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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
Contact : gr-ds@orange.fr.
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	<language>fr</language>
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir</title>
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		<dc:date>2024-08-27T09:48:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Ouvrage de Jean-Pierre Terrail, La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir, publi&#233; par La Dispute, est paru le 23 ao&#251;t 2024 (12 &#8364;). Il peut &#234;tre command&#233; en librairie ou directement sur le site de l'&#233;diteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Extrait de l'introduction : &lt;br class='autobr' /&gt;
Insuffisance du financement budg&#233;taire, d&#233;missions de profs, difficult&#233;s de recrutement, violences adolescentes, fuite vers l'enseignement priv&#233;, la question scolaire revient en force dans l'actualit&#233;. Inqui&#233;tude et amertume. Transformer l'enseignement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L93xH150/arton354-7a795.jpg?1790693199' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrage de Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La Crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, publi&#233; par La Dispute, est paru le 23 ao&#251;t 2024 (12 &#8364;)&lt;/strong&gt;. Il peut &#234;tre command&#233; en librairie ou directement sur le site de l'&#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait de l'introduction :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Insuffisance du financement budg&#233;taire, d&#233;missions de profs, difficult&#233;s de recrutement, violences adolescentes, fuite vers l'enseignement priv&#233;, la question scolaire revient en force dans l'actualit&#233;. Inqui&#233;tude et amertume. Transformer l'enseignement professionnel, objectif proclam&#233; essentiel du second quinquennat Macron, en le rapprochant des pr&#233;occupations des entreprises au point de r&#233;organiser ses contenus autour d'une exp&#233;rience d'apprentissage ; mesurer l'utilit&#233; des programmes scolaires aux besoins connus du march&#233; du travail ; trier les &#233;l&#232;ves en &#171; groupes de niveau &#187;, et condamner les plus faibles au redoublement ; renforcer la discipline &#224; l'&#233;cole, tenter l'uniforme, taxer les familles d'&#233;l&#232;ves absent&#233;istes ; r&#233;organiser le lyc&#233;e en modules et le bac autour d'un grand oral ; donner &#224; toutes les formations sup&#233;rieures, avec Parcoursup, le droit de s&#233;lectionner leur public&#8230; De quoi apaiser la situation, satisfaire &#233;l&#232;ves, parents et enseignants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout peut-&#234;tre : de quoi stopper la r&#233;gression des performances des &#233;l&#232;ves ? Ne serait-ce pas l&#224; en effet le v&#233;ritable sujet qui devrait nous inqui&#233;ter ? &#192; chaque publication d'une enqu&#234;te sur la valeur scolaire de nos &#233;l&#232;ves, qu'il s'agisse d'une enqu&#234;te comparative type PISA signalant la m&#233;diocrit&#233; de notre classement international, ou de l'une des enqu&#234;tes p&#233;riodiques de la DEPP avertissant d'un nouvel affaiblissement des performances de nos enfants, les m&#233;dias s'&#233;meuvent, les experts s'expriment, les politiques s'engagent. Le temps passe, les probl&#232;mes restent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car probl&#232;me il y a, crise m&#234;me. Le temps n'est plus o&#249; les r&#233;criminations contre &#171; la baisse du niveau &#187; n'&#233;taient que r&#233;actions d'humeur de profs &#233;litistes contraints d'accueillir dans leur classe les publics nouveaux, &#224; moindres capitaux familiaux, que la massification scolaire avait pouss&#233;s jusque-l&#224;. Masqu&#233;e par l'&#233;largissement spectaculaire des rangs des dipl&#244;m&#233;s, la baisse du niveau est d&#233;sormais un fait paradoxal mais av&#233;r&#233;, une tendance tr&#232;s nette et continue, &#224; l'&#339;uvre depuis la fin des ann&#233;es 1980. S'accompagnant d'une sensible accentuation des in&#233;galit&#233;s sociales, elle n'&#233;pargne pas pour autant les rejetons des milieux cultiv&#233;s eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette &#233;volution, et aux menaces qu'elle fait peser sur l'avenir du pays, sur sa puissance &#233;conomique et son rayonnement culturel, les propositions r&#233;formatrices se bousculent. Comment y voir clair ? Celles qui sont sur la table et alimentent les programmes politiques et telles ou telles mesures minist&#233;rielles rel&#232;vent de deux cat&#233;gories. La premi&#232;re regroupe les pr&#233;conisations caract&#233;ris&#233;es par l'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard des in&#233;galit&#233;s scolaires, consid&#233;r&#233;es comme absolument naturelles, et dont on ne peut que s'accommoder au mieux. Ces pr&#233;conisations s'ordonnent elles-m&#234;mes sur deux axes, le conservatisme et le lib&#233;ralisme marchand, promus l'un et l'autre par la droite de l'&#233;chiquier politique. C'est une autre posture &#224; l'&#233;gard de l'injustice sociale et des in&#233;galit&#233;s scolaires qui sp&#233;cifie les propositions de la seconde cat&#233;gorie : on les d&#233;plore et on compatit, en pr&#244;nant des mesures susceptibles d'adoucir le sort des perdants. Cette d&#233;marche-ci a &#233;t&#233; plut&#244;t port&#233;e par les organisations de la gauche dite r&#233;formiste ou &#171; de gouvernement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas le relever ? Quel que soit leur horizon politique, ces pr&#233;conisations scolaires, celles qui tiennent le devant de la sc&#232;ne, partagent une m&#234;me conviction, le plus souvent implicite : les in&#233;galit&#233;s scolaires sont peut-&#234;tre modulables, mais parfaitement in&#233;luctables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette conviction commune, qui faisait il n'y a pas si longtemps encore l'objet d'un consensus unanime, est aujourd'hui probl&#233;matique. Les in&#233;galit&#233;s scolaires ne peuvent plus en effet, en l'&#233;tat actuel de nos connaissances, &#234;tre justifi&#233;es par l'inn&#233;it&#233; des intelligences ou la diversit&#233; des &#171; aptitudes &#187;. Quant au poids, incontestable, des h&#233;ritages socioculturels, encore faudrait-il s&#233;rieusement se demander si l'intervention scolaire est vraiment incapable de le contrebalancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu n'est pas mince. L'&#233;chec scolaire alimente la population dite des &#171; bas niveaux de qualification &#187; : celle qui subit de plein fouet les bas salaires et la pr&#233;carit&#233; de l'emploi, et dont les r&#233;sistances individuelles et collectives sont affaiblies par une formation &#233;court&#233;e. L'&#233;chec scolaire pose pour demain un probl&#232;me encore plus aigu : celui d'un &#233;cart grandissant, propice &#224; toutes les manipulations, entre les connaissances moyennes de la population et l'essor rapide comme jamais des sciences et des technologies qui envahissent notre vie quotidienne. Comment avoir prise sur ces derni&#232;res sans r&#233;duire cet &#233;cart ? Comment maintenir une vie d&#233;mocratique digne de ce nom, organiser les mutations collectives qu'exige le d&#233;r&#232;glement climatique, imposer un principe d'humanit&#233; face au chaos mondial des guerres et des migrations, sans une r&#233;volution culturelle dans laquelle l'&#233;cole est appel&#233;e &#224; jouer un r&#244;le essentiel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ralisation de l'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s, et donc la lutte contre les in&#233;galit&#233;s scolaires, font aujourd'hui partie des urgences sociales. Les forces politiques d&#233;mocratiques ont &#224; cet &#233;gard un r&#244;le &#224; jouer qui ne se r&#233;duit pas &#224; porter dans le champ d'action qui leur est propre les revendications syndicales enseignantes, parfaitement l&#233;gitimes au demeurant. Il est temps pour elles de passer de la d&#233;fensive &#224; l'offensive d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Table des mati&#232;res :&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_333 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/IMG/pdf/crise_de_l_e_cole-tm.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 37.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1791411057' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Commentaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jean-Pierre Terrail promeut pour sa part une &#233;cole de l'exigence pour tous, avec un tronc commun allant jusqu'&#224; dix-huit ans, dans le sillage du fameux plan Langevin-Wallon. Une mani&#232;re de redonner du sens au mot &#171; ambition &#187;, si souvent galvaud&#233; en mati&#232;re de politiques &#233;ducatives. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Igor Martinache&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Alternatives &#233;conomiques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Faire du budg&#233;taire la cl&#233; politique de la d&#233;mocratisation c'est prendre les choses &#224; l'envers. En effet, la seule &#233;cole d&#233;mocratique qui soit est celle qui a les m&#234;mes ambitions et exigences pour tous les &#233;l&#232;ves. C'est de l&#224; qu'il faut partir : le projet d'une &#233;cole commune jusqu'&#224; 18 ans, dont Jean-Pierre Terrail pr&#233;sente les missions dans son ouvrage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge Cosp&#233;rec&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque parution d'un livre de Jean-Pierre Terrail est un &#233;v&#232;nement qui m&#233;rite qu'on s'y attarde quelque peu (&#8230;) Chacun de ses livres est le support d'une pens&#233;e &#224; contre-courant des convictions dominantes dans ce segment de la production intellectuelle sur l'&#233;cole. Dit autrement, les lecteurs et lectrices habitu&#233;s &#224; trouver ci et l&#224; (dont ici, au &lt;i&gt;Caf&#233; p&#233;dagogique&lt;/i&gt;) les ingr&#233;dients traditionnels &#224; gauche d'une refonte de l'&#233;cole, resteront en partie sur leur faim. C'est le jeu, et c'est pour cela que les livres de Terrail sont toujours int&#233;ressants ; le dernier, intitul&#233; &lt;i&gt;La crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, ne faisant pas exception &#224; la r&#232;gle (&#8230;) Terrail d&#233;range et d&#233;mange comme &#224; chaque fois. On salue dans ce travail la croyance sinc&#232;re dans l'&#233;ducabilit&#233; de tous les enfants et le souci de placer, au coeur des pr&#233;occupations du GRDS, les enfants les plus vuln&#233;rables. De m&#234;me que le mod&#232;le d'&#233;cole commune, s'inspirant en partie du plan Langevin-Wallon de 1947, est tout &#224; fait convaincant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laurence de Cock&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Le Caf&#233; p&#233;dagogique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Que les gouvernements successifs proposent un syst&#232;me &#233;litiste, ou qu'ils soignent leur mauvaise conscience &#224; coups de p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e et d'innovation num&#233;rique, pour Jean-Pierre Terrail ce sont les deux facettes d'un m&#234;me fatalisme face &#224; l'&#233;chec scolaire. Le sociologue ne s'y r&#233;signe pas et propose de passer &#224; l'&#171; offensive d&#233;mocratique &#187;. En reprenant notamment une proposition et des analyses expos&#233;es dans des ouvrages pr&#233;c&#233;dents : une &#233;cole commune, sans tri social, sans notes, jusqu'&#224; l'&#226;ge de 18 ans.(...) L'ouvrage est salutaire par son ambition : tous les &#233;l&#232;ves peuvent apprendre par l'&#233;cole, ind&#233;pendamment de leur h&#233;ritage socioculturel, d'une part ; l'&#233;cole doit se refuser &#224; les trier pour le march&#233; du travail, d'autre part. Un id&#233;al &#224; ne pas oublier.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Clothilde Dozier,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quel devenir d&#233;mocratique pour l'enseignement professionnel ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article353</link>
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		<dc:date>2023-02-07T15:42:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves de la voie professionnelle repr&#233;sentent plus du quart des effectifs de l'enseignement secondaire. 20% d'entre eux pr&#233;parent un CAP et 80% un bac pro. Ceux qui d&#233;crochent un bac pro repr&#233;sentent 22% de l'ensemble des bacheliers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;formes de cette voie, r&#233;alis&#233;es au cours de l'&#232;re macroniste ou encore en projet, en mettent &#224; mal trois &#233;l&#233;ments constitutifs, essentiels aux yeux de beaucoup de ses acteurs et de leurs organisations syndicales : une association &#233;quilibr&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH110/arton353-c935a.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves de la voie professionnelle repr&#233;sentent plus du quart des effectifs de l'enseignement secondaire. 20% d'entre eux pr&#233;parent un CAP et 80% un bac pro. Ceux qui d&#233;crochent un bac pro repr&#233;sentent 22% de l'ensemble des bacheliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formes de cette voie, r&#233;alis&#233;es au cours de l'&#232;re macroniste ou encore en projet, en mettent &#224; mal trois &#233;l&#233;ments constitutifs, essentiels aux yeux de beaucoup de ses acteurs et de leurs organisations syndicales : une association &#233;quilibr&#233;e d'enseignements g&#233;n&#233;raux et professionnels, seule susceptible de garantir la formation du travailleur, mais aussi celle de l'homme et du citoyen ; une formation des comp&#233;tences techniques alliant th&#233;orie et pratique, dotant les &#233;l&#232;ves d'une ma&#238;trise consciente de leurs savoir-faire et assurant leur future adaptabilit&#233; professionnelle ; une d&#233;finition nationale des contenus de formation, permettant d'assurer aux b&#233;n&#233;ficiaires la reconnaissance de leur qualification dans les conventions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme Blanquer de 2018 r&#233;duit les enseignements g&#233;n&#233;raux de 4,5 heures par semaine. Elle instaure des heures de &#171; co-intervention &#187; entre enseignants de disciplines g&#233;n&#233;rales et enseignants de disciplines professionnelles qui ne peuvent avoir pour effet que d'infl&#233;chir les enseignements g&#233;n&#233;raux dans le sens d'un utilitarisme &#233;troit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jacques Dordoigne, R&#233;forme de la voie professionnelle : examen (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deux autres mesures t&#233;moignent de la volont&#233; minist&#233;rielle d'introduire, dans l'esprit m&#234;me qui inspirera la r&#233;forme ult&#233;rieure de la voie g&#233;n&#233;rale, la concurrence et les in&#233;galit&#233;s entre &#233;l&#232;ves et entre &#233;tablissements : l'exigence de r&#233;alisation d'un &#171; chef-d'&#339;uvre &#187; en fin de formation, et la cr&#233;ation de deux &#171; campus d'excellence &#187; par acad&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet annonc&#233; en 2022 confirme cette orientation et l'intention pr&#233;sidentielle proclam&#233;e de faire de la r&#233;forme de la voie professionnelle un objectif essentiel du second quinquennat. Il s'agirait notamment de rapprocher la carte nationale des formations de celle des besoins patronaux locaux ; de rompre avec le principe de la d&#233;finition nationale des contenus de formation pour adapter ces derniers aux m&#234;mes besoins patronaux locaux ; d'augmenter de 50% le temps consacr&#233; aux stages en entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le flux et le reflux de l'emprise publique sur la formation professionnelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La perspective r&#233;formatrice de Macron prend tout son sens si on la replace dans l'histoire longue de la formation professionnelle initiale en France. Celle-ci est d'abord assur&#233;e dans des &#233;tablissements &#8211; &#201;coles pratiques du commerce et de l'industrie, &#201;coles nationales professionnelles, &#201;coles de la Ville de Paris &#8211; qui rel&#232;vent jusqu'aux ann&#233;es 1930 d'une Direction de l'Enseignement Technique (DET) rattach&#233;e en cette p&#233;riode non pas au minist&#232;re de l'Instruction publique, mais &#224; celui du Commerce et de l'Industrie. Les circonstances de leur cr&#233;ation, le poids dans leur financement et dans la d&#233;finition de leurs programmes du minist&#232;re, des collectivit&#233;s locales concern&#233;es et du patronat varient, mais le lobbying de ce dernier est toujours tr&#232;s pr&#233;sent, qu'il s'agisse du patronat local ou de branches d'industrie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Philippe Marchand, &#034;Les EPCI dans le Nord de la France, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mainmise de l'&#201;tat va croissante des ann&#233;es 1930 aux ann&#233;es 1970, du fait d'abord de l'action de responsables de la DET qui s'attacheront &#224; standardiser les contenus de formation et les dipl&#244;mes, et &#224; conjuguer les enseignements g&#233;n&#233;raux, th&#233;oriques et pratiques. Cr&#233;&#233;s en 1939 les centres d'apprentissage sont plac&#233;s par le gouvernement de Vichy sous la tutelle de la DET. La loi de 1949 les &#171; int&#232;gre dans le syst&#232;me &#233;ducatif de la nation &#187; et les charge de la pr&#233;paration du CAP qui forme les ouvriers et les employ&#233;s qualifi&#233;s. La constitution d'un corps d'inspecteurs compos&#233; de fonctionnaires de l'&#201;ducation nationale et non plus d'employeurs, ainsi que la mise en place des commissions consultatives nationales professionnelles (CNPC), en charge de la d&#233;termination des contenus de formation et associant les employeurs et les acteurs publics de la formation professionnelle, compl&#232;tent le dispositif et ach&#232;vent le processus de nationalisation et d'homog&#233;n&#233;isation amorc&#233; en 1920. Dispositif &#224; succ&#232;s : la pr&#233;paration du CAP contribuera tr&#232;s significativement &#224; l'essor de la scolarisation dans les ann&#233;es 1950&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment : les contributions de Guy Brucy et Fabienne Maillard &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec l'instauration de l'&#233;cole unique &#224; partir de 1959, nombre d'&#233;coles professionnelles relevant en propre de grandes entreprises industrielles c&#232;deront la place aux formations de l'&#201;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1970, avec l'essor du ch&#244;mage de masse, que s'amorce une p&#233;riode de reflux de l'emprise publique, l'enseignement professionnel court faisant l'objet de pressions croissantes du patronat visant &#224; subordonner les formations aux emplois disponibles gr&#226;ce &#224; un recours croissant aux stages en entreprise. La substitution dans cette p&#233;riode de jeunes dipl&#244;m&#233;s aux ma&#238;tres ouvriers exp&#233;riment&#233;s qui assuraient dans l'apr&#232;s-guerre la formation proprement technique des &#233;l&#232;ves a favoris&#233; ce recours aux stages...sans gu&#232;re de garantie d'une formation v&#233;ritablement qualifiante, la place et le r&#244;le attribu&#233;s aux stagiaires dans les entreprises &#233;tant tr&#232;s variables. La promotion du th&#232;me de &#171; l'entreprise formatrice &#187; ne suffisant pas &#224; l&#233;gitimer un recours qui forme souvent au mieux &#224; un type donn&#233; de poste de travail, insuffisant face &#224; la volatilit&#233; des besoins de recrutement sur le march&#233; du travail, l'institution scolaire mettra l'accent sur une p&#233;dagogie de la formation des comp&#233;tences, de r&#233;solution de probl&#232;mes, de &#171; l'apprendre &#224; apprendre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, sur la promotion des formations initiales en alternance et sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est tr&#232;s manifestement dans la lign&#233;e de ce reflux vers une mainmise patronale sur la voie professionnelle que s'inscrit la politique macroniste, reflux qu'elle accentue et acc&#233;l&#232;re. On sait que de 1995 &#224; 2020, la part de la taxe d'apprentissage consacr&#233;e aux lyc&#233;es professionnels a chut&#233; de 60% &#224; 13%. Non seulement la politique gouvernementale actuelle participe de cet effort pour favoriser la pr&#233;paration du CAP dans des Centres d'apprentissage soumis aux besoins imm&#233;diats du patronat plut&#244;t qu'en lyc&#233;e professionnel, mais elle tend &#224; r&#233;duire les LP eux-m&#234;mes &#224; des sortes de Centres d'apprentissage, en d&#233;truisant un &#224; un les acquis des d&#233;cennies d'apr&#232;s-guerre. Pour que les choses sans doute soient parfaitement claires, la ministre d&#233;l&#233;gu&#233;e &#224; la formation professionnelle rel&#232;ve depuis juillet dernier d'une double tutelle, celle de l'&#201;ducation nationale et celle du Travail. Avant un retour complet &#224; ce dernier minist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ouverture d'un d&#233;bat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant d&#232;s lors que s'affiche, du c&#244;t&#233; des enseignants de LP et de leurs organisations syndicales, une franche opposition &#224; une politique jug&#233;e profond&#233;ment r&#233;gressive, conduisant in&#233;vitablement &#224; un enseignement secondaire &#224; deux vitesses, creusant un foss&#233; entre deux jeunesses. L'abandon d'une voie professionnelle possiblement promotionnelle pour les jeunes des classes populaires qui l'empruntaient, au b&#233;n&#233;fice d'un asservissement &#233;troitement utilitariste aux besoins imm&#233;diats des entreprises, est largement comment&#233;e et condamn&#233;e. Les critiques s'en tiennent tr&#232;s souvent au refus de la destruction de l'existant dont on rappelle les vertus. L'assaut contre une fili&#232;re consid&#233;r&#233;e depuis des d&#233;cennies comme l'un des trois piliers de notre syst&#232;me &#233;ducatif est si rude, toutefois, qu'il entrouvre le champ de la prospective. D'autant que les deux autres piliers, les fili&#232;res de l'enseignement technologique et g&#233;n&#233;ral, ont elles-m&#234;mes &#233;t&#233; profond&#233;ment bouscul&#233;es au cours des derni&#232;res ann&#233;es. N'est-il pas temps, l&#224; o&#249; il risque de ne plus y avoir bient&#244;t que ruines et privatisations, d'engager &#224; nouveaux frais la r&#233;flexion sur le lyc&#233;e et son dispositif de fili&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accent sera mis en ce sens, &#224; tout le moins, sur l'exigence &#171; d'un mod&#232;le &#233;mancipateur et ambitieux de la formation professionnelle initiale &#187;, tel que le souhaite la responsable du syndicat FSU de l'enseignement professionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigrid G&#233;rardin, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale du SNUEP, dans l'Humanit&#233; du 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le syndicat CGT &#201;duc'action pour sa part est plus pr&#233;cis, pr&#244;nant une r&#233;vision de &#171; l'ensemble de l'architecture du lyc&#233;e &#187; et l'engagement d'un processus d&#233;bouchant &#224; terme sur &#171; la mise en place d'un lyc&#233;e unique et polytechnique &#187; dans lequel tous les &#233;l&#232;ves b&#233;n&#233;ficieront d'un enseignement professionnel et pratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CGT &#201;duc'action, 4 pages Lyc&#233;es, janvier 2018.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'hypoth&#232;se d'un rapprochement des fili&#232;res ou d'un lyc&#233;e unique dans lequel serait int&#233;gr&#233;e la voie professionnelle est &#233;galement &#233;voqu&#233;e ici et l&#224;, plus timidement, dans le d&#233;bat qui s'amorce. Certains plaident pour l'instauration d'un programme de mati&#232;res g&#233;n&#233;rales qui serait commun &#224; toutes les fili&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi de L&#233;on Deffontaines (MJCF) dans l'Humanit&#233; du 3 novembre 2022.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; d'autres pour un lyc&#233;e unique comportant une moiti&#233; de tronc commun et l'autre d'enseignements de sp&#233;cialit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la tribune de Rodrigo Arenas (FCPE) et Philippe Meirieu dans l'Humanit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; des professionnels de l'orientation scolaire pr&#244;nent la suppression de toute orientation impos&#233;e en fin de coll&#232;ge et, &#224; sa suite, la mise en place d'un lyc&#233;e unique comportant une seconde commune qui faciliterait les choix d'orientation en premi&#232;re et terminale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Desclaux et Jean-Marie Quairel, &#171; Supprimer les proc&#233;dures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouverture de ce d&#233;bat &#233;tait sans doute in&#233;vitable, compte tenu de la d&#233;gradation de notre syst&#232;me &#233;ducatif dans les derni&#232;res d&#233;cennies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce propos, sur ce site, Jean-Pierre Terrail, La tol&#233;rance &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de l'&#233;tat de d&#233;liquescence dans lequel l'a plong&#233; le minist&#232;re Blanquer. Comment sortir au mieux de cette situation ? La question en appelle d'autres, pr&#233;alables. R&#233;tablir la voie professionnelle telle qu'elle &#233;tait avant 2017 ne serait-il pas la solution la plus simple, la plus cr&#233;dible ? Le projet d'un rapprochement des fili&#232;res, qu'elles restent s&#233;par&#233;es ou qu'elles soient int&#233;gr&#233;es dans le cadre d'un lyc&#233;e unique, plus ambitieux, r&#233;pondrait-il pour autant aux probl&#232;mes pos&#233;s aujourd'hui ? Et quelle autre solution pourrait-on encore envisager ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;tablir la fili&#232;re professionnelle dans son meilleur &#233;tat ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les arguments favorables au r&#233;tablissement de la voie professionnelle ne font pas d&#233;faut. Celle-ci accueille des jeunes en d&#233;samour avec les savoirs classiques de la culture &#233;crite, jeunes auxquels elle propose l'accueil de la deuxi&#232;me chance, souple et p&#233;dagogiquement adapt&#233;. Elle en fait des &#233;l&#232;ves qui s'&#233;panouissent d'autant plus dans les &#171; savoirs appliqu&#233;s &#187;, les &#171; savoirs d'exp&#233;rience &#187;, qu'ils ont &#171; l'intelligence de la main &#187;. Gr&#226;ce &#224; ses propres enseignements g&#233;n&#233;raux elle forme des citoyens en capacit&#233; de comprendre le monde ; gr&#226;ce aux enseignements th&#233;oriques elle leur conf&#232;re des comp&#233;tences transversales et transf&#233;rables ; et elle d&#233;livre des dipl&#244;mes nationaux sur lesquels appuyer l'exigence de qualification professionnelle. Enfin, elle ouvre des possibilit&#233;s promotionnelles &#224; des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral : 82% des candidats d&#233;crochent le bac pro. Cr&#233;&#233; en 1985, celui-ci permet aujourd'hui &#224; plus d'un jeune sur cinq de devenir bachelier et de postuler &#224; l'enseignement sup&#233;rieur. La voie pro, pourra-t-on lire ici ou l&#224;, a port&#233; la d&#233;mocratisation du bac depuis quarante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par diff&#233;rents aspects, cette repr&#233;sentation valorisante de la voie professionnelle ne manque pas de pertinence. D'apr&#232;s un sondage Viavoice r&#233;cent, deux Fran&#231;ais sur trois en ont effectivement une image positive ; et 84% des anciens &#233;l&#232;ves, en d&#233;calage complet avec les vis&#233;es macronistes, en parlent comme d'une &#171; bonne exp&#233;rience &#187;, manifestant par leurs r&#233;ponses leur attachement au cadre proprement scolaire, et non exclusivement professionnel, fourni par un &#171; lyc&#233;e &#187; dot&#233; d'une fonction &#233;ducative effectivement assum&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Institut Viavoice, Le Lyc&#233;e professionnel vu par les Fran&#231;ais,&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe toutefois une autre lecture possible de la voie professionnelle et de son r&#244;le dans notre syst&#232;me &#233;ducatif. Les enqu&#234;t&#233;s interrog&#233;s par Viavoice la sugg&#232;rent d'ailleurs eux-m&#234;mes : l'orientation en LP est &#224; leur sens surd&#233;termin&#233;e par le jeu conjoint de la valeur scolaire et de l'origine sociale. Seuls 10% d'entre eux estiment qu'elle a &#233;t&#233; r&#233;ellement choisie. Elle appara&#238;t dans ces conditions comme une voie d&#233;valoris&#233;e, dont l'emprunt renforce les discriminations : comme le reflet en quelque sorte des in&#233;galit&#233;s sociales ; et elle est v&#233;cue comme telle par ses anciens &#233;l&#232;ves. Aux yeux de neuf enqu&#234;t&#233;s sur dix, en fin de compte, il faudrait pour r&#233;habiliter la voie professionnelle que l'orientation soit r&#233;ellement choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dimensions moins enviables de la voie professionnelle n'ont rien d'imaginaire : la sociologie spontan&#233;e des enqu&#234;t&#233;s ne s'y trompe pas. L'orientation vers l'enseignement professionnel est massivement la cons&#233;quence d'une confrontation difficile aux apprentissages de la culture &#233;crite. Toutes les enqu&#234;tes le montrent : ce sont pour beaucoup des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; d&#232;s l'&#233;cole primaire, et qui fr&#233;quentent des dispositifs de rel&#233;gation au coll&#232;ge, qui fourniront le gros des effectifs de l'enseignement professionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Ugo Palheta, La Domination scolaire. Sociologie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachant combien la r&#233;ussite des apprentissages en primaire et au coll&#232;ge diff&#232;re selon l'origine sociale, rien d'&#233;tonnant d&#232;s lors si la voie professionnelle concentre les enfants des milieux populaires. 93% des LP ont un IPS (indice de position sociale) inf&#233;rieur &#224; la moyenne nationale. Les enfants d'ouvriers et d'employ&#233;s repr&#233;sentent moins du tiers des &#233;l&#232;ves de terminale g&#233;n&#233;rale ; et 55% des effectifs des LP, auxquels s'ajoutent 13% d'enfants de ch&#244;meurs n'ayant jamais travaill&#233; ou d'inactifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Tristan Poullaouec et Jean-Pierre Terrail, Les trois voies du lyc&#233;e : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dira-t-on que ces derniers pourront au moins d&#233;ployer &#171; l'intelligence de la main &#187; dont ils feraient preuve &#224; d&#233;faut de r&#233;ussite intellectuelle ? En pr&#234;tant un instant un minimum de pertinence &#224; l'argument, rappelons pour le moins que la majorit&#233; des bacs pro sont des bacs tertiaires (55%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dira-t-on alors que le LP r&#233;ussit quand m&#234;me &#224; transformer les &#233;l&#232;ves en perdition qui lui arrivent de la voie g&#233;n&#233;rale en citoyens capables de comprendre le monde ? Sans doute ses enseignants font-ils le maximum en ce sens, mais la meilleure des p&#233;dagogies r&#233;paratrices aura toujours bien du mal &#224; compenser les apprentissages rat&#233;s et le temps perdu en amont. Quant &#224; la mission qui leur est confi&#233;e d'enseigner &#224; leurs &#233;l&#232;ves comment apprendre, convoquons ce qu'en dit le philosophe Marcel Gauchet, &#224; si juste titre : &#171; Personne n'apprend &#224; apprendre. En apprenant, on apprend &#224; apprendre. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au cours d'une audition devant la Commission Th&#233;lot, le 10 d&#233;cembre 2004.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dira-t-on que le bac pro ouvre sur l'enseignement sup&#233;rieur ? Mais le destin de ses titulaires qui s'y risquent t&#233;moigne de la force de rappel exerc&#233;e par les &#233;checs subis lors des premiers apprentissages : 56% d'entre eux en sortent sans dipl&#244;me, ce qui n'est le cas que de 29% des titulaires d'un bac technologique, et de 9% des bacheliers g&#233;n&#233;raux. Autre indication : &#224; l'entr&#233;e de la seconde professionnelle, 60% des &#233;l&#232;ves, les plus ambitieux et les plus d&#233;termin&#233;s, souhaitent d&#233;crocher un BTS ; 16% l'obtiendront au final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapide examen des diff&#233;rentes facettes de la voie professionnelle sugg&#232;re &#224; mon sens deux conclusions. D'une part, quelles que soient ses vertus r&#233;paratrices et formatrices, l'enseignement professionnel s'inscrit dans un processus de segmentation des jeunesses de France par lequel notre syst&#232;me &#233;ducatif reproduit les hi&#233;rarchies sociales, maintient tendanciellement chaque &#233;l&#232;ve dans la position de classe de son lignage, et limite drastiquement l'acc&#232;s des enfants des classes populaires aux savoirs &#233;labor&#233;s de la culture &#233;crite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est d'ailleurs frappant de constater combien, dans l'histoire de l'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, et c'est la seconde conclusion, il para&#238;trait de peu d'int&#233;r&#234;t, face aux politiques destructives actuelles, de se contenter de d&#233;fendre la fili&#232;re professionnelle telle qu'elle a exist&#233;. La crise d'aujourd'hui a au moins le m&#233;rite de nous obliger &#224; ouvrir le dossier de l'organisation du lyc&#233;e en fili&#232;res s&#233;par&#233;es et in&#233;gales ; et, concernant sp&#233;cifiquement la formation professionnelle, &#224; imaginer un mod&#232;le conjuguant le meilleur de la fili&#232;re (pr&#233;sence consistante d'enseignements g&#233;n&#233;raux ainsi que d'&#233;l&#233;ments th&#233;oriques assurant une comp&#233;tence &#233;largie, dipl&#244;mes nationaux reconnus) et une insertion non d&#233;valorisante du cursus dans le syst&#232;me &#233;ducatif. Les propositions de lyc&#233;e unique qui &#233;mergent aujourd'hui dans le d&#233;bat r&#233;pondraient-elles &#224; cette exigence ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un lyc&#233;e unique &#224; fili&#232;res ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La plupart des propositions de lyc&#233;e unique le con&#231;oivent comme le produit d'un rapprochement (aux modalit&#233;s variables) et non pas d'une fusion pure et simple, jug&#233;e utopique ou non appropri&#233;e, des trois fili&#232;res actuelles. C'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas de la posture adopt&#233;e par des responsables du SNES-FSU dans un d&#233;bat lanc&#233;e il y dix ans &#224; l'initiative du GRDS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce site, dans la rubrique &#171; &#201;cole commune &#187; les contributions en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces derniers, dans la ligne de leur organisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le th&#232;me de la r&#233;ussite pour tous gr&#226;ce &#224; l'emprunt par chacun de celle des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soulignent 1/ que la culture commune acquise en fin de coll&#232;ge n'est plus suffisante aujourd'hui 2/ qu'une seule voie lyc&#233;enne pour tous rel&#232;verait cependant d'une uniformit&#233; en trompe-l'&#339;il, &#224; l'instar de celle du coll&#232;ge 3/ que le maintien de la diversit&#233; des voies est la seule solution qui corresponde &#224; &#171; la diversit&#233; des int&#233;r&#234;ts &#187; et &#171; ne mette pas en difficult&#233; une part importante d'une g&#233;n&#233;ration &#187;. L'argument essentiel est l&#224; : une culture commune propos&#233;e &#224; tous dans les trois ann&#233;es lyc&#233;ennes ne serait pas accessible &#224; nombre d'&#233;l&#232;ves, notamment dans les classes populaires, par manque d'int&#233;r&#234;t ou en raison de ressources intellectuelles insuffisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision des choses est tr&#232;s proche de l'esprit, et m&#234;me de la lettre, du Plan Langevin-Wallon adopt&#233; il y a maintenant trois-quarts de si&#232;cle, et qui portait la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans en proposant un &#233;ventail de trois fili&#232;res pour les 16-18 ans : &#233;tudes th&#233;oriques, professionnelles, pratiques. Dans les d&#233;bats pr&#233;paratoires &#224; son adoption, deux arguments sont avanc&#233;s pour justifier cette diversification : les besoins du march&#233; du travail, d'une part ; et l'in&#233;gale capacit&#233; des &#233;l&#232;ves &#224; suivre un cursus long, seuls les meilleurs &#233;l&#233;ments des classes populaires notamment &#233;tant susceptibles d'acc&#233;der aux &#171; &#233;tudes th&#233;oriques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Visages du progressisme scolaire en France : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les concepteurs du Plan auraient r&#234;v&#233; que l'orientation dans les fili&#232;res s'op&#232;re selon ce qu'on appelait alors les &#171; aptitudes &#187;, notion qui recouvre les deux dimensions &#233;voqu&#233;es aujourd'hui pour justifier le maintien des fili&#232;res, la valeur scolaire et la &#171; diversit&#233; des int&#233;r&#234;ts &#187; des &#233;l&#232;ves. Mais la &#171; p&#233;dagogie des aptitudes &#187; qui permettrait d'y parvenir nous fait d&#233;faut, reconnaissent-ils. Son &#233;laboration fut pour cette raison au c&#339;ur de la mission confi&#233;e par Jean Zay aux &#171; classes d'orientation &#187; (1937/1939), et &#224; nouveau de celle confi&#233;e par Gustave Monod aux &#171; classes nouvelles &#187; (1945/1951). Mais ce fut aussi l'&#233;cueil principal sur lequel ces exp&#233;rimentations &#233;chou&#232;rent : la p&#233;dagogie de l'orientation persistant &#224; se d&#233;rober, que restait-il d'autre pour &#233;tayer l'orientation qu'un retour aux notes et aux examens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concepteurs du Plan auraient aussi r&#234;v&#233; d'une orientation sans hi&#233;rarchisation, d'une &#171; &#233;gale dignit&#233; &#187; conf&#233;r&#233;e &#224; chacune des trois fili&#232;res du lyc&#233;e ; sachant que pour y parvenir il conviendrait d'assurer &#171; l'&#233;gale dignit&#233; de toutes les t&#226;ches sociales &#187;, et de reconna&#238;tre &#171; la haute valeur mat&#233;rielle et morale des activit&#233;s manuelles &#187;. Mais c'&#233;tait l&#224; sans doute poursuivre une autre chim&#232;re. Car l'indignit&#233; s'attache moins &#224; l'activit&#233; manuelle en elle-m&#234;me (apr&#232;s tout, le prestige d'un chirurgien se tient-il pas pour beaucoup &#224; ce que d'aucuns qualifierait d'&#171; intelligence de la main &#187; ?) qu'aux t&#226;ches programm&#233;es et effectu&#233;es sous contr&#244;le &#233;troit, dans une soci&#233;t&#233; qui polarise l'ex&#233;cution d'un c&#244;t&#233;, la conception et le commandement de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elle avait pu avoir lieu, la mise en &#339;uvre du Plan aurait-elle &#233;chapp&#233; &#224; la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, &#224; l'orientation par les notes et &#224; la hi&#233;rarchisation des parcours, conform&#233;ment &#224; l'intention de ses promoteurs&#8230; et au bout du compte &#224; la reproduction des hi&#233;rarchies sociales ? Il est permis de nourrir quelques doutes &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan Langevin-Wallon rel&#232;ve des principes de scolarisation initialement con&#231;us et pr&#244;n&#233;s par les Compagnons de l'universit&#233; nouvelle au lendemain de la premi&#232;re guerre mondiale. L'&#233;cole con&#231;ue par ces derniers accueille tous les jeunes, c'est en ce sens une &#233;cole &#171; unique &#187; (en rupture donc avec la dualit&#233; des r&#233;seaux de scolarisation alors existants) ; elle les met en concurrence afin que se d&#233;gage la hi&#233;rarchie des m&#233;rites qui d&#233;cidera des parcours d'&#233;tude ; et elle se doit d'assurer l'&#233;galit&#233; des chances, quelle que soit le milieu social des &#233;l&#232;ves. Pour les Compagnons, &#171; l'enseignement d&#233;mocratique sera en m&#234;me temps un proc&#233;d&#233; de s&#233;lection. Le ma&#238;tre a pour premier devoir de discerner les vocations, d'en encourager l'&#233;closion (&#8230;) Tout enfant peut avoir acc&#232;s &#224; l'universit&#233;. Place au talent. Place aux meilleurs ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Compagnons, L'universit&#233; nouvelle, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Certes le Plan est une version progressiste et g&#233;n&#233;reuse de ce mod&#232;le m&#233;ritocratique, soucieuse de donner &#224; chacun la possibilit&#233; de faire la preuve de son talent jusqu'au &#171; maximum de ses aptitudes &#187; et cherchant (mais en vain) &#224; &#233;chapper &#224; la dictature des classements et des examens. De la m&#234;me fa&#231;on l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique en sera une version malthusienne, insistant moins sur la promotion de tous que sur l'omnipotence de l'&#233;valuation et de l'&#233;limination. Leur conception respective s'autorise du m&#234;me pr&#233;suppos&#233; : l'&#233;cole subit les &#171; aptitudes &#187;, elle ne les produit pas ; son r&#244;le est les d&#233;celer telles qu'elles se manifestent dans la confrontation concurrentielle des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions actuelles de lyc&#233;e unique &#224; fili&#232;res ressortissent du m&#234;me mod&#232;le d'&#233;cole m&#233;ritocratique r&#233;publicaine, dans lequel l'objectif le plus progressiste dont on puisse r&#234;ver est celui de l'&#233;galit&#233; des chances. Elles aussi consid&#232;rent que les &#171; aptitudes &#187; des &#233;l&#232;ves (sous le double aspect : capital de ressources intellectuelles/int&#233;r&#234;t pour tel type d'activit&#233; sociale) sont des donn&#233;es ind&#233;passables auxquelles l'&#233;cole ne peut que s'adapter par une forme ou une autre de maintien des fili&#232;res. Or ces fili&#232;res seront toujours in&#233;galement valoris&#233;es. Et on y acc&#232;dera non pas en fonction des &#171; int&#233;r&#234;ts &#187;, mais comme aujourd'hui en fonction de la valeur scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que pr&#232;s de neuf employ&#233;s et ouvriers sur dix souhaitent pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On aura alors r&#233;alis&#233; une nouvelle r&#233;forme du lyc&#233;e, sans remettre en cause le caract&#232;re de classe d'une &#233;cole qui reproduit largement, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, les hi&#233;rarchies sociales. La voie professionnelle sera int&#233;gr&#233;e dans un lyc&#233;e unique, mais n'aura pas perdu son statut de fili&#232;re d&#233;valoris&#233;e &#224; orientation tr&#232;s majoritairement subie par ceux qui n'ont pas eu de &#171; chance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s pourrait-il ne plus &#234;tre une question de &#171; chance &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parler d'&#233;galit&#233; des chances suppose un acc&#232;s s&#233;lectif aux savoirs et donc une mise en concurrence des &#233;l&#232;ves. Dans un tel contexte &#8211; celui de l'&#233;cole m&#233;ritocratique r&#233;publicaine &#8211; on voit mal, en fin de compte, comment l'enseignement professionnel, int&#233;gr&#233; ou pas dans un lyc&#233;e unique, pourrait &#233;chapper &#224; son statut de fili&#232;re d&#233;consid&#233;r&#233;e accueillant principalement les perdants de la comp&#233;tition. D'un autre c&#244;t&#233;, les qualifications requises aujourd'hui dans le monde du travail n'ont plus grand-chose &#224; voir avec celle qui pr&#233;valaient du temps du Plan Langevin-Wallon. Comment ne pas souscrire &#224; cet &#233;gard au constat de ce responsable du SNES estimant que la culture commune acquise en fin de coll&#232;ge n'est plus suffisante aujourd'hui, en pr&#233;cisant, et cela vaut au premier chef pour la voie professionnelle, qu'il s'agit d'&#233;lever significativement le contenu des apprentissages th&#233;orico-scientifiques aussi bien que dans les mati&#232;res dites g&#233;n&#233;rales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenir compte de ce double imp&#233;ratif, &#233;viter les mises &#224; l'&#233;cart disqualifiantes et am&#233;liorer sensiblement les contenus savants de la formation, et restaurer ainsi une voie professionnelle digne de ce nom, les &#233;l&#232;ves doivent b&#233;n&#233;ficier pleinement de la culture commune d&#233;di&#233;e &#224; tous les lyc&#233;ens, l'orientation vers ce qui pourrait prendre la forme d'&#233;coles sup&#233;rieures d'enseignement professionnel n'intervenant qu'ult&#233;rieurement, une fois le bac de culture g&#233;n&#233;rale en poche. Cette perspective n'est plus celle d'un rapprochement des fili&#232;res, mais celle d'une refondation de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Il s'agirait, apr&#232;s l'unification du cursus &#233;l&#233;mentaire sous Jules Ferry, puis celle du coll&#232;ge en 1975, suivie de quasiment un demi-si&#232;cle d'acc&#233;l&#233;ration vertigineuse des connaissances, de fixer au niveau d'un bac de culture commune un nouveau seuil d'&#233;tudes communes pour les jeunes g&#233;n&#233;rations : le cursus unique qui s'ach&#232;ve avec le lyc&#233;e &#233;tant d&#233;barrass&#233; de toute voie de d&#233;rivation s&#233;lective, et autorisant &#224; son terme tous les choix d'orientation possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginer que l'acc&#232;s &#224; un lyc&#233;e de culture commune ne serait plus une question de &#171; chance &#187;, mais une &#233;tape normale dans le cursus scolaire de chaque &#233;l&#232;ve, n'est-il pas pure utopie ? Un tel lyc&#233;e ne laisserait-il pas sur le carreau toute une fraction de la jeunesse, en incapacit&#233; de s'approprier ses contenus ? L'&#233;cart cognitif aujourd'hui entre ceux qui empruntent la voie professionnelle et ceux qui se maintiendront dans la voie g&#233;n&#233;rale n'est-il pas tout, en effet, sauf n&#233;gligeable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objection m&#233;rite d'&#234;tre examin&#233;e de pr&#232;s. Elle p&#232;se d'&#233;vidence tr&#232;s lourd si l'insuffisance des ressources intellectuelles et culturelles des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; tient &#224; un manque d'aptitudes natif. C'est l&#224; le pr&#233;suppos&#233; qui amena les auteurs du Plan Langevin-Wallon &#224; pr&#233;voir la fili&#232;re des &#171; &#233;tudes pratiques &#187; pour accueillir ces jeunes. L'inn&#233;isme dont il est empreint reculera tr&#232;s sensiblement dans les ann&#233;es 1960/70 pour laisser place &#224; la th&#232;se du handicap socio-culturel. Pour contestable qu'elle soit, celle-ci a un tr&#232;s grand avantage : elle admet que le capital linguistique et culturel dont disposent les &#233;l&#232;ves n'est pas h&#233;rit&#233; &#224; la naissance, mais transmis et appropri&#233; dans la famille, au travers du processus &#233;ducatif. Elle admet, autrement dit, que les comp&#233;tences intellectuelles, les fameuses &#171; aptitudes &#187;, ne sont pas donn&#233;es mais produites. Un pas d&#233;cisif est ainsi franchi : si &#171; l'intelligence &#187; n'est pas inn&#233;e, si les comp&#233;tences intellectuelles sont produites, leur insuffisance &#224; un moment donn&#233; interroge le r&#244;le de toutes les instances qui sont intervenues dans leur production et leur d&#233;veloppement, au premier rang desquelles bien s&#251;r l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il donc pass&#233; en amont de la scolarit&#233; des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; &#224; l'issue du coll&#232;ge, et notamment au cours de leur scolarit&#233; &#233;l&#233;mentaire, si d&#233;cisive pour toute la suite du parcours ? Peut-on se contenter de dire que l'&#233;cole a fait ce qu'elle pouvait face &#224; la faiblesse du capital culturel transmis par la famille, tout sp&#233;cialement dans les milieux populaires ? Elle semble de fait largement impuissante &#224; contrer l'in&#233;galit&#233; des capitaux culturels constitu&#233;s dans la famille ; et m&#234;me pire, puisque l'&#233;cart moyen entre les comp&#233;tences d'un enfant d'ouvrier et celles d'un enfant de cadre est tout simplement multipli&#233; par deux entre l'entr&#233;e au CP et la fin du CM2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole pourrait-elle faire mieux ? La question est capitale : car c'est seulement s'il en allait bien ainsi que l'on pourrait raisonnablement d&#233;fendre l'objectif d'un rel&#232;vement pour tous du seuil de scolarit&#233; commune obligatoire au niveau du bac.