<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
	<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/</link>
	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
Contact : gr-ds@orange.fr.
Suivez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/democratisation.scolaire
Et sur Instagram : www.instagram.com/democratisation_scolaire/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?id_rubrique=38&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
		<url>https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L144xH16/siteon0-ac0ed.png?1790689034</url>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/</link>
		<height>16</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La Maternelle &#224; la fran&#231;aise</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article376</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article376</guid>
		<dc:date>2026-04-14T10:08:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane Vaquero</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Petite histoire de la maternelle : L'ouvrage, tir&#233; d'une th&#232;se soutenue par Fabienne Montmasson-Michel &#224; l'Universit&#233; de Poitiers en 2018, mobilise les outils de la sociologie et de la sociohistoire pour montrer comment progressivement, depuis le XIX&#176; si&#232;cle, l'&#233;cole maternelle s'est institu&#233;e pour fa&#231;onner le &#171; jeune enfant langagier &#187; (p. 13). La structure de l'ouvrage participe &#224; la force et &#224; l'originalit&#233; du propos : la seconde partie se concentre sur une histoire de l'&#233;cole maternelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L94xH150/arton376-38ca6.png?1790689035' class='spip_logo spip_logo_right' width='94' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Petite histoire de la maternelle&lt;/i&gt; : L'ouvrage, tir&#233; d'une th&#232;se soutenue par Fabienne Montmasson-Michel &#224; l'Universit&#233; de Poitiers en 2018, mobilise les outils de la sociologie et de la sociohistoire pour montrer comment progressivement, depuis le XIX&#176; si&#232;cle, l'&#233;cole maternelle s'est institu&#233;e pour fa&#231;onner le &#171; jeune enfant langagier &#187; (p. 13)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fabienne Montmasson-Michel, Petite histoire de la maternelle, La Dispute, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La structure de l'ouvrage participe &#224; la force et &#224; l'originalit&#233; du propos : la seconde partie se concentre sur une histoire de l'&#233;cole maternelle en tant qu'institution, tandis que la premi&#232;re fixe les cadres intellectuels, scientifiques et militants qui permettent de comprendre comment l'&#233;cole maternelle s'est progressivement constitu&#233;e en &#171; &#233;cole du langage &#187; durant les XIX&#176; et XX&#176; si&#232;cles. L'ouvrage permet ainsi de comprendre comment des discours scientifiques ou militants se &#171; durcissent &#187; dans des institutions et comment, au sein de ces institutions, ils deviennent des pratiques fa&#231;onnant d&#232;s l'enfance, par toute une s&#233;rie d'investissements mat&#233;riels, symboliques et temporels, de processus d'int&#233;riorisation de l'autocontrainte, les mani&#232;res de penser et de parler. En sociologue, l'autrice place les rapports sociaux de classe et genre au centre (p. 12), qu'il s'agisse d'analyser l'imposition des mod&#232;les p&#233;dagogiques de l'&#233;cole maternelle ou la mani&#232;re dont les apprentissages peuvent diff&#233;rencier socialement les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois temps qui structurent la premi&#232;re partie (&#171; Cultiver la petite enfance &#187;) montrent la gen&#232;se historique du souci philanthropique puis &#233;tatique de l'enfance. En mobilisant les travaux d'historien&#183;nes de l'enfance, le premier chapitre s'attache &#224; montrer comment, depuis les Lumi&#232;res et surtout au XIX&#176; si&#232;cle, le souci de la pr&#233;servation corporelle des enfants a pos&#233; les pr&#233;mices de trois dimensions essentielles dans la constitution des &#233;coles maternelles : des discours hygi&#233;nistes, sur le lavage et l'alimentation notamment ; des institutions d'encadrement de l'enfance par la cr&#233;ation des salles d'asiles par les philanthropes des ann&#233;es 