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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
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	<language>fr</language>
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>Petit pr&#233;cis de politique scolaire progressiste</title>
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		<dc:date>2016-09-17T08:57:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Beitone</dc:creator>



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&lt;p&gt;Constats de la situation &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	La France a connu une massification de l'enseignement depuis les ann&#233;es 1960. Le niveau de formation moyen de la population s'est donc &#233;lev&#233; depuis cette &#233;poque. Mais cette massification ne correspond pas vraiment &#224; une d&#233;mocratisation au sens o&#249; les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage et les in&#233;galit&#233;s de parcours scolaires ne se sont pas r&#233;duites. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	L'accroissement du taux d'acc&#232;s au bac et &#224; l'enseignement sup&#233;rieur des g&#233;n&#233;rations r&#233;centes ne doit pas occulter le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH129/arton233-0114e.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='129' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Constats de la situation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	La France a connu une massification de l'enseignement depuis les ann&#233;es 1960. Le niveau de formation moyen de la population s'est donc &#233;lev&#233; depuis cette &#233;poque. Mais cette massification ne correspond pas vraiment &#224; une d&#233;mocratisation au sens o&#249; les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage et les in&#233;galit&#233;s de parcours scolaires ne se sont pas r&#233;duites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	L'accroissement du taux d'acc&#232;s au bac et &#224; l'enseignement sup&#233;rieur des g&#233;n&#233;rations r&#233;centes ne doit pas occulter le niveau moyen de la population fran&#231;aise. 25% de la population fran&#231;aise (hors personnes en cours d'&#233;tudes) ne dispose d'aucun dipl&#244;me ou au mieux du CEP. 16% seulement de la population fran&#231;aise dispose d'un dipl&#244;me sup&#233;rieur &#224; bac+2. La th&#232;se de l'inflation des dipl&#244;mes est donc sans fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Les travaux du CEREQ d&#233;montrent une tr&#232;s grande in&#233;galit&#233; entre les jeunes selon leur niveau de formation en mati&#232;re d'acc&#232;s &#224; l'emploi, de niveau de salaire et de qualit&#233; de l'emploi. Il y a donc l&#224; un ph&#233;nom&#232;ne de reproduction : l'origine sociale influence fortement l'acc&#232;s au dipl&#244;me et le dipl&#244;me influence fortement l'acc&#232;s &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Les analyses tir&#233;es de l'enqu&#234;te PISA montrent que la France est dans les pays de l'OCDE l'un de ceux o&#249; l'origine sociale influence le plus fortement le parcours scolaire des &#233;l&#232;ves. L'accroissement des taux d'acc&#232;s au baccalaur&#233;at s'explique principalement par l'augmentation des titulaires du bac pro. Le taux d'acc&#232;s au bac g&#233;n&#233;ral &#224; tendance &#224; stagner entre 1997 et 2004. Entre 2004 et 2014 ce taux d'acc&#232;s a augment&#233; de 6 points pour atteindre environ 40% d'une classe d'&#226;ge. Le taux d'acc&#232;s au bac technologique diminue l&#233;g&#232;rement et le taux d'acc&#232;s au bac professionnel augmente tr&#232;s fortement (de 5% d'une g&#233;n&#233;ration en1990 &#224; 27,9% en 2014&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	La cr&#233;ation du bac pro a &#233;t&#233; un fait tr&#232;s positif. Mais un nombre croissant d'&#233;l&#232;ves titulaires de ce bac souhaitent poursuivre des &#233;tudes sup&#233;rieures, or les contenus de formation les pr&#233;pare mal &#224; un cursus dans l'enseignement sup&#233;rieur o&#249; leur taux d'&#233;chec est tr&#232;s &#233;lev&#233;. On assiste &#224; la fois &#224; un recul des acquis scolaires et &#224; un accroissement des in&#233;galit&#233;s d'apprentissage. Ainsi une &#233;tude du minist&#232;re note une baisse &#171; significative &#187; des comp&#233;tences g&#233;n&#233;rales des &#233;l&#232;ves en fin de coll&#232;ge entre 2003 et 2009&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pourquoi des auteurs peu suspects d'&#233;litisme ou de pens&#233;es r&#233;actionnaires consid&#232;rent d&#233;sormais que le niveau baisse (c'est le cas d'Antoine Prost&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roger Establet/&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Analyses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	A partir du milieu des ann&#233;es 1960 s'est progressivement impos&#233; un paradigme p&#233;dagogique nouveau en rupture avec l'approche traditionnelle. Ce nouveau paradigme a emprunt&#233; des &#233;l&#233;ments aux mouvements de l'&#233;ducation nouvelle mais en &#233;dulcorant ou en &#233;liminant les composantes socialement contestataires de ces mouvements. Cette &#171; modernisation &#187; de l'&#233;cole a aussi emprunt&#233; des &#233;l&#233;ments au discours manag&#233;rial qui se transforme lui aussi progressivement. Mise en avant des comp&#233;tences au d&#233;triment des savoirs, d&#233;veloppement de formes diverses de relativisme cognitif (contestation de la l&#233;gitimit&#233; savante des savoirs enseign&#233;s), promotion de la non-directivit&#233;, de l'enseignant accompagnateur, volont&#233; de mettre en &#339;uvre une approche ludique de l'activit&#233; scolaire, etc. Ce nouveau paradigme p&#233;dagogique est devenu dominant au sein de la hi&#233;rarchie de l'&#233;ducation nationale notamment en raison de sa promotion par l'OCDE, l'UNESCO, le Conseil de l'Europe, la Commission europ&#233;enne, etc. Ce nouveau paradigme est tr&#232;s largement pr&#233;sent dans la formation des enseignants et dans la conception des supports p&#233;dagogiques (manuels scolaires notamment). Ce qui se met en place, c'est ce que le sociologue anglais Basil Bernstein a appel&#233;, d&#232;s les ann&#233;es 1960, une &#034;p&#233;dagogie invisible&#034;. Cette p&#233;dagogie est moins explicite quant &#224; ce qui est exig&#233; pour ma&#238;triser les savoirs scolaires, elle identifie moins clairement les savoirs scolaires des savoirs communs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui conduit &#224; privil&#233;gier la r&#233;f&#233;rence &#224; l'exp&#233;rience des &#233;l&#232;ves, &#224; leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle encadre moins strictement les t&#226;ches cognitives qui sont mises en &#339;uvre par les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Cette p&#233;dagogie invisible fait na&#238;tre dans les classes des &#171; malentendus d'apprentissage &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;. Bautier et P. Rayou, Les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage. Programmes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires ont l'impression de faire leur m&#233;tier d'&#233;l&#232;ve en appliquant des consignes, mais sans en percevoir les enjeux cognitifs qui ne sont pas explicit&#233;s. Si les &#233;l&#232;ves r&#233;ussissent mieux, c'est parce qu'ils h&#233;ritent de pratiques langagi&#232;res valoris&#233;es par l'&#233;cole et d'une familiarit&#233; avec ce que sont les attentes de l'institution scolaire. Tout se passe comme s'il y avait un &#171; d&#233;lit d'initi&#233; &#187; au b&#233;n&#233;fice des &#233;l&#232;ves issues de familles qui connaissent le monde scolaire et ses attentes. Les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage prennent aussi leur source dans ce que l'on appelle le pr&#233;jug&#233; d&#233;ficitariste. Un discours assez r&#233;pandu repose sur l'id&#233;e que les &#171; nouveaux publics scolaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut rappeler que dans les ann&#233;es 1950 il y avait &#224; peu pr&#232;s autant de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont caract&#233;ris&#233;s par une moindre capacit&#233; (ou une moindre app&#233;tence) pour les savoirs abstraits, th&#233;oriques, conceptuels. D&#232;s lors deux types de discours sont produits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour les &#171; r&#233;acs-publicains &#187; ces nouveaux publics scolaires n'ont pas leur place dans l'enseignement secondaire. D'o&#249; les propositions de r&#233;tablissement de l'examen d'entr&#233;e en sixi&#232;me, de remise en cause du principe du coll&#232;ge unique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont il faut rappeler qu'il n'existe pas aujourd'hui.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, du d&#233;veloppement de l'apprentissage qui serait plus adapt&#233; &#224; des &#233;l&#232;ves qui seraient plus &#171; manuels &#187; qu' &#171; intellectuels &#187;. Ce discours de restauration vise &#224; revenir &#224; un enseignement secondaire r&#233;serv&#233; &#224; une minorit&#233; d'h&#233;ritiers de la culture l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour les partisans du paradigme p&#233;dagogique actuellement dominant, il faut adapter l'&#233;cole et les contenus enseign&#233;s aux caract&#233;ristiques suppos&#233;s des nouveaux publics scolaires. Au nom de l'&#233;galit&#233;, on r&#233;vise donc en baisse les objectifs cognitifs, on met l'accent sur la socialisation et le vivre ensemble plut&#244;t que sur les apprentissages conceptuels, etc. Mais bien &#233;videmment cette r&#233;vision des objectifs d'apprentissage ne se produit pas de la m&#234;me fa&#231;on dans tous les &#233;tablissements ni devant toutes les classes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lorsque d'une fa&#231;on ou d'une autre, des classes de niveau sont mises en place.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela contribue donc &#224; cr&#233;er et &#224; maintenir les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe de souligner que cette analyse n'est pas une critique de l'activit&#233; professionnelle des enseignants, et cela pour deux raisons. D'une part, les travaux de didactique ou de sociologie qui observent l'activit&#233; enseignante en situation mettent en &#233;vidence le fait que les enseignants mobilisent successivement ou simultan&#233;ment divers mod&#232;les p&#233;dagogiques. On voit notamment que la doxa port&#233;e par la hi&#233;rarchie de l'&#233;ducation nationale se heurte &#224; de fortes r&#233;sistances (ce qu'a montr&#233; r&#233;cemment la r&#233;sistance &#224; la r&#233;forme du coll&#232;ge ou la d&#233;nonciation du &#171; lyc&#233;e light &#187; &#224; l'&#233;poque de Claude All&#232;gre). D'autre part, le paradigme p&#233;dagogique aujourd'hui dominant a &#233;t&#233; impos&#233; aux enseignants par un travail intensif de la hi&#233;rarchie de proximit&#233; (inspecteurs, chefs d'&#233;tablissements), par les institutions de formation, par les supports p&#233;dagogiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Bonn&#233;ry (dir.), Supports p&#233;dagogiques et in&#233;galit&#233;s scolaires, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais aussi par les m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes qui diffusent le discours dominant sans aucun recul critique. Combien d'articles de presse ou de reportages t&#233;l&#233;vis&#233;s qui d&#233;noncent l'abstraction de l'&#233;cole, son caract&#232;re ennuyeux, ses savoirs &#171; d&#233;pass&#233;s &#187; en comparaison des nouveaux m&#233;dias, l'attachement excessif des enseignants &#224; leur discipline, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Propositions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ce qui est d&#233;cisif c'est de changer de paradigme p&#233;dagogique et de mettre en place une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-P. Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut se fonder sur le mot d'ordre &#171; tous capables &#187; du Groupe fran&#231;ais d'&#233;ducation nouvelle, il faut rompre avec le pr&#233;jug&#233; d&#233;ficitariste, il faut prendre conscience du fait que l'acc&#232;s aux formes conceptuelles et th&#233;oriques des savoirs est un facteur d'&#233;mancipation et de critique sociale. Il faut donc mettre en place une &#171; p&#233;dagogie visible &#187; et concevoir l'enseignement &#224; destination des &#233;l&#232;ves qui n'ont rien d'autres que l'&#233;cole pour apprendre. Cela suppose une p&#233;dagogie explicite (ce qui n'est pas contradictoire avec l'activit&#233; intellectuelle autonome des &#233;l&#232;ves). Cela suppose aussi la mise en place de dispositifs de rem&#233;diation centr&#233;s sur les apprentissages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces dispositifs mis en place par le service public d'&#233;ducation doivent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'objectif doit &#234;tre de permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves de r&#233;ussir les apprentissages exig&#233;s pour poursuivre avec succ&#232;s leur cursus scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	G&#233;n&#233;raliser la scolarisation &#224; deux ans des enfants qui rel&#232;vent des zones d'&#233;ducation prioritaires (et &#224; terme l'ensemble des &#233;l&#232;ves). Des travaux anciens montrent que plus la pr&#233;scolarisation est pr&#233;coce, plus les in&#233;galit&#233;s sociales d'apprentissage se r&#233;duisent. Actuellement, en ZEP, un enfant sur cinq seulement est scolaris&#233; d&#232;s deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Au niveau de l'&#233;cole primaire, il faut se fixer l'objectif d'assurer &#224; tous les &#233;l&#232;ves la ma&#238;trise de la lecture et plus g&#233;n&#233;ralement dans la ma&#238;trise de la langue. Des travaux r&#233;cents confirment de tr&#232;s fortes in&#233;galit&#233;s sociales &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me en mati&#232;re de ma&#238;trise de la langue (il en va de m&#234;me pour les comp&#233;tences en maths et en sciences)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Au niveau du coll&#232;ge, il faut mettre en place un v&#233;ritable coll&#232;ge unique ce qui suppose de lutter contre les ph&#233;nom&#232;nes de s&#233;gr&#233;gation sociale et ethnique entre &#233;tablissement. Il faut aussi faire dispara&#238;tre les modalit&#233;s sp&#233;cifiques de scolarisation et adopter comme objectif la r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves dans les apprentissages vis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Au niveau du lyc&#233;e, il faut mettre en place le lyc&#233;e unique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette proposition de &#171; lyc&#233;e unique &#187; est d&#233;fendue par le Groupe de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela signifie la remise en cause des trois parcours actuels (g&#233;n&#233;ral, technologique et professionnel). Il faut viser une formation de base identique pour tous les &#233;l&#232;ves, permettant &#224; chacun de disposer les connaissances g&#233;n&#233;rales indispensables pour r&#233;ussir dans l'enseignement sup&#233;rieur. Cela n'est pas exclusive d'une diff&#233;renciation partielle des parcours &#224; travers un syst&#232;me d'option (&#224; condition de combattre toute tentation d'utiliser les options &#224; des fins s&#233;gr&#233;gatives).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Il faut se fixer des objectifs de revalorisation de la profession enseignante afin de r&#233;pondre &#224; la crise du recrutement. Il faut instaurer un pr&#233;-recrutement sur le mod&#232;le des IPES afin d'une part de favoriser l'acc&#232;s des &#233;tudiants des milieux populaires aux m&#233;tiers de l'enseignement et afin de commencer pr&#233;cocement dans le cursus du sup&#233;rieur la formation professionnalisante des futurs enseignants. Il faut une formation continue ambitieuse des enseignants qui permettent &#224; tous de rester en contact avec la recherche et la production de nouveaux savoirs tant en ce qui concerne les divers savoirs disciplinaires enseign&#233;s qu'en ce qui concerne les savoirs sur le syst&#232;me &#233;ducatif, sur les apprentissages, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://cache.media.education.gouv.fr/file/etat25/42/2/depp-etat-ecole-2015-acces-niveau-IV-formation_484422.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cache.media.education.gouv.fr/file/etat25/42/2/depp-etat-ecole-2015-acces-niveau-IV-formation_484422.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://cache.media.education.gouv.fr/file/2010/99/4/NIMENJVA1022_161994.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cache.media.education.gouv.fr/file/2010/99/4/NIMENJVA1022_161994.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/20/le-niveau-scolaire-baisse-cette-fois-ci-c-est-vrai_1835461_3232.html/et&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/20/le-niveau-scolaire-baisse-cette-fois-ci-c-est-vrai_1835461_3232.html/et&lt;/a&gt; Roger Establet/&lt;a href=&#034;http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/roger-establet-la-france-possede-le-record-des-inegalites-sociales.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/roger-establet-la-france-possede-le-record-des-inegalites-sociales.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui conduit &#224; privil&#233;gier la r&#233;f&#233;rence &#224; l'exp&#233;rience des &#233;l&#232;ves, &#224; leur langage spontan&#233;, au &#171; concret &#187; oppos&#233; au &#171; th&#233;orique &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;. Bautier et P. Rayou, &lt;i&gt;Les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage. Programmes, pratiques et malentendus scolaires&lt;/i&gt;, PUF, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut rappeler que dans les ann&#233;es 1950 il y avait &#224; peu pr&#232;s autant de bacheliers (tous bacheliers g&#233;n&#233;raux) que d'&#233;l&#232;ves de classes pr&#233;paratoires aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont il faut rappeler qu'il n'existe pas aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lorsque d'une fa&#231;on ou d'une autre, des classes de niveau sont mises en place.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Bonn&#233;ry (dir.), &lt;i&gt;Supports p&#233;dagogiques et in&#233;galit&#233;s scolaires&lt;/i&gt;, La Dispute, Coll. Enjeux scolaires, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-P. Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces dispositifs mis en place par le service public d'&#233;ducation doivent permettre de lutter contre les in&#233;galit&#233;s sociales qui d&#233;coulent d'une offre marchande de plus en plus abondante de soutien scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://cache.media.education.gouv.fr/file/2016/67/1/depp-ni-2016-18-evaluation-numerique-competences-socle-debut-sixieme-niveaux-performance-contrastes-selon-academies2_597671.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cache.media.education.gouv.fr/file/2016/67/1/depp-ni-2016-18-evaluation-numerique-competences-socle-debut-sixieme-niveaux-performance-contrastes-selon-academies2_597671.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette proposition de &#171; lyc&#233;e unique &#187; est d&#233;fendue par le Groupe de Recherche sur la D&#233;mocratisation Scolaire (GRDS).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle (pr&#233;sentation)</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article220</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article220</guid>
		<dc:date>2016-02-18T10:15:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[L'ouvrage de Jean-Pierre Terrail : &#034;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&#034; vient de para&#238;tre &#224; La Dispute (f&#233;vrier 2016). &#192; la suite de sa mise en discussion publique du 16 f&#233;vrier avec la contribution de Marcel Gauchet, Bertrand Geay et Fr&#233;d&#233;rique Rolet, nous publions ci-dessous une pr&#233;sentation par l'auteur de son parcours de recherche sur la question scolaire.] &lt;br class='autobr' /&gt; Il m'a fallu plus de trois d&#233;cennies d'investigations sociologiques touchant d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L97xH150/arton220-f737d.png?1790693187' class='spip_logo spip_logo_right' width='97' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[L'ouvrage de Jean-Pierre Terrail : &#034;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&#034; vient de para&#238;tre &#224; La Dispute (f&#233;vrier 2016). &#192; la suite de sa mise en discussion publique du 16 f&#233;vrier avec la contribution de Marcel Gauchet, Bertrand Geay et Fr&#233;d&#233;rique Rolet, nous publions ci-dessous une pr&#233;sentation par l'auteur de son parcours de recherche sur la question scolaire.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il m'a fallu plus de trois d&#233;cennies d'investigations sociologiques touchant d'une fa&#231;on ou d'une autre &#224; la question scolaire pour en arriver &#224; &#233;crire ce petit livre. &#201;voquer le cheminement qui m'y a conduit me para&#238;t une bonne fa&#231;on de donner &#224; voir la d&#233;marche de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La rencontre avec la question scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est apr&#232;s quinze ans d'une carri&#232;re de chercheur qui d&#233;marre en 1968 que j'ai rencontr&#233;, de fa&#231;on quelque peu inopin&#233;e, la question de l'&#233;cole. Dans un contexte o&#249; les intellectuels progressistes &#233;taient volontiers suspect&#233;s de mythifier le prol&#233;tariat, je m'&#233;tais d&#233;cid&#233; &#224; entreprendre, en ce d&#233;but des ann&#233;es 1980, une th&#232;se d'&#201;tat visant &#224; rendre compte, sur le mode de l'investigation empirique, des transformations du monde ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans liens familiers avec cet univers, je me mis en qu&#234;te pour d&#233;marrer l'affaire d'informateurs instruits, et commen&#231;ai &#224; interviewer quelques coll&#232;gues qui en &#233;taient issus. Plut&#244;t cependant que de r&#233;pondre &#224; ma curiosit&#233; et de me d&#233;crire le monde social dont ils avaient eu, enfants, une exp&#233;rience intime, ces chercheurs se firent plut&#244;t les t&#233;moins d'eux-m&#234;mes et me livr&#232;rent le r&#233;cit de la r&#233;ussite scolaire qui les avaient arrach&#233;s &#224; leur milieu et aux destins d'usine. Je me r&#233;solus bient&#244;t, face &#224; la r&#233;p&#233;tition de l'exp&#233;rience, &#224; changer mon fusil d'&#233;paule. Puisque c'est leur histoire avec l'&#233;cole que mes interlocuteurs ont en t&#234;te et qui les obs&#232;de, eh bien parlons-en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise n'&#233;tait pas sans int&#233;r&#234;t, puisqu'elle pouvait permettre d'identifier les conditions qui avaient rendu possible une entr&#233;e dans l'enseignement sup&#233;rieur encore tr&#232;s minoritaire dans les familles populaires pour cette g&#233;n&#233;ration &#8211; une v&#233;ritable aventure dont Annie Ernaux donnait dans ses romans, en ces m&#234;mes ann&#233;es, sa version personnelle. Je poursuivis donc l'enqu&#234;te en interrogeant une diversit&#233; d'intellectuels d'origine ouvri&#232;re sur leur parcours scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le moment, cet &#233;pisode me parut tr&#232;s d&#233;monstratif de la fa&#231;on parfois erratique et impr&#233;visible dont se d&#233;roule un parcours de recherche, et de l'int&#233;r&#234;t, comme le professent les interactionnistes, de se laisser &#171; enseigner par le terrain &#187;. J'y ai vu aussi, un peu plus tard, une manifestation de l'omnipr&#233;sence souterraine de la question scolaire dans la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;cole et transformations ouvri&#232;res&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tour ne fut pas du temps perdu. J'y d&#233;couvris un aspect essentiel de la &#171; modernisation &#187; de la classe ouvri&#232;re en ces d&#233;cennies. Ses membres s'&#233;taient longtemps content&#233;s d'une &#233;cole qui assurait une alphab&#233;tisation minimum, couronn&#233;e dans le meilleur des cas par une formation professionnelle. Au cours des ann&#233;es 1960 ils se prennent de plus en plus souvent &#224; envisager des &#233;tudes longues : c'est le cas, de rares sondages le montrent, de 15% d'entre eux en 1963, et de 60% en 1972. Impossible de ne pas mettre ce basculement rapide au compte de la r&#233;forme qui institue alors l'&#233;cole unique, et ouvre &#224; tous l'acc&#232;s &#224; l'enseignement secondaire. Impossible aussi de ne pas y voir l'effet d'une vis&#233;e d'&#233;mancipation ancienne, que cette r&#233;forme cr&#233;dibilise et lib&#232;re : la d&#233;sindustrialisation, le ch&#244;mage de masse et l'exigence du dipl&#244;me pour assurer les reconversions interg&#233;n&#233;rationnelles ne sont alors en effet pas encore &#224; l'ordre du jour. Ce fut une r&#233;volution silencieuse, ignor&#233;e sur le moment &#8211; y compris par les meilleurs chercheurs : c'est en 1974 que Pierre Bourdieu donne comme typiques des habitus populaires les attitudes d'auto-exclusion scolaire et de renoncement spontan&#233; aux &#233;tudes longues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, &#171; Destins de classe et causalit&#233; du probable &#187;, Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; ; et qui reste largement m&#233;connue aujourd'hui, comme l'attestent les imputations si fr&#233;quentes des &#233;checs scolaires populaires au d&#233;sint&#233;r&#234;t et au manque d'investissement des familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De bonnes &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma th&#232;se mit donc cette r&#233;volution en exergue, aux c&#244;t&#233;s de l'essor de l'emploi f&#233;minin et des pratiques de r&#233;duction de la f&#233;condit&#233;, facteurs autant que manifestations de la modernisation ouvri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Destins ouvriers. La fin d'une classe ?, PUF, Paris, 1990.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'y interrogeais les conditions les plus favorables aux r&#233;ussites ouvri&#232;res, sans aborder encore la persistance de masse de l'&#233;chec. L'&#233;cho qu'avait eu ce travail et la prise de conscience du r&#244;le crucial de l'&#233;cole dans les fonctionnements sociaux m'ont incit&#233; &#224; rester particuli&#232;rement attentif, parmi d'autres sujets de recherche, aux investissements des familles dans la scolarit&#233; de leur descendants et aux parcours r&#233;ussis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premi&#232;res ann&#233;es 1990, cet int&#233;r&#234;t m'amena &#224; m'affronter &#224; cette sorte d'&#233;nigme sociologique que repr&#233;sentait la sup&#233;riorit&#233; scolaire des filles. &#192; l'encontre de ceux qui r&#233;duisaient le ph&#233;nom&#232;ne &#224; l'effet d'un habitus de sexe (les filles seraient mieux pr&#233;par&#233;es, par les vertus d'une &#233;ducation familiale cultivant le soin, l'attention, l'ob&#233;issance, &#224; r&#233;pondre aux r&#233;quisits de l'&#233;cole), j'en observai le caract&#232;re historiquement sp&#233;cifi&#233; (ce n'est que dans les ann&#233;es 1960 que les filles rattrapent les gar&#231;ons, au moment donc o&#249; le march&#233; du travail salari&#233; s'ouvre pour elles), et diff&#233;renci&#233; selon l'appartenance sociale (plus on descend l'&#233;chelle sociale, plus la diff&#233;rence sexu&#233;e des scolarit&#233;s s'accro&#238;t). Je mis dans ces conditions l'accent, non sur l'efficace scolaire de &#171; qualit&#233;s f&#233;minines &#187;, mais sur l'hypoth&#232;se d'une mobilisation scolaire diff&#233;rentielle des filles, sachant que la qualit&#233; de leurs dipl&#244;mes pouvait seule compenser leur d&#233;savantage relatif sur le march&#233; du travail, tout en leur assurant, au plan des rapports conjugaux, une ind&#233;pendance dont le d&#233;faut &#233;tait fortement ressenti, jusque-l&#224;, par les femmes des milieux populaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : &#171; La sup&#233;riorit&#233; scolaire des filles : une &#233;nigme sociologique &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Reprendre la question de l'&#233;chec scolaire