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avant le lyc&#233;e : comment r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s curieusement cette question appara&#238;t rarement dans les propositions de d&#233;fense, sauvetage, voire promotion de la voie professionnelle. Les projets de lyc&#233;e unique &#224; fili&#232;res pr&#233;voient des enseignements g&#233;n&#233;raux communs, pouvant repr&#233;senter jusqu'&#224; 50% du temps de formation&#8230; mais comment, sachant l'actuelle disparit&#233; des acquis cognitifs &#224; la fin du coll&#232;ge, tous les &#233;l&#232;ves pourraient-ils s'en approprier correctement les contenus ? Sauf &#224; se contenter de v&#339;ux pieux, il faut bien affronter la difficult&#233; ! Ce n'est pas le cas. L'on peut m&#234;me se plaire &#224; rappeler l'article historique de Lucien S&#232;ve (1964), &#171; Les dons n'existent pas &#187;, sans s'inqui&#233;ter ni de ce qui fait pourtant l'ampleur des &#233;carts &#224; l'entr&#233;e du lyc&#233;e, ni de la fa&#231;on de les r&#233;duire ; alors que seule une telle r&#233;duction pourrait &#233;tayer la d&#233;fense de l'enseignement professionnel et &#171; permettre &#224; tous les jeunes d'acc&#233;der &#224; une culture commune de haut niveau &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la contribution de Paul Devin au d&#233;bat organis&#233; par L'Humanit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe toutefois de signaler ici l'int&#233;r&#234;t de la contribution de deux directeurs honoraires du Centre d'information et d'orientation, B. Desclaux et J-M Quairel, qui remettent en cause l'orientation de fin de 3&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Desclaux et Jean-Marie Quairel, Supprimer les proc&#233;dures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Celle-ci en effet impacte &#224; leurs yeux la p&#233;dagogie mise en &#339;uvre au coll&#232;ge, charg&#233;e d'exhiber les diff&#233;rences entre les valeurs scolaires des &#233;l&#232;ves que r&#233;clament les proc&#233;dures d'orientation ; et suscite un effet de feed-back sur les dispositifs internes du coll&#232;ge o&#249; la diff&#233;renciation des parcours s'organise tr&#232;s t&#244;t (Segpa, classes de niveau). Ces critiques convergent avec celles que le GRDS formulent de longue date&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Jean-Pierre Terrail, Pas de coll&#232;ge unique sans lyc&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et se voient s&#233;rieusement &#233;tay&#233;es par les r&#233;formes scolaires de quatre pays europ&#233;ens qui montrent que retarder la s&#233;lection ne serait-ce que d'une ann&#233;e s'accompagne d'une am&#233;lioration tr&#232;s significative des performances moyennes des &#233;l&#232;ves. Une &#233;tude approfondie du cas polonais conclut que la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s qui a suivi la prolongation d'un an du tronc commun semble essentiellement provenir de l'homog&#233;n&#233;isation des conditions d'apprentissage au sein des &#233;tablissements du tronc commun, ce changement ayant &#233;t&#233; bien plus profitable aux &#233;l&#232;ves peu performants et socialement d&#233;favoris&#233;s qu'ils n'ont &#233;t&#233; d&#233;savantageux pour les plus performants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir No&#233;mie Le Donn&#233;, &#171; La r&#233;forme de 1999 du syst&#232;me &#233;ducatif polonais. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Desclaux et Quairel proposent en cons&#233;quence la mise en place d'un lyc&#233;e unique dot&#233; d'une seconde commune qui permettrait aux &#233;l&#232;ves de m&#251;rir leur choix, puis de s'orienter librement &#224; l'issue de cette premi&#232;re ann&#233;e lyc&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas si fr&#233;quent que soit ainsi identifi&#233; le r&#244;le que joue dans la production des in&#233;galit&#233;s scolaires ces deux aspects de notre &#233;cole unique &#224; la fran&#231;aise, comme de tout contexte m&#233;ritocratique : d'une part la double mission confi&#233;e aux enseignants, de formation et de s&#233;lection, qui conduit &#224; l'adoption des proc&#233;dures p&#233;dagogiques les plus susceptibles de rendre manifeste (et de figer) la hi&#233;rarchie des valeurs scolaires, et incite les ma&#238;tres &#224; s'occuper en priorit&#233; des meilleurs &#233;l&#233;ments ; et d'autre part les proc&#233;dures de s&#233;lection/orientation de fin de parcours qui produisent de redoutables effets en retour, en raison d'une anticipation qui affecte les repr&#233;sentations et les d&#233;cisions scolaires bien en amont d'ailleurs du coll&#232;ge lui-m&#234;me, jusqu'&#224; la maternelle o&#249; l'on peut entendre des ma&#238;tresses de grande section, lors de la transmission des informations &#224; l'entr&#233;e au CP, qualifier certains enfants d'&#233;l&#232;ves en difficult&#233; qui auront de la chance d'aller jusqu'&#224; un CAP. Alors qu'&#224; l'inverse l'absence de s&#233;lection invite les enseignants &#224; s'occuper en priorit&#233; des &#233;l&#232;ves les plus fragiles, qui doivent &#234;tre conduits au bout malgr&#233; leurs difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant la seule instauration d'un tronc commun d&#233;barrass&#233; des voies de d&#233;rivation et des proc&#233;dures de s&#233;lection, si elle est n&#233;cessaire, ne suffirait pas &#224; supprimer les in&#233;galit&#233;s scolaires. Rappelons-nous : les pressions du minist&#232;re Chev&#232;nement pour limiter les redoublements, dont les travaux de recherche avaient montr&#233; l'inefficacit&#233;, n'ont en rien favoris&#233; les apprentissages scolaires. Au contraire : rien n'ayant &#233;t&#233; entrepris pour rem&#233;dier aux difficult&#233;s que sanctionnaient les redoublements, leur suppression a enclench&#233; un processus de d&#233;gradation des performances des &#233;l&#232;ves qui a touch&#233; tous les milieux sociaux et continue aujourd'hui &#224; produire ses effets r&#233;gressifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La lutte contre l'&#233;chec scolaire suppose des conditions favorables (l'absence de s&#233;lection et de redoublement), qui restent cependant plus ou moins op&#233;rantes si la conduite des apprentissages cognitifs demeure elle-m&#234;me inchang&#233;e. Comment de plus pourrait-on oublier ce principe alors que l'efficacit&#233; p&#233;dagogique globale de notre syst&#232;me &#233;ducatif s'est si fortement affaiss&#233;e, et que s'accroissent les in&#233;galit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a de cesse de le rappeler : les acquis cognitifs &#224; la sortie du primaire sont d&#233;terminants pour toute la suite. Au point qu'&#224; valeur scolaire donn&#233;e &#224; l'entr&#233;e du secondaire, le fameux h&#233;ritage culturel des &#233;l&#232;ves bien n&#233;s, et &#224; l'inverse le &#171; handicap &#187; des autres, n'aient plus qu'une influence modeste sur le parcours ult&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi, parmi le meilleur quart des entrants en 6&#232;me, 93% des enfants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est donc tr&#232;s clairement en primaire, plus pr&#233;cis&#233;ment dans les ann&#233;es de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite, du CP au CE2, que se joue pour une bonne part le champ des devenirs possibles de notre enseignement professionnel. C'est la qualit&#233; des apprentissages op&#233;r&#233;s dans cette p&#233;riode qui peut permettre, ou pas, aux enfants des classes populaires de s'approprier les contenus exigeants d'un lyc&#233;e de culture commune. On comprend difficilement d&#232;s lors l'absence totale de r&#233;f&#233;rence au primaire dans les d&#233;bats actuels ; et encore moins le m&#233;pris manifest&#233; &#224; l'&#233;gard des &#171; fondamentaux &#187; par des partisans d'une &#233;cole &#233;mancipatrice qui, eux, n'en ont certainement pas fait l'&#233;conomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la querelle des fondamentaux, voir Janine Reichstadt, Les fondamentaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un lyc&#233;e de culture commune, et des &#233;coles sup&#233;rieures d'enseignement professionnel ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une tr&#232;s forte am&#233;lioration des apprentissages fondamentaux peut-elle &#234;tre raisonnablement envisag&#233;e pour la masse des &#233;l&#232;ves actuellement en &#233;chec ? Il n'entre pas dans mon propos ici de traiter pr&#233;cis&#233;ment cette question. Je me limiterai &#224; r&#233;f&#233;rer mon optimisme &#224; son &#233;gard aux constats des enqu&#234;tes concernant l'apprentissage de la lecture, jusqu'aux plus r&#233;centes, qui montrent et qu'un enfant d'ouvrier apprend mieux &#224; lire avec une m&#233;thode efficace qu'un enfant de cadre avec une m&#233;thode m&#233;diocre ; et que le recours des ma&#238;tres aux m&#233;thodes efficaces est particuli&#232;rement minoritaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, Savoirs acad&#233;miques et culture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'apprentissage du lire/&#233;crire est d&#233;cisif pour toute la suite du parcours. Mais c'est &#224; tous les niveaux du cursus qu'une action p&#233;dagogique novatrice efficace peut &#234;tre men&#233;e. Car c'est &#224; tous les niveaux que la mise en &#339;uvre avec les publics &#171; difficiles &#187; d'un enseignement intellectuellement exigeant, &#224; rebours de l'obsession contemporaine consistant &#224; tout faire, concernant ces publics, pour contourner les asp&#233;rit&#233;s de l'acc&#232;s aux savoirs, s'av&#232;re &#224; l'exp&#233;rience particuli&#232;rement fructueuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. P&#233;dagogies de l'exigence, ouvrage collectif coordonn&#233; par Jean-Pierre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective d'un lyc&#233;e de culture commune, qui int&#232;grerait la culture technique dans son programme, et permettrait, une fois acquis le bac de culture commune, les orientations volontaires vers des &#233;coles sup&#233;rieures d'enseignement professionnel en charge de la formation courte du salariat des premiers niveaux de qualification, n'a donc rien d'irr&#233;aliste. Et quels enseignants des LP actuels ne trouveraient pas avantage &#224; accueillir et former des jeunes gens dot&#233;s d'un large bagage de culture g&#233;n&#233;rale et ayant vraiment choisi de venir b&#233;n&#233;ficier de leurs comp&#233;tences p&#233;dagogiques dans ces &#233;coles sup&#233;rieures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le projet d'&#233;cole commune avanc&#233; par le GRDS depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2010&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui d'une &#233;cole structur&#233;e autour d'un tronc commun de la maternelle &#224; la fin du secondaire, et diffusant une culture commune dont la technique et la technologie seraient des composantes &#224; part enti&#232;re. Ces derni&#232;res constitueraient une discipline scolaire comme les autres, enseign&#233;e d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment Yves-Claude Lequin, Technique et technologie dans l'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parmi les forces politiques et syndicales, seul le syndicat CGT &#201;duc'Action s'engage aujourd'hui clairement dans cette voie, pr&#244;nant la fin de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, l'abandon si l'on pr&#233;f&#232;re de la forme m&#233;ritocratique-r&#233;publicaine de l'&#233;cole, et l'adoption d'un &#171; lyc&#233;e unique et polytechnique dans lequel une v&#233;ritable place sera faite &#224; l'enseignement professionnel et pratique pour tous les &#233;l&#232;ves, &#224; &#233;galit&#233; avec les enseignements scientifiques, litt&#233;raires, sportifs et artistiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CGT &#201;duc-Action, 4 pages Lyc&#233;e, janvier 2018.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNES-FSU, pour sa part, reste fid&#232;le &#224; la ligne adopt&#233;e en 1990 associant &#171; la r&#233;ussite pour tous &#187; &#224; la diversit&#233; des voies propos&#233;es au lyc&#233;e. Pourtant cette organisation avait publi&#233; en 1981 un projet d'&#171; &#233;cole progressive &#187;, nourri au long des ann&#233;es 1970, qui s'affirmait en faveur d'un lyc&#233;e unique visant l'unification des cursus. La rupture &#233;tait nette &#224; cet &#233;gard avec le Plan Langevin-Wallon, dans la filiation duquel se situait pourtant le SNES, et s'accompagnait de fa&#231;on significative de l'abandon total de la notion d'&#171; aptitudes &#187;, ainsi que de l'exigence affirm&#233;e d'un r&#233;am&#233;nagement d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif &#224; partir de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, dont il s'agissait d'&#233;lever significativement l'efficience&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, sur l'histoire de ce projet, Jean-Pierre Terrail et Tristan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les quatre &#224; cinq d&#233;cennies &#233;coul&#233;es depuis la conception de ce projet ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par un tel bouleversement des connaissances, et une telle mont&#233;e des exigences de formation des qualifications individuelles et de l'intelligence collective, qu'il para&#238;t difficile que son ambition moderniste et d&#233;mocratique ne revienne pas &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jacques Dordoigne, &lt;i&gt;R&#233;forme de la voie professionnelle : examen critique&lt;/i&gt;, GRDS, 2021, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article331#nh1&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article331#nh1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Philippe Marchand, &#034;Les EPCI dans le Nord de la France, 1892-1940&#034;, &lt;i&gt;Actes des congr&#232;s nationaux des soci&#233;t&#233;s historiques et scientifiques&lt;/i&gt;, Ann&#233;e 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment : les contributions de Guy Brucy et Fabienne Maillard &#224; l'ouvrage collectif publi&#233; par l'Institut de recherches de la FSU, &lt;i&gt;Valoriser l'enseignement professionnel, une exigence sociale&lt;/i&gt;, IR-FSU, 2017 ; Lucie Tanguy, Arlette Poloni et Catherine Agulhon, &#171; Les institutions d'enseignement technique court en France &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, n&#176;78, 1987 ; Tristan Poullaouec et Jean-Pierre Terrail,&lt;i&gt; Les Trois voies du lyc&#233;e, rep&#232;res socio-historiques&lt;/i&gt;, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, sur la promotion des formations initiales en alternance et sa critique, Philippe Hambye et Jean-Louis Siroux, &lt;i&gt;Le Salut par l'alternance. Sociologie du rapprochement &#233;cole/entreprise,&lt;/i&gt; La Dispute, Paris, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigrid G&#233;rardin, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale du SNUEP, dans &lt;i&gt;l'Humanit&#233; &lt;/i&gt; du 3 novembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CGT &#201;duc'action, 4 pages Lyc&#233;es, janvier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi de L&#233;on Deffontaines (MJCF) dans &lt;i&gt;l'Humanit&#233; &lt;/i&gt; du 3 novembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la tribune de Rodrigo Arenas (FCPE) et Philippe Meirieu dans &lt;i&gt;l'Humanit&#233; &lt;/i&gt; du 18 mars 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Desclaux et Jean-Marie Quairel, &#171; Supprimer les proc&#233;dures d'orientation au coll&#232;ge pour faire respirer le syst&#232;me &#233;ducatif &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lemonde.fr&lt;/a&gt;, 23 janvier 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce propos, sur ce site, Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, GRDS, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Institut Viavoice,&lt;i&gt; Le Lyc&#233;e professionnel vu par les Fran&#231;ais&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.institut-viavoice.com/le-lycee-professionnel-une-voie-pour-tous-janvier-2023&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.institut-viavoice.com/le-lycee-professionnel-une-voie-pour-tous-janvier-2023&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Ugo Palheta, &lt;i&gt;La Domination scolaire. Sociologie de l'enseignement professionnel et de son public&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2012 ; voir &#233;galement sur ce site Alain Beitone, &lt;i&gt;La r&#233;forme des LP et la perspective du lyc&#233;e unique&lt;/i&gt;, GRDS, 2019, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article304&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article304&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Tristan Poullaouec et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Les trois voies du lyc&#233;e : rep&#232;res socio-historiques&lt;/i&gt;, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au cours d'une audition devant la Commission Th&#233;lot, le 10 d&#233;cembre 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est d'ailleurs frappant de constater combien, dans l'histoire de l'&#233;cole unique, depuis le d&#233;cret Berthoin de 1959, chaque nouveau seuil qui devient accessible aux classes populaires s'accompagne bient&#244;t de la mise en place de voies de d&#233;rivation (technologique, puis professionnelle) de la voie g&#233;n&#233;rale, r&#233;servant ainsi tendanciellement aux h&#233;ritiers l'acc&#232;s aux meilleures scolarit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce site, dans la rubrique &#171; &#201;cole commune &#187; les contributions en 2011/2012 de Pascal Binet, Bernard Calabuig, Roland Hubert (alors co-secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Snes), Denis Paget (en charge de la p&#233;dagogie au Snes), Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, Jos&#233; Tovar, cf. &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le th&#232;me de la r&#233;ussite pour tous gr&#226;ce &#224; l'emprunt par chacun de celle des trois fili&#232;res qui lui correspond le mieux a &#233;t&#233; adopt&#233; par le Snes en 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Visages du progressisme scolaire en France : m&#233;ritocratie ou d&#233;mocratie ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2022, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Compagnons, L'universit&#233; nouvelle, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que pr&#232;s de neuf employ&#233;s et ouvriers sur dix souhaitent pour leurs enfants une entr&#233;e en seconde g&#233;n&#233;rale d&#232;s lors qu'ils atteignent une moyenne de douze, et que c'est &#224; un bac g&#233;n&#233;ral qu'on aspire majoritairement dans la quasi-totalit&#233; des milieux sociaux, cf. Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Les trois voies du lyc&#233;e&lt;/i&gt;, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la contribution de Paul Devin au d&#233;bat organis&#233; par &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; des 25-27 novembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Desclaux et Jean-Marie Quairel, &lt;i&gt;Supprimer les proc&#233;dures d'orientation au coll&#232;ge pour faire respirer le syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lemonde.fr&lt;/a&gt;, 24 janvier 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pas de coll&#232;ge unique sans lyc&#233;e unique&lt;/i&gt;, GRDS, 2011, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article112&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article112&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir No&#233;mie Le Donn&#233;, &#171; La r&#233;forme de 1999 du syst&#232;me &#233;ducatif polonais. Effets sur les in&#233;galit&#233;s sociales de comp&#233;tences scolaires &#187;, Revue fran&#231;aise de sociologie, 2014/1, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2014-1-page-127.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2014-1-page-127.htm&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, GRDS, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi, parmi le meilleur quart des entrants en 6&#232;me, 93% des enfants de cadres sont admis cinq ans apr&#232;s, sans redoublement ni orientation vers la voie professionnelle, en seconde g&#233;n&#233;rale&#8230; et c'est aussi le cas de 85% des enfants d'ouvriers, cf. Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Le Dipl&#244;me, arme des faibles&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2010. Et, toujours parmi ce meilleur quart, 71% des enfants de cadres obtiendront une licence, et encore 68% des enfants d'ouvriers, cf. Ya&#235;l Brinbaum, C&#233;dric Hugr&#233;e, Tristan Poullouec, &#171; 50% &#224; la licence&#8230; mais comment ? &#187;, &lt;i&gt;&#201;conomie et Statistique,&lt;/i&gt; INSEE, n&#176;499, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la querelle des fondamentaux, voir Janine Reichstadt, &lt;i&gt;Les fondamentaux au CP : une question cl&#233;&lt;/i&gt;, GRDS, 2022, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article345&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article345&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Savoirs acad&#233;miques et culture enseignante. Un cas d'&#233;cole : la guerre des m&#233;thodes de lecture&lt;/i&gt;, GRDS, 2021, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328&lt;/a&gt; ; et Jean-Pierre Terrail,&lt;i&gt;Diffusion et efficacit&#233; des manuels de lecture : une grande premi&#232;re !&lt;/i&gt; GRDS, 2022, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article341&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article341&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf.&lt;i&gt; P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, ouvrage collectif coordonn&#233; par Jean-Pierre Terrail, La Dispute, Paris, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. GRDS,&lt;i&gt; L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment Yves-Claude Lequin, &lt;i&gt;Technique et technologie dans l'&#233;cole commune, premi&#232;res propositions&lt;/i&gt;, GRDS, 2012, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article158&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article158&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CGT &#201;duc-Action, &lt;i&gt;4 pages Lyc&#233;e&lt;/i&gt;, janvier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, sur l'histoire de ce projet, Jean-Pierre Terrail et Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Les trois voies du lyc&#233;e, rep&#232;res socio-historique&lt;/i&gt;s, GRDS, 2017, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle : contribution &#224; la r&#233;flexion </title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article303</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article303</guid>
		<dc:date>2019-04-13T09:21:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Beitone</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;(Ce texte est la mise en forme de deux interventions effectu&#233;es dans le cadre d'un stage du syndicat SUD Education &#224; Valence les 14-15 Mars 2019. Je remercie les responsables de ce syndicat pour leur invitation (adress&#233;e au GRDS) et les participant.e.s au stage pour leurs questions et leurs objections. Comme l'indique le titre adopt&#233;, ce texte s'inspire largement du livre de J.-P. Terrail (2016), mais je suis &#233;videmment seul responsable des erreurs, oublis et affirmations contestables.) (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH136/arton303-099b5.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='136' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Ce texte est la mise en forme de deux interventions effectu&#233;es dans le cadre d'un stage du syndicat SUD Education &#224; Valence les 14-15 Mars 2019. Je remercie les responsables de ce syndicat pour leur invitation (adress&#233;e au GRDS) et les participant.e.s au stage pour leurs questions et leurs objections. Comme l'indique le titre adopt&#233;, ce texte s'inspire largement du livre de J.-P. Terrail (2016), mais je suis &#233;videmment seul responsable des erreurs, oublis et affirmations contestables.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les paradigmes p&#233;dagogiques et leur histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On entend par &#171; paradigme p&#233;dagogique &#187; un ensemble d'institutions, de normes sociales relatives &#224; l'enseignement, de pratiques, qui sert de cadre &#224; la fois aux politiques publiques et aux comportements des acteurs impliqu&#233;s dans le fonctionnement du syst&#232;me &#233;ducatif (&#233;l&#232;ves et &#233;tudiants, enseignants, membres de la hi&#233;rarchie, responsables politiques). Le paradigme p&#233;dagogique d&#233;termine ce que doit &#234;tre l'&#233;cole, quelles fins elle doit servir, ce qu'elle doit enseigner et comment. Ce cadre cognitif et institutionnel est port&#233; par une communaut&#233; de politiques publiques qui promeut des mesures coh&#233;rentes avec le paradigme. Ce paradigme s'inscrit dans un cadre social plus large qui est fond&#233; notamment sur les rapports entre les classes sociales et sur les grands enjeux politiques. Cependant, on ne doit pas oublier que l'&#233;cole, et plus encore les savoirs scolaires (articul&#233;s aux savoirs savants), dispose d'une autonomie relative par rapport aux enjeux sociaux et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du paradigme &#233;litiste au paradigme d&#233;ficitariste&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que deux paradigmes p&#233;dagogiques se sont succ&#233;d&#233; dans le syst&#232;me &#233;ducatif en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier que l'on peut qualifier de paradigme &#233;litiste (du XIXe si&#232;cle aux ann&#233;es 1950) se caract&#233;rise par une structure binaire. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'une part, la fili&#232;re &#171; Primaire-Professionnel &#187; destin&#233;e aux enfants issus des cat&#233;gories populaires se termine pour le plus grand nombre d'entre eux &#224; la fin de l'&#233;cole primaire (une moiti&#233; seulement d'entre eux obtiennent le Certificat d'&#233;tudes primaires) et se prolonge pour une minorit&#233; dans les centres d'apprentissage. La majorit&#233; des &#233;l&#232;ves trouve un emploi dans l'industrie, le commerce ou l'artisanat.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'autre part, la fili&#232;re &#171; Secondaire-Sup&#233;rieur &#187;, r&#233;serv&#233;e (sauf exception pour quelques bousiers) aux &#233;l&#232;ves des cat&#233;gories sociales privil&#233;gi&#233;es. Elle commence d&#232;s l'&#233;quivalent de l'&#233;cole primaire (le &#171; petit lyc&#233;e &#187;), se poursuit dans le premier cycle de l'enseignement secondaire (o&#249; l'on &#233;tudie notamment le grec et le latin) et se poursuit dans le second cycle (l'&#233;quivalent du lyc&#233;e actuel). Les m&#234;mes enseignants ont vocation &#224; y enseigner. Seuls les &#233;l&#232;ves de cette fili&#232;re ont vocation &#224; poursuivre des &#233;tudes longues (Baudelot et Establet, 1971 ; Poullaouec, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me &#233;ducatif dans son ensemble est caract&#233;ris&#233; par une logique de s&#233;paration des &#233;l&#232;ves qui ne sont pas dans les m&#234;mes &#233;tablissements (dont certains sont priv&#233;s), ne b&#233;n&#233;ficient pas des m&#234;mes contenus d'enseignement, ne sont pas form&#233;s par les m&#234;mes enseignants. S'ajoute &#224; cela le fait que filles et gar&#231;ons sont s&#233;par&#233;s (non-mixit&#233;) et que m&#234;me les filles de la bourgeoisie b&#233;n&#233;ficient d'un enseignement sp&#233;cifique dans le secondaire comme dans le sup&#233;rieur (d'un niveau inf&#233;rieur &#224; celui des gar&#231;ons). Par exemple, ce n'est qu'en 1924 que les programmes et les finalit&#233;s des enseignement secondaire f&#233;minin et masculin deviennent identiques et il faut attendre 1976 pour que, &#224; l'issue d'une lente &#233;volution, toutes les agr&#233;gations soient mixtes (avec &#233;preuves identiques et liste unique de laur&#233;at.e.s.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats sur l'&#233;cole &#233;voluent apr&#232;s chacune des deux guerres mondiales avec les propositions des Compagnons de l'universit&#233; nouvelle apr&#232;s 1918 et le Plan Langevin-Wallon apr&#232;s 1945. Dans les deux cas, la volont&#233; d'une augmentation des taux de scolarisation et d'une orientation des &#233;l&#232;ves sur la base de leurs &#171; aptitudes &#187; et non de leur origine sociale est manifeste. En d&#233;pit d'&#233;volutions significatives (la loi Astier de 1919 sur l'enseignement technique ou l'essor des cours compl&#233;mentaires qui s'int&#233;greront bien plus tard au &#171; coll&#232;ge unique &#187;), le syst&#232;me reste fondamentalement identique. On peut parler d'un &#171; paradigme p&#233;dagogique &#233;litiste &#187; qui se caract&#233;rise par de forts clivages internes. Ce paradigme se caract&#233;rise par des structures qui s&#233;parent de fa&#231;on stricte les gar&#231;ons et les filles, les enfants du peuple et ceux de la bourgeoisie. Une logique de s&#233;lection des &#233;lites (largement accept&#233;e) est la caract&#233;ristique centrale de ce paradigme. Dans le m&#234;me temps, sur le plan p&#233;dagogique, une logique &#171; transmissive &#187; dans les m&#233;thodes d'enseignement s'impose ainsi que des rapports hi&#233;rarchiques forts entre enseignants et &#233;l&#232;ves comme entre les autorit&#233;s du syst&#232;me (minist&#232;re, inspecteurs g&#233;n&#233;raux, inspecteurs d'acad&#233;mie, proviseurs) et les personnels enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce paradigme &#233;litiste entre progressivement en crise apr&#232;s la Seconde guerre mondiale. A partir des ann&#233;es 1960, la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tendre la scolarisation pour r&#233;pondre aux besoins de la modernisation de l'&#233;conomie s'exprime. Par ailleurs, un souci &#171; d'&#233;galit&#233; des chances &#187; se manifeste &#224; travers une volont&#233; des classes moyennes et plus tard des classes populaires de permettre &#224; leurs enfants d'acc&#233;der &#224; une formation plus longue. Des responsables politiques soucieux de la modernisation de la soci&#233;t&#233; vont modifier le fonctionnement du syst&#232;me &#233;ducatif. Sur le plan des structures, la r&#233;forme Berthoin de 1959 porte l'&#226;ge de la scolarit&#233; obligatoire de 14 &#224; 16 ans, les Coll&#232;ges d'enseignement secondaires (CES) remplacent les Coll&#232;ges d'enseignement g&#233;n&#233;ral (CEG) et l'examen d'entr&#233;e en sixi&#232;me est supprim&#233;. De m&#234;me les centres d'apprentissage sont transform&#233;s en coll&#232;ges d'enseignement technique. Cette transformation des structures, qui conduit &#224; une hausse progressive des taux de scolarisation, n&#233;cessite un changement de d&#233;marche p&#233;dagogique. Cette aspiration au changement p&#233;dagogique trouve notamment ses sources dans les m&#233;thodes de &#171; l'&#233;cole nouvelle &#187; et s'exprime avec force dans les colloques de Caen (1966) et d'Amiens (1968). Lors du colloque d'Amiens, auquel participe Elise Freinet enthousiaste, Alain Peyrefitte (figure marquante du gaullisme) plaide pour un &#171; ma&#238;tre accompagnateur &#187; et la mise en &#339;uvre de m&#233;thodes actives. C'est donc &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1960, qu'&#233;merge un nouveau paradigme p&#233;dagogique que l'on peut qualifier de &#171; moderniste &#187; dans la mesure o&#249; il se d&#233;finit en opposition &#224; l'&#233;cole traditionnelle. Le mouvement lyc&#233;en et &#233;tudiant de Mai 68 et des ann&#233;es qui suivent accentue les changements p&#233;dagogiques sur fond de critique de &#171; l'&#233;cole caserne &#187;. On peut aussi, c'est ce que nous ferons, qualifier ce paradigme de &#171; d&#233;ficitariste &#187; dans la mesure o&#249; la volont&#233; d'accompagner l'accroissement des effectifs et de promouvoir &#171; l'&#233;galit&#233; des chances &#187; repose sur l'hypoth&#232;se d'un &#171; d&#233;ficit socio-culturel &#187; des &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires. On peut parler de pr&#233;jug&#233; d&#233;ficitariste dans la mesure o&#249; il conduit &#224; r&#233;viser en baisse les exigences intellectuelles (surtout pour les enfants des classes populaires) puisqu'il repose sur &#171; la conviction (&#8230;) qu'une confrontation trop brutale aux savoir abstraits et &#171; cultiv&#233;s &#187; condamnerait [les jeunes issus des classes populaires] &#224; l'&#233;chec &#187; (Terrail, 2016, p. 15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; la fois pour rompre avec les m&#233;thodes d&#233;su&#232;tes de l'enseignement traditionnel et pour s'adapter au &#171; handicap socio-culturel &#187; des milieux populaires, que va s'instaurer progressivement un nouveau syst&#232;me de normes p&#233;dagogiques (r&#233;forme de l'enseignement du fran&#231;ais de 1972, promotion de la mise en activit&#233; des &#233;l&#232;ves, ouverture de l'&#233;cole sur la vie, transformation du rapport entre enseignants et &#233;l&#232;ves, importance croissante de l'apprentissage des m&#233;thodes, etc.). Cette &#233;volution n'est pas propre &#224; la France : &#224; la m&#234;me &#233;poque, en Angleterre, Basil Bernstein voit &#233;merger la &#171; p&#233;dagogie invisible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant insister sur le fait que la mise en &#339;uvre du paradigme d&#233;ficitariste (en particulier les changements de structure) a eu indiscutablement des effets positifs. En raison de l'augmentation des taux de scolarisation, les g&#233;n&#233;rations n&#233;es dans les ann&#233;es 1950 ont acc&#233;d&#233; &#224; des connaissances, et plus g&#233;n&#233;ralement &#224; une culture, qui &#233;taient ignor&#233;e de leurs parents et grands-parents. En ce sens, il est indiscutable que les changements dans les structures : instauration croissante de la mixit&#233;, cr&#233;ation des SES et donc de la fili&#232;re B des lyc&#233;es en 1967, cr&#233;ation du baccalaur&#233;at technologique en 1969 et du baccalaur&#233;at professionnel en 1985, etc., ont contribu&#233; &#224; la d&#233;mocratisation du syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Progressivement, les milieux patronaux, longtemps adeptes du paradigme &#233;litiste, se sont massivement convertis au paradigme d&#233;ficitariste et &#224; la doxa qui le justifie. Par exemple : &#171; &#171; On peut objecter que le mod&#232;le d'&#233;cole forme tout de m&#234;me de bons ex&#233;cutants mais c'est limit&#233;. L'intelligence artificielle sera dans quelques ann&#233;es bien meilleure que nous &#224; ces t&#226;ches. On ne peut plus normer l'apprentissage, le meilleur moyen d'apprendre est d'explorer et de laisser explorer. (&#8230;). L'&#233;cole doit penser de nouveaux modules de formations bas&#233;es sur l'exp&#233;rimentation et l'&#233;change plut&#244;t que la hi&#233;rarchie &#187; (Eytan Missica, professeur &#224; l'ESCP et &#224; l'EDHEC, Forbes, 31/12/2018). Ce type de discours, tr&#232;s inspir&#233; des id&#233;es &#171; modernistes &#187; en &#233;ducation, se retrouve dans les publications du MEDEF, mais aussi de l'OCDE et de l'UNESCO. Il se caract&#233;rise par une p&#233;joration des savoirs et des disciplines et l'accent mis sur les &#171; comp&#233;tences comportementales &#187; (Algan, Huillery, Prost, 2019). Tout cela est coh&#233;rent avec l'adoption croissante du &#171; nouvel esprit du capitalisme &#187; (qui repose moins sur l'autorit&#233; hi&#233;rarchique que sur la souplesse, l'innovation, le travail en &#233;quipe, etc.) Comme le souligne J.-Y. Mas, la critique artiste du capitalisme et la critique artiste de l'&#233;cole se compl&#232;tent &#171; Si les institutions n&#233;o-lib&#233;rales s'int&#233;ressent aux p&#233;dagogies alternatives ou aux r&#233;formes soutenues par les mouvements p&#233;dagogiques, ce n'est donc pas parce qu'elles favorisent l'autonomie ou l'&#233;panouissement de la personne, mais parce qu'elles permettent de d&#233;velopper les comp&#233;tences comportementales dont les futurs travailleurs auront besoin pour s'adapter aux mutations de l'organisation du travail et aux nouvelles normes de l'emploi &#187; (Mas, 2019, p. 99). Pour sa part, J. Tovar, s'interroge sur la proximit&#233; entre l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique des th&#232;ses de la r&#233;volution lib&#233;rale op&#233;r&#233;e depuis les ann&#233;es 1980 et la doxa &#233;ducative de la &#171; gauche compassionnelle &#187; (Tovar, 2018). Cette proximit&#233; entre les th&#232;ses du lib&#233;ralisme &#233;conomique et celles du lib&#233;ralisme culturel dans le domaine &#233;ducatif devrait interroger. Elle est souvent ni&#233;e, par les mouvements p&#233;dagogiques et certains syndicats qui se pr&#233;occupent surtout de soutenir les &#171; r&#233;formes &#187; qui renforcent l'innovation p&#233;dagogique (les TPE au lyc&#233;e, puis les EPI au coll&#232;ge par exemple (Terrail, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple de la Doxa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par ailleurs, la tentation du petit lyc&#233;e a aussi conduit l'ensemble du syst&#232;me &#224; tendre vers l'abstraction : le coll&#232;ge en France est tr&#232;s notionnel et les enseignements, peu fond&#233;s sur des projets, oublient en cours de route d'enseigner aux &#233;l&#232;ves des comp&#233;tences pragmatiques et concr&#232;tes &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maya Akkari et Caroline Veltcheff (Fondation Terra Nova),&#034; A propos du d&#233;bat sur la r&#233;forme du coll&#232;ge de Najat Vallaud Belkacem&#034;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 12 mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La crise du paradigme d&#233;ficitariste&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du paradigme d&#233;ficitariste est aujourd'hui patente (Beitone, 2018). Le niveau baisse et les &#233;carts se creusent comme le soulignent des auteurs reconnus (R. Establet, A. Prost) qui ont longtemps (et &#224; juste titre) soulign&#233;s que le niveau montait. L'&#233;puisement du paradigme d&#233;ficitariste est affaire de structures (l'organisation du syst&#232;me &#233;ducatif), mais aussi de contenus d'enseignement et de dispositifs p&#233;dagogiques (Bautier et Rayou, 2013 ; Bonnery, 2007 ; Deauvieau et Terrail, 2017 ; Rochex et Crinon, 2011). De tr&#232;s nombreux travaux empiriques d&#233;montrent que la doxa p&#233;dagogique, qui s'est progressivement impos&#233;e &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1960, conduit les enseignants &#224; mettre en &#339;uvre, souvent sur injonction de leurs formateurs ou de la hi&#233;rarchie, des dispositifs p&#233;dagogiques qui amplifient les in&#233;galit&#233;s sociales d'apprentissage. S. Chauvel observe que &#171; le souci de transmission des savoirs disparait au profit de la production des dipl&#244;mes (Chauvel, 2016, p. 13) et que &#171; la rel&#233;gation de la transmission des savoirs au second plan contribue &#224; la production des in&#233;galit&#233;s d'apprentissage &#187; (Chauvel, 2016, p. 196).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est d'autant plus paradoxale qu'il s'agit, du c&#244;t&#233; du pouvoir politique, d'augmenter les taux de scolarisation et, du c&#244;t&#233; des syndicats et des mouvements p&#233;dagogiques, d'&#339;uvrer &#224; la d&#233;mocratisation qualitative, et donc &#224; une r&#233;ussite scolaire accrue, des &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les &#233;tudes se multiplient qui montrent l'&#233;puisement du projet de d&#233;mocratisation associ&#233; au paradigme d&#233;ficitariste. Parmi les &#171; d&#233;crocheurs &#187;, 5% sont des enfants de cadres et 45% sont des enfants d'ouvriers ; 90% des enfants d'enseignants et de cadres sup&#233;rieurs qui entrent en 6&#232;me obtiennent un bac 6 ans apr&#232;s, ce n'est le cas que pour 40% des enfants d'ouvriers ; 70% des enfants d'ouvriers obtiennent un bac professionnel ou technologique, 75% des enfants de cadres sup&#233;rieurs et d'enseignants obtiennent un bac g&#233;n&#233;ral (Delahaye, 2019). Les &#233;tudes de DEPP sur les savoirs disciplinaires montrent que les r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves les plus faibles sont en recul, les rapports PISA soulignent que la France est le pays de l'OCDE o&#249; l'origine sociale a l'impact le plus fort sur la r&#233;ussite scolaire des &#233;l&#232;ves. S'agissant des structures, on constate certes une hausse des taux de scolarisation dans le secondaire, mais ce dernier est caract&#233;ris&#233; &#224; la fois par une hi&#233;rarchisation des &#233;tablissements et une hi&#233;rarchisation (d&#232;s le coll&#232;ge pr&#233;tendument unique) des parcours de formation. Plus significatif encore, le m&#233;canisme de &#171; l'&#233;limination diff&#233;r&#233;e &#187; (Oeuvrard 1979) s'est d&#233;plac&#233; vers l'enseignement sup&#233;rieur (Beaud, 2008). Si la d&#233;mocratisation scolaire a bien &#233;t&#233;, dans un premier temps, &#233;galisatrice, elle devenue ensuite une d&#233;mocratisation uniforme et, au moins depuis les ann&#233;es 1990, une d&#233;mocratisation s&#233;gr&#233;gative (Merle, 2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cet enlisement du paradigme d&#233;ficitariste trois positions se d&#233;gagent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	La position conservatrice qui r&#233;clame un retour au paradigme &#233;litiste (pour eux les difficult&#233;s du coll&#232;ge et du lyc&#233;e r&#233;sultent du fait que trop d'&#233;l&#232;ves n'y ont &#171; pas leur place &#187;). Parall&#232;lement &#224; ce probl&#232;me de structures (pourquoi ne pas r&#233;instaurer l'examen d'entr&#233;e en 6&#232;me ?) s'exprime la volont&#233; d'un retour aux &#171; bonnes vieilles m&#233;thodes &#187; : renforcement des sanctions, port de l'uniforme, lev&#233;e des couleurs en d&#233;but de journ&#233;e, etc. Tout cela est bien s&#251;r li&#233; &#224; des contenus d'enseignement eux aussi conservateurs (le retour au roman national en histoire, les grandes &#339;uvres &#233;tudi&#233;es de fa&#231;on chronologique en fran&#231;ais, etc.). Ce projet est partiellement mis en &#339;uvre dans des &#233;tablissements hors contrat qui se multiplient avec l'appui de certains milieux religieux et patronaux (Fondation Saint Pie V, Fondation Esp&#233;rance Banlieue, etc.). Les appels en faveur de l'&#233;ducation &#224; la maison s'inscrivent en partie dans cette perspective ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	La position &#171; moderniste &#187; qui rassemble &#224; la fois une partie des mouvements p&#233;dagogiques, certains syndicats et les milieux patronaux eux aussi modernistes et innovateurs. Ils consid&#232;rent que les mauvais r&#233;sultats d'une partie des &#233;l&#232;ves r&#233;sultent du fait que l'on n'est pas all&#233; assez loin dans la mise en application des m&#233;thodes p&#233;dagogiques innovantes. Ils r&#233;clament donc plus d'autonomie des &#233;tablissements, plus de r&#233;duction de la place des disciplines en faveur d'enseignements pluridisciplinaires, plus de comp&#233;tences et moins de savoirs, plus de nouvelles technologies, plus de p&#233;dagogie invers&#233;e, etc. Les ministres de l'&#233;ducation (de gauche ou de droite) et une large fraction de l'appareil hi&#233;rarchique de l'&#233;ducation nationale, sont sur cette position. Ils r&#233;clament de faire des chefs d'&#233;tablissements des &#171; patrons &#187; sur le mod&#232;le des cr&#233;ateurs de start up, un changement du recrutement et de la formation continue des enseignants qui fasse plus de place aux techniques p&#233;dagogiques et moins de place aux savoirs acad&#233;miques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Une position qui d&#233;fend une authentique &#233;galit&#233; dans l'acc&#232;s aux savoirs. Cette position conduit &#224; revendiquer &#224; la fois des changements de structures (l'&#233;cole commune jusqu'&#224; 18 ans) et une transformation radicale des dispositifs p&#233;dagogiques dans le cadre d'une &#233;cole de l'exigence intellectuelle (Terrail, 2016). Cette posture qui rejette &#224; la fois le retour au mod&#232;le &#233;litiste et la persistance du paradigme d&#233;ficitariste s'appuie notamment sur les travaux de Jean-Pierre Terrail, du GRDS et du groupe ESCOL (Paris VIII). J.