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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>La culture g&#233;n&#233;rale, vraiment indispensable au tronc commun ?</title>
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		<dc:creator>Olivier Mottint</dc:creator>



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&lt;p&gt;[Nos lecteurs connaissent d&#233;j&#224; Olivier Mottint, membre de l'association belge APED, qui argumente ici qu'une t&#234;te bien faite ne peut &#234;tre qu'une t&#234;te bien pleine. Nous l'accueillons &#224; nouveau avec plaisir !] &lt;br class='autobr' /&gt; Pour l'APED, l'acquisition par tous les jeunes d'une &#171; culture classique &#187; constitue l'un des &#233;l&#233;ments constitutifs d'une &#201;cole v&#233;ritablement d&#233;mocratique. Pourtant bon nombre de discours, dont certains tenus par des voix se r&#233;clamant du progressisme, tendent &#224; mettre en cause &#8212; ou du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Pour une refonte des contenus&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L132xH150/arton324-94fe3.png?1790692010' class='spip_logo spip_logo_right' width='132' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Nos lecteurs connaissent d&#233;j&#224; Olivier Mottint, membre de l'association belge APED, qui argumente ici qu'une t&#234;te bien faite ne peut &#234;tre qu'une t&#234;te bien pleine. Nous l'accueillons &#224; nouveau avec plaisir !]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour l'APED&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Appel Pour une &#201;cole D&#233;mocratique () : mouvement belge militant en faveur du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'acquisition par tous les jeunes d'une &#171; culture classique &#187; constitue l'un des &#233;l&#233;ments constitutifs d'une &#201;cole v&#233;ritablement d&#233;mocratique. Pourtant bon nombre de discours, dont certains tenus par des voix se r&#233;clamant du progressisme, tendent &#224; mettre en cause &#8212; ou du moins &#224; relativiser &#8212; l'opportunit&#233; d'un tel objectif. La culture g&#233;n&#233;rale est ainsi suspect&#233;e d'&#234;tre un simple instrument de domination, de reproduction ou de distinction sociale. Ou encore un encombrant bagage pour naviguer dans un &#171; monde moderne en perp&#233;tuel changement &#187;, qui r&#233;clamerait bien davantage des &#171; t&#234;tes bien faites &#187; aptes &#224; s'adapter plut&#244;t que des t&#234;tes trop pleines de lourds savoirs invariablement pr&#233;sent&#233;s comme inertes&#8230; Alors, la d&#233;mocratisation de la culture g&#233;n&#233;rale par l'&#201;cole&#8230; une ambition surann&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La culture&#8230; Un &#233;litisme excluant au service des dominants ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ardent d&#233;fenseur de la culture populaire, Claude Duneton (1979) &#233;crivait ces lignes, il y a un peu plus de 40 ans :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est que nous croyons &#224; la culture. A une certaine culture&#8230; Et la culture c'est quelque chose ! &#199;a intimide. On n'ose pas la gratter. Elle nous a &#233;t&#233; donn&#233;e, on lui fait des r&#233;v&#233;rences&#8230; A force de vous entendre seriner d&#232;s l'enfance que tout ce que l'on vous propose est bel et bon, est l'Exemple m&#234;me, la Beaut&#233; en tenue de gala, vous finissez par y croire. Pendant longtemps, lorsque j'entendais le mot culture, je pensais d'abord &#224; un champ de pommes de terre&#8230; (&#8230;) Et puis naturellement je me rappelais bien vite que c'&#233;tait pas &#231;a : qu'il s'agissait de la Grande Culture, de l'unique, de la vaste, de la tr&#232;s belle, de la Culture aux grands pieds ! &#171; L'ensemble des connaissances acquises qui permettent &#224; l'esprit de d&#233;velopper son sens critique, son go&#251;t, son jugement &#187;, comme dit Robert. &#8212; Oui mais c'est tr&#232;s orient&#233; tout &#231;a, non ?... Le go&#251;t, le jugement&#8230; L'ensemble des connaissances acquises peut-&#234;tre, mais &#231;a d&#233;pend tout de m&#234;me lesquelles ! On ne dit jamais de quelqu'un par exemple : &#171; Cet homme est tr&#232;s cultiv&#233;, il connait Marx et L&#233;nine sur le bout du doigt. &#187; Hein ? C'est vrai, &#231;a fait curieux comme remarque&#8230; A l'oreille, &#231;a ne passe pas. Pas plus que : &#171; Cultiv&#233; ? Vous pensez, il travaille sur les nouveaux ordinateurs Machin ! &#187; Ce serait choquant &#224; la limite&#8230; Non, un homme cultiv&#233;, ce n'est pas &#231;a. Il connait d'abord ses classiques. Non pas pour en faire une critique historique circonstanci&#233;e, non, comme &#231;a, pour l'ornement de ses pens&#233;es. Racine, il en cite deux ou trois vers&#8230; Mallarm&#233;. Il sait reconnaitre un Breughel, un Beethoven. Il a lu Proust en entier, Balzac&#8230; Bref il est cultiv&#233; quoi ! On dit aussi que la culture c'est ce qui reste quand on a tout oubli&#233;. Ben oui. Ce qui reste, c'est un sentiment, une impression, une mani&#232;re de voir les choses &#8212; une vision. Comme on a oubli&#233; d'o&#249; elle vient cette vision, elle nous parait naturelle, la seule qui soit. C'est comme celui qui porte des lunettes de soleil, il oublie ses verres teint&#233;s ; &#231;a lui colore l'existence, il cherche pas &#224; en savoir plus long &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duneton invitait ainsi ses lecteurs &#224; observer une forme de m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard d'une certaine conception &#171; bourgeoise &#187; de la culture, de m&#234;me qu'il d&#233;non&#231;ait la d&#233;f&#233;rence dont on pouvait faire preuve &#224; son endroit. Comme d'autres en son temps &#8212; parmi lesquels Bourdieu &#233;videmment &#8212; il interrogeait l'arbitraire de l'&#233;lection des contenus culturels l&#233;gitimes, qui d&#233;termine les connaissances, les go&#251;ts et les usages qui se trouvent inclus ou au contraire exclus de la &#171; Grande Culture &#187;. Il mettait en &#233;vidence le fait que cet arbitraire n'est pas neutre, et l&#233;gitime un certain ordre des choses, favorable aux puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un questionnement qui conserve de sa pertinence aujourd'hui&#8230; Dans un plaidoyer en faveur de la culture g&#233;n&#233;rale, Normand Baillargeon (2011) met lui aussi en &#233;vidence les biais classiste, sexiste, ethnocentriste voire raciste que l'on peut trouver &#224; foison dans les productions culturelles du pass&#233;, qui v&#233;hiculent les partis-pris et les st&#233;r&#233;otypes de leur temps, et dont on observe encore parfois la persistance dans des productions contemporaines&#8230; et ce jusque dans les manuels scolaires (CEMEA, 2012). Faut-il pour autant &#233;carter Balzac et Flaubert au motif qu'on peut trouver sous leur plume, &#231;&#224; et l&#224;, un r&#233;el m&#233;pris des classes laborieuses ? Ou renoncer &#224; Colette ou &#224; Victor Hugo parce que certains de leurs textes se font l'&#233;cho de la condescendance occidentale qui pr&#233;valait en leur temps ? Ou encore faire l'impasse sur la mythologie grecque ou la philosophie de Proudhon du fait qu'on puisse y trouver les stigmates d'une &#233;vidente misogynie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Baillargeon, ces critiques tout &#224; fait fond&#233;es faites &#224; la &#171; culture classique &#187; ne constituent &#233;videmment pas des raisons suffisantes pour proc&#233;der &#224; son oblit&#233;ration ni pour disqualifier l'ambition de la faire partager au plus grand nombre. Plut&#244;t que de jeter sans m&#233;nagement la culture classique par-dessus bord, le travail de l'enseignant consiste bien davantage &#224; contextualiser ces &#339;uvres culturelles, et &#224; d&#233;velopper avec les &#233;l&#232;ves un rapport critique et circonstanci&#233; &#224; leur &#233;gard. Loin de la pieuse d&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;gard des &#339;uvres de la culture classique d&#233;nonc&#233;e &#224; juste titre par Duneton, c'est ce regard critique qui peut permettre de discuter &#224; la fois de leurs qualit&#233;s et de leurs aspects les plus contestables, et de d&#233;crypter in fine la vision du monde qu'elles donnent &#224; voir, pour &#233;ventuellement en d&#233;battre... En bref, il s'agit, comme le dit bien Meirieu (in K&#252;bler, 2001), de &#171; rencontrer les &#339;uvres sans s'y soumettre &#187;. Peut alors s'installer en classe un dialogue avec celles-ci, qui nourrit la pens&#233;e des &#233;l&#232;ves et contribue &#224; &#233;largir leurs horizons. Tout en observant toutes les pr&#233;cautions dues &#224; l'&#226;ge des &#233;l&#232;ves et &#224; leur maturit&#233; psychologique relative, il parait nettement plus formateur de les amener &#224; construire leur pens&#233;e avec et contre les &#339;uvres que sans elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout aussi n&#233;cessaire de rem&#233;dier aux biais d'une certaine culture classique en incluant dans la sph&#232;re de la &#171; culture scolaire l&#233;gitime &#187; ces formes culturelles qui en ont &#233;t&#233; arbitrairement exclues. Il ne s'agit pas l&#224; de sombrer dans un relativisme qui consisterait &#224; affirmer qu'il y a une &#233;quivalence entre les &#171; grandes &#339;uvres &#187; et les marchandises culturelles les plus futiles pourvues par une certaine industrie culturelle et m&#233;diatique, qui participe du d&#233;tournement de la pens&#233;e plut&#244;t que de son &#233;tayage (Postman, 1985)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Postman (1985) oppose Le meilleur des mondes d'Huxley au 1984 d'Orwell, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit plut&#244;t, notamment, d'octroyer tout l'espace qu'ils m&#233;ritent &#224; la culture populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On admettra sans peine que les contours de la cat&#233;gorie &#171; culture populaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#224; des genres culturels trop souvent d&#233;daign&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bon nombre d'enseignants proc&#232;dent bien s&#251;r d&#233;j&#224; &#224; cette int&#233;gration, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; musique populaire, bande dessin&#233;e, science-fiction, art urbain, etc. &#8212; qui rec&#232;lent pourtant de v&#233;ritables joyaux, et/ou qui peuvent constituer, en tant que produits d'un contexte historique et g&#233;ographique, des portes d'entr&#233;e tout &#224; fait pertinentes pour une lecture politique, id&#233;ologique, philosophique voire religieuse des soci&#233;t&#233;s (Mordillat, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me perspective, doivent immanquablement avoir leur place en classe les &#339;uvres qui portent la voix des classes populaires et des personnes victimes du sexisme, du racisme, ou d'autres injustices. Les romans, BD, chansons, peintures, films, photographies, pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre&#8230; peuvent ainsi faire ressentir le caract&#232;re inique et la duret&#233; des situations &#233;prouv&#233;es par ces personnes, et devenir, comme l'&#233;crit Lordon (2016), des &#171; machines affectantes &#187; qui donnent l'envie de s'int&#233;resser plus avant aux probl&#233;matiques qu'elles soul&#232;vent. Pr&#233;cisons aussit&#244;t que pour d&#233;passer le seul stade de l'&#233;motion et de l'indignation, il est absolument n&#233;cessaire que ces &#171; machines affectantes &#187; que sont les arts et la litt&#233;rature soient solidement arrim&#233;es &#224; la transmission d'un vaste socle de connaissances, indispensables pour structurer les pens&#233;es et les potentielles luttes ult&#233;rieures. De m&#234;me, toute &#339;uvre, si progressiste soit-elle, exige en classe un examen critique rationnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En tant que &#171; machines affectantes &#187;, les &#339;uvres litt&#233;raires et artistiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sans lequel l'enseignement verse dans l'endoctrinement, et l'objectif d'&#233;mancipation le c&#232;de &#224; la manipulation et &#224; la propagande. Le biais ethnocentriste peut quant &#224; lui &#234;tre &#171; corrig&#233; &#187; en introduisant en classe des produits d'autres cultures, actuelles ou pass&#233;es, et en proc&#233;dant &#224; une &#171; &#233;pist&#233;mologie interculturelle &#187; qui montre comment les connaissances et les pratiques des Hommes se sont b&#226;ties &#224; travers le temps via une interf&#233;condation r&#233;ciproque des diff&#233;rentes cultures. Au cours d'Histoire, ce biais ethnocentriste peut encore &#234;tre contrecarr&#233; en croisant les regards sur un m&#234;me &#233;v&#233;nement (la colonisation, la guerre froide&#8230;). Avec les &#233;l&#232;ves en fin de scolarit&#233; obligatoire, on pourrait &#233;ventuellement proc&#233;der au m&#234;me exercice de d&#233;centration &#224; partir d'&#233;l&#233;ments de l'actualit&#233; : confronter par exemple la position des &#171; d&#233;mocraties occidentales &#187; &#224; celles du reste de la &#171; communaut&#233; internationale &#187; sur la &#171; question tib&#233;taine &#187;, le Venezuela, le nucl&#233;aire iranien, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un pur instrument de distinction ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le fait que la bourgeoisie cherche &#224; se distinguer, par la culture, des autres classes sociales &#233;tait d&#233;j&#224; formalis&#233; en 1925 par Edmond Goblot, mais c'est g&#233;n&#233;ralement vers Bourdieu que les yeux se tournent sit&#244;t que l'on &#233;voque &lt;i&gt;La Distinction&lt;/i&gt; et la volont&#233; de la bourgeoisie d'user de sa ma&#238;trise de la culture classique (notamment&#8230;) comme d'un proc&#233;d&#233; d'esbrouffe. On n'entrera pas ici dans une description de la th&#232;se de Bourdieu, qui est plus complexe et nuanc&#233;e que la caricature que l'on en fait parfois. Ce qui nous int&#233;resse est plut&#244;t cette vulgate qui en est issue, et qui tend &#224; pr&#233;senter la transmission de la culture classique comme un projet aux accents r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vulgate, donc, part de la pr&#233;misse selon laquelle la bourgeoisie affiche son affinit&#233; et son aisance avec la culture classique pour faire montre de sa sup&#233;riorit&#233;. Cet &#233;tat de fait &#233;tait peu contestable &#224; l'&#233;poque o&#249; Bourdieu publiait &lt;i&gt;La Distinction&lt;/i&gt;, mais il doit &#234;tre fortement nuanc&#233; aujourd'hui. Coulangeon (2011), Glevarec (2013) et Lahire (2004) montrent ainsi, chacun &#224; leur mani&#232;re, que les go&#251;ts et les pratiques culturels de la bourgeoisie n'ont plus l'homog&#233;n&#233;it&#233; d'antan, et ne se conforment plus strictement &#224; la culture classique, tant s'en faut. On assiste en effet &#224; un affadissement des hi&#233;rarchies culturelles, et la distinction op&#233;rerait maintenant davantage par la d&#233;monstration de son &#233;clectisme culturel plut&#244;t que par une affiliation &#233;triqu&#233;e &#224; la culture classique (Donnat, 1994 ; Peterson, 1992), qui passerait plut&#244;t pour de la ringardise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; n'est pas l'essentiel&#8230; A partir de cette pr&#233;misse quelque peu dat&#233;e, d'aucuns en viennent ensuite &#224; r&#233;duire la culture classique &#224; un simple instrument de distinction, lui &#244;tant ainsi tout ou partie de sa valeur intrins&#232;que. Cette d&#233;duction parait pour le moins hasardeuse&#8230; Quand bien m&#234;me la bourgeoisie ferait un usage ostentatoire de la culture classique pour affirmer sa superbe, cela ne signifierait pas pour autant que cette culture n'a pas de valeur en elle-m&#234;me. Nul doute que certains p&#233;dants affichent leur go&#251;t feint ou r&#233;el pour Mozart ou les grands crus pour &#233;pater la galerie, mais cela n'enl&#232;ve rien &#224; leur authentique saveur respective&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre id&#233;e souvent associ&#233;e &#224; ces arguments est que la s&#233;lection scolaire s'exercerait principalement &#224; partir de la maitrise de la culture classique, et que l'importance accord&#233;e &#224; cette &#171; culture &#233;litiste &#187; par l'&#201;cole concourrait donc &#224; la &lt;i&gt;Reproduction.&lt;/i&gt; Ce n'est &#233;videmment pas totalement faux, mais cela m&#233;rite cependant d'&#234;tre significativement relativis&#233;, la &#171; rentabilit&#233; scolaire &#187; de la culture classique &#233;tant d&#233;clinante et d&#233;pass&#233;e par d'autres facteurs dans le processus de &lt;i&gt;Reproduction&lt;/i&gt; (Draelants, 2018). Puis, surtout, cet &#233;tat de fait ne devrait pas conduire au renoncement ! Par exemple, la ma&#238;trise de la &#171; langue cultiv&#233;e &#187;, in&#233;galement stimul&#233;e par les familles, est sans nul doute un avantage pour les enfants des classes sup&#233;rieures&#8230; Faut-il d&#232;s lors en rabattre sur les ambitions en ce domaine au motif de ne pas &#171; d&#233;favoriser &#187; les &#233;l&#232;ves issus des classes populaires ? Ou plut&#244;t se battre pour construire un syst&#232;me scolaire qui puisse faire acc&#233;der ces derniers &#224; ce qui &#233;tait auparavant la chasse gard&#233;e de la bourgeoisie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde option s'impose immanquablement aux partisans d'une &#233;cole &#224; la fois ambitieuse et &#233;galitaire. C'est un projet difficile, puisqu'on fait le pari de r&#233;sorber les in&#233;galit&#233;s socio-culturelles, et qu'on est m&#234;me parfois confront&#233; &#224; la r&#233;sistance des &#233;l&#232;ves les plus &#233;loign&#233;s de cette culture qu'on souhaite leur transmettre. Une pseudo-bienveillance, prenant les traits de la compassion, consisterait alors &#224; leur &#233;viter de se confronter &#224; cette &#171; culture &#233;litiste &#187; exigeante qui les met en difficult&#233; o&#249; &#224; laquelle ils rechignent&#8230; Ce serait l&#224; une bienveillance de pacotille, fortement teint&#233;e de r&#233;signation, qui enfermerait les &#233;l&#232;ves dans leur condition sociale initiale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une culture humaniste, oui&#8230; mais pas seulement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la culture g&#233;n&#233;rale est bien autre chose qu'un instrument de distinction, quelles sont alors les fonctions essentielles qu'elle remplit et qui justifient qu'on fasse tant de cas de sa transmission &#224; l'&#201;cole ? On n'a certainement pas la pr&#233;tention, ici, de r&#233;pondre &#224; cette question de fa&#231;on exhaustive... Quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse sont d&#233;j&#224; apparus en filigrane dans les paragraphes pr&#233;c&#233;dents, concernant notamment les cultures artistique et litt&#233;raire, qui permettent d'&#233;tendre notre imaginaire, en nous faisant acc&#233;der aux situations que d'autres peuvent vivre, et aux &#233;motions qu'ils peuvent ressentir. Ce faisant, ces &#339;uvres contribuent &#171; &#224; l'extension de notre sympathie et &#224; briser ces barri&#232;res qui nous interdisent de voir l'Autre comme un &#234;tre humain &#187; (Baillargeon, 2011, pp. 69-70). Nous avons par ailleurs &#233;voqu&#233; ce dialogue critique avec les &#339;uvres qui &#233;claire la pens&#233;e des &#233;l&#232;ves et les aide &#224; se construire, &#171; parce que le livre est le lieu o&#249; l'on peut entendre la tradition et projeter dans les interstices, dans les interlignes, ses propres pr&#233;occupations (&#8230;), parce que ces grandes &#339;uvres-l&#224; restent des &#339;uvres qui nous permettent de trouver du sens &#224; notre propre vie, non pas le sens de ces &#339;uvres, mais le sens de notre vie confront&#233;e &#224; de nouveaux probl&#232;mes, mais &#233;clair&#233;e par la culture des Hommes &#187; (Meirieu, in K&#252;bler, 2001). Il y a encore, bien s&#251;r, le plaisir que les arts et la litt&#233;rature nous procurent, et qu'on aurait tort de consid&#233;rer comme variable n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture g&#233;n&#233;rale a encore une fonction plus large, et fondamentale : son acquisition devrait permettre aux futurs citoyens que sont les &#233;l&#232;ves de se forger une pens&#233;e autonome qui les autorise &#224; participer &#224; la &#171; conversation d&#233;mocratique &#187; en citoyens &#233;clair&#233;s (Baillargeon, 2011). Loin d'&#234;tre une coquetterie au service de &#171; l'ornement des pens&#233;es &#187;, la culture g&#233;n&#233;rale constitue un instrument central de la compr&#233;hension du monde et de sa transformation ult&#233;rieure. Sit&#244;t que l'on assigne cette fonction d&#233;mocratique &#224; la culture g&#233;n&#233;rale, il devient &#233;vident qu'on ne peut la limiter &#224; son acception usuelle, qui tendrait &#224; la circonscrire &#224; ses dimensions litt&#233;raire et humaniste. Or pour comprendre le monde et y agir en citoyen critique, cette culture litt&#233;raire et humaniste est certes indispensable, mais en aucun cas suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traversant des enjeux socio&#233;conomiques, sanitaires, environnementaux, &#233;thiques, etc., les d&#233;bats et luttes actuels et futurs exigent non seulement des citoyens qu'ils disposent d'une culture litt&#233;raire, artistique, historique, g&#233;ographique et philosophique, mais aussi qu'ils puissent s'appuyer sur de larges connaissances scientifiques et math&#233;matiques, ainsi que sur une v&#233;ritable culture polytechnique (Hirtt, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le territoire de ces connaissances indispensables &#224; la compr&#233;hension du monde est immense. Et c'est d'ailleurs une t&#226;che primordiale pour les progressistes de les identifier, discipline par discipline, avec les arbitrages que cela implique. Sacr&#233; d&#233;fi&#8230; Hirtt, Kerckhofs &amp; Schmetz (2015) et Baillargeon (2011) ont d&#233;j&#224; propos&#233; des grandes lignes de cet inventaire, tandis qu'aux Etats-Unis, Hirsch, Kett &amp; Trefil (2002) en ont fait un r&#233;pertoire de pr&#232;s de 700 pages. Avis aux amateurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un objectif hors de port&#233;e ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'ampleur des contenus qu'il s'agit d&#232;s lors de faire acqu&#233;rir aux &#233;l&#232;ves, d'aucuns pr&#244;nent&#8230; le renoncement. Devant l'inflation exponentielle des connaissances humaines, disent-ils, l'enjeu actuel n'est plus tant d'assurer leur illusoire transmission, mais plut&#244;t de d&#233;velopper des m&#233;ta-comp&#233;tences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parfois pompeusement nomm&#233;es &#171; comp&#233;tences du XXIe si&#232;cle &#187;&#8230;&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; telles que la r&#233;solution de probl&#232;mes, l'esprit critique, la cr&#233;ativit&#233; ou encore la capacit&#233; d'apprentissage (elle-m&#234;me d&#233;clin&#233;e en diverses formules : &#171; apprendre &#224; apprendre &#187;, &#171; apprendre tout au long de sa vie &#187;, etc.). Ils n'&#233;cartent pas les savoirs, mais tendent &#224; minorer leur importance et &#224; les pr&#233;senter comme inadapt&#233;s &#224; &#171; un monde en perp&#233;tuel changement &#187; : &#171; Le monde moderne se moque bien de ce que vous savez &#187;, d&#233;clare ainsi Andreas Schleicher (in Baumard, 2014), directeur de l'&#233;ducation de l'OCDE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un curieux raisonnement, apr&#232;s avoir constat&#233; que la production des connaissances est en plein essor, d'en d&#233;duire qu'il faille en transmettre une quantit&#233; moindre&#8230; On voit bien s&#251;r poindre, derri&#232;re cet argumentaire, l'opportunisme des milieux &#233;conomiques, qui n'ont de cesse de r&#233;clamer la formation de travailleurs flexibles et &#171; comp&#233;tents &#187; (Hirtt, 2009), et font peu de cas des connaissances qui conditionnent l'exercice d'une citoyennet&#233; critique. Mais au-del&#224; de cela, m&#234;me &#224; consid&#233;rer s&#233;rieusement ces m&#233;ta-comp&#233;tences, on ne peut que constater qu'elles requi&#232;rent de tr&#232;s solides et de tr&#232;s vastes connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en effet r&#233;soudre un probl&#232;me de m&#233;canique automobile par exemple, si l'on n'a aucune connaissance sur le sujet ? La r&#233;solution de probl&#232;mes, pour &#234;tre efficace, exige toujours des connaissances disciplinaires ou techniques bien ancr&#233;es en m&#233;moire. Certains diront qu'&#171; il suffit d'aller voir sur internet &#187;, pour autant qu'on ait &#171; appris &#224; apprendre &#187;&#8230; A la limite, cette solution peut &#234;tre envisag&#233;e pour des probl&#232;mes mineurs qui exigent tr&#232;s peu de pr&#233;requis. Mais sit&#244;t que les probl&#232;mes se complexifient (comprendre un article s&#233;rieux sur la situation politique au Proche-Orient, le nucl&#233;aire et les &#233;nergies renouvelables, suivre un webinaire sur la physique quantique ou la programmation informatique&#8230;), plus il est n&#233;cessaire de disposer de solides connaissances, qui jouent le r&#244;le de structures d'accueil des nouvelles informations, et en conditionnent la compr&#233;hension et l'appropriation. L'id&#233;e selon laquelle il existerait une capacit&#233; de r&#233;solution de probl&#232;mes et une capacit&#233; d'apprentissage transversales, ind&#233;pendantes des savoirs et transf&#233;rables &#224; divers domaines rel&#232;ve ainsi largement de la mystification (De Bruyckere, Kirschner &amp; Hulshof, 2020 ; Ericsson &amp; Pool, 2016 ; Roterham &amp; Willingham, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour la cr&#233;ativit&#233; : sauf &#224; la confondre avec un vulgaire spontan&#233;isme qui consisterait &#224; produire du pas-grand-chose &#224; partir du n&#233;ant, on se rend vite compte qu'elle est tributaire de la disponibilit&#233; en m&#233;moire de larges connaissances. Cr&#233;er un vaccin, une &#339;uvre artistique, une recette de cuisine, c'est r&#233;aliser une recomposition in&#233;dite &#224; partir de connaissances que l'on a acquises pr&#233;c&#233;demment ; et plus notre r&#233;pertoire de connaissances est vaste, plus il donne de l'envergure &#224; notre cr&#233;ativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit critique, enfin, n'est pas davantage une capacit&#233; qui se d&#233;velopperait et op&#233;rerait hors-sol. Pour faire preuve d'esprit critique, nous devons certes mettre en &#339;uvre des attitudes prudentielles et une d&#233;marche sceptique (v&#233;rifier les sources, &#233;valuer la validit&#233; des &#233;l&#233;ments de preuve, les confronter aux arguments adverses&#8230;), mais nous devons compl&#233;mentairement disposer de connaissances propres au sujet trait&#233;. Nous ne sommes jamais aussi vuln&#233;rables face aux manipulations que lorsque nous sommes ignorants dans un domaine : d&#233;nu&#233;s des connaissances qui nous permettent de mettre en perspective la nouvelle information qui nous est donn&#233;e, nous sommes incapables d'en &#233;valuer la validit&#233; et sommes d'autant plus expos&#233;s aux sophismes. A l'inverse, si nous disposons d&#233;j&#224; d'un certain bagage de connaissances solides &#224; propos d'une th&#233;matique, nous sommes mieux arm&#233;s pour d&#233;celer l'incongruit&#233; d'une nouvelle information, ce qui ne doit pas nous conduire &#224; l'&#233;carter h&#226;tivement, mais simplement nous inciter &#224; la passer &#224; travers le tamis de l'examen critique avec d'autant plus d'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit en mati&#232;re de r&#233;solution de probl&#232;mes, de cr&#233;ativit&#233;, d'esprit critique ou d'aptitude &#224; apprendre, il n'est d&#233;cid&#233;ment pas de t&#234;te bien faite qui ne soit aussi bien pleine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La n&#233;cessit&#233; d'indispensables r&#233;formes structurelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le monde complexe et incertain qui est le n&#244;tre aujourd'hui et qui sera celui des &#233;l&#232;ves demain exige donc de chaque citoyen une culture g&#233;n&#233;rale plus riche que jamais. Pour tout mouvement progressiste, se d&#233;partir de cet objectif ambitieux, f&#251;t-ce avec les meilleures intentions, proc&#232;derait du sabordage. Mais il ne suffira pas, bien entendu, de d&#233;cr&#233;ter cet objectif pour qu'il se r&#233;alise derechef&#8230; De m&#234;me qu'il ne suffira pas non plus d'enjoindre les enseignants &#224; innover en &#233;laborant des &#171; plans de pilotage &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Belgique francophone, suite &#224; une r&#233;forme de l'enseignement influenc&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce serait l&#224; leur faire porter l'enti&#232;re responsabilit&#233; de compenser les rat&#233;s d'un syst&#232;me &#233;ducatif structurellement d&#233;ficient. Si l'on veut que tous les &#233;l&#232;ves acqui&#232;rent une ambitieuse culture g&#233;n&#233;rale, il est indispensable d'agir aussi sur les conditions structurelles de notre enseignement. Un vrai tronc commun, qui donne le temps &#224; tous les &#233;l&#232;ves de s'approprier la culture commune avant de se sp&#233;cialiser, est une condition n&#233;cessaire mais pas suffisante. Il faudra en outre en finir avec la s&#233;gr&#233;gation scolaire qui creuse les in&#233;galit&#233;s. Renforcer &#233;galement l'encadrement en d&#233;but de scolarit&#233; pour que tous partent sur de bonnes bases et construisent un rapport positif aux apprentissages scolaires. Peut-&#234;tre m&#234;me augmenter le temps scolaire, ou en tout cas mettre sur pied une &#233;cole ouverte en dehors des heures de cours, o&#249; les &#233;l&#232;ves pourront s'adonner &#224; une vari&#233;t&#233; d'activit&#233;s les aidant &#224; construire cette culture que la compr&#233;hension et la transformation du monde r&#233;clament d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Baillargeon, N. (2011). &lt;i&gt;Liliane est au lyc&#233;e. Est-il indispensable d'&#234;tre cultiv&#233; ? &lt;/i&gt; Paris : Flammarion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Baumard, M. (2014). &#171; En France, l'enseignement n'est pas pertinent &#187; [article de presse]. Consult&#233; sur le site web du journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2014/08/29/andreas-schleicher-ocde-en-france-l-enseignement-n-est-pas-pertinent_4478859_3224.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/societe/article/2014/08/29/andreas-schleicher-ocde-en-france-l-enseignement-n-est-pas-pertinent_4478859_3224.html&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bourdieu, P. (1979). &lt;i&gt;La Distinction&lt;/i&gt;. Paris : Minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
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Coulangeon, P. (2011). &lt;i&gt;Les m&#233;tamorphoses de la distinction&lt;/i&gt;. Paris : Grasset.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Bruyckere, P., Kirschner, P.A. &amp; Hulshof, C.D. (2020). &#034;If You Learn A, Will You Be Better Able to Learn B ? Understanding Transfer of Learning&lt;/i&gt;&#034; &lt;i&gt;American Educator&lt;/i&gt;, 44 (1), 30-34.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donnat, O. (1994). &lt;i&gt;Les Fran&#231;ais face &#224; la culture : de l'exclusion &#224; l'&#233;clectisme&lt;/i&gt;. Paris : La D&#233;couverte.&lt;br class='autobr' /&gt;
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Dubet, F. (2002). &lt;i&gt;Le d&#233;clin de l'institution&lt;/i&gt;. Paris : Seuil.&lt;br class='autobr' /&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Appel Pour une &#201;cole D&#233;mocratique (&lt;a href=&#034;http://www.skolo.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.skolo.org&lt;/a&gt;) : mouvement belge militant en faveur du droit de tous les jeunes d'acc&#233;der &#224; des savoirs porteurs de compr&#233;hension du monde et &#224; des comp&#233;tences qui leur donnent force pour agir sur leur destin individuel et collectif&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Postman (1985) oppose &lt;i&gt;Le meilleur des mondes&lt;/i&gt; d'Huxley au &lt;i&gt;1984 &lt;/i&gt; d'Orwell, et prend le parti du premier cit&#233; en soutenant que dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, la d&#233;mocratie est davantage mise en danger par l'enfermement des masses dans le divertissement, l'insignifiance et la futilit&#233; que par l'emprise d'un Big Brother autoritaire assurant une surveillance et une manipulation constantes. Notons que cet enfermement dans le divertissement futile ne proc&#232;de pas forc&#233;ment d'une strat&#233;gie insidieuse d'un pouvoir centralis&#233;, mais peut simplement &#234;tre l'aboutissement &#171; naturel &#187; d'un march&#233; m&#233;diatique qui finit par s&#233;lectionner les programmes et marchandises qui se vendent le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On admettra sans peine que les contours de la cat&#233;gorie &#171; culture populaire &#187; sont assez flous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bon nombre d'enseignants proc&#232;dent bien s&#251;r d&#233;j&#224; &#224; cette int&#233;gration, et l'&#233;cole n'a &#233;videmment plus son imperm&#233;abilit&#233; d'antan vis-&#224;-vis de ces formes culturelles. Voir par exemple : Dubet, F. (2002). &lt;i&gt;Le d&#233;clin de l'institution&lt;/i&gt;. Paris : Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En tant que &#171; machines affectantes &#187;, les &#339;uvres litt&#233;raires et artistiques peuvent tout &#224; la fois servir les plus nobles causes et les plus sombres desseins (le cin&#233;ma nazi en est un exemple patent&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une raison suppl&#233;mentaire d'apprendre &#224; l'&#233;cole &#224; se distancier des &#339;uvres, notamment en questionnant l'id&#233;ologie qu'elles v&#233;hiculent, et les proc&#233;d&#233;s affectifs qu'elles emploient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parfois pompeusement nomm&#233;es &#171; comp&#233;tences du XXIe si&#232;cle &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En Belgique francophone, suite &#224; une r&#233;forme de l'enseignement influenc&#233;e par le New Public Management, chaque &#233;tablissement scolaire doit r&#233;diger un &#171; plan de pilotage &#187; sp&#233;cifiant les objectifs quantitatifs et les strat&#233;gies que cet &#233;tablissement poursuivra au cours des 6 prochaines ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel enseignement pour penser le monde social ? Quelques r&#233;flexions et propositions</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article259</link>
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		<dc:date>2017-06-24T10:08:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Deauvieau</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[ Quelle place et quelle conception dans l'&#233;cole d'aujourd'hui - et plus encore dans celle de demain - pour un enseignement prenant pour objet le monde social ? J&#233;r&#244;me Deauvieau revient dans ce texte sur les enjeux inh&#233;rents &#224; l'enseignement dans ce domaine et propose des pistes de r&#233;flexions sur les &#233;volutions &#224; envisager, particuli&#232;rement au niveau de l'&#233;cole primaire. Les analyses et propositions d&#233;velopp&#233;es ici ont fait l'objet d'une premi&#232;re pr&#233;sentation en mars 2016 dans le s&#233;minaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Pour une refonte des contenus&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L102xH150/arton259-c7c56.png?1790692010' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[ Quelle place et quelle conception dans l'&#233;cole d'aujourd'hui - et plus encore dans celle de demain - pour un enseignement prenant pour objet le monde social ? J&#233;r&#244;me Deauvieau revient dans ce texte sur les enjeux inh&#233;rents &#224; l'enseignement dans ce domaine et propose des pistes de r&#233;flexions sur les &#233;volutions &#224; envisager, particuli&#232;rement au niveau de l'&#233;cole primaire. Les analyses et propositions d&#233;velopp&#233;es ici ont fait l'objet d'une premi&#232;re pr&#233;sentation en mars 2016 dans le s&#233;minaire sur les contenus d'enseignement organis&#233; par le GRDS et la Fondation Gabriel P&#233;ri, puis &#224; l'occasion des rencontres nationales du GFEN du 25 mars 2017. Les th&#232;ses d&#233;velopp&#233;es ici sont de la seule responsabilit&#233; de l'auteur, mais elles doivent beaucoup aux &#233;changes avec les &#233;tudiants ayant particip&#233; au s&#233;minaire &#171; Enseigner le monde social : enjeux et pratiques &#187; qui s'est tenu cette ann&#233;e au d&#233;partement de sciences sociales de l'Ecole normale sup&#233;rieure. ]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quelle place dans l'&#233;cole d'aujourd'hui, plus encore dans celle de demain, pour un enseignement prenant pour objet le monde social ? Quelles seraient les &#233;volutions souhaitables pour permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'acqu&#233;rir une posture r&#233;flexive dans ce domaine ? Au-del&#224; d'un accord a minima sur la l&#233;gitimit&#233; d'un tel enseignement &#8211; visible aujourd'hui &#224; travers l'enseignement de l'histoire et de la g&#233;ographie ou la fili&#232;re &#171; &#233;conomique et sociale &#187; au lyc&#233;e &#8211; les divergences apparaissent d&#232;s que sont abord&#233;es les modifications souhaitables dans sa conception, les disciplines nouvelles qui pourraient y contribuer, ou encore le moment le plus ad&#233;quat pour l'introduire dans le curriculum scolaire. Mon intervention vise &#224; mettre au jour quelques enjeux autour de l'enseignement du monde social tel qu'il est pratiqu&#233; aujourd'hui et &#224; proposer quelques pistes de r&#233;flexions et propositions sur les r&#233;formes &#224; envisager, particuli&#232;rement au niveau de l'&#233;cole primaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'histoire et la g&#233;ographie au c&#339;ur de la culture scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion part d'un constat sur la forme de l'enseignement des sciences du monde social dans le syst&#232;me &#233;ducatif actuel. Un grand nombre de disciplines acad&#233;miques contribuent aujourd'hui &#224; la connaissance du monde social. Les d&#233;finitions et d&#233;coupages entre ces univers de savoirs varient dans le temps et dans l'espace, la question de leur appartenance ou non &#224; un ensemble qu'on appelle commun&#233;ment &#171; sciences sociales &#187; ou &#171; sciences de la soci&#233;t&#233; &#187; ne va pas de soi. Il est pour autant peu contestable que l'histoire, la g&#233;ographie, l'&#233;conomie et la sociologie sont des disciplines qui d'une part contribuent de mani&#232;re d&#233;cisive &#224; la production de connaissances sur le monde social et d'autre part occupent une place importante dans le syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais. Du c&#244;t&#233; de la production de connaissances, les enseignants-chercheurs relevant de ces quatre disciplines repr&#233;sentent aujourd'hui environ le quart des 6.000 universitaires qui rel&#232;vent des secteurs du droit, des lettres et des sciences humaines et sociales. Du c&#244;t&#233; de l'enseignement, ces quatre disciplines sont pr&#233;sentes dans l'enseignement primaire et/ou secondaire, &#224; l'universit&#233; ainsi que dans les concours de recrutement d'enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur position respective au sein du syst&#232;me &#233;ducatif n'est cependant absolument pas &#233;quivalente. Deux ensembles sont clairement distincts : d'un c&#244;t&#233; l'histoire et la g&#233;ographie, enseign&#233;es d&#232;s les petites classes du primaire et jusqu'au terme, ou &#224; peu pr&#232;s, de l'enseignement secondaire ; de l'autre l'&#233;conomie et la sociologie qui sont essentiellement pr&#233;sentes au niveau lyc&#233;e dans une fili&#232;re sp&#233;cifique de l'enseignement secondaire g&#233;n&#233;rale &#8211; la fili&#232;re &#233;conomique et sociale - et sous forme optionnelle en classe de seconde g&#233;n&#233;rale. Des enseignements sp&#233;cifiques, relevant plus ou moins de ces deux disciplines, sont &#233;galement pr&#233;sents dans certaines fili&#232;res techniques et professionnelles de l'enseignement secondaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve ainsi un enseignement de sciences sociales appliqu&#233; au domaine de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La forme et le volume des enseignements prodigu&#233;s varient consid&#233;rablement entre ces diff&#233;rentes fili&#232;res. N'entrons pas ici dans le d&#233;tail de ces variations &#8211; qui nous disent beaucoup des diff&#233;rences dans la conception m&#234;me de l'enseignement. Relevons simplement le contraste entre un enseignement d'histoire-g&#233;ographie tr&#232;s pr&#233;sent tout au long du cursus scolaire et des enseignements de sociologie ou d'&#233;conomie cantonn&#233;s &#224; certaines fili&#232;res de l'enseignement secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat n'est pas propre &#224; la conjoncture historique de l'&#233;cole unique. R&#233;fl&#233;chissant sur le statut de l'histoire dans la construction des &#201;tats modernes, l'historien Shlomo Sand rel&#232;ve cette place particuli&#232;re de l'histoire et de la g&#233;ographie dans l'instruction &#233;l&#233;mentaire en train de se g&#233;n&#233;raliser au XIX&#232;me si&#232;cle. Il voit l&#224; un trait commun des &#201;tats modernes en train de se constituer, dans lesquels &#171; &#224; c&#244;t&#233; d'une langue nationale et d'un imaginaire litt&#233;raire et culturel unifiant, les &#233;l&#232;ves disposaient d'un pass&#233; collectif commun et d'un territoire national distinct &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Shlomo Sand, Cr&#233;puscule de l'histoire, Flammarion, Paris, 2015, p 205.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ajoute &#233;galement que si &#171; la philosophie a pour vocation, au moins en principe, d'enseigner comment penser, l'histoire consiste avant tout &#224; enseigner aux &#233;l&#232;ves quoi penser &#187; et que ce distinguo d&#233;cisif &#171; n'a pas peu contribu&#233; &#224; ce que, dans les &#233;coles primaires et secondaires du monde entier, l'histoire soit enseign&#233;e comme mati&#232;re obligatoire, l&#224; o&#249; sa petite s&#339;ur philosophie n'a le droit que dans le meilleur des cas qu'au statut de mati&#232;re optionnelle en fin de l'enseignement secondaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Shlomo Sand, op cit, p. 205.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tient l&#224; sans doute un &#233;l&#233;ment essentiel de l'explication de la quasi h&#233;g&#233;monie des disciplines historiques et g&#233;ographiques dans la culture scolaire. Leur place importante dans le curriculum s'explique pour une large part par les finalit&#233;s civiques ou politiques qui leur sont assign&#233;es. Chaque conjoncture historique pose la question des programmes d'histoire, en cherchant &#224; promouvoir tel sujet, telle vision du d&#233;veloppement historique, ou encore telle forme de &#171; roman national &#187;, r&#233;actualisant ainsi &#224; chaque fois les d&#233;bats autour de la conception m&#234;me de l'enseignement de l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce propos : Laurence De Cock et Emmanuelle Picard (dir), La fabrique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toute critique de l'existant de l'enseignement des sciences du monde social doit en d&#233;finitive porter sur ces deux dimensions : la conception de la finalit&#233; de cet enseignement &#8211; &#224; travers la distinction entre un objectif p&#233;dagogique qui tire vers le &#171; comment penser &#187; ou un objectif qui tire vers le &#171; quoi penser &#187; du monde social &#8211; et conjointement la place dans le curriculum scolaire des diff&#233;rentes disciplines des sciences sociales qui pourraient contribuer &#224; cet enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quoi penser ou comment penser le monde social ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par le distinguo entre &#171; comment penser &#187; et &#171; quoi penser &#187;, opposition d&#233;cisive lorsqu'on s'int&#233;resse &#224; la d&#233;finition des objectifs et contenus d'un enseignement portant sur le monde social. Selon l'objectif vis&#233;, chaque type d'enseignement ayant &#224; voir avec cet objet peut &#234;tre class&#233; sur un continuum entre le &#171; comment penser &#187; et le &#171; quoi penser &#187; le monde social. Les enseignements de type &#171; &#233;ducation morale et civique &#187;, tout particuli&#232;rement &#224; l'&#233;cole primaire, se situent assez logiquement &#224; l'une des extr&#233;mit&#233;s de ce continuum, du c&#244;t&#233; du &#171; quoi penser &#187; ; l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales dans la fili&#232;re ES se place en principe plut&#244;t &#224; l'oppos&#233;, du c&#244;t&#233; du &#171; comment penser le monde social &#187; ; l'enseignement portant sur les &#171; sciences sociales de la sant&#233; &#187; dans la fili&#232;re technologique Sciences et technologies de la sant&#233; et du social a connu ces derni&#232;res ann&#233;es un d&#233;placement sur ce continuum, du &#171; quoi penser &#187; vers le &#171; comment penser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce distinguo est tout aussi essentiel lorsqu'on s'int&#233;resse non plus &#224; l'amont de la d&#233;finition du curriculum mais &#224; l'aval des pratiques d'enseignement effectives et plus encore de la r&#233;alit&#233; des acquisitions scolaires des &#233;l&#232;ves. Mon observation prolong&#233;e des situations d'enseignement en classe de sciences &#233;conomiques et sociales (SES) au lyc&#233;e m'a convaincu de l'importance de cette question. L'une des distinctions essentielles entre les bons &#233;l&#232;ves et ceux qui sont en difficult&#233; scolaire porte en effet pr&#233;cis&#233;ment sur la conception m&#234;me des savoirs scolaires : les premiers &#233;tant en capacit&#233; d'entrer dans la discipline par les savoirs et les textes et, le cas &#233;ch&#233;ant, de faire dialoguer ces savoirs avec leurs propres exp&#233;riences du monde social ; l&#224; o&#249; les seconds auront tendance &#224; s'en tenir exclusivement &#224; leur exp&#233;rience sociale, sans donc v&#233;ritablement se saisir de la normativit&#233; propre des savoirs scolaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je d&#233;veloppe longuement cet aspect dans mon ouvrage consacr&#233; aux nouveaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui diff&#233;rencie d&#232;s lors les bons &#233;l&#232;ves de SES est donc pr&#233;cis&#233;ment leur capacit&#233; &#224; entrer r&#233;ellement dans une r&#233;flexion qui se situe du c&#244;t&#233; du &#171; comment penser &#187; le monde social, conforme aux objectifs vis&#233;s par cet enseignement, l&#224; o&#249; les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; auront tendance &#224; r&#233;pondre aux r&#233;quisits de la discipline &#224; partir du &#171; quoi penser &#187; le monde social. En portant attention non plus seulement &#224; la d&#233;finition des programmes mais &#233;galement aux acquisitions des &#233;l&#232;ves, les travaux r&#233;cents en didactique de l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment : Nicole Lautier et Nicole Allieu-Mary, &#171; La didactique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;bouchent sur des constats tr&#232;s proches, sugg&#233;rant ainsi que ces analyses d&#233;passent largement le cadre d'une discipline ou d'un niveau d'enseignement et sont au fondement des obstacles &#233;pist&#233;mologiques de tout enseignement qui prend pour objet le monde social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient donc d'&#234;tre tr&#232;s au clair sur l'objectif que l'on entend assigner aujourd'hui &#224; un enseignement prenant pour objet le monde social. S'agit-il de se placer du c&#244;t&#233; du &#171; quoi penser &#187; du monde social ou encore de l'inculcation de messages sur le &#171; vivre ensemble &#187;, la r&#233;publique, la la&#239;cit&#233; ? Ou bien de permettre &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'acqu&#233;rir des capacit&#233;s de r&#233;flexion sur le monde social ? Les tenants de la premi&#232;re option consid&#232;rent souvent, implicitement ou explicitement, les pi&#232;tres r&#233;sultats de l'&#233;cole unique comme un horizon ind&#233;passable, et pr&#244;nent alors un enseignement du type &#171; quoi penser &#187; du monde social, esp&#233;rant ainsi repeindre d'un semblant de coh&#233;sion sociale le paysage d'une &#233;cole g&#233;n&#233;rant une in&#233;galit&#233; sociale b&#233;ante face aux savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'illusion est patente. C'est bien &#224; la difficult&#233; scolaire elle-m&#234;me qu'il faut s'attaquer aujourd'hui, en commen&#231;ant par refuser de se r&#233;signer &#224; une &#233;cole laissant sur le bord du chemin de la connaissance une part bien trop &#233;lev&#233;e des &#233;l&#232;ves. L'&#233;cole qui permettra de relever les d&#233;fis du temps pr&#233;sent est une &#233;cole de l'exigence intellectuelle pour tous, qui fera entrer les &#233;l&#232;ves, d'o&#249; qu'ils viennent, dans la ma&#238;trise pleine et enti&#232;re de la culture &#233;crite, dans le maniement des id&#233;alit&#233;s math&#233;matiques et, en ce qui nous concerne ici, dans une r&#233;flexion instruite sur le monde social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit l&#224; du c&#339;ur du projet pour l'&#233;cole d&#233;velopp&#233; par le Groupe de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Poursuivre un tel objectif n&#233;cessitera le concours de plusieurs disciplines des sciences sociales. L'histoire et la g&#233;ographie y auraient une place importante, mais rien ne justifie leur pr&#233;dominance par rapport &#224; d'autres disciplines canoniques des sciences sociales, comme la sociologie ou l'&#233;conomie, ou encore l'anthropologie et la science politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; examiner la question du moment opportun pour introduire un enseignement comme celui-ci. Personne ne semble remettre en cause le fait de faire d&#233;buter un enseignement d'histoire et de g&#233;ographie d&#232;s les petites classes de l'&#233;cole primaire. Peut-on alors consid&#233;rer qu'il pourrait en &#234;tre de m&#234;me pour un enseignement &#233;largi &#224; d'autres sciences du monde social ? Rien n'est moins s&#251;r. Dans son plaidoyer pour un enseignement des sciences sociales d&#232;s l'&#233;cole primaire, Bernard Lahire prend soin de d&#233;buter son propos en montrant le caract&#232;re caduque des arguments le plus souvent avanc&#233;s pour r&#233;server un enseignement de ce type &#224; l'enseignement secondaire, qu'il s'agisse de l'aspect soi-disant trop &#171; politis&#233; &#187; ou conflictuel de cet objet qui ne conviendrait pas pour un enseignement primaire ou encore du suppos&#233; manque de maturit&#233; sociale et/ou intellectuelle des jeunes &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Lahire, &#192; quoi sert l'enseignement des sciences du monde social ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souscrivant pleinement &#224; son propos, j'insisterai pour ma part sur le fait que les r&#233;ticences pour un enseignement rigoureux portant sur le monde social cachent bien souvent un manque &#233;vident d'ambition intellectuelle. En for&#231;ant &#224; peine le trait, cette position pourrait &#234;tre rapproch&#233;e de la posture somme toute classique du paradigme d&#233;ficitariste qui accompagne la mise en place de l'&#233;cole unique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, op cit.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Consid&#233;rer que des &#233;l&#232;ves de 8 ou 10 ans ne seraient pas en capacit&#233; de construire un raisonnement sur des faits sociaux est tr&#232;s proche de l'id&#233;e selon laquelle certains &#233;l&#232;ves &#8211; entendre des milieux populaires &#8211; n'auraient pas les ressources intellectuelles pour entrer pleinement dans les id&#233;alit&#233;s math&#233;matiques ou dans un rapport r&#233;flexif au langage. L'&#233;l&#233;ment commun &#224; ces propositions est bien l'id&#233;e mortif&#232;re selon laquelle pour des &#233;l&#232;ves soi-disant &#171; concrets &#187;, il vaut mieux entrer par &#8211; voire s'en tenir &#224; - des activit&#233;s concr&#232;tes et ludiques de basse intensit&#233; cognitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans ce domaine d'enseignement comme dans tous les autres, une autre voie est possible, qui fait au contraire le pari de l'exigence intellectuelle pour tous. Ce pari est ainsi, &#224; titre d'exemple, relev&#233; de mani&#232;re saisissante par Nicolas Kaczmarek &#224; travers les dispositifs d'enseignement qu'il met en place en histoire-g&#233;ographie dans un coll&#232;ge de ZEP de la banlieue parisienne, et qui font l'objet d'une analyse r&#233;flexive particuli&#232;rement suggestive publi&#233;e sur le site du GRDS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : Nicolas Kaczmarek, L'exigence intellectuelle en pratique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il d&#233;montre de mani&#232;re &#233;clatante qu'une approche ambitieuse de l'enseignement des sciences du monde social est possible aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves les plus en difficult&#233; au niveau coll&#232;ge. La g&#233;n&#233;ralisation de cette approche de l'enseignement des sciences du monde social d&#232;s l'&#233;cole primaire constituerait, &#224; n'en pas douter, un grand pas suppl&#233;mentaire vers une d&#233;mocratisation scolaire v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques propositions pour l'&#233;cole premi&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelles disciplines convoquer pour un enseignement de ce type au d&#233;but de l'enseignement obligatoire ? Quels contenus enseigner ? Comment plus largement faire entrer des &#233;l&#232;ves de 8 ans dans une posture r&#233;flexive sur le monde social ? On le per&#231;oit bien, r&#233;fl&#233;chir &#224; un enseignement exigeant intellectuellement des sciences du monde social d&#232;s l'&#233;cole primaire est un chantier immense, rendu encore plus ardu par le fait qu'il existe peu d'exemples pratiques sur lesquels s'appuyer. Il ne saurait donc &#234;tre question ici de proposer un programme pr&#233;cis et pr&#234;t &#224; l'usage. Je m'en tiendrai &#224; l'examen de deux questions pr&#233;alables. La premi&#232;re a trait aux gestes d'&#233;tude qu'il pourrait &#234;tre int&#233;ressant de proposer &#224; des &#233;l&#232;ves de 6 &#224; 10 ans. La seconde au type d'enseignant susceptible de prendre en charge un tel enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction d'un curriculum orient&#233; vers la compr&#233;hension du monde social devrait &#234;tre appuy&#233;e sur les diff&#233;rentes disciplines des sciences sociales &#8211; sociologie, &#233;conomie bien entendu, mais &#233;galement aussi l'anthropologie ou la science politique &#8211; sans oublier bien s&#251;r l'histoire et la g&#233;ographie, seules disciplines pr&#233;sentes actuellement dans l'enseignement primaire. La place respective de chacune d'elle, et plus encore les th&#233;matiques int&#233;ressantes &#224; retenir pour un enseignement de ce type, sont des questions d&#233;cisives &#224; mettre en discussion. Les contenus &#224; enseigner devraient quant &#224; eux permettre de poser les bases d'un apprentissage de l'objectivation du monde social. On pressent que cet objectif p&#233;dagogique passerait certainement par une entr&#233;e th&#233;matique sur des objets fondamentaux du monde social tel que le travail, la famille, les rapports de genre, ou encore le fonctionnement de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment enseigner un tel curriculum ? Puisqu'il s'agit de faire apprendre une posture d'interrogation du monde social et non d'inculquer quoi en penser, une piste int&#233;ressante pourrait &#234;tre d'enseigner la pratique de l'enqu&#234;te en sciences sociales sous toutes ces formes, de la quantification jusqu'au travail sur archives en passant par l'entretien sociologique. C'est la proposition que d&#233;fend Bernard Lahire en partant du principe que si les &#233;l&#232;ves prennent l'habitude d&#232;s cet &#226;ge d'exp&#233;rimenter pour apprendre les sciences physiques ou du vivant, ils pourront tout autant &#171; apprendre l'esprit d'enqu&#234;te qui est, lui, &#224; la base de toute science du monde social &#187; et ainsi &#171; &#234;tre entrain&#233;s &#224; l'observation et &#224; l'objectivation du monde social &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Lahire, op cit.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde question que j'aborderai ici, absolument essentielle &#224; mes yeux : quelles sont les comp&#233;tences requises du c&#244;t&#233; des enseignants pour prendre en charge un enseignement de ce type ? Les d&#233;fis didactiques et p&#233;dagogiques contenus dans la mise en place d'un enseignement exigeant pour tous dont l'objet serait la compr&#233;hension du fonctionnement de nos soci&#233;t&#233;s n&#233;cessiteront une solide formation disciplinaire et didactique dans les diff&#233;rentes disciplines des sciences sociales, tout particuli&#232;rement lorsqu'il s'agit d'enseigner aupr&#232;s de jeunes &#233;l&#232;ves de 6 &#224; 10 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes observations aupr&#232;s de nouveaux enseignants de sciences &#233;conomiques et sociales m'ont r&#233;v&#233;l&#233; l'importance de la ma&#238;trise disciplinaire et plus largement du rapport au savoir des enseignants comme d&#233;terminant des pratiques enseignantes. Les enseignants dot&#233;s d'un rapport au savoir savant &#233;lev&#233; sont plus &#224; m&#234;me de r&#233;pondre, au moment de leur entr&#233;e dans le m&#233;tier, aux incertitudes des situations scolaires. Si le rapport au savoir est de fait la matrice des pratiques d'enseignement et de leur diff&#233;renciation &#224; l'entr&#233;e dans le m&#233;tier, c'est d'abord parce qu'il constitue la ressource essentielle de l'activit&#233; enseignante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Deauvieau, op cit.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son projet pour une &#233;cole commune d&#233;mocratique et exigeante pour tous, le Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire (GRDS) insiste &#233;galement sur l'importance des comp&#233;tences disciplinaires des futurs enseignants, tout particuli&#232;rement au niveau de ce qu'il nomme l'&#233;cole premi&#232;re, qui aurait vocation &#224; se substituer &#224; l'&#233;cole primaire actuelle. Arguant du fait que le &#171; le pari de l'&#233;cole commune n'est r&#233;aliste qu'&#224; la condition expresse d'une am&#233;lioration particuli&#232;rement sensible des apprentissages &#233;l&#233;mentaires &#187;, le projet d&#233;fendu par le GRDS met l'accent sur le fait qu'il ne saurait &#171; y avoir de d&#233;mocratisation de masse de notre syst&#232;me &#233;ducatif hors d'une telle am&#233;lioration, et celle-ci ne serait difficilement concevable si les enseignants de l'&#233;cole premi&#232;re ne disposaient pas d'une ma&#238;trise r&#233;fl&#233;chie des processus d'apprentissage, et de la capacit&#233; d'innovation et d'exp&#233;rimentation qui va avec &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GRDS, op cit, p 142.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exigence conduit &#224; interroger l'organisation formelle de l'enseignement primaire autour du ma&#238;tre unique en charge d'une classe. Cette disposition institutionnelle repose en effet essentiellement sur la conviction implicite qu'en raison de leur caract&#232;re &#233;l&#233;mentaire, la maitrise des savoirs dispens&#233;s &#224; l'&#233;cole primaire est d'&#233;vidence acquise d&#232;s lors que l'enseignant a obtenu un niveau licence. Or, il ne suffit pas de conjuguer une culture quelconque de niveau licence ou m&#234;me master avec la transmission de contenus p&#233;dagogiques g&#233;n&#233;raux pour former des ma&#238;tres capables &#224; l'&#233;cole premi&#232;re de r&#233;fl&#233;chir &#224; leur pratique, d'exp&#233;rimenter et d'innover. C'est pourquoi le GRDS propose une rupture avec la longue tradition du ma&#238;tre unique &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, avec l'instauration de deux ma&#238;tres par classe, sp&#233;cialistes respectivement de l'enseignement de la langue &#233;crite et des math&#233;matiques, en pr&#233;cisant imm&#233;diatement que &#171; cette r&#233;organisation n'interdit en aucune mani&#232;re la d&#233;signation d'un professeur principal en charge de chaque classe (&#8230;), chaque enseignant intervenant dans d'autres classes que la sienne pendant que ses propres &#233;l&#232;ves sont pris en charge par le coll&#232;gue de l'autre sp&#233;cialit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GRDS, op cit. p 142.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base du m&#234;me raisonnement, instaurer d&#232;s l'&#233;cole premi&#232;re un enseignement exigeant des sciences du monde social pourrait n&#233;cessiter l'intervention d'un troisi&#232;me ma&#238;tre, sp&#233;cifiquement form&#233; aux diff&#233;rentes disciplines des sciences sociales, qui aurait ainsi la charge, au c&#244;t&#233; de l'enseignant de sciences et de l'enseignant de lettres, de faire entrer les &#233;l&#232;ves dans une posture r&#233;flexive sur le monde social.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve ainsi un enseignement de sciences sociales appliqu&#233; au domaine de la sant&#233; et du social dans la fili&#232;re technique dite STSS, des enseignements d'&#233;conomie et de gestion dans la fili&#232;re technique des sciences et techniques du management et de la gestion, ou encore dans certaines fili&#232;res professionnelles industrielles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Shlomo Sand, &lt;i&gt;Cr&#233;puscule de l'histoire&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 2015, p 205.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Shlomo Sand, op cit, p. 205.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce propos : Laurence De Cock et Emmanuelle Picard (dir), &lt;i&gt;La fabrique scolaire de l'histoire. Illusions et d&#233;sillusions du roman nationa&lt;/i&gt;l, Agone, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je d&#233;veloppe longuement cet aspect dans mon ouvrage consacr&#233; aux nouveaux enseignants du secondaire, notamment pages 75 &#8211; 80 : J&#233;r&#244;me Deauvieau, &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire. Les nouveaux professeurs face aux difficult&#233;s du m&#233;tier&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment : Nicole Lautier et Nicole Allieu-Mary, &#171; La didactique de l'histoire &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, n&#176;162, janvier-mars 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit l&#224; du c&#339;ur du projet pour l'&#233;cole d&#233;velopp&#233; par le Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire (GRDS). Je renvois notamment &#224; l'ouvrage publi&#233; par le GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012 ; sur la n&#233;cessit&#233; d'un changement de paradigme p&#233;dagogique, voir : Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Lahire, &lt;i&gt;&#192; quoi sert l'enseignement des sciences du monde social ?&lt;/i&gt; D&#233;mocratisation-scolaire.fr, GRDS - groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire, 2 octobre 2015 : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article211&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article211&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, op cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : Nicolas Kaczmarek, &lt;i&gt;L'exigence intellectuelle en pratique&lt;/i&gt;, D&#233;mocratisation-scolaire.fr, GRDS, 20 avril 2017 : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article256&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article256&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Lahire, op cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau, op cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GRDS, op cit, p 142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GRDS, op cit. p 142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel fran&#231;ais au lyc&#233;e : la question de l'examen</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article253</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article253</guid>