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au milieu des ann&#233;es 1990 cela faisait plus de dix ans que je m'int&#233;ressais aux processus de scolarisation et &#224; leurs effets dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, sans m'&#234;tre risqu&#233; encore &#224; interroger de plus pr&#232;s ce qui se jouait dans l'&#233;cole elle-m&#234;me. Celle-ci restait une bo&#238;te noire, pour moi comme pour une grande partie de la sociologie de l'&#233;ducation. L'ouvrage collectif paru en 1997 et dont j'avais pris l'initiative en t&#233;moigne &#224; l'envi. Ambitionnant de faire le point des rapports &#233;cole/soci&#233;t&#233;, un seul de ses douze chapitres aborde la question de la transmission des savoirs : encore est-il d&#251; &#224; deux chercheurs ne relevant pas express&#233;ment de la sociologie, et qui traitent du comportement des &#233;l&#232;ves bien plus que de celui des ma&#238;tres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit du chapitre 6 : &#171; Apprendre : des malentendus qui font la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pas d'indiff&#233;rence aux diff&#233;rences&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette publication allait pourtant m'inciter &#224; entrer dans le vif du sujet. La tonalit&#233; du livre &#233;tait globalement critique de la persistance des in&#233;galit&#233;s scolaires. Lors des d&#233;bats publics suscit&#233;s par sa parution, nombre d'enseignants me mirent au pied du mur. Ils pouvaient eux aussi d&#233;plorer la situation, mais pourrais-je leur dire comment pr&#233;cis&#233;ment y mettre fin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi somm&#233; de m'expliquer &#224; mon tour avec la vieille question de l'&#233;chec scolaire, je d&#233;cidai de m'y mettre s&#233;rieusement, en entreprenant, cela n'avait pas encore &#233;t&#233; fait, un bilan critique de la litt&#233;rature consid&#233;rable accumul&#233;e sur le sujet depuis quatre d&#233;cennies. Je fis au plus large, en m'int&#233;ressant du m&#234;me coup &#224; l'histoire de l'institution scolaire, &#224; son lien avec la culture &#233;crite, aux difficult&#233;s in&#233;vitablement rencontr&#233;es par quiconque cherche &#224; entrer dans cette culture et &#224; s'en approprier les modalit&#233;s ; et, au plan de l'investigation empirique, en proc&#233;dant &#224; la reconstitution des parcours d'&#233;l&#232;ves en &#233;chec, ainsi qu'&#224; l'observation en classe, jusque-l&#224; peu pratiqu&#233;e, de moments des apprentissages &#233;l&#233;mentaires, et enfin en m'attachant particuli&#232;rement aux modalit&#233;s de l'apprentissage, crucial, de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela me prit quelques ann&#233;es. J'en sortis en 2002, lest&#233; de fortes convictions : du caract&#232;re non in&#233;luctable de l'&#233;chec scolaire ; de la n&#233;cessit&#233; essentielle, pour le combattre, de regarder de pr&#232;s et de transformer les modalit&#233;s des apprentissages cognitifs, plut&#244;t que de noyer le poisson en incriminant la &#171; multiplicit&#233; des facteurs d&#233;terminants &#187; de l'&#233;chec, et en insistant sur le faible encadrement assur&#233; par les familles populaires, sur leur rapport au savoir d&#233;faillant et sur la propension de leurs enfants &#224; se contenter d'accomplir au mieux leur &#171; m&#233;tier d'&#233;l&#232;ve &#187; ; de l'exigence, enfin, de revenir sur la th&#232;se bourdieusienne d'une &#171; indiff&#233;rence [de l'&#233;cole] aux diff&#233;rences [entre ses publics] &#187;. Ce dernier point m'apparaissait crucial, la suppos&#233;e indiff&#233;rence de l'&#233;cole &#233;tant contredite non seulement par le poids des effets d'&#233;tiquetage d&#233;favorables aux milieux populaires dans l'&#233;valuation des &#233;l&#232;ves et la gestion de leur parcours mais aussi, et peut-&#234;tre surtout, du fait des diff&#233;renciations spontan&#233;ment introduites par les enseignants dans la conduite des apprentissages selon les classes et les publics&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, De l'in&#233;galit&#233; scolaire, La Dispute, Paris, 2002.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La perspective d'une &#233;cole &#171; commune &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette propension des enseignants &#224; minorer leurs ambitions p&#233;dagogiques &#224; l'endroit des publics populaires s'inscrit dans une logique du &#171; donner moins &#224; ceux qui ont moins &#187; qui ordonne l'ensemble de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Cette logique discriminatoire, proprement institutionnalis&#233;e, ne laisse aucune chance &#224; &#171; l'&#233;galit&#233; des chances &#187;. Son exercice est rendu possible par la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, telle que l'organise le dispositif de leur &#233;valuation, de leur classement hi&#233;rarchique, et de leur orientation. Je r&#233;alisai tr&#232;s vite, dans ces conditions, que toute lutte v&#233;ritable contre l'&#233;chec scolaire et pour la g&#233;n&#233;ralisation des &#233;tudes longues passait par l'&#233;radication de cette logique et de son fondement, la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves. Longtemps consid&#233;r&#233;e comme le moyen de r&#233;aliser &#171; l'&#233;galit&#233; des chances &#187;, l'&#233;cole unique mise en place dans les d&#233;buts de la Cinqui&#232;me R&#233;publique m'apparaissait d&#233;sormais elle-m&#234;me comme un obstacle d&#233;cisif &#224; une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'&#233;cole, que seule une &#171; &#233;cole commune &#187;, articul&#233;e autour d'une scolarit&#233; sans classement des &#233;l&#232;ves et, jusqu'&#224; la fin du secondaire, sans voies de d&#233;rivation, pouvait permettre de r&#233;aliser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, &#201;cole, l'enjeu d&#233;mocratique, La Dispute, Paris, 2004.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'alternative de l'&#233;cole commune&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans abandonner la r&#233;flexion critique sur l'existant, il m'importait d&#233;sormais d'explorer plus avant l'alternative de l'&#233;cole commune, et d'en mesurer la cr&#233;dibilit&#233;. Deux grandes questions s'imposaient &#224; mon programme de travail. Afin de m'assurer du r&#233;alisme de la perspective d'un enseignement qui soit &#224; la fois de masse et d'ambition, il me fallait reprendre, d'une part, la th&#233;matique du &#171; tous capables &#187;, en approfondissant l'examen critique de la th&#232;se du handicap socioculturel. Et interroger, d'autre part, les modalit&#233;s possibles d'une conduite des apprentissages susceptible de permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'entrer normalement dans la culture &#233;crite : supprimer la concurrence entre les &#233;l&#232;ves, et donc les notes, le redoublement et les fili&#232;res d&#233;valoris&#233;es, ne dit en effet rien encore de la fa&#231;on dont on peut aider les &#233;l&#232;ves &#224; surmonter leurs difficult&#233;s cognitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tous capables ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;ducabilit&#233; de tous m'invitait, paradoxe pour un sociologue, &#224; abandonner le terrain de la diversit&#233; des cultures, des diff&#233;rences de classe, de genre et de g&#233;n&#233;ration, pour m'int&#233;resser &#224; l'universel, au bagage commun des jeunes humains. La th&#232;se du handicap socioculturel a le bon sens des apparences : si les uns r&#233;ussissent &#224; l'&#233;cole et pas les autres, dit-elle, c'est qu'il manque &#224; ces derniers l'h&#233;ritage culturel dont disposent les autres. Mais la bonne question n'est pas celle de la diff&#233;rence culturelle, c'est celle que pose toute entreprise de d&#233;mocratisation scolaire, que l'on peut formuler ainsi : ceux qui sont, de par leurs appartenances socioculturelles, les moins bien pr&#233;par&#233;s &#224; satisfaire aux r&#233;quisits de l'&#233;cole, ont-ils n&#233;anmoins des ressources suffisantes pour surmonter les difficult&#233;s d'apprentissages bien conduits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de gloser &#224; mon tour sur ce qui manque &#224; ces &#233;l&#232;ves, je me suis donc pos&#233; la question de ce dont ils disposent. Et, en mati&#232;re de ressources intellectuelles, ce qui rapproche tous les humains, quelles que soient leurs diff&#233;rences ethniques et culturelles, c'est le fait du langage, c'est la ma&#238;trise d'une langue quelconque, suffisante &#224; 6 ans pour satisfaire les besoins de la vie quotidienne et toujours susceptible de s'enrichir ind&#233;finiment. Or, comme l'attestent aussi bien la th&#233;orie linguistique moderne que les investigations des ethnosciences, l'acquisition de cette ma&#238;trise s'accompagne in&#233;luctablement de la formation d'un potentiel de maniement de l'abstraction, de raisonnement logique, de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie. Cet outillage intellectuel est disponible et suffisant pour une entr&#233;e normale dans la culture &#233;crite, et tout le probl&#232;me d'une bonne conduite des apprentissages est de parvenir &#224; le mobiliser pleinement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment enseigner ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant pr&#233;cis&#233;ment, par ailleurs, la conduite des apprentissages, je poursuivis deux objectifs : contribuer au r&#233;examen de la p&#233;dagogie de la lecture, dont la si faible efficacit&#233; actuelle gr&#232;ve lourdement tout espoir de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s scolaires ; et mieux comprendre pourquoi, plus largement, le grand r&#233;am&#233;nagement p&#233;dagogique des ann&#233;es 1970-80, marqu&#233; par le passage du principe du transmettre au principe de l'apprendre, et lest&#233; d'intentions g&#233;n&#233;reuses, avait produit si peu de r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de lecture j'avais pris parti, d&#232;s 2002, et &#224; contre-courant de l'opinion p&#233;dagogique progressiste, on ne manqua pas de me le faire savoir, pour la m&#233;thode syllabique, dont la critique et le rejet r&#233;pulsif furent au c&#339;ur de la r&#233;novation des m&#233;thodes d'enseignement au tournant des ann&#233;es 1960/70, et restaient tr&#232;s vifs. L'enjeu &#233;tait trop important pour que je l'abandonne, et je m'effor&#231;ai, en collaboration avec Genevi&#232;ve Krick et Janine Reichstadt, d'explorer la question sous toutes ses dimensions. Nous voul&#251;mes soumettre nos convictions &#224; l'&#233;preuve de la pratique en produisant notre propre manuel, dont l'efficacit&#233; fut reconnue par l'enqu&#234;te que dirigea J&#233;r&#244;me Deauvieau en 2013&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : Jean-Pierre Terrail, De l'in&#233;galit&#233; scolaire, 2002, ouvrage cit&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'apprentissage de la lecture, il me fallait remonter &#224; l'esprit de la r&#233;forme p&#233;dagogique, appr&#233;hender ses effets pratiques, en comprendre les limites, r&#233;fl&#233;chir &#224; la fa&#231;on de les d&#233;passer. L'entreprise put b&#233;n&#233;ficier de deux points d'appuis. D'une part la cr&#233;ation en 2008 du GRDS (Groupe de recherches sur la d&#233;mocratisation scolaire) fournit un cadre de travail particuli&#232;rement stimulant. Rassemblant des chercheurs entre lesquels des collaborations s'&#233;taient nou&#233;es dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est le cas notamment de J&#233;r&#244;me Deauvieau (voir Les sociologues, l'&#233;cole et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et des enseignants militants syndicalistes en qu&#234;te d'un milieu propice aux investigations de recherche et &#224; la distanciation r&#233;flexive, ce milieu de travail s'av&#233;ra dynamique et productif, ses membres partageant le souci d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de notre syst&#232;me &#233;ducatif et le d&#233;sir d'approfondir la perspective d'une &#233;cole &#171; commune &#187; assez radicalement novatrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La publication en 2012 d'un ouvrage collectif, auquel ont contribu&#233; Alain (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, &#224; partir de la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 2000, les recherches men&#233;es dans les classes m&#234;mes et concernant la conception des apprentissages et les pratiques des ma&#238;tres connurent un essor relatif, aboutissant &#224; des relev&#233;s d'observation riches d'enseignements quant &#224; la logique des dispositifs p&#233;dagogiques dominants et aux conditions de leur manque d'efficacit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est le fait notamment de chercheurs d'ESCOL (qui avaient longtemps r&#233;serv&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GRDS s'est d'abord attach&#233; &#224; mettre en &#233;vidence l'exigence conjointe de nouvelles pratiques d'enseignement et d'une profonde &#233;volution de la formation et du recrutement des enseignants. Depuis 2012 le collectif s'est engag&#233; dans une r&#233;flexion d'ensemble sur ce que pourraient &#234;tre les contenus d'enseignement d'une &#233;cole commune. J'ai continu&#233; &#224; travailler parall&#232;lement pour ma part sur la conduite des apprentissages, &#224; laquelle &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt; est consacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#233;cole d&#233;mocratique ne peut &#234;tre qu'une &#233;cole exigeante pour tous ses publics
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a d&#233;clench&#233; le projet de l'ouvrage est certainement la prise de conscience du caract&#232;re fonci&#232;rement d&#233;ficitariste de ce que Marcel Gauchet appellerait la r&#233;volution de l'apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une r&#233;novation sous h&#233;g&#233;monie du principe d&#233;ficitariste&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute la r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1970-80 proc&#232;de-t-elle de la reconnaissance du caract&#232;re n&#233;cessairement actif des apprentissages et du souci de traiter l'enfant comme une personne, d'&#234;tre attentif &#224; son d&#233;veloppement et &#224; son &#233;panouissement, de l'instruire par le jeu et en mobilisant sa curiosit&#233; plut&#244;t que par l'inculcation et l'autorit&#233;. C'en sont l&#224; les valeurs rectrices mises en avant d&#232;s les ann&#233;es 1970 par Basil Bernstein en Angleterre et Jean-Claude Chamboredon en France, qui en attribuent la paternit&#233; aux salari&#233;s instruits des nouvelles classes moyennes souhaitant leur mise en &#339;uvre pour leurs propres enfants. Je n'ai jamais vu de raison de revenir sur leur analyse, et leur pronostic selon lequel ces valeurs devaient conduire &#224; la mise en &#339;uvre d'une p&#233;dagogie &#171; invisible &#187; peu propice &#224; la r&#233;ussite des enfants des classes populaires m'a toujours paru parfaitement valid&#233; par l'exp&#233;rience historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je savais certes que l'on ne pouvait en rester &#224; la th&#232;se d'une mise &#224; jour de l'institution scolaire face &#224; la transformation des repr&#233;sentations de l'enfance et des pratiques &#233;ducatives. Les travaux des historiens fran&#231;ais, d'une part, ont soulign&#233; le r&#244;le que le sentiment de l'inadaptation d'une partie des nouveaux publics acc&#233;dant alors au secondaire avait pu jouer dans l'introduction de nouvelles proc&#233;dures de conduite des apprentissages &#233;l&#233;mentaires, qui firent l'objet de diff&#233;rentes exp&#233;rimentations d&#232;s les ann&#233;es 1960. Et les travaux de la sociologie de l'&#233;ducation, comme mes propres investigations de recherche, m'avaient convaincu de la propension majoritaire chez les enseignants &#224; mod&#233;rer leurs ambitions p&#233;dagogiques d&#232;s qu'ils avaient &#224; faire &#224; des publics populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais mal mesur&#233; cependant ce qui m'est apparu tr&#232;s clairement d&#232;s lors que je suis revenu plus pr&#233;cis&#233;ment sur le tournant des ann&#233;es 1960/70, &#224; l'examen de textes des acteurs majeurs de l'&#233;poque ou des observations d'historiens, telles celles d'Antoine Prost. Il s'av&#232;re en effet que le pr&#233;suppos&#233; de l'insuffisance des ressources mentales, intellectuelles et culturelles des &#233;l&#232;ves des classes populaires face aux exigences d'une entr&#233;e normale dans la culture &#233;crite n'est pas seulement le fait des enseignants, ou d'une majorit&#233; d'entre eux : il est au c&#339;ur m&#234;me de la r&#233;novation p&#233;dagogique, au principe de son motif, de sa conception, jusqu'aux modalit&#233;s pratiques de sa mise en &#339;uvre. En ce sens il me para&#238;t l&#233;gitime de parler de paradigme &#171; d&#233;ficitariste &#187; s'agissant de qualifier l'horizon de pens&#233;e de la r&#233;novation p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci repr&#233;sente bien une mise &#224; jour de l'&#233;cole, impuls&#233;e par le nouveau salariat instruit, pour reprendre les analyses de Bernstein et Chamboredon, une forme d'adaptation de notre syst&#232;me &#233;ducatif face aux transformations historiques des repr&#233;sentations de l'enfant et des pratiques &#233;ducatives des familles. Mais il importe de souligner combien la mutation s'effectue, de part en part, sous l'&#233;gide du principe d&#233;ficitariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;novation p&#233;dagogique met en place un ensemble tr&#232;s coh&#233;rent, qui va de ce fait s'av&#233;rer dot&#233; d'une grande stabilit&#233;. Les formes institutionnalis&#233;es de conduite des apprentissages empruntent, tout autant que les dispositions spontan&#233;es des enseignants, aux valeurs d'&#233;mancipation des classes moyennes ; les unes comme les autres sont par ailleurs &#233;galement marqu&#233;es au sceau du rapport des classes moyennes aux classes populaires, dont les membres leur apparaissent, dans la comp&#233;tition pour les places scolaires, dot&#233;es d'une inf&#233;riorit&#233; cognitive naturelle. Ainsi sans doute peut-on comprendre l'&#233;tonnante capacit&#233; de r&#233;sistance qu'oppose ce dispositif historique aux d&#233;mentis de l'exp&#233;rience, qui t&#233;moigne pourtant &#224; l'envi de la faible efficacit&#233; des modes de conduite des apprentissages instaur&#233;s alors et dont le principe est toujours &#224; l'&#339;uvre aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Changer de paradigme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les observations de terrain les plus diverses convergent &#224; cet &#233;gard : les pratiques d'enseignement inspir&#233;es par le principe d&#233;ficitariste sont contre-productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on admet, ce que je me suis efforc&#233; d'argumenter de pr&#232;s par ailleurs, que le pr&#233;jug&#233; d&#233;ficitariste laisse dans l'ombre la r&#233;alit&#233; des capacit&#233;s intellectuelles des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires, une r&#233;elle volont&#233; de d&#233;mocratiser l'&#233;cole inviterait &#224; en finir avec le leitmotiv des r&#233;formateurs des ann&#233;es 1960-70, pour lesquels il fallait avant tout &#233;viter de mettre ces &#233;l&#232;ves en difficult&#233; ; et &#224; lui substituer le principe d'une forte exigence intellectuelle &#224; leur &#233;gard, seul moyen de leur apporter les ressources que les autres puisent dans leur milieu familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me restait, une fois mise en &#233;vidence la n&#233;cessit&#233; de cette mutation au b&#233;n&#233;fice d'un paradigme de l'exigence, &#224; explorer les conditions de sa mise en &#339;uvre, qu'il s'agisse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* de la fa&#231;on de conduire les apprentissages et de la reconfiguration des dispositifs p&#233;dagogiques : quelles cons&#233;quences tirer de la th&#232;se selon laquelle il faut mobiliser les ressources intellectuelles des &#233;l&#232;ves des classes populaires plut&#244;t que de s'adapter &#224; leurs manques ? Le paradigme de l'exigence impose-t-il le retour &#224; un enseignement purement magistral, ou peut-il laisser une place &#224; la posture constructiviste, qui valorise le cheminement autonome de l'&#233;l&#232;ve ? Comment repenser la question de la &#171; motivation &#187; des &#233;l&#232;ves ? Quel parti peut-on tirer de l'exp&#233;rience de l'&#233;ducation nouvelle et des p&#233;dagogies alternatives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* de l'accueil possible des nouveaux principes p&#233;dagogiques par les jeunes g&#233;n&#233;rations. On sait l'ampleur des comportements de rejet des savoirs et de l'&#233;cole, notamment au coll&#232;ge. Une p&#233;dagogie de l'exigence ne risque-t-elle pas d'aggraver le probl&#232;me ? Comment repenser la question de l'autorit&#233; magistrale susceptible d'emporter l'adh&#233;sion des &#233;l&#232;ves ? Et quelle peut &#234;tre la place d'une &#233;cole de l'ambition intellectuelle &#224; l'heure de la r&#233;volution des technologies de l'information et de la communication, sachant le temps que les jeunes passent devant leurs &#233;crans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* de l'indispensable mobilisation des enseignants et des mutations conjointes dans leur culture professionnelle. En ce domaine aussi la mise en place d'un tronc commun et l'&#233;radication de la concurrence entre les &#233;l&#232;ves s'av&#232;rent essentielles. Elles modifient en effet la mission confi&#233;e &#224; ses personnels par l'institution scolaire et transforment leurs conditions de travail, les invitant &#224; traiter la difficult&#233; d'apprentissage par des moyens exclusivement intellectuels et p&#233;dagogiques, en abandonnant tout recours aux moyens d'ordre institutionnel en usage aujourd'hui (la mauvaise note, le redoublement, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai le sentiment d'avoir abord&#233; ces questions avec prudence, mais avec aussi la conviction que mettre en d&#233;bat les conditions essentielles d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation scolaire rel&#232;ve aujourd'hui de l'urgence sociale.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Table des mati&#232;res de l'ouvrage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 1 - Une p&#233;dagogie de l'adaptation au manque&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;forme pour les enfants du peuple&lt;br class='autobr' /&gt;
S'adapter aux &#233;l&#232;ves des milieux populaires&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite, deux r&#233;formes : math&#233;matiques et lecture&lt;br class='autobr' /&gt;
Des principes p&#233;dagogiques aux dispositifs d'enseignement&lt;br class='autobr' /&gt;
Un d&#233;tour p&#233;dagogique envahissant&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment faire face aux publics h&#233;t&#233;rog&#232;nes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 2 &#8211; La p&#233;dagogie r&#233;nov&#233;e, crise et emprise&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Un horizon ind&#233;passable ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le double jeu de la r&#233;novation p&#233;dagogique&lt;br class='autobr' /&gt;
L'adh&#233;sion du monde &#233;ducatif&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conditions du renouveau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 3 &#8211; Justification du paradigme de l'exigence&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les trompe l'&#339;il &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#171; &#233;galit&#233; des intelligences &#187;, de la formule au constat &lt;br class='autobr' /&gt;
Du paradigme du d&#233;ficit au paradigme de l'exigence&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ambition des fins et le souci des moyens&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos des jeunes g&#233;n&#233;rations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 4 &#8211; Sur la mise en &#339;uvre du nouveau paradigme&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rep&#232;res d'une p&#233;dagogie de la r&#233;ussite pour tous&lt;br class='autobr' /&gt;
La reconfiguration des dispositifs p&#233;dagogiques&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#233;dagogie de l'exigence et gestion de la classe&lt;br class='autobr' /&gt;
Enseigner sans mettre en concurrence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &#171; Destins de classe et causalit&#233; du probable &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de sociologie&lt;/i&gt;, vol. XVI, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Destins ouvriers. La fin d'une classe ?&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : &#171; La sup&#233;riorit&#233; scolaire des filles : une &#233;nigme sociologique &#187;, in Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La Dynamique des g&#233;n&#233;rations&lt;/i&gt;, L'Harmattan, Paris, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit du chapitre 6 : &#171; Apprendre : des malentendus qui font la diff&#233;rence &#187;, par &#201;lisabeth Bautier et Jean-Yves Rochex, voir Jean-Pierre Terrail (direction), &lt;i&gt;La Scolarisation de la France. Critique de l'&#233;tat des lieux&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;De l'in&#233;galit&#233; scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;&#201;cole, l'enjeu d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009 ; et &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;De l'in&#233;galit&#233; scolaire&lt;/i&gt;, 2002, ouvrage cit&#233;, chapitre XIV ; Genevi&#232;ve Krick, Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Apprendre &#224; lire. La querelle des m&#233;thodes&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 2007 ; Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, Genevi&#232;ve Krick, &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris. Un apprentissage culturel et moderne de la lecture-CP&lt;/i&gt;, Les Lettres bleues, Paris, 2009 ; Janine Reichstadt, &lt;i&gt;Apprendre &#224; lire : l'enjeu de la syllabique&lt;/i&gt;, L'Harmattan, Paris, 2011 ; J&#233;r&#244;me Deauvieau, Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enseigner efficacement la lecture&lt;/i&gt;, Odile Jacob, Paris, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est le cas notamment de J&#233;r&#244;me Deauvieau (voir &lt;i&gt;Les sociologues, l'&#233;cole et la transmission des savoirs&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2007 (en collaboration avec Jean-Pierre Terrail), et &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009), comme de Tristan Poullaouec (&lt;i&gt;Le Dipl&#244;me, arme des faibles&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La publication en 2012 d'un ouvrage collectif, auquel ont contribu&#233; Alain Becker, J&#233;r&#244;me Deauvieau, Tristan Poullaouec, Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail et Jos&#233; Tovar, marque une &#233;tape importante du travail entrepris, voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012. Par ailleurs le site &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.democratisation-scolaire.fr&lt;/a&gt; donne &#224; lire la production des membres du GRDS et des collaborations qu'il s'est assur&#233;es au fil des ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est le fait notamment de chercheurs d'ESCOL (qui avaient longtemps r&#233;serv&#233; leurs investigations, pour l'essentiel, au seul comportement des &#233;l&#232;ves) : voir &#201;lisabeth Bautier (dir.), &lt;i&gt;Apprendre &#224; l'&#233;cole, apprendre l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Chroniques sociales, Lyon, 2006 ; St&#233;phane Bonn&#233;ry, &lt;i&gt;Comprendre l'&#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2007 ; &#201;lisabeth Bautier et Patrick Rayou, &lt;i&gt;Une r&#233;flexion sur le processus d'apprentissage et ses difficult&#233;s&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2009 ; Christophe Joigneaux, &lt;i&gt;Des processus de diff&#233;renciation d&#232;s l'&#233;cole maternelle&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat, Paris VIII, 2009) ; ainsi que de laboratoires participant au r&#233;seau R&#233;s&#233;da : voir Jean-Yves Rochex et Jacques Crinon (dir.),&lt;i&gt; La construction des in&#233;galit&#233;s scolaires&lt;/i&gt;, PUR, Rennes, 2011. On rappellera &#233;galement les observations r&#233;alis&#233;es dans le cadre du laboratoire Printemps-UVSQ (Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;De l'in&#233;galit&#233; scolaire&lt;/i&gt;, ouvrage cit&#233;, 2002 ; J&#233;r&#244;me Deauvieau, &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009) ; ou &#224; l'EHESS, (Houssen Zakaria, &lt;i&gt;Que font les ma&#238;tres ? Pour un bilan de la r&#233;novation p&#233;dagogique &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;cole commune et abolition du march&#233; du travail</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article162</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article162</guid>
		<dc:date>2013-02-05T18:16:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Concurrence</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole commune</dc:subject>
