;bats sont riches sur le contenu et sur les fronti&#232;res entre sp&#233;cialit&#233;s, notamment entre neurologie et psychologie. En 1896, les universit&#233;s (supprim&#233;es depuis 1793) sont recr&#233;es (au nombre de 16). R&#233;publique, modernisation du Secondaire, Orientation, Psychologie : outre son milieu familial, Henri Wallon se forme (dans tous les sens du terme) en un moment historique exceptionnel, o&#249; la question d'une &#171; orientation scolaire &#187; (qui n'avait gu&#232;re de sens auparavant, tant que le &#171; syst&#232;me scolaire &#187; ne concernait qu'une infime minorit&#233; et que les enfants du peuple n'avait au mieux acc&#232;s qu'&#224; un enseignement &#233;l&#233;mentaire, sans poursuite d'&#233;tudes) commence &#224; se poser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir au livre, quels sont les textes de Wallon que s&#233;lectionne R. Ouvrier-Bonnaz ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une critique de Fr&#233;d&#233;ric Taylor en 1913, &#224; l'&#233;poque de sa visite en France, et aussi d'une retentissante gr&#232;ve Renault contre le chronom&#233;trage, gr&#232;ve o&#249; la CGT (anarcho-syndicaliste) condamne &#233;nergiquement cette &#171; organisation monstrueuse &#187; qui &#171; transforme l'homme en automate &#187;, non sans illusions sur le taylorisme (si G. Yvetot, secr&#233;taire de la f&#233;d&#233;ration des Bourses du travail, condamne Louis Renault c'est en pr&#233;cisant que &#171; L'ennemi, ce n'est pas le syst&#232;me Taylor, c'est le patron qui vous a faussement appliqu&#233; ce syst&#232;me &#187; (17 f&#233;vrier 1913). Pour sa part, Wallon fait alors une critique radicale du syst&#232;me Taylor, qu'il qualifie de &#171; farce am&#233;ricaine en images d'&#201;pinal &#187;, et dont (dit-il, d'apr&#232;s Taylor) la finalit&#233; est de &#171; cr&#233;er la race des hommes-gorilles &#187;, avant de conclure que &#171; Contre l'&#201;tat coupable de ces complicit&#233;s, la civilisation n'a d'autre soutien que le syndicalisme tant honni. &#187; (p. 144).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un premier texte de 1932, communiqu&#233; au Congr&#232;s international de la Ligue pour l'&#201;ducation Nouvelle (Nice) et un autre de la m&#234;me ann&#233;e sur &#171; Culture g&#233;n&#233;rale et orientation professionnelle &#187;, texte dont on tire rarement toute la vigueur, par exemple lorsque Wallon, apr&#232;s avoir &#233;nonc&#233; une formulation classique : &#171; Ma t&#226;che aujourd'hui est d'&#233;tudier ce qui est reconnu comme divisant les hommes entre eux, c'est-&#224;-dire la profession, l'orientation professionnelle &#187;, ajoute peu apr&#232;s que &#171; dans un avenir &#233;loign&#233;, peut-&#234;tre m&#234;me rapproch&#233;, lorsque le travail et les travailleurs seront devenus souverains, pourra devenir le point de d&#233;part d'une culture qui unirait tous les hommes et toutes les nations de la fa&#231;on la plus profonde et la plus solide. &#187; (p. 158).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Trois textes de 1947 sur &#171; L'&#233;tude du caract&#232;re &#187;, &#171; &#201;ducation des masses et technique &#187;, enfin sur &#171; L'avenir de l'enfant et les activit&#233;s productives de l'homme &#187; (titre qui r&#233;sumerait bien, en somme, la dynamique de la pens&#233;e wallonienne en mati&#232;re d'orientation). Trois textes parus au moment o&#249; la IVe R&#233;publique, r&#233;cemment mise en place, r&#233;forme, mais va bient&#244;t &#171; virer &#224; droite &#187;, dans les orni&#232;res de la Guerre Froide, et o&#249; d&#233;bute une puissante industrialisation fran&#231;aise (ce qu'on nommera plus tard &#171; les Trente Glorieuses &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, le contenu d'une causerie radio de 1955 (au nom de l'Union rationaliste), sur &#171; Les loisirs, les jeux, la culture. &#187;), ceci juste au moment o&#249; le gouvernement Edgar Faure initie des r&#233;formes scolaires (projet Berthoin) qui pr&#233;figurent pour une bonne part l'ensemble des r&#233;formes scolaires de la Ve R&#233;publique, apr&#232;s 1959.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me permettra ici une parenth&#232;se : en France, on a trop souvent tendance &#224; r&#233;duire la question de la p&#233;dagogie &#224; l'&#233;cole primaire et au coll&#232;ge, et encore : &#224; ce qui est &#171; g&#233;n&#233;ral &#187; dans leur enseignement, et &#8211; du coup &#8211; &#224; ne consid&#233;rer l'apport des innovateurs qu'en ces deux domaines. Or l'apport de l'ensemble de l'&#339;uvre d'Henri Wallon, tout particuli&#232;rement sur l'orientation et celui des trois principaux plans p&#233;dagogiques de la France Libre, concerne l'ensemble du syst&#232;me scolaire, Professionnel et Technique inclus, y compris le Sup&#233;rieur : on le sait fort bien au Conservatoire National des Arts et M&#233;tiers (CNAM) o&#249; exerce R&#233;gis Ouvrier-Bonnaz. Travaillant sur l'histoire la technologie en France et sur celle des Universit&#233;s de Technologie cr&#233;&#233;es entre 1972 et 1992 (Compi&#232;gne, Belfort-Montb&#233;liard et Troyes)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lamard Pierre et Lequin Yves-Claude.- La technologie entre &#224; l'universit&#233;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Pierre Lamard et moi-m&#234;me avons d&#233;couvert, encore ailleurs, des acteurs p&#233;dagogiques (des ann&#233;es 1950- 1960), familiers des r&#233;flexions et propositions p&#233;dagogiques des ann&#233;es 1943-1947 &#8211; connus ou non &#8211;, des commissions, des rapports... qui &#8211; explicitement ou non &#8211; se r&#233;f&#232;rent aux r&#233;flexions et projets scolaires des ann&#233;es 1943-1947 : c'est le cas bien s&#251;r des deux &#171; colloques de Caen &#187; de 1956 et 1966, c'est aussi le cas avec et autour d'Edgar Faure (dont la contribution nationale &#224; la politique scolaire et universitaire fut importante, depuis le gouvernement provisoire, &#224; Alger en 1943-44 jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1970 ; avec Jean Capelle, qui n'a pas seulement particip&#233; &#224; la conception de la 2 CV Citro&#235;n (avant 1948), mais aussi dirig&#233; le premier INSA ( Lyon, en 1957), et particip&#233; &#224; la cr&#233;ation des coll&#232;ges (1963) ; avec Guy Deni&#233;lou (officier de marine et atomiste) au parcours encore plus atypique), qui sera le premier directeur de l'universit&#233; de technologie &#224; Compi&#232;gne, en 1972. Et d'autres encore, plus ou moins connus. C'est dire que, si l'on veut bien &#233;largir la focale (au-del&#224; du seul enseignement &#233;l&#233;mentaire), on pourrait bien d&#233;couvrir &#224; Louis Wallon, une descendance beaucoup plus &#233;tendue que celle habituellement &#233;voqu&#233;e...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joseph Cathala (1892-1969), chimiste universitaire toulousain, puis &#224; Qu&#233;bec (1930), puis &#224; l'universit&#233; de Toulouse, exil&#233; &#224; Londres en 1940, appel&#233; par Ren&#233; Cassin, le 2 d&#233;cembre 1941, &#224; pr&#233;sider une Commission, qui se r&#233;unit chaque semaine au Carlton's Garden &#224; Londres, durant un an (&#233;t&#233; 1942-&#233;t&#233;1943) , et qui remettra &#224; De Gaulle, un rapport sur &#171; Les questions intellectuelles et d'enseignement. &#187;, assez sensible au syst&#232;me d'enseignement britannique. Il sera plus tard membre du Coll&#232;ge de France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se reportera utilement &#224; un article de Jean-Fran&#231;ois Muracciole : La R&#233;sistance, l'&#233;ducation et la culture, in Vingti&#232;me si&#232;cle, revue d'histoire, N&#176; 58, avril-juin 1998, pp. 100-110 (article accessible en ligne, r&#233;sumant sa th&#232;se).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; (...) Joseph Cathala fut appel&#233; par Ren&#233; Cassin, nomm&#233; par le g&#233;n&#233;ral de Gaulle commissaire national &#224; la Justice et &#224; l'Instruction publique de la France Libre en vertu d'un d&#233;cret du 2 d&#233;cembre 1941, &#224; pr&#233;sider les travaux de la sous-commission des questions intellectuelles et d'enseignement. Celle-ci se r&#233;unit au 4 Carlton's Garden &#224; Londres, du 8 juillet 1942 au 27 juillet 1943, &#224; raison d'une r&#233;union tous les quinze jours. Elle inaugura une cha&#238;ne de commissions fran&#231;aises de r&#233;forme &#233;ducative dont les maillons suivants furent constitu&#233;s par la commission dite d'Alger pr&#233;sid&#233;e par Marcel Durry en 1944, puis par la commission Langevin-Wallon de 1944 &#224; 1947 (...) &#187; (Extrait de la biographie de J. Cathala, dans le Dictionnaire Maitron).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons tout de m&#234;me que durant la derni&#232;re ann&#233;e d'occupation du territoire fran&#231;ais, la France &#171; libre &#187;, produit six plans de r&#233;forme scolaire, le premier &#233;tant pilot&#233; par un chimiste (Cathala), les suivants, provenant plut&#244;t de &#171; litt&#233;raires &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
a)	France Libre (De Gaulle, Londres) : rapport Cathala Joseph (28 avril 1943)&lt;br class='autobr' /&gt;
b)	OCM (Organisation civile et militaire) : Marc Bloch (ao&#251;t 1943)&lt;br class='autobr' /&gt;
c)	PCF : Georges Cogniot (automne 1943)&lt;br class='autobr' /&gt;
d)	Manifeste de l'Universit&#233; nouvelle : Joanny Berlioz et Roger Garaudy (Alger, printemps 1944)&lt;br class='autobr' /&gt;
e)	Conseil National de la R&#233;sistance : Programme (15 mars 1944)&lt;br class='autobr' /&gt;
France Libre ; De Gaulle, Alger : (2 ao&#251;t 1944) = rapport Durry-Capitant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lamard Pierre et Lequin Yves-Claude.- La technologie entre &#224; l'universit&#233;. Belfort : UTBM.. 2005.- 387 p. (notamment pp.50-92), ainsi que dans plusieurs communications ult&#233;rieures &#224; des colloques portant sur la cr&#233;ation des INSA, IUT, ENI...).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les trois voies du lyc&#233;e : contribution d'Yves Baunay</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article264</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article264</guid>
		<dc:date>2017-11-20T19:09:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yves Baunay</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Yves Baunay, ancien dirigeant syndical, participe &#224; la discussion collective engag&#233;e au GRDS sur la question des trois voies du lyc&#233;e (qui a donn&#233; lieu &#224; un dossier pr&#233;sent&#233; par Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec). On lira ci-dessous sa propre contribution au d&#233;bat.] &lt;br class='autobr' /&gt;
Exp&#233;riences professionnelles et syndicales &lt;br class='autobr' /&gt;
Ma contribution part d'abord de mon exp&#233;rience professionnelle. Ancien &#233;l&#232;ve de l'ENSET de Cachan (1961-1963), enseignant certifi&#233; d'&#233;conomie et gestion en lyc&#233;e technique ; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L103xH150/arton264-f2477.png?1790692894' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[Yves Baunay, ancien dirigeant syndical, participe &#224; la discussion collective engag&#233;e au GRDS sur la question des trois voies du lyc&#233;e (qui a donn&#233; lieu &#224; un dossier pr&#233;sent&#233; par &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec&lt;/a&gt;). On lira ci-dessous sa propre contribution au d&#233;bat.]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Exp&#233;riences professionnelles et syndicales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma contribution part d'abord de mon exp&#233;rience professionnelle. Ancien &#233;l&#232;ve de l'ENSET de Cachan (1961-1963), enseignant certifi&#233; d'&#233;conomie et gestion en lyc&#233;e technique ; dans les sections pr&#233;parant au bac de technicien G (aujourd'hui bac technologique STMG) ; dans les BTS du secteur tertiaire (commerce international, comptabilit&#233;-gestion) ; dans les sections B du bac g&#233;n&#233;ral (dans les ann&#233;es 60 et 90 o&#249; n'existe pas encore le CAPES SES). J'ai fini ma carri&#232;re comme agr&#233;g&#233; d'&#233;conomie et gestion, par la promotion interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience professionnelle s'est enrichie d'une exp&#233;rience syndicale dans le SNES affili&#233; &#224; la FEN puis &#224; la FSU : fusion du SNES classique et moderne et du SNET technique (en 65-66), nouvelle direction Unit&#233; et Action majoritaire dans le SNES (en 67-68) o&#249; j'ai assum&#233; diverses responsabilit&#233;s : S1 en lyc&#233;e technique en 67-68, S2 adjoint &#224; Paris, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du S3 de Cr&#233;teil &#224; partir de sa cr&#233;ation en 1973, membre du bureau national et du secr&#233;tariat national dans le S4 o&#249; j'avais la responsabilit&#233; du secteur des enseignements techniques et technologiques, et dans la formation professionnelle initiale et continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, j'ai suivi pour le syndicat l'impact des lois de 1970 sur la formation continue des salari&#233;s, l'enseignement technologique et l'apprentissage. Dans les ann&#233;es 80 et 90, j'ai particip&#233; &#224; l'organisation de nombreux colloques, notamment le colloque &#171; Pour la promotion des enseignements techniques longs et post-bac &#187; les 15 et 16 juin 1990 &#224; l'ENS de Cachan ; et &#233;labor&#233; les actes de ce colloque &#171; La voie technicienne de formation &#187; (SNES-Adapt, 1990).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai repr&#233;sent&#233; le SNES au Comit&#233; Syndical Europ&#233;en de l'Education (CSEE) et &#224; l'IE (Internationale de l'&#201;ducation). J'y ai d&#233;fendu une conception tr&#232;s ambitieuse d'une &#233;ducation technique et professionnelle int&#233;gr&#233;e dans un service public d'&#233;ducation, en contradiction avec le mod&#232;le europ&#233;en de l'&#233;ducation et de la formation professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je repr&#233;sentais le SNES et la FSU dans les institutions comp&#233;tentes pour la fabrication des contenus et des disciplines des formations techniques et professionnelles : les CPC (Commissions professionnelles consultatives) pr&#233;sid&#233;es alternativement par un employeur et un salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ma retraite en 2001, j'ai poursuivi mon activit&#233; syndicale au sein de l'Institut de recherche de la FSU. J'ai coordonn&#233; dans ce cadre en 2001 l'organisation d'un colloque international &#171; Une mission nouvelle pour le service public : l'&#233;ducation tout au long de la vie, pour la qualification et pour sa validation. J'ai coordonn&#233; les actes du colloque de 2001 sur la formation continue des adultes et le r&#244;le du service public d'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai contribu&#233; &#224; la cr&#233;ation et &#224; l'animation du chantier travail &#224; partir de 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai aussi organis&#233; un colloque &#171; Une culture technique pour tous &#187; en 2003.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout r&#233;cemment au cours de l'ann&#233;e 2017, j'ai contribu&#233; &#224; l'organisation de deux colloques importants qui ont beaucoup compt&#233; dans l'&#233;volution de ma r&#233;flexion :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	&#171; Le travail en d&#233;bat &#187;, les 1er et 2 f&#233;vrier 2017. S&#233;minaire pour les dix ans du chantier travail organis&#233; par l'Institut de recherche de la FSU ; th&#232;me g&#233;n&#233;ral des d&#233;bats : &#171; le syndicalisme aux prises avec la transformation du travail &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	&#171; Penser et r&#233;aliser la transformation du travail : l'apport de la d&#233;marche ergologique et de l'&#339;uvre d'Yves Schwartz &#187; les 12, 13 et 14 octobre 2017 ; un colloque international ayant rassembl&#233; plus de 200 personnes au CNAM puis &#224; la Bourse du travail de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette contribution a &#233;t&#233; surtout suscit&#233;e par ma participation aux d&#233;bats d'un autre chantier ouvert par le GRDS (groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire). Le GRDS propose de &#171; munir tous les &#233;l&#232;ves, &#224; dix-sept ans, d'un bagage de culture commune leur ouvrant toutes les orientations ult&#233;rieures possibles et d&#233;bouchant sur &#171; un baccalaur&#233;at de culture commune &#187;. Dans cette perspective il a ouvert un s&#233;minaire intitul&#233; &#171; disciplines d'enseignement scolaire &#187;. Il s'agit de mettre en d&#233;bat les contenus de cette culture commune et de questionner &#171; les grands domaines des savoirs scolarisables et notamment &#171; la technologie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de ce d&#233;bat, l'id&#233;e a &#233;merg&#233; de programmer un dossier sur l'historique des trois voies du lyc&#233;e : la voie g&#233;n&#233;rale, la voie technologique et la voie professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec ont r&#233;dig&#233; de leur c&#244;t&#233; un article : &#171; Les trois voies du lyc&#233;e : rep&#232;res socio-historiques &#187;, plut&#244;t centr&#233; sur l'enseignement professionnel. Dans cet article, ils critiquent l'id&#233;e d&#233;velopp&#233;e au colloque de Cachan selon laquelle la voie technologique et surtout la voie professionnelle ont constitu&#233; &#171; un formidable levier de d&#233;mocratisation &#187; de l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation et &#224; la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rappelle ces exp&#233;riences personnelles dans un cadre professionnel, syndical, associatif et politique, pour faire comprendre comment je me suis construit un point de vue sur le sujet des enseignements techniques et professionnels. C'est celui qui nous anime aujourd'hui et qui r&#233;v&#232;le des enjeux strat&#233;giques de politiques &#233;ducatives, des enjeux syndicaux, des enjeux culturels et sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exp&#233;riences ne constituent pas un gage d'objectivit&#233; de mes propos. Elles font comprendre peut-&#234;tre comment j'ai &#233;t&#233; amen&#233;, au sein de diff&#233;rents collectifs de r&#233;flexion &#224; me confronter &#224; des situations r&#233;elles v&#233;cues comme professionnel ou responsable syndical. Cela a contribu&#233; &#224; nourrir ma propre activit&#233; professionnelle et syndicale, avec ses d&#233;bats de normes et de valeurs inh&#233;rents &#224; toute activit&#233; humaine. J'ai &#233;t&#233; plong&#233; dans des processus de renormalisation des normes ant&#233;c&#233;dentes, les miennes et celles &#233;tablies dans les diff&#233;rents milieux et situations auxquels je me suis confront&#233;. Dans ces processus de retravail des normes, notamment syndicales, des savoirs, des concepts ont &#233;merg&#233;, qui ont nourri l'&#233;volution de ma r&#233;flexion, comme celle de l'organisation syndicale. Cela me permet aujourd'hui de r&#233;fl&#233;chir &#224; la fa&#231;on dont chacun se construit sa propre r&#233;flexion, &#233;labore ses points de vue, produit ses propres savoirs. Cela m'am&#232;ne &#224; la question de la production des savoirs dans nos soci&#233;t&#233;s : savoirs th&#233;oriques et savoirs d'exp&#233;rience, quelle articulation entre les deux ? De ce point de vue, l'ergologie aide &#224; penser cette question du mode de production des savoirs. Une question que les chercheurs, notamment dans les sciences sociales o&#249; l'objet d'&#233;tude est finalement l'activit&#233; humaine, devraient davantage r&#233;fl&#233;chir qu'ils ne le font aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon travail de repr&#233;sentation des professionnels de l'enseignement technique et professionnel, comme dans mon travail de repr&#233;sentation de mon organisation syndicale, je me suis efforc&#233; de combiner deux sources de savoirs : les savoirs conceptualis&#233;s soit par la recherche, soit dans les milieux syndicaux, patronaux, politiques... et les savoirs d'exp&#233;riences &#233;mergeant des activit&#233;s des professionnels en situation r&#233;elle de travail, sur le terrain de l'&#233;ducation. J'ai aussi particip&#233; aux processus de conceptualisation des savoirs de terrain &#233;labor&#233;s dans le cadre de l'organisation syndicale. Une partie importante de mon activit&#233; consistait &#224; aller &#233;couter sur le terrain, dans les lyc&#233;es techniques en particulier, ce que vivaient les professionnels et les syndicalistes, au sein des &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;tape actuelle de notre d&#233;bat au sein du GRDS, j'&#233;prouve le besoin de r&#233;agir &#224; l'article de Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les enjeux de l'enseignement technique et de la formation professionnelle (perspective historique)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La scolarisation de la formation professionnelle et de l'enseignement technique s'est construite par morceaux successifs avant de faire syst&#232;me, &#224; la fin du 20&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace scolaire et universitaire a longtemps consid&#233;r&#233; la transmission des savoirs emprunt&#233;s aux m&#233;tiers, aux techniques et au travail humain comme une mati&#232;re &#233;trang&#232;re. C'est le r&#233;sultat de la faible consid&#233;ration du travail et du faible prestige des activit&#233;s de production mat&#233;rielle dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'av&#232;nement de la r&#233;volution industrielle, la formation professionnelle est assur&#233;e par les corporations, dans un cadre tr&#232;s malthusien : l'apprentissage est souvent co&#251;teux (il faut payer le ma&#238;tre), long (4 &#224; 5 ans, jusqu'&#224; 10 ans), dur et parfois cruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution, en mettant fin au syst&#232;me des corporations et de protection des m&#233;tiers va porter un coup &#224; l'apprentissage et au &#171; travail r&#233;gl&#233; &#187; qui leur &#233;taient li&#233;s. Elle ouvre la voie &#224; la division des t&#226;ches et &#224; la d&#233;qualification du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du 19&#232;me si&#232;cle, pour les r&#233;publicains install&#233;s au pouvoir en 1879, la formation professionnelle est li&#233;e au progr&#232;s industriel, &#224; la puissance &#233;conomique et militaire du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la formation professionnelle va opposer :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Les tenants de l'id&#233;e &#171; professionnaliste &#187; qui met l'accent sur l'adaptation &#224; la demande locale, la formation sur le tas sous contr&#244;le des entreprises et le tout pris en charge par les entreprises.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Les promoteurs de la &#171; scolarisation des apprentissages &#187; sous contr&#244;le de l'Etat, avec imbrication de la th&#233;orie et de la pratique dans la d&#233;marche p&#233;dagogique, l'unification des dipl&#244;mes..., la promotion d'une culture technique et professionnelle &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une direction de l'enseignement technique est install&#233;e en 1892 sous la tutelle du minist&#232;re du commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle passe en 1920 sous la tutelle du minist&#232;re de l'instruction publique, tout en demeurant une institution autonome, dot&#233;e d'un pouvoir politique important.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois types d'enseignements techniques professionnels vont se constituer et s'organiser avant d'&#234;tre int&#233;gr&#233;s au syst&#232;me &#233;ducatif dans son ensemble : l'apprentissage, l'enseignement professionnel, l'enseignement technique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun sera constitu&#233; avec des formes sp&#233;cifiques d'&#233;tablissements, de contenus enseign&#233;s, de p&#233;dagogie, de dipl&#244;mes, d'institutions de formations d'enseignants, de statut pour les personnels...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'apprentissage entre d&#233;clin et r&#233;surrection&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1911 : un premier dipl&#244;me le CCP (certificat de capacit&#233; professionnelle) devenu CAP (certificat d'aptitude professionnelle) en 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1919 : la loi Astier instaure les cours professionnels de perfectionnement gratuits pour tous les employ&#233;s du commerce et de l'industrie de moins de 18 ans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1925 : la taxe d'apprentissage est institu&#233;e pour les entreprises qui ne forment pas d'apprentis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1928 : l'apprentissage est d&#233;fini comme &#171; une formation professionnelle m&#233;thodique et compl&#232;te &#187; ; la signature d'un contrat d'apprentissage devient obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1939, on d&#233;nombre seulement 184.135 apprentis inscrits aux cours Astier, soit 12 % des jeunes de moins de 18 ans salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1959, le nombre d'apprentis (307.000) est sup&#233;rieur &#224; celui des &#233;l&#232;ves de CET (coll&#232;ges d'enseignement technique, 293.000)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1971, qui fait suite au prolongement de la scolarit&#233; obligatoire jusqu'&#224; 16 ans d&#233;finit l'apprentissage comme mode de formation initiale &#224; part enti&#232;re, &#171; une forme d'&#233;ducation assur&#233;e pour partie dans une entreprise, pour partie dans un centre de formation (CFA), conduisant &#224; un dipl&#244;me de l'enseignement technologique. Un service d'inspection de l'apprentissage est institu&#233;e au sein du minist&#232;re de l'&#233;ducation. La taxe d'apprentissage est port&#233;e &#224; 0,5 % de la masse salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de d&#233;centralisation de 1983 donne comp&#233;tence aux r&#233;gions pour la formation professionnelle et l'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi Seguin du 19 juin 1987 &#233;largit le spectre des dipl&#244;mes qu'on peut proposer par l'apprentissage du CAP au BEP, au bac professionnel, au BTS et au DUT. En 1992, le dipl&#244;me d'ing&#233;nieur est ajout&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1993 simplifie la r&#233;glementation du contrat d'apprentissage et ajoute des moyens financiers. Les &#233;tablissements publics peuvent ouvrir des formations par l'apprentissage.