-P. Terrail pr&#233;cise que sa conception repose sur &#171; l'exigence, dans le monde d'aujourd'hui, d'une &#233;ducation pour tous de haut niveau, une &#233;ducation qui ne vise pas d'abord &#224; inculquer des messages, mais &#224; former des capacit&#233;s instruites de r&#233;flexion et d'analyse &#187; (Terrail, 2016, p. 11).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le paradigme de l'exigence intellectuelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le paradigme de l'exigence intellectuelle refuse l'opposition st&#233;rile (voire dangereuse) entre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Celles et ceux qui veulent un acc&#232;s des &#233;l&#232;ves &#224; une culture de haut niveau quitte &#224; accentuer la situation actuelle d'&#233;limination tout au long de la scolarit&#233; des &#233;l&#232;ves qui ne parviennent pas &#224; entrer dans les apprentissages ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Celles et ceux qui, par volont&#233; de d&#233;mocratisation scolaire, sont pr&#234;t.e.s &#224; en rabattre sur l'enseignements des savoirs exigeants qui seuls permettent de rendre compte de la r&#233;alit&#233; naturelle et sociale. L'argument souvent avanc&#233; par les tenants de cette position, c'est qu'on ne peut pas enseigner &#224; toute une g&#233;n&#233;ration ce qui n'&#233;tait enseign&#233; au d&#233;but du XXe si&#232;cle qu'&#224; 5% d'une g&#233;n&#233;ration et au d&#233;but des ann&#233;es 1960 &#224; 15%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le GRDS, il est n&#233;cessaire et possible de repenser le syst&#232;me scolaire afin de cr&#233;er les conditions d'un acc&#232;s &#233;galitaire aux savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions du GRDS (pr&#233;cis&#233;es ci-dessous) reposent sur trois id&#233;es fondamentales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	La premi&#232;re d&#233;velopp&#233;e par J.-P. Terrail (2013) souligne que, d&#232;s lors que les enfants sont entr&#233;s dans le langage oral, ils disposent de tous les outils qui peuvent servir de base aux apprentissages : &#171; Apprendre &#224; parler, c'est se familiariser avec le maniement des abstractions linguistiques et se doter, par suite, d'une capacit&#233; de pens&#233;e abstraite (&#8230;) Apprendre &#224; parler, c'est se doter d'une capacit&#233; de mise &#224; distance, d'objectivation des objets du monde et de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie (&#8230;) Apprendre &#224; parler soumet les humains &#224; l'empire du raisonnement logique (&#8230;) &#187; (Terrail, 2016), pp. 74-75). Il y a donc une &#233;galit&#233; des intelligences et il faut renoncer non seulement &#224; la th&#233;orie des dons, mais aussi au fatalisme sociologique. Car &#171; l'aptitude &#224; la pens&#233;e abstraite est un universel humain, comme l'est le langage &#187; (Terrail, 2016, p. 74) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	La seconde est la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;crit (Goody, 1979 ; Terrail, 2004). L'utilisation des signes graphiques permet d'acqu&#233;rir une posture r&#233;flexive &#224; l'&#233;gard des savoirs. Le d&#233;veloppement de l'&#233;cole est historiquement li&#233;e &#224; la lente g&#233;n&#233;ralisation, au sein des soci&#233;t&#233;s, du langage &#233;crit. L'une des t&#226;ches essentielles de l'&#233;cole est donc de permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves de ma&#238;triser le langage &#233;crit ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	L'&#233;cole est un lieu d'apprentissage sp&#233;cifique, non seulement parce qu'elle est le lieu de mobilisation des capacit&#233; d'abstraction et de raisonnement logique que permet le langage oral et des capacit&#233;s de r&#233;flexivit&#233; que permet le langage &#233;crit, mais aussi parce qu'elle doit permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'acc&#233;der aux &#171; savoirs puissants &#187; (&#171; powerful Knowledge &#187;, Young, 2014). Ces savoirs reposent sur la distinction entre les savoirs issus des disciplines et les savoirs issus de l'exp&#233;rience des &#233;l&#232;ves et du sens commun. Young insiste aussi sur le refus du relativisme (il cite Boghossian, 2006). Les auteurs de ce courant soulignent que la domination des conceptions n&#233;o-lib&#233;rales conduit les politiques de l'&#233;ducation &#224; concevoir un enseignement bas&#233; sur les comp&#233;tences pour les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires et r&#233;servent les &#171; savoirs puissants &#187; aux &#233;l&#232;ves issus des cat&#233;gories privil&#233;gi&#233;es (Wheelahan, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour l'&#233;cole commune&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan des structures, le GRDS met en avant la revendication d'une &#233;cole commune jusqu'&#224; 18 ans. Il ne s'agit pas de revendiquer l'&#233;galit&#233; des chances, mais l'&#233;galit&#233; des r&#233;sultats. Les m&#234;mes apprentissages pour toutes et tous. Ce qui suppose tr&#232;s largement la suppression de la notation et le refus de la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves et des &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des &#233;cole maternelles et primaires, il faut lutter vigoureusement en faveur de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des publics et du renforcement des moyens en fonction de l'origine sociale des &#233;l&#232;ves (la majorit&#233; des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; sont hors des &#233;tablissement situ&#233;s en &#171; &#233;ducation prioritaire &#187;). Aujourd'hui, 20% environ des &#233;l&#232;ves sortent de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire sans ma&#238;triser correctement la lecture et l'&#233;criture, ce qui a une influence tr&#232;s n&#233;gative sur leurs apprentissages ult&#233;rieurs et leurs parcours scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au coll&#232;ge, il faut obtenir la suppression des fili&#232;res de d&#233;rivation (notamment SEGPA, EREA, ULIS, classes pr&#233;professionnelles). Ces structures de d&#233;rivation ont une population massivement issue des cat&#233;gories sociales d&#233;favoris&#233;es et constituent largement le vivier o&#249; l'on recrute les &#233;l&#232;ves de l'enseignement professionnel (Palheta, 2012). Les in&#233;galit&#233;s de niveau scolaire (notamment en fonction de l'origine sociale) doublent entre l'entr&#233;e en 6&#232;me et la fin de la 3&#232;me. Il faut au contraire, au coll&#232;ge comme dans les autres niveaux de formation, mettre en place un dispositif de formation commun &#224; tous les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication de l'&#233;cole commune, doit s'appliquer aussi au lyc&#233;e ce qui suppose la suppression des trois fili&#232;res (professionnelle, technologique et g&#233;n&#233;rale). Il faut fixer au syst&#232;me &#233;ducatif une obligation de r&#233;sultats avec 100% de r&#233;ussite des apprentissages. Ces apprentissages correspondent aux exigences d'un programme qui doit conduire tous les &#233;l&#232;ves &#224; une culture commune ambitieuse. Cette &#233;cole ne vise pas &#224; appliquer le mod&#232;le de l'enseignement g&#233;n&#233;ral actuel &#224; tous, mais permet &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'acqu&#233;rir une culture, incluant une dimension polytechnique, sans exclure les pratiques sportives et artistiques, les humanit&#233;s, les sciences sociales, les math&#233;matiques et les sciences de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous objecte souvent que beaucoup d'&#233;l&#232;ves ne sont pas &#171; faits &#187; pour un mod&#232;le d'&#233;cole commune. Cette objection rel&#232;ve soit d'une naturalisation des aptitudes scolaires des &#233;l&#232;ves, soit d'un fatalisme sociologique (certains &#233;l&#232;ves auraient un &#171; esprit concret &#187; etc.). Mais si notre projet est utopique, il faut le comparer au mod&#232;le actuellement en vigueur o&#249; on s'accommode d'&#233;coles &#233;l&#233;mentaires tr&#232;s diff&#233;rentes quant &#224; leur recrutement et aux apprentissages qui y sont r&#233;alis&#233;s. Ce mod&#232;le, o&#249; &#171; l'&#233;cole primaire divise &#187; (Baudelot et Establet 1971), ne parvient pas, loin de l&#224;, &#224; r&#233;aliser l'&#233;galit&#233; des apprentissages (Rochex et Crinon 2011). Le pseudo-coll&#232;ge unique, aggrave la situation et les trois fili&#232;res du lyc&#233;e sont loin de d&#233;livrer des bacs qui sont &#233;gaux du point de vue des apprentissages r&#233;alis&#233;s et de la poursuite des &#233;tudes. Ce qui se pratique aujourd'hui, c'est &#171; l'&#233;limination diff&#233;r&#233;e &#187;. Poursuivre dans cette voie de distillation fractionn&#233;e qui s&#233;lectionne une &#233;lite sans se pr&#233;occuper de ce que deviennent ceux qui ne r&#233;ussissent pas, est inacceptable. D'autant plus que ce syst&#232;me se pr&#233;sente comme un mod&#232;le m&#233;ritocratique o&#249; on se pr&#233;occupe d'assurer l'&#233;galit&#233; des chances et o&#249;, par cons&#233;quent, les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; sont responsables de leur &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e d'une &#233;cole commune jusqu'&#224; 18 ans est un projet de transformation radicale. Il faudra convaincre les militant.e.s, les enseignant.e.s pas sp&#233;cialement militant.e.s, les organisations syndicales, les parents d'&#233;l&#232;ves, sans compter les classes dirigeantes. Ce projet d'&#233;cole commune suppose l'int&#233;gration de l'enseignement priv&#233; qui contribue actuellement beaucoup &#224; la s&#233;gr&#233;gation scolaire. Mais aujourd'hui, la tendance qui se manifeste dans le syst&#232;me scolaire est inverse : c'est l'accentuation des projets &#233;ducatifs propres &#224; chaque &#233;tablissement, la publication dans la presse d'un palmar&#232;s des lyc&#233;es, le d&#233;veloppement de la p&#233;dagogie par projets, la diff&#233;renciation qui justifie, sous pr&#233;texte d'adaptation aux &#233;l&#232;ves, une in&#233;galit&#233; des apprentissages, etc. Les milieux patronaux et les groupes communautaristes multiplient la cr&#233;ation des &#233;coles priv&#233;es hors contrat. Certains p&#233;dagogues critiques en viennent, eux aussi, &#224; cr&#233;er des &#233;coles priv&#233;es hors contrat, souvent tr&#232;s co&#251;teuses pour les familles. Le risque de l'entr&#233;e dans une logique marchande est patent. Une solution &#171; lib&#233;rale &#187; &#224; ce probl&#232;me est le syst&#232;me des ch&#232;ques-&#233;ducation. Solution qui est pr&#233;conis&#233;e par des &#233;conomistes tr&#232;s lib&#233;raux. Elle est utilis&#233;e en Su&#232;de avec des r&#233;sultats d&#233;sastreux, tant sur le plan des apprentissages des &#233;l&#232;ves que sur la situation des enseignants (Goarant 2018).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le syst&#232;me actuel de &#171; l'&#233;cole unique &#187; place les enseignants dans une situation intenable. On ne peut leur demander &#171; de s'investir de fa&#231;on d&#233;termin&#233;e et durable dans la r&#233;ussite de tous tant que perdure la mission que leur confie l'&#233;cole unique d'ins&#233;parablement former et s&#233;lectionner. L'institution doit clairement signifier, par la suppression de la concurrence entre les &#233;l&#232;ves et la mise en place d'un tronc commun, qu'elle attend d'eux qu'on en finisse avec la s&#233;lection et qu'ils conduisent tous leurs publics &#224; l'appropriation d'une culture commune de haut niveau &#187; (Terrail, 2016, p. 15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Transformer les dispositifs p&#233;dagogiques&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation d'un tronc commun permettant la r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves ne peut pas &#234;tre r&#233;alis&#233;e sans la mise en place de dispositifs p&#233;dagogiques coh&#233;rents avec cette action d&#233;termin&#233;e en faveur de l'&#233;galit&#233; des apprentissages. Les propositions et pistes de r&#233;flexion pr&#233;sent&#233;es ci-dessous s'appuient sur de nombreux travaux empiriques (observations de classes, entretiens avec les &#233;l&#232;ves et les enseignants) qui visent &#224; comprendre les dysfonctionnements actuels des apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pr&#233;ciser que les analyses et propositions ci-dessous ne constituent pas une critique des pratiques actuelles des enseignants pris individuellement. Il s'agit de transformer le paradigme p&#233;dagogique qui s'impose tr&#232;s largement aux enseignants &#224; travers la formation initiale et continue, les injonctions hi&#233;rarchiques, les supports p&#233;dagogiques (manuels, ressources en ligne, etc.), de nombreux discours d'origine syndicale et un discours de sens commun qui s'impose dans les m&#233;dias (une &#233;cole ludique c'est quand m&#234;me mieux pour les &#233;l&#232;ves !). Or, comme nous allons le montrer, ce paradigme contribue tr&#232;s significativement &#224; l'&#233;chec des &#233;l&#232;ves issus des cat&#233;gories populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rompre avec le fatalisme sociologique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut prendre au s&#233;rieux la perspective d'une &#171; p&#233;dagogie rationnelle &#187; avanc&#233;e par P. Bourdieu et J.-C. Passeron d&#232;s 1964 : &#171; celle qui se donne comme fin inconditionnelle de permettre au plus grand nombre possible d'individus de s'emparer dans le moins de temps possible, le plus compl&#232;tement et le plus parfaitement possible, du plus grand nombre possible des aptitudes qui font la culture scolaire &#224; un moment donn&#233; &#187; (Bourdieu et Passeron, p. 164). Les contraintes li&#233;es aux conditions de vie des familles des &#233;l&#232;ves sont bien s&#251;r consid&#233;rables (logement, revenus, situation relatives &#224; l'emploi, capital culture, etc.), mais il n'en demeure pas moins que l'&#233;cole, dans sa fonction sp&#233;cifique de transmission des savoirs, dispose d'une autonomie relative. Elle contribue certes &#224; la reproduction des rapports sociaux, mais elle ne se r&#233;duit pas &#224; cela. Les savoirs qu'elle transmet sont soumis &#224; une norme du vrai. Si l'on ne prend pas en compte cela, on s'interdit de comprendre comment des enfants du peuple (Jaur&#232;s et Bourdieu par exemple) se sont empar&#233;s du savoir pour le mettre au service de la critique sociale. Il y a un principe d'&#233;ducabilit&#233; qui concerne tous les &#233;l&#232;ves quelle que soit leur origine sociale et leurs conditions de vie. Le fatalisme sociologique joue, dans une large mesure aujourd'hui, le m&#234;me r&#244;le que jouait jadis la &#171; th&#233;orie des dons &#187;. Les difficult&#233;s scolaires des &#233;l&#232;ves trouveraient leur origine uniquement dans des facteurs qui sont ext&#233;rieurs &#224; l'&#233;cole. C'est enfermer les enseignants dans une forme de d&#233;sesp&#233;rance. Bourdieu, au contraire, soulignait que la connaissance des lois qui gouvernent le monde social nous met en mesure d'en combattre les effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu d&#233;cisif du langage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs auteurs (Bautier et Rochex, 1997 ; Bautier et Goigoux 2004) ont soulign&#233; l'importance d&#233;cisive du langage dans les apprentissages. En particulier, s'inspirant des travaux de M. Bakhtine, ils ont introduit, &#224; propos des usages du langage, la distinction entre le genre premier et le genre second. Le genre premier est plus simple, plus ancr&#233; dans le quotidien et les &#233;motions, le genre second est plus complexe, il repose sur une posture r&#233;flexive &#224; l'&#233;gard du langage. Pour permettre aux &#233;l&#232;ves d'acc&#233;der &#224; des connaissances issues des savoirs-savants et des savoirs scolaires, l'&#233;cole doit permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves de s'approprier le genre second dans le travail scolaire. J. Deauvieau (2007 et 2009) a notamment montr&#233; l'importance du genre de discours qui est utilis&#233; dans la classe de jeunes professeurs de SES. Certains acceptent d'interagir avec les &#233;l&#232;ves &#224; partir du genre premier, c'est-&#224;-dire sur le registre de la vie quotidienne et/ou sur le registre de l'opinion politique. Ceux-l&#224;, en particulier, pr&#233;sentent leur propre discours comme une opinion parmi d'autres. Ils ne peuvent donc pas institutionnaliser les savoirs appris parce qu'ils n'entrent pas dans le registre de discours second. Ces professeurs pratiquent ce que Deauvieau appelle &#171; l'activisme langagier &#187;. Comme, en SES, la norme professionnelle est la &#171; participation &#187; des &#233;l&#232;ves, ils craignent qu'en interrompant les &#233;l&#232;ves pour leur imposer le genre de discours correspondant aux savoirs scolaires, ils ne conduisent &#224; des prises de parole moins actives. Mais, si les &#233;l&#232;ves sont actifs, ils ne r&#233;alisent pas, faute de discours adapt&#233;s, les apprentissages vis&#233;s. Qui plus est, on parle &#224; certains &#233;l&#232;ves sur le registre du genre premier et on exige d'autres le recours au genre second. Ces usages diff&#233;renci&#233;s du langage, sont cr&#233;ateurs d'in&#233;galit&#233;s sociales d'apprentissages (il s'agit d'un contrat didactique diff&#233;rentiel). Dans la m&#234;me perspective, J.-Y. Rochex, observe une classe de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire qui travaille sur les triangles. Aux bons &#233;l&#232;ves, les enseignants parlent de &#171; sommets &#187; et de &#171; c&#244;t&#233;s &#187;, aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, les enseignants parlent de &#171; bords &#187; et de &#171; pointes &#187;. La seconde cat&#233;gorie d'&#233;l&#232;ves, d&#233;j&#224; en difficult&#233;, va voir ses difficult&#233;s aggrav&#233;es par un tel usage du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire entrer tous les &#233;l&#232;ves dans la culture &#233;crite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Lahire l'avait soulign&#233; en 2000 dans un livre qui rendait compte d'une longue et minutieuse enqu&#234;te empirique (Lahire, 2000, p. 9), l'univers scolaire est le lieu de la culture &#233;crite par excellence. La premi&#232;re condition de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite c'est l'apprentissage de la lecture. Or pendant des ann&#233;es en France la m&#233;thode syllabique a &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e. La mise en &#339;uvre du B. A., BA a fait l'objet de nombreux sarcasmes comme symbole d'une p&#233;dagogie traditionnelle fond&#233;e sur la r&#233;p&#233;tition plus que sur la compr&#233;hension. Or, disaient les adversaires de la m&#233;thode syllabique, &#171; lire c'est comprendre &#187;. Comme si la syllabique excluait la compr&#233;hension. La chose s'est compliqu&#233;e du fait que la droite politique (et d'abord J.-M. Blanquer lui-m&#234;me) a fait du retour &#224; la syllabique une composante du discours conservateur. Certains en d&#233;duisent, h&#226;tivement, qu'&#234;tre pour la m&#233;thode syllabique c'est &#234;tre de droite. Pourtant les travaux s'accumulent qui montrent de fa&#231;on convaincante que le recours &#224; la m&#233;thode syllabique favorise la lecture et r&#233;duit les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage dans ce domaine (Deauvieau, Terrail et Reichstadt, 2015). Dans ce livre les trois auteurs s'appuient notamment, sur une enqu&#234;te conduite dans des &#233;coles de Seine Saint-Denis qui montre que dans les classes o&#249; le manuel conforme &#224; la m&#233;thode syllabique est utilis&#233;, l'apprentissage de la lecture est favoris&#233; pour tous les &#233;l&#232;ves et que les in&#233;galit&#233;s dans ce domaine sont r&#233;duites. J. Deauvieau et J.-P. Terrail (2018) rappellent les trois principes essentiels de la m&#233;thode syllabique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Tout d&#233;chiffrable &#187;. Pas de lecture devinette ou de mots outils. On entre dans l'&#233;crit en d&#233;codant l'&#233;criture alphab&#233;tique et en ma&#238;trisant la correspondance phon&#232;me/graph&#232;me ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Assurer l'autonomie de l'&#233;l&#232;ve qui peut s'approprier des textes culturellement ambitieux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mettre en &#339;uvre une pratique soutenue de la lecture &#224; voix haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terrail (2018) et Reichstadt (2018) insistent sur les m&#233;faits des faux d&#233;bats &#224; propos des m&#233;thodes de lecture qui conduisent &#224; passer &#224; c&#244;t&#233; de l'enjeu essentiel : la difficult&#233; pour des dizaines de milliers d'&#233;l&#232;ves d'entrer dans la culture &#233;crite. J. Reichstadt illustre cette question &#224; partir de tr&#232;s nombreux exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. Garcia et A.-C. Oller, qui affirment ne pas vouloir entrer dans cette pol&#233;mique sur les m&#233;thodes de lecture, publient tout d'abord un livre (2015) puis un article (2018) qui ont eu un certain retentissement. Dans l'article, elles d&#233;crivent une &#233;cole o&#249; la moiti&#233; des &#233;l&#232;ves de CP ne ma&#238;trisent pas la lecture. Cette situation est sans doute &#224; mettre en relation avec le fait que l'&#233;cole utilise un manuel tr&#232;s proche de la m&#233;thode globale o&#249; la &#171; lecture devinette &#187; est tr&#232;s fr&#233;quente. En accord avec les enseignants de l'&#233;cole, elles prennent en charge les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; de lecture avec comme support un manuel syllabique, les &#233;l&#232;ves progressent tr&#232;s rapidement et cela am&#233;liore leurs r&#233;sultats dans les autres mati&#232;res. En d&#233;pit de cela, la situation conduit &#224; des tensions avec des enseignants de la circonscription et plus encore avec l'IEN.&lt;br class='autobr' /&gt;
S. Garcia est r&#233;cemment revenu sur cette question. En s'appuyant sur B. Bernstein, elle montre que l'insuffisance ou l'absence d'enseignement du d&#233;chiffrage &#224; l'&#233;cole est un facteur d'in&#233;galit&#233; sociale dans les apprentissages : &#171; le d&#233;chiffrage est le premier stade de la lecture et c'est pr&#233;cis&#233;ment son absence de prise en charge par l'&#233;cole, comme l'avait d&#233;j&#224; vu Bernstein (Bernstein, 1975, p. 55) qui met en &#233;chec les &#233;l&#232;ves de milieu populaire &#187; (Garcia, 2018, p. 71).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adopter une p&#233;dagogie visible radicale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Basil Bernstein (1924-2000) a distingu&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1960 deux mod&#232;les p&#233;dagogiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	La p&#233;dagogie visible qui est une p&#233;dagogie explicite quant aux objectifs cognitifs qui sont vis&#233;s, qui utilise de fa&#231;on intensive un discours instructeur, qui pratique &#224; la fois une classification des savoirs (notamment pour distinguer les savoirs d'exp&#233;rience et les savoirs scolaires) et un cadrage des activit&#233;s des &#233;l&#232;ves qui est mis au service des apprentissages ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	La p&#233;dagogie invisible, dont l'approche des savoirs est globalisante (classification faible), qui utilise principalement un discours r&#233;gulateur et un cadrage faible (on privil&#233;gie l'expression spontan&#233;e et les activit&#233;s de d&#233;couverte). Dans cette p&#233;dagogie, l'accent est mis sur le discours r&#233;gulateur de l'enseignant (r&#233;gulation des activit&#233;s des &#233;l&#232;ves qui doivent &#234;tre aussi autonomes que possible).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernstein observe que ce nouveau mod&#232;le p&#233;dagogique est port&#233; par les classes moyennes salari&#233;es, tant en ce qui concerne les enseignants que les parents d'&#233;l&#232;ves. Or, comme le souligne Roger Establet, si la p&#233;dagogie invisible est favorable aux &#233;l&#232;ves issus des cat&#233;gories privil&#233;gi&#233;es et des cat&#233;gories moyennes cultiv&#233;es, elle nuit aux apprentissages des &#233;l&#232;ves issus des cat&#233;gories populaires. Il &#233;crit : &#171; Tous les r&#233;sultats sont convergents. Ce sont les p&#233;dagogies qui d&#233;finissent le plus explicitement les savoirs pertinents (classification) et qui font conna&#238;tre le plus explicitement les performances attendues de l'&#233;l&#232;ve (cadrage) qui permettent aux enfants des classes d&#233;favoris&#233;es de r&#233;ussir &#187; (Establet, 2008). Le paradigme d&#233;ficitariste s'est inscrit tr&#232;s clairement dans la p&#233;dagogie invisible. Comme l'&#233;crit J.P. Terrail &#171; (&#8230;) les politiques scolaires n'ont cess&#233;, depuis cinquante ans, de chercher &#224; rendre l'&#233;cole plus attractive pour les enfants du peuple en gommant les asp&#233;rit&#233;s in&#233;vitables de tout acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s. Elles n'ont r&#233;ussi qu'&#224; leur rendre cet acc&#232;s majoritairement tr&#232;s difficile, souvent impossible &#187; (Terrail, 2016, pp.15-16). Contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, c'est lorsqu'on permet aux &#233;l&#232;ves d'acc&#233;der &#224; &#171; la saveur des savoirs &#187; (Astolfi, 2017), m&#234;me et surtout lorsqu'il faut s'engager sur &#171; les sentiers escarp&#233;s de la connaissance &#187; (Marx, 1965, p. 543) qu'on les mobilise dans les apprentissages. A la seule condition bien s&#251;r que les enseignants mettent tout en &#339;uvre pour surmonter les difficult&#233;s d'apprentissage. A l'inverse, si on ne propose pas aux &#233;l&#232;ves des enjeux cognitifs forts et/ou si on ne met pas en place le cadrage ad&#233;quat pour que les &#233;l&#232;ves franchissent les obstacles, le risque est grand que les &#233;l&#232;ves, qui font une exp&#233;rience r&#233;p&#233;t&#233;e de l'&#233;chec, manifestent un refus de l'ordre scolaire, voire &#171; d&#233;crochent &#187; du syst&#232;me scolaire. Or, comme l'a rappel&#233; Tristan Poullaouec (2010), &#171; le dipl&#244;me est l'arme des faibles &#187;. Les &#233;l&#232;ves qui ne parviennent pas &#224; entrer dans les apprentissages, d&#232;s l'&#233;cole primaire, sont ceux qui alimentent les sorties sans dipl&#244;me du syst&#232;me scolaire, ou qui n'obtiennent que des dipl&#244;mes trop faibles pour assurer une poursuite d'&#233;tudes ou l'insertion professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe comme le soulignent E. Bautier et P. Rayou, un lien fort entre les usages du langage et l'invisibilisation des apprentissages : &#171; En r&#233;f&#233;rence aux n&#233;cessit&#233;s contemporaines, et aux pr&#233;conisations institutionnelles, la parole en classe est donc produite dans une pluralit&#233; d'objectifs. Il s'agit pour l'enseignant de construire la classe comme communaut&#233; o&#249; chacun peut exister comme sujet- ce qui n'&#233;quivaut pas &#224; construire un collectif de travail- apprendre &#224; prendre la parole en public, exprimer un sentiment, une opinion ou commenter un document, s'approprier des savoirs et construire des significations nouvelles, raisonner verbalement, probl&#233;matiser, d&#233;battre, expliquer, raconter, argumenter, repr&#233;senter&#8230;. Cette pluralit&#233; produit de l'ambigu&#239;t&#233; concernant le registre cognitif des activit&#233;s langagi&#232;res et de travail attendu, conduit &#224; son opacit&#233;, voire son invisibilit&#233;. &#187; (Bautier et Rayou, 2013, p.108).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutter contre les malentendus scolaires et d&#233;velopper une p&#233;dagogie explicite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a malentendu scolaire lorsque l'&#233;l&#232;ve ne comprend pas l'enjeu cognitif et l'objectif des t&#226;ches qu'on lui demande de r&#233;aliser. S. Bonnery (2007), notamment, donne de nombreux exemples de ces situations. Ainsi lorsque, dans une activit&#233; en g&#233;ographie, qui vise &#224; faire comprendre l'importance des courbes de niveau dans certaines cartes, un &#233;l&#232;ve s'attache &#224; r&#233;aliser un beau coloriage. Ou bien, quand un &#233;l&#232;ve qui doit r&#233;aliser le sch&#233;ma d'un circuit &#233;lectrique, s'attache &#224; reproduire fid&#232;lement la couleur des fils et leurs circonvolutions. On voit dans ce dernier cas que l'&#233;l&#232;ve ne s'est pas appropri&#233; le concept de sch&#233;ma et qu'il n'a pas per&#231;u l'enjeu cognitif (ici la compr&#233;hension de ce qu'est un circuit &#233;lectrique). E. Bautier donne l'exemple d'une activit&#233; de mots crois&#233;s dans laquelle beaucoup d'&#233;l&#232;ves ne per&#231;oivent que le caract&#232;re ludique sans percevoir que l'enseignant veut les conduire &#224; une posture r&#233;flexive sur l'articulation entre les mots et les lettres et &#224; l'apprentissage de l'orthographe. La volont&#233; d'inscrire les apprentissages dans des exemples concrets conduit dans certains cas &#224; s'&#233;loigner des objectifs d'apprentissages. Par exemple, l'&#233;tude des pourcentages de r&#233;partition &#224; partir des r&#233;sultats d'une r&#233;cente &#233;lection dans la commune o&#249; se trouve l'&#233;cole observ&#233;e, conduit l'enseignant &#224; s'&#233;loigner de l'objectif d'apprentissage pour se lancer dans des d&#233;veloppements li&#233;s &#224; l'&#233;ducation civique (que veulent dire les termes &#171; blancs &#187;, &#171; nuls &#187;, &#171; suffrages exprim&#233;s &#187;, etc.). En ne centrant pas les activit&#233;s sur les apprentissages vis&#233;s, on risque de ne pas permettre aux &#233;l&#232;ves (ou &#224; certains d'entre eux) de rep&#233;rer ce qu'il convient d'apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours pour se conformer &#224; la doxa actuellement dominante, certains enseignants s'efforcent de mettre en &#339;uvre une conception &#171; int&#233;gr&#233;e &#187; des savoirs &#224; travers les activit&#233;s mises en place. Par exemple une sortie scolaire permettra d'apprendre &#224; la fois de la g&#233;ographie, de la botanique, de la g&#233;ologie, des math&#233;matiques, etc. Mais au total, dans la globalit&#233; de l'approche, les &#233;l&#232;ves n'identifient pas les concepts, les raisonnements, etc. qu'il convient de m&#233;moriser et de mettre en &#339;uvre dans d'autres contextes. Cela est &#233;troitement li&#233;e &#224; la volont&#233; de pratiquer des approches pluridisciplinaires. Ces derni&#232;res peuvent aussi constituer un obstacle aux apprentissages. Comme l'&#233;crivent E. Bautier et P. Rayou, &#171; Cette pr&#233;sentation des savoirs conduit, peut &#234;tre faute de temps, &#224; faire l'impasse sur les sp&#233;cificit&#233;s de chaque discipline convoqu&#233;e, sur la logique de leur construction, la sp&#233;cificit&#233; de leur probl&#233;matisation, de leur mode de validation des enjeux des sp&#233;cificit&#233;s des types d'&#233;crits. Plus encore, une telle d&#233;marche conduit &#224; faire comme si ces savoirs disciplinaires &#233;tant maitris&#233;s la priorit&#233; revenait &#224; leur convocation pertinente et &#224; leur mise en relation. Le cours est ainsi le lieu, du coll&#232;ge &#224; l'universit&#233;, o&#249; les &#233;l&#232;ves et &#233;tudiants s'entrainent &#224; ces convocations pluridisciplinaires, les savoirs eux-m&#234;mes et leur acquisition &#233;tant renvoy&#233;s, en fonction de ce que chacun sait ou ne sait pas, au travail de documentation personnel de documentation hors le cours. (&#8230;) Nombre d'&#233;l&#232;ves et d'&#233;tudiants n'ont pas accumul&#233;s les savoirs disciplinaires n&#233;cessaires &#224; cette convocation, ne sont pas &#224; m&#234;me d'identifier les savoirs possiblement pertinents. Ce sont les disciplines elles-m&#234;mes qui disparaissent en tant que principe organisateur des savoirs de l'&#233;l&#232;ve. &#187; (Bautier et Rayou, 2013, p.98-99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient donc, pour mettre en &#339;uvre une p&#233;dagogie rationnelle (ou explicite ou visible), de renoncer au pilotage des apprentissages par les t&#226;ches et mettre l'accent sur une logique de compr&#233;hension des enjeux des savoirs, de leur port&#233;e d&#233;mystificatrice, de leur capacit&#233; &#224; voir et &#224; comprendre le r&#233;el autrement. Cela suppose que l'on donne, au cours des apprentissages, toute leur place &#224; l'abstraction et &#224; la th&#233;orisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renoncer &#224; la vulgate constructiviste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constructivisme en mati&#232;re p&#233;dagogique et didactique a de nombreux m&#233;rites. Qu'il se r&#233;clame de J. Piaget ou de L. Vygotski (ou des deux), le constructivisme insiste sur le fait que les savoirs enseign&#233;s doivent avoir du sens pour les &#233;l&#232;ves et donc ne doivent pas &#234;tre introduits de fa&#231;on plus ou moins arbitraire par l'enseignant. Ensuite, le constructivisme insiste sur le fait que les &#233;l&#232;ves doivent d&#233;velopper une activit&#233; intellectuelle pour apprendre. Les activit&#233;s mises en place au sein de la classe ont pour but de permettre la transformation des savoirs (qui existent objectivement dans la soci&#233;t&#233; et dans le monde savant) en connaissances qui ont du sens pour l'&#233;l&#232;ve et qui r&#233;sultent d'une activit&#233; d'investigation-structuration au cours de laquelle l'&#233;l&#232;ve est intellectuellement actif. A l'issue de cette phase doit exister une phase d'institutionnalisation du savoir qui permet aux &#233;l&#232;ves d'identifier exactement ce qui a &#233;t&#233; appris et qui est valide au regard des savoirs de r&#233;f&#233;rences &#233;labor&#233;s par des communaut&#233;s scientifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux ouvrages, de nombreuses formations en IUFM puis en ESPE, ont vis&#233; &#224; ce que les enseignants inscrivent leurs activit&#233;s dans cette logique constructiviste. Mais progressivement, ce qui relevait de la recherche en psychologie et en &#233;ducation, s'est transform&#233; en une vulgate dont on a de bonnes raisons de penser qu'elle a un impact n&#233;gatif sur les apprentissages des &#233;l&#232;ves et surtout sur les in&#233;galit&#233;s d'apprentissages. Le cours typique relevant de cette vulgate comporte trois phases :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Une phase de sensibilisation dont l'objectif est de permettre aux &#233;l&#232;ves de donner du sens aux apprentissages. Mais dans de nombreux cas, il s'agit de se situer par rapport aux repr&#233;sentations, aux centres d'int&#233;r&#234;t des &#233;l&#232;ves et pas par rapport aux savoirs de r&#233;f&#233;rence. Ces activit&#233;s de &#171; sensibilisation &#187; se r&#233;duisent bien souvent en une collecte des opinions des &#233;l&#232;ves, ce qui peut conduire &#224; la pratique de l'activisme langagier plus qu'&#224; l'&#233;change public d'arguments fond&#233;s en raison ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	La seconde phase, la plus longue au cours d'une s&#233;quence d'enseignement, consiste pour les &#233;l&#232;ves &#224; r&#233;aliser des activit&#233;s qui, en principe d&#233;bouchent sur les savoirs vis&#233;s par l'enseignant. La premi&#232;re difficult&#233; consiste &#224; passer de la phase de sensibilisation aux activit&#233;s pr&#233;vues par l'enseignant.e. Souvent ce passage est arbitraire. Par ailleurs, les activit&#233;s se r&#233;duisent dans la plupart des cas au travail sur des supports documentaires fournis par l'enseignant et &#224; une investigation sous la forme d'un cours dialogu&#233; dont rien ne permet d'assurer qu'il donne lieu &#224; une v&#233;ritable activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Une phase d'institutionnalisation qui est r&#233;duite, quand elle existe, &#224; la portion congrue. De telle sorte que, les &#233;l&#232;ves ne disposent pas d'un texte du savoir, qui leur permettrait de conna&#238;tre sans ambigu&#239;t&#233; quels savoirs ou savoir-faire ils doivent ma&#238;triser. S. Bonn&#233;ry (2015) en comparant des manuels de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et du coll&#232;ge des ann&#233;es 1950 &#224; aujourd'hui montre que la m&#234;me &#233;volution s'est produite : la place des savoirs institutionnalis&#233;s s'est r&#233;duite dans les manuels actuels qui comportent un grand nombre de documents, de questions, de consignes pour des activit&#233;s dont un parent non dot&#233; en capital culturel ne peut pas faire grand-chose. Il ne peut pas, par exemple, s'assurer que son enfant ma&#238;trise le contenu du texte du savoir. Evidemment, &#224; l'inverse, les parents qui ma&#238;trisent la culture scolaire et ses attentes implicites, qui disposent &#224; leur domicile d'une abondante litt&#233;rature documentaire, qui savent comment faire une recherche internet efficace, peuvent aider leurs enfants &#224; faire leur &#171; m&#233;tier d'&#233;l&#232;ve &#187;, vont pouvoir faire en sorte qu'ils r&#233;pondent aux attentes de l'&#233;cole. On est en pr&#233;sence, l&#224; encore, de dispositifs p&#233;dagogiques qui amplifient les in&#233;galit&#233;s sociales et scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le paradigme d&#233;ficitariste repose sur un ensemble de th&#232;ses et de pratiques contestables : en diff&#233;renciant les pratiques et le vocabulaire utilis&#233;, en s'effor&#231;ant de rendre l'&#233;cole plus ludique, en relativisant la sp&#233;cificit&#233; des savoirs scolaires et leur ancrage dans les savoirs savant, en transf&#233;rant certaines t&#226;ches indispensables aux apprentissages hors de l'&#233;cole (la p&#233;dagogie invers&#233;e constitue de ce point de vue un sommet, Beitone et Osenda, 2017), ce paradigme nuit aux apprentissages de tous, mais de fa&#231;on encore plus grave, aux apprentissages des &#233;l&#232;ves issus des cat&#233;gories populaires. Peut-on faire autrement ? Des exp&#233;riences nous montrent que la r&#233;ponse est positive. Nous l'avons vu &#224; propos de l'apprentissage de la lecture. Nous disposons, de plus, d'un t&#233;moignage important de la part d'un professeur d'histoire et g&#233;ographie de coll&#232;ge en ZEP (Nicolas Kaczmarek) qui a d&#233;cid&#233; un jour de mettre en &#339;uvre la p&#233;dagogie de l'exigence intellectuelle et qui constate, et ses coll&#232;gues avec lui, que tout change tant en ce qui concerne la ma&#238;trise des savoirs par les &#233;l&#232;ves qu'en ce qui concerne l'ambiance de sa classe (Kakzmarek, 2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos propositions, comme on nous le reproche parfois, constituent-elles un retour aux bonnes vieilles m&#233;thodes en usage dans le paradigme &#233;litiste ? Pas du tout. D'abord par ce que notre paradigme est r&#233;solument &#233;galitaire et qu'il faut se donner les moyens (mat&#233;riels et didactiques) d'atteindre cet objectif. Ensuite parce que notre perspective de l'exigence intellectuelle exclue un retour de l'&#233;cole &#224; la logique de restitution et que notre perspective est clairement celle de la compr&#233;hension des enjeux culturels ambitieux pour tou.te.s les &#233;l&#232;ves. Dans cette perspective notre objectif n'est pas de renoncer &#224; la mise en activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves ou &#224; un usage raisonn&#233; des p&#233;dagogies actives. O. Mottint (2018) a montr&#233; clairement qu'il ne fallait pas jeter le b&#233;b&#233; des m&#233;thodes actives avec le bain de la p&#233;dagogie invisible. Et nous sommes, sur ce point au moins, d'accord avec R. Goigoux, lorsqu'il plaide pour une &#171; p&#233;dagogie &#233;clectique &#187; en soulignant &#171; de nombreux chercheurs ont montr&#233; les effets n&#233;fastes de p&#233;dagogies &#171; invisibles &#187;, celles qui sont peu intelligibles aux &#233;l&#232;ves et &#224; leurs parents, peu explicites dans leur mise en &#339;uvre et lacunaires quant aux savoirs enseign&#233;s : trop de comp&#233;tences requises par les t&#226;ches scolaires ne sont pas assez exerc&#233;es &#224; l'&#233;cole et sont laiss&#233;es &#224; la charge de l'&#233;ducation hors l'&#233;cole, ce qui contribue &#224; renforcer les in&#233;galit&#233;s. Bref une p&#233;dagogie insuffisamment explicite, progressive et structur&#233;e ne permet pas de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s scolaires, voire les accroit (Goigoux, 2001, p. 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total nous pouvons reprendre la position d&#233;fendue par Nico Hirtt (Association Pour une Ecole D&#233;mocratique, Belgique), ce collectif militant se trouve confront&#233; &#224; une nouvelle r&#233;forme de l'enseignement en Belgique francophone (les autorit&#233;s gouvernementales parlent de &#171; Pacte d'excellence &#187;). A ce projet, N. Hirtt (2018) oppose la perspective d'une &#233;cole d&#233;mocratique : &#171; L'&#233;cole d&#233;mocratique, &#233;mancipatrice, devra &#234;tre &#224; la fois exigeante et compr&#233;hensive, attach&#233;e &#224; la rigueur des savoirs th&#233;oriques comme &#224; la richesse de la pratique, dot&#233;e d'une grande autonomie mais prot&#233;g&#233;e de la concurrence et de ses effets s&#233;gr&#233;gateurs, ouverte sur l'exp&#233;rimentation p&#233;dagogique mais attach&#233;e &#224; une solide transmission des connaissances &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Algan Y., Huillery E., Prost C. (2018), Confiance, coop&#233;ration et autonomie : Pour une &#233;cole du XXI&#232;me si&#232;cle, &lt;i&gt;Note du Conseil d'analyse &#233;conomique&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.cae-eco.fr/Confiance-cooperation-et-autonomie-pour-une-ecole-du-XXIeme-siecle&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cae-eco.fr/Confiance-cooperation-et-autonomie-pour-une-ecole-du-XXIeme-siecle&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Bautier E. et Rochez J.-Y. (1997) Apprendre, des malentendus qui font la diff&#233;rence, in Terrail, J.-P. (1997)&lt;br class='autobr' /&gt;
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		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;cole commune et utopie (1) Le travail enseignant aujourd'hui</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article247</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article247</guid>