		<dc:subject>Qualification</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une rencontre a eu lieu le 4 f&#233;vrier 2013 entre le GRDS et l'IES, pour une information r&#233;ciproque sur les travaux des deux r&#233;seaux de recherche et un &#233;change sur les questions d'int&#233;r&#234;t commun. On lira ici la contribution introductive de Jean-Pierre Terrail &#224; cette s&#233;ance de travail. &lt;br class='autobr' /&gt; Des orientations anticapitalistes plus qu'antilib&#233;rales &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette rencontre se l&#233;gitime d'abord par la proximit&#233; de nos postures respectives &#224; l'&#233;gard des exigences du changement d&#233;mocratique. Nous partageons (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Concurrence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;&#233;cole commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Qualification&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une rencontre a eu lieu le 4 f&#233;vrier 2013 entre le GRDS et l'&lt;a href=&#034;http://www.ies-salariat.org/spip.php?rubrique1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;IES&lt;/a&gt;, pour une information r&#233;ciproque sur les travaux des deux r&#233;seaux de recherche et un &#233;change sur les questions d'int&#233;r&#234;t commun. On lira ici la contribution introductive de Jean-Pierre Terrail &#224; cette s&#233;ance de travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des orientations anticapitalistes plus qu'antilib&#233;rales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette rencontre se l&#233;gitime d'abord par la proximit&#233; de nos postures respectives &#224; l'&#233;gard des exigences du changement d&#233;mocratique. Nous partageons la m&#234;me conviction, pour reprendre une formule de Lucien S&#232;ve, qu'&#171; engager sans plus attendre le d&#233;passement r&#233;el du capitalisme est la seule alternative aux logiques folles qui font que n'est plus d&#233;sormais sans vraisemblance l'&#233;ventualit&#233; inou&#239;e d'une d&#233;shumanisation finale de l'histoire humaine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, Ali&#233;nation et &#233;mancipation, La Dispute, Paris, 2012, p. 3.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous avan&#231;ons dans nos domaines respectifs des perspectives d'avenir qui, loin de s'opposer aux seuls exc&#232;s du n&#233;olib&#233;ralisme, s'&#233;tayent d'une mise en cause radicale des cat&#233;gories les plus essentielles du capitalisme ; et s'en prennent in&#233;vitablement par suite au rapport marchand lui-m&#234;me (dans une extension qui reste encore &#224; discuter), et tout particuli&#232;rement, sauf &#224; relancer sans cesse l'accumulation du capital, au caract&#232;re marchand de la force de travail : faute de quoi l'entreprise aurait tout du travail de Sisyphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous proposons donc pas seulement d'&#233;chapper aux pires effets du capitalisme, mais d'en supprimer les causes. Ce qui, sans doute, nous confronte &#224; deux imp&#233;ratifs conjugu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier consiste &#224; cr&#233;er les conditions institutionnelles et socio&#233;conomiques de la souverainet&#233; du monde du travail. La suppression de la concurrence, la subversion de la d&#233;termination de la valeur &#233;conomique et du travail productif par le march&#233; et l'accumulation du capital, la mise en d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat par l'ouverture de ses pouvoirs &#224; l'appropriation citoyenne, en sont des modalit&#233;s incontournables. Et nos propositions respectives d'une &#233;cole commune supprimant la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, de la suppression du march&#233; du travail par la d&#233;connexion du salaire et de l'emploi, d'attribution conjointe d'un salaire &#224; vie inh&#233;rent &#224; la qualification, d'une d&#233;termination de la valeur &#233;conomique et du travail productif r&#233;gie par la qualification, vont dans le sens de leur r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais encore faut-il que le monde du travail s'empare effectivement et efficacement des moyens nouveaux d'exercer sa souverainet&#233;. C'est le second imp&#233;ratif auquel nous sommes affront&#233;s, la n&#233;cessit&#233; d'engager un processus d'&#233;mancipation collective qui seul peut &#224; la fois arracher la mise en place de ces moyens nouveaux et assurer leur mise en &#339;uvre d&#233;mocratique. Il importe &#224; cet &#233;gard de rappeler la fa&#231;on dont Marx, dans le Manifeste communiste, associe l'&#233;mancipation collective &#224; celle de chaque individu : &#171; le libre d&#233;veloppement de chacun est la condition du libre d&#233;veloppement de tous &#187;. Citons encore, &#224; cet &#233;gard, le commentaire qu'en fait Lucien S&#232;ve, plaidant pour &#171; une avanc&#233;e personnelle de masse &#187; : &#171; Il ne saurait suffire de cr&#233;er les conditions &#233;conomico-sociales et politico-juridiques objectives instituant les producteurs individuels d&#233;tenteurs associ&#233;s des moyens de production et d'&#233;change pour que tout s'en trouve aussit&#244;t m&#233;tamorphos&#233; ; encore faut-il que se soient form&#233;es et continuent de se d&#233;velopper chez eux, individuellement et collectivement, les comp&#233;tences subjectives n&#233;cessaires pour bien mettre en &#339;uvre ces pouvoirs nouveaux, les capacit&#233;s appropriatives permettant de r&#233;sorber l'ali&#233;nation de puissances sociales devenues sans ma&#238;tre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, Ali&#233;nation et &#233;mancipation, ibid, p. 68.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce second imp&#233;ratif nous invite &#224; pr&#234;ter la plus grande attention au contenu m&#234;me de la qualification des personnes, qui passe pour partie non n&#233;gligeable par la formation scolaire initiale, et continue ensuite de se forger au travers de l'exp&#233;rience du travail et de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des d&#233;marches partant du mouvement r&#233;el&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nos d&#233;marches ont sans doute un second trait commun. Les propositions radicalement anticapitalistes que nous avan&#231;ons, loin d'&#234;tre le fruit de la libre sp&#233;culation et d'un imaginaire utopiste, nous paraissent s'imposer comme la seule alternative possible &#224; l'actuelle d&#233;shumanisation du monde. Nous n'avons pas cherch&#233; &#224; concevoir une solution id&#233;ale, nous sommes partis les uns et les autres du monde r&#233;el, de ses contradictions, des avanc&#233;es d&#233;mocratiques qui ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es &#224; un moment donn&#233;, et des blocages et r&#233;gressions d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Enjeu des retraites&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Enjeu du salaire&lt;/i&gt; configurent la seule r&#233;ponse r&#233;elle, de fond, au probl&#232;me pos&#233; aujourd'hui par la d&#233;gradation des r&#233;gimes de retraite, de la protection sociale, du ch&#244;mage ; et plut&#244;t que de proposer quelque solution miracle dans un mod&#232;le invent&#233;, cette r&#233;ponse passe par l'identification des possibles &#233;mancipateurs du &#171; d&#233;j&#224;-l&#224; &#187; des institutions du salariat, salaire et cotisation sociale, notamment dans la forme propre au statut du fonctionnaire (principes de la qualification et du salaire &#224; vie)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Bernard Friot, L'Enjeu des retraites, La Dispute, Paris, 2010 ; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L139xH223/couv_2465-67121.jpg?1790689103' width='139' height='223' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_156 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L160xH253/couv_2737-fc174.jpg?1790689103' width='160' height='253' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous appelons &lt;i&gt;L'&#201;cole commune&lt;/i&gt; constitue &#233;galement &#224; nos yeux la seule r&#233;ponse r&#233;aliste &#224; des in&#233;galit&#233;s sociales en mati&#232;re d'acc&#232;s aux savoirs d&#233;velopp&#233;s de la culture &#233;crite dont l'ampleur actuelle, de plus en plus mal support&#233;e par les familles, menace s&#233;rieusement tant le potentiel productif et cr&#233;atif de la France de demain que son avenir d&#233;mocratique. Plut&#244;t que d'inventer ex nihilo de nouveaux mod&#232;les p&#233;dagogiques, nous sommes partis de la dynamique historique initi&#233;e par la mise en place sous la 5&#232;me R&#233;publique, et pour la premi&#232;re fois dans l'histoire nationale, d'une &#233;cole &#171; unique &#187;, ouvrant &#224; tous les m&#234;mes possibilit&#233;s formelles d'&#233;tudes longues. Nous avons alors cherch&#233; &#224; identifier les &#233;l&#233;ments de blocage qui ont limit&#233; l'&#233;largissement historique effectif de l'acc&#232;s aux &#233;tudes longues : la lutte pour lever ces obstacles et pour l'extension continu&#233;e de la d&#233;mocratisation des savoirs &#233;labor&#233;s &#233;tant au principe de l'&#233;cole commune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, L'&#201;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore me semble-t-il deux autres traits communs &#224; nos d&#233;marches, que j'&#233;voque rapidement en passant. D'&#233;vidence nous d&#233;rangeons, y compris dans la gauche la moins pr&#234;te &#224; c&#233;der aux sir&#232;nes du social-lib&#233;ralisme. C'est sans doute qu'on s'est habitu&#233; depuis des d&#233;cennies &#224; penser l'&#233;mancipation des peuples en termes d'&#233;tapes, la premi&#232;re &#224; engager &#233;tant vou&#233;e &#224; la recherche de justice sociale, &#224; la mise en place d'une &#233;conomie mieux r&#233;gul&#233;e, au contr&#244;le des capitaux, &#224; la restauration d'un &#201;tat efficacement protecteur. Proposer le salaire &#224; vie, la subversion de la d&#233;termination de la valeur, l'acc&#232;s g&#233;n&#233;ralis&#233; aux savoirs &#233;labor&#233;s, c'est s'engager directement dans la voie d'une r&#233;elle souverainet&#233; populaire, de la r&#233;alisation de ce que Marx d&#233;signait comme la soci&#233;t&#233; des producteurs librement associ&#233;s . Ce r&#233;alisme para&#238;t irr&#233;aliste, et d&#233;stabilise. Contradictoirement on voit bien, de par la diffusion de nos id&#233;es &#224; travers des canaux non institutionnels, que nos propositions int&#233;ressent et s&#233;duisent tant par les perspectives neuves qu'elles ouvrent que par la cr&#233;dibilit&#233; que leur conf&#232;re leur ancrage dans le mouvement r&#233;el de la soci&#233;t&#233;, leur capacit&#233; &#224; r&#233;pondre aux exigences sociales les plus actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois enfin que pour nous comme pour vous il subsiste de consid&#233;rables points aveugles dans nos propositions. Mais l'ampleur du travail qui est devant nous est &#224; la mesure des pas en avant que nous avons accomplis. Nous tirons d&#233;sormais un fil rouge qui &#233;largit sans cesse le champ des questions que nous avons &#224; nous poser, mais il s'agit de ces questions dont la pertinence engage la promesse de bonnes r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La culture commune d'une &#233;cole d&#233;mocratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment, au sujet des questions que nous avons &#224; poser, je voudrais terminer en &#233;voquant les pr&#233;occupations actuelles du GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons jusqu'&#224; pr&#233;sent avanc&#233; sur trois registres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui de l'organisation structurelle de l'&#233;cole commune, marqu&#233;e par l'instauration d'un v&#233;ritable tronc commun de 3 ans &#224; 17-18 ans, l'obligation scolaire &#233;tant port&#233;e &#224; 18 ans, et la suppression de toute mise en concurrence des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui des dispositifs p&#233;dagogiques &#224; mettre en &#339;uvre, notamment dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire. Nous appelons en ce domaine &#224; un r&#233;examen des modalit&#233;s de la modernisation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1970/80 ; et &#224; une subversion de son principe g&#233;n&#233;ral, qui valorise une conduite des apprentissages qui ne mette pas en difficult&#233; les enfants des classes populaires, pour lui substituer une tout autre r&#232;gle, appelant les ma&#238;tres &#224; beaucoup d'exigence intellectuelle &#224; l'&#233;gard de ces enfants, en sorte de leur permettre de s'approprier ce que les autres trouvent plus souvent dans leur milieu familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui enfin de la formation des ma&#238;tres, nos propositions insistant ici sur la n&#233;cessit&#233; d'une grande ma&#238;trise des savoirs enseign&#233;s et de leur didactique d&#232;s l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, et d'une appr&#233;hension des proc&#233;dures proprement &#171; p&#233;dagogiques &#187; qui ne s'autonomise jamais des contenus &#224; transmettre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons ouvert en 2011-2012 un nouveau chantier, particuli&#232;rement cons&#233;quent, celui des contenus &#224; transmettre au long du tronc commun. Au plus g&#233;n&#233;ral, notre ambition consiste &#224; rassembler les &#233;l&#233;ments d'information et de r&#233;flexion indispensables &#224; l'ouverture d'un v&#233;ritable d&#233;bat national sur les choix, de nature proprement politique, &#224; op&#233;rer en mati&#232;re d'&#233;ducation des jeunes g&#233;n&#233;rations : quelle culture commune entendons-nous leur transmettre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, nous avons engag&#233; le travail dans trois domaines :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui des questions transversales, que nous avons commenc&#233; d'aborder en nous int&#233;ressant &#224; la &#171; formation des comp&#233;tences &#187;, dont on sait combien elle occupe aujourd'hui le terrain des politiques scolaires au plan international, et sur laquelle nous pr&#233;parons un texte de synth&#232;se avan&#231;ant un point de vue propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui des grands secteurs disciplinaires, domaine dans lequel nous sollicitons la collaboration de sp&#233;cialistes des disciplines auxquels nous avons demand&#233; pour commencer, le travail est en cours, de faire le point de l'histoire des programmes depuis la guerre et des d&#233;bats suscit&#233;s &#224; leur propos. D&#233;marrer par ces bilans, dont il existe souvent les &#233;l&#233;ments, mais qui n'ont encore jamais &#233;t&#233; rassembl&#233;s et pr&#233;sent&#233;s de fa&#231;on syst&#233;matique, nous a paru la m&#233;thode la plus susceptible d'arriver dans l'&#233;tape suivante, celle des propositions pour l'avenir, &#224; d&#233;passer (autant que faire se peut) les controverses, souvent vives, qui divisent r&#233;guli&#232;rement les protagonistes de chaque secteur disciplinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celui enfin des contenus nouveaux qui pourraient &#234;tre introduits dans le tronc commun d'une &#233;cole d&#233;mocratique, s'agissant le plus souvent d'&#233;tendre sous des formes ad hoc des enseignements disciplinaires d&#233;j&#224; pr&#233;sents &#224; tel ou tel niveau du cursus. Soit &#224; se demander par exemple s'il faut enseigner la philo d&#232;s la maternelle, ou les sciences humaines &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire. Nous avons d'ores et d&#233;j&#224; avanc&#233; dans le domaine de l'enseignement des techniques et de la technologie, tant en examinant les politiques pass&#233;es en la mati&#232;re qu'en formulant des propositions tr&#232;s novatrices marqu&#233;es notamment par le souci d'une culture technologique permettant aux futurs citoyens de s'approprier les enjeux des grands choix techniques si cruciaux pour l'avenir et d'intervenir dans les d&#233;bats aff&#233;rents.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.ies-salariat.org" class="spip_out"&gt;L'Institut Europ&#233;en du Salariat (IES)&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, Ali&#233;nation et &#233;mancipation, La Dispute, Paris, 2012, p. 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, Ali&#233;nation et &#233;mancipation, ibid, p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Bernard Friot, &lt;i&gt;L'Enjeu des retraites&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2010 ; et &lt;i&gt;L'Enjeu du salaire&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#201;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Retour sur le concept d'&#233;cole commune</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article154</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article154</guid>
		<dc:date>2012-10-27T10:06:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>lyc&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;[Dans sa derni&#232;re livraison, consacr&#233;e &#224; la &#034;refondation de l'&#233;cole&#034;, skhole.fr propose notamment une compte-rendu approfondi de l'ouvrage du GRDS, L'&#233;cole commune , suivi d'un entretien avec Jean-Pierre Terrail. Cet entretien, que nous reprenons ici, avec l'accord de la revue, &#233;voque longuement la proposition du GRDS d'un tronc commun de l'&#233;cole enfantine &#224; la terminale, et les probl&#232;mes qu'elle pose en termes de diversit&#233; des choix et des rythmes d'apprentissage, de libert&#233; individuelle, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;lyc&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH132/arton154-aeb9a.jpg?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='132' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[Dans sa derni&#232;re livraison, consacr&#233;e &#224; la &#034;refondation de l'&#233;cole&#034;, skhole.fr propose notamment une compte-rendu approfondi de l'ouvrage du GRDS, L'&#233;cole commune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, suivi d'un entretien avec Jean-Pierre Terrail. Cet entretien, que nous reprenons ici, avec l'accord de la revue, &#233;voque longuement la proposition du GRDS d'un tronc commun de l'&#233;cole enfantine &#224; la terminale, et les probl&#232;mes qu'elle pose en termes de diversit&#233; des choix et des rythmes d'apprentissage, de libert&#233; individuelle, de possibilit&#233;s d'approfondissement de telles ou telles mati&#232;res privil&#233;gi&#233;es, de la place de l'enseignement technique et du devenir de l'enseignement professionnel, etc. Il aborde &#233;galement, plus bri&#232;vement, l'impact de la r&#233;volution num&#233;rique, et les projets de l'actuel minist&#232;re.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Le projet de &#171; l'&#233;cole commune &#187; consiste dans l'&#233;dification d'un cursus unique de 3 &#224; 18 ans, au sein duquel, au nom d'un refus de toute &#171; s&#233;lection &#187; et &#171; concurrence &#187;, tr&#232;s peu de place semble &#234;tre laiss&#233; &#224; la diversit&#233; des parcours scolaires. Cette uniformisation assez radicale, et l'exigence d'&#233;galit&#233; qui la sous-tend, ne sont-elles pas pouss&#233;es trop loin ? Plus pr&#233;cis&#233;ment, ne vous para&#238;t-il pas n&#233;cessaire et l&#233;gitime que l'&#233;cole publique tienne compte, plus que ce ne semble le cas dans l'ouvrage, des diff&#233;rences individuelles en termes de rythmes d'apprentissages, de &#171; temp&#233;raments &#187;, d'aspirations personnelles et familiales ? Pour le dire autrement, une &#233;cole &#171; d&#233;mocratique &#187; n'est-ce pas aussi une &#233;cole &#171; lib&#233;rale &#187;, au sens d'une institution qui doit garantir en son sein la possibilit&#233; d'une certaine libert&#233; ou marge de man&#339;uvre individuelle et ne pas s'imposer &#224; tous sous la forme contraignante d'un mod&#232;le unique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T&lt;/strong&gt; : L'objection nous est faite de temps en temps, et elle ne laisse pas &#224; chaque fois de m'&#233;tonner. A-t-on reproch&#233; &#224; Jules Ferry, parce qu'il rendait obligatoire un cursus unique &#224; l'&#233;cole primaire, de chercher &#224; effacer les &#171; diff&#233;rences individuelles &#187; ? Ou &#224; Ren&#233; Haby de vouloir tout uniformiser parce qu'il imposait le coll&#232;ge unique ? Et la critique plus tard d'un coll&#232;ge qui serait trop exclusivement con&#231;u comme &#171; antichambre du lyc&#233;e &#187; serait-elle jamais venue sans la persistance d'un &#233;chec massif des premiers apprentissages ? Car l&#224; &#233;tait le probl&#232;me, et non dans un manque de respect des libert&#233;s individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit pour s'en convaincre de regarder les faits : le &#171; libre choix &#187; du rejet de l'&#233;cole au coll&#232;ge est toujours la cons&#233;quence d'un d&#233;crochage pr&#233;coce, le &#171; libre choix &#187; de l'orientation vers l'enseignement professionnel est impos&#233; dans 80% des cas par l'institution et pour les 20% restant l'orientation est encore, de fa&#231;on tr&#232;s dominante, cons&#233;cutive &#224; une scolarit&#233; difficile depuis le CP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; ma premi&#232;re remarque : les alternatives au cursus d'enseignement g&#233;n&#233;ral qui sont aujourd'hui ouvertes &#224; nos adolescents portent la marque de la contrainte et non de la libert&#233; de choix. &#171; Si les jeunes avaient le choix, il y aurait tr&#232;s peu d'&#233;l&#232;ves dans les LP &#187; notait B. Charlot il y a d&#233;j&#224; plus de dix ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Charlot, Le rapport au savoir en milieu populaire. Une recherche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La fa&#231;on dont les familles ouvri&#232;res ont accompagn&#233; historiquement l'ouverture des possibles scolaires est tout &#224; fait remarquable &#224; cet &#233;gard : elles sont pass&#233;es en quelques d&#233;cennies de l'id&#233;e qu'&#224; l'&#233;cole les enfants feront &#171; ce qu'ils peuvent &#187; &#224; l'id&#233;e qu'ils doivent y faire &#171; ce qu'ils veulent &#187;. Et, marquant bien leur conviction que la libert&#233; de choix va de pair avec la prolongation des &#233;tudes, elles sont quasiment neuf sur dix &#224; souhaiter qu'ils entrent dans l'enseignement sup&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Tristan Poullaouec, Le dipl&#244;me, arme des faibles, La Dispute, Paris, 2010.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, notre projet de munir tous les &#233;l&#232;ves, &#224; dix-sept ans, d'un bagage de culture commune leur ouvrant toutes les orientations ult&#233;rieures possibles, repr&#233;sente pour chacun un gain consid&#233;rable de libert&#233; individuelle par rapport aux orientations pr&#233;coces et contraintes (qu'il s'agisse de fili&#232;res ou de sections au sein des fili&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste bien s&#251;r, et ce n'est pas une mince affaire, &#224; d&#233;terminer le contenu de ce bagage de culture commune. Le programme du tronc commun est con&#231;u pour garder ouverts tous les choix de pr&#233;-orientation en ann&#233;e terminale de lyc&#233;e : c'est l&#224; pour nous la pierre de touche qui doit pr&#233;sider &#224; sa conception. C'est du m&#234;me coup ce qui indique la marge de jeu qui sera affect&#233;e au libre d&#233;veloppement des go&#251;ts et des facult&#233;s individuels : &#171; Au long de leurs &#233;tudes, les &#233;l&#232;ves pourront d&#233;velopper plus particuli&#232;rement leurs savoirs et leurs savoir-faire dans tel ou tel domaine de pr&#233;dilection, et l'institution scolaire leur en offrira la possibilit&#233;. Mais ces investissements sp&#233;cialis&#233;s ne pourront s'op&#233;rer au d&#233;triment des mati&#232;res du tronc commun &#187; (&lt;i&gt;L'&#201;cole commune&lt;/i&gt;, p. 37).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Pourriez-vous pr&#233;ciser en quoi consisteraient ces possibilit&#233;s d'approfondissement, &#233;tant donn&#233;s les contraintes qui p&#232;sent d'ores et d&#233;j&#224; sur les emplois du temps des &#233;l&#232;ves et le principe selon lequel elles ne &#171; pourront s'op&#233;rer au d&#233;triment des mati&#232;res du tronc commun &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; &#171; Les contraintes qui p&#232;sent d'ores et d&#233;j&#224; sur les emplois du temps &#187; sont une chose. La mise en &#339;uvre de nos propositions en impliquerait un r&#233;examen complet. Tout reste ici &#224; d&#233;terminer pr&#233;cis&#233;ment, &#224; commencer par le contenu du tronc commun, dont la conception doit laisser place au temps n&#233;cessaire aux &#171; investissements sp&#233;cialis&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tronc commun devrait se centrer sur les apprentissages indispensables pour laisser ouvert le choix des orientations professionnelles &#224; partir de 18 ans (la technologie, l'&#233;ducation artistique et sportive &#233;tant inclues dans ces apprentissages). Pour chaque registre de savoir, on cherchera le meilleur compromis entre ce qu'il faut apprendre si l'on doit se sp&#233;cialiser dans ce registre, et ce qu'il faut en ma&#238;triser pour pouvoir, en tant qu'adulte non sp&#233;cialiste, se confronter aux pratiques et discours qui mettent en jeu les savoirs concern&#233;s dans la vie sociale. Et l'organisation du cursus, la conception des dispositifs p&#233;dagogiques, l'articulation entre mise en commun et travail individuel devraient &#234;tre pens&#233;es en sorte de r&#233;duire au mieux l'&#233;cart entre le temps d&#233;volu &#224; ces apprentissages et le temps de mise en activit&#233; intellectuelle effective et efficace : il y a certainement beaucoup &#224; r&#233;fl&#233;chir et &#224; gagner sur ce plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux investissements sp&#233;cialis&#233;s ils pourraient se r&#233;aliser au moins pour une part dans le cadre m&#234;me de l'institution scolaire, dont le r&#244;le de foyer d'activit&#233; intellectuelle et culturelle serait affirm&#233; et d&#233;velopp&#233;. Nous disposons &#224; cet &#233;gard de l'exp&#233;rience des sections sp&#233;cialis&#233;es (type classe musicale, ou sport-&#233;tude, voire m&#234;me classes &#224; option lourde en lyc&#233;e), o&#249; la pratique d'une mati&#232;re privil&#233;gi&#233;e ne semble pas n&#233;cessairement p&#233;naliser les &#233;tudes g&#233;n&#233;rales, et dont il conviendrait de tirer les meilleurs enseignements. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, dans cette perspective, la mise en place de l'&#233;cole commune devrait favoriser le rapprochement entre l'&#233;cole, en tant que lieu de diffusion et transmission des savoirs et savoir faire, des lieux o&#249; se produisent ces savoirs (enseignement sup&#233;rieur et recherche) et o&#249; s'&#233;laborent et se m&#232;nent les pratiques culturelles, artistiques, sportives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Sans n&#233;cessairement reconduire le principe des sections, ne serait-il pas int&#233;ressant de mettre en place, &#224; partir d'un certain niveau, une forme de tronc commun en partie modulaire, permettant de choisir une &#171; dominante &#187; ouvrant &#224; un enseignement plus approfondi de certaines mati&#232;res pendant plusieurs ann&#233;es ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Comme je l'ai soulign&#233;, l'essentiel &#224; notre sens est de garder ouvertes toutes les possibilit&#233;s de choix d'orientation &#224; l'entr&#233;e en terminale, quels qu'aient &#233;t&#233; les &#171; investissements sp&#233;cialis&#233;s &#187; ant&#233;rieurs. C'est le r&#244;le des apprentissages du tronc commun. Celui-ci n'a donc pas &#224; inclure des investissements qui vont au-del&#224; d'une mission qui est d&#233;j&#224; assez lourde comme cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, le projet de transmettre &#224; tous les jeunes un m&#234;me ensemble de ressources intellectuelles ouvrant &#224; dix-huit ans les m&#234;mes possibilit&#233;s d'orientation professionnelle, est la marque de fabrique de l'&#233;cole commune. C'est avec lui que se joue la rupture avec la dynamique in&#233;galitaire de l'&#233;cole actuelle. Dans un contexte culturel si profond&#233;ment impr&#233;gn&#233; des th&#233;matiques de la diversit&#233; des aptitudes et de l'in&#233;galit&#233; des intelligences, laisser quelque porte ouverte au retour en arri&#232;re risquerait fort d'&#234;tre fatal &#224; la rupture : le mort serait trop empress&#233; de saisir le vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne me para&#238;trait donc pas raisonnable de faire en sorte que le tronc commun ne soit que relativement commun. Mais je le r&#233;p&#232;te, le footballeur pr&#233;coce, le math&#233;maticien de g&#233;nie, l'amoureux de la litt&#233;rature ou des langues &#233;trang&#232;res, le passionn&#233; de musique devraient en effet pouvoir trouver, mais hors du tronc commun, de quoi cultiver leurs int&#233;r&#234;ts particuliers, chaque fois que possible dans le cadre m&#234;me de l'institution scolaire. C'est l'une des fonctions d&#233;volues &#224; notre proposition de d&#233;velopper dans tous les &#233;tablissements, en liaison avec les enseignements disciplinaires du tronc commun, des activit&#233;s fond&#233;es sur les usages sociaux et culturels des savoirs enseign&#233;s &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;D'autre part, la suppression pure et simple du redoublement, que vous proposez, ne suppose-t-elle trop rapidement r&#233;solue la question des diff&#233;rents rythmes individuels d'apprentissage, en pr&#233;tendant pouvoir emmener tout le monde au m&#234;me rythme tout au long d'un seul et m&#234;me curriculum : le redoublement n'est certes pas non plus satisfaisant &#224; cet &#233;gard, mais ne faut-il pas pr&#233;voir tout de m&#234;me des dispositifs &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; permettant de r&#233;pondre &#224; ces diff&#233;rences ? Enfin, si le &#171; tronc commun &#187; est trop &#171; commun &#187;, ne risque-t-il pas de d&#233;river rapidement, dans les faits, vers le minimum d'un &#171; socle commun &#187;, faute d'offrir suffisamment de possibilit&#233;s d'adaptation individuelle (de rattrapage comme d'approfondissement) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Non seulement en effet le redoublement n'est pas une solution &#171; satisfaisante &#187;, mais il s'av&#232;re, enqu&#234;te apr&#232;s enqu&#234;te, p&#233;nalisant pour les int&#233;ress&#233;s qui auraient connu un meilleur cursus sans y &#234;tre soumis, et cela d'autant plus qu'il intervient pr&#233;cocement. Prenons la fin du CP : parmi les &#233;l&#232;ves identiquement &#171; faibles &#187; ceux qui redoublent arriveront en fin de CE1 en moins bonne posture que n'y sont parvenus l'ann&#233;e d'avant ceux que l'on n'avait pas fait redoubler. Voil&#224; un excellent indicateur empirique de ce que le vieillissement biologique est une chose, l'activit&#233; intellectuelle une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes les apprentissages s'inscrivent dans la dur&#233;e, mais leur temps n'est pas celui de suppos&#233;s &#171; rythmes biologiques &#187; qui seraient propres &#224; chacun. Il n'y a pas plus d'enfants qui, au plan intellectuel, seraient par nature &#171; rapides &#187; ou &#171; lents &#187; que d'enfants qui seraient &#171; abstraits &#187; ou &#171; concrets &#187;, la lenteur ou la concr&#233;tude n'&#233;tant que les faux nez de difficult&#233;s d'apprentissage non surmont&#233;es. Il n'y a aucune raison qui exclurait par principe la possibilit&#233; que tous les &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole commune parviennent au terme du tronc commun en s'&#233;tant appropri&#233;s le bagage de culture commune (pas le socle commun, qui voue au seul march&#233; du travail peu qualifi&#233;, mais celui qui ouvre tous les possibles professionnels &#224; 18 ans). Je ne tiens pas compte ici des enfants affect&#233;s d'un handicap physique ou mental qui brouille s&#233;rieusement leur capacit&#233; d'activit&#233; intellectuelle, ceux-ci ne d&#233;passant pas, par exp&#233;rience internationale, 2 &#224; 3% de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un moment donn&#233;, sur contenu donn&#233;, certains comprennent, d'autres pas. La question pos&#233;e est celle de modes de conduite des apprentissages qui permettent de surmonter la difficult&#233;, sachant que la r&#232;gle &#233;thique fondamentale de l'&#233;cole commune consiste, pour les enseignants &#224; ne pas accepter de ne pas se faire comprendre, pour les &#233;l&#232;ves &#224; ne pas accepter de ne pas comprendre. On peut bien s&#251;r concevoir, pour ne laisser personne au bord du chemin, qu'une aide particuli&#232;re soit &#224; tel ou tel moment, sous la responsabilit&#233; du ma&#238;tre et sans retirer le b&#233;n&#233;ficiaire de sa classe, apport&#233;e &#224; tel ou tel &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Quant &#224; la nature de la formation dispens&#233;e &#224; l'&#233;cole, le projet du GRDS engage la totalit&#233; des &#233;l&#232;ves dans un cursus &#233;tendu essentiellement centr&#233; sur les mati&#232;res de l'enseignement g&#233;n&#233;ral, en repoussant &#224; l'ann&#233;e de Terminale toute possibilit&#233; d'orientation technologique et professionnelle. En droit comme en fait, peut-on s&#233;rieusement envisager de maintenir tous les &#233;l&#232;ves dans la seule voie g&#233;n&#233;rale durant 15 ans ? N'est-ce pas d'une part irr&#233;aliste ou intenable, m&#234;me en supposant r&#233;form&#233;s les &#171; syst&#232;mes d'apprentissage &#187; en vigueur, et d'autre part, n'est-ce pas refuser aux &#233;l&#232;ves la possibilit&#233; de choisir d'autres voies qu'ils jugeraient pourtant plus conformes &#224; leurs aspirations ? Une telle valorisation de l'enseignement g&#233;n&#233;ral ne conduit-elle pas implicitement &#224; d&#233;valoriser les formations technologiques et professionnelles, dont la place, les enjeux et les int&#233;r&#234;ts nous paraissent peu pris en compte dans l'ouvrage ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Vous n'aurez pas manqu&#233; de remarquer que nous ne parlons pas d'enseignement g&#233;n&#233;ral mais de &#171; culture commune &#187; et d'un &#171; baccalaur&#233;at de culture commune &#187; (&lt;i&gt;L'&#201;cole commune&lt;/i&gt;, p. 107). Ce choix n'est pas anodin : il indique pr&#233;cis&#233;ment, alors m&#234;me que le contenu de ladite &#171; culture commune &#187; reste largement &#224; d&#233;terminer, notre volont&#233; de ne pas l'identifier aux programmes actuels des sections d'enseignement g&#233;n&#233;ral. Notamment en donnant &#224; la culture technique une tout autre place d&#232;s les d&#233;buts du cursus. Nous venons de mettre en ligne sur notre site deux &#233;tudes &#233;voquant l'histoire de l'enseignement technique en France, celui d'Yves Lequin constatant pour sa part, en le d&#233;plorant, que &#171; centrale pour l'humain, la technique est marginale dans l'&#233;cole &#187; fran&#231;aise au long des deux derniers si&#232;cles. Et l'une de nos premi&#232;res propositions concernant la culture commune, qui sera publi&#233;e dans la prochaine p&#233;riode, portera sur la part que devrait y prendre un enseignement r&#233;nov&#233; de la technique et de la technologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Yves Lequin, L'occultation de la technique dans l'enseignement fran&#231;ais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves attir&#233;s par ce domaine de l'activit&#233; humaine ne se sentiront pas moins &#224; leur place, dans le cursus de l'&#233;cole commune, que ceux que leurs go&#251;ts portent plut&#244;t vers les maths, les lettres ou l'histoire. Ils s'y sentiront en tout cas certainement beaucoup mieux que ceux qui sont aujourd'hui orient&#233;s vers l'enseignement professionnel, et dont B. Charlot indique qu'&#171; ils n'investissent fortement le LP que lorsqu'ils le per&#231;oivent comme un lieu (&#8230;) offrant une seconde chance, constituant un d&#233;tour pour r&#233;ussir quand m&#234;me ses &#233;tudes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Charlot, op. cit., p. 338.