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1981 on compte 228.000 apprentis, 230.000 en 1990, 366.000 en 2000, 406.000 en 2014 dont seulement 162.000 au niveau V.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se diversifiant, l'apprentissage se hi&#233;rarchise socialement. Il &#233;volue vers une certaine scolarisation d&#233;r&#233;gul&#233;e et peine &#224; trouver &#171; l'improbable &#233;quilibre formation/production &#187;. Il participe de plus en plus activement au creusement des in&#233;galit&#233;s sociales et de genre au profit des gar&#231;ons blancs des classes sociales sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de la mont&#233;e du ch&#244;mage massif des jeunes &#224; la fin des ann&#233;es 70, les objectifs gouvernementaux visent &#224; &#171; diminuer assez fortement le ch&#244;mage des jeunes sans pour autant assurer &#224; ceux-ci un emploi &#187; selon une note d'&#233;tude anonyme rapport&#233;e par Guy Brucy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La formation professionnelle initiale &#224; temps plein sous statut scolaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement professionnel &#224; temps plein s'est d&#233;velopp&#233; parall&#232;lement &#224; l'apprentissage. L'Etat a pris progressivement en charge le financement, les contenus de formation, les dipl&#244;mes, l'organisation m&#234;me de la formation, le recrutement, la gestion et la formation des personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille de la deuxi&#232;me guerre mondiale 70 % des jeunes Fran&#231;ais passaient directement de l'&#233;cole primaire au march&#233; du travail sans formation professionnelle ni contrat d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est apr&#232;s la seconde guerre mondiale, en prenant appui sur les &#171; centres de formation professionnelle cr&#233;&#233;s par le r&#233;gime de Vichy, que l'Etat prend en charge &#171; la scolarisation massive &#224; plein temps de la formation professionnelle des ouvriers et des employ&#233;s &#187;. Dans le contexte de la reconstruction du pays, cela fait consensus. Les centres de formation professionnelle sont d&#233;velopp&#233;s sous forme de &#171; centres d'apprentissage &#187;, en fait des &#233;coles de formation professionnelle &#224; plein temps. Ces centres seront transform&#233;s en coll&#232;ges d'enseignement technique (CET) en 1959 puis en lyc&#233;es d'enseignement professionnel (LEP), enfin en lyc&#233;es professionnels (LP).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ENNA (&#233;coles normales nationales d'apprentissage) sont cr&#233;&#233;es en 1946 pour former les enseignants n&#233;cessaires. La formation est inspir&#233;e par l'&#233;ducation populaire. Des pratiques p&#233;dagogiques originales sont mises au point en tenant compte &#224; la fois des contenus enseign&#233;s en lien avec le travail r&#233;el et des publics accueillis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;gr&#233;e au syst&#232;me &#233;ducatif, cette voie sp&#233;cifique de r&#233;ussite alternative permet aux jeunes d'origine populaire d'acqu&#233;rir une culture professionnelle compl&#232;te, une culture ouvri&#232;re, sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des parcours promotionnels sont progressivement construits avec le BEP, des passerelles vers la voie technologique, le bac professionnel en 1985, avec des d&#233;bouch&#233;s vers les BTS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conception originale de l'alternance avec les PFMP (p&#233;riodes de formation en milieu professionnel) est mise en place avec les bacs professionnels en 1985. L'entreprise, les lieux de travail, le travail lui-m&#234;me sont con&#231;us comme des objets complexes, l&#233;gitimes d'enseignement avec leurs dimensions humaines, sociales, &#233;conomiques, techniques, environnementales et &#233;thiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir des ann&#233;es 70, &#224; l'initiative des inspecteurs g&#233;n&#233;raux (Alain Bruy&#232;re, Lucien Geminard) en lien avec le directeur du CEREQ cr&#233;&#233; en mars 1970, un d&#233;bat crucial est engag&#233;. Les lois de 71 sur la formation continue des adultes, l'apprentissage et l'enseignement technique sont &#233;labor&#233;es apr&#232;s un accord historique entre le CNPF et les conf&#233;d&#233;rations syndicales (&#224; l'exclusion de la FEN). Les travaux d'analyse du travail r&#233;el sont impuls&#233;s dans le cadre du CNAM par le laboratoire d'Alain Wisner, fondateur de l'ergonomie de langue fran&#231;aise. Pour les forces progressistes, il s'agit d'apporter des r&#233;ponses concr&#232;tes aux probl&#232;mes pos&#233;s par la construction au sein du service public d'un syst&#232;me de formation professionnelle confront&#233; &#224; une double n&#233;cessit&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Conduire les futurs ouvriers et employ&#233;s jusqu'au terme d'une formation dipl&#244;mante, reconnue par les grilles de classification et les conventions collectives n&#233;goci&#233;es. Les d&#233;bats sur les dipl&#244;mes et leurs contenus sont men&#233;s au sein des CPC (conventions professionnelles consultatives) r&#233;unissant organisations syndicales, organisations patronales et &#233;ducation nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Prendre en consid&#233;ration les transformations du travail r&#233;el, du contenu des activit&#233;s productives et de leur organisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Le d&#233;bat est d'abord men&#233; dans une perspective &#171; ad&#233;quationniste &#187; qui s'av&#232;re tr&#232;s vite d&#233;pass&#233;e. La notion de &#171; m&#233;tier &#187; et l'hypoth&#232;se d'une fili&#232;re lin&#233;aire entre formation et premier emploi est consid&#233;r&#233;e &#224; la suite des travaux du CEREQ comme non op&#233;ratoire ; on rep&#232;re &#171; des groupes d'individus entre lesquels les &#233;changes d'informations ont une intensit&#233; particuli&#232;rement grande &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche par &#171; comp&#233;tences, aptitudes, attitudes, connaissances &#187; mises en jeu dans les activit&#233;s productives renvoie &#224; la repr&#233;sentation qu'on se fait du travail r&#233;el comme activit&#233; humaine. Pour &#233;laborer des contenus de formation de plus en plus exigeants compte-tenu des &#233;volutions du travail, on utilise les outils et les m&#233;thodes &#233;labor&#233;es dans le monde de la formation des adultes, qui s'av&#232;rent plus pertinents : contr&#244;le continu des connaissances, unit&#233;s capitalisables. Bertrand Schwartz con&#231;oit la formation en termes de capacit&#233;s &#224; acqu&#233;rir pour l'action (action sur soi, action sociale, technologique ou &#233;conomique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution du rapport de forces va conduire &#224; imposer &#171; la logique de comp&#233;tences &#187; con&#231;ue par le MEDEF avec un certain nombre de chercheurs, de repr&#233;sentants du monde du travail et du monde de l'&#233;ducation. C'est finalement une repr&#233;sentation appauvrie du travail qui va l'emporter, l'effacement de la dimension culturelle et citoyenne des savoirs valid&#233;s par les dipl&#244;mes. Le d&#233;ni du travail r&#233;el dans la conception des contenus de formation s'accompagne du d&#233;ni de reconnaissance des dipl&#244;mes, des qualifications et des comp&#233;tences qu'ils valident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat semble aussi s'&#234;tre appauvri entre les tenants d'une subordination &#233;troite des formations aux contraintes de la production, et les tenants d'une logique purement scolaire, privil&#233;giant les savoirs formels au d&#233;triment de la dimension professionnelle et de la reconnaissance des dimensions anthropologiques, &#233;pist&#233;mologiques et axiologiques du travail r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement syndical des salari&#233;s comme des enseignants, plus pr&#233;occup&#233; par les probl&#232;mes d'emplois et de pr&#233;carit&#233; que par les probl&#233;matiques du travail r&#233;el, ne s'est pas montr&#233; &#224; la hauteur des enjeux politiques qui &#233;taient en d&#233;bat. Il continue &#224; le payer cher aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2014-2015, parmi les 828.300 &#233;l&#232;ves inscrits en troisi&#232;me l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, 5 % sont all&#233;s en apprentissage, 4 % sont rest&#233;s en premier cycle, 23 % sont all&#233;s en lyc&#233;e professionnel pour pr&#233;parer un bac professionnel, 61 % sont all&#233;s en seconde g&#233;n&#233;rale et technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taux d'acc&#232;s au niveau IV de formation (le bac) est de 85 % de la classe d'&#226;ge en 2015 dont 27 % dans la voie professionnelle des lyc&#233;es professionnels, 16 % dans la voie technologique, 4 % dans l'enseignement technique agricole, 4 % dans l'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce taux est pass&#233; de 34 % en 1980 &#224; 71 % en 1994 et 85 % en 2015. Il est de 88,7 % pour les filles contre 81,7 % pour les gar&#231;ons (- 7%). &lt;br class='autobr' /&gt;
L'acc&#232;s par la voie g&#233;n&#233;rale est de 47,9 % pour les filles et de 35,2 % pour les gar&#231;ons (moins 12,7%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La voie technologique et ses prolongements dans l'enseignement sup&#233;rieur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi, il faut remonter au 19&#232;me si&#232;cle. Les &#233;coles primaires sup&#233;rieures (EPS) institu&#233;es &#224; partir de 1829, inscrites dans la loi Guizot de 1833, s'int&#233;ressent &#224; &#171; l'&#233;tude des sciences et de leurs applications dans l'industrie &#187;. La branche professionnelle de ces &#233;coles est int&#233;gr&#233;e en 1880 aux &#171; &#233;coles manuelles d'apprentissage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long du 19&#232;me si&#232;cle, des municipalit&#233;s de villes industrielles cr&#233;ent des &#233;coles dispensant des enseignements techniques th&#233;oriques et pratiques (Diderot &#224; Paris, La Martini&#232;re &#224; Lyon, Livet &#224; Nantes... aujourd'hui lyc&#233;es technologiques). Des entreprises ou groupements industriels cr&#233;ent des &#233;coles charg&#233;es d'enseigner &#171; la pratique des arts utiles et l'application des connaissances scientifiques aux diff&#233;rents branches de l'industrie, de l'agriculture et du commerce &#187;. Parfois comme &#224; Mulhouse, de grands capitalistes sont conscients de la grande complexit&#233; des comp&#233;tences d&#233;velopp&#233;es dans le travail, en se basant sur des &#171; observations de fabrique qui renvoient &#224; des exp&#233;rimentations en atelier &#187; et aux &#171; confrontations de points de vue sur le travail et les techniques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre d'une r&#233;organisation de l'enseignement primaire sup&#233;rieur sont cr&#233;&#233;s en 1892 des EPCI (&#233;coles pratiques du commerce et de l'industrie) et en 1900 des ENP (&#233;coles nationales professionnelles) pour &#171; former des techniciens constituant le cadre interm&#233;diaire entre le personnel dirigeant et le personnel ouvrier &#187;. Dans les ann&#233;es 30, des dipl&#244;mes sp&#233;cifiques sont cr&#233;&#233;s : le BEI (brevet d'enseignement industriel), le BEC (brevet d'enseignement commercial), le BEH (brevet d'enseignement h&#244;telier). En 1939, 250 &#233;tablissements publics scolarisent 70.000 &#233;l&#232;ves dont 15.000 filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Lib&#233;ration sont cr&#233;&#233;s de nouveaux dipl&#244;mes : le BESC (brevet sup&#233;rieur d'&#233;tudes commerciales) le baccalaur&#233;at &#171; math&#233;matiques et techniques &#187; et &#171; techniques &#233;conomiques de gestion &#187;. Dans les ann&#233;es 1960, les baccalaur&#233;ats sont diversifi&#233;s avec les baccalaur&#233;ats de techniciens F et G cr&#233;&#233;s en 1965, transform&#233;s en baccalaur&#233;ats technologiques en 1985. Ces baccalaur&#233;ats, selon le langage de l'&#233;poque ont une double finalit&#233; : l'entr&#233;e dans la vie active (ils sont tr&#232;s appr&#233;ci&#233;s par les grandes entreprises) et la pr&#233;paration d'un dipl&#244;me de l'enseignement sup&#233;rieur BTS (brevet de technicien sup&#233;rieur en lyc&#233;e cr&#233;&#233; en 1959) ou DUT (dipl&#244;me universitaire de technologie (cr&#233;&#233; &#224; l'universit&#233; en 1965). Pour former les ma&#238;tres de l'enseignement technique, est cr&#233;&#233; en 1912 l'ENSET (&#233;cole normale sup&#233;rieure de l'enseignement technique) qui s'installe en 1956 &#224; Cachan. Dans les ann&#233;es 60 et 70 on cr&#233;e le CAPET puis des agr&#233;gations pour les disciplines technologiques des lyc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion : un syst&#232;me diversifi&#233; de voies hi&#233;rarchis&#233;es&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; partir des ann&#233;es 80, coexistent trois voies de formation dans les lyc&#233;es : g&#233;n&#233;rale, technologique et professionnelle, qui conduisent &#224; un baccalaur&#233;at et qui permettent des poursuites d'&#233;tudes dans le sup&#233;rieur. La scolarisation jusqu'&#224; 18 ans des filles et des gar&#231;ons passe de 60 % en 1986-1987 &#224; plus de 80 % en 1994-95. La scolarisation des adolescents de 15-19 ans est parmi la plus &#233;lev&#233;e des pays de l'OCDE en 1995. Elle redescend depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de fili&#232;res diversifi&#233;es, technologiques et/ou professionnelles dans le sup&#233;rieur va aussi &#234;tre tr&#232;s rapide. En 2014, 100 % des bacheliers g&#233;n&#233;raux s'inscrivent dans l'enseignement sup&#233;rieur, 79 % des bacheliers technologiques, 34 % des bacheliers professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces &#233;l&#233;ments concourent &#224; consid&#233;rer que la construction des trois voies d'enseignement dans les lyc&#233;es a constitu&#233; un facteur d'&#233;l&#233;vation du niveau de qualification des jeunes &#224; la sortie du syst&#232;me &#233;ducatif, un facteur de d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux cat&#233;gories socio-professionnelles sup&#233;rieures. Et cela en d&#233;pit des fortes in&#233;galit&#233;s qui subsistent : 32 % des enfants d'employ&#233;s et d'ouvriers sortent aujourd'hui du syst&#232;me scolaire dipl&#244;m&#233;s de l'enseignement sup&#233;rieur contre 60 % des enfants de cadres ou de professions interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les enjeux syndicaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin du 19&#232;me si&#232;cle est pos&#233;e la question du d&#233;veloppement d'enseignements dont les contenus sont centr&#233;s sur des savoirs th&#233;oriques et pratiques qui sont li&#233;s au monde du travail, des m&#233;tiers et des techniques. Les enjeux politiques qui accompagnaient ce d&#233;veloppement de nouveaux contenus d'enseignement ont &#233;t&#233; d&#233;battus entre des acteurs sociaux qui repr&#233;sentaient :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Les entreprises : employeurs (dans leur diversit&#233;) et syndicats de salari&#233;s (la CGT et autres conf&#233;d&#233;rations)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	L'Etat &#224; travers les municipalit&#233;s au d&#233;but, l'Etat central par la suite et les r&#233;gions plus r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait de r&#233;pondre &#224; des besoins de formation &#233;mergeant des activit&#233;s industrielles en pleine expansion et des autres activit&#233;s &#233;conomiques elles-m&#234;mes en pleine transformation (agriculture, commerce, sant&#233;...) Ces enjeux de soci&#233;t&#233; ont motiv&#233; la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'institutions de formation professionnelle et d'enseignement technique d'abord sp&#233;cifiques, puis int&#233;gr&#233;es progressivement au syst&#232;me global d'enseignement. &#192; chaque &#233;tape de leur d&#233;veloppement et de leur transformation, ces institutions ont du recruter et former des personnels qualifi&#233;s pour assurer le plus efficacement possible ces disciplines nouvelles d'enseignement en construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un syndicalisme rassembl&#233; au sein de la FEN&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un syndicalisme sp&#233;cifique s'est constitu&#233; sur la base de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de ces personnels et des valeurs et conceptions &#233;ducatives qu'ils portaient en lien avec leur activit&#233; d'enseignement aupr&#232;s de publics sp&#233;cifiques, porteurs d'objectifs et de motivations diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait dans un premier temps d'&#233;manciper ces enseignants et les contenus d'enseignement de la tutelle des municipalit&#233;s et des employeurs. L'int&#233;gration de ces enseignements au sein du syst&#232;me &#233;ducatif et du service public d'&#233;ducation et de formation professionnelle a contribu&#233; &#224; int&#233;grer le syndicalisme sp&#233;cifique dont ces enseignants &#233;taient porteurs au syndicalisme enseignant en g&#233;n&#233;ral (notamment au sein de la FEN autonome apr&#232;s 1948 puis de la FSU &#224; partir de 1993).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institution &#224; partir de 1946 des CNPC (commissions nationales professionnelles consultatives), structur&#233;es sur le mod&#232;le des grands secteurs d'activit&#233;s &#233;conomiques, a cr&#233;&#233; un lieu de confrontation/coop&#233;ration, entre les hauts fonctionnaires de la DET (direction de l'enseignement technique), les inspecteurs g&#233;n&#233;raux, les repr&#233;sentants des f&#233;d&#233;rations patronales, des f&#233;d&#233;rations de branches, des syndicats de salari&#233;s, et des organisations syndicales d'enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les personnels des enseignements techniques et de la formation professionnelle au sein des structures syndicales&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la deuxi&#232;me guerre mondiale, les personnels de l'enseignement sont regroup&#233;s au sein de la CGT r&#233;unifi&#233;e, dans une f&#233;d&#233;ration : la FGE (f&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale de l'enseignement) cr&#233;&#233;e en 1929, qui comprend notamment le SPES (le syndicat des professeurs de l'enseignement secondaire, anc&#234;tre du SNES) cr&#233;&#233; en 1937 et le SET (le syndicat de l'enseignement technique, anc&#234;tre du SNET).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1946, la FGE devient la FEN, v&#233;ritable f&#233;d&#233;ration d'industrie de la CGT. Au moment de la scission de la CGT en 1948, les personnels affili&#233;s &#224; la FEN d&#233;cident apr&#232;s consultation individuelle de rester dans l'autonomie, seule solution pour pr&#233;server l'unit&#233; syndicale. Un seul syndicat, celui qui regroupe les personnels des centres d'apprentissage (qui deviendront les CET puis les LP) fait le choix de rester &#224; la CGT. Il constituera le SNETP-CGT. Ce choix s'explique par le fait que les enseignants de ces &#233;tablissements sont d'anciens ouvriers ayant au moins cinq ans d'exp&#233;rience de travail et qui ont pass&#233; un concours. Ils consid&#232;rent que leur mission est d'abord de transmettre la culture ouvri&#232;re dans toutes ses dimensions : le travail, les savoirs d'exp&#233;riences comme les savoirs th&#233;oriques, les valeurs de solidarit&#233; et de transformation de la soci&#233;t&#233;. La FEN cr&#233;era un nouveau syndicat dans ces CA (centres d'apprentissage) : le SNETAA en prenant appui sur les instituteurs d&#233;tach&#233;s dans ces centres pour enseigner les disciplines g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants des &#233;tablissements techniques &#233;taient regroup&#233;s au sein de la FEN dans un syndicat sp&#233;cifique, le SNET (distinct de celui des professeurs de l'enseignement g&#233;n&#233;ral, le SNES). Chaque syndicat &#233;tait porteur d'une conception sp&#233;cifique de l'&#233;ducation construite &#224; partir de leur exp&#233;rience de travail, des disciplines enseign&#233;es, de leur formation et des publics accueillis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une premi&#232;re tentative de fusion entre le SNES et le SNET a &#233;t&#233; tent&#233;e en 1946-47. Elle a &#233;chou&#233;, tant les identit&#233;s professionnelles entre les personnels du technique et de ceux du classique et moderne &#233;taient diff&#233;rentes. La fusion est finalement r&#233;alis&#233;e en 1965 avec des garanties statutaires qui assurent &#224; tous les niveaux un &#233;quilibre entre les responsables issus du technique et les autres issus de l'enseignement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1967, la nouvelle majorit&#233; &#233;lue &#224; la direction du SNES par les syndiqu&#233;s d&#233;veloppe des conceptions revendicatives et &#233;ducatives qui s'opposent &#224; la majorit&#233; f&#233;d&#233;rale domin&#233;e par le SNI (le syndicat des instituteurs). A la suite du mouvement de 1968, les organisations syndicales conf&#233;d&#233;r&#233;es discutent avec le patronat d'un nouveau d&#233;veloppement de la formation professionnelle initiale et continue et de l'enseignement technique. La FEN supporte mal d'avoir &#233;t&#233; mise &#224; l'&#233;cart de ces n&#233;gociations qui d&#233;boucheront sur les lois de 1971. Ce qui est en jeu c'est la conqu&#234;te de nouveaux droits pour les salari&#233;s par l'acc&#232;s &#224; la reconnaissance de leur travail, de leurs qualifications et comp&#233;tences, et la place du service public d'&#233;ducation, de formation professionnelle initiale et continue dans le service public (cr&#233;ation des GRETA et des services communs de formation continue dans les universit&#233;s).&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1993, la majorit&#233; des syndicats de la FEN constitue la FSU, la minorit&#233; rejoint l'UNSA. Tous les syndicats concern&#233;s par la formation professionnelle et l'enseignement technique sont &#224; l'origine de la constitution de la FSU (le SNES, le SNETAA, le SNETAP, le SNESup, le SNEP...) Ils ont fait le choix de rester regroup&#233;s au sein de la FSU plut&#244;t que de rejoindre l'UNSA ou une conf&#233;d&#233;ration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le travail et sa reconnaissance au c&#339;ur des probl&#233;matiques syndicales&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme repr&#233;sentant les personnels des enseignements techniques et professionnels a d&#251; lutter dans deux directions compl&#233;mentaires :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	pour que ces enseignants soient trait&#233;s &#224; &#233;galit&#233; de statut, de salaires, de conditions de travail, de formation, d'emploi, de carri&#232;re, par rapport &#224; ceux de l'enseignement g&#233;n&#233;ral exer&#231;ant au m&#234;me niveau ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	pour que les contenus enseign&#233;s, les savoirs pratiques et th&#233;oriques li&#233;s au travail, aux m&#233;tiers, aux techniques soient reconnus &#224; part enti&#232;re, &#224; &#233;galit&#233; avec les savoirs constitu&#233;s dans les autres disciplines dites g&#233;n&#233;rales ou artistiques... et comme partie int&#233;grante de la culture scolaire, ou de la culture commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, &#224; ces enjeux &#233;pist&#233;miques, &#233;ducatifs, culturels, s'ajoutaient des enjeux sociaux : les &#233;l&#232;ves en formation, les apprentis et apprenants &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme de futurs travailleurs qui devaient s'ins&#233;rer professionnellement une fois leurs dipl&#244;mes obtenus, et s'av&#233;rer capables &#171; d'agir en comp&#233;tence &#187; non seulement dans leur vie de citoyen mais aussi dans leur activit&#233; de travail, pour que leur dipl&#244;me et leur qualification soient parfaitement reconnus dans les conventions collectives et les grilles de classification, lorsque celles-ci ont &#233;t&#233; institu&#233;es, &#224; la suite du Front populaire et &#224; la Lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les formateurs et les enseignants, c'est &#224; travers tous ces &#233;l&#233;ments que leur travail, leur m&#233;tier et leurs missions prenaient vraiment sens et &#233;taient pleinement reconnus.Ils se reconnaissaient pleinement dans l'expression &#171; former l'Homme, le Travailleur, le Citoyen &#187; qui constituait l'objectif affich&#233; du plan Langevin-Wallon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, le travail r&#233;el de ces enseignants se trouvait &#224; cheval sur le monde de l'&#233;ducation dans toutes ses dimensions culturelles et &#233;mancipatrices, et le monde du travail et de la production, dans toutes ses dimensions sociales et aussi &#233;mancipatrices pour les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucie Tanguy a &#233;tudi&#233; le travail singulier de ces enseignants de la formation professionnelle des ouvriers et employ&#233;s : &#171; une activit&#233; dont les formes, les contenus et le sens sont largement d&#233;termin&#233;s par les personnes elles-m&#234;mes &#187;. C'est ainsi qu'ils jouent un r&#244;le central dans les transformations de la formation professionnelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans leur travail r&#233;el, ces enseignants des enseignements techniques et de la formation professionnelle sont amen&#233;s &#224; retravailler les normes et valeurs en vigueur dans le monde de l'&#233;ducation, et dans le monde du travail :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Les prescriptions de l'institution scolaire qui d&#233;finit les contenus, les normes &#233;ducatives, de fa&#231;on autonome.