		<dc:date>2017-03-10T10:05:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Cecille, Agn&#232;s Joste </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[R&#233;agissant aux questions concernant ce que devrait &#234;tre l'enseignement du fran&#231;ais dans le secondaire, pr&#233;paratoires au s&#233;minaire GRDS du 17 mars &#224; Paris, plusieurs enseignants ont fait part de leurs r&#233;flexions : Virginie Blanchet et V&#233;ronique Marchais (pour le coll&#232;ge) ; Thierry Cecille et Agn&#232;s Joste (pour le lyc&#233;e) ; Magali Espinasse (pour le coll&#232;ge et le lyc&#233;e). On lira ci-dessous une contribution de Thierry Cecile et Agn&#232;s Joste d&#233;fendant le principe du baccalaur&#233;at et s'interrogeant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Pour une refonte des contenus&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH139/arton253-78acb.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='139' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;R&#233;agissant aux questions concernant ce que devrait &#234;tre l'enseignement du fran&#231;ais dans le secondaire, pr&#233;paratoires au &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article241&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s&#233;minaire GRDS du 17 mars&lt;/a&gt; &#224; Paris, plusieurs enseignants ont fait part de leurs r&#233;flexions : &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article243&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Virginie Blanchet et V&#233;ronique Marchais&lt;/a&gt; (pour le coll&#232;ge) ; &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article245&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Thierry Cecille et Agn&#232;s Joste&lt;/a&gt; (pour le lyc&#233;e) ; &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article250&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Magali Espinasse&lt;/a&gt; (pour le coll&#232;ge et le lyc&#233;e). On lira ci-dessous une contribution de Thierry Cecile et Agn&#232;s Joste d&#233;fendant le principe du baccalaur&#233;at et s'interrogeant sur son contenu.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un point liminaire : quel rapport le baccalaur&#233;at a-t-il avec la d&#233;mocratisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important, dans la perspective de la d&#233;mocratisation, de d&#233;fendre l'examen final. L'exp&#233;rience en mesure chaque ann&#233;e la vertu, et montre qu'il constitue un rempart contre les s&#233;gr&#233;gations scolaires et g&#233;ographiques. Il prot&#232;ge &#224; la fois les &#233;l&#232;ves et la qualit&#233; de l'enseignement qui leur est dispens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;galitaire, dans la mesure o&#249; les &#233;preuves sont anonymes, nationales et &#233;labor&#233;es en fonction de programmes nationaux par des professeurs en exercice, le baccalaur&#233;at prot&#232;ge les &#233;l&#232;ves d&#233;favoris&#233;s de jugements n&#233;gatifs li&#233;s &#224; leur niveau suppos&#233; en raison de la localisation de leurs &#233;tablissements d'origine. En proposant &#224; tous le m&#234;me horizon d'exigence et la m&#234;me valeur certificative, le bac-nation prot&#232;ge du bac-maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;gule, par ses contenus, l'amont de bien des fili&#232;res. Le recrutement sur dossiers par exemple, constamment utilis&#233; contre le maintien du baccalaur&#233;at, n'est possible que parce que l'examen existe : le baccalaur&#233;at est la clef de vo&#251;te de l'enseignement au lyc&#233;e, il en d&#233;termine la nature et le contenu. Les dossiers ne sont fiables que parce que les notes qu'ils pr&#233;sentent valident l'acquisition et la compr&#233;hension de programmes r&#233;gl&#233;s sur cette certification finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il prot&#232;ge &#233;galement le bon d&#233;roulement de l'ann&#233;e de l'examen, sans parasiter les progressions par des contr&#244;les continus qui envahiraient l'ann&#233;e scolaire et risqueraient de standardiser les pratiques. Il pr&#233;serve ainsi la valeur intellectuelle de la formation, qui en fran&#231;ais particuli&#232;rement demande souvent un temps long d'acquisition et de maturation. L'examen &#233;value les &#233;l&#232;ves seulement en fin de parcours, donc au meilleur de leurs acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin il &#233;vite de rendre les enseignants juges et parties dans un contr&#244;le continu, en pr&#233;servant leur libert&#233; p&#233;dagogique et leur relation de confiance avec leurs &#233;l&#232;ves, capitales dans les &#233;tablissements d&#233;favoris&#233;s o&#249; les &#233;l&#232;ves n'ont que l'&#233;cole pour r&#233;ussir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enqu&#234;tes et recherche confirment ces r&#233;flexions empiriques. Un rapport tr&#232;s complet du S&#233;nat (&#171; &#192; quoi sert le baccalaur&#233;at ? &#187;, 2008&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) analyse le r&#244;le du baccalaur&#233;at et r&#233;affirme la valeur r&#233;publicaine de l'&#233;valuation anonyme. Un r&#233;cent rapport du CNESCO (Conseil national d'&#233;valuation du syst&#232;me scolaire) souligne la vertu &#233;galitaire de l'examen, et d&#233;finit les conditions de pr&#233;servation de cette &#233;quit&#233; : des &#233;preuves nombreuses et complexes, au rebours de tous les propos h&#226;tifs et d&#233;sinform&#233;s des m&#233;dias : &#171; Les recherches sur les effets des examens nationaux, conduites depuis 15 ans dans les pays de l'OCDE, montrent que leur pr&#233;sence permet &#224; la fois une &#233;l&#233;vation g&#233;n&#233;rale du niveau scolaire des &#233;l&#232;ves et une r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s &#224; l'&#233;cole. Cependant, pour atteindre ces effets vertueux, ces &#233;preuves doivent remplir un ensemble de conditions p&#233;dagogiques : porter sur un champ de contenus d'enseignement large, proposer des &#233;preuves permettant d'&#233;valuer des comp&#233;tences complexes&#8230; &#192; l'inverse, dans le cas d'examens nationaux trop pointus utilisant des modalit&#233;s d'&#233;valuation trop simples (QCM, par exemple), des effets n&#233;gatifs peuvent appara&#238;tre. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;et&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les exercices du &#171; baccalaur&#233;at de fran&#231;ais &#187; sont-ils pertinents ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, l'examen comporte une &#233;preuve &#233;crite de quatre heures en deux parties, une question pour les bacs g&#233;n&#233;raux ou deux pour les bacs technologiques appliqu&#233;es &#224; un ensemble de trois &#224; quatre textes fournis en &#171; corpus &#187;, puis un &#171; travail d'&#233;criture &#187;, devoir portant sur un sujet parmi trois propos&#233;s : commentaire, dissertation, et &#171; &#233;criture d'invention &#187; (r&#233;daction d'imitation, pastiche ou &#233;crit de communication -lettre, discours, article &#8211; li&#233; &#224; une situation donn&#233;e) ; une &#233;preuve orale en deux temps &#233;gaux : lecture analytique d'un texte du programme &#224; partir d'une question inopin&#233;e de l'examinateur invitant &#224; consid&#233;rer le texte sous un angle particulier, puis entretien avec l'examinateur (BO sp&#233;cial du 6/10/2011&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas question de revenir sur l'existence de deux &#233;preuves, puisque le nombre des &#233;valuations finales contribue &#224; l'&#233;galit&#233;, et que l'oral r&#233;partit les chances du candidat. Mais on pourrait les simplifier, d'une part pour all&#233;ger l'ann&#233;e de Premi&#232;re &#8211; car la pr&#233;paration des diff&#233;rents exercices (de l'&#233;crit et de l'oral) de l'examen occupe presque tout le temps scolaire, directement ou indirectement -, d'autre part pour permettre aux candidats de se concentrer le jour de l'&#233;crit sur la compr&#233;hension des textes et sur la qualit&#233; de leur &#171; travail d'&#233;criture &#187;, le jour de l'oral sur les connaissances &#224; mettre en valeur et non sur une question d&#233;stabilisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;preuves actuelles, d&#233;finies par une prolif&#233;ration de textes officiels se corrigeant les uns les autres (BO de 2001, 2003, 2006 et 2011), font montre en effet d'une complication et d'une boursouflure inutiles qui nuisent &#224; une certification exacte et &#233;quitable. Rappelons que la question sur &#171; corpus &#187; et la question d'oral ont &#233;t&#233; introduites en 2001, la premi&#232;re sans augmentation aucune de la dur&#233;e de l'&#233;preuve &#233;crite, la seconde pour casser le psittacisme suppos&#233; des candidats, c'est &#224; dire pour d&#233;nigrer le s&#233;rieux d'une pr&#233;paration &#171; scolaire &#187; (illustrant ainsi l'id&#233;ologie &#233;litiste du &#171; don &#187; sup&#233;rieur au &#171; travail &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas comprendre autrement la croissance des in&#233;galit&#233;s : les r&#233;formes r&#233;centes l'ont s&#233;cr&#233;t&#233;e &#224; l'envi. Il faut bien voir en effet que le &#171; bac de fran&#231;ais &#187; version XXI&#232;me si&#232;cle, con&#231;u hors-sol sur une vision illusoire d'&#233;l&#232;ves lecteurs de haut vol, aboutit dans les faits &#224; une embuscade : textes inconnus d&#233;gain&#233;s lors de l'&#233;preuve &#233;crite et minant la certification principale, question inopin&#233;e surgie trente minutes avant la passation orale et perturbant l'&#233;l&#232;ve de bonne foi qui a fait l'effort de comprendre et retenir l'analyse &#233;labor&#233;e en classe avec le professeur. Les plus fragiles y perdent leurs moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propositions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il faudrait &lt;strong&gt;supprimer &#224; l'&#233;crit la question sur le &#171; corpus &#187;&lt;/strong&gt; de trois &#224; quatre textes litt&#233;raires, le plus souvent longs et difficiles d'acc&#232;s et d'analyse (ce sont des textes qui n&#233;cessiteraient d'&#234;tre expliqu&#233;s en cours, or l'&#233;l&#232;ve est seul &#224; l'examen devant des extraits d&#233;contextualis&#233;s), dont la lecture et le traitement selon la question pos&#233;e prennent trop de temps aux candidats ; s'il s'agit d'une question de synth&#232;se, il est impossible de la traiter s&#233;rieusement tout en pr&#233;servant suffisamment de temps pour la seconde partie de l'&#233;preuve, qui de fait est alors b&#226;cl&#233;e involontairement ; si la question est simplifi&#233;e, elle se trouve de fa&#231;on d&#233;risoire r&#233;duite &#224; des pr&#233;l&#232;vements d'indices peu probants, qui rel&#232;vent de la simple paraphrase, continuellement combattue par ailleurs - par exemple : &#171; Quelles sont les qualit&#233;s des &#233;crivains c&#233;l&#233;br&#233;s dans les textes du corpus ? &#187; , sujet des s&#233;ries ES et S en 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes officiels eux-m&#234;mes envisagent d'ailleurs que le corpus puisse ne pas &#234;tre soumis &#224; question (&#171; Une ou deux questions portant sur le corpus et appelant des r&#233;ponses r&#233;dig&#233;es &lt;i&gt;peuvent&lt;/i&gt; &#234;tre propos&#233;es aux candidats. &#187;, &#171; &lt;i&gt;lorsque&lt;/i&gt; de telles questions sont propos&#233;es &#187;...). Suivons-les dans cette tentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corpus quant &#224; lui peut &#234;tre maintenu dans son principe, seulement s'il fait l'objet d'une &#233;preuve autonome de quatre heures, comme on le verra ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il faudrait &#233;galement &lt;strong&gt;supprimer &#224; l'oral la question&lt;/strong&gt; qui doit guider la lecture analytique, pos&#233;e au candidat trente minutes avant sa prestation, et l'obligeant &#224; recomposer ses connaissances en fonction d'un plan nouveau (tous les professeurs ne le feraient pas en moins de vingt minutes &#8211; car il faut aussi dans le laps de la demi-heure, pr&#233;parer la lecture &#224; haute voix et si possible r&#233;fl&#233;chir un tant soit peu au contenu de l'entretien &#224; venir, portant sur la m&#234;me partie de programme que la lecture analytique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffirait que dans l'ann&#233;e et au cours de la pr&#233;paration de l'oral, on montre aux &#233;l&#232;ves que l'orientation &#224; donner &#224; la pr&#233;sentation du texte revient au fond &#224; r&#233;pondre &#224; la seule question qui vaille : &#171; Quel est l'int&#233;r&#234;t de ce texte ? &#187;, - question &#224; laquelle certains professeurs- examinateurs d&#233;cident d'ailleurs de se limiter pour ne pas handicaper l'&#233;l&#232;ve ! - l'invitant &#224; mettre en &#339;uvre une explication litt&#233;rale, linguistique, historique et litt&#233;raire, fond&#233;e sur le travail fait en classe et sur ses connaissances. L'examinateur peut, de son c&#244;t&#233;, discuter de ces int&#233;r&#234;ts prioritaires avec le candidat, qui pourra montrer son autonomie intellectuelle dans un dialogue ouvert, lors de l'entretien qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lira avec profit le &#171; Plaidoyer pour l'abolition de la question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, convaincant et d&#233;finitif. Et &#224; ceux qui craindraient le &#171; psittacisme &#187;, Bourdieu r&#233;v&#232;le l'orientation cach&#233;e qui les meut : &#171; Il faudrait aussi s'interroger sur les fonctions que remplit pour les professeurs et les membres de la classe cultiv&#233;e l'horreur sacr&#233;e du bachotage, oppos&#233; &#224; la &#171; culture g&#233;n&#233;rale &#187;. Le bachotage n'est pas le mal absolu lorsqu'il consiste seulement &#224; s'avouer que l'on pr&#233;pare des &#233;l&#232;ves au bachot et de les d&#233;terminer par l&#224; &#224; s'avouer qu'ils se pr&#233;parent au bachot. La d&#233;valorisation des techniques n'est que l'envers de l'exaltation de la prouesse intellectuelle qui est en affinit&#233; structurale avec les valeurs des groupes privil&#233;gi&#233;s au point de vue culturel &#187; (&lt;i&gt;L'&#201;cole conservatrice&lt;/i&gt;, 1966). &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette objection du &#171; psittacisme &#187; tombe d'ailleurs d'elle-m&#234;me puisqu'il s'agit ici d'une &#233;preuve orale, dont la seconde partie, l'entretien, fait obligatoirement &#233;merger une r&#233;flexion personnelle du candidat, invit&#233; par l'examinateur &#224; un dialogue argument&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la suppression de cette question all&#233;gera la pr&#233;paration de l'examen et pr&#233;servera le temps scolaire ; en effet, la pr&#233;paration en classe d'un &#233;ventail de questions possibles sur un texte absorbe beaucoup de temps et d'&#233;nergie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, la disparition de la question peut permettre aux candidats d'&#234;tre davantage interrog&#233;s sur les &#339;uvres contemporaines qu'ils auront &#233;tudi&#233;es ; bien que les examinateurs re&#231;oivent les listes de textes des candidats quelques jours avant l'&#233;preuve, ils se rabattent souvent, pour poser une question pertinente et parce qu'ils n'ont plus le temps de lire une parution tr&#232;s r&#233;cente, sur les &#339;uvres classiques. La r&#233;forme, qui voulait lutter contre &#171; une litt&#233;rature restreinte &#187;, a abouti dans les faits &#224; restreindre davantage encore le champ des possibles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les exercices du baccalaur&#233;at correspondent-ils &#224; une bonne formation des &#233;l&#232;ves ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les textes officiels en vigueur d&#233;finissent les finalit&#233;s de l'enseignement des lettres au lyc&#233;e ; on ne peut qu'y souscrire et souhaiter, dans un syst&#232;me id&#233;al, qu'elles deviennent enfin effectives : &#171; l'acquisition d'une culture, la formation personnelle et la formation du citoyen &#187; par &#171; la constitution et l'enrichissement d'une culture litt&#233;raire ouverte sur d'autres champs du savoir et sur la soci&#233;t&#233; ; la construction progressive de rep&#232;res permettant une mise en perspective historique des &#339;uvres litt&#233;raires ; le d&#233;veloppement d'une conscience esth&#233;tique permettant d'appr&#233;cier les &#339;uvres, d'analyser l'&#233;motion qu'elles procurent et d'en rendre compte &#224; l'&#233;crit comme &#224; l'oral ; l'&#233;tude continu&#233;e de la langue, comme instrument privil&#233;gi&#233; de la pens&#233;e, moyen d'exprimer ses sentiments et ses id&#233;es, lieu d'exercice de sa cr&#233;ativit&#233; et de son imagination ; la formation du jugement et de l'esprit critique. &#187;. (BO du 30/09/2010). &lt;br class='autobr' /&gt;
Remettons les priorit&#233;s en ordre, dans l'optique d'une formation id&#233;ale. Si l'examen s'y conforme, il entra&#238;nera en amont l'enseignement correspondant, qui se r&#232;gle toujours en retour sur les exigences finales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tout d'abord mettre au premier plan du &#171; bac de fran&#231;ais &#187; &lt;strong&gt;la v&#233;rification de la connaissance et de la pratique diversifi&#233;e de la langue, &#233;crite et orale&lt;/strong&gt;, pour l'exactitude des analyses textuelles, la correction du langage, et l'expression d'une pens&#233;e complexe, pr&#233;cise et articul&#233;e. La n&#233;cessit&#233; de ces acquis a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e, la r&#233;affirmer dans l'optique du baccalaur&#233;at est indispensable car la certification doit la prendre en compte, donc appliquer avec rigueur, et non avec une approximation &#171; bienveillante &#187; qui entretient le maintien des in&#233;galit&#233;s, le quota de quatre points (ou 20%) des notes finales &#233;crite et orale, pour garantir une ma&#238;trise suffisante de la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait en outre que des officines de remise &#224; niveau en langue (par exemple le &#171; projet Voltaire &#187;) et divers &#034;coaches&#034; en communication, expression et surtout orthographe s'emparent des d&#233;faillances du syst&#232;me pour pallier les lacunes des &#233;l&#232;ves aux frais de l'&#201;ducation nationale en s'imposant dans des &#233;tablissements, ce qui constitue un g&#226;chis public humain et financier inacceptable. De nombreux employeurs exigent aujourd'hui cette &#171; certification Voltaire &#187;, l&#224; o&#249; il faudrait une certification scolaire ; c'est &#224; l'&#233;cole de former et certifier gratuitement en son sein les capacit&#233;s langagi&#232;res de tous les &#233;l&#232;ves, surtout les plus d&#233;munis, et de ne pas les abandonner aux marchands. La lutte contre les in&#233;galit&#233;s en d&#233;pend. Il ne faut d'ailleurs pas croire que ces officines soient innovantes : leurs m&#233;thodes sont de la plus pure tradition, r&#232;gles de grammaire &#224; apprendre par c&#339;ur et entra&#238;nement intensif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce n'est pas &#234;tre &#171; &#233;litiste &#187; que d'&#234;tre soucieux d'enseigner une expression exacte et structur&#233;e : l'&#233;litisme, au contraire, est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le refus d'enseigner au sein de l'&#233;cole ce que quelques-uns recevront de leur famille ou tiennent d&#233;j&#224; de leur milieu. Enseigner la langue &#233;labor&#233;e et la grammaire, c'est les offrir &#224; tous ; elles &#233;mancipent tous les esprits par le d&#233;veloppement et la culture de qualit&#233;s intellectuelles communes &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus la langue n'est pas qu'expression, elle est aussi une formation civique, en permettant l'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension de la complexit&#233;, comme le soulignait Bourdieu : &#171; la langue n'est pas un simple instrument, plus ou moins efficace, plus ou moins ad&#233;quat de la pens&#233;e, mais elle fournit &#8212; outre un vocabulaire plus ou moins riche &#8212; une syntaxe, c'est-&#224;-dire un syst&#232;me de cat&#233;gories plus ou moins complexes, en sorte que l'aptitude au d&#233;chiffrement et &#224; la manipulation de structures complexes, logiques aussi bien qu'esth&#233;tiques, semble directement fonction de la complexit&#233; de la structure de la langue. &#187; (op.cit.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique de l'oral, en vue de l'&#233;preuve de baccalaur&#233;at, n&#233;cessite-t-elle un entra&#238;nement sp&#233;cifique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La certification orale vise le m&#234;me objectif linguistique. La capacit&#233; &#224; s'exprimer oralement dans des interventions construites, pr&#233;par&#233;es ou spontan&#233;es, doit donc &#234;tre d&#233;velopp&#233;e en amont &#224; l'&#233;cole primaire et au coll&#232;ge. Elle met en jeu non seulement la ma&#238;trise de la langue mais aussi la mobilisation des connaissances, l'argumentation, le rapport &#224; autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proposition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lyc&#233;e, il faudrait, comme d&#233;j&#224; dit pour la Seconde, accorder &#224; toutes les classes de Premi&#232;re un horaire de 5 heures (au lieu de 4 actuellement en tronc commun des s&#233;ries g&#233;n&#233;rales &#8211; auquel s'ajoutent en s&#233;rie L 2 heures de &#171; litt&#233;rature &#187; -, et 3 en s&#233;ries technologiques), et consacrer cette heure, obligatoirement en demi-groupes, aux exercices de langue. Pour l'oral, diverses activit&#233;s sont possibles : prise de parole pendant le cours ; d&#233;bat inform&#233; et argument&#233; ; expos&#233; portant sur un texte, une &#339;uvre ou une question ; compte rendu de lecture de textes non litt&#233;raires (presse, essais, critiques) comportant un r&#233;sum&#233;, une analyse ou une synth&#232;se suivie d'une appr&#233;ciation critique motiv&#233;e ; pr&#233;sentation d'&#339;uvres litt&#233;raires en relation avec le programme, etc. La lecture expressive et la diction, notamment de textes po&#233;tiques ou de tirades th&#233;&#226;trales versifi&#233;es, peuvent y &#234;tre travaill&#233;es. Les &#233;l&#232;ves y prennent souvent grand plaisir. Ces derni&#232;res pratiques pr&#233;parent activement &#224; l'&#233;preuve orale, qui inclut toujours une lecture &#224; haute voix du texte &#224; commenter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les deux exercices &#233;crits de commentaire et de dissertation v&#233;rifient-ils avec pertinence les autres objectifs majeurs de formation du lyc&#233;en, l'acquisition d'une culture litt&#233;raire et le d&#233;veloppement d'un jugement critique autonome ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les deux exercices actuels de &lt;strong&gt;dissertation&lt;/strong&gt; et de &lt;strong&gt;commentaire&lt;/strong&gt;, dont les contenus sont bien appuy&#233;s sur le programme, v&#233;rifient la culture litt&#233;raire acquise en Premi&#232;re, et ant&#233;rieurement en Seconde. Les propositions d'am&#233;lioration des programmes expos&#233;s plus haut peuvent faciliter cette acquisition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective d'une d&#233;mocratisation, ces deux exercices pourraient &#224; l'avenir &#234;tre conserv&#233;s, essentiellement parce que l'un et l'autre rel&#232;vent de savoirs et de m&#233;thodes qui peuvent s'acqu&#233;rir en classe et &#234;tre enseign&#233;s explicitement au sein de l'&#233;cole. A ce titre, ils contribuent &#224; l'&#233;galit&#233; scolaire, &#224; condition que l'on laisse aux &#233;l&#232;ves le temps d'apprendre et pratiquer : l'augmentation de l'horaire, r&#233;clam&#233;e ici pour les deux classes de Seconde et Premi&#232;re, est indispensable au succ&#232;s des &#233;l&#232;ves moins favoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux exercices ont &#233;galement la vertu de certifier ensemble deux &#233;l&#233;ments cardinaux des &#233;tudes de fran&#231;ais : la formation litt&#233;raire et la formation du jugement, l'une se nourrissant de l'autre. La culture litt&#233;raire, la lecture de nombreuses &#339;uvres et les enjeux qu'elles exposent, exercent le discernement et forment le jugement critique ; inversement, le jugement y trouve un contenu auquel s'appliquer le jour de l'examen. La mati&#232;re ainsi fournie par l'&#233;cole &#224; l'&#233;l&#232;ve pr&#233;serve une &#233;galit&#233; de situation, et elle le prot&#232;ge de l'argumentation vide ou sp&#233;cieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ces deux types de composition fran&#231;aise sont les seuls lieux de l'enseignement actuel qui (en dehors de la philosophie abord&#233;e l'ann&#233;e suivante) demandent une r&#233;flexion construite et compl&#232;te de d&#233;monstration patiente et &#233;tay&#233;e d'un point de vue (dans le cadre du commentaire) ou l'examen de points de vue contradictoires (dans le cadre de la dissertation qui interroge les opinions et pratique la r&#233;solution dialectique). Cet entra&#238;nement m&#233;thodique &#224; la pens&#233;e et &#224; la mise en doute de l'opinion par des faits et des arguments est irrempla&#231;able - on ne peut oublier que la dissertation a &#233;t&#233; introduite en 1880 pour former des citoyens libres penseurs, contre la d&#233;f&#233;rence et la paresse intellectuelle induites par les exercices d'imitation alors en cours, qui minaient l'esprit civique et l'initiative individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un obstacle de taille affecte cependant actuellement le commentaire. Depuis 1969 et jusqu'en 2001, le commentaire &#233;tait appel&#233; &#171; compos&#233; &#187;, et tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment d&#233;fini en tant qu'&#233;preuve d'examen fond&#233;e sur un plan : &#171; Pr&#233;senter avec ordre un bilan de lecture organis&#233; de fa&#231;on &#224; donner force au jugement personnel qu'il pr&#233;pare et justifie &#187;, &#171; Est exclue une pr&#233;sentation qui (...) ferait se succ&#233;der au fil du texte, sans lien entre elles et sans perspective, des remarques ponctuelles et discontinues. Un commentaire ne saurait consister en une poussi&#232;re de remarques &#187; (BO de 1993) ; quelques exemples de plans possibles &#233;taient sugg&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2001, le qualificatif &#171; compos&#233; &#187; a disparu, et la d&#233;finition se limite &#224; deux lignes : &#171; le candidat compose un devoir qui pr&#233;sente de mani&#232;re organis&#233;e ce qu'il a retenu de sa lecture et justifie son interpr&#233;tation et ses jugements personnels. &#187; Les exigences r&#233;flexives se sont donc &#233;mouss&#233;es, les consignes d'indulgence &#224; l'examen ont suivi. Parall&#232;lement, ce commentaire, tel qu'il est propos&#233; dans les fili&#232;res g&#233;n&#233;rales (sans libell&#233; depuis 1994), est devenu en vingt ans une &#233;preuve quasi inaccessible pour la majorit&#233; des &#233;l&#232;ves, tant les horaires du primaire et du coll&#232;ge se sont effondr&#233;s &#8211; le d&#233;ficit induit est de deux ann&#233;es d'enseignement du fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Comparaison des horaires en primaire et en coll&#232;ge, 1975-2015 &#187;,&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'ils peuvent encore, en y passant du temps dans l'ann&#233;e, en classe ou chez eux, obtenir des r&#233;sultats honn&#234;tes sur des textes contextualis&#233;s, les &#233;l&#232;ves ne parviennent pas &#224; &#233;laborer, en temps limit&#233;, une analyse &#224; la fois pr&#233;cise et argument&#233;e d'un texte qu'ils d&#233;couvrent, dont souvent ils ne connaissent ni l'auteur ni l'&#339;uvre dont il est extrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant le r&#233;alisme ainsi que le respect des &#233;l&#232;ves et de la valeur formatrice de l'exercice peuvent sugg&#233;rer des am&#233;nagements (voir ci-dessous). Plus tard, une perspective de d&#233;mocratisation r&#233;introduira le commentaire compos&#233;, d&#232;s que les &#233;l&#232;ves auront &#233;t&#233; mieux instruits en amont, et rendus &#224; eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propositions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Concernant l'&#233;preuve &#233;crite, il faudrait sans doute aucun &lt;strong&gt;supprimer l'&#233;criture d'invention&lt;/strong&gt;. Celle-ci, d&#232;s l'origine, a &#233;veill&#233; la suspicion de la majorit&#233; des professeurs, et l'exp&#233;rience n'a fait que justifier ces pr&#233;ventions. Les sujets donn&#233;s, d'une tr&#232;s grande diversit&#233;, vont de l'exercice de brevet des coll&#232;ges (un pastiche de r&#233;cit) &#224; l'infaisable (demander &#224; un &#233;l&#232;ve de se prendre pour un romancier pr&#233;sentant son projet de roman, pour un metteur en sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre &#233;crivant une lettre d'intention...), emp&#234;chant une pr&#233;paration correcte durant l'ann&#233;e (de nombreux professeurs y renoncent et laissent ainsi les &#233;l&#232;ves totalement seuls face &#224; l'&#233;preuve) et exigent la plupart du temps (le terme se trouve dans la d&#233;nomination m&#234;me de l'exercice) des &#171; qualit&#233;s d'&#233;criture &#187; qui sont &#233;videmment tr&#232;s fortement li&#233;es &#224; l'aisance langagi&#232;re dont disposent (nous l'avons &#233;voqu&#233; plus haut) seulement les candidats socialement les plus privil&#233;gi&#233;s. C'est sans aucun doute l'&#233;preuve la plus in&#233;gale et la moins formatrice de toutes. Enfin &#8211; et les moyennes nationales, &#224; chaque session, le d&#233;montrent - elle constitue souvent un pi&#232;ge pour les &#233;l&#232;ves les plus faibles qui, ne soup&#231;onnant pas les exigences que les correcteurs &#233;tablissent pour tenter de donner tout de m&#234;me &#224; cet exercice quelque valeur et quelque l&#233;gitimit&#233;, la croient bien plus facile qu'elle ne l'est en r&#233;alit&#233;. Ajoutons que cet exercice n'a aucune relation avec les exigences de l'enseignement sup&#233;rieur et n'a donc pas de place l&#233;gitime au sein du baccalaur&#233;at.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette &#171; &#233;criture d'invention &#187; pourrait &#234;tre remplac&#233;e par un exercice qui &lt;strong&gt;s'appuierait sur l'&#233;tude d'un ou plusieurs texte(s) argumentatif(s)&lt;/strong&gt; (un corpus donc) et pourrait &#234;tre constitu&#233; de trois volets : une premi&#232;re partie comportant une ou plusieurs questions de compr&#233;hension (par exemple lexicale), puis un exercice de r&#233;sum&#233; ou de comparaison ( des th&#232;ses en pr&#233;sence, de la forme et des proc&#233;d&#233;s de l'argumentation...) et une derni&#232;re partie qui demanderait &#224; l'&#233;l&#232;ve la composition d'une argumentation personnelle sur le th&#232;me abord&#233; par les textes propos&#233;s. Ce serait l&#224; une sorte de reprise de l'exercice ancien de la &#171; discussion &#187;. Cette &#233;preuve certifierait suffisamment les capacit&#233;s langagi&#232;res et r&#233;flexives, et permettrait de remettre &#224; sa juste place l'&#233;tude des textes d'id&#233;es &#8211; par exemple journalistiques - portant sur des th&#232;mes qui concernent notre pr&#233;sent, ce qui pourrait alors &#233;veiller l'int&#233;r&#234;t des &#233;l&#232;ves qui &#233;prouvent de r&#233;elles difficult&#233;s &#224; entretenir avec la litt&#233;rature une relation qui fasse sens pour eux &#8211; compte tenu que la nature exclusivement litt&#233;raire de l'&#233;preuve orale pr&#233;serve cette relation, mieux assur&#233;e pour les &#233;l&#232;ves fragiles quand elle a &#233;t&#233; abord&#233;e et &#233;labor&#233;e en classe avec l'aide du professeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'exercice de la &lt;strong&gt;dissertation&lt;/strong&gt; nous para&#238;t quant &#224; lui tout &#224; fait accessible (et ce plus encore si les candidats disposent, de nouveau, de quatre heures, le corpus dans sa forme actuelle ayant &#233;t&#233; &#233;limin&#233;). Les &#233;l&#232;ves appr&#233;cient cet exercice de pens&#233;e cr&#233;ative et en comprennent ais&#233;ment la m&#233;thode, claire depuis les origines : G. Rudler en 1909 la pr&#233;sente comme &#171; &lt;i&gt;un th&#233;or&#232;me&lt;/i&gt; &#187; ; les &#233;l&#232;ves &#171; &lt;i&gt;comprirent vite ce langage (&#8230;). Je conclus de l&#224; que nous aurions tort de nous montrer sceptiques sur l'intelligence de nos &#233;l&#232;ves. Nous pouvons attendre et obtenir beaucoup d'eux, pourvu que nous leur apportions une m&#233;thode&lt;/i&gt;. &#187;. Le contenu &#224; r&#233;fl&#233;chir est fourni par le programme, ce qui limite les in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; S'agissant du &lt;strong&gt;commentaire compos&#233;&lt;/strong&gt;, il serait peut-&#234;tre envisageable de renoncer pour l'instant &#224; cette &#233;preuve, puisque les capacit&#233;s qu'elle exige et certifie sont pr&#233;cis&#233;ment celles de la lecture analytique &#224; l'oral. L'ann&#233;e de Premi&#232;re en serait d'autant all&#233;g&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on d&#233;sirait conserver le commentaire, on pourrait envisager deux formules de maintien. Il serait sans doute plus raisonnable, dans les s&#233;ries ES et S, de s'en tenir au commentaire dirig&#233;, tel qu'il est propos&#233; dans les fili&#232;res technologiques : deux ou trois questions seraient alors donn&#233;es, comme axes d'&#233;tude, aux &#233;l&#232;ves qui devraient y r&#233;pondre par des analyses pr&#233;cises r&#233;unies en une argumentation correctement construite. Une variante pour la s&#233;rie litt&#233;raire actuellement dot&#233;e d'un horaire sup&#233;rieur (4 heures de tronc commun et 2 heures de &#171; litt&#233;rature &#187;) serait de r&#233;tablir le libell&#233; disparu en 1994 qui, un jour d'&#233;preuve, pouvait apporter un puissant soutien. Avec cette &#233;preuve sp&#233;cifique de commentaire compos&#233; maintenu, la s&#233;rie L pourrait gagner un profil plus affirm&#233; et recouvrer quelques lettres de noblesse actuellement bien ternies &#8211; pour l'instant elle ne se caract&#233;rise que par un programme d'&#171; objets d'&#233;tude &#187; plus important et des sujets sp&#233;cifiques &#224; l'examen, sans que les &#233;preuves pr&#233;par&#233;es et subies soient de natures diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans les deux cas d'am&#233;nagements, la r&#233;daction de questions ou libell&#233;s pose le d&#233;licat probl&#232;me de leur pertinence et de leur compr&#233;hension par les candidats, et exclut la libert&#233; d'appr&#233;ciation de ces derniers. Il faudrait donc appliquer &#224; cette r&#233;daction un discernement certain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question des connaissances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les exercices de l'examen de fran&#231;ais (lecture analytique, commentaire et dissertation) combinent comme en philosophie deux niveaux d'apprentissage : un premier niveau cognitif, de connaissances litt&#233;raires, rh&#233;toriques, historiques et m&#233;thodologiques indispensables aux exercices, un second niveau cr&#233;atif, de conception d'une pens&#233;e personnelle (contrairement aux autres mati&#232;res, qui demandent seulement, de fa&#231;on explicite, le premier niveau : la manipulation et la mise en &#339;uvre de connaissances)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment &#233;valuer les connaissances de premier degr&#233;, ind&#233;pendamment de ces exercices de pens&#233;e &#233;labor&#233;e ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas, raisonnablement, ajouter exercice ou question aux &#233;preuves &#233;crites ci-dessus, alors que nos propositions visent l'all&#232;gement du travail de Premi&#232;re li&#233; au baccalaur&#233;at, la suppression du corpus dans deux sujets sur trois, et la pr&#233;servation d'un espace r&#233;el de quatre heures pour la dissertation ou le commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proposition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait en revanche introduire &#224; l'oral, en premi&#232;re partie de l'entretien et contrairement au texte officiel actuel qui enjoint &#224; l'examinateur de ne pas revenir sur le texte &#233;tudi&#233;, un faisceau de questions br&#232;ves bien int&#233;gr&#233;es, li&#233;es &#224; l'&#233;criture de ce texte (lexicale, stylistique ou rh&#233;torique par exemple) et aux connaissances litt&#233;raires relatives &#224; l'&#339;uvre dont il est issu ou au groupement dans lequel il figure, qui permettraient au candidat de valoriser son travail personnel d'acquisition de savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le baccalaur&#233;at p&#232;se-t-il trop sur l'enseignement du fran&#231;ais au lyc&#233;e ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;flexions et propositions qui pr&#233;c&#232;dent ont r&#233;pondu indirectement &#224; cette question. Il faut en effet all&#233;ger et unifier les deux ann&#233;es de lyc&#233;e, trop charg&#233;es en exercices trop divers li&#233;s au baccalaur&#233;at, et donner du temps aux &#233;l&#232;ves, pour augmenter leurs lectures par exemple. Bien souvent, c'est moins le niveau qui leur manque que le temps n&#233;cessaire &#224; son acquisition ; press&#233;s de toutes parts, ils n'ont plus le loisir d'approfondir, alors que bien souvent la mati&#232;re leur pla&#238;t. La suppression du corpus pour deux sujets, la concentration sur le seul corpus argumentatif pour le troisi&#232;me sujet, la suppression de la question d'oral, l'am&#233;nagement du commentaire, sont autant d'all&#232;gements. La possibilit&#233; d'am&#233;liorer la qualit&#233; de l'&#233;crit et de pr&#233;parer l'oral plus &#224; loisir, par l'attribution d'une cinqui&#232;me heure de tronc commun d&#233;doubl&#233;e en Seconde et Premi&#232;re, serait aussi un soulagement, pour des &#233;l&#232;ves qui sont beaucoup plus pr&#233;occup&#233;s par leur travail qu'on ne le dit habituellement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Accorde-t-on trop de temps &#224; la lecture litt&#233;raire fine que r&#233;clame l'examen ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Examen ou pas, la lecture litt&#233;raire fine est au c&#339;ur de l'enseignement du fran&#231;ais, c'est sa raison d'&#234;tre, et le but des propositions qui pr&#233;c&#232;dent est pr&#233;cis&#233;ment de d&#233;gager assez de temps pour que cette lecture puisse &#234;tre approfondie, et pour que les &#233;l&#232;ves puissent y fonder leurs capacit&#233;s de lecture, d'interpr&#233;tation, d'&#233;criture, leur sensibilit&#233; &#224; la polys&#233;mie et &#224; l'inconnu qui surgit du texte litt&#233;raire. L'&#233;preuve d'examen permet de mettre en forme ces capacit&#233;s, en m&#234;me temps qu'elle prot&#232;ge cet enseignement de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Faut-il renoncer aux &#233;preuves anticip&#233;es de fin de Premi&#232;re, pour &#233;taler sur trois ans l'enseignement de lyc&#233;e ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;preuves anticip&#233;es en fin de Premi&#232;re ont l'avantage de donner au fran&#231;ais une place importante dans les pr&#233;occupations des &#233;l&#232;ves, ce qui am&#233;liore la pr&#233;paration. De plus, l'ann&#233;e de Terminale serait trop charg&#233;e s'il fallait y inclure le fran&#231;ais en sus des autres &#233;preuves (sauf bien s&#251;r en fili&#232;re litt&#233;raire qui b&#233;n&#233;ficie d'un enseignement et d'une &#233;preuve de &#171; lettres &#187;). Enfin il est important qu'avant l'ann&#233;e de philosophie, les &#233;l&#232;ves aient appris l'&#233;criture longue d'un texte argument&#233; et pratiqu&#233; la r&#233;flexion dialectique. Mais ce maintien du statut anticip&#233; passe par la n&#233;cessit&#233; de l'attribution d'un horaire de 5 heures en tronc commun, quelle que soit la s&#233;rie des candidats, la fili&#232;re L continuant bien entendu de b&#233;n&#233;ficier de son horaire suppl&#233;mentaire de 2 heures de &#171; litt&#233;rature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques doivent-ils recevoir un enseignement sp&#233;cifique, diff&#233;rent de celui des &#233;l&#232;ves de s&#233;ries g&#233;n&#233;rales ? Doivent-ils, comme actuellement, avoir un horaire de fran&#231;ais moindre ? Les &#233;preuves de l'examen leur correspondent-elles ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucune raison de donner un programme diff&#233;rent et un horaire moindre aux s&#233;ries technologiques. L'ann&#233;e de Seconde est commune &#224; tous les &#233;l&#232;ves, auxquels il faudrait attribuer 5 heures de cours, nous le r&#233;p&#233;tons. &lt;br class='autobr' /&gt;
En Premi&#232;re, les programmes actuels de ces s&#233;ries sont semblables dans leur esprit &#224; ceux des s&#233;ries g&#233;n&#233;rales, les &#233;preuves sont proches sauf pour le commentaire qui est guid&#233; ; il faudrait donc leur donner le m&#234;me horaire de 5 heures en tronc commun que les s&#233;ries g&#233;n&#233;rales, d'autant plus que parfois les &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques ont &#233;t&#233; mal orient&#233;s et sont des litt&#233;raires cach&#233;s ou contrari&#233;s. L'organisation actuelle qui leur accorde seulement 3 heures de fran&#231;ais est absurde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que de 1947 &#224; 1992, les horaires de Premi&#232;re de toutes les s&#233;ries (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, car on donne &#224; des &#233;l&#232;ves consid&#233;r&#233;s comme plus faibles un horaire insuffisant pour traiter le programme et l'apprentissage des exercices d'examen, et moindre qu'&#224; des &#233;l&#232;ves dont le niveau est jug&#233; meilleur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le rapport du S&#233;nat sur le baccalaur&#233;at insiste sur la n&#233;cessit&#233; d'un enseignement et d'un examen de type g&#233;n&#233;ral pour augmenter les chances de succ&#232;s ult&#233;rieur, et proteste contre l'utilisation des s&#233;ries technologiques comme &#171; voies de d&#233;lestage &#187;. Il faut donc offrir aux &#233;l&#232;ves de ces s&#233;ries le m&#234;me enseignement de fran&#231;ais qu'aux autres lyc&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Addendum&lt;/strong&gt; / &lt;i&gt;Les auteurs d'une partie des contributions adress&#233;es au GRDS &#224; propos de l'enseignement du fran&#231;ais ont cosign&#233; la pr&#233;cision suivante&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nos tentatives de r&#233;ponse &#224; ces questions sur l'enseignement du fran&#231;ais dans une &#233;cole d&#233;mocratique, qui n'en &#233;puisent pas tout le contenu possible, ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es, d&#233;but 2017, en tenant compte de l'organisation actuelle du syst&#232;me scolaire. Elles prennent appui sur l'existant, y compris la notation et la certification finale auxquelles elles font parfois allusion. En l'&#233;tat actuel des choses et en l'absence d'un syst&#232;me id&#233;al, la notation ainsi que le maintien d'un examen final not&#233; nous paraissent &#234;tre le rempart, certes d&#233;fensif mais r&#233;el, contre l'imposition autoritaire, par l'institution, d'un enseignement par comp&#233;tences. Le recours aux comp&#233;tences mettrait &#224; mal l'enseignement du fran&#231;ais, son objectif humaniste et &#233;mancipateur, tout autant que le pouvoir de suggestion, de r&#233;flexion et de lib&#233;ration attach&#233; &#224; la langue et &#224; la litt&#233;rature.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virginie Blanchet, Rachel Boutonnet, Thierry Cecille, Agn&#232;s Joste, V&#233;ronique Marchais&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.senat.fr/notice-rapport/2007/r07-370-notice.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.senat.fr/notice-rapport/2007/r07-370-notice.html&lt;/a&gt; 2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cnesco.fr/fr/dossier-baccalaureat/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cnesco.fr/fr/dossier-baccalaureat/&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.cnesco.fr/wpcontent/uploads/2016/09/Dossier_Synthese_Bac.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cnesco.fr/wpcontent/uploads/2016/09/Dossier_Synthese_Bac.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57469&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57469&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.sauv.net/questioneaf.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sauv.net/questioneaf.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; Comparaison des horaires en primaire et en coll&#232;ge, 1975-2015 &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.sauv.net/horcomp.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sauv.net/horcomp.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que de 1947 &#224; 1992, les horaires de Premi&#232;re de toutes les s&#233;ries y compris techniques &#233;taient identiques (4 heures avec &#233;preuve en fin de Premi&#232;re, dans un &#171; premier bac &#187; puis en EAF), sauf en s&#233;rie litt&#233;raire dot&#233;e de 5 heures &#224; partir de 1965. En 1980 l'horaire de Seconde est &#233;galement unifi&#233; &#224; 5 heures toutes s&#233;ries confondues. La r&#233;forme de 1992 cassera l'&#233;quit&#233; horaire de Premi&#232;re en maintenant celle de Seconde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelle entr&#233;e dans l'&#233;crit &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article251</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article251</guid>
		<dc:date>2017-02-28T10:22:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rachel Boutonnet</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[En r&#233;action aux questions pos&#233;es par le GRDS concernant l'enseignement du fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, afin de pr&#233;parer la rencontre du 3 mars 2017, la linguiste Lidia Lebas s'est attach&#233;e &#224; interroger les conditions d'un apprentissage efficient de la grammaire. On lira ci-dessous la contribution de Rachel Boutonnet, professeure des &#233;coles, qui donne &#224; voir la fa&#231;on dont elle conduit l'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire. Apr&#232;s avoir expos&#233; les principes qui la guident, elle s'attache &#224; d&#233;crire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Pour une refonte des contenus&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH134/arton251-97fe3.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='134' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;En r&#233;action aux questions pos&#233;es par le GRDS concernant l'enseignement du fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, afin de pr&#233;parer &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article241&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la rencontre du 3 mars 2017&lt;/a&gt;, la linguiste Lidia Lebas s'est attach&#233;e &#224; interroger les conditions &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article249&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'un apprentissage efficient de la grammaire&lt;/a&gt;. On lira ci-dessous la contribution de Rachel Boutonnet, professeure des &#233;coles, qui donne &#224; voir la fa&#231;on dont elle conduit l'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire. Apr&#232;s avoir expos&#233; les principes qui la guident, elle s'attache &#224; d&#233;crire les modalit&#233;s de leur mise en &#339;uvre, s'agissant d'abord de la progression qu'elle adopte dans l'&#233;tude des signes graphiques, puis de la fa&#231;on dont elle organise le travail dans sa classe&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enseigner la lecture et l'&#233;criture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de cet enseignement est de construire chez les &#233;l&#232;ves une lecture solide et durable, et de leur donner une aisance dans le passage &#224; l'&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tout appris de mes lectures, de mes coll&#232;gues et de mes &#233;l&#232;ves. Si je suis relativement convaincue de la validit&#233; de certains principes de travail, pour avoir vu mes &#233;l&#232;ves progresser, je ne suis pas professeur en la mati&#232;re&#8230; Tout ce que je dis est sujet &#224; doutes, questions, contradictions &#233;ventuelles, et n'est expos&#233; que pour engager toutes les discussions possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on isoler des principes fondateurs, indispensables et suffisants, de l'apprentissage r&#233;ussi de la lecture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques principes simples&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le principe alphab&#233;tique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour apprendre &#224; lire et &#224; &#233;crire, les &#233;l&#232;ves doivent, avant toute chose, prendre connaissance du principe alphab&#233;tique : chaque son articul&#233; de la langue est transcrit par un signe &#233;crit et, inversement, chaque signe &#233;crit correspond &#224; un son articul&#233;. On a affaire &#224; un code, qu'il faut, pour savoir lire et &#233;crire, conna&#238;tre et ma&#238;triser. Ce code, comprenant les vingt-six lettres de l'alphabet et tous les signes constitu&#233;s de plusieurs lettres, se compose d'une cinquantaine de signes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est pr&#233;sent&#233; comme simple au d&#233;part &#8211; une lettre pour un son et un son pour une lettre &#8211; , et, une fois qu'il est bien compris, il peut &#234;tre &#233;largi dans ses nuances et ses variantes : les sons qui s'&#233;crivent avec deux lettres, puis trois, les sons qui ont plusieurs fa&#231;ons de s'&#233;crire, les lettres qui changent de sons, les graphies complexes, les lettres muettes, les exceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des premi&#232;res s&#233;ances, au cours desquelles sont apprises les premi&#232;res lettres, le travail consiste avant tout &#224; ancrer solidement, dans l'esprit des &#233;l&#232;ves, le principe alphab&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agira ensuite d'apprendre aux &#233;l&#232;ves tous les signes qui constituent la langue &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le dernier travail consistera &#224; donner aux &#233;l&#232;ves l'entra&#238;nement n&#233;cessaire pour qu'ils puissent utiliser l'ensemble des signes de la langue &#233;crite avec aisance. C'est alors qu'ils seront en mesure de lire de mani&#232;re fluide et qu'ils pourront &#233;crire, sans h&#233;siter, sans commettre de fautes, tous les mots dits &#171; r&#233;guliers &#187; &#8211; ceux qui s'&#233;crivent comme ils s'entendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;criture comme entr&#233;e dans la lecture&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tr&#232;s efficace, pour ancrer le principe alphab&#233;tique de fa&#231;on durable et solide, d'entrer dans l'apprentissage par l'&#233;criture. On apprend certes aux &#233;l&#232;ves comment se lisent les lettres, mais on insiste beaucoup plus sur la logique qui consiste &#224; apprendre comment s'&#233;crivent les sons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res s&#233;ances sont alors majoritairement des s&#233;ances d'&#233;criture. La part consacr&#233;e &#224; l'&#233;criture dans une journ&#233;e de classe restera elle aussi majoritaire pendant une bonne partie de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pratique intensive de l'&#233;criture permet d'installer chez les &#233;l&#232;ves des habitudes de pr&#233;cision, de concentration ; elle leur donne une ma&#238;trise et une activit&#233; dans les moments d'apprentissage ; elle aide &#224; la m&#233;morisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;l&#233;ment&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des secrets qui permet de r&#233;soudre bien des difficult&#233;s, qu'elles soient momentan&#233;es &#8211; un mot difficile &#224; lire &#8211; ou durables &#8211; confusions ou inversions de sons &#8211; , c'est d'apprendre aux &#233;l&#232;ves &#224; ne jamais perdre de vue les &#233;l&#233;ments : les lettres d'un c&#244;t&#233;, les sons de l'autre. Il faut que les &#233;l&#232;ves sachent d&#233;composer les mots en syllabes puis en sons ; devant un mot &#233;crit, il faut qu'ils puissent voir toutes les lettres, rapidement, dans l'ordre, sans en perdre une seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le calque &#224; quatre composantes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important d'ancrer (ou de consolider) un cadre &#224; quatre composantes : l'&#233;coute, la prononciation, l'&#233;criture, la lecture. Il faut installer la conscience, ou l'habitude, d'une sorte de calque, d'identit&#233; stricte, entre quatre formes dans lesquelles va se d&#233;ployer un m&#234;me contenu. Dans l'acte de lire ou d'&#233;crire, ce contenu circule du son &#224; l'image visuelle en passant par la prononciation et le trac&#233;, et op&#232;re une boucle, en continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se traduit, lors d'un travail de dict&#233;e sur ardoise : &#171; J'&#233;coute &#8211; le son ou la syllabe, le mot, plus tard la phrase &#8211;, je prononce, j'&#233;cris, je le lis, et ce doit &#234;tre la m&#234;me chose exactement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certains &#233;l&#232;ves, le calque est l&#224; tout de suite. Pour d'autres, il peut manquer le lien entre une, deux, ou trois de ses composantes. Alors il faut l'installer. Autrement dit le rendre imm&#233;diat et &#233;vident. Patiemment. On avance en l'installant, on l'installe en avan&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Facilit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je souhaiterais que pour tous les &#233;l&#232;ves, l'apprentissage de la lecture et de l'&#233;criture soit toujours le plus simple possible ; comme une autoroute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaie de faire en sorte que la difficult&#233; soit non pas dans la progression ou les exercices, mais seulement dans le fait que cet apprentissage demande, au d&#233;but, une grande concentration. Pour l'obtenir, &#233;tant donn&#233; qu'ils ne pourraient pas y parvenir tout seuls, l'enseignant doit se tenir tr&#232;s pr&#232;s de ses &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cherchant &#224; rendre l'apprentissage le plus facile possible, je cherche aussi &#224; trouver les moyens de r&#233;soudre les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves les plus fragiles. Si la m&#233;thode est bien pens&#233;e, pour la m&#234;me raison qu'elle doit permettre aux plus fragiles d'acc&#233;der &#224; la lecture, elle doit aussi profiter &#224; ceux qui &#233;taient les mieux outill&#233;s au d&#233;part en leur donnant plus de solidit&#233; et de pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lenteur des d&#233;buts&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de prendre son temps au d&#233;but. De bien marquer les &#233;tapes, de demander la plus grande pr&#233;cision, afin que le principe du syst&#232;me alphab&#233;tique soit bien compris et fermement int&#233;gr&#233;. C'est sur la premi&#232;re p&#233;riode, celle de l'&#233;tude des graphies simples, qu'il faut prendre le plus de temps. Ensuite, il est possible, sur cette base solide, d'avancer rapidement. Les progr&#232;s seront d'autant plus rapides ensuite qu'on aura pris son temps au d&#233;but pour tout poser tranquillement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, apprendre &#224; &#233;crire et &#224; lire, c'est lent, c'est long, c'est parfois laborieux, pour l'enseignant, et pour les &#233;l&#232;ves. Mais ce travail vaut la peine, il est tr&#232;s payant en ce qu'il structure l'&#233;crit et l'oral, et donne une base solide pour la suite des apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;buts sont toujours &#224; la fois faciles, si on prend soin d'avancer lentement et de toujours rester simple, et difficiles, voire un peu laborieux, parce que les &#233;l&#232;ves ont &#224; comprendre cette chose nouvelle qu'est le principe alphab&#233;tique, qu'ils doivent s'appliquer &#224; entendre, prononcer, retrouver les bonnes graphies ; ils doivent faire l'effort de tracer les lettres correctement, de savoir o&#249; ils en sont dans les mots, de se relire en v&#233;rifiant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un peu comme en danse travailler les muscles et la souplesse des pieds, des jambes ou des bras, avec de tout petits mouvements extr&#234;mement pr&#233;cis, qui permettront ensuite l'ex&#233;cution d'encha&#238;nements et de figures complexes, avec un maximum de facilit&#233;. De m&#234;me que les exercices des pieds, des jambes ou des bras sont d&#233;j&#224; de la danse, les exercices de base en lecture et &#233;criture sont d&#233;j&#224;, pleinement, de la lecture et de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vers la fluidit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est important de prendre le temps de passer par tous les &#233;l&#233;ments, il compte aussi d'apprendre &#224; ne pas tra&#238;ner. Tout un travail consistera &#224; donner aux &#233;l&#232;ves l'habitude d'avancer, sans h&#233;siter, sans revenir en arri&#232;re, sans r&#233;p&#233;ter plusieurs fois&#8230; Il faut prendre le temps mais aller de l'avant. C'est la pratique quotidienne et intensive qui permet aussi de rendre l'&#233;criture et la lecture plus fluides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compr&#233;hension&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension est requise &#224; tout moment de l'apprentissage de l'&#233;criture et de la lecture. Charge &#224; l'enseignant de s'assurer que les &#233;l&#232;ves entendent ce qu'ils lisent et qu'ils peuvent se le repr&#233;senter, r&#233;pondre &#224; quelques questions, dire quelque chose au sujet de ce qu'ils viennent de lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La progression&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle progression rationnelle peut-on &#233;tablir pour mener &#224; la r&#233;ussite des apprentissages ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Exemple de progression&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_255 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L369xH415/image_25-3-918ed.png?1790689106' width='369' height='415' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La cadence que j'essaie de tenir est celle de deux graphies par semaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