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous sugg&#233;rez que la mise en place d'un tronc commun jusqu'&#224; un bac de culture commune pourrait poser un probl&#232;me &#233;thico-politique, de par son caract&#232;re contraignant, et soulever si ce n'est pas le cas des difficult&#233;s pratiques. Mais qui pourrait contester la l&#233;gitimit&#233; d'un cursus scolaire qui ne l&#232;se personne, puisqu'il donne &#224; tous les &#233;l&#232;ves les moyens de choisir r&#233;ellement leur avenir professionnel ? Et pour ce qui est de la pratique, on observera que les enfants des classes populaires (celles qui fournissent l'essentiel du public de l'enseignement professionnel et technologique), d&#232;s lors qu'ils entrent normalement dans les apprentissages de la culture &#233;crite, n'ont d&#232;s aujourd'hui de cesse, sans exception, de continuer dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral, celui qui offre les plus larges possibilit&#233;s de choix culturels et professionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai probl&#232;me n'est donc pas l&#224;. C'est celui de la cr&#233;dibilit&#233; d'une am&#233;lioration massive de l'efficacit&#233; p&#233;dagogique. A d&#233;faut, l'id&#233;e d'un tronc commun devient utopique, on le comprend ais&#233;ment. Mais l'inverse est vrai : sans tronc commun, il est utopique d'esp&#233;rer une telle am&#233;lioration. Cet aspect de notre r&#233;flexion est moins attendu, et c'est une th&#232;se que nous avons parfois du mal &#224; faire entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire les choses ainsi. La construction de l'&#233;cole unique, &#224; partir du d&#233;cret Berthoin de 1959, met en avant le principe de la diversit&#233; des aptitudes des &#233;l&#232;ves, et organise l'institution autour d'une mission centrale : &#233;prouver les &#233;l&#232;ves, &#233;valuer leurs aptitudes, et g&#233;rer les parcours scolaires en cons&#233;quence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que le d&#233;cret Berthoin porte la scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On sait ce qu'il advient de cette mise en concurrence, dont l'impact sur les in&#233;galit&#233;s sociales face &#224; l'&#233;cole est sans appel. Un aspect de cet impact est le suivant. Face aux difficult&#233;s d'apprentissage rencontr&#233;es par les &#233;l&#232;ves des classes populaires, notre syst&#232;me &#233;ducatif propose une diversit&#233; de r&#233;ponses : la mauvaise note, le redoublement, le regroupement des &#233;l&#232;ves faibles dans des classes d'adaptation, dans des classes de niveau, dans des sections &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; type SEGPA, et finalement dans les fili&#232;res de l'enseignement professionnel, au mieux technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inefficacit&#233; cognitive de ces modes de traitement institutionnels de la difficult&#233; intellectuelle est plus qu'av&#233;r&#233;e. Pour autant ils sont compl&#232;tement int&#233;gr&#233;s dans la culture professionnelle des enseignants, au point de structurer en profondeur, et inconsciemment, l'organisation et la gestion de l'acte d'enseignement. Ils sont &#224; leurs yeux un recours compl&#232;tement naturel, et incontournable, puisqu'ils s'attendent chaque ann&#233;e &#224; ce qu'une partie de leurs &#233;l&#232;ves se retrouvent en difficult&#233; plus ou moins significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous para&#238;t compl&#232;tement d&#233;raisonnable d'imaginer que l'&#233;cole pourrait &#234;tre d&#233;mocratis&#233;e sans que cette culture de l'&#233;chec soit s&#233;rieusement battue en br&#232;che. Et cela n'aura pas lieu tant que les conditions institutionnelles qui ont permis son &#233;panouissement resteront en place, et qu'il ne sera pas clairement pos&#233; que la difficult&#233; intellectuelle ne se traite pas par la disqualification de l'&#233;l&#232;ve, mais exclusivement par le travail p&#233;dagogique et l'am&#233;lioration des apprentissages cognitifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour rendre possible cette indispensable mutation culturelle que nous proposons ce projet d'&#233;cole commune qui m&#233;rite, lui, d'&#234;tre effectivement qualifi&#233; de &#171; refondation &#187; du syst&#232;me &#233;ducatif. Nous ne r&#233;f&#233;rons pas la diversit&#233; des performances scolaires au principe de la diversit&#233; des aptitudes. Nous partons de la conviction, non pas pos&#233;e comme un acte de foi militant, mais &#233;tay&#233;e par l'investigation th&#233;orique et la recherche empirique, que tous les enfants disposent &#224; six ans des ressources intellectuelles leur permettant d'entrer normalement dans la culture &#233;crite, ce que nous appelons l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et nous proposons de les conduire tous au terme du tronc commun, l'institution scolaire ayant mission non plus d'organiser la sanction des faibles mais de mobiliser toutes ses ressources au service de la formation des enseignants et de leur travail p&#233;dagogique. On voit bien ici en quoi la dynamique de la d&#233;mocratisation ne saurait se passer du tronc commun : la suppression de toute possibilit&#233; de mise &#224; l'&#233;cart des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; invite les enseignants &#224; se mobiliser exclusivement sur le travail p&#233;dagogique et peut seule cr&#233;er les conditions de la mutation de la culture de l'&#233;chec en culture de la r&#233;ussite de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tronc commun, derni&#232;re remarque, serait-il de nature &#224; &#171; d&#233;valoriser les formations professionnelles et technologiques &#187; ? Il implique de toute &#233;vidence leur &#233;volution. Mais en quoi le fait d'accueillir des &#233;l&#232;ves intellectuellement bien mieux form&#233;s, un peu plus &#226;g&#233;s, ayant r&#233;ellement choisi leur cursus de professionnalisation, habitu&#233;s depuis les d&#233;buts de leur scolarit&#233; &#224; consid&#233;rer la technique et le travail productif comme des objets d'&#233;tude parfaitement l&#233;gitimes, pourrait-il d&#233;grader ces formations ou les d&#233;consid&#233;rer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Vous semblez consid&#233;rer que la distinction entre fili&#232;res ne peut aboutir qu'&#224; une hi&#233;rarchisation entre elles et au bout du compte &#224; des effets in&#233;galitaires de s&#233;lection et d'orientation, comme c'est de fait le cas : n'est-il pas cependant pas possible et plus raisonnable d'envisager une r&#233;forme en profondeur des fili&#232;res professionnelles et technologiques, et des passerelles entre elles et l'enseignement g&#233;n&#233;ral, plut&#244;t que leur pure et simple fermeture jusqu'&#224; l'&#226;ge de 18 ans ? N'y a-t-il pas aussi des enfants heureux en fili&#232;re professionnelle, et qui ne l'&#233;taient pas ou plus dans le cursus g&#233;n&#233;ral, ici en France comme dans d'autres pays (l'Allemagne est souvent cit&#233;e en exemple sur ce point) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-PT :&lt;/strong&gt; Les fili&#232;res de l'enseignement professionnel sont actuellement d&#233;valoris&#233;es, &#224; la fois parce qu'elles accueillent un public exclu de l'enseignement g&#233;n&#233;ral, et parce qu'elles d&#233;bouchent sur des postes marqu&#233;s par la d&#233;valorisation des m&#233;tiers manuels, la m&#233;diocrit&#233; des salaires et la pr&#233;carit&#233; de l'emploi. Nous proposons la seule r&#233;forme susceptible de contribuer efficacement &#224; leur revalorisation, en leur assurant un public qui s'est librement d&#233;termin&#233;, et qu'une forte qualification met en position d'obtenir, dans le monde professionnel, un statut, un salaire, et des conditions de travail sensiblement am&#233;lior&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Vous insistez &#224; juste titre selon nous sur les liens essentiels entre &#233;cole et culture &#233;crite, et sur l'importance des &#171; technologies intellectuelles &#187; au contact desquelles se forment les comp&#233;tences cognitives relevant de la &#171; raison graphique &#187;. Cependant, le projet de &#171; l'&#233;cole commune &#187; ne semble pas tenir compte de ce qui appara&#238;t &#224; bon nombre comme un tournant technico-culturel d'envergure, celui du passage du &#171; monde sur papier &#187; (Olson) au &#171; monde sur &#233;cran &#187;, dont les implications sont nombreuses, tant sur les plans &#233;conomique et &#171; soci&#233;tal &#187; (diffusion massive des NTIC, en particulier chez les jeunes) que sur le plan cognitif voire &#233;pist&#233;mologique (ouvrant sur une nouvelle &#233;poque, encore incertaine, du savoir et de l'&#233;criture). Etant donn&#233;e l'importance qui peut &#234;tre accord&#233;e &#224; ces transformations pour les syst&#232;mes scolaires dans leur ensemble, n'est-il pas indispensable aujourd'hui d'en tenir compte dans le cadre d'une r&#233;flexion sur les &#233;volutions de l'&#233;cole ? Pouvez-vous pr&#233;ciser les positions du GRDS &#224; l'&#233;gard de la mani&#232;re dont l'institution scolaire doit faire face &#224; ce nouveau contexte de la &#171; r&#233;volution num&#233;rique &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-PT :&lt;/strong&gt;Le GRDS n'a pas de position sur cette question, et j'avancerai seulement quelques observations banales et modestes : les sp&#233;culations les plus brillantes sur l'impact de la r&#233;volution num&#233;rique sont une chose, mais nous disposons encore de bien peu de connaissances pr&#233;cises pour tenir des propos un peu assur&#233;s, tellement nous manquons de recul et tellement le nouveau continue de surgir &#224; tout moment. Personne n'avait imagin&#233; tout ce qu'internet changerait dans nos usages, la mesure m&#234;me de ce changement reste tr&#232;s approximative, quant &#224; appr&#233;hender toutes ses cons&#233;quences&#8230; Prenons l'exemple de nos sites : les textes que nous y ins&#233;rons re&#231;oivent un nombre de visites sensiblement plus important que les revues ou les ouvrages dans lesquels ils auraient pu &#234;tre imprim&#233;s n'auraient compt&#233; d'acheteurs et m&#234;me de lecteurs. Mais nul ne sait si ces textes sont lus sur &#233;cran ou passent par l'imprimante, et n'est capable de diff&#233;rencier les modalit&#233;s et l'impact de la lecture sur &#233;cran, sur une sortie d'imprimante, sur un ouvrage pr&#233;par&#233; pour l'imprimerie, ce qui change dans l'activit&#233; intellectuelle qui s'en empare et qui s'y confronte, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'enseignement, la r&#233;volution num&#233;rique ne d&#233;value certainement pas les objectifs de transmission des savoirs r&#233;flexifs de la culture &#233;crite. Les NTIC ne suscitent pas seulement l'inflation que l'on sait de l'univers des images auxquelles nous sommes expos&#233;s, elles assurent aussi, internet tout particuli&#232;rement, une formidable promotion de l'&#233;crit. Une grande partie des savoirs humains est d&#233;sormais &#224; port&#233;e de clics, accessible &#224; tous et de partout, en-dehors m&#234;me des lieux traditionnels de production et de distribution de la connaissance. Une formation intellectuelle solide, qui permette &#224; chacun de d&#233;chiffrer les images et les textes, de tracer son chemin dans la for&#234;t des savoirs &#233;labor&#233;s, de participer &#224; la vie des id&#233;es, est un imp&#233;ratif absolu si nous voulons vivre demain dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, donc humainement vivable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transmission des savoirs &#233;labor&#233;s au plus grand nombre reste plus que jamais l'objectif incontournable de nos syst&#232;mes &#233;ducatifs, mais quid des fa&#231;ons de transmettre ? Les jeunes g&#233;n&#233;rations sont celles qui portent le changement, promeuvent les nouveaux usages, en subissent l'impact de plein fouet. L'&#233;cole va in&#233;vitablement changer en cons&#233;quence. D&#233;j&#224; les nouvelles techniques &#8211; l'ordinateur, le tableau interactif, etc. &#8211; commencent &#224; investir les salles de classe. Il est certainement indispensable que l'&#233;cole tire le meilleur de ces outils. Sans oublier toutefois que ce ne n'est pas l'outil qui apprend &#224; penser, et que la mise &#224; disposition d'un ordinateur d&#232;s le plus jeune &#226;ge ne remplacera pas une bonne m&#233;thode de lecture. Sans oublier non plus que la ma&#238;trise de l'outil n'est pas une simple affaire de savoir-faire : on se rappellera &#224; cet &#233;gard comment les employ&#233;es de bureau titulaires d'un bac g&#233;n&#233;ral se sont plus facilement adapt&#233;es au micro-ordinateur que les st&#233;nos-dactylos titulaires du CAP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le zapping t&#233;l&#233;, les jeux vid&#233;o modifient sensiblement les facult&#233;s d'attention des jeunes (nous-m&#234;mes adultes devons nous r&#233;adapter au rythme beaucoup plus lent des films qui ont pris un tout petit peu d'&#226;ge). L'&#233;cole doit certes y pr&#234;ter attention. Mais elle ne saurait pas davantage oublier que les enfants, d&#232;s 3 ans, passent une bonne partie de leur temps&#8230; &#224; l'&#233;cole. Celle-ci doit-elle d&#232;s lors adopter &#224; son tour une p&#233;dagogie &#171; zapping &#187; cens&#233;e adapt&#233;e &#224; la modernit&#233;, ou utiliser son impact pour habituer aussi les enfants &#224; d'autres rythmes, plus propices &#224; la r&#233;flexion, au travail intellectuel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;L'ouvrage laisse de c&#244;t&#233; la question des programmes et s'en justifie. Pourriez-vous nous en dire davantage sur les travaux du GRDS sur ce plan : les grandes orientations, les mati&#232;res concern&#233;es, les &#233;ventuels projets en cours de r&#233;daction ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Apr&#232;s avoir r&#233;fl&#233;chi aux caract&#233;ristiques g&#233;n&#233;rales de ce que pourrait &#234;tre une &#233;cole plus d&#233;mocratique, engag&#233; l'examen de diff&#233;rents aspects de cette derni&#232;re (dispositifs p&#233;dagogiques dans l'&#233;l&#233;mentaire, formation des enseignants), nous voudrions en effet avancer sur les contenus, sur la culture commune &#224; transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations. Notre objectif n'est &#233;videmment pas de trancher, nous n'en aurions pas la force m&#234;me si nous l'envisagions, mais de constituer une sorte de biblioth&#232;que de l'&#233;tat des r&#233;flexions sur la question dans les grands domaines des savoirs scolarisables, biblioth&#232;que qui serait mise &#224; disposition de tous et permettrait d'alimenter l'indispensable d&#233;bat d&#233;mocratique sur ce que nous voudrions que l'&#233;cole transmette &#224; nos enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de d&#233;marrer d'embl&#233;e sur le &#034;ce qu'il faudrait faire&#034;, objet d'in&#233;vitables pol&#233;miques, il nous a paru pr&#233;f&#233;rable de commencer par faire le point, discipline par discipline, de l'histoire r&#233;cente des savoirs scolaires et des d&#233;bats auxquels elle a donn&#233; lieu. Nous l'avons fait pour l'enseignement technique, nous publierons dans les mois qui viennent de semblables bilans pour les autres disciplines, le travail est en cours avec la collaboration &#224; chaque fois de sp&#233;cialistes de ces derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons d&#233;velopper parall&#232;lement notre r&#233;flexion sur des aspects d'int&#233;r&#234;t commun de l'affaire : la question des comp&#233;tences, sur laquelle nous avons commenc&#233; &#224; publier, celle de l'organisation g&#233;n&#233;rale du cursus et de la place des diff&#233;rents registres de savoirs, etc. Les collaborations int&#233;ress&#233;es sont bienvenues, on peut facilement prendre contact avec le GRDS sur notre site&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skhole :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Que pensez-vous des orientations de V. Peillon et de la consultation lanc&#233;e cet &#233;t&#233; ? Y avez-vous &#233;t&#233; convi&#233; ? Avez-vous le sentiment que la &#171; refondation &#187; envisag&#233;e par le Ministre pourrait aller &#224; certains &#233;gards au moins dans un sens voisin de celui que vous proposez vous-m&#234;me ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Non, le GRDS n'a pas &#233;t&#233; convi&#233; &#224; cette consultation. Cela ne me para&#238;t pas tr&#232;s &#233;tonnant, dans la mesure o&#249; l'objectif qui lui a &#233;t&#233; assign&#233; semblait rester assez modeste. Nous donnons &#224; la &#171; refondation &#187; de l'&#233;cole un tout autre sens que le ministre, m&#234;me si en effet certaines orientations affich&#233;es nous paraissent aller dans le bon sens (donner la priorit&#233; &#224; la r&#233;forme de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, repenser, revaloriser et financer la formation des enseignants, notamment). Comme je l'ai soulign&#233; dans l'entretien crois&#233; que j'ai men&#233; avec lui dans &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; (n&#176; 3270 du 12-9-2012), la d&#233;mocratisation effective de l'&#233;cole nous para&#238;t passer par l'abandon, et non par l'am&#233;lioration, de la politique du socle commun de connaissances et de comp&#233;tences, lequel restera in&#233;vitablement, quel qu'en soit le contenu pr&#233;cis, la marque d'une &#233;cole &#224; deux vitesses. Mais Vincent Peillon, homme affable, courtois et intelligent, m'a paru soucieux de ne f&#226;cher personne au point d'h&#233;siter &#224; devenir le grand ministre de l'&#233;ducation nationale que nous serions nombreux &#224; soutenir !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.skhole.fr" class="spip_out"&gt;Skhole.fr&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif, La Dispute, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Charlot, Le rapport au savoir en milieu populaire. Une recherche dans les lyc&#233;es professionnels de banlieue, Anthropos, Paris, 1999, p. 336.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Tristan Poullaouec, Le dipl&#244;me, arme des faibles, La Dispute, Paris, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Yves Lequin, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article144&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'occultation de la technique dans l'enseignement fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; ; et Isabelle Harl&#233;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article150&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'enseignement de la technologie de 1960 &#224; nos jours : r&#233;formes et d&#233;bats&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Charlot, op. cit., p. 338.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que le d&#233;cret Berthoin porte la scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans et pr&#233;pare l'entr&#233;e de tous les jeunes dans le secondaire. En &#171; unifiant &#187; ainsi le primaire et le secondaire, il internalise une s&#233;lection sociale qui s'op&#233;rait largement jusque-l&#224; &#224; l'ext&#233;rieur de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences, La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Refonder l'&#233;cole ? Chiche ! Le GRDS a publi&#233; ses propositions pour une &#233;cole commune</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article130</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article130</guid>
		<dc:date>2012-09-13T12:49:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe du GRDS</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif, &#233;ditions La Dispute, collection &#034;L'enjeu scolaire&#034;, 15 &#8364;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mocratisation scolaire est en panne : les in&#233;galit&#233;s scolaires n'ont pas boug&#233; depuis un demi-si&#232;cle et l'&#233;largissement de l'acc&#232;s aux savoirs est bloqu&#233; depuis quinze ans, provoquant une v&#233;ritable crise de confiance des Fran&#231;ais dans leur &#233;cole. Il est urgent d'&#233;laborer des propositions concr&#232;tes pour refonder le syst&#232;me &#233;ducatif. &lt;br class='autobr' /&gt; Le GRDS, compos&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L100xH100/arton130-c64b3.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, &#233;ditions La Dispute, collection &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article42' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#034;L'enjeu scolaire&#034;&lt;/a&gt;, 15 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation scolaire est en panne : les in&#233;galit&#233;s scolaires n'ont pas boug&#233; depuis un demi-si&#232;cle et l'&#233;largissement de l'acc&#232;s aux savoirs est bloqu&#233; depuis quinze ans, provoquant une v&#233;ritable crise de confiance des Fran&#231;ais dans leur &#233;cole. Il est urgent d'&#233;laborer des propositions concr&#232;tes pour refonder le syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article12' class=&#034;spip_in&#034;&gt;GRDS&lt;/a&gt;, compos&#233; d'enseignants syndicalistes et de chercheurs universitaires, entend contribuer &#224; la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole en soumettant ses travaux au plus large d&#233;bat. Il propose dans cet ouvrage de substituer &#224; l'actuelle &#034;&#233;cole unique&#034; une &#034;&#233;cole commune&#034;, caract&#233;ris&#233;e notamment par un tronc commun de 3 &#224; 18 ans, la suppression des notes et de la concurrence entre les &#233;l&#232;ves, ainsi qu'un vaste r&#233;examen des proc&#233;dures d'apprentissage et des contenus d'enseignement, de la culture commune &#224; transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations, et de la formation des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propositions - audacieuses, r&#233;fl&#233;chies et r&#233;alistes - sont &#224; la hauteur des attentes, en France, envers ce qui pourrait &#234;tre une r&#233;novation ambitieuse de l'&#233;cole. C'est ce dont t&#233;moigne le succ&#232;s de &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article85' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'Appel pour une grande r&#233;forme d&#233;mocratique de l'&#233;cole&lt;/a&gt;, lanc&#233; fin 2010 &#224; l'initiative du GRDS, adress&#233; aux partis de gauche par cinquante chercheurs sp&#233;cialistes du syst&#232;me &#233;ducatif, et qui a connu un retentissement important.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH740/e_cole-commune-couverture-7ffc6.png?1790689102' width='500' height='740' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Table des mati&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; : D&#233;passer l'&#233;cole unique, une n&#233;cessit&#233; historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Chapitre 1 - Une seule solution d&#233;mocratique : l'&#233;cole commune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin d'une avanc&#233;e massive de la d&#233;mocratisation scolaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les obstacles &#224; une appropriation &#233;largie des savoirs scolaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 2&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&#8211; R&#233;examiner les enseignements &#233;l&#233;mentaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crois&#233;e des chemins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interroger les syst&#232;mes d'apprentissage : l'exemple de la lecture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interroger les syst&#232;mes d'apprentissage : l'entr&#233;e dans les math&#233;matiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interroger la conduite des apprentissages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 3&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&#8211; L'enseignement secondaire de l'&#233;cole commune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un choix politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repenser la culture commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la scolarit&#233; commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;enchanter le m&#233;tier d'enseignant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 4&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&#8211; La formation des enseignants. Quels ma&#238;tres pour une &#233;cole d&#233;mocratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contenus de la formation des enseignants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parcours de formation (&#233;cole premi&#232;re et enseignement secondaire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chapitre 5&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#8211; A propos de dix id&#233;es re&#231;ues&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ceux-l&#224;, il n'y a rien &#224; en tirer ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;duquer ou instruire, il faut choisir &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;l&#232;ve au centre&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le tout, c'est de savoir les prendre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec le socle et les comp&#233;tences, c'est plus clair ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travail &#224; la maison, c'est d&#233;cisif &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;cole de la r&#233;ussite est une &#233;cole ouverte sur la vie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des classes h&#233;t&#233;rog&#232;nes, &#231;a ne profite &#224; personne &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'autonomie des &#233;tablissements, &#231;a lib&#232;re les &#233;nergies &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les dipl&#244;mes, &#231;a ne sert plus &#224; rien ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Annexe&lt;/strong&gt; : Appel de cinquante chercheurs aux partis de gauche : Pour une grande r&#233;forme d&#233;mocratique de l'&#233;cole&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://atheles.org/ladispute/ecolepedagogie/lecolecommune/index.html" class="spip_out"&gt;Les &#233;ditions La Dispute sur le site du diffuseur Atheles&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre ouverte au ministre</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article147</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article147</guid>
		<dc:date>2012-07-09T07:44:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe du GRDS</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lettre ouverte &#224; Monsieur le Ministre de l'&#233;ducation nationale et &#224; Madame la Ministre d&#233;l&#233;gu&#233;e, charg&#233;e de la r&#233;ussite &#233;ducative &lt;br class='autobr' /&gt; Le 3 juillet 2012 &lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur le Ministre, Madame la Ministre d&#233;l&#233;gu&#233;e, &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons pris connaissance de votre Lettre &#224; tous les personnels de l'&#233;ducation nationale et c'est avec satisfaction que nous avons pu y lire votre volont&#233; d'accorder une attention prioritaire &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L79xH69/arton147-20100.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='79' height='69' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lettre ouverte &#224; Monsieur le Ministre de l'&#233;ducation nationale et&lt;br class='autobr' /&gt; &#224; Madame la Ministre d&#233;l&#233;gu&#233;e, charg&#233;e de la r&#233;ussite &#233;ducative&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 3 juillet 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur le Ministre,&lt;br class='autobr' /&gt;