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Les demandes sociales propres &#224; une branche et port&#233;es par les employeurs et les salari&#233;s, &#224; partir des &#233;volutions de l'activit&#233; industrieuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Les attentes de la soci&#233;t&#233; en mati&#232;re d'&#233;ducation (d&#233;mocratisation de l'enseignement, promotion sociale d'une majorit&#233; de la classe d'&#226;ge..., insertion professionnelle avec reconnaissance des qualifications...)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	L'&#233;tat des connaissances scientifiques et techniques des savoirs d'exp&#233;rience et leur &#233;volution permanente au sein des entreprises et des collectifs de travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au total, ces enseignants sont confront&#233;s &#224; une repr&#233;sentation de l'avenir du d&#233;veloppement &#233;conomique, technique, social et culturel qui donne sens &#224; leur travail et &#224; son utilit&#233; sociale. Ils re&#231;oivent une formation initiale dans des institutions sp&#233;cifiques de formation d'enseignants (ENSET, ENNA...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que les divers acteurs participant &#224; l'&#233;laboration des politiques de d&#233;veloppement des enseignements techniques et professionnels partagent des repr&#233;sentations convergentes, les enseignants trouvent une reconnaissance du sens et de la valeur de leur travail, &#224; travers la reconnaissance de la formation et des dipl&#244;mes de leurs &#233;l&#232;ves une fois ins&#233;r&#233;s dans l'entreprise. Avec les r&#233;formes des ann&#233;es 80 et 90, dans un contexte de mont&#233;e du ch&#244;mage et des orientations n&#233;olib&#233;rales, la recherche d'une conception coh&#233;rente entre les vis&#233;es &#233;ducatives des enseignants, les demandes et les valeurs &#233;manant du monde du travail et les attentes des publics concern&#233;s va s'av&#233;rer de plus en plus probl&#233;matique. Le sens et la fiert&#233; au travail de ces enseignants en sera fortement alt&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une reconnaissance probl&#233;matique du travail dans toutes ses dimensions&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	1) La reconnaissance du travail des personnels des enseignements techniques et professionnels, &#224; travers leurs statuts, leur formation initiale et continue, leur recrutement, leurs salaires, leurs obligations de services&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les enseignants de la voie technologique, la deuxi&#232;me moiti&#233; du 20&#232;me si&#232;cle est marqu&#233; par la longue lutte syndicale :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour un recrutement par concours national dans le cadre de la fonction publique et pour b&#233;n&#233;ficier des protections du statut g&#233;n&#233;ral de la fonction publique, &#224; partir de 1946.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour la cr&#233;ation des CAPET dans la foul&#233;e des CAPES &#224; partir de 1953 et des agr&#233;gations dans les disciplines technologiques &#224; partir de 1965 (agr&#233;gation d'&#233;conomie et gestion, g&#233;nie m&#233;canique, g&#233;nie civile etc...).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour l'int&#233;gration des PT (professeurs techniques) et des PTA (professeurs techniques adjoints) dans le corps des certifi&#233;s.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour le d&#233;veloppement de l'ENSET cr&#233;&#233;e en 1932 pour former les professeurs des ENP et EPCI, puis les professeurs des lyc&#233;es techniques et des s&#233;ries technologiques des lyc&#233;es et des STS (sections de techniciens sup&#233;rieurs).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour l'alignement des maxima de service des professeurs des disciplines techniques sur celui des certifi&#233;s et agr&#233;g&#233;s des disciplines g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes pers&#233;v&#233;rantes men&#233;es par le SNET puis par le SNES ont &#233;t&#233; d&#233;terminantes dans la promotion des formations des s&#233;ries technologiques et de leur prolongement dans les enseignements sup&#233;rieurs (STS, IUT, Ma&#238;trises de sciences et techniques, licences professionnelles...) Pour les enseignants de la voie professionnelle, le chemin a encore &#233;t&#233; plus long pour aligner les obligations de service et les grilles indiciaires des PLP sur celles des certifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement d'&#233;l&#233;vation et d'unification de la formation et des conditions statutaires et de travail des personnels du technique et du professionnel avec les int&#233;grations massives dans le corps des certifi&#233;s a &#233;t&#233; parfois vu par les professeurs du classique et du moderne comme une marque de d&#233;valorisation de leur propre travail, et de leur qualification. Lors des grandes luttes de 1989 pour la revalorisation des enseignants du second degr&#233;, le SNES et le SNETAA seront ensemble contre la direction de la FEN, pour que les enseignants du technique et du professionnel soient pleinement concern&#233;s par les mesures arrach&#233;es au ministre Jospin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	2) La reconnaissance des savoirs techniques, des savoirs professionnels comme partie int&#233;grante &#224; part enti&#232;re de la culture scolaire, de la culture commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place et le r&#244;le des contenus d'enseignement li&#233;s au travail, aux techniques, aux m&#233;tiers, aux activit&#233;s productives a fait d&#233;bat dans la soci&#233;t&#233; et dans le monde de l'&#233;ducation et de la formation, tout au long du si&#232;cle dernier.&lt;br class='autobr' /&gt;
La loi du 21 f&#233;vrier 1949 con&#231;oit les centres d'apprentissage qu'elle cr&#233;e pour former les futurs ouvriers et employ&#233;s comme &#171; des foyers d'humanit&#233;s techniques, int&#233;gr&#233;s dans l'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif de la nation &#187;, en dispensant &#171; l'enseignement technique, th&#233;orique et pratique d'une profession d&#233;termin&#233;e et un enseignement g&#233;n&#233;ral comportant la formation physique, intellectuelle, morale, civique et sociale... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cela n'a pas emp&#234;ch&#233; de continuer dans les faits &#224; prendre l'enseignement g&#233;n&#233;ral comme seul horizon de r&#233;f&#233;rence. On a continu&#233; &#224; &#171; s'interdire de penser les enseignements techniques et professionnels dans leur singularit&#233; &#187; (Guy Brucy) comme on a continu&#233; &#224; s'interdire de penser le travail humain dans toutes ses dimensions anthropologiques, &#233;pist&#233;miques et axiologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce combat est toujours d'actualit&#233;. L'enseignement technique et professionnel a jou&#233; un r&#244;le moteur dans la croissance continue des effectifs de l'enseignement secondaire, d'abord de la Lib&#233;ration jusqu'au milieu des ann&#233;es 60, et puis des ann&#233;es 70 jusqu'au milieu des ann&#233;es 90. Le SNES et le SNET ont soutenu le plan Langevin-Wallon de 1947 qui pr&#233;voyait de porter la scolarit&#233; obligatoire jusqu'&#224; 18 ans. Ce plan pr&#233;voyait de former l'homme, le travailleur et le citoyen. Il faisait toute sa place aux enseignements techniques et professionnels notamment au niveau du second cycle du second degr&#233; organis&#233; en voies. Le SNES nouveau cr&#233;&#233; en 1965 en s'inspirant de ce plan, d&#233;finit, au d&#233;but des ann&#233;es 70 son projet &#171; d'&#233;cole progressive &#187;. Dans le cadre d'une scolarit&#233; prolong&#233;e &#224; 18 ans pour tous, il propose un nouveau second degr&#233; dans la continuit&#233; du coll&#232;ge et du lyc&#233;e. Le coll&#232;ge ne peut &#234;tre une fin, contrairement &#224; l'&#233;cole fondamentale propos&#233;e par le SNI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;cole doit assurer &#224; tous les &#233;l&#232;ves le niveau de formation le plus &#233;lev&#233; dans l'acquisition de connaissances, permette &#224; tous d'obtenir une qualification professionnelle sanctionn&#233;e par un dipl&#244;me de l'&#233;ducation nationale et de poursuivre ult&#233;rieurement leur formation culturelle et leur formation de travailleurs et de citoyens libres et responsables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il trace les structures id&#233;ales de l'orientation progressive sans fili&#232;res s&#233;gr&#233;gatives. Le cycle terminal g&#233;n&#233;ral technique et professionnel est constitu&#233; de trois sections d'&#233;gale valeur avec des passerelles entre elles, dans tous les sens. Gr&#226;ce aux mesures de soutien et de rattrapage, chacun doit pouvoir suivre un cursus normal. Dans sa r&#233;flexion sur les disciplines, le SNES met l'accent sur la promotion des enseignements technologiques et artistiques, sur l'acquisition de connaissances th&#233;oriques et pratiques. Mais il ne parle pas de voies de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir des ann&#233;es 80, le SNES abandonne le projet d'&#233;cole progressive centr&#233;e sur la lutte contre l'&#233;chec et lui substitue &#171; l'&#233;cole de la r&#233;ussite pour tous &#187; et &#171; un enseignement de qualit&#233; pour tous &#187;. Il met l'accent sur la diversification au lyc&#233;e. Pour le SNES, dans les ann&#233;es 80, l'id&#233;e d'une diversification des voies, des m&#233;thodes et des contenus devient centrale, comme moyen d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire et sup&#233;rieur. Le SNES envisage m&#234;me une diversification &#224; l'int&#233;rieur des voies autour de dominantes qui structureraient l'&#233;quilibre disciplinaire, les programmes s'articulant en fonction des dominantes. La seconde commune de d&#233;termination fait d&#233;bat, du fait de la r&#233;duction des horaires consacr&#233;s aux enseignements &#224; contenus technologiques. La lutte des enseignants du technique sera rude, pour maintenir un couple d'options technologiques au sein des secondes pr&#233;paratoires aux premi&#232;res technologiques (TSA + Productique...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 15 et 16 juin 1990, le SNES est &#224; l'initiative d'un important colloque co-organis&#233; avec le SNESup, le SNETAP, le SNEP sur la &#171; voie technicienne de formation &#187;. Un livre qui constitue les actes de ce colloque organis&#233; par quatre syndicats de la FEN a &#233;t&#233; publi&#233; : &#171; La voie technicienne de formation &#187;. L'objectif est clair : &#171; faire respecter et promouvoir la voie technicienne et construire ses prolongements &#187; ; &#171; faire franchir &#224; la culture technique et professionnelle les obstacles pour se faire reconna&#238;tre pleinement au sein du syst&#232;me &#233;ducatif et &#224; l'ext&#233;rieur par tous les acteurs et toutes les forces sociales int&#233;ress&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre issu de ce colloque et port&#233; par les quatre syndicats est &#171; la lutte pour que la voie technicienne devienne vraiment une voie d'avenir pour la r&#233;ussite et les qualifications &#187;. Ces quatre syndicats seront rejoints par le SNETAA pour &#234;tre &#224; l'offensive dans le d&#233;veloppement par le haut de la voie professionnelle et de la voie technologique. Il s'agit d'articuler dans une dynamique progressiste : culture commune, diversification, d&#233;mocratisation, de l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation, &#224; la culture et &#224; la qualification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O&#249; en est le d&#233;bat syndical aujourd'hui au sein de la FSU ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats concern&#233;s sont le SNUEP (issu du SNETAA) pour la voie professionnelle, le SNES pour la voie technologique, le SNETAP pour l'enseignement technique agricole, le SNESup pour les enseignements sup&#233;rieurs. Les d&#233;bats &#233;ducatifs et sociaux qui ont contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration des choix politiques concernant l'enseignement technique et professionnel sont toujours d'actualit&#233;, mais ils se posent dans un contexte scolaire, &#233;conomique, social et culturel radicalement diff&#233;rent et en &#233;volution acc&#233;l&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier les probl&#233;matiques li&#233;es au travail et &#224; la sant&#233; au travail, &#224; son organisation, &#224; ses contenus, aux aspirations &#233;mancipatrices des nouvelles g&#233;n&#233;rations, sont devenues centrales dans les conflits et tensions qui traversent aussi bien le monde de l'&#233;ducation et de la formation que le monde du travail, des m&#233;tiers et des professions. Dans ces conditions, si &#171; l'&#233;cole de la R&#233;publique &#187; est toujours &#224; reconstruire dans une soci&#233;t&#233; r&#233;ellement d&#233;mocratis&#233;e, tous les acteurs sociaux qui aspirent &#224; la refonder sont mis en demeure de la repenser, en lien avec le projet d'une transformation et d'une &#233;mancipation du travail, par l'&#233;ducation, par la formation tout au long de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, le mouvement syndical peut retrouver une utilit&#233; sociale. Face &#224; cette nouvelle urgence sociale et culturelle, syndicale et politique, un foisonnement d'initiatives, de r&#233;flexions plus ou moins encore peu visibles se d&#233;veloppent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans leur travail r&#233;el, les enseignants de la voie professionnelle comme de la voie technologique sont confront&#233;s &#224; travers leur activit&#233; quotidienne &#224; tous ces probl&#232;mes &#233;ducatifs et sociaux (cf. la lettre r&#233;dig&#233;e par Pierre Jacques, enseignant en lyc&#233;e technique, &#224; la veille de la rentr&#233;e 2013). Ils luttent avec leurs syndicats contre les tentatives actuelles de d&#233;valorisation de la voie technologique et de la voie professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	1) Le SNUEP agit &#171; pour promouvoir un enseignement professionnel public &#233;mancipateur &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il constate que toutes les mesures prises par le pouvoir politique, comme l'attitude de tous les acteurs sociaux ou presque, contribuent &#224; &#171; d&#233;valoriser &#187; l'enseignement professionnel. Et que l'on s'achemine inexorablement vers &#171; la fin d'une formation globale int&#233;grant les savoirs g&#233;n&#233;raux et professionnels pour un emploi qui aurait du sens &#187;. Selon cette analyse : :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Patronat, &#233;lus, gouvernements successifs saisissent la formation professionnelle comme un moyen pour tenter de r&#233;soudre le probl&#232;me de ch&#244;mage et notamment celui des jeunes &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les organisations patronales imputent la mont&#233;e du ch&#244;mage &#171; &#224; deux probl&#232;mes centraux, d'une part une formation professionnelle inadapt&#233;e &#224; leurs besoins et d'autre part un code du travail trop rigide &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'enseignement professionnel est victime d'une &#171; soumission de l'inspection g&#233;n&#233;rale &#224; un r&#233;el manque d'ambition pour tous les jeunes &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La r&#233;forme du bac professionnel en trois ans (en 2007) promue au nom de l'&#233;galit&#233; entre les trois voies n'a fait qu'amplifier les probl&#232;mes rencontr&#233;s par la voie professionnelle. &#171; Le SNUEP et la FSU sont les d&#233;fenseurs souvent isol&#233;s des objectifs initiaux de cet enseignement : formation globale et compl&#232;te, incluant certes les aspects professionnalisants, mais &#233;galement les dimensions citoyennes et culturelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNUEP propose que &#171; les contenus se recentrent sur des savoirs g&#233;n&#233;raux et professionnels ambitieux permettant une approche globale du m&#233;tier &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit ici pointer une autre tension non r&#233;solue, &#233;voqu&#233;e par Guy Brucy et que les personnels comme le syndicat ont du mal &#224; affronter : celle qui &#171; au nom d'une logique purement scolaire, privil&#233;gie les savoirs formels au d&#233;triment de la dimension professionnelle des apprentissages &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	2) Le SNES et les personnels de la voie technologique ont &#233;t&#233; fortement d&#233;stabilis&#233;s par la r&#233;forme de la voie technologique des lyc&#233;es qu'ils ont combattue mais qui s'est impos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une recherche-action impuls&#233;e par le secteur des enseignements technologiques du SNES et le chantier travail de l'Institut de recherche de la FSU a montr&#233; concr&#232;tement que &#171; en transformant la r&#233;forme pour lui donner sens, en tentant de r&#233;aliser malgr&#233; tout un bon enseignement, les enseignants dessinent des perspectives d'am&#233;lioration de la qualit&#233; de leur travail. Ce faisant, ils construisent &#224; leur fa&#231;on du bien commun, de la soci&#233;t&#233;, et dessinent ainsi des transformations possibles, des alternatives... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le SNES est confront&#233; &#224; la fa&#231;on dont il pourrait &#171; tirer le fil, la richesse et la f&#233;condit&#233; &#187; de cette exploration du travail r&#233;el, pour &#171; enrichir sa propre activit&#233; syndicale &#224; partir des mat&#233;riaux r&#233;colt&#233;s lors des interviews &#187; des enseignants du technique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partir des probl&#233;matiques du travail r&#233;el dans les secteurs d'activit&#233; et de l'activit&#233; des enseignants confront&#233;s aux situations r&#233;elles d'enseignement, pour redynamiser l'activit&#233; syndicale et construire des alternatives de transformation &#233;ducative et sociale. C'est un d&#233;fi que le syndicat h&#233;site &#224; affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion : et maintenant ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment penser et reconna&#238;tre le travail des professeurs de lyc&#233;es professionnels en lien avec l'activit&#233; d'apprentissage de leurs &#233;l&#232;ves ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment penser le travail des professeurs des lyc&#233;es technologiques en lien avec l'activit&#233; de leurs &#233;l&#232;ves ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment penser la situation des jeunes sortis du syst&#232;me &#233;ducatif avec un dipl&#244;me de la voie professionnelle et ceux sortis sans dipl&#244;me et sans qualifications reconnues dans le monde du travail ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment penser le travail et ses transformations dans les diff&#233;rentes activit&#233;s &#233;conomiques, sociales, culturelles aujourd'hui et la fa&#231;on dont les nouvelles g&#233;n&#233;rations issues des diff&#233;rentes voies de formation du syst&#232;me &#233;ducatif vivent leur travail et leur vie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement syndical, le syndicalisme enseignant comme le syndicalisme dans diff&#233;rents secteurs d'activit&#233; a devant lui un chantier crucial &#224; explorer, s'il veut &#224; la fois repr&#233;senter le travail, le &#171; point de vue du travail &#187;, agir efficacement pour sa transformation. C'est n&#233;cessaire et crucial pour penser les besoins en formation professionnelle et technique, initiale et continue, penser la soci&#233;t&#233; que nous voulons et construire les alternatives &#233;conomiques, sociales, &#233;ducatives et culturelles avec l'ensemble des travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est &#224; l'ordre du jour dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques c'est une autre fa&#231;on de concevoir le travail politique et les alternatives politiques, &#224; partir de la prise en consid&#233;ration de la centralit&#233; du travail dans la vie des gens et des soci&#233;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement syndical doit construire sa place dans cette perspective de renouvellement de la d&#233;mocratie dans toutes ses dimensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bibliographie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yves Baunay (coordinateur), &lt;i&gt;La voie technicienne de formation&lt;/i&gt;, &#201;ditions ADAPT-SNES 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yves Baunay, Francis Vergne : &lt;i&gt;Formation professionnelle. Regards sur les politiques r&#233;gionales&lt;/i&gt;, &#201;ditions Nouveaux Regards, Syllepse 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yves Baunay, Marie-H&#233;l&#232;ne Motard, Thierry Reygades &#171; De quoi le travail enseignant est-il porteur ? &#187; Revue Regards Crois&#233;s n&#176;1 p.37, janvier-f&#233;vrier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yves Baunay &#171; Anticiper des situations de travail invivables ? L'exemple d'une r&#233;forme en &#233;ducation &#187; Un article sur le suicide d'un enseignant du technique paru dans la revue &lt;i&gt;Ergologia&lt;/i&gt;, n&#176;15, mai 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yves Baunay &#171; Des recherches-actions... et apr&#232;s ? Le travail des salari&#233;s se transforme, le travail des syndicats peinent &#224; se transformer &#187; Un article sur le travail syndical paru dans le livre &lt;i&gt;Syndicalisme et sant&#233; au travail&lt;/i&gt;, sous la direction de Lucie Goussard et Guillaume Tiffon. &#201;ditions Le croquant, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guy Brucy dans &lt;i&gt;Valoriser l'enseignement professionnel, une exigence sociale&lt;/i&gt;, &#201;ditions Institut de recherche de la FSU, Syllepse, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Dalan&#231;on, Herv&#233; Le Fiblec : &#171; L'autonomie dans le syndicalisme enseignant du second degr&#233; &#187;, &lt;i&gt;Points de rep&#232;res infos&lt;/i&gt; n&#176;27, juin 2014, bulletin p&#233;riodique de l'IRHSES 46 Avenue d'Ivry 75647 Paris cedex 13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SNUEP, &lt;i&gt;Valoriser l'enseignement professionnel : une exigence sociale&lt;/i&gt;, &#201;ditions Institut de recherche de la FSU et Syllepse 2016&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les trois voies du lyc&#233;e : rep&#232;res socio-historiques</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263</guid>
		<dc:date>2017-11-06T17:54:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec</dc:creator>