		<dc:date>2017-02-21T16:35:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Le projet d'&#171; &#233;cole commune &#187; avanc&#233; par le GRDS comme seule r&#233;ponse possible aux probl&#232;mes essentiels pos&#233;s aujourd'hui &#224; notre syst&#232;me &#233;ducatif, et en tout premier lieu &#224; la question lancinante des in&#233;galit&#233;s scolaires, appara&#238;t souvent comme une id&#233;e s&#233;duisante mais fortement empreinte d'utopie. Comme un projet irr&#233;aliste qui risque m&#234;me de nous d&#233;tourner des combats d'aujourd'hui, eux bien r&#233;els. Janine Reichstadt a entrepris d'examiner de pr&#232;s cette imputation d'utopisme dans une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L113xH150/arton247-e2ed9.png?1790693200' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Le projet d'&#171; &#233;cole commune &#187; avanc&#233; par le GRDS comme seule r&#233;ponse possible aux probl&#232;mes essentiels pos&#233;s aujourd'hui &#224; notre syst&#232;me &#233;ducatif, et en tout premier lieu &#224; la question lancinante des in&#233;galit&#233;s scolaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, appara&#238;t souvent comme une id&#233;e s&#233;duisante mais fortement empreinte d'utopie. Comme un projet irr&#233;aliste qui risque m&#234;me de nous d&#233;tourner des combats d'aujourd'hui, eux bien r&#233;els. Janine Reichstadt a entrepris d'examiner de pr&#232;s cette imputation d'utopisme dans une contribution qui l'am&#232;ne &#224; soutenir &#171; qu'une &#233;cole refond&#233;e au sens fort du mot, sans concurrence, sans notation, sans s&#233;lection, sans fili&#232;res, et donc en capacit&#233; d'assurer la r&#233;ussite de tous dans le cadre de la culture commune exigeante d'un tronc commun depuis les petites classes jusqu'au bac, ne rel&#232;ve pas d'id&#233;es simplement imagin&#233;es abstraitement. &#187; Sachant qu'une telle &#233;cole suppose une forte am&#233;lioration de l'efficacit&#233; des apprentissages, elle rappelle le r&#244;le crucial de l'activit&#233; des enseignants pour la r&#233;ussite d'un projet d'&#233;cole commune, l'importance d&#233;cisive de leur formation, de leur capacit&#233; &#224; reprendre la main sur leur m&#233;tier, et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale de leur engagement dans l'entreprise de refondation scolaire. En ce sens la r&#233;flexion sur le caract&#232;re utopique ou pas de l'&#233;cole commune ne saurait faire l'&#233;conomie d'une analyse de ce qu'il en est aujourd'hui de la situation du monde enseignant et de son rapport au travail. C'est l'objet de la premi&#232;re partie de la contribution de J. Reichstadt qu'on lira ci-dessous. Cette analyse men&#233;e &#224; bien lui permet, dans une seconde partie (qu'on peut lire &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article248&amp;var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;) de se confronter &#224; la question de l'utopie et &#224; l'objection de l'irr&#233;alisme suppos&#233; d'une perspective de transformation ambitieuse de notre syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Travail et d&#233;bat de normes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout ce qui est &#339;uvre de l'activit&#233; humaine &#233;crit Yves Schwartz est le r&#233;sultat de d&#233;bats de normes, de compromis desquels il faut se mettre en permanence en instruction. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Schwartz, &#171; Le travail est toujours une mati&#232;re &#233;trang&#232;re &#187;, Regards (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Une mise en instruction qui signe le sens profond&#233;ment anthropologique de ce concept de &#171; d&#233;bat de normes &#187; : c'est une dimension universelle de l'activit&#233; propre &#224; l'homme qui se trouve par-l&#224; sp&#233;cifi&#233;e. Cette dimension ne se rencontre pas chez l'animal, la norme n'existe, n'a de sens et de valeur que chez l'homme qui en est l'inventeur culturel et historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail appartient &#224; l'ensemble des activit&#233;s humaines dont il est une forme, et selon Yves Schwartz, &#171; L'activit&#233; humaine peut-&#234;tre sch&#233;matis&#233;e par une dynamique &#224; trois p&#244;les : le p&#244;le de l'activit&#233; en situation, le p&#244;le des savoirs investis dans l'activit&#233;, le p&#244;le des valeurs qui irriguent l'activit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Schwartz, Ibid.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les p&#244;les de la situation et des savoirs investis s'imposent comme des normes ant&#233;c&#233;dentes qui se r&#233;f&#232;rent &#224; la dimension historique, sociale, pratique de l'activit&#233;, mais celle-ci ne se contente jamais de prendre les traits de la simple ex&#233;cution spontan&#233;e, m&#233;canique, du seul respect scrupuleux des instructions, des prescriptions issues des normes contenues dans la situation et les savoirs, par rapport &#224; la valeur desquelles il n'y aurait plus &#224; se situer. Il n'y a pas de travail sans normes ant&#233;c&#233;dentes, mais il n'y a pas non plus de travail sans d&#233;bat avec celles-ci. Travailler c'est penser, c'est donc se situer, se d&#233;terminer par rapport &#224; ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pens&#233; par d'autres, et se trouve cristallis&#233; dans la situation de travail &#224; laquelle le travailleur se confronte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; norme &#187; vient du latin &#171; norma &#187;, l'&#233;querre, proprement qui donne l'angle droit, et au figur&#233;, la r&#232;gle, la ligne de conduite qui se r&#233;f&#232;rent &#224; des jugements de valeur culturellement, socialement construits, plus ou moins explicites chez le sujet, mais toujours pr&#233;sents dans ses conduites. La norme se fait donc crit&#232;re ou principe qui r&#232;gle la conduite. Les savoirs investis dans l'activit&#233; peuvent &#234;tre de nature technologique ou scientifique : en eux-m&#234;mes ils d&#233;terminent la prise en compte n&#233;cessaire d'une objectivit&#233; qui ne d&#233;pend pas du sujet. Mais aussi bien la situation dans laquelle se d&#233;ploie cette activit&#233; que les savoirs investis, ne demeurent simplement rapport&#233;s &#224; la seule objectivit&#233; d'une r&#233;alit&#233; naturelle ou mat&#233;rielle qui dicterait ses lois. Pris dans l'activit&#233; humaine, la question de leur valeur, de leur sens est toujours pos&#233;e. Tout poste de travail est un concentr&#233; de technologie mais aussi de choix sociaux, &#233;conomiques, politiques dont les normes qu'ils impliquent rencontrent le travailleur qui n'y demeure jamais insensible. Il peut m&#234;me remettre en cause la technologie &#171; objective &#187; adopt&#233;e dans le poste en raison d'une critique des choix non technologiques qu'il cristallise : la technologie perd alors de son objectivit&#233; technique &#171; pure &#187;, pour devenir l'enjeu de d&#233;bats qui peuvent aller jusqu'&#224; s'inscrire dans un processus de contestation &#224; vis&#233;e d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#171; microscopique &#187; le d&#233;bat de normes qui tisse tout travail, le fait &#224; partir de la pr&#233;sence op&#233;rante en nous de valeurs qui instruisent nos choix gestionnaires de l'ensemble des combinatoires mat&#233;rielles, proc&#233;durales, humaines qui se pr&#233;sentent dans la situation de travail. On peut songer aux &#171; choix posturaux de tel ouvrier ou ouvri&#232;re sur cha&#238;ne, visant &#224; anticiper les al&#233;as, &#224; tenir les temps, &#224; &#233;conomiser de l'espace et du temps en amont et en aval de son poste pour &#233;viter de &#171; couler &#187; sur son voisin ou sa voisine, et cr&#233;ant ainsi un horizon de vie commun acceptable sur la cha&#238;ne. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Schwartz, &#034;Manifeste pour un ergo-engagement&#034;, in L'activit&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'ouvrier ou l'ouvri&#232;re sur cha&#238;ne qui s'inscrit de la sorte dans cet horizon de vie commun jug&#233; acceptable, pr&#233;f&#232;re se conduire ainsi pour garantir, pour lui, elle et les autres, l'acceptabilit&#233; de cet horizon. Mais il ou elle pourrait y &#234;tre moins sensible et choisir d'attendre, peu ou prou, les protestations de ses voisins s'il lui arrive de &#171; couler &#187; sur eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, cet ouvrier ou cette ouvri&#232;re peut inscrire son choix vis-&#224;-vis de ses voisins en acceptant sur le fond l'exploitation du travail &#224; la cha&#238;ne, en la trouvant somme toute normale ou difficilement contestable, m&#234;me si elle lui co&#251;te beaucoup. Mais l'un ou l'autre peut aussi la d&#233;noncer au nom d'une critique radicale du capitalisme qui d&#233;termine ses conditions de travail sur la cha&#238;ne, et ainsi &#234;tre amen&#233;-e &#224; s'inscrire dans une action collective de lutte anticapitaliste syndicale et /ou politique, qui change son regard sur son travail. M&#234;me largement collective, la lutte a besoin d'individus convaincus dont la conviction se construit dans le d&#233;bat qui porte sur des choix &#233;thiques de soci&#233;t&#233; et donc de vies, d'exp&#233;riences au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail rencontre l'&#233;thique car &#224; chaque d&#233;cision prise, le choix qu'elle repr&#233;sente se fait en fonction de syst&#232;mes de valeurs que nous n'avons pas cr&#233;&#233;s de toute pi&#232;ce, mais que nous nous donnons et qui peuvent entrer en conflictualit&#233; avec d'autres : les syst&#232;mes de valeurs ne sont immuables, ni pour la personne singuli&#232;re, ni pour la communaut&#233; de travail. Le monde du travail est travers&#233; de normes &#233;minemment modifiables : il n'est pas stable, il se restructure en permanence, il &#171; fait histoire &#187;, et c'est bien parce que le projet d'&#233;cole commune s'inscrit pleinement dans cette historicit&#233; du d&#233;bat de normes qui se fait mouvement r&#233;el, qu'il n'a rien d'utopique au sens qu'on pr&#234;te habituellement &#224; ce mot, comme nous continuerons de l'expliciter plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat de normes au travail n'est jamais plus ou moins gratuit au sens o&#249; il ne s'apparente pas &#224; une simple &#171; dispute &#187; sans grandes cons&#233;quences pour la sant&#233; du travailleur. Le vivable ou l'invivable de la situation de travail entrent profond&#233;ment en lice dans ce d&#233;bat o&#249; se jouent de multiples &#233;valuations estim&#233;es par le &#171; cogito de l'agir &#187;. &#171; Je ne puis jamais faire usage de moi-m&#234;me sans &#233;valuer en m&#234;me temps cet usage que je fais et/ou que l'on fait de moi-m&#234;me. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Schwartz, Ibid.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette question d&#233;cisive du vivable ou de l'invivable et donc de la sant&#233; dans tous ses aspects s'invite en permanence dans le d&#233;bat de normes et participe de toutes les &#171; dramatiques &#187; individuelles qui tissent l'activit&#233; de travail, profond&#233;ment &#233;trang&#232;res &#224; un monde d'atomes humains qui n'auraient rien de &#171; crochus &#187; : la renormalisation dans le d&#233;bat de normes au travail est partage plus ou moins explicite, clair, de valeurs communes. &#171; Renormaliser, c'est aussi choisir avec qui &#233;changer des coups d'&#339;il, quoi mettre en commun, avec qui, quel patrimoine construire -ou d&#233;construire- au fil des jours. (&#8230;) C'est par ces cristallisations collectives enchev&#234;tr&#233;es que cheminent d'incessantes circulations &#224; double sens, entre les choix de soci&#233;t&#233;, les politiques des &#201;tats et des communaut&#233;s de divers ordres et les dramatiques individuelles. (&#8230;) &lt;i&gt;C'est l&#224; que communiquent sans discontinuit&#233; la grande et la petite histoire&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Schwartz, Ibid. [soulign&#233; par moi&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; l'&#233;cole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cole se pose de fa&#231;on majeure cette question de choisir &#171; avec qui &#233;changer des coups d'&#339;il, quoi mettre en commun, avec qui, quel patrimoine construire &#8211; ou d&#233;construire &#8211; au fil des jours &#187;. D&#232;s qu'ils interviennent dans leur classe, les enseignants sont forc&#233;ment dans le partage plus ou moins explicite de valeurs, de normes puis&#233;es dans leur histoire personnelle, leur formation, les dispositifs didactiques et p&#233;dagogiques, leurs recherches sur les moyens d'am&#233;liorer leur pratique, avec tout ce que cela implique pour eux de rapports aux savoirs qu'ils enseignent et aux &#233;l&#232;ves qui leur sont confi&#233;s. Que vaut l'objectif de faire en sorte qu'&#224; la fin du CP les &#233;l&#232;ves puissent lire de fa&#231;on s&#251;re et autonome ? Est-il r&#233;aliste, souhaitable ? Que valent les Enseignements de Pratiques Interdisciplinaires (EPI) de la r&#233;forme du coll&#232;ge pour satisfaire les exigences intellectuelles normalement centrales dans la d&#233;finition m&#234;me des missions de l'&#233;cole ? Que vaut le &#171; tous capables &#187; ? Faut-il all&#233;ger les exigences pour les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;s ? Est-ce un signe de classe normal, que l'ensemble des notes se r&#233;partissent selon une courbe de Gauss ? Faut-il continuer de noter ? Comment distinguer sans trop se tromper l'autorit&#233; et l'autoritarisme dans la classe ? Sur quoi &#171; mettre le paquet &#187; prioritairement, sur le relationnel ou sur le disciplinaire ? C'est au quotidien que l'activit&#233; enseignante est instruite par des r&#233;ponses plus ou moins claires, explicites, r&#233;fl&#233;chies, &#224; de grandes questions comme celles-ci, parcourue par le souci de s'approcher au plus pr&#232;s de la meilleure d&#233;finition possible du travail &#171; bien fait &#187;, du travail efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me form&#233; par des dispositifs p&#233;dagogiques pr&#233;-pens&#233;s ou confront&#233; &#224; des injonctions, aucun enseignant n'&#233;chappe aux choix qui irriguent toutes les d&#233;cisions &#171; grandes &#187; ou &#171; petites &#187; (au mot, au ton de la voix, au regard, au geste pr&#232;s), qu'il prend constamment et qui refl&#232;tent les normes qu'il s'applique, d'o&#249; le sentiment de responsabilit&#233; qu'il &#233;prouve toujours, un sentiment qui dans certaines circonstances peut lui &#234;tre cruel lorsqu'il se transforme en culpabilit&#233;, mais qui dans d'autres, peut lui permettre de se conforter dans ses mani&#232;res de &#171; bien faire &#187;. Aussi, lorsque les difficult&#233;s sont lourdes, la tentation de se lib&#233;rer du poids de la responsabilit&#233; peut passer, comme nous le constatons souvent, par l'externalisation des causes de ces difficult&#233;s, confi&#233;es &#224; l'origine socio-culturelle et/ou aux probl&#232;mes personnels des &#233;l&#232;ves, au d&#233;triment d'un retour r&#233;flexif sur la nature proprement scolaire de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels savoirs, quelles postures, quels choix sont brass&#233;s, d&#233;battus dans ces mouvements de l'activit&#233; ? &#202;tre &#224; l'&#233;coute de ces d&#233;bats est bien s&#251;r fondamental, mais cela ne signifie pas s'interdire de les r&#233;fl&#233;chir, de les discuter, de chercher &#224; les infl&#233;chir s'il le faut. &#171; Aucun niveau de la vie sociale ne peut survivre dans la cacophonie normative &#187; : il est donc n&#233;cessaire de cr&#233;er &#171; les conditions pour construire des normes enrichies, des normes instruites. Des normes &#171; instruites &#187; et &#224; r&#233;-instruire contin&#251;ment &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Schwartz, Ibid.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme le pr&#233;cise Yves Schwartz, et comme le pr&#233;conise le projet d'&#233;cole commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on tr&#232;s stimulante d'introduire de la &#171; r&#233;-instruction &#187; dans les normes, rejoint le propos de Pierre Macherey qui de son c&#244;t&#233; avance : &#171; La normalit&#233; n'est en aucun cas un principe inconditionnel ayant ses garanties dans une rationalit&#233; intemporelle, dont la n&#233;cessit&#233; serait d&#233;finitivement prot&#233;g&#233;e contre toute atteinte ; c'est un &#233;tat pr&#233;caire, soumis aux fluctuations des normes qui le d&#233;finissent, dont la n&#233;cessit&#233; ne joue que dans certaines limites fix&#233;es par convention et modifiables &#224; tout moment. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Macherey, Le sujet des normes, &#201;ditions Amsterdam, 2014.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les normes qui instruisent l'&#233;cole aujourd'hui ne sont en rien destin&#233;es &#224; voir leurs logiques s'inscrire dans la p&#233;rennit&#233;. Elles subissent la contradiction d'autres rationalit&#233;s et l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; de leurs &#233;checs. Conventionnelles et modifiables elles rejoignent ce que Georges Canguilhem dit plus largement du milieu social humain : c'est un milieu &#171; o&#249; les institutions sont au fond pr&#233;caires, les conventions r&#233;vocables, les modes rapides comme l'&#233;clair. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Canguilhem, Le normal et le pathologique. PUF, 1972.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les normes conventionnelles de l'&#233;cole n'&#233;tant pas de simples modes, elles ne sont pas aussi rapides que l'&#233;clair, mais assur&#233;ment, elles sont parfaitement susceptibles aujourd'hui, d'accueillir de la &#171; r&#233;-instruction &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te men&#233;e en 2012-2013 sous la direction de J&#233;r&#244;me Deauvieau et reprise dans &lt;i&gt;Enseigner efficacement la lecture&lt;/i&gt;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Deauvieau, Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, Enseigner (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous offre des exemples tr&#232;s instructifs pour appr&#233;hender ce qui se joue lorsque les enseignants sont &#224; la recherche du vivable sur fond de d&#233;bats de normes. Cette enqu&#234;te qui a test&#233; l'efficacit&#233; des manuels d'apprentissage de la lecture des m&#233;thodes mixte et syllabique utilis&#233;s dans les classes contact&#233;es, en a retenu quatre : deux de la mixte (Mixte-1 et Mixte-2), et deux de la syllabique (Syllabique-1 et Syllabique-2)./ Les caract&#233;ristiques de ces deux m&#233;thodes et celles des manuels qui les utilisent sont largement explicit&#233;es dans Enseigner efficacement la lecture./ Les r&#233;sultats des tests montrent que ceux de la m&#233;thode syllabique ont une efficacit&#233; nettement sup&#233;rieure &#224; ceux de la m&#233;thode mixte. A chaque manuel correspond un score moyen des &#233;l&#232;ves et la courbe de l'efficacit&#233; va tr&#232;s nettement croissant du manuel Mixte-1 au manuel Syllabique-2, avec pour chacun une homog&#233;n&#233;it&#233; significative des r&#233;sultats. Toutefois, pour chaque manuel une classe s'&#233;carte sensiblement de la moyenne, tant au niveau du d&#233;chiffrage que de la compr&#233;hension. (Les performances de d&#233;chiffrage et de compr&#233;hension sont fortement corr&#233;l&#233;es dans toutes les classes.) Des entretiens avec les enseignants ont pu mettre au jour ce qui pouvait offrir une explication &#224; ce d&#233;crochage de classes appel&#233;es &#171; d&#233;viantes &#187; par rapport aux autres qui utilisaient le m&#234;me manuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignante de la classe 22 avait adopt&#233; le manuel Syllabique-2. Mais famili&#232;re du manuel Mixte-1, et manifestement form&#233;e dans sa pratique par la culture p&#233;dagogique de la mixte qu'elle n'a pas pu tenir &#224; distance, elle n'a pas r&#233;ussi &#224; s'emparer des principes qui ont guid&#233; la r&#233;alisation de Syllabique-2 : une d&#233;marche rigoureusement syllabique et une ambition culturelle in&#233;dite dans ce type de manuels. Elle a donc travaill&#233; avec d'autres supports et mis en &#339;uvre la m&#233;thodologie de la mixte : aborder le code de fa&#231;on phon&#233;mique et non pas graph&#233;mique, pratiquer la lecture devinette sous diff&#233;rentes formes notamment &#224; partir d'illustrations, dissocier la lecture compr&#233;hension du travail sur le d&#233;chiffrage, faire appel &#224; la m&#233;morisation globale de mots. Bref elle s'est trouv&#233;e confront&#233;e &#224; un d&#233;bat extr&#234;mement sensible entre les normes de la mixte et celles de la syllabique qu'elle a retravaill&#233;es &#224; partir de sa culture professionnelle habituelle, tant elles lui ont parues impraticables, invivables dans sa pratique quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet aspect m&#233;thodologique du travail de cette enseignante est venu se greffer un aspect plus id&#233;ologique qui touche &#224; sa conviction de l'impossibilit&#233; pour ses &#233;l&#232;ves issus d'un milieu tr&#232;s populaire de pouvoir acc&#233;der aux exigences culturelles &#233;lev&#233;es du manuel Syllabique-2. L&#224; aussi le d&#233;bat de normes fut vif pour elle. Cette enseignante &#233;tait sensible &#224; l'ambition des textes &#224; vis&#233;e litt&#233;raire et &#224; celle de l'iconographie artistique exigeante, mais elle pensait que ses &#233;l&#232;ves &#233;taient dans l'incapacit&#233; d'acc&#233;der &#224; ce qui lui paraissait trop difficile pour eux. Nous voyons ici combien ce type de d&#233;bat dans la pratique enseignante est palpable, combien il est essentiel d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute du &#171; d&#233;j&#224;-l&#224; norm&#233; &#187; chez l'enseignant, mais aussi combien il est indispensable de cr&#233;er les conditions de la construction de normes autrement d&#233;finies quand cela s'impose comme c'est le cas dans notre exemple, car il n'est pas pensable de laisser perdurer une situation o&#249; les enfants des classes populaires pourraient &#234;tre maintenus &#224; l'&#233;cart des contenus les plus ambitieux intellectuellement et culturellement des mat&#233;riels pour la classe, et des d&#233;marches didactiques les plus efficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A rebours du travail de renormalisation du manuel Syllabique-2 de cette enseignante, deux autres enseignants qui partaient d'un manuel de la mixte n'en ont pas respect&#233; les principes et se sont autoris&#233;s &#224; supprimer les devinettes, tout apprentissage global de mots, pour se concentrer sur le d&#233;chiffrage. &#171; Les enfants doivent toujours d&#233;chiffrer &#187; dit l'un d'eux. Par ailleurs, ils ne se sont pas particuli&#232;rement pos&#233; la question d'une adaptation &#171; par le bas &#187; jug&#233;e n&#233;cessaire pour les &#233;l&#232;ves d'origine populaire, nombreux dans leurs classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; aucune pratique enseignante ne peut s'accommoder d'injonctions venues &#171; d'en haut &#187;, certains contestent ces injonctions en se contentant de mettre en avant la libert&#233; p&#233;dagogique dans son principe sans autre forme de proc&#232;s. Or seule la libert&#233; p&#233;dagogique instruite, exigeante intellectuellement peut valablement conduire la pratique et devenir la condition de l'efficacit&#233; p&#233;dagogique dans un mouvement d'instruction et de r&#233;-instruction continu au gr&#233; des recherches, des r&#233;flexions et d&#233;bats sur le m&#233;tier. Le projet d'&#233;cole commune s'inscrit dans ce mouvement. Comme toutes les utopies il tend un miroir, ici &#224; l'&#233;cole, et &#224; partir de ce qu'il observe, il lui propose une refondation qui contient les possibilit&#233;s de solutions aux probl&#232;mes non r&#233;solus qui l'emp&#234;chent de satisfaire aux exigences d'une r&#233;elle d&#233;mocratisation. Ce mouvement est &#233;tranger &#224; la simple projection d'un id&#233;al sur lequel la r&#233;alit&#233; devrait se r&#233;gler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'appuyer dialectiquement sur les possibilit&#233;s de solutions n&#233;es des probl&#232;mes non r&#233;solus par o&#249; &#171; communiquent sans discontinuit&#233; la grande et la petite histoire &#187; nous &#233;loigne singuli&#232;rement de la perception utopiste-irr&#233;aliste du projet d'&#233;cole commune par o&#249; on s'attache &#224; le discr&#233;diter. Ces probl&#232;mes non r&#233;solus sont multiples au sein de l'&#233;cole, mais celui qui touche &#224; la centralit&#233; du travail des enseignants dans le syst&#232;me est n&#233;vralgique, ce qui indique &#224; quel point la formation initiale et continue prend un tour particuli&#232;rement d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un m&#233;tier &#224; la peine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avancer l'id&#233;e que le m&#233;tier d'enseignant est &#224; la peine c'est convoquer deux sens : celui des r&#233;sultats scolaires tr&#232;s faibles pour un pourcentage inqui&#233;tant d'&#233;l&#232;ves, notamment des classes populaires, et celui du v&#233;cu des enseignants dans leur majorit&#233;, ce qui au total peut nous permettre de dire que le &#171; m&#233;tier &#187; d'&#233;l&#232;ve et celui d'enseignant sont trop souvent maltrait&#233;s. J'utilise ici cette notion de maltraitance &#224; dessein pour souligner avec Yves Clot que c'est le travail qu'il faut soigner et non pas les personnes, trop souvent soumises &#224; une m&#233;dicalisation de leurs difficult&#233;s, de leur souffrance, qui se trompe de malade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Clot, Le travail &#224; c&#339;ur. Pour en finir avec les risques psychosociaux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des r&#233;sultats tr&#232;s inqui&#233;tants&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la prochaine &#233;ch&#233;ance &#233;lectorale d'aucuns ont cherch&#233; &#224; nous avertir : mettre en avant les mauvais r&#233;sultats du syst&#232;me scolaire fran&#231;ais n'aurait pas d'autre effet que de faire le jeu de la droite et de l'extr&#234;me-droite pr&#234;tes &#224; s'emparer de ces r&#233;sultats pour brosser des programmes &#171; radicaux &#187; en mesure de &#171; soigner &#187; vigoureusement l'&#233;cole. Afficher les r&#233;sultats de l'&#233;tude internationale TIMSS 2015&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TIMSS 2015 math&#233;matiques et sciences. &#201;valuation internationale des &#233;l&#232;ves (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui montre un bas niveau en France des &#233;l&#232;ves de CM1 en math&#233;matiques et en sciences, a m&#234;me &#233;t&#233; jug&#233; dangereux par une responsable syndicale nationale, au motif qu'ils d&#233;moraliseraient les enseignants qui travaillent beaucoup pour la r&#233;ussite des enfants. Autrement dit on demande de casser le thermom&#232;tre pour ne plus se soucier de la fi&#232;vre afin de ne pas d&#233;courager les efforts du malade qui pourrait avoir envie d'aller mieux. Il n'en reste pas moins que le combat contre les mesures de la droite &#171; d&#233;complex&#233;e &#187; n'a aucune chance de marquer des points si la lucidit&#233; sur la r&#233;alit&#233; de l'&#233;cole n'est pas d&#233;velopp&#233;e aupr&#232;s des parents de plus en plus pr&#233;occup&#233;s par la r&#233;ussite scolaire de leurs enfants et bien s&#251;r aupr&#232;s des enseignants qui ont besoin de conna&#238;tre l'&#233;tat des lieux de leur &#233;cole pour pouvoir en affronter efficacement les difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Goigoux a dirig&#233; une vaste enqu&#234;te, &lt;i&gt;Lire et &#233;crire CP&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233;e en 2013-2014 aupr&#232;s de 131 enseignants. Ces enseignants ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s pour leur anciennet&#233; dans le m&#233;tier et dans la classe de CP, l'objectif &#233;tant d'&#233;tudier les choix didactiques et les pratiques d'enseignants exp&#233;riment&#233;s non tributaires des h&#233;sitations qui peuvent &#234;tre li&#233;es &#224; la jeunesse dans le m&#233;tier. Or les r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves au test de fluence (nombre de mots d'un texte, correctement lus en une minute), peuvent &#234;tre qualifi&#233;s de tr&#232;s inqui&#233;tants, compte tenu des enjeux d&#233;cisifs du savoir lire sur l'ensemble de la scolarit&#233; des &#233;l&#232;ves. En juin 2014, &#224; la fin du CP, 10% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisaient en moyenne 4 mots en une minute (8 mots maximum), 20% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisaient 11 mots en moyenne (15 mots maximum), 30% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisaient 18 mots en moyenne (21 mots maximum). La moiti&#233; des &#233;l&#232;ves (50%) ne lisaient pas plus de 31 mots (34 mots maximum).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapport&#233;s au nombre d'&#233;l&#232;ves concern&#233;s, ces chiffres font fr&#233;mir. L'ampleur de l'&#233;chantillon de l'enqu&#234;te lui offre une significativit&#233; nationale soulign&#233;e par le rapport, qu'il est possible de mettre en perspective de la fa&#231;on suivante. Lors de l'ann&#233;e 2013-2014, 845.000 enfants &#233;taient scolaris&#233;s au CP : nous pouvons donc en d&#233;duire, sans une trop grande marge d'erreurs, qu'&#224; l'issue du CP, 84.500 &#233;l&#232;ves ne lisaient que 4 mots en moyenne, 169.000 &#233;l&#232;ves, 11 mots, 253.000 &#233;l&#232;ves, 18 mots, et 422.500 &#233;l&#232;ves, 31 mots. Comment ne pas voir l&#224; un des aspects les plus d&#233;terminants des difficult&#233;s majeures dans lesquelles doivent se d&#233;battre au quotidien de trop nombreux &#233;l&#232;ves, les enseignants du primaire, mais aussi ceux du second degr&#233; qui se plaignent de recevoir quantit&#233; d'&#233;l&#232;ves ne sachant pas lire comme ils devraient pouvoir le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re enqu&#234;te PISA n'apporte rien de bien nouveau, ce que note l'&#233;quipe du GRDS qui l'appr&#233;cie ainsi : &#171; L'enqu&#234;te de 2015 ne nous dit rien de fondamentalement neuf. Elle a toutefois l'avantage de confirmer que, conjugu&#233;e &#224; la plus stricte aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire, la premi&#232;re mise en &#339;uvre des politiques de socle commun, politiques qui renoncent ouvertement &#224; une &#233;cole de la r&#233;ussite pour tous, ne pouvait qu'aggraver une situation d&#233;j&#224; tr&#232;s pr&#233;occupante (les jeunes qui ont &#233;t&#233; enqu&#234;t&#233;s cette fois-ci sont des produits du socle Fillon, auquel succ&#232;de aujourd'hui le socle Peillon, dont on ne voit d'ailleurs vraiment pas pour quelle raison il donnerait de meilleurs r&#233;sultats.) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lireici.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La note d'information de la DEPP de novembre 2016 qui porte sur Les performances en orthographe des &#233;l&#232;ves en fin d'&#233;cole primaire (1987-2007-2015) , montre une d&#233;gradation continue de ces performances. A une m&#234;me dict&#233;e, en 2015 les &#233;l&#232;ves font en moyenne 17,8 erreurs contre 14,3 en 2007 et 10,6 en 1987. Entre 1987 et 2015, les &#233;l&#232;ves &#171; &#224; l'heure &#187; passent de 8,4 &#224; 16,6 erreurs, et les &#233;l&#232;ves &#171; en retard &#187;, de 15,0 &#224; 28,1 erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre donn&#233;e qui va &#224; l'encontre de l'exp&#233;rience empirique que l'on peut avoir des classes, montre que la d&#233;gradation ne touche pas que les &#233;l&#232;ves des classes populaires. Si les enfants d'ouvriers passent de 12,6 &#224; 19,2 erreurs entre 1987 et 2015, les enfants de cadres, professions intellectuelles sup&#233;rieures passent dans la m&#234;me p&#233;riode de 6,6 &#224; 13,2 erreurs. Alors que les moyens culturels et financiers existent dans ces cat&#233;gories sociales pour pallier les difficult&#233;s constat&#233;es &#224; la sortie de l'&#233;cole, il semblerait que celle-ci finit quand m&#234;me par peser sensiblement sur les r&#233;sultats d'&#233;l&#232;ves cens&#233;s &#234;tre &#224; l'abri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orthographe et la ponctuation &#233;tant une partie int&#233;grante des comp&#233;tences de compr&#233;hension, un d&#233;ficit orthographique peut entraver l'acc&#232;s au sens d'un texte. La m&#234;me note d'information de novembre 2016 montre que &#171; L'&#233;tude des corr&#233;lations entre exercices de compr&#233;hension de l'&#233;crit et dict&#233;e, issues des r&#233;sultats des &#233;valuations men&#233;es en 1987, 2007 et 2015, t&#233;moigne de l'&#233;vidence de ce lien entre performances en lecture et performances en orthographe. &#187; Aux deux extr&#233;mit&#233;s des cinq tranches de comparaisons &#233;tudi&#233;es, les &#233;l&#232;ves qui font au plus deux erreurs &#224; la dict&#233;e r&#233;ussissent 84,2 items en lecture ; ceux qui font 25 et plus erreurs &#224; la dict&#233;e r&#233;ussissent 50,8 items en lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les raisons de s'inqui&#233;ter, il en est une qui signe dramatiquement l'&#233;chec de l'&#233;cole, c'est celle du poids du d&#233;crochage. &#171; Si aucune action n'&#233;tait men&#233;e, le nombre d'&#233;l&#232;ves ayant d&#233;croch&#233; augmenterait de 700.000 en cinq ans (140.000 d&#233;crocheurs par an). &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source DGESCO.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans une &#233;tude fouill&#233;e sur les d&#233;crocheurs dans l'acad&#233;mie de Cr&#233;teil, qui confirme les r&#233;sultats obtenus dans d'autres contextes nationaux, Pierre-Yves Bernard et Christophe Michaut mettent au jour les raisons de leur d&#233;crochage. M&#234;me si vouloir gagner de l'argent est une raison cit&#233;e par un certain nombre de jeunes, les motifs les plus d&#233;terminants du d&#233;crochage touchent &#224; la grande difficult&#233; qu'ils ont connue dans les apprentissages. &#171; Ces jeunes, &#224; travers les motifs de d&#233;crochage scolaire, expriment une exp&#233;rience scolaire tr&#232;s n&#233;gative, souvent synonyme de souffrance. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Yves Bernard et Christophe Michaut, Les motifs de d&#233;crochage par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'une responsable syndicale puisse juger dangereuse la prise de conscience de l'ampleur des difficult&#233;s a quelque ind&#233;cence. Voudrait-on d&#233;sarmer les enseignants dans leur revendication d'une formation &#224; la hauteur des n&#233;cessit&#233;s de leur m&#233;tier, que l'on ne s'y prendrait pas autrement. &#192; rebours de cette sorte de d&#233;sertion, le projet d'&#233;cole commune fait de la formation des enseignants dont on peut lire les propositions dans l'ouvrage de 2012, un enjeu d&#233;cisif de la refondation du syst&#232;me scolaire, comme nous le verrons plus pr&#233;cis&#233;ment plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelque lieu et &#224; quelque niveau que ce soit, vouloir tenir les enseignants &#224; l'&#233;cart de l'objectivit&#233; des donn&#233;es qui les concernent au premier chef s'apparente &#224; du m&#233;pris par rapport &#224; leurs capacit&#233;s et &#224; leur d&#233;sir de comprendre, de se former, de r&#233;fl&#233;chir. Face &#224; tout ce que le m&#233;tier n&#233;cessite de responsabilit&#233;s exigeantes alors m&#234;me qu'ils revendiquent le principe de la libert&#233; p&#233;dagogique, les enseignants savent bien que pour &#234;tre authentique, ne pas &#234;tre qu'un hochet, cette libert&#233; ne peut jamais s'exon&#233;rer de la recherche d'un maximum d'intelligence dans la d&#233;termination des choix de leurs pratiques. C'est d'ailleurs bien ce qu'ils demandent &#224; la formation qui de fait les laissent beaucoup trop se d&#233;brouiller comme ils peuvent, &#224; partir des conseils de coll&#232;gues plus exp&#233;riment&#233;s ou des forums o&#249; foisonnent quotidiennement des appels au secours pour essayer de s'en tirer dans l'urgence, &#224; coup de recettes glan&#233;es ici ou l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un profond malaise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec toutes les nuances qui s'y attachent, le vivable et l'invivable refl&#232;tent la complexit&#233; des jugements qui s'&#233;laborent &#224; la crois&#233;e du v&#233;cu quotidien et des ressources que chacun est en mesure d'investir pour le rendre le plus vivable possible dans sa classe, sans forc&#233;ment y parvenir toujours, ce qui est source d'un malaise profond. N'oublions pas que les enseignants sont directement et exclusivement confront&#233;s dans leur travail &#224; des personnes, sans m&#233;diations objectivantes autres que les s&#233;ances d'enseignement et les &#233;valuations qu'ils construisent eux-m&#234;mes. Directement confront&#233;s &#224; des personnes eux aussi, les m&#233;decins disposent de l'objectivit&#233; d'examens concrets multiples sur lesquels appuyer leur r&#233;flexion, leurs d&#233;cisions, ce qui n'est pas le cas des enseignants pour qui tout se joue dans le langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution des d&#233;missions d'enseignants depuis 2012 accuse une croissance qui ne laisse pas d'inqui&#233;ter. Pour le premier degr&#233;, 65 stagiaires et 299 titulaires ont d&#233;missionn&#233; en 2012-2013 ; en 2015-2016, ils &#233;taient respectivement 434 et 539. Pour le second degr&#233; 120 stagiaires et 416 titulaires d&#233;missionnaient en 2012-2013, en 2015-2016 ils &#233;taient respectivement 371 et 641. En quatre ans 732 stagiaires et 992 titulaires du premier degr&#233; ont d&#233;missionn&#233;, 967 stagiaires et 1833 titulaires du second degr&#233; l'ont fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier degr&#233;, le d&#233;partement de Seine-Saint-Denis qui concentre bien des difficult&#233;s, a connu en 2016 plus de 2.000 demandes de mutations hors du d&#233;partement (soit 21% des enseignants), et seulement 29 demandes d'entr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recrutement quant &#224; lui est &#224; la peine. Dans le premier degr&#233;, en 2003, pour 12.000 postes offerts au concours, 65.977 candidats s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s aux &#233;preuves d'admissibilit&#233;. En 2016, pour 12.911 postes, on compte seulement 32.797 candidats. Dans le second degr&#233; plus de 3.000 postes sont perdus dans les concours externes, internes et r&#233;serv&#233;s. En 2016 six disciplines n'ont pas vu tous leurs postes pourvus au Capes externe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les lignes qui suivent nous nous attacherons essentiellement au premier degr&#233;. Non pas que le second degr&#233; serait &#224; n&#233;gliger bien &#233;videmment, la gravit&#233; des probl&#232;mes li&#233;s notamment aux nouveaux programmes du coll&#232;ge depuis la rentr&#233;e 2016, montre &#224; quel point il n'est pas pensable de s'en d&#233;sint&#233;resser, ce que ne fait d'ailleurs pas le GRDS qui a d&#233;j&#224; inscrit cette question dans son programme de travail. Centrer ici son attention sur le premier degr&#233; peut se justifier par le fait que les premi&#232;res ann&#233;es de scolarisation sont absolument d&#233;cisives pour la suite de l'histoire scolaire des &#233;l&#232;ves, la construction des fondements de l'&#233;cole commune, ce qui rend parfaitement inacceptable que le mot d'ordre &#171; priorit&#233; au primaire &#187; puisse demeurer vide de contenus r&#233;ellement transformateurs, comme c'est toujours le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude Harris Interactive pour le SNUipp-FSU de 2012&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les enseignants et la refondation de l'&#233;cole primaire. 11/2012.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous indique que seuls 18% des enseignants du primaire jugent leurs conditions de travail plut&#244;t bonnes et 2% tr&#232;s bonnes. En 2016, selon le m&#234;me institut, une large majorit&#233; des enseignants du primaire, 88%, ont le sentiment que leur profession s'est d&#233;grad&#233;e au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Seuls 2% ont le sentiment qu'elle s'est plut&#244;t am&#233;lior&#233;e, et 10% qu'elle n'a pas &#233;volu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; leur situation professionnelle, ils sont 4% &#224; se dire tout &#224; fait satisfaits, 38% plut&#244;t satisfaits, 46% plut&#244;t pas satisfaits et 12% pas du tout satisfaits. L'ambiance de travail fait 77% de satisfaits, quand la place des t&#226;ches administratives d&#233;crites tr&#232;s souvent comme de la &#171; r&#233;unionite &#187; et de la &#171; paperasserie &#187; qui surchargent le travail sans la moindre efficacit&#233; r&#233;elle, font elles, 91% d'insatisfaits. La fatigue s'invite &#233;galement avec 78% d'enseignants du primaire qui sont tout &#224; fait d'accord pour dire que le m&#233;tier est tr&#232;s fatigant et 19% plut&#244;t d'accord. Un autre aspect du m&#233;tier m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;, c'est celui de la d&#233;gradation ressentie de l'image des enseignants. Pour plus de neuf enseignants sur dix, leur image s'est d&#233;grad&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es et m&#234;me fortement d&#233;grad&#233;e pour 40% d'entre eux. Cela ne peut que peser lourd dans le cartable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude de la DEPP montre qu'en 2013 &#171; les enseignants &#233;taient plus expos&#233;s aux risques psychosociaux que les cadres, avec une forte intensit&#233; de leur m&#233;tier, des exigences &#233;motionnelles plus importantes et un manque de soutien hi&#233;rarchique et entre coll&#232;gues, notamment dans le premier degr&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sylvaine J&#233;go, Cl&#233;ment Guillo, &#034;Les enseignants face aux risques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Quelques items de cette enqu&#234;te tr&#232;s fouill&#233;e peuvent retenir notre attention : il s'agit d'affirmations et de questions &#224; partir desquelles les enseignants du premier degr&#233; ont &#233;t&#233; appel&#233;s &#224; se prononcer, dont les r&#233;ponses sont exprim&#233;es en pourcentages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois penser &#224; trop de choses &#224; la fois, souvent &#224; toujours : 79,1% ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je travaille sous pression, souvent &#224; toujours : 53,6 % ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les personnes qui &#233;valuent mon travail le connaissent bien, pas d'accord ou pas du tout d'accord : 30,1% ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour effectuer correctement votre travail, avez-vous en g&#233;n&#233;ral une formation continue suffisante et adapt&#233;e ?, Non : 80,7% ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Travaillez-vous seul ?, Oui : 72,7% ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Etes-vous en contact avec un public et vivez-vous des situations de tension avec lui ?, Oui : 60,7% ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avez-vous &#233;t&#233; victime d'une agression verbale de la part du public ?, Oui : 38,1%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pourcentages de cette enqu&#234;te nous offrent un aper&#231;u significatif de difficult&#233;s rencontr&#233;es par les enseignants du primaire : l'ensemble de ces chiffres indiquent en creux beaucoup de frustration et, en concordance avec d'autres, un niveau &#233;lev&#233; d'attentes par rapport au m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 2012, la s&#233;natrice Brigitte Gonthier-Maurin a r&#233;alis&#233;, &#224; la suite d'auditions de chercheurs, un rapport pr&#233;sent&#233; au S&#233;nat sur le m&#233;tier d'enseignant, au nom de la commission de la culture, de l'&#233;ducation et de la communication&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#176;601, S&#233;nat.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son contenu, d'une grande richesse, nous aide &#224; appr&#233;hender avec s&#233;rieux ce qui maltraite le m&#233;tier. Le rapport part du constat de la souffrance ordinaire des enseignants d&#233;munis face &#224; la difficult&#233; scolaire, confront&#233;s &#224; un travail emp&#234;ch&#233; grev&#233; de dilemmes. Il pointe l'exacerbation des conflits de travail et avance le diagnostic d'un syst&#232;me &#233;ducatif d&#233;boussol&#233; par une succession de r&#233;formes brutales. La d&#233;sh&#233;rence de la formation qui conduit &#224; une professionalisation mise &#224; mal est d&#233;nonc&#233;e. Parmi les pr&#233;conisations d&#233;velopp&#233;es par la s&#233;natrice, pour surmonter la crise actuelle du m&#233;tier d'enseignant, nous pouvons lire : &#171; Le m&#233;tier d'enseignant doit &#234;tre red&#233;fini pour r&#233;pondre &#224; cet objectif de d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s au savoir, au c&#339;ur de la mission de l'&#233;ducation nationale. Les pratiques didactiques et p&#233;dagogiques doivent s'appuyer sur la conviction que tous les enfants sont capables d'apprendre. &#187; Ces pr&#233;conisations situent bien les probl&#232;mes de l'&#233;cole aujourd'hui et les perspectives r&#233;alistes de d&#233;passement de ceux-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mentionnons &#233;galement le fait que les enseignants du primaire suffisamment anciens auront vu passer sept programmes diff&#233;rents en trente ans. Quand on sait comment ceux-ci sont &#233;labor&#233;s, &#224; partir de quels bilans pr&#233;cis de la mise en &#339;uvre des programmes pr&#233;c&#233;dents, quelle concertation s&#233;rieuse avec les acteurs, on peut comprendre qu'ils puissent donner quelques insatisfactions et rendre le m&#233;tier difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Revendications et aspirations contrast&#233;es&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'en 2012 on demande aux 96% d'enseignants du primaire qui pensent que leurs conditions de travail se sont d&#233;grad&#233;es, quelles sont selon eux les trois principales raisons de cette d&#233;gradation, ils avancent : le nombre d'&#233;l&#232;ves croissant par classe, le comportement des &#233;l&#232;ves (remise en cause de l'autorit&#233;, manque de respect, comportement vis-&#224;-vis des enseignants et des autres &#233;l&#232;ves), et l'accroissement des t&#226;ches administratives pour les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que d'un impact forc&#233;ment lourd sur les conditions de travail des enseignants, le poids excessif des t&#226;ches administratives ne s'invite pas directement dans le travail de la classe. Ce n'est pas le cas des effectifs et du comportement des &#233;l&#232;ves, v&#233;cus comme les deux principales raisons de la d&#233;gradation des conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La baisse du nombre d'&#233;l&#232;ves par classe est per&#231;ue comme l'action qui devrait &#234;tre prioritaire aux yeux des enseignants. Il s'agit l&#224; d'une mesure qui ne cible pas au premier chef les comp&#233;tences didactiques et donc la formation : elle rel&#232;ve d'une &#171; simple &#187; d&#233;cision institutionnelle. Mais dans quelle mesure cette demande prioritaire, justifi&#233;e par le ressenti du poids des effectifs, ne traduit-elle pas la difficult&#233; &#224; interroger les sources profondes de la d&#233;gradation des conditions de travail - que l'on peut retrouver avec des effectifs all&#233;g&#233;s &#8211; &#224; savoir la difficult&#233; scolaire de nombreux &#233;l&#232;ves, en lien direct avec la question des comp&#233;tences didactiques que la formation abandonne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec scolaire est une souffrance consid&#233;rable pour les enfants qui en sont victimes : ils se sentent bloqu&#233;s dans leur d&#233;sir aigu de comprendre et angoiss&#233;s, mortifi&#233;s par tout ce que cela laisse voir d'eux-m&#234;mes &#224; tous ceux qui, au plus pr&#232;s d'eux, sont attentifs &#224; leurs performances, leurs ma&#238;tres et leurs parents. Or c'est leur intelligence des mati&#232;res scolaires qui attire les regards, des regards qui conduisent trop souvent &#224; la m&#233;dicalisation des d&#233;faillances suppos&#233;es propres &#224; ces m&#234;mes enfants, au travers des multiples &#171; dys &#187; invoqu&#233;s pour &#171; expliquer &#187; les difficult&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandrine Garcia, &#192; l'&#233;cole des dyslexiques. Naturaliser ou combattre l'&#233;chec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne soulignera jamais assez combien cette violence faite &#224; l'intelligence des enfants est source de souffrance pour eux-m&#234;mes et de maltraitance du m&#233;tier des enseignants. Tous ces enfants ont compris combien la r&#233;ussite scolaire pouvant mener aux &#171; bons &#187; dipl&#244;mes est devenue un enjeu d'avenir professionnel et social d&#233;cisif. Certains se d&#233;couragent en silence, ruminent leur souffrance sans faire de bruit. D'autres veulent la faire entendre, parfois bruyamment, et parviennent &#224; &#171; bousiller &#187; le travail des autres &#233;l&#232;ves et de l'enseignant. Les enseignants sont nombreux &#224; &#234;tre cruellement confront&#233;s &#224; ce type de r&#233;actions et &#224; se sentir impuissants face &#224; ce qu'ils ne parviennent plus &#224; g&#233;rer en raison des retards de compr&#233;hension qui s'accumulent. On pourra toujours l&#233;gitimement se tourner vers les d&#233;gradations sociales qui touchent les familles et donc bon nombre d'enfants, on n'en finira pas avec celles des conditions de travail tr&#232;s difficiles au sein de la classe sans s'attaquer prioritairement &#224; ce qui, &#224; l'&#233;cole, rel&#232;ve de l'&#233;cole, et donc de la formation initiale et continue des enseignants en charge de d&#233;velopper l'intelligence de tous les enfants qui s'apaisent &#171; miraculeusement &#187; lorsque cette intelligence n'est pas ou n'est plus en souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effectifs et le comportement des &#233;l&#232;ves sont donc &#233;voqu&#233;s en priorit&#233; lorsque les enseignants sont interrog&#233;s sur les raisons de la d&#233;gradation de leurs conditions de travail. Il est vrai que plus les &#233;l&#232;ves sont nombreux dans la classe, et plus la gestion des comportements difficiles devient probl&#233;matique. Olivier Monso montre que la r&#233;duction de la taille des classes en ZEP a des avantages pour les enfants issus de milieux d&#233;favoris&#233;s ou en &#233;ducation prioritaire, mais il ajoute &#171; Dans les classes qui regroupent &#224; la fois des enfants en difficult&#233; sociale et scolaire, et qui en plus ont de forts effectifs, il y a plus de chances de trouver des &#233;l&#232;ves qui perturbent la classe. Une r&#233;duction de la taille des classes serait donc, dans ce contexte, b&#233;n&#233;fique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Monso, &#034;L'effet d'une r&#233;duction de la taille des classes sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la note &#233;valuation 05.03 de la DEPP sur L'exp&#233;rimentation d'une r&#233;duction des effectifs en cours pr&#233;paratoires, conclut : &#171; A la rentr&#233;e 2002, une centaine de cours pr&#233;paratoires accueillant surtout des &#233;l&#232;ves d&#233;favoris&#233;s ont exp&#233;riment&#233; les effets d'une r&#233;duction de leurs effectifs &#224; 8-12 &#233;l&#232;ves. Au cours et &#224; la fin de l'ann&#233;e de CP, les &#233;l&#232;ves de ces classes ont un peu plus progress&#233; que leurs camarades de classes comparables, mais les in&#233;galit&#233;s de d&#233;part n'en sont pas r&#233;duites et, une fois en CE1, ces &#233;l&#232;ves ont des performances &#233;quivalentes aux autres. Les effets de la r&#233;duction des effectifs sur les pratiques d'enseignement sont limit&#233;s : il n'y a pas de diff&#233;rences significatives entre celles des ma&#238;tres de CP &#224; effectifs r&#233;duits et leurs coll&#232;gues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, les enseignants ne semblent pas tous faire le rapprochement avec ce qu'un haut niveau de formation &#224; mettre en pratique d&#232;s les premiers apprentissages, leur permettrait de relativiser par rapport au probl&#232;me des effectifs, alors que par ailleurs ils se plaignent de ne pas avoir re&#231;u une formation suffisamment efficace. Il faudrait &#171; juste &#187; qu'ils reconnaissent de fa&#231;on plus affirm&#233;e le caract&#232;re &lt;i&gt;d&#233;terminant&lt;/i&gt; de leur formation disciplinaire et didactique dans le v&#233;cu quotidien de la classe pour qu'ils se mobilisent avec beaucoup plus de fermet&#233; sur des revendications plus consistantes relatives &#224; cette formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard il ne faudra pas compter sur Philippe Meirieu pour aider les enseignants &#224; se mobiliser de fa&#231;on plus efficace sur ce terrain. A propos du livre de Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt;, Meirieu &#233;crit dans &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt; : &#171; Je vois dans les classes d'aujourd'hui (&#8230;) trop d' &#171; &#233;l&#232;ves explos&#233;s &#187; ou &#171; explosifs &#187;, comme disent les enseignants, pour croire qu'il suffit d'&#233;noncer l'exigence de la pens&#233;e rigoureuse pour les assoir autour de la table commune. Et je crains que, &#224; ne pas prendre en compte s&#233;rieusement cette n&#233;gativit&#233;, on aille au-devant de lourdes d&#233;sillusions. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le D&#233;bat, num&#233;ro 192, novembre-d&#233;cembre 2016&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Or c'est justement parce qu'il prend s&#233;rieusement en compte cette n&#233;gativit&#233; en montrant que seule l'exigence intellectuelle pour tous d&#232;s l'&#233;cole primaire peut l'&#233;radiquer, que Terrail ne nous engage pas vers de lourdes d&#233;sillusions. Par contre, refuser de voir ce rapport constitutif de la posture des &#233;l&#232;ves entre leur activit&#233; intellectuelle conduite efficacement et leur s&#233;r&#233;nit&#233;, c'est se condamner &#224; continuer de conna&#238;tre dans les classes, trop d'&#233;l&#232;ves &#171; explos&#233;s &#187; et &#171; explosifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012 on a interrog&#233; les enseignants sur les missions de l'&#233;cole (Enqu&#234;te Harris SNUipp).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Apprendre &#224; lire, &#233;crire et compter&lt;/i&gt; est une mission jug&#233;e &#171; tr&#232;s importante &#187; pour 89% d'enseignants (&#171; plut&#244;t importante &#187; pour 10%). &lt;i&gt;Donner aux enfants le go&#251;t d'apprendre&lt;/i&gt; l'est &#233;galement pour 89% d'entre eux (&#171; plut&#244;t importante &#187; pour 10%). &lt;i&gt;Transmettre des connaissances&lt;/i&gt; se situe &#224; 75% (&#171; plut&#244;t importante &#187; pour 22%). Ce niveau de conscience des missions de l'&#233;cole n'est pas n&#233;gligeable assur&#233;ment, toutefois, serait-ce excessif d'esp&#233;rer pouvoir se rapprocher de 100% lorsqu'il s'agit de r&#233;ponses de professionnels qui ont la charge d'accomplir les missions en question ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre source d'inqui&#233;tude. En 2016, d'apr&#232;s l'enqu&#234;te Harris Interactive pour le SNUipp aupr&#232;s des enseignants d&#233;butants, 85% d'entre eux ne se sentent pas pr&#233;par&#233;s &#224; prendre la responsabilit&#233; d'une classe, notamment par rapport &#224; la gestion de la difficult&#233; scolaire et la prise en compte de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. Pour viser quels objectifs ? Les pourcentages concernant les priorit&#233;s de l'&#233;cole pour ces professeurs d&#233;butants s'&#233;tablit ainsi : L'&#233;panouissement des enfants : 59% ; Former de futurs citoyens : 45% ; Transmettre des connaissances : 34% ; Transmettre le go&#251;t de l'effort : 30% et Contribuer &#224; r&#233;duire les diff&#233;rences sociales : 30%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on se satisfaire d'avoir form&#233; des enseignants qui se veulent majoritairement ma&#238;tres &#171; es-&#233;panouissement &#187;, ne pas s'insurger et prendre les mesures n&#233;cessaires pour corriger au plus vite le d&#233;litement dramatique chez les nouveaux enseignants de la reconnaissance des missions fondamentales de l'&#233;cole, quand ils placent la transmission des connaissances en quatri&#232;me position &#224; 34% d'entre eux, sans s'apercevoir que pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'&#233;cole, l'&#233;panouissement se construit et se vit dans l'appropriation intelligente des connaissances ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on demande aux enseignants si l'&#233;cole remplit &#171; plut&#244;t bien &#187; les missions suivantes, &lt;i&gt;Apprendre &#224; lire, &#233;crire et compter&lt;/i&gt; re&#231;oit 82% de r&#233;ponses positives ; &lt;i&gt;Donner aux enfants le go&#251;t d'apprendre&lt;/i&gt;, 42% ; &lt;i&gt;Transmettre des connaissances&lt;/i&gt;, 85% et &lt;i&gt;Donner les moyens &#224; tous les enfants de r&#233;ussir&lt;/i&gt;, en r&#233;duisant les in&#233;galit&#233;s sociales entre les enfants, 17%. Si l'on en juge par ce dernier pourcentage, il semblerait que, bien que plut&#244;t optimistes sur d'autres aspects tr&#232;s importants des performances de l'&#233;cole, les enseignants ne soient pas dupes sur celles du syst&#232;me scolaire cens&#233;es prendre en charge la d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants comme tous les travailleurs voient leur activit&#233; prise dans des d&#233;bats de normes finissant par d&#233;finir le caract&#232;re acceptable ou non de leur v&#233;cu. D'apr&#232;s l'enqu&#234;te Harris Interactive de janvier 2016 pour le SNUipp&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;occupations des enseignants du primaire. Comment per&#231;oivent-ils leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, 80% des enseignants de primaire sont fiers d'exercer ce m&#233;tier, 75% sont motiv&#233;s, 53% sont heureux, 26% sont sereins, mais 76% sont stress&#233;s, 71% se sentent impuissants, 49% sont d&#233;courag&#233;s, 63% d&#233;&#231;us et 62% en col&#232;re. Nous sommes l&#224; dans une situation qui montre bien ce qu'il advient des multiples n&#233;gociations que chacun est amen&#233; &#224; faire quotidiennement au sein de son activit&#233; de travail, car se m&#234;le ici beaucoup de fiert&#233; et encore de la motivation pour exercer ce m&#233;tier, &#224; du stress, de la d&#233;ception, du d&#233;couragement et, sans doute le plus grave, un fort sentiment d'impuissance. &#171; Un tel m&#233;lange de sentiments contradictoires constitue un cocktail explosif d&#233;clare Yves Clot. On parle d'une fiert&#233; rentr&#233;e, raval&#233;e, contrari&#233;e, avort&#233;e. L'institution joue avec la fiert&#233; des enseignants. Elle compte sur eux mais ne fait rien pour eux, ne les &#233;coute pas. La qualit&#233; du travail est sacrifi&#233;e, beaucoup d'&#233;nergie est sacrifi&#233;e. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Clot, &#034;L'institution compte sur les enseignants mais ne fait rien pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re s'est install&#233;e chez beaucoup d'enseignants. Elle n'est pas toujours bonne conseill&#232;re, mais ne traduit-elle pas ici une forme d'indignation issue d'un jugement de valeur d&#233;nonciateur d'une situation &#233;prouv&#233;e comme inadmissible, qui malm&#232;ne la conscience professionnelle que le m&#233;tier exige ? Auquel cas elle pourrait &#234;tre le signe d'aspirations bien vivantes de la part d'enseignants souhaitant en finir avec leur impuissance, pour devenir des acteurs instruits des n&#233;cessit&#233;s de leur m&#233;tier. N'y aurait-il pas dans ces aspirations quelque chose qui pourrait participer de la construction d'un mouvement plus fort, dirig&#233; vers le d&#233;passement des impasses d'aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; de la formation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l'enqu&#234;te Harris Interactive de 2016 pour le SNUipp-FSU&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Observatoire des professeurs des &#233;coles d&#233;butants. Juin 2016.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les professeurs des &#233;coles d&#233;butants sont 60% &#224; se d&#233;clarer satisfaits de leurs d&#233;buts dans le m&#233;tier, un chiffre en baisse depuis plusieurs ann&#233;es (77% en 2004, 72% en 2010). Ils pensent &#224; 79% que la formation leur a apport&#233; une r&#233;flexion globale sur l'&#233;cole quand 13% seulement pensent qu'elle leur a apport&#233; des outils et m&#233;thodes directement utilisables en classe. Nous savons bien ce que le directement utilisable en classe peut recouvrir de demandes de conseils dans l'urgence pouvant faire songer &#224; des demandes de &#171; ficelles &#187;. Mais on a beau jeu de reprocher &#224; ces demandes d'&#234;tre trop pratiques dans le sens &#233;troit du terme, insuffisamment &#233;lev&#233;es au seul niveau acceptable des exigences conceptuelles et didactiques des disciplines. On ferait mieux de mesurer &#224; quelle indigence de la formation cela correspond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La note d'information TIMSS 2015 compare les enseignants fran&#231;ais &#224; leurs coll&#232;gues europ&#233;ens &#224; partir de d&#233;clarations qu'ils ont fournies. &#171; Les enseignants fran&#231;ais sont moins nombreux que leurs coll&#232;gues europ&#233;ens &#224; se sentir &#224; l'aise ou tr&#232;s &#224; l'aise lorsqu'il s'agit d'am&#233;liorer la compr&#233;hension des math&#233;matiques des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; (61% vs 88%). Il en est de m&#234;me lorsqu'il s'agit d'aider les &#233;l&#232;ves &#224; comprendre l'importance des math&#233;matiques (70% vs 88%) ou de donner du sens aux math&#233;matiques (72% vs 85%). &#187; Seuls 18% des enseignants fran&#231;ais se sentent &#224; l'aise pour proposer un travail plus complexe en sciences aux &#233;l&#232;ves qui r&#233;ussissent le mieux, 45% pour am&#233;liorer la compr&#233;hension en sciences des &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, et 47% pour expliquer les concepts ou les principes en faisant les exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confirmation des manquements de la formation se retrouve dans le rapport de 2013 sur la mise en &#339;uvre des programmes de 2008 &#233;tabli par l'Inspection g&#233;n&#233;rale de l'&#233;ducation nationale qui &#233;crit : &#171; L'observation des pratiques et des traces d'activit&#233;s des &#233;l&#232;ves convainc que les ma&#238;tres ne disposent pas, pour la grande majorit&#233; d'entre eux, des outils conceptuels et didactiques pour mettre en &#339;uvre les programmes tels qu'ils existent et m&#234;me s'ils &#233;taient all&#233;g&#233;s, et pour donner &#224; leur enseignement toute l'efficacit&#233; attendue. (&#8230;) La qualit&#233; disparate de la mise en &#339;uvre des programmes s'explique par le niveau de ma&#238;trise tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;ne des outils conceptuels et didactiques par les professeurs des &#233;coles, pour mettre en &#339;uvre les programmes tels qu'ils existent&#8230; Le d&#233;ficit de formation continu autour des programmes, et plus largement en mati&#232;re de didactiques des disciplines, est patent. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bilan de la mise en &#339;uvre des programmes issus de la r&#233;forme de l'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#192; qui la faute ? Les responsabilit&#233;s majeures sont ici tr&#232;s clairement identifi&#233;es. Au d&#233;ficit de formation continue d&#233;nonc&#233; ici s'ajoute tout naturellement celui de la formation initiale tout aussi patent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les enseignants de leur c&#244;t&#233; se plaignent d'une formation initiale et continue qui n'est pas &#224; la hauteur des exigences de leur m&#233;tier n'est donc pas pour surprendre. Aussi, et m&#234;me si le travail en &#233;quipe n'a pas &#224; se substituer &#224; cette formation mais &#224; l'ajuster, la retravailler, susciter de nouvelles recherches, lorsque l'on pose la question de ce type de travail, 95% des enseignants sont d'accord pour dire que &#171; cela permet de trouver des solutions auxquelles on n'aurait pas pens&#233; seul &#187;. Ils sont 88% &#224; penser qu'ils ont &#171; des difficult&#233;s &#224; trouver du temps pour le travail en &#233;quipe aujourd'hui &#187;, 84% le voient comme &#171; un soutien psychologique face aux difficult&#233;s &#187;, 81% aimeraient &#171; travailler plus souvent en &#233;quipe &#187;, et 10% seulement consid&#232;rent que &#171; cela va contre la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants sont bien conscients de ce que peut leur apporter la r&#233;flexion collective de la pratique du m&#233;tier, les solutions recherch&#233;es dans le travail en &#233;quipe &#233;tant surtout d'ordre didactique et p&#233;dagogique. Discuter du travail, &#233;changer des solutions, s'informer des recherches, la coop&#233;ration entre coll&#232;gues peut &#234;tre plus ou moins informelle. Mais les enseignants savent aussi que des d&#233;saccords professionnels bien instruits peuvent leur permettre d'analyser en profondeur leur pratique. M&#234;me si le soutien psychologique face aux difficult&#233;s peut signifier une aide pour ne pas sombrer dans le sentiment d'&#234;tre seul &#224; &#233;prouver et &#224; &#234;tre d&#233;pass&#233; par celles-ci, le travail en &#233;quipe n'en demeure pas moins une recherche de solutions pour le travail de la classe que la formation initiale et continue ne s'honore pas de prendre en charge avec ambition et constance. Une formation &#224; la hauteur des n&#233;cessit&#233;s est tr&#232;s largement demand&#233;e par les enseignants, d&#233;butants notamment qui souffrent cruellement de se sentir jet&#233;s dans un m&#233;tier qui sur bien des aspects leur &#233;chappent, dont l'exp&#233;rience qu'ils en font est sources d'incertitudes, de malaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos du vivant Georges Cangulhem &#233;crit dans &lt;i&gt;Le normal et le pathologique&lt;/i&gt; : &#171; Ce milieu que la science d&#233;finit est fait de lois, mais ces lois ce sont des abstractions th&#233;oriques. Le vivant ne vit pas parmi des lois, mais parmi des &#234;tres et des &#233;v&#232;nements qui diversifient ces lois. (&#8230;) La science explique l'exp&#233;rience, mais elle ne l'annule pas pour autant. &#187; L'enseignant dans sa classe a besoin d'acc&#233;der aux explications de l'ensemble des domaines de son exp&#233;rience, mais son activit&#233; professionnelle s'exerce toujours dans une exp&#233;rience singuli&#232;re dont l'expression &#171; effet-ma&#238;tre &#187; peut rendre compte au moins en partie. Si aucune explication ne peut annuler l'exp&#233;rience, il devient n&#233;cessaire d'immerger la r&#233;flexion dans cette exp&#233;rience, ce qui nous conduit &#224; l'analyse critique de situations de classes dans un partenariat entre les enseignants, les chercheurs et les formateurs, en mesure de mettre au jour les effets de l'articulation entre les &#171; abstractions th&#233;oriques &#187; et l'exp&#233;rience du m&#233;tier, d&#233;cisive pour instruire une formation &#224; la hauteur des ambitions que nous devons avoir pour l'&#233;cole.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Schwartz, &#171; Le travail est toujours une mati&#232;re &#233;trang&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Regards crois&#233;s&lt;/i&gt;, 12, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Schwartz, Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Schwartz, &#034;Manifeste pour un ergo-engagement&#034;, in &lt;i&gt;L'activit&#233; en dialogues- Entretiens sur l'activit&#233; humaine (II)&lt;/i&gt;, Yves Schwartz et Louis Durrive (sous la direction de), &#233;ditions Octar&#232;s, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Schwartz, Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Schwartz, Ibid. [soulign&#233; par moi&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Schwartz, Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Macherey, &lt;i&gt;Le sujet des normes&lt;/i&gt;, &#201;ditions Amsterdam, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Canguilhem, Le normal et le pathologique. PUF, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau, Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enseigner efficacement la lecture. Une enqu&#234;te et ses implications&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Clot, &lt;i&gt;Le travail &#224; c&#339;ur. Pour en finir avec les risques psychosociaux&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TIMSS 2015 math&#233;matiques et sciences. &#201;valuation internationale des &#233;l&#232;ves de CM1. &lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt;, DEPP, n&#176;33, nov. 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article41&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Source DGESCO.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre-Yves Bernard et Christophe Michaut, &lt;i&gt;Les motifs de d&#233;crochage par les &#233;l&#232;ves. Un r&#233;v&#233;lateur de leur exp&#233;rience scolaire&lt;/i&gt;, Universit&#233; de Nantes, CREN (EA 2661).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les enseignants et la refondation de l'&#233;cole primaire. 11/2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sylvaine J&#233;go, Cl&#233;ment Guillo, &#034;Les enseignants face aux risques psychosociaux&#034;, &lt;i&gt;&#201;ducation et Formations&lt;/i&gt;, n&#176;92, D&#233;cembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#176;601, S&#233;nat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandrine Garcia, &lt;i&gt;&#192; l'&#233;cole des dyslexiques. Naturaliser ou combattre l'&#233;chec scolaire ?&lt;/i&gt; La D&#233;couverte, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Monso, &#034;L'effet d'une r&#233;duction de la taille des classes sur la r&#233;ussite scolaire en France : d&#233;veloppements r&#233;cents&#034;, &lt;i&gt;&#201;ducation &amp;Formations&lt;/i&gt;, n&#176;85, novembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, num&#233;ro 192, novembre-d&#233;cembre 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les pr&#233;occupations des enseignants du primaire&lt;/i&gt;. Comment per&#231;oivent-ils leur m&#233;tier aujourd'hui ? Quels enjeux &#233;mergent au centre de leurs pr&#233;occupations ? Janvier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Clot, &#034;L'institution compte sur les enseignants mais ne fait rien pour eux&#034;, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, 3/2/2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Observatoire des professeurs des &#233;coles d&#233;butants. Juin 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bilan de la mise en &#339;uvre des programmes issus de la r&#233;forme de l'&#233;cole primaire de 2008, &lt;i&gt;Rapport n&#176;2013-066&lt;/i&gt;, Juin 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;cole commune et utopie (2) Une ambition r&#233;aliste</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article248</link>
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		<dc:date>2017-02-21T16:34:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



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&lt;p&gt;[Dans une premi&#232;re partie de cette &#233;tude, Janine Reichstadt s'est int&#233;ress&#233;e &#224; diff&#233;rents aspects du monde enseignant, dans sa culture professionnelle et son rapport aujourd'hui au travail. En s'appuyant sur cet examen, elle aborde maintenant l'objection selon laquelle le projet d'&#233;cole commune avanc&#233; par le GRDS aurait un caract&#232;re par trop utopique.] &lt;br class='autobr' /&gt;
La proposition avanc&#233;e par le GRDS de refonder notre syst&#232;me &#233;ducatif pour en faire une &#034;&#233;cole commune&#034; para&#238;t &#224; certains difficilement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH106/arton248-9dcf6.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Dans une premi&#232;re partie de cette &#233;tude, Janine Reichstadt s'est int&#233;ress&#233;e &#224; diff&#233;rents aspects du monde enseignant, dans sa culture professionnelle et son rapport aujourd'hui au travail. En s'appuyant sur &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article247&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet examen&lt;/a&gt;, elle aborde maintenant l'objection selon laquelle le projet d'&#233;cole commune avanc&#233; par le GRDS aurait un caract&#232;re par trop utopique&lt;/i&gt;.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition avanc&#233;e par le GRDS de refonder notre syst&#232;me &#233;ducatif pour en faire une &#034;&#233;cole commune&#034; para&#238;t &#224; certains difficilement imaginable, en d&#233;calage, en contradiction m&#234;me avec tout ce qui semble possible aujourd'hui dans la soci&#233;t&#233; o&#249; nous &#233;voluons : bref, il s'agirait d'un projet &#034;utopique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tymologiquement le mot &#171; utopie &#187; d&#233;signe un non-lieu, un lieu qui n'existe pas. Le caract&#232;re imaginaire de ce lieu destin&#233; &#224; exprimer la conception d'une soci&#233;t&#233; invent&#233;e finit par &#234;tre per&#231;u comme chim&#233;rique, illusoire, signataire d'un projet ressenti comme irr&#233;alisable et donc d&#233;raisonnable, vain. C'est pourquoi &#171; utopique &#187; devient un mot utilis&#233; pour accuser la faiblesse de celui qui, doux r&#234;veur, refuse de regarder la r&#233;alit&#233; en face, de faire preuve du pragmatisme n&#233;cessaire au b&#226;tisseur cons&#233;quent qui ne se berce pas d'illusions, mais sait au contraire affronter efficacement la r&#233;alit&#233; et l'adversit&#233;. C'est bien ce sens du mot que l'on peut trouver accol&#233; au projet d'&#233;cole commune quand il est jug&#233; beau projet, mais projet irr&#233;aliste pouvant m&#234;me nous faire courir le risque de nous d&#233;tourner des combats d'aujourd'hui, bien r&#233;els, eux. Et pourtant, une toute autre perception de ce projet nous &#233;loigne fondamentalement de l'utopie entendue de cette fa&#231;on ; c'est la perception qui sait remarquer qu'une &#233;cole refond&#233;e au sens fort du mot, sans concurrence, sans notation, sans s&#233;lection, sans fili&#232;res, et donc en capacit&#233; d'assurer la r&#233;ussite de tous dans le cadre de la culture commune exigeante d'un tronc commun depuis les petites classes jusqu'au bac, ne rel&#232;ve pas d'id&#233;es simplement imagin&#233;es abstraitement. L'&#233;cole commune est un projet concr&#232;tement pensable, &#224; l'&#233;cart des chim&#232;res, &#224; partir de mouvements sensibles de la soci&#233;t&#233; et de son &#233;cole dont il pose aujourd'hui la question d'une d&#233;mocratisation profonde, avec r&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Penser les utopies&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le projet du GRDS ne ressemble pas &#224; &lt;i&gt;L'Utopie&lt;/i&gt; de Thomas More ou &#224; &lt;i&gt;1984&lt;/i&gt; de George Orwell qui rel&#232;vent de l'imagination d'un autre monde travaill&#233; par un projet litt&#233;raire : l'un imagine une soci&#233;t&#233; id&#233;ale, l'autre une soci&#233;t&#233; de cauchemar. Et pourtant en tant que projet, l'&#233;cole commune est invent&#233;e, imagin&#233;e pour un futur qui par d&#233;finition n'existe pas, pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Norbert Elias qui s'est beaucoup int&#233;ress&#233; &#224; Thomas More, &#233;crit &#224; propos de l'utopie : &#171; Sa fonction de repr&#233;sentation imaginaire, souhait&#233;e ou redout&#233;e, d'une solution possible &#224; des probl&#232;mes sociaux et, dans de nombreux cas, &#224; des tensions et conflits sociaux se posant de fa&#231;on aigu&#235;, est centrale. &#187; Autrement dit &#171; Les utopies sont des tentatives pour esquisser un tableau imaginaire d'une soci&#233;t&#233;, contenant des possibilit&#233;s de solution aux probl&#232;mes non r&#233;solus d'une soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Norbert Elias, L'utopie, La D&#233;couverte, 2014.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Utopie&lt;/i&gt; est un &#233;crit sur le probl&#232;me de l'&#201;tat qui gagne une importance particuli&#232;re pour les penseurs de l'&#233;poque de Thomas More, mais aussi sur l'extension du pouvoir royal qui accompagne le processus de formation de l'&#201;tat, et l'av&#232;nement de la tyrannie oppressive de l'absolutisme. Ses attaques sont &#233;galement dirig&#233;es contre la grande noblesse aux immenses domaines et au luxe ostentatoire face &#224; la mis&#232;re de paysans chass&#233;s de leur terre. Bien que croyant et fid&#232;le &#224; l'&#201;glise, Thomas More ne se satisfait pas de l'id&#233;e d'un Dieu cr&#233;ateur du monde avec sa mis&#232;re qui interdirait aux hommes de le changer. Avec d'autres penseurs il faisait partie &#171; des tout premiers groupes de l'histoire europ&#233;enne qui concevaient leur mission de r&#233;forme de l'&#201;tat et de l'&#201;glise comme une mission des humains eux-m&#234;mes &#187; pr&#233;cise Norbert Elias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1984&lt;/i&gt; nous &#233;meut car nous sentons combien les horreurs de son monde ne rel&#232;ve pas que de l'imagination d&#233;brid&#233;e d'un &#233;crivain de grand talent : il va jusqu'au bout d'une logique sociale et politique qui n'est pas &#233;trang&#232;re aux soci&#233;t&#233;s pass&#233;es et pr&#233;sentes que nous connaissons. C'est qu'au travers de ses repr&#233;sentations imaginaires l'utopie tend un miroir &#224; son &#233;poque destin&#233; &#224; lui montrer sur quoi devraient ou pourraient porter les transformations positives ou mena&#231;antes. Elle peut pointer des horizons d'attentes, mais elle peut d&#233;finir aussi des futurs possibles redoutables. Non-lieux, lieux qui n'existent pas ou pas encore, les utopies nous parlent de nos lieux bien r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Norbert Elias le pr&#233;cise : &#171; Chaque soci&#233;t&#233;, ou chaque ensemble de soci&#233;t&#233;s, &#224; un instant donn&#233;, est soumise &#224; une force qui la pousse au-del&#224; de son &#233;tat pr&#233;sent, une dynamique de groupe intrins&#232;que qui lui est propre. &#187; Aussi, &#171; si les utopies d'anticipation ont la moindre influence sur le d&#233;veloppement futur d'une soci&#233;t&#233;, cela n'est possible que si elles sont en harmonie avec les futurs possibles inh&#233;rents &#224; sa structure et &#224; sa dynamique &#224; une &#233;tape donn&#233;e de son d&#233;veloppement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement l'utopie n'est pas si utopique que cela, &#224; rebours du sens d&#233;cri&#233; qu'on lui pr&#234;te, ce que confirme Pierre Macherey lorsqu'il &#233;crit : &#171; tout en fuyant le r&#233;el auquel elle se rapporte de fa&#231;on critique, en d&#233;non&#231;ant ce qui lui manque, elle reste on ne peut plus mat&#233;riellement li&#233;e &#224; son temps dont elle est une &#233;manation objective et n&#233;cessaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Macherey, De l'utopie !, De l'Incidence &#201;diteur, 2011.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension de l'utopie telle que la visitent Norbert Elias et Pierre Macherey repositionne les all&#233;gations sur l'&#233;cole commune lorsqu'elle est per&#231;ue comme une id&#233;e g&#233;n&#233;reuse issue d'une imagination sympathique mais peu r&#233;aliste et donc peu cr&#233;dible, au sens de peu susceptible de voir le jour dans un futur qui ne serait pas &#224; des ann&#233;es-lumi&#232;re. C'est que l'&#233;cole commune telle que la pense le GRDS est construite sur une &#171; harmonie avec les possibles inh&#233;rents &#224; la structure et &#224; la dynamique &#187; de l'&#233;cole qui en g&#233;n&#232;re la conception, et &#171; contenant des possibilit&#233;s de solution aux probl&#232;mes non r&#233;solue [de la] soci&#233;t&#233;. &#187; Ne serait-ce pas plut&#244;t alors &#171; par int&#233;r&#234;t, r&#233;signation ou peur du changement, [que] certaines possibilit&#233;s sont appel&#233;es utopiques &#187; comme le rappelle Jos&#233; Morais ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Morais, Lire, &#233;crire et &#234;tre libre. De l'alphab&#233;tisation &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intentionnellement d&#233;mobilisateur, l'usage du mot &#171; utopie &#187; n'aurait donc plus qu'&#224; endosser la fonction de d&#233;courager les app&#233;tits de transformations, surtout si celles-ci sont profondes comme c'est le cas des transformations propos&#233;es par le projet d'&#233;cole commune. Ce n'est pas ainsi que l'envisage Pierre Macherey qui lance : &#171; De l'utopie ! &#187;, cela signifie : retrouvons le chemin de l'utopie, r&#233;activons la puissance de d&#233;fi qu'elle rec&#232;le, au lieu de laisser celle-ci inemploy&#233;e et de professer que les temps de l'utopie sont r&#233;volus, en m&#234;me temps que sont &#171; finies &#187;, d&#233;clar&#233;es nulles et non avenues, les id&#233;ologies dont elle ne serait en derni&#232;re instance que la forme la plus concentr&#233;e. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Macherey, ibid.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#201;manation objective et n&#233;cessaire de son temps, puissance de d&#233;fi, le projet d'&#233;cole commune peut bien, dans ce sens-l&#224; du mot, se laisser appeler &#171; utopie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question fondamentale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; de Marx et Engels contient ces phrases embl&#233;matiques de la pens&#233;e du mouvement r&#233;volutionnaire. &#171; Le communisme n'est pour nous ni un &#233;tat qui doit &#234;tre cr&#233;&#233;, ni un id&#233;al sur lequel la r&#233;alit&#233; devra se r&#233;gler. Nous appelons communisme le mouvement r&#233;el qui abolit l'&#233;tat actuel. Les conditions de ce mouvement r&#233;sultent des pr&#233;misses actuellement existantes. &#187; Toute la d&#233;marche, la charpente de l'&#233;cole commune se trouve contenue dans la dialectique fondamentale de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune n'est pas l'id&#233;e d'une cr&#233;ation qu'il faudrait pouvoir honorer un jour, un pur id&#233;al avant-gardiste pens&#233; dans une simple vision r&#233;volutionnaire de lendemains qui chantent : son projet s'inscrit pleinement dans la r&#233;alit&#233; de l'&#233;cole en mouvement aujourd'hui. M&#234;me si le politique aura &#224; prendre des mesures d'organisation institutionnelle cons&#233;quentes, l'abolition de l'&#233;tat actuel de l'&#233;cole profond&#233;ment in&#233;galitaire, antid&#233;mocratique, ne pourra pas r&#233;sulter du coup de force de d&#233;cisions m&#234;me tr&#232;s &#233;clair&#233;es, mais du travail des contradictions port&#233;es par les acteurs, au sein desquelles se construit le mouvement r&#233;el. C'est &#224; ce titre que le projet d'&#233;cole commune n'est pas une construction imaginaire g&#233;n&#233;reuse mais sp&#233;culative, tendue vers un id&#233;al. Si donc nous pouvons dire que ce projet n'est pas un projet sp&#233;culatif-utopique dans ce sens-l&#224;, il convient bien s&#251;r d'expliciter les raisons pour lesquelles il s'inscrit vraiment dans le mouvement des contradictions en travail et donc en quoi il r&#233;sulte &#171; des pr&#233;misses actuellement existantes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ouverture des possibles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'&#233;cole unique&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#034;'&#233;cole unique&#034; qui depuis les ann&#233;es 1960 scolarise tous les enfants dans le secondaire a permis un essor consid&#233;rable de la scolarisation des jeunes g&#233;n&#233;rations, synonyme d'une d&#233;mocratisation quantitative que l'on a pu appeler &#171; s&#233;lective &#187; tant cette &#233;cole a su, dans le m&#234;me temps et conform&#233;ment &#224; la mission qui lui a &#233;t&#233; assign&#233;e, organiser la s&#233;lection destin&#233;e &#224; orienter les &#233;l&#232;ves vers les fili&#232;res aux valeurs scolaires et sociales profond&#233;ment in&#233;galitaires. L'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique de cette &#233;cole d&#233;clar&#233;e &#233;galitaire au niveau des chances, a r&#233;ussi &#224; externaliser les raisons de ses &#233;checs en les d&#233;posant hors de ses murs, dans le milieu socio-culturel des &#233;l&#232;ves en difficult&#233;. Elle a ainsi pu canaliser efficacement l'expression d'un sentiment d'injustice pouvant venir tant des parents que des enseignants, rendant difficile la remise en cause lucide et exigeante de l'externalisation de l'explication des &#233;checs. Aujourd'hui cette h&#233;g&#233;monie n'est pas morte ni m&#234;me en voie d'extinction rapide, mais elle prend des coups de boutoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction devient forte entre la culture de l'&#233;cole fond&#233;e sur l'acceptation d'une part importante d'&#233;checs des enfants des classes populaires et le constat de blocages, de d&#233;rives du syst&#232;me qui entame une perte de confiance de la soci&#233;t&#233; envers son &#233;cole. Quand on demande aux jeunes enseignants du primaire si l'objectif de la r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves peut &#234;tre atteint ou pas, 39% r&#233;pondent qu'il peut l'&#234;tre et 60% qu'il ne le peut pas. Mais quand on rapporte la question de cet objectif &#224; l'&#233;cole d'aujourd'hui, seuls 4% l'estiment atteignable, alors que 94% d'entre eux peuvent l'envisager, &#224; condition que l'&#233;cole soit transform&#233;e. En 2004, &#224; cette m&#234;me question les jeunes enseignants &#233;taient 6% &#224; estimer que cet objectif ne pouvait &#234;tre atteint dans l'&#233;cole d'aujourd'hui et 85% qu'il devait passer par la transformation de l'&#233;cole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Harris Interactive, Observatoire des professeurs d&#233;butants, juin 2016.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes confront&#233;s l&#224; &#224; une certaine contradiction entre une majorit&#233; qui pense (abstraitement ?) &#224; une impossibilit&#233; de r&#233;ussite de tous et une majorit&#233; nettement plus forte qui lie cette r&#233;ussite &#224; une &#233;cole transform&#233;e. Que cette possibilit&#233; de r&#233;ussite puisse &#234;tre rapport&#233;e massivement &#224; une &#233;cole transform&#233;e m&#233;rite d'&#234;tre remarqu&#233;e, tant l'id&#233;ologie des handicaps socioculturels est capable d'obscurcir les perspectives de d&#233;mocratisation : cette reconnaissance de possibilit&#233;s proprement scolaires par les enseignants ne peut que nous inviter &#224; ne rien l&#226;cher sur le principe de l'&#233;ducabilit&#233; universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te Harris Interactive de novembre 2016 portant sur La r&#233;ussite dans le syst&#232;me &#233;ducatif selon les Fran&#231;ais, montre que 77% des fran&#231;ais estiment que le syst&#232;me &#233;ducatif fonctionne mal. La plupart d'entre eux (67%) consid&#232;rent que la situation s'est d&#233;grad&#233;e depuis une dizaine d'ann&#233;es ; seule une minorit&#233; (15%) se montre optimiste quant &#224; son &#233;volution pour l'avenir. L'int&#233;r&#234;t de ce sondage est &#233;galement de montrer que si les fran&#231;ais sont aussi critiques envers leur syst&#232;me &#233;ducatif, c'est qu'ils ont des attentes fortes. Les quatre objectifs &#171; tout &#224; fait prioritaires &#187; retenus sont : &lt;i&gt;Donner &#224; tous les &#233;l&#232;ves les m&#234;mes chances de r&#233;ussite&lt;/i&gt;, 77% ; &lt;i&gt;Apprendre aux &#233;l&#232;ves des connaissances et savoirs pr&#233;cis&lt;/i&gt;, 73% ; &lt;i&gt;Apprendre aux &#233;l&#232;ves des valeurs morales&lt;/i&gt;, 71% et &lt;i&gt;Apprendre aux &#233;l&#232;ves des m&#233;thodes de travail et d'organisation&lt;/i&gt;, 70%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs 57% estiment que le syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais tel qu'il fonctionne aujourd'hui accentue les in&#233;galit&#233;s sociales, 15% pensent qu'il n'a pas d'impact sur ces in&#233;galit&#233;s. Seuls 27% pensent qu'il les r&#233;duit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole unique qui n'a jamais eu la moindre ambition d'atteindre une v&#233;ritable d&#233;mocratisation scolaire ne s'est pas compl&#232;tement d&#233;sint&#233;ress&#233;e du sort de ses &#171; &#233;chou&#233;s &#187;. PAP (Plan d'accompagnement personnalis&#233;), PPRE (Programme personnel de r&#233;ussite &#233;ducative), PPS (Projet personnalis&#233; de scolarisation), APC (Activit&#233; p&#233;dagogique compl&#233;mentaire), PAT (Projet d'accueil individualis&#233;) sans oublier les RASED (R&#233;seaux d'aides sp&#233;cialis&#233;es aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;) qui sortent les &#233;l&#232;ves de la classe o&#249; se poursuivent les apprentissages, sont autant de sigles destin&#233;s &#224; assurer cette &#171; mission &#187;. Non sans m&#233;pris pour les &#233;l&#232;ves &#224; qui on propose de la rem&#233;diation, du soutien, des b&#233;quilles une fois les difficult&#233;s install&#233;es sans chercher &#224; mettre tout en &#339;uvre pour assurer leur r&#233;ussite /d&#232;s le d&#233;part, l'institution de cette &#233;cole a entrepris d'afficher sa bonne volont&#233; au travers de quantit&#233; de dispositifs qui ont jalonn&#233; les derni&#232;res d&#233;cennies et qui reportent sur les seuls enseignants, la t&#226;che, et par l&#224; la responsabilit&#233;, d'adoucir le mordant de l'&#233;chec. Rien n'y a fait, et m&#234;me comme nous l'avons vu plus haut les &#233;carts de r&#233;ussite se sont creus&#233;s, avec un tr&#232;s fort pourcentage d'&#233;l&#232;ves de milieux populaires pr&#233;sentant des r&#233;sultats tr&#232;s inqui&#233;tants. Les enseignants n'ont plus alors qu'&#224; reconnaitre leur impuissance fautive et les &#233;l&#232;ves leur incapacit&#233; socio-culturelle et/ou psychologique &#224; se saisir de toutes les nombreuses perches qu'on leur a pourtant tendues. Mais cela ne &#171; passe &#187; pas aussi facilement que les d&#233;cideurs ont pu l'esp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre aussi qu'auront du mal &#224; &#171; passer &#187; les conclusions toutes r&#233;centes de l'&#233;tude de l'IREDU relative &#224; l'impact des RASED (cr&#233;&#233;s en 1990), sur la r&#233;ussite scolaire des &#233;l&#232;ves de CP. Dans cette &#233;tude nous pouvons lire ceci : &#171; utilisant une m&#233;thode d'appariement, nos r&#233;sultats r&#233;v&#232;lent un effet n&#233;gatif du passage en Rased sur la r&#233;ussite scolaire des &#233;l&#232;ves. &#192; caract&#233;ristiques comparables, les &#233;l&#232;ves ayant b&#233;n&#233;fici&#233; du Rased en CP ont une probabilit&#233; plus forte de redoubler leur CP et obtiennent des r&#233;sultats significativement plus faibles aux &#233;valuations de CE2 par rapport aux &#233;l&#232;ves non pass&#233;s par ce dispositif, surtout en math&#233;matiques. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Bonnard, Jean-Fran&#231;ois Giret et C&#233;line Sauvageot, Quels effets du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On cherchera probablement &#224; mettre en avant les craintes relatives aux postes d'enseignants que cette &#233;tude pourrait faire na&#238;tre. Mais ce serait dramatique que l'on en vienne &#224; ne pas soulever le probl&#232;me que pose ce type d'aides aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parents des classes populaires sont extr&#234;mement pr&#233;occup&#233;s par les r&#233;sultats de leurs enfants. Ils peuvent &#234;tre pr&#234;ts &#224; s'investir dans les luttes contre les fermetures de classes, les effectifs trop charg&#233;s, l'absence de rempla&#231;ants et plus largement les moyens pour l'&#233;cole. Mais nous l'avons vu plus haut, ces revendications ne sont pas inspir&#233;es que par du quantitatif. En peu de d&#233;cennies ces parents sont devenus tr&#232;s majoritairement d&#233;sireux de voir leurs enfants faire des &#233;tudes sup&#233;rieures. Or l'&#233;cole unique ne r&#233;pond pas &#224; leurs aspirations. Quant aux &#233;l&#232;ves, l'expression de leur malaise profond qui devient ing&#233;rable pour les enseignants, finit par repr&#233;senter pour ces derniers, une des sources majeures de leur sentiment d'impuissance mais aussi de leur col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;tier des enseignants, nous l'avons vu, est &#224; la peine. Le dysfonctionnement de l'organisation peut facilement se convertir en culpabilit&#233; personnelle partag&#233;e, &#171; aid&#233;e &#187; en cela par les invectives outranci&#232;res de certains pourfendeurs violents de l'&#233;cole, alors que c'est de toutes les formes d'emp&#234;chement de leur travail qu'il est urgent de se pr&#233;occuper. User de ce mot &#171; emp&#234;chement &#187; auquel tient Yves Clot a l'avantage de signifier que c'est ce qui ne peut pas &#234;tre fait comme on le souhaite, ce qui est contrari&#233; dans l'activit&#233;, entame le plus et cr&#233;e de la souffrance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Clot, Le travail &#224; c&#339;ur. Pour en finir avec les risques psychosociaux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut aller jusqu'&#224; &#171; en faire une maladie &#187; quand le d&#233;sir de d&#233;velopper une activit&#233; efficace, valorisante et reconnue est toujours l&#224;. Et de citer Georges Canguilhem qui &#233;crivait : &#171; Je me porte bien dans la mesure o&#249; je me sens capable de porter la responsabilit&#233; de mes actes, de porter des choses &#224; l'existence et de cr&#233;er entres les choses des rapports qui ne leur viendraient pas sans moi. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Canguilhem, &#201;crits sur la m&#233;decine, Le Seuil, 2002.