A ce rythme, on peut, &#224; la fin du mois de mai, avoir vu toutes les graphies, et consacrer le mois de juin &#224; r&#233;viser tranquillement. En fin de CP, on peut alors avoir atteint, pour la majorit&#233; des &#233;l&#232;ves, les objectifs suivants : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une lecture fluide et compr&#233;hensive de tout petit texte dont le vocabulaire et le langage sont &#224; la port&#233;e d'un enfant de sept ans ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La capacit&#233; d'&#233;crire sans h&#233;sitation, avec une bonne formation des lettres, tout mot &#171; r&#233;gulier &#187;, entendu comme mot qui &#171; s'&#233;crit comme il s'entend &#187;, ce qui va jusqu'&#224; des mots comme maquillage, &#233;cureuil, &#233;corce, brossage, travailleur, spectateur, briquet, ch&#226;teau, guirlande, longueur... &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La connaissance de quelques sch&#232;mes lexicaux et des r&#232;gles de leur emploi : er, eau, tion, ai&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La connaissance de quelques lettres muettes : le s du pluriel des noms, le e du f&#233;minin des noms, les lettres muettes qui pr&#233;parent le f&#233;minin dans les adjectifs qualificatifs ou les mots d&#233;riv&#233;s d'une m&#234;me famille ; quelques terminaisons des verbes conjugu&#233;s ; quelques mots invariables comme : dans, sous, comme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La progression choisie ici suit le principe suivant :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#201;tudier d'abord le principe alphab&#233;tique dans ce qu'il a de plus simple : telle lettre pour tel son. On commence donc par les sons qui s'&#233;crivent le plus simplement : avec une seule lettre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour un son &#224; plusieurs solutions graphiques, on &#233;tudie d'abord la graphie la plus simple &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour un m&#234;me niveau de simplicit&#233;, on choisit d'abord la graphie la plus courante.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour les lettres &#224; plusieurs sons, on prend le son majoritaire en premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le d&#233;but de l'apprentissage, le difficile est de choisir des sons &#224; &#233;crire qui r&#233;pondent &#224; trois crit&#232;res, qui ne sont pas toujours &#233;vidents &#224; concilier : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; que les lettres qui leur correspondent soient faciles &#224; tracer &#8211; le t est plus facile &#224; tracer que le f, par exemple.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; qu'ils soient ais&#233;s &#224; entendre et &#224; prononcer : plut&#244;t le &#171; f &#187;, au d&#233;but, que le &#171; p &#187; ou le &#171; d &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; qu'ils entrent dans la composition d'un nombre cons&#233;quent de mots courants, pour que les &#233;l&#232;ves puissent avoir assez vite des mots et des phrases &#224; &#233;crire et &#224; lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques exemples&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrire le son &#171; in &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;crit d'abord le son avec la graphie la plus simple : in.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On apprend ensuite que dans certains cas, ce son s'&#233;crit ain. On peut parfois savoir si on &#233;crit in ou ain, en connaissant un mot d&#233;riv&#233; du mot qui contient le son &#171; in &#187;. On sait ainsi que le &#171; in &#187; de &#171; lapin &#187; s'&#233;crit in, parce qu'en le mettant au f&#233;minin, on dit &#171; lapine &#187; ; et on sait aussi &#233;crire vilain, parce qu'il devient &#171; vilaine &#187; au f&#233;minin. De m&#234;me train, parce que &#171; tra&#238;ner &#187; ; bain, par ce que &#171; se baigner &#187;&#8230; D'autres mots, comme refrain, main ou pain sont &#224; apprendre par c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On apprend ensuite qu'il y a des cas o&#249; l'on &#233;crit ein. Quelques mots, et leurs d&#233;riv&#233;s, sont &#224; apprendre : frein, freiner, reine, r&#233;gner, ceinture, peinture, peindre, teinture, teinte, teinturier&#8230;, pour mieux m&#233;moriser cette graphie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'indique aux &#233;l&#232;ves &#8211; et cela est valable pour tous les sons &#8211; que dans toutes les situations, en cas d'h&#233;sitation, il faut toujours choisir la fa&#231;on la plus simple d'&#233;crire : in plut&#244;t que ain ou ein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sons de la lettre c&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux sons correspondent &#224; cette lettre : [k] et [s] ; mais le son majoritaire est le [k]. En effet, le c fait [k] devant a, o et u (donc aussi devant an, ai, ain, on, ou et oi), devant l et r, et en fin de syllabe comme dans sac ou spec-tacle. Quand bien m&#234;me les mots o&#249; la lettre &#171; c &#187; fait le son [s] seraient plus nombreux, les situations relatives aux autres lettres dans lesquelles elle fait le son [k] sont majoritaires. Donc il vaut mieux consid&#233;rer, au d&#233;but, que le son de la lettre &#171; c &#187; est le [k]. Plus tard on pourra indiquer, quand ceci sera bien su, que cette m&#234;me lettre change de son devant e et i, et que c'est pour cette raison que l'on doit utiliser le qu pour &#233;crire les syllabes &#171; que &#187; et &#171; qui &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture du son [k]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le son [k] s'&#233;crit c, dans la plupart des cas. Il s'&#233;crit parfois qu, k, ou ch, mais la graphie majoritaire du son [k] est le c. A supposer m&#234;me que l'on trouverait plus de mots o&#249; le son [k] s'&#233;crirait qu plut&#244;t qu'avec c, les cas o&#249; le son [k] s'&#233;crit c, relativement &#224; la combinaison avec les autres sons, sont majoritaires. On &#233;crit c devant &#171; a &#187;, &#171; o &#187;, &#171; u &#187;, &#171; ou &#187;, &#171; on &#187;, &#171; oi &#187;. On &#233;crit c devant &#171; l &#187; et &#171; r &#187;, et quand on l'entend &#224; la fin d'une syllabe. Il n'existe que deux cas o&#249; l'on doit n&#233;cessairement &#233;crire qu, c'est devant les sons &#171; e &#187; ou &#171; i &#187;, parce que la lettre c fait le son [s] devant e et i.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ensuite aborder les exceptions, assez nombreuses il est vrai, o&#249; on &#233;crit qu devant a ou o : quoi ou quand, par exemple, ou encore quotient, quantit&#233;, qualit&#233;. Enfin, on pourra signaler qu'il existe quelques mots, beaucoup plus rares, qui s'&#233;crivent avec k ou ch. Ces mots peuvent &#234;tre appris par c&#339;ur, pour les plus courants ; ils seront d'autant plus facilement remarqu&#233;s et retenus que la r&#232;gle &#224; laquelle ils d&#233;rogent aura &#233;t&#233; bien &#233;tablie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire et &#233;crire le qu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;vident de d&#233;terminer &#224; quel moment de la progression introduire le qu. Le ca, le co et le cu sont &#233;tudi&#233;s en d&#233;but de progression, et le que et le qui ne viendront que quand les sons et les graphies simples auront &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;s et bien rod&#233;s, et quand le changement de son de la lettre c devant e et i aura &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;. Mais autant ne pas attendre la fin de la progression pour l'&#233;tudier, afin de donner aux &#233;l&#232;ves le temps de savoir choisir sans h&#233;sitation c ou qu dans les cas r&#233;guliers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le travail en classe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment se passe une s&#233;ance de lecture ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment s'y prendre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Une foule de d&#233;tails millim&#233;triques...&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une s&#233;ance de lecture en d&#233;but d'ann&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;crire le travail d'une classe de CP, quelle que soit la s&#233;ance concern&#233;e, il faudrait pouvoir &#233;num&#233;rer, en une suite presque infinie, une foule de d&#233;tails qui, tous, s'ils sont n&#233;glig&#233;s, peuvent vous faire rater l'introduction d'une nouvelle le&#231;on, peuvent emp&#234;cher les &#233;l&#232;ves de bien saisir une notion, et faire alors perdre du temps. Comme devise, pour le CP, une enseignante chevronn&#233;e que j'avais appel&#233;e la veille de ma premi&#232;re rentr&#233;e m'avait donn&#233; : &#171; lecture, &#233;criture, calcul, rab&#226;chage &#187;. C'&#233;tait pr&#233;cieux, pour commencer. J'ajouterai qu'il est aussi essentiel de se h&#226;ter tr&#232;s lentement. On n'est jamais assez lent, on ne d&#233;coupe jamais assez ses explications, on n'a jamais trop recul&#233; dans les d&#233;tails millim&#233;triques, en CP. D&#232;s qu'on le fait suffisamment, tout passe comme par enchantement, et on conna&#238;t le bonheur d'&#234;tre enseignant. D&#232;s qu'on en rate un ou deux, les &#233;l&#232;ves ne suivent plus et on doit reculer et reprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;ance que je vais d&#233;crire s'&#233;tale sur environ deux jours &#8211; parfois un peu plus, tr&#232;s rarement moins &#8211;, et se fait en plusieurs fois, &#224; diff&#233;rents moments de la journ&#233;e, entrecoup&#233; d'autres travaux &#8211; calcul, d&#233;coupage, sport, chanson&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'alphabet&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'apprends l'alphabet aux &#233;l&#232;ves d&#232;s le d&#233;but de l'ann&#233;e. Il s'agit de le conna&#238;tre &#224; l'oral, comme une petite chanson, et de pouvoir aussi donner le nom d'une lettre d&#233;sign&#233;e, ainsi que d&#233;signer une lettre nomm&#233;e, sans h&#233;sitation. Je peux leur dire, pour les encourager, que l'alphabet est l'invention la plus intelligente qui soit, car elle permet, avec seulement vingt-six petits signes, d'&#233;crire tous les mots de la terre, qui eux, sont au nombre de plusieurs dizaines de milliers. Le fait de leur pr&#233;senter d&#232;s le d&#233;but de l'ann&#233;e l'alphabet en entier est aussi une fa&#231;on de leur montrer que l'apprentissage des lettres est un objectif fini, et assez facile &#224; atteindre. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'alphabet donne le nom des lettres. Le nom des lettres est, &#224; part pour quelques lettres, en rapport avec leur son, mais il s'en distingue. Cette distinction est importante &#224; &#233;tablir rapidement. D&#233;signer les lettres par leur son, comme ce sera le cas dans toute la suite de l'apprentissage, est le premier acte de lecture proprement dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les affichettes m&#233;moire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'affiche, sur les murs de la classe, pour que les &#233;l&#232;ves l'aient en permanence sous les yeux, une affichette m&#233;moire par lettre &#233;tudi&#233;e, au moment o&#249; je l'introduis. Chaque affichette comporte un dessin qui repr&#233;sente le mot de r&#233;f&#233;rence pour la lettre : &#171; a comme avion, &#233; comme &#233;l&#233;phant&#8230; &#187;. Les &#233;l&#232;ves doivent conna&#238;tre par c&#339;ur la petite chanson de chaque affichette. Elles sont l&#224; pour qu'ils puissent &#224; tout moment retrouver le son d'une lettre, ou la graphie d'un son. Pour les voyelles, le son &#224; entendre dans le mot est au d&#233;but. Il suffit de faire durer le son pour savoir quelle est la lettre repr&#233;sent&#233;e. J'entra&#238;ne mes &#233;l&#232;ves &#224; faire durer le son, parce que ce geste n'est pas si facile &#224; saisir : &#171; Aaaaaaavion . Qu'est-ce qu'on dit au d&#233;but du mot ? &#187; Pour les consonnes, je cherche un mot courant de deux syllabes, dont la deuxi&#232;me est constitu&#233;e de la lettre en question plus un e muet. &#171; &#171; p &#187; comme &#171; soupe &#187; &#187;. On prononce le mot &#8211;repr&#233;sent&#233; par une image &#8211; ; le son qu'on entend &#224; la fin, c'est le bon. C'est tr&#232;s facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on a oubli&#233; comment s'&#233;crit par exemple le son &#171; v &#187;, il suffit de r&#233;citer &#171; &#171; v &#187; comme &#171; r&#234;-ve &#187;, de chercher l'affichette repr&#233;sentant le r&#234;ve et de retrouver ainsi la lettre correspondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'entra&#238;nement que donnent la dict&#233;e et la lecture sur le livre, les &#233;l&#232;ves se passent assez vite des affichettes. Mais au d&#233;but, elles sont un appui pr&#233;cieux, &#224; la fois pour la dict&#233;e et pour la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence toutes mes s&#233;ances &#8211; apr&#232;s la r&#233;vision de l'alphabet &#8211; en faisant r&#233;citer, en ch&#339;ur, les affichettes m&#233;moires ; &#224; partir du moment o&#249; elles deviennent trop nombreuses et que les premi&#232;res lettres sont connues, je commence la r&#233;citation aux dix derni&#232;res lettres, et je ne revois les premi&#232;res que de temps en temps. Il peut y avoir des petits trous de m&#233;moire. De toute fa&#231;on, que les &#233;l&#232;ves puissent s'en passer ou pas, je garde la petite r&#233;citation quotidienne, parce qu'elle permet d'embrayer la journ&#233;e, et aussi parce que les &#233;l&#232;ves aiment chanter en ch&#339;ur, surtout ce qu'ils connaissent bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'introduis ensuite le nouveau son. Je montre la nouvelle affichette : &#171; Que voyez-vous ? &#187; On prend le temps de discuter de l'image, ce qui permet de faire une petite le&#231;on de vocabulaire, d'expression et de prononciation. On s'attarde ensuite sur le mot. &#171; Combien de y a-t-il de syllabes dans ce mot ? Quelle est la premi&#232;re ? Quelle est la deuxi&#232;me ? Quel est le son que vous entendez &#224; la fin ? &#187; Les plus &#233;veill&#233;s savent depuis longtemps comment s'&#233;crit le nouveau son. Mais pour la plupart, il faut faire prononcer, lentement, encore et encore, faire durer autant que possible le nouveau son, et faire remarquer quels sont les gestes de la bouche qui permettent de produire le son. &#171; Poirrrrrrrrrre &#187;. Eventuellement, on s'attarde sur la diff&#233;rence des gestes que l'on fait pour un son avec lequel on pourrait le confondre (&#171; f &#187; et &#171; v &#187;, &#171; t &#187; et &#171; d &#187; par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je demande ensuite aux &#233;l&#232;ves de trouver des mots comportant le nouveau son. Pour savoir si un mot comporte le son recherch&#233;, il faut le prononcer lentement, et chercher si, en le pronon&#231;ant, on fait le m&#234;me geste que celui que l'on fait pour prononcer le son demand&#233;. Avant de prononcer un mot, on refait le son, on fait attention &#224; ses gestes de prononciation, et on prononce ensuite lentement le mot. C'est l&#224; que l'on peut dire si l'on entend ou pas le son dans le mot. Cette affaire de prononciation est capitale. Dans la majorit&#233; des cas, il est inutile de demander &#224; un petit enfant s'il entend tel son dans tel mot. Il ne sait pas ce que veut dire entendre un son dans un mot. Il vous dira oui, ou non, au hasard. Entendre, finalement, &#231;a veut dire : se rendre compte si l'on prononce ou non tel son dans le mot. Les &#233;l&#232;ves doivent donc apprendre &#224; articuler, et &#224; d&#233;composer les mots, en syllabes, et en sons. C'est une des conditions d'un bon apprentissage de la lecture : savoir d&#233;composer un mot dans tous ses sons, et ce n'est pas naturel du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les &#233;l&#232;ves passent ensuite en revue tous les pr&#233;noms de la classe &#8211;en les pronon&#231;ant &#8211;, et r&#233;pertorient ceux qui comportent le son &#233;tudi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ardoise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais ensuite une dict&#233;e sur l'ardoise. Je commence par des r&#233;visions. Je dicte des sons d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233;s, puis des syllabes et des mots compos&#233;s de sons connus. Nous passons ensuite &#224; la lettre correspondant au nouveau son &#233;tudi&#233;, que l'on apprend &#224; tracer soigneusement. Je l'&#233;cris en tr&#232;s gros au tableau, en d&#233;composant chaque geste. Le trac&#233; de chaque lettre se d&#233;crit comme le r&#233;cit d'un petit parcours. Le m, par exemple, est une suite de trois cannes dont la derni&#232;re se termine par un crochet. On s'entra&#238;ne &#224; faire le geste en l'air, puis sur la table, avec le doigt, puis on passe &#224; l'ardoise, o&#249; on l'&#233;crit en gros. Une fois que les &#233;l&#232;ves ont correctement trac&#233; la lettre, je leur demande d'en &#233;crire une ligne enti&#232;re. Nous travaillons ensuite l'accroche de la nouvelle lettre avec des lettres d&#233;j&#224; connues. Ensuite, je dicte des syllabes comportant le nouveau son, puis des mots et &#233;ventuellement des petites phrases.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;l&#232;ves doivent apprendre &#224; calibrer leurs lettres pour faire entrer le mot sur l'ardoise et &#224; se placer correctement : pas tout en bas, pour le cas o&#249; il contient une lettre qui descend, comme le p ; pas tout en haut, pour qu'ils puissent former les lettres qui montent, comme le l. Ils doivent partir bien &#224; gauche et &#233;crire petit, pour pouvoir &#233;crire les mots en entier, mais pas en trop petit non plus, pour que je puisse les lire du fond de la classe. Les ardoises ont une face o&#249; sont trac&#233;s des carreaux. La taille id&#233;ale des lettres est celle de la hauteur d'un carreau entier. Au d&#233;but, je leur fais placer un point qui marque le d&#233;part. Ils peuvent aussi, pour s'aider, tracer une ligne tout le long de l'ardoise. Petit &#224; petit, ils se placent d'eux-m&#234;mes, &#233;crivent droit, avec des lettres d'une taille ad&#233;quate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la dict&#233;e, il est tr&#232;s important que les &#233;l&#232;ves prononcent lentement. Ils doivent faire durer les sons autant que possible ou r&#233;p&#233;ter plusieurs fois en cas de percussives. Nous nous entra&#238;nons ensemble avant la dict&#233;e. Je leur donne une syllabe, je leur demande de la r&#233;p&#233;ter et je leur demande : &#171; Quel est le premier son ? Quel est le deuxi&#232;me ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est gr&#226;ce &#224; la prononciation lente qu'ils trouvent comment transcrire le son, la syllabe ou le mot. Certains doivent apprendre &#224; faire cette prononciation lente. Je les prends parfois &#224; part, pour qu'ils apprennent &#224; prononcer, lentement. Quand ils ont compris, ils sont contents de voir qu'ils ont un moyen de r&#233;ussir &#224; transcrire les syllabes et les mots. Je les vois faire. Si je dicte &#171; pon &#187;, ils r&#233;p&#232;tent &#171; pon, pon, pon &#187;, puis, ils font : &#171; p, p, p&#8230; p comme soupe &#187;, et ils &#233;crivent, puis ils font &#171; pon on on on on on &#8230; on comme ballon &#187;. A force d'entra&#238;nement, ils n'ont plus besoin de d&#233;composer aussi lentement, ni de se r&#233;f&#233;rer aux affichettes. Ils &#233;crivent la syllabe tout de suite. Mais ils savent qu'en cas de doute, ils peuvent compter sur ces deux aides, qui marchent &#224; tous les coups : la prononciation lente, et les affichettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dict&#233;e de mots, c'est tr&#232;s difficile en d&#233;but d'apprentissage. Certains &#233;l&#232;ves ne comprennent pas tout de suite, qu'un mot, c'est seulement une suite de syllabes. M&#234;me s'ils savent transcrire une suite de syllabes sans probl&#232;me, arriv&#233;s aux mots, ils paniquent, ils oublient la moiti&#233; des lettres, &#233;crivent le d&#233;but et la fin du mot en oubliant les syllabes centrales, ou encore n'&#233;crivent que le d&#233;but du mot. En d&#233;but d'ann&#233;e, ils n'&#233;crivent parfois que les voyelles, qui sont plus faciles &#224; entendre que les consonnes. Ils n'ont pas le r&#233;flexe de relire ce qu'ils viennent d'&#233;crire. Il faut le leur apprendre et leur donner l'habitude de prendre le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus prudent, dans les premiers temps, est de ne dicter que des mots &#224; deux syllabes, et de ne passer &#224; des mots de trois ou quatre syllabes que quand les &#233;l&#232;ves commencent &#224; se sentir &#224; l'aise sur deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut alors prendre le temps : &#171; Ecris na, maintenant ri, et maintenant ne. Relis ce que tu as &#233;crit. &#187; Quand ils oublient une lettre ou qu'ils en mettent une fausse, je ne leur donne pas la r&#233;ponse. Aux plus habiles, je dis : &#171; Il y a une erreur, cherche bien &#187; ; aux plus fragiles : &#171; Viens me voir. Lis ce que tu as &#233;crit. Qu'est-ce que tu aurais d&#251; mettre comme lettre ? Retourne &#224; ta place et viens me voir quand tu as corrig&#233; &#187;. Il m'arrive de faire attendre toute la classe quelques minutes, pour qu'un des &#171; petits &#187; &#233;crive son mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pouvoir &#233;crire sans erreur ni oubli, le d&#233;coupage d'un mot en syllabes est aussi important, pour la dict&#233;e, que la s&#233;paration de la syllabe en sons. La syllabe est l'&#233;l&#233;ment rythmique du mot. Prononcer un mot lentement, de fa&#231;on naturelle, c'est d&#233;tacher les syllabes en faisant une pause entre chacune d'elles. Le nombre de syllabes d'un mot, c'est le nombre de fois o&#249; l'on ouvre la bouche pour prononcer un mot. Autrement dit, c'est le nombre de fois o&#249; la voix se fait entendre dans un mot, ou encore, c'est le nombre de voyelles que comprend un mot, accompagn&#233;es de leurs consonnes. Il y a donc dans un mot autant de syllabes que de voyelles. Pour prononcer un mot lentement, non seulement on le d&#233;coupe en syllabes, en faisant une pause en fin de chacune, mais on fait durer la voyelle de chaque syllabe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est tr&#232;s important pour les &#233;l&#232;ves d'apprendre &#224; d&#233;couper un mot en syllabes, en faisant les pauses au bon endroit, en vue de la dict&#233;e. Il y a quelques r&#232;gles pour cela. La syllabe prend fin &#224; la consonne de la suivante. Si deux consonnes se suivent, la coupure est entre les deux, sauf dans le cas de consonne+r ou de consonne+l, qui d'une certaine fa&#231;on comptent pour une seule consonne : la coupure se fait avant les deux consonnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves apprennent &#224; d&#233;couper en syllabes sur des mots tr&#232;s simples dont chaque syllabe se compose d'une consonne suivie d'une voyelle. On s'entra&#238;ne aussi d&#232;s le d&#233;but sur des mots qui commencent par une voyelle seule. Cet entra&#238;nement sur des cas simples permettra ensuite de passer sans difficult&#233; aux mots comportant des syllabes compos&#233;es de trois sons ou plus : cra, clo, par, mir, ou encore crac&#8230; C'est ainsi que les &#233;l&#232;ves apprendront &#224; couper &#171; porte &#187; en &#171; por-te &#187; et non pas en &#171; po-rte &#187;, ou encore &#171; spectacle &#187; en &#171; spec&#8211;ta &#8211;cle &#187;, et non pas en &#171; spe &#8211; ctac &#8211; le &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi pratiquer, pour la dict&#233;e, le d&#233;coupage des mots en sons. Si les enfants doivent &#233;crire &#171; olive &#187;, ils peuvent s'appliquer &#224; prononcer : &#171; ooo-llll-iiii-vvv-eee &#187;. Mais cet exercice est surtout propre, &#224; mon avis, &#224; travailler l'&#233;coute des sons, en demandant aux &#233;l&#232;ves de les rep&#233;rer dans des mots. Il permet aussi de gagner en pr&#233;cision dans la prononciation. Il ne me semble pas le plus adapt&#233; pour la dict&#233;e de mots, ne serait-ce que parce que le mot est d&#233;figur&#233; dans cette prononciation lente. On ne reconna&#238;t plus trop le mot &#171; olive &#187; dans &#171; ooo-llll-iiii-vvv-eee &#187;, alors qu'on l'entend tr&#232;s bien dans &#171; ooo-liii-veee &#187;. Ensuite, certaines consonnes peinent &#224; &#234;tre prononc&#233;es en tra&#238;nant, comme le &#171; p &#187;, le &#171; t &#187; ou le &#171; d &#187;. Alors qu'il n'est pas difficile de faire tra&#238;ner les voyelles lors du d&#233;coupage en syllabes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coupage en syllabes permet de proc&#233;der par &#233;tapes, ce qui est rassurant pour les &#233;l&#232;ves. Prononcer le mot, le d&#233;couper en syllabes, les compter, reprendre la premi&#232;re, la deuxi&#232;me, la troisi&#232;me, et s'attaquer au mot &#224; &#233;crire en s'occupant de chaque syllabe une par une, que l'on va alors d&#233;couper en sons. Le d&#233;coupage en sons n'est pas naturel, ni spontan&#233;. Il doit s'apprendre. Il demande un effort d'analyse. Alors que le d&#233;coupage en syllabes est celui que les enfants font tr&#232;s naturellement quand on leur demande d'articuler ou de parler plus lentement. Autant utiliser ce naturel pour amener les &#233;l&#232;ves au d&#233;coupage plus analytique encore d'une syllabe en sons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tiens &#224; ce que les &#233;l&#232;ves, autant que possible et le plus t&#244;t, comprennent &#8211; ce qui ne peut que les rassurer &#8211; que s'ils &#233;chouent, ce n'est que de n'avoir pas pris le temps n&#233;cessaire. Je me bats pour &#231;a, pour qu'ils prennent le temps de revenir, toujours, &#224; l'&#233;l&#233;ment. C'est par la d&#233;composition et la recomposition qu'on arrive &#224; tout. Ce sont les &#233;l&#232;ves plus fragiles qui peinent le plus &#224; pratiquer cette d&#233;composition et recomposition. Ils ont l'air de ne pas s'en sentir capables, ou de croire que c'est p&#233;nible &#224; faire. Il faut insister pour leur montrer que c'est au contraire facile. Les &#233;l&#232;ves les plus fragiles sont ceux qui passent leur temps &#224; croire que tout sera trop difficile et qui laissent tomber d'avance. Avec l'apprentissage de la lecture, on a une belle occasion de leur montrer, et peut-&#234;tre durablement, qu'ils sont capables d'apprendre quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons pr&#232;s d'une heure par jour de dict&#233;e sur ardoise. Les s&#233;ances d'ardoise de d&#233;but d'ann&#233;e sont &#233;reintantes, surtout pendant la dict&#233;e de mots. Il faut tenir chaque &#233;l&#232;ve &#224; bout de bras pendant toute la s&#233;ance. Sans compter les difficult&#233;s de mise en place d'une s&#233;ance d'ardoise en CP : obtenir que les &#233;l&#232;ves ne l&#232;vent pas l'ardoise n'importe quand, ne la montrent pas au plafond ou en la bougeant dans tous les sens, la tiennent &#224; deux mains, la reposent sans faire trop de bruit, ne bavardent pas &#224; chaque fois qu'ils effacent, ne prennent pas un temps infini pour chaque mot dict&#233;&#8230; Pour les faire acc&#233;l&#233;rer, je leur donne parfois cinq secondes pour &#233;crire un mot. Je le dicte, et puis je compte : &#171; un&#8230; deux&#8230; trois&#8230; quatre&#8230; cinq. &#187; C'est tr&#232;s efficace. Ils aiment les courses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dict&#233;e sur ardoise est un des moments de travail les plus efficaces. C'est l&#224; que l'on voit et r&#233;sout les difficult&#233;s de ceux qui ont besoin d'&#234;tre aid&#233;s. C'est l&#224; qu'ils pratiquent l'encha&#238;nement des sons un par un. C'est l&#224; que les &#233;l&#232;ves apprennent l'exactitude et la pr&#233;cision, et fixent la m&#233;moire des lettres et des sons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dict&#233;e sur cahier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'encha&#238;ne autant que possible &#8211; si j'ai le temps &#8211; la dict&#233;e sur ardoise avec une dict&#233;e sur le cahier, ce qui est plus difficile que sur l'ardoise, o&#249; on peut toujours se reposer un peu sur les copains et sur la ma&#238;tresse, qui signale les erreurs au fur et &#224; mesure et qui prend le temps de faire r&#233;ussir tout le monde. La dict&#233;e sur cahier permet de savoir o&#249; en est r&#233;ellement chaque &#233;l&#232;ve, et permet aussi &#8211; question de place &#8211; de dicter des petites phrases. Tr&#232;s vite, les disparit&#233;s entre &#233;l&#232;ves sont impressionnantes. Certains peinent encore sur les lettres et les syllabes, quand d'autres se baladent en dict&#233;es de mots voire de phrases et en seraient presque &#224; pouvoir en encha&#238;ner plusieurs sans probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lecture au tableau&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;cris ensuite au tableau deux lignes de syllabes comportant la nouvelle lettre, une ligne en script, une ligne en cursive &#8211; six syllabes en moyenne : trop pour que les &#233;l&#232;ves retiennent la ligne par c&#339;ur apr&#232;s qu'elle a &#233;t&#233; lu trois fois, ce qui les dispenserait de la lire r&#233;ellement, mais assez peu pour que la s&#233;ance de lecture ne soit pas trop longue et que les &#233;l&#232;ves n'attendent pas trop. Ils lisent un par un. Le premier lit la premi&#232;re ligne, le second la deuxi&#232;me, le troisi&#232;me la premi&#232;re, le quatri&#232;me la seconde, etc&#8230; Ils l&#232;vent le doigt pour demander &#224; lire. C'est un peu long et laborieux, mais n&#233;cessaire, et je leur demande &#224; tous de suivre, avant et apr&#232;s leur tour, en leur disant qu'en lisant plusieures fois la m&#234;me ligne, ils apprennent &#224; bien lire. Pour les faire patienter plus volontiers, pour les laisser concentr&#233;s, j'annonce parfois que tous ceux qui liront sans se tromper auront un petit bon point. Ils en obtiennent presque tous un du premier coup. A ceux qui commettent quelques erreurs, je dis : &#171; On verra si on a le temps de te faire repasser quand tout le monde aura lu &#187;, et je trouve toujours le temps. Ils repassent, et il est bien rare qu'ils ne r&#233;ussissent pas &#224; avoir leur petit bon point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lecture sur le livre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on prend le livre. Je commence par leur demander de regarder l'illustration, de me d&#233;crire la sc&#232;ne, en faisant des phrases compl&#232;tes, et de trouver des mots, repr&#233;sent&#233;s dans l'image, qui portent le son &#233;tudi&#233; sur la page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous lisons ensuite la page en entier. Vu le nombre de lignes et le nombre d'&#233;l&#232;ves, on lit la page environ deux fois. Tous les &#233;l&#232;ves doivent suivre pendant que les camarades lisent un par un. C'est tr&#232;s sportif &#224; mettre en place, au d&#233;but. &#171; Montrez-moi la page que nous allons lire. Posez votre main dessus. &#187; Je v&#233;rifie que tous montrent la bonne page. &#171; Montrez-moi le haut de la page. Le bas de la page. &#187; Ca demande un certain temps d'entra&#238;nement. &#171; Montrez-moi la grande image. Les petites images qui sont sur le bord en marge des lignes de lecture. &#187; Toute une affaire aussi. &#171; Montrez-moi la lettre p, en rose, les lignes de syllabes, roses et noires. La premi&#232;re ligne, la deuxi&#232;me, la troisi&#232;me. &#187; Ils doivent apprendre ce que veut dire : &#171; Suivre, pendant que quelqu'un lit. &#187; Il s'agit de poser l'index sous le mot lu &#8211; et pas dessus &#8211; et d'avancer au fur et &#224; mesure que le camarade lit, tout en lisant soi-m&#234;me dans sa t&#234;te. Ils ont tendance &#224; feuilleter les pages du livre pendant la s&#233;ance de lecture ou &#224; lever les yeux du livre pour r&#234;ver ou regarder par la fen&#234;tre. Je fais lire les &#233;l&#232;ves en suivant l'ordre des rang&#233;es, pour qu'ils voient arriver leur tour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela leur demande beaucoup de concentration et de patience. Les faire passer tous un par un &#8211; ils sont une vingtaine &#8211; demande une bonne demi-heure. Parfois, la lecture sur le livre dure plus, parce que je prends le temps d'expliquer tous les mots qu'ils ne connaissent pas. Ils doivent relire la page chez eux le soir. Nous la relisons le lendemain. Parfois une troisi&#232;me fois lors de la s&#233;ance suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les &#233;l&#232;ves lisent des mots, je leur demande de lever le nez apr&#232;s chaque mot, et de me le r&#233;p&#233;ter. Je v&#233;rifie ainsi qu'ils &#233;coutent ce qu'ils lisent. Quand ils arrivent aux phrases, je leur demande aussi de me les r&#233;p&#233;ter. S'ils h&#233;sitent trop, je pose des questions, pour v&#233;rifier qu'ils ont &#233;cout&#233; et compris. Pratiquement &#224; tous les coups, ils ont entendu et compris. Si ce n'est pas le cas, c'est que la lecture a &#233;t&#233; techniquement trop difficile. Je fais alors relire, jusqu'&#224; ce que le rythme s'acc&#233;l&#232;re, et qu'ils puissent entendre ce qu'ils lisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Travail sur fiche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la lecture, je donne &#224; mes &#233;l&#232;ves une fiche d'exercices sur la lettre &#233;tudi&#233;e. Ce qui leur fait quelques r&#233;visions. Ceux qui terminent avant les autres compl&#232;tent, puis colorient la frise qui se trouve en bas de la page &#8211; ce qui donne envie aux autres de terminer rapidement &#8211;, pendant que j'aide ceux qui peinent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cahier du jour&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis nous prenons le cahier du jour. En d&#233;but d'ann&#233;e, je ne donne que de la copie. Ils &#233;crivent des lettres, des syllabes, des mots, des petites phrases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cahiers de d&#233;but d'ann&#233;e pr&#233;sentent un quadrillage qui ne comportent qu'une interligne, et dont l'intervalle avec ligne principale est de 2 mm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois qu'on arrive au cahier du jour, on a fait le tour du travail sur une lettre.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut passer &#224; la suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me p&#233;riode&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de premi&#232;re p&#233;riode, la majorit&#233; des &#233;l&#232;ves savent tracer toutes les lettres avec assurance ; le principe alphab&#233;tique est fermement ancr&#233; ; ils &#233;crivent sous la dict&#233;e, sans h&#233;sitation, des mots r&#233;guliers &#224; sons simples et des petites phrases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attaque la deuxi&#232;me p&#233;riode : les sons &#224; deux lettres : les ou, on, oi, an, in, ch, au, eau, en, eu. Les &#233;l&#232;ves sont un peu surpris au d&#233;but, mais si la premi&#232;re p&#233;riode est solide, &#231;a passe tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail devient plus rapide et moins laborieux. Les &#233;l&#232;ves ont int&#233;gr&#233; les routines, ils connaissent le d&#233;roulement de la journ&#233;e, voient arriver les &#233;tapes, les reconnaissent, les anticipent. Les habitudes et les rythmes de travail sont pris. On peut aller plus vite, pour introduire les nouveaux graph&#232;mes. Ils savent trouver le nouveau son d&#232;s qu'ils voient arriver la nouvelle affichette, ils savent prononcer de fa&#231;on pr&#233;cise et identifier un son dans un mot, ils savent couper les mots en syllabes et analyser les syllabes d'un mot. Ils savent utiliser le livre de lecture et le cahier. Ils ont pris l'habitude de copier de fa&#231;on pr&#233;cise. Le temps de travail sur cahier augmente, les dict&#233;es sont plus longues. On passe plus de temps en lecture proprement dite, pour travailler la fluidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me p&#233;riode&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se repose un peu, puisque rien n'est nouveau sauf l'ordre des lettres, avec les cr, pl, al, or, ous&#8230; Pour la dict&#233;e, les choses se compliquent au moment o&#249; l'on travaille les syllabes qui comprennent &#224; la fois un &#171; r &#187; apr&#232;s la consonne et des sons voyelles qui s'&#233;crivent avec deux lettres. Ecrire &#171; branche &#187; la premi&#232;re fois, c'est toute une affaire. Pendant la dict&#233;e de mots, je m'efforce de graduer les difficult&#233;s : mots de deux syllabes avec consonnes +r, mots de trois syllabes avec consonne +r, mots deux syllabes avec consonne+r et voyelle &#224; deux lettres : &#171; crabe &#187; par exemple pour commencer, puis &#171; crocodile &#187;, et enfin &#171; cro&#251;te &#187;. S'ils sont en forme, on peut terminer par : &#171; goudron &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me p&#233;riode&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tudie les ill, ail, gn, oin, ien, x et z, qui sont des &#233;critures complexes mais n&#233;anmoins les plus simples possibles de leurs sons correspondants, ou bien des sons rares. Ce qui sera &#233;tudi&#233; en fin de quatri&#232;me p&#233;riode, c'est l'&#233;criture la plus simple de tous les sons possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut commencer un peu de grammaire : les notions de nom et de verbe, de f&#233;minin et de masculin, de pluriel et de singulier ; on peut alors aborder les premi&#232;res lettres muettes finales, le e du f&#233;minin, le s du pluriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinqui&#232;me p&#233;riode&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On introduit les autres sons d'une lettre &#233;tudi&#233;e. On aborde les r&#232;gles qui permettent de choisir entre deux solutions graphiques d'un m&#234;me son. Arrivent alors : le qu et le gu, le ai et le ei, le er et le et en fin de mot ; les ec, es, er, el ; les erre, esse, elle ; le ain et le ein ; les ail, eil, euil ; les ay et oy ; le m devant b et p, le &#231; et les gea et geo&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps de lecture relatif au temps d'&#233;criture augmente encore ; on travaille en lecture proprement dite, pour viser la rapidit&#233;, la fluidit&#233;, la fr&#233;quentation des mots, qui permet d'enregistrer leur graphie. On peut faire quelques r&#233;f&#233;rences aux familles de mots, quand elles soutiennent la compr&#233;hension de l'orthographe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#233;riode 6 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; &#233;tudier toutes les bizarreries et les exceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait sans cesse jouer deux principes : connaissances des r&#232;gles &#8211; application d'un principe &#8211; et m&#233;moire des mots &#233;crits &#8211; soutenue par la lecture &#8211;, qui incarnent la r&#232;gle et aident &#224; la retenir, de m&#234;me que la connaissance de la r&#232;gle soutient l'observation et permet de mieux voir les d&#233;tails &#8211; les lettres d'un mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;l&#232;ves fragiles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie des &#233;l&#232;ves &#8211; un petit quart de la classe &#8211; ne pourra pas suivre ce rythme d'apprentissage. Ces &#233;l&#232;ves, appel&#233;s les &#171; petits &#187; par presque toutes les ma&#238;tresses de CP, peuvent peiner &#224; m&#233;moriser les lettres, &#224; comprendre l'accrochage syllabique, et d'autant plus &#224; passer &#224; l'&#233;criture et la lecture de mots. &#171; Sur la page de lecture, m'avait dit une ancienne ma&#238;tresse, certains &#233;l&#232;ves n'iront pas au-del&#224; de la troisi&#232;me ligne &#8211; autrement dit la premi&#232;re ligne de mots &#8211;, et cela au moins jusqu'&#224; No&#235;l. &#187; Une autre enseignante chevronn&#233;e de CP m'avait dit qu'elle et ses coll&#232;gues avaient comme habitude syst&#233;matique de reprendre, avec les &#171; petits &#187;, tout l'apprentissage en ses d&#233;buts, au mois de janvier, tout en laissant courir les autres dans leur progression. Quelques soient les solutions choisies, il est clair que la classe, rapidement, aura deux rythmes de progression : celui des &#171; grands &#187; et celui des &#171; petits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les moments de dict&#233;e ou de lecture, on peut alors choisir de faire avancer les &#171; grands &#187; et de prendre, &#224; d'autres moments, pendant que les &#171; grands &#187; sont occup&#233;s &#224; un autre travail, le temps de faire travailler les &#171; petits &#187; &#224; leur rythme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si quelques rares &#233;l&#232;ves sont lecteurs en deux mois, si la majorit&#233; saura lire et &#233;crire des mots r&#233;guliers dans toutes les graphies en un an, certains &#233;l&#232;ves auront besoin de deux ans pour parcourir toute la progression.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel enseignement du fran&#231;ais au coll&#232;ge et au lyc&#233;e (2) ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article250</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article250</guid>
		<dc:date>2017-02-27T10:36:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Magali Espinasse</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Les questions pos&#233;es par le GRDS en vue de la pr&#233;paration du s&#233;minaire du 17 mars 2017 consacr&#233; &#224; l'enseignement du fran&#231;ais dans le secondaire ont re&#231;u de premi&#232;res r&#233;ponses de Virginie Blanchet et V&#233;ronique Marchais (pour le coll&#232;ge) et de Thierry Cecille et Agn&#232;s Joste (pour le lyc&#233;e). On lira ci-dessous la contribution (pour le coll&#232;ge, puis pour le lyc&#233;e) de Magali Espinasse, elle aussi professeur de fran&#231;ais] &lt;br class='autobr' /&gt;
Quel enseignement du fran&#231;ais en coll&#232;ge ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Petit pr&#233;ambule : les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Pour une refonte des contenus&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/arton250-55f7e.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Les questions pos&#233;es par le GRDS en vue de la pr&#233;paration du &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article241&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s&#233;minaire du 17 mars 2017&lt;/a&gt; consacr&#233; &#224; l'enseignement du fran&#231;ais dans le secondaire ont re&#231;u de premi&#232;res r&#233;ponses de &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article243&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Virginie Blanchet et V&#233;ronique Marchais&lt;/a&gt; (pour le coll&#232;ge) et de &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article245&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Thierry Cecille et Agn&#232;s Joste&lt;/a&gt; (pour le lyc&#233;e). On lira ci-dessous la contribution (pour le coll&#232;ge, puis pour le lyc&#233;e) de Magali Espinasse, elle aussi professeur de fran&#231;ais&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel enseignement du fran&#231;ais en coll&#232;ge ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Petit pr&#233;ambule&lt;/i&gt; : les questions pos&#233;es induisent un peu trop les r&#233;ponses que l'on sent &#171; attendues &#187; et qui consistent quasi exclusivement en une critique s&#233;v&#232;re du nouveau programme de coll&#232;ge. Il est dommage que les questions ne soient pas plus ouvertes ni plus d&#233;contextualis&#233;es. Il est tr&#232;s difficile de savoir quel enseignement du fran&#231;ais serait, &#224; coup s&#251;r, partout et pour tous efficace ! Ce qui est certain, c'est que le programme pr&#233;c&#233;dent (celui de 2008) n'&#233;tait pas bon, notamment parce qu'il comportait des erreurs manifestes et qu'il &#233;tait pens&#233; comme l'exact contraire du pr&#233;c&#233;dent : cours de grammaire et cloisonnement contre s&#233;quences et d&#233;cloisonnement, lecture exclusivement de textes du patrimoine fran&#231;ais contre litt&#233;rature jeunesse, etc. Il ne faudrait pas avoir la m&#234;me attitude et rejeter &#224; priori tout ce qui est dans le programme de 2016, par principe et de fa&#231;on syst&#233;matique. Tentons d'&#234;tre critique ET constructif ! M&#234;me si ce n'est pas facile&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q &#8722; L'enseignement de la grammaire doit-il faire l'objet de temps sp&#233;cifiques d'apprentissages. Cet enseignement doit-il &#234;tre progressif et syst&#233;matique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que l'enseignement de la grammaire dans tous ses aspects (syntaxe, conjugaison, orthographe, grammaire de texte&#8230;), tant en ce qui concerne la compr&#233;hension des principes de la langue que de leur maitrise dans les usages de l'&#233;criture et de la lecture, est loin d'&#234;tre termin&#233; &#224; l'issue du primaire. L'apprentissage doit donc &#234;tre poursuivi pendant les quatre ann&#233;es du coll&#232;ge (et au-del&#224;, en lyc&#233;e). Il doit donner lieux &#224; des temps sp&#233;cifiques d'analyse, d'&#233;tude et d'entrainement mais sans &#234;tre d&#233;tach&#233; des autres enseignements de la discipline : lecture et analyse des textes, travaux d'&#233;criture, exercices de communication orale. La complexit&#233; de la grammaire fran&#231;aise n&#233;cessite un enseignement syst&#233;matique : &#171; le&#231;ons &#187; de grammaire pendant lesquelles les faits de langue sont analys&#233;s, &#233;tudi&#233;s, d&#233;cortiqu&#233;s et appris ; exercices de reconnaissance et d'application ; situations &#171; r&#233;elles &#187; d'usage de la langue dans lesquelles on apprend aux &#233;l&#232;ves &#224; user de vigilance quant &#224; la correction de la langue (syntaxe et orthographe). Il n'est pas souhaitable, cependant, de mettre en place un emploi du temps coercitif pour l'enseignant qui consisterait &#224; imposer une heure ou deux de &#171; cours de langue &#187; par semaine. C'est au p&#233;dagogue &#224; organiser sa progression, sa semaine et ses s&#233;ances, en total respect de sa libert&#233; p&#233;dagogique. Il faut, &#224; ce titre, en finir avec les injonctions concernant les m&#233;thodes. L'enseignant doit savoir quels contenus il doit enseigner (fix&#233;s par le programme), &#224; lui de faire le choix des m&#233;thodes en fonction de ses &#233;l&#232;ves, de la p&#233;riode de l'ann&#233;e, des textes et notions &#224; &#233;tudier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau programme de coll&#232;ge pr&#233;conise d'enseigner les rectifications orthographiques de 1990 : c'est une bonne chose et non une &#171; facilit&#233; coupable &#187; comme certains le d&#233;noncent. Remettre un peu de logique dans l'orthographe lexicale n'est pas un luxe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole est le lieu de l'apprentissage de la langue &#233;crite, sous toutes ses formes mais la langue orale ne doit pas non plus &#234;tre oubli&#233;e. Les in&#233;galit&#233;s culturelles affectent autant la maitrise de l'oral que de l'&#233;crit. Nous sommes dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'usage de la conversation, du dialogue, de l'argumentation ou du r&#233;cit oral sont en train de se perdre. Jouer en ligne, chatter, t&#233;l&#233;phoner ou envoyer des sms correspond &#224; des &#171; prises de parole &#187; tr&#232;s br&#232;ves, d&#233;cousues, souvent elliptiques. La production d'une parole construite n'est pas inn&#233;e (et pas toujours acquise en famille). C'est &#224; l'&#233;cole de r&#233;cr&#233;er une &#233;galit&#233; dans le domaine. Il faut donc un apprentissage syst&#233;matique, raisonn&#233; et progressif du fran&#231;ais oral. L'exercice (expos&#233;s, r&#233;citations&#8230;) n'est rien sans l'apprentissage des codes de la langue orale (vocabulaire, syntaxe), qui varient en fonction des situations d'&#233;nonciation (monologue, dialogue, d&#233;bat) et des objectifs vis&#233;s (convaincre, raconter, r&#233;pondre, questionner&#8230;). Comme pour la grammaire de l'&#233;crit, il faut dans ce domaine des moments d'apprentissage sp&#233;cifiques et des mises en situation contr&#244;l&#233;es (par exemple pendant le cours dialogu&#233;, en situation d'expos&#233;, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La progression de l'&#233;tude de la grammaire, de l'orthographe, de la langue orale doit &#234;tre pr&#233;cis&#233;e par le programme, de fa&#231;on &#224; limiter le plus possible les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage d'un coll&#232;ge &#224; l'autre, d'une classe &#224; l'autre. Il faut rompre avec le programme de cycle et revenir &#224; un programme annuel pour chaque niveau du coll&#232;ge. Les grands principes de la phrase (syst&#232;me du nom/syst&#232;me du verbe ; groupe sujet/groupe verbal ; mots variables/mots invariables ; famille de mots et d&#233;rivation&#8230;) doivent &#234;tre enseign&#233;s au primaire et acquis en fin de CM2. Au coll&#232;ge, on entrera petit &#224; petit dans le fonctionnement plus pr&#233;cis de la phrase et des liens syntaxiques entre les mots (qualification, phrases complexes et propositions subordonn&#233;es, accords entre des termes &#233;loign&#233;s les uns des autres, etc.). Il en est de m&#234;me pour la grammaire de texte et les notions de narratologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q &#8722; Le fran&#231;ais au coll&#232;ge doit-il favoriser l'&#233;laboration d'une culture commune humaniste, reposant sur l'approche de textes litt&#233;raires majeurs de notre patrimoine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment dire non ? Mais pourquoi en rester l&#224; seulement ? Evidemment, il faut permettre aux &#233;l&#232;ves qui entrent au coll&#232;ge et qui, pour la plupart, n'ont pas encore &#233;t&#233; mis au contact de ces &#339;uvres, d'aborder la litt&#233;rature qui fait r&#233;f&#233;rence commune. Dans un but de d&#233;couverte culturelle et dans celui de l'int&#233;gration dans la soci&#233;t&#233;, il faut faire connaitre aux coll&#233;giens les livres, les auteurs auxquels les artistes contemporains, les m&#233;dias, les expressions courantes font r&#233;f&#233;rence. Il faut leur faire lire les grands textes du patrimoine parce qu'ils posent et permettre de r&#233;pondre &#224; des questions fondamentales : l'argument est connu, je n'insiste pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce serait une erreur de se limiter aux textes du patrimoine, c'est-&#224;-dire aux textes du pass&#233;. Le but de l'&#233;cole est aussi d'apprendre &#224; entrer dans le monde contemporain et &#224; former les cr&#233;ateurs de demain. La litt&#233;rature contemporaine, francophone comme &#233;trang&#232;re, n'est pas d'un abord plus facile ni plus imm&#233;diat que les textes anciens. Les &#233;l&#232;ves ont besoin de leurs professeurs pour les lire et les appr&#233;cier. Donner le gout de la lecture, voir comment la litt&#233;rature repr&#233;sente le monde, avoir envie de s'impliquer dans l'acte de lire, &#234;tre capable de distinguer ce qui fait la richesse d'un livre&#8230; tout cela passe aussi par la fr&#233;quentation des auteurs contemporains. Enfin, la culture commune humaniste ne peut pas &#234;tre constitu&#233;e que des textes du pass&#233;, qui constituent notre patrimoine. En outre, une fois qu'on a dit &#171; textes du patrimoine &#187;, on n'en sait pas tellement plus ! De quels textes s'agit-il ? Parmi tous ceux qui pourraient entrer dans cette cat&#233;gorie, lesquels faut-il privil&#233;gier ? Faudrait-il une liste ferm&#233;e de &#171; textes &#224; lire au coll&#232;ge &#187;, au risque de limiter le patrimoine &#224; venir &#224; cette petite liste et d'&#244;ter aux enseignants toute marge de man&#339;uvre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus important est que le choix des livres &#224; &#233;tudier soit le plus vari&#233; possible en terme de dates, d'auteurs, d'horizons culturels, de th&#233;matiques, de formes. Il doit s'agir de textes riches, stylistiquement travaill&#233;s, polys&#233;miques et permettant un vrai travail d'interpr&#233;tation. Le travail sur l'ancrage historique et culturel du texte, comme celui sur les jeux d'intertextualit&#233; peuvent permettre de confronter les &#233;l&#232;ves &#224; un r&#233;seau de textes, propre &#224; &#233;largir le champ culturel auquel on les confronte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q &#8722; Le fran&#231;ais au coll&#232;ge doit-il favoriser une lecture analytique des textes, une r&#233;flexion sur les processus d'&#233;criture et leur sens, afin de d&#233;velopper des comp&#233;tences d'analyse et d'interpr&#233;tation des textes ou doit-il se centrer sur la compr&#233;hension litt&#233;rale des textes, parce qu'elle est souvent probl&#233;matique en elle-m&#234;me pour un certain nombre d'&#233;l&#232;ves, au risque de r&#233;duire l'enseignement du fran&#231;ais au coll&#232;ge &#224; une fonction de communication ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible de faire un choix entre ces deux options ? Lire n'est-ce pas &#224; la fois comprendre le sens litt&#233;ral et aller au-del&#224; de ce sens litt&#233;ral pour percevoir des intentions, des sens autres, analyser ses r&#233;actions de lecteur ? Il ne parait pas tr&#232;s raisonnable de ne pas commencer &#224; s'assurer de la compr&#233;hension du sens litt&#233;ral ni de ne pas apprendre aux &#233;l&#232;ves &#224; d&#233;crypter le sens litt&#233;ral d'un texte. Mais &#233;videmment, il serait totalement r&#233;ducteur et inint&#233;ressant de s'arr&#234;ter &#224; cet objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin maitriser la fonction de communication est absolument indispensable et l'&#233;cole ne peut pas se dispenser de cet enseignement, au risque d'accroitre encore les in&#233;galit&#233;s en laissant dans l'ignorance ceux qui ne l'ont pas appris, &#224; la maison. Mais, l&#224; aussi, l'objectif de l'&#233;cole, et en particulier du coll&#232;ge, ne peut pas se limiter &#224; cet apprentissage, qui est un moyen, et seulement un moyen, d'aller plus loin dans les capacit&#233;s de lecture critique et interpr&#233;tative. D'ailleurs les deux doivent &#234;tre men&#233;s de front : tous les &#233;l&#232;ves ont la capacit&#233; &#224; interpr&#233;ter, &#224; d&#233;battre sur les sens possibles d'un discours, &#224; analyser les proc&#233;d&#233;s d'&#233;criture, pour peu qu'on leur en donne les outils. Ce travail doit donc commencer d&#232;s la 6&#232;me, en m&#234;me temps que se fait le travail sur le d&#233;cryptage du sens litt&#233;ral. La progressivit&#233; de l'apprentissage doit consister &#224; amener les &#233;l&#232;ves &#224; une autonomie de lecture analytique de plus en plus grande, au fur et &#224; mesure de la scolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q &#8722; Dans quelles conditions l'enseignement du fran&#231;ais peut-il s'inscrire dans des d&#233;marches pluridisciplinaires sans renoncer &#224; ses sp&#233;cificit&#233;s, sans &#234;tre instrumentalis&#233; et r&#233;duit &#224; un pur outil de communication ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pluridisciplinarit&#233; n'a de sens que si les &#233;l&#232;ves ont d&#233;j&#224; acquis des savoirs disciplinaires des diff&#233;rentes disciplines en jeu. L'int&#233;r&#234;t de l'activit&#233; pluridisciplinaire peut &#234;tre, si elle est bien men&#233;e (ce qui est tr&#232;s difficile), de faire mieux comprendre les sp&#233;cificit&#233;s de chaque discipline. Il ne peut pas s'agir de m&#233;langer des savoirs mais de les confronter. Les exp&#233;riences men&#233;es jusque l&#224; n'ont pas &#233;t&#233; tr&#232;s concluantes, il faut l'avouer ! Le fran&#231;ais est souvent r&#233;duit au r&#244;le de &#171; correcteur d'orthographe &#187; ou de &#171; contr&#244;leur de maitrise de la langue &#187;. Il est rarement question de litt&#233;rature ou m&#234;me de lecture. Il pourrait &#234;tre cependant int&#233;ressant, de fa&#231;ons ponctuelles, de mettre en place des activit&#233;s permettant aux &#233;l&#232;ves de comprendre, par exemple, qu'analyser un texte dans un objectif litt&#233;raire n'est pas la m&#234;me chose que l'analyser d'un point de vue historique ou que le regard d'un litt&#233;raire sur un film n'est pas le m&#234;me que le regard d'un sp&#233;cialiste de l'image comme le professeur d'arts plastiques. Evidemment cela demanderait une autre formation des enseignants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q &#8722; Est-il pertinent de construire l'enseignement du fran&#231;ais autour de questionnements &#224; partir d'entr&#233;es telles que celles que proposent les nouveaux programmes : &#8220;se chercher, se construire&#8221;, &#8220;vivre en soci&#233;t&#233;, participer &#224; la soci&#233;t&#233;&#8221;, &#8220;regarder le monde, inventer des mondes&#8221; et &#8220; agir sur le monde&#8221;, au lieu de centrer l'&#233;tude sur la valeur et les sp&#233;cificit&#233;s intrins&#232;ques aux oeuvres et de favoriser les rep&#232;res culturels et historiques ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je scinderais cette question en deux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Est-il pertinent de construire l'enseignement du fran&#231;ais autour de questionnements ou plus exactement de probl&#233;matiques, plut&#244;t qu'autour d'un classement des textes en fonction du genre ou des mouvements litt&#233;raires ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a certainement aucune formule magique pour permettre aux &#233;l&#232;ves d'acc&#233;der &#224; une lecture analytique, interpr&#233;tative autonome des textes litt&#233;raires ! L'entr&#233;e par genres, qui est la r&#232;gle dans les programmes de coll&#232;ge depuis fort longtemps, comme l'entr&#233;e par p&#233;riodes n'ont pas permis de faire acqu&#233;rir aux &#233;l&#232;ves une r&#233;elle culture litt&#233;raire. Chacun le constate en faisant passer l'&#233;preuve orale du bac ! L'entr&#233;e par probl&#233;matiques, qui est le principe retenu dans le programme des s&#233;ries professionnelles, a l'avantage de mettre en avant le fait qu'un texte litt&#233;raire &#171; parle &#187; au lecteur de sujets qui le concernent. Cela suffit-il toutefois &#224; assurer la maitrise de l'interpr&#233;tation ? Certainement pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renouveler la structure du programme peut avoir un int&#233;r&#234;t, celui de redonner un &#233;lan &#224; une discipline qui en manque singuli&#232;rement. Mais cette entr&#233;e par probl&#233;matiques doit permettre d'&#233;tudier les textes pour ce qu'ils disent et comment ils le disent. Cela passe &#233;videmment par l'&#233;tude des genres, des registres, du contexte litt&#233;raire, historique et culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Les entr&#233;es propos&#233;es par le nouveau programme de coll&#232;ge sont-elles pertinentes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces entr&#233;es du programme ont un d&#233;faut majeur, celui de n'&#234;tre absolument pas litt&#233;raires. Elles risquent donc d'avoir pour cons&#233;quence de faire passer au second plan (au mieux !) les caract&#233;ristiques litt&#233;raires du texte &#233;tudi&#233; et de ne le r&#233;duire &#224; son aspect &#171; soci&#233;tal &#187; ou &#171; citoyen &#187;&#8230; D'autres questionnements auraient pu &#234;tre beaucoup plus pertinents, &#224; condition qu'ils permettent de poser des probl&#233;matiques litt&#233;raires, comme celles que le SNES avait propos&#233; au moment de l'&#233;laboration du programme : &#171; A quoi sert la peur en litt&#233;rature ? &#187; (&#224; la place &#171; des monstres aux limites de l'humain &#187;), &#171; Comment le th&#233;&#226;tre met-il en &#233;vidence les difficult&#233;s et la richesse de la vie en soci&#233;t&#233; ? &#187; (&#224; la place de &#171; avec autrui : familles, amis, r&#233;seaux &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette entr&#233;e par probl&#233;matiques pourrait permettre de sortir d'un trop grand &#171; technicisme &#187; souvent reproch&#233; &#224; la lecture analytique et, en m&#234;me temps, de ne pas en rester au fameux &#171; ressenti &#187; sur le texte ( tr&#232;s &#224; la mode en ce moment ! ). L'objectif reste l'interpr&#233;tation du texte &#224; l'aide de l'analyse des proc&#233;d&#233;s d'&#233;criture notamment. Le choix d'une probl&#233;matique permet de confronter plusieurs textes pour en percevoir les regards diff&#233;rents sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion &lt;/strong&gt; : Tout cela n'est possible que si le temps d'apprentissage et les conditions sont favorables. Ainsi, 6h de fran&#231;ais sont n&#233;cessaires en 6&#232;me et 5h dans les trois niveaux suivants. Cet horaire doit comporter un volume suffisant en demi classe : au moins 2h en 6&#232;me et 1 &#224; 2h pour les niveaux suivants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel enseignement du fran&#231;ais et de la litt&#233;rature au lyc&#233;e ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La question de la langue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;faut de maitrise de la langue &#233;crite est la principale difficult&#233; des &#233;l&#232;ves en d&#233;but de lyc&#233;e. Confront&#233;s &#224; des exercices nouveaux d'argumentation et de r&#233;flexion, ils sont d&#233;munis. De m&#234;me, la compr&#233;hension de textes de r&#233;flexion contemporains (articles de fond de la presse quotidienne) leur est souvent inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; Faut-il faire en second cycle des exercices de grammaire et d'orthographe ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est manifeste que le besoin existe mais les moyens n'y sont pas ! En particulier pour les &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques, comme pour les &#233;tudiants de BTS issus de bac professionnel. L'enseignement de la langue doit se poursuivre en lyc&#233;e, y compris avec un apprentissage explicite des faits de langue, n&#233;cessaire pour analyser les proc&#233;d&#233;s d'&#233;criture des textes &#233;tudi&#233;s. En revanche, les &#171; exercices &#187; syst&#233;matiques, de type &#171; Bled &#187;, ne sont pas d'une grande utilit&#233;. Dans l'optique d'un apprentissage progressif de la grammaire, il parait raisonnable de penser qu'en lyc&#233;e, la grammaire s'&#233;tudie en lien avec la stylistique, ce qui n'est pas forc&#233;ment le cas en coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, il faut augmenter le temps d&#233;volu au fran&#231;ais et am&#233;liorer les conditions d'enseignement : 5h en 2de dont au moins 1h en demi classe, 4h en 1&#232;res g&#233;n&#233;rales dont 1h d&#233;doubl&#233;e et 5h dont 1h d&#233;doubl&#233;e en s&#233;ries technologiques. Sans ces moyens, il est illusoire de penser que le cours de fran&#231;ais pourra &#224; la fois permettre d'assurer l'apprentissage de la langue, faire acqu&#233;rir un niveau correct en argumentation &#233;crite et orale, initier &#224; la lecture litt&#233;raire autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; Quelles autres pratiques &#233;crites, quels autres exercices sur la langue que les exercices de baccalaur&#233;at, peut-on proposer aux &#233;l&#232;ves ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exercices actuels du baccalaur&#233;at ne sont plus adapt&#233;s &#224; ce que les &#233;l&#232;ves moyens peuvent faire, au vu du nombre d'heures de fran&#231;ais qu'ils ont dans leur scolarit&#233;. L'exercice du commentaire demande non seulement une technique mais une culture litt&#233;raire que les &#233;l&#232;ves ne peuvent pas acqu&#233;rir &#224; l'&#233;cole dans le temps imparti. Il en est de m&#234;me pour l'&#233;criture d'invention, qui demande d'avoir beaucoup lu pour avoir des &#171; mod&#232;les &#187; &#224; &#171; imiter &#187;. Cet exercice est tr&#232;s discriminant socialement et culturellement, force est de le constater.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fait la dissertation qui est, paradoxalement, l'exercice le plus accessible, y compris pour les &#233;l&#232;ves de s&#233;ries technologiques, parce qu'il prend appui sur les objets d'&#233;tude au programme et que le sujet s'accompagne d'un corpus d'appui. La &#171; technique &#187; n'en est pas tr&#232;s difficile et on pourrait all&#233;ger son &#171; formalisme &#187;. La plus grande difficult&#233; est d'apprendre &#224; probl&#233;matiser et argumenter, et c'est justement ce que le lyc&#233;en a &#224; apprendre dans plusiuers disciplines (histoire, SES, philosophie et m&#234;me SVT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, actuellement, le commentaire fait doublon avec l'&#233;preuve orale qui est aussi un exercice de lecture litt&#233;raire. Une suggestion pourrait &#234;tre de transformer l'&#233;preuve orale en lecture sur un passage non vu en classe d'une des &#339;uvres compl&#232;tes &#233;tudi&#233;es et de supprimer ou transformer le commentaire. Pourquoi ne pas le remplacer par un exercice de lecture analytique, plus guid&#233; par des questions pr&#233;alables, s'appuyant sur une analyse des faits de langue, sur la stylistique, pour mener &#224; une interpr&#233;tation personnelle ? On pourrait aussi penser &#224; un exercice d'&#233;criture argumentative, ce que l'&#233;criture d'invention n'est plus (voir question suivante).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; Peut-on penser &#224; des exercices sur la langue de la r&#233;flexion, l'apprentissage de la pens&#233;e claire, en prop&#233;deutique &#224; la philosophie ? Du type plan et r&#233;sum&#233; d'un texte d'id&#233;es ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Q &#8722; Ne faut-il pas pr&#233;parer les &#233;l&#232;ves &#224; de l'&#233;criture fonctionnelle, &#224; de l'&#233;criture synth&#233;tique, comme en demandent nombre de fili&#232;res de grandes &#233;coles ou de mast&#232;res ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de r&#233;pondre &#224; ces deux questions en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exercice du r&#233;sum&#233;, qui existait il y a d&#233;j&#224; longtemps, avait aussi ses d&#233;fauts, notamment un trop grand formalisme qui aboutissait souvent &#224; des r&#233;sultats tr&#232;s d&#233;cevants. L'exercice de la note de synth&#232;se serait peut-&#234;tre plus pertinent. On pourrait aussi faire travailler les &#233;l&#232;ves &#224; partir d'articles de presse sp&#233;cialis&#233;e en sciences humaines. Il ne s'agit pas d'une prop&#233;deutique &#224; la philosophie, mais d'un travail de r&#233;flexion et d'expression qui ouvre sur le monde contemporain. Un travail sp&#233;cifique est aussi &#224; faire en mati&#232;re de vocabulaire pour pouvoir aborder ces textes argumentatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La question des connaissances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exercices de l'examen de fran&#231;ais (lecture analytique, commentaire compos&#233; et dissertation) combinent comme en philosophie deux niveaux d'apprentissage : un premier niveau cognitif, de connaissances litt&#233;raires, rh&#233;toriques, historiques et m&#233;thodologiques indispensables aux exercices, un second niveau cr&#233;atif, de conception d'une pens&#233;e personnelle (contrairement aux autres mati&#232;res, qui demandent seulement, de fa&#231;on explicite, le premier niveau : la manipulation et la mise en &#339;uvre de connaissances).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; Ne faudrait-il pas &#233;laborer un exercice qui ne soit pas de second degr&#233; ?	&lt;br class='autobr' /&gt;