		<dc:subject>Syndicats</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Lyc&#233;ens</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole commune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le dossier qui suit est consacr&#233; : &#224; un rappel, centr&#233; particuli&#232;rement sur l'enseignement professionnel, de la constitution dans l'apr&#232;s-guerre des trois voies actuelles du lyc&#233;e ; &#224; l'examen de ce qu'ont &#233;t&#233; les &#233;laborations strat&#233;giques du SNES, principal syndicat de l'enseignement secondaire, concernant le lyc&#233;e ; et &#224; la lecture que la sociologie des parcours scolaires peut faire aujourd'hui de l'histoire des trois voies. &lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#233;sentation du dossier &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;voquons d'abord les motifs et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Syndicats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Lyc&#233;ens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;&#233;cole commune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L84xH150/arton263-c3c6e.png?1790692797' class='spip_logo spip_logo_right' width='84' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le dossier qui suit est consacr&#233; : &#224; un rappel, centr&#233; particuli&#232;rement sur l'enseignement professionnel, de la constitution dans l'apr&#232;s-guerre des trois voies actuelles du lyc&#233;e ; &#224; l'examen de ce qu'ont &#233;t&#233; les &#233;laborations strat&#233;giques du SNES, principal syndicat de l'enseignement secondaire, concernant le lyc&#233;e ; et &#224; la lecture que la sociologie des parcours scolaires peut faire aujourd'hui de l'histoire des trois voies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;sentation du dossier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;voquons d'abord les motifs et les intentions de cet ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233; en 1959, le report &#224; seize ans de l'obligation scolaire est effectif en 1966. Un demi si&#232;cle s'est &#233;coul&#233; depuis lors ; l'extension des connaissances scientifiques et de leurs applications pratiques a connu une acc&#233;l&#233;ration proprement ph&#233;nom&#233;nale. Au point que la ma&#238;trise d&#233;mocratique de ces derni&#232;res est d&#233;sormais une urgence vitale pour les hommes et pour la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t illusoire d'esp&#233;rer r&#233;pondre &#224; cette urgence sans l'intervention instruite du plus grand nombre. Or, dans cette affaire, l'&#233;cole a un r&#244;le d&#233;cisif &#224; jouer : rien ne peut la remplacer s'agissant d'assurer la diffusion et l'appropriation des savoirs &#233;labor&#233;s. Il semble aller de soi, dans ces conditions, que l'heure est &#224; un nouvel essor des scolarit&#233;s, et que le report &#224; dix-huit ans de l'obligation scolaire s'impose sans conteste possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plancher des seize ans avait fait l'objet, &#224; la fin des ann&#233;es cinquante, d'un large consensus, du CNPF au PCF. Rien de tel cependant aujourd'hui : seules les forces syndicales et politiques les plus &#224; gauche se prononcent pour le passage &#224; dix-huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat peut surprendre. Pourquoi ceux-l&#224; m&#234;mes qui s'&#233;taient ralli&#233;s sans probl&#232;me au passage de quatorze &#224; seize ans se refusent aujourd'hui &#224; aller plus loin, alors que 85% des jeunes sont encore scolaris&#233;s &#224; dix-huit ans, et que dans tous les milieux sociaux, classes populaires inclues, neuf familles sur dix souhaitent que les enfants entrent dans l'enseignement sup&#233;rieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut sans doute mesurer ce qui se joue ici au plus g&#233;n&#233;ral. Relever le plancher &#224; seize ans permettait de poursuivre un double objectif, tr&#232;s clairement pos&#233; par la r&#233;forme Berthoin de 1959 : &#233;lever le niveau de formation des jeunes g&#233;n&#233;rations, sans remettre en cause les in&#233;galit&#233;s scolaires et la logique d'une &#233;cole de classe. Et de fait, pour l'essentiel, c'est bien ce qui s'est pass&#233;. Mais ajouter encore deux ans a une autre port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assurer &#224; tous les jeunes une scolarit&#233; normale jusqu'&#224; dix-huit ans, c'est les mettre en position d'entrer dans l'enseignement sup&#233;rieur et d'acc&#233;der &#224; la diversit&#233; des savoirs savants. C'est accomplir un pas d&#233;cisif, autrement dit, vers l'abolition des in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s &#224; la culture &#233;crite &#233;labor&#233;e. Or depuis les origines, soit quelque cinq mill&#233;naires, cette derni&#232;re a toujours constitu&#233; un domaine &#233;troitement r&#233;serv&#233; et contr&#244;l&#233; : la prolongation de la scolarit&#233; obligatoire &#224; dix-huit ans repr&#233;sente en ce sens un enjeu crucial pour l'histoire des rapports de classes. Sans doute la nature de cet enjeu n'est-elle pas &#233;vidente aux yeux du plus grand nombre. Mais la simple id&#233;e d'&#233;lever r&#233;ellement et donc d'intellectualiser significativement la formation de masse des enfants des classes populaires heurte intuitivement le sens commun. La structuration du monde social par les rapports hi&#233;rarchiques de travail qui opposent conception et ex&#233;cution a si fortement impr&#233;gn&#233; notre imaginaire &#8211; le mort saisit le vif &#8211; que tout ce qui pourrait la menacer est propre &#224; susciter spontan&#233;ment le rejet, ou pour le moins la m&#233;fiance et l'incr&#233;dulit&#233;. On accordera facilement que l'&#233;cole doit former le libre citoyen, qui peut changer de d&#233;put&#233; comme est libre le travailleur sous le capitalisme, puisqu'il peut changer de patron ; mais qu'on lui donne pour mission d'ouvrir &#224; tous l'acc&#232;s aux savoirs savants est une tout autre affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux grandes mani&#232;res d'en tenir pour le statu quo. Celle d'abord qui s'affirme clairement oppos&#233;e &#224; une prolongation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des scolarit&#233;s. C'est la posture des &#233;lites dirigeantes qui, de Berthoin et de Gaulle au Medef et aux experts internationaux aujourd'hui, conjuguent avec constance le souci de la promotion de formations appropri&#233;es au march&#233; du travail et un malthusianisme cons&#233;quent : point trop n'en faut, il y aura toujours des petits boulots et la soci&#233;t&#233; de la connaissance n'est pas pour tout le monde. Et il y a la mani&#232;re de ceux pour qui il n'est pas possible d'amender la distribution actuelle des flux scolaires autrement qu'&#224; la marge et qui, faute de mieux, pr&#244;nent l'am&#233;lioration de l'existant. C'est le fait dans le monde syndical enseignant des partisans d'une &#171; &#233;cole fondamentale &#187; incluant l'&#233;cole et le coll&#232;ge, et pour qui la bonne coupure se situe &#224; la fin du coll&#232;ge, correspondant &#224; la fin de l'obligation scolaire &#224; seize ans. Ceux-ci prennent ainsi acte de l'&#233;chec de masse, tout en plaidant pour une attitude compr&#233;hensive envers ses victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat syndical les a oppos&#233;s aux partisans d'un grand secondaire, pour lesquels la bonne coupure se situe &#224; la fin du primaire et non du coll&#232;ge. Ces derniers plaident logiquement pour une obligation scolaire allant jusqu'&#224; dix-huit ans. Mais tous ceux qui en tiennent pour un tel report n'en affichent pas non plus une conception unifi&#233;e. Pour les uns, telle la FSU, l'accueil de tous les jeunes au lyc&#233;e n'est concevable qu'&#224; la condition d'en conserver les trois voies actuelles, dont il s'agira cependant de rapprocher les contenus autant que faire se peut. D'autres, tel le GRDS, proposent une &#233;volution plus profonde, consistant d'une part &#224; d&#233;senclaver l'enseignement technologique qui serait introduit d&#232;s l'&#233;cole primaire ; et d'autre part &#224; viser pour tous la transmission d'un m&#234;me bagage scientifique, culturel et technologique dans le cadre d'un tronc commun de la maternelle au lyc&#233;e. La bonne coupure se situe pour ces derniers &#224; la fin du secondaire, les formations proprement professionnelles &#233;tant r&#233;serv&#233;es &#224; l'enseignement sup&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qui prend au s&#233;rieux l'exigence d'une am&#233;lioration massive de la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations et son urgence historique, ces divergences concernant la conception du lyc&#233;e unique m&#233;ritent d'&#234;tre examin&#233;es de pr&#232;s, comme il importe de lever les obstacles au d&#233;bat et &#224; l'approfondissement de la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une mesure certainement non n&#233;gligeable, les diff&#233;rences de points de vue tiennent &#224; la cr&#233;dibilit&#233; d'une &#233;cole de la r&#233;ussite pour tous. Rappelons que la r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1960/80, qui a ralli&#233; les forces progressistes de fa&#231;on assez unanime, s'est op&#233;r&#233;e sous l'&#233;gide de la conviction (ou &#171; pr&#233;suppos&#233; d&#233;ficitariste &#187;) selon laquelle les jeunes issus des classes populaires ne disposaient pas des ressources linguistiques et culturelles leur permettant d'entrer normalement dans la culture &#233;crite ; et qu'il y fallait pour le moins des rem&#233;diations suppos&#233;es faciliter les apprentissages. Or, bien que l'exp&#233;rience d'un demi-si&#232;cle ait montr&#233; les limites de ces rem&#233;diations, le paradigme d&#233;ficitariste reste aujourd'hui socialement tr&#232;s pr&#233;gnant, affectant aussi bien les enseignants et diff&#233;rentes organisations syndicales, et faisant passer pour utopiques des propositions comme celle de l'&#171; &#233;cole commune &#187; avanc&#233;e par le GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci a consacr&#233; ailleurs nombre de r&#233;flexions et d'arguments &#224; la critique du paradigme d&#233;ficitariste, consid&#233;rant qu'il est possible d'&#233;lever tr&#232;s sensiblement l'efficacit&#233; p&#233;dagogique des pratiques enseignantes, au point d'&#233;radiquer l'&#233;chec de masse, &#224; condition de tirer toutes les le&#231;ons de l'exp&#233;rience des derni&#232;res d&#233;cennies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous int&#233;ressons ici &#224; un autre aspect de la question. Le dispositif actuel des trois fili&#232;res lyc&#233;ennes est le r&#233;sultat d'une histoire politico-institutionnelle de plusieurs d&#233;cennies, sur laquelle ont pes&#233; des luttes professionnelles et syndicales, et qui s'est nourrie de r&#233;flexions, de d&#233;bats, de conflits, d'investissements et d'affects. L&#224; encore le mort saisit le vif, et ce pass&#233; impose l'h&#233;ritage de ses cat&#233;gories de pens&#233;e (identifiant par exemple le lyc&#233;e unique &#224; un cursus d'enseignement g&#233;n&#233;ral excluant les jeunes issus des milieux populaires) et l'attachement aux pratiques &#233;tablies (pourrait-on laisser perdre les innovations p&#233;dagogiques propres &#224; l'enseignement professionnel, et que faire du corps enseignant lui-m&#234;me et de ses savoir faire ?). La meilleure fa&#231;on de tirer profit de cette exp&#233;rience pluri-d&#233;cennale sans se laisser imposer ses limites, sans qu'elle nous interdise de penser l'avenir et de r&#233;pondre &#224; ses exigences, est sans doute de la mettre &#224; la distance de la r&#233;flexion. C'est en ce sens que nous proposons ici trois &#233;clairages de l'histoire des fili&#232;res du lyc&#233;e, en rappel successif : de ses dimensions institutionnelles (premi&#232;re partie) ; de l'&#233;volution des &#233;laborations strat&#233;giques du SNES, le grand syndicat du secondaire (deuxi&#232;me partie) ; mais aussi des effets des politiques institutionnelles sur la transformation des flux lyc&#233;ens et sur le comportement scolaire des familles populaires (troisi&#232;me partie).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premi&#232;re partie - L'enseignement professionnel, de la s&#233;lection &#224; la d&#233;valorisation (&lt;i&gt;Jean-Pierre Terrail&lt;/i&gt;) &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est devenu classique de pr&#233;senter l'enseignement professionnel comme une institution en tension entre sa vocation r&#233;publicaine (&#171; former l'homme, le travailleur, le citoyen &#187;) et les attentes des entreprises, qui concernent essentiellement le travailleur (pr&#233;parer au plus juste &#224; l'occupation des postes de travail vacants). La complexit&#233; de l'histoire de cet enseignement tient &#224; ce que les objectifs qui pr&#233;valent &#224; chacun de ces deux p&#244;les ne sont pas d&#233;finis de fa&#231;on univoque et d&#233;finitive. Selon la conjoncture &#233;conomique et le rapport des forces entre capital et travail, les pouvoirs publics, parmi lesquels ont toujours coexist&#233; les deux tendances, peuvent &#234;tre plus ou moins sensibles aux exigences patronales ; et les besoins du patronat lui-m&#234;me varient avec la taille, la localisation, et le fonctionnement des entreprises : comment notamment aujourd'hui adapter &#171; au plus pr&#232;s &#187; &#224; des postes de travail dont l'obsolescence est si rapide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes tendances de l'&#233;volution n'en sont pas moins assez nettes. Sur le long terme, on note :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un processus d'int&#233;gration croissante de l'enseignement professionnel dans le dispositif global de l'&#233;ducation nationale ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un impact des exigences patronales sur la d&#233;termination des contenus qui s'affaiblit au c&#339;ur du 20&#232;me si&#232;cle pour remonter ensuite en puissance dans les conditions nouvelles du ch&#244;mage de masse et de mainmise de l'&#201;tat sur la formation professionnelle ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et, enfin, la m&#233;tamorphose dans les ann&#233;es 1970 d'une formation qui recrutait les meilleurs &#233;l&#233;ments des classes populaires en une fili&#232;re de rel&#233;gation qui accueille les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;. Ce dernier basculement est spectaculaire : en saisir les conditions est certainement essentiel, on va le voir, pour penser l'avenir d&#233;mocratique de notre syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Les indications historiques&lt;/i&gt; que nous proposons dans cette premi&#232;re partie sont expos&#233;es de fa&#231;on plus d&#233;taill&#233;e dans les travaux de Guy Brucy et Fabienne Maillard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment leurs contributions &#224; l'ouvrage collectif publi&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Consid&#233;rons la p&#233;riodisation adopt&#233;e par ces chercheurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De 1892 aux ann&#233;es 1930&lt;/i&gt;, le dispositif existant &#8211; &#233;coles pratiques du commerce et de l'industrie, &#233;coles nationales professionnelles ou &#233;coles de la ville de Paris &#8211; forme une &#233;lite ouvri&#232;re et l'encadrement direct de la production. Ces &#233;tablissements rel&#232;vent de la direction de l'enseignement technique (DET) : laquelle, fait significatif, est rattach&#233;e au minist&#232;re de l'industrie et non &#224; celui de l'instruction publique. La cr&#233;ation des CAP par la loi Astier de 1919, celle en 1926 du brevet professionnel (BP) pour les adultes, visent &#224; &#233;largir le public b&#233;n&#233;ficiaire de l'enseignement professionnel : pour autant en 1939 celui-ci ne repr&#233;sente encore que 12% du public potentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des ann&#233;es 1930 &#224; 1959&lt;/i&gt; l'&#201;tat va &#233;tendre progressivement sa mainmise sur l'enseignement professionnel. Le processus a d&#233;marr&#233; en 1920 avec le rattachement de la DET au minist&#232;re de l'instruction publique, lequel va d&#232;s lors s'attacher &#224; standardiser les contenus de formation et les dipl&#244;mes. Cette &#233;volution jouit de l'agr&#233;ment du grand patronat qui y trouve avantage ; mais les responsables de la DET sont pour autant soucieux d'assurer une formation compl&#232;te, qui ne se cantonne pas &#224; l'acquisition de savoirs d'action mais &#233;quilibre enseignements g&#233;n&#233;raux, th&#233;oriques et pratiques, et ils cherchent en ce sens &#224; r&#233;duire le nombre de sp&#233;cialit&#233;s. Cette vis&#233;e se voit encourag&#233;e par la crise de 1929 et l'essor du ch&#244;mage, qui rendent manifeste l'int&#233;r&#234;t pour les salari&#233;s de disposer de qualifications &#233;largies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire de 1936 &#233;tablit le monopole de l'&#201;tat sur la d&#233;livrance des dipl&#244;mes, qui devront d&#233;sormais garantir non seulement l'acquisition de connaissances mais la r&#233;alit&#233; d'aptitudes professionnelles form&#233;es par le syst&#232;me &#233;ducatif, et dont le lien avec la qualit&#233; de l'emploi devra &#234;tre reconnu par les conventions collectives (ce qui sera r&#233;alis&#233; avant-guerre dans la seule branche de la m&#233;tallurgie dont la convention collective assure, en 1938, l'acc&#232;s &#224; un poste d'ouvrier professionnel P1 aux titulaires d'un CAP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;s en 1939 les centres d'apprentissage sont plac&#233;s par le gouvernement de Vichy sous la tutelle de la DET. La loi de 1949 les &#171; int&#232;gre dans le syst&#232;me &#233;ducatif de la nation &#187; et les charge de la pr&#233;paration du CAP qui forme les ouvriers et les employ&#233;s qualifi&#233;s. La constitution d'un corps d'inspecteurs compos&#233; de fonctionnaires de l'&#201;ducation nationale et non plus d'employeurs, ainsi que la mise en place des commissions consultatives nationales professionnelles (CNPC), en charge de la d&#233;termination des contenus de formation et associant les employeurs et les acteurs publics de la formation professionnelle, compl&#232;tent le dispositif et ach&#232;vent le processus de nationalisation et d'homog&#233;n&#233;isation amorc&#233; en 1920. Dispositif &#224; succ&#232;s : la pr&#233;paration du CAP contribuera tr&#232;s significativement &#224; l'essor de la scolarisation dans les ann&#233;es 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre 1959 et le milieu des ann&#233;es 1970&lt;/i&gt;, l'enseignement professionnel qui constituait une entit&#233; autonome du syst&#232;me &#233;ducatif que l'on int&#233;grait au sortir de l'&#233;cole primaire devient, du fait de la mise en place de l'&#233;cole unique amorc&#233;e par le d&#233;cret Berthoin, une fili&#232;re dans laquelle on entrera en fin de cinqui&#232;me de coll&#232;ge, et accueillant en proportion croissante les &#233;l&#232;ves qui s'av&#232;rent incapables de suivre l'enseignement g&#233;n&#233;ral. Les coll&#232;ges d'enseignement secondaire (CES) sont cr&#233;&#233;s en 1963 ; puis en 1965 les centres d'apprentissage deviennent des coll&#232;ges d'enseignement technique ; les coll&#232;ges techniques et les ENP laissent place de leur c&#244;t&#233; aux lyc&#233;es techniques pr&#233;parant aux bacs de techniciens ; l'ancien brevet de technicien devient le BTS ; et la cr&#233;ation du BEP permet de recruter dans l'enseignement professionnel des &#233;l&#232;ves sortant du cursus g&#233;n&#233;ral en fin de troisi&#232;me et jug&#233;s incapables d'entrer en seconde g&#233;n&#233;rale. C'est dans ce contexte donc que se joue le basculement d'un enseignement professionnel jusque-l&#224; valoris&#233; (au d&#233;but des ann&#233;es 60 encore l'obtention d'un CAP &#233;tait synonyme d'une carri&#232;re ouvri&#232;re envi&#233;e) vers un nouveau statut, celui de fili&#232;re d&#233;valoris&#233;e d'un syst&#232;me &#233;ducatif int&#233;gr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; partir de 1973&lt;/i&gt;, l'essor d'un ch&#244;mage de masse permanent et la d&#233;gradation qui s'ensuit du rapport des forces capital/travail permettent au patronat d'engager le r&#233;tablissement de son emprise sur l'enseignement professionnel. Il lui suffit &#224; cette fin, et ce ne sera pas sans succ&#232;s, d'imposer la th&#232;se d'une inadaptation des formations aux besoins des employeurs, laquelle serait responsable du ch&#244;mage des jeunes. Foin de la formation de l'homme, du travailleur et du citoyen, et retour &#224; la formation &#171; au plus juste &#187; aux emplois disponibles ici et maintenant. F&#251;t-ce, face &#224; &#171; l'inertie &#187; du syst&#232;me &#233;ducatif, en adaptant au moindre co&#251;t les jeunes &#224; l'emploi gr&#226;ce &#224; la mise en place des stages d'entreprise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au probl&#232;me pos&#233; par la relative volatilit&#233; des besoins des entreprises, il permettra paradoxalement de contester une trop forte exigence de transmission des savoirs g&#233;n&#233;raux et th&#233;oriques en mettant en avant la n&#233;cessit&#233; de la formation scolaire de &#171; comp&#233;tences &#187; individualis&#233;es et de l'&#171; apprendre &#224; apprendre &#187;. M&#234;me si l'on voit mal comment on peut apprendre &#224; apprendre sans avoir appris, cette th&#233;matique rencontrera l'assentiment de certains p&#233;dagogues et de l'inspection g&#233;n&#233;rale, laquelle incitera les enseignants &#224; des pratiques innovantes s'inspirant de l'exp&#233;rience de la formation des adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les trois derni&#232;res d&#233;cennies &lt;/i&gt; (de 1985 &#224; aujourd'hui) sont bien s&#251;r marqu&#233;es par la cr&#233;ation du bac pro qui compl&#232;te le dispositif des trois voies (g&#233;n&#233;rale/technologique/professionnelle), chacune d'entre elles conduisant d&#233;sormais au terme du secondaire. Le bac pro est bien un dipl&#244;me de l'enseignement professionnel, privil&#233;giant la d&#233;finition de r&#233;f&#233;rentiels de formation et l'approche par les comp&#233;tences. Mais c'est aussi une formation qui ouvre sur l'enseignement sup&#233;rieur, ce qui se justifie par une pr&#233;paration en quatre ans au lieu de trois apr&#232;s la troisi&#232;me, et le caract&#232;re s&#233;lectif du recrutement. De ce point de vue le bac pro redonne de la dignit&#233; &#224; l'enseignement professionnel : on comprend qu'au regard de la d&#233;valorisation de ce dernier sa cr&#233;ation ait &#233;t&#233; bien re&#231;ue par les int&#233;ress&#233;s, qui y voient le moyen de cr&#233;dibiliser la th&#233;matique de la voie de la seconde chance. Ils peuvent d'ailleurs invoquer en ce sens la mise en place de la seule passerelle &#171; ascendante &#187; du syst&#232;me &#233;ducatif, qui permet aux meilleurs &#233;l&#232;ves des sections de bac pro de rejoindre les fili&#232;res technologiques. Rappelons que le ministre d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'enseignement professionnel de 2001, J-L M&#233;lenchon, ardent d&#233;fenseur d'une fili&#232;re o&#249; les &#171; esprits concrets &#187; se trouveraient &#224; l'aise, souhaitait supprimer le coll&#232;ge unique pour lui faire toute sa place en r&#233;tablissant les quatri&#232;mes et troisi&#232;mes technologiques, s'exclamant : &#171; Un jeune qui passe par une troisi&#232;me technologique, continue en bac pro et d&#233;croche un BTS, vous appelez cela un &#233;chec ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un entretien &#224; l'Express du 22-3-2001, voir&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore au nom de la &#171; revalorisation de la voie professionnelle &#187; que la r&#233;forme de 2007 ram&#232;nera &#224; trois ans la pr&#233;paration du bac pro, afin de le mettre &#224; parit&#233; avec les autres bacs et de mieux assurer ses liens avec l'enseignement sup&#233;rieur &#8211; s'agissant essentiellement des BTS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Conclusion : comment &#171; revaloriser &#187; l'enseignement professionnel ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bac pro a connu un succ&#232;s tr&#232;s important, accentu&#233; par la r&#233;forme de 2007. D&#233;bordant largement d&#233;sormais les effectifs de la voie technologique, c'est lui qui a fourni l'essentiel des nouveaux bacheliers, permettant d'atteindre en 2011 l'objectif des 80% au niveau du bac. La voie professionnelle en a-t-elle &#233;t&#233; pour autant revaloris&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est r&#233;currente. Elle est toujours pr&#233;sente en 2017 dans les revendications syndicales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'excellent ouvrage collectif consacr&#233; &#224; l'enseignement professionnel &#233;dit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme dans les programmes politiques qui de la droite &#224; la gauche vantent volontiers, et &#224; peu de frais, &#171; l'&#233;gale dignit&#233; de l'intelligence de la main &#187;. Mais est-elle bien pos&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s des CAP dans les ann&#233;es 1950 s'explique par un contexte de cr&#233;ation d'emplois industriels, et par l'extension des conventions collectives assurant une carri&#232;re d'ouvriers professionnels aux titulaires du dipl&#244;me (et un acc&#232;s possible &#224; la ma&#238;trise d'entretien pour ceux qui avaient pr&#233;alablement d&#233;croch&#233; le CEP), conjugu&#233;s aux limites des alternatives promotionnelles, s'agissant essentiellement de l'acc&#232;s &#224; l'artisanat et au petit commerce : les prolongations d'&#233;tudes g&#233;n&#233;rales restent difficiles et rares, et en 1963 encore seuls 15% de parents ouvriers s'autorisent &#224; r&#234;ver d'un bac pour leur prog&#233;niture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce contexte qui change rapidement dans les ann&#233;es 1960, du fait de l'ouverture des possibles scolaires gr&#226;ce &#224; l'instauration de l'&#233;cole unique, des d&#233;buts de la grande distribution qui vont d&#233;grader la situation du petit commerce, de l'&#233;volution des formes de l'organisation productive qui multiplie les emplois d'OS d'un c&#244;t&#233; et les emplois tr&#232;s qualifi&#233;s de l'autre (de techniciens, ing&#233;nieurs, cadres) pour lesquels le dipl&#244;me correspondant est de plus en plus souvent exig&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ces transformations historiques voir Jean-Pierre Terrail, Destins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avant m&#234;me la violente d&#233;sindustrialisation qui s'amorce dans les ann&#233;es 1970, si l'on pr&#233;f&#232;re, les facteurs qui avaient fait la fortune de l'enseignement professionnel court s'&#233;taient consid&#233;rablement &#233;rod&#233;s. Ce que le monde ouvrier a pris en compte dans un d&#233;lai extraordinairement bref : en 1972, ce ne sont plus 15% mais 60% de parents ouvriers qui souhaitent l'acc&#232;s de leurs enfants au baccalaur&#233;at&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Tristan Poullaouec, Le dipl&#244;me, arme des faibles, La Dispute, Paris, 2010.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;valorisation de l'enseignement professionnel court tient donc non pas d'abord &#224; son int&#233;gration dans l'&#233;cole unique qui y affecte les &#233;l&#232;ves en &#233;chec dans la voie g&#233;n&#233;rale, ce qui est l'explication la plus couramment avanc&#233;e : ainsi Guy Brucy, apr&#232;s avoir rappel&#233; la fa&#231;on dont l'&#233;cole unique renvoie les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; dans la voie professionnelle, souligne qu'en &#171; continuant de prendre l'enseignement g&#233;n&#233;ral comme seul horizon de r&#233;f&#233;rence et en s'interdisant de penser les enseignements techniques et professionnels dans leur singularit&#233;, on les d&#233;valorisait &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Valoriser l'enseignement professionnel, ouvrage cit&#233;, p. 29.