Madame la Ministre d&#233;l&#233;gu&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pris connaissance de votre Lettre &#224; tous les personnels de l'&#233;ducation nationale et c'est avec satisfaction que nous avons pu y lire votre volont&#233; d'accorder une attention prioritaire &#224; l'&#233;cole primaire. Tous les niveaux de l'&#233;cole sont concern&#233;s par l'&#233;chec scolaire, et ils doivent bien s&#251;r b&#233;n&#233;ficier de toutes les mesures n&#233;cessaires pour qu'il soit permis de s'engager sur la voie de la r&#233;ussite la plus largement partag&#233;e. Toutefois, la port&#233;e des apprentissages fondamentaux en amont du cursus des &#233;l&#232;ves, sans lesquels rien n'est possible scolairement par la suite, n&#233;cessite, nous en sommes convaincus, une mobilisation particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole occupe aujourd'hui une place centrale dans les pr&#233;occupations des fran&#231;ais, car les &#233;tudes le montrent, la r&#233;sistance au ch&#244;mage, au sous-emploi ou aux bas salaires est tr&#232;s li&#233;e au niveau d'&#233;tudes des jeunes g&#233;n&#233;rations. Cette r&#233;alit&#233; rend d'autant plus insupportable l'&#233;chec scolaire toujours source d'anxi&#233;t&#233;, de souffrance, tant chez les &#233;l&#232;ves, les parents que chez les enseignants. Malgr&#233; leur esprit de responsabilit&#233;, ceux-ci peinent trop souvent &#224; voir leur investissement r&#233;compens&#233; par la franche r&#233;ussite de leurs &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouverture du second degr&#233; &#224; partir de la r&#233;forme Berthoin de 1959 a permis une premi&#232;re d&#233;mocratisation des parcours. Des progr&#232;s importants ont &#233;t&#233; accomplis au niveau de l'acc&#232;s au baccalaur&#233;at. Toutefois, l'ampleur des in&#233;galit&#233;s scolaires n'a pas vari&#233; : 22% des enfants d'ouvriers obtiennent un baccalaur&#233;at g&#233;n&#233;ral quand c'est le cas pour 72% d'enfants de cadres ; la voie professionnelle courte accueille massivement des &#233;l&#232;ves d'origine populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique s&#233;gr&#233;gative qui marque l'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif, ne correspond plus &#224; la vis&#233;e d&#233;mocratique que l'&#233;cole a la mission de faire vivre, afin de former des salari&#233;s ayant un haut niveau de qualification et des citoyens &#224; m&#234;me de prendre en charge de fa&#231;on instruite, cultiv&#233;e, les questions individuelles, sociales et politiques auxquelles ils ont &#224; se confronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui &#233;lue, la gauche aura bien s&#251;r pour t&#226;che de tout faire pour hisser le financement de l'&#233;cole au niveau des n&#233;cessit&#233;s, avec la volont&#233; de sortir du marasme dont nous h&#233;ritons, mais il lui faudra aussi engager une franche politique de d&#233;mocratisation en rupture avec toute logique s&#233;gr&#233;gative, ce qui implique d'interroger les dispositifs d'enseignement actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question nous para&#238;t essentielle : aujourd'hui des travaux importants de la recherche montrent combien ces dispositifs sont dans l'incapacit&#233; d'assurer toute l'appropriation n&#233;cessaire des contenus d'enseignement par les &#233;l&#232;ves, et notamment par les &#233;l&#232;ves des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enqu&#234;tes du Minist&#232;re le montrent, l'apprentissage de la lecture et des math&#233;matiques atteint des &#233;checs qui ne sont pas tol&#233;rables. En 2007, deux fois plus d'&#233;l&#232;ves de CM2 (21%) se situaient au niveau de comp&#233;tence en lecture des 10% d'&#233;l&#232;ves les plus faibles de 1987, et entre ces deux dates le pourcentage d'&#233;l&#232;ves qui faisaient plus de quinze fautes en orthographe est pass&#233; de 26% &#224; 46%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'entr&#233;e au CP et la sortie du CM2, l'&#233;cart entre les performances moyennes d'un enfant de cadre et celles d'un enfant d'ouvrier est multipli&#233; par deux, et 150 000 jeunes sortent chaque ann&#233;e de l'&#233;cole en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le soulignez : &#171; Il n'y a pas de fatalit&#233; de l'&#233;chec scolaire. Tous les enfants peuvent r&#233;ussir. &#187; Nous partageons cette conviction solidement &#233;tay&#233;e par la recherche aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous insistons sur le fait que l'am&#233;lioration massive des apprentissages attendue suppose n&#233;cessairement une implication forte des enseignants, car rien ne pourra changer sans leur participation dans la r&#233;flexion des dispositifs qu'ils mettent en &#339;uvre. Avec l'aide des formateurs et des chercheurs, c'est donc l'ensemble de la formation initiale et continue qui se verrait conna&#238;tre un nouveau d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les premiers apprentissages de la culture &#233;crite, des exp&#233;rimentations ont &#233;t&#233; men&#233;es qui montrent l'int&#233;r&#234;t qu'il y a &#224; changer de dispositifs d'enseignement de la lecture et des math&#233;matiques. Les mesures de la r&#233;novation des ann&#233;es 1970-1980 et les pratiques largement partag&#233;es qui en ont d&#233;coul&#233; n'ont pas fait la preuve de leur efficacit&#233; si on en juge par les r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves que nous constatons aujourd'hui, aussi nous pensons qu'une mise &#224; plat de cette question s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen le plus s&#251;r pour r&#233;aliser cette mise &#224; plat demeure l'&#233;valuation de ces dispositifs et de ces pratiques, conduite scientifiquement, ce qui suppose sa prise en charge par le Minist&#232;re. D&#232;s le cours pr&#233;paratoire, l'&#233;cole a besoin de comprendre ce qui se joue en terme d'efficacit&#233; des apprentissages lorsqu'elle s'engage dans les choix didactiques et p&#233;dagogiques qui guident son enseignement, d'o&#249; l'importance d'une &#233;valuation lui permettant de pouvoir le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient les r&#233;sultats d'une telle &#233;valuation ils ne sauraient selon nous avoir pour cons&#233;quence de d&#233;boucher sur des instructions ressenties comme une atteinte &#224; la libert&#233; p&#233;dagogique. Le sens du m&#233;tier qui les anime conduit toujours les enseignants &#224; &#234;tre &#224; la recherche d'une libert&#233; d'initiative instruite par l'intelligence des effets des dispositifs sur lesquels ils s'appuient ou pourraient s'appuyer. L'&#233;valuation que nous proposons ne pourrait donc que rehausser cette libert&#233; en leur offrant les moyens de r&#233;fl&#233;chir et d'exp&#233;rimenter de nouvelles pratiques, exerc&#233;es dans une connaissance de causes approfondie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi Monsieur le Ministre, Madame la Ministre d&#233;l&#233;gu&#233;e, que nous sommes &#224; votre disposition pour participer &#224; la consultation que vous allez organiser. En vous souhaitant bonne r&#233;ception de ce courrier, nous vous prions d'accepter nos tr&#232;s sinc&#232;res salutations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.S. Les propositions que nous vous adressons ici ne concernent que ce qui s'impose en priorit&#233; au CP dans le cadre du d&#233;roulement du cursus scolaire &#224; son niveau fondamental et d&#233;cisif pour la suite des &#233;tudes des &#233;l&#232;ves. Nous les avons compl&#233;t&#233;es et d&#233;velopp&#233;es dans un ouvrage &#233;dit&#233; r&#233;cemment : GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducati&lt;/i&gt;f, La Dispute, 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La formation des enseignants de l'&#233;cole commune</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134</guid>
		<dc:date>2012-02-10T08:25:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe du GRDS</dc:creator>


		<dc:subject>conduite des apprentissages</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Notre projet de substituer &#224; l'actuelle &#034;&#233;cole unique&#034; une &#034;&#233;cole commune&#034;, caract&#233;ris&#233;e notamment par un tronc commun de 3 &#224; 18 ans, la suppression des notes et de la concurrence entre les &#233;l&#232;ves, un vaste r&#233;examen des proc&#233;dures d'apprentissage et des contenus d'enseignement ainsi que de la culture commune &#224; transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations implique &#224; l'&#233;vidence de reconsid&#233;rer la formation des enseignants : de quels types d'enseignants l'&#233;cole commune a-t-elle besoin pour prendre en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;conduite des apprentissages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L75xH66/arton134-c7a52.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='75' height='66' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Notre projet de substituer &#224; l'actuelle &#034;&#233;cole unique&#034; une &#034;&#233;cole commune&#034;, caract&#233;ris&#233;e notamment par un tronc commun de 3 &#224; 18 ans, la suppression des notes et de la concurrence entre les &#233;l&#232;ves, un vaste r&#233;examen des proc&#233;dures d'apprentissage et des contenus d'enseignement ainsi que de la culture commune &#224; transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations implique &#224; l'&#233;vidence de reconsid&#233;rer la formation des enseignants : de quels types d'enseignants l'&#233;cole commune a-t-elle besoin pour prendre en charge une telle organisation des scolarit&#233;s avec pour objectif la r&#233;ussite scolaire de tous les &#233;l&#232;ves ? C'est &#224; cette question que nous nous efforcerons d'apporter ici des pistes de r&#233;ponse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les analyses et propositions ici expos&#233;es sont d&#233;velopp&#233;es sous une forme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cole commune se fixant pour objectif de permettre l'acc&#232;s de tous les &#233;l&#232;ves (quelle que soit leur origine socio-culturelle) &#224; un haut niveau de culture g&#233;n&#233;rale et technologique gr&#226;ce &#224; une conduite beaucoup plus efficace des apprentissages que ce n'est le cas aujourd'hui, une des conditions requises est donc l'acquisition d'un haut niveau de formation professionnelle de tous les enseignants. Encore convient-il de s'entendre sur ce que nous entendons sous les vocables de &#171; haut niveau &#187; et de &#171; formation professionnelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fameuse formule &lt;i&gt;&#171; Il ne suffit pas de bien conna&#238;tre ce que l'on enseigne pour bien l'enseigner &#187;&lt;/i&gt; a un cot&#233; mystifiant en supposant implicitement une opposition entre d'un c&#244;t&#233; la ma&#238;trise des contenus d'enseignement et de l'autre la comp&#233;tence p&#233;dagogique. En r&#233;alit&#233;, il s'agit l&#224; de deux dimensions indissociables de la professionnalit&#233; enseignante qui se recouvrent pour l'essentiel, leur zone commune &#8211; les savoirs curriculaires et la ma&#238;trise de leur didactique - constituant le noyau dur de cette professionnalit&#233;. Quant &#224; la capacit&#233; &#224; mettre en &#339;uvre des pratiques p&#233;dagogiques pertinentes et efficaces &#8211; c'est-&#224;-dire adapt&#233;es aux objectifs et aux contraintes du syst&#232;me &#233;ducatif lui-m&#234;me ainsi qu'aux ressources langagi&#232;res et intellectuelles des &#233;l&#232;ves, elle ne peut valablement &#234;tre acquise &#8211; une fois les futurs enseignants d&#251;ment instruits des m&#233;thodes existantes - que gr&#226;ce la pratique d'un rapport r&#233;flexif &#224; leurs propres pratiques p&#233;dagogiques, dans toute leur complexit&#233; et dans tous leurs aspects, et dans leur confrontation avec celles des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces deux aspects que nous examinerons ici, qui justifieront, en guise de conclusion, nos propositions concernant les parcours de formation des enseignants, de l'&#233;cole premi&#232;re (maternelle-&#233;l&#233;mentaire) &#224; l'&#233;cole secondaire (coll&#232;ge-lyc&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. La formation disciplinaire.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233; de la formation de tous les enseignants dans leur discipline d'enseignement est une condition d&#233;cisive de r&#233;ussite de notre projet de tronc commun de culture commune jusqu'au baccalaur&#233;at tant il est vrai, comme le montre, par exemple, &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur14' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Enseigner dans le secondaire. Les nouveaux professeurs face aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que la qualit&#233; de la transmission d'un savoir est tr&#232;s d&#233;pendante du rapport qu'entretient l'enseignant &#224; la discipline qu'il enseigne. Ce haut niveau de comp&#233;tence disciplinaire, &#233;pist&#233;mologique et didactique, tant dans sa forme savante que dans sa forme curriculaire, - qui devra s'enrichir tout au long de la carri&#232;re d'une formation continue en relation avec les progr&#232;s de la recherche - doit permettre aux futurs enseignants de confronter leur exp&#233;rience &#224; celle de leurs coll&#232;gues et des chercheurs en didactique des disciplines, et ainsi d'adapter leur mani&#232;re de faire aux exigences de la r&#233;ussite de tous face aux difficult&#233;s rencontr&#233;es dans le cadre d'une d&#233;finition nationale des objectifs d'apprentissage. La formation initiale doit donc &#234;tre con&#231;ue &#8211; dans le temps comme dans la forme &#8211; de sorte qu'elle permette &#224; tous les enseignants de s'approprier un ensemble de savoirs qui concernent &#224; la fois les connaissances produites dans leur discipline, les conditions et modalit&#233;s de leur production, l'histoire m&#234;me de ces connaissances, de ce qui en a &#233;t&#233; transmis dans le syst&#232;me &#233;ducatif et de la fa&#231;on &#8211; et avec quel impact &#8211; elles ont &#233;t&#233; transmises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les contenus disciplinaires dont doivent s&#8216;emparer les futurs enseignants, on distinguera trois registres de savoirs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a) Les savoirs &#171; universitaires &#187; ou &#171; savoirs savants &#187; : ils sont constitu&#233;s des savoirs actuels, tels qu'ils sont &#233;labor&#233;s et valid&#233;s par la recherche scientifique. Dispens&#233;s tout au long des cinq ann&#233;es de formation initiale, les enseignements porteront donc sur l'&#233;tat des connaissances, mais aussi sur les d&#233;bats qui traversent la discipline et leurs enjeux, ainsi que sur l'histoire et les conditions de production de ces connaissances, d&#233;bouchant sur l'obtention d'un Master et sur une possibilit&#233; d'inscription en th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; b) Pour autant, les savoirs &#171; scolaires &#187; que les enseignants auront pour mission de transmettre &#224; leurs &#233;l&#232;ves ne sauraient &#234;tre confondus avec les &#171; savoirs savants &#187;. Comme le montre &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur29' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Isabelle Harl&#233;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fabrique des savoirs scolaires, La Dispute, 2010&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ces savoirs sont fabriqu&#233;s par l'institution scolaire qui les diffuse pour ses propres finalit&#233;s. Ce sont des savoirs issus de la connaissance savante mais ayant fait l'objet d'une &#171; transposition didactique &#187; qui les a transform&#233;s en objets d'apprentissage scolaire. Pour ma&#238;triser leur sujet, les futurs enseignants devront donc les penser en ces termes, ce qui implique qu'ils soient en mesure de s'approprier les th&#233;ories existantes sur la fa&#231;on dont des savoirs scientifiques, culturels, sociaux, sont institu&#233;s en savoirs scolaires, &#224; quels moments de leur histoire et pour quelles raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c) Enfin, les enseignants devront &#234;tre pr&#233;par&#233;s &#224; affronter les difficult&#233;s d'apprentissage que rencontreront leurs &#233;l&#232;ves, ce qui implique d'&#234;tre en mesure d'en identifier la nature afin d'&#233;laborer les strat&#233;gies p&#233;dagogiques permettant de les surmonter. Leur formation didactique est donc essentielle, constitutive de leur formation disciplinaire. La ma&#238;trise du programme de la discipline tel qu'il est enseign&#233; dans sa progressivit&#233; tout au long du cursus et des fa&#231;ons d'enseigner que les &#233;l&#232;ves auront pu rencontrer dans leur histoire scolaire permettront d'affronter ces difficult&#233;s de mani&#232;re positive, car interroger le sens de la difficult&#233; d'apprentissage bien identifi&#233;e, donner &#224; voir &#224; l'&#233;l&#232;ve sur quoi il bute et pourquoi sont des dimensions essentielles de toute pratique p&#233;dagogique efficace. Ainsi, par exemple, on sait que l'erreur est inh&#233;rente aux apprentissages, puisque apprendre, c'est &#234;tre confront&#233; &#224; quelque chose que l'on ne conna&#238;t pas encore, ou que l'on ma&#238;trise mal. Elle n'est donc ni &#224; condamner ni &#224; minimiser, mais &#224; interroger, ce qui permet de la d&#233;passer. Une gestion p&#233;dagogique non-culpabilisante, mais au contraire dynamisante des erreurs est en fait une des raisons qui nous conduisent &#224; proposer l'abandon de la notation sommative pour donner toute sa place &#224; l &#8216;&#233;valuation formative tout au long du cursus. Nous touchons l&#224; &#224; un des aspects de la formation de la nouvelle culture enseignante que nous proposons de construire, d&#233;tach&#233;e des objectifs de s&#233;lection de l'&#233;cole unique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 : Formation commune et formation sp&#233;cifique.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che fondamentale de l'&#233;cole, est de construire chez les &#233;l&#232;ves le rapport sp&#233;cifique au langage qu'implique la culture de l'&#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La culture de l'&#233;crit concerne tout ce qui s'appr&#233;hende directement par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par lequel passe l'accumulation des connaissances historiquement constitu&#233;es. Or aujourd'hui, nous pouvons nous appuyer sur des travaux qui font la d&#233;monstration que tous les enfants, &#224; partir du moment o&#249; ils parlent ont, en tant qu'&#234;tres de langage, les ressources intellectuelles n&#233;cessaires pour entrer dans les apprentissages de la culture &#233;crite, et qu'il est donc possible de compter sur une r&#233;elle &#233;galit&#233; potentielle des intelligences pour mettre en &#339;uvre les voies et moyens de la r&#233;ussite scolaire de tous les &#233;l&#232;ves, quelle que soit leur origine sociale et culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais a fait que des diff&#233;rences fonctionnelles importantes existent entre l'organisation des scolarit&#233;s de l'&#233;cole enfantine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous pr&#233;f&#233;rons ce terme &#224; celui d'&#233;cole &#171; maternelle &#187; qui &#233;voque trop &#8211; ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, du premier et du second degr&#233; et, par voie de cons&#233;quence, dans la formation des enseignants entre ces niveaux d'enseignement. Or, en faisant du tronc commun de culture commune de deux/trois &#224; dix huit ans le c&#339;ur du syst&#232;me &#233;ducatif, l'&#233;cole commune favorise la continuit&#233; du parcours scolaire des &#233;l&#232;ves. Elle invite du coup &#224; r&#233;duire les distinctions entre niveaux et entre degr&#233;s d'enseignement dans la formation des enseignants &#224; ces diff&#233;rences strictement fonctionnelles. Il en va ainsi entre l'&#233;cole enfantine et l'&#233;cole premi&#232;re o&#249; s'op&#232;re l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite (essentiellement pratiques de la langue et des math&#233;matiques), et entre l'&#233;cole premi&#232;re et le second degr&#233; o&#249; les enseignements sont assur&#233;s par des professeurs sp&#233;cialis&#233;s qui n'ont pas en charge principalement une classe, mais avant tout l'enseignement d'une discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tout ce qui ne d&#233;pend pas de ces diff&#233;rences, la situation des professeurs de l'&#233;cole commune devrait donc tendre &#224; se rapprocher, tant du point de vue du niveau de formation et de recrutement, que de modalit&#233;s de carri&#232;re (salaires, promotions&#8230;) et de charge de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2-1 : La formation des ma&#238;tres de l'&#233;cole premi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a) : La mission primordiale des ma&#238;tres de l'&#233;cole premi&#232;re est de permettre l'appropriation par tous les &#233;l&#232;ves des bases de la culture &#233;crite, c'est &#224; dire la ma&#238;trise de la langue &#233;crite et des fondements des math&#233;matiques. A ce titre, les &#233;l&#232;ves doivent pouvoir b&#233;n&#233;ficier, aux diff&#233;rents niveaux de classe , de la comp&#233;tence de deux ma&#238;tres, chacun &#233;tant un sp&#233;cialiste hautement qualifi&#233; dans l'enseignement de l'une de ces deux disciplines. Insistons sur ce point, qui est d&#233;cisif pour la r&#233;ussite de notre projet : Le pari de l'&#233;cole commune n'est cr&#233;dible qu'&#224; la condition d'une am&#233;lioration particuli&#232;rement sensible des apprentissages &#233;l&#233;mentaires, et les enseignants &#224; ce niveau doivent disposer d'une capacit&#233; autonome d'analyse des obstacles rencontr&#233;s, d'exp&#233;rimentation de solutions appropri&#233;es et donc de ma&#238;trise r&#233;fl&#233;chie des processus d'apprentissage. Il faut en finir avec l'&#233;clectisme actuel des formations, la psychologisation &#224; outrance des difficult&#233;s rencontr&#233;es par les &#233;l&#232;ves et les pr&#233;suppos&#233;s handicaps &#8211; notamment socio-culturels &#8211; plus ou moins consciemment per&#231;us comme ind&#233;passables : La conception de la formation des ma&#238;tres &#224; ce niveau sera donc restructur&#233;e autour d'une discipline d'enseignement et de sa didactique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;organisation n'interdit nullement que chacun d'eux soit &#233;galement form&#233; &#224; un haut niveau dans une autre discipline d'enseignement, selon la sp&#233;cialit&#233; choisie, et en fonction de la vari&#233;t&#233; des exigences programmatiques de l'enseignement &#224; ce niveau : histoire ou g&#233;ographie, par exemple, pour le litt&#233;raire, sciences naturelles ou exp&#233;rimentales pour le scientifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les enseignements supposant une comp&#233;tence tr&#232;s particuli&#232;re (&#233;ducation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle n'interdit pas non plus que chacun soit le professeur principal d'une classe, intervenant par ailleurs dans d'autres classes que la sienne pendant que ses propres &#233;l&#232;ves sont pris en charge par le coll&#232;gue de l'autre sp&#233;cialit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un r&#233;examen des programmes actuels de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire , qui s'av&#233;rera de toutes mani&#232;res n&#233;cessaire dans le cadre de la conception nouvelle de la culture commune qu'implique l'&#233;cole commune pourrait par ailleurs entra&#238;ner un all&#232;gement de ces programmes car il est probable que le recentrage et l'efficacit&#233; nouvelle des enseignements sur les deux disciplines fondamentales rendra beaucoup plus ais&#233;s et rapides les autres enseignements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps des professeurs de l'&#233;cole premi&#232;re serait donc constitu&#233; de sp&#233;cialistes, essentiellement de professeurs de fran&#231;ais et de math&#233;matiques, contribuant, par l&#224; m&#234;me, &#224; r&#233;sorber la coupure qui existe actuellement entre l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et le coll&#232;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous faisons ici clairement r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;ternel faux d&#233;bat entretenu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; b) :	Le probl&#232;me est diff&#233;rent pour ce qui concerne les ma&#238;tres de l'&#233;cole enfantine : Celle ci, en effet, a en charge pour l'essentiel une mission de socialisation et d'acculturation globale de l&#8216;enfant &#224; travers des activit&#233;s principalement orales et graphiques et &#224; forte composante ludique : Elle vise &#224; donner &#224; l'enfant les outils cognitifs, culturels, organisationnels, et m&#233;thodologiques qui lui permettront d'entrer progressivement dans la culture scolaire, de passer du statut d' &#171; enfant &#187; au statut d' &#171; &#233;l&#232;ve &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La formation des ma&#238;tres de l'&#233;cole enfantine devra donc se pencher s&#233;rieusement sur les particularit&#233;s de cette &#233;cole, en apportant un soin tout particulier aux m&#233;thodes de rep&#233;rage des difficult&#233;s rencontr&#233;es par l'enfant et des traitements qui peuvent leur &#234;tre associ&#233;s. Un important travail de recherche et d'&#233;laboration de cursus reste &#224; mener sur cette question, insuffisamment explor&#233;e jusqu'ici par la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pleinement conscience que cette nouvelle conception de la formation des ma&#238;tres de l'&#233;cole premi&#232;re repr&#233;sente un saut historique consid&#233;rable car elle rompt avec une conception tr&#232;s ancienne consistant &#224; penser qu'il est plus facile d'enseigner &#224; des enfants plus jeunes des savoirs plus simples et donc qu'il est inutile d'exiger des ma&#238;tres de cette &#233;cole un niveau de qualification tr&#232;s &#233;lev&#233; dans la (les) discipline(s) enseign&#233;e(s). Il se justifie pourtant pleinement si l'on prend en consid&#233;ration que la qualit&#233; du parcours scolaire se joue largement lors des toutes premi&#232;res ann&#233;es de scolarit&#233;, l&#224; o&#249; peut se nouer un rapport de plaisir ou, &#224; l'inverse, de souffrance aux processus d'acquisition des savoirs, et que la cr&#233;dibilit&#233; m&#234;me de notre projet de tronc commun de la maternelle au lyc&#233;e implique une am&#233;lioration radicale des apprentissages &#233;l&#233;mentaires pour tous les &#233;l&#232;ves conduisant &#224; l'&#233;radication de l'&#233;chec scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c) Pour ce qui concerne la formation des enseignants du second degr&#233;, la perspective d'&#233;cole commune que nous proposons modifie &#233;galement de fa&#231;on significative un mode de recrutement qui se joue aujourd'hui essentiellement sur l'&#233;valuation de la qualification acquise dans la discipline enseign&#233;e. La prise en charge de la formation didactique, des &#233;l&#233;ments de formation commune &#224; tous les enseignants ainsi que des stages en situation dans le cadre d'un master universitaire permettra d'int&#233;grer pleinement les nouveaux contenus de formation d&#233;crits ci-dessus dans le processus d'&#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2-2 : Formation commune.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a) L'&#233;cole commune n'est pas concevable, sans une forte am&#233;lioration de l'efficacit&#233; des pratiques enseignantes. C'est l&#224; une seconde grande condition de la d&#233;mocratisation scolaire, qui ne saurait &#234;tre r&#233;alis&#233;e sans que les enseignants se r&#233;approprient, dans leur masse, la ma&#238;trise des gestes du m&#233;tier. De nos jours, les dispositifs de scolarisation qui pilotent &#224; distance leur activit&#233; dans les classes, d&#233;finissant les p&#233;dagogies l&#233;gitimes au travers des instructions officielles, voire des manuels scolaires, ont toujours &#233;t&#233; con&#231;us, depuis la loi Guizot de 1833, par des experts ext&#233;rieurs qui s'embarrassent peu de retours d'exp&#233;rience. L'am&#233;lioration du rendement de l'action p&#233;dagogique ne peut passer, &#224; l'inverse, que par une autogestion instruite et collectivement ma&#238;tris&#233;e de l'activit&#233; enseignante. Seuls en effet des enseignants bien form&#233;s et capables de dialoguer sur un pied d'&#233;galit&#233; avec les chercheurs, mus par l'int&#233;r&#234;t du m&#233;tier et donc par le d&#233;sir de la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves, sont en position d'exp&#233;rimenter, d'identifier et d'int&#233;grer en savoir faire professionnels les fa&#231;ons d'apprendre les plus performantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La formation aux mani&#232;res de faire (les p&#233;dagogies pratiqu&#233;es) ne souffre donc pas l'administration de recettes, quelles qu'elles soient. Elle s'acquiert, pour l'essentiel, par un va et vient permanent entre la pratique de la classe et la r&#233;flexion th&#233;orique sur les pratiques mises en &#339;uvre - ou les pratiques observ&#233;es &#8211; et leurs effets concrets. Elle devra en particulier se pencher sur les raisons et les mani&#232;res de g&#233;rer les ph&#233;nom&#232;nes d'indiscipline, d'incivilit&#233;, de rejet des contraintes inh&#233;rentes &#224; tout processus d'apprentissage. Une r&#233;flexion sur la nature, les modalit&#233;s d'appropriation et les finalit&#233;s de l'autorit&#233; dans la classe et, plus largement, dans les diff&#233;rents aspects de la vie de l'institution scolaire est n&#233;cessaire, et il faudra en corollaire s'interroger sur la distinction qu'elle entretient avec la force, le droit, la contrainte l&#233;gale ou physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; b) Une des sources principales du mal vivre de nombreux &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;cole &#8211; notamment dans le second degr&#233; - r&#233;side dans les in&#233;galit&#233;s conduisant aux tris, aux s&#233;lections implacables fond&#233;es sur l'&#233;chec scolaire, et la conscience forte qu'en ont tant les &#233;l&#232;ves que les parents des enjeux de la r&#233;ussite scolaire face &#224; l'avenir professionnel. La disparition progressive de ces ph&#233;nom&#232;nes que nous proposons avec la mise en &#339;uvre des modalit&#233;s du tronc commun de culture commune de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire au lyc&#233;e devrait permettre de faire dispara&#238;tre une grande partie de ces probl&#232;mes. Mais le rapport qui existe entre les questions d'apprentissage et celles qui concernent l'autorit&#233; et le relationnel restera quoi qu'il en soit une question centrale. D'o&#249; l'importance des stages pratiques dans le cadre de la formation, qui permettront de nourrir la r&#233;flexion et la pratique enseignante au travers des situations de classe diversifi&#233;es que les stagiaires seront &#224; m&#234;me de vivre et analyser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci &#233;tant, certains &#233;l&#232;ves rencontrent des difficult&#233;s que les seules pratiques enseignantes ne peuvent pas r&#233;gler, car elles trouvent leurs sources et motivations hors du contexte scolaire. La formation doit donc &#233;galement inclure une connaissance fine des ressources institutionnelles (dans et hors de l'&#233;cole) o&#249; il est possible de trouver des comp&#233;tences en mesure d'aider les &#233;l&#232;ves &#224; surmonter leurs difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c) Tout processus d'apprentissage implique la mise en activit&#233; intellectuelle du sujet apprenant, &#224; partir de son syst&#232;me de pens&#233;e et de valeurs, de ses ressorts &#233;motionnels et affectifs. La formation professionnelle des enseignants implique donc qu'ils soient &#233;galement instruits sur les ressources linguistiques et intellectuelles dont disposent les &#233;l&#232;ves, ainsi que sur les d&#233;terminants psycho-sociaux qui les font agir aux diff&#233;rents stades de leur d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, la formation des jeunes &#224; un univers culturel se fait dans de multiples lieux (famille ; environnement social&#8230;) qui renvoient &#224; des modalit&#233;s et des contenus d'apprentissage tr&#232;s vari&#233;s. L'&#233;cole est un de ces lieux, parmi d'autres, mais particulier puisqu'elle a pour principale fonction de faire entrer les &#233;l&#232;ves dans la culture &#233;crite. Or nous savons que, au d&#233;part, nous pouvons compter sur une r&#233;elle &#233;galit&#233; des intelligences et des capacit&#233;s de chaque enfant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir l'ouvrage de J.