Q &#8722; Comment &#233;valuer les connaissances de premier degr&#233;, ind&#233;pendamment de ces exercices de pens&#233;e &#233;labor&#233;e ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; ces deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est effectivement &#233;trange que le fran&#231;ais soit la seule discipline dans laquelle &#171; apprendre ses le&#231;ons &#187; soit jug&#233; inutile ou m&#233;diocre ou m&#234;me m&#233;prisable ! Cette v&#233;rification explicite des contenus appris pourrait faire l'objet d'une partie de l'&#233;preuve orale, &#224; partir du texte propos&#233; &#224; l'&#233;tude. On pourrait imposer 3 questions obligatoires &#224; l'entretien, par exemple, sur les domaines suivants : orthographe ou syntaxe, proc&#233;d&#233;s de style, connaissances sur la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La question de la culture litt&#233;raire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; Les programmes actuels ont-ils r&#233;gl&#233; la question de la culture des &#171; h&#233;ritiers &#187; ? Ce d&#233;bat n'est-il pas d&#233;pass&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement ils ne l'ont pas r&#233;gl&#233; mais il est loin d'&#234;tre d&#233;pass&#233; ! Cette question ne pourra pas &#234;tre r&#233;gl&#233;e par le seul changement des programmes de 2de et 1&#232;re. Les pr&#233;-requis, surtout en mati&#232;re de contenu culturel, ne se construisent pas en une ou deux ann&#233;es. Ce qui n'est plus enseign&#233; en primaire et en coll&#232;ge, faute de temps notamment, p&#232;se consid&#233;rablement sur les capacit&#233;s et connaissances des &#233;l&#232;ves en fin de 1&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour apporter &#224; tous les &#233;l&#232;ves la m&#234;me culture (en qualit&#233;), il faut y consacrer le temps n&#233;cessaire tout au long de la scolarit&#233; et avoir les m&#234;mes ambitions pour tous. Il faut donc d'abord changer les programmes du coll&#232;ge, revenir &#224; des programmes annuels, leur donner l'ambition n&#233;cessaire pour tous les &#233;l&#232;ves, sans distinction. Il est aussi indispensable de mieux former les enseignants du premier comme du second degr&#233;s pour pratiquer cette p&#233;dagogie d&#233;mocratisante. On en est tr&#232;s loin actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; Les programmes actuels r&#233;alisent-ils un &#233;quilibre entre le volet patrimonial et le volet contemporain ? Le lien entre le volet patrimonial et les &#233;l&#232;ves est-il assur&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;quilibre n'est pas assur&#233; par le programme qui laisse une part tr&#232;s faible, voire inexistante, &#224; la litt&#233;rature contemporaine. Le choix d'axer le programme sur l'histoire litt&#233;raire non seulement n'a rien r&#233;gl&#233; pour ce &#171; volet patrimonial &#187; mais a conduit &#224; une vision sch&#233;matique, caricaturale des mouvements litt&#233;raires. Les &#233;l&#232;ves tentent, &#224; toute force, de faire entrer le texte &#224; &#233;tudier dans un sch&#233;ma appris, quitte &#224; le tordre. Un texte litt&#233;raire riche, int&#233;ressant &#224; interpr&#233;ter, est justement celui, le plus souvent, qui se d&#233;gage des codes, des lignes impos&#233;es, des &#171; &#233;coles &#187;. Faire croire aux &#233;l&#232;ves que tout texte peut &#234;tre rang&#233; dans une case n'est pas tr&#232;s ambitieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; Comment faciliter l'acc&#232;s des &#233;l&#232;ves &#224; une culture litt&#233;raire &#224; laquelle tiennent les professeurs, culture qui leur apporte du sens et dont ils comprennent les enjeux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme au coll&#232;ge, la lecture des textes litt&#233;raires, anciens comme contemporains, doit &#234;tre le c&#339;ur de l'enseignement. L'&#233;tude de la langue, les exercices d'&#233;criture, la lecture de textes non litt&#233;raires viennent en appui de cette entr&#233;e dans la culture litt&#233;raire, un appui indispensable. Le programme de lecture du lyc&#233;e doit &#234;tre en lien, en prolongement, de celui du coll&#232;ge, puisque nous consid&#233;rons que tous les &#233;l&#232;ves de coll&#232;ge doivent poursuivre leur scolarit&#233; en lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que l'analyse litt&#233;raire permette aux &#233;l&#232;ves de donner du sens &#224; leur apprentissage, il faudrait orienter l'&#233;tude non sur un contenu formel, purement scolaire (au mauvais sens du terme), en lien seulement avec un classement des &#339;uvres (que ce soit par genres ou mouvements litt&#233;raires), mais sur l'apport de la litt&#233;rature pour voir, comprendre, lire le monde. Cependant pour acc&#233;der aux sens possibles de chaque texte, pour en analyser les &#171; secrets d'&#233;criture &#187;, il est n&#233;cessaire de donner les ressources aux &#233;l&#232;ves : proc&#233;d&#233;s d'&#233;criture, contexte historique et culturel, r&#233;f&#233;rences intertextuelles, etc. L'objectif qui doit guider les &#233;l&#232;ves dans leur &#233;tude ne doit pas &#234;tre d'&#233;tablir une classification des &#339;uvres et des textes, comme c'est souvent le cas actuellement. La litt&#233;rature dit le monde tel qu'il est, tel qu'il a &#233;t&#233;, tel que les artistes r&#234;vent qu'il sera ou devrait &#234;tre. C'est &#224; cette &#171; alchimie &#187; que nous devons initier les &#233;l&#232;ves si l'on souhaite leur permettre d'acc&#233;der &#224; une culture litt&#233;raire riche et signifiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut laisser le temps aux &#233;l&#232;ves de d&#233;couvrir la polys&#233;mie des textes litt&#233;raires, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'augmenter l'horaire de la discipline (voir plus haut) mais aussi de r&#233;duire le nombre d'objets d'&#233;tude. Penser pourvoir &#233;tudier un texte en 1h, comme cela est la consigne donn&#233;e depuis longtemps aux enseignants, est illusoire, ridicule et inefficace ! Apprendre aux &#233;l&#232;ves &#224; prendre le temps, &#224; faire des hypoth&#232;ses, les &#233;tudier, les valider ou les invalider est plus que jamais indispensable, dans notre soci&#233;t&#233; du toujours plus vite, qui privil&#233;gie le &#171; faire &#187; au &#171; bien faire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. La question de l'examen&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs de fran&#231;ais n'ont que deux ann&#233;es scolaires pour former les lyc&#233;ens, contrairement aux autres mati&#232;res (sauf la philosophie) qui en ont trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; Faut-il renoncer aux &#233;preuves anticip&#233;es de fin de Premi&#232;re, pour &#233;taler sur trois ans l'enseignement de lyc&#233;e ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait le r&#234;ve ! Mais cela signifierait une augmentation du nombre d'&#233;preuves en fin de terminale, &#224; moins de scinder oral et &#233;crit entre les deux ann&#233;es. Est-ce souhaitable ? Pas s&#251;r ! Plut&#244;t que de r&#233;partir l'enseignement du fran&#231;ais sur 3 ans, il serait pr&#233;f&#233;rable d'augmenter l'horaire en 2de et 1&#232;re (voir plus haut). C'est certainement aussi le plus faisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; Le baccalaur&#233;at p&#232;se-t-il trop sur l'enseignement du fran&#231;ais au lyc&#233;e ? Accorde-t-on trop de temps &#224; la lecture litt&#233;raire fine que r&#233;clame l'examen ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est inenvisageable de ne pas avoir une &#233;preuve au bac et &#224; partir du moment o&#249; elle existe, elle pilote l'apprentissage. C'est in&#233;vitable. En outre, l'apprentissage de la &#171; lecture litt&#233;raire fine &#187; est une n&#233;cessit&#233; si on veut donner du sens &#224; la discipline (voir plus haut). Pour que tout le temps ne soit pas exclusivement occup&#233; par cette activit&#233;, il faut augmenter l'horaire. On en revient toujours &#224; la m&#234;me n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; Les exercices du baccalaur&#233;at sont-ils pertinents ? Correspondent-ils &#224; une bonne formation des &#233;l&#232;ves ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne sont plus pertinents au regard de ce que les &#233;l&#232;ves sont capables de faire, en fonction du temps imparti tout au long de leur scolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre probl&#232;me est que l'&#233;preuve orale fait doublon avec l'&#233;preuve &#233;crite, dans la mesure o&#249; plus de 70% des candidats choisissent le commentaire. Il faut donc, si l'on veut maintenir oral ET &#233;crit, modifier ces &#233;preuves (voir suggestions plus haut). L'oral pourrait ne porter que sur des extraits des &#339;uvres compl&#232;tes, ce qui permettrait d'&#233;tudier d'une mani&#232;re moins formelle les autres textes, servant notamment de support &#224; l'apprentissage de l'&#233;preuve &#233;crite. Lors de l'entretien, 3 questions de &#171; cours &#187; pourraient permettre d&#233;valuer la maitrise de la langue et des notions litt&#233;raires au programme (voir plus haut). L'&#233;preuve &#233;crite devrait comporter moins d'exercices car l'apprentissage de toutes ces m&#233;thodes encombre aussi l'horaire de fran&#231;ais de techniques rarement acquises en fin de 1&#232;re. L'exercice de la dissertation, avec l'appui d'un corpus, est &#224; garder parce qu'il est le plus pertinent et le plus accessible (voir plus haut). Le choix pourrait &#234;tre donn&#233; avec un exercice d'&#233;criture argumentative, &#224; la suite de questions d'interpr&#233;tation sur un texte litt&#233;raire ou non. Le texte non litt&#233;raire pourrait &#234;tre privil&#233;gi&#233; pour les s&#233;ries technologiques, dans la mesure o&#249; l'oral porterait forc&#233;ment sur des &#339;uvres compl&#232;tes litt&#233;raires, le texte litt&#233;raire pour les s&#233;ries g&#233;n&#233;rales, le sujet prenant alors la forme d'un &#171; commentaire guid&#233; &#187; (voir plus haut).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; La pratique de l'oral, en vue de l'&#233;preuve de baccalaur&#233;at, n&#233;cessite-t-elle un entra&#238;nement sp&#233;cifique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, l'entrainement mais aussi l'apprentissage de la m&#233;thode, de la langue &#224; utiliser, de la posture sont indispensables. C'est une des raisons pour lesquelles il est indispensable d'avoir, dans l'horaire de fran&#231;ais, des temps en demi classe, voire en plus petit groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Q &#8722; Les &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques doivent-ils recevoir un enseignement sp&#233;cifique, diff&#233;rent de celui des &#233;l&#232;ves de s&#233;ries g&#233;n&#233;rales ? Doivent-ils, comme actuellement, avoir un horaire de fran&#231;ais moindre ? Les &#233;preuves de l'examen leur correspondent-elles ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;ponses &#224; cette question ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; donn&#233;es pr&#233;c&#233;demment. Pour pr&#233;ciser, je dirais qu'il faut certainement des pratiques et une progression diff&#233;rentes mais une vis&#233;e identique. Dans l'optique d'un enseignement d&#233;mocratisant, il ne serait pas acceptable d'avoir moins d'ambition pour ces &#233;l&#232;ves, notamment ne ce qui concerne la culture litt&#233;raire. Mais ils ont aussi, souvent, plus de besoins, en mati&#232;re de maitrise de la langue, d'apprentissage de l'argumentation, de lecture des textes non litt&#233;raires. Il faut donc des pratiques plus progressives et une dur&#233;e augment&#233;e. C'est pour cela que je pr&#233;conisais un horaire de 5h en 1&#232;re (contre 4h en s&#233;ries g&#233;n&#233;rales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#233;preuves d'examen, la diff&#233;renciation pourrait porter sur le type de textes propos&#233;s pour l'&#233;preuve &#233;crite d'argumentation : textes de sciences humaines plut&#244;t que textes litt&#233;raires, de mani&#232;re &#224; initier &#224; l'analyse de ces textes, en pr&#233;vision du cours de philosophie de l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur l'apprentissage de la grammaire : entre &#034;le concret&#034; et &#034;l'abstrait&#034;</title>
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		<dc:date>2017-02-25T18:31:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lidia Lebas</dc:creator>



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&lt;p&gt;[On lira ci-dessous la contribution de Lidia Lebas, linguiste, &#224; la pr&#233;paration du s&#233;minaire GRDS du 3 mars 2017 sur l'enseignement du fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole primaire. Cette contribution concerne l'apprentissage de la grammaire. Partant de la n&#233;cessit&#233; de r&#233;concilier les &#233;l&#232;ves (et les enseignants) avec ce domaine d'&#233;tude, elle interroge les moyens de r&#233;concilier &#224; cette fin la langue en tant qu'objet d'&#233;tude avec la langue en tant que moyen de communication, et illustre son propos avec des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/arton249-ed9af.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[On lira ci-dessous la contribution de Lidia Lebas, linguiste, &#224; la pr&#233;paration du s&#233;minaire GRDS du 3 mars 2017 sur l'enseignement du fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole primaire. Cette contribution concerne l'apprentissage de la grammaire. Partant de la n&#233;cessit&#233; de r&#233;concilier les &#233;l&#232;ves (et les enseignants) avec ce domaine d'&#233;tude, elle interroge les moyens de r&#233;concilier &#224; cette fin la langue en tant qu'objet d'&#233;tude avec la langue en tant que moyen de communication, et illustre son propos avec des exemples pris dans les manuels les plus r&#233;cents.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'annonce du s&#233;minaire &#171; Quel enseignement du fran&#231;ais dans une &#233;cole d&#233;mocratique ? &#187;, le GRDS stipule que &#171; l'enseignement de la grammaire [&#8230;] est aussi, pour les &#233;l&#232;ves, la premi&#232;re entr&#233;e, et par l&#224;, une pr&#233;paration, &#224; la r&#233;flexion abstraite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extrait suivant de l'ouvrage de Lev Vygotski, &lt;i&gt;Pens&#233;e et langage&lt;/i&gt;, permet de comprendre que le langage &#233;crit, celui qui sert d'acc&#232;s &#224; la r&#233;flexion grammaticale, est dot&#233; lui-m&#234;me d'un &#171; caract&#232;re abstrait &#187;. Par cons&#233;quent, les processus impliqu&#233;s dans l'enseignement-apprentissage de la grammaire peuvent &#234;tre vus comme consistant &#224; &#171; abstraire &#187; (des connaissances m&#233;talinguistiques) &#224; partir de &#171; l'abstrait &#187; (que constitue le texte &#233;crit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme le montrent les recherches, ce caract&#232;re abstrait du langage &#233;crit, le fait que ce langage est seulement pens&#233; et non prononc&#233; repr&#233;sente justement l'une des plus grandes difficult&#233;s que rencontre l'enfant dans le processus de ma&#238;trise de l'&#233;criture. [&#8230;] Le langage &#233;crit, nous apprend ensuite la recherche, est plus abstrait que le langage oral sous un autre rapport encore. &lt;strong&gt;C'est un discours sans interlocuteur, situation verbale tout &#224; fait inhabituelle pour l'enfant.&lt;/strong&gt; Le langage &#233;crit implique une situation dans laquelle celui &#224; qui est adress&#233; le discours soit est totalement absent, soit ne se trouve pas en contact avec celui qui &#233;crit. C'est un discours-monologue, une conversation avec une feuille blanche de papier, avec un interlocuteur imaginaire ou seulement figur&#233;, alors que la situation du langage oral est toujours celle de la conversation. &lt;strong&gt;Le langage &#233;crit implique une situation qui exige de l'enfant une double abstraction : celle de l'aspect sonore du langage et celle de l'interlocuteur. &lt;/strong&gt; L'investigation montre que &lt;strong&gt;c'est l&#224; la seconde difficult&#233; majeure que rencontre l'&#233;colier pour ma&#238;triser le langage &#233;crit&lt;/strong&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est moi qui souligne, L. L.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vygotski, L. (1997), Pens&#233;e et langage (trad. Fran&#231;oise S&#232;ve, &#339;uvre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose est de savoir s'il est possible d'acc&#233;der r&#233;ellement au sens d'un texte &#233;crit, y compris d'une phrase servant &#224; illustrer une ou des formes grammaticales, en faisant abstraction de la relation interlocutive (relation entre le locuteur et l'interlocuteur), qui est sous-jacente &#224; tout acte de communication. Autrement dit, peut-on r&#233;ellement comprendre le sens d'une phrase sans savoir ou imaginer qui la dit ou &#233;crit, &#224; qui et dans quelle situation ? Si la r&#233;ponse &#224; cette question est non, il en d&#233;coule alors que la r&#233;flexion sur la langue, en vue du d&#233;veloppement de connaissances m&#233;talinguistiques, ne peut pas se faire efficacement sans &#233;tablir des liens avec le &#171; r&#233;el &#187; ou le &#171; concret &#187; de la communication. Car comment d&#233;velopper des concepts &#224; partir de donn&#233;es dont le sens &#233;chappe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre apport de Vygotski &#224; ce sujet est l'id&#233;e selon laquelle le concept est destin&#233; &#224; servir &#224; quelque chose, ce qui en fait une entit&#233; qui n'est pas aussi abstraite que cela, si par &#171; abstrait &#187; on comprend &#171; s&#233;par&#233; du monde ext&#233;rieur &#187; (cf. l'une des d&#233;finitions du mot &#171; abstrait &#187; dans &lt;i&gt;Le Grand Robert&lt;/i&gt;). En effet, en suivant le psychologue allemand N. Ach, Vygotski insiste sur le fait que &#171; &lt;strong&gt;le concept ne vit pas isol&#233;ment et qu'il n'est pas une formation fig&#233;e, immuable mais qu'au contraire il est toujours impliqu&#233; dans un processus vivant, plus ou moins complexe de la pens&#233;e, qu'il a toujours telle ou telle fonction de communication, d'attribution de sens, de compr&#233;hension, de r&#233;solution d'un probl&#232;me quelconque&lt;/strong&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vygotski, ibid., p. 192.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en d&#233;duire que, de m&#234;me que pour tout autre concept, un concept grammatical devrait pouvoir servir &#224; une pratique ou r&#233;flexion qui tend vers le &#171; r&#233;el &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'extrait suivant, Vygotski oppose &#171; la ma&#238;trise d'une connaissance vivante &#187; &#224; &#171; l'assimilation de sch&#233;mas verbaux vides et morts &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'exp&#233;rience p&#233;dagogique nous apprend, non moins que la recherche th&#233;orique, que &lt;strong&gt;l'enseignement direct de concepts s'av&#232;re toujours pratiquement impossible et p&#233;dagogiquement sans profit&lt;/strong&gt;. Le ma&#238;tre qui tente de suivre cette voie n'obtient habituellement rien d'autre qu'une vaine assimilation des mots, un pur verbalisme, simulant et imitant chez l'enfant l'existence des concepts correspondants mais masquant en r&#233;alit&#233; le vide. L'enfant assimile alors non pas des concepts mais des mots, il acquiert par la m&#233;moire plus que par la pens&#233;e et s'av&#232;re impuissant d&#232;s qu'il s'agit de tenter d'employer &#224; bon escient la connaissance assimil&#233;e. Au fond de cette fa&#231;on d'enseigner les concepts est pr&#233;cis&#233;ment le d&#233;faut fondamental de la m&#233;thode d'enseignement condamn&#233;e par tous, purement scolastique, purement verbale, &lt;strong&gt;qui substitue &#224; la ma&#238;trise d'une connaissance vivante l'assimilation de sch&#233;mas verbaux vides et morts&lt;/strong&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vygotski, ibid., p. 276.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'observent des chercheurs-formateurs en France et dans d'autres pays francophones, l'enseignement-apprentissage de la grammaire se heurte &#224; des difficult&#233;s s&#233;rieuses, que certains auteurs n'h&#233;sitent pas &#224; qualifier de &#171; crise &#187; ou d'&#171; impasse &#187;. Ainsi, par exemple, trois auteurs suisses impliqu&#233;s dans la formation des enseignants de fran&#231;ais du secondaire, dressent le bilan suivant de la pratique enseignante (en t&#233;moignant implicitement d'une certaine impuissance en tant que formateurs) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; l'enseignement de la grammaire est un &#034;domaine critique pour les enseignants d&#233;butants&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Garcia-Debanc, C. (2009), &#034;Quand les enseignants d&#233;butants enseignent la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : les savoirs &#224; enseigner sont anciens, peu assur&#233;s ou incomplets ; les savoirs pour enseigner sont pratiquement absents, prisonniers des manuels ou des souvenirs d'&#233;cole &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gagnon, R., &#201;rard, S., Laenzlinger, C. (2015), &#034;Penser l'enseignement du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs ajoutent le constat suivant, concernant les probl&#232;mes li&#233;s &#224; la pratique et &#224; la motivation des enseignants, pour lesquels on peut &#234;tre certain qu'ils influent n&#233;gativement sur la motivation des &#233;l&#232;ves et sur leur apprentissage :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;strong&gt;Les enseignants peinent &#224; articuler et &#224; int&#233;grer les activit&#233;s grammaticales &#224; l'int&#233;rieur d'activit&#233;s de communication et font souvent de la grammaire de fa&#231;on d&#233;tach&#233;e et hors contexte&lt;/strong&gt;. La motivation &#224; apprendre et &#224; enseigner chez les form&#233;s est faible, ce qui fait que peu s'inscrivent dans les approches renouvel&#233;es visant &#224; dynamiser l'enseignement de la grammaire, c'est-&#224;-dire &#224; lui donner le sens et la place qui est la sienne dans la discipline scolaire du fran&#231;ais. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gagnon, &#201;rard &amp; Laenzlinger, ibid.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se trouve &#233;voqu&#233;e indirectement dans cette citation la conception didactique, que les enseignants ne parviennent pas &#224; s'approprier, pr&#233;conisant la contextualisation de l'analyse et de la pratique grammaticale en classe et son int&#233;gration au sein d'activit&#233;s de communication dot&#233;es de sens. Or, il d&#233;coule des &#233;tudes comme celle de R. Gagnon, S. &#201;rard et C. Laenzlinger que ni les enseignants (ou futurs enseignants) ni les apprenants ne parviennent globalement &#224; faire le lien entre la grammaire et le discours, entre les valeurs pr&#233;conis&#233;es des formes grammaticales et la communication authentique o&#249; ces formes sont employ&#233;es. La grammaire semble &#234;tre per&#231;ue par tout le monde comme un savoir abstrait, d&#233;connect&#233; de la r&#233;alit&#233;, que l'on &#233;tudie parce que les programmes scolaires l'exigent. Se pose ainsi le probl&#232;me du sens, ou plut&#244;t du non-sens, de cet objet d'enseignement-apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les donn&#233;es dont nous disposons (suite &#224; l'analyse de manuels et &#224; nos recherches en linguistique) nous am&#232;nent &#224; postuler que les explications grammaticales propos&#233;es par les manuels, n'ayant pas beaucoup &#233;volu&#233; depuis la grammaire dite traditionnelle, ne refl&#232;tent pas suffisamment l'usage r&#233;el des formes en question lors de la communication authentique, que ce soit &#224; l'&#233;crit ou &#224; l'oral. Concernant ce dernier registre, on peut citer la question que posent J.-L. Chiss et J. David&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiss, J.-L.&amp; David, J. (2011), &#171; Didactique du fran&#231;ais et &#233;tude de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourquoi, dans les grammaires p&#233;dagogiques et parfois dans certaines grammaires de r&#233;f&#233;rence, apr&#232;s un si&#232;cle de linguistique, la question de la diff&#233;rence des marques linguistiques &#224; l'&#233;crit et &#224; l'oral n'est-elle pas int&#233;gr&#233;e ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le rappellent ces auteurs, &#171; &lt;strong&gt;il n'y a jamais eu de grammaire que par et pour l'enseignement&lt;/strong&gt; &#187;. On peut donc suspecter que l'objectif d'enseignement a fait perdre de vue l'objectif de description du fonctionnement r&#233;el de la langue, ce qui, &#224; son tour, a eu un effet p&#233;dagogique inverse de celui recherch&#233;, au niveau de la motivation pour l'enseignement-apprentissage grammatical et au niveau des r&#233;sultats de cet enseignement-apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate que la critique faite par M. Bakhtine en 1929 &#224; l'&#233;gard de &#171; l'objectivisme abstrait &#187; repr&#233;sent&#233; par la linguistique structurale, consistant &#224; lui reprocher de couper la description de la langue de sa pratique &#171; vivante &#187;, reste d'actualit&#233;, menant &#224; une &#171; crise &#187; dans le domaine didactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; la base des m&#233;thodes de r&#233;flexion linguistique qui d&#233;bouchent sur une construction de la langue comme syst&#232;me de formes normalis&#233;es, on trouve les proc&#233;dures pratiques et th&#233;oriques &#233;labor&#233;es &lt;strong&gt;pour l'&#233;tude des langues mortes&lt;/strong&gt;, qui se sont conserv&#233;es dans des documents &#233;crits. Cette approche philologique a &#233;t&#233; d&#233;terminante pour la pens&#233;e linguistique du monde europ&#233;en. Presque toutes les cat&#233;gories essentielles, les approches fondamentales et les pratiques de cette pens&#233;e ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es ainsi. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bakhtine, M. (Volochinov, V. N.) (2006), Le marxisme et la philosophie du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; part le fait que la m&#233;thode d'analyse linguistique (grammaticale) ait &#233;t&#233; inspir&#233;e de la description des langues mortes, en entrainant le d&#233;faut de couper les &#233;nonc&#233;s et les formes de leurs contextes communicatifs, ou du &#171; tout dynamique de la parole, de l'&#233;nonciation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 114&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'auteur pointe une autre raison expliquant le fait que les descriptions de la langue ne correspondent pas &#224; &#171; la r&#233;alit&#233; &#233;volutive et vivante de la langue et de ses fonctions sociales &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bakhtine, ibid., p. 118.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui rejoint la remarque de J.-L. Chiss et J. David cit&#233;e plus haut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le second probl&#232;me fondamental de la linguistique : cr&#233;er l'outillage indispensable &#224; l'acquisition de la langue d&#233;chiffr&#233;e, codifier cette langue dans le but de l'adapter aux besoins de la transmission scolaire, a marqu&#233; lourdement la pens&#233;e linguistique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bakhtine, ibid., p. 107.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que le linguiste ou le grammairien qui d&#233;crit une langue vivante (qui est souvent sa langue maternelle et qui est parl&#233;e et non pas seulement &#233;crite) l'aborde comme une langue &#171; morte-&#233;crite-&#233;trang&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bakhtine, ibid., p. 107.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ceci entra&#238;ne une autre cause qui contribue &#224; fausser l'analyse de la langue : le fait que &#171; l'attitude du linguiste est diam&#233;tralement oppos&#233;e &#224; l'attitude de compr&#233;hension vivante qui caract&#233;rise les sujets parlants dans un processus de communication verbale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bakhtine, ibid., p. 115.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il est important de rendre la grammaire &#171; vivante &#187;, en attachant les formes &#233;tudi&#233;es &#224; des &#233;nonciations contextualis&#233;es au lieu de se servir de phrases isol&#233;es. On peut observer que les auteurs des manuels modernes font des efforts consid&#233;rables dans ce sens. Des extraits de r&#233;cits, correspondant au genre discursif familier des enfants, sont bien adapt&#233;s &#224; l'&#233;tude de la langue ; l'utilisation de documents authentiques &#171; quotidiens &#187; peut &#234;tre int&#233;ressante &#233;galement. En analysant les manuels, on observe cependant que les efforts de contextualisation et d'authenticit&#233; m&#232;nent souvent &#224; des incoh&#233;rences, dans la mesure o&#249; les explications-conceptualisations grammaticales, qui n'ont pas, elles, &#233;t&#233; suffisamment modernis&#233;es, ne &#171; collent &#187; pas avec les emplois r&#233;els cit&#233;s. Il s'av&#232;re donc que, pour &#171; attacher &#187; les formes grammaticales &#224; des &#233;nonciations r&#233;elles, il est n&#233;cessaire de les &#171; d&#233;tacher &#187; de la grammaire traditionnelle, telle qu'elle a fait l'objet des critiques de M. Bakhtine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons prendre un exemple issu d'un nouveau manuel : &lt;i&gt;Fran&#231;ais cl&#233;s en main, CM1/CM2&lt;/i&gt;, Sedrap (&#224; para&#238;tre fin mars 2017), que nous avons pu consulter en ligne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la page 57, le manuel traite des notions de sujet et de verbe. Le texte de d&#233;part est un extrait du document &lt;i&gt;Les aventures de Pinocchio&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collection Classique en t&#234;te, Sedrap, 2014.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certains fragments y sont mis en &#233;vidence (couleur, soulignement), en vue d'exercices. Ainsi, la premi&#232;re proposition : &lt;i&gt;Le vieux menuisier se pr&#233;nommait Antonio&lt;/i&gt; fait l'objet de la consigne suivante : &#171; Dans la proposition en vert, rel&#232;ve le verbe conjugu&#233; et son sujet. Comment les as-tu trouv&#233;s ? &#187;. Les &#233;l&#232;ves sont cens&#233;s &#234;tre pr&#233;par&#233;s &#224; y r&#233;pondre gr&#226;ce &#224; l'exercice pr&#233;c&#233;dent qui est un questionnaire du type &#171; Vrai ou faux &#187;, dont le premier point est le suivant : &#171; Le sujet fait l'action exprim&#233;e par le verbe &#187;. La r&#233;ponse attendue est &#171; vrai &#187;, or si l'on s'appuie sur la phrase &lt;i&gt;Le vieux menuisier se pr&#233;nommait Antonio&lt;/i&gt;, on s'aper&#231;oit que cette r&#232;gle ne &#171; colle &#187; pas, car il serait absurde d'affirmer que le sujet &lt;i&gt;le vieux menuisier&lt;/i&gt; fasse une &#171; action &#187; consistant &#224; &lt;i&gt;se pr&#233;nommer Antonio&lt;/i&gt;. La r&#232;gle ne colle pas non plus vraiment pour les deux verbes soulign&#233;s dans la phrase suivante : &lt;i&gt;Quand il &lt;strong&gt;vit&lt;/strong&gt; la buche, un grand sourire &lt;strong&gt;illumina&lt;/strong&gt; son visage et il d&#233;cida de la transformer en pied de table&lt;/i&gt;. En effet, il ne semble pas appropri&#233; de qualifier d'&#171; action &#187; le fait de voir quelque chose, et il est encore moins appropri&#233; de consid&#233;rer que le sujet &lt;i&gt;un grand sourire &lt;/i&gt; fasse une &#171; action &#187; consistant &#224; &lt;i&gt;illuminer son visage&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; part les cas o&#249; les donn&#233;es (ou le r&#233;el du discours) ne &#171; collent &#187; pas avec la r&#232;gle (ou la conceptualisation propos&#233;e aux &#233;l&#232;ves), on trouve, dans les manuels, des cas o&#249; l'on se sert de donn&#233;es non authentiques pour s'assurer qu'elles soient conformes &#224; la r&#232;gle. C'est le cas, par exemple, dans le manuel &lt;i&gt;Fran&#231;ais cl&#233;s en main, CE1/CE2&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, aux pages 34-35, o&#249; il est question du &#171; groupe nominal &#187;. La r&#232;gle (ou conceptualisation) propos&#233;e est la suivante :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; L'association d'un &lt;strong&gt;d&#233;terminant&lt;/strong&gt; et d'un &lt;strong&gt;nom&lt;/strong&gt; forme un &lt;strong&gt;groupe nominal&lt;/strong&gt;. Parfois, on trouve dans un groupe nominal un troisi&#232;me mot qui peut &#234;tre supprim&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le support utilis&#233; pour illustrer la r&#232;gle est l'image d'un menu de restaurant avec, sur la page de gauche, un &#171; menu enfant &#187; et, sur la page de droite, un &#171; menu du jour &#187;, o&#249; tous les noms de plats sont accompagn&#233;s d'un article, comme ci-dessous :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_256 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L237xH212/image_25-4-1cb8e.png?1790689106' width='237' height='212' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;sentation ne nous semble pas correspondre &#224; la fa&#231;on dont est habituellement pr&#233;sent&#233; un menu, car les noms de plats sont normalement mentionn&#233;s sans articles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ce probl&#232;me d'authenticit&#233; des donn&#233;es linguistiques, la r&#232;gle elle-m&#234;me est sujette &#224; des critiques. Premi&#232;rement, elle ne pr&#233;voit pas de cas ou le &#171; groupe nominal &#187; est repr&#233;sent&#233; par un nom sans d&#233;terminant, comme, par exemple, dans les vrais menus de restaurant (mais la question que l'on peut poser alors &#224; la grammaire est de savoir s'il est logique de qualifier de &#171; groupe &#187; un seul &#233;l&#233;ment ; la linguistique pr&#233;f&#232;re le terme plus abstrait de &#171; syntagme &#187;). Deuxi&#232;mement, la r&#232;gle ne fait pas remarquer les relations hi&#233;rarchiques et fonctionnelles au sein du groupe nominal, c'est-&#224;-dire le fait que son &#233;l&#233;ment principal est le nom, celui-ci pouvant &#234;tre &#171; compl&#233;t&#233; &#187; par un autre &#233;l&#233;ment (d&#233;terminant, adjectif&#8230;). Troisi&#232;mement, elle ne pr&#233;voit pas la pr&#233;sence d'un compl&#233;ment du nom, ex. &lt;i&gt;filet de b&#339;uf&lt;/i&gt; (sans aller jusqu'&#224; reprocher, par exemple, l'absence d'appositions nominales comme dans &lt;i&gt;yaourt nature&lt;/i&gt;&#8230;). Et enfin, la remarque sur la &#171; suppression &#187; d'un &#171; troisi&#232;me mot &#187; est purement structurale et communicativement infond&#233;e, dans la mesure o&#249; communiquer ne consiste pas &#224; ajouter ou &#224; supprimer des mots. Elle illustre bien le fait que la grammaire consid&#232;re les structures linguistiques comme des &#171; objets &#187;, qui existent en soi et non pas &#224; travers les &#233;nonc&#233;s que des locuteurs produisent et que des interlocuteurs interpr&#232;tent, et qui peuvent donc &#234;tre &#171; manipul&#233;s &#187; ou &#171; d&#233;mont&#233;s &#187; tout comme des objets mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rapide analyse de deux extraits de manuels de fran&#231;ais tr&#232;s r&#233;cents permet de montrer que, m&#234;me si des progr&#232;s ont &#233;t&#233; faits pour contextualiser la grammaire, il reste encore beaucoup de place pour l'am&#233;lioration, aussi bien du c&#244;t&#233; de la grammaire que de la didactique, en vue de r&#233;concilier la langue en tant qu'objet d'&#233;tude avec la langue en tant que moyen de communication, et, par l&#224; m&#234;me, de r&#233;concilier les &#233;l&#232;ves (et les enseignants ou futurs enseignants) avec l'&#233;tude de la langue. C'est &#224; cette condition que cette &#233;tude pourra devenir r&#233;ellement et efficacement &#171; une pr&#233;paration &#224; la r&#233;flexion abstraite &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est moi qui souligne, L. L.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vygotski, L. (1997), &lt;i&gt;Pens&#233;e et langage&lt;/i&gt; (trad. Fran&#231;oise S&#232;ve, &#339;uvre originale parue en 1933), Paris, La Dispute, p. 339.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vygotski, ibid., p. 192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vygotski, ibid., p. 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Garcia-Debanc, C. (2009), &#034;Quand les enseignants d&#233;butants enseignent la relation sujet/verbe &#224; la fin de l'&#233;cole primaire&#034;, dans Dolz, J. &amp; Simard, C., &lt;i&gt;Pratiques d'enseignement grammatical. Points de vue de l'enseignant et de l'&#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec, Presses de l'universit&#233; Laval.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gagnon, R., &#201;rard, S., Laenzlinger, C. (2015), &#034;Penser l'enseignement du temps et de l'aspect en fran&#231;ais au secondaire. Cauchemar en jaune ?&#034;, &lt;i&gt;SCOLAGRAM&lt;/i&gt;, Revue de Didactique de la Grammaire, n&#176; 1, &lt;i&gt;Enseigner/apprendre les oppositions aspectuelles&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://scolagram.u-cergy.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://scolagram.u-cergy.fr&lt;/a&gt;, p. 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gagnon, &#201;rard &amp; Laenzlinger, ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chiss, J.-L.&amp; David, J. (2011), &#171; Didactique du fran&#231;ais et &#233;tude de la langue &#187;, &lt;i&gt;Le fran&#231;ais aujourd'hui&lt;/i&gt; 5/2011 (n&#176; HS01), Paris, Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bakhtine, M. (Volochinov, V. N.) (2006), Le marxisme et la philosophie du langage. Essai d'application de la m&#233;thode sociologique en linguistique, Paris, Les &#201;ditions de Minuit (traduction par M. Yaguello, &#339;uvre originale parue en 1929), p. 104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 114&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bakhtine, ibid., p. 118.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bakhtine, ibid., p. 107.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bakhtine, ibid., p. 107.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bakhtine, ibid., p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.sedrap.fr/flipbook/CONTENT/Francais_cles_en_main_CM1_CM2/#7/z&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sedrap.fr/flipbook/CONTENT/Francais_cles_en_main_CM1_CM2/#7/z&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Collection &lt;i&gt;Classique en t&#234;te&lt;/i&gt;, Sedrap, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.sedrap.fr/flipbook/HTML/CEMML0506/index.html#36&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sedrap.fr/flipbook/HTML/CEMML0506/index.html#36&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel enseignement du fran&#231;ais et de la litt&#233;rature au lyc&#233;e ? </title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article245</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article245</guid>
		<dc:date>2017-02-17T11:05:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Cecille, Agn&#232;s Joste </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[On lira ci-dessous, en r&#233;ponse aux questions pr&#233;paratoires &#224; la s&#233;ance du 17 mars 2017 du s&#233;minaire du GRDS, les r&#233;flexions et propositions de r&#233;forme des contenus de deux professeurs de fran&#231;ais, concernant l'enseignement de leur discipline au lyc&#233;e. Leur contribution traite successivement de (1) la question de la langue, de (2) celle de la culture litt&#233;raire, et enfin de (3) la transmission du patrimoine. Rappelons que la s&#233;ance du 17 mars permettra &#233;galement de d&#233;battre de l'enseignement (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Pour une refonte des contenus&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH105/arton245-2afbc.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[On lira ci-dessous, en r&#233;ponse aux questions pr&#233;paratoires &#224; la &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/ecrire/?exec=article&amp;id_article=241&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s&#233;ance du 17 mars 2017&lt;/a&gt; du s&#233;minaire du GRDS, les r&#233;flexions et propositions de r&#233;forme des contenus de deux professeurs de fran&#231;ais, concernant l'enseignement de leur discipline au lyc&#233;e. Leur contribution traite successivement de (1) la question de la langue, de (2) celle de la culture litt&#233;raire, et enfin de (3) la transmission du patrimoine. Rappelons que la s&#233;ance du 17 mars permettra &#233;galement de d&#233;battre de l'enseignement du fran&#231;ais au coll&#232;ge (se rapporter &#224; cet &#233;gard &#224; la contribution de &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article243&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Virginie Blanchet et V&#233;ronique Marchais&lt;/a&gt;).]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Pratique de la langue &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faut-il faire en second cycle des exercices de grammaire et d'orthographe ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;faut de ma&#238;trise de la langue &#233;crite est la principale difficult&#233; des &#233;l&#232;ves en d&#233;but de lyc&#233;e. Leurs lacunes les affectent doublement. Confront&#233;s &#224; des exercices nouveaux d'analyse, d'argumentation et de r&#233;flexion, ils sont d&#233;munis sur le plan de la r&#233;daction. De m&#234;me, la compr&#233;hension imm&#233;diate de textes d'id&#233;es contemporains (articles de fond de la presse quotidienne) leur est souvent impossible. Les professeurs des autres disciplines constatent que les &#233;nonc&#233;s ou les textes des sujets sont souvent mal compris, les devoirs tr&#232;s mal r&#233;dig&#233;s et orthographi&#233;s. A l'oral &#233;galement, beaucoup d'&#233;l&#232;ves ont des difficult&#233;s &#224; s'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans le cas d'un coll&#232;ge &#171; id&#233;al &#187; o&#249; des horaires suffisants et une didactique efficace de l'orthographe et de la grammaire auraient permis une meilleure formation, il semble n&#233;cessaire de poursuivre au lyc&#233;e la connaissance et la pratique de la langue. Cette prolongation de l'apprentissage r&#233;pond &#224; trois n&#233;cessit&#233;s : permettre l'acc&#232;s &#224; des textes litt&#233;raires plus difficiles, assurer la ma&#238;trise des exercices de dissertation et de commentaire en vue du baccalaur&#233;at et de la poursuite d'&#233;tudes, garantir l'exacte compr&#233;hension de textes contemporains d'information ou de r&#233;flexion n&#233;cessaire &#224; la formation d'un citoyen critique et &#233;clair&#233;. Ces objectifs exigent la consolidation des connaissances ant&#233;rieures et l'acquisition de capacit&#233;s lexicales, r&#233;dactionnelles et logiques toujours plus d&#233;velopp&#233;es, d'autant plus que les classes de Seconde et Premi&#232;re sont pour la plupart des &#233;l&#232;ves leurs deux derni&#232;res ann&#233;es d'enseignement du fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enseigner orthographe et grammaire au lyc&#233;e n'est pas faire respecter &#224; vide des conventions, mais d&#233;velopper les capacit&#233;s des &#233;l&#232;ves : assurer la coh&#233;rence et la logique de l'expression, former &#224; une r&#233;daction pr&#233;cise et &#233;labor&#233;e, &#224; la clart&#233; de la pens&#233;e qui l'accompagne et la nourrit, et rendre habituelles et r&#233;guli&#232;res la distance avec le propos et la ma&#238;trise de l'&#233;nonc&#233;. Il va de soi que le contr&#244;le ainsi pris sur sa propre pens&#233;e sert autant l'expression orale que l'expression &#233;crite. Les difficult&#233;s orales des lyc&#233;ens, en effet, ne sont pas dues &#224; une inhibition ou &#224; un manque de pratique de l'expression, mais &#224; l'obstacle constitu&#233; par la conception d'une pens&#233;e exacte, avec le lexique appropri&#233;, et par l'&#233;laboration de sa pr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet apprentissage continu&#233; en second cycle rel&#232;ve &#233;galement d'un objectif d'&#233;galit&#233; : si une pratique exigeante de la langue, l'acc&#232;s &#224; des textes difficiles et l'habitude du d&#233;bat d'id&#233;es ne sont pas acquis au lyc&#233;e, ils seront sans doute d&#233;finitivement hors d'atteinte pour les &#233;l&#232;ves dont le seul milieu culturel est l'&#233;cole. Si c'est &#224; la famille qu'on d&#233;l&#232;gue ces apprentissages, seuls les parents favoris&#233;s en donneront l'usage &#224; leurs enfants. Il ne faut pas oublier que pour les enfants et adolescents, l'&#233;cole (au sens &#233;tymologique de &#171; temps libre &#187; ou &#171; tr&#234;ve &#187;), est le seul lieu o&#249; ils peuvent, install&#233;s &#224; l'&#233;cart sur un temps libre, &#234;tre mis en situation de r&#233;diger, penser et r&#233;fl&#233;chir, former et d&#233;velopper leur jugement critique. Il faut pr&#233;server et privil&#233;gier ces moments, &#224; destination de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;trise de la langue et la compr&#233;hension de la pens&#233;e d'autrui sont enfin un imp&#233;ratif civique : seuls l'usage du mot juste, l'habitude de l'exactitude et de la d&#233;monstration, le d&#233;centrement du pr&#233;jug&#233;, peuvent lutter contre la prolif&#233;ration de la &#171; post-v&#233;rit&#233; &#187; pr&#233;f&#233;rant l'all&#233;gation, la rumeur ou la provocation &#224; la preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc indispensable de r&#233;int&#233;grer l'orthographe, la grammaire et la syntaxe dans les programmes du lyc&#233;e et d'y adjoindre l'enrichissement du lexique, en r&#233;fl&#233;chissant aux supports que pourraient utiliser les exercices correspondants. Les probl&#232;mes actuels d'expression des &#233;l&#232;ves, et leurs &#233;checs dans le sup&#233;rieur qui souvent en sont la cons&#233;quence, sont un point de non-retour. Mais ils sont r&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dater en effet cet effondrement de l'expression - les professeurs en exercice en lyc&#233;e l'ont vu se d&#233;rouler sous leurs yeux - et en tirer des enseignements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles mesures r&#233;centes ont nui &#224; l'apprentissage de l'&#233;criture et de l'expression ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1999 sont arriv&#233;s en Seconde les &#233;l&#232;ves entr&#233;s en 6e en 1995 avec la r&#233;forme Bayrou du coll&#232;ge, instaurant les horaires variables, r&#233;cusant la le&#231;on de grammaire et laissant les notions grammaticales au hasard du d&#233;cloisonnement, et de leur rencontre dans tel ou tel texte. Ils n'avaient donc que peu de formation grammaticale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la m&#234;me date, la r&#233;forme All&#232;gre-Viala du lyc&#233;e a fait de la ma&#238;trise de la langue un point aveugle des programmes, r&#233;duits en 2000 &#224; des d&#233;clarations pieuses r&#233;p&#233;t&#233;es en 2010 : &#171; les &#233;ventuelles lacunes en mati&#232;re de morphologie et de syntaxe doivent &#234;tre combl&#233;es &#187;. Une seule page d'&#233;num&#233;ration de connaissances &#224; r&#233;viser et d'activit&#233;s d'expression &#224; pratiquer figure dans les textes officiels concernant le lyc&#233;e, sans plus de commentaires ni de conseils de pratique volontariste, comme si l'&#233;chec &#233;tait ent&#233;rin&#233; par l'institution et inscrit dans les g&#232;nes de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;formes All&#232;gre de 1999 puis Chatel de 2010, l'horaire de fran&#231;ais de Seconde a continu&#233; de baisser : il n'est plus actuellement que de 4 heures, au lieu de 5 auparavant depuis 1969 dont une, de 1992 &#224; 2010, en groupes all&#233;g&#233;s (&#171; modules &#187; Jospin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 2000 a pris fin, dans les textes officiels, une intense r&#233;flexion sur les exigences et les exercices de langue en vue de l'examen, et sur la d&#233;finition, la codification et l'explicitation des exercices du baccalaur&#233;at. Cette r&#233;flexion avait commenc&#233; trente ans auparavant, avec la cr&#233;ation en 1969 des &#233;preuves anticip&#233;es de Premi&#232;re (EAF) comportant un oral inconnu jusqu'alors, et l'apparition d'un nouvel exercice rompant avec l'impressionnisme ant&#233;rieur : le r&#233;sum&#233; (ou, un court moment, l'analyse) d'un texte d'id&#233;es suivi d'une &#171; discussion &#187;. A cette occasion, des manuels de &#171; m&#233;thodes &#187; ont fleuri, pr&#233;sentant des exercices de lexique, de synth&#232;se, de concision, d'expression, des rep&#233;rages d'arguments, des exercices de plan et de r&#233;flexion n&#233;cessaires &#224; la r&#233;ussite de cette &#233;preuve nouvelle. Les professeurs en ont modifi&#233; leurs cours et insist&#233; sur l'expression, alors m&#234;me que leurs &#233;l&#232;ves avaient re&#231;u au coll&#232;ge des horaires et des contenus encore cons&#233;quents. Parall&#232;lement, la d&#233;finition du commentaire de texte, devenu &#171; compos&#233; &#187;, s'est affin&#233;e en m&#234;me temps qu'une m&#233;thode plus linguistique et rh&#233;torique de l'explication d'un texte, dotant les &#233;l&#232;ves d'outils d'analyse de la langue, aboutissait en 1983 &#224; la &#171; lecture m&#233;thodique &#187; puis &#171; analytique &#187; que l'on retrouve &#233;galement lors de l'&#233;preuve orale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant vingt-cinq ans la pr&#233;paration des &#233;preuves de l'examen, en particulier de l'exercice exigeant de r&#233;sum&#233;, ont form&#233; positivement la langue &#233;crite de centaines de milliers d'&#233;l&#232;ves, et ont aid&#233; en particulier ceux qui n'&#233;taient pas &#171; h&#233;ritiers &#187;. La disparition en 1994 du &#171; r&#233;sum&#233;-discussion &#187;, qui entre temps s'&#233;tait adjoint des questions de lexique tout &#224; fait formatrices, a p&#233;nalis&#233; nombre d'&#233;l&#232;ves, en d&#233;laissant la formation &#224; la logique et &#224; la pratique de l'&#233;criture. N&#233;anmoins, l'&#233;preuve qui l'a remplac&#233;, l'&#171; &#233;tude d'un texte argumentatif &#187; a maintenu quelques ann&#233;es dans les manuels et les classes les exercices d'analyse et d'expression n&#233;cessaires &#224; la compr&#233;hension d'une r&#233;flexion et &#224; la production d'une discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2001, la r&#233;forme Viala maintient le commentaire &#8211; mais l'appellation &#171; commentaire compos&#233; &#187; dispara&#238;t &#8211; et la dissertation, et &#224; la place de l'&#233;tude d'un texte argument&#233; introduit un sujet &#171; d'invention &#187;, proche d'une r&#233;daction de coll&#232;ge, aux contours si flous et improbables qu'il ne peut mener en classe &#224; des entra&#238;nements syst&#233;matiques d'expression. L'introduction d'une question d'analyse sur un &#171; corpus &#187; de trois &#224; quatre textes suppl&#233;mentaires alourdit l'&#233;preuve sans conduire &#224; des exigences particuli&#232;res de langue, et, trop chronophage, d&#233;tourne les &#233;l&#232;ves du soin &#224; apporter aux exercices acad&#233;miques de commentaire et dissertation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le minist&#232;re a baiss&#233; les bras, alors que l'exp&#233;rience montre que la permanence des difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves, qui les entretient dans l'&#233;chec, est bien plus harassante pour eux et leurs professeurs que le traitement rationnel du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propositions de m&#233;thode : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* relire les programmes des lyc&#233;es techniques, destin&#233;s aux &#233;l&#232;ves &#171; du peuple &#187;, manifestant d&#232;s 1947 puis en 1952, 1960 et 1961 un grand souci de l'&#233;crit : cours de grammaire une heure par semaine, d&#233;finition pr&#233;cise de la &#171; composition fran&#231;aise &#187;, fixation du contenu et du rythme des exercices &#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* s'appuyer sur des programmes explicites de langue, de lexique et d'outils d'analyse du texte (par exemple ceux des programmes ant&#233;rieurs r&#233;cents de 1981-83-88-94) : notions &#224; entretenir et &#224; acqu&#233;rir, exercices &#224; pratiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* fixer les horaires de Seconde &#224; 5 heures hebdomadaires dont 2 heures pour la langue (prescription de 1988), la premi&#232;re heure pour &#233;tude de la langue litt&#233;raire en relation avec les rubriques du programme de litt&#233;rature (par exemple figures de style, &#233;criture ironique en relation avec l'&#233;tude des Lumi&#232;res, versification lors de l'&#233;tude de la po&#233;sie...), la seconde heure &#233;tant d&#233;doubl&#233;e pour un entra&#238;nement r&#233;gulier &#224; la pratique de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* revoir la d&#233;finition et l'explicitation des exercices du baccalaur&#233;at (cf infra)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* maintenir des exigences claires pour l'attribution, &#224; l'examen, du quota de 4 points destin&#233;s &#224; &#233;valuer la qualit&#233; de la langue (syntaxe, lexique, orthographe, accentuation, ponctuation)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propositions d'exercices :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut pratiquer des exercices classiques de correction de la langue (grammaire, syntaxe, lexique et s&#233;mantique), en s'appuyant sur des manuels syst&#233;matiques pr&#233;vus pour le sup&#233;rieur (par exemple &lt;i&gt;Bien &#233;crire pour r&#233;ussir ses &#233;tudes&lt;/i&gt;, Jacques Vassevi&#232;re, Armand Colin 2009). Les lyc&#233;ens n'y sont jamais r&#233;tifs, au contraire ils trouvent plaisir et soulagement &#224; am&#233;liorer leur expression, dont ils sont conscients de l'imperfection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me travail peut prendre appui, en compl&#233;ment du corrig&#233; g&#233;n&#233;ral d'un devoir, sur des phrases ou des paragraphes tir&#233;s des &#233;crits d'&#233;l&#232;ves, dont la correction collective a toujours du succ&#232;s car elle n'est pas plaqu&#233;e : elle touche au c&#339;ur des probl&#232;mes d'expression pr&#233;cis de la classe et concerne le sujet que tous ont eu &#224; traiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exercices classiques doivent se pratiquer en demi-groupe pour faciliter &#233;changes et corrections. Tous les professeurs peuvent en imaginer de plus exigeants pour le lyc&#233;e, allant d'une meilleure ma&#238;trise du lexique &#224; l'insertion correcte de citations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;galement pratiquer, en demi-groupes, l'entra&#238;nement &#224; l'&#233;criture collective de parties de devoirs en vue de l'examen (introduction, paragraphe de commentaire, paragraphe de dissertation), avec deux objectifs : am&#233;liorer la clart&#233; de l'&#233;nonc&#233; (syntaxe et lexique) et la distinction des id&#233;es (trop souvent les lyc&#233;ens livrent leurs id&#233;es &#171; en vrac &#187;) ; apprendre les phases de la d&#233;monstration (argument/id&#233;e ; citation ou fondement litt&#233;raire, analyse de la citation ou d&#233;veloppement de l'argument). Ces exercices collectifs captent l'attention des &#233;l&#232;ves, ouvrent des espaces de discussion sur l'expression, font une place importante &#224; l'explicitation des attentes et apportent des progr&#232;s rapides, tout en pr&#233;parant efficacement &#224; l'examen et en lib&#233;rant du temps pour l'explication des textes et &#339;uvres litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du lexique peut se traiter en situation. Le lexique de la r&#233;flexion sera induit par les exercices de r&#233;daction qui pr&#233;c&#232;dent, y compris l'exercice de r&#233;sum&#233; d&#233;velopp&#233; infra, les autres connaissances lexicales d&#233;couleront de la &#171; lecture analytique &#187; appliqu&#233;e aux textes litt&#233;raires du programme, qui doit assurer au premier chef la compr&#233;hension litt&#233;rale des extraits. Les &#233;l&#232;ves peuvent pratiquer des recherches sur des mots des textes &#233;tudi&#233;s, sur leur &#233;volution s&#233;mantique, leur polys&#233;mie ou leur poids &#233;tymologique qui amplifient le sens du texte, ou les connotations qui y sont attach&#233;es. Dans ce contexte, l'attention port&#233;e aux mots, et au mot juste, se d&#233;veloppe rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles autres pratiques &#233;crites, quels autres exercices sur la langue que les exercices de baccalaur&#233;at, peut-on proposer aux &#233;l&#232;ves ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut leur proposer, &#224; titre tout &#224; fait d&#233;tach&#233; de l'examen et sans enjeu de certification, des exercices d'&#233;criture plaisante et plus facile, sans analyses fines (de l'invention bien comprise), &#224; condition que ce soient des exercices &#171; &#224; la maison &#187; qui ne prennent pas sur le temps scolaire, et avec un bar&#232;me constant attribuant la moiti&#233; des points &#224; l'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;galement leur proposer des travaux sur le brouillon, en lien avec des brouillons d'&#233;crivains. Et des pastiches de textes litt&#233;raires &#233;tudi&#233;s en classe, qui les entra&#238;nent &#224; l'&#233;criture fr&#233;quente et soutenue par des mod&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peut-on penser &#224; des exercices sur la langue de la r&#233;flexion, l'apprentissage de la pens&#233;e claire, en prop&#233;deutique &#224; la philosophie ? Du type plan et r&#233;sum&#233; d'un texte d'id&#233;es ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sum&#233; (ou contraction) de texte est un exercice exigeant de logique (il faut en percevoir l'organisation, donc en &#233;tablir le plan avant de le synth&#233;tiser), de lexique et de concision, et met l'accent sur la langue tout en se d&#233;marquant de l'exercice d'entra&#238;nement : il est un exercice de langue en situation, il est une cr&#233;ation. Combin&#233; d'analyse fine, de synth&#232;se et d'utilisation ad&#233;quate de la langue, il est certes l'un des plus difficiles, mais l'un des meilleurs exercices de fran&#231;ais qui soient. Il contraint les &#233;l&#232;ves &#224; constamment choisir entre l'essentiel et l'accessoire, ce qui est le principe de la synth&#232;se, et &#224; batailler avec leurs propres possibilit&#233;s d'expression, &#224; s'interroger sur la concision, la synonymie, la syntaxe, la coh&#233;sion de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exercice se fera &#224; partir de textes journalistiques contemporains de bonne facture, aussi bien informatifs qu'argumentatifs, en liaison avec la rubrique de l'argumentation du programme. Les &#233;l&#232;ves, la plupart du temps &#233;loign&#233;s de la presse &#233;crite quel que soit son support, sont parfois surpris de voir l'actualit&#233; ou la soci&#233;t&#233; de leur &#233;poque &#233;voqu&#233;es dans une langue &#233;labor&#233;e, aux proc&#233;d&#233;s parfois rh&#233;toriques, aux r&#233;f&#233;rences litt&#233;raires, culturelles et historiques multiples, et abord&#233;es avec une pens&#233;e r&#233;flexive qui en montre souvent la complexit&#233;. Outre son int&#233;r&#234;t linguistique, ce genre de texte d'id&#233;es contemporain est tr&#232;s pris&#233; des &#233;l&#232;ves, &#233;largit leur culture g&#233;n&#233;rale, forme leur jugement, et les attache au fran&#231;ais, qui gagne davantage d'&#233;l&#232;ves en s'ouvrant aux expressions du monde actuel. Son r&#233;sum&#233;, avec ses r&#232;gles tr&#232;s strictes quasi scientifiques (25% du texte d'origine, avec contraintes) est un d&#233;fi de pens&#233;e, de concision et de synth&#232;se dont ils aiment s'emparer. Il faut rappeler aussi que cet exercice est l'&#233;preuve de fran&#231;ais des concours post-bac, scientifiques ou para-m&#233;dicaux, et qu'une initiation pr&#233;coce rend service aux &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne faut-il pas pr&#233;parer les &#233;l&#232;ves &#224; de l'&#233;criture fonctionnelle, &#224; de l'&#233;criture synth&#233;tique, comme en demandent nombre de fili&#232;res de grandes &#233;coles ou de mast&#232;res ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui pr&#233;c&#232;dent en montrent la n&#233;cessit&#233;, linguistique et r&#233;flexive. Dans le cadre de l'&#233;tude du texte argumentatif, on pourra faire comparer deux textes abordant la m&#234;me id&#233;e, en r&#233;sumer un et &#233;tablir la confrontation des deux, par exemple ; et r&#233;fl&#233;chir &#224; une &#233;preuve de baccalaur&#233;at qui sanctionne cette capacit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais au fond il s'agit d'une fausse question : si au lyc&#233;e l'&#233;l&#232;ve a exerc&#233; et enrichi r&#233;guli&#232;rement ses ressources linguistiques, s'il y a appris &#224; percevoir les termes d'un probl&#232;me, &#224; concevoir, ordonner et pr&#233;senter ses id&#233;es, il est en capacit&#233; de plier sa langue &#224; tous les usages pratiques de l'&#233;crit, de l'expos&#233; d'une lettre &#224; la conception et la r&#233;daction d'un rapport professionnel, &#224; condition qu'on lui en fournisse la m&#233;thode et l'entra&#238;nement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. La question de la culture litt&#233;raire &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8722; Les programmes actuels ont-ils r&#233;gl&#233; la question de la culture des &#171; h&#233;ritiers &#187; ? Ce d&#233;bat n'est-il pas d&#233;pass&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un d&#233;bat d&#233;pass&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu assez longtemps ad&#233;quation entre les aspirations des &#233;lites et la part proportionnelle des bacheliers litt&#233;raires dans les fili&#232;res g&#233;n&#233;rales (50% encore en 1968). C'est moins de 18% aujourd'hui. Les &#171; &#233;lites &#187; ne font plus lire leurs enfants, et pr&#233;f&#232;rent qu'ils se dirigent vers les sciences ou l'&#233;conomie. On peut ainsi penser que la &#171; culture des h&#233;ritiers &#187; est en faillite, ou que le probl&#232;me &#233;tait mal pos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience des classes en effet indique que le v&#233;ritable &#171; h&#233;ritage &#187; efficace et discriminant est moins une culture qu'une langue, comme le soulignait bien Pierre Bourdieu : une langue soign&#233;e et &#233;labor&#233;e d&#232;s la prime enfance, entretenue par des habitudes de lecture et de conversation, et capable de donner acc&#232;s autant aux textes qu'&#224; la pens&#233;e structur&#233;e et structurante. Ces constats et ces arguments poussent d'une part &#224; continuer et amplifier au lyc&#233;e les exercices de langue et de grammaire ainsi que l'explication patiente des textes litt&#233;raires, pour doter tous les &#233;l&#232;ves d'une meilleure ma&#238;trise de leur expression ; d'autre part &#224; se d&#233;barrasser du scrupule ou du remords d'enseigner la litt&#233;rature &#171; bourgeoise &#187;, qui n'a de &#171; bourgeois &#187; que l'appellation qu'on en a faite &#8211; la plupart des grands &#233;crivains sont rest&#233;s &#224; l'&lt;i&gt;Index&lt;/i&gt; jusqu'&#224; sa disparition. Et ce n'est pas parce que la bourgeoisie soignait nagu&#232;re la culture de ses enfants qu'il faudrait en priver aujourd'hui ceux des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la question &#224; se poser n'est plus celle d'une culture bourgeoise mais d'une culture commune. Apr&#232;s les errements techniques et taxinomistes des ann&#233;es 2000, les programmes actuels de 2010 en proposent une approche plus satisfaisante, en d&#233;finissant un corpus litt&#233;raire assez clair, qui privil&#233;gie nettement les grandes p&#233;riodes et les grands genres de la litt&#233;rature classique, de l'humanisme du XVIe au th&#233;&#226;tre du XVIIe, de la po&#233;sie des origines au roman du XXe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des programmes trop approximatifs et timides&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'ordre du programme qu'il faudrait inverser, en assignant &#224; la Seconde un panorama &#233;largi jusqu'&#224; &#171; nos jours &#187; permettant de traiter du XXe et d'introduire des &#339;uvres contemporaines, et &#224; la Premi&#232;re des &#233;tudes plus sp&#233;cifiques : comment en effet traiter en Seconde de la po&#233;sie romantique et surr&#233;aliste, alors que ses sources font partie du programme de Premi&#232;re, en Seconde encore ne voir dans les Lumi&#232;res que le genre et la forme de l'argumentation, alors que &#171; la question de l'homme &#187; appartient au programme de Premi&#232;re ? Et pourquoi r&#233;duire le romantisme &#224; la po&#233;sie, en excluant de ce mouvement le th&#233;&#226;tre de Musset ou de Hugo par exemple, tout &#224; fait accessible aux &#233;l&#232;ves ? Mais il s'agit l&#224; de remaniements faciles : l'essentiel est que le programme soit nettement litt&#233;raire, et qu'il le reste enti&#232;rement. Il faut aussi qu'il ait le courage de ne pas passer sous silence les &#233;crivains majeurs, comme si leur liste &#233;tait honteuse : les programmes, depuis 1999, ne mentionnent plus ni noms d'auteurs ni titres d'&#339;uvres, ouvrant la porte &#224; toutes les in&#233;galit&#233;s de connaissances et refusant le r&#244;le de cadrage et d'&#233;quit&#233; qui doit &#234;tre le leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture commune en effet se confond d'abord avec la connaissance de la litt&#233;rature &lt;br class='autobr' /&gt;
classique, d&#233;finie sans arguties par la richesse de sa langue, par sa nature de &#171; science humaine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tzvetan Todorov, &#171; Quelques r&#233;flexions sur l'enseignement litt&#233;raire &#187;,&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; partag&#233;e, par sa persistance dans la m&#233;moire et la r&#233;flexion collectives, ainsi que par le syst&#232;me de r&#233;f&#233;rences qu'elle a import&#233; dans le langage commun : &#224; partir du moment o&#249; des adjectifs comme &#8220; rabelaisien &#8221;, &#8220; corn&#233;lien &#8221;, &#8220; hugolien &#8221;, o&#249; les noms de Tartuffe, Gavroche, Cosette, sont entr&#233;s dans la langue, o&#249; parmi bien d'autres exemples la r&#233;f&#233;rence de la fable est La Fontaine, celle de la com&#233;die Moli&#232;re, celle de l'inqui&#233;tude Pascal, celle de l'ironie Voltaire, celle du roman Stendhal, Balzac et Zola, celle de la po&#233;sie Ronsard, Baudelaire et Rimbaud, et Beckett celle de l'absurde etc., il est &#233;vident que le devoir des professeurs de lettres est de faire entrer tous les &#233;l&#232;ves dans ce monde de r&#233;f&#233;rences communes, avec d'autant plus d'urgence que l'enseignement de fran&#231;ais au lyc&#233;e ne dure que deux ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il revient en effet &#224; l'&#233;cole, dont le territoire est l'acc&#232;s aux concepts et l'arrachement aux apparences et aux pr&#233;jug&#233;s, de s'occuper des t&#226;ches difficiles ; ici, de traiter et &#233;lucider la langue et les &#339;uvres de la litt&#233;rature classique, avec priorit&#233; sur les autres lectures plus accessibles qui n'ont pas besoin de m&#233;diation. Si les &#233;l&#232;ves n'apprennent pas &#224; l'&#233;cole ce qu'est la litt&#233;rature, ils ne la d&#233;couvriront pas ailleurs, sauf par accident ou gr&#226;ce &#224; ce qu'il reste de transmission familiale. Si l'&#233;cole ne leur donne pas le go&#251;t des livres, si le patrimoine litt&#233;raire n'est pas transmis par l'&#233;cole, il restera l'apanage d'une certaine &#171; &#233;lite &#187;. Car l'&#233;litisme n'est pas autre chose que le refus d'enseigner &#224; tous. Si ce refus est le fait de l'&#233;cole et de ses programmes, l'accroissement m&#233;canique des in&#233;galit&#233;s a de beaux jours devant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Culture litt&#233;raire et zones &#171; sensibles &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine, l'int&#233;r&#234;t des &#233;l&#232;ves rejoint ici celui des professeurs. Tous ceux qui enseignent ou ont enseign&#233; dans des classes de ZEP, de REP ou d'&#233;tablissements difficiles savent en effet que ce sont les textes classiques, si ardus qu'ils soient d'acc&#232;s pour les uns et d'enseignement pour les autres, qui marquent profond&#233;ment les &#233;l&#232;ves, les sollicitent et les motivent, et o&#249; ils reconnaissent, parfois avec surprise et toujours satisfaction, les questions humaines qui les pr&#233;occupent et dont ils ne savaient pas que la litt&#233;rature classique les &#233;voquait. Qu'il s'agisse de l'&#233;ducation des filles et du regard inqui&#233;tant du barbon sur elles dans &lt;i&gt;L'&#201;cole des Femmes&lt;/i&gt;, des allers et retours entre la v&#233;nalit&#233; et la sinc&#233;rit&#233; de &lt;i&gt;Manon Lescaut&lt;/i&gt;, de l'utilisation politique du regard &#233;tranger dans &lt;i&gt;L'Ing&#233;nu&lt;/i&gt;, de la novation radicale des &lt;i&gt;Fleurs du Mal&lt;/i&gt;, des rapports fraternels et du secret de famille dans &lt;i&gt;Pierre et Jean&lt;/i&gt;..., tous les textes r&#233;sistants de la litt&#233;rature classique ouvrent des perspectives sur les relations humaines et la vie de l'esprit, sur le conservatisme, la novation, la censure, les forces sourdes qui traversent les soci&#233;t&#233;s... Tous les professeurs de zones &#171; sensibles &#187; peuvent t&#233;moigner qu'en d&#233;pit, ou plut&#244;t &#224; cause, de la langue de culture qui s'y d&#233;ploie, ces textes au premier abord difficiles et parfois &#233;tranges int&#233;ressent les &#233;l&#232;ves, et leur font faire de rapides progr&#232;s d'attention et d'analyse, leurs capacit&#233;s &#233;tant profond&#233;ment sollicit&#233;es. Les textes plus faciles ne rencontrent pas le m&#234;me &#233;cho, et inqui&#232;tent m&#234;me les &#233;l&#232;ves, comme si leur professeur perdait un temps pr&#233;cieux. Ces &#233;l&#232;ves n'iront-ils pas jusqu'&#224; soup&#231;onner que leur professeur fait alors preuve de m&#233;pris (m&#234;me inconscient) envers eux, en ne leur proposant pas les textes &#233;tudi&#233;s dans d'autres &#233;tablissements, plus favoris&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propositions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Reconna&#238;tre que la culture classique et la culture commune co&#239;ncident dans le domaine de la litt&#233;rature, et que la connaissance des &#339;uvres majeures fait partie du fonds commun &#224; enseigner, tout comme l'orthographe et la grammaire en tant que normes sociales en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* R&#233;diger des programmes plus prescriptifs, afin de limiter les in&#233;galit&#233;s de formation et de contenus induits par des programmes trop l&#226;ches. Si le choix des &#339;uvres rel&#232;ve de la libert&#233; p&#233;dagogique, celui des auteurs doit &#234;tre fix&#233;, pour constituer un r&#233;f&#233;rent commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#201;largir la connaissance de la litt&#233;rature classique &#224; la lecture de traductions de grandes &#339;uvres de la litt&#233;rature francophone et de la litt&#233;rature &#233;trang&#232;re &#171; ayant des rapports avec la litt&#233;rature fran&#231;aise &#187;, comme c'&#233;tait le cas dans l'enseignement compl&#233;mentaire et technique avant 1965.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. La question de la culture patrimoniale &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les programmes actuels r&#233;alisent-ils un &#233;quilibre entre le volet patrimonial et le volet contemporain ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes actuels (datant de 2010), fond&#233;s sur des &#171; objets d'&#233;tude &#187; reli&#233;s &#224; un genre litt&#233;raire (sauf &#171; l'argumentation &#187;, qui - faut-il le rappeler ? - n'est pas un genre) et &#224; des &#233;poques, ne font explicitement de part au volet contemporain qu'en classe de Premi&#232;re, o&#249; chaque rubrique d'enseignement se termine par la formule &#171; [jusqu']&#224; nos jours &#187;. Le programme de Seconde quant &#224; lui se borne au XIX&#232;me si&#232;cle sauf en po&#233;sie o&#249; il inclut le surr&#233;alisme, incursion dans le pass&#233; r&#233;cent bien risqu&#233;e quand les bases de la po&#233;sie fran&#231;aise, notamment la Pl&#233;iade, appartiennent au programme de Premi&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la litt&#233;rature contemporaine est rel&#233;gu&#233;e &#224; la derni&#232;re ann&#233;e d'enseignement de fran&#231;ais, et pour le reste laiss&#233;e &#224; l'initiative du professeur et aux marges de ses cours s'il en a le temps : &#171; Il est vivement recommand&#233; de faire lire aux &#233;l&#232;ves, dans le cadre des groupements de textes ou dans celui des projets culturels de la classe, des textes appartenant &#224; la litt&#233;rature contemporaine. &#187; (&lt;i&gt;BO&lt;/i&gt; de Septembre 2010). Aux yeux des &#233;l&#232;ves, le m&#233;tier d'&#233;crivain est ainsi partie prenante du pass&#233; et non une activit&#233; d'aujourd'hui, alors que des &#339;uvres du XX&#232;me et maintenant du XXI&#232;me leur seraient tout &#224; fait accessibles (comme le montre par exemple le succ&#232;s de la s&#233;lection du &#171; Goncourt des lyc&#233;ens &#187; qui r&#233;unit chaque ann&#233;e un grand nombre de classes se lan&#231;ant dans l'aventure de la lecture intensive), et que le programme de Seconde abordant le roman gagnerait &#224; l'&#233;tendre aux parutions actuelles o&#249; ce genre est le plus productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la disparition de l'autobiographie (certes envahissante dans les programmes pr&#233;c&#233;dents, au point d'en avoir abusivement chass&#233; un temps le th&#233;&#226;tre et six ans le roman) prive de la lecture d'&#339;uvres contemporaines attachantes pour des adolescents, comme &lt;i&gt;Enfance&lt;/i&gt; , &lt;i&gt;Les Mots&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Place&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Premier Homme&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Une ann&#233;e studieuse&lt;/i&gt;... Le seul point positif depuis 2000 est le lien, en Premi&#232;re, entre &#171; th&#233;&#226;tre &#187; et &#171; repr&#233;sentation &#187;, qui a conduit davantage de professeurs &#224; emmener leurs &#233;l&#232;ves au spectacle. Mais les possibilit&#233;s en sont tr&#232;s in&#233;gales selon les r&#233;gions et la richesse des programmations locales, et soulignent les d&#233;s&#233;quilibres sociaux et culturels du territoire, encore plus sensibles lorsque l'&#233;cole sort de ses murs. N&#233;anmoins, des &#233;l&#232;ves ont eu acc&#232;s, en classe et en repr&#233;sentation, aux pi&#232;ces d'auteurs r&#233;cents comme Jean Genet ou Bernard-Marie Kolt&#232;s, ou actuels comme Anne-C&#233;cile Vandalem, Pauline Bureau, Xavier Pommerat... On voit ainsi que les programmes ont un pouvoir, ici positif, pour infl&#233;chir les usages et influencer les pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le lien entre le volet patrimonial et les &#233;l&#232;ves est-il assur&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le lien entre le volet patrimonial et les &#233;l&#232;ves ne peut plus s'appuyer sur leur culture ant&#233;rieure (et les nouveaux programmes du coll&#232;ge, mettant sur le m&#234;me plan &#339;uvres litt&#233;raires et bandes dessin&#233;es, vont accro&#238;tre ce foss&#233;), et qu'il doit donc &#234;tre enti&#232;rement construit en classe et consid&#233;r&#233; comme partant d'une table rase, l'institution ne fait rien pour l'assurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis presque vingt ans et les programmes Viala, les textes officiels ne sont plus b&#226;tis sur l'objectif encore affirm&#233; en 1994 de &lt;i&gt;&#171; pr&#233;senter [&#8230;] une perspective d'ensemble sur la litt&#233;rature, du Moyen &#194;ge &#224; l'&#233;poque contemporaine &#187;&lt;/i&gt;, mais sur des &#171; objets d'&#233;tude &#187; par ann&#233;e, ensembles actuellement circonscrits &#224; un genre (par exemple, &#171; la po&#233;sie &#187;), alli&#233; en Seconde &#224; une p&#233;riode (&#171; la po&#233;sie du XIX&#232;me au XX&#232;me si&#232;cles &#187;), et soumis en Premi&#232;re &#224; une &#171; probl&#233;matique &#187;(&#171; &#233;criture po&#233;tique et qu&#234;te du sens, du Moyen &#194;ge &#224; nos jours &#187;). Outre que &#171; la qu&#234;te du sens &#187; devrait, semble-t-il, &#234;tre d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans les po&#232;mes &#233;tudi&#233;s en Seconde, on voit que les programmes font bon march&#233; de l'histoire litt&#233;raire (il faudra par exemple attendre la fin de la Premi&#232;re pour approcher le baroque...), de la chronologie historique, et des p&#233;riodes incontournables : l'&#233;tude fondatrice des Lumi&#232;res (qui parlait aux &#233;l&#232;ves m&#234;me les plus faibles) a en effet disparu, sauf, et par raccroc, en Premi&#232;re L. Le &#171; patrimoine &#187; ici fait plut&#244;t figure de puzzle, avec pi&#232;ces manquantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, l'histoire litt&#233;raire est une reconstruction souvent contest&#233;e qui a parfois confin&#233; au dogmatisme, et suivre la chronologie peut para&#238;tre scolaire et simpliste, mais l'ordre de l'apprentissage a ses r&#232;gles, la succession historique des mouvements litt&#233;raires a son sens et les manifestes des &#233;crivains aussi, et il faut fournir des balises s&#251;res et progressives aux &#233;l&#232;ves, quitte &#224; pr&#233;ciser aux lyc&#233;ens que les rep&#232;res sont parfois sch&#233;matiques &#8211; mais structurants. Au contraire, au lieu d'aller du simple au complexe, d'ordonner l'acquisition des connaissances et de traquer l'implicite, la vision globale et universitaire qui r&#233;git les programmes actuels fait fi de ce qu'est r&#233;ellement l'&#233;l&#232;ve, et ignore ses manques, ses besoins, ses moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'acc&#232;s au patrimoine n'est pas une donn&#233;e, il se construit m&#233;thodiquement. Il n'est pas non plus la visite guid&#233;e du mus&#233;e des grandes &#339;uvres, mais doit montrer comment les mouvements litt&#233;raires se comprennent historiquement les uns par les autres, le classicisme pour ordonner l'exub&#233;rance de l'humanisme, le romantisme par r&#233;action contre les Lumi&#232;res et expression de la &#171; g&#233;n&#233;ration perdue &#187; de l'apr&#232;s-Empire, le r&#233;alisme pour combattre la tentation du romantisme, etc. Quelques grandes &#339;uvres bien choisies pour leur r&#244;le de charni&#232;res permettent de structurer les connaissances et de ne pas les r&#233;duire &#224; une accumulation, mais de les pr&#233;senter en une succession dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment faciliter l'acc&#232;s des &#233;l&#232;ves &#224; une culture litt&#233;raire &#224; laquelle tiennent les professeurs ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour donner sens aux textes &#233;tudi&#233;s, il faut tout d'abord fournir aux &#233;l&#232;ves toute l'information n&#233;cessaire &#224; la contextualisation historique et litt&#233;raire des &#339;uvres compl&#232;tes et des extraits &#233;tudi&#233;s en &#171; groupements de textes &#187;, sans qu'ils soient laiss&#233;s aux ressources in&#233;gales de leur milieu. Depuis plus de quinze ans et sous couvert de son autonomie, l'&#233;l&#232;ve a &#233;t&#233; progressivement priv&#233; de points d'appui s&#251;rs, garants d'une meilleure compr&#233;hension et capables de susciter son int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manuels actuels, b&#226;tis depuis 1999-2000 sur les &#171; objets d'&#233;tude &#187; des programmes des classes (un manuel pour la Seconde, un manuel pour la Premi&#232;re), pr&#233;sentent en effet une vision &#233;miett&#233;e, et souvent incompr&#233;hensible on l'a vu, de la litt&#233;rature, mais aussi des auteurs. Victor Hugo est ainsi &#233;clat&#233; dans des notules, entre po&#233;sie et roman en Seconde, th&#233;&#226;tre en Premi&#232;re, et m&#234;me pas inclus dans la rubrique &#171; d&#233;bats de l'&#233;poque &#187; puisque &#171; l'argumentation &#187; &#233;tudi&#233;e en Seconde s'arr&#234;te au XVIII&#232;me... Quant &#224; l'histoire litt&#233;raire, elle est r&#233;duite &#224; la portion congrue (une page pour &#171; r&#233;alisme et naturalisme &#187;, deux pages pour &#171; th&#233;&#226;tre et politique du XIX&#232;me au XX&#232;me &#187; par exemple, dans certains manuels), et &#233;clat&#233;e entre les divers &#171; objets d'&#233;tude &#187;. L'histoire tout court est d&#233;natur&#233;e (deux pages pour la France et l'Europe de 1870 &#224; 1939). L'&#233;l&#232;ve ne peut s'y rep&#233;rer ni trouver l'unit&#233; de ces bribes &#233;parpill&#233;es ou laconiques. Comment pourrait-il y voir un rapport avec les textes des &#233;crivains ? Si le professeur s'attelle malgr&#233; tout au travail de recollage des morceaux, il y perd un temps pr&#233;cieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'information des &#233;l&#232;ves est donc souvent confi&#233;e &#224; des &#171; recherches &#187; sur Internet, d'o&#249; ils rapportent des copi&#233;s-coll&#233;s trop peu didactis&#233;s ou parfois erron&#233;s dont, &#224; supposer qu'ils les aient lus, ils ne peuvent tirer parti &#224; moins de passer en classe des heures &#224; reb&#226;tir avec l'aide du professeur un savoir accessible et utilisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait donc pouvoir disposer d'une anthologie par si&#232;cles (comme les collections Nathan ou surtout Hatier des ann&#233;es 90), ind&#233;pendante des changements de programmes et des &#171; probl&#233;matiques &#187; qui enferment les &#339;uvres dans des sens pr&#233;&#233;tablis, valable pour les ann&#233;es-lyc&#233;e sans indication de niveau de classe qui scinde l'information et la d&#233;forme, et &#233;ventuellement sous forme num&#233;rique. Elle proposerait aux &#233;l&#232;ves tout le savoir et les contextes litt&#233;raires et artistiques dont ils ont besoin, intelligemment didactis&#233;s, et des extraits longs d'&#339;uvres majeures mis en perspective &#224; l'aide des &#233;v&#233;nements intellectuels et historiques de la p&#233;riode. Le professeur quant &#224; lui aura toute latitude pour choisir ses textes en fonction des programmes, soit personnellement soit dans cette anthologie pour les groupements, et pour le reste en &#339;uvres compl&#232;tes. Il y trouverait davantage de libert&#233;, et un appui s&#251;r pour son cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment faciliter l'acc&#232;s des &#233;l&#232;ves &#224; une culture litt&#233;raire qui leur apporte du sens et dont ils comprennent les enjeux ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un axe essentiel du cours de fran&#231;ais est l'explication des textes, qui peut attacher durablement des lyc&#233;ens &#224; la litt&#233;rature, et les ouvrir &#224; une r&#233;flexion personnelle et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que l'&#233;l&#232;ve puisse faire sien le texte qu'on lui propose, et se l'approprier jusque dans le tissu m&#234;me de l'&#233;criture. La lecture m&#233;thodique et analytique est primordiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop souvent, le lyc&#233;en reste &#224; l'ext&#233;rieur du texte, et croit que l'extrait propos&#233; a un sens r&#233;v&#233;l&#233; et d&#233;finitif qu'il serait de bon ton de conna&#238;tre et de restituer &#224; l'examen, et qui r&#233;siderait par exemple sur internet, qu'il lui suffirait d'interroger comme pour un d&#233;tail factuel de date ou de chiffres. Sa lecture de l'extrait est rapide, superficielle, parfois fautive, parfois r&#233;duite au titre et &#224; l'auteur, et il saute aussit&#244;t au clavier. C'est dire le contresens sur la nature m&#234;me du travail d'interpr&#233;tation &#224; la fois personnelle et objective qu'on lui propose, et sur l'espace de sens qu'on lui offre. La m&#233;thode de lecture analytique utilis&#233;e doit donc casser ses r&#233;flexes de d&#233;l&#233;gation de l'effort et lui donner des moyens personnels et solides d'interroger le texte, de le consid&#233;rer comme un terrain d'enqu&#234;te et d'&#233;lucidation capable de lui r&#233;pondre et de lui sugg&#233;rer par la mati&#232;re m&#234;me de son &#233;criture et ses replis, une ou des significations int&#233;ressantes et vivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait donc bannir les questionnaires sur les textes, qui induisent des r&#233;ponses superficielles ou emprunt&#233;es, et livrer, comme un objet, le texte nu en dehors de quelques explications lexicales ou contextuelles indispensables &#8211; compte tenu qu'il est d&#233;j&#224; &#233;clair&#233; par l'&#233;tude de l'&#339;uvre compl&#232;te ou du groupement orient&#233; dont il est extrait ; s'en tenir &#224; une liste fixe d'observations dont l'int&#233;r&#234;t serait expliqu&#233; en d&#233;but d'ann&#233;e, et que tous les &#233;l&#232;ves pourraient r&#233;ussir : par exemple, noter tout d'abord leurs premi&#232;res impressions &#224; la lecture du texte, en d&#233;finir le th&#232;me, la place dans l'&#339;uvre et les cons&#233;quences de sens &#224; en tirer, &#233;lucider le lexique inconnu, relever des sujets et verbes significatifs, les r&#233;seaux s&#233;mantiques et les connotations, la focalisation, les figures de style, la versification au besoin, la tonalit&#233;, la construction de l'extrait, pour terminer par un essai d'interpr&#233;tation du sens du texte ainsi qu'une &#233;bauche de plan d'&#233;tude analytique. Soit un ensemble de relev&#233;s fond&#233;s sur la lettre m&#234;me du texte, purement formels mais &#224; assortir chacun obligatoirement d'un &#233;l&#233;ment d'interpr&#233;tation, et conduisant vers une mise en forme de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail de pr&#233;paration &#233;crit minutieux, motivant car tous les &#233;l&#232;ves le r&#233;ussissent peu ou prou, men&#233; &#224; la maison, mis en commun et corrig&#233; en classe, r&#233;agenc&#233; m&#233;thodiquement avec l'aide du professeur, cr&#233;e l'appropriation du texte par chacun et des &#233;changes oraux fructueux et vivants, tout en permettant le rep&#233;rage de contresens. Une r&#233;daction compl&#232;te et organis&#233;e des remarques et d&#233;ductions peut intervenir pour des textes difficiles ou des &#233;l&#232;ves ayant besoin de s'appuyer sur un mod&#232;le en vue de l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves en g&#233;n&#233;ral en comprennent mieux les textes, leur inscription dans l'&#339;uvre compl&#232;te, leur rapport avec le mouvement litt&#233;raire auquel ils appartiennent pour peu qu'on le leur souligne, et ayant un peu appris &#224; &#171; lire &#187;, s'habituent &#224; lire diff&#233;remment, avec plus d'attention. Ils deviennent plus sensibles &#224; la densit&#233; de l'&#233;criture litt&#233;raire. Par ailleurs, une page significative d'&#339;uvre, &#233;tudi&#233;e pr&#233;cis&#233;ment, peut parfois encourager les &#233;l&#232;ves &#224; s'y plonger ; la pr&#233;sentation ironique et d&#233;vastatrice des lectures d'Emma jeune fille par Flaubert par exemple, et son d&#233;fil&#233; de poncifs, donne le ton du roman tout entier...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;changes en classe permettent aussi aux &#233;l&#232;ves de d&#233;gager les enjeux du texte ou de l'&#339;uvre, et bien souvent ils se passionnent pour les th&#232;mes dont certains leur paraissent bien actuels : l'&#339;uvre de Voltaire pr&#233;pare l'id&#233;e de la s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat, &lt;i&gt;Bel-Ami&lt;/i&gt; d&#233;voile les ressorts du d&#233;lit d'initi&#233;, et montre comment les conqu&#234;tes f&#233;minines du h&#233;ros sont autant de barreaux de l'&#233;chelle sociale qu'il gravit, &lt;i&gt;La Cur&#233;e&lt;/i&gt; &#233;claire le monde de la sp&#233;culation immobili&#232;re et de la tromperie, etc. Quant &#224; la po&#233;sie (il en est de m&#234;me pour le th&#233;&#226;tre en vers), la richesse des ressources de la langue po&#233;tique &#233;tonne et fascine les lyc&#233;ens, pour peu que le po&#232;me soit &#233;tudi&#233; dans le d&#233;tail des formes, des sons et des sens ; la bri&#232;vet&#233; de ces textes clos leur convient : le po&#232;me se domine plus facilement que l'&#339;uvre compl&#232;te et est plus vrai que l'extrait, toujours mal d&#233;coup&#233; quels que soient les efforts du professeur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propositions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Abandonner les programmes &#233;miett&#233;s et illogiques qui emp&#234;chent les &#233;l&#232;ves de comprendre l'int&#233;r&#234;t et la port&#233;e des &#339;uvres qu'on leur propose. Le go&#251;t des &#233;l&#232;ves pour la litt&#233;rature se construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* R&#233;tablir, avant tout en Seconde, l'&#233;tude de textes contemporains et, en m&#234;me temps, amener les &#233;l&#232;ves &#224; envisager, m&#234;me rapidement, les r&#233;alit&#233;s du m&#233;tier d'&#233;crivain (comme cela &#233;tait le cas dans l'ancien programme avec l'objet d'&#233;tude &#171; Lire &#8211; Ecrire - Publier aujourd'hui &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Fournir aux lyc&#233;ens l'aide et le soutien accessibles et organis&#233;s qu'on leur refuse actuellement, par des ouvrages d'histoire litt&#233;raire assortie de pr&#233;cisions historiques et sociales leur permettant de se rep&#233;rer dans la succession des mouvements et des p&#233;riodes, et d'avoir une id&#233;e vivante de la litt&#233;rature, incluse dans son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* D&#233;finir une m&#233;thode de lecture analytique qui rende l'&#233;l&#232;ve actif et autonome sur le texte et en fasse v&#233;ritablement un lecteur, en l'attachant au tissu m&#234;me du texte et &#224; ses effets, et en d&#233;gageant la profondeur de la langue qui s'y d&#233;ploie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tzvetan Todorov, &#171; Quelques r&#233;flexions sur l'enseignement litt&#233;raire &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.sauv.net/univ2007_todorov.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sauv.net/univ2007_todorov.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment &#233;tudier le fran&#231;ais au coll&#232;ge ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article243</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article243</guid>
		<dc:date>2017-01-25T18:35:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Virginie Blanchet et V&#233;ronique Marchais</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[ La s&#233;ance du s&#233;minaire GRDS du 17 mars prochain est consacr&#233;e &#224; l'enseignement du fran&#231;ais et aux transformations qui paraissent souhaitables dans la perspective d'une &#233;cole ambitieuse pour tous ses publics. Pour pr&#233;parer cette rencontre et favoriser les &#233;changes, nous avons publi&#233; sur ce site une s&#233;rie de questions concernant la mati&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourra lire ci-dessous les r&#233;flexions de deux enseignantes sur la p&#233;dagogie de la discipline au coll&#232;ge. Leurs propos s'organisent en quatre th&#232;mes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Pour une refonte des contenus&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH142/arton243-8f983.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='142' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[ &lt;i&gt;La s&#233;ance du s&#233;minaire GRDS du 17 mars prochain est consacr&#233;e &#224; l'enseignement du fran&#231;ais et aux transformations qui paraissent souhaitables dans la perspective d'une &#233;cole ambitieuse pour tous ses publics. Pour pr&#233;parer cette rencontre et favoriser les &#233;changes, nous avons publi&#233; sur ce site &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article241&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une s&#233;rie de questions&lt;/a&gt; concernant la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra lire ci-dessous les r&#233;flexions de deux enseignantes sur la p&#233;dagogie de la discipline au coll&#232;ge. Leurs propos s'organisent en quatre th&#232;mes : le fran&#231;ais et l'interdisciplinarit&#233; ; l'enseignement du fran&#231;ais &#224; partir d'entr&#233;es th&#233;matiques ; que faire de la grammaire ? ; comment faire lire un texte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat reste ouvert &#224; tous, les contributions pouvant nous &#234;tre adress&#233;es sur le site.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; -------------------------------------&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le fran&#231;ais et &#034;l'interdisciplinarit&#233;&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Q - &lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Dans quelles conditions l'enseignement du fran&#231;ais peut-il s'inscrire dans des d&#233;marches pluridisciplinaires sans renoncer &#224; ses sp&#233;cificit&#233;s, sans &#234;tre instrumentalis&#233; et r&#233;duit &#224; un pur outil de communication ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R - Virginie Blanchet :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'interdisciplinarit&#233;, une &#233;vidence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdisciplinarit&#233; est au c&#339;ur de l'enseignement du fran&#231;ais. Comment, par exemple, &#233;tudier en 6&#232;me des &#171; r&#233;cits de cr&#233;ation appartenant &#224; diff&#233;rentes cultures &#187; sans &#233;voquer l'hypoth&#232;se scientifique du d&#233;but de l'univers, et amener les &#233;l&#232;ves &#224; distinguer le discours scientifique du mythe ? Comment aborder Les Mis&#233;rables en 4&#232;me sans &#233;clairer le contexte historique de l'&#339;uvre, les faire entrer dans le XIX&#232;me si&#232;cle, les aider &#224; comprendre l'Empire, la Restauration, la monarchie de Juillet, les &#233;meutes de 1832 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;marche complexe, au c&#339;ur des savoirs disciplinaires &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, cette insistance de l'institution &#224; vouloir imposer, dans un cadre particuli&#232;rement rigide, la p&#233;dagogie de l'interdisciplinarit&#233; pose question. L'interdisciplinarit&#233; serait la r&#233;ponse &#224; tous les probl&#232;mes : manque de motivation des &#233;l&#232;ves, perte du sens des apprentissages, difficult&#233;s scolaires. En r&#233;alit&#233;, la promotion de l'interdisciplinarit&#233; cache un m&#233;pris des disciplines qui, par leur abstraction et leur &#233;loignement du quotidien, du v&#233;cu des &#233;l&#232;ves, les rebuteraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, dans la pratique, l'interdisciplinarit&#233; est bien per&#231;ue comme autre chose que l'enseignement disciplinaire, ou en tout cas quelque chose qui peut clairement &#234;tre distingu&#233; du savoir disciplinaire, puisque le temps qui doit lui &#234;tre allou&#233; est calcul&#233; et que la r&#233;forme stipule que 20 % du temps d'enseignement doit &#234;tre consacr&#233; &#224; l'accompagnement personnalis&#233; et l'interdisciplinarit&#233;. Or, l'interdisciplinarit&#233; telle que nous l'&#233;voquions au premier paragraphe, &#224; l'oppos&#233; de la conception &#224; l'origine de la r&#233;forme, est clairement imbriqu&#233;e dans un tout dont elle est partie prenante, et ne peut &#234;tre distingu&#233;e. Elle est une modalit&#233; de l'enseignement disciplinaire, et rel&#232;ve de la contextualisation, composante de l'explication approfondie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la v&#233;ritable interdisciplinarit&#233; suppose des d&#233;marches complexes qui reposent sur une connaissance disciplinaire tr&#232;s pointue et une grande exigence p&#233;dagogique. Les mati&#232;res que l'on croise doivent toutes conserver leur sp&#233;cificit&#233;, leurs enjeux, ne pas devenir purement utilitaristes. Tout ne peut donc pas se pr&#234;ter &#224; la pluridisciplinarit&#233; et le danger est grand de voir le fran&#231;ais devenir un simple outil de communication, au service de la r&#233;daction d'un expos&#233; ou de la cr&#233;ation d'une affiche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les dangers des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) : d&#233;perdition du sens, &#233;loignement de savoirs disciplinaires exigeants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le fran&#231;ais construit les capacit&#233;s syntaxiques et orthographiques des &#233;l&#232;ves, et, en cela, il est par essence interdisciplinaire et doit faire l'objet d'une attention de tous les enseignants. Mais inverser la logique et faire du professeur de fran&#231;ais le correcteur des travaux effectu&#233;s dans les autres mati&#232;res serait ignorer la sp&#233;cificit&#233; de cette mati&#232;re qui est, &#224; travers l'&#233;tude de la langue et d'&#339;uvres phares du patrimoine, de faire acc&#233;der les &#233;l&#232;ves aux livres et &#224; une culture humaniste, de former leurs capacit&#233;s de r&#233;flexion et d'analyse. R&#233;duire le fran&#231;ais &#224; un outil de communication (une langue &#171; de service &#187;) conduirait &#224; marginaliser la langue litt&#233;raire &#171; de culture &#187;, et &#224; d&#233;construire le savoir litt&#233;raire, &#233;loigner les &#233;l&#232;ves de sa sp&#233;cificit&#233; et d&#232;s lors, leur en fermer l'acc&#232;s. Or, l'interdisciplinarit&#233; n'a de sens que quand elle est au service des savoirs eux-m&#234;mes. Au contraire, l'interdisciplinarit&#233; du minist&#232;re semble &#234;tre une machine de guerre contre eux, en pr&#233;levant dans chacune des disciplines des &#233;l&#233;ments qui n'ont du sens que reli&#233;s entre eux par l'architecture interne qui fonde pr&#233;cis&#233;ment la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fait sens et elle donne sens quand elle est suscit&#233;e par les textes eux-m&#234;mes, quand elle s'impose au travers d'une &#339;uvre, quand elle permet d'apporter des r&#233;ponses aux questions soulev&#233;es par les textes, quand c'est le texte qui fait surgir la n&#233;cessit&#233; d'un savoir externe au fran&#231;ais lui-m&#234;me. L'interdisciplinarit&#233;, alors, se pose comme une &#233;vidence. Mais, &#224; travers le dispositif artificiel des EPI, c'est une d&#233;marche inverse que la r&#233;forme demande de construire, d&#233;marche qui m&#232;ne au mieux &#224; une d&#233;perdition du sens, au pire &#224; sa perte. A vouloir &#224; tout prix construire de l'interdisciplinarit&#233; &#224; marche forc&#233;e sur des th&#233;matiques impos&#233;es et qui ne d&#233;coulent pas n&#233;cessairement des contenus enseign&#233;s, le risque est grand de voir l'&#233;tude du sens des textes sacrifi&#233;e sur l'autel des &#171; EPI &#187;. Des liaisons artificielles entre mati&#232;res sont cr&#233;&#233;es, purement th&#233;matiques le plus souvent, au d&#233;triment de la richesse des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas d'un EPI pr&#233;sent&#233; sur le site Eduscol est &#224; cet &#233;gard tr&#232;s frappant. En 4&#232;me, autour de la th&#233;matique &#171; Culture et cr&#233;ation artistiques &#187; est propos&#233; un projet intitul&#233; &#171; Fais bouger ta litt&#233;rature&#8230; &#187; &#034;Quand les &#233;motions tir&#233;es de nos livres nous permettent aussi de mieux bouger&#8230; Il s'agit de construire &#171; un roman-photo &#224; partir d'une chor&#233;graphie collective, inspir&#233;e de la r&#233;ception que les &#233;l&#232;ves ont des textes lus et &#233;tudi&#233;s en classe en fran&#231;ais, notamment ceux travaill&#233;s au sein de l'objet d'&#233;tude &#171; dire l'amour &#187;&#034;. Le projet &#233;voque l'expression d'&#171; opinions &#187;, l&#224; o&#249; le but du cours de Lettres est de former des pens&#233;es, souvent en luttant justement contre les opinions, les ressentis. Il n'est jamais question des textes &#233;tudi&#233;s. Il est simplement dit que &#171; le projet se pr&#234;te ais&#233;ment aux textes que l'on peut &#233;tudier dans le cadre de l'objet d'&#233;tude &#171; dire l'amour &#187; ! Il semblerait que le texte n'ait m&#234;me plus d'importance puisqu'il devient pur pr&#233;texte &#224; &#171; l'expression de la sensibilit&#233; &#187;, &#224; la possibilit&#233; de &#171; communiquer un sentiment, un point de vue [&#8230;] en respectant les principales normes de la langue &#233;crite &#187;. Le sens du texte, les questionnements qu'il pourrait faire surgir n'ont plus gu&#232;re d'importance et ne sont d'ailleurs m&#234;me plus &#233;voqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sp&#233;cificit&#233; et la coh&#233;rence des savoirs litt&#233;raires sont ni&#233;es au profit de la mise en relation artificielle et superficielle de deux mati&#232;res. La finalit&#233; du projet n'est plus disciplinaire ou interdisciplinaire, elle devient purement pratique : il faut parvenir &#224; une &lt;i&gt;r&#233;alisation concr&#232;te&lt;/i&gt; : un roman-photo dans le cas pr&#233;sent. On ajoute donc au projet une troisi&#232;me dimension implicite, l'image photographique dont ni la sp&#233;cificit&#233; ni le langage ne sont dits &#224; aucun moment dans la liaison entre les deux mati&#232;res, comme si le support de la &lt;i&gt;r&#233;alisation concr&#232;te&lt;/i&gt; n'en &#233;tait pas aussi une partie du fond... Un tel point aveugle dans la conception du projet montre combien l'id&#233;e d'EPI rel&#232;ve de l'ignorance &#233;pist&#233;mologique, et combien l'obsession de la &lt;i&gt; r&#233;alisation concr&#232;te&lt;/i&gt; est une insulte aux savoirs v&#233;ritables qu'elle convoque sans les dominer, et confine au &lt;i&gt;bricolage&lt;/i&gt; inculte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en effet, derri&#232;re la promotion de l'interdisciplinarit&#233;, se cache une m&#233;fiance vis-&#224;&#172;vis de l'abstraction. Les savoirs disciplinaires seraient trop abstraits et n'auraient pas de sens pour les &#233;l&#232;ves. La finalit&#233; des EPI est de parvenir &#224; la r&#233;alisation d'un projet concret, ainsi que l'arr&#234;t&#233; du 19 mai 2015 le stipule : il s'agit de &#171; construire et approfondir des connaissances et des comp&#233;tences par une d&#233;marche de projet conduisant &#224; une r&#233;alisation concr&#232;te, individuelle ou collective &#187;. Or, repousser le moment o&#249; l'&#233;l&#232;ve acc&#232;dera &#224; l'abstraction, c'est au mieux faire reculer le moment o&#249; il parviendra au sens des savoirs scolaires, au pire l'en d&#233;tourner. En effet, la r&#233;ussite scolaire repose sur la capacit&#233; d'acc&#233;der &#224; l'abstraction. Le langage est par essence une abstraction. Apprendre &#224; lire, c'est d&#233;j&#224; mettre &#224; distance le r&#233;el et consid&#233;rer que le langage est un objet que l'on peut &#233;tudier en lui-m&#234;me. L'&#233;tude des textes et la grammaire supposent la formation d'une d&#233;marche de pens&#233;e m&#233;tacognitive, une mise &#224; distance du langage de la vie courante, un rapport distanci&#233; au quotidien auquel les EPI ne cessent de vouloir ramener l'&#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans les exemples d'EPI propos&#233;s sur le site Eduscol, en 3&#232;me, dans le cadre de la th&#233;matique, d&#233;j&#224; r&#233;v&#233;latrice en soi, &#171; Information, communication, citoyennet&#233; &#187;, on propose un travail sur &#171; La photo d'identit&#233;, une image qui raconte des histoires &#187;. La description du projet et de la probl&#233;matique affiche le choix d'un objet tr&#232;s prosa&#239;que, pr&#233;sent&#233; comme faisant justement sens en soi : &#171; partir d'un objet familier, volontairement modeste, ais&#233; &#224; circonscrire mais qui soul&#232;ve des questions fondamentales des programmes et dont on exploite les virtualit&#233;s di&#233;g&#233;tiques [&#8230;] appr&#233;cier la puissance de mise en r&#233;cit qu'offre un mat&#233;riau aussi prosa&#239;que et banal et s'en saisir au sein de la production concr&#232;te &#187;. Le projet consisterait alors en fran&#231;ais &#224; travailler sur l'&#233;criture de soi et l'autoportrait, et &#224; acqu&#233;rir des r&#233;f&#233;rences culturelles. Mais tout est centr&#233; sur l'&#233;tude de la photographie d'identit&#233;, ses raisons d'&#234;tre. Les textes &#233;tudi&#233;s sont ceux de journalistes : articles ou ouvrages consacr&#233;s &#224; la photographie, auxquels vient s'ajouter un extrait du film de Jeunet, &lt;i&gt;Le fabuleux destin d'Am&#233;lie Poulain&lt;/i&gt;. Ainsi, le projet part d'un objet quotidien, prosa&#239;que&#8230; pour ne jamais beaucoup s'en &#233;loigner. Certes, on interroge le sens de cette pratique banale, mais l'&#233;l&#232;ve est sans cesse ramen&#233; &#224; son quotidien et n'acc&#232;de jamais aux textes litt&#233;raires, aux questionnements profonds que pose l'&#233;criture autobiographique. Le projet n'est pas au service des savoirs disciplinaires. C'est le fran&#231;ais qui devient un pr&#233;texte &#224; la construction d'un projet con&#231;u par des p&#233;dagogues persuad&#233;s que seul le concret peut int&#233;resser les &#233;l&#232;ves. Quel sens a encore, en cours de fran&#231;ais, le questionnement sur l'&#233;criture de soi s'il ne permet pas l'acc&#232;s aux textes qui justement proposent des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse ? &#192; vouloir &#224; tout prix &#233;viter aux &#233;l&#232;ves la complexit&#233; des textes litt&#233;raires, l'effort de lecture et d'analyse, on finit par les priver de savoirs exigeants, mais qui font et donnent sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des propositions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Donner les moyens horaires permettant la mise en place de l'interdisciplinarit&#233; qui suppose du temps. La perte horaire engendr&#233;e par la r&#233;forme dans une mati&#232;re qui manquait d&#233;j&#224; cruellement de temps met &#224; mal la possibilit&#233; de l'interdisciplinarit&#233;, obligeant l'enseignant, bien malgr&#233; lui, &#224; se centrer sur les fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Laisser aux enseignants la libert&#233; p&#233;dagogique qui leur permette de construire une interdisciplinarit&#233; qui fasse sens, qui ne soit pas impos&#233;e par l'institution de mani&#232;re artificielle, dans un cadre &#233;triqu&#233;, finalement cloisonn&#233;, comme celui des EPI mais qui surgisse de la n&#233;cessit&#233; des textes, et qui soit un savoir suppl&#233;mentaire, et non une instrumentalisation d&#233;naturant des connaissances complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Laisser aux enseignants la libert&#233; p&#233;dagogique qui leur permette de donner place &#224; toutes les formes d'interdisciplinarit&#233; possibles, en fonction des &#233;l&#232;ves et des savoirs &#233;tudi&#233;s : co-intervention, construction d'un projet commun, croisement des disciplines au sein du cours de fran&#231;ais au gr&#233; des questionnements qui s'imposent ou&lt;br class='autobr' /&gt;
surgissent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enseigner le fran&#231;ais &#224; partir d'entr&#233;es th&#233;matiques ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : &lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Est-il pertinent de construire l'enseignement du fran&#231;ais autour de questionnements &#224; partir d'entr&#233;es telles que celles que proposent les nouveaux programmes : &#8220;se chercher, se construire&#8221;, &#8220;vivre en soci&#233;t&#233;, participer &#224; la soci&#233;t&#233;&#8221;, &#8220;regarder le monde, inventer des mondes&#8221; et &#8220; agir sur le monde&#8221;, au lieu de centrer l'&#233;tude sur la valeur et les sp&#233;cificit&#233;s intrins&#232;ques aux oeuvres et de favoriser les rep&#232;res culturels et historiques ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R - Virginie Blanchet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme est construit en fonction d'entr&#233;es th&#233;matiques. Elles sont reprises sur&lt;br class='autobr' /&gt;
les trois ann&#233;es du cycle 4 et font l'objet d'un questionnement cette fois-ci sp&#233;cifique &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
chaque ann&#233;e. Cette approche pr&#233;sente de nombreux dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une vision r&#233;ductrice des oeuvres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme pr&#233;cise : &#171; Ces entr&#233;es et ces questionnements mettent en lumi&#232;re les&lt;br class='autobr' /&gt;
finalit&#233;s de l'enseignement ; ils pr&#233;sentent la lecture et la litt&#233;rature comme des ouvertures sur le monde qui nous entoure, des suggestions de r&#233;ponse aux questions que se pose l'&#234;tre humain, sans oublier les enjeux proprement litt&#233;raires, sp&#233;cifiques au fran&#231;ais &#187; (programme pour le cycle 4, p. 246).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, des entr&#233;es purement th&#233;matiques ne peuvent rendre compte de la profondeur des oeuvres &#233;tudi&#233;es et de la richesse des questions qu'elles suscitent. Ces entr&#233;es obligent au contraire &#224; aborder les textes sous un angle impos&#233; et vite r&#233;ducteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment amener l'&#233;l&#232;ve &#224; comprendre l'enjeu litt&#233;raire sp&#233;cifique au fran&#231;ais,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme le sugg&#232;re le programme, quand le th&#232;me l'emporte sur le type de texte ? En 4&#232;me, par exemple, l'entr&#233;e &#171; se chercher, se construire &#187; se d&#233;cline en &#171; dire l'amour &#187; et le programme pr&#233;cise &#171; on &#233;tude &#171; un ensemble de po&#232;mes d'amour, de l'Antiquit&#233; &#224; nos jours &#187; et &#171; on peut aussi &#233;tudier une trag&#233;die du XVII&#232;me si&#232;cle, une com&#233;die du XVIII&#232;me si&#232;cle ou un drame du XIX&#232;me si&#232;cle, ou encore des extraits de nouvelles, de romans et de films pr&#233;sentant l'analyse des sentiments amoureux &#187; ! Le th&#232;me seul compte et la sp&#233;cificit&#233; du texte, son genre litt&#233;raire, le contexte historique et culturel qui l'a fait na&#238;tre, est ni&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oeuvre devient alors pr&#233;texte &#224; l'&#233;tude du th&#232;me. Le programme incite &#224; faire entrer&lt;br class='autobr' /&gt;
les textes dans des cases pr&#233;&#233;tablies. Ainsi l'entr&#233;e &#171; vivre en soci&#233;t&#233;, participer &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; se d&#233;cline en 4&#232;me sous la forme &#171; individu et soci&#233;t&#233; : confrontation des valeurs ? &#187; et les indications de corpus am&#232;nent &#224; l'&#233;tude d'une oeuvre th&#233;&#226;trale, trag&#233;die ou tragicom&#233;die du XVII&#232;me, ou com&#233;die du XVIII&#232;me. Quel appauvrissement intellectuel que de n'&#233;tudier le Cid ou B&#233;r&#233;nice qu'&#224; travers ce th&#232;me, que de faire entrer ces oeuvres dans cette petite case, &#224; la fois extr&#234;mement vague (quelle oeuvre litt&#233;raire n'est pas porteuse d'une confrontation des valeurs ?) et extr&#234;mement r&#233;ductrice, comme si la question de l'amour se r&#233;duisait &#224; une confrontation de valeurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci n'est plus de mettre en lumi&#232;re tous les enjeux du texte, sa richesse interne.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'oeuvre n'est plus &#233;tudi&#233;e en elle-m&#234;me mais, instrumentalis&#233;e, elle devient un pr&#233;texte. L'&#233;tude de la discipline est orient&#233;e non pas vers sa nature intrins&#232;que, mais par les imp&#233;ratifs sociaux, sociologiques et id&#233;ologiques auxquelles on la soumet en lui assignant un sens a priori. La litt&#233;rature devient un outil d'&#233;ducation civique et morale, voire de coaching et de d&#233;veloppement personnel de mauvais aloi. Or, les valeurs, fussent-elles fondamentales, ne se d&#233;cr&#232;tent pas ex-nihilo et ne s'acqui&#232;rent pas parce qu'elles deviennent un th&#232;me obligatoire en litt&#233;rature. Ce programme qui peut sembler au premier abord favoriser l'acc&#232;s aux &#233;l&#232;ves &#224; des questions fondamentales, parce qu'il appelle &#224; une lecture r&#233;ductrice des oeuvres, finit par les en priver. C'est par une longue fr&#233;quentation des textes et une &#233;tude de leur sens profond, complexe que les &#233;l&#232;ves peuvent, petit &#224; petit comprendre leurs enjeux et acqu&#233;rir les valeurs qu'ils d&#233;fendent, en prenant conscience des conditions dans lesquelles elles sont apparues et se sont construites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une vision erron&#233;e de la litt&#233;rature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles perspectives d' &#171; entr&#233;es &#187; et de &#171; questionnements &#187; prennent donc&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cis&#233;ment la mati&#232;re &#224; contresens : en fixant un sens pr&#233;&#233;tabli &#224; l'oeuvre litt&#233;raire, en la mettant sous le signe du &#171; message &#187; et de la communication transparente &#224; vis&#233;e &#233;ducative, on supprime la notion m&#234;me de litt&#233;rature. On lui impose des &#171; finalit&#233;s &#187; qui ne sont pas les siennes : l'&#233;tude des oeuvres vise au contraire &#224; montrer aux &#233;l&#232;ves la pluralit&#233; des sens et des lectures, li&#233;e &#224; la richesse lexicale, syntaxique, historique et symbolique de la langue litt&#233;raire, sans jamais enfermer les oeuvres dans une perspective &#233;ducative r&#233;ductrice ni un sens unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le propre de l'analyse litt&#233;raire est justement de mettre en lumi&#232;re que le&lt;br class='autobr' /&gt;