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fort pourcentage d'enseignants qui se sentent impuissants, d&#233;&#231;us, contrari&#233;s dans leur activit&#233;, indique combien ils ne se portent pas bien. Mais dans le m&#234;me temps, s'ils peuvent juger de leur impuissance, de leur d&#233;ception, de leur contrari&#233;t&#233;, c'est qu'ils ont souhait&#233;, cherch&#233; &#224; d&#233;velopper une activit&#233; autrement efficace. L'immense majorit&#233; des enseignants souhaitent les progr&#232;s et la r&#233;ussite de tous leurs &#233;l&#232;ves, sources pour eux de leur fiert&#233; de faire ce m&#233;tier et de la joie que leur procure le sentiment du travail &#171; bien fait &#187;. Or tout est pr&#233;vu dans l'&#233;cole unique pour leur signifier que la norme construite historiquement n'est pas du c&#244;t&#233; de la l&#233;gitimit&#233; de ce souhait : les sections de rel&#233;gation et les fili&#232;res sont l&#224; pour leur rappeler la &#171; normalit&#233; &#187; de l'in&#233;galit&#233; scolaire dans laquelle ils sont appel&#233;s &#224; s'inscrire par l'organisation m&#234;me du syst&#232;me, fond&#233; sur une culture de l'acceptation de l'&#233;chec. Pour que des forces importantes se mobilisent en vue d'une transformation de l'&#233;cole il faut qu'elles en ressentent le motif dans le sentiment d'injustice, l'indignation, mais aussi qu'elles se repr&#233;sentent les leviers sur lesquels agir &#224; partir de l'analyse des causes de leurs d&#233;boires. Gr&#226;ce au &#171; bouclier &#187; de l'externalisation des raisons des &#233;checs, les enseignants peuvent encore se prot&#233;ger d'un examen trop cuisant des r&#233;sultats objectifs, mais la situation me parait m&#251;re pour que les principes fondateurs de l'&#233;cole commune puissent commencer &#224; inspirer la construction d'une nouvelle h&#233;g&#233;monie culturelle normative de la profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quotidiennement que les enseignants affrontent des normes contradictoires et qu'ils essayent de trouver le meilleur chemin leur permettant de se maintenir sur la cr&#234;te du vivable. Avec ses nouvelles normes l'&#233;cole commune n'introduit pas une &#171; cacophonie normative &#187; suppl&#233;mentaire. Au contraire, la refondation qu'elle propose prend en charge les d&#233;bats de normes qui structurent les pratiques enseignantes pour les orienter vers la coh&#233;rence de solutions qui seules peuvent assurer la pleine r&#233;ussite scolaire des &#233;l&#232;ves et gratifier les enseignants de leur propre r&#233;ussite par la ma&#238;trise intellectuelle exigeante de leur activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aujourd'hui possible de parler d'une rencontre objective entre les parents, les acteurs de l'&#233;cole qui font vivre cette derni&#232;re au quotidien et le projet d'&#233;cole commune. Ce qu'&#233;prouvent les enseignants et les positions qu'ils prennent sur la construction de leur m&#233;tier montrent qu'ils ressentent le besoin d'y voir plus clair, de mieux s'expliquer la conduite de leurs pratiques et des changements qui pourraient les am&#233;liorer, d'&#234;tre gratifi&#233;s de meilleurs r&#233;sultats, de se forger des conditions de travail vivables &#224; la hauteur des enjeux de leur m&#233;tiers auxquels ils tiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8230; &#224; l'&#233;cole commune&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si des enseignants, par manque de la formation n&#233;cessaire, privil&#233;gient l'&#233;panouissement des enfants au d&#233;triment des fondements m&#234;mes de leur mission, &#224; savoir transmettre des connaissances exigeantes, il n'en demeure pas moins qu'ils ont choisi l'enseignement. Si la formation leur en donne les moyens - qu'ils sont en mesure de revendiquer -, ils ne pourront qu'appr&#233;cier les effets des changements de leur pratique construite sur l'exigence intellectuelle au fondement m&#234;me de l'&#233;cole commune, et du changement de paradigme p&#233;dagogique sur lequel elle se b&#226;tira&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette probl&#233;matique incontournable il faut lire : Jean-Pierre Terrail, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rien ne nous indique que les enseignants auraient d&#233;missionn&#233; sur cette question d&#233;cisive. Bien au contraire, leur malaise atteste plut&#244;t de son lien avec les difficult&#233;s rencontr&#233;es &#224; ne pas pouvoir satisfaire tout ce que recouvre cette exigence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect majeur de l'&#233;cole commune croise la polyvalence des ma&#238;tres parfaitement excessive dans l'&#233;cole primaire actuelle. Vouloir les former dans toutes les disciplines et pour toutes les classes, aux niveaux n&#233;cessaires pour assurer le respect du principe de l'exigence intellectuelle est une pure gageure. Chaque discipline a des exigences qui lui sont propres et qui n&#233;cessitent une formation approfondie, m&#234;me pour l'&#233;cole primaire faut-il le pr&#233;ciser, contrairement &#224; ce que l'on pense trop souvent en se fondant sur l'&#226;ge des enfants et le caract&#232;re &#233;l&#233;mentaire des savoirs qui leur sont enseign&#233;s. La quantit&#233; excessive de mati&#232;res ne peut qu'&#233;loigner les enseignants des outils conceptuels et didactiques n&#233;cessaires &#224; l'enseignement efficace de chacune d'elles. Le projet d'&#233;cole commune entend rompre avec cette polyvalence insens&#233;e, puisqu'il va jusqu'&#224; proposer que &#171; les &#233;l&#232;ves doivent pouvoir b&#233;n&#233;ficier, aux diff&#233;rents niveaux de classe, de l'apport de deux ma&#238;tres, sp&#233;cialistes respectivement de l'enseignement de la langue &#233;crite et des math&#233;matiques &#187;, ce qui devrait correspondre &#224; une &#171; formation universitaire en lettres dans le premier cas, en math&#233;matiques dans le second. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GRDS, L'&#201;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on se saisit des d&#233;clarations des enseignants relatives &#224; la formation re&#231;ue concernant la langue, on ne peut que s'int&#233;resser de pr&#232;s aux propositions du GRDS. Les enseignants de fran&#231;ais de coll&#232;ge, dont la formation disciplinaire est normalement pouss&#233;e, d&#233;clarent &#224; 80% avoir re&#231;u une formation en langue fran&#231;aise, linguistique ou sciences du langage ; 20% d'entre eux n'ont donc pas re&#231;u ce type de formation, ce qui dans cette configuration, repr&#233;sente un pourcentage consid&#233;rable. Mais pour les enseignants de CM2 la situation est nettement plus pr&#233;occupante. Ils sont 43,3% &#224; d&#233;clarer n'avoir re&#231;u aucune formation en fran&#231;ais : 17% ont re&#231;u une formation acad&#233;mique en langue fran&#231;aise, linguistique et sciences du langage ; 52,8%, une formation didactique sur l'enseignement de la langue et 38,6% une formation sur l'apprentissage de la langue par les &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note d'information, n&#176;13-35, D&#233;cembre, DEPP, &#034;Grammaire, orthographe, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une culture commune &#224; l'&#233;cole re&#231;oit aujourd'hui des soutiens que l'on ne retrouve pas lorsqu'il s'agit de la penser dans la logique de l'&#233;cole commune. C'est que celle-ci va loin dans l'affirmation de la place qu'elle donne &#224; la culture commune : elle en fait l'axe de construction d'un tronc commun depuis les petites classes jusqu'au bac, destin&#233; &#224; faire disparaitre la s&#233;lection et les fili&#232;res qui l'accueillent. Cette perspective particuli&#232;rement exigeante se fonde sur la n&#233;cessit&#233; de penser ensemble l'amont et l'aval du cursus. La r&#233;ussite de tous &#224; l'issue du tronc commun lib&#233;r&#233; des fili&#232;res, suppose forc&#233;ment que l'ensemble du parcours ait &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; sans emb&#251;ches, et donc que d&#232;s les petites classes, la conduite des apprentissages ait toute l'efficacit&#233; n&#233;cessaire &#224; la poursuite r&#233;ussie de la scolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que cette perspective signifie la formation d'une culture professionnelle des enseignants profond&#233;ment revisit&#233;e. A la culture de la s&#233;lection de l'&#233;cole unique qui vise &#224; faire accepter les &#233;checs puisque l'on a la solution &#171; normale &#187; de l'orientation, devra se substituer une culture de l'obligation de la r&#233;ussite de tous en mesure de permettre &#224; tous de parcourir le cursus commun. Ce changement de culture professionnelle profond devra forc&#233;ment trouver sa voie tant au niveau des &#171; outils conceptuels et didactiques &#187; n&#233;cessaires pour assurer cette nouvelle perspective d'efficacit&#233;, qu'au niveau de la conviction profonde du r&#233;alisme du principe d'&#233;ducabilit&#233; universelle. L'exp&#233;rience nous montre que ces deux niveaux ont partie li&#233;e dans l'efficacit&#233; de l'exercice du m&#233;tier. Quand on n'a pas d'appr&#233;hension par rapport aux ressources des &#233;l&#232;ves d'origine populaire, les outils conceptuels et didactiques de haut niveau mis en &#339;uvre avec toute l'intelligibilit&#233; n&#233;cessaire ont le m&#234;me pouvoir de formation intellectuelle qu'ils ont avec les autres &#233;l&#232;ves, &#224; condition bien s&#251;r de ne pas avoir laiss&#233; s'enkyster trop longtemps les effets d'exigences moindres pour les &#233;l&#232;ves en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite des exigences que cette perspective leur laisse envisager, place les enseignants dans une position d'experts de leur m&#233;tier, &#224; rebours de toute l'impuissance d&#233;courageante dont ils souffrent aujourd'hui. La mise en coh&#233;rence de toutes ces dimensions propres &#224; l'&#233;cole commune n'est pas sans connaitre de la d&#233;fiance assur&#233;ment y compris chez les enseignants ; toutefois, la crise profonde des r&#233;sultats scolaires et du m&#233;tier enseignant dans ce qu'ils ont d'invivable, devrait pouvoir mobiliser une aspiration &#224; des changements autrement cons&#233;quents que ceux de toutes les r&#233;formes inefficaces que nous connaissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, l'&#233;cole commune n'aura quelque chance de se construire que si des sujets historiques la prennent en charge, mais compte tenu de la situation actuelle de l'&#233;cole et des aspirations et exigences qu'elle fait naitre, son projet devient porteur de la vision d'un avenir possible qui peut avoir pour effet de donner du sens aux luttes actuelles, d'inspirer les mobilisations par la nature de ses propositions. Id&#233;e forte, force mobilisatrice, le projet d'&#233;cole commune a pour vocation de relier l'id&#233;e et l'action concr&#232;te : il aide &#224; s'orienter dans la pens&#233;e et l'action &#224; l'&#339;uvre dans le mouvement r&#233;el. Devant le vif besoin de changement ressenti aujourd'hui, le souffle de ce projet pourrait bien ouvrir des perspectives en mesure de faire bouger les lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;bat sur l'&#233;cole le GRDS n'est pas seul en lice et les adversaires de la d&#233;mocratisation assum&#233;s jusqu'au bout ne ch&#244;ment pas ! A droite et &#224; l'extr&#234;me droite, nous savons bien ce qu'il en est de toutes les logiques ultra-lib&#233;rales pass&#233;es, pr&#233;sentes et programm&#233;es ; au minist&#232;re nous voyons s'appliquer consciencieusement les directives europ&#233;ennes du socle commun, des comp&#233;tences et du d&#233;passement de l'organisation disciplinaire des programmes, et &#224; gauche nous ne percevons pas toujours tr&#232;s bien comment sont pens&#233;es s&#233;rieusement les conditions de possibilit&#233; de la franche d&#233;mocratisation scolaire. Le d&#233;bat est rude pour que cette d&#233;mocratisation ne soit pas un mot d'ordre sans consistance, y compris avec des progressistes tout &#224; fait sinc&#232;res qui saluent le caract&#232;re g&#233;n&#233;reux de l'&#233;cole commune tout en la jugeant utopique. Dans ce contexte nous n'avons pas d'autres solutions que de continuer &#224; essayer de peser dans le d&#233;bat de normes auxquelles les enseignants s'affrontent quotidiennement et &#224; alerter les syndicalistes et les politiques en responsabilit&#233; de l'institution et de la formation, autant que faire se peut.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des questions d&#233;cisives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans parler des salaires qu'il faut augmenter (les enseignants fran&#231;ais sont pay&#233;s 20% de moins que la moyenne des enseignants de l'union europ&#233;enne), qu'il s'agisse des effectifs parfois trop lourds et des t&#226;ches administratives qui ne laissent plus suffisamment de disponibilit&#233;s pour r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qui fait le corps du m&#233;tier, nous sommes confront&#233;s &#224; des param&#232;tres relevant de d&#233;cisions qui peuvent &#234;tre prises rapidement, si bien s&#251;r la volont&#233; politique en reconnait la n&#233;cessit&#233;. Mais le corps du m&#233;tier c'est l'activit&#233; intellectuelle d&#233;ploy&#233;e en classe aupr&#232;s d'enfants qui ont &#224; s'en approprier les exigences, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; pressante d'une formation qui la rende possible. Transformer la formation pour la placer au niveau des exigences de haut niveau qui s'imposent rel&#232;ve aussi de d&#233;cisions politiques en mesure d'offrir les moyens de son organisation. Mais il s'agira l&#224; d'un processus de plus longue haleine &#224; commencer par cons&#233;quent sans d&#233;lai, ce qui est parfaitement possible : nous ne sommes pas d&#233;munis pour penser les probl&#232;mes qui s'y attachent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui l'&#233;cole est devenue un probl&#232;me crucial pour la soci&#233;t&#233;. Aucune &#171; simple &#187; r&#233;forme ne pourra le solutionner v&#233;ritablement car la logique profond&#233;ment antid&#233;mocratique sur laquelle cette &#233;cole est construite n'est pas amendable. Seule la refondation du syst&#232;me peut d&#233;boucher sur une &#233;cole authentiquement d&#233;mocratique, avec des enseignants en pleine possession de leur m&#233;tier, dans une soci&#233;t&#233; consciente des enjeux de la d&#233;mocratie. Les principes qui ont guid&#233; l'&#233;laboration de la perspective de l'&#233;cole commune offrent &#224; la soci&#233;t&#233;, aux politiques et aux enseignants, la possibilit&#233; d'envisager des solutions aux probl&#232;mes qu'ils se posent d'ores et d&#233;j&#224; avec force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'&#233;ducabilit&#233; universelle&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe d'une formation scolaire de haut niveau disciplinaire dans le cadre de la culture commune d'un tronc commun, n'a de validit&#233; que dans la rencontre avec celui de l'&#233;ducabilit&#233; universelle sur lequel cette m&#234;me formation s'appuie. La disparition programm&#233;e des fili&#232;res dans l'&#233;cole commune repose sur un d&#233;but de scolarit&#233; pleinement r&#233;ussie et donc une entr&#233;e dans l'&#233;crit sans emb&#251;ches pour tous les enfants, d'o&#249; la question : quelles en sont les conditions de possibilit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre Terrail le d&#233;montre, tous les &#234;tres de langage que sont les enfants quand ils entrent au CP, disposent des ressources langagi&#232;res n&#233;cessaires &#224; une entr&#233;e dans l'&#233;crit leur offrant les moyens d'une scolarit&#233; r&#233;ussie. Au lieu de se demander de quel d&#233;ficit les enfants des classes populaires souffrent, il se tourne vers ce dont ils disposent, comme tout &#234;tre parlant une langue. C'est dans les mots que nous pensons disait Hegel. Or cette pens&#233;e langagi&#232;re recouvre l'abstraction, la r&#233;flexivit&#233;, les raisonnements logiques et met donc &#224; la disposition des enfants les ressources &#224; partir desquelles ils peuvent commencer &#224; entrer dans le lire-&#233;crire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?, La Dispute, 2013.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les signes linguistiques sont purement abstraits, conventionnels, ils n'entretiennent aucune ressemblance avec les r&#233;f&#233;rents concrets de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle quand ils en ont, ce qui est loin d'&#234;tre le cas de tous. C'est dans la langue que l'enfant interroge, r&#233;fl&#233;chit le sens des mots, des &#233;nonc&#233;s, des discours, ainsi que l'ensemble des objets du monde qu'il cherche &#224; comprendre. Et c'est toujours dans la langue qu'il raisonne les relations entre divers objets de pens&#233;e introduites par de nombreux connecteurs logiques dont il a tr&#232;s t&#244;t la ma&#238;trise. &#171; Tous les enfants entrent au CP munis de cet outillage mental. (&#8230;) qui comprend tout ce dont l'&#233;cole a besoin de trouver chez ses b&#233;n&#233;ficiaires en mati&#232;re de potentiel de pens&#233;e rationnelle, pour conduire de fa&#231;on satisfaisante leur appropriation de la culture &#233;crite. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, ibid.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ressources qui fondent le principe de l'&#233;ducabilit&#233; universelle ont besoin d'&#234;tre beaucoup mieux reconnues par les enseignants, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'une formation &#224; la hauteur des enjeux th&#233;oriques et professionnels que cette reconnaissance recouvre. Cet aspect d&#233;cisif des transformations d&#233;mocratiques de l'&#233;cole ne rel&#232;ve pas des fantasmes d'une utopie irr&#233;aliste. Il ne serait pas difficile d'accompagner les enseignants dans le cadre de leur formation, pour qu'ils parviennent tous &#224; reconna&#238;tre l'existence de ces ressources en tant qu'outillage d&#233;j&#224;-l&#224; de la pens&#233;e des enfants, &#224; partir et avec lequel ils pourraient tous envisager de conduire les apprentissages avec succ&#232;s. Des exp&#233;riences qui montrent &#224; quel point les enfants d'origine populaire r&#233;pondent positivement aux sollicitations ambitieuses de leur intelligence ne peuvent que les encourager &#224; envisager diff&#233;remment si c'est n&#233;cessaire, leur travail avec ces enfants comme avec tous les autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le site , on peut lire des r&#233;cits et des t&#233;moignages qui montrent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ambition du tronc commun&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses recherches nous permettent aujourd'hui de saisir combien des pratiques de diff&#233;renciation dans la classe qui proposent aux &#233;l&#232;ves des contenus et des conduites d'apprentissages d'in&#233;gales ambitions intellectuelles, peuvent emp&#234;cher les &#233;l&#232;ves d'origine populaire d'atteindre les ressources n&#233;cessaires pour se projeter vers les meilleures fili&#232;res. Jug&#233;s trop faibles, ces &#233;l&#232;ves se voient trop souvent confront&#233;s &#224; des contenus de savoirs moins abstraits, moins centr&#233;s sur leur logique propre alors qu'ils ne sont intelligibles que si cette logique est totalement et clairement enseign&#233;e. Le concret, la manipulation, le ludique, en lieu et place des concepts jug&#233;s trop difficiles, ne peuvent qu'&#233;loigner ces &#233;l&#232;ves de tout ce qui, seul, peut leur permettre de satisfaire aux exigences de la r&#233;ussite scolaire. En lien avec le principe de l'&#233;ducabilit&#233; universelle la perspective du tronc commun s'accompagne n&#233;cessairement du d&#233;passement radical de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole unique diversifie les parcours sans attendre l'orientation dans les fili&#232;res. Qu'il s'agisse des redoublements, des regroupements li&#233;s aux difficult&#233;s, de l'enseignement sp&#233;cialis&#233;, des affectations dans les classes ou les &#233;tablissements, l'in&#233;galit&#233; des parcours s'installe t&#244;t dans le cursus. Le tronc commun de l'&#233;cole commune qui s'appuie sur l'acc&#232;s de tous &#224; un m&#234;me patrimoine de connaissances &#224; d&#233;finir dans l'ensemble des programmes de la culture commune, pr&#233;c&#232;de les sp&#233;cialisations disciplinaires et professionnelles, et &#244;te &#224; la concurrence toute possibilit&#233; de s'installer. Cette perspective ne conduit pas &#224; supprimer les difficult&#233;s d'apprentissage et les diff&#233;rences que les &#233;l&#232;ves ne manqueront pas de pr&#233;senter dans leur habilet&#233; &#224; s'approprier tel ou tel domaine de connaissance, mais &#224; se fixer pour objectif de construire l'appropriation par tous de la culture &#233;crite du tronc commun, sans pouvoir recourir aux diversifications de parcours qui caract&#233;risent l'&#233;cole unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'erreur et la note&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me de la notation qui s'articule sur le tri entre les bonnes et les mauvaises r&#233;ponses a des cons&#233;quences graves, contrairement &#224; ce dont on essaie de convaincre les &#233;l&#232;ves : &#171; c'est pas grave &#187; dit-on, &#224; propos des erreurs. Supprimer la notation ne signifie pas supprimer l'&#233;valuation, c'est rendre &#224; l'erreur son statut intellectuel de moment incontournable de l'exercice de la pens&#233;e dans l'apprentissage, et donc en faire un objet de travail exigeant, interrog&#233; en permanence dans la classe. L'erreur n'est pas un droit, le droit &#224; l'erreur n'a pas de sens. Un droit est ce qui est permis ou exigible selon les principes d'une morale ou les lois de la l&#233;gislation. Un droit peut-&#234;tre bafou&#233;, revendiqu&#233;, modifi&#233; : aucun de ces traits n'appartient &#224; l'erreur scolaire. Voyons pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se nourrir n'est pas un droit, c'est une n&#233;cessit&#233; biologique naturelle. L'organisme n'est pas dans l'exigence, la revendication mais dans la n&#233;cessit&#233;. C'est le pouvoir de se nourrir normalement dans un contexte social qui concentre les moyens de la nourriture qui devient un droit exigible. Le raisonnement est semblable pour l'erreur &#224; l'&#233;cole : elle appartient &#224; l'exercice de la pens&#233;e dans l'apprentissage qui, pour de multiples raisons, peut difficilement ne jamais se tromper. &#171; L'erreur est mouvement de l'esprit &#233;crivait Stella Baruk. Vouloir emp&#234;cher ce mouvement, c'est vouloir emp&#234;cher de penser. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stella Baruk, L'&#226;ge du capitaine. De l'erreur en math&#233;matiques, Seuil, 1985.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le droit se rapporte ici au respect de cette r&#233;alit&#233; intellectuelle incontournable : c'est ce respect qui est exigible, qui peut &#234;tre revendiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment pr&#233;cis o&#249; l'erreur se produit elle se vit toujours dans l'inconscience d'elle-m&#234;me, sinon il ne s'agit plus d'une erreur mais d'une faute ou d'un mensonge. Le mensonge est conscient de la v&#233;rit&#233;, et la faute sait qu'elle ne devrait pas &#234;tre faite, ce qui n'est pas le cas de l'erreur, qui par d&#233;finition n'est pas intentionnelle. Il faut avoir fait l'erreur pour la r&#233;aliser, m&#234;me si elle est &#224; peine esquiss&#233;e. Dans ces conditions, la seule revendication possible et n&#233;cessaire concerne la formation de pratiques enseignantes capables de respecter &#224; tout instant ce statut intellectuel de l'erreur pour en faire un objet de travail, et donc dans le m&#234;me mouvement, de rendre parfaitement inappropri&#233;e, obsol&#232;te, toute entreprise de notation qui perd ainsi tout sens : si l'erreur est bien mouvement de l'esprit il est absurde de vouloir la noter. Comme le corps, poursuit Stella Baruk, l'esprit &#171; a aussi besoin de se mouvoir &#171; dans tous les sens &#187; pour pouvoir s'approprier du sens parce que c'est comme &#231;a qu'il fonctionne et qu'il peut petit &#224; petit prendre possession d'un espace mental dans lequel c'est justement de pouvoir se mouvoir qui lui fera adopter une conduite concert&#233;e, argument&#233;e. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stella Baruk, ibid.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;aliser l'erreur, en prendre conscience, c'est r&#233;aliser une inad&#233;quation entre ce que l'on a produit et ce qu'il convenait de produire, &#224; condition toutefois d'aller jusqu'au bout des raisons de l'inad&#233;quation, de l'&#233;cart entre les deux productions. Lorsque leur formation conceptuelle et didactique est insuffisante, c'est ce travail que les enseignants ne peuvent pas faire avec toute l'attention, le soin, la s&#233;r&#233;nit&#233; et l'efficacit&#233; n&#233;cessaires, ce qui les am&#232;ne &#224; surseoir au retour r&#233;flexif qui seul, &#224; chaque fois, peut permettre aux &#233;l&#232;ves d'avancer dans la compr&#233;hension. L'extravagante polyvalence des ma&#238;tres ne leur permet pas d'accueillir sereinement les erreurs des &#233;l&#232;ves, souvent inattendues, des erreurs qui exigent de l'&#233;coute, de la bienveillance, mais aussi de la capacit&#233; d'entendre les raisons qui les ont produites dans le contexte conceptuel qui est le leur &#224; chaque fois et qu'il est n&#233;cessaire de ma&#238;triser pour se sentir &#224; l'aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu reprochait &#224; l'&#233;cole d'&#233;valuer ce qu'elle n'enseigne pas, ce qu'elle fait trop souvent par le biais de la notation classante, les bonnes notes des uns pouvant finir par justifier &#224; bon compte l'id&#233;e que les errements des autres leur sont imputables en raison des multiples d&#233;ficits que l'on s'imagine leur appartenir. Ces r&#233;flexions sur l'erreur valables pour tout &#233;l&#232;ve, qui sont introduites dans le projet d'&#233;cole commune du GRDS appartiennent &#224; l'examen des conditions de possibilit&#233; de la construction d'un tronc commun solide ; elles en constituent une des matrices qui rencontrent, sans irr&#233;alisme utopique, les difficult&#233;s que les enseignants vivent au quotidien dans leurs classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Enseigner la lecture&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s au second degr&#233; dans les ann&#233;es 1960, la question de la compr&#233;hension par les coll&#233;giens de ce qu'ils devaient lire s'est pos&#233;e avec acuit&#233;. La r&#233;ponse &#224; cette question a largement d&#233;bouch&#233; sur une condamnation de la m&#233;thode syllabique dans l'apprentissage de la lecture et sur son remplacement par la m&#233;thode mixte qui combine de l'apprentissage global, de la devinette pour tenter d'identifier les mots que l'on ne d&#233;code pas, et des &#233;l&#233;ments de d&#233;codage, sans que celui-ci soit enseign&#233; &#224; partir du suivi syst&#233;matique de la progression programm&#233;e dans l'introduction des graph&#232;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Janine Reichstadt, D&#233;chiffrer pour comprendre : une question cl&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette m&#233;thode mixte continue d'&#234;tre tr&#232;s largement utilis&#233;e, l'enqu&#234;te &lt;i&gt;Lire et &#233;crire CP&lt;/i&gt; dirig&#233;e par Roland Goigoux le montre, mais la syllabique tend de plus en plus &#224; conqu&#233;rir l'int&#233;r&#234;t des enseignants qui sont bien oblig&#233;s de constater &#224; quelles difficult&#233;s sont confront&#233;s trop d'&#233;l&#232;ves dans l'apprentissage de comp&#233;tences aussi d&#233;cisives que celles du lire-&#233;crire. L'actuelle fr&#233;quence de la mixte pourrait ainsi changer de camp. Georges Canguilhem l'&#233;crivait : &#171; Un trait humain ne serait pas normal parce que fr&#233;quent, mais fr&#233;quent parce que normal, c'est-&#224;-dire normatif dans un genre de vie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Canguilhem, Le normal et le pathologique, PUF, 1972.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les conditions sont r&#233;unies aujourd'hui pour que le &#171; genre de vie &#187; de l'apprentissage de la lecture change, en construisant une fr&#233;quence adoss&#233;e &#224; une nouvelle normalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aura fallu plus de quatre d&#233;cennies pour que la mixte s'impose dans le paysage, gageons qu'il n'en faudra pas autant pour que ce soit le cas de la syllabique dont l'efficacit&#233; se trouve tr&#232;s largement confirm&#233;e. Les enqu&#234;tes nationales et internationales dont nous disposons aujourd'hui, qui ont mesur&#233; les effets de la ma&#238;trise du d&#233;codage sur la compr&#233;hension de l'&#233;crit, ne laissent plus aucun doute sur les relations profondes qu'elles entretiennent. La Conf&#233;rence de consensus sur la lecture de mars 2016 d&#233;bouche sur des pr&#233;conisations conformes aux enseignements convergents de l'ensemble de ces enqu&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1970 est partie des difficult&#233;s de compr&#233;hension de l'&#233;crit au coll&#232;ge dont l'apprentissage syllabique de la lecture a subi en quelque sorte le contrecoup. Sans qu'il faille cesser de s'interroger sur les performances du coll&#232;ge, tout le monde aujourd'hui s'accorde pour penser qu'il faut faire du primaire une priorit&#233;, tant ses r&#233;sultats sont probl&#233;matiques et d&#233;cisifs pour le reste de la scolarit&#233;. Gageons qu'&#224; &#233;ch&#233;ance raisonnable cette conjoncture finisse par d&#233;boucher sur une volont&#233; largement partag&#233;e de pousser la r&#233;flexion sur les apprentissages qu'on y r&#233;alise, et donc parmi ceux-ci celui qui occupe une place d&#233;cisive tant les autres d&#233;pendent de lui, le lire-&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant les convergences des enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture, Jean-Pierre Terrail conclut qu' &#171; un cycle d'un demi-si&#232;cle appara&#238;t ainsi en passe de se clore &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. , 2016.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des freins existent bien s&#251;r, tant du c&#244;t&#233; des formateurs et donc des enseignants qu'ils forment que des experts. J'examine ceux qui me paraissent essentiels dans D&#233;chiffrer pour comprendre, mais confront&#233;s aux &#233;checs trop fr&#233;quents qui les interpellent, les enseignants ont la possibilit&#233; aujourd'hui de s'appuyer sur un ensemble de connaissances solides qu'ils peuvent trouver mises en &#339;uvre dans certains manuels dont les ambitions peuvent &#234;tre r&#233;sum&#233;es ainsi : &#171; d&#233;part alphab&#233;tique, &#233;nonc&#233;s enti&#232;rement d&#233;chiffrables, insistance sur la fluidit&#233; du d&#233;codage, la ponctuation ; enrichissement du vocabulaire, textes exigeants, de genres diversifi&#233;s et notamment &#171; litt&#233;raires &#187;, pour le travail de compr&#233;hension ; t&#226;ches d'&#233;criture et notamment dict&#233;es men&#233;es parall&#232;lement au travail sur la lecture, introduction &#224; l'orthographe grammaticale. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, ibid.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jos&#233; Morais le montre de fa&#231;on particuli&#232;rement convaincante : la contestation de la nature profond&#233;ment antid&#233;mocratique du capitalisme qui concentre des pouvoirs consid&#233;rables pour satisfaire ses int&#233;r&#234;ts, a besoin de construire un processus d&#233;mocratique pouvant s'appuyer sur la litt&#233;ratie. D&#233;finie comme l'appropriation et l'utilisation de l'&#233;crit dans l'exercice de la pens&#233;e, la litt&#233;ratie participe de l'&#233;laboration de la pens&#233;e libre, critique, d'un haut niveau d'exigence intellectuelle en mesure de construire l'h&#233;g&#233;monie d'une r&#233;elle d&#233;mocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Morais, Lire, &#233;crire et &#234;tre libre. De l'alphab&#233;tisation &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette &#233;laboration a pour vocation de s'introduire dans tous les domaines de la vie de chacun, ce qui pose la question de l'aptitude de chacun &#224; penser le monde dans lequel il conduit sa vie et donc &#224; participer pleinement aux d&#233;cisions d&#233;mocratiques touchant aux transformations de ce monde. Nul doute que les ressources intellectuelles n&#233;cessaires &#224; la compr&#233;hension exigeante du monde ont besoin d'une &#233;cole &#224; m&#234;me de construire de telles ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'humanit&#233; ne se pose jamais que les probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;soudre &#233;crivait Marx, car, &#224; regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne surgit que l&#224; o&#249; les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent d&#233;j&#224; ou du moins sont en voie de devenir. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique, Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En &#233;largissant la question des conditions mat&#233;rielles, nous pouvons dire que s'agissant des probl&#232;mes de l'&#233;cole unique, les conditions de leur solution existent d&#233;j&#224;. C'est pourquoi l'&#233;cole commune n'a rien d'une utopie irr&#233;aliste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Norbert Elias, &lt;i&gt;L'utopie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Macherey, &lt;i&gt;De l'utopie !&lt;/i&gt;, De l'Incidence &#201;diteur, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jos&#233; Morais, &lt;i&gt;Lire, &#233;crire et &#234;tre libre. De l'alphab&#233;tisation &#224; la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Macherey, ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Harris Interactive, &lt;i&gt;Observatoire des professeurs d&#233;butants&lt;/i&gt;, juin 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claire Bonnard, Jean-Fran&#231;ois Giret et C&#233;line Sauvageot, &lt;i&gt;Quels effets du passage en Rased sur le parcours scolaire des &#233;l&#232;ves ?&lt;/i&gt; IREDU, Universit&#233; de Bourgogne-Franche-Comt&#233;, F&#233;vrier 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Clot, &lt;i&gt;Le travail &#224; c&#339;ur. Pour en finir avec les risques psychosociaux&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Canguilhem, &lt;i&gt;&#201;crits sur la m&#233;decine&lt;/i&gt;, Le Seuil, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette probl&#233;matique incontournable il faut lire : Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GRDS, &lt;i&gt;L'&#201;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt;, n&#176;13-35, D&#233;cembre, DEPP, &#034;Grammaire, orthographe, lexique : quelles pratiques au coll&#232;ge et en CM2 ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le site &lt;a href=&#034;http://www.leslettresbleues.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.leslettresbleues.fr&lt;/a&gt;, on peut lire des r&#233;cits et des t&#233;moignages qui montrent comment des enseignants qui travaillent avec des &#233;l&#232;ves d'origine populaire, reconnaissent l'efficacit&#233; du manuel syllabique Je lis, j'&#233;cris, et constatent l'enthousiasme de ces &#233;l&#232;ves de pouvoir s'approprier son contenu ambitieux tant au niveau du lexique qu'au niveau culturel des textes et de l'iconographie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stella Baruk, &lt;i&gt;L'&#226;ge du capitaine. De l'erreur en math&#233;matiques&lt;/i&gt;, Seuil, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stella Baruk, ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Janine Reichstadt, &lt;i&gt;D&#233;chiffrer pour comprendre : une question cl&#233; de l'apprentissage de la lecture&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.democratisation-scolaire.fr&lt;/a&gt;, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Canguilhem, &lt;i&gt;Le normal et le pathologique&lt;/i&gt;, PUF, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.democratisation-scolaire.fr&lt;/a&gt;, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jos&#233; Morais, Lire, &#233;crire et &#234;tre libre. De l'alphab&#233;tisation &#224; la d&#233;mocratie, Odile Jacob, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique, Editions Sociales, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Transformer l'&#233;cole maternelle en &#233;cole premi&#232;re ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article244</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article244</guid>
		<dc:date>2017-02-02T10:42:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Simonpoli</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Le GRDS a relativement peu explor&#233;, jusqu'ici, la question de l'&#233;cole maternelle et des changements dans ses missions et ses fonctionnements qui pourraient s'imposer dans la perspective d'une d&#233;mocratisation g&#233;n&#233;rale de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Aussi accueillons-nous ci-dessous avec plaisir la contribution de Jean-Fran&#231;ois Simonpoli qui avance des propositions originales &#224; partir d'une r&#233;flexion sur l'&#233;ducation de la petite enfance et notamment du partage des t&#226;ches entre la famille et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH115/arton244-55919.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='115' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Le GRDS a relativement peu explor&#233;, jusqu'ici, la question de l'&#233;cole maternelle et des changements dans ses missions et ses fonctionnements qui pourraient s'imposer dans la perspective d'une d&#233;mocratisation g&#233;n&#233;rale de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Aussi accueillons-nous ci-dessous avec plaisir la contribution de Jean-Fran&#231;ois Simonpoli qui avance des propositions originales &#224; partir d'une r&#233;flexion sur l'&#233;ducation de la petite enfance et notamment du partage des t&#226;ches entre la famille et l'&#233;cole.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Contextualiser&#034; pour repenser un continuum &#233;ducatif et scolaire efficace&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans proposer une analyse fine, trop longue &#224; exposer, ici et maintenant, il est n&#233;cessaire de donner quelques points de rep&#232;re pour comprendre les raisons pour lesquelles je consid&#232;re qu'il faut abandonner &#171; les fausses bonnes id&#233;es &#187; qui consistent &#224; empiler des moyens pour rem&#233;dier aux points faibles de notre syst&#232;me &#233;ducatif. Enon&#231;ons un premier constat, l'&#233;cole fran&#231;aise r&#233;ussit la mission que lui confie la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, puis un second il y a des observations qui nous permettent d'envisager les points forts du syst&#232;me scolaire et &#233;ducatif. Et enfin sans entrer dans les d&#233;tails m&#233;thodologiques des transformations syst&#233;miques lorsqu'on souhaite faire &#233;voluer un syst&#232;me il vaut mieux se consacrer &#224; ses points forts dans les fonctions d'excellence plut&#244;t que d'essayer d'am&#233;liorer ce qui va mal. Mes propositions pourraient m&#234;me &#234;tre envisag&#233;es &#224; moyens constants c'est &#224; dire qu'il s'agit plus d'une redistribution des moyens et des personnels par la r&#233;organisation des dispositifs existants que d'une augmentation des moyens. Re-nationaliser les personnels en r&#233;-&#233;tatisant tous les postes laiss&#233;s &#224; la discr&#233;tion des communes des intercommunalit&#233;s voire des collectivit&#233;s territoriales ou m&#234;me des partenariats public-priv&#233; qui font flor&#232;s depuis les lois de d&#233;centralisation et la r&#233;forme dite des rythmes scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cole maternelle a des origines qui expliquent qu'elle soit devenue un lieu d'accueil, d'&#233;ducation, et de scolarisation de la petite enfance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour repenser l'&#233;cole maternelle en France il faut d'abord la replacer dans son contexte historique. Il y a trois origines &#224; &#171; notre &#187; &#233;cole maternelle fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il y a une racine sociale, sanitaire et s&#233;curitaire : les salles d'asile des h&#244;pitaux. Dans la lign&#233;e de Saint Vincent de Paul, les personnels des hospices recueillent des enfants abandonn&#233;s tr&#232;s jeunes. C'est parce que ces enfants des rues repr&#233;sentaient un danger pour la population des villes qu'ont &#233;t&#233; cr&#233;es des salles d'asile destin&#233;es d'abord &#224; les r&#233;cup&#233;rer, les nourrir, les soigner, les assagir, les sortir de la rue, et tenter de les civiliser pour qu'ils n'aient plus besoin de voler, qu'ils ne transportent plus de miasme, ou de maladie. C'est pour ce faire que l'&#233;ducation et l'enseignement ont &#233;t&#233; utilis&#233;s, c'est parce que cette t&#226;che a &#233;t&#233; confi&#233;e &#224; des nonnes que des contenus d'apprentissages ont &#233;t&#233; introduits dans le m&#234;me temps qu'elles pouvaient devenir des m&#232;res de substitution pour eux qui en &#233;taient, de fait, d&#233;pourvu, et elles qui, de fait, &#233;galement ne le seraient jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde racine provient d'une conjonction d'&#233;l&#233;ments issus des &#233;coles de campagne et des petits bourgs, l&#224; o&#249; l'instituteur de la r&#233;publique &#233;tait aussi le secr&#233;taire de mairie. G&#233;rant l'&#233;tat civil il savait &#224; quel moment chaque enfant atteignait l'&#226;ge d'entrer &#224; l'&#233;cole communale. Comme il y avait une disjonction entre l'ann&#233;e civile et l'ann&#233;e scolaire, du fait de l'instauration des grandes vacances d'&#233;t&#233; qui permettaient aux enfants de participer aux moissons, il y avait des enfants qui atteignaient l'&#226;ge de six ans et arrivaient en classe en cours d'ann&#233;e. Aussi pour mieux organiser administrativement leur &#233;cole, les instituteurs-secr&#233;taires de mairie inscrivaient ses enfants en classes enfantines en attendant leur entr&#233;e en cours pr&#233;paratoire. Petit &#224; petit ces classes enfantines sont devenu de v&#233;ritables classe d'enseignement pr&#233;-&#233;l&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me racine provient de l'exode rural. Lorsque l'industrie va chercher ses ouvriers dans les campagnes, et que les premi&#232;res vagues de paysans cherchant une meilleure situation de travail et de vie arrivent en ville, les familles se r&#233;tr&#233;cissent et la r&#233;partition sexu&#233;e et g&#233;n&#233;rationnelle du travail domestique est chamboul&#233;e. Pour la garde des tout-petits, il n'y a plus la grand m&#232;re maternelle qui auparavant effectuait une garde efficace et une &#233;ducation altern&#233;e. Lorsque les femmes se mettent &#224; travailler pour subvenir au besoin du m&#233;nage, il faut bien que les petits soient pris en charge. L'&#233;cole maternelle va jouer ce r&#244;le dans l'amplification de la &#171; mise au travail salari&#233; &#187; des femmes dont a besoin l'industrie notamment. Dans la sixi&#232;me d&#233;cennies du XX&#232;me si&#232;cle, l'ouverture d'une classe maternelle permettait la mise &#224; disposition de trente ouvri&#232;res sp&#233;cialis&#233;es imm&#233;diatement &#224; tr&#232;s peu de frais ; il suffisait d'un pr&#233;fabriqu&#233; &#224; la charge de la commune et de la cr&#233;ation d'un poste d'institutrice l&#224; o&#249; l'ouverture d'une cr&#232;che aurait exig&#233; des locaux aux normes et surtout une pu&#233;ricultrice professionnelle pour 4 enfants en moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'&#233;cole maternelle d&#233;montre que la nature de cette &#233;cole est li&#233;e &#224; l'organisation sociale du travail. C'est la r&#233;volution industrielle et la g&#233;n&#233;ralisation du salariat qui sont les matrices de son d&#233;veloppement et non le besoin de d&#233;velopper les capacit&#233;s de tous les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Identifier et s''appuyer sur les fonctions fortes et les points forts du syst&#232;me pour le transformer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si je fais ce d&#233;tour express, c'est pour bien marquer (en prenant l'exemple de l'&#233;cole maternelle) le fait que la R&#233;publique a donn&#233; &#224; &#171; son &#233;cole &#187; comme r&#244;le principal de contribuer &#224; son &#233;dification. La R&#233;publique, depuis la premi&#232;re, a confi&#233; &#224; &#171; l'&#233;cole communale &#187; la responsabilit&#233; de sa construction sociale, sa p&#233;rennit&#233; et son renforcement par l'&#233;l&#233;vation du niveau d'instruction de ses citoyens et l'unification des principes civiques d'&#233;ducation. En cela elle est dans la continuit&#233; des r&#233;gimes politiques qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e : son ambition est de se p&#233;renniser en &#233;duquant tous &#171; ses &#187; enfants &#224; en respecter et &#224; en d&#233;fendre les lois et en les instruisant afin qu'ils lui offrent le &#171; meilleur d'eux-m&#234;mes &#187;. Que ce soit la gratuit&#233;, la mixit&#233; ou la la&#239;cit&#233;, aucun principe n'est interne &#224; l'&#233;cole. Pour la &#171; maternelle &#187; dans sa d&#233;nomination m&#234;me il y a une contradiction majeure avec les lois de notre R&#233;publique Fran&#231;aise d'aujourd'hui. Elle perp&#233;tue la &#171; domination des mamans dans l'&#233;ducation des tout-petits, alors que l'&#233;volution l&#233;gislative de la 5&#232;me R&#233;publique va dans le sens d'un partage des responsabilit&#233;s &#233;ducatives. Les changements dans les pratiques amoureuses, les transformations juridiques civiles concernant la filiation, la mixit&#233; et l'&#233;galit&#233; de traitement des gar&#231;ons et des filles &#224; l'&#233;cole, la mise en oeuvre de lois sur la parit&#233; en politique et contre la discrimination au travail sont des points d'appuis pour une transformation majeure de cette &#233;cole maternelle en une &#233;cole des &#171; tout-petits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la scolarisation conduit &#224; l'&#233;panouissement de la personne : c'est une cons&#233;quence de l'action de l'&#233;cole mais ce n'est jamais l'objectif de l'&#233;cole de la R&#233;publique. Pas davantage pour l'&#233;cole maternelle que pour le coll&#232;ge ou le lyc&#233;e d'enseignement professionnel. C'est tr&#232;s important de rappeler ceci notamment parce que d'autres formes socialis&#233;es de l'&#233;ducation des jeunes appel&#233;es &#171; &#233;coles &#187; existent dans le monde. Elles ne recouvrent pas pour autant la m&#234;me entit&#233;. Et m&#234;me lorsque par leur d&#233;nomination, certains aspects organisationnels ou fonctionnels, des observateurs rapprochent ces &#171; &#233;coles &#187;, elles ont eu d'autres origines, d'autres histoires, d'autres ambitions et d'autres organisations qui rendent incompr&#233;hensibles toutes les comparaisons dont on voudraient nous imposer les raisonnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde raison de mon d&#233;tour est de poser les principes d'une nouvelle &#233;cole maternelle en continuit&#233; avec le r&#244;le que la R&#233;publique assigne &#224; l'&#233;cole mais aussi en rupture &#224; partir des ph&#233;nom&#232;nes qu'elle a engendr&#233;s. M&#234;me si l'&#233;cole maternelle joue un r&#244;le pr&#233;gnant dans l'&#233;ducation des tout-petits, parce que les enfants rentrant de plus en plus t&#244;t effectuent &#224; l'&#233;cole des apprentissages qui ressortent de la domesticit&#233;, de l'affectif et du d&#233;veloppement social, il n'est pas, pour le moment, question de substituer l'&#233;cole &#224; la famille pour l'&#233;ducation des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant des &#233;coles o&#249; les familles confient &#224; &#171; leur &#187; &#233;cole le soin de les remplacer existent en France, ce sont les &#233;coles priv&#233;es, qui comme leur d&#233;nomination l'indique sont priv&#233;es et peuvent aller au bout de la logique d'envisager y compris des contenus d'enseignement qui ne correspondent pas aux programmes d&#233;finis par &#171; l'&#201;ducation nationale &#187; si elles sont hors contrat et donc ne demandent rien &#224; l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;cole de la R&#233;publique, elle, n'est pas l'&#233;cole qui se met au service des familles. Elle est au service de la R&#233;publique, fonctionne avec et d&#233;fend ses &#171; valeurs &#187;, dans toutes les acceptions de ce terme. (Changer de r&#233;publique impliquera ainsi de changer d'&#201;cole.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;ducatif nous avons &#224; faire avec des contradictions in&#233;luctables entre les modes de vie des familles, ayant des valeurs morales, philosophiques, religieuses, hygi&#233;niques, alimentaires, corporelles, politiques, affectives propres, et l'&#201;cole maternelle pour laquelle ce qui compte ne peut &#234;tre du m&#234;me ordre tout en touchant aux m&#234;mes domaines.