-P. Terrail : De l'oralit&#233;. Essai sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La lutte pour la r&#233;ussite scolaire de tous doit donc n&#233;cessairement prendre en compte ces diff&#233;rences d'origine - et les in&#233;galit&#233;s d'acquis qu'elles peuvent induire - pour faire en sorte qu'elles ne soient pas des obstacles &#224; l'appropriation de la culture scolaire. La formation des enseignants devra donc inclure un programme d'&#233;tudes articul&#233;es sur les questions du langage &#8211; oral et &#233;crit - de son rapport &#224; la pens&#233;e, des ressources intellectuelles qu'il implique aux diff&#233;rents stades de son acquisition et des dispositifs &#233;ventuels &#224; envisager pour que , d&#232;s le plus jeune &#226;ge, soit r&#233;tablie une r&#233;elle &#233;galit&#233; des acquis scolaires de chaque &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d) Dans la perspective d'une &#233;cole commune foyer d'activit&#233;s et de rayonnement culturel local&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voire, dans certains cas sp&#233;cifiques, plus largement r&#233;gionaux ou nationaux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les futurs enseignants seront invit&#233;s &#224; se familiariser avec les usages sociaux et culturels de leur discipline. Ils seront ainsi en mesure d'apporter, dans leurs futurs &#233;tablissements d'exercice , un compl&#233;ment d'activit&#233;s sociales et culturelles enrichissantes pour tous les &#233;l&#232;ves donnant un sens suppl&#233;mentaire aux activit&#233;s de la classe proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; e) Parce que l'enseignant est &#224; la fois un travailleur et un citoyen charg&#233; de la formation de futurs citoyens, il sera, dans le m&#234;me mouvement, n&#233;cessaire d'alimenter une r&#233;flexion sur les enjeux d&#233;cisifs du m&#233;tier vu sous ses diff&#233;rents aspects sociaux. Il sera n&#233;cessaire, par exemple, de s'interroger sur les questions relatives &#224; la la&#239;cit&#233; : il peut s'agir de ses dimensions historiques, id&#233;ologiques et intellectuelles qui touchent &#224; la la&#239;cisation de la pens&#233;e depuis les origines de la philosophie jusqu'&#224; ses dimensions politiques qui marquent en profondeur le sens et la nature des programmes et de l'organisation de l'&#233;cole. Plus g&#233;n&#233;ralement, une solide connaissance de l'institution scolaire dans ses structures, son fonctionnement, son r&#244;le- pass&#233; et pr&#233;sent - dans le fonctionnement &#233;conomique, politique, social et culturel de la nation para&#238;t n&#233;cessaire pour que chaque enseignant puisse adopter, sur ce plan aussi, une distance r&#233;flexive par rapport &#224; l'exercice de son m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 : Cursus et mode de recrutement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a) Pr&#233;cisons d'entr&#233;e que, comme l'a montr&#233; l'exp&#233;rience diverse et parfois contradictoire des IUFM ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, l'appropriation des savoirs &#233;nonc&#233;s ci dessus dans leur coh&#233;rence ne pourra acqu&#233;rir une autorit&#233; et une efficacit&#233; incontestable que s'ils sont diffus&#233;s dans un cadre et dans des formes proprement universitaires et en liaison permanente avec les progr&#232;s de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cursus de formation devra favoriser une entr&#233;e progressive dans le m&#233;tier, comportant d&#232;s le d&#233;but du recrutement des stages en situation dans lesquels la prise de responsabilit&#233; ira crescendo. Ainsi pourront &#234;tre mises en place des situations d'enseignement tr&#232;s diverses donnant &#224; voir des formes renouvel&#233;es d'association entre processus de transmission des savoirs et ph&#233;nom&#232;nes inh&#233;rents &#224; la gestion du groupe-classe qui ne sauraient &#234;tre pens&#233;s de mani&#232;re satisfaisante si on les isole de la transmission des savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de l'actuelle organisation des &#233;tudes universitaires en licences et masters, ce cursus pourrait s'organiser autour de ces deux niveaux de certification des savoirs et comp&#233;tences acquis, le recrutement d&#233;finitif se faisant par concours, conform&#233;ment au statut de la fonction publique, et au niveau du master, dipl&#244;me impliquant un degr&#233; de familiarisation avec la recherche permettant de fonder la qualification d' &#171; enseignant-chercheur pour la r&#233;ussite scolaire de tous les &#233;l&#232;ves &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; b) Les futurs enseignants devront en premier lieu obtenir une licence dans la discipline de leur choix, pr&#233;figurant le master d'enseignement vers lequel ils se dirigeront ensuite. Ils pourront alors se pr&#233;senter &#224; la premi&#232;re partie du concours de recrutement national qui leur conf&#233;rera le grade de professeur en formation, salari&#233; aux niveaux premiers de la grille de r&#233;mun&#233;ration de leur corps d'accueil dans la fonction publique d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c) Les deux ann&#233;es n&#233;cessaires &#224; l'acquisition du master d'enseignement seront consacr&#233;es d'une part &#224; l'approfondissement des apprentissages disciplinaires, &#224; l'histoire et l'&#233;pistemologie des savoirs scolaires de leur discipline, et de leur didactique en liaison avec leur participation &#224; des stages en situation. L'analyse critique des situations de classe rencontr&#233;es donnera lieu &#224; l'&#233;laboration d'un m&#233;moire de recherche permettant &#224; l'&#233;tudiant, s'il le souhaite, de s'engager &#233;ventuellement dans l'&#233;laboration d'une th&#232;se de doctorat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois valid&#233; le master, par contr&#244;le continu, le futur enseignant se pr&#233;sentera &#224; la deuxi&#232;me partie du concours national de recrutement, dont le contenu sera principalement ax&#233; sur la v&#233;rification du degr&#233; de maitrise de la didactique de la discipline enseign&#233;e, des diff&#233;rentes composantes de la formation commune et de la capacit&#233; &#224; ma&#238;triser une situation de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d) Compte tenu de la dur&#233;e des &#233;tudes impos&#233;es par ce cursus, et afin de ne pas aggraver la distance culturelle qui peut exister entre les enseignants et leurs &#233;l&#232;ves, tr&#232;s majoritairement d'origine populaire, des pr&#233;recrutements devront &#234;tre organis&#233;s de sorte que les candidats ne puissent &#234;tre s&#233;lectionn&#233;s de fait selon l'importance de leurs ressources familiales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les analyses et propositions ici expos&#233;es sont d&#233;velopp&#233;es sous une forme beaucoup plus compl&#232;te et d&#233;taill&#233;e dans le chapitre 4 du livre du GRDS : &lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article130' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, sous le titre &#034;La formation des enseignants : Quels ma&#238;tres pour une &#233;cole d&#233;mocratique ?&#034; (pp. 119 &#224; 143). &lt;i&gt;La Dispute&lt;/i&gt;, janvier 2012, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire. Les nouveaux professeurs face aux difficult&#233;s du m&#233;tier&lt;/i&gt;, La Dispute, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article81' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La fabrique des savoirs scolaires&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, La Dispute, 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La culture de l'&#233;crit concerne tout ce qui s'appr&#233;hende directement par la voie du texte &#233;crit, donc aussi toute forme d'activit&#233; intellectuelle ou physique dont les contenus sont travaill&#233;s par l'&#233;crit. A ce titre, la pratique de l'oral &#224; l'&#233;cole est amplement inform&#233;e par la culture de l'&#233;crit. C'est l&#224; un des aspects qui explique l'avantage que poss&#232;dent, en arrivant &#224; l'&#233;cole, les &#233;l&#232;ves issus des classes ais&#233;es qui sont habitu&#233;s &#224; &#233;voluer dans un univers oral profond&#233;ment marqu&#233; par cette culture sur les enfants issus de milieux moins cultiv&#233;s. La conscience de la raison sociale de cette in&#233;galit&#233; d'origine pose, du coup, de fa&#231;on radicalement nouvelle la question des modalit&#233;s par lesquelles l'&#233;cole et les enseignants travaillent &#224; r&#233;duire ces in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous pr&#233;f&#233;rons ce terme &#224; celui d'&#233;cole &#171; maternelle &#187; qui &#233;voque trop &#8211; ce n'est pas un hasard &#8211; la fonction parentale transpos&#233;e dans le syst&#232;me scolaire, la fonction de l'&#233;cole &#171; enfantine &#187; &#233;tant de permettre &#224; l'enfant qu'elle accueille de passer progressivement au statut d'&#233;l&#232;ve dans l'&#233;cole premi&#232;re d&#232;s le CP.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les enseignements supposant une comp&#233;tence tr&#232;s particuli&#232;re (&#233;ducation physique, arts plastiques et musique, langues vivantes &#233;trang&#232;res ou r&#233;gionales pourraient &#234;tre assur&#233;s par des enseignants sp&#233;cialistes, comme cela se pratique d'ailleurs parfois dans certaines &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous faisons ici clairement r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;ternel faux d&#233;bat entretenu complaisamment par certains sur le &#171; traumatisme &#187;, que constituerait pour les &#233;l&#232;ves le passage du ma&#238;tre unique de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#224; l'&#233;quipe pluridisciplinaire des enseignants du coll&#232;ge, et la &#171; souffrance &#187; que cela entra&#238;nerait chez les plus fragiles, g&#233;n&#233;ratrice d'&#233;chec scolaire. Cette analyse sans aucun fondement scientifique sert en r&#233;alit&#233; &#224; justifier une tentative de primariser le coll&#232;ge en r&#233;duisant notamment le nombre des enseignants &#224; ce niveau, et &#224; leur imposer un retour &#224; la polyvalence que, pour ce qui nous concerne, nous excluons totalement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir l'ouvrage de &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;J.-P. Terrail&lt;/a&gt; : &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article29' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voire, dans certains cas sp&#233;cifiques, plus largement r&#233;gionaux ou nationaux, comme c'est d&#233;j&#224; le cas de certains &#233;tablissements impliqu&#233;s dans la pr&#233;paration et le fonctionnement du festival de th&#233;&#226;tre d'Avignon, ou du festival musical d'Uzeste par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;cole commune : le projet du GRDS</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131</guid>
		<dc:date>2012-01-12T09:29:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole commune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s aux bons parcours scolaires sont importantes &#8211; 50 points d'&#233;cart s&#233;parent les chances d'un enfant de cadre et celles d'un enfant d'ouvrier d'obtenir un bac g&#233;n&#233;ral (72% vs 22%) &#8211; , et stables depuis les ann&#233;es 1950/60. Si les politiques n&#233;olib&#233;rales mises en &#339;uvre de fa&#231;on concert&#233;e, depuis dix ans, sous l'&#233;gide des &#171; experts &#187; internationaux, ne risquent pas de r&#233;duire les &#233;carts, ce ne sont pas elles qui les ont cr&#233;&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#233;carts constituent en r&#233;alit&#233; une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;d&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;&#233;cole commune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L75xH66/arton131-b629b.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='75' height='66' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s aux bons parcours scolaires sont importantes &#8211; 50 points d'&#233;cart s&#233;parent les chances d'un enfant de cadre et celles d'un enfant d'ouvrier d'obtenir un bac g&#233;n&#233;ral (72% vs 22%) &#8211; , et stables depuis les ann&#233;es 1950/60. Si les politiques n&#233;olib&#233;rales mises en &#339;uvre de fa&#231;on concert&#233;e, depuis dix ans, sous l'&#233;gide des &#171; experts &#187; internationaux, ne risquent pas de r&#233;duire les &#233;carts, ce ne sont pas elles qui les ont cr&#233;&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, concernant ces politiques, Ken Jones (dir.), L'&#201;cole en Europe, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;carts constituent en r&#233;alit&#233; une dimension structurelle de l'&#233;cole dite &#171; unique &#187;, qui r&#233;sulte de la g&#233;n&#233;ralisation &#224; partir des ann&#233;es 1960 de l'acc&#232;s de tous les &#233;l&#232;ves au coll&#232;ge. Toute entreprise aujourd'hui de d&#233;mocratisation scolaire, d&#232;s lors, doit prendre ses distances non seulement avec les politiques n&#233;olib&#233;rales, mais aussi avec l'&#233;cole unique elle-m&#234;me. Et c'est bien, en ce sens, l'analyse critique des caract&#233;ristiques de cette derni&#232;re qui peut nous donner les cl&#233;s d'un v&#233;ritable processus de d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La position du probl&#232;me&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mise en place de l'&#233;cole unique a permis une extension consid&#233;rable des scolarit&#233;s. Tous les milieux sociaux ont vu s'&#233;largir sensiblement leur acc&#232;s aux savoirs savants de la culture &#233;crite. Ce b&#233;n&#233;fice a pu masquer, pendant un temps, la persistance des in&#233;galit&#233;s sociales. Les annonces r&#233;currentes de nouvelles mesures de lutte contre l'&#233;chec scolaire, l'instauration d'une politique de discrimination positive avec la cr&#233;ation des ZEP, ont jou&#233; dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 2000 marquent &#224; cet &#233;gard un tournant. D'un c&#244;t&#233; il devient de plus en plus difficile de ne pas prendre acte de l'impuissance de l'&#233;cole unique, discrimination positive ou pas, mesures de lutte contre l'&#233;chec scolaire ou pas, &#224; r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s. De l'autre l'&#233;chec scolaire de masse devient de moins en moins supportable. Parce que la demande de scolarisation dans l'enseignement sup&#233;rieur est aujourd'hui extr&#234;mement majoritaire dans tous les milieux sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Tristan Poullaouec, Le Dipl&#244;me, arme des faibles, La Dispute, Paris, 2010.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parce que cette attente sociale massive donne toute sa force &#224; la mission r&#233;publicaine de l'&#233;cole : assurer une entr&#233;e r&#233;ussie de tous les enfants dans la culture &#233;crite. Parce que cette attente interpelle particuli&#232;rement les enseignants, qui ne peuvent trouver leur bonheur professionnel que dans la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves. Au regard enfin du besoin social d'un tr&#232;s grand nombre de salari&#233;s dot&#233;s d'une qualification &#233;lev&#233;e, une qualification leur permettant de concevoir et d'assurer de nouveaux modes de d&#233;veloppement &#233;conomique, et l'essor d'une production &#233;conome de produits et services de haute qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne s'&#233;tonnera pas, dans ces conditions, qu'il soit devenu banal de parler d'une crise historique de notre syst&#232;me &#233;ducatif, et que l'&#233;cole soit maintenant une grande question de soci&#233;t&#233;, qui se maintient sondage apr&#232;s sondage au tout premier rang des pr&#233;occupations de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi Fillon de 2005 propose deux axes de r&#233;ponse &#224; cette situation. D'un c&#244;t&#233; il s'agit d'encourager les poursuites d'&#233;tudes longues, de fa&#231;on &#224; passer d'un peu plus de 20% &#224; 50% de jeunes form&#233;s au niveau licence. A l'autre p&#244;le, il s'agit de r&#233;pondre &#224; la question : &#171; que faire avec les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; ? &#187; On appelle &#224; un recentrage sur les fondamentaux, pour rassurer les inqui&#233;tudes des familles, mais on n'accorde pas grand cr&#233;dit &#224; la possibilit&#233; par l&#224; de r&#233;duire vraiment l'&#233;chec de masse. C'est plut&#244;t l'occasion de r&#233;organiser les programmes et les proc&#233;dures d'&#233;valuation autour d'un nouveau principe, d&#233;j&#224; largement appliqu&#233; dans d'autres nations, mais sans r&#233;f&#233;rence &#224; quelque bilan de sa mise en &#339;uvre, celui de la formation des &#171; comp&#233;tences &#187;. Dans le prolongement de la loi Fillon, le d&#233;cret de juillet 2006 d&#233;finit le &#171; socle commun de connaissances et de comp&#233;tences &#187; que tout &#233;l&#232;ve doit faire sien ; et de nouveaux programmes pour le coll&#232;ge et pour l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire sont &#233;labor&#233;s en 2007 et 2008, d&#233;finissant le minimum que chaque &#233;l&#232;ve doit s'approprier, qui constituera le bagage d'employabilit&#233; de ceux qui s'en contenteront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse dans cette entreprise de s'appuyer sur les inqui&#233;tudes des parents pour institutionnaliser et l&#233;gitimer une &#233;cole &#224; deux vitesses ne fait pas le moindre doute. Le document &#171; 12 id&#233;es pour 2012 &#187; publi&#233; par la &#171; Fondation pour l'innovation politique &#187;, think tank de l'UMP, donne une d&#233;finition tr&#232;s claire de l'aboutissement du processus engag&#233; : faire &#233;clater ce qui subsiste d'&#171; &#233;cole unique &#187; dans notre syst&#232;me &#233;ducatif. &#171; De nouvelles formes d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale rendent d&#233;sormais impossible la distribution d'un m&#234;me savoir &#224; tous, au m&#234;me moment de la vie et selon les m&#234;mes m&#233;thodes &#187;, indique le document, qui propose donc d'&#171; organiser la diff&#233;renciation des programmes pour r&#233;pondre &#224; la diff&#233;renciation sociale et culturelle &#187;. A cette fin, &#171; de nouveaux &#233;tablissement d'enseignement secondaire doivent voir le jour sous le nom d'&#171; &#233;coles fondamentales &#187; [qui accueilleraient] de la sixi&#232;me &#224; la troisi&#232;me les enfants dont les performances mesur&#233;es &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire ou au coll&#232;ge seraient jug&#233;es insuffisantes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans envisager une semblable mise &#224; bas de l'&#233;cole unique, un ensemble d'organisations politiques, syndicales, associatives, p&#233;dagogiques qui se situent dans l'opposition au pouvoir de droite ne s'en d&#233;clarent pas moins elles aussi en faveur du principe du socle commun. C'est le cas de celles qui ont &#233;t&#233; mobilis&#233;es au long des ann&#233;es 2000 par la Ligue de l'enseignement pour contribuer &#224; recomposer un projet progressiste pour l'&#233;cole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Jos&#233; Tovar, Gen&#232;se du projet du PS pour l'&#233;ducation. De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La r&#233;f&#233;rence au r&#244;le organisateur du socle commun pour le syst&#232;me &#233;ducatif est r&#233;currente dans les textes qui scandent cette recomposition : de celui qui est publi&#233; en 2005 par la Ligue (Refonder l'&#233;cole pour qu'elle soit celle de tous) et inclue l'exigence d'un socle commun &#171; noyau fondamental de savoirs, de comp&#233;tences, de connaissances &#187; parmi ses quelques &#171; id&#233;es-force &#187; pour l'&#233;cole de demain, jusqu'au programme publi&#233; par le Parti socialiste en 2011 (&#201;ducation et formation pour l'&#233;galit&#233;) qui l'&#233;voque sous la figure d'une &#171; base que viendra enrichir l'ensemble des nouveaux savoirs acquis tout au long de la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les protagonistes de cette n&#233;buleuse d'organisations se sont ralli&#233;s &#224; la logique du socle commun, c'est bien qu'ils partagent avec la droite une conviction essentielle : l'&#233;chec scolaire de masse est in&#233;luctable, et il vaut mieux que ceux qui &#233;chouent sortent de l'&#233;cole avec des &#171; comp&#233;tences &#187; qui favoriseront leur acc&#232;s &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines forces syndicales (la FSU notamment) et politiques (voir notamment le programme du Front de gauche pour la pr&#233;sidentielle 2012) refusent cependant de renoncer &#224; l'ambition d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs. Elles opposent au processus d'&#233;clatement de l'&#233;cole unique engag&#233; par la droite des principes et des objectifs qui, pr&#244;nant la transmission &#224; tous d'une culture commune de haut niveau en lieu et place d'une &#233;cole &#224; deux vitesses, ne peuvent manquer de recueillir l'assentiment des partisans d'une &#233;cole &#233;galitaire. Il reste toutefois &#224; d&#233;velopper ces principes jusqu'&#224; &#233;laborer un projet scolaire d'ensemble, audacieux et coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GRDS souhaite contribuer &#224; cette &#233;laboration en soumettant au d&#233;bat ses propositions pour une &#171; &#233;cole commune &#187;, propositions qui s'int&#233;ressent &#224; l'organisation du parcours des &#233;l&#232;ves, aux dispositifs et aux pratiques p&#233;dagogiques, &#224; la formation des enseignants, et aux contenus d'enseignement. On &#233;voque ici les traits g&#233;n&#233;raux de l'&#233;cole commune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un expos&#233; d'ensemble de nos r&#233;flexions, voir GRDS, L'&#233;cole commune. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;marche mise en &#339;uvre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les projets pour l'&#233;cole s'embarrassent peu d'analyses critiques de l'existant, donnant &#224; comprendre les raisons pour lesquelles celui-ci ne donne pas satisfaction et m&#233;rite d'&#234;tre remplac&#233;. Les doctrines p&#233;dagogiques partent de principes et de valeurs r&#233;f&#233;rant &#224; la nature de l'enfant, &#224; l'exigence de son d&#233;veloppement harmonieux et de la formation d'individus libres et responsables, &#224; ce qu'il en est des bonnes fa&#231;ons d'apprendre, etc., et imaginent l'&#233;cole qui va r&#233;aliser ces id&#233;aux. Les politiques actuelles du socle commun, de leur c&#244;t&#233;, partent d'un constat, celui de l'&#233;chec r&#233;it&#233;r&#233; de toute une partie des &#233;l&#232;ves, et ne cherchent pas &#224; le comprendre mais lui proposent une &#171; solution &#187; : puisqu'ils n'arrivent pas &#224; apprendre, on va former des comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons choisi une autre voie, en nous attachant &#224; identifier, sans pr&#233;juger du bien et du mal en mati&#232;re &#233;ducative, ce qui fait aujourd'hui obstacle, dans les fonctionnements pratiques de l'&#233;cole publique, &#224; l'appropriation des savoirs de la culture &#233;crite. Cette autre voie nous semble en effet la plus propre &#224; assurer la plausibilit&#233; socio-historique d'un projet de d&#233;mocratisation, en l'inscrivant dans le mouvement r&#233;el de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Tout en &#233;chouant &#224; r&#233;duire l'in&#233;galit&#233; des chances, l'instauration de l'&#233;cole unique a permis d'&#233;largir consid&#233;rablement l'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s : c'est cet &#233;largissement qu'il s'agit aujourd'hui de poursuivre et d'intensifier, en prenant la mesure des contradictions nouvelles qu'il a fait surgir et des moyens de les d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec scolaire affecte tous les milieux sociaux (28% des enfants de cadres ne r&#233;ussissent pas &#224; d&#233;crocher un bac d'enseignement g&#233;n&#233;ral), mais pr&#233;f&#233;rentiellement et prioritairement les milieux populaires (78% des enfants d'ouvriers sont dans le m&#234;me cas). Les recherches empiriques accumul&#233;es depuis un demi si&#232;cle &#224; l'&#233;chelle internationale montrent sans conteste possible que les difficult&#233;s d'apprentissage sont &#233;troitement corr&#233;l&#233;es, quel que soit le milieu social, &#224; l'insuffisance ou au d&#233;faut d'une aide familiale efficace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ce qui est des enfants de cadres, voir Ga&#235;le Henri Panabi&#232;re, Des &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question cruciale &#224; poser est donc celle-ci : pourquoi l'&#233;cole ne parvient-elle pas &#224; accueillir les enfants disposant d'un encadrement familial scolairement peu efficient &#8211; notamment ceux qui sont issus des classes populaires &#8211; en sorte de limiter, sinon en compensant compl&#232;tement, l'impact des in&#233;galit&#233;s familiales et culturelles sur la r&#233;ussite scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons &#224; cet &#233;gard qu'aujourd'hui au contraire l'&#233;cole accompagne les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette question, les recherches accumul&#233;es depuis les ann&#233;es 1960 (notamment en France, &#201;tats-Unis, Grande-Bretagne) apportent de s&#233;rieux &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse. Elles invitent &#224; r&#233;partir les facteurs qui, dans le fonctionnement de l'institution scolaire, contribuent &#224; creuser les in&#233;galit&#233;s scolaires, en deux grands ensembles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans un premier type de cas, ces facteurs proc&#232;dent d'une distribution des ressources de l'institution scolaire qui, au lieu de contrecarrer le jeu des in&#233;galit&#233;s sociales et culturelles, vient les conforter. L'existence de ces facteurs para&#238;t consubstantielle &#224; l'organisation concurrentielle de l'&#233;cole unique, et leur &#233;limination suppose la suppression de cette derni&#232;re. La question de la d&#233;mocratisation scolaire renvoie ici &#224; un probl&#232;me d'organisation structurelle de l'institution scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans un second type de cas, ces facteurs rel&#232;vent du processus de transmission des connaissances et sont inh&#233;rents aux dispositifs p&#233;dagogiques con&#231;us &#224; cette fin. Certaines recherches les concernant mettent l'accent sur la responsabilit&#233; des modes de traitement de la difficult&#233; d'apprentissage, ou des p&#233;dagogies constructivistes qui induisent les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires en erreur quant aux objectifs r&#233;els de l'activit&#233; scolaire, etc. D'autres, plus proches d'un point de vue didactique, s'attachent &#224; interroger la pertinence de ces objectifs eux-m&#234;mes et des syst&#232;mes d'apprentissage qui les sous-tendent, qu'il s'agisse de l'enseignement de la lecture (syllabique ou mixte ?), des math&#233;matiques (doit-on au CP faire des activit&#233;s de d&#233;nombrement ou engager l'&#233;tude du syst&#232;me de nombres ?), de l'histoire (la compr&#233;hension de l'histoire suppose-t-elle une approche chronologique ?), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute entreprise de d&#233;mocratisation scolaire doit s'en prendre simultan&#233;ment &#224; ces deux registres de facteurs. Nous nous en tiendrons ici au premier d'entre eux et aux cons&#233;quences qu'il convient d'en tirer (on trouvera dans un autres texte de cette rubrique des r&#233;flexions concernant l'am&#233;lioration indispensable des dispositifs p&#233;dagogiques &#224; l'&#339;uvre dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sultats de la recherche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t que les ressources et services distribu&#233;s par l'institution scolaire le sont assez syst&#233;matiquement au prorata de la puissance sociale de leurs b&#233;n&#233;ficiaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les dotations financi&#232;res par &#233;l&#232;ve, la