sens ne s'&#233;puise jamais, et qu'il se multiplie m&#234;me au cours de l'approfondissement de la lecture. Et on ne sait le sens qu'&#224; la fin. Quel est le sens d'&lt;i&gt;Une Charogne&lt;/i&gt; de Baudelaire, par exemple : un po&#232;me d'amour, destin&#233; &#224; convaincre la femme de sa fragilit&#233;, comme dans &lt;i&gt;Mignonne, allons voir si la rose&lt;/i&gt;... ? Une c&#233;l&#233;bration morbide de la d&#233;composition, un po&#232;me &#034;d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;&#034; ? Une provocation &#224; l'&#233;gard des romantiques &#233;th&#233;r&#233;s ? Ou l'apologie du pouvoir de la po&#233;sie, un manifeste po&#233;tique c&#233;l&#233;brant la vertu des mots, de leur pouvoir de cr&#233;ation et d'effervescence, et m&#234;me de r&#233;surrection et de r&#233;incarnation, au sein m&#234;me de ce qui semble l'image la plus atroce de la mort ? Et la &lt;i&gt;B&#233;r&#233;nice &lt;/i&gt; de Racine : c'est de l'amour, ou de la politique (la raison d'&#201;tat, la permanence dynastique), ou du racisme (contre une princesse orientale, incompatible avec les coutumes romaines), ou de la l&#226;chet&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nocivit&#233; des principes de ces programmes est patente : ils inversent le processus&lt;br class='autobr' /&gt;
formateur et f&#233;cond d'appropriation et de d&#233;couverte des oeuvres, en le st&#233;rilisant par avance ; ils commencent par un sens r&#233;v&#233;l&#233;, alors que le cours doit commencer par l'inconnu, le texte, et ne sugg&#233;rer ses significations qu'en conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience reste donc lettre morte : ces programmes du coll&#232;ge r&#233;it&#232;rent&lt;br class='autobr' /&gt;
curieusement les erreurs des programmes Viala des ann&#233;es 2000, dont les professeurs de lyc&#233;e ont mis dix ans &#224; se d&#233;faire : en imposant a priori aux oeuvres d'entrer dans les cat&#233;gories fig&#233;es des &#171; genres &#187; et des &#171; registres &#187; sans jamais, comme dans les programmes 2016, citer un nom d'auteur, ces instructions du lyc&#233;e ont pendant des ann&#233;es restreint le sens des oeuvres, et d&#233;go&#251;t&#233; les &#233;l&#232;ves du fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une disparition des rep&#232;res chronologiques indispensables &#224; la compr&#233;hension du monde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les indications de corpus, dont nous avons vu &#224; quel point elles &#233;taient insuffisantes et disparates, m&#234;lent non seulement sous un m&#234;me th&#232;me tous les genres et tous les supports, mais aussi toutes les &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en 6&#232;me, l'entr&#233;e &#171; R&#233;sister au plus fort : ruses, mensonges et masques &#187; conduit &#224; &#233;tudier les rapports de pouvoir &#171; &#224; travers des fables et fabliaux ou soties &#187; et &#171; une pi&#232;ce deth&#233;&#226;tre, de l'antiquit&#233; &#224; nos jours &#187;. Or, en m&#233;langeant ainsi des textes tant d'&#233;poques diff&#233;rentes sur un m&#234;me th&#232;me, soit le professeur multiplie les r&#233;f&#233;rences historiques au risque de perdre les &#233;l&#232;ves, soit il les prive du sens profond de l'oeuvre. Comment en effet comprendre les rapports de pouvoir au Moyen &#194;ge sans &#233;voquer un &#233;tat en construction ou la soci&#233;t&#233; des trois ordres et ceux du XVII&#232;me sans la notion de monarchie absolue ? L'entr&#233;e par th&#232;me dans le texte litt&#233;raire ne permet pas de rendre compte de la logique de construction&lt;br class='autobr' /&gt;
de la pens&#233;e &#224; travers les si&#232;cles, prive les &#233;l&#232;ves de la compr&#233;hension des liens et des ruptures entre les textes et les &#233;poques et finit par atomiser les savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, l'incoh&#233;rence est grande &#224; rompre avec une tradition qui voulait que les&lt;br class='autobr' /&gt;
programmes de fran&#231;ais s'adossent en partie aux programmes d'histoire, au moment o&#249; l'on d&#233;clare vouloir favoriser &#171; un travail commun entre diff&#233;rentes disciplines, notamment dans le cadre d'un Enseignement Pratique Interdisciplinaire &#187; (programme pour le cycle 4, p. 247).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;lange des genres et des &#233;poques favorise la confusion et ne permet la&lt;br class='autobr' /&gt;
construction ni de rep&#232;res chronologiques, ni de rep&#232;res culturels dont les &#233;l&#232;ves ont pourtant un grand besoin pour d&#233;crypter les oeuvres et le monde, et parvenir &#224; l'autonomie. En r&#233;duisant ou supprimant les rep&#232;res culturels et historiques, c'est la capacit&#233; des &#233;l&#232;ves &#224; comprendre le sens profond des oeuvres qui finit par &#234;tre mis en danger, et c'est aussi leur capacit&#233; &#224; comprendre le monde dans lequel ils vivent qui est menac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une mise en danger de la culture commune formatrice du citoyen&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme pr&#233;cise que &#171; L'acquisition d'une culture litt&#233;raire et artistique est l'une&lt;br class='autobr' /&gt;
des finalit&#233;s majeures de l'enseignement du fran&#231;ais &#187; (programme pour le cycle 4, p. 246) et que les indications de corpus &#171; d&#233;finissent des points de passages oblig&#233;s n&#233;cessaires &#224; la construction d'une culture commune &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cela pourrait-il &#234;tre le cas quand le programme sugg&#232;re au contraire que tout se vaut ? Comment une culture commune solide, porteuse d'interrogations fondamentales, pourrait-elle &#233;merger d'un corpus immense, qui m&#234;le des oeuvres et des supports disparates, mettant sur le m&#234;me plan la litt&#233;rature universelle et les &#171; comics &#187; (sic), l'&#233;pop&#233;e et la litt&#233;rature pour la jeunesse, la po&#233;sie et les s&#233;ries TV ? Ainsi, le Minist&#232;re de l'&#201;ducation Nationale, sur le site Eduscol propose pour l'entr&#233;e en 3&#232;me &#171; d&#233;noncer la soci&#233;t&#233; &#187; un corpus h&#233;t&#233;roclite dans lequel La Bruy&#232;re, Moli&#232;re, Montesquieu et Marivaux c&#244;toient Claire Bret&#233;cher (Agrippine) et Gaby et Dzack (Les Blondes). Un autre corpus pour la m&#234;me entr&#233;e m&#234;le quant &#224; lui des textes de Perrault &#224; Tex Avery...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque est alors grand de voir se creuser les diff&#233;rences entre les &#233;tablissements de&lt;br class='autobr' /&gt;
centre-ville et les coll&#232;ges de REP, &#224; la faveur du pr&#233;jug&#233; &#171; d&#233;ficitariste &#187; d&#233;crit par Jean-Pierre Terrail : r&#233;duire les ambitions de l'enseignement dispens&#233; aux &#233;l&#232;ves d&#233;favoris&#233;s. Le spectre des nouveaux programmes est suffisamment large pour laisser en toute bonne conscience les &#233;l&#232;ves &#171; nantis &#187; &#233;tudier Moli&#232;re et Racine, tandis qu'on r&#233;servera aux &#171; pauvres &#187; le royaume des bandes dessin&#233;es. Pourtant l'exp&#233;rience des professeurs de ZEP/REP leur a depuis bien longtemps montr&#233; que seules les oeuvres dites &#171; difficiles &#187; ou classiques suscitent l'int&#233;r&#234;t et la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves des zones &#171; sensibles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une mise en cause de la libert&#233; p&#233;dagogique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces entr&#233;es th&#233;matiques sont extr&#234;mement vagues. Elles peuvent dans un premier&lt;br class='autobr' /&gt;
temps donner l'impression de laisser une grande libert&#233; p&#233;dagogique au professeur, mais la libert&#233; porte sur les contenus et les m&#233;thodes sont impos&#233;es, alors que c'est l'inverse qui ferait sens : proposer, dans tous les coll&#232;ges de France, un programme national fond&#233; sur des oeuvres fondamentales, garantissant &#224; tous l'acc&#232;s &#224; une culture commune. Le choix des m&#233;thodes rel&#232;ve, lui, de la responsabilit&#233; du professeur qui seul conna&#238;t sa classe et peut s'adapter &#224; ses besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque est grand de cultiver la n&#233;gation du m&#233;tier de professeur de fran&#231;ais : ces&lt;br class='autobr' /&gt;
programmes lui enjoignent d'enseigner contre ce qu'il sait de sa mati&#232;re - la pr&#233;&#233;minence des oeuvres -, et contre ses raisons d'enseigner justement cette mati&#232;re-l&#224;... Il faudrait au contraire faire voler en &#233;clats les th&#233;ories pr&#233;&#233;tablies, et arriver &#224; dire du fran&#231;ais ce que les professeurs de philosophie disent de leur discipline : qu'elle est &#224; elle-m&#234;me sa propre p&#233;dagogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une vision r&#233;ductrice des &#233;l&#232;ves&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels programmes montrent l'obsession du minist&#232;re pour l'&#233;ducation, la socialisation simpliste, et non l'instruction : il fait dispara&#238;tre l'int&#233;r&#234;t du fran&#231;ais et de l'&#233;tude de la litt&#233;rature, au profit d'une vision sociologique tr&#232;s pauvre de l'adolescent, d'une cat&#233;chisation et d'une manipulation au petit pied de l'&#233;l&#232;ve, et de la n&#233;gation m&#234;me de sa libert&#233; de penser et d'interpr&#233;ter. Qui peut dire que c'est en 5e qu'on se pr&#233;occupe de voyages, en 4e d'amour, en 3e de sa personnalit&#233; et de sa biographie ? Qui peut dicter &#224; des &#233;l&#232;ves ce qu'ils doivent retirer de leurs lectures ? En poursuivant le raisonnement, on n'a plus besoin de professeurs : le moindre animateur doit suffire, si les oeuvres litt&#233;raires sont consid&#233;r&#233;es comme un catalogue de recettes et d'ingr&#233;dients pour appr&#233;hender la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme si les r&#233;formateurs du fran&#231;ais voulaient supprimer toute respiration,&lt;br class='autobr' /&gt;
toute cr&#233;ation, toute nouveaut&#233; ou toute vie : ils ont une vision r&#233;ductrice des &#233;l&#232;ves et de leurs aspirations, un portrait-robot fantasm&#233; en t&#234;te, qu'il faudrait satisfaire et fa&#231;onner, mais pas du tout &#233;tonner ni intriguer ni &#233;merveiller ; et une vision dess&#233;ch&#233;e de la litt&#233;rature, instrumentalis&#233;e comme outil de communication, r&#233;servoir de &#034;messages&#034; &#224; tout faire, et compl&#232;tement m&#233;connue dans ses richesses linguistiques de connotation, d'implicite, de poids &#233;tymologique, dans ses pouvoirs d'interrogation et de significations. Et si on les suit jusqu'au bout, pourra-t-on encore &#233;tudier Rimbaud, Sade, Montesquieu m&#234;me ? Car peut-&#234;tre menacent-ils &#034;les valeurs de la R&#233;publique&#034; et la &#034;construction&#034; de l'adolescent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une proposition :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble donc indispensable de revenir &#224; quelques principes majeurs, incompatibles avec un programme construit en fonction d'entr&#233;es th&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Permettre l'acc&#232;s de tous &#224; des oeuvres phares, &#224; une litt&#233;rature universelle, porteuse de questionnements fondamentaux dont la qualit&#233; et la profondeur permettent la formation de l'individu et du citoyen ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lier les programmes de fran&#231;ais &#224; ceux d'histoire afin de cr&#233;er une logique&lt;br class='autobr' /&gt;
chronologique susceptible de forger des rep&#232;res historiques et de donner aux coll&#232;gues une r&#233;elle opportunit&#233; de travail interdisciplinaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Laisser aux professeurs la libert&#233; de choix des questionnements sur les oeuvres, des&lt;br class='autobr' /&gt;
th&#232;mes &#224; privil&#233;gier afin de ne pas fermer l'acc&#232;s des &#233;l&#232;ves &#224; la richesse et la&lt;br class='autobr' /&gt;
profondeur des oeuvres, et afin d'adapter la lecture des oeuvres au public accueilli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Reconna&#238;tre que l'&#233;tude exigeante des oeuvres fait &#224; elle seule fonction &#233;ducative, et&lt;br class='autobr' /&gt;
dispense de toutes les &#171; th&#233;matiques &#187; du monde : la patience, la rigueur, la&lt;br class='autobr' /&gt;
concentration intellectuelle et l'approfondissement n&#233;cessaires &#224; la d&#233;couverte d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
texte litt&#233;raire sont plus formateurs et &#233;mancipateurs que la compr&#233;hension t&#233;l&#233;guid&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire de la grammaire ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; L'enseignement de la grammaire doit-il faire l'objet de temps sp&#233;cifiques d'apprentissages au coll&#232;ge ? Cet enseignement doit-il &#234;tre progressif et syst&#233;matique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R : V&#233;ronique Marchais &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Persona non grata&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons-le tout de go : la grammaire est la discipline mal-aim&#233;e du fran&#231;ais. Accus&#233;e d'&#234;tre vieillotte, pesante, d'ennuyer les &#233;l&#232;ves et d'&#234;tre, dans le fond, peu utile (on entend d&#233;sormais des professeurs de Lettres demander : &#171; C'est vrai, &#224; quoi &#231;a va leur servir d'identifier un attribut du COD ? &#187;), elle a &#233;t&#233; r&#233;duite, de r&#233;forme en r&#233;forme, &#224; la portion congrue, tant par le contenu des programmes que par le temps qui lui est d&#233;volu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, disons-le tout aussi nettement, il s'agit l&#224; d'une erreur dramatique. Nous ne parlerons m&#234;me pas du caract&#232;re puissamment formateur de la grammaire, premi&#232;re entr&#233;e dans l'abstraction, le maniement des concepts et l'analyse, si fondamentale que les Grecs faisaient de la grammaire la prop&#233;deutique &#224; la philosophie. Embrassons un instant l'esprit utilitariste des concepteurs des programmes qui voudraient que la grammaire ne serve qu'&#224; bien lire et &#224; bien &#233;crire. Comment bien lire, comment bien &#233;crire, - comment penser clairement ? &#8211; sans une grammaire solide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2007, le Haut Conseil de l'&#201;ducation faisait para&#238;tre un rapport accablant sur l'enseignement de la lecture &#224; l'&#233;cole primaire. On y lisait ceci : 15 % des &#233;l&#232;ves entrant au coll&#232;ge connaissent des difficult&#233;s de lecture s&#233;v&#232;res : &#171; dans le pire des cas, ils ne d&#233;chiffrent m&#234;me pas &#187;. 25 % ont &#171; des acquis fragiles &#187; : &#171; Les professeurs de sixi&#232;me constatent qu'ils lisent trop lentement parce qu'ils d&#233;chiffrent mal, ou bien qu'ils d&#233;chiffrent correctement mais ne comprennent que tr&#232;s partiellement ce qu'ils lisent, faute des connaissances linguistiques (lexique, grammaire) et culturelles suffisantes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source :&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Presque la moiti&#233; des &#233;l&#232;ves sortant de Primaire en difficult&#233; de lecture, telle est la r&#233;alit&#233;. Et en effet, ce qui fait achopper les &#233;l&#232;ves en lecture, ce n'est pas d'abord ces blocages suppos&#233;s que l'on a voulu voir chez les classes populaires (les difficult&#233;s en lecture s'&#233;tendant d'ailleurs d&#233;sormais &#224; toutes les cat&#233;gories d'&#233;l&#232;ves) ou quelque difficult&#233; &#224; &#233;laborer l'implicite, mais bien l'insuffisance en vocabulaire et en grammaire, qui ne permet m&#234;me plus d'acc&#233;der &#224; l'explicite. Un nombre consid&#233;rable d'&#233;l&#232;ves lit encore au coll&#232;ge sans tenir compte de la ponctuation, ou en consid&#233;rant comme n&#233;gligeables les &#171; petits mots &#187; comme &#171; le &#187;, &#171; y &#187;, pronoms qui assurent pourtant la continuit&#233; de la cha&#238;ne r&#233;f&#233;rentielle ; ils s'embrouillent dans la phrase complexe, voire dans une phrase simple pour peu que le sujet soit &#233;loign&#233; du verbe, ne comprenant plus qui fait quoi ; et ne parlons pas de &#171; dont &#187;, confondu avec &#171; donc &#187;, ni des relatives introduites par &#171; lequel &#187; ou &#171; laquelle &#187;, qui provoquent en g&#233;n&#233;ral un &#171; Mais &#231;a se dit pas, &#231;a, Madame ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que leur langue n'est pas structur&#233;e par la grammaire que les &#233;l&#232;ves comprennent si mal un texte. C'est parce que leur langue n'est pas structur&#233;e par la grammaire qu'ils s'expriment si mal &#224; l'&#233;crit, n&#233;gligeant la ponctuation, peinant &#224; segmenter leurs id&#233;es, s'embrouillant dans la syntaxe, condamn&#233;s au mieux &#224; l'approximation, au pire &#224; une grande confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour progresser &#224; l'&#233;crit, les &#233;l&#232;ves auraient besoin, d&#232;s l'&#233;cole primaire, d'un travail soutenu en grammaire, en grammaire de phrase essentiellement, conjoint au travail de l'&#233;criture, afin de d&#233;velopper parall&#232;lement la conscience r&#233;flexive de ce que l'on &#233;crit et la capacit&#233; &#224; &#233;crire, &#224; structurer et d&#233;velopper ses phrases. Or, avec les nouveaux programmes, c'est le contraire qui se produit. Il a bien &#233;t&#233; r&#233;p&#233;t&#233; que la pr&#233;sentation des diff&#233;rents domaines du fran&#231;ais dans ces programmes correspondait &#224; une hi&#233;rarchie nouvelle dont les professeurs &#233;taient cens&#233;s tenir compte pour modifier leurs pratiques. Ainsi, c'est l'oral qui est mis en avant, en premi&#232;re position dans les comp&#233;tences &#224; travailler. La langue occupe une nouvelle fois la derni&#232;re place. Les programmes sont all&#233;g&#233;s, le pass&#233; simple r&#233;duit par exemple &#224; la 3&#232;me personne &#8211; et peu importe si cela emp&#234;che de lire Moli&#232;re ou Racine, qui emploient commun&#233;ment le pass&#233; simple &#224; toutes les personnes, ou tous les grands classiques pour la jeunesse &#233;crits &#224; la premi&#232;re personne, de Jules Verne (pourtant au programme de Sixi&#232;me) &#224; Stevenson. Enfin, en formation, on voit des IPR donner en mod&#232;le aux professeurs de Lettres des s&#233;quences d'un mois o&#249; figurent &#224; peine une ou deux s&#233;ances de langue &#8211; aucune dans certains cas. Chaque niveau de l'institution s'emploie &#224; rel&#233;guer une fois de plus la grammaire, contre l'int&#233;r&#234;t m&#234;me des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves peinent &#224; l'&#233;crit, tout le monde l'a constat&#233;. Quelle est la r&#233;ponse de l'institution : travailler d'autant plus l'&#233;crit qu'ils en ont besoin ? D&#233;velopper une grammaire qui fait cruellement d&#233;faut aux &#233;l&#232;ves ? Non, travailler l'oral, qui n'exige pas le m&#234;me degr&#233; de ma&#238;trise de la langue. C'est tellement plus simple, et r&#233;clame tellement moins de moyens ! Et tant pis pour les comp&#233;tences &#233;crites &#8211; enfin, tant pis pour ceux &#224; qui leur famille ne transmettra pas ces comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux de la s&#233;quence p&#233;dagogique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;pr&#233;ci&#233;e, la grammaire a d&#233;sormais besoin d'alibis pour trouver sa place dans le cours de fran&#231;ais. Cette id&#233;e selon laquelle la grammaire ne peut &#234;tre enseign&#233;e que si elle sert imm&#233;diatement &#224; quelque chose de concret (r&#233;diger tel type de texte, par exemple) a pris corps &#224; travers un mod&#232;le p&#233;dagogique qui s'est impos&#233; dans les ann&#233;es 90 : celui de la s&#233;quence. Il s'agit de faire concourir tous les domaines du Fran&#231;ais (lecture, &#233;tude de la langue, &#233;criture) &#224; la r&#233;alisation d'un m&#234;me objectif (g&#233;n&#233;ralement une r&#233;daction), liant ainsi &#233;troitement ces domaines afin de &#171; donner du sens aux apprentissages &#187; - comme si mieux concevoir la structure des phrases, ce qu'il lit, ce qu'il &#233;crit, n'avait aucun sens pour un &#233;l&#232;ve. Concr&#232;tement, on demande aux professeurs de partir des textes pour &#233;tudier des faits de langue. Outre l'instrumentalisation des textes engendr&#233;e par cette approche, qui n'est pas notre propos, la s&#233;quence, rapidement devenue le mod&#232;le unique impos&#233; aux professeurs de Lettres, a pour cons&#233;quence une atomisation de l'enseignement de la grammaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la s&#233;quence, la grammaire s'est trouv&#233;e subitement inf&#233;od&#233;e &#224; l'ordre des lectures faites en classe. En d'autres termes, ce qui a pr&#233;sid&#233; &#224; l'ordre des le&#231;ons de grammaire, &#224; partir des ann&#233;es 90, n'a plus &#233;t&#233; le souci d'une progression rigoureuse dans ce domaine, mais la consid&#233;ration de l'utilit&#233; de tel ou tel point de langue dans tel ou tel chapitre. Si chaque s&#233;quence pr&#233;sente une unit&#233; s&#233;duisante, la succession des le&#231;ons de langue au fil de l'ann&#233;e s'av&#232;re souvent inad&#233;quate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'&#233;tude de la grammaire suppose l'acquisition d'une s&#233;rie de concepts qui pr&#233;sentent une relative complexit&#233; pour des enfants. Si cette complexit&#233; n'a rien d'insurmontable, elle r&#233;clame, pour r&#233;ussir, une approche m&#233;thodique, et la m&#233;morisation des notions au fur et &#224; mesure qu'elles sont abord&#233;es, afin de pouvoir progresser. En grammaire plus qu'en tout autre domaine, la r&#233;p&#233;tition est la m&#232;re de l'apprentissage, et les notions, lorsqu'elles sont bien distribu&#233;es, s'&#233;clairent progressivement lorsqu'on les confronte les unes aux autres au fur et &#224; mesure que l'on avance. Ainsi, la notion de compl&#233;ment d'objet permet de mieux cerner celle de sujet et de poser les bases de la phrase verbale, celle d'attribut permet de revenir sur le compl&#233;ment d'objet pour mieux s'en distinguer ; les circonstances d&#233;veloppent et pr&#233;cisent la phrase &#171; de base &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une progression grammaticale bien pens&#233;e est indispensable. Elle seule permet d'&#233;clairer la syntaxe de la phrase en lien avec la pratique d'&#233;criture de l'&#233;l&#232;ve. Elle est par essence &#171; spiralaire &#187;, pour reprendre le jargon cher aux sciences de l'&#233;ducation, c'est-&#224;-dire qu'avec l'introduction de nouvelles notions, elle affine en permanence la compr&#233;hension des notions d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233;es. Elle seule garantit par l&#224; l'indispensable m&#233;morisation des concepts, tout en &#233;laborant peu &#224; peu des m&#233;thodes d'analyse. Au contraire, la s&#233;quence, en cloisonnant telle notion &#224; l'int&#233;rieur de tel chapitre, n'assure pas assez le r&#233;investissement de cette notion qui est, &#224; moyen terme, oubli&#233;e. La succession des le&#231;ons de langue ne suit aucun ordre logique. On voit commun&#233;ment des professeurs commencer l'ann&#233;e par les compl&#233;ments circonstanciels ou les expansions du nom, au seul motif que leur chapitre &#8211; le roman d'aventures, le r&#233;cit fantastique&#8230; - s'y pr&#234;te bien, ou en &#233;tudiant les valeurs de temps que les &#233;l&#232;ves n'identifient m&#234;me pas &#8211; ne parlons pas de savoir les conjuguer. Et c'est cet apprentissage sans queue ni t&#234;te qui est cens&#233; faire sens pour les &#233;l&#232;ves ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grammaire ne peut s'enseigner efficacement que selon une progression m&#233;thodique. Or, non seulement l'obligation plus ou moins explicitement faite aux professeurs de travailler en s&#233;quences les &#233;loigne de cette r&#233;flexion sur les progressions grammaticales, concentrant leur attention et leur &#233;nergie sur des questions compl&#232;tement annexes (&#171; Quel point de langue puis-je &#233;tudier &#224; partir de ce texte ? &#187; - comme si un texte avait vocation &#224; illustrer un point de grammaire), mais les nouveaux programmes, avec leur logique de cycle, rendent encore plus difficile l'&#233;tablissement de ces progressions. Ils en compromettent par ailleurs le caract&#232;re national, le choix des points du programme &#224; travailler chaque ann&#233;e &#233;tant laiss&#233; aux &#233;tablissements. Plus rien ne garantit donc la continuit&#233; des apprentissages dans un domaine aussi essentiel que la grammaire. Un &#233;l&#232;ve qui change d'&#233;tablissement (et rappelons que, selon une &#233;tude de la DEPP, cela concerne 20% des &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source :&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) pourra &#233;tudier deux fois de suite le m&#234;me point ou, au contraire, ne jamais &#233;tudier tels autres, attribu&#233;s par exemple &#224; la Quatri&#232;me dans le coll&#232;ge qu'il quitte et &#224; la Cinqui&#232;me dans l'&#233;tablissement o&#249; il arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re remarque et non des moindres, peu de professeurs placent plus d'un ou deux points de langue dans chacune de leurs s&#233;quences &#8211; on a vu que c'est d'ailleurs ce qui est donn&#233; en mod&#232;le par les IPR de certaines acad&#233;mies. Si l'on consid&#232;re que ces m&#234;mes professeurs peinent &#224; mener plus de six s&#233;quences dans l'ann&#233;e, un rapide calcul r&#233;v&#232;le le peu de grammaire effectivement &#233;tudi&#233;e au coll&#232;ge en une ann&#233;e scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La grammaire au rang des travaux manuels &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accus&#233;e d'&#234;tre difficile, aust&#232;re, trop abstraite, la grammaire, sous pr&#233;texte d'&#234;tre mise &#224; la port&#233;e d'&#233;l&#232;ves toujours soup&#231;onn&#233;s d'incapacit&#233; a priori, est abord&#233;e, pour ce qu'il en reste, d'une mani&#232;re qui se veut plus ludique et plus concr&#232;te. &#192; l'explication claire des concepts, on pr&#233;f&#232;re les &#171; manipulations &#187; &#8211; c'est m&#234;me la seule d&#233;marche pr&#233;conis&#233;e explicitement par les nouveaux programmes : l'&#233;l&#232;ve, qui ne sait g&#233;n&#233;ralement pas ce qu'est un pronom, est invit&#233; &#224; identifier les diff&#233;rents compl&#233;ments de la phrase en fonction de la fa&#231;on dont ils se pronominalisent, ou &#224; d&#233;terminer si le groupe qu'il doit analyser est &#171; d&#233;pla&#231;able &#187; ou &#171; supprimable &#187;. Par exemple, dans &#171; Le chat dort pr&#232;s du feu &#187;, l'&#233;l&#232;ve est cens&#233; d&#233;duire que &#171; pr&#232;s du feu &#187; est un compl&#233;ment de phrase (sic) du fait qu'on peut &#233;crire &#171; Pr&#232;s du feu, le chat dort &#187; ou &#171; Le chat dort &#187;. Le probl&#232;me est que ces crit&#232;res de distribution sont extr&#234;mement instables, la place des mots dans la phrase d&#233;pendant de facteurs multiples, dont la distinction entre l'information connue (th&#232;me) et nouvelle (rh&#232;me), les mises en relief et autres effets stylistiques. Si l'&#233;l&#232;ve ne dispose que des crit&#232;res de distribution pour identifier le COI dans une phrase comme &#171; &#192; son fils cadet, le meunier ne laissa que son chat &#187;, il n'y parviendra pas, car &#171; Le meunier ne laissa que son chat &#187; ou &#171; Le meunier ne laissa &#224; son fils cadet que son chat &#187; sont des &#233;nonc&#233;s tout aussi corrects. On pourrait multiplier les exemples de ce type. Les seuls crit&#232;res que l'on donne aux &#233;l&#232;ves pour identifier les diff&#233;rents groupes syntaxiques sont donc insuffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la description des propri&#233;t&#233;s des diff&#233;rentes fonctions grammaticales ne peut se substituer &#224; l'explication des concepts, du sens des mots et de ce qu'ils recouvrent exactement en grammaire. Il n'est pourtant pas difficile, m&#234;me pour un enfant, de comprendre qu'un compl&#233;ment compl&#232;te, que les compl&#233;ments circonstanciels ont &#224; voir avec les circonstances de l'action, qu'on parle de compl&#233;ment d'objet en lien avec la construction du verbe (manger quelque chose, prendre quelque chose, penser &#224; quelque chose, vs dormir, &#233;ternuer, grandir)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expliquer clairement les notions grammaticales, c'est permettre &#224; l'&#233;l&#232;ve de les comprendre pleinement, de les concevoir et, &#224; terme, d'en automatiser la reconnaissance. Cette automatisation est impossible quand l'&#233;l&#232;ve doit sans cesse refaire, pour identifier les groupes, toutes sortes de manipulations hasardeuses, dans lesquelles il se perd bien souvent, sans plus savoir, faute de fr&#233;quentation de l'&#233;crit, si telle ou telle tournure est correcte ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous avons peur des concepts, parce que nous croyons les &#233;l&#232;ves incapables d'abstraction, parce que nous avons voulu remplacer cette abstraction par des manipulations concr&#232;tes, nous avons r&#233;duit la grammaire &#224; une s&#233;rie de &#171; trucs &#187; inop&#233;rants. Les professeurs passant beaucoup trop vite sur les bases de la langue, comme la distinction entre temps simples et temps compos&#233;s, verbe, auxiliaire et participe pass&#233;. Faute de mots pour penser ce que l'on &#233;crit, ils expliquent donc &#224; l'&#233;l&#232;ve qu'il faut &#233;crire &#171; a &#187; si l'on peut remplacer par &#171; avait &#187;, &#171; mang&#233; &#187; si l'on peut remplacer par &#171; vendu &#187;. Ce qui est vrai. Et applicable lors de petits exercices cibl&#233;s. Mais si l'&#233;l&#232;ve n'a pas cette conscience de ce qu'il &#233;crit parce qu'on n'a pas pass&#233; suffisamment de temps &#224; cr&#233;er en lui cette conscience des structures qu'il emploie, il lui est humainement impossible, comme &#224; quiconque d'ailleurs, d'&#233;crire correctement sous la dict&#233;e ou quand il doit r&#233;diger son propre texte. Qui, en effet, peut &#233;crire en pensant perp&#233;tuellement &#224; changer chaque mot par un autre pour en v&#233;rifier l'orthographe ? L'intelligence de la langue n'est pas r&#233;ductible &#224; une s&#233;rie de &#171; trucs &#187;. Elle se construit patiemment &#224; travers l'&#233;tude de la grammaire qui, &#224; travers les mots ad&#233;quats, permet de prendre conscience de ce que l'on &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas en faisant davantage d'oral que les &#233;l&#232;ves comprendront mieux les textes &#233;crits ni s'exprimeront mieux &#8211; pas m&#234;me &#224; l'oral, puisque, pass&#233; un point relativement pr&#233;coce, c'est la langue &#233;crite qui nourrit la langue orale, et non plus l'inverse, et que tous les bons orateurs &#233;crivent leurs discours. Il leur faut au contraire passer du temps sur l'&#233;crit, et sur ce qui constitue, avec le lexique, la cl&#233; de l'acc&#232;s &#224; l'&#233;crit : la grammaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nos propositions : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;affirmer la place fondamentale de la grammaire dans l'enseignement du fran&#231;ais. Si la grammaire n'est pas une fin en soi, sa ma&#238;trise doit &#234;tre un objectif &#224; part enti&#232;re de la scolarit&#233; primaire et secondaire, car elle conditionne la possibilit&#233; de bien lire, bien &#233;crire et bien dire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cesser de r&#233;duire la grammaire &#224; une s&#233;rie de manipulations qui ne permet jamais &#224; l'&#233;l&#232;ve de concevoir pleinement les concepts, ni de se forger une repr&#233;sentation claire des structures qu'il emploie. Renouer au contraire avec une grammaire qui articule sens des concepts et sens de la phrase ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;crire les programmes de fa&#231;on &#224; garantir un enseignement progressif de la grammaire ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, &#224; l'&#233;chelle nationale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Former les professeurs &#224; l'enseignement de la grammaire, car ceux-ci n'ont bien souvent connu, en la mati&#232;re, que le discours des IUFM ou ESPE, consistant le plus souvent &#224; expliquer comment faire le moins possible de grammaire, et seulement sous couvert des textes. La r&#233;flexion sur les progressions grammaticales est un point central de la p&#233;dagogie de la grammaire, qui pose probl&#232;me aux enseignants, et dont la formation initiale et continue doit s'emparer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment faire lire un texte ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Le fran&#231;ais au coll&#232;ge doit-il favoriser une lecture analytique des textes, une r&#233;flexion sur les processus d'&#233;criture et leur sens, afin de d&#233;velopper des comp&#233;tences d'analyse et d'interpr&#233;tation des textes ? Ou doit-il se centrer sur la compr&#233;hension litt&#233;rale des textes, parce qu'elle est souvent probl&#233;matique en elle-m&#234;me pour un certain nombre d'&#233;l&#232;ves, au risque de r&#233;duire l'enseignement du fran&#231;ais au coll&#232;ge &#224; une fonction de communication ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R : V&#233;ronique Marchais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire est souvent faite de coups de balanciers alternatifs, et la p&#233;dagogie n'&#233;chappe pas &#224; cette r&#232;gle. Les ann&#233;es 90 ont vu le triomphe d'une approche tr&#232;s technique des textes, consid&#233;r&#233;s non comme des &#339;uvres mais comme de simples discours dont il convenait d'&#233;tablir une typologie &#224; grand renfort de crit&#232;res formels. Les coll&#233;giens de cette &#233;poque ont baign&#233; dans les textes explicatifs, argumentatifs, descriptifs, les figures, les champs lexicaux&#8230; Cette approche technique et aride pouvait faire compl&#232;tement fi du sens du texte, et l'on a vu trop souvent des professeurs se lancer t&#234;te baiss&#233;e dans l'analyse d'extraits dont le sens litt&#233;ral n'&#233;tait m&#234;me pas compris des &#233;l&#232;ves. Les programmes de 2008 ont tent&#233; de mettre fin &#224; cette d&#233;rive et de rendre &#224; la litt&#233;rature sa dimension humaniste. H&#233;las, ils ont fait long feu. Applicables &#224; partir de la rentr&#233;e 2009, ils ont connu un coup d'arr&#234;t en 2012 avec l'annonce d'une nouvelle r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci a au moins le m&#233;rite de pr&#233;venir tout nouveau risque de d&#233;rive techniciste, &#233;tant donn&#233;e son insistance sur le travail de la compr&#233;hension des textes : les programmes de cycle 3 d&#233;veloppent sur pas moins de quatre pages la n&#233;cessit&#233; de travailler la compr&#233;hension des textes, de mettre en &#339;uvre avec les &#233;l&#232;ves des strat&#233;gies explicites d'&#233;laboration du sens et de confronter les interpr&#233;tations. Si ce souci d'assurer avant toute chose la compr&#233;hension des textes lus est on ne peut plus l&#233;gitime, on peut craindre, pour le coup, que le cours ne se r&#233;duise &#224; cela, tant la place accord&#233;e, dans ces programmes, &#224; un apprentissage progressif de l'analyse litt&#233;raire, m&#234;me modeste, reste discr&#232;te (quelques rares occurrences en regard des quatre pages d&#233;taill&#233;es consacr&#233;es &#224; la compr&#233;hension).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inqui&#233;tude pourrait sembler un mauvais proc&#232;s fait &#224; ces nouveaux programmes qui, il faut avoir l'honn&#234;tet&#233; de le dire, n'occultent pas tout &#224; fait l'analyse (et qui pourraient m&#234;me lui accorder une part somme toute raisonnable si professeurs et IPR s'accordaient sur l'importance des rares passages o&#249; elle est mentionn&#233;e). Mais elle est renforc&#233;e par le sort fait au fran&#231;ais dans la r&#233;forme structurelle qui accompagne ces nouveaux programmes. En effet, l'approche par comp&#233;tences et le discours actuel qui affirme que le fran&#231;ais est une comp&#233;tence transversale et que la compr&#233;hension de textes se travaille dans toutes les mati&#232;res, lesquelles participent d'ailleurs toutes, sans pond&#233;ration, &#224; l'&#233;valuation de la ma&#238;trise de la langue ou des capacit&#233;s de lecture, renforcent cette id&#233;e que la capacit&#233; &#224; bien lire un texte se r&#233;duit &#224; la compr&#233;hension d'un sens litt&#233;ral et au pr&#233;l&#232;vement d'informations. Ce sont en effet ces seules capacit&#233;s que les autres mati&#232;res peuvent &#233;ventuellement &#233;valuer, n'ayant pas vocation &#224; proposer des textes r&#233;sistants, dont la fonction exc&#232;de une simple fonction de communication. C'est la sp&#233;cificit&#233; du cours de fran&#231;ais que d'apprendre &#224; lire des textes plus complexes, plus riches de sens (au pluriel), et de nourrir cette capacit&#233; &#224; acc&#233;der &#224; un sens plus subtil, moins imm&#233;diat, gr&#226;ce &#224; l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien. Nulle personne sens&#233;e ne souhaite faire de coll&#233;giens de 11 &#224; 15 ans de doctes rh&#233;teurs citant des proc&#233;d&#233;s litt&#233;raires &#224; tout-va. Mais pr&#233;tendre couper la compr&#233;hension de l'analyse, ce serait une d&#233;rive tout aussi terrible que de r&#233;duire l'enseignement des textes &#224; l'analyse, ce serait emp&#234;cher les &#233;l&#232;ves d'acc&#233;der r&#233;ellement au(x) sens des textes. Car il n'existe pas une compr&#233;hension des textes, mais diff&#233;rents degr&#233;s de compr&#233;hension, qui se nourrissent de l'analyse. Qu'est-ce qu'un &#233;l&#232;ve comprend de Candide s'il r&#233;duit l'&#339;uvre &#224; son argument, une s&#233;rie de p&#233;rip&#233;ties invraisemblables ? Que comprend un &#233;l&#232;ve de ce qu'il lit s'il ne saisit pas l'ironie du portrait que fait Montesquieu du roi de France, &#171; ce grand magicien &#187; ? Lire Barbusse ou Remarque, ce n'est pas seulement lire des r&#233;cits de guerre, c'est lire de vibrants appels &#224; la paix et &#224; la fraternit&#233;, qui passent par la mise en sc&#232;ne toute litt&#233;raire de l'horreur et de l'&#233;motion. Si &#171; &#233;laborer l'interpr&#233;tation &#187; d'un texte comme Barbe-Bleue, c'est se contenter d'expliquer la morale, c'est d'un ennui et d'une platitude affligeants. Comprendre le sens de Barbe-Bleue, c'est aussi r&#233;fl&#233;chir aux passions de l'Homme, aux faiblesses attribu&#233;es aux femmes, au lien entre r&#232;gle, transgression, ch&#226;timent et d&#233;mesure, ce qui n'est possible que par une analyse des &#233;l&#233;ments du texte (comme le simple fait de remarquer que, contrairement &#224; la plupart des contes, &#224; la fin, ce n'est pas le personnage qui a transgress&#233; les r&#232;gles &#233;nonc&#233;es qui est puni).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre un texte, c'est aussi en comprendre la tonalit&#233;, la vis&#233;e, les enjeux, la port&#233;e symbolique, ce qui n'est pas une &#233;vidence mais se construit par une observation minutieuse du texte : une analyse. L'habilet&#233; de lecture, de compr&#233;hension fine, se d&#233;veloppe avec la capacit&#233; &#224; analyser le texte, &#224; mettre en relation des moyens et des effets, un contexte et des enjeux. Et cette capacit&#233; d'analyse, transposable &#224; toutes sortes de situations, &#233;minemment utile dans le monde complexe qui est le n&#244;tre, participe pleinement de la formation de la personne et du citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, permettre aux &#233;l&#232;ves d'entrer dans &#171; la cuisine &#187; des textes, de voir comment ils sont faits, comment sont cr&#233;&#233;s les effets qu'ils sentent &#224; la lecture, c'est leur permettre de s'approprier ces effets et de les reproduire dans l'&#233;criture. L'analyse vient alors nourrir doublement l'&#233;l&#232;ve : elle nourrit sa compr&#233;hension des textes, mais aussi sa langue, sa capacit&#233; &#224; produire &#224; son tour des effets ma&#238;tris&#233;s &#224; l'&#233;crit ou &#224; l'oral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Le fran&#231;ais au coll&#232;ge doit-il favoriser l'&#233;laboration d'une culture commune humaniste, reposant sur l'approche de textes litt&#233;raires majeurs de notre patrimoine ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre point sur lequel les nouveaux programmes de fran&#231;ais reviennent en arri&#232;re, c'est celui de la nature des textes &#233;tudi&#233;s en classe. Les programmes de 2008, soucieux de transmettre une culture g&#233;n&#233;rale &#224; tous les &#233;l&#232;ves, avaient clarifi&#233; la situation, r&#233;servant la litt&#233;rature pour la jeunesse &#224; la lecture cursive, en dehors des heures de cours (ce qui n'emp&#234;che pas d'en parler en classe), et le temps de classe &#224; l'&#233;tude d'&#339;uvres plus ambitieuses n&#233;cessitant la m&#233;diation du professeur. Les nouveaux programmes, prenant le contrepied de la r&#233;forme pr&#233;c&#233;dente, r&#233;introduisent la litt&#233;rature de jeunesse dans les classes, au motif de proposer des &#339;uvres vari&#233;es et adapt&#233;es au niveau des &#233;l&#232;ves. Ce point m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que cette r&#233;forme s'est donn&#233; pour ambition de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s entre les &#233;l&#232;ves. Or, il n'est rien de plus discriminant que le relativisme culturel, qui revient bien souvent &#224; une assignation de l'&#233;l&#232;ve &#224; son cercle d'origine. J'aimerais bien voir qu'&#224; Stanislas ou Condorcet, on &#233;tudi&#226;t l'&lt;i&gt;Autobiographie d'une courgette&lt;/i&gt; plut&#244;t que Rousseau, ou&lt;i&gt; Inspecteur Toutou&lt;/i&gt; plut&#244;t qu'une pi&#232;ce de Moli&#232;re. La v&#233;rit&#233; du terrain, c'est que le relativisme n'est bon que pour les pauvres, et que pendant que le beau monde aura acc&#232;s aux &#339;uvres de r&#233;f&#233;rence, les &#233;l&#232;ves de REP devront se contenter de productions contemporaines in&#233;gales que personne, en dehors des professeurs de Lettres, ne conna&#238;t. C'est ainsi que, sous pr&#233;texte d'aider les &#233;l&#232;ves, on creuse les in&#233;galit&#233;s, donnant toujours moins &#224; ceux qui ont moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'avec certains &#233;l&#232;ves, lire Corneille, Hugo ou Voltaire est une gageure. Mais cette gageure m&#233;rite d'&#234;tre relev&#233;e, les &#233;l&#232;ves m&#233;ritent &#8211; tous, sans condition &#8211; qu'on la rel&#232;ve pour eux, avec eux. Certes, le vocabulaire, la syntaxe poseront probl&#232;me. Mais il appartient au professeur de s'atteler &#224; ces probl&#232;mes pour amener les &#233;l&#232;ves &#224; les surmonter &#8211; plut&#244;t que de renoncer &#224; l'avance et de se rabattre sur des textes faciles. C'est ainsi, en faisant v&#233;ritablement &#339;uvre de p&#233;dagogie (p&#233;dagogie souvent discr&#232;te, besogneuse, loin des effets de mode, innovante ou pas, peu importe), en confrontant les &#233;l&#232;ves &#224; des textes ambitieux, que le professeur les &#233;l&#232;ve, nourrit leur langue, leur lexique, leur syntaxe, leur capacit&#233; &#224; lire et comprendre des textes v&#233;ritablement vari&#233;s. Car nulle inqui&#233;tude, l'&#233;l&#232;ve nourri d'Hugo et Voltaire pourra toujours, s'il le souhaite, lire Inspecteur Toutou ou Autobiographie d'une courgette, alors que l'inverse reste tr&#232;s incertain. Si l'on veut vraiment former des &#233;l&#232;ves capables de lire des textes vari&#233;s, le seul horizon possible est un horizon ambitieux, en vertu du principe selon lequel qui peut le plus peut le moins, et non l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; son caract&#232;re limit&#233; et in&#233;galitaire, un des arguments souvent invoqu&#233;s en faveur de la litt&#233;rature de jeunesse est qu'elle s&#233;duirait davantage et favoriserait partant le d&#233;veloppement de la lecture. Notre propos n'est certainement pas de jeter l'opprobre sur la formidable richesse de la litt&#233;rature contemporaine pour la jeunesse, capable de r&#233;pondre &#224; tous les go&#251;ts, et dont l'int&#233;r&#234;t en ce qui concerne la lecture cursive, personnelle, est indiscutable. Mais nous nous interrogeons sur la pertinence d'&#233;tudier ces textes en classe. Ces &#339;uvres, pour plaisantes qu'elles puissent &#234;tre, restent simples, monos&#233;miques. Elles sont simples parce que monos&#233;miques. Elles ne disent rien de plus que ce qu'elles disent litt&#233;ralement, n'appellent aucune interpr&#233;tation, aucun d&#233;voilement. D&#232;s lors, leur &#233;tude est souvent d'un profond ennui, parce qu'il n'y a tout simplement rien &#224; en dire. Pour &#233;viter la paraphrase, le professeur en est r&#233;duit &#224; ces analyses purement techniques &#233;voqu&#233;es au d&#233;but de ce billet. Et de la technique qui, pour le coup, ne m&#232;ne nulle part, puisqu'il n'y a nulle part o&#249; aller au-del&#224; du sens litt&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre pr&#233;jug&#233; relatif aux textes &#224; &#233;tudier en classe concerne leur longueur. On a r&#233;pondu aux difficult&#233;s de lecture des &#233;l&#232;ves en r&#233;duisant toujours plus la taille des textes. Au Brevet, depuis des ann&#233;es, une norme s'est dessin&#233;e autour d'une vingtaine de lignes. La norme &#233;tant par d&#233;finition normative, ce format a fini par s'imposer dans la plupart des manuels et dans l'esprit des professeurs. Dans les petites classes de coll&#232;ge, les extraits plus courts encore &#8211; que j'aurais davantage envie d'appeler &#233;chantillons que textes &#224; part enti&#232;re &#8211; ne sont pas si rares. Que peut-on dire sur quinze &#224; vingt lignes de textes ? Certes, il y a parfois de la mati&#232;re, quand l'&#339;uvre est riche. Mais quand les &#233;l&#232;ves ne voient jamais que cela, c'est, l&#224; encore, tr&#232;s limitatif. Une vingtaine de lignes permet rarement d'entrer dans une histoire, de se plonger dans son atmosph&#232;re, de rencontrer ses h&#233;ros. Cela offre si peu de mati&#232;re que nous n'avons presque rien &#224; dire sur les personnages, leur psychologie, leurs motivations, l'action, ses retournements. C'est pourtant &#231;a qui fait le plaisir de lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, les professeurs qui, &#224; la faveur des programmes de 2008, ont d&#233;laiss&#233; la litt&#233;rature de jeunesse au profit de textes classiques substantiels ont red&#233;couvert la formidable vitalit&#233; de ces derniers, leur universalit&#233; capable de traverser le temps et de s&#233;duire des coll&#233;giens des ann&#233;es 2000 aussi bien que leurs a&#238;n&#233;s. L'int&#233;r&#234;t d'un texte, celui qu'il parviendra &#224; susciter chez une jeune personne, tient &#224; sa richesse, &#224; sa capacit&#233; &#224; mettre en mots l'exp&#233;rience humaine et &#224; r&#233;sonner en tout un chacun, d'autant plus profond&#233;ment que ses significations sont nombreuses. Les &#233;l&#232;ves qui d&#233;couvrent Oliver Twist livr&#233; &#224; Faggins, le combat entre Challenger et un dinosaure, la folie meurtri&#232;re de M&#233;d&#233;e, le m&#233;lange d'&#233;mois et d'ambition de Julien Sorel, la rigidit&#233; impitoyable de Javert face &#224; la grandeur d'&#226;me d'un ancien for&#231;at, le cynisme d'un Vautrin, sont enthousiastes, ont mille choses &#224; dire sur le texte, pourtant s&#233;culaire, qu'ils ont entre les mains. Chacun peut en faire l'exp&#233;rience &#224; condition d'accepter de se confronter &#224; la difficult&#233; &#8211; mais l'int&#233;r&#234;t que ces textes suscitent est un formidable levier pour surmonter ces difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fiance de professeurs de Lettres m&#234;me vis-&#224;-vis des &#339;uvres de r&#233;f&#233;rence de la litt&#233;rature est fort regrettable &#8211; et le r&#233;sultat d'un discours id&#233;ologique qu'il serait temps de battre en br&#232;che. Les classiques ne sont pas devenus classiques par le caprice ni la volont&#233; dictatoriale d'une caste &#8211; et c'est fort mal comprendre Bourdieu que de penser que priver des g&#233;n&#233;rations enti&#232;res des r&#233;f&#233;rences que &#171; les h&#233;ritiers &#187; trouvent dans leur famille r&#233;soudra les in&#233;galit&#233;s. Les classiques sont devenus classiques &#224; cause de leur richesse universellement salu&#233;e (une richesse qui, d'Hom&#232;re &#224; Dosto&#239;evski, de Voltaire &#224; Orwell, de Virgile &#224; Shakespeare, exc&#232;de tout cadre national), &#224; cause de leur capacit&#233; &#224; parler de l'Homme &#224; l'Homme, &#224; mettre en mots les grandes questions qui se posent &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous a beaucoup parl&#233;, avec ces nouveaux programmes, de valeurs. On a cr&#233;&#233; l'&#201;ducation Morale et Civique, pri&#233; les professeurs de fran&#231;ais d'y participer. Mais que serait un enseignement des valeurs qui se couperait des &#339;uvres et des contextes qui les ont vu na&#238;tre et grandir ? Un simple arbitraire, un discours purement id&#233;ologique au m&#234;me titre que les autres discours id&#233;ologiques avec lesquels il pourrait entrer en conflit. Si nous voulons convaincre de la validit&#233; des valeurs de la France, alors il nous faut susciter l'adh&#233;sion r&#233;fl&#233;chie &#224; ces valeurs par la confrontation aux grandes &#339;uvres qui, depuis l'Antiquit&#233;, ont contribu&#233; &#224; leur formation. Toute l'&#339;uvre d'Hom&#232;re est une r&#233;flexion sur l'Homme et ses limites, sur le danger de la barbarie. Les Mille et une Nuits mettent en sc&#232;ne les fastes d'une civilisation qui exalte la tol&#233;rance et l'intelligence. La mati&#232;re de Bretagne invite &#224; l'excellence par le sens du service et le d&#233;passement de soi. Les grandes &#339;uvres romantiques interrogent la naissance de l'individu moderne, sa singularit&#233; et sa vuln&#233;rabilit&#233;, mais aussi le besoin d'id&#233;al de l'Homme et son d&#233;sarroi face &#224; une soci&#233;t&#233; trop mat&#233;rialiste &#8211; interrogations d'une confondante actualit&#233;. Bien au-del&#224; de La Fontaine, de Rabelais et des Lumi&#232;res, les &#339;uvres de r&#233;f&#233;rence le sont devenues parce qu'elles ont &#233;t&#233; capables d'apporter des r&#233;ponses puissantes &#224; la question des valeurs qui est effectivement importante dans la construction de l'individu. C'est &#224; travers elles que l'on peut comprendre la formation de ces valeurs et y adh&#233;rer. Les &#339;uvres classiques, que l'on appelle parfois &#339;uvres patrimoniales (mais ce serait un patrimoine de l'humanit&#233;, et non un patrimoine &#233;troitement national), sont la mati&#232;re premi&#232;re de l'humanisme et doivent &#234;tre au c&#339;ur d'un enseignement qui se veut humaniste : capable d'instituer l'Homme par la qualit&#233; de la r&#233;flexion qu'il propose, la solidit&#233; et l'universalit&#233; des r&#233;f&#233;rences qu'il transmet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les &#339;uvres classiques constituent ce que l'on appelle, parfois avec un peu de m&#233;pris, comme si c'&#233;tait devenu une chose ridicule, la culture g&#233;n&#233;rale. Cette culture qui sera toujours transmise dans les familles ais&#233;es et qui ne dispara&#238;tra, si on la chasse des &#233;coles, que pour les plus d&#233;munis. Or, la culture g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas seulement cette confiture que l'on peut &#233;taler lors des d&#238;ners. C'est ce fonds humaniste dont on se trouve d&#233;positaire. On, tous -id&#233;alement. Cette culture g&#233;n&#233;rale, c'est &#224; la fois un fonds commun et un un horizon commun, un monde commun pour penser, &#233;changer, vivre ensemble. C'est ce qui manque cruellement &#224; bien des jeunes gens d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves sont des Hommes comme les autres : ils s'enthousiasment pour les grandes questions qui se posent &#224; l'Homme : ils s'enthousiasment pour les grands textes qui, depuis l'aube de la litt&#233;rature, prennent en charge ces questions. Ils y entrent d'autant mieux et avec d'autant plus de plaisir qu'on leur permet, gr&#226;ce &#224; une analyse bien dos&#233;e, de mieux comprendre ces textes et leurs enjeux. Et c'est ainsi qu'ils peuvent acc&#233;der, quels que soient leur milieu d'origine ou la ma&#238;trise du fran&#231;ais dans leur famille, &#224; une richesse linguistique et &#224; une culture qui restent des cl&#233;s du monde contemporain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.hce.education.fr/gallery_files/site/21/39.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.hce.education.fr/gallery_files/site/21/39.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/61/5/depp-ni-2015-32-changt-etabl-collegiens_477615.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/61/5/depp-ni-2015-32-changt-etabl-collegiens_477615.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aper&#231;u synth&#233;tique de l'enseignement du fran&#231;ais 1880-2010</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article242</link>