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour l'essentiel, la d&#233;valorisation est redevable au mouvement socio-historique de fond qui pousse les jeunes g&#233;n&#233;rations, pour des raisons tenant &#224; la fois aux transformations de l'emploi et aux aspirations populaires &#224; l'&#233;mancipation des emplois d'ex&#233;cution, vers l'enseignement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement, on le sait, n'a fait que s'accentuer au long des derni&#232;res d&#233;cennies, tant du fait de la demande croissante de qualifications &#233;lev&#233;es et certifi&#233;es que des r&#233;ticences persistantes et massives des jeunes &#224; occuper les emplois les moins qualifi&#233;s. On ne peut imaginer que ces tendances ne continuent pas &#224; s'exercer dans l'avenir. Une v&#233;ritable revalorisation de l'enseignement professionnel ne passe-t-elle pas d&#232;s lors par le maintien de tous les jeunes, jusqu'au terme du secondaire, dans une m&#234;me voie de formation ? Ceux qui souhaitent se destiner aux sp&#233;cialit&#233;s professionnelles actuellement pr&#233;par&#233;es dans l'enseignement professionnel court pourraient acqu&#233;rir dans ce tronc commun les ressources intellectuelles leur assurant, apr&#232;s une formation sp&#233;cialis&#233;e post-secondaire, la ma&#238;trise de toutes les facettes de leur futur m&#233;tier. Ils r&#233;pondraient ainsi aux r&#233;quisits de plus en plus exigeants du travail productif, seraient en mesure de r&#233;cuser toute posture de pure ex&#233;cution et disposeraient des moyens d'am&#233;nager leur environnement de travail, et jouiraient des capacit&#233;s d'innovation et d'adaptation au changement indispensables dans le monde de demain. &#192; noter enfin : si ces exigences d'une revalorisation cr&#233;dible de l'enseignement professionnel valent pour les sp&#233;cialit&#233;s industrielles, elles paraissent encore plus indispensables dans le cas des sp&#233;cialit&#233;s du tertiaire, dans lesquelles les titulaires d'un bac pro sont aujourd'hui en position souvent d&#233;favorable sur le march&#233; du travail face &#224; la concurrence des sortants de la voie g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actuellement trois ans apr&#232;s la sortie du lyc&#233;e 30% des titulaires d'un bac (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me partie &#8211; Unification ou diversification du lyc&#233;e ? Le SNES, de l'&#233;cole progressive &#224; la r&#233;ussite pour tous (&lt;i&gt;Jean-Pierre Terrail&lt;/i&gt;)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Principal syndicat du second degr&#233;, le SNES &#233;labore au long des ann&#233;es 1970 un projet d'&#233;cole &#233;tonnement m&#233;connu aujourd'hui, le plus d&#233;mocratique peut-&#234;tre jamais port&#233; par une force syndicale ou politique, sensiblement plus ambitieux que le plan Langevin-Wallon (1947, d&#233;sign&#233; ci-apr&#232;s PLW), lequel continue pourtant &#224; faire r&#233;f&#233;rence en la mati&#232;re. La d&#233;cennie s'y pr&#234;tait, marqu&#233;e par l'espoir et la programmation d'amples transformations progressistes. La p&#233;riode suivante sera celle de la d&#233;ception et du reflux, du ch&#244;mage de masse et de l'argent-roi, sous l'&#233;gide de la social-d&#233;mocratie mitterandienne triomphante. Le SNES n'&#233;chappera pas au mouvement de l'histoire, enterrant en douceur son projet d'&#171; &#233;cole progressive &#187; pour lui substituer les th&#233;matiques de &#171; la r&#233;ussite pour tous &#187; dans le cadre de la &#171; diversification &#187; des voies du lyc&#233;e. Cet &#233;pisode en ses deux moments m&#233;rite d'&#234;tre revisit&#233;. Il fait partie du patrimoine commun des partisans d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation scolaire, et soul&#232;ve des questions qui sont toujours d'actualit&#233;, quatre d&#233;cennies plus tard. L'&#233;vocation qui en est propos&#233;e ici a b&#233;n&#233;fici&#233; des entretiens men&#233;s avec l'historien Alain Dalan&#231;on, avec Monique Vuaillat, Yves Baunay et Louis Weber, tous quatre anciens dirigeants du SNES. Nous les remercions vivement pour leur t&#233;moignage qui nous a &#233;t&#233; pr&#233;cieux, m&#234;me si subsistent avec tel ou tel des diff&#233;rences d'appr&#233;ciation sur certains des points &#233;voqu&#233;s dans le texte qui suit, dont nous assumons bien s&#251;r l'enti&#232;re responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;mergence d'une nouvelle direction syndicale &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance &#171; Unit&#233; et action &#187; (UA), anim&#233;e par des militants communistes et socialistes unitaires, accro&#238;t son influence au long des ann&#233;es 1960, dans le SNES comme dans le SNET (syndicat de l'enseignement technique) alors domin&#233;s par la tendance autonome (UID, ind&#233;pendance et d&#233;mocratie, majoritaire au sein de la FEN, F&#233;d&#233;ration de l'&#233;ducation nationale, et proche de la SFIO). Le contexte est &#224; la fois celui de l'essor des luttes revendicatives et politiques, et celui de l'essor des effectifs scolaris&#233;s dans le secondaire, et donc du recrutement de nombreux jeunes enseignants politis&#233;s &#224; gauche, issus des classes moyennes voire populaires, et en rupture avec la figure traditionnelle de l'enseignant-notable du secondaire. Tr&#232;s actifs dans les deux syndicats, les militants UA coop&#232;rent, nouant leur entente sur la pr&#233;occupation commune de renouer avec les objectifs du PLW, favorisant la fusion entre SNES et SNET en 1966, conqui&#232;rent la majorit&#233; relative cette m&#234;me ann&#233;e, et la majorit&#233; absolue (52% des voix) au Congr&#232;s du SNES de 1967&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Alain Dalan&#231;on, Histoire du SNES, T. I (1840/67) et II (1967-1973), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle direction UA transforme et d&#233;mocratise les pratiques syndicales et revendicatives. Son influence interne ne cesse de cro&#238;tre au long de la p&#233;riode 1967/73, au terme de laquelle la tendance a &#233;galement conquis la majorit&#233; au SNEP (&#233;ducation physique et sportive), au SNPEN (professeurs d'&#233;coles normales), au SNESup (enseignement sup&#233;rieur), et a significativement progress&#233; au sein m&#234;me du SNI-PEGC (instituteurs). Ce dernier reste l'assise essentielle du contr&#244;le de la FEN par la tendance UID. Pour autant, sachant et la croissance des effectifs du secondaire, et le dynamisme des militants UA, la question de ce contr&#244;le est d&#233;sormais ouverte. Les deux tendances UID et UA ressentent chacune, dans cette perspective, le besoin pressant d'une plateforme unificatrice, d'un projet d'&#233;cole explicite et coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNI rend public en 1973 un projet d' &#171; &#233;cole fondamentale &#187;, con&#231;u d&#232;s 1971, et qui s'inscrit dans la filiation du projet d'&#233;cole unique des ann&#233;es 30, sorte d'&#233;cole primaire &#233;tendue jusqu'&#224; la 3&#232;me. Ce projet se r&#233;clame du plan LW, en maintenant toutefois l'obligation scolaire &#224; 16 ans, et en limitant la continuit&#233; du cursus &#224; la relation &#233;cole primaire/coll&#232;ge. La direction de la FEN et le SNETAA (enseignement professionnel) se rallient &#224; ce projet, comme le fera ensuite le PS en 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNES n'est &#233;videmment pas pr&#234;t &#224; accepter une telle perspective, tant pour des raisons de concurrence syndicale imm&#233;diate (l'&#233;cole fondamentale revient &#224; r&#233;server le champ de syndicalisation du coll&#232;ge, la formation et le statut de ses enseignants &#224; l'enseignement primaire) que du fait de ses convictions id&#233;ologico-politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le projet du SNES&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bonne intelligence avec les trois autres syndicats anim&#233;s par UA (SNEP, SNESup, SNPEN), il s'oriente d'embl&#233;e vers une perspective beaucoup plus ambitieuse, qui tranche avec la tradition d'un second degr&#233; r&#233;serv&#233; &#224; une minorit&#233; destin&#233;e &#224; l'enseignement sup&#233;rieur et &#224; la formation d'une &#233;lite restreinte &#233;conomique, politique, culturelle (rappelons qu'en 1946 seuls 5% des jeunes ont obtenu un baccalaur&#233;at, 13% encore en 1965). C'est d'ailleurs pour marquer cette rupture que l'US intitule en 1977 l'un de ses dossiers : &#171; Le second degr&#233;, une id&#233;e neuve &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son congr&#232;s de Poitiers en 1972, le SNES souligne en ce sens que la vocation de l'institution scolaire consiste &#224; assurer &#224; tous ses publics &#171; le niveau le plus &#233;lev&#233; dans l'acquisition des connaissances &#187;, en formant &#171; l'intelligence et le sens critique &#187;. &#192; l'instar du SNI, le SNES se r&#233;clame du plan LW, mais en fait une lecture diff&#233;rente. La d&#233;mocratisation n'est plus con&#231;ue comme l'&#233;largissement du vivier des meilleurs, mais comme le d&#233;veloppement au plus haut niveau des possibilit&#233;s de chacun, la scolarit&#233; obligatoire &#233;tant port&#233;e &#224; 18 ans et la continuit&#233; coll&#232;ge/lyc&#233;e fortement affirm&#233;e. Le second degr&#233; doit assurer une formation qui soit &#224; la fois de masse et de qualit&#233;, exigeant donc que ses enseignants soient form&#233;s d&#232;s le coll&#232;ge &#224; bac+5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cole fondamentale promue par le SNI-PEGC, le SNES oppose donc une tout autre vision de l'avenir d&#233;mocratique de l'&#233;cole, qui se pr&#233;cisera au long des ann&#233;es 1970 en vue de l'accession de la gauche au pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; C'&#233;tait en fait un projet pour la gauche au pouvoir dont nous esquissions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ses caract&#233;ristiques essentielles ressortent clairement du dossier &#171; Positions du SNES &#187; publi&#233; par l'organe du syndicat, l'US (Universit&#233; Syndicaliste), en mai 1977. Le projet pr&#233;sent&#233; t&#233;moigne d'une volont&#233; manifeste d'aller vers l'unification aussi pouss&#233;e que possible du lyc&#233;e (celle du coll&#232;ge &#233;tant accept&#233;e par UID comme par UA). Le lyc&#233;e comporterait une seconde commune d'orientation, les trois voies (enseignement g&#233;n&#233;ral, technologique, professionnel) propos&#233;es en premi&#232;re et terminale &#233;tant &#171; progressivement sp&#233;cialis&#233;es, mais de nombreuses passerelles seraient &#233;tablies afin que les orientations ne soient pas irr&#233;versibles &#187;. M&#234;me la terminale ne serait pas compl&#232;tement optionnelle du fait d'un fonds commun d'enseignements disciplinaires obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est enfin en 1981 (US du 22 octobre) que le projet de ce qui est d&#233;sormais appel&#233; &#171; L'&#201;cole progressive &#187; est pr&#233;sent&#233; dans sa r&#233;daction la plus compl&#232;te, destin&#233;e &#224; &#234;tre soumise au nouveau ministre de l'&#201;ducation nationale, Alain Savary.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean Petite, porteur du projet &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De bout en bout l'&#233;laboration du projet est port&#233;e par Jean Petite, avec &#224; ses c&#244;t&#233;s notamment Luc Bouret, tous deux militants d'origine chr&#233;tienne, pass&#233;s par le PSU puis par le PS, et ayant r&#233;sist&#233; jusqu'au bout aux pressions visant &#224; leur faire quitter la tendance UA. D&#232;s 1967 J. Petite est &#233;lu au secr&#233;tariat national du SNES, en charge de la commission p&#233;dagogique, et conservera des responsabilit&#233;s nationales jusqu'&#224; sa retraite. Il conjugue un grand int&#233;r&#234;t pour les th&#232;ses de l'&#233;ducation nouvelle, une forte ambition d&#233;mocratique pour l'&#233;cole, et un refus de toute approche doctrinaire, se d&#233;finissant lui-m&#234;me dans ses m&#233;moires comme un &#171; pragmatique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; ambition, J. Petite se r&#233;clame avec constance d'un &#171; enseignement d&#233;mocratique de qualit&#233; &#187;, qui exige &#224; son sens &#171; un grand second degr&#233; de la 6&#232;me &#224; la terminale &#187;. Il s'opposera fortement au projet d'&#233;cole fondamentale du SNI et &#224; celui de la FEN d'&#233;ducation permanente, dans lequel il voit une m&#233;diocre justification de la limitation &#224; 16 ans de l'obligation scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; p&#233;dagogie, il assiste au colloque d'Amiens en 1968, rencontre Ivan Illich en 1972, &#233;voque &#224; plusieurs reprises dans ses m&#233;moires son int&#233;r&#234;t pour l'&#233;ducation nouvelle, dont il aura l'occasion de d&#233;fendre les d&#233;marches, notant que la formule qu'il propose en 1977 d'&#171; un secondaire unifi&#233;, dans l'&#233;cole progressive &#187; fait aussi r&#233;f&#233;rence pour lui &#224; ses apports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c&#244;t&#233; pragmatisme ? &#171; Mon approche fut essentiellement pragmatique &#187; (m&#233;moires) : c'est particuli&#232;rement le cas en mati&#232;re de lutte contre l'&#233;chec scolaire, domaine dans lequel J. Petite pr&#234;tera une attention permanente &#224; tous les recours concrets et exp&#233;rimentaux possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le concept d'&#233;cole progressive fut l'&#339;uvre d'un homme et de la petite &#233;quipe r&#233;unie autour de lui, jusqu'o&#249; aura-t-il &#233;t&#233; aussi le bien propre de l'ensemble de l'organisation syndicale ? Une chose est s&#251;re : il vient de loin, puisque tout au long des ann&#233;es 1960 d&#233;j&#224; les militants UA se pr&#233;occupent d'une r&#233;appropriation offensive du PLW. Il h&#233;rite de la critique d&#233;velopp&#233;e dans ces ann&#233;es de la th&#233;orie des dons, &#224; la suite du fameux texte de Lucien S&#232;ve soutenant en 1964 que &#034;Les dons n'existent pas&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, &#034;Les dons n'existent pas&#034;, in GFEN, Dou&#233;, non dou&#233;, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'enracine aussi dans les luttes du syndicat pour le coll&#232;ge unique. Son &#233;laboration est favoris&#233;e par la fusion du SNES avec le SNET, et par les luttes qui s'en suivront pour aligner le recrutement et la carri&#232;re des deux corps enseignants, lesquelles posent la question du rapprochement des enseignements eux-m&#234;mes. Enfin il est valid&#233; par les congr&#232;s syndicaux, et pleinement assum&#233; par la direction, qui lui donne toute sa place dans l'US, et en fait son projet officiel en vue de l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;cole progressive : perspectives d'ensemble&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant du constat qu'&#171; une grande ambition p&#233;dagogique ne traverse pas l'&#233;cole &#187;, l'&#233;cole progressive se pr&#233;sente comme &#171; une n&#233;cessit&#233; pour le pr&#233;sent et un pari pour l'avenir &#187; (US n&#176; 7, 1981, comme toutes les citations qui suivent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forte tension qui anime tout le projet vers l'unification du second degr&#233; le d&#233;marque d'embl&#233;e du PLW, qui laissait subsister les distinctions entre &#233;coles pratiques d'apprentissage, sections professionnelles, et sections g&#233;n&#233;rales. Il est difficile de ne pas associer cette &#233;volution &#224; la disparition manifeste de la notion d'aptitudes, qui restait pr&#233;gnante dans le PLW&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ce dernier, une &#233;cole d&#233;mocratique devait s'assigner pour objectif de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;cole progressive ouvre le droit de chaque jeune &#171; &#224; revendiquer tous les moyens d'un d&#233;veloppement maximum &#187;. &#171; Les difficult&#233;s scolaires ne tiennent pas pour l'essentiel &#224; des diff&#233;rences individuelles inn&#233;es, mais sont (&#8230; ) directement li&#233;es &#224; la situation sociale des int&#233;ress&#233;s &#187;. Il convient d&#232;s lors, et le SNES affirme fortement ici son refus du d&#233;nivel&#233; d'exigences, de &#171; permettre &#224; tous de recevoir une formation de m&#234;me qualit&#233; conforme aux objectifs p&#233;dagogiques d&#233;finis &#224; chaque &#233;tape de la scolarit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Porter l'obligation scolaire &#224; dix-huit ans s'impose &#224; cette fin, donnant du temps pour r&#233;ins&#233;rer les jeunes en difficult&#233;, permettant d'&#233;viter les p&#233;dagogies &#171; h&#226;tives et autoritaires &#187;, assurant &#224; tous un niveau d'&#233;ducation suffisant pour former &#171; l'homme, le travailleur, le citoyen &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambition appelle un r&#233;am&#233;nagement d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif en partant de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, qui le rende plus efficient et permette d'instaurer un tronc commun jusqu'&#224; la seconde incluse ; la marche vers l'unification de deux derniers niveaux de classe proc&#233;dant par un d&#233;cloisonnement progressif des trois lyc&#233;es (g&#233;n&#233;ral, technique, et d'enseignement professionnel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, outre la r&#233;f&#233;rence discr&#232;te &#224; l'&#233;ducation nouvelle, le qualificatif d'&#233;cole progressive renvoie &#224; la fois &#224; la substitution de l'axe vertical du d&#233;roulement du cursus de tronc commun &#224; l'axe horizontal de la diff&#233;renciation des voies de scolarisation qui a caract&#233;ris&#233; l'&#233;cole de la 3&#232;me R&#233;publique, et continue &#224; marquer l'&#233;cole unique de la 5&#232;me ; &#224; la m&#233;thode de transformation &#224; venir du syst&#232;me &#233;ducatif actuel ; et enfin au relatif inach&#232;vement des propositions du SNES, dont le projet &#171; n'est pas enti&#232;rement boucl&#233; &#187; (m&#233;moires de J. Petite) et doit s'affiner &#224; l'exp&#233;rience pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;cole progressive : les enseignements&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment aux vis&#233;es de l'&#233;ducation nouvelle, l'&#233;cole progressive entend former des &#171; hommes complets &#187;. Cette r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;ducation nouvelle s'accompagne pour autant du refus tout aussi explicite de sacrifier l'apprentissage des savoirs &#224; la s&#233;duction des m&#233;thodes d'enseignement : pas question de &#171; condamner les hommes &#224; l'ignorance &#187; ! Il s'agit de fixer pour chaque &#233;tape du cursus des objectif d&#233;finissant, discipline par discipline, les savoirs et savoir faire qui doivent &#234;tre acquis ; et de d&#233;velopper particuli&#232;rement &#224; cette fin les connaissances de la didactique. Symbolique de cette ferme d&#233;fense des savoirs, cette affirmation selon laquelle &#171; l'&#233;cole progressive n'est pas centr&#233;e sur l'enfant ou l'adolescent (&#8230;) mais sur la vie et le travail du jeune en relation pour cela avec des adultes &#187; : ce n'est pas l'enfant, mais les apprentissages qu'elle met &#171; au centre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient en m&#234;me temps d'en finir avec la hi&#233;rarchie des disciplines &#171; pour concevoir un v&#233;ritable tronc commun d'enseignements fondamentaux, ensemble coordonn&#233; d'&#233;l&#233;ments d'&#233;gale valeur. &#187; La manifestation la plus spectaculaire, eu &#233;gard &#224; la tradition &#233;litiste de l'enseignement secondaire fran&#231;ais, de ce souci d'&#233;gale consid&#233;ration envers les disciplines est certainement la proposition d'introduire un enseignement technologique d&#232;s l'enseignement &#233;l&#233;mentaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient aussi d'en finir avec &#171; l'illusion de l'interdiscipline qui (&#8230;) con&#231;oit sous le nom de domaine un amalgame de disciplines qui n'a d'autre r&#233;alit&#233; que scolaire. &#187; Mais sans m&#233;conna&#238;tre la r&#233;alit&#233; des relations interdisciplinaires, et sans se contenter donc d'une conception des contenus qui ne ferait que juxtaposer les disciplines. Ainsi de l'exigence d' &#171; imbriquer &#233;troitement &#171; g&#233;n&#233;ral &#187; et &#171; professionnel &#187; &#187;. Dans le monde actuel &#171; la n&#233;cessit&#233; d'int&#233;grer &#224; la formation professionnelle des connaissances technologiques de base est devenue &#233;vidente &#187;, et il en va de m&#234;me pour &#171; les connaissances scientifiques qui leur servent de support &#187;. Si l'on pr&#233;f&#232;re, la formation professionnelle implique &#171; une formation polytechnique non plus centr&#233;e sur l'apprentissage d'un &#171; m&#233;tier &#187;, encore moins d'un poste de travail, mais sur l'acquisition d'un bagage scientifique et technologique &#224; dominante, utilisable dans un ensemble d'activit&#233;s professionnelles, et permettant une adaptation aux &#233;volutions &#224; venir &#187;. Conjointement le futur travailleur, pour &#234;tre aussi un homme et un citoyen, doit mieux conna&#238;tre la soci&#233;t&#233; dans laquelle il vit et acqu&#233;rir &#171; les moyens d'intervenir de fa&#231;on plus active &#224; la fois dans son travail et dans la soci&#233;t&#233; &#187; : ce qui donne toute leur place aux enseignements dits culturels, aux disciplines litt&#233;raires, artistiques et sportives. Si l'&#233;cole progressive ne peut pas &#234;tre par elle-m&#234;me lib&#233;ratrice, elle doit &#234;tre &#171; l'instrument d'une dynamique g&#233;n&#233;rale de progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;cole progressive : la p&#233;dagogie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment au refus proclam&#233; de tout d&#233;nivel&#233; d'exigence au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires, les pr&#233;occupations p&#233;dagogiques du projet du SNES portent essentiellement sur la fa&#231;on d'aider ces derniers &#224; surmonter leurs difficult&#233;s intellectuelles. Le r&#233;examen des fonctionnements de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire doit y contribuer ; pour le reste, il s'agit de mobiliser une batterie de moyens propres &#224; r&#233;cup&#233;rer et r&#233;ins&#233;rer dans le flux commun les plus vuln&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les mesures pr&#233;conis&#233;es, relevons : les aides financi&#232;res aux familles concern&#233;es ; les aides p&#233;dagogiques individualis&#233;es, le travail en mini groupes, les groupes de rattrapage, les groupes de niveau ; la transformation des classes de Cppn-cpa en v&#233;ritables classes de rattrapage ; le travail enseignant en &#233;quipe et l'encadrement collectif des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; ; le soin apport&#233; &#224; l'organisation de la vie scolaire ; et au plan des contenus d'enseignement, l'abandon d'un mod&#232;le culturel unique (on songe ici &#224; la critique bourdieusienne de l'imposition &#224; tous les &#233;l&#232;ves de l'arbitraire culturel des classes sup&#233;rieures).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'enterrement du projet&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du projet d'&#233;cole progressive que nous venons d'examiner, deux possibilit&#233;s s'offraient au SNES. Soit consid&#233;rer que l'essentiel &#233;tait de parvenir &#224; assurer &#224; tous les jeunes &#224; 18 ans un bagage de culture commune, et donc interroger plus avant la nature de la transformation &#171; en profondeur &#187; dont l'&#233;cole fran&#231;aise avait besoin afin de mettre tous ses publics en mesure de s'approprier effectivement un tel bagage. Soit renoncer &#224; tout objectif d'unification des cursus secondaires, s'en tenir au dispositif existant des fili&#232;res et des s&#233;ries, r&#233;clamer &#224; leur endroit une &#233;gale consid&#233;ration, en leur assignant pour objectif de mener tous leurs &#233;l&#232;ves &#224; l'obtention d'un dipl&#244;me qualifiant. La seconde option a pr&#233;valu, et bien des &#233;l&#233;ments dans la conjoncture des ann&#233;es 1980 peuvent &#233;clairer une telle issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir pour lequel le SNES se pr&#233;parait depuis tant d'ann&#233;es s'est traduite par une accumulation d'obstacles &#224; la r&#233;alisation du projet m&#251;ri par J. Petite. Rappelons d'abord les &#233;l&#233;ments majeurs du contexte. Le &#171; tournant de la rigueur &#187; de 1983 &#233;loigne la perspective d'obtenir &#171; le temps et les moyens d'enseigner &#187; n&#233;cessaires &#224; la mise en &#339;uvre de l'&#233;cole progressive. L'engagement massif de la droite dans la bataille pour emp&#234;cher la mise en place d'un grand service public d'&#233;ducation nationale d&#233;bouchera en 1984 sur le renoncement du PS et la d&#233;mission du ministre Savary, contribuant &#224; affaiblir encore la mobilisation des militants progressistes et &#224; placer les organisations syndicales sur la d&#233;fensive. C'est aussi en 1984-1985, avec la commandite par Mitterrand d'un rapport au coll&#232;ge de France sur &#171; l'enseignement de l'avenir &#187;, que la gauche socialiste commence &#224; reprendre &#224; son compte la th&#233;matique du SMIC culturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Pierre Terrail, Que faire avec le &#171; socle &#187; et les &#171; comp&#233;tences &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique propre de l'enseignement professionnel, de son c&#244;t&#233;, va &#233;galement peser dans l'&#233;volution de la situation. Le temps o&#249; celui-ci b&#233;n&#233;ficiait de l'aura d'un enseignement s&#233;lectif et significativement qualifiant est maintenant bien pass&#233;, et il fait de plus en plus massivement figure de fili&#232;re de rel&#233;gation. Qui plus est, dans le contexte du d&#233;veloppement du ch&#244;mage de masse, il se voit accuser par le patronat de proposer des formations inadapt&#233;es aux besoins des employeurs. Ses protagonistes font face &#224; la disqualification en mettant en avant le r&#244;le d'un enseignement &#171; de la seconde chance &#187;, innovant p&#233;dagogiquement et permettant la r&#233;habilitation de publics malmen&#233;s dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral. L'arriv&#233;e de Chev&#232;nement au minist&#232;re et la cr&#233;ation du bac pro en 1985 leur fournissent un renfort inesp&#233;r&#233;. Ce dernier conna&#238;t un succ&#232;s tr&#232;s rapide, tant du c&#244;t&#233; des familles que du c&#244;t&#233; des enseignants et de leur syndicat, le SNETAA. Les trois fili&#232;res sont d&#233;sormais compl&#232;tes, conduisant chacune au terme du secondaire. Comment les remettre en cause ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;l&#233;ments plus sp&#233;cifiques vont contribuer &#224; amoindrir la capacit&#233; du syndicat &#224; affronter ces obstacles. Ainsi en va-t-il de l'affaiblissement de sa marge de jeu institutionnelle. Compte tenu de sa repr&#233;sentativit&#233;, le SNES &#233;tait de tr&#232;s longue date l'interlocuteur privil&#233;gi&#233; du minist&#232;re. Il pouvait s'attendre &#224; ce qu'il n'en aille pas autrement avec un gouvernement de gauche, dont le ministre Savary, membre du PS, devait logiquement &#233;tablir des rapports de coop&#233;ration, fussent-ils plus ou moins conflictuels, avec les organisations de la FEN. Or le ministre, &#233;vitant ainsi de s'emp&#234;trer dans les conflits UA/UID, se tourne&#8230; vers le SGEN-CFDT, nommant des charg&#233;s de mission (Legrand pour le coll&#232;ge, Prost pour le lyc&#233;e, Peretti pour la formation des enseignants), lesquels constitueront des commissions dans lesquelles le SNES se retrouvera minoritaire. Par ailleurs c'est &#224; partir de la rentr&#233;e 1980 qu'arrivent au lyc&#233;e les premiers &#233;l&#232;ves issus du coll&#232;ge unique (mis en place par la r&#233;forme Haby de 1975), au grand dam de nombre d'enseignants : d&#233;licat, dans la circonstance, de mettre en avant la proposition de seconde commune que pr&#233;voit le projet d'&#233;cole progressive. Il semble bien d'ailleurs que ce dernier ne sera en fait jamais pr&#233;sent&#233; officiellement &#224; Savary.