qualit&#233; des b&#226;timents, la diversit&#233; de l'offre scolaire (sections et fili&#232;res disponibles), l'importance du personnel non enseignant, etc. sont &#224; l'avantage des &#233;tablissements des beaux quartiers ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le d&#233;roulement des carri&#232;res enseignantes, qui va massivement des &#233;tablissements les plus populaires vers ceux des beaux quartiers, r&#233;serve majoritairement les postes les plus difficiles aux enseignants d&#233;butants, les moins exp&#233;riment&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la gestion des parcours des &#233;l&#232;ves engage une s&#233;rie de d&#233;cisions de notation, d'affectation ou pas au redoublement, aux classes d'enseignement sp&#233;cialis&#233;, &#224; telle ou telle classe de niveau le cas &#233;ch&#233;ant, et d'orientation vers des fili&#232;res plus ou moins valoris&#233;es. Les recherches qui ont interrog&#233; les d&#233;terminants de ces d&#233;cisions en ont conclu que toutes choses &#233;gales par ailleurs, et notamment &#224; valeur scolaire identique (contr&#244;l&#233;e par les chercheurs), ces d&#233;cisions s'op&#233;raient toujours au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves des classes populaires, qui sont moins bien not&#233;s et plus souvent affect&#233;s par des orientations qui sont suppos&#233;es rem&#233;dier &#224; leurs difficult&#233;s (redoublement, etc.) mais s'av&#232;rent en r&#233;alit&#233; p&#233;nalisantes pour la suite de leur parcours ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La distribution des ressources intellectuelles de l'institution n'&#233;chappe pas davantage &#224; cette logique in&#233;galitaire. Face aux difficult&#233;s, r&#233;elles ou pr&#233;sum&#233;es, des &#233;l&#232;ves d'origine populaire, une minorit&#233; d'enseignants s'attache &#224; maintenir une ambition forte, en concentrant l'effort p&#233;dagogique sur les points les plus difficiles, et donc les plus th&#233;oriques, quitte &#224; y passer plus de temps. Une forte majorit&#233; toutefois estime in&#233;vitable de s'adapter &#171; par le bas &#187;, en contournant les points d&#233;licats et les aspects jug&#233;s les plus abstraits et les plus th&#233;oriques de la mati&#232;re. Au nom d'une p&#233;dagogie qui devrait &#234;tre n&#233;cessairement diff&#233;renci&#233;e, ils se r&#233;signent par avance &#224; l'id&#233;e de ne pas traiter tout le programme, et substituent chaque fois que possible l'exemple &#224; la d&#233;monstration, l'illustration &#224; l'expos&#233; des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donner moins &#224; ceux qui ont moins&lt;/i&gt; appara&#238;t dans ces conditions comme la loi g&#233;n&#233;rale qui r&#233;gule l'affectation des bienfaits scolaires, et l'existence de zones de discrimination positive est loin de suffire &#224; la contrecarrer. L'&#233;cole unique r&#233;v&#232;le l&#224; sa vraie nature : celle d'une institution tout enti&#232;re prise dans les logiques in&#233;galitaires d'une soci&#233;t&#233; de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le principe de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves qui permet qu'il en aille ainsi. Les d&#233;mocrates protestent aujourd'hui &#224; juste titre &#224; l'encontre de la mise en concurrence des &#233;tablissements scolaires, mais sans mesurer toujours que cette derni&#232;re n'est jamais qu'une extension de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes, &#224; travers le dispositif d'&#233;valuation, de classement, d'orientation qui r&#233;git depuis le d&#233;cret Berthoin de 1959 le parcours de ces derniers. Par lui-m&#234;me ce dispositif ne peut aboutir qu'&#224; proportionner les parcours au sein de l'institution &#224; l'importance des ressources dont disposaient les int&#233;ress&#233;s au d&#233;part. Cette action quasi automatique de la concurrence est encore renforc&#233;e par l'action de l'institution scolaire qui vient augmenter les ressources de ceux qui &#233;taient d&#233;j&#224; les mieux pourvus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cole commune : apprendre sans concurrence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la d&#233;mocratisation scolaire ne peuvent tirer de ces constats qu'une seule conclusion : si l'on veut en finir avec les in&#233;galit&#233;s sociales face &#224; l'&#233;cole, la premi&#232;re condition &#224; r&#233;aliser est la suppression de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, et la suppression donc du support essentiel de cette derni&#232;re, les notes et les classements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a suffi de quelques g&#233;n&#233;rations depuis les ann&#233;es 1960 pour que l'id&#233;e qu'apprendre supposait d'&#234;tre &#233;valu&#233;, not&#233;, class&#233;, orient&#233;, figure parmi les plus fortes &#233;vidences de notre monde naturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certes l'&#233;cole de la Troisi&#232;me R&#233;publique n'ignorait ni l'&#233;valuation, ni les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On oublie ainsi, ce qu'on a pourtant sous les yeux, que bien des apprentissages s'op&#232;rent avec succ&#232;s en impliquant soit une &#233;valuation qui n'aboutit pas &#224; un classement, du type de l'examen et non du concours (par exemple apprendre &#224; conduire), soit pas d'&#233;valuation sp&#233;cifique (par exemple apprendre &#224; marcher, &#224; nager, &#224; observer les codes de bonne conduite en soci&#233;t&#233;, etc.). Pourtant ces apprentissages peuvent eux aussi requ&#233;rir bien des investissements et beaucoup de t&#233;nacit&#233;. Le cas le plus frappant est certainement celui de la parole. Entrer dans le langage humain et se doter d'une capacit&#233; linguistique ordinaire est une entreprise extraordinairement complexe, de longue haleine, dont on ne voit pas ce qu'elle aurait de moins difficile que d'entrer dans la culture &#233;crite. Elle s'op&#232;re pourtant sans concours, sans examen, et&#8230; sans &#233;chec !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suppression de la concurrence scolaire impliquerait un ample bouleversement culturel de notre rapport &#224; l'&#233;cole, mais elle n'a elle-m&#234;me besoin que d'une mesure pr&#233;cise et circonscrite : la suppression de la notation et de toute forme substitutive d'&#233;talonnage de la valeur scolaire des &#233;l&#232;ves (lettres, etc.). Sans &#233;talonnage, pas de comparaison possible des prestations des &#233;l&#232;ves, pas de classement, pas de mise en hi&#233;rarchie. Une &#233;cole sans notes pr&#233;sente de multiples avantages. L'appropriation par les &#233;l&#232;ves des fondements de la culture &#233;crite redevient sa mission premi&#232;re et exclusive. Ses enseignants n'ont plus d'autre responsabilit&#233; que de cr&#233;er les conditions d'un apprentissage r&#233;ussi. Et ils seront convi&#233;s &#224; l'assumer avec d'autant plus d'insistance qu'il ne sera plus possible de contourner la r&#233;solution des difficult&#233;s d'apprentissage par l'attribution de &#171; mauvaises notes &#187;. Les &#233;l&#232;ves pour leur part, d&#233;barrass&#233;s de l'obsession pesante de la mauvaise note, et de ses cons&#233;quences (redoublement, orientation subie, etc.), pourront se consacrer &#224; leurs apprentissages avec beaucoup moins de pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un apprentissage sans notes n'est &#233;videmment pas un apprentissage sans &#233;valuation. Y a-t-il d'ailleurs un apprentissage qui ne suppose quelque validation de la part de ceux qui se sont d&#233;j&#224; appropri&#233;s les savoirs concern&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;cole sans notes est-elle cr&#233;dible ? On rappellera d'abord &#224; cet &#233;gard que ce ne sont pas les notes qui &#171; tiennent &#187; les &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;cole jusqu'&#224; au moins dix-huit ans mais une norme sociale d&#233;sormais bien &#233;tablie et qui subsistera, notes ou pas. Il est clair, conjointement, que la suppression des notes contraint l'&#233;cole &#224; placer le go&#251;t d'apprendre au principe des apprentissages. Exigence irr&#233;aliste ? Mais quoi d'autre que le go&#251;t d'apprendre nous a permis &#224; tous d'affronter les complexit&#233;s consid&#233;rables de l'apprentissage de la parole ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le tronc commun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune est une &#233;cole qui n'a pas l'ambition d'assurer l'&#233;galit&#233; des chances, mais d'assurer l'entr&#233;e r&#233;ussie de tous ses &#233;l&#232;ves dans la culture &#233;crite. Loin de faire de l'acquisition des savoirs &#233;labor&#233;s une question de &#171; chance &#187;, elle met toutes ses ressources au service d'un objectif primordial : assurer &#224; chacun, au long d'un parcours commun, l'acquisition d'une culture commune correspondant aux connaissances de l'&#233;poque et aux besoins du futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc pas pour l'&#233;cole commune de classer pour trier et &#233;liminer, mais de conduire tout le monde en un point d&#233;termin&#233;, aboutissement du tronc commun. La conviction de l'&#233;galit&#233; des intelligences, de la disposition par chaque &#234;tre parlant des capacit&#233;s d'abstraction, de raisonnement logique, de r&#233;flexivit&#233; indispensables et suffisantes &#224; une entr&#233;e normale dans la culture &#233;crite, est au principe de la mise en place de ce tronc commun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Pierre Terrail, De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;renciation des parcours au sein de l'actuelle &#233;cole unique s'op&#232;re &#224; travers le recours &#224; diff&#233;rentes instances qui, pour &#234;tre dites &#171; de rem&#233;diation &#187;, n'en p&#233;nalisent pas moins les &#233;l&#232;ves et d&#233;bouchent assez syst&#233;matiquement sur l'orientation vers les voies courtes : redoublement, RASED, classes d'adaptation, classes de faible niveau, sections au programme all&#233;g&#233;, SEGPA, etc. Parler de tronc commun implique la disparition de toutes ces instances (ou pour le moins, concernant les RASED, une reconsid&#233;ration de leurs modalit&#233;s de fonctionnement actuelles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est &#233;videmment pas parce qu'on aura supprim&#233; le redoublement qu'on aura supprim&#233; du m&#234;me coup la difficult&#233; d'apprentissage et l'in&#233;gale aisance avec laquelle les &#233;l&#232;ves parviendront &#224; la surmonter. Aussi la mise en place d'un v&#233;ritable tronc commun n'est-elle tout simplement pas concevable sans une am&#233;lioration massive de l'efficacit&#233; des dispositifs p&#233;dagogiques, &#224; commencer par ceux de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet aspect tout &#224; fait crucial de l'&#233;cole commune n'est pas abord&#233; ici. On (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette am&#233;lioration assur&#233;e, deux probl&#232;mes subsisteront : l'existence d'enfants souffrant de handicaps ou de traumatismes lourds, dont il faudra assurer la formation et l'&#233;panouissement possibles dans les meilleures conditions sp&#233;cialis&#233;es, mais dont la proportion ne d&#233;passe pas deux &#224; trois pour cent de chaque cohorte ; et le fait qu'en fonction de leur parcours intellectuel certains &#233;l&#232;ves auront plus de difficult&#233;s que d'autres &#224; affronter tel ou tel type d'apprentissage. Les enseignants concern&#233;s devront pouvoir, dans ce dernier cas, disposer d'une aide ext&#233;rieure, notamment celle d'enseignants surnum&#233;raires, qui interviendront &#224; leur demande, sous leur responsabilit&#233;, et sans que les &#233;l&#232;ves int&#233;ress&#233;s soient soustraits au d&#233;roulement normal de leur classe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les contenus du tronc commun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition de ces programmes du tronc commun n'est rien d'autre que celle de la culture commune que l'on entend transmettre &#224; l'ensemble des jeunes g&#233;n&#233;rations. C'est une question qui concerne tout un chacun, et ne saurait &#234;tre l'apanage des experts du gouvernement, du patronat, et m&#234;me de la noosph&#232;re p&#233;dagogique. La mise en place de l'&#233;cole commune devrait &#234;tre l'occasion d'un &#233;largissement consid&#233;rable du cercle des discutants et des d&#233;cideurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les contenus de la culture commune soient l'objet de d&#233;bats est in&#233;vitable : quelle que soit la dur&#233;e du tronc commun, ses programmes seront n&#233;cessairement le r&#233;sultat de choix, impliquant divergences et confrontations. Ils devront &#224; la fois, en tout &#233;tat de cause, permettre toutes les orientations sp&#233;cialis&#233;es au terme du tronc commun ; et donner &#224; chacun les moyens minimaux d'une pens&#233;e autonome et r&#233;flexive sur les domaines qui ne ressortiront pas de sa sp&#233;cialisation. La culture qu'ils viseront &#224; transmettre devra donc avoir une dimension plurielle, &#171; polytechnique &#187;. Certains domaines, aujourd'hui absents des programmes ou secondaris&#233;s, telles l'activit&#233; de travail et son organisation, ou la technologie, devront &#234;tre s&#233;rieusement valoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit tronc commun ne dit pas uniformisation et standardisation du d&#233;veloppement intellectuel et culturel de chacun ! Au long de leurs &#233;tudes, les &#233;l&#232;ves pourront d&#233;velopper plus particuli&#232;rement leurs savoirs et leurs savoir faire dans tel ou tel domaine de pr&#233;dilection, et l'institution scolaire leur en offrira la possibilit&#233;. Mais ces investissements sp&#233;cialis&#233;s ne pourront s'op&#233;rer au d&#233;triment des mati&#232;res du tronc commun : avant la fin du parcours commun, aucune sp&#233;cialisation impliquant l'abandon de tel ou tel choix professionnels ult&#233;rieurs ne devrait pouvoir &#234;tre envisag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dur&#233;e du tronc commun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre d'une obligation scolaire port&#233;e &#224; 18 ans, qui rallie aujourd'hui les suffrages des organisations progressistes, le GRDS propose que le tronc commun soit compos&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'une &#233;cole enfantine qui accueille les &#233;l&#232;ves de deux ou trois ans jusqu'&#224; six ans, qui soit dot&#233;e d'une v&#233;ritable ambition intellectuelle, culturelle, artistique, mais en r&#233;cusant toute entr&#233;e pr&#233;matur&#233;e, et strictement inutile, dans le lire-&#233;crire, quelle qu'en soit la forme
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'une &#233;cole premi&#232;re, con&#231;ue comme l'antichambre du secondaire, et dot&#233;e de modes de fonctionnement et de transmission des savoirs profond&#233;ment repens&#233;s. Le GRDS propose en particulier que chaque classe ait deux ma&#238;tres, un ma&#238;tre litt&#233;raire et un ma&#238;tre scientifique, en sus des intervenants sp&#233;cialis&#233;s
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'une &#233;cole secondaire accueillant les &#233;l&#232;ves de onze &#224; dix-huit ans. L'enseignement secondaire d&#233;bouche &#224; 17 ans sur un bac de culture g&#233;n&#233;rale et technologique, et se conclue &#224; 18 ans par une terminale &#224; options, pr&#233;figurant les choix ult&#233;rieurs d'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des objections les plus fr&#233;quemment soulev&#233;es par ces propositions concerne la suppression des fili&#232;res, et le report en terminale de ce qui sera dans le nouveau cadre une v&#233;ritable option, et non plus une orientation subie par des &#233;l&#232;ves en &#233;chec. Le lecteur int&#233;ress&#233; pourra se reporter &#224; ce sujet au d&#233;bat fourni qui s'est d&#233;velopp&#233; sur ce site autour de l'hypoth&#232;se d'un &#171; lyc&#233;e unique &#187;. Le projet du GRDS repose sur la conviction qu'il est possible de r&#233;duire massivement l'&#233;chec dans les apprentissages &#233;l&#233;mentaires, et prend en compte les cons&#233;quences qu'aurait une telle r&#233;duction dans le secondaire, qui limiterait drastiquement les comportements de rejet de l'&#233;cole et les attitudes d'indiff&#233;rence utilitariste &#224; l'&#233;gard des savoirs (&#224; quoi &#231;a sert ?), qui donnent souvent &#224; croire qu'on r&#233;soudra les probl&#232;mes de l'institution scolaire en &#171; ouvrant l'&#233;cole sur la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est toujours difficile d'imaginer que l'existant puisse &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rent de la figure famili&#232;re qu'on lui conna&#238;t, et en l'occurrence que la question &#171; qu'est-ce qu'on fait avec les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; ? &#187; puisse perdre le sens qu'elle a aujourd'hui. Il arrive ainsi que la perspective d'un lyc&#233;e unique et de la suppression des classes d'enseignement professionnel et technologique en seconde et en premi&#232;re soit per&#231;ue comme un d&#233;sint&#233;r&#234;t pour les jeunes (issus principalement des milieux populaires) pour lesquels ces classes constituent actuellement une bou&#233;e de secours. Le d&#233;bat est d'autant plus complexe que ce sont les enseignants actuellement confront&#233;s aux publics en difficult&#233; (et notamment ceux des fili&#232;res professionnelles et technologiques) qui sont les plus sensibles &#224; cette objection, alors que la r&#233;ponse &#8211; qu'il s'agisse de valider le &#171; tous capables &#187; ou d'&#233;laborer des dispositifs p&#233;dagogiques performants dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire &#8211; est &#224; chercher &#224; distance de leurs pr&#233;occupations quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement sous l'aspect suivant que le projet du GRDS rencontre parfois de l'incompr&#233;hension. On ne peut concevoir le lyc&#233;e unique sans une am&#233;lioration massive de la transmission des savoirs &#233;l&#233;mentaires de la culture &#233;crite. Mais r&#233;ciproquement seule une forte affirmation du lyc&#233;e unique comme destination normale de tout parcours scolaire cr&#233;era les conditions de la transformation de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; se verront aujourd'hui attribuer des notes m&#233;diocres, invit&#233;s &#224; redoubler, affect&#233;s &#224; des classes de faible niveau, orient&#233;s vers les fili&#232;res courtes. Ces multiples fa&#231;ons de g&#233;rer leur parcours scolaire repr&#233;sentent autant de possibilit&#233;s, si ce n'est d'incitations, &#224; renoncer &#224; affronter la r&#233;alit&#233; des difficult&#233;s d'apprentissage. Le recours &#224; ces &#171; solutions &#187; revient &#224; r&#233;soudre un probl&#232;me cognitif par des proc&#233;dures de tri social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, la suppression de tous ces traitements institutionnels de la difficult&#233; intellectuelle, et l'affirmation conjointe que tous les &#233;l&#232;ves sont appel&#233;s &#224; suivre une scolarit&#233; normale jusqu'&#224; un bac de culture g&#233;n&#233;rale et technologique, reviennent &#224; lancer un appel tr&#232;s fort aux enseignants pour qu'ils se mobilisent collectivement afin de reprendre la main sur leur m&#233;tier, en remettant sur l'ouvrage des dispositifs p&#233;dagogiques aujourd'hui bien trop peu performants, avec la collaboration des chercheurs et des moyens mat&#233;riels et financiers ad&#233;quats pour la formation continue et l'exp&#233;rimentation. C'est du m&#234;me coup une fa&#231;on d'inviter les enseignants et les &#233;l&#232;ves &#224; adopter deux r&#232;gles d&#233;ontologiques essentielles, consistant pour les premiers &#224; ne pas accepter de ne pas se faire comprendre, et pour les seconds &#224; ne pas accepter de ne pas comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les diff&#233;rents volets de l'&#233;cole commune&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La proposition du GRDS d'un syst&#232;me &#233;ducatif structur&#233;e par un parcours scolaire unique de 2 &#224; 18 ans (la terminale &#224; option peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme faisant partie du tronc commun, les &#233;carts cognitifs et culturels &#233;tant beaucoup moins significatifs entre ses options qu'entre les fili&#232;res d'aujourd'hui) ne va pas, nous l'avons not&#233; chemin faisant, sans fortes implications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exigence d'une r&#233;duction massive de l'&#233;chec scolaire vient au premier rang d'entre elles. La mise au point de dispositifs p&#233;dagogiques beaucoup plus efficients doit &#234;tre l'affaire de toute la communaut&#233; enseignante, anim&#233;e par l'objectif d&#233;termin&#233; de la r&#233;ussite de tous, et disposant &#224; cette fin de moyens d'exp&#233;rimentation, d'&#233;changes et de r&#233;flexion dignes de ce nom, et de la collaboration des chercheurs. Pour ce qui le concerne le GRDS avance des pistes de r&#233;flexion concernant l'enseignement &#233;l&#233;mentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, L'&#201;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et a ouvert sur ce site une rubrique &#171; Exp&#233;rimentations &#187; o&#249; les coll&#232;gues qui participent &#224; des initiatives d'am&#233;lioration des apprentissages sont invit&#233;s &#224; en faire part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation des enseignants doit pouvoir s'appuyer, pour &#234;tre la plus efficace possible, sur les apports d'une formation initiale et continue repens&#233;e en fonction des ambitions de l'&#233;cole commune. Les propositions du GRDS concernant la formation des ma&#238;tres sont expos&#233;es dans le chapitre 4 de &lt;i&gt;L'&#201;cole commune&lt;/i&gt; (op. cit&#233;), et sont &#233;voqu&#233;es parall&#232;lement dans cette rubrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cursus de l'enseignement sup&#233;rieur et les modalit&#233;s de leur acc&#232;s sont eux aussi &#224; repenser dans le nouveau contexte. Tout, ici, reste &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste enfin l'&#233;norme domaine de la culture commune, des contenus d'enseignement &#224; transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations au cours de leur scolarisation dans l'&#233;cole commune. Le GRDS a engag&#233; en premi&#232;re &#233;tape le travail de constitution d'une biblioth&#232;que des programmes disciplinaires, nourrie par l'apport de sp&#233;cialistes des disciplines s'effor&#231;ant de faire le point de l'&#233;volution des programmes dans les derni&#232;res d&#233;cennies et des d&#233;bats qu'ils ont suscit&#233;s : ce bilan &#233;tant un pr&#233;alable indispensable pour que puisse se d&#233;velopper dans les conditions les plus productives possibles un d&#233;bat &#233;largi sur les choix &#224; op&#233;rer pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment l'&#233;cole commune peut-elle advenir ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question de la dynamique politique susceptible d'impulser et de soutenir dans la dur&#233;e une aussi vaste transformation du syst&#232;me &#233;ducatif est &#233;videmment d&#233;cisive. Cette dynamique ne peut &#234;tre que le fait, naturellement, des forces qui y ont directement int&#233;r&#234;t ; et plus pr&#233;cis&#233;ment d'une conjonction de l'action de ces forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'abord des cat&#233;gories sociales dont les enfants subissent massivement aujourd'hui l'&#233;chec scolaire, au premier chef les ouvriers et les employ&#233;s, nettement majoritaires dans le salariat. La position des cadres moyens et sup&#233;rieurs est plus complexe, toujours tent&#233;s de tirer leur &#233;pingle du jeu de la concurrence scolaire, mais subissant en m&#234;me temps eux aussi l'angoisse et l'&#233;chec scolaires (28% des enfants de cadres sup&#233;rieurs ne d&#233;crochent pas le bac g&#233;n&#233;ral).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de la responsabilit&#233; des organisations politiques qui se r&#233;clament des classes populaires de se doter d'une politique scolaire &#233;labor&#233;e, pens&#233;e d'abord en r&#233;f&#233;rence aux int&#233;r&#234;ts de ces classes, sans se contenter de reprendre les revendications du syndicalisme enseignant, aussi l&#233;gitimes fussent ces derni&#232;res : &#224; chacun son r&#244;le et sa fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces organisations peuvent promouvoir les lignes directrices d'une grande politique pour l'&#233;cole, elles peuvent agir pour sensibiliser la population autour de leur programme, elles peuvent engager le d&#233;bat avec les agents de l'institution scolaire au plan national, dans les villes et les quartiers. Ce ne sont pas elles, cependant, qui peuvent mettre cette politique en &#339;uvre dans les &#233;tablissements et dans les salles de classes. Et l'on ne peut, de l'ext&#233;rieur, sans retour d'exp&#233;rience, &#233;dicter ce que doivent &#234;tre les bonnes mani&#232;res de conduire les apprentissages. Rien donc ne se fera sans la participation active des protagonistes de l'&#233;cole, au premier chef des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-ci partagent avec l'ensemble des actifs le go&#251;t du travail bien fait. Et bien faire son travail, pour un enseignant, c'est de permettre &#224; tous ses &#233;l&#232;ves de surmonter les difficult&#233;s des apprentissages. En ce sens, on peut consid&#233;rer, s'agissant d'entreprendre une r&#233;duction massive des in&#233;galit&#233;s et donc de l'&#233;chec scolaires, que la qu&#234;te du bonheur professionnel peut constituer un puissant levier pour inciter les enseignants &#224; s'engager dans la r&#233;forme, f&#251;t-ce au prix d'une remise en cause des fa&#231;ons &#233;tablies de conduire les apprentissages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, concernant ces politiques, Ken Jones (dir.), &lt;i&gt;L'&#201;cole en Europe&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2011 ; et Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Cl&#233;ment, Guy Dreux, &lt;i&gt;La Nouvelle &#233;cole capitaliste&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Le Dipl&#244;me, arme des faibles&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Jos&#233; Tovar, &lt;i&gt;Gen&#232;se du projet du PS pour l'&#233;ducation. De l'Appel de la Ligue de l'Enseignement en 2000 (&#171; L'&#233;cole que nous voulons &#187;) &#224; l'Appel de Bobigny en 2010&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.democratisation-scolaire.fr&lt;/a&gt;, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un expos&#233; d'ensemble de nos r&#233;flexions, voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ce qui est des enfants de cadres, voir Ga&#235;le Henri Panabi&#232;re, &lt;i&gt;Des &#171; h&#233;ritiers &#187; en &#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons &#224; cet &#233;gard qu'aujourd'hui au contraire l'&#233;cole accompagne les &#233;carts sociaux, voire contribue &#224; les creuser : ainsi &#224; la fin du CM2, l'&#233;cart moyen des acquisitions cognitives rapport&#233;es au milieu social des &#233;l&#232;ves a doubl&#233; par rapport &#224; ce qu'il &#233;tait au moment de l'arriv&#233;e au CP&#8230; (voir Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire : construction et &#233;volution &#187;, &lt;i&gt;France, portrait social&lt;/i&gt;, INSEE, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Certes l'&#233;cole de la Troisi&#232;me R&#233;publique n'ignorait ni l'&#233;valuation, ni les notes, les examens et les concours, et l'&#233;cole unique a pu para&#238;tre en prolonger &#224; cet &#233;gard la tradition. Mais la s&#233;lection interne &#224; l'institution scolaire avait un tout autre statut : elle ne concernait qu'une partie des &#233;l&#232;ves et se faisait par la r&#233;ussite (s'agissant par exemple des &#233;l&#232;ves du primaire encourag&#233;s &#224; passer dans le primaire sup&#233;rieur) bien plus que par l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet aspect tout &#224; fait crucial de l'&#233;cole commune n'est pas abord&#233; ici. On se reportera aux textes concern&#233;s de cette m&#234;me rubrique du site, et bien s&#251;r &#224; l'ouvrage cit&#233; du GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#201;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, op. cit&#233;, chapitre 2 &#171; R&#233;examiner les enseignements &#233;l&#233;mentaires &#187; ; et &#171; Assurer &#224; tous une entr&#233;e r&#233;ussie dans la culture &#233;crite ? &#187; sur ce site&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour le lyc&#233;e unique</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article117</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article117</guid>