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le la&#231;age des souliers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par exemple savoir mettre ses souliers en attachant ses lacets a donn&#233; &#224; des g&#233;n&#233;rations de parents et de grands-parents l'occasion d'apprendre &#224; &#171; leurs tout-petits &#187; &#224; se d&#233;brouiller tout seul, &#224; devenir ind&#233;pendant, &#224; s'habiller de la t&#234;te aux pieds. En m&#234;me temps par cet apprentissage les familles s'occupaient (sans en avoir conscience) de l'acquisition de la lat&#233;ralisation, l'exp&#233;rimentation des effets miroirs, l'am&#233;lioration d'une psychomotricit&#233; digitale pr&#233;cise, et l'anticipation op&#233;rationnelle. Lorsque les enfants arrivent &#224; l'&#233;cole maternelle &#224; deux ou trois ans les familles n'ont pas eu l'occasion le temps ni la possibilit&#233; d'apprendre ce la&#231;age &#224; &#171; leurs b&#233;b&#233;s &#187;, et quand bien m&#234;me elles l'auraient r&#233;alis&#233; cet apprentissage aurait &#233;t&#233; forc&#233; et pr&#233;coce. Ce qui n'est pas souhaitable car d&#233;vastateur pour la suite de l'acquisition des processus d'apprentissage en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc c'est &#224; l'&#233;cole maternelle que cet apprentissage se faisait, non pas sous la responsabilit&#233; des ma&#238;tresses et ma&#238;tres mais sous l'&#233;gide des &#171; ATSEM &#187; qui faisaient comme elles pouvaient et comme si cela avait &#233;t&#233; leurs propres gosses, sauf que non elle le faisaient pour s'en d&#233;barrasser le plus vite possible car lorsque vous devez apprendre &#224; trente petits de trois ans &#224; lacer leurs chaussures au moment de la r&#233;cr&#233;ation, ou apr&#232;s la sieste, cela rentre dans les missions impossibles, dans les actes insens&#233;s dont on ne cherche pas &#224; comprendre le sens la port&#233;e ou les cons&#233;quences sur les autres apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit &#224; petit, &#224; l'impossible nul n'&#233;tant tenu, l'apprentissage du la&#231;age &#224; disparu du cercle familial et de l'&#233;cole, car le la&#231;age a disparu : les parents, &#171; tann&#233;s &#187; par l'&#233;cole, ayant choisi de n'acheter que des mod&#232;les &#224; &#233;lastique ou &#171; scratch &#187;, puis les fabricants s'adaptant &#224; &#171; la demande &#187; ont fait disparaitre tout la&#231;age. Qu'advint-il de ce temps important de la transmission de l'acquisition de la dext&#233;rit&#233;, des apprentissages langagiers li&#233;s &#224; la lat&#233;ralisation, mais aussi de l'apprentissage de sa singularit&#233; dans les yeux de papa et de maman ? Les objectifs ont &#233;t&#233; suspendus &#224; d'autres temps et ont &#233;t&#233; pris en charge quand c'&#233;tait possible par l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cole lieu de travail dans un continuum &#233;ducatif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De ce tout petit exemple on comprend que plus la scolarisation est pr&#233;coce, plus elle induit un passage des apprentissages domestiques dans la sph&#232;re scolaire. Moins les familles ont de temps pour &#233;duquer leurs enfants donc pour exercer leurs responsabilit&#233;s &#233;ducatives dans les traditions dans lesquelles elles s'inscrivent, plus elles attendent de l'&#233;cole qu'elle le fasse. Les apprentissages li&#233;s &#224; ces temps traditionnels de l'&#233;ducation familiale sont porteurs d'acquis qui ne sont pas du ressort du travail scolaire. Pour autant ces savoirs constituent des pr&#233;-requis pour les apprentissages scolaires comme la dext&#233;rit&#233; ou la lat&#233;ralisation pour l'&#233;criture, le dessin, la compr&#233;hension des sch&#233;mas et la lecture&#8230; mais aussi l'orientation spatiale, ou l'observation avec un microscope ou encore la relativit&#233; entre la d&#233;monstration et l'exp&#233;rimentation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous constatons que lorsque des parents-enseignants connaissent et mettent en oeuvre, en famille, des modes de confrontation entre leurs enfants et le r&#233;el, qui s'apparentent &#224; ce qu'ils font &#224; l'&#233;cole, ils ne se mettent pas en concurrence &#233;ducative avec les lieux de travail des enfants mais dans la compl&#233;mentarit&#233;. Ils ne se sentent pas atteints dans leur pens&#233;e, leur honneur, ou leur vitalit&#233; lorsque l'&#233;cole fait un apprentissage par le travail qu'ils pensaient devoir faire par d'autres voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple lorsque &#224; l'&#233;cole maternelle, le ma&#238;tre choisit le d&#233;tour de la confection d'une salade de fruits dans un atelier pour travailler le d&#233;nombrement ou les constellations du nombre cinq, si la famille veille &#224; ne jamais manger de produits achet&#233;s en grande distribution, &#224; ne jamais manger de fruits provenant d'un pays &#233;loign&#233;, &#224; ne jamais manger de fruits potentiellement porteurs de produits chimiques, on va avoir deux sortes de comportements :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans une famille de non-enseignants qui a ces &#171; sp&#233;cificit&#233;s alimentaires &#187; soit on agit sur l'enfant pour qu'en classe il ne mange rien qui ne sorte de son propre sac soit on donne des consignes au ma&#238;tre pour que son enfant ne mange surtout pas &#171; ces cochonneries &#187; et cela peut aller sur un militantisme de l'interdit tr&#232;s puissant. Aujourd'hui il y a des &#233;coles maternelles o&#249; le ma&#238;tre ne fait plus de go&#251;ter parce que l'enfant ne doit manger que ce qui est bio vegan ou pourquoi pas de la marque &#171; monoprix &#187; !, d'autres o&#249; la ma&#238;tresse ne f&#234;te plus les anniversaires &#224; cause d'int&#233;gristes religieux, d'autres encore o&#249; on ne pr&#233;pare plus ni la f&#234;te des m&#232;res ni la f&#234;te des p&#232;res parce qu'il y a des familles homoparentales. On en est &#224; ne plus pr&#233;parer No&#235;l car pour certains c'est une t&#234;te religieuse, pour d'autres celle de coca-cola et d'autres celle de la consommation. L'enfant est en situation de d&#233;fiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans une famille d'enseignants, adepte des m&#234;mes &#171; sp&#233;cificit&#233;s alimentaires &#187; on sait que dans l'activit&#233; propos&#233;e par le ma&#238;tre il n'y a aucune recherche d'imposer sa mani&#232;re de manger ni m&#234;me une fa&#231;on de manger : il s'agit seulement de mettre en place une situation de travail qui a un objectif p&#233;dagogique pour que tous les &#233;l&#232;ves acqui&#232;rent des connaissances. On est dans un climat de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, au lieu de s'int&#233;resser aux zones de conflits. regardons ce qui marche dans ce syst&#232;me, pour les enfants d'enseignants, afin de proposer des transformations pour tout le monde. La r&#233;ussite depuis l'&#233;cole maternelle jusqu'au bac est sup&#233;rieure pour les enfants d'enseignants &#224; celle des enfants des cat&#233;gories socio-&#233;conomiques comparables, pourtant on retrouve chez les enseignants la m&#234;me diversit&#233; que dans les autres couches de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le facteur essentiel qui distingue la r&#233;ussite plus importante des enfants d'enseignants &#224; l'&#233;cole, c'est l'int&#233;gration pr&#233;coce du fait que l'&#233;cole est un lieu de travail et de l'existence d'un continuum &#233;ducatif entre la maison et l'&#233;cole. Le matin quand l'un des parents va au travail &#224; l'&#233;cole il est naturel que l'enfant qui se rend lui aussi &#224; l'&#233;cole y aille pour travailler. Lorsque ses parents parlent de leurs conditions de travail l'enfant sait que sa condition d'&#233;l&#232;ve est caract&#233;ris&#233;e par les m&#234;mes puisqu'il travaille dans les m&#234;mes lieux, ou dans des lieux similaires. Et enfin lorsque ses parents &#233;voquent ensemble les questions de reconnaissance de leur travail que ce soit du point de vue salarial ou du point de vue de la reconnaissance sociale, l'enfant-&#233;l&#232;ve apprend que puisque &#171; tout travail m&#233;rite salaire &#187;, c'est-&#224;-dire une reconnaissance, le sien aussi. En outre les parents enseignants transmettent &#224; leurs enfants des codes relationnels, linguistiques, comportementaux, des habitus culturels, des savoirs et connaissances acquises dans d'autres conditions que le travail scolaire, dans le quotidien de la vie ordinaire dans tous les actes hors travail. Il y a entre les parents enseignants et l'&#233;cole un continuum langagier, &#233;ducatif et culturel qui permet &#224; leurs enfants d'&#234;tre dans un lieu connu lorsqu'ils deviennent &#233;l&#232;ves. (L'envers du &#171; d&#233;cor &#187; est que les enfants d'enseignants ont plus de difficult&#233;s pour faire en sorte qu'&#224; la maison ils ne soient plus &#233;l&#232;ves). En conclusion ce qui fonctionne mieux chez les enseignants qu'ailleurs c'est la compr&#233;hension que les apprentissages ne sont pas tous scolaires, qu'il y a un partage entre diff&#233;rents lieux et pratiques. Les enfants acqui&#232;rent diff&#233;rents savoirs avec leurs familles, en jouant avec des copains, en faisant des activit&#233;s de loisirs et en travaillant &#224; l'&#233;cole. Tous ces savoirs ne sont pas du m&#234;me ordre, ils ne passent pas par les m&#234;mes modes d'acquisition et n'ont pas les m&#234;mes statuts.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Une autre &#233;cole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques d&#233;tours visaient &#224; introduire l'id&#233;e que l'&#233;cole maternelle, comme l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, est un lieu de travail dont la production est la connaissance et les moyens de production la connaissance. Les diff&#233;rents acteurs qui travaillent &#224; la production de la connaissance scolaire sont organis&#233;s, comme dans tout lieu de travail, en collectif de travail. Aujourd'hui l'enseignant fait et est responsable de tout. Les &#233;l&#232;ves travaillent tous mais seules leurs performances sont jug&#233;es et m&#234;me lorsqu'elles sont tout &#224; fait satisfaisantes elles ne sont jamais valoris&#233;e que pour l'&#233;l&#232;ve lui-m&#234;me, et parfois, gr&#226;ce aux efforts d'enseignants regroup&#233;s dans des &#171; courants p&#233;dagogiques &#187;, pour son entourage de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier objet de cette contribution est d'abord l'affirmation que l'&#233;cole r&#233;publicaine r&#233;ussit sa mission. Donc sa mission doit changer. La mission de l'&#233;cole d'une 6&#232;me R&#233;publique pourrait &#234;tre : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#201;duquer, Instruire, Cultiver, Civiliser, Qualifier &#187; les enfants par le travail intellectuel afin qu'ils acqui&#232;rent les connaissances n&#233;cessaires &#224; leur &#233;mancipation, &#224; la construction d'un esprit critique, &#224; l'exercice de la citoyennet&#233; et la qualification professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, l'&#233;cole maternelle &#233;tant l'un des &#233;l&#233;ments du &#171; grand service public de la petite enfance &#187; il faut d'une part assurer son lien organique avec les structures d'accueil et d'autre part affirmer sa sp&#233;cificit&#233; en tant que lieu d'apprentissages par le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;cole maternelle qui devrait plut&#244;t prendre le nom &#171; d'&#233;cole premi&#232;re &#187; puisque c'est celle des premiers apprentissages et qu'elle n'a plus le r&#244;le de maternage, il faut assurer des fonctions et des apprentissages diff&#233;rents avec des personnels diff&#233;rents :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Apprentissages &#233;ducatifs avec des &#233;ducateurs de jeunes enfants ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Apprentissages scolaires avec des enseignants ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Apprentissages de pratiques sociales avec des animateurs socioculturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique que dans chaque &#233;cole soit constitu&#233; un collectif de travail comprenant ces trois types de personnels dont la direction est assur&#233;e par l'enseignant afin de mettre en oeuvre des situations de travail r&#233;pondant &#224; des objectifs d'acquisition de connaissances d&#233;finis par un programme national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan organisationnel cela signifie que l'&#233;cole ne se substitue pas &#224; la cr&#232;che, mais travaille avec elle. Elle intervient d'abord en compl&#233;ment de la cr&#232;che pour les tout-petits puis devient le lieu d'accueil des enfants &#224; partir de trois ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut imaginer que les enfants dont les parents ont besoin de confier la garde pour un temps donn&#233; en fonction d'imp&#233;ratifs sociaux ou professionnels puissent &#234;tre accueillis jour et nuit dans une structure annexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la relation de coop&#233;ration entre &#171; cr&#232;ches et &#233;coles premi&#232;res &#187; pour des enfants de deux ans, la cr&#232;che pourra solliciter l'&#233;cole voisine, (ou pourquoi pas qui occupe et partage des m&#234;mes locaux) afin de confier aux enseignants le soin des apprentissages langagiers indispensables au travail scolaire &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A trois ans les enfants sont accueillis &#224; l'&#233;cole. Ils deviennent &#233;l&#232;ves. Le matin est consacr&#233; &#224; des activit&#233;s de travail qui font une place de choix aux apprentissages autour de deux objectifs principaux : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la ma&#238;trise des codes langagiers de l' &#233;cole et notamment l'apprentissage de la parole ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'apprentissage des comportements sociaux indispensables au travail scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi est consacr&#233;e aux apprentissages &#233;ducatifs, sociaux et culturels en lien avec d'autres pratiques que le travail scolaire sous la responsabilit&#233; d'un animateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quatre et cinq ans les apprentissages du cycle des apprentissages premiers sont assur&#233;s dans l'&#233;cole premi&#232;re par une &#233;quipe compos&#233;e d'un enseignant un animateur et un &#233;ducateur. Il s'agit d'une organisation en classes de cycle dans lesquelles les &#226;ges sont m&#233;lang&#233;s harmonieusement afin que du travail des &#233;l&#232;ves &#233;mergent des savoirs v&#233;ritables substrats aux acquisitions de connaissances et assure la transition vers l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire.. Ainsi la d&#233;marche exp&#233;rimentale, la production de connaissances et l'&#233;laboration d'un esprit critique prendront leurs sources ensemble dans la d&#233;couverte du travail scolaire pendant ces deux premi&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire le principe d'organisation doit suivre la structuration des programmes. Puisque les apprentissages sont r&#233;partis dans deux cycles il doit y avoir deux s&#233;ries de classes de cycle. Dans chaque classe les &#233;l&#232;ves d'un m&#234;me cycle travaillent ensemble quels que soient leurs &#226;ges et dans chaque classe il y a au moins deux adultes intervenants ensemble toute la journ&#233;e. La journ&#233;e de classe est divis&#233;e en deux temps celui des apprentissages scolaires et celui des activit&#233;s culturelles. A chaque moment de la journ&#233;e il y a au moins deux adultes dans chaque classe parmi ces trois fonctions un enseignant, un animateur et un &#233;ducateur. Car l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire vise &#224; &#233;duquer &#224; instruire et &#224; cultiver. Elle doit permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'acqu&#233;rir les connaissances fondamentales de la langue fran&#231;aise orale et &#233;crite, de l'arithm&#233;tique et de la g&#233;om&#233;trie, des sciences du vivant, de l'environnement, et de l' histoire. Elle doit viser &#224; la connaissance de la culture &#233;crite et visuelle, mais dans l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire chacun doit aussi exp&#233;rimenter ses capacit&#233;s artistiques et sportives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les programmes nationaux veilleront &#224; encourager toutes les formes de travail collectif visant &#224; l'&#233;panouissement de la personnalit&#233; de la cr&#233;ativit&#233; et de l'int&#233;r&#234;t commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les connaissances produites par les classes seront recueilles. Toutes les productions sont soumises &#224; des &#233;valuations, et &#224; des chercheurs afin de savoir dans quelle mesure elles peuvent contribuer &#224; am&#233;liorer l'&#233;tat de la connaissance, sa transmission ou participer au d&#233;veloppement de la recherche. Il faut &#233;galement organiser leur diffusion par le r&#233;seau d'&#233;dition de l'&#233;ducation nationale afin de les mettre &#224; la disposition de tous et de les valoriser &#224; chaque fois qu'elles le m&#233;ritent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mise en conformit&#233; de l'organisation scolaire avec l'organisation en cycle permettra une r&#233;organisation et une r&#233;partition plus harmonieuse plus dynamique et plus responsabilisante des personnels dans les &#233;quipes &#233;ducatives et p&#233;dagogiques des &#233;coles. Tous les personnels seront des fonctionnaires d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recrut&#233;s au niveau licence 3, tous les personnels effectuent ensuite une formation professionnelle de deux ans au sein des &#201;coles sup&#233;rieures de professorat et d'&#233;ducation. Ce sont des &#233;tablissements professionnels qui forment des enseignants des &#233;ducateurs et des animateurs socioculturels destin&#233;s &#224; exercer dans les &#233;coles publiques. Des options de sp&#233;cialit&#233; sont pr&#233;vues pour la connaissance des &#233;l&#232;ves et des pratiques p&#233;dagogiques sp&#233;cifiques. La formation pr&#233;voit des stages en responsabilit&#233; en classe qui de ce fait permet &#224; chaque &#233;quipe &#233;ducative de b&#233;n&#233;ficier d'une p&#233;riode de formation continue. A l'issue de la formation les personnels re&#231;oivent un certificat d'aptitudes professionnelles de professeur, d'&#233;ducateur scolaire ou d'animateur socioculturel scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parit&#233; Homme femme dans toutes les &#233;quipes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Jean-Fran&#231;ois Simonpoli a publi&#233; plusieurs ouvrages chez Hachette &#233;ducation :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;La conversation enfantine&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Apprendre &#224; Communiquer&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ateliers de langage &#224; l'&#233;cole maternelle&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Nouveaux ateliers de langage pour l'&#233;cole maternelle&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Comp&#233;tences en fran&#231;ais au cycle 2&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment concevoir la refondation d&#233;mocratique de l'&#233;cole ? D&#233;bat avec Denis Paget</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article201</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article201</guid>
		<dc:date>2015-02-02T17:56:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>


		<dc:subject>lyc&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;cole commune</dc:subject>
		<dc:subject>culture commune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans l'entretien qu'il a accord&#233; &#224; l'US Magazine (n&#176;734), Denis Paget avance &#224; propos de son dernier ouvrage sur la refondation de l'&#233;cole : &#171; J'ai donc &#233;crit ce livre dans l'espoir que soient d&#233;battues des propositions &#224; m&#234;me de d&#233;bloquer ce qui nous emp&#234;che de faire r&#233;ussir tous nos &#233;l&#232;ves, qui nous emp&#234;che aussi d'&#234;tre heureux dans notre m&#233;tier. &#187; R&#233;pondons &#224; cet espoir et d&#233;battons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne pouvons qu'approuver cette ambition, nous la partageons. Mais lorsque nous prenons connaissance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;lyc&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;&#233;cole commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot74" rel="tag"&gt;culture commune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH102/arton201-3ecf7.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'entretien qu'il a accord&#233; &#224; l'US Magazine (&lt;a href=&#034;http://www.snes.edu/IMG/pdf/usmag_734_pdf_bd.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;734&lt;/a&gt;), Denis Paget avance &#224; propos de son dernier ouvrage sur la refondation de l'&#233;cole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Denis Paget, Le partage des savoirs. R&#233;flexions sur une refondation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; J'ai donc &#233;crit ce livre dans l'espoir que soient d&#233;battues des propositions &#224; m&#234;me de d&#233;bloquer ce qui nous emp&#234;che de faire r&#233;ussir tous nos &#233;l&#232;ves, qui nous emp&#234;che aussi d'&#234;tre heureux dans notre m&#233;tier. &#187; R&#233;pondons &#224; cet espoir et d&#233;battons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons qu'approuver cette ambition, nous la partageons. Mais lorsque nous prenons connaissance plus pr&#233;cis&#233;ment des propositions contenues dans cet ouvrage, nous voyons que la refondation qu'il d&#233;veloppe repose sur des logiques vis-&#224;-vis desquelles nous ne pouvons qu'&#233;prouver certaines r&#233;serves. Mettre au jour ces r&#233;serves devrait nous permettre d'expliciter le sens que peut prendre un d&#233;bat s&#233;rieux qui s'autorise &#224; les r&#233;fl&#233;chir lorsqu'elles apparaissent, comme c'est le cas ici. Cela ne peut que clarifier les enjeux des propositions que l'on fait lorsque l'on se situe dans la perspective d'un processus de d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'&#233;tant pas un compte rendu de lecture, cette intervention s'attachera &#224; faire apparaitre le sens d'approches diff&#233;rentes de la crise de l'&#233;cole, leurs r&#233;percussions sur la d&#233;finition de la culture scolaire et de l'organisation du lyc&#233;e, ainsi que sur celle de la culture commune.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux positions rep&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La refondation propos&#233;e par le GRDS repose sur un principe intangible : l'indissociabilit&#233; absolue de la culture commune et de l'&#233;cole commune depuis l'&#233;cole premi&#232;re jusqu'au lyc&#233;e unique qui aboutit &#224; la disparition des trois voies d'orientation actuelles. Dans cet objectif la culture est authentiquement commune parce que l'&#233;cole l'est : nous sommes l&#224; au c&#339;ur du dispositif de la refondation d&#233;mocratique. Or m&#234;me si dans le cadre de la refondation la culture commune contient du commun pour Denis Paget, elle ne peut &#234;tre pleinement commune puisque trois voies d'orientation au lyc&#233;e sont conserv&#233;es, m&#234;me si elles sont renouvel&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis Paget pose bien la question des contenus, des programmes. Il dessine l'organisation des disciplines et des horaires au niveau du coll&#232;ge et des diff&#233;rentes voies du lyc&#233;e, mais il ne pose pas la question des dispositifs et des pratiques d'enseignement sources d'&#233;checs majeurs aujourd'hui. Il r&#233;fl&#233;chit sur les contenus, pas sur les conditions de leur appropriation r&#233;ussie par les &#233;l&#232;ves. Or cette question est centrale pour le GRDS car l'&#233;cole commune qui s'appuie sur la r&#233;ussite de tous d&#232;s les premiers apprentissages, n'est pas envisageable sans changements majeurs dans les pratiques didactiques et p&#233;dagogiques en mesure de garantir cette r&#233;ussite. D'o&#249; l'importance d&#233;cisive de la r&#233;flexion sur l'organisation et les contenus de la formation initiale et continue de haut niveau pour tous les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chapitre de l'ouvrage de Denis Paget s'attache au m&#233;tier d'enseignant pour en souligner la crise, la multitude de souffrances professionnelles qui l'habite, en raison notamment du d&#233;tournement du sens de l'&#233;cole, mais il ne va pas jusqu'&#224; proposer d'aller au c&#339;ur des difficult&#233;s d'apprentissage douloureuses pour les &#233;l&#232;ves et les enseignants, comme le font les nombreux chercheurs qui aujourd'hui travaillent cette question en allant dans les classes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Repenser la culture scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Denis Paget se prononce clairement contre le socle de connaissances et de comp&#233;tences tel qu'il a &#233;t&#233; formul&#233; en 2006. &#171; Le socle place au premier plan l'&#233;valuation comme alpha et om&#233;ga d'une p&#233;dagogie de la s&#233;lection naturelle pr&#233;coce des gagnants et des perdants. (&#8230;) On est bien l&#224; en-de&#231;&#224; de la culture. &#187; (p.19) Cet en-de&#231;&#224; de la culture caract&#233;risant le socle n'a donc aucune place dans une construction d'avenir du syst&#232;me scolaire qui, pour r&#233;pondre &#224; &#171; tout ce qui est &#224; bout de souffle dans notre syst&#232;me &#233;ducatif &#187;, se doit de passer par la r&#233;flexion de la nature m&#234;me de la culture de l'&#233;cole qu'il conviendra de repenser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette volont&#233; de repenser la culture scolaire s'appuie sur le diagnostic suivant : &#171; Une des crises de l'institution scolaire, la plus forte depuis plusieurs d&#233;cennies, voire depuis un si&#232;cle, r&#233;side dans cet &#233;cart croissant entre le public accueilli, ses pratiques sociales vivantes de la culture, au sens large du terme et celles de l'&#233;cole. &#187; (p.38) Il s'agira donc de faire &#233;voluer les disciplines par la confrontation de leurs contenus &#224; la n&#233;cessit&#233; de prendre en compte les savoirs vivants de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des mutations culturelles&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves se sont &#233;loign&#233;s des apprentissages scolaires en raison de mutations culturelles profondes qui exaltent l'individu aux d&#233;pens du groupe et de l'action collective. &#171; La r&#233;ticence &#224; entrer dans des savoirs construits et objectiv&#233;s prend ses racines dans la conception individualiste de la soci&#233;t&#233; qui fixe l'id&#233;al d'&#234;tre soi avant d'appartenir au tout social. &#187; (p .21) Cette fa&#231;on de pr&#234;ter &#224; une posture individualiste la r&#233;ticence &#224; entrer dans les savoirs n'est pas convaincante, au regard notamment de ce qui est dit de &#171; la chance que nous offre aujourd'hui l'intensification des &#233;changes et des dialogues interculturels &#187; (p.51) Les r&#233;seaux sociaux dont les jeunes sont si friands ne participent-ils pas de cette intensification des &#233;changes ? Autrement dit la r&#233;ticence &#224; entrer dans les savoirs construits a beaucoup plus de chance de prendre ses racines dans les difficult&#233;s d'apprentissage. La convocation de l'individu pour expliquer cette r&#233;ticence aurait plut&#244;t tendance &#224; nous faire songer aux interpr&#233;tations de l'&#233;chec et aux tentatives de rem&#233;diations qui placent l'&#233;l&#232;ve au centre de la responsabilit&#233; de ce qui lui arrive lorsqu'il &#233;choue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entrer dans la culture &#233;crite&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec scolaire de certains ne s'explique pas par un manque d'intelligence ou des programmes trop ambitieux, il s'installe &#171; parce que les connaissances et les pratiques culturelles de l'&#233;cole leurs sont &#233;trang&#232;res &#187; (p.28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la d&#233;finition des connaissances et des pratiques culturelles de l'&#233;cole est bien s&#251;r essentielle, mais &#224; condition toutefois de ne pas la rabattre sur l'id&#233;e que la culture &#233;crite serait &#224; l'origine du foss&#233; qui s'est creus&#233; entre les jeunes et les contenus de l'&#233;cole. Or c'est ce qui semble advenir lorsque l'on peut lire dans l'ouvrage de Denis Paget : &#171; Si certains n'entrent pas facilement dans l'ordre de la culture &#233;crite c'est qu'ils sentent obscur&#233;ment qu'elle ne les concerne pas. Sans doute se trompent-ils mais que faisons-nous pour que la culture scolaire leur parle sinon de les sommer de l'accepter comme la seule v&#233;rit&#233; ? &#187; (p.28)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra bien modifier les contenus de la culture scolaire en esp&#233;rant qu'ils puissent avoir plus de sens pour tous, qu'ils soient moins &#233;trangers aux &#233;l&#232;ves, on ne pourra pas les s&#233;parer de l'&#233;crit, car la culture &#233;crite est au principe m&#234;me de l'&#233;cole. Les difficult&#233;s scolaires qui commencent &#224; s'installer d&#232;s les premi&#232;res classes de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire trouvent leur source dans l'impossibilit&#233; &#224; laquelle sont tr&#232;s t&#244;t confront&#233;s les &#233;l&#232;ves qui connaissent ces difficult&#233;s, d'entrer avec aisance dans la culture de l'&#233;crit. Comment ces &#233;l&#232;ves peuvent-ils savoir s'ils se sentent concern&#233;s ou pas par la culture de l'&#233;cole dans ces conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils peuvent bien ressentir de l'int&#233;r&#234;t pour certains aspects des contenus lorsqu'ils sont appr&#233;hend&#233;s &#224; l'oral, mais d&#232;s qu'il faut lire et &#233;crire cet int&#233;r&#234;t retombe voire se transforme en rejet, faute de pouvoir se frayer le chemin intellectuel exigeant par lequel il est n&#233;cessaire de passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pleine r&#233;ussite de l'entr&#233;e dans l'&#233;crit pour tous les &#233;l&#232;ves est d&#233;cisive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?, La Dispute, 2013. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand 20% des jeunes de 15 ans sont en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit (et que les autres ne sont d'ailleurs pas tous performants), on ne peut pas &#233;luder le probl&#232;me dont il convient d'inverser les termes. Ce n'est pas parce que la culture &#233;crite ne les concerne pas que les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;s n'y entrent pas, c'est bien plut&#244;t parce que depuis le d&#233;but de leur rapport &#224; l'&#233;crit ils sont en d&#233;licatesse avec lui. Comment dans ces conditions peuvent-ils se sentir concern&#233;s par une culture &#224; laquelle ils ne peuvent pas vraiment acc&#233;der et avec laquelle ils n'ont pas pris l'habitude d'entretenir des liens serr&#233;s tout au long de leur scolarit&#233; ? L'&#233;valuation des r&#233;sultats auxquels aboutissent leurs lectures et leurs &#233;critures sont pour ces &#233;l&#232;ves un motif particuli&#232;rement puissant de d&#233;sint&#233;r&#234;t pour les contenus de la culture &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra bien supprimer &#171; Le mod&#232;le culturel dominant [qui] encourage la formalisation, l'abstractionnisme et l'acad&#233;misme et soumet les disciplines &#224; un v&#233;ritable CAC40 en fonction des d&#233;bouch&#233;s professionnels r&#233;els ou suppos&#233;s qui discr&#233;ditent des pans entiers de la culture &#187; (p.29), et pr&#233;coniser la programmation de ces pans de la culture actuellement discr&#233;dit&#233;s, on ne pourra pas faire l'&#233;conomie de toutes les constructions conceptuelles n&#233;cessaires et n&#233;cessairement travaill&#233;es dans l'&#233;crit, &#224; partir du moment o&#249; nous demeurons dans le syst&#232;me scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De la culture des &#233;lites&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite de l'examen de ce qui doit changer dans les contenus de l'&#233;cole s'appuie sur le rappel de trois conceptions du coll&#232;ge qui s'affrontent et sur lesquelles il convient de se prononcer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; r&#233;duire les exigences et les ambitions des programmes &#187; si tous les jeunes doivent acc&#233;der &#224; des &#233;tudes prolong&#233;es ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; conserver int&#233;gralement la r&#233;f&#233;rence &#224; la culture des &#233;lites (&#8230;) et tendre &#224; hisser tous les jeunes au niveau de cette culture &#187; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; garder l'ambition mais en revoyant profond&#233;ment la culture scolaire pour en &#233;liminer tout ce qui encourage le non-dit de l'endogamie sociale et outille vraiment tous les jeunes &#224; l'exercice libre de la pens&#233;e et du geste &#187;. (p.26) C'est cette troisi&#232;me conception qui est d&#233;fendue par Denis Paget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait marquant de ce choix r&#233;side dans l'id&#233;e que la culture scolaire aujourd'hui serait essentiellement une culture des &#233;lites source d'une endogamie sociale avec laquelle il faudrait rompre pour construire une refondation vraiment d&#233;mocratique. A &#171; la r&#233;v&#233;rence traditionnelle envers la culture savante &#187; s'opposerait l'ouverture aux pratiques culturelles vivantes des jeunes en mesure de construire une nouvelle voie pour la d&#233;finition des contenus, ne les obligeant plus &#224; rentrer dans le mod&#232;le culturel des couches moyennes et sup&#233;rieures. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette conception me parait particuli&#232;rement dangereuse car elle pense pouvoir d&#233;duire la nature m&#234;me des savoirs de la pratique sociale qui en est faite, et en tirer des cons&#233;quences au niveau des contenus scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'endogamie sociale &#224; l'&#233;cole existe, on la trouve dans la r&#233;partition des &#233;l&#232;ves au sein des fili&#232;res largement corr&#233;l&#233;e &#224; leur origine sociale. Cela se traduit par beaucoup de culture savante &#224; un p&#244;le et beaucoup moins &#224; l'autre. Denis Paget rappelle lui-m&#234;me le nombre consid&#233;rable de sorties du syst&#232;me scolaire sans dipl&#244;me. Mais cette situation autorise- t-elle &#224; envisager que la culture scolaire puisse &#234;tre en elle-m&#234;me une culture des &#233;lites au sens o&#249; son identit&#233; serait intrins&#232;quement &#233;litaire ? Que dans la soci&#233;t&#233; de classes dans laquelle nous vivons, et dans l'&#233;cole que nous connaissons, les &#171; &#233;lites &#187; parviennent &#224; s'y mouvoir avec beaucoup plus d'aisance que d'autres, ne pourra jamais signifier que la culture acquise par la fr&#233;quentation de Moli&#232;re, des irrationnels, de la m&#233;canique quantique, de l'ADN, de l'&#339;uvre de Rembrandt ou de la pratique du tennis, soit marqu&#233;e du sceau de l'&#233;litisme par ses seuls contenus. M&#234;me si de fait elle est socialement confisqu&#233;e, cette culture appartient &#224; tous, s'adresse &#224; tous, tous peuvent la d&#233;sirer et tous peuvent se l'approprier sans qu'il faille en rabattre sur les exigences, bien au contraire. De plus, tous en ont besoin pour parvenir le moment venu &#224; pouvoir se tourner vers un vrai choix d'orientation professionnelle, tout en conservant une large ouverture culturelle qu'aucun m&#233;tier sp&#233;cialis&#233; pas plus que la vie extraprofessionnelle n'a vocation &#224; consid&#233;rer comme superflue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s que rencontrent trop d'&#233;l&#232;ves pour s'approprier pleinement la culture dite de &#171; l'endogamie sociale &#187; sont &#224; rechercher dans les dispositifs et les pratiques d'enseignement li&#233;s beaucoup trop souvent &#224; l'id&#233;ologie r&#233;currente des handicaps socio-culturels, non &#224; la nature des savoirs eux-m&#234;mes. Mais manifestement Denis Paget n'entend pas mettre cette question au c&#339;ur de la d&#233;mocratisation. Il pr&#233;f&#232;re se tourner vers l'id&#233;e qu'avec la massification du secondaire, un foss&#233; s'est creus&#233; entre les pratiques vivantes de la culture du public accueilli et la culture de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il ne faudrait ni &#171; trop s'adapter aux &#233;l&#232;ves et &#224; leurs pratiques culturelles en renon&#231;ant &#224; toute exigence &#187;, ni &#171; sommer tous les jeunes de rentrer dans la culture des &#233;lites &#187; (p.50), le respect de l'existence de fili&#232;res aux contenus modernis&#233;s pourra appartenir &#224; un projet d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le lyc&#233;e unique contest&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les voies du lyc&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lyc&#233;e unique est refus&#233; par Denis Paget au profit de trois voies distinctes. Les cycles seront reconstruits et les choix d'orientation d&#233;cisifs report&#233;s &#224; la fin du cycle 3e-2nde. &#171; Validant la culture commune &#224; la fin de la seconde et apr&#232;s avoir essay&#233; des enseignements nouveaux (g&#233;n&#233;raux ou professionnels ou technologiques) sous la forme d'un choix, les jeunes feraient un choix d&#233;finitif de voie et de dominante &#224; l'issue de la 2nde. On d&#233;barrasserait ainsi le coll&#232;ge de l'orientation-affectation pr&#233;coce qui lui empoisonne la vie. &#187; (p.86) On n'est donc pas d&#233;barrass&#233; des fili&#232;res et de l'orientation s&#233;lective qui les nourrit, mais l&#224; n'est pas l'ambition de l'auteur qui, consid&#233;rant que la d&#233;mocratisation du lyc&#233;e s'est faite par la cr&#233;ation de formations tr&#232;s diverses, regrette que depuis une vingtaine d'ann&#233;es, on soit plus all&#233; vers une uniformisation des parcours que vers leur diversification- except&#233; pour les bacs professionnels -les bacs technologiques se rapprochant des bacs g&#233;n&#233;raux. Cette uniformisation se serait faite par le renforcement du poids de la culture scolaire congruente avec le seul public des couches moyennes et sup&#233;rieures, la culture des &#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective d'un nouveau lyc&#233;e il faudra construire des enseignements de culture g&#233;n&#233;rale commune (nous verrons comment plus loin), &#224; c&#244;t&#233; de dominantes de sp&#233;cialit&#233;s amorc&#233;es en seconde et arr&#234;t&#233;es en premi&#232;re, avec le choix d'une majeure bi-disciplinaire et d'une mineure d'ouverture, destin&#233;es &#224; s'inscrire dans les trois voies distinctes : g&#233;n&#233;rale, technologique et professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'innovation pourra se faire par l'introduction d'enseignements nouveaux &#224; c&#244;t&#233; des domaines existants, tels que l'&#233;cologie/environnement, les langages de la programmation num&#233;rique, l'initiation au droit, l'urbanisme et l'architecture&#8230; r&#233;partis de telle sorte que le principe voulant que l' &#171; on ne peut demander &#224; tous les &#233;l&#232;ves de tout faire &#187; ne puisse &#234;tre contredit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Proc&#233;der ainsi devrait permettre d'en finir avec les hi&#233;rarchies disciplinaires absurdes que nous connaissons, en injectant des savoirs contemporains dont les &#233;l&#232;ves d'aujourd'hui ont besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question de l'enseignement professionnel et technologique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s sensible, cette question est au c&#339;ur des d&#233;bats sur la refondation et parcourt la r&#233;flexion de Denis Paget qui refuse la perspective d'une seule voie de d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement professionnel et technologique occupe une place structurante dans l'&#233;cole aujourd'hui et commande des positions sur la refondation &#224; venir qui mettent en avant certaines valeurs sociales des dipl&#244;mes et la dignit&#233; qu'il ne saurait &#234;tre question de refuser aux &#233;l&#232;ves de cet enseignement. Or dans le m&#234;me temps, l'in&#233;galit&#233; de r&#233;ussite scolaire qui d&#233;termine les orientations est bien peu prise en compte dans ces positions, comme si revendiquer le discours de l'&#233;galit&#233; conduisait &#224; ignorer le discours de la dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que des &#233;l&#232;ves des bacs professionnels ou technologiques finissent par r&#233;ussir &#224; obtenir des dipl&#244;mes &#224; valeur sociale sup&#233;rieure &#224; ceux des bacs g&#233;n&#233;raux ne remet pas en cause ce qui se joue &#224; l'&#233;chelle globale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristan Poullaouec, Le dipl&#244;me, arme des faibles. Les familles ouvri&#232;res et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or &#224; cette &#233;chelle il n'y a pas d'&#233;quivalence de r&#233;ussite scolaire et partant, de possibilit&#233;s de s'orienter librement vers de r&#233;els choix de formation g&#233;n&#233;rale et/ou professionnelle. Avant d'&#234;tre une question de valorisation ou de d&#233;valorisation, les fili&#232;res sont un probl&#232;me objectif d'histoires scolaires profond&#233;ment in&#233;galitaires d'un syst&#232;me qui fait le tri sans &#233;tats d'&#226;me et correspond parfaitement aux ambitions politiques de ceux qui, portant l'obligation scolaire &#224; 16 ans pour r&#233;pondre &#224; des besoins &#233;conomiques, n'ont pas oubli&#233; de &#171; diversifier &#187; l'offre de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas Berthoin qui, en 1959 posait la question : &#171; Comment accepter la perspective de lyc&#233;es bient&#244;t submerg&#233;s par un million d'&#233;l&#232;ves, dont la moiti&#233; sans doute n'y seraient entr&#233;s qu'en m&#233;connaissant leurs v&#233;ritables aptitudes ? &#187; On avait besoin d'une obligation scolaire &#224; 16 ans, mais il ne fut pas question de demeurer insensible &#224; ce que l'on nomme pudiquement de &#171; v&#233;ritables aptitudes &#187;. Il fallait un cadre pour accueillir ces &#171; aptitudes &#187;, Berthoin l'a demand&#233;, il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Charlot le soulignait : &#171; Si les jeunes avaient le choix, il y aurait tr&#232;s peu d'&#233;l&#232;ves dans les LP. (&#8230;) ils ont c&#233;d&#233; aux pressions de l'institution scolaire ou ont pris la seule d&#233;cision possible compte tenu de leur niveau. (&#8230;) m&#234;me ceux qui r&#233;ussissent au LP, souhaitent que leurs futurs enfants ne soient pas oblig&#233;s d'en passer par l&#224;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Charlot, Le Rapport au Savoir en milieu populaire. Une recherche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;cente &lt;a href=&#034;http://cache.media.education.gouv.fr/file/2014/58/2/DEPP_NI_2014_38_augmentation_actes_violence_lycees_professionnels_370582.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;note d'information de la DEPP&lt;/a&gt; nous indique une nette augmentation de la violence dans les LP, et &lt;a href=&#034;http://www.cren.univ-nantes.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?CODE_FICHIER=1335367408198&amp;ID_FICHE=531745&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une note du CREN&lt;/a&gt;, de Pierre-Yves Bernard et Vincent Troger, remarque que si le bac pro en trois ans propose une &#233;galit&#233; symbolique avec les autres fili&#232;res de lyc&#233;e, il n'en constitue pas moins &#171; une sorte de compromis entre l'inapp&#233;tence scolaire des enfants et l'ambition scolaire des parents &#187;. L'enqu&#234;te montre que la totalit&#233; des &#233;l&#232;ves interrog&#233;s manifestent fortement leur lassitude &#224; l'&#233;gard des &#233;tudes, li&#233;e tout &#224; la fois &#224; l'enseignement g&#233;n&#233;ral et &#224; la forme scolaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