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		<dc:date>2017-01-17T11:52:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Agn&#232;s Joste</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Agn&#232;s Joste et Philippe Le Qu&#233;r&#233; avaient r&#233;alis&#233;, &#224; la demande du GRDS, un historique approfondi des contenus de l'enseignement du fran&#231;ais de 1880 &#224; 2010. Celui-ci a &#233;t&#233; mis en ligne sur notre site, entre 2013 et 2014, en trois parties, concernant respectivement : la p&#233;riode 1880-1970 ; le tournant des ann&#233;es 1970 ; et enfin la p&#233;riode 1970-2010. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette publication a connu un grand succ&#232;s aupr&#232;s des visiteurs de notre site. Aussi nous a-t-il paru utile, afin de favoriser encore (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Histoire des disciplines&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH97/arton242-3f303.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Agn&#232;s Joste et Philippe Le Qu&#233;r&#233; avaient r&#233;alis&#233;, &#224; la demande du GRDS, un historique approfondi des contenus de l'enseignement du fran&#231;ais de 1880 &#224; 2010. Celui-ci a &#233;t&#233; mis en ligne sur notre site, entre 2013 et 2014, en trois parties, concernant respectivement : la p&#233;riode &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article167&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1880-1970&lt;/a&gt; ; le tournant des &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article178&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ann&#233;es 1970&lt;/a&gt; ; et enfin la p&#233;riode &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article185&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1970-2010&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette publication a connu un grand succ&#232;s aupr&#232;s des visiteurs de notre site. Aussi nous a-t-il paru utile, afin de favoriser encore l'&#233;largissement de son public, de pouvoir en pr&#233;senter une synth&#232;se, qu'Agn&#232;s Joste a r&#233;alis&#233;e, et qu'on pourra lire ci-dessous, accompagn&#233;e en conclusion d'un retour r&#233;flexif, par l'auteure, sur les enseignements de l'histoire de sa discipline. Pour all&#233;ger le texte les r&#233;f&#233;rences des citations n'ont pas &#233;t&#233; reprises : le lecteur int&#233;ress&#233; voudra bien se reporter &#224; l'historique complet&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#233;tonnante stabilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci &#224; Philippe Le Qu&#233;r&#233;, co-auteur des trois parties de l'historique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part de notre travail le GRDS envisageait le principe d'une &#233;tude d&#233;marrant avec les ann&#233;es 1950. Or, on s'aper&#231;oit qu'en fran&#231;ais rien ne se passe en 1950 : dans tous les degr&#233;s, les programmes, du primaire au lyc&#233;e, remontent peu ou prou, en d&#233;pit des remaniements successifs, soit pour le primaire &#224; l'instauration de l'instruction publique (1882), soit pour le lyc&#233;e &#224; l'instauration du fran&#231;ais comme &#233;preuve du baccalaur&#233;at, en remplacement du latin (1880). Les changements d'importance interviendront dans les ann&#233;es 1960-70. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quels sont les principes rest&#233;s actifs dans cet espace de quatre-vingts ann&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1880-1960. &#192; l'&#233;cole primaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En primaire, les programmes de 1923, 1938, 1945, 1950 et 1960 constituent des ajustements successifs et une pr&#233;cision croissante des instructions primitives de 1882 et 1887, au fil d'un pragmatisme qui assimile les le&#231;ons de l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les finalit&#233;s restent les m&#234;mes&lt;/i&gt; : &#171; l'id&#233;al de l'&#233;cole primaire n'est pas d'enseigner beaucoup, mais de bien enseigner &#187; (1882), &#171; d'&#233;tablir les fondations solides et durables de tout l'&#233;difice scolaire. Cette n&#233;cessit&#233; s'impose notamment dans les disciplines fondamentales : lecture, orthographe, r&#233;daction et calcul. &#187; (1960)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acquisition de la lecture, de la &#171; lecture courante &#187; &#224; la &#171; lecture expressive &#187; reste l'enjeu primordial. On affirme en 1923 que le m&#233;canisme de d&#233;chiffrage doit &#234;tre rapidement acquis (en trois mois), mais la suite de l'apprentissage est consid&#233;r&#233;e comme un travail de longue haleine au cours de l'&#233;cole primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les horaires&lt;/i&gt; du fran&#231;ais, tous exercices additionn&#233;s, sont &#171; d'environ deux heures &#187;&#171; tous les jours &#187; en 1882. En 1887, ils se font plus stricts avec un horaire affect&#233; &#224; chaque composante de l'enseignement de la langue. En 1923, du fait de d&#233;rives, ces horaires pr&#233;cis sont rappel&#233;s. Le fran&#231;ais occupe l'essentiel du temps scolaire (la moiti&#233; au CP, plus du tiers ensuite, d'une semaine de trente heures jusqu'en 1969).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les programmes&lt;/i&gt; sont tr&#232;s succincts et seulement descriptifs, &#233;num&#233;rant les notions de langue &#224; acqu&#233;rir et fixant des rep&#232;res de r&#233;dactions simples. Avant 1945, les niveaux sont peu d&#233;limit&#233;s : le cours pr&#233;paratoire est isol&#233;, mais le cours &#233;l&#233;mentaire et le cours moyen sont trait&#233;s en cycles sans distinction des ann&#233;es. Le programme ne devient d&#233;taill&#233; ann&#233;e par ann&#233;e qu'en 1945 et 1950 (par exemple en grammaire : liste de verbes &#224; conna&#238;tre, ma&#238;trise de quatre types de proposition en fin de CM2 ; l'analyse logique est r&#233;serv&#233;e au cours &#171; sup&#233;rieur &#187; pr&#233;parant le &#171; certificat d'&#233;tudes &#187;). En lecture, aucun auteur n'est cit&#233; ; on ne parle que de &#171; morceaux choisis &#187;, il n'y a pas de titres pour les po&#232;mes des r&#233;citations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les pratiques&lt;/i&gt; sont indiqu&#233;es par le biais des attendus des textes officiels, qui souvent condamnent des tendances n&#233;fastes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce peut &#234;tre le laxisme : les textes de 1923 soulignent l'absence de respect des horaires par mati&#232;res, et rappellent &#224; l'ordre les instituteurs sur ce point. En 1960, resurgissent ces m&#234;mes reproches de sacrifice du fran&#231;ais et des math&#233;matiques au profit d'autres activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce peut &#234;tre aussi le dogmatisme : Victor Duruy en 1866 condamne la &#171; scholastique grammaticale qui se compla&#238;t dans les th&#233;ories subtiles &#187; ; les instructions de 1910, 1923, 1938 rappellent constamment que la dict&#233;e non pr&#233;par&#233;e n'est pas un mode d'enseignement, mais de contr&#244;le et d'&#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les m&#233;thodes pratiqu&#233;es&lt;/i&gt; sont actives. Jules Ferry d&#232;s 1882 pr&#244;ne le principe du cours dialogu&#233;, &#171; un continuel &#233;change d'id&#233;es sous des formes vari&#233;es, souples et ing&#233;nieusement gradu&#233;es &#187;. L'esprit de l'enseignement est la clart&#233; et la r&#233;flexion ; en 1945, il s'agit d'instaurer des &#171; m&#233;canismes corrects &#187; pour passer plus tard &#224; &#171; la r&#233;flexion scientifique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1880-1960. En premier cycle, de la 6&#232;me &#224; la 3&#232;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois types de premier cycle ont exist&#233; jusqu'en 1965 environ : le premier cycle de lyc&#233;e, faisant parfois suite &#224; un &#171; petit lyc&#233;e &#187; comprenant les classes de primaire ; le &#171; coll&#232;ge moderne &#187; ou le &#171; cours compl&#233;mentaire &#187;, sans latin et avec une seule langue vivante, proches du premier cycle de l'&#171; &#233;cole primaire sup&#233;rieure &#187; supprim&#233;e en 1941 ; le &#171; coll&#232;ge technique &#187; comprenant seulement 4&#232;me et 3&#232;me, cr&#233;&#233; en 1959 et faisant suite aux centres de formation professionnelle de chambres de commerce, int&#233;gr&#233;s &#224; l'Instruction publique en 1920, et devenus en 1945 centres d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes et les horaires sont longtemps marqu&#233;s par le probl&#232;me du latin. Jules Ferry le marginalise en 1880 (date &#224; laquelle il occupait presque la moiti&#233; de la semaine de cours), et en 1902 est institu&#233;e une section B de premier cycle, sans latin. &#192; partir de cette date le fran&#231;ais en tant que discipline autonome du secondaire peut prendre son essor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;tude de la langue&lt;/i&gt; est absente des programmes de 1880-1890, seule la litt&#233;rature y est cit&#233;e. On peut penser que l'explication des textes d'une part, l'enseignement du latin d'autre part, entretiennent et d&#233;veloppent les acquis grammaticaux du primaire. En 1902 quelques lignes rapides fixent les notions &#224; acqu&#233;rir. Les programmes de 1925 et surtout ceux de Jean Zay en 1938, tr&#232;s argument&#233;s sur le fond, prescrivent une progression grammaticale stricte et riche, et insistent sur le lexique et la syntaxe. Ils resteront presque inchang&#233;s jusqu'en 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les programmes &lt;/i&gt; de litt&#233;rature sont rest&#233;s stables de 1880 &#224; 1970, tout en s'&#233;largissant graduellement aux si&#232;cles pr&#233;c&#233;dant et suivant l'&#226;ge classique. Le th&#233;&#226;tre et les fables du XVIIe si&#232;cle y sont pr&#233;pond&#233;rants, le XIXe n'appara&#238;t qu'en 3e en 1902 ; le XXe si&#232;cle sous forme d'extraits appara&#238;t en 1938 ; le XVIIIe si&#232;cle, pr&#233;sent en 1925, est totalement absent de 1938 &#224; 1961 sauf en centres d'apprentissage. En dehors du th&#233;&#226;tre, l'ensemble de l'enseignement est fond&#233; sur des morceaux choisis, il n'y a pas d'&#233;tude d'&#339;uvres compl&#232;tes sauf la lecture suivie de com&#233;dies et trag&#233;dies du XVIIe, et en &#171; coll&#232;ge technique &#187; des lectures suivies au sein d'une &#339;uvre romanesque. Le souci d'une culture litt&#233;raire solide et &#233;clectique (textes traduits de l'Antiquit&#233; ou des litt&#233;ratures &#233;trang&#232;res) pour les &#233;l&#232;ves des coll&#232;ges techniques irrigue les instructions de 1947.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les horaires&lt;/i&gt; distingueront toujours soigneusement les &#233;l&#232;ves latinistes et les non-latinistes. En 6e, l'horaire des latinistes est de 4 heures, celui des non-latinistes de 7 heures de 1902 &#224; 1938, puis de 6 heures de 1938 &#224; 1953 ; jusqu'en 1959, de la 6e &#224; la 3e, les &#171; modernes &#187; auront toujours 2 heures de plus que leurs camarades &#171; en compensation du latin &#187; - lectures dirig&#233;es et exercices de r&#233;daction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1880-1960. En second cycle de lyc&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second cycle en trois ans date de 1874 ; auparavant en deux ans, il se terminait par la classe de rh&#233;torique (la Premi&#232;re actuelle) et le baccalaur&#233;at, la Terminale &#233;tant facultative. Le second cycle du lyc&#233;e technique se met progressivement en place &#224; partir de 1946.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fran&#231;ais s'impose en second cycle par un coup de force. En 1880, apr&#232;s de nombreuses controverses, Jules Ferry, imputant le d&#233;sastre de 1870 &#224; un enseignement r&#233;trograde, supprime le discours latin d'imitation du baccalaur&#233;at au profit d'une &#233;preuve de fran&#231;ais argument&#233;e. Il fixe un programme de litt&#233;rature fran&#231;aise jusque-l&#224; absent, et de nouveaux exercices pour la nouvelle &#233;preuve du baccalaur&#233;at. La glose, &#171; les amplifications st&#233;riles &#187; et l'imitation, jusque-l&#224; reines, sont remplac&#233;es par l'explication litt&#233;raire, la primaut&#233; des textes, et la dissertation devient l'exercice du baccalaur&#233;at, comme &#171; entra&#238;nement intense &#224; l'art de penser, et de penser juste, c'est-&#224;-dire sur des faits bien &#233;lucid&#233;s &#187;. C'est la naissance d'un v&#233;ritable enseignement du fran&#231;ais et de la litt&#233;rature, th&#233;oris&#233; par le positivisme de Gustave Lanson recherchant des m&#233;thodes objectives favorisant la r&#233;flexion plut&#244;t que la rh&#233;torique de fiction. Les programmes de 1925 et 1938 pour le coll&#232;ge s'en inspireront en proposant en 3&#232;me une initiation &#224; l'argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fran&#231;ais s'&#233;mancipe d&#233;finitivement du giron latin par la cr&#233;ation en 1946 de la licence de &#171; lettres modernes &#187; et en 1952 du CAPES correspondant, alors que jusque-l&#224; l'enseignement du fran&#231;ais &#233;tait exclusivement dispens&#233; par les professeurs de &#171; lettres &#187; (c'est-&#224;-dire de fran&#231;ais, latin et grec), devenus en 1946 de &#171; lettres classiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en premier cycle,&lt;i&gt; les programmes&lt;/i&gt; de litt&#233;rature resteront quasiment inchang&#233;s pendant un si&#232;cle. Le XVIIe est pr&#233;pond&#233;rant comme au coll&#232;ge, les autres si&#232;cles du XVIe au XIXe sont &#233;tudi&#233;s en &#171; morceaux choisis &#187;. Pascal, Rousseau, Diderot et Voltaire apparaissent en 1902, les romanciers du XIXe en 1925. En 1947 et 1967 on insiste sur le roman et la po&#233;sie du XIXe mais en &#339;uvre compl&#232;te seulement en Premi&#232;re, &lt;i&gt;alors que le lyc&#233;e technique introduit un &lt;br class='autobr' /&gt;
roman de Stendhal d&#232;s la Seconde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les horaires &lt;/i&gt; seront tr&#232;s longtemps stables : 4 heures hebdomadaires la plupart du temps, 5 heures en Seconde &#224; partir de 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les m&#233;thodes&lt;/i&gt; sont dans tous les cas actives. D&#232;s 1880 les textes pr&#244;nent le travail collectif, la r&#233;flexion autonome (&#171; on habituera l'&#233;l&#232;ve &#224; trouver les principales id&#233;es de ses compositions &#187;), en 1938 sous l'influence des mouvements d'&#233;ducation nouvelle, &#171; le libre et complet d&#233;veloppement des facult&#233;s des &#233;l&#232;ves &#187;, mais, comme le montrent les programmes tr&#232;s d&#233;taill&#233;s et exigeants de Jean Zay, sans r&#233;duire les savoirs ni les ambitions : &#171; ils devront &#234;tre capables d'exprimer, par la parole et la plume tout ce qu'ils auront &#224; dire, sans rester en de&#231;&#224; ni aller au-del&#224; de leur pens&#233;e. &#187; Sous l'influence des premi&#232;res recherches linguistiques de Bally, l'enseignement de la grammaire et du type de langue &#224; enseigner sont d&#233;j&#224; interrog&#233;s par les programmes de 1938.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#034;Il n'y a plus, parmi les enfants dont nous avons la charge, de client&#232;le pr&#233;destin&#233;e.&#034; &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es soixante vont ent&#233;riner et l&#233;galiser l'essor de la scolarisation, manifeste &#224; l'apr&#232;s-guerre. La r&#233;forme Berthoin de 1959 prolonge la scolarit&#233; obligatoire jusqu'&#224; 16 ans et, faisant passer en actes les paroles de Gustave Monod (un des artisans du plan Langevin-Wallon de 1947) : &#171; Il n'y a plus, parmi les enfants dont nous avons la charge, de client&#232;le pr&#233;destin&#233;e. &#187;, travaille &#224; une d&#233;mocratisation qui va amener tous les &#233;l&#232;ves au coll&#232;ge, et fusionner les divers coll&#232;ges en un syst&#232;me unique de premier cycle.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1960 -1975. &#192; l'&#233;cole primaire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;organisation, qui prendra quinze ans, change la finalit&#233; de l'&#233;cole primaire, qui devient une prop&#233;deutique du coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses manques (&#171; la lecture courante n'est pas encore compl&#232;tement acquise &#224; dix ans par la moyenne des &#233;l&#232;ves &#187;, instructions de 1938 et 1950) sont un temps combattus par un renforcement des horaires du fran&#231;ais, puis par un changement de m&#233;thodes fond&#233; sur &#171; l'activit&#233; intelligente des &#233;l&#232;ves &#187;, qui doit donner du sens &#224; leurs acquisitions, jug&#233;es trop automatiques en lecture et grammaire pour permettre &#171; un enseignement de culture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En lecture&lt;/i&gt;, la m&#233;thode alphab&#233;tique est contest&#233;e pour son m&#233;canisme, au profit d'une m&#233;thode id&#233;ovisuelle cens&#233;e d&#233;velopper la recherche empirique de l'&#233;l&#232;ve. Le d&#233;chiffrage, recommand&#233; sur trois mois en 1923, est port&#233; &#224; deux ans (en fin de CE1) en 1972. En 1985 toujours, les instructions affirment : &#171; Lire, c'est comprendre. Le ma&#238;tre n'engage donc pas l'enfant dans un apprentissage m&#233;canique et passif. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le &#171; plan Rouchette &#187; de 1969, l'apprentissage de la langue normative, celle des &#171; h&#233;ritiers &#187; selon Bourdieu, est remplac&#233; par celui de la langue en situation de communication, jug&#233;e plus accessible &#224; ceux qui ne le sont pas, et plus conforme aux avanc&#233;es de la linguistique universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence,&lt;i&gt; les horaires&lt;/i&gt; du fran&#231;ais baissent, puisque l'&#233;l&#232;ve est consid&#233;r&#233; comme plus actif du fait des nouvelles m&#233;thodes : les horaires du CP passent en 1969 de 15 &#224; 10 heures par semaine, et en 1995 &#224; 9 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les programmes de grammaire&lt;/i&gt; s'all&#232;gent graduellement, l'allongement de la scolarit&#233; permettant de reporter vers l'aval l'acquisition des connaissances &#8211; ce qui entre en contradiction avec les affirmations de 1960 demandant le renforcement des acquis de l'&#233;cole primaire, en amont donc, pour une scolarit&#233; ult&#233;rieure efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1960-1975. En premier et second cycles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps les &lt;i&gt;programmes&lt;/i&gt; ne changent pas et reproduisent les instructions ant&#233;rieures, mais &#233;tendues &#224; tous. Sur le papier, la d&#233;mocratisation est compl&#232;te : en 1964, toutes les classes du premier cycle ont les m&#234;mes programmes ; les &#233;l&#232;ves non-latinistes ont 2 heures hebdomadaires de plus que leurs camarades latinistes, comme dans le lyc&#233;e de 1902 et 1925. Des horaires g&#233;n&#233;reux sont donc consid&#233;r&#233;s comme partie prenante de la d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;m&#233;thodes &lt;/i&gt; en revanche marquent le pas. Si les classes de 6&#232;me et de 5&#232;me connaissent des &#171; travaux dirig&#233;s &#187; en demi-classes qui poussent &#224; des exercices plus actifs, la force de la tradition perdure en litt&#233;rature dans les deux cycles : l'histoire litt&#233;raire et le recours &#224; la biographie tiennent trop souvent lieu d'explication, l'&#233;criture litt&#233;raire est peu analys&#233;e et les textes sont souvent donn&#233;s comme transparents, enfin la litt&#233;rature est vue sans autre forme de proc&#232;s comme une formation morale : une &#171; atmosph&#232;re de beaut&#233; morale li&#233;e &#224; la beaut&#233; litt&#233;raire &#187;(Memento de 1953), qui emp&#234;che l'&#233;largissement du programme &#224; des &#339;uvres et &#224; des p&#233;riodes plus contestataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La novation et une v&#233;ritable r&#233;flexion sur la culture litt&#233;raire pour tous se d&#233;veloppent au contraire dans l'enseignement technique accueillant depuis son origine des &#233;l&#232;ves d'origine populaire. L'enseignement grammatical est pens&#233; hors du latin et cherche &#224; renouveler &#171; l'int&#233;r&#234;t de la grammaire &#187;, &#171; &#233;tude d'intelligence &#187;. L'explication litt&#233;raire y rejette les scl&#233;roses de l'enseignement g&#233;n&#233;ral, privil&#233;gie le travail sur le texte et non la glose, et rejette la morale au profit d'une vision formatrice : &#171; la litt&#233;rature est une force sociale &#187;. Les horaires (6 heures en 6&#232;me et 5&#232;me, 5 heures en 4&#232;me et 3&#232;me) soutiennent cette formation. Les programmes (1961) sont plus ouverts, incluant le XIXe, le XXe, les litt&#233;ratures &#233;trang&#232;res traduites, l'&#233;tude d'&#339;uvres compl&#232;tes, et font, jusqu'au lyc&#233;e inclus, une place importante &#224; la p&#233;dagogie de l'&#233;crit et &#224; celle des exercices de &#171; composition fran&#231;aise &#187;, avec des m&#233;thodes actives de recherche collective.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#232;re du soup&#231;on&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La cohabitation de ces deux conceptions antinomiques de l'enseignement du fran&#231;ais, entre un humanisme classique &#224; vis&#233;e morale et esth&#233;tique, et les partisans d'un enseignement explicite et codifi&#233;, est le sympt&#244;me d'une crise latente. Crise didactique avec le &#171; nouveau roman &#187; qui fait &#233;clater les codes de l'explication litt&#233;raire par des d&#233;tours ext&#233;rieurs au texte, et avec le d&#233;veloppement de la linguistique qui promeut la grammaire fonctionnelle plus exacte ; crise sociologique qui met en cause, avec &#171; Les H&#233;ritiers &#187; de Pierre Bourdieu (1964), le caract&#232;re socialement et scolairement s&#233;lectif de la langue fran&#231;aise &#233;labor&#233;e ; crise p&#233;dagogique, les enseignants de l'AFEF voulant substituer &#224; l'histoire litt&#233;raire &#171; une capacit&#233; d'acc&#232;s m&#233;thodologique aux grandes &#339;uvres &#187;, et &#233;liminer la dissertation (1969). Ces derni&#232;res conceptions vont rencontrer les th&#233;ories issues de l'&#233;ducation nouvelle, donnant davantage de place &#224; l'activit&#233; de l'&#233;l&#232;ve comme cr&#233;ateur de son savoir, et s'imposent dans les ann&#233;es 65-70.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le ministre Alain Peyrefitte, soucieux des changements suscit&#233;s par la r&#233;forme Berthoin et des besoins p&#233;dagogiques de renouveau, leur donne corps ; il demande en mars 68 des &#171; ma&#238;tres qui soient moins les serviteurs d'une discipline que les serviteurs des enfants &#187;, et des professeurs qui soient &#171; des animateurs &#187;. Pendant ce temps, certains professeurs de fran&#231;ais estiment qu'il faut renoncer aux exigences suppos&#233;es discriminantes de la discipline pour reconna&#238;tre &#224; travers leur langue les &#233;l&#232;ves de milieux populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renoncement disciplinaire g&#233;n&#233;ralis&#233; est institutionnalis&#233; dans les textes officiels de 1963-66 r&#233;glant les &#171; classes de transition &#187; destin&#233;es aux &#233;l&#232;ves faibles des anciennes classes de fin d'&#233;tudes du primaire : individualisation des t&#226;ches, appui sur la &#171; motivation &#187; et &#171; l'int&#233;r&#234;t imm&#233;diat &#187; ; absence d'horaires d&#233;di&#233;s et de programmes, disciplines effac&#233;es au profit de travaux par &#171; th&#232;mes &#187; ; apparition de la formule &#171; l'&#233;l&#232;ve au centre de l'action &#233;ducative &#187; (1966). Critiqu&#233;es par l'extr&#234;me gauche qui y voit une mise &#224; l'&#233;cart d&#233;finitive des &#233;l&#232;ves d'origine populaire, ces conceptions seront &#233;tendues, par souci de coh&#233;rence sociale et politique, &#224; l'ensemble des scolarit&#233;s primaire et de premier cycle, par la loi de 1989 : &#171; l'&#233;l&#232;ve est au centre du syst&#232;me &#233;ducatif &#187; et &#171; construit un savoir... par sa propre activit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des exp&#233;rimentations inverses, exigeantes et scientifiquement men&#233;es, ne seront ni diffus&#233;es ni exploit&#233;es. Dans ces m&#234;mes ann&#233;es 60-70, le sociologue Guy Vincent se consacre au capital linguistique de coll&#233;giens en difficult&#233; et met en &#233;vidence leurs capacit&#233;s d'abstraction ; l'instituteur Jean Repusseau parvient aux m&#234;mes convictions &#224; partir de l'immersion d'&#233;l&#232;ves r&#233;put&#233;s faibles dans une &#171; p&#233;dagogie de la culture &#187; : des textes exclusivement litt&#233;raires de grands auteurs servent de base &#224; l'ensemble de son enseignement du fran&#231;ais. Leurs conclusions auraient pu remettre en cause le choix officiel, pour rem&#233;dier &#224; la difficult&#233; scolaire, d'affaiblir les exigences ; et mettre en lumi&#232;re l'erreur d'une politique minimaliste. Il n'en a rien &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1975- 1995 &#192; l'&#233;cole primaire et en premier cycle, de la 6e &#224; la 3e &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes du primaire de 1972 sont prorog&#233;s par le minist&#232;re Chev&#232;nement en 1985, avec une insistance sur l'organisation et la r&#233;gularit&#233; de l'apprentissage de la langue. Le CP gagne 1 heure, passant de 9 &#224; 10 heures hebdomadaires de fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coll&#232;ge unique de 1975, englobant d&#233;finitivement les fili&#232;res ant&#233;rieures, se dota de programmes plus ouverts que les pr&#233;c&#233;dents qui dataient de presque un si&#232;cle, limitant la place du XVIIe si&#232;cle au profit d'&#339;uvres compl&#232;tes du XXe, insistant sur la qualit&#233; de l'expression par des exercices d&#233;taill&#233;s de r&#233;daction et d' &#171; entra&#238;nement m&#233;thodique &#187;, et r&#233;novant l'explication de textes, avec un esprit d'exigence proche de celui des programmes de Jean Zay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;mocratisation effective s'exer&#231;a pendant quelques ann&#233;es, de 1968 &#224; 1977, utilisant, comme levier de la scolarisation des classes sociales populaires et palliatif de l'absence du latin, des horaires g&#233;n&#233;reux (6 heures hebdomadaires, soit 216 heures annuelles, dont la moiti&#233; d&#233;doubl&#233;es) calqu&#233;s sur ceux des &#233;l&#232;ves non-latinistes des cours compl&#233;mentaires. Mais ce bienfait cessa rapidement : les horaires du CP furent r&#233;duits de 30% en 1969 et la r&#233;forme Haby instituant le coll&#232;ge unique fit en un &#233;t&#233; (1977) passer la scolarisation en coll&#232;ge de la d&#233;mocratisation &#224; la massification : les &#233;l&#232;ves les plus d&#233;munis allaient recevoir moins d'heures que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs les plus favoris&#233;s du premier cycle des lyc&#233;es, avec la disparition d'une heure hebdomadaire et des d&#233;doublements. Une heure de &#171; soutien &#187; facultative destin&#233;e aux &#233;l&#232;ves faibles, rompant le dynamisme d'une progression, ne pouvait remplacer l'horaire perdu ni les heures de demi-groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme Chev&#232;nement de 1985 ent&#233;rina les programmes ant&#233;rieurs, mais en baissant encore les horaires d'une demi-heure et en supprimant le &#171; soutien &#187;. Les professeurs sont somm&#233;s d'enseigner mieux en enseignant moins, car, ainsi, ils &#171; identifient mieux l'essentiel &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1975-2000. En second cycle de lyc&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second cycle va se r&#233;former sous la triple pression -en amont de la r&#233;forme Berthoin, en aval de l'universit&#233; et du pouvoir politique r&#233;clamant davantage de scientifiques. Les fili&#232;res classiques sont revues, laissant place en 1965 &#224; trois s&#233;ries : litt&#233;raire, scientifique et &#233;conomique, la quatri&#232;me s&#233;rie technique &#233;tant maintenue et allong&#233;e sur un cursus en trois ans. Les &#233;preuves du baccalaur&#233;at sont en 1969 anticip&#233;es &#224; la fin de la Premi&#232;re et g&#233;n&#233;ralis&#233;es &#224; l'ensemble des s&#233;ries, causant paradoxalement l'affaiblissement graduel de la s&#233;rie litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &lt;i&gt;&#233;preuves&lt;/i&gt; sont revues. La composition fran&#231;aise sur programme d'auteurs bloquait toute &#233;volution. Elle est remplac&#233;e par le choix entre trois exercices : un r&#233;sum&#233;-discussion de texte d'id&#233;es, plus fonctionnel, un commentaire compos&#233; sur libell&#233;, un essai litt&#233;raire de type dissertatif. Ce passage de l'histoire litt&#233;raire rigidifi&#233;e &#224; la formation de &#171; capacit&#233;s de r&#233;flexion et d'expression &#187; est le sym&#233;trique de celui de 1880, rejetant l'imitation st&#233;rile au profit de la dissertation critique. Un oral d'explication de texte est parall&#232;lement cr&#233;&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;formation&lt;/i&gt; des professeurs et les pr&#233;parations aux concours se modernisent, incluant des &#233;tudes de linguistique et de nouvelle critique, et vont peser sur la r&#233;novation de l'explication de textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveaux &lt;i&gt;programmes&lt;/i&gt; paraissent en 1981, &#224; la suite et dans l'esprit de ceux du coll&#232;ge de la r&#233;forme Haby. Ils prennent en compte les avanc&#233;es linguistiques et les m&#233;thodes actives, mais marquent des h&#233;sitations de doctrine (&#171; la litt&#233;rarit&#233; est difficile &#224; d&#233;finir avec rigueur &#187;, &#171; il n'y a pas un mod&#232;le unique de culture. &#187;) et de prescriptions : la liste d'&#339;uvres est remplac&#233;e par une liste d'auteurs, l'argumentation viserait moins &#224; penser qu'&#224; persuader. Cependant la d&#233;finition des &#233;preuves d'examen, insistant sur la formation d'un jugement critique, limite les incertitudes et guide les pratiques. En 1988 d'autres programmes paraissent, &#224; la fois plus classiques (retour d'une liste d'&#339;uvres et de l'histoire litt&#233;raire mais en contexte) et plus novateurs : l'explication de texte devient &#171; lecture m&#233;thodique &#187; organis&#233;e autour d'outils linguistiques et rh&#233;toriques qui dissuadent de la vieille explication impressionniste ou biographique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; L'&#233;l&#232;ve au centre du syst&#232;me &#187;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories issues de l'&#233;ducation nouvelle sont depuis les ann&#233;es 60 introduites au minist&#232;re, avec Louis Legrand promoteur du plan Rouchette et des &#171; groupes de niveau &#187;, puis Philippe Meirieu, conseiller et un temps membre du Conseil national des programmes. Elles prennent force de loi &#224; partir de 1989 (loi Jospin). Pour donner plus d'autonomie &#224; l'&#233;l&#232;ve, limiter le r&#244;le de la transmission, r&#233;put&#233;e trop autoritaire et invasive, l'&#233;l&#232;ve est plac&#233; &#171; au centre du syst&#232;me &#233;ducatif &#187; et somm&#233; d'y &#171; acqu&#233;rir un savoir et de construire sa personnalit&#233; par sa propre activit&#233; &#187;, dans le cadre d'une &#171; socialisation &#187; qui &#171; est un objectif prioritaire de l'&#233;cole obligatoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; socialisation &#187; prend le relais de la vieille formation morale par les textes des ann&#233;es 50, bannie depuis trente ans. Les sociolinguistes universitaires entr&#233;s au Conseil national des programmes s'en chargent, en introduisant des notions techniques (genres, registres, &#233;nonciation) destin&#233;es &#224; lutter contre la &#171; connivence culturelle &#187; humaniste des &#233;lites, et des concepts de communication (&#171; actes de parole &#187;) propres &#224; &#171; d&#233;sarmer une violence verbale &#187; . L'objectif est double : pacifier les relations sociales en les rendant &#171; respectueuse(s) du pacte d&#233;mocratique de l'interdit de la violence &#187;, et instaurer une &#233;galit&#233; &#171; horizontale &#187;entre les &#233;l&#232;ves, en &#233;liminant la transmission &#171; verticale &#187; et historique de la culture, remplac&#233;e par un bagage technique.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1995-2008. &#192; l'&#233;cole primaire et en premier cycle, de la 6&#232;me &#224; la 3&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les programmes&lt;/i&gt; de 1995 (ainsi que ceux de 2002 en primaire) illustrent les principes de ce &#171; constructivisme &#187; li&#233; &#224; l'activit&#233; individuelle de l'&#233;l&#232;ve. Celui-ci doit &#234;tre plac&#233; constamment &#171; en position de recherche &#187;, &#171; s'initier &#187;, &#171; d&#233;couvrir &#187; en &#171; &#233;l&#232;ve enqu&#234;teur &#187; au centre de la globalit&#233; des savoirs, et s'y orienter par lui-m&#234;me. En grammaire, l'&#233;l&#232;ve va &#171; observer les variations qui affectent les verbes &#187;, les &#171; exercices r&#233;p&#233;titifs &#187; sont bannis. Pendant ce temps les horaires diminuent (la moyenne de l'horaire hebdomadaire du primaire passe de 10 heures &#224; 7,7 heures entre 1969 et 2002) &#8211; l'utilisation du fran&#231;ais dans toutes les mati&#232;res (&#171; pratique transversale de la langue &#187;) &#233;tant cens&#233;e remplacer son &#233;tude -, les contenus baissent (&#171; l'explication de la subordination est report&#233;e au coll&#232;ge &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des &lt;i&gt;m&#233;thodes d'apprentissage de la lecture&lt;/i&gt; se clarifie peu &#224; peu. Un premier revirement en 2002 pr&#233;conise le &#171; phonocentrisme &#187; et prend ses distances avec la m&#233;thode globale ou &#171; &#224; hypoth&#232;ses &#187;, la conf&#233;rence de consensus de 2003 et un arr&#234;t&#233; de 2006 ent&#233;rinent l'importance de l'automatisation des proc&#233;d&#233;s de d&#233;codage et d'identification des mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au coll&#232;ge&lt;/i&gt;, r&#232;gne l'impr&#233;cision du constructivisme. &lt;i&gt;En grammaire&lt;/i&gt;, l'&#233;l&#232;ve doit &#234;tre &#171; capable de r&#233;fl&#233;chir plut&#244;t que de reconna&#238;tre &#187;. La m&#233;thode globale d'explication des textes somme l'&#233;l&#232;ve de distinguer des &#171; discours &#187; (&#171; actes de communication &#187;), puis de passer &#224; la &#171; grammaire de texte &#187; (organisation interne des &#233;nonc&#233;s) et enfin &#171; de phrase &#187; o&#249; seront peut-&#234;tre distingu&#233;es les fonctions. En pratique, grammaire et explication de texte doivent se mener en m&#234;me temps, globalis&#233;es en &#171; s&#233;quences &#187; d'&#233;tude conjointe des textes et de de la langue &#8211; brouillage qui exclut les apprentissages progressifs et structur&#233;s et nie la grammaire comme syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La litt&#233;rature&lt;/i&gt;, elle aussi, passe sous la coupe des &#171; discours &#187;, &#171; actes de parole &#187; dont &#171; l'analyse oblige &#224; prendre en compte une dimension sociale &#187;. Tous les textes sont donc r&#233;pertori&#233;s en fonction de leur type (&#171; discours narratif &#187;, &#171; discours argumentatif &#187;...) et non de leur auteur, de leur qualit&#233; ou de leur &#233;poque : tous les &#171; discours &#187; de m&#234;me type s'&#233;quivalent, qu'ils soient litt&#233;raires ou non ; la &#171; litt&#233;rature de jeunesse &#187; &#233;clipse bien des &#339;uvres classiques jusque-l&#224; r&#233;put&#233;es indispensables &#224; la culture commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &lt;i&gt;horaires&lt;/i&gt; fix&#233;s par le minist&#232;re Bayrou en 1995, ils deviennent variables au sein d'une &#171; fourchette &#187; allant de 4 &#224; 5 h 30 de cours par semaine. D'un &#233;tablissement &#224; l'autre, un &#233;l&#232;ve peut donc avoir re&#231;u jusqu'&#224; 32 semaines de cours de moins (presque une ann&#233;e scolaire &#8211; 36 semaines) qu'un camarade d'un autre coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &#171; socle commun &#187; &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Entre temps, le &#171; socle commun &#187; th&#233;oris&#233; dans le rapport Th&#233;lot de 2004, est instaur&#233; par la loi Fillon de 2005, satisfaisant aux v&#339;ux du sociologue Fran&#231;ois Dubet : que les savoirs du coll&#232;ge soient r&#233;gl&#233;s sur &#171; ce que doit savoir le plus faible des &#233;l&#232;ves quand il en sort. &#187;, seule garantie selon lui contre les in&#233;galit&#233;s. Principe inverse de celui du plan Langevin-Wallon de 1947, o&#249; &#171; tous les enfants, quelles que soient leurs origines familiales, sociales, ethniques, ont un droit &#233;gal au d&#233;veloppement maximum que leur personnalit&#233; comporte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1999-2011 En second cycle de lyc&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Viala, universitaire &#224; Oxford et &lt;i&gt;auteur des programmes&lt;/i&gt; de lyc&#233;e de 1999, pr&#234;che lui aussi pour une approche globale de la litt&#233;rature : &#171; L'&#233;cole se doit de donner une vue d'ensemble qui les rende [les &#233;l&#232;ves] capables de faire des choix en connaissance de cause &#187;, au nom de la d&#233;mocratie : &#171; dans un programme scolaire, imposer une conception ne respecterait pas la v&#233;rit&#233; scientifique ni les principes d&#233;mocratiques. &#187; Il n'y a plus d'&#233;chelle de valeurs, et l'explication de textes est cens&#233;e nuire aux &#233;l&#232;ves : &#171; en montrant la richesse d'un texte, on renforce l'image de l'&#233;crivain de g&#233;nie, en paralysant la facult&#233; d'&#233;criture d'&#233;l&#232;ves qui manient mal les id&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En retour, le programme va pourvoir l'&#233;l&#232;ve de quelques cl&#233;s suppos&#233;es universelles et d&#233;mocratiques : pour acc&#233;der aux &#339;uvres et les comprendre, il faut les classer en genres, en registres (tonalit&#233;s &#233;pique, tragique etc., et m&#234;me &#233;pidictique), conna&#238;tre leur histoire litt&#233;raire et culturelle, et leur &#171; effet sur le destinataire &#187;. Le but de l'&#233;tude d'un roman sera &#171; de faire appara&#238;tre le fonctionnement et la sp&#233;cificit&#233; du genre narratif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les programmes&lt;/i&gt; sont r&#233;duits &#224; des genres, sans noms d'auteurs &#8211; le professeur choisira les &#339;uvres. Les exercices de baccalaur&#233;at (auxquels on ajoute sans suppl&#233;ment de temps un &#171; corpus &#187; de textes &#224; analyser pour contraindre &#224; &#171; une vue d'ensemble &#187;) calqu&#233;s sur ces programmes deviennent infaisables, et absorbent une grande partie du temps scolaire. Un troisi&#232;me type d'&#233;preuve est introduit en remplacement du r&#233;sum&#233;-discussion ; le &#171; sujet d'invention &#187;, qui revient aux sujets d'avant 1880 et &#224; des jeux de r&#244;les improbables o&#249; l'anachronisme peut librement s'&#233;panouir (imaginer un discours de Flaubert s'adressant &#224; Zola, une discussion entre Diderot et Van Loo sur les m&#233;rites descriptifs compar&#233;s de la peinture et de la litt&#233;rature, une lettre de la fille de Madame de S&#233;vign&#233; &#224; sa m&#232;re, une lettre &#224; un directeur de revue litt&#233;raire pour lui proposer un po&#232;me...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves ayant beaucoup de mal &#224; assimiler ces outils nouveaux et ne comprenant pas en quoi ils pouvaient &#233;clairer des textes dont ils ne saisissaient m&#234;me pas le sens litt&#233;ral, les inspecteurs g&#233;n&#233;raux sonnent le tocsin d&#232;s 2003. En 2007, le roman est r&#233;introduit en classe de Premi&#232;re d'o&#249; il &#233;tait absent. En 2011, un programme par th&#232;mes litt&#233;raires larges et par genres remplace les pr&#233;c&#233;dents, sans toutefois supprimer le &#171; sujet d'invention &#187; au baccalaur&#233;at, dont la r&#233;alisation donne souvent des r&#233;sultats indigents, et dont le type n'a rien &#224; voir avec des &#233;tudes sup&#233;rieures &#224; venir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les &lt;i&gt;horaires&lt;/i&gt; sont drastiquement r&#233;duits par la r&#233;forme Chatel de 2010 : suppression de 1 h 30 de cours en Seconde (54 heures sur l'ann&#233;e), perte de 126 heures de fran&#231;ais sur l'ensemble du cursus de la fili&#232;re litt&#233;raire L.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2008-2016 &#192; l'&#233;cole primaire et en premier cycle, de la 6&#232;me &#224; la 3&#232;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2008, le minist&#232;re Darcos revient en &lt;i&gt;primaire&lt;/i&gt; &#224; des&lt;i&gt; programmes&lt;/i&gt; plus explicites, proches de l'esprit de ceux de 1985 quoique moins complets. Le lexique du t&#226;tonnement dispara&#238;t. Le CP compte 1 heure de plus (de 10 h &#224; 11 h). Mais les cours du samedi matin (qui avaient lieu deux semaines sur trois) sont supprim&#233;s, r&#233;duisant ainsi de deux heures le total hebdomadaire. Cette perte ne sera jamais compens&#233;e, la loi de &#171; refondation &#187; de 2013 l'ent&#233;rinant sans autre forme de proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au &lt;i&gt;coll&#232;ge&lt;/i&gt;, les &#171; discours &#187; disparaissent des programmes, la grammaire peut &#234;tre enseign&#233;e de fa&#231;on autonome et construite, et non au hasard des textes. La litt&#233;rature reprend sa place en tant que porteuse de sens et non de &#171; discours &#187;. Mais les horaires ne sont pas renforc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le minist&#232;re calcule que le niveau d'orthographe grammaticale des &#233;l&#232;ves a r&#233;gress&#233; d'au moins deux ann&#233;es scolaires entre 1987 et 2007 (les &#233;l&#232;ves de 5e de 2007 ont le niveau du CM2 de 1987), et &#224; nouveau entre 2007 et 2015 (enqu&#234;te Cedre, Note d'information DEPP n&#176;28, novembre 2016).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2016 : nouveaux programmes, grand bond en arri&#232;re&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tous les programmes de l'&#233;cole primaire et du coll&#232;ge, pour toutes les classes en m&#234;me temps &#224; la rentr&#233;e 2016, sont refondus en 2015 par le Conseil sup&#233;rieur des programmes (CSP) et structur&#233;s selon le &#171; socle commun &#187; (la ma&#238;trise des connaissances, des comp&#233;tences et des comportements n&#233;cessaires pour s'int&#233;grer dans le monde professionnel, selon les crit&#232;res europ&#233;ens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un quart de si&#232;cle apr&#232;s, ils reprennent les principes de la loi de 1989 et des programmes de 1995&lt;/i&gt; : globalisme au nom du constructivisme dans tous les domaines, ma&#238;trise de la lecture report&#233;e en fin de CE2, r&#233;duction de l'&#233;tude de la langue (abord&#233;e en dernier point des divers programmes, et appauvrie : l'apprentissage du pass&#233; simple est r&#233;duit &#224; la 3e personne). La grammaire repose &#224; nouveau sur des t&#226;tonnements et des manipulations ; au coll&#232;ge, la &#171; s&#233;quence &#187; m&#234;lant litt&#233;rature et grammaire revient comme mod&#232;le p&#233;dagogique impos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; &lt;i&gt;l'&#233;tude des textes et de la litt&#233;rature&lt;/i&gt; de la 5e &#224; la 3e, elle est subordonn&#233;e, comme dans les programmes Viala du lyc&#233;e abandonn&#233;s en 2011, &#224; des cat&#233;gories, mais qui n'ont ici rien de litt&#233;raire ; ce sont des &#171; entr&#233;es &#187; de type &#233;ducatif ou socialisant de d&#233;veloppement de la personne : &#171; se chercher, se construire &#187;, &#171; vivre en soci&#233;t&#233;, participer &#224; la soci&#233;t&#233; &#187;, &#171; regarder le monde, inventer des mondes &#187;, &#171; agir sur le monde &#187;. Toutes les &#339;uvres doivent donc entrer dans ces sens pr&#233;&#233;tablis, au lieu que la &#171; lecture m&#233;thodique &#187; du lyc&#233;e des ann&#233;es 90 refusait &#171; les sens pr&#233;existants &#187;... Toute production &#233;crite ou film&#233;e peut &#234;tre objet d'&#233;tude : tous les supports (&#339;uvres classiques, litt&#233;rature de jeunesse, bandes dessin&#233;es, s&#233;ries, films) sont possibles. L'&#233;tude chronologique dispara&#238;t, de m&#234;me que les listes d'auteurs et d'&#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;programmes&lt;/i&gt; se d&#233;clinent en cycles, avec seulement des &#171; rep&#232;res de progressivit&#233; &#187; succincts. C'est ainsi que la classe de 6e, incluse dans le cycle 3 du primaire (CM1, CM2, 6&#232;me) comme le r&#233;clamaient depuis longtemps les sociologues, n'a plus de programme de litt&#233;rature et se fait compl&#233;ment du CM2. En cycle 4, les diff&#233;rences de niveau sont effac&#233;es dans une formule &#171; de la 5&#232;me &#224; la 3&#232;me &#187;, nuisant &#224; l'&#233;galit&#233; entre &#233;tablissements, et compliquant les changements d'&#233;cole ou de coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&#168;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles le&#231;ons peut-on tirer de cette exploration historique ? Quelles occasions l'enseignement du fran&#231;ais a-t-il manqu&#233;es au cours de son histoire ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) La d&#233;finition de l'enseignement du fran&#231;ais, fix&#233;e &#224; son apparition comme discipline autonome, est-elle toujours fond&#233;e ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'instauration de l'instruction publique, il s'agit dans les petites classes d'acqu&#233;rir la lecture, la ma&#238;trise de la langue, les premi&#232;res approches d'une langue litt&#233;raire, par les r&#233;cits, les po&#232;mes, les fables. Les premi&#232;res instructions (1923, 1938, 1945 et 1950) d&#233;taill&#233;es et bienveillantes, incluant la pratique de l'oral, fixent ces fondements. Les principaux &#233;cueils rencontr&#233;s au cours de cette p&#233;riode semblent le formalisme et le laxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principes d'une &#233;tude &#171; chimiquement pure &#187; de la &lt;i&gt;litt&#233;rature&lt;/i&gt; semblent &#233;tablis d&#232;s le coup de force instituant le fran&#231;ais au baccalaur&#233;at en 1880 : &#171; L'&#233;tude des litt&#233;ratures se fera par les textes &#187;, &#171; par une m&#233;thode positive &#187; &#171; formant &#224; un imp&#233;rieux devoir d'exactitude &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;exercices&lt;/i&gt; conduiront &lt;i&gt;&#224; l'exercice de la r&#233;flexion et &#224; la formation de la pens&#233;e&lt;/i&gt; : &#171; un bon rapport, un bon expos&#233; dans un style exact, clair et suivi, sans autres qualit&#233;s litt&#233;raires que l'ordre et la justesse. &#187; (G. Lanson, 1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. Rudler pr&#233;conisera la dissertation, pr&#233;sent&#233;e comme &#171; un th&#233;or&#232;me &#187;. Les &#233;l&#232;ves &#171; comprirent vite ce langage (&#8230;). Je conclus de l&#224; que nous aurions tort de nous montrer sceptiques sur l'intelligence de nos &#233;l&#232;ves. Nous pouvons attendre et obtenir beaucoup d'eux, pourvu que nous leur apportions une m&#233;thode. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception assez &#171; scolaire &#187; (au sens de &#171; accessible aux &#233;l&#232;ves &#187;) d&#233;tach&#233;e des influences, faisant des textes les seuls guides de leur interpr&#233;tation, et cultivant l'esprit critique par des m&#233;thodes explicites, perdure assez longtemps avant et apr&#232;s guerre, et pr&#233;side sans beaucoup de remises en cause internes &#224; la scolarisation massive dans les programmes du coll&#232;ge de 1961, 1975 et 1985, ainsi que ceux du lyc&#233;e de 1981 et 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8594; &lt;i&gt;Cette d&#233;finition de la formation linguistique et litt&#233;raire est-elle p&#233;renne ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) Quelles conceptions ont pu d&#233;naturer et instrumentaliser l'enseignement de la langue et de la litt&#233;rature ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question morale et la formation civique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al corn&#233;lien du h&#233;ros et de la vertu s'impose &#224; travers l'importance longtemps pr&#233;gnante du XVIIe si&#232;cle dans les ann&#233;es 1920-50, et paralyse l'extension des programmes, tout comme la formation &#224; &#171; la beaut&#233; morale &#187; par les beaux textes des ann&#233;es 1950. La socialisation, vue comme l'apaisement des rapports relationnels (persuasion de Perelman), prend le relais de la morale dans les ann&#233;es 1990 (Meirieu). Les programmes de 1995 et 2000 en portent la marque. Ceux de 2016 y reviennent (programmes de litt&#233;rature par &#171; entr&#233;es &#187; socialisantes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature est alors employ&#233;e pour d'autres fins qu'elle-m&#234;me, et cette utilisation st&#233;rilise la vertu des textes comme porteurs de sens, et surtout porteurs d'un sens pluriel induit par le langage litt&#233;raire. P&#233;dagogiquement, elle rend l'apprentissage incompr&#233;hensible par de jeunes &#233;l&#232;ves. Politiquement, elle r&#233;duit l'instruction &#224; une cat&#233;chisation, et pose le probl&#232;me de la formation du jugement critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8594; &lt;i&gt;Comment sortir de l'instrumentalisation du fran&#231;ais ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'est manifest&#233;e par la contestation de la culture &#171; bourgeoise &#187;, qui a perdur&#233; dans la contestation de l'apprentissage de la langue &#233;labor&#233;e, versus la langue du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte historique a jou&#233; contre le fran&#231;ais : l'instruction port&#233;e par la III&#232;me R&#233;publique a &#233;t&#233; assimil&#233;e &#224; une colonisation des esprits ; inversement, le constructivisme r&#233;instaurant l'activit&#233; de l'&#233;l&#232;ve serait une tentative de d&#233;colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politisation des questions p&#233;dagogique et didactique a brouill&#233; tous les efforts de r&#233;flexion disciplinaire (depuis les ann&#233;es 60 et la d&#233;nonciation du plan Rouchette par l'Acad&#233;mie fran&#231;aise et &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, toutes les questions d'instruction sont devenues politiques) : la m&#233;thode syllabique a &#233;t&#233; accus&#233;e de conservatisme, de m&#233;thode &#171; de droite &#187;, contre le globalisme r&#233;put&#233; &#171; de gauche &#187;, paralysant les r&#233;flexions sur l'efficacit&#233; des m&#233;thodes et emp&#234;chant de penser les rapports dialectiques entre analyse et synth&#232;se dans l'apprentissage de la lecture par des enfants en devenir. La &#171; lecture m&#233;thodique &#187;, dont l'objectivit&#233; a &#233;t&#233; salu&#233;e et reconnue salutaire, a &#233;t&#233; proclam&#233;e &#171; seule lecture de gauche &#187;, alors m&#234;me que c'&#233;taient des progr&#232;s didactiques et non directement politiques, la linguistique et la nouvelle critique, qui l'avaient permise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8594; &lt;i&gt;Comment sortir de la lecture politique des m&#233;thodes ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) Quelles r&#233;alit&#233;s ou modalit&#233;s de l'enseignement du fran&#231;ais ont-elles &#233;t&#233; n&#233;glig&#233;es, ou non interrog&#233;es ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le pr&#233;jug&#233; misogyne&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement f&#233;minin sans latin ni grec en lyc&#233;e (jusqu'en 1924) n'a pas &#233;t&#233; interrog&#233;, alors qu'il pouvait &#233;clairer la question de la grammaire (qu'est-ce qu'un enseignement de la grammaire d&#233;tach&#233; du mod&#232;le latin ?) et celle de la culture commune (quel programme de litt&#233;rature dans les lyc&#233;es de jeunes filles ?). Seul l'enseignement masculin a pr&#233;valu, comme mod&#233;lisateur de la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le pr&#233;jug&#233; de classe&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res d&#233;mocratisations se sont effectu&#233;es dans les &#171; &#233;coles du peuple &#187; sans latin (&#233;coles primaires sup&#233;rieures municipales, cours compl&#233;mentaires, coll&#232;ges techniques) bien avant la r&#233;forme Berthoin et le coll&#232;ge unique : entre 1937 et 1947, la proportion des enfants d'ouvriers et artisans en 6e passe de 9 &#224; 31%. Mais les instructions et les m&#233;thodes qui les concernent, tr&#232;s d&#233;taill&#233;es en contenus et horaires, ne sont pas reprises au moment de la d&#233;mocratisation, qui s'effectue sur le &#171; mod&#232;le lyc&#233;e &#187;. Tr&#232;s explicites et gradu&#233;es, elles auraient pu mod&#233;liser celles du coll&#232;ge unique (comment forme-t-on les enfants &#171; du peuple &#187; ? pourquoi les instructions qui les concernent ont-elles &#233;t&#233; si prescriptives, et dans quel but ? Pourquoi n'a-t-on pas repris leurs le&#231;ons ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le latin comme alibi, le fran&#231;ais sans latin grand absent&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le latin a longtemps &#233;t&#233; utilis&#233; &#224; d&#233;charge : horaires renforc&#233;s des &#233;l&#232;ves non-latinistes en lyc&#233;e et en cours compl&#233;mentaires de 1902 &#224; 1959, et en coll&#232;ge en 1968-69 pour pallier la disparition du latin en 6&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la d&#233;mocratisation par massification, le latin est utilis&#233; &#224; charge : baisse des horaires de 30% en CP (1969) parce que le latin en 6&#232;me va &#234;tre supprim&#233; (le fran&#231;ais ne servirait qu'&#224; faire du latin) ; comme tous n'auraient pas fait de latin, les non-latinistes potentiels perdent leur avantage...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;liminant le latin comme alibi administratif ou politique, on aurait pu d&#233;finir les exigences d'un enseignement du fran&#231;ais compensant la r&#233;flexion linguistique apport&#233;e par l'&#233;tude du latin (quel renforcement des horaires ?, quel type d'exercices compensateurs de cette r&#233;flexion ?), en s'appuyant sur les textes de 1902 et 1925 pour le lyc&#233;e, de 1947 et 1961 pour l'enseignement technique, o&#249; la r&#233;f&#233;rence au latin est trait&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4) Quelles occasions ont-elles &#233;t&#233; manqu&#233;es ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'examen des horaires n'a jamais eu lieu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les horaires d&#233;volus au fran&#231;ais n'ont cess&#233; de baisser depuis 1975, date de la d&#233;mocratisation fix&#233;e par la loi. Cette d&#233;mocratisation ne s'est donc jamais faite, puisqu'on a donn&#233; l&#233;galement moins &#224; ceux qui auraient n&#233;cessit&#233; le plus, l&#233;galement moins qu'&#224; leurs pr&#233;d&#233;cesseurs favoris&#233;s par leur milieu social et culturel, l&#233;galement moins qu'&#224; leurs pr&#233;d&#233;cesseurs enfants &#171; du peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 70, &lt;i&gt;l'examen des m&#233;thodes&lt;/i&gt; (automatismes) &lt;i&gt;n'a jamais eu lieu&lt;/i&gt;, sauf tout &#224; fait r&#233;cemment (en lecture). Les m&#233;thodes prescriptives ont &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;es comme un formatage, les m&#233;thodes constructivistes n'ont jamais &#233;t&#233; &#233;valu&#233;es, sauf par leur &#233;chec (enqu&#234;tes sur la baisse de qualit&#233; de l'orthographe grammaticale, entre 1987 et 2015). Pire, l'&#201;ducation nationale confond constamment nouveaut&#233; et qualit&#233;, et se pr&#233;cipite sur les derni&#232;res m&#233;thodes des derniers gourous, &#233;ventuellement les subventionne (&#171; enseignants innovants &#187;, &#171; constante macabre &#187;, &#171; classe invers&#233;e &#187;, num&#233;rique sans recul). Les m&#233;thodes scolaires, qui demanderaient prudence, distance et temps long, sont trait&#233;es dans l'urgence et comme des modes &#233;ph&#233;m&#232;res, sans qu'on s'appuie sur la recherche. Des querelles doctrinales condamnent ou minent des pratiques adapt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des exp&#233;riences et recherches document&#233;es et chiffr&#233;es des ann&#233;es 60 ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es&lt;/i&gt; (G. Vincent, J. Repusseau), alors que ces recherches sur les capacit&#233;s des enfants &#171; du peuple &#187;, men&#233;es scientifiquement et toujours consultables, auraient pu beaucoup plus t&#244;t &#233;clairer les esprits et les d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La le&#231;on de l'&#233;chec des classes de transition&lt;/i&gt; (enseignement &#171; d&#233;ficitariste &#187;), pourtant tir&#233;e politiquement (Baudelot, Establet) et par l'institution (abandon en 1973) n'a jamais &#233;t&#233; entendue : ce dispositif ruin&#233; a continu&#233; de servir de mod&#232;le p&#233;dagogique, jusqu'&#224; maintenant, et de &#171; bo&#238;te &#224; id&#233;es &#187; ; en 1966 d&#233;j&#224;, en effet, les programmes des classes &#171; pratiques &#187; d&#233;finissaient les quatorze &#171; attitudes et qualit&#233;s valables pour toute activit&#233; de travail &#187;, anc&#234;tres des &#171; comp&#233;tences &#187; de l'OCDE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les grands absents des r&#233;formes sont les &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'impact r&#233;el sur eux de l'enseignement dispens&#233; ? Les interroge-t-on suffisamment sur leur r&#233;ception des cours et des exercices ? La didactique du fran&#231;ais ne peut-elle servir de p&#233;dagogie ? P&#233;dagogie explicite et soulagement des &#233;l&#232;ves : des pistes &#224; explorer sur la r&#233;action des &#233;l&#232;ves &#224; l'explicitation des attentes et aux raisons des choix de m&#233;thodes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merci &#224; Philippe Le Qu&#233;r&#233;, co-auteur des trois parties de l'historique complet, d'avoir bien voulu relire cette synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel enseignement de la philosophie dans l'&#233;cole commune ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article221</link>
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		<dc:date>2016-03-04T16:27:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Dejours, Nicole Grataloup, Pascal Engel, Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Dans le cadre du s&#233;minaire &#034;Quels contenus pour une &#233;cole d&#233;mocratique ?&#034;, organis&#233; en partenariat GRDS / Fondation Gabriel P&#233;ri, nous avons demand&#233; &#224; quatre enseignants de philosophie de r&#233;pondre &#224; plusieurs questions concernant leur discipline et la fa&#231;on dont il leur para&#238;trait souhaitable que son enseignement soit organis&#233;. Il s'agit de : &lt;br class='autobr' /&gt;
Pascal Engel, Directeur d'&#233;tudes &#224; l'EHESS (philosophie et &#233;pist&#233;mologie) ; Serge Cosperec, Professeur de philosophie &#224; l'UPEC/ ESPE de Cr&#233;teil ; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;Pour une refonte des contenus&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L118xH150/arton221-a5f15.png?1790692010' class='spip_logo spip_logo_right' width='118' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Dans le cadre du s&#233;minaire &#034;Quels contenus pour une &#233;cole d&#233;mocratique ?&#034;, organis&#233; en partenariat GRDS / Fondation Gabriel P&#233;ri, nous avons demand&#233; &#224; quatre enseignants de philosophie de r&#233;pondre &#224; plusieurs questions concernant leur discipline et la fa&#231;on dont il leur para&#238;trait souhaitable que son enseignement soit organis&#233;. Il s'agit de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal Engel, Directeur d'&#233;tudes &#224; l'EHESS (philosophie et &#233;pist&#233;mologie) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Serge Cosperec, Professeur de philosophie &#224; l'UPEC/ ESPE de Cr&#233;teil ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nicole Grataloup, Professeur de philosophie au lyc&#233;e Jean Jaur&#232;s de Montreuil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Fran&#231;ois Dejours, responsable national du groupe philosophie du SNES, et qui s'exprime ici &#224; ce titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lira ci-dessous leurs r&#233;ponses &#224; chacune de ces questions. Leurs r&#233;flexions et leurs propositions seront mises en d&#233;bat dans le s&#233;minaire du GRDS, &#224; la rentr&#233;e 2016.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS &lt;/strong&gt; - &lt;i&gt;Diriez-vous de la philosophie qu'elle est une discipline scolaire comme les autres, relevant d'un enseignement destin&#233; &#224; permettre aux &#233;l&#232;ves d'acqu&#233;rir des connaissances et des comp&#233;tences d&#233;finies, acquises dans le cadre de l'&#233;cole ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Engel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est une discipline scolaire, m&#234;me si elle n'est pas comme les autres. Elle n'est pas comme les autres parce que c'est une discipline critique , dont une des fonctions essentielles est d'apprendre &#224; prendre de la distance par rapport &#224; ce que l'on apprend, &#224; adopter une attitude r&#233;flexive, et &#224; exercer sa libert&#233; de penser. Mais elle n'est pas que cela. Les philosophes ne sont pas uniquement des questionneurs. Ils d&#233;fendent des th&#232;ses, ils ont des doctrines, qui appartiennent &#224; l'histoire de la philosophie, et ils les d&#233;fendent de mani&#232;re tr&#232;s sp&#233;cifique : avec des arguments et des concepts qui leurs sont propres. Ces concepts et arguments ont une histoire. On ne peut pas comprendre un philosophe si l'on n'a pas d'une part une connaissance de ce qu'il dit, d'autre part une connaissance de ce que disent ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;. Cela suppose un certain savoir, qui s'apprend. Par exemple on apprend ce qu'est la table des cat&#233;gories de Kant, quelles sont les preuves de l'existence de Dieu, quels sont les arguments les plus connus des philosophes en faveur de telle th&#232;se. Tout ceci forme un ensemble de comp&#233;tences, difficile &#224; introduire en classe dans l'enseignement secondaire, mais pas impossible &#224; transmettre sous une forme &#233;l&#233;mentaire qui puisse donner une id&#233;e de ce qui se passe quand on lit un philosophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge Cosperec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais qu'elle devrait &#234;tre une discipline scolaire comme les autres mais qu'elle ne l'est pas et se refuse le plus souvent m&#234;me &#224; se consid&#233;rer comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement de philosophie conserve une sorte de prestige (savoir si c'est justifi&#233; est une autre question). Le professeur de philosophie est vu comme un enseignant &#224; part, un personnage un peu redoutable traitant savamment des questions ultimes, quelqu'un qui impressionne par son discours m&#234;me si on n'est jamais s&#251;r de bien le comprendre (ce qui renforce encore son aura). Une philosophie scolaire impliquerait d'abandonner cette conception grandiose du professeur de philosophie pour une conception plus modeste de son r&#244;le, rapprochant son enseignement de celui de n'importe quelle autre discipline. Cette banalisation - salutaire et n&#233;cessaire selon moi &#8211; implique de d&#233;passer les crispations autour de l'adjectif &#171; scolaire &#187; &#224; la connotation trop souvent p&#233;jorative. Dans la repr&#233;sentation professorale ordinaire, un &#233;l&#232;ve &#171; scolaire &#187; est un &#233;l&#232;ve qui est capable de faire le travail demand&#233; mais sans g&#233;nie personnel, sans cr&#233;ativit&#233;. Il fait ce que l'&#233;cole attend de lui, mais sans plus. Or, ce plus est rarement interrog&#233; &#224; l'aune d'une conception d&#233;mocratique de l'enseignement : qu'attendre de plus &#224; l'&#233;cole que ce que l'&#233;cole enseigne ? Et d'o&#249; viendrait ce plus sinon de l'extra-scolaire, c'est-&#224;-dire du milieu familial ? &#192; moins que ce plus ne soit attribu&#233; &#224; un talent naturel de l'individu, &#224; un don personnel. La valorisation &#224; l'&#233;cole du non scolaire est paradoxale et surtout tr&#232;s &#233;quivoque. Au bout du compte, on valorise &#171; l'originalit&#233; &#187;, la capacit&#233; &#224; prendre ses distances avec les normes scolaires, avec les r&#232;gles, mais juste ce qu'il faut. C'est le propre de l'&#233;l&#232;ve &#171; brillant &#187;, l'&#233;l&#232;ve id&#233;al des classes pr&#233;paratoires. Mais si la norme de la r&#233;ussite scolaire est non-scolaire, tirons-en la cons&#233;quence : l'&#233;cole ne pourrait que se borner &#224; enregistrer les in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicole Grataloup&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais que la philosophie devrait &#234;tre une discipline scolaire comme les autres, mais qu'actuellement, elle ne l'est pas. Certes, elle est enseign&#233;e &#224; l'&#233;cole, mais elle ne l'est pas comme les autres : d'abord parce qu'elle n'est enseign&#233;e qu'en terminale et fait l'objet d'un examen apr&#232;s cette unique ann&#233;e ; ensuite parce que l'id&#233;e d'une didactique de son enseignement reste marginale, sans reconnaissance institutionnelle et au contraire souvent objet d'une hostilit&#233; ouverte (bien que les recherches en ce domaine soient d&#233;j&#224; anciennes) ; enfin parce qu'il subsiste chez beaucoup de professeurs de philosophie une posture de &#171; ma&#238;tre &#224; penser &#187; (renforc&#233;e par le fait d'&#234;tre souvent seul de son esp&#232;ce dans le lyc&#233;e), qui les am&#232;ne parfois &#224; consid&#233;rer comme secondaires, voire n&#233;gligeables, les exigences et les normes institutionnelles, le programme, les &#233;preuves, l'examen lui-m&#234;me. Ces trois caract&#233;ristiques font syst&#232;me, s'entretiennent mutuellement. Je voudrais esp&#233;rer que cette configuration recule avec l'arriv&#233;e de nouvelles g&#233;n&#233;rations de professeurs ; peut-&#234;tre l'enqu&#234;te que l'Acireph&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association pour la cr&#233;ation d'instituts de recherche sur l'enseignement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et le Snes viennent de mener donne-t-elle quelques raisons d'&#234;tre optimiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Fran&#231;ois Dejours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune discipline scolaire n'est une discipline &#171; comme les autres &#187;. En ce sens, la philosophie est au m&#234;me titre que les autres disciplines, une discipline diff&#233;rente des autres. Mais disons que sa diff&#233;rence n'est peut-&#234;tre pas tout &#224; fait comme &#171; celles &#187; des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, chaque discipline est cens&#233;e faire acqu&#233;rir des &#171; connaissances &#187; et des &#171; comp&#233;tences &#187; dans un cadre scolaire et la philosophie n'y fait pas exception. Les &#171; rep&#232;res &#187; actuels du programme par exemple (en tant que liste de distinctions&lt;br class='autobr' /&gt;