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment enfin de ne pas &#233;voquer ici les rapports difficiles du SNES avec la question de l'enseignement professionnel, dont les membres ne rel&#232;vent pas de son champ de syndicalisation, &#224; la diff&#233;rence de ceux de l'enseignement technique ? L'int&#233;gration de l'enseignement professionnel dans le lyc&#233;e unifi&#233; de l'&#233;cole progressive &#233;tait pr&#233;vue, mais dans une perspective d'autant plus &#171; progressive &#187; que le SNETAA, qui commen&#231;ait &#224; la fin des ann&#233;es 1970 &#224; prendre le pas dans ce secteur sur la CGT en raison des modifications du recrutement des enseignants, donnait la majorit&#233; de ses voix &#224; la tendance UID et apparaissait comme l'alli&#233; du SNI-PEGC. Cette situation, notera Petite dans ses m&#233;moires, &#171; faisait obstacle &#224; la r&#233;flexion commune &#187;. Elle n'est pas pour rien non plus dans les r&#233;ticences du SNES face &#224; la transformation des CET en LEP en 1978&#8230; et &#224; la cr&#233;ation des bac pro en 1985 auxquels le syndicat, dont d'importants dirigeants de l'&#233;poque (tels Monique Vuaillat ou Yves Baunay) &#233;taient issus de l'enseignement technique, aurait pr&#233;f&#233;r&#233; une transformation des brevets de technicien pour en faire des bacs techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le ralliement &#224; la &#171; diversification &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que s'estompent au fil des ann&#233;es 1980 les ambitions de l'&#233;cole progressive, la th&#232;se de &#171; l'investissement &#233;ducatif &#187; au service du d&#233;veloppement industriel monte en puissance, promue notamment par Fran&#231;ois Labroille et Yves Baunay, et figurant de fa&#231;on r&#233;currente dans les motions de congr&#232;s. Elle permet &#224; la fois de plaider l'attribution de moyens financiers pour l'&#233;cole, et de prendre en compte un ch&#244;mage massif d&#233;sormais permanent et au statut de grande obsession nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNES est ainsi amen&#233; &#224; mettre davantage l'accent sur la formation du &#171; travailleur &#187;, et &#224; incorporer dans sa r&#233;flexion les besoins du d&#233;veloppement &#233;conomique&#8230; et leur diversit&#233;. On comprend que se mettent d&#232;s lors en place les th&#233;matiques de la &#171; diversification &#187; des voies de formation assur&#233; par l'enseignement secondaire. La formule &#233;merge en 1983/1984, va se voir progressivement valid&#233;e d'un congr&#232;s &#224; l'autre, et fera l'objet d'une exposition syst&#233;matique lors du colloque de Cachan de juin 1990, consacr&#233; &#224; &#171; La voie &#8216;technicienne' de formation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir La voie &#171; technicienne &#187; de formation, Adapt-SNES, 1990.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les perspectives qui y sont trac&#233;es s'opposent en bien des points aux conceptions de l'&#233;cole progressive. Qu'on en juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; diversification &#187;, note M. Vuaillat (alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale du syndicat) &#224; ce colloque, est celle des voies de formation et de leurs sp&#233;cialit&#233;s, dont l'existence r&#233;pond &#224; la diversit&#233; des qualifications requises sur le march&#233; du travail. Le SNES doit avoir pour objectif de lutter contre la d&#233;valorisation de la culture technique et professionnelle ; et de permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'aller au bout de leur formation pour sortir avec un dipl&#244;me qualifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat constate certes une surrepr&#233;sentation des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires dans les fili&#232;res techniques et professionnelles ; mais partant de l'id&#233;e que ces &#233;l&#232;ves ont &#171; des projets scolaires et sociaux plus modestes et plus courts &#187;, il en conclut que &#171; la fili&#232;re technicienne leur permet de construire progressivement, &#233;tape par &#233;tape, des projets de plus en plus ambitieux &#187; (contribution d'Y. Baunay). La diversification des voies de la formation lyc&#233;enne appara&#238;t en ce sens comme &#171; un formidable levier de d&#233;mocratisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons pour terminer deux points sur lesquels la nouvelle doctrine du SNES, celle de &#171; la r&#233;ussite pour tous &#187; associant diversification et d&#233;mocratisation, contredit manifestement la conception de l'&#233;cole progressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette derni&#232;re, les difficult&#233;s scolaires des &#233;l&#232;ves d'origine populaire n'entamaient en rien l'ambition de mener tous les &#233;l&#232;ves le plus loin possible vers le m&#234;me objectif ; mais elles appelaient un r&#233;am&#233;nagement d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif, &#224; partir de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire. Il ne s'agissait en aucune fa&#231;on de d&#233;fendre un cursus diversifi&#233; par le d&#233;nivel&#233; des projets des familles populaires (on ne reprend pas explicitement, en 1990, la justification de la diversit&#233; des voies par l'in&#233;galit&#233; des &#171; aptitudes &#187;, mais le r&#233;sultat n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense syndicale de &#171; la voie technicienne de formation &#187; est &#233;galement justifi&#233;e dans ce colloque de 1990 par le fait qu'elle associe &#224; la formation technique une formation &#171; g&#233;n&#233;rale &#187; dont elle permet l'acc&#232;s aux jeunes des classes populaires. On est loin, l&#224; encore, des approches de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente, qui d&#233;fendaient &#171; l'&#233;troite imbrication des enseignements g&#233;n&#233;raux, techniques, professionnels &#187;, en assumant l'exigence pour une formation professionnelle digne de ce nom de former des travailleurs ma&#238;trisant les fondements th&#233;oriques des technologies qu'ils sont appel&#233;s &#224; mettre en &#339;uvre et disposant, de plus, des moyens intellectuels et culturels &#171; d'intervenir de fa&#231;on plus active &#224; la fois dans leur travail et dans la soci&#233;t&#233; &#187; (US, n&#176;7, 1981).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un petit nombre d'ann&#233;es, le SNES est pass&#233; d'un logique de d&#233;mocratisation ambitieuse et conqu&#233;rante, tout enti&#232;re tendue vers l'unification du cursus lyc&#233;en, &#224; une logique d'am&#233;lioration du syst&#232;me &#233;ducatif existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution pourtant a &#233;t&#233; peu per&#231;ue, ou alors bien accept&#233;e, par une majorit&#233; de dirigeants et de militants. Les difficult&#233;s du coll&#232;ge unique (dont on se souvient qu'en 2002 encore il est majoritairement rejet&#233; par le corps enseignant, selon une enqu&#234;te FSU-SOFRES), le fait qu'avec la cr&#233;ation du bac pro une partie au moins des &#233;l&#232;ves les plus fragiles peuvent poursuivre leur scolarit&#233; jusqu'&#224; dix-huit ans, et que les trois fili&#232;res d&#233;bouchent (au moins en droit) sur l'enseignement sup&#233;rieur, ont pes&#233; en ce sens : la &#171; r&#233;ussite pour tous &#187; par la diversification pouvait para&#238;tre comme une fa&#231;on, plus r&#233;aliste, de mettre en &#339;uvre le projet d'&#233;cole progressive.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me partie &#8211; La constitution des trois voies a-t-elle contribu&#233; &#224; la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole ? (&lt;i&gt;Tristan Poullaouec&lt;/i&gt;)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deux nouveaux types de baccalaur&#233;at...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit Samuel Johsua, &#034;le degr&#233; de s&#233;paration scolaire entre groupes sociaux est un excellent indicateur des divisions plus larges au sein de la soci&#233;t&#233;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une autre &#233;cole est possible ! Manifeste pour une &#233;ducation &#233;mancipatrice, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La structuration des 3 voies segmentant les scolarit&#233;s lyc&#233;ennes dans la France contemporaine l'illustre &#224; l'envi. Moins d'un tiers des &#233;l&#232;ves de premi&#232;re ou terminale g&#233;n&#233;rales/Sp&#233;cialis&#233;es en 3 s&#233;ries : scientifique, litt&#233;raire ou sciences &#233;conomiques et sociales./ sont des enfants d'ouvriers ou d'employ&#233;s, alors que ces derniers repr&#233;sentent la moiti&#233; des &#233;l&#232;ves de 6e. Dans la voie technologique, ils constituent 45% des &#233;l&#232;ves, r&#233;partis entre 8 s&#233;ries de sciences et technologies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les principales sont : management et gestion, industrie et d&#233;veloppement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La voie professionnelle (bacs professionnels et brevets des m&#233;tiers) est quant &#224; elle majoritairement fr&#233;quent&#233;e par des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires : 55% de son public sont des enfants d'ouvriers ou d'employ&#233;s, auxquels il faut ajouter 13% d'enfants de ch&#244;meurs n'ayant jamais travaill&#233; ou de personnes sans activit&#233; professionnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;partition des &#233;l&#232;ves du second degr&#233; selon l'origine sociale &#224; la rentr&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Encore s'agit-il ici de moyennes nationales, la s&#233;gr&#233;gation spatiale des groupes sociaux venant accentuer ces polarisations en bien des lyc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; toutes les r&#233;novations du lyc&#233;e entreprises ces deux derni&#232;res d&#233;cennies, ces proportions sont tr&#232;s stables depuis 2000. Et pourtant, la proportion de bacheliers dans une g&#233;n&#233;ration a augment&#233; depuis 2009. Apr&#232;s avoir atteint un palier autour de 62% entre 1995 et 2008, elle a grimp&#233; jusqu'&#224; 79% en 2017 suite &#224; la r&#233;forme de la voie professionnelle. En effet, la proportion de bacheliers professionnels a doubl&#233; en une dizaine d'ann&#233;es, d&#233;passant celle de bacheliers technologiques (22% contre 16%). Si cette &#233;volution contribue &#224; &#233;largir la diffusion du bac dans les nouvelles g&#233;n&#233;rations, en particulier dans les classes populaires, elle ne s'accompagne d'aucune diminution des in&#233;galit&#233;s d'obtention des trois types de bac selon l'origine sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... qui absorbent les &#171; nouveaux lyc&#233;ens &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le pass&#233;, les trois voies d'acc&#232;s au bac ont-elles contribu&#233; &#224; la d&#233;mocratisation scolaire ? Avant d'en prendre la mesure, il n'est pas inutile de revenir bri&#232;vement sur les intentions de leurs promoteurs, ou tout au moins des politiques scolaires qui en ont d&#233;cid&#233;, en commen&#231;ant par la voie technique, rebaptis&#233;e technologique en 1985. Comme le rappelle Guy Brucy, de Gaulle et son conseiller Jacques Narbonne cr&#233;ent les fili&#232;res F, G et H en 1965 (anc&#234;tres des actuelles s&#233;ries STI2D, STMG, ST2S, etc.) pour faire face &#224; l'afflux d&#233;bordant d'&#233;l&#232;ves dans le secondaire : il s'agit pour eux d'&#233;difier des digues, des &#171; d&#233;rivations vers l'enseignement technique &#187; pour &#171; d&#233;sencombrer &#187; le secondaire classique. Et pour ce faire, l'orientation doit &#171; s'opposer aux ambitions abusives &#187; des parents et diriger vers le technique &#171; ceux qui n'ont rien &#224; faire dans un enseignement dont l'issue normale est l'enseignement sup&#233;rieur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un article &#224; para&#238;tre dans la Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie comparant la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la prolongation de la voie professionnelle par un bac, cr&#233;&#233; en 1985, on sait par les travaux d'Antoine Prost&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;La cr&#233;ation du bac pro, histoire d'une d&#233;cision&#034;, in Mathias Millet, Gilles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'elle correspondait &#224; une demande d'&#233;l&#233;vation de la qualification de la main d'&#339;uvre ouvri&#232;re, exprim&#233;e par le grand patronat de l'industrie, en termes d'augmentation de la polyvalence et des &#233;changes d'informations entre salari&#233;s. Ces industriels voulaient un dipl&#244;me sup&#233;rieur au BEP, pr&#233;par&#233; en alternance, mais pas un nouveau bac : c'est surtout le lobbying du syndicat FEN des proviseurs de lyc&#233;es professionnels et l'affichage politique d'un bac pour les ouvriers qui emport&#232;rent la d&#233;cision de Fabius et de Chev&#232;nement, lan&#231;ant alors l'objectif de conduire 80% d'une classe d'&#226;ge au niveau du bac &#224; l'horizon 2000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une autre raison inavou&#233;e de la prolongation des scolarit&#233;s apr&#232;s le BEP (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel bilan peut-on tirer de la cr&#233;ation de ces deux voies du lyc&#233;e du point de vue de la d&#233;mocratisation scolaire ? Dans quelle mesure a-t-elle permis &#171; au plus grand nombre possible d'individus de s'emparer dans le moins de temps possible, le plus compl&#232;tement et le plus parfaitement possible du plus grand nombre possible des aptitudes qui font la culture scolaire &#224; un moment donn&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon la formule de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron : Les h&#233;ritiers, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Cette question ne peut avoir qu'une r&#233;ponse pointant l'ambivalence des effets des r&#233;formes. D'un c&#244;t&#233;, les bacs de techniciens, puis les bacs professionnels ont conduit davantage d'&#233;l&#232;ves &#224; un niveau de savoirs &#233;labor&#233;s plus ambitieux, c'est incontestable. De l'autre, ils n'ont pas r&#233;duit l'in&#233;galit&#233; des chances d'appropriation de ces savoirs in&#233;galement enseign&#233;s d'une voie &#224; l'autre. Ces deux r&#233;formes ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans l'extension de l'enseignement secondaire mais n'ont pas aboli la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits sont l&#224;. La cr&#233;ation des bacs de techniciens en 1965 augmente le nombre de bacheliers (de 14 000 bacheliers &#224; la session de 1969 &#224; 82 000 &#224; la session de 1985, o&#249; ils repr&#233;sentent un tiers des bacheliers). Le nombre de bacheliers g&#233;n&#233;raux conna&#238;t pour sa part une croissance plus faible (+43 000)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristan Poullaouec, &#171; Le lyc&#233;e : de l'&#233;cole des notables &#224; l'&#233;cole pour tous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la part des enfants d'ouvriers, de contrema&#238;tres ou de personnels de service qui obtient le bac g&#233;n&#233;ral n'augmente quasiment pas dans la m&#234;me p&#233;riode (de 11% parmi les &#233;l&#232;ves sortis de CM2 en 1962 &#224; 13% parmi les entrants en 6e en 1980)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristan Poullaouec, Le dipl&#244;me, arme des faibles, La Dispute, 2010.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La nouvelle voie d'acc&#232;s au bac absorbe l'essentiel des &#171; nouveaux publics &#187; du lyc&#233;e : les &#233;l&#232;ves des fili&#232;res F, G et H sont plus souvent d'origine populaire que ceux de la voie g&#233;n&#233;rale. Une partie d'entre eux est issue des meilleurs &#233;l&#232;ves de BEP qui trouvent l&#224; une occasion de prolonger leur parcours jusqu'au bac. Mais en moyenne, ces &#233;l&#232;ves ont connu plus de redoublements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses se sont pass&#233; un peu diff&#233;remment lors de la massification des lyc&#233;es qui suit la cr&#233;ation des bacs pro. L&#224; aussi, la voie professionnelle s'est rapidement install&#233;e dans le paysage des lyc&#233;es. Sa r&#233;forme r&#233;cente lui a encore donn&#233; un nouvel essor, rendu possible par une extension de l'offre scolaire en mati&#232;re de s&#233;ries professionnelles. En 1995, 6 lyc&#233;es sur 10 sont des &#233;tablissements d'enseignement g&#233;n&#233;ral et technologique. Vingt ans plus tard, seuls 4 lyc&#233;es sur 10 ne proposent pas de voie professionnelle, beaucoup d'entre eux &#233;tant devenus polyvalents. Mais &#224; la diff&#233;rence de l'av&#232;nement des bacs de techniciens, la voie professionnelle n'a pas absorb&#233; tous les &#171; nouveaux publics &#187;. La seconde explosion scolaire a aussi fortement contribu&#233; &#224; l'augmentation de la part de bacheliers g&#233;n&#233;raux parmi les &#233;l&#232;ves issus des classes populaires : 13% chez les enfants d'ouvriers, de contrema&#238;tres ou de personnels de service dans la cohorte entr&#233;e au coll&#232;ge en 1980, 23% chez ceux qui y arrivent en 1989, cette part restant &#224; peu pr&#232;s stable dans la cohorte suivante (Le dipl&#244;me, arme des faibles, op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;In&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite dans l'enseignement sup&#233;rieur et v&#339;ux d'orientation dans l'enseignement secondaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s d'acquis et de performance entre les &#233;l&#232;ves des trois voies se r&#233;v&#232;lent de fa&#231;on spectaculaire lors des poursuites d'&#233;tudes dans l'enseignement sup&#233;rieur, de plus en plus massives au tournant des ann&#233;es 1990 (autour de 7 bacheliers technologiques sur 10 actuellement, pour moiti&#233; en STS, puis &#224; l'universit&#233;, et en IUT), mais aussi tr&#232;s fragiles. En effet, &#171; la probabilit&#233; de sortir sans dipl&#244;me de l'enseignement sup&#233;rieur est de 9% pour les titulaires d'un baccalaur&#233;at g&#233;n&#233;ral, de 29% pour ceux d'un baccalaur&#233;at technologique et de 56% pour un baccalaur&#233;at professionnel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Samuel Fouquet, &#171; R&#233;ussite et &#233;chec en premier cycle &#187;, Note d'information, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et lorsqu'on compare la r&#233;ussite des bacheliers technologiques selon leur orientation apr&#232;s le bac, il ne faut pas sous-estimer l'&#233;chec &#224; obtenir le BTS en deux ans (34%), m&#234;me s'il reste tr&#232;s inf&#233;rieur &#224; l'&#233;chec &#224; obtenir la licence en trois ans (91%)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathias Denjean, Cyrielle Perraud-Ussel, &#171; Parcours et r&#233;ussite en STS : les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons pour finir aux divisions sociales reproduites dans les divisions scolaires. D'apr&#232;s les donn&#233;es les plus r&#233;centes du panel suivant les &#233;l&#232;ves entr&#233;s en 6e en 2007, une majorit&#233; des enfants d'ouvriers sont toujours orient&#233;s vers la voie professionnelle d&#232;s la fin de la 3e (60% quand la personne de r&#233;f&#233;rence du m&#233;nage fait partie des ouvriers r&#233;put&#233;s non qualifi&#233;s, 52% quand elle est parmi les ouvriers qualifi&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; In&#233;galit&#233;s sociales et migratoires. Comment l'&#233;cole amplifie-t-elle les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Outre l'argument de la faiblesse de leur niveau en fin de coll&#232;ge, on justifie souvent ces orientations par des pr&#233;f&#233;rences individuelles ou culturelles que l'&#233;cole devrait bien prendre en compte lors du passage &#224; l'&#226;ge adulte. La m&#234;me enqu&#234;te r&#233;v&#232;le cependant la force d'attraction de la voie g&#233;n&#233;rale et les r&#233;ticences aujourd'hui tr&#232;s partag&#233;es envers la voie professionnelle parmi les parents d'&#233;l&#232;ves, y compris dans les classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jusqu'&#224; quel &#226;ge souhaitez-vous que votre enfant poursuive ses &#233;tudes ? 16 ans, 18 ans, 20 ans ou plus ? Vous ne savez-pas ? &#187; La question a &#233;t&#233; pos&#233;e aux parents d'&#233;l&#232;ves au cours de l'ann&#233;e de 6e de leur enfant. Si 35% disent ne pas le savoir et 2% indiquent 16 ans, 63% d'entre eux souhaitent une scolarit&#233; au minimum jusqu'&#224; 18 ans. Il y a tr&#232;s peu de variations selon les milieux sociaux quand un &#226;ge est indiqu&#233; : entre 8 et 9 fois sur 10, selon les fractions des classes populaires, la norme pratique d'une scolarisation prolong&#233;e jusqu'&#224; l'&#226;ge d'au moins 20 ans s'impose. Interrog&#233;s au m&#234;me moment sur les orientations envisag&#233;es, l'ind&#233;cision des parents se manifeste d'autant plus fortement qu'ils occupent des positions d&#233;favoris&#233;es et r&#233;unit autour de 40% des r&#233;ponses. Il ne s'agit pas d'une indiff&#233;rence, mais plut&#244;t d'un manque de visibilit&#233; sur les cursus scolaires, et surtout, on y reviendra, d'une d&#233;pendance attentive aux r&#233;sultats scolaires de leurs enfants. Mais ce qui frappe aussi, c'est la part importante de parents qui visent le bac g&#233;n&#233;ral, dans la population totale des parents d'&#233;l&#232;ves, mais aussi dans les classes populaires (graphique).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_264 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH266/capture_d_e_cran_2017-11-06_a_18.06.54-b527a.png?1790689107' width='500' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Certes, une petite fraction des parents des classes populaires n'envisage pas le bac g&#233;n&#233;ral pour leur enfant, en tout cas pas &#224; ce stade. C'est le cas des plus d&#233;munis d'entre eux, parmi les ouvriers agricoles ou les ouvriers peu qualifi&#233;s. Mais lorsqu'une orientation est envisag&#233;e, c'est majoritairement le bac g&#233;n&#233;ral auquel aspirent les parents dans la plupart des milieux sociaux. En fin de 3e, les choses se pr&#233;cisent et des v&#339;ux d'orientation sont demand&#233;s aux parents. Ceux-ci d&#233;pendent alors &#233;troitement des notes au contr&#244;le continu du brevet des coll&#232;ges. Lorsqu'elles sont comprises entre 12 et 15, 88% des employ&#233;s et 85% des ouvriers souhaitent une orientation en seconde g&#233;n&#233;rale ou technologique, tout comme la quasi totalit&#233; des cadres, des enseignants, des professions lib&#233;rales et des chefs d'entreprise. Le diff&#233;rentiel d'ambition scolaire, ou de vuln&#233;rabilit&#233; aux verdicts scolaires, s'agrandit &#224; mesure que les notes baissent. Ainsi, lorsqu'elles sont comprises entre 8 et 10, les 2/3 des parents cadres maintiennent ce souhait d'orientation, tandis que les 2/3 des parents ouvriers et pr&#232;s de 6 employ&#233;s sur 10 y renoncent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claudine Pirus, &#171; Orientation en fin de 3e : une proc&#233;dure marqu&#233;e par de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pla&#231;ons-nous pour conclure en fin de seconde, &#224; l'heure des choix entre une premi&#232;re g&#233;n&#233;rale et une premi&#232;re technologique. Et consid&#233;rons les &#233;l&#232;ves qui n'ont jamais redoubl&#233; depuis la 6e, &#233;vitant ainsi plus facilement l'orientation vers la voie professionnelle. Si plus de 80% des parents exer&#231;ant des emplois de cadres, de professions intellectuelles sup&#233;rieures ou de professions interm&#233;diaires placent une premi&#232;re g&#233;n&#233;rale en premier v&#339;u, c'est aussi le cas des 2/3 des parents exer&#231;ant des emplois d'ouvriers, d'employ&#233;s ou des inactifs. Les autres orientations (premi&#232;re technologique, redoublement, bac pro...) sont certes envisag&#233;es, mais uniquement quand les r&#233;sultats de l'&#233;l&#232;ve aux &#233;valuations r&#233;alis&#233;es &#224; l'entr&#233;e en 6e le situent dans la moiti&#233; inf&#233;rieure en fran&#231;ais et en math&#233;matiques (le v&#339;u de premi&#232;re g&#233;n&#233;rale ne rassemble alors que la moiti&#233; des souhaits parmi les parents des classes populaires).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion du dossier : l'&#171; &#233;cole progressive &#187; et nous