N'y-a-t-il pas quelque ind&#233;cence &#224; d&#233;clarer comme ce fut le cas lors d'une rentr&#233;e scolaire r&#233;cente, que la voie professionnelle est une voie d'excellence comme les autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le implacable de la r&#233;ussite ou de l'&#233;chec d&#232;s le primaire, dans l'orientation- s&#233;lection est toujours fortement corr&#233;l&#233;e &#224; l'origine sociale des &#233;l&#232;ves. Aussi, s'accrocher &#224; certaines r&#233;ussites au sein des fili&#232;res professionnelle et technologique ou &#224; des &#233;checs dans la fili&#232;re g&#233;n&#233;rale, pour nier ce r&#244;le implacable structurant, consiste de fait &#224; accepter l'&#233;chec pr&#233;alable &#224; l'origine de l'orientation, et par voie de cons&#233;quence, les conditions scolaires, didactiques et p&#233;dagogiques &#224; l'origine de cet &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le syst&#232;me &#233;ducatif et ses r&#233;sultats sont sans commune mesure avec les aspirations populaires &#224; la franche r&#233;ussite des enfants dans des &#233;tudes longues, des aspirations des enseignants &#224; pouvoir exercer pleinement leur m&#233;tier. Il est aussi tr&#232;s en-de&#231;&#224; des exigences de formation pour faire face aux besoins &#233;conomiques, scientifiques, culturels de la soci&#233;t&#233;, et des exigences du plein exercice de la d&#233;mocratie impliquant que tous aient les moyens de penser la complexit&#233; des probl&#232;mes qui concernent tout un chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis Paget ne propose pas la conservation en l'&#233;tat des fili&#232;res du lyc&#233;e, mais il refuse d'en remettre en cause le principe, acceptant par l&#224; des formations professionnelles, technologiques et g&#233;n&#233;rales d&#232;s la seconde. Comme il ne pose pas la question radicale des moyens professionnels enseignants qu'il est n&#233;cessaire de se donner pour assurer vraiment la m&#234;me r&#233;ussite scolaire de tous, depuis l'&#233;cole premi&#232;re jusqu'aux voies du lyc&#233;e, il est difficile d'imaginer la possibilit&#233; d'&#233;chapper aux crit&#232;res de la r&#233;ussite et de l'&#233;chec qui conduisent l'orientation s&#233;lective et structurent en profondeur l'&#233;cole que nous connaissons depuis les premi&#232;res classes. Tant que l'on ne fera pas de la r&#233;ussite de tous d&#232;s l'&#233;cole premi&#232;re, d&#232;s l'entr&#233;e dans l'&#233;crit, le premier moment d&#233;cisif de la construction progressive de l'&#233;cole commune, on continuera n&#233;cessairement &#224; orienter, &#224; s&#233;lectionner sur la base de l'in&#233;galit&#233; scolaire. Ce n'est pas cette perspective de r&#233;elle construction d&#233;mocratique que Denis Paget nous invite &#224; r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;cueil suppos&#233; du lyc&#233;e unique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; D&#233;cr&#233;ter le lyc&#233;e unique comme seule voie de la d&#233;mocratisation sans r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'on entend par l&#224;, ou sans envisager d'autres alternatives &#224; l'organisation actuelle en voies et s&#233;ries, risque fort d'aboutir au m&#234;me r&#233;sultat que le coll&#232;ge Haby. &#187; (p.98)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons remarquer que la r&#233;flexion approfondie sur ce que l'on peut entendre par &#171; lyc&#233;e unique comme seule voie de la d&#233;mocratisation &#187; existe, le GRDS s'est largement empar&#233; de cette r&#233;flexion dans L'&#233;cole commune. Propositions pour la refondation du syst&#232;me &#233;ducatif. Mais il est vrai qu'il n'est pas question pour lui d'envisager d'autres alternatives aux voies et s&#233;ries actuelles, car cela serait parfaitement contradictoire avec la perspective m&#234;me du lyc&#233;e unique. Quant au risque d'aboutir au r&#233;sultat du coll&#232;ge Haby, rien ne peut, dans la refondation qu'il propose laisser planer un tel risque. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le GRDS il ne peut &#234;tre question d'envisager de simplement supprimer les fili&#232;res par une d&#233;cision volontariste pouvant conduire &#224; confier la formation professionnelle au priv&#233;, mais de cr&#233;er les conditions pour qu'elles n'aient plus de raison d'&#234;tre au fur et &#224; mesure que tous les &#233;l&#232;ves parcourront tout le cursus de l'&#233;cole commune, sans orientation en cours de route. Gr&#226;ce au lyc&#233;e unique jusqu'&#224; 17 ans, la formation professionnelle se fera apr&#232;s sur la base de la possibilit&#233; offerte &#224; tous, gr&#226;ce &#224; leur r&#233;ussite, de vraiment choisir une orientation pouvant les conduire &#224; un m&#233;tier pleinement assum&#233;, appris dans le cadre exclusif du service public d'&#233;ducation. Dans ces conditions, rien ne peut nous amener &#224; regretter la disparition des fili&#232;res, m&#234;me r&#233;nov&#233;es, modernis&#233;es. On ne regrette pas la disparition du certificat d'&#233;tudes ou des cours compl&#233;mentaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rejeter le d&#233;passement des fili&#232;res on s'appuie souvent comme nous l'avons vu sur l'id&#233;e que gr&#226;ce &#224; elles, les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;s peuvent b&#233;n&#233;ficier d'une seconde chance, renouer avec une certaine r&#233;ussite et ne plus se sentir d&#233;valoris&#233;s par rapport &#224; tous ceux qui parviennent &#224; s'orienter vers les bacs g&#233;n&#233;raux et les r&#233;ussites post bacs. Il ne faudrait donc pas toucher aux LP ni aux bacs technologiques car ils ont une fonction d&#233;mocratisante et formatrice &#224; de nombreux m&#233;tiers. Bien plus, ils pourraient conduire &#224; des r&#233;ussites &#233;quivalentes, voire m&#234;me sup&#233;rieures &#224; celles des bacs g&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une r&#233;ponse &#224; Jean-Pierre Terrail du 30/09/2011 sur le site du GRDS, Denis Paget pr&#233;cisait son point de vue de la fa&#231;on suivante : &#171; Quand on dit que tous peuvent r&#233;ussir leurs &#233;tudes, que dit-on exactement ? Qu'est-ce que r&#233;ussir au coll&#232;ge, au lyc&#233;e ? Si je suis la pente des propositions du GRDS, seuls aujourd'hui r&#233;ussiraient vraiment ceux qui obtiennent un bac g&#233;n&#233;ral parce que les autres seraient entach&#233;s par la pr&#233;sence majoritaire d'enfants d'ouvriers ou soup&#231;onn&#233;s de contribuer &#224; la division sociale du travail aux d&#233;pens des enfants issus des milieux populaires ; tout au plus pourrait-on leur conc&#233;der des vertus r&#233;paratrices d'une part de l'exclusion dont les jeunes auraient &#233;t&#233; victimes. &#187; Suivent des exemples de bacs technos et professionnels qui permettent &#224; des &#233;l&#232;ves des poursuites d'&#233;tudes autrement valoris&#233;es que certains bacs g&#233;n&#233;raux dont les &#233;l&#232;ves ne parviennent pas toujours &#224; r&#233;ussir dans des &#233;tudes sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons semblant de ne pas avoir lu que pour le GRDS la pr&#233;sence majoritaire d'enfants d'ouvriers entacherait des bacs et conduirait &#224; offrir des lettres de noblesse aux bacs o&#249; ils sont absents, tant une telle vision des propositions du GRDS est surr&#233;aliste pour ne pas dire plus, et contentons-nous du positionnement de fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il le pr&#233;ciser ? On voit mal l'&#233;cole commune conduisant au lyc&#233;e unique aboutir aux m&#234;mes r&#233;sultats que le coll&#232;ge unique Haby car ce coll&#232;ge laisse de fait &#224; l'&#233;cole primaire le soin de pr&#233;parer de fa&#231;on in&#233;galitaire les &#171; aptitudes &#187; qu'il re&#231;oit et qui continuent massivement d'imposer leurs effets tout au long de ses ann&#233;es d'enseignement. Tout autre est le sens m&#234;me de la construction de l'&#233;cole commune et du lyc&#233;e unique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle culture commune ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question du profil des &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que devient la culture commune dans l'ouvrage de Denis Paget ? La nouvelle voie de refondation qu'il propose &#171; parie sur la diversification/modernisation des enseignements avec majeure pluridisciplinaire et mineure d'ouverture, adoss&#233;e &#224; une culture g&#233;n&#233;rale commune dans ses objectifs mais &#233;ventuellement diff&#233;renci&#233;e dans ses r&#233;alisations &#187; (&#8230;). Si l'on doit &#234;tre tr&#232;s exigeant sur la dominante (l'&#233;l&#232;ve doit y atteindre un niveau de performance suffisant), on doit pouvoir nuancer le niveau d'approfondissement et la fa&#231;on d'approcher la culture g&#233;n&#233;rale en fonction du profil des &#233;l&#232;ves. &#187; (p.101) Les exigences de d&#233;mocratisation qu'il est n&#233;cessaire de confier &#224; la culture commune se voit singuli&#232;rement menac&#233;es par cette construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il convient de proc&#233;der ainsi, le commun de la culture g&#233;n&#233;rale commune risque fort de perdre beaucoup de sa r&#233;alit&#233; puisque son approche et son approfondissement sont susceptibles de varier en fonction du profil des &#233;l&#232;ves. Mais de quel profil des &#233;l&#232;ves s'agit-il ? D&#233;fini, construit comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; l'&#233;cole ne peut jamais inscrire dans ses programmes tous les champs des &#339;uvres de la culture, il lui faut toujours op&#233;rer des choix &#224; partir de ce qui est jug&#233; fondamental, incontournable pour la formation des nouvelles g&#233;n&#233;rations. Est-ce &#224; dire qu'il faudrait consid&#233;rer que le lyc&#233;e unique &#171; pr&#233;sente l'inconv&#233;nient de demander &#224; tous les &#233;l&#232;ves de faire &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose en faisant fi des go&#251;ts et en &#233;liminant de fait de nombreux domaines aujourd'hui couverts par la diversit&#233; car on ne peut demander &#224; tous les &#233;l&#232;ves de tout faire. &#187; ? (p.100) En aucune fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas se satisfaire de la simple r&#233;f&#233;rence aux go&#251;ts des &#233;l&#232;ves ou &#224; leurs profils lorsque ces go&#251;ts et ces profils sont profond&#233;ment travaill&#233;s par toute une histoire scolaire et non scolaire d&#233;j&#224; longue. A quels go&#251;ts &#171; authentiques &#187; peut-on se r&#233;f&#233;rer lorsque l'on entend des &#233;l&#232;ves d&#233;clarer qu'ils sont nuls en maths et en orthographe, que la litt&#233;rature c'est un truc pour intellos, que la physique n'est pas leur tasse de th&#233;, ou encore que la technologie c'est bon pour les manuels, sans interroger leur histoire ? Il n'est pas pensable d'imaginer aujourd'hui que tous aient envie de faire les m&#234;mes &#233;tudes jusqu'en terminale tant les heurs et les malheurs des parcours commandent la d&#233;termination des envies en jeu. Mais doit-on pour autant s'interdire d'imaginer que les m&#234;mes &#233;tudes du lyc&#233;e unique puissent &#234;tre pl&#233;biscit&#233;es par tous &#224; partir du moment o&#249; tous pourraient &#234;tre port&#233;s par une appropriation r&#233;ussie de l'ensemble des programmes de la culture commune ? Cette question en pose forc&#233;ment une autre, celle de l'&#233;ducabilit&#233; universelle qui n'admet pas chez tous la m&#234;me r&#233;ponse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ouvrage de Jean-Pierre Terrail cit&#233; plus haut contient une r&#233;ponse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de continuer &#224; y r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'enjeu de la culture commune&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on ne puisse demander &#224; tous les &#233;l&#232;ves de tout faire rel&#232;ve de l'&#233;vidence, mais s'appuyer sur l'&#233;limination des nombreux domaines couverts par la diversit&#233; d'aujourd'hui pour signifier que le lyc&#233;e unique ferait fi de cette richesse est plut&#244;t sp&#233;cieux, car cette richesse n'est pas supprim&#233;e, elle est repouss&#233;e. Ce que refuse le lyc&#233;e unique c'est de faire des nombreux domaines de cette diversit&#233;, des dominantes de sp&#233;cialisations d&#233;finissant des orientations, des fili&#232;res, avant la fin du tronc commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tronc commun du lyc&#233;e unique est fond&#233; sur des disciplines incontournables destin&#233;es &#224; offrir une formation intellectuelle et culturelle solide. Le tronc commun ne signifie pas uniformisation &#233;troite, &#233;triqu&#233;e, emp&#234;chant les &#233;l&#232;ves de faire valoir des go&#251;ts vari&#233;s ; il n'&#233;liminera jamais des d&#233;sirs d'orientation fond&#233;s sur des pr&#233;f&#233;rences disciplinaires qui existeront toujours, mais il permettra aux &#233;l&#232;ves d'aborder avec s&#233;rieux les orientations de sp&#233;cialisation de leur choix, sans avoir &#224; op&#233;rer des renoncements sur la base d'&#233;checs. Qu'il n'y ait plus de choix par d&#233;faut comme c'est beaucoup trop souvent le cas aujourd'hui est une des ambitions majeurs du lyc&#233;e unique. De plus, des activit&#233;s facultatives non-optionnelles et /ou extrascolaires prises en charge par le service public d'&#233;ducation pourront participer &#224; la d&#233;termination de ces choix, sans qu'il y ait contradiction avec le programme du tronc commun. Aujourd'hui des &#233;l&#232;ves vont vers des pratiques pouvant d&#233;boucher sur une activit&#233; professionnelle qui ne sont pas prises en charge directement par les programmes, sans pour autant renoncer &#224; l'obtention dans de tr&#232;s bonnes conditions d'un bac g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finir la culture commune de l'&#233;cole commune demandera un solide travail de concertation. Le GRDS a commenc&#233; &#224; alimenter l'indispensable d&#233;bat d&#233;mocratique sur les contenus &#224; transmettre en mettant en place un s&#233;minaire destin&#233; &#224; constituer l'&#233;tat des lieux des disciplines enseign&#233;es, au travers de l'&#233;volution des IO, des programmes, des d&#233;bats voire des controverses qui les ont marqu&#233;es au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, afin de mieux situer les enjeux de leurs apports respectifs dans la culture commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les ambitions du GRDS il en est une qui retient l'attention, c'est celle de l'introduction de la technologie dans la culture commune tout au long du cursus. Cela signifie que la technologie n'aura plus pour vocation &#224; &#234;tre r&#233;serv&#233;e aux fili&#232;res destin&#233;es aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233; par rapport &#224; l'enseignement g&#233;n&#233;ral. Mais cela signifie aussi que la culture commune ne sera pas d&#233;finie sur la seule base de la fili&#232;re g&#233;n&#233;rale. Dans des d&#233;terminations et des proportions qui devront &#234;tre discut&#233;es, la culture commune ambitionne d'int&#233;grer les champs majeurs de la pens&#233;e, de l'activit&#233; humaines dont les enjeux, tant sur les plans intellectuels, culturels que d&#233;mocratiques peuvent &#234;tre essentiels pour la formation des nouvelles g&#233;n&#233;rations, en se fondant sur le r&#244;le d&#233;cisif &#224; accorder &#224; l'appropriation r&#233;ussie de ses contenus tout au long de l'&#233;cole commune. Un tel programme suppose forc&#233;ment d'interroger les dispositifs et les pratiques d'enseignement en mesure de r&#233;aliser ses ambitions, ce qui suppose par voie de cons&#233;quence une formation initiale et continue des enseignants &#224; la hauteur de ces m&#234;mes ambitions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Denis Paget, &lt;i&gt;Le partage des savoirs. R&#233;flexions sur une refondation de l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Syllepse, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, 2013. Janine Reichstadt, &lt;i&gt;Apprendre &#224; lire : l'enjeu de la syllabique&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;Le dipl&#244;me, arme des faibles. Les familles ouvri&#232;res et l'&#233;cole&lt;/i&gt;, La Dispute, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Charlot, &lt;i&gt;Le Rapport au Savoir en milieu populaire. Une recherche dans les lyc&#233;es professionnels de banlieue&lt;/i&gt;, Anthropos, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ouvrage de Jean-Pierre Terrail cit&#233; plus haut contient une r&#233;ponse parfaitement claire, argument&#233;e et d&#233;cisive &#224; cette question : les ressources du langage que poss&#232;dent tous les enfants d&#233;montrent la r&#233;alit&#233; de l'&#233;ducabilit&#233; universelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une nouvelle voie pour le lyc&#233;e</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article114</link>
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		<dc:date>2012-02-07T15:30:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Paget</dc:creator>


		<dc:subject>lyc&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'histoire de la d&#233;mocratisation du lyc&#233;e montre qu'elle n'a pu se r&#233;aliser jusqu'ici que par la cr&#233;ation de formations originales : jadis par la cr&#233;ation de sections modernes &#224; c&#244;t&#233; des sections classiques, par la diversification des bacs g&#233;n&#233;raux avec l'apparition de la section B devenue ES, par la cr&#233;ation des brevets et baccalaur&#233;ats de techniciens, puis des bacs technologiques, puis par les bacs professionnels qui ont fourni une bonne part du contingent des nouveaux bacheliers de la fin (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;lyc&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L90xH68/arton114-3970e.jpg?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='68' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'histoire de la d&#233;mocratisation du lyc&#233;e montre qu'elle n'a pu se r&#233;aliser jusqu'ici que par la cr&#233;ation de formations originales : jadis par la cr&#233;ation de sections modernes &#224; c&#244;t&#233; des sections classiques, par la diversification des bacs g&#233;n&#233;raux avec l'apparition de la section B devenue ES, par la cr&#233;ation des brevets et baccalaur&#233;ats de techniciens, puis des bacs technologiques, puis par les bacs professionnels qui ont fourni une bonne part du contingent des nouveaux bacheliers de la fin du dernier si&#232;cle. Depuis, le syst&#232;me stagne et cette stagnation est concomitante avec le resserrement progressif des s&#233;ries et la forte r&#233;duction de cette diversit&#233;. Plus on a uniformis&#233;, plus on a renforc&#233; le poids du mod&#232;le p&#233;dagogique dominant et d'une culture scolaire congruente avec le seul public des couches moyennes et sup&#233;rieures, qui n'est pas spontan&#233;ment tourn&#233;e vers la d&#233;mocratisation. Seuls les bacs professionnels ont continu&#233; une diversification tr&#232;s forte en absorbant progressivement les champs couverts par des BEP aujourd'hui en voie d'extinction. La r&#233;forme Jospin de 1989, poursuivie par All&#232;gre, n'a invent&#233; aucune nouvelle formation ; elle a au contraire r&#233;duit l'&#233;ventail des s&#233;ries en pariant sur les seules mesures d'accompagnement p&#233;dagogique (modules, aide individualis&#233;e). Ces deux ministres se sont totalement d&#233;sint&#233;ress&#233;s des s&#233;ries technologiques. La r&#233;forme Chatel qui se met en place accentue encore cette logique en r&#233;duisant les options de 3h en seconde g&#233;n&#233;rale et technologique &#224; de vagues explorations des d&#233;bouch&#233;s professionnels avec des horaires r&#233;duits de moiti&#233;. Elle se poursuit par un nouveau resserrement des bacs technologiques, progressivement rapproch&#233;s des bacs g&#233;n&#233;raux, en supprimant toute la productique et en &#233;levant le niveau conceptuel des programmes avec l'ambition illusoire de mener tous les &#233;l&#232;ves qui fr&#233;quentent aujourd'hui ces sections &#8211; souvent victimes de l'&#233;chec dans les mati&#232;res g&#233;n&#233;rales - &#224; des t&#226;ches de conception &#224; bac+5. La disparition de l'enseignement de physique appliqu&#233;e dans les s&#233;ries industrielles est &#224; cet &#233;gard embl&#233;matique des &#233;volutions en cours. Parall&#232;lement, les bacs professionnels sont restructur&#233;s en 3 ans au lieu de 4 par effacement des BEP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on, les diff&#233;rentes r&#233;formes du lyc&#233;e de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es sont plus all&#233;es vers une uniformisation des parcours que vers leur diversification. Ces choix ont &#233;t&#233; faits pour des raisons diverses : soit pour mettre en &#339;uvre la conviction que le lyc&#233;e unique est plus d&#233;mocratique qu'un lyc&#233;e diversifi&#233;, soit simplement en partant du constat que la diversification des fili&#232;res et s&#233;ries est plus co&#251;teuse que l'uniformit&#233;. Les deux raisons ne s'excluent pas l'une et l'autre. C'est un processus analogue qui a pr&#233;valu, dans des conditions historiques diff&#233;rentes au moment o&#249; la r&#233;forme Haby a instaur&#233; le coll&#232;ge unique. D&#233;cr&#233;ter le lyc&#233;e unique comme seule voie de la d&#233;mocratisation sans r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'on entend par l&#224;, ou sans envisager d'autres alternatives &#224; l'organisation actuelle en voies et s&#233;ries, risque fort d'aboutir au m&#234;me r&#233;sultat que le coll&#232;ge Haby.&lt;br class='autobr' /&gt;
La sociologie de l'&#233;ducation a bien montr&#233; que la diversification des lyc&#233;es jouait en m&#234;me temps dans deux directions oppos&#233;es : elle a permis le prolongement des &#233;tudes pour un grand nombre de jeunes qui, sans elle, n'auraient pas eu acc&#232;s au baccalaur&#233;at, parce qu'elle a nourri des centres d'int&#233;r&#234;t et des lieux de r&#233;ussite multiples, en stimulant la cr&#233;ativit&#233; p&#233;dagogique des enseignants ; mais elle est aussi tr&#232;s s&#233;gr&#233;gative par la hi&#233;rarchisation implicite des s&#233;ries, encourag&#233;e par leurs d&#233;bouch&#233;s en termes de poursuites d'&#233;tudes et de devenir professionnel. Cette hi&#233;rarchisation repose sur la r&#233;ussite ou l'&#233;chec des lyc&#233;ens en mati&#232;re de &#171; culture g&#233;n&#233;rale commune &#187; qui lib&#232;re ou bloque l'acc&#232;s aux &#233;tudes sup&#233;rieures. C'est la raison fondamentale qui devrait amener les politiques &#224; penser la scolarit&#233; commune jusqu'&#224; la fin du lyc&#233;e et non plus &#224; la fin du coll&#232;ge. Tous ceux qui pensent qu'un bagage de scolarit&#233; obligatoire limit&#233; &#224; l'&#233;cole et au coll&#232;ge serait suffisant pour une part plus ou moins importante de la population scolaris&#233;e, font semblant de croire qu'il est possible de s'ins&#233;rer dans la vie avec un tel bagage. La prolongation de la scolarit&#233; obligatoire doit aussi permettre de &#171; rejouer les &#233;preuves &#187; auxquelles on a &#233;chou&#233; dans l'acquisition d'une culture g&#233;n&#233;rale commune, contrairement &#224; notre syst&#232;me o&#249; il est impossible de se remettre &#224; niveau une fois que le constat de l'&#233;chec est av&#233;r&#233; dans tel ou tel domaine. Cette mise &#224; niveau ne se fait pas de la m&#234;me fa&#231;on &#224; 12 ans, &#224; 16 ans et &#224; 20 ans. Enfin, cette culture g&#233;n&#233;rale doit faciliter les changements d'orientation en garantissant l'acquisition des principales connaissances et capacit&#233;s intellectuelles requises pour apprendre. C'est particuli&#232;rement important pour d&#233;cloisonner les lyc&#233;es professionnels avec les autres lyc&#233;es et vers l'enseignement sup&#233;rieur. Notons par exemple que dans certains BTS industriels, les bacheliers professionnels deviennent majoritaires mais avec des chances de succ&#232;s limit&#233;s. Il faudra, &#224; l'avenir, rapprocher les trois lyc&#233;es mais sans les dissoudre. La question de la culture g&#233;n&#233;rale commune est au c&#339;ur de ce rapprochement. Concevons-le comme progressif, sans perdre l'exp&#233;rience professionnelle des uns et des autres et en ayant conscience que la dissolution des LP dans un grand ensemble entra&#238;nerait &#224; la fois la domination des mod&#232;les des s&#233;ries g&#233;n&#233;rales et la disparition catastrophique de la formation professionnelle du service public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps &#224; autre, on voit aussi r&#233;appara&#238;tre l'id&#233;e d'un bac &#171; &#224; la carte &#187; o&#249; le lyc&#233;en composerait lui-m&#234;me son menu. Une telle solution semble plus redoutable encore car la capacit&#233; &#224; se composer un menu formateur et &#233;quilibr&#233; est de loin la moins partag&#233;e : l'amplification des parcours d'initi&#233;s serait plus s&#233;gr&#233;gative que la hi&#233;rarchie actuelle des s&#233;ries. Il faut pourtant reconna&#238;tre qu'entre un tel bac et la rigidit&#233; des fili&#232;res actuelles, il existe sans doute une voie m&#233;diane qui permettrait au lyc&#233;en de courir plusieurs li&#232;vres &#224; la fois&lt;br class='autobr' /&gt;
Je propose donc cette troisi&#232;me voie : celle qui parie sur la diversification / modernisation des enseignements avec dominante pluridisciplinaire, adoss&#233;e &#224; une culture g&#233;n&#233;rale commune dans ses objectifs mais diff&#233;renci&#233;e dans ses r&#233;alisations, sur des unit&#233;s ou des cr&#233;dits capitalisables pour la partie culture g&#233;n&#233;rale. Un tel choix suppose de cr&#233;er des programmes de culture commune qui ne soient pas le d&#233;calque des enseignements de dominante ou de sp&#233;cialit&#233;, qui reposent sur une &#171; vulgarisation &#187; bien comprise et sur une conception plus syncr&#233;tique de la culture. L'exemple de l'enseignement de culture g&#233;n&#233;rale et d'expression, commune &#224; tous les BTS me semble un bon mod&#232;le permettant d'int&#233;grer des approches sociologiques, m&#233;diatiques, philosophiques, cin&#233;matographiques et litt&#233;raires sur un objet d&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diversification/modernisation/capitalisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lyc&#233;e fonctionnerait mieux avec des baccalaur&#233;ats plus divers ; ne laissons pas tomber le processus historique de diversification : la diversit&#233; permettant de multiplier les centres d'int&#233;r&#234;t &#224; partir de dominantes pluridisciplinaires et d'int&#233;resser davantage les jeunes, si l'on sort un peu des disciplines acad&#233;miques actuelles et si l'on prend mieux en compte la diversit&#233; des pratiques et des champs de la culture contemporaine. Si l'on doit &#234;tre tr&#232;s exigeant sur la dominante (l'&#233;l&#232;ve doit y atteindre un niveau de performance suffisant), on doit pouvoir nuancer le niveau d'approfondissement et la fa&#231;on d'approcher la culture g&#233;n&#233;rale en fonction du profil des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose pour cela trois id&#233;es &#224; travailler pour parvenir &#224; ces am&#233;liorations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-Construire des enseignements de culture g&#233;n&#233;rale commune sous forme d'unit&#233;s de valeur gradu&#233;es dans leur contenu et leur niveau (par exemple deux &#224; trois niveaux pour chaque discipline) ; exemple en seconde :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH208/PagetLyceeUnique-ee240.png?1790689101' width='500' height='208' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le choix des enseignements est &#233;videmment discutable mais j'insiste sur la n&#233;cessit&#233; de ne pas trop charger la barque et d'&#233;viter l'&#233;parpillement auquel on assiste actuellement avec l'imposition &#224; tous les &#233;l&#232;ves des LEGT d'un enseignement d'&#233;conomie, de LV2 auxquels s'ajoutent les deux disciplines exp&#233;rimentales. Il me para&#238;t pr&#233;f&#233;rable d'op&#233;rer une s&#233;lection plus restreinte mais d'exiger une plus grande r&#233;ussite (voir infra le point 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2-La deuxi&#232;me id&#233;e consiste &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la construction des dominantes de sp&#233;cialit&#233;s avec le choix d'une majeure bi-disciplinaire et d'une mineure d'ouverture ; ces dominantes devraient int&#233;grer des enseignements nouveaux. Pour am&#233;liorer la situation, il faut innover et introduire des enseignements nouveaux &#224; c&#244;t&#233; des existants dans divers domaines. Par exemple, introduire un enseignement d'&#233;cologie/environnement, d'urbanisme et d'architecture, d'initiation au droit, de politique culturelle et de communication, de langages de programmation, de maths appliqu&#233;es aux sciences humaines, de nouveaux enseignements technologiques etc. Pour la classe de seconde on pourrait concevoir l'organisation de la fa&#231;on suivante :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_120 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH255/PagetLyceeUnique2-f7387.png?1790689101' width='500' height='255' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Etc. (voir aussi le r&#244;le de l'EPS)&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me si l'&#233;l&#232;ve ne poursuit pas il peut faire valider l'enseignement de dominante. Un dispositif analogue peut &#234;tre envisag&#233; pour les classes de premi&#232;re et de terminale mais en ajoutant un enseignement d'ouverture. Exemple pour le p&#244;le lettres et sciences humaines :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH222/PagetLyceeUnique3-c8db0.png?1790689101' width='500' height='222' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;3-La troisi&#232;me exigence serait qu'&#224; l'examen, on &#233;tablisse deux parties diff&#233;rentes. En effet, le jeu des coefficients et des compensations permet aujourd'hui &#224; un &#233;l&#232;ve du technologique, par exemple, d'obtenir son baccalaur&#233;at avec des notes extr&#234;mement faibles en mati&#232;re de culture commune et c'est ensuite un handicap majeur &#224; la poursuite d'&#233;tudes sup&#233;rieures. Je propose donc que la partie culture commune et la partie dominante de formation soient dissoci&#233;es et ne se compensent pas, &#224; condition, r&#233;p&#233;tons-le, de concevoir la partie culture commune comme n'&#233;tant pas le d&#233;calque ab&#226;tardi de la culture du sp&#233;cialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propositions visent donc concr&#232;tement&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;1. A &#233;viter le tout ou rien en entrant, pour la partie culture g&#233;n&#233;rale, dans un dispositif de validation progressive des connaissances et comp&#233;tences tout en pr&#233;voyant une sensible diff&#233;renciation des exigences en fonction du baccalaur&#233;at choisi in fine par l'&#233;l&#232;ve.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;2. A am&#233;liorer le lien entre les bacs et les premi&#232;res ann&#233;es universitaires. Les universit&#233;s peuvent aussi exiger (ou simplement conseiller ?) que telle unit&#233; soit acquise pour entreprendre tel type d'&#233;tudes ; ce serait une bonne approche de l'orientation en fin de terminale. L'&#233;l&#232;ve qui veut se m&#233;nager des ouvertures sait qu'il doit satisfaire &#224; certaines exigences ; c'est aussi une fa&#231;on d'&#233;viter des orientations universitaires qui ne laissent pratiquement aucune chance &#224; ceux qui les formulent.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;3. A moderniser les dominantes en cr&#233;ant de nouveaux enseignements dans certains domaines. Leur validation est en &#233;preuves terminales anonymes. Le poids de la dominante pluridisciplinaire se discute mais l'important c'est bien d'avoir deux parties s&#233;par&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un tel dispositif permettrait &#233;galement de revoir le syst&#232;me du redoublement total et de faciliter les r&#233;orientations. Tout effort serait alors valid&#233; et valoris&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il est bien organis&#233;, on peut y gagner une souplesse plus grande dans l'orientation, plus conforme aux jeunes d'aujourd'hui. On peut &#233;viter bien des d&#233;crochages, on revalorise la notion de culture g&#233;n&#233;rale et on obtient une plus grande diversification de l'offre.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;cisions sur la proposition de structure</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article126</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article126</guid>
		<dc:date>2011-07-13T08:57:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Binet</dc:creator>


		<dc:subject>lyc&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quelques &#233;l&#233;ments suppl&#233;mentaires, dans le but de pr&#233;ciser ma proposition de structure : &lt;br class='autobr' /&gt;
1/ D'abord, je ne suis pas d'accord avec Denis Paget sur la mise en place de nouvelles disciplines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la tr&#232;s vieille lign&#233;e (1984) de Milner (les &#034;savoirs fuyants&#034;) et la plus r&#233;cente d'Astolfi (La saveur des savoirs), je crois (credo&#8230;) aux disciplines, en ce qu'elles ont b&#226;ti des corpus de savoirs et de m&#233;thodes qui seuls permettent la mise en place d'une didactique solide, condition sine qua (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;lyc&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L84xH112/arton126-69e7f.jpg?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='84' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quelques &#233;l&#233;ments suppl&#233;mentaires, dans le but de pr&#233;ciser ma proposition de structure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1/ D'abord, je ne suis pas d'accord avec Denis Paget sur la mise en place de nouvelles disciplines.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la tr&#232;s vieille lign&#233;e (1984) de Milner (les &#034;savoirs fuyants&#034;) et la plus r&#233;cente d'Astolfi (La saveur des savoirs), je crois (&lt;i&gt;credo&lt;/i&gt;&#8230;) aux disciplines, en ce qu'elles ont b&#226;ti des corpus de savoirs et de m&#233;thodes qui seuls permettent la mise en place d'une didactique solide, condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; de la formation des enseignants (le lien entre discipline &#034;install&#233;e&#034; et didactique est &#233;videmment &#224; d&#233;velopper, on y reviendra sans doute). Par contre, une place plus large au pluri et au transdisciplinaire peut-&#234;tre faite dans les pratiques, notamment d'&#233;valuation formatrice, dans la logique des travaux personnels encadr&#233;s. Il reste alors &#224; faire du travail collectif des enseignants une v&#233;ritable poutre du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ &lt;strong&gt;Les programmes de SES dont je parle dans ma proposition de structure&lt;/strong&gt; sont des programmes tr&#232;s tr&#232;s diff&#233;rents de l'accumulation disciplinaire b&#233;b&#234;te et d&#233;l&#233;t&#232;re que nous impose l'actuel groupe d&#034;'experts&#034; qui s'est attel&#233; &#224; d&#233;construire les sciences &#233;conomiques et sociales. Il s'agit dans mon id&#233;e de programmes s'appuyant sur des objets, et non sur l'entr&#233;e disciplinaire. Et il n'y a l&#224; aucune contradiction avec le point 1/&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ &#8230;puisque &lt;strong&gt;le projet d'un lyc&#233;e unique, c'est la volont&#233; fondamentale d'une formation citoyenne&lt;/strong&gt;, et donc l'&#233;tude des probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233;. En second plan, la pr&#233;paration &#224; l'enseignement sup&#233;rieur peut se faire par la comparaison des m&#233;thodes des disciplines sur le m&#234;me objet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il doit y avoir une coh&#233;rence entre (1) la volont&#233; d'un lyc&#233;e unique, volont&#233; d'emmener tout le monde, ensemble, le plus loin possible, (2) la volont&#233; de l'&#233;l&#233;vation des esprits par les savoirs, (3) la n&#233;cessaire orientation s&#233;lection, qui, si elle doit se jouer le plus tard possible, se jouera n&#233;cessairement &#224; un moment. Par cons&#233;quent, un lyc&#233;e unique n'est viable et l&#233;gitime qu'accompagn&#233; de possibilit&#233;s de formation tout au long de la vie et de validation des acquis de l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il reste que l'essentiel se passe dans la classe, dans ces relations multiples entre enseignant et &#233;l&#232;ves et entre &#233;l&#232;ves. Un lyc&#233;e unique sans &#233;volution de la nature et des caract&#233;ristiques du face &#224; face prof / &#233;l&#232;ve risque l'&#233;chec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;ponse &#224; Denis Paget et &#224; Pascal Binet</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article122</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article122</guid>
		<dc:date>2011-06-16T09:23:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jos&#233; Tovar</dc:creator>


		<dc:subject>lyc&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Projet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;ni&#232;me r&#233;forme du lyc&#233;e ou refondation du syst&#232;me &#233;ducatif ? &lt;br class='autobr' /&gt; La contribution de Denis Paget &#171; Une nouvelle voie pour le lyc&#233;e &#187; part d'un constat bien r&#233;el : l'histoire du dernier si&#232;cle montre que, en chaque occasion, l'extension de la scolarisation des jeunes dans le second degr&#233; puis dans l'enseignement sup&#233;rieur s'est faite par le moyen d'une diversification des voies et fili&#232;res de formation, et que chaque fois qu'il y a eu &#171; resserrement des s&#233;ries &#187;, et uniformisation des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;lyc&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Projet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L89xH67/arton122-65986.jpg?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='89' height='67' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;ni&#232;me r&#233;forme du lyc&#233;e ou refondation du syst&#232;me &#233;ducatif ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La contribution de Denis Paget &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article114' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Une nouvelle voie pour le lyc&#233;e &#187;&lt;/a&gt; part d'un constat bien r&#233;el : l'histoire du dernier si&#232;cle montre que, en chaque occasion, l'extension de la scolarisation des jeunes dans le second degr&#233; puis dans l'enseignement sup&#233;rieur s'est faite par le moyen d'une diversification des voies et fili&#232;res de formation, et que chaque fois qu'il y a eu &#171; resserrement des s&#233;ries &#187;, et uniformisation des parcours, ( qui est la tendance actuelle ) on observe, &#224; l'inverse, un recul de la d&#233;mocratisation. Dont acte donc, sur ce point peu discutable. On regrettera simplement l'absence de toute r&#233;flexion sur la strat&#233;gie de transformation du syst&#232;me &#233;ducatif ainsi d&#233;lib&#233;r&#233;ment mise en &#339;uvre, en particulier dans les ann&#233;es 1960/70, avec l'objectif assum&#233; d'&#233;lever le niveau de qualification de la masse des jeunes, mais tout en conservant au syst&#232;me son caract&#232;re &#233;litaire et s&#233;lectif, fonction qu'il continue d'assurer parfaitement. Nous pensons, pour ce qui nous concerne, que l'exp&#233;rience historique d&#233;crite ne fait pas preuve pour l'avenir : c'est seulement parce que &#8211; de mani&#232;re tout &#224; fait d&#233;lib&#233;r&#233;e et pour des raisons politiques &#8211; les probl&#232;mes n'ont pas &#233;t&#233; v&#233;ritablement abord&#233;s en amont&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Remarquons par exemple que les conditions d'&#233;tudes faites aux &#233;l&#232;ves issus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que la prolongation des &#233;tudes n'a pu se faire que dans des fili&#232;res moins ambitieuses intellectuellement. Si la question qui en d&#233;coule : &#171; Pouvait-il en &#234;tre autrement ? &#187; int&#233;resse pour l'essentiel les historiens de l'&#233;ducation, d'autres restent pos&#233;es, et elles nous int&#233;ressent : &#171; &lt;i&gt;Peut-on aujourd'hui transformer le syst&#232;me pour qu'il en soit autrement ? &#192; quelles conditions ? Quelles propositions pour y parvenir ?&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux blocages actuels, Denis propose, pour relancer la d&#233;mocratisation du lyc&#233;e, de s'appuyer sur une d&#233;marche de r&#233;novation des contenus de la culture g&#233;n&#233;rale commune &lt;i&gt;dans les lyc&#233;es&lt;/i&gt; qui serait con&#231;ue &#8211; entre autres &#8211; comme un outil de rapprochement des trois voies, ce qui montre que, m&#234;me dans sa probl&#233;matique, la question de leur hi&#233;rarchie (qualifi&#233;e, sans doute par euph&#233;misme, d' &#171; implicite &#187; !) demeure pos&#233;e. Connaissant Denis et ses travaux ant&#233;rieurs, on conc&#232;dera qu'implicitement &#8211; m&#234;me si ce point n'est pas abord&#233; dans l'article &#8211;, il propose &#233;galement que cette r&#233;novation commence plus en amont, au moins au niveau du coll&#232;ge, dans une conception qui s'oppose totalement &#224; la politique gouvernementale du &#171; socle commun &#187; aujourd'hui mise en &#339;uvre. Mais cela ne change rien au probl&#232;me : cette strat&#233;gie nous para&#238;t inefficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le raisonnement repose en fait sur une ambig&#252;it&#233; savamment entretenue dans le texte : absence d'analyse des raisons qui expliquent le tri des &#233;l&#232;ves vers des formations diff&#233;renci&#233;es &#224; l'issue du coll&#232;ge et constat de &#171; la r&#233;ussite ou l'&#233;chec des lyc&#233;ens en mati&#232;re de culture g&#233;n&#233;rale commune &#187; &lt;i&gt;au lyc&#233;e&lt;/i&gt; qui expliquerait &#224; la fois cette hi&#233;rarchie entre les trois voies et le &#171; blocage dans l'acc&#232;s aux &#233;tudes sup&#233;rieures &#187; pour certains d'entre eux. Denis escamote ainsi le probl&#232;me principal : ce sont bien les in&#233;galit&#233;s constat&#233;es &lt;i&gt;en amont du lyc&#233;e&lt;/i&gt; et sanctionn&#233;es, sur cette base, par &#171; l'orientation &#187; plus ou moins forc&#233;e des &#233;l&#232;ves en fin de coll&#232;ge qui justifient la hi&#233;rarchie constat&#233;e ! Du coup est &#233;cart&#233;e toute probl&#233;matique conduisant &#224; remettre en cause la coh&#233;rence profonde du syst&#232;me, fond&#233;e sur le maintien des in&#233;galit&#233;s &#224; l'&#233;cole &lt;i&gt;de la maternelle &#224; l'universit&#233;&lt;/i&gt;. Ainsi, &#224; trop vouloir traiter de la d&#233;mocratisation uniquement au niveau du lyc&#233;e, il s'enferme dans une &#233;quation impossible, qui admet implicitement le caract&#232;re in&#233;luctable des in&#233;galit&#233;s scolaires et, sous couvert d'une d&#233;marche pragmatique, raisonne, comme nous le disons par ailleurs, en termes d'&lt;i&gt;adaptation du lyc&#233;e actuel &#224; une vis&#233;e plus d&#233;mocratique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir dans cette rubrique Jean-Pierre Terrail, Pas de coll&#232;ge unique sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Et non en termes de transformation du syst&#232;me&lt;/i&gt;. La proposition que fait Denis appara&#238;t d&#232;s lors comme un leurre susceptible, au mieux, d'am&#233;liorer de quelques points les taux de r&#233;ussite d'une frange d'&#233;l&#232;ves issus des fili&#232;res technologiques ou professionnelles dans leur acc&#232;s &#224; des &#233;tudes sup&#233;rieures, mais sans rien changer sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'a bien compris Pascal Binet dans sa contribution qui, tout en disant &#171; s'inscrire dans la logique propos&#233;e par Denis Paget &#187; (on ne remet pas en cause ce qui se passe avant le lyc&#233;e), propose une organisation de la culture commune &#224; tous couvrant quasiment la totalit&#233; de l'horaire d'enseignement des &#233;l&#232;ves, en seconde comme en premi&#232;re, et un bac complet reposant sur toutes les disciplines enseign&#233;es en fin de premi&#232;re, ce qui revient &#224; dire qu'il n'y a plus &#8211; &#224; une nuance pr&#232;s (le choix entre une majeure et une mineure en premi&#232;re) qu'une seule voie de formation pour tous les &#233;l&#232;ves jusqu'&#224; ce niveau, la classe de terminale &#233;tant ensuite fond&#233;e sur un choix d'options lourdes permettant d'en faire le premier palier d'orientation. C'est, pour l'essentiel, ce que nous proposons nous-m&#234;mes. A la diff&#233;rence pr&#232;s que, au GRDS, nous insistons sur l'id&#233;e qu'une telle perspective n'est cr&#233;dible que si l'on r&#233;sout l'essentiel du probl&#232;me des in&#233;galit&#233;s avant l'arriv&#233;e au lyc&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce point l'article fondateur de Jean-Pierre Terrail : Une seule (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; sauf &#224; faire semblant de croire qu'on peut r&#233;sorber ces in&#233;galit&#233;s en deux ans au niveau du lyc&#233;e !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait rien &#224; faire dans la lutte contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans ces conditions, le risque serait grand que le niveau des &#233;l&#232;ves les plus faibles ne tire l'ensemble vers le bas, alors que notre objectif est de tirer tout le monde vers le haut&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc bien, ici, dans l'alternative entre deux strat&#233;gies politiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la premi&#232;re, d&#233;fendue par Denis Paget, qui vise &#224; adapter le lyc&#233;e &#224; la diversit&#233; des &#233;l&#232;ves qui y acc&#232;dent dans une vis&#233;e de r&#233;duction, autant que faire se peut, des in&#233;galit&#233;s gr&#226;ce &#224; un travail de refondation des contenus des disciplines constitutives de la culture g&#233;n&#233;rale commune (&lt;i&gt;moins &#171; d'acad&#233;misme &#187; et plus &#171; d'ouverture sur la diversit&#233; des champs et des pratiques de la culture contemporaine &#187;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La seconde, que nous pr&#233;conisons au GRDS, qui vise &#224; une transformation radicale dont l'objectif est d'en finir avec un syst&#232;me qui ne lutte pas contre les in&#233;galit&#233;s d'origine socio-culturelles &#224; l'&#233;cole mais au contraire les ent&#233;rine et s'appuie sur elles pour organiser la s&#233;lection sociale, et se donne pour objet d'ouvrir des perspectives nouvelles en travaillant les voies et moyens de parvenir &#224; cette ambition d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat est fondamental, et nous entendons le mener sans complaisance. J'aurais m&#234;me tendance &#224; penser, pour ce qui me concerne, que ces deux options strat&#233;giques ne sont pas n&#233;cessairement contradictoires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Remarquons par exemple que les conditions d'&#233;tudes faites aux &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires dans les nouveaux coll&#232;ges puis dans les lyc&#233;es construits dans les ann&#233;es de la massification n'avaient qualitativement rien &#224; voir avec celles qui avaient toujours exist&#233; pour les enfants de la bourgeoisie accueillis dans les &#233;tablissements de second degr&#233; (qualit&#233; des locaux, &#233;tudes surveill&#233;es, r&#233;p&#233;titeurs, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir dans cette rubrique Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pas de coll&#232;ge unique sans lyc&#233;e unique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce point l'article fondateur de Jean-Pierre Terrail : &lt;i&gt;Une seule solution d&#233;mocratique : l'&#233;cole commune&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait rien &#224; faire dans la lutte contre l'&#233;chec scolaire et la r&#233;sorption des in&#233;galit&#233;s au niveau du lyc&#233;e, mais comme le souligne fort justement Denis Paget lui-m&#234;me dans sa contribution, &#171; une fois que le constat de l'&#233;chec est av&#233;r&#233; dans tel ou tel domaine, cette mise &#224; niveau ne se fait pas de la m&#234;me fa&#231;on &#224; 12 ans, &#224; 16 ans et &#224; 20 ans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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