		<dc:date>2011-05-18T12:43:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jos&#233; Tovar</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans le texte intitul&#233; &#171; Un lyc&#233;e unique ? Le GRDS lance la discussion &#187;, la question est pos&#233;e : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si l'on admet que, dans l'&#233;cole commune que nous pr&#233;conisons, le parcours commun commence &#224; trois ans, ( &#8230; ) &#224; quel niveau s'agit-il d'en fixer le terme ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un livre paru r&#233;cemment (Faites chauffer l'&#233;cole, Principes pour une r&#233;volution scolaire, par Bernard Calabuig et Jos&#233; Tovar, ed. Syllepse), Jos&#233; Tovar, membre du GRDS, affirme un choix qui soul&#232;ve de nombreuses questions : c'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Propositions du GRDS&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L90xH90/arton117-3bde5.jpg?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le texte intitul&#233; &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article94' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Un lyc&#233;e unique ? Le GRDS lance la discussion &#187;&lt;/a&gt;, la question est pos&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si l'on admet que, dans l'&#233;cole commune que nous pr&#233;conisons, le parcours commun commence &#224; trois ans, ( &#8230; ) &#224; quel niveau s'agit-il d'en fixer le terme ?&lt;br class='autobr' /&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre paru r&#233;cemment (&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article100' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Faites chauffer l'&#233;cole, Principes pour une r&#233;volution scolaire&lt;/a&gt;, par Bernard Calabuig et &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?auteur4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Jos&#233; Tovar&lt;/a&gt;, ed. Syllepse), Jos&#233; Tovar, membre du GRDS, affirme un choix qui soul&#232;ve de nombreuses questions : c'est celui d'un tronc commun allant jusqu'&#224; la classe de premi&#232;re, sanctionn&#233; par un baccalaur&#233;at de culture g&#233;n&#233;rale, et ouvrant en terminale sur quelques grandes options pr&#233;figurant des orientations disciplinaires et professionnelles ult&#233;rieures. Nous soumettons au d&#233;bat, avec son accord, deux extraits de son livre o&#249; ce choix est expos&#233;, la question de la formation professionnelle initiale &#233;tant abord&#233;e par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Inventer l'&#233;cole commune&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le concept de &#171; haut niveau de culture commune &#187; comme finalit&#233; principale d'un syst&#232;me &#233;ducatif r&#233;ellement d&#233;mocratique est, &#224; juste titre souvent utilis&#233; dans le vocabulaire revendicatif des organisations progressistes. Nous reviendrons plus avant sur ce concept, qui devra &#234;tre pr&#233;cis&#233;, mais il implique, en tout &#233;tat de cause, qu'on en finisse avec le syst&#232;me fallacieux de &#171; l'&#233;cole unique &#187; pour construire enfin l'&#233;cole commune assurant r&#233;ellement, du fait de son organisation l'acc&#232;s de tous les jeunes &#224; cette culture. C'est pourquoi nous proposons de construire un parcours scolaire commun &#224; tous les &#233;l&#232;ves d&#232;s l'entr&#233;e &#224; l'&#233;cole enfantine jusqu'&#224; 18 ans et assurant la r&#233;ussite scolaire de chacun. Il s'agit d'organiser la scolarit&#233; de tous les jeunes autour d'un tronc commun de disciplines de culture g&#233;n&#233;rale auquel pourraient s'ajouter diverses activit&#233;s sportives, artistiques et culturelles. L'objectif de cette scolarit&#233; commune serait l'obtention d'un baccalaur&#233;at de culture g&#233;n&#233;rale &#224; l'issue de la classe de premi&#232;re, mariant la transmission des savoirs fond&#233;s sur les acquis scientifiques historiques, fruits de la rigueur intellectuelle et de la raison n&#233;s au sein des grandes civilisations humaines avec ceux issus du monde du travail et des pratiques professionnelles, les savoirs relevant de la ma&#238;trise du corps (EPS) et ceux de la sensibilit&#233; (&#233;ducation artistique et culturelle), assurant ensemble l'ouverture aux approches diff&#233;rentes de l'autre et du monde et associant en permanence d&#233;marches th&#233;oriques et pratiques dans l'organisation des apprentissages. Bien entendu, il faudra, lors de la d&#233;finition de ce cursus, red&#233;finir la place, le contenu et la progressivit&#233; de chaque discipline : dans cette perspective nouvelle de polyvalence et de pluridisciplinarit&#233;, la hi&#233;rarchie entre disciplines comme les ruptures inh&#233;rentes au syst&#232;me actuel sont appel&#233;es &#224; s'effacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La priorit&#233; ainsi accord&#233;e &#224; la culture commune pose du coup de fa&#231;on nouvelle la question de la formation professionnelle initiale qui ne peut venir qu'en prolongement, dans la continuit&#233; de la formation g&#233;n&#233;rale. Dans ce sch&#233;ma, la formation &#224; un m&#233;tier, quel qu'il soit, n'interviendrait qu'apr&#232;s l'obtention du baccalaur&#233;at d'&#233;tudes g&#233;n&#233;rales, selon des modalit&#233;s prenant en compte la sp&#233;cificit&#233; de chacun des m&#233;tiers et d&#233;bouchant dans tous les cas sur un dipl&#244;me qualifiant. Nous proposons donc que la classe de terminale des lyc&#233;es fasse l'objet d'enseignements plus largement optionnels, d&#233;bouchant sur l'obtention d'un baccalaur&#233;at de sp&#233;cialit&#233;, premier palier d'orientation pr&#233;-professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;roulement de scolarit&#233; que nous proposons pour tous les &#233;l&#232;ves s'organiserait donc sur le sch&#233;ma suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. de deux ou trois ans &#224; dix-sept ans (de l'&#233;cole enfantine au lyc&#233;e) : &#233;cole commune constitu&#233;e de classes h&#233;t&#233;rog&#232;nes b&#233;n&#233;ficiant de p&#233;dagogies adapt&#233;es &#224; ce nouveau mode d'organisation et d&#233;bouchant sur l'obtention d'un baccalaur&#233;at de culture g&#233;n&#233;rale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. entre dix-sept et dix-huit ans, une ann&#233;e &#224; fonction prop&#233;deutique d&#233;bouchant sur un baccalaur&#233;at de sp&#233;cialit&#233;, et sur une diversification des parcours, notamment entre formation professionnelle et &#233;tudes longues dans le cadre de l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers un baccalaur&#233;at de culture g&#233;n&#233;rale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'architecture globale actuelle du syst&#232;me ne serait pas boulevers&#233;e par cette organisation nouvelle des scolarit&#233;s, m&#234;me si les contenus des programmes et les formes d'organisation des &#233;tudes seraient bien s&#251;r compl&#232;tement &#224; reconsid&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;partition des &#233;l&#232;ves entre &#233;tudes g&#233;n&#233;rales, technologiques ou professionnelles serait report&#233;e au niveau de la classe de terminale du lyc&#233;e pour permettre l'acc&#232;s &#224; une formation professionnelle imm&#233;diate &#224; ceux qui le souhaitent et la poursuite d'&#233;tudes plus ou moins longues pour les autres. Cette classe serait donc con&#231;ue comme une v&#233;ritable prop&#233;deutique organis&#233;es autour d'un tronc commun de mati&#232;res g&#233;n&#233;rales auquel s'ajouteraient des options de sp&#233;cialit&#233; permettant une claire distinction entre les trois voies choisies. On recherchera en tout &#233;tat de cause dans l'organisation globale un &#233;quilibre permettant d'&#233;ventuelles r&#233;orientations en cours et/ou en fin de parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'&#233;viter toute rechute dans un syst&#232;me d'orientation conditionn&#233; par les diff&#233;rences d'acquis cognitifs attest&#233;s &#224; ce stade de la scolarit&#233;, le choix &#233;ventuel fait par l'&#233;l&#232;ve d'un projet individuel de vie professionnelle sera le fruit d'un long processus de sensibilisation, d'information et de r&#233;flexion entam&#233; tr&#232;s en amont, d&#232;s le coll&#232;ge, avec l'aide de personnels sp&#233;cialis&#233;s relevant d'un service scolaire de psychologie pour l'&#233;ducation et l'orientation, sans que l'on puisse pr&#233;juger du moment o&#249; l'&#233;l&#232;ve fera les choix d&#233;cisifs, chaque individu &#233;tant, l&#224; aussi, singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut, bien entendu, pr&#233;voir les situations exceptionnelles o&#249; le parcours th&#233;orique viendrait &#224; &#234;tre entrav&#233; par des &#171; accidents de vie &#187; (scolaire ou autre) mettant en cause la progression normale de la formation. Les membres de l'&#233;quipe p&#233;dagogique concern&#233;e, &#233;ventuellement aid&#233;e par des sp&#233;cialistes ext&#233;rieurs, seront charg&#233;s dans ces situations de mettre en place des dispositifs temporaires, individuels ou collectifs, adapt&#233;s &#224; chaque cas et ne marginalisant pas l'&#233;l&#232;ve, seuls les &#233;l&#232;ves affect&#233;s de handicaps s&#233;v&#232;res &#233;tant susceptibles d'&#234;tre pris en charge dans des &#233;coles sp&#233;cialis&#233;es. La cr&#233;ativit&#233; professionnelle des enseignants sera ici fortement sollicit&#233;e et encourag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) La mise en place du tronc commun scolaire dans les conditions &#233;nonc&#233;es ci dessus ne suffira probablement pas &#224; r&#233;duire toutes les in&#233;galit&#233;s h&#233;rit&#233;es de la diversit&#233; des origines sociales, g&#233;ographiques ou culturelles des &#233;l&#232;ves. Nous savons par ailleurs que la culture des milieux sociaux d&#233;favoris&#233;s privil&#233;gie le &#171; concret &#187; plut&#244;t que l'abstraction, la manipulation d'objets mat&#233;riels plut&#244;t que la r&#233;flexion th&#233;orique et qu'elle donne plus spontan&#233;ment du sens aux savoirs lorsque leur int&#233;r&#234;t pratique appara&#238;t clairement. Il semble donc &#233;galement important de concevoir un syst&#232;me scolaire permettant de compenser &#8211;&#8194;autant que faire se peut &#8211; ces in&#233;galit&#233;s&#8194;dans l'acc&#232;s aux savoirs organis&#233;s par la culture scolaire par le d&#233;veloppement, au plan local, dans et hors les &#233;tablissements d'enseignement, d'activit&#233;s fond&#233;es sur leurs usages sociaux (&#8230;). Cette proposition n'est d'ailleurs pas originale : il suffirait bien souvent de redonner vie, par exemple &#224; des clubs, des ateliers de pratiques scientifiques, artistiques, de cin&#233;ma, etc. qui existaient il n'y a pas si longtemps ( et qui existent encore parfois !), anim&#233;s par des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il s'agirait, dans notre esprit, d'en red&#233;finir les finalit&#233;s : autrefois con&#231;us essentiellement comme activit&#233;s de &#034;loisirs &#233;ducatifs&#034; , il faudrait les concevoir comme de v&#233;ritables activit&#233;s d'enseignement, compl&#233;mentaires dans leur forme comme dans leurs contenus aux enseignements d&#233;velopp&#233;s en classe, en quelque sorte comme des &#034;travaux pratiques ludiques&#034; syst&#233;matis&#233;s. Anim&#233;s par des enseignants ou des intervenants ext&#233;rieurs sp&#233;cialis&#233;s, mais toujours entretenant un rapport &#233;troit avec l'&#233;quipe &#233;ducative des &#233;l&#232;ves concern&#233;s, l'essentiel &#233;tant qu'ils soient r&#233;ellement con&#231;us de mani&#232;re &#224; apporter un compl&#233;ment utile aux apprentissages sp&#233;cifiquement disciplinaires. Pr&#233;cisons que la conception des activit&#233;s culturelles que nous d&#233;veloppons ici n'a que peu &#224; voir avec la conception d&#233;velopp&#233;e depuis quelques d&#233;cennies dans notre syst&#232;me &#233;ducatif sur les pratiques d'&#233;ducation artistique et culturelle offertes &#224; certains &#233;l&#232;ves, soit sous forme d'option au baccalaur&#233;at, soit sous forme de classes &#224; projet, voire de rencontres plus ou moins permanentes avec des artistes &#171; en r&#233;sidence &#187; ou en partenariat dans certains &#233;tablissements scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; en effet d'une conception de l'&#233;ducation artistique et culturelle discriminante sans que cela ne modifie d'aucune mani&#232;re l'absence totale d'ambition en direction du plus grand nombre. C'est la raison pour laquelle nous pr&#233;f&#233;rerons utiliser la terminologie d'&#171; activit&#233;s prenant en compte les usages sociaux et culturels des disciplines scolaires &#187;. Il ne s'agit pas pour autant de traiter par le m&#233;pris ce qui se fait, encore moins les enseignants qui s'investissent souvent de fa&#231;on remarquable dans ces activit&#233;s d'&#233;ducation artistique qui restent malheureusement marginales. Tout simplement, c'est d'autre chose dont il est question ici. L'id&#233;e directrice est en effet que les apprentissages scolaires puissent s'appuyer sur des pratiques culturelles partag&#233;es, sources de plaisir imm&#233;diat, donnant un sens suppl&#233;mentaire aux contenus d'enseignement et contribuant ainsi &#224; r&#233;duire les &#233;carts scolaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les voies de la d&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le besoin d'une &#233;l&#233;vation tr&#232;s significative de la formation et de la qualification des jeunes g&#233;n&#233;rations s'est fait ressentir, dans les diff&#233;rents pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, d&#232;s les ann&#233;es 1950. La r&#233;ponse qui lui a &#233;t&#233; apport&#233;e en France appara&#238;t, avec le recul, particuli&#232;rement paradoxale. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Troisi&#232;me R&#233;publique scolarisait s&#233;par&#233;ment les enfants du peuple (vou&#233;s &#224; l'enseignement primaire) et ceux de l'&#233;lite (accueillis dans les lyc&#233;es). L'&#171; &#233;cole unique &#187; mise en place entre 1959 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L122xH28/arton3-7ddf2.jpg?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='122' height='28' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff3.jpg?1790685250&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le besoin d'une &#233;l&#233;vation tr&#232;s significative de la formation et de la qualification des jeunes g&#233;n&#233;rations s'est fait ressentir, dans les diff&#233;rents pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, d&#232;s les ann&#233;es 1950. La r&#233;ponse qui lui a &#233;t&#233; apport&#233;e en France appara&#238;t, avec le recul, particuli&#232;rement paradoxale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Troisi&#232;me R&#233;publique scolarisait s&#233;par&#233;ment les enfants du peuple (vou&#233;s &#224; l'enseignement primaire) et ceux de l'&#233;lite (accueillis dans les lyc&#233;es). L'&#171; &#233;cole unique &#187; mise en place entre 1959 (avec le d&#233;cret Berthoin qui porte la scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans et permettra la g&#233;n&#233;ralisation de l'entr&#233;e au coll&#232;ge) et 1975 (r&#233;forme Haby instaurant le coll&#232;ge unique) se proclame ouverte &#224; tous, et r&#233;cuse ostensiblement toute d&#233;termination des parcours scolaires par l'argent ou la position sociale. Ce discours sera rapidement et massivement entendu : entre 1963 et 1972, avant m&#234;me donc l'&#233;mergence du ch&#244;mage de masse, la proportion de parents ouvriers souhaitant que leurs enfants obtiennent au moins un bac passe de 15% &#224; 62%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'un autre c&#244;t&#233;, les m&#233;canismes de r&#233;gulation des flux scolaires propres &#224; l'&#233;cole unique, conjuguant l'&#233;valuation continue des &#233;l&#232;ves, leur classement et leur orientation dans un dispositif de sections et de fili&#232;res hi&#233;rarchis&#233;es, vont se r&#233;v&#233;ler redoutablement efficaces. Les nouveaux publics du secondaire seront en effet assez syst&#233;matiquement orient&#233;s vers les nouvelles fili&#232;res (moins valoris&#233;es) de l'enseignement professionnel et technologique. Au point qu'apr&#232;s quatre d&#233;cennies, et alors m&#234;me que l'&#233;cole unique a permis une explosion des scolarit&#233;s unique dans l'histoire, l'in&#233;galit&#233; sociale des chances scolaires n'a pas boug&#233; d'un pouce. Ainsi dans les ann&#233;es 1960 les chances d'obtention d'un bac g&#233;n&#233;ral &#233;taient de 56 % pour un enfant de cadre et 11% pour un enfant d'ouvrier (45 points de diff&#233;rence) ; ces chances sont aujourd'hui respectivement de 72 et 22% (50 points de diff&#233;rence).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a l&#224; les ingr&#233;dients qui font de la question scolaire depuis quatre d&#233;cennies une question &#171; chaude &#187;, et qui le reste, le poids du dipl&#244;me sur le march&#233; du travail et la hantise du ch&#244;mage ne faisant rien pour att&#233;nuer son acuit&#233;. Malgr&#233; l'&#233;chec des politiques successives de lutte contre l'&#233;chec scolaire, et la r&#233;ticence persistante d'une majorit&#233; d'enseignants face au principe du coll&#232;ge unique, la revendication populaire d'une meilleure efficacit&#233; de la transmission scolaire reste tr&#232;s forte et emp&#234;che tout abandon du dossier de la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une perspective r&#233;aliste ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas cependant quelque peu illusoire, comme on l'entend parfois soutenir &#224; gauche , de pr&#233;tendre changer l'&#233;cole sans changer la soci&#233;t&#233; ? Outre le caract&#232;re r&#233;versible de cette proposition (comment changer la soci&#233;t&#233; sans changer l'&#233;cole ?), il y a toutefois bien des raisons de ne pas r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s scolaires &#224; une traduction m&#233;canique des in&#233;galit&#233;s sociales et culturelles. L'enqu&#234;te PISA de l'OCDE men&#233;e dans 43 pays diff&#233;rents met en &#233;vidence une efficacit&#233; variable de l'&#233;cole : les parcours scolaires peuvent accentuer les in&#233;galit&#233;s sociales ou, &#224; l'inverse, les traduire de fa&#231;on plut&#244;t att&#233;nu&#233;e (compar&#233;e aux pays scandinaves, la France dispose &#224; cet &#233;gard d'une marge de progression tr&#232;s confortable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen des processus en jeu conforte, quant &#224; lui, le principe d'une relative ind&#233;pendance entre action scolaire et structures sociales. Les recherches sociologiques et sociolinguistiques accumul&#233;es depuis les ann&#233;es 1960 ont confirm&#233; la variation selon l'origine sociale des ressources langagi&#232;res et culturelles des diff&#233;rents publics scolaires. Mais si ces travaux prouvent l'avantage relatif dont disposent les enfants de parents longuement scolaris&#233;s, ils ne disent rien quant aux capacit&#233;s des autres. Que ces derniers soient moins avantag&#233;s n'implique en rien qu'ils n'ont pas les ressources n&#233;cessaires &#224; une entr&#233;e satisfaisante dans la culture &#233;crite, m&#234;me si elle est moins facile ou moins brillante. Et de fait, l'examen des performances intellectuelles dans les cultures orales, ou de celles des enfants d'avant l'entr&#233;e au CP, montre que l'entr&#233;e dans le langage assure par elle-m&#234;me, quelle que soit les modalit&#233;s culturelles de son usage, la formation des capacit&#233;s &#224; l'abstraction et au raisonnement logique qui suffisent &#224; une scolarisation normalement r&#233;ussie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fameuse th&#233;orie du &#171; handicap socioculturel &#187; ne saurait rendre compte, autrement dit, de l'&#233;chec massif aujourd'hui des jeunes d'origine populaire. L'action scolaire peut b&#233;n&#233;ficier m&#234;me &#224; ceux qui ne disposent au d&#233;part que du parler populaire des cit&#233;s. Et l'on ne saurait davantage imputer leurs difficult&#233;s d'apprentissage &#224; une absence de &#171; motivation &#187; : toutes les enqu&#234;tes montrent que le d&#233;samour du travail intellectuel et des savoirs de l'&#233;cole n'est pas la source, mais la cons&#233;quence de difficult&#233;s scolaires pr&#233;coces v&#233;cues comme insurmontables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratiser l'&#233;cole para&#238;t donc un objectif tout &#224; fait r&#233;aliste. Et m&#234;me urgent, &#224; mesurer les d&#233;g&#226;ts sociaux provoqu&#233;s par l'&#233;chec de masse. Mais comment s'y prendre ? La question appelle quelques observations pr&#233;alables.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un objectif tr&#232;s ambitieux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la posture normative qui domine aujourd'hui les d&#233;bats (telle p&#233;dagogie est la plus conforme aux besoins des enfants, au fonctionnement de l'esprit humain, etc.), il importe sans doute d'adopter une approche critique, qui s'efforce par l'examen attentif des pratiques d'identifier les obstacles &#224; la d&#233;mocratisation ; et qui n'h&#233;site &#224; prendre acte des limites des fa&#231;ons actuelles de proc&#233;der, fussent-elles parfaitement s&#233;duisantes sur le papier, et &#224; en tirer les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la mise en place de l'&#233;cole unique et la modernisation p&#233;dagogique qui l'a accompagn&#233;e, une th&#233;orie de r&#233;formes partielles, une accumulation de mesures de rem&#233;diation et de discrimination positive ont cherch&#233; &#224; r&#233;duire l'&#233;chec scolaire. Elles n'ont pas eu d'effets sensibles sur le rendement p&#233;dagogique du syst&#232;me. Une telle exp&#233;rience, r&#233;it&#233;r&#233;e pendant pr&#232;s de quatre d&#233;cennies, invite &#224; beaucoup d'audace et de radicalit&#233; intellectuelles : la d&#233;mocratisation scolaire est au prix, d'&#233;vidence, d'un retour sur les principes m&#234;me qui organisent aujourd'hui les fonctionnements de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication syndicale d'une am&#233;lioration massive du financement public de l'&#233;cole, pos&#233;e comme condition de sa d&#233;mocratisation, appara&#238;t totalement l&#233;gitime : pour remplir leur mission de fa&#231;on efficace, les enseignants (et les &#233;l&#232;ves) ont besoin de bonnes conditions de travail. Mais la question subsiste de ce que l'on fait des moyens dont on dispose. Ainsi du taux d'encadrement : le meilleur imaginable, celui qu'assurent les cours particuliers, est loin de toujours donner des r&#233;sultats spectaculaires. Les 3000 postes arrach&#233;s par la lutte de masse au ministre All&#232;gre en 1998 en Seine-Saint-Denis n'ont pas r&#233;duit l'&#233;chec scolaire dans le d&#233;partement. Et le d&#233;doublement des effectifs en classe de CP, exp&#233;riment&#233; sur une centaine de sites par le ministre Lang, n'a produit aucun r&#233;sultat significatif. En mati&#232;re de d&#233;mocratisation, on ne peut contourner la question de la transformation des pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouloir une &#233;cole d&#233;mocratique appara&#238;t ainsi comme un objectif &#224; la fois r&#233;aliste et tr&#232;s difficile &#224; r&#233;aliser. Socialement, le maintien des choses en l'&#233;tat peut faire l'objet d'un consensus tacite entre les classes dominantes et les classes moyennes, qui tirent plus ou moins leur &#233;pingle du jeu. M&#234;me si elles repr&#233;sentent pr&#232;s des deux tiers de la population active, les classes populaires qui auraient, elles, int&#233;r&#234;t &#224; changer les r&#232;gles du jeu, se sentent beaucoup moins autoris&#233;es &#224; intervenir. Il est frappant, &#224; cet &#233;gard, de constater que les syndicats de salari&#233;s (et les partis de gauche) ont largement d&#233;l&#233;gu&#233; aux organisations enseignantes le soin de d&#233;finir ce qu'il convient de revendiquer en ce domaine. Politiquement, les choses ne sont pas plus simples. L'&#233;cole unique a &#233;t&#233; v&#233;cue comme une fa&#231;on m&#234;me imparfaite de r&#233;aliser le plan Langevin-Wallon de 1946 ; la r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1960/70 a &#233;t&#233; appr&#233;ci&#233;e et soutenue dans son principe par les syndicats enseignants et les organisations progressistes. Sugg&#233;rer aujourd'hui aux partisans de la d&#233;mocratisation scolaire que celle-ci passe par un r&#233;examen critique de ce dans quoi ils ont investi si fortement ne manque jamais de provoquer chez eux de vives crispations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'&#233;cole unique &#224; l'&#233;cole commune&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole unique implique la prise en charge de la s&#233;lection sociale par l'institution scolaire. Ce n'est pas une &#233;cole &#233;galitaire mais une &#233;cole de l'&#233;galit&#233; des chances. Et pour donner &#224; chacun sa chance, elle organise la mise en comp&#233;tition permanente des &#233;l&#232;ves, au moyen de proc&#233;dures d'&#233;valuation &#224; l'&#339;uvre d&#233;sormais d&#232;s la petite section de maternelle. L'&#233;cole unique, c'est la s&#233;lection : ce principe qui d&#232;s l'origine a structur&#233; sa conception (ce n'est pas parce qu'on ouvre le coll&#232;ge, notait Berthoin dans les attendus du d&#233;cret de 1959, qu'on va accepter au lyc&#233;e des milliers de jeunes qui n'ont rien &#224; y faire), a deux cons&#233;quences anti-d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une institution qui doit r&#233;partir des flux dans un dispositif de fili&#232;res in&#233;galement valoris&#233;es accueille des individus disposant de ressources in&#233;gales et les met en concurrence, il est in&#233;vitable que les moins dot&#233;s soient assign&#233;s au p&#244;le des perdants, et vice-versa. La concurrence transmue la diff&#233;rence des ressources en &#233;chec des uns et r&#233;ussite des autres, elle transforme en &#233;chec de masse des diff&#233;rences langagi&#232;res et culturelles qui n'ont par elles-m&#234;mes rien de r&#233;dhibitoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans un contexte concurrentiel il est tout aussi in&#233;vitable, d'autre part, que les ressources de l'institution soient elles-m&#234;mes distribu&#233;es in&#233;galement, et affect&#233;es au prorata de la puissance sociale des b&#233;n&#233;ficiaires. C'est ce qu'atteste une grande vari&#233;t&#233; d'enqu&#234;tes : la r&#232;gle la plus g&#233;n&#233;rale de l'institution scolaire est de donner moins &#224; ceux qui ont moins. Cette r&#232;gle s'applique &#224; la distribution des savoirs essentiels (les difficult&#233;s d'apprentissage dans les mati&#232;res fondamentales de la culture &#233;crite orientent vers des sections et des fili&#232;res o&#249; leur apprentissage est all&#233;g&#233;, alors qu'un souci d&#233;mocratique conduirait &#224; un renforcement de l'enseignement). Elle s'applique &#224; la r&#233;partition des moyens financiers (dont les &#233;tablissements les plus populaires sont les moins dot&#233;s) ; &#224; celle des moyens humains (les classes les plus difficiles sont assur&#233;es par les enseignants les moins exp&#233;riment&#233;s) ; &#224; la gestion des parcours des &#233;l&#232;ves (&#224; valeur scolaire &#233;gale, l'affectation au redoublement, &#224; l'enseignement sp&#233;cialis&#233;, aux classes de faible niveau, aux fili&#232;res d&#233;valoris&#233;s s'effectuent toujours au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves d'origine populaire) ; &#224; la distribution des ressources p&#233;dagogiques (face aux &#233;l&#232;ves d'origine populaire et aux classes difficiles, les enseignants ont majoritairement tendance &#224; limiter leurs ambitions intellectuelles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit admettre, d&#232;s lors, que la suppression radicale de la concurrence entre les &#233;l&#232;ves est la premi&#232;re condition, sine qua non, de toute entreprise de d&#233;mocratisation scolaire. Sa r&#233;alisation implique la mise en place d'un v&#233;ritable tronc commun jusqu'&#224; la fin de la scolarit&#233; obligatoire (et porter celle-ci &#224; 18 ans prendrait acte de la situation actuelle). Elle implique aussi la suppression de toutes les rem&#233;diations p&#233;nalisantes (redoublement, enseignement sp&#233;cialis&#233;, classes de niveau, fili&#232;res) au profit de soutiens ponctuels dans telle ou telle mati&#232;re. Les enseignants d&#233;barrass&#233;s des t&#226;ches de s&#233;lection seraient ainsi rendus &#224; leur v&#233;ritable mission de transmission des connaissances, et les jeunes pourraient apprendre autrement que sous pression permanente. Ce passage &#224; une v&#233;ritable &#233;cole commune impliquerait d'&#233;vidence une rupture avec les mod&#232;les culturels que nous avons profond&#233;ment int&#233;gr&#233;s depuis deux ou trois g&#233;n&#233;rations. Mais, apr&#232;s tout, les syst&#232;mes scolaires relativement performants de Norv&#232;ge ou de Finlande ont bien r&#233;ussi &#224; mettre en place un tronc commun de ce type, sans redoublements ni fili&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du c&#244;t&#233; des contenus et des pratiques d'enseignement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'instauration d'une &#233;cole commune en France passe d'&#233;vidence par un remaniement d'ensemble des contenus et des pratiques d'enseignement. Dans une telle perspective, un recours historiquement in&#233;dit &#224; l'action d&#233;mocratique s'imposerait &#224; deux &#233;gards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'elle concerne tout un chacun, la d&#233;finition des contenus de l'enseignement commun, de la culture commune autrement dit qu'il convient de transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations, m&#233;riterait le plus large d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune n'est pas concevable, par ailleurs, sans une forte am&#233;lioration de l'efficacit&#233; d&#233;mocratique des pratiques enseignantes. C'est l&#224; une seconde grande condition de la d&#233;mocratisation scolaire, qui ne saurait &#234;tre r&#233;alis&#233;e sans que les enseignants se r&#233;approprient, dans leur masse, la ma&#238;trise des gestes du m&#233;tier. Les dispositifs de scolarisation qui pilotent &#224; distance leur activit&#233; dans les classes, d&#233;finissant les p&#233;dagogies l&#233;gitimes, ont toujours &#233;t&#233; con&#231;us, depuis la loi Guizot de 1833, par des experts ext&#233;rieurs qui s'embarrassent peu de retours d'exp&#233;rience. Or l'am&#233;lioration du rendement de l'action p&#233;dagogique ne peut passer &#224; l'inverse que par une autogestion instruite et collectivement ma&#238;tris&#233;e de l'activit&#233; enseignante. Seuls en effet des enseignants bien form&#233;s et capables de dialoguer sur un pied d'&#233;galit&#233; avec les chercheurs, mus par l'int&#233;r&#234;t du m&#233;tier et donc par le d&#233;sir de la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves, sont en position d'exp&#233;rimenter, d'identifier et d'int&#233;grer en savoir faire professionnels les fa&#231;ons d'apprendre les plus performantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix de la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole, qui implique au bout du compte une refonte d'ensemble des structures scolaires comme des fa&#231;ons d'enseigner, peut para&#238;tre particuli&#232;rement &#233;lev&#233;. Les &#233;checs des derni&#232;res d&#233;cennies donnent peu de cr&#233;dibilit&#233;, en ce domaine aussi, aux voies courtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (Observatoire des in&#233;galit&#233;s, sept. 2008)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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