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La diversification n'est pas &#171; un formidable levier de d&#233;mocratisation &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen du projet d'&#171; &#233;cole progressive &#187; &#233;labor&#233; par le SNES dans les ann&#233;es 1970 permet de constater l'existence de forts points de convergence avec le concept d'&#171; &#233;cole commune &#187; avanc&#233; aujourd'hui par le GRDS, qu'il s'agisse : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de pr&#244;ner un r&#233;am&#233;nagement d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif au service d'une forte am&#233;lioration de son efficacit&#233; p&#233;dagogique, afin de rendre possible la mise en place d'un tronc commun et la plus grande unification possible du cursus lyc&#233;en ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de consid&#233;rer comme essentielle l'acquisition des savoirs disciplinaires, et de refuser en ce sens de penser s&#233;par&#233;ment les contenus d'enseignement et la fa&#231;on d'enseigner ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de valoriser la culture technique en l'introduisant dans les programmes d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tent&#233; ici de prendre la pleine mesure des tr&#232;s fortes contraintes qui ont amen&#233; dans la d&#233;cennie suivante le SNES &#224; accepter le cadre de la diversification des voies du lyc&#233;e, consid&#233;r&#233; comme favorable &#224; l'&#171; &#233;cole de la r&#233;ussite pour tous &#187;, sans abandonner l'objectif de l'obligation scolaire &#224; dix-huit ans. On doit bien l'admettre : cette r&#233;orientation strat&#233;gique &#233;quivaut &#224; un retour &#224; la probl&#233;matique des &#171; aptitudes &#187; diff&#233;renci&#233;es, m&#234;me si maintenant la r&#233;f&#233;rence aux in&#233;galit&#233;s culturelles a pris la place des in&#233;galit&#233;s biologiques d'autrefois. Or ce retour pr&#233;sente deux grandes faiblesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re concerne l'argumentaire du caract&#232;re d&#233;mocratisant des trois voies. Celles-ci favoriseraient la prolongation des cursus populaires en permettant aux familles concern&#233;es d'adapter progressivement &#224; la hausse des projets de scolarisation initialement modestes et prudents, et en offrant des contenus de culture g&#233;n&#233;rale conjoints aux enseignements techniques et professionnels. Cette th&#233;matique ignore en r&#233;alit&#233; le basculement du rapport des familles populaires &#224; l'&#233;cole qui se produit d&#232;s la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 1960 et que la recherche avait identifi&#233; bien avant le colloque du SNES de 1990&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, &#171; Familles ouvri&#232;res, &#233;cole, destin social (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970 en effet, le projet d'&#233;tudes longues (au moins le bac) est majoritaire dans les familles ouvri&#232;res, privil&#233;giant l'enseignement g&#233;n&#233;ral chaque fois que possible ; et, comme nous le montrons dans la troisi&#232;me partie de ce dossier, cette propension est devenue depuis le fait d'une fraction toujours croissante des classes populaires : l'entr&#233;e dans les fili&#232;res techniques et professionnelles proc&#233;dant le plus souvent d&#232;s lors d'une orientation par d&#233;faut ; et donc d'une &#171; adaptation &#187; non pas vers le haut, mais vers le bas. Les trois voies ne sont pas &#171; un formidable levier de d&#233;mocratisation &#187; (Actes du colloque SNES de 1990) : la seule fa&#231;on de r&#233;pondre aux aspirations populaires, c'est celle qui consiste &#224; remettre en chantier les contenus et les p&#233;dagogies &#224; partir de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, comme le projet d'&#233;cole progressive osait le proposer, en vue d'assurer &#224; tous l'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s de la culture &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, comment ne pas souligner le paradoxe suivant : pour consid&#233;rer les trois voies comme un levier de d&#233;mocratisation, encore est-il n&#233;cessaire de d&#233;fendre la valeur de la culture technique et professionnelle et des enseignements correspondants. Les appels syndicaux en ce sens n'ont pas cess&#233; depuis le colloque de 1990&#8230; celui-l&#224; m&#234;me qui enterre la proposition de l'&#233;cole progressive d'introduire la culture technique d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire ! Quant &#224; valoriser les fili&#232;res elles-m&#234;mes, autant convaincre les classes populaires (et les autres !) de l'&#233;gale d&#233;sirabilit&#233; des emplois offerts sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des ann&#233;es 1970 &#224; aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambition dont t&#233;moignait le projet d'&#233;cole progressive &#233;tait port&#233; par la dynamique ascendante des forces syndicales et politiques progressistes. Quarante ans apr&#232;s, dans une conjoncture bien diff&#233;rente, les raisons qui soutenaient ce projet en son temps sont tr&#232;s s&#233;rieusement renforc&#233;es. Nous l'avons soulign&#233; dans l'avant-propos de ce dossier : l'exigence pour les forces d&#233;mocratiques de reprendre la main sur l'avenir du monde social comme sur celui de la plan&#232;te n'a jamais &#233;t&#233; aussi pressante dans l'histoire de l'humanit&#233;. Le dossier qui pr&#233;sentait l'&#233;cole progressive en 1981 la donnait comme &#171; une n&#233;cessit&#233; pour le pr&#233;sent, un pari pour l'avenir &#187;. Une ambition comparable n'est-elle pas aujourd'hui &#171; une n&#233;cessit&#233; pour le pr&#233;sent, une &lt;i&gt;urgence&lt;/i&gt; pour l'avenir &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malthusianisme patronal m&#233;conna&#238;t par nature cette urgence, se gargarisant de &#171; soci&#233;t&#233; de la connaissance &#187; et de &#171; formation tout au long de la vie &#187;. L&#224; aussi le projet d'&#233;cole progressive avait vu juste, comme la recherche empirique l'a abondamment d&#233;montr&#233; depuis, en soulignant combien une bonne formation des adultes requ&#233;rait au premier chef une solide formation initiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle formation initiale alors pour aujourd'hui ? Face &#224; l'afflux massif des jeunes dans l'enseignement sup&#233;rieur, et &#224; leurs difficult&#233;s trop fr&#233;quentes &#224; se confronter &#224; ses exigences, le moment n'est-il pas venu de franchir une nouvelle &#233;tape dans notre histoire scolaire ? Le terme de la formation commune de base des citoyens avait &#233;t&#233; plac&#233;e dans les ann&#233;es 1880 &#224; la fin de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, en 1975 &#224; la fin du coll&#232;ge : ne conviendrait-il pas de monter &#224; nouveau la barre, pour la placer d&#233;sormais &#224; la fin du lyc&#233;e, en assignant &#224; l'institution scolaire la mission de mener tous ses publics jusqu'&#224; un bac de culture commune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait n&#233;cessaire &#224; cet effet de penser &#224; nouveaux frais les contenus du tronc commun de culture commune, qui devraient satisfaire &#224; une double exigence : permettre &#224; la fois toutes les sp&#233;cialisations professionnelles possibles au sortir du cursus commun, et assurer les savoirs indispensables &#224; l'intervention citoyenne de chacun dans les autres domaines de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objection majeure et r&#233;currente oppos&#233;e &#224; une telle perspective est celle de son suppos&#233; irr&#233;alisme : une formation de masse ne saurait &#234;tre en m&#234;me temps une formation de qualit&#233;, et vice-versa. Si l'on admet, comme le faisait le projet d'&#233;cole progressive en rejetant la notion d'aptitude, et comme nous le faisons au GRDS solides arguments &#224; l'appui, que tous les jeunes (sauf un &#224; deux pour cent de cas d'esp&#232;ces) sont en mesure d'entrer normalement dans la culture &#233;crite, une formation de masse et de qualit&#233; appara&#238;t tout &#224; fait possible ; mais elle exige une repens&#233;e g&#233;n&#233;rale des contenus et des p&#233;dagogies qui permette d'&#233;lever tr&#232;s sensiblement l'efficacit&#233; des enseignements, et cela en commen&#231;ant, comme pour tous les commencements dignes de ce nom, par le d&#233;but &#8211; c'est d&#232;s le CP en effet que se jouent les destins scolaires, ce qu'on sait de tr&#232;s longue date mais qu'on oublie r&#233;guli&#232;rement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'&#233;cole progressive avait bien pris la mesure de cette exigence. Il est &#233;labor&#233; toutefois dans le contexte historique d'une ample r&#233;novation p&#233;dagogique de notre syst&#232;me &#233;ducatif, et s'av&#232;re tr&#232;s marqu&#233; par les convictions de l'&#233;poque, accordant ainsi la plus grande confiance aux diff&#233;rentes modalit&#233;s possibles de la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e, comme &#224; l'id&#233;e que des contenus plus proches de l'univers culturel des classes populaires leur seraient plus facilement accessibles. Nous disposons pour notre part, quatre d&#233;cennies plus tard, d'un avantage certain : l'exp&#233;rience r&#233;alis&#233;e de la mise en &#339;uvre de proc&#233;dures p&#233;dagogiques qui ont eu tout le temps n&#233;cessaire pour faire la preuve de leur inefficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces proc&#233;dures rel&#232;vent en effet des p&#233;dagogies de la compensation, con&#231;ues pour pallier les &#171; d&#233;ficits &#187; des ressources intellectuelles des &#233;l&#232;ves d'origine populaire. Or les p&#233;dagogies compensatrices ont immanquablement pour effet de pr&#233;cipiter leur &#233;chec. Un tel constat sert de justification au renoncement pratiqu&#233; par les politiques de &#171; socle commun &#187;. Pour notre part il nous semble inviter surtout &#224; poser autrement la question de la scolarisation de ces &#233;l&#232;ves. Partir de ce qui leur fait d&#233;faut est une impasse : il faut donc tabler sur la r&#233;alit&#233; de leurs ressources, et leur permettre de les mobiliser dans le cadre d'un enseignement qui, loin de chercher &#224; leur &#233;viter les difficult&#233;s inh&#233;rentes &#224; tout apprentissage, maintienne &#224; leur &#233;gard une r&#233;elle exigence intellectuelle. C'est l&#224; le seul moyen de leur apporter ce que les &#171; h&#233;ritiers &#187; s'approprient dans leur milieu familial, et de retrouver pour eux les chemins d'une v&#233;ritable efficacit&#233; p&#233;dagogique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012 ; et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016. L'enqu&#234;te dirig&#233;e par R. Goigoux sur l'apprentissage de la lecture au CP vient encore de rappeler l'ampleur de la marge de progression dont dispose l'institution scolaire. Elle a port&#233; sur 131 classes de CP s&#233;lectionn&#233;es en raison tant de l'anciennet&#233; que de l'assurance professionnelle de leur ma&#238;tres. Contrairement &#224; ce &#224; quoi on aurait pu s'attendre les r&#233;sultats obtenus par cette &#233;lite enseignante ne sont en rien sup&#233;rieurs &#224; ceux relev&#233;s dans d'autres enqu&#234;tes men&#233;es dans des classes de quartiers populaires et dot&#233;es d'enseignants non s&#233;lectionn&#233;s : r&#233;sultats particuli&#232;rement modestes et annon&#231;ant l'ampleur de l'&#233;chec de masse &#224; venir. Et de fait l'enqu&#234;te Goigoux souligne combien les modes de conduite des apprentissages identifi&#233;s comme les plus efficaces ne sont adopt&#233;s que par une minorit&#233; de ces ma&#238;tres pourtant si certains de la pertinence de leurs pratiques&#8230; (voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture&lt;/i&gt;, 2016, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment leurs contributions &#224; l'ouvrage collectif publi&#233; par l'Institut de recherches de la FSU, &lt;i&gt;Valoriser l'enseignement professionnel, une exigence sociale&lt;/i&gt;, IR-FSU, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un entretien &#224; l'Express du 22-3-2001, voir &lt;a href=&#034;http://www.lexpress.fr/informations/le-college-unique-est-depasse_641758.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lexpress.fr/informations/le-college-unique-est-depasse_641758.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'excellent ouvrage collectif consacr&#233; &#224; l'enseignement professionnel &#233;dit&#233; en 2017 par l'Institut de recherches de la FSU et que nous avons utilis&#233; ici ne s'intitule-t-il pas &#171; Valoriser l'enseignement professionnel, une exigence sociale &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ces transformations historiques voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Destins ouvriers. La fin d'une classe ?&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Le dipl&#244;me, arme des faibles&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Valoriser l'enseignement professionnel&lt;/i&gt;, ouvrage cit&#233;, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Actuellement trois ans apr&#232;s la sortie du lyc&#233;e 30% des titulaires d'un bac pro du tertiaire sont au ch&#244;mage, voir &lt;a href=&#034;http://www.cnesco.fr/fr/dossier-enseignement-professionnel/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cnesco.fr/fr/dossier-enseignement-professionnel/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Alain Dalan&#231;on, Histoire du SNES, T. I (1840/67) et II (1967-1973), Institut de recherches sur l'histoire du syndicalisme de l'enseignement secondaire, Paris, 2003 et 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; C'&#233;tait en fait un projet pour la gauche au pouvoir dont nous esquissions les traits &#187;, &#233;crira Jean Petite (voir ci-apr&#232;s) dans ses m&#233;moires inachev&#233;es et in&#233;dites, que j'ai pu consulter gr&#226;ce &#224; Alain Dalan&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, &#034;Les dons n'existent pas&#034;, in GFEN, &lt;i&gt;Dou&#233;, non dou&#233;&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, Paris, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ce dernier, une &#233;cole d&#233;mocratique devait s'assigner pour objectif de permettre &#224; chaque enfant de r&#233;aliser au mieux ses &#034;aptitudes&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Que faire avec le &#171; socle &#187; et les &#171; comp&#233;tences &#187; ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2013, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article164&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article164&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir La voie &#171; technicienne &#187; de formation, Adapt-SNES, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Une autre &#233;cole est possible ! Manifeste pour une &#233;ducation &#233;mancipatrice&lt;/i&gt;, Paris, Textuel, 2003, p. 87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les principales sont : management et gestion, industrie et d&#233;veloppement durable, sant&#233; et social.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;partition des &#233;l&#232;ves du second degr&#233; selon l'origine sociale &#224; la rentr&#233;e 2015. &lt;i&gt;Rep&#232;res et r&#233;f&#233;rences statistiques&lt;/i&gt;, Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, 2016, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un article &#224; para&#238;tre dans la &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt; comparant la cr&#233;ation des bacs de technicien et des bacs professionnels, G. Brucy s'appuie sur les compte-rendu des conseils restreints tenus &#224; l'Elys&#233;e entre 1963 et 1965 et souligne l'importance de ces raisons inavou&#233;es, &#224; c&#244;t&#233; de la fonction assign&#233;e &#224; l'enseignement technique de former de futurs cadres moyens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;La cr&#233;ation du bac pro, histoire d'une d&#233;cision&#034;, in Mathias Millet, Gilles Moreau, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; des dipl&#244;mes&lt;/i&gt;, La Dispute, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une autre raison inavou&#233;e de la prolongation des scolarit&#233;s apr&#232;s le BEP pesa tr&#232;s fort. Ainsi, pour Louis Schweitzer, directeur de cabinet du Premier ministre, &#171; la r&#233;tention dans l'enseignement est un moyen excellent et pas trop cher de lutte contre le ch&#244;mage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon la formule de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron : &lt;i&gt;Les h&#233;ritiers&lt;/i&gt;, Minuit, 1964, p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tristan Poullaouec, &#171; Le lyc&#233;e : de l'&#233;cole des notables &#224; l'&#233;cole pour tous ? &#187;, &lt;i&gt;Cahiers fran&#231;ais&lt;/i&gt;, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Le dipl&#244;me, arme des faibles&lt;/i&gt;, La Dispute, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Samuel Fouquet, &#171; R&#233;ussite et &#233;chec en premier cycle &#187;, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt;, n&#176;13.10, Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mathias Denjean, Cyrielle Perraud-Ussel, &#171; Parcours et r&#233;ussite en STS : les indicateurs de la session 2016 &#187;, &lt;i&gt;Note Flash du SIES&lt;/i&gt;, n&#176;9, juillet 2017, Minist&#232;re de l'enseignement sup&#233;rieur, de la recherche et de l'innovation ; Isabelle Maetz, &#171; Parcours et r&#233;ussite aux dipl&#244;mes universitaires : les indicateurs de la session 2015 &#187;, &lt;i&gt;Note Flash du SIES&lt;/i&gt;, n&#176;15, novembre 2016, Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, de l'enseignement sup&#233;rieur et de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; In&#233;galit&#233;s sociales et migratoires. Comment l'&#233;cole amplifie-t-elle les in&#233;galit&#233;s ? &#187;, Rapport scientifique du CNESCO, septembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claudine Pirus, &#171; Orientation en fin de 3e : une proc&#233;dure marqu&#233;e par de fortes disparit&#233;s scolaires et sociales &#187;, &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; n&#176;13.24, Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &#171; Familles ouvri&#232;res, &#233;cole, destin social (1880-1980) &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de sociologie&lt;/i&gt;, n&#176; 4, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012 ; et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016 ; et Nicolas Kaczmarek, &lt;i&gt;L'exigence intellectuelle en pratique&lt;/i&gt;, GRDS, 2017 (&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article256&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article256&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La gr&#232;ve des professeurs de coll&#232;ge du 19 mai 2015 : chiffres et analyse</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article208</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article208</guid>
		<dc:date>2015-06-11T15:57:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Frajerman</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il est bien difficile de trouver des informations fiables sur le nombre de gr&#233;vistes dans l'Education Nationale. J'en explique les raisons en d&#233;tail dans un article pr&#233;c&#233;dent. De ce fait, nombre de journalistes ont eu l'id&#233;e logique d'&#233;tablir au moins des ordres de grandeur, en confrontant les chiffres officiels donn&#233;s pour les diff&#233;rentes gr&#232;ves enseignantes de ces derni&#232;res ann&#233;es. Un tableau synth&#233;tique tr&#232;s complet a &#233;t&#233; &#233;tabli parLib&#233;ration sur 15 ans. Beaucoup d'analystes en ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH80/arton208-6a277.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est bien difficile de trouver des informations fiables sur le nombre de gr&#233;vistes dans l'Education Nationale. J'en explique les raisons en d&#233;tail dans &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article187&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un article pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
De ce fait, nombre de journalistes ont eu l'id&#233;e logique d'&#233;tablir au moins des ordres de grandeur, en confrontant les chiffres officiels donn&#233;s pour les diff&#233;rentes gr&#232;ves enseignantes de ces derni&#232;res ann&#233;es. Un tableau synth&#233;tique tr&#232;s complet a &#233;t&#233; &#233;tabli par&lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/2015/05/19/passable-mobilisation-contre-la-reforme-du-college_1312242&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt; sur 15 ans&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup d'analystes en ont d&#233;duit que la mobilisation contre la r&#233;forme du coll&#232;ge &#233;tait en demi-teinte. Pour ma part, je maintiens qu'elle a &#233;t&#233; forte (entre 40 et 50 % de gr&#233;vistes), m&#234;me si il reste une marge de progression ind&#233;niable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Comparaison n'est pas (toujours) raison&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En effet, &#224; l'usage, l'utilisation de ces donn&#233;es est tr&#232;s difficile, car les outils de mesure ne sont plus du tout les m&#234;mes. Le syst&#232;me de comptabilit&#233; a chang&#233; en 2009, sous Luc Chatel. Depuis il minore structurellement le taux de gr&#233;vistes dans le second degr&#233;. Le syst&#232;me est simple : &#224; 8 h du matin, l'&#233;tablissement indique le nombre de gr&#233;vistes dans l'application Mosart. Nombre d'enseignants ne commencent pas &#224; 8 h, et presqu'aucun ne fait cours 5 jours sur 5 puisqu'ils ont un service de 15 ou 18 h, alors que les &#233;l&#232;ves ont aux alentours de 28 h de cours. Le jour d'une gr&#232;ve, &#224; 8 h une moiti&#233; environ des enseignants n'est pas de service, or le taux de gr&#233;vistes est calcul&#233; sur l'effectif global th&#233;orique. L'application Mosart ne permet pas &#224; l'&#233;tablissement d'indiquer le nombre d'enseignants attendus &#224; 8 h ce jour l&#224;&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans mon lyc&#233;e l'an dernier, le mardi &#224; 8 h, 43 coll&#232;gues exer&#231;aient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comparaison avec les chiffres sur les gr&#232;ves de 1999 et 2005 est donc fortement sujette &#224; caution. Celle avec la gr&#232;ve sur les rythmes scolaires du 12 f&#233;vrier 2013 n'est pas plus pertinente (taux officiel de gr&#233;vistes 36,8%). En effet, dans le premier degr&#233;, le minist&#232;re s'appuie sur les d&#233;clarations pr&#233;alables des enseignants, dans le cadre du service minimum d'accueil. La source est relativement fiable (bien que le chiffre provienne du service de communication du minist&#232;re, qu'on ne sait pas quel service le calcule et comment !). Le taux est a priori moins minor&#233; que dans le second degr&#233;, parce que les professeurs des &#233;coles ont cours au m&#234;me moment. Il reste n&#233;anmoins tous les enseignants &#224; poste sp&#233;cifique (RASED etc&#8230;) qui n'ont pas une classe sp&#233;cifique et sont inclus dans le taux de global sans &#234;tre comptabilis&#233;s comme gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Additionner les chiffres de l'enseignement priv&#233; et public est une autre erreur, volontaire ou non. En effet, la conflictualit&#233; dans le priv&#233; &#233;tant traditionnellement beaucoup plus faible, il faut s&#233;parer l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres avanc&#233;s par les syndicats sont-ils plus fiables ? Du point de vue du chercheur, ils souffrent de la m&#234;me faiblesse que ceux du minist&#232;re : le manque de tra&#231;abilit&#233;. Les syndicats travaillent &#224; partir d'un &#233;chantillon large mais non communiqu&#233;. Sachant que les remont&#233;es viennent des sections syndicales, se pose la question des &#233;tablissements qui ne comprennent pas de militants. La m&#233;thode retenue comporte donc un risque de surestimation, sans qu'il soit pr&#233;cis&#233; s'il est compens&#233; par un coefficient au moment de l'addition des donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, seule l'administration est en capacit&#233; de donner des chiffres s&#251;rs, c'est sa responsabilit&#233; citoyenne. Je rappelle mes propositions :&lt;br class='autobr' /&gt;
* &#233;laborer des outils de recueil transparents et n&#233;goci&#233;s avec les syndicats en s'appuyant sur l'application MOSART&lt;br class='autobr' /&gt;
* communiquer les r&#233;sultats en fin de journ&#233;e par &#233;tablissement, afin de permettre un contr&#244;le par les int&#233;ress&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
* v&#233;rifier les taux annonc&#233;s pour les mouvements pr&#233;c&#233;dents en exploitant les bulletins de salaire comprenant des retenues pour fait de gr&#232;ve. La Direction de l'&#233;valuation, de la prospective et de la performance a d&#233;j&#224; travaill&#233; sur ce type de document.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Une mobilisation ascendante, mais contrari&#233;e par des facteurs politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs des gr&#232;ves r&#233;ussies (contre Claude All&#232;gre notamment), se produisent apr&#232;s des mois, voire des ann&#233;es de mobilisation, alors que cette gr&#232;ve-ci est en d&#233;but de mouvement, apr&#232;s un long tunnel de vacances. Les syndicats n'ont pas termin&#233; leur travail d'information. Le mouvement est ascendant, mais il est confront&#233; &#224; un obstacle pratique (l'arriv&#233;e des grandes vacances) et &#224; un obstacle politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'ores et d&#233;j&#224; rep&#233;rer l'impact des consid&#233;rations politiques dans la mobilisation des professeurs de coll&#232;ge. Traditionnellement proches de la gauche, les enseignants h&#233;sitent plus &#224; se mobiliser contre un gouvernement de cette couleur politique. En 1981 et 1997, j'avais d&#233;j&#224; rep&#233;r&#233; cet effet anesth&#233;siant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurent Frajerman (dir), La gr&#232;ve enseignante en qu&#234;te d'efficacit&#233;, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les syndicats tardent &#224; lancer des gr&#232;ves et les premi&#232;res sont des &#233;checs. Il faut en moyenne trois ans pour que la conflictualit&#233; enseignante revienne &#224; son niveau normal, c'est-&#224;-dire plus &#233;lev&#233; que pour la moyenne des salari&#233;s. En 2014 encore, les sondages montraient que les professeurs du second degr&#233; voulaient donner sa chance au gouvernement, d'autant que les premi&#232;res mesures leur paraissaient aller dans le bon sens (cr&#233;ation de postes&#8230;). Aujourd'hui, les professeurs que j'interroge sur le terrain sont majoritairement d&#233;&#231;us. Le d&#233;lai de trois ans est atteint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si ce verrou a saut&#233;, ils ne sont pas pr&#234;ts pour autant &#224; faire confiance &#224; la droite. Son implication forte dans le d&#233;bat sur le coll&#232;ge a rebut&#233; une frange d'enseignants de gauche. D'autant que la droite applaudit &#224; ce qui d&#233;pla&#238;t aux enseignants (autonomie des &#233;tablissements, renforcement des pouvoirs des chefs d'&#233;tablissement). Les pol&#233;miques vari&#233;es ont obscurci les termes du d&#233;bat. Le mouvement ne gagnera en force que si les syndicats oppos&#233;s &#224; la r&#233;forme r&#233;ussissent &#224; clarifier les choses, &#224; recentrer la discussion sur leurs propres th&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Frajerman&lt;br class='autobr' /&gt;