conceptuelles, telles : &#171; l'origine et le fondement &#187;, &#171; le fait et le droit &#187;, etc.) constituent l&#233;gitimement des &#171; connaissances &#187; exigibles d'un candidat dont on attend &#233;galement qu'il ait &#8211; &#224; terme - acquis la &#171; comp&#233;tence &#187; d'en faire&lt;br class='autobr' /&gt;
un usage opportun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'enseignement des autres disciplines n'int&#232;gre peut-&#234;tre pas, du moins d'une fa&#231;on aussi structurelle, la question de leur propre l&#233;gitimit&#233;. Non que les sp&#233;cialistes de ces disciplines ne soient &#233;trangers &#224; ce questionnement ou&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils soient incapables d'interroger les pr&#233;suppos&#233;s du programme ou de la r&#233;forme qu'ils subissent &#8211; sinon, le SNES m&#232;nerait une t&#226;che impossible. Mais la question de la l&#233;gitimit&#233; &#8211; entendue comme la question du fondement ou des principes - est au coeur de l'enseignement de la philosophie. Qu'il s'agisse de la question du fondement de notre propre enseignement &#8211; comme nos &#233;l&#232;ves nous y ram&#232;nent &#224; chaque instant - ou de celui de la connaissance, de la morale ou de la&lt;br class='autobr' /&gt;
politique (pour reprendre quelques fondamentaux de nos programmes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS&lt;/strong&gt; - &lt;i&gt;Quelles sont les finalit&#233;s de l'enseignement de la philosophie ? De quelle nature doit &#234;tre la formation intellectuelle des &#233;l&#232;ves en philosophie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Engel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses principales finalit&#233;s sont de donner une connaissance d'une partie essentielle de la culture, d'apprendre &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; prendre un point de vue critique et argument&#233; (non pas au sens rh&#233;torique, mais au sens o&#249; il s'agit de donner des raisons de ce l'on avance, pas seulement d'asserter). Il s'agit de donner une id&#233;e de ce que c'est qu'exercer sa raison de mani&#232;re m&#233;thodique. Ce n'est pas ais&#233; &#224; faire, car le plus souvent la philosophie n'est pas un sujet de &#171; premier degr&#233; &#187;, mais de &#171; second degr&#233; &#187; : elle suppose, pour un grand nombre de ses contenus, l'acquisition de contenus de savoir pr&#233;alables ou au moins une id&#233;e assez g&#233;n&#233;rale de certains cadres de savoir : en litt&#233;rature, en histoire, en sciences sociales notamment. Elle suppose aussi acquises certaines pratiques de lecture et d'&#233;criture. Or ces cadres et ces pratiques sont de plus en plus rarement acquis par les &#233;l&#232;ves au moment o&#249; ils abordent la philosophie. C'est pourquoi notamment je suis sceptique sur les extensions de la classe de philosophie avant la terminale. Quand elle est enseign&#233;e plus t&#244;t, on peut faire certains apprentissages et exercices, mais ils sont si partiels que l'image de la philosophie est n&#233;cessairement tr&#232;s limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette formation passe par la lecture de textes, l'&#233;criture de travaux (qui peuvent &#234;tre courts et ne pas avoir n&#233;cessairement la forme de la dissertation ou de l'explication de texte) et surtout, autant que possible par des dialogues entre le professeur et sa classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge Cosperec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reprendrais volontiers les formules classiques : une culture du jugement, une culture de l'esprit critique. Mais ce genre de g&#233;n&#233;ralit&#233;s ne dit rien, d'o&#249; le consensus &#224; leur sujet . Pour pr&#233;ciser un peu les choses, je dirais que l'enseignement de philosophie devrait d&#233;velopper la comp&#233;tence &#224; examiner de fa&#231;on critique tout type de discours. Cela suppose des connaissances en logique : la connaissance des normes constitutives d'une argumentation rationnelle ; des connaissances philosophiques : la connaissance des probl&#232;mes philosophiques tels qu'ils ont &#233;t&#233; construits par les philosophes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cultiver les comp&#233;tences critiques implique de faire conna&#238;tre et d'exercer les exigences de la pens&#233;e ordonn&#233;e au vrai. Par exemple : conna&#238;tre les conditions d'acceptabilit&#233; ou de non-acceptabilit&#233; d'une affirmation, les conditions d'un raisonnement juste (valide), d'un raisonnement pertinent ou solide, avoir le souci de l'exactitude dans la d&#233;finition et l'usage des concepts. Je consid&#232;re que l'enseignement de philosophie tel qu'il est con&#231;u et pratiqu&#233; aujourd'hui, y compris dans ses exercices canoniques, croit faire tout cela mais en est tr&#232;s loin. Il ne s'agit pas de r&#233;duire l'enseignement de la philosophie &#224; celui d'une logique formelle sans objet (m&#234;me si quelques connaissances logiques me semblent n&#233;cessaires). La culture critique s'acquiert dans le travail philosophique sur la chose m&#234;me. Par exemple, r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'est la science, savoir distinguer une th&#233;orie scientifique d'une doctrine religieuse, ou encore savoir distinguer une attitude scientifique d'une attitude religieuse, suppose l'exercice en acte des comp&#233;tences critiques tout en permettant de les cultiver. L'enjeu va bien au-del&#224; de la seule logique ; il est imm&#233;diatement moral et politique : former des hommes un peu moins cr&#233;dules, un peu plus critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicole Grataloup&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on en reste &#224; des g&#233;n&#233;ralit&#233;s, on dira que ces finalit&#233;s sont de d&#233;velopper l'esprit critique (mais c'est le cas de toute l'&#233;cole, du moins sur le papier), d'acqu&#233;rir des comp&#233;tences de raisonnement et de questionnement (mais l&#224; encore, d'autres disciplines sont cens&#233;es y tendre aussi), d'acqu&#233;rir une culture philosophique (mais qui ne soit pas simplement l'histoire de la philosophie). Pour &#234;tre un peu plus pr&#233;cis : la philosophie n'est pas une &#171; chose &#187;, elle n'est pas la vision ou la contemplation du vrai ou du juste, mais une activit&#233; r&#233;flexive, m&#233;tadiscursive, d'interrogation et de conceptualisation sur le sens, les pr&#233;suppos&#233;s, les implications et les finalit&#233;s des pratiques, savoirs et discours humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette activit&#233; r&#233;flexive conduit &#224; un travail sur la langue en tant qu'outil pour penser : il s'agit de rendre l'&#233;l&#232;ve attentif aux mots, lui faire d&#233;couvrir qu'un m&#234;me mot peut recouvrir plusieurs concepts, lui apprendre &#224; faire des distinctions conceptuelles ; &#224; construire un discours coh&#233;rent, &#224; se servir des marqueurs d'&#233;nonciation et des connecteurs qui permettent d'articuler des arguments, des objections et des r&#233;ponses, &#224; formuler les probl&#232;mes et d&#233;busquer les faux probl&#232;mes. D'autre part, et c'est intimement li&#233;, apprendre &#224; se d&#233;centrer, &#224; &#233;laborer sa propre pens&#233;e dans la confrontation &#224; l'autre, dans le d&#233;bat et dans le d&#233;saccord (avec ses pairs, avec le professeur, avec les philosophes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, je pense que si on veut r&#233;pondre s&#233;rieusement &#224; cette question, il faut la prendre par le biais des questions 5 et 6 (progressivit&#233; et interdisciplinarit&#233;) : concevoir un cursus continu o&#249; serait pens&#233;e la fa&#231;on dont toutes les disciplines, et parmi elles la philosophie, contribueraient ensemble et en compl&#233;mentarit&#233; &#224; la formation intellectuelle des &#233;l&#232;ves, en termes de contenus de savoirs et de comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Fran&#231;ois Dejours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finalit&#233; de l'enseignement de la philosophie est pr&#233;cis&#233;ment d'apprendre &#224; se poser la question de la finalit&#233;. Non dans le sens o&#249; la philosophie nous dirait ce qu'il faut faire, mais dans le sens o&#249; elle nous aide &#224; nous interroger sur la l&#233;gitimit&#233; de vouloir suivre telle fin plut&#244;t que telle autre. Apprendre &#224; d&#233;lib&#233;rer sur les moyens est le propre d'un enseignement technique. Chaque discipline y compris les plus ''th&#233;oriques'', doit y sacrifier &#224; travers ce que nous d&#233;signons habituellement sous le terme de ''m&#233;thodologie''. Il se peut m&#234;me que l'on soit tent&#233; de ramener les apprentissages de nos &#233;l&#232;ves &#224; des savoir-faire, y compris en philosophie (habilet&#233; &#224; faire une dissertation, &#224; expliquer un texte, etc.). Mais philosopher ne r&#233;side pas seulement dans un ''savoir-faire'' - m&#234;me s'il s'agit l&#224; d'un passage oblig&#233;... - mais bien plut&#244;t dans un ''savoir juger'' de la valeur des fins, pour paraphraser Kant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; cerner la &#171; nature &#187; d'une telle &#171; formation intellectuelle &#187; se voulant avant tout &#233;mancipatrice. Au risque de ne pas &#234;tre tr&#232;s original, une telle nature est de l'ordre de la fr&#233;quentation des grands auteurs et du dialogue qu'ils nous engagent &#224; poursuivre avec nous-m&#234;me, tant &#224; l'oral au sein de la classe, qu'&#224; l'&#233;crit. Car ce n'est jamais &#171; sans &#187;, mais bien plut&#244;t &#171; avec &#187; &#8211; ou &#171; contre &#187; - les autres qu'on apprend &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS&lt;/strong&gt; - &lt;i&gt;L'ind&#233;termination actuelle des programmes de philosophie au lyc&#233;e conduit les &#233;l&#232;ves &#224; devoir traiter de sujets pour lesquels ils n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;ellement pr&#233;par&#233;s, ce qui leur interdit de faire valoir en toute circonstance un investissement r&#233;flexif intelligent de connaissances acquises. Dans l'optique d'un programme de philosophie d&#233;termin&#233;, sur quels types de contenus devrait-il trouver sa d&#233;termination ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Engel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme de philosophie, &#224; l'origine ax&#233; sur des contenus tr&#232;s d&#233;termin&#233;s, est devenu au fil des ann&#233;es de plus en plus ind&#233;termin&#233; et ouvert, constitu&#233; de &#171; notions &#187; devenues si vagues et g&#233;n&#233;rales qu'elles cr&#233;ent chez les &#233;l&#232;ves le sentiment d'une abstraction compl&#232;te, une forme de panique devant leur incapacit&#233; &#224; fixer leur sens et le sentiment que les travaux seront not&#233;s de mani&#232;re totalement arbitraire. Cette &#233;volution est le produit &#224; la fois de l'extension de plus en plus large du champ th&#233;matique couvert, du nombre des auteurs canoniques au programme, et &#8211; il faut bien le dire &#8211; de la notion de philosophie elle-m&#234;me, qui a int&#233;gr&#233; au fur et &#224; mesure aussi bien les probl&#233;matiques traditionnelles que celles des sciences humaines et sociales, et pris des voies si diversifi&#233;es chez les enseignants de philosophie que deux &#233;l&#232;ves dans le m&#234;me &#233;tablissement ou des &#233;tablissements diff&#233;rents peuvent acqu&#233;rir des images totalement diff&#233;rentes de la discipline. Quiconque a assist&#233; &#224; des stages p&#233;dagogiques ou &#224; des r&#233;unions d'harmonisation des notes du bac sait combien, m&#234;me les professeurs, peuvent comprendre un sujet de mani&#232;res diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des raisons de cette &#233;volution vers des programmes de plus en plus vastes et ind&#233;termin&#233;s est la n&#233;cessit&#233;, inscrite traditionnellement dans l'enseignement philosophique fran&#231;ais et constitutif de son style, r&#233;affirm&#233;e sans cesse, d'accorder la plus grande libert&#233; possible aux professeurs. Mais faut-il que cette libert&#233; se paye au prix d'une sorte de choix absolu par chaque enseignant de ses th&#233;matiques et de ses modes d'approche ? N'y a-t-il pas un minimum commun qui puisse d&#233;finir un enseignement de philosophie &#233;l&#233;mentaire ? Une autre raison vient du succ&#232;s de la philosophie m&#233;diatique, qui a cr&#233;&#233; l'id&#233;e que la philosophie portait plus sur des questions pratiques que th&#233;oriques, p&#232;se sur l'enseignement de philosophie dans le secondaire, en &#233;cartant ou diminuant l'int&#233;r&#234;t d'une partie des probl&#232;mes et notions du programme ne relevant pas des questions morales et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ind&#233;termination des programmes p&#232;se sur l'image de la philosophie, sur la notation et sur l'enseignement. Revenir &#224; un ensemble minimal et un noyau de notions serait souhaitable. Il pourrait comporter par exemple au moins une notion relevant de la philosophie th&#233;orique, une autre de la philosophie pratique et morale, une autre encore de la philosophie politique, et l'&#233;tude d'un grand texte. Ces notions devraient impliquer un nombre suffisant de d&#233;terminations pour que certains contenus soient appel&#233;s. Elles n'interdiraient pas au professeur de choisir d'autres notions, mais elles formeraient un programme minimal. Exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a)	Notion th&#233;orique : libert&#233; et n&#233;cessit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
b)	Notion pratique : devoir et obligation &lt;br class='autobr' /&gt;
c)	Notion politique : la d&#233;mocratie &lt;br class='autobr' /&gt;
d)	Notion esth&#233;tique : le beau &lt;br class='autobr' /&gt;
e)	Texte : Kant, Fondements de la m&#233;taphysique des m&#339;urs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait envisager que ces notions soient renouvel&#233;es, par exemple tous les 5 ans. Mais sans un socle, l'enseignement de la philosophie devient informe et ind&#233;chiffrable. L'objection pr&#233;visible &#224; ce genre de proposition est qu'elle revient &#224; fixer le programme sur des contenus quasi doctrinaux, qui r&#233;duisent la libert&#233; du professeur, et risque aussi de cr&#233;er un biais en faveur de telle ou telle approche : par exemple, dira-t-on, pourquoi Kant plut&#244;t que La g&#233;n&#233;alogie de la morale ? R&#233;ponse : cela pourrait &#234;tre d'autres notions, d'autres textes, du moment qu'il y a un cadre fixe. Mais cette libert&#233; dispara&#238;t-elle pour autant ? Elle est un pi&#232;ge si elle conduit &#224; trop d'ind&#233;termination. Une autre objection viendra des &#233;diteurs de manuels, souvent en cheville avec l'inspection. Mais cette proposition n'implique nullement de renoncer au programme existant, juste de mettre l'accent sur certaines de ses parties, ni d'&#233;tablir des liens (par exemple d&#233;mocratie et religion, ou libert&#233; et religion).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me semble essentiel de faire, apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies de remises en question des bases m&#234;mes de la philosophie, souvent pour d'excellentes raisons p&#233;dagogiques, est de revenir &#224; un sens de ce qui est classique en philosophie. Cela ne veut pas dire n&#233;cessairement de faire revenir tout le monde au manuel de Cuvillier, mais d'avoir une id&#233;e de ces que sont les probl&#232;mes, concepts, m&#233;thodes, textes fondamentaux. Le sens du &#171; fondamental &#187; diff&#232;re aujourd'hui beaucoup, car il n'y a plus une culture chez les enseignants de philosophie, mais plusieurs. Mais qui nierait que des &#233;l&#232;ves doivent avoir une id&#233;e, m&#234;me sommaire, de ce qu'il y a dans Platon, Descartes, Kant ou Rousseau ? Je peux avoir l'air d'enfoncer des portes ouvertes, mais je connais beaucoup d'&#233;l&#232;ves sortis de terminale, m&#234;me venus de lyc&#233;es dans des quartiers ais&#233;s, qui n'ont plus cette id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge Cosperec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette question, je me permets de renvoyer aux travaux effectu&#233;s depuis 20 ans par l'ACIREPh. Je r&#233;sumerai ainsi les id&#233;es principales. Exigence fondamentale : passer d'un programme de notions &#224; un programme de probl&#232;mes (et en nombre limit&#233;) : par exemple, &#224; la place d'une notion ind&#233;termin&#233;e comme &#171; l'&#201;tat &#187; ouvrant &#224; des questionnements si divers qu'il est impossible de les couvrir et de les ma&#238;triser tous, choisir un probl&#232;me pr&#233;cis, par exemple : &#171; pourquoi devrions-nous &#234;tre gouvern&#233;s ? &#187;. Ensuite, pour chaque probl&#232;me, pr&#233;ciser les rep&#232;res, les &#233;l&#233;ments de culture philosophique que les &#233;l&#232;ves doivent conna&#238;tre en lien direct avec le probl&#232;me (pour cet exemple cela pourrait &#234;tre : &#171; &#233;tat de nature et &#233;tat civil, obligation politique et consentement, d&#233;sob&#233;issance et contestation &#187;) : ces &#233;l&#233;ments se r&#233;f&#232;reraient explicitement &#224; des th&#232;ses philosophiques dont les &#233;l&#232;ves devraient conna&#238;tre la teneur et l'argumentation. &#171; D&#233;terminer &#187; le programme serait enfin pr&#233;ciser explicitement les distinctions conceptuelles et lexicales indispensables au traitement d'un probl&#232;me et que les &#233;l&#232;ves seraient tenus de conna&#238;tre (par exemple, ici : individu, soci&#233;t&#233;, &#201;tat, droit, loi, pouvoir, autorit&#233;, l&#233;galit&#233;, l&#233;gitimit&#233;, consentement, vote, obligation, contrainte, r&#233;pression, oppression, ob&#233;issance, d&#233;sob&#233;issance civile, r&#233;sistance, etc.) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicole Grataloup&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'ind&#233;termination des programmes fait de l'&#233;preuve de philosophie au Bac une des plus injustes : les analyses de l'Acireph, montrent, par exemple, que chaque notion du programme peut donner lieu &#224; des sujets portant sur un grand nombre de probl&#232;mes, et qu'il est donc impossible, en une ann&#233;e scolaire, de pr&#233;parer les &#233;l&#232;ves &#224; les traiter. Dans ces conditions, l'&#233;preuve sanctionne davantage la culture g&#233;n&#233;rale et l'aisance rh&#233;torique h&#233;rit&#233;es socialement que le travail effectif d'une ann&#233;e de philosophie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;terminer davantage les programmes est donc une n&#233;cessit&#233; si l'on veut d&#233;mocratiser son enseignement. On peut le faire en passant d'un programme de notions &#224; un programme de probl&#232;mes : cela permettrait aux &#233;l&#232;ves ayant s&#233;rieusement travaill&#233; dans l'ann&#233;e d'avoir les connaissances et les ressources pour traiter les sujets de bac, et serait donc plus juste. Une autre voie pour mieux d&#233;terminer le travail &#224; faire serait de faire des programmes tournants d'&#339;uvres : actuellement, l'&#233;preuve d'explication de texte porte sur un texte que les &#233;l&#232;ves n'ont jamais lu &#8211; en principe il doit m&#234;me ne figurer dans aucun manuel &#8211; ce qui conduit parfois &#224; des &#233;valuations absurdes, comme de ne pas pouvoir sanctionner un contresens sur le texte parce que rien dans l'extrait d&#233;coup&#233; ne permet de savoir que c'est un contresens : au contraire, fixer une ou deux &#339;uvres (selon les s&#233;ries) &#224; &#233;tudier, et en extraire le sujet-texte du bac permettrait d'&#233;valuer plus justement le travail, et serait aussi philosophiquement plus pertinent, puisqu'on pourrait alors &#234;tre plus exigeant sur la compr&#233;hension du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, une &#233;volution vers plus de d&#233;termination est une condition n&#233;cessaire de la d&#233;mocratisation de l'enseignement de la philosophie, mais certainement pas suffisante : il faut qu'elle s'accompagne d'une r&#233;flexion collective sur les &#233;preuves de bac et les crit&#232;res d'&#233;valuation ; d'une transformation des pratiques p&#233;dagogiques qui permette &#224; tous les &#233;l&#232;ves d'entrer dans la r&#233;flexion philosophique et ne table pas sur une connivence culturelle pr&#233;alable ; d'une formation initiale et continue des professeurs de philosophie digne de ce nom, c'est-&#224;-dire qui soit vraiment con&#231;ue comme la formation &#224; un m&#233;tier et ne n&#233;glige pas les questions de p&#233;dagogie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Fran&#231;ois Dejours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal reproche adress&#233; par les professeurs de philosophie aux programmes, r&#233;side avant tout dans leur lourdeur, celle-ci &#233;tant exacerb&#233;e par une d&#233;t&#233;rioration croissante des horaires et des conditions de travail de chacun. Bref, notre&lt;br class='autobr' /&gt;
souci avec les programmes est moins dans un d&#233;faut originel de conception que dans un effet secondaire d&#233;riv&#233; des politiques d'aust&#233;rit&#233;s et des r&#233;formes qu'elles induisent&#8230; Et lorsque la question de l'ind&#233;termination des programmes se&lt;br class='autobr' /&gt;
pose, les coll&#232;gues restent globalement attach&#233;s &#224; un programme de notions et &#224; la libert&#233; philosophique qu'il garantit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, et tout en souscrivant &#224; ce qui pr&#233;c&#232;de, le groupe philosophie du SNES a commenc&#233; &#224; mettre en discussion un certain nombre de pistes, dans le cadre existant d'un programme de notions regroup&#233;es en champs (le programme des s&#233;ries g&#233;n&#233;rales est construit autour de cinq champs : la culture, le sujet, la connaissance, la morale, la politique). Nous avons ainsi d&#233;gag&#233; trois pistes susceptibles de d&#233;terminer davantage les programmes, bien qu'il ne s'agisse &#224; ce stade que&lt;br class='autobr' /&gt;
de propositions mises en d&#233;bat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la premi&#232;re serait de renforcer la liste des rep&#232;res et de les lier plus explicitement au reste du programme : par exemple, associer sans exclusivit&#233;, les rep&#232;res &#171; origine / fondement &#187; ou encore &#171; singulier / particulier / g&#233;n&#233;ral /universel &#187; &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
notion &#171; la v&#233;rit&#233; &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la seconde consisterait &#224; associer &#224; chaque champ un ou plusieurs probl&#232;mes explicites : par exemple, le probl&#232;me juridico-politique de la libert&#233; associ&#233; au champ du &#171; politique, ou le probl&#232;me de l'inn&#233; et de l'acquis associ&#233; au champ &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
la culture &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la troisi&#232;me piste serait d'expliciter les &#233;l&#233;ments d'une ''culture philosophique commune'' dont la ma&#238;trise critique (c'est-&#224;-dire &#171; intelligente &#187; et &#171; r&#233;flexive &#187;) serait exigible d'un candidat : par exemple, l'analyse kantienne de la morale ou&lt;br class='autobr' /&gt;
l'analyse cart&#233;sienne du sujet, souvent attendues ''implicitement'' par les correcteurs du baccalaur&#233;at&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS&lt;/strong&gt; - &lt;i&gt;On a pr&#233;tendu que la philosophie &#233;tait &#224; elle-m&#234;me sa propre p&#233;dagogie. Or s'il convient de l'inscrire dans un programme scolaire, r&#233;fl&#233;chir aux moyens &#224; mettre en &#339;uvre pour que les &#233;l&#232;ves puissent entrer dans ses probl&#233;matiques s'av&#232;re incontournable. Sur quels types de travaux s'appuyer pour permettre aux &#233;l&#232;ves de s'approprier les d&#233;marches intellectuelles qui caract&#233;risent l'activit&#233; philosophique, en conscience de ce qu'ils font ? A partir de ces travaux quels types d'&#233;preuves retenir pour l'examen ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Engel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;dagogie en philosophie n'est pas une libre cr&#233;ation sans filet. Elle pouvait l'&#234;tre il y a cinquante ans, mais le contexte a chang&#233; et requiert des guides pr&#233;cis et exercices sp&#233;cifiques. La dissertation, sous la forme d'un travail d'au moins 15 pages et impliquant une certaine rh&#233;torique d'exposition, a v&#233;cu, ne serait-ce que parce que la plupart des &#233;l&#232;ves ont du mal &#224; &#233;crire plus de 10 pages. Des travaux plus courts, impliquant des r&#233;ponses &#224; des questions pr&#233;cises, des exercices de raisonnement, de rep&#233;rage de raisonnements dans des textes, sont souvent aussi adapt&#233;s. Des dialogues et mini disputations o&#249; un &#233;l&#232;ve tient un point de vue et un autre est suppos&#233; lui r&#233;pondre, des parodies, des analyses courtes par exemple de sophismes et paralogismes, sont autant d'exercices utiles. L'examen pourrait prendre en partie la forme de certains de ces exercices : par exemple plut&#244;t que de cr&#233;er l'angoisse du sujet du bac face &#224; une question choisie, on pourrait envisager que les &#233;l&#232;ves r&#233;pondent &#224; plusieurs. Une objection pr&#233;visible est qu'on risque de ne plus pouvoir noter des exercices devenus courts. Mais si les r&#232;gles sont sp&#233;cifi&#233;es par avance, ce risque est r&#233;duit. On apprend souvent plus en se for&#231;ant &#224; r&#233;&#233;crire bien et clairement un texte court qu'en faisant un blabla g&#233;n&#233;ral plus long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge Cosperec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne commente pas l'indigence de ce slogan du front conservateur (en philosophie) dont le principal exploit est d'avoir r&#233;ussi &#224; bloquer toute r&#233;forme de l'enseignement philosophique depuis 30 ans, entra&#238;nant son discr&#233;dit et sa marginalisation progressive. Pour ce qui est des exercices, je ne trouve pas choquant qu'ils comportent (y compris au baccalaur&#233;at) des questions de connaissance : avec un programme de probl&#232;mes d&#233;termin&#233;s, on pourrait demander aux &#233;l&#232;ves d'indiquer les th&#232;ses philosophiques en pr&#233;sence selon le probl&#232;me ; ou encore leur demander d'expliquer un argument classique &#224; l'appui d'une de ces th&#232;ses, les interroger sur telle ou telle distinction lexicale et conceptuelle, etc. L'objection selon laquelle ce serait du &#171; par c&#339;ur &#187;, donc forc&#233;ment de l'antiphilosophique est consternante. D'abord parce que la nature de ces connaissances implique la compr&#233;hension de leur signification en contexte ; ensuite, parce qu'il est &#233;trange de vouloir apprendre &#224; philosopher sans jamais rien apprendre en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faudrait aussi diversifier les exercices scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;velopper les exercices de lecture philosophique, entendu comme simple comp&#233;tence &#224; comprendre la pens&#233;e d'un auteur : &#234;tre capable d'en restituer la teneur le plus exactement possible ; saisir sa th&#232;se et par quelle suite d'arguments elle op&#232;re ; savoir identifier ses points faibles (qui pourront &#234;tre discut&#233;s), ses points forts ; identifier les pr&#233;suppos&#233;s dont d&#233;pend la th&#232;se, ceux qu'on pourrait lui opposer, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;velopper les exercices d'&#233;criture philosophique. Par exemple, apprendre &#224; composer un essai argument&#233;, c'est-&#224;-dire, &#234;tre capable de soutenir une th&#232;se argument&#233;e de mani&#232;re rationnelle sur un probl&#232;me donn&#233;. Exercice assur&#233;ment plus modeste qu'une dissertation. Faire un essai ne signifie pas renoncer &#224; la r&#233;flexion et &#224; la discussion car un essai r&#233;ussi doit &#234;tre convaincant et robuste, c'est-&#224;-dire offrir une certaine r&#233;sistance &#224; la critique, ce qui suppose de ne pas ignorer les objections. L'essai pourrait &#234;tre ensuite discut&#233;, par exemple en classe, &#224; l'oral ou &#224; l'&#233;crit, dans la meilleure des traditions philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crit n'est pas la seule modalit&#233; d'apprentissage du philosopher. Il faut distinguer les exercices scolaires standards (les normes acad&#233;miques, les exercices obligatoires sur lesquels sont &#233;valu&#233;s les &#233;l&#232;ves) des pratiques de classe par lesquelles on apprend la philosophie et on s'y exerce. Les chemins sont ici tr&#232;s divers et les professeurs devraient avoir la plus grande libert&#233;. Mais l'&#233;crit est indispensable &#224; l'apprentissage des exigences de la pens&#233;e. Pour comprendre une pens&#233;e, pour en interroger l'exactitude, en analyser les implications, il faut pouvoir la travailler, &#171; le stylo &#224; la main &#187;. De m&#234;me, pour &#233;laborer sa propre pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicole Grataloup&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux du secteur philo du GFEN auxquels je participe se sont effectivement inscrits contre cette id&#233;e que &#171; la philosophie est &#224; elle-m&#234;me sa propre p&#233;dagogie &#187;, et son corollaire &#171; la pens&#233;e n'a qu'&#224; para&#238;tre pour faire aussit&#244;t penser &#187;. Il est difficile de r&#233;sumer cette recherche collective de presque 30 ans, mais voici, en quelques mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de construire des situations d'apprentissage qui sont en elles-m&#234;mes porteuses de questionnement philosophique, et dans lesquelles le travail collectif de la classe (qui peut passer par du travail en groupe, ou individuel) aura pour but de comprendre ce qui est en jeu, de formuler les questions, de nommer les probl&#232;mes, de trouver les concepts et les th&#232;ses susceptibles d'y apporter des r&#233;ponses, de d&#233;battre de ces th&#232;ses en argumentant, et en s'aidant des textes des philosophes. Il faut que la situation sollicite suffisamment l'activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves, qu'elle permette qu'&#233;mergent peu &#224; peu les concepts qu'elle contient, que ceux-ci soient travaill&#233;s (par le d&#233;bat, le recours aux textes, le cours de l'enseignant) de fa&#231;on &#224; &#234;tre appropri&#233;s par l'&#233;l&#232;ve et &#224; fonctionner comme outils de sa propre pens&#233;e. Il s'agit de constituer la classe en collectif de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut prendre des formes tr&#232;s diverses, mettre en jeu la lecture de textes philosophiques, l'&#233;criture, diff&#233;rentes formes de d&#233;bat oral, mais toujours dans un dispositif r&#233;gl&#233;, organis&#233; en phases successives qui conduisent au but vis&#233;, que ce soit la construction d'un concept, d'une distinction conceptuelle, des diff&#233;rentes possibilit&#233;s de r&#233;solution d'un probl&#232;me, la compr&#233;hension de ce qui oppose deux auteurs etc&#8230; Avec toujours une derni&#232;re phase d'analyse r&#233;flexive pour prendre conscience du chemin parcouru et des processus intellectuels mis en &#339;uvre pour le parcourir, moment essentiel pour &#171; fixer &#187; les acquis et les rendre susceptibles d'&#234;tre r&#233;investis dans d'autres contextes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail de conception des situations d'apprentissage, de r&#233;flexion sur leur mise en &#339;uvre en classe, de critique, n'est jamais achev&#233;, il est toujours &#224; refaire et &#224; am&#233;liorer en fonction de l'exp&#233;rience des uns et des autres dans les classes : c'est pourquoi il est collectif et inclut la dispute (entre nous, avec des coll&#232;gues lors de nos stages, par nos publications etc..) comme une de ses dimensions essentielles. Comme le dit Yves Clot, c'est cela qui garde un m&#233;tier vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Fran&#231;ois Dejours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve derri&#232;re cette question de la p&#233;dagogie un vieux clivage qui n'a pas manqu&#233; de traverser la profession, depuis l'inspection g&#233;n&#233;rale jusqu'aux associations professionnelles, d&#233;bat toujours actuel par ailleurs et que le SNES&lt;br class='autobr' /&gt;
accueille comme c'est son r&#244;le, jusque dans ses rangs. D'un point de vue syndical, la r&#233;flexion p&#233;dagogique reste subordonn&#233;e &#224; ce qui en garantit les conditions mat&#233;rielles. la meilleure p&#233;dagogie du monde ne peut pas grand-chose en&lt;br class='autobr' /&gt;
effet, contre une politique &#233;ducative r&#233;gressive qu'un syndicat cons&#233;quent &#8211; parce que soucieux justement de p&#233;dagogie - doit commencer par combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le groupe philosophie du SNES ne dissocie pas sa r&#233;flexion p&#233;dagogique d'une r&#233;flexion tout aussi n&#233;cessaire sur les &#171; &#233;preuves &#187;. Or, les professeurs de philosophie sont massivement insatisfaits des &#233;preuves du&lt;br class='autobr' /&gt;
baccalaur&#233;at telles qu'elles existent (la difficult&#233; &#233;tant pour nous de repenser les &#233;preuves du baccalaur&#233;at sans porter pr&#233;judice au cadre national, anonyme et terminal d'un examen que nous d&#233;fendons par ailleurs en tant que tel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les coll&#232;gues restent globalement attach&#233;s aux exercices qui sont actuellement propos&#233;s &#224; l'examen (dissertation et explication de texte), &#224; condition n&#233;anmoins de les adapter imp&#233;rativement aux diff&#233;rentes s&#233;ries (et/ou aux diff&#233;rentes&lt;br class='autobr' /&gt;
difficult&#233;s rencontr&#233;es par nos &#233;l&#232;ves). Voil&#224; pourquoi nous pensons qu'un ''guidage'' de l'&#233;crit (pour les s&#233;ries technologiques du moins) serait d'autant plus l&#233;gitime lors des &#171; travaux &#187; effectu&#233;s en cours d'ann&#233;e, qu'il se ferait plus&lt;br class='autobr' /&gt;
discret au moment des &#171; &#233;preuves &#187; finales. C'est ici que les pistes de &#171; d&#233;terminations &#187; des programmes mises en d&#233;bat par le SNES pourraient prendre tout leur sens, de mani&#232;re explicite dans les travaux pr&#233;paratoires, puis implicite lors de l'examen, laissant ainsi le soin aux candidats de reconna&#238;tre les attendus des sujets (quels rep&#232;res mobilisent les notions impliqu&#233;es par tel sujet ? renvoie-t-il &#224; un des grands probl&#232;mes du programme ? quels &#233;l&#233;ments de culture commune&lt;br class='autobr' /&gt;
pourraient venir instruire le d&#233;bat ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons qu'il y aurait urgence &#224; introduire une &#233;preuve orale comme c'est le cas en litt&#233;rature, voire &#224; exp&#233;rimenter une p&#233;dagogie du (et par le) d&#233;bat, dont profiterait tr&#232;s probablement la pr&#233;paration &#224; l'&#233;crit. Mais tout cela supposerait des&lt;br class='autobr' /&gt;
effectifs appropri&#233;s et des moyens humains suppl&#233;mentaires dont on est loin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
GRDS&lt;/strong&gt; - &lt;i&gt;L'enseignement de la philosophie doit-il &#234;tre progressif, s'&#233;tendre sur plusieurs ann&#233;es ? Si oui, &#224; partir de quel niveau du cursus scolaire peut-on envisager de le faire commencer ? Quelle progression pourrait-on envisager ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Engel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas, pour les raisons indiqu&#233;es plus haut, que l'enseignement de la philosophie doive &#234;tre progressif, m&#234;me si on peut envisager certaines initiations. Si l'on veut garder un minimum de r&#233;flexivit&#233; &#224; la discipline, elle doit se concentrer sur une ann&#233;e. M&#234;me si la terminale lettres a v&#233;cu, et que l'enseignement de philosophie ne concerne plus que quelques heures dans des sections tr&#232;s vari&#233;es, son unit&#233; doit &#234;tre permise par des apprentissages pr&#233;alables, notamment la lecture de textes litt&#233;raires. C'est aussi pourquoi des programmes courts centr&#233;s sur un noyau minimal de notions sont meilleurs. Mais on pourrait envisager, avant la terminale, des enseignements de philosophie bas&#233;s uniquement sur des textes litt&#233;raires &#224; connotations philosophiques (ex Montaigne, Diderot, Rousseau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge Cosperec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement scolaire de la philosophie devrait &#234;tre progressif &#224; l'image de ce qui est pratiqu&#233; &#224; peu pr&#232;s partout ailleurs qu'en France : en Italie, en Espagne, au Portugal, en Grande-Bretagne, au Qu&#233;bec, etc. Il est aberrant de vouloir former &#224; la philosophie en un an. Je crois qu'on peut enseigner la philosophie d&#232;s la classe de seconde, pour peu que l'on choisisse bien les probl&#232;mes et que l'on veille &#224; la progressivit&#233;. Pour ce qui est du coll&#232;ge, je ne suis pas convaincu qu'il faille rajouter une discipline nouvelle dans un cursus d&#233;j&#224; lourd. En revanche, il serait peut-&#234;tre possible de m&#233;nager une place &#224; des pratiques permettant de d&#233;velopper l'esprit critique, la discussion argument&#233;e, de d&#233;velopper ainsi les comp&#233;tences langagi&#232;res, conceptuelles et logiques. Cela doit-il s'appeler philosophie ? Je ne sais pas. Soyons clair sur un point : s'il s'agit d'&#233;tendre l'enseignement de la philosophie, tel qu'il est con&#231;u et pratiqu&#233; aujourd'hui en terminale, mieux vaut y renoncer. Dans sa conception actuelle, cet enseignement exclut toute progressivit&#233; et n'imagine d'autres formes de pratique que la le&#231;on sur une notion et la dissertation. Cette incapacit&#233; &#224; sortir d'un mod&#232;le historique adapt&#233; &#224; des conditions et &#224; un type de classe aujourd'hui disparus, est la raison de l'&#233;chec de l'enseignement de philosophie dans les s&#233;ries technologiques. Cet &#233;chec est connu de tous, mais la corporation - ou plus exactement ceux qui parlent en son nom - n'ose toujours pas l'affronter : le cadavre est toujours dans le placard .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicole Grataloup&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon sens, la philosophie ne peut devenir une discipline scolaire comme les autres que si on la con&#231;oit comme les autres dans une progressivit&#233;, et qu'on d&#233;finit ses contenus et les comp&#233;tences qu'elle implique dans cette progressivit&#233;. En math&#233;matiques, on ne fait pas la m&#234;me chose au CP et en Terminale, ni en termes de contenus conceptuels, ni en termes de comp&#233;tences &#224; d&#233;velopper ; en Fran&#231;ais non plus, en Histoire non plus. Ces disciplines, m&#234;me si elles ne sont pas, loin de l&#224;, exemptes de d&#233;fauts, ont au moins fait l'effort de penser leur progressivit&#233; du CP &#224; la Terminale. La philosophie, non. D'abord &#224; cause de l'id&#233;e longtemps dominante, qu'il faudrait pour philosopher &#8211; pour voir enfin la philosophie &#171; couronner &#187; l'&#233;difice des savoirs - une maturit&#233; qu'on n'atteindrait qu'&#224; 17 ou 18 ans, et qu'il ne faudrait avoir en philosophie qu'un seul ma&#238;tre&#8230; Ensuite devant la r&#233;sistance de l'institution : enseigner la philosophie en Premi&#232;re &#233;tait l'une des 110 propositions de F. Mitterand en 1981, 35 ans apr&#232;s on en est toujours &#224; se demander s'il faut le faire ou pas. Enfin, devant l'ampleur de la t&#226;che, car concevoir un tel cursus n'est pas chose facile, et la culture des professeurs de philosophie les porte peu &#224; la r&#233;flexion sur leur m&#233;tier. Une tentative a &#233;t&#233; faite par un groupe de coll&#232;gues autour de Michel Tozzi dans le cadre des Rencontres Philosophiques de l'Unesco en 2009, et a montr&#233; que la conception d'un tel cursus pose de nombreuses questions, philosophiques et p&#233;dagogiques, mais aussi qu'il y a de nombreuses fa&#231;ons d'y r&#233;pondre. Le chantier est ouvert, il faut y travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Fran&#231;ois Dejours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'un enseignement progressif de la philosophie occupe les esprits, au moins depuis le rapport Bouveresse-Derrida de 1989. A en croire notre derni&#232;re consultation de la profession, les enseignants semblent globalement dispos&#233;s &#224; l'envisager, du moins &#224; partir de la classe de premi&#232;re (et tout particuli&#232;rement dans la s&#233;rie litt&#233;raire, comme le demande le SNES depuis son congr&#232;s du Mans de 2005). Des r&#233;ticences demeurent, quant &#224; la pertinence d'une &#171; initiation &#187; (en 1&#232;re) &#224; &#171; l'initiation &#224; la philosophie &#187; (en terminale). N&#233;anmoins, et bien que l'esprit de ce questionnaire ne s'y pr&#234;te pas, on devine qu'&#224; moyens constants, le prix &#224; payer d'une telle r&#233;forme calmerait les ardeurs des plus enthousiastes d'entre nous. Rappelons que Luc Chatel, au moment m&#234;me o&#249; il r&#233;duisait l'horaire en S et supprimait le cadre protecteur des&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;doublements en s&#233;ries technologiques, lan&#231;ait en 2011 une ''exp&#233;rimentation'' de la philosophie d&#232;s la seconde, dans pr&#232;s de 300 lyc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En admettant cependant qu'on s'affranchisse de ce principe des vases communiquant et/ou que l'on s'accommode d'un horaire uniformis&#233; &#224; deux heures hebdomadaires sur deux ann&#233;es de formation (voire, d&#232;s la seconde comme le pr&#233;conisait&lt;br class='autobr' /&gt;
Michel Fichant, l'auteur actuel des programmes de philosophie), il faudrait encore : recalibrer les programmes sur un volume voisin de celui des s&#233;ries scientifiques (ou ES) actuelles, et int&#233;grer ces deux heures de philosophie dans l'&#233;conomie globale de l'horaire de premi&#232;re sans nuire aux autres disciplines et &#224; leurs &#233;preuves anticip&#233;es... Alors oui, la progressivit&#233; devrait permettre d'inscrire dans la dur&#233;e des apprentissages qui demandent du temps, l'&#233;l&#232;ve gagnant en accoutumance ce que son initiation perdrait peut-&#234;tre un peu en intensit&#233;. Mais on voit combien une id&#233;e novatrice anim&#233;e des meilleures intentions, peut tr&#232;s vite perdre de son attrait sans une r&#233;vision majeure du syst&#232;me &#233;ducatif et des priorit&#233;s budg&#233;taires qui la conditionnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS&lt;/strong&gt; - &lt;i&gt;Comme les autres disciplines, la philosophie doit veiller &#224; conserver son unit&#233;, ses propres modes de questionnement, de r&#233;flexion critique et de formation. Toutefois, si comme le disait Canguilhem &#171; la philosophie se nourrit de ce qui n'est pas elle &#187;, faut-il associer la philosophie au travail des autres disciplines sans que la sp&#233;cificit&#233; de ses concepts et de sa d&#233;marche (ainsi que celle des autres disciplines), s'en trouve dispers&#233;e, dilu&#233;e ? Si oui, comment envisager une telle association ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Engel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie se nourrit de ce qui n'est pas elle : elle n'est pas, et ne doit pas &#234;tre, autophage, pour reprendre le terme de Bouveresse. Cette autophagie de plus est incompr&#233;hensible pour les &#233;l&#232;ves, et ne peut que risquer la thaumaturgie et la monomanie du concept. Nombre de textes scientifiques, historiques, litt&#233;raires peuvent &#234;tre utilis&#233;s avec profit. Souvent ils sont plus clairs que bien des textes de philosophes patent&#233;s. De m&#234;me des collaborations peuvent s'instituer entre coll&#232;gues de diff&#233;rentes disciplines. Mais il ne faut jamais oublier que la philosophie est un mode d'approche diff&#233;rent. La philosophie tourne toujours, peu ou prou, sur un petit nombre de notions de base : &#234;tre, libert&#233;, connaissance, v&#233;rit&#233;, signification, bien, beau, justice, et quelques autres mais pas tellement. M&#234;me les pens&#233;es les plus radicales et antiphilosophiques auxquelles la modernit&#233; nous a habitu&#233;s ne se comprennent pas sans avoir une id&#233;e de ces notions. Le fait qu'on ne puisse peut &#234;tre pas les d&#233;finir n'est pas un obstacle, si l'on garde &#224; l'esprit qu'elles sont centrales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge Cosperec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas ce qu'on entend par &#171; conserver son unit&#233; &#187; et j'aimerais savoir de quelle &#171; unit&#233; &#187; on parle. Le champ philosophique me para&#238;t tr&#232;s divis&#233;, c'est m&#234;me l'obstacle sur lequel a but&#233; la r&#233;forme des programmes : l'impossibilit&#233; de s'accorder. C'est la raison de la pr&#233;f&#233;rence pour les programmes actuels : comme ils sont ind&#233;termin&#233;s, ils autorisent chacun &#224; faire ce qu'il veut. Pour ce qui est du travail avec les autres disciplines, je n'ai pas d'avis particulier sur cette question. Cela se pratique et je l'ai pratiqu&#233;. C'est int&#233;ressant. Une telle association n'est fructueuse que si la philosophie n'adopte pas une position de surplomb. Le philosophe y d&#233;couvre qu'il gagne &#224; s'instruire du r&#233;el, &#224; appuyer sa pens&#233;e sur des faits, des connaissances, cette mati&#232;re &#233;trang&#232;re qu'il n&#233;glige parfois un peu trop. Peut-on traiter de la conscience en ignorant tout des neurosciences ? Ou traiter du Droit sans quelques connaissances juridiques (ne serait-ce que ce qu'on appelle la hi&#233;rarchie des normes) ? Ou r&#233;fl&#233;chir &#224; la Justice sans la connaissance des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et sociales effectives ? La philosophie y gagnerait aussi en rigueur. Mais quel serait pour les autres l'int&#233;r&#234;t du travail avec le &#171; philosophe &#187; ? C'est assez d&#233;licat. Cet int&#233;r&#234;t n'est pas disciplinaire : philosopher sur la technique ne rend pas plus comp&#233;tent en &#233;lectro-m&#233;canique. Je crois que la philosophie peut aider les &#233;l&#232;ves &#224; mieux saisir en quoi les disciplines scolaires sont bien de la culture et non pas seulement des savoirs &#171; &#224; conna&#238;tre &#187;. Quand deux enseignants travaillent ensemble, la rupture du cloisonnement disciplinaire oblige chacun &#224; sortir de son pr&#233; carr&#233; pour retrouver le terrain commun de la culture. Le tableau d'Eug&#232;ne Delacroix La libert&#233; guidant le Peuple est un objet &#224; la fois historique, philosophique, artistique, litt&#233;raire (son influence sur les Mis&#233;rables de Victor Hugo). L'interdisciplinarit&#233;, si elle ne se r&#233;duit pas &#224; une simple juxtaposition de discours, donne du sens, de la vie, de l'int&#233;r&#234;t aux objets du savoir car elle les restitue aux interrogations qui les ont fait na&#238;tre et &#224; celles qu'ils engendrent &#224; leur tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicole Grataloup&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; mon sens une piste pour penser une progressivit&#233; de l'enseignement de la philosophie, qui soit &#224; la fois conforme &#224; ce que la philosophie a &#233;t&#233; dans son histoire, et p&#233;dagogiquement pertinente pour la formation intellectuelle des &#233;l&#232;ves. La philosophie a toujours &#233;t&#233; dans des relations complexes et &#233;troites avec les autres domaines de la pens&#233;e humaine. Elle s'en est nourrie, comme le dit Canguilhem, les a r&#233;fl&#233;chis, en a recherch&#233; les fondements, les crit&#232;res de l&#233;gitimit&#233; etc&#8230; Pourquoi tout cela n'aurait-il pas droit de cit&#233; dans l'&#233;cole, lieu de la transmission de ces savoirs ? Cela aurait du sens, par exemple, d&#232;s l'&#233;cole primaire et tout au long de la scolarit&#233;, de &#171; faire de la philosophie &#187; comme r&#233;flexion sur les savoirs qui sont en train d'&#234;tre acquis par les &#233;l&#232;ves : comme &#233;pist&#233;mologie, en somme. Il ne s'agirait pas forc&#233;ment d'instaurer un cours suppl&#233;mentaire, mais d'inclure la dimension &#233;pist&#233;mologique, historique et anthropologique dans l'apprentissage m&#234;me des diff&#233;rents savoirs enseign&#233;s (savoirs scientifiques, linguistiques, historiques ...) C'est ce que pratiquent d&#233;j&#224; beaucoup de coll&#232;gues du GFEN en primaire, au coll&#232;ge et au lyc&#233;e. Cela donne du sens aux apprentissages, cela les rend donc plus efficaces, cela forme la r&#233;flexivit&#233; et l'esprit critique, cela inscrit l'&#233;l&#232;ve dans l'histoire et l'aventure humaine de la construction des savoirs. Mais cela oblige effectivement &#224; revoir toute l'organisation des programmes de l'&#201;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela me semble pourtant la seule alternative &#224; la situation actuelle : depuis une quinzaine d'ann&#233;es se d&#233;veloppent de mani&#232;re significative des pratiques de &#171; philo pour enfants &#187; &#224; l'&#233;cole primaire ; dans ces pratiques, dominent les th&#233;matiques existentielles et morales, l'effet pervers &#233;tant que cela ne change rien &#224; la conception de l'apprentissage des savoirs disciplinaires&#8230; Et &#224; l'autre bout du cursus scolaire, en Terminale, on a &#171; enfin la vraie philosophie &#187;, qui regarde avec indiff&#233;rence, voire d&#233;dain, cette &#171; philo pour enfants &#187; ; mais se d&#233;sole, en m&#234;me temps, d'avoir des &#233;l&#232;ves si peu instruits, maniant si mal la langue etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc &#224; mon sens, oui, il est possible et souhaitable de travailler en lien et en collaboration avec les autres disciplines, ne serait-ce que pour s'affronter soi-m&#234;me, en tant qu'enseignant, &#224; une t&#226;che qui est &#8211; implicitement, c'est bien l&#224; le probl&#232;me &#8211; laiss&#233;e aux &#233;l&#232;ves, pour laquelle ils sont d&#233;munis, et qui est une des causes majeures de l'&#233;chec scolaire des enfants de milieux populaires : &#233;tablir des liens et des relations entre les disciplines qu'on leur enseigne, afin que ces diff&#233;rents savoirs &#171; fassent culture &#187;. Ce n'est pas facile, cela n'a rien d'&#233;vident, cela comporte des risques (de confusion, de dilution, de dispersion, comme vous le dites), mais ces risques me paraissent surmontables si on y travaille, et en tout cas mineurs par rapport &#224; l'enjeu d&#233;mocratique dont je viens de parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Fran&#231;ois Dejours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de l'interdisciplinarit&#233; comme de la progressivit&#233; envisag&#233;e ci-dessus. Aucune de ces propositions ne vaut par elle-m&#234;me, c'est au contraire par leur environnement qu'elles pourront donner le meilleur&#8230; ou le pire. Or, le pire est d&#233;j&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l&#224; avec les EPI tels que la r&#233;forme du coll&#232;ge voudrait nous les imposer. Car l'interdisciplinarit&#233; est un exercice difficile qui peut tr&#232;s vite donner lieu &#224; une juxtaposition indigente de savoirs r&#233;duits &#224; leurs plus petits d&#233;nominateurs communs,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est &#224; dire &#224; pas grand chose. Quant au meilleur, il faudrait que l'interdisciplinarit&#233; soit con&#231;ue comme dialogue entre les disciplines, ce qui supposerait que celles-ci soient solidement ancr&#233;es en tant que telles, dans le syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pris en ce sens, l'interdisciplinarit&#233; est quasiment constitutive de l'enseignement de la philosophie, &#224; tel point que ce &#171; dialogue &#187; est bien souvent &#171; mis en sc&#232;ne &#187; par l'enseignant lui m&#234;me, faute d'avoir une existence institutionnelle. Sans pr&#233;tendre &#224; l'encyclop&#233;disme, le cours de philosophie doit souvent son attractivit&#233; &#224; sa capacit&#233; &#224; faire modestement dialoguer diff&#233;rentes approches disciplinaires sur une m&#234;me question. Difficile par exemple, d'envisager un cours d'&#233;pist&#233;mologie sans entrer un peu dans l'histoire des sciences et dans la compr&#233;hension de la d&#233;marche d&#233;monstrative ou exp&#233;rimentale. Difficile de faire un cours sur la technique, l'art ou le travail sans tenir compte des dimensions historiques (et pr&#233;historiques), anthropologiques, sociales et &#233;conomiques des questions envisag&#233;es. Bref on l'aura compris, rien ne justifierait &#224; nos yeux que la philosophie se d&#233;tourne de ce vaste chantier, &#224; condition de ne pas aligner le lyc&#233;e sur ce qui se met aujourd'hui en place au coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que l'interdisciplinarit&#233; est d&#233;j&#224; pratiqu&#233;e (avec les coll&#232;gues de lettres, des sciences humaines et de la nature, d'arts&#8230;) et que c'est le plus souvent sous cette forme qu'est envisag&#233;e l'approche de la philosophie en amont de la&lt;br class='autobr' /&gt;
terminale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS&lt;/strong&gt; - &lt;i&gt;&#171; Se former &#224; la philosophie et se former par la philosophie &#187; : pensez-vous que cette formulation caract&#233;rise bien les ambitions de l'enseignement de la philosophie ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Engel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Se former &#224; la philosophie &#187; est toujours l'objectif. Mais il est illusoire de penser que plus de 5% de ce qui fait l'objet de l'enseignement philosophique soit vraiment de la philosophie. Si seulement on pouvait se former par des essais de philosopher ce serait d&#233;j&#224; bien. La philosophie m&#233;diatique, le succ&#232;s des manifestations de philosophie &#171; populaire &#187; donnent au public l'id&#233;e que tout le monde est plus ou moins philosophe ou en est capable sans apprentissage. Mais si l'on veut progresser, il ne faut pas partir de cette base, m&#234;me si cela semble plus ou moins relever de la m&#233;thode socratique (mais celle-ci &#233;tait en fait tr&#232;s technique, malgr&#233; les apparences). Le probl&#232;me est que tout le monde n'est pas Socrate, m&#234;me pas les professeurs de philosophie. Un objectif plus modeste est souhaitable. Un de mes &#233;l&#232;ves, quand j'&#233;tais jeune professeur, m'a dit &#171; Vous n'&#234;tes pas un philosophe, mais juste un professeur de philosophie &#187;. Le conseil, m&#234;me arrogant, n'&#233;tait pas si mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge Cosperec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assur&#233;ment. Cela caract&#233;rise non seulement les ambitions d'un enseignement de philosophie mais ce qu'il devrait &#234;tre indissociablement. Se former &#224; la philosophie : parce que je ne crois pas que l'on puisse &#171; apprendre &#224; philosopher &#187; ou &#171; pratiquer la philosophie &#187; sans jamais rien apprendre de la philosophie ni rien conna&#238;tre de ce que les philosophes ont &#233;crit. C'est ce qui rend probl&#233;matique &#224; mes yeux certaines pratiques dites &#171; philosophiques &#187; par des enseignants sans la moindre formation philosophique et qui, de toutes les fa&#231;ons, n'en voient ni l'utilit&#233; ni la n&#233;cessit&#233;. Se former par la philosophie : parce que l'enseignement de philosophie n'est l&#233;gitime, dans le cadre de la scolarit&#233; obligatoire, que s'il sert &#224; former autre chose que de futurs professionnels de la philosophie (&#233;tudiants, professeurs, philosophes professionnels). Je crois que c'est le cas lorsque l'on prend au s&#233;rieux l'id&#233;e d'une culture du jugement critique telle que je l'ai expos&#233;e plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicole Grataloup&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, absolument. Tout ce que je viens d'&#233;crire va dans ce sens, et je ne vois pas bien quel sens il y aurait &#224; inclure la philosophie dans un cursus scolaire s'il en &#233;tait autrement&#8230; Sauf &#224; tenir la philosophie pour une esp&#232;ce de Graal poursuivi pour lui-m&#234;me exclusivement (je sais qu'il en est qui le pensent&#8230; !), on ne peut qu'avoir pour but que les savoirs et comp&#233;tences acquis en faisant de la philosophie participent de la formation de la personne prise globalement, comme individu humain, comme citoyen, comme professionnel. Autrement dit, il faut revendiquer pour l'enseignement de la philosophie au lyc&#233;e et plus g&#233;n&#233;ralement &#224; l'&#233;cole une utilit&#233; dans la formation intellectuelle de tous les &#233;l&#232;ves. Mais cela implique pour cet enseignement de se mettre &#224; la hauteur de cet enjeu, ce qui ne se fera pas sans une profonde transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Fran&#231;ois Dejours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, pour reprendre la formule du manifeste fondateur d'une association professionnelle bien connue, cet enseignement a bien la double ambition de faire de la philosophie une fin et un moyen. D'abord un moyen qui partage avec d'autres disciplines, l'ambition d'une formation intellectuelle &#233;mancipatrice qui d&#233;borde le cadre d'un pr&#233;apprentissage universitaire de la philosophie. Mais aussi une fin, pour autant qu'elle contribue &#224; rendre intelligible le r&#233;el et que ce gain de sens auquel la philosophie participe est d&#233;sirable pour lui m&#234;me. Enfin, nous pensons qu'il s'agit bien d'une formation ayant sa place dans un cadre scolaire, confrontant les professeurs&lt;br class='autobr' /&gt;
de philosophie aux difficult&#233;s d'un m&#233;tier qu'ils partagent avec leurs coll&#232;gues des autres disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs ce constat qui fait que la r&#233;flexion du SNES sur le lyc&#233;e, sur les programmes, sur la p&#233;dagogie ou sur le m&#233;tier, ne r&#233;serve pas un sort particulier &#224; l'enseignement de la philosophie, et ce au b&#233;n&#233;fice d'une r&#233;flexion qui s'efforce d'&#234;tre globale. Ce qui, pr&#233;cisons-le, n'emp&#234;che pas le SNES de reconna&#238;tre par ailleurs que l'offensive de la r&#233;forme Chatel contre les horaires d&#233;di&#233;s &#224; l'enseignement de la philosophie (tout particuli&#232;rement les d&#233;doublements en s&#233;ries technologiques) n&#233;cessite une riposte syndicale sp&#233;cifique (audiences au minist&#232;re avec les associations professionnelles, rassemblements au moment du bac, appel des universitaires en 2015...), en coh&#233;rence avec notre refus des r&#233;formes actuelles dans le secondaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Association pour la cr&#233;ation d'instituts de recherche sur l'enseignement de la philosophie&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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