Chercheur &#224; l'institut de recherches de la FSU et au Centre d'Histoire sociale de Paris I&lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur agr&#233;g&#233; d'Histoire au lyc&#233;e de Thiais&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://histoire-sociale.univ-paris1.fr/spip.php?article61&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://histoire-sociale.univ-paris1.fr/spip.php?article61&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans mon lyc&#233;e l'an dernier, le mardi &#224; 8 h, 43 coll&#232;gues exer&#231;aient normalement, et 49 le jeudi, pour un effectif global de 113 enseignants. Dans cet exemple, sans m&#234;me compter les absents, le taux de gr&#233;viste indiqu&#233; par Mosart est sous-estim&#233; de 60 %...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laurent Frajerman (dir), &lt;i&gt;La gr&#232;ve enseignante en qu&#234;te d'efficacit&lt;/i&gt;&#233;, Paris, Syllepse, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Ecole et le Capital : deux cents ans de bouleversements et de contradictions</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article168</link>
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		<dc:date>2013-05-14T20:08:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nico Hirtt</dc:creator>


		<dc:subject>Capital</dc:subject>
		<dc:subject>Force de travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pourquoi a-t-on &#034;d&#233;cid&#233;&#034;, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, qu'il fallait envoyer les enfants du peuple &#224; l'&#233;cole ? Comment ont &#233;volu&#233;, depuis lors, les relations complexes entre le syst&#232;me &#233;conomique et le syst&#232;me &#233;ducatif des pays capitalistes ? Quelles fonctions l'&#233;cole a-t-elle &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; jouer dans ces pays ? Comment est-on pass&#233; d'un instrument essentiellement id&#233;ologique &#224; l'actuelle machine &#224; former de la main d'&#339;uvre ? Voil&#224; quelques unes des questions auxquelles r&#233;pond Nico Hirtt sur le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot65" rel="tag"&gt;Capital&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot66" rel="tag"&gt;Force de travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L120xH120/arton168-ee3d9.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='120' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi a-t-on &#034;d&#233;cid&#233;&#034;, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, qu'il fallait envoyer les enfants du peuple &#224; l'&#233;cole ? Comment ont &#233;volu&#233;, depuis lors, les relations complexes entre le syst&#232;me &#233;conomique et le syst&#232;me &#233;ducatif des pays capitalistes ? Quelles fonctions l'&#233;cole a-t-elle &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; jouer dans ces pays ? Comment est-on pass&#233; d'un instrument essentiellement id&#233;ologique &#224; l'actuelle machine &#224; former de la main d'&#339;uvre ? Voil&#224; quelques unes des questions auxquelles r&#233;pond Nico Hirtt sur le &lt;a href=&#034;http://www.skolo.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1558&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site&lt;/a&gt; de nos amis de l'Appel pour une Ecole D&#233;mocratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1558" class="spip_out"&gt;Site de l'Appel pour une Ecole D&#233;mocratique&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Construction des liens sociaux et des solidarit&#233;s professionnelles : le r&#244;le du syndicalisme enseignant</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article140</link>
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		<dc:date>2012-05-20T05:54:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Frajerman</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le syndicalisme n'a pas pour unique fonction de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de salari&#233;s, il sert &#233;galement &#224; exprimer et &#224; conforter des identit&#233;s collectives. Le cas des enseignants est embl&#233;matique : leur syndicalisme est un producteur de liens sociaux, dont l'existence explique en derni&#232;re instance la coh&#233;sion et donc la capacit&#233; de r&#233;sistance du monde enseignant aux contre-r&#233;formes. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour ce faire, le syndicalisme enseignant a d&#251; surmonter un paradoxe que deux st&#233;r&#233;otypes illustrent bien. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L104xH150/arton140-1c492.jpg?1790693188' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le syndicalisme n'a pas pour unique fonction de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de salari&#233;s, il sert &#233;galement &#224; exprimer et &#224; conforter des identit&#233;s collectives. Le cas des enseignants est embl&#233;matique : leur syndicalisme est un producteur de liens sociaux, dont l'existence explique en derni&#232;re instance la coh&#233;sion et donc la capacit&#233; de r&#233;sistance du monde enseignant aux contre-r&#233;formes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour ce faire, le syndicalisme enseignant a d&#251; surmonter un paradoxe que deux st&#233;r&#233;otypes illustrent bien. D'un c&#244;t&#233;, la d&#233;nonciation classique de leur corporatisme pr&#233;sente en creux des enseignants solidaires, ayant conscience que la d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts individuels n&#233;cessite de faire corps. De l'autre, n'affirme-t-on pas que les enseignants sont individualistes, incapables de travailler en &#233;quipe ? Pour r&#233;soudre la contradiction entre individualisme et esprit de corps, les enseignants ont construit des structures collectives protectrices, qui conservent leur regard critique. L'enseignant, seul dans sa classe, a rapidement compris sa d&#233;pendance envers les coll&#232;gues s'il veut assurer son autonomie vis-&#224;-vis de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme et ses anc&#234;tres n'ont donc pas seulement utilis&#233; la sociabilit&#233; pr&#233;existante du groupe professionnel pour s'implanter : ils se sont d&#233;velopp&#233;s en participant &#224; sa construction. A partir de la IIIe r&#233;publique, le syndicalisme a contribu&#233; &#224; d&#233;finir le p&#233;rim&#232;tre de chaque profession enseignante, &#224; cr&#233;er des liens entre coll&#232;gues et &#224; imposer un statut protecteur. Son action a particip&#233; &#224; la professionnalisation de l'enseignement, c'est-&#224;-dire la conqu&#234;te d'un monopole garanti par l'Etat sur l'exercice du travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Andr&#233;, Le syndicalisme des enseignants, Paris, Documentation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gen&#232;se du corps enseignant&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du XIXe si&#232;cle, les enseignants souffrent de leur isolement. Petit groupe professionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ils sont 102 000 (secteur public) en 1891, dont 91 000 instituteurs. Jacques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ils ne trouvent gu&#232;re d'&#233;quivalent dans les autres strates de la soci&#233;t&#233;. Les classes moyennes salari&#233;es sont alors peu fournies, et les enseignants se distinguent par leur niveau culturel, rare &#224; l'&#233;poque. Les instituteurs vivent majoritairement dans des villages, et doivent garder un certain quant-&#224;-soi, reflet de leur position notabiliaire. Du coup, les institutrices c&#233;libataires sont nombreuses, et le mod&#232;le conjugal dominant est le &#171; mariage p&#233;dagogique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;69% des instituteurs exer&#231;ant dans les ann&#233;es 1930 et ayant r&#233;pondu au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette solitude se retrouve chez les professeurs, amen&#233;s &#224; changer r&#233;guli&#232;rement de r&#233;sidence au cours de leur carri&#232;re, et mal accept&#233;s par la bourgeoisie, qui leur reproche leurs revenus m&#233;diocres et leurs opinions la&#239;ques-r&#233;publicaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la IIIe r&#233;publique, le pouvoir, convaincu du caract&#232;re strat&#233;gique de leur action, exige d'eux un engagement sans failles, tout en entendant le canaliser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurent Frajerman, &#171; L'engagement des enseignants. Figures et modalit&#233;s, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'un c&#244;t&#233;, il leur est interdit de se pr&#233;senter aux &#233;lections dans la localit&#233; d'exercice de leur m&#233;tier, et nombre d'enseignants trop progressistes sont sanctionn&#233;s, jusqu'&#224; la r&#233;vocation. De l'autre, les gouvernements r&#233;publicains encouragent la cr&#233;ation d'associations professionnelles par cat&#233;gories. Les &#171; amicales &#187; (d'instituteurs, de r&#233;p&#233;titeurs de lyc&#233;es&#8230;) reproduisent l'ordre de l'enseignement (r&#233;unions pr&#233;sid&#233;es par un sup&#233;rieur hi&#233;rarchique, respect des pr&#233;rogatives des cat&#233;gories les plus titr&#233;es). Elles obtiennent un grand succ&#232;s, conjugu&#233; &#224; la floraison de mutuelles et de la presse professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette p&#233;riode se mettent en place des pratiques militantes qui ont eu cours jusque dans les ann&#233;es 1970 : l'ensemble du personnel adh&#232;re &#224; l'amicale, qu'elle soit d&#233;partementale pour les instituteurs ou nationale pour les petits groupes comme les proviseurs. Les associations professionnelles construisent la sociabilit&#233; enseignante au moyen de bals coupl&#233;s aux r&#233;unions annuelles, de caisses de solidarit&#233;, de journaux corporatifs, etc... Chez les professeurs, l'existence d'&#233;tablissements et donc d'une communaut&#233; de travail concourt &#233;galement &#224; la socialisation. Chez les instituteurs, un temps fort est la conf&#233;rence p&#233;dagogique de l'inspecteur primaire, en pr&#233;sence de tous les instituteurs du canton. Celle d'automne est l'occasion de la remise de la carte de l'amicale, lors du traditionnel repas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de construction des amicales participe &#224; l'&#233;mergence d'identit&#233;s professionnelles &#224; la fois concurrentes et alli&#233;es. Ainsi, dans l'enseignement secondaire, la F&#233;d&#233;ration Nationale des Professeurs de Lyc&#233;e (A3), cr&#233;&#233;e en 1905, respecte scrupuleusement l'ind&#233;pendance de chaque amicale de cat&#233;gorie. La plus c&#233;l&#232;bre est la soci&#233;t&#233; des Agr&#233;g&#233;s, qui surgit en 1914 pour d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts contre les r&#233;p&#233;titeurs, notamment en refusant de surveiller les interclasses, et contre les charg&#233;s de cours qui n'ont pas obtenu le concours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Verneuil, Les Agr&#233;g&#233;s. Histoire d'une exception fran&#231;aise, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'une des principales activit&#233;s de la FNPL consiste &#224; arbitrer les n&#233;gociations entre des int&#233;r&#234;ts publiquement divergents, son existence fige donc les fronti&#232;res cat&#233;gorielles. De tels d&#233;bats ne devaient pas faciliter la vie dans les &#233;tablissements, &#224; l'&#233;poque marqu&#233;e par la s&#233;gr&#233;gation, avec quelquefois des salles de professeurs et de restauration r&#233;serv&#233;es aux agr&#233;g&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, l'efficacit&#233; de la socialisation professionnelle des enseignants est renforc&#233;e par sa continuit&#233; avec la socialisation primaire, puisqu'elle se situe dans le prolongement de la scolarisation. Les &#233;coles normales primaires et sup&#233;rieures assurent la transmission, facilit&#233;e par la vie en internat. Les auxiliaires se calquent ult&#233;rieurement sur l'exemple fourni par les normaliens, &#233;lite du corps. Or, les enseignants de ces &#233;coles assurent la promotion d'une mystique r&#233;publicaine, propice &#224; l'amicalisme puis au syndicalisme, engagement v&#233;cu comme un prolongement naturel de l'entr&#233;e dans le m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'apport syndical&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine le syndicalisme ouvrier est-il l&#233;galis&#233; que l'avant-garde des amicales demande &#224; b&#233;n&#233;ficier de ce nouveau statut, ce que rejette cat&#233;goriquement le ministre Spuller en 1887. Pourtant, les enseignants s'&#233;mancipent, car ils constatent l'&#233;chec du recours aux pratiques des groupes de pression. De plus, si l'engagement enseignant du d&#233;but du XXe si&#232;cle este r&#233;publicain-la&#239;que, dans le prolongement de l'affaire Dreyfus, la premi&#232;re guerre mondiale et le Front populaire provoquent une radicalisation, en faveur des id&#233;ologies socialistes et communistes. Dans l'entre-deux-guerres, p&#233;riode de consolidation du droit syndical chez les fonctionnaires, les enseignants se rapprochent durablement du mouvement ouvrier en transformant leurs amicales en syndicats. Ils effacent ainsi la soumission &#224; l'administration, pour mieux participer &#224; sa gestion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurent Frajerman, &#171; Syndicalisation et professionnalisation des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instituteurs donnent l'exemple : en 1905, la frange progressiste des amicales publiait le &lt;i&gt;Manifeste des instituteurs syndicalistes&lt;/i&gt;, tandis que les militants syndicalistes-r&#233;volutionnaires prenaient le risque de constituer un syndicat ill&#233;gal, avec une revue &lt;i&gt;L'Ecole Emancip&#233;e&lt;/i&gt; (&#224; partir de 1910). En 1920, les amicales se transforment en Syndicat National des Instituteurs (SNI), rejoint par les r&#233;volutionnaires en 1935. La longue c&#233;sure entre les deux mouvances provient aussi de l'opposition entre les directeurs d'&#233;cole et leurs adjoints, sur lesquels ils ont tout pouvoir. Le syndicalisme instituteur impose progressivement une limitation des pouvoirs des directeurs, en faisant pr&#233;valoir le principe d'une communaut&#233; des ma&#238;tres, &#233;gaux en droit. En 1987 encore, le refus d'une diff&#233;renciation des directeurs est &#224; l'origine d'un puissant mouvement de la profession&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Geay, 1991, &#171; Espace social et &#034;coordinations&#034;, le mouvement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque dans les ann&#233;es 1970, le SNI ne reconna&#238;t aucune cat&#233;gorie interne et syndique au moins 80 % des instituteurs. L'adh&#233;sion est v&#233;cue comme un facteur d'int&#233;gration dans le groupe professionnel. A un milieu professionnel peu diff&#233;renci&#233; correspond un syndicat &lt;i&gt;h&#233;g&#233;monique&lt;/i&gt;, dont l'action homog&#233;n&#233;isante et la structure unique renforcent en retour l'unit&#233; du corps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Frajerman Laurent, L'interaction entre la F&#233;d&#233;ration de l'Education (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des professeurs du secondaire, la syndicalisation de la FNPL s'effectue en plusieurs &#233;tapes jusqu'&#224; la cr&#233;ation du SNES &#224; la Lib&#233;ration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DALAN&#199;ON Alain, Histoire du SNES. Plus d'un si&#232;cle de m&#251;rissement des ann&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le A3 est devenu le S3 en perdant sa frange r&#233;actionnaire qui anime le SNALC, un syndicat minoritaire. Ce milieu professionnel pluriel se dote donc de plusieurs syndicats dont l'un est &lt;i&gt;majoritaire&lt;/i&gt;, le SNES. Son action et sa structure interne cat&#233;gorielle (agr&#233;g&#233;s, certifi&#233;s, surveillants etc.) ent&#233;rine les divisions du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces organisations puissantes, pyramidales, voient leur r&#244;le peu &#224; peu reconnu par le minist&#232;re, jusqu'&#224; l'instauration du statut de la fonction publique par Maurice Thorez, qui consacre les libert&#233;s enseignantes. D&#233;sormais, les dirigeants syndicaux exercent un pouvoir sur les carri&#232;res de leurs coll&#232;gues et participent &#224; la gestion du syst&#232;me &#233;ducatif. Une petite bureaucratie &#233;merge, dont le lien avec la base peut &#234;tre questionn&#233;. La direction du SNI use r&#233;guli&#232;rement d'un discours moralisateurs envers ses adh&#233;rents, mais la faiblesse des liens collectifs ne permet pas d'exercer des pressions tr&#232;s fortes. Ainsi, elle recule devant l'id&#233;e d'exclure les non-gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les enseignants construisent un empire avec l'aide de r&#233;seaux ma&#231;onniques, en cr&#233;ant des assurances personnelles (MAIF, 1934) et professionnelles (les Autonomes de solidarit&#233;, 1903), la premi&#232;re mutuelle fran&#231;aise (MGEN, 1946), le premier r&#233;seau associatif du pays (Ligue de l'enseignement, 1866), les Pupilles de l'Enseignement public dans le secteur social (1915)... Ces structures encouragent la cr&#233;ation d'autres associations, telles que les Francs et Franches Camarades en 1944, la F&#233;d&#233;ration des conseils de parents d'&#233;l&#232;ves (1947, &#224; l'initiative du SNI et de la Ligue de l'enseignement). Le syndicalisme incite fortement ses membres &#224; rejoindre ces structures, qui n'h&#233;sitent pas &#224; s'entraider (cf encadr&#233;). Toutes ces organisations doivent leur puissance &#224; l'homog&#233;n&#233;it&#233; du monde enseignant, qu'elles renforcent en retour. Elles le cl&#244;turent, de l'association disciplinaire (la Franco-Ancienne pour les professeurs de latin-grec) &#224; l'organisme de vente par correspondance (la CAMIF), jusqu'aux vacances (songeons au Groupement des Campeurs universitaires)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lente remise en cause d'un mod&#232;le professionnel et syndical&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la IVe R&#233;publique, la F&#233;d&#233;ration de l'Education Nationale (autonome, qui regroupe notamment le SNI et le SNES) devient un mod&#232;le respect&#233;, au c&#339;ur des r&#233;seaux de sociabilit&#233; enseignante. Mais les fondements de sa puissance commencent &#224; &#234;tre remis en cause, dans un lent processus qui s'ach&#232;ve seulement dans les ann&#233;es 1980-1990. Les mutations du syst&#232;me &#233;ducatif, en voie d'unification&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jusque l&#224;, les enseignements primaire et secondaire sont deux syst&#232;mes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mettent en danger les &#233;quilibres pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la dilatation rapide du corps enseignant apr&#232;s la seconde guerre mondiale fait vaciller la sociabilit&#233; construite depuis le d&#233;but du si&#232;cle. Comment transmettre les normes de la profession, son identit&#233;, alors que seule une minorit&#233; passe par les &#233;coles normales et que les nouveaux enseignants sont de loin les plus nombreux ? Entre 1951 et 1964, on recrute 160 000 nouveaux instituteurs, sur un nombre total de 261 000. Le nombre de professeurs est multipli&#233; par 10 entre 1946 et 1968 ! La massification de l'enseignement conjugu&#233;e &#224; l'urbanisation du pays provoque un changement d'&#233;chelle : les petits lyc&#233;es, au personnel stable, font place &#224; des usines, avec plus de cent professeurs, &#171; o&#249; l'on ne conna&#238;t que ses coll&#232;gues les plus proches par la classe ou par la discipline. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PROST Antoine, Histoire de l'enseignement en France, 1800-1967, Paris, A. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les instituteurs cohabitent d&#233;sormais dans des &#233;coles ; ils sont moins solitaires, mais aussi moins libres. Cette croissance a des effets sur un autre plan : en 1975, les 620 000 enseignants publics repr&#233;sentent 2,8 % de la population active, ils perdent de leur sp&#233;cificit&#233;, d'autant que le nombre de dipl&#244;m&#233;s a augment&#233; de mani&#232;re spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de mai 68, la FEN perd sa main-mise sur le monde enseignant, elle doit accepter le pluralisme syndical, avec la perc&#233;e du SGEN-CFDT, puis de FO. La red&#233;finition du m&#233;tier et l'accentuation des d&#233;bats p&#233;dagogiques minent la coh&#233;sion du monde enseignant. Les mouvements d'&#233;ducation populaire s'en d&#233;tachent, et l'identit&#233; professionnelle, surtout dans l'enseignement secondaire, se clive entre les professeurs hostiles &#224; l'esprit de mai 68 et ceux qui y sont favorables. La d&#233;syndicalisation amorc&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1970 mine la capacit&#233; des organisations &#224; fabriquer du consensus pour repr&#233;senter l'ensemble du personnel. Appara&#238;t au grand jour le fait que le syndicalisme ne fait pas qu'unir, il divise aussi, lorsqu'une partie du groupe se met &#224; le contester, ou lorsqu'il est pluriel. Ainsi, quand la section d'&#233;tablissement du SNES (S1) ne regroupe pas la totalit&#233; des professeurs, ses r&#233;unions sont certes facteurs de lien social, mais elles ne confortent pas la coh&#233;sion de l'ensemble de l'&#233;quipe. Une enqu&#234;te ethnographique sur un coll&#232;ge montre que les regroupements sont devenus tr&#232;s flous, avec une salle des professeurs scind&#233;e entre la zone du th&#233; et celle du caf&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dutercq Yves, &#171; Th&#233; ou caf&#233; ? Ou comment l'analyse de r&#233;seaux peut aider &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui structure actuellement le monde enseignant a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; il y a 80 voire 130 ans. Ces organisations puissantes sont fi&#232;res de leur pass&#233;, toutefois leurs sommets sont &#233;loign&#233;s de leurs adh&#233;rents. L'absence de r&#233;action &#224; la faillite de la CAMIF, assimil&#233;e &#224; une entreprise classique, montre que l'&#339;uvre des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes peut &#234;tre pervertie et perdre de l'int&#233;r&#234;t dans un contexte nouveau. Cela pose le probl&#232;me de la transmission, or avec l'affaiblissement du syndicalisme, le lien social peut p&#233;ricliter ou se transformer dans le sens souhait&#233; par les gouvernements successifs : des collectifs de travail &#233;troitement dirig&#233;s par leurs hi&#233;rarchie interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les clivages durables du corps enseignant soul&#232;vent des difficult&#233;s &#224; un syndicalisme bas&#233; sur la d&#233;fense de la profession. Il n'est d'ailleurs plus le quasi unique pourvoyeur d'informations et de liens, ce qui d&#233;place son r&#244;le vers un apport de sens, une mise en perspective du v&#233;cu des enseignants. Le militantisme enseignant se p&#233;rennisera, lui et les liens sociaux qu'il a construit, s'il sait renouveler ses m&#233;thodes, notamment en d&#233;veloppant une sociabilit&#233; &#224; la base et en refusant une institutionnalisation excessive. C'est possible, car la syndicalisation des enseignants reste bien sup&#233;rieure &#224; celle d'autres milieux professionnels. Cette originalit&#233; provient de la fonction de d&#233;fense et de repr&#233;sentation des identit&#233;s professionnelles, dont pourraient s'inspirer les conf&#233;d&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Frajerman &lt;br /&gt;
Chercheur associ&#233; &#224; l'institut de recherches de la FSU&lt;br /&gt;
Professeur agr&#233;g&#233; d'Histoire au lyc&#233;e de Thiais&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://institut.fsu.fr/-La-Revue-no-01-.html" class="spip_out"&gt;Regards crois&#233;s, revue de l'institut de recherches de la FSU&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Andr&#233;, Le syndicalisme des enseignants, Paris, Documentation Fran&#231;aise/CNDP, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ils sont 102 000 (secteur public) en 1891, dont 91 000 instituteurs. Jacques Girault, Instituteurs, professeurs, une culture syndicale dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise (fin XIX&#176; - XX&#176; si&#232;cle), Paris, Publications de la Sorbonne, 1996, p. 251.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;69% des instituteurs exer&#231;ant dans les ann&#233;es 1930 et ayant r&#233;pondu au questionnaire de Jacques Girault se sont mari&#233;s avec des institutrices : Pour une &#233;cole la&#239;que du peuple ! Instituteurs militants de l'entre-deux-guerres en France. Paris, &#201;ditions Publisud, 2009, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laurent Frajerman, &#171; L'engagement des enseignants. Figures et modalit&#233;s, 1918-1968 &#187;, Histoire de l'&#233;ducation, n&#176; 117, janvier 2008, pp. 57-95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Verneuil, Les Agr&#233;g&#233;s. Histoire d'une exception fran&#231;aise, Paris, Belin, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laurent Frajerman, &#171; Syndicalisation et professionnalisation des associations professionnelles enseignantes entre 1918 et 1960 &#187;, in Danielle Tartakowsky, Fran&#231;oise T&#233;tard (dir.), Syndicats et associations en France : concurrence ou compl&#233;mentarit&#233; ?, Rennes, PUR, 2004, pp. 97-106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B. Geay, 1991, &#171; Espace social et &#034;coordinations&#034;, le mouvement des instituteurs de l'hiver 1987 &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, 86-87, p. 2-24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Frajerman Laurent, L'interaction entre la F&#233;d&#233;ration de l'Education Nationale et sa principale minorit&#233;, le courant &#171; unitaire &#187;, 1944-1959. Th&#232;se NR, Paris I, 2003. A para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DALAN&#199;ON Alain, Histoire du SNES. Plus d'un si&#232;cle de m&#251;rissement des ann&#233;es 1840 &#224; 1966/67, Tome 1, Paris, IRHSES, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jusque l&#224;, les enseignements primaire et secondaire sont deux syst&#232;mes parall&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PROST Antoine, Histoire de l'enseignement en France, 1800-1967, Paris, A. Colin, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dutercq Yves, &#171; Th&#233; ou caf&#233; ? Ou comment l'analyse de r&#233;seaux peut aider &#224; comprendre le fonctionnement d'un &#233;tablissement scolaire &#187;, Revue Fran&#231;aise de P&#233;dagogie, n&#176; 1991, p. 81-97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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