1820 puis la cr&#233;ation de la Protection Maternelle Infantile (PMI) en 1945 ; enfin un groupe social constitu&#233; de femmes bourgeoises et progressistes visant &#224; promouvoir les bonnes pratiques de maternage aupr&#232;s en particulier des m&#232;res de classes populaires. Concernant d'abord la question de la pr&#233;servation corporelle des enfants, le premier chapitre rappelle que, bien loin des discours actuels sur l'injonction &#224; la libert&#233;, au bien-&#234;tre et au d&#233;veloppement personnel omnipr&#233;sents dans les discours sur les pratiques p&#233;dagogiques &#224; l'&#233;cole maternelle, cette derni&#232;re s'est d&#233;velopp&#233;e dans un souci de contr&#244;le des corps dont l'Etat s'est progressivement arrog&#233; le monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second chapitre montre comment se produit, de la seconde moiti&#233; du XIX&#176; si&#232;cle &#224; l'apr&#232;s-Guerre, une extension du souci de la pr&#233;servation des enfants vers le souci de leur d&#233;veloppement. L'ambivalence de ce processus, entre vis&#233;e hygi&#233;niste et vis&#233;e expressive, est &#224; l'origine de la constitution des &#233;coles maternelles et de la mani&#232;re dont elles font entrer les enfants dans le langage et dans les apprentissages. L'originalit&#233; et l'int&#233;r&#234;t de ce chapitre est de fournir une grille de lecture des diff&#233;rentes approches du point de vue de leurs finalit&#233;s (entre compr&#233;hension et prescription de pratiques), du point de vue de la perception du social (n&#233;gation ou prise en compte de l'enfant comme &#234;tre social et socialis&#233;) mais aussi du point de vue des rapports de genre pr&#233;sents dans la production des discours, entre une approche f&#233;minine-domestique et une approche masculine-scientifique. Cette division genr&#233;e se retrouve dans la production du discours portant sur les finalit&#233;s de l'&#233;cole maternelle : psychologie diff&#233;rentielle (Binet) mettant l'accent sur le classement selon des capacit&#233;s pr&#233;tendument individuelles, lecture naturaliste du d&#233;veloppement (Piaget) d'un c&#244;t&#233; ; lecture maternaliste mettant l'accent sur &#171; l'attention aux autres, la maternit&#233;, les savoirs domestiques, l'expression verbale et la pratique de l'&#233;crit &#187; (p. 29) de l'autre. Sous la III&#176; R&#233;publique, l'Etat est tr&#232;s attentif au discours du courant maternaliste. Il trouve dans cette &#171; expertise sp&#233;cifique de genre &#187; (maternit&#233;, foyer domestique, aide sociale aux plus d&#233;munis, petite enfance, &#233;ducation) un moyen de mener la bataille d'influence qu'il m&#232;ne avec l'&#201;glise sur le terrain de l'&#233;ducation et de la morale. Pour les femmes appartenant &#224; ce courant maternaliste, l'audience acquise aupr&#232;s des inspecteurs et ministres de l'instruction publique est une mani&#232;re de diffuser dans les programmes et dans les instructions officielles &#171; leur connaissance concr&#232;te et ethnocentrique des enfants de leurs milieux, et, quand elles en ont, de leurs propres enfants et petits-enfants &#187; (p. 35). Pauline Kergomard, inspectrice g&#233;n&#233;rale, est une figure de ces femmes influentes dans la constitution des piliers de l'&#233;cole maternelle &#224; la fin du XIX&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cadre intellectuel et militant &#233;tant pos&#233;, le troisi&#232;me chapitre 3 s'attache &#224; montrer comment les savoirs p&#233;dagogiques, psychanalytiques et plus r&#233;cemment neuroscientifiques &#171; fa&#231;onnent des dispositions morales et cognitives diff&#233;renci&#233;es &#187; (p. 49). Il met d'abord l'accent sur la diffusion des m&#233;thodes p&#233;dagogiques fond&#233;es sur la socialisation &#224; l'autocontrainte en rappelant que les p&#233;dagogies &#171; de l'autonomie et de la libert&#233; &#187;, &#224; commencer par la p&#233;dagogie montessorienne, &#171; n'en est pas moins une p&#233;dagogie du contr&#244;le &#187; (p. 46). L'apr&#232;s-68 s'inscrit dans la continuit&#233; du processus engag&#233; fin XIX&#176; si&#232;cle : la contrainte sur la pr&#233;servation des corps des enfants se rel&#226;che mais celle portant sur le contr&#244;le de la psych&#233; s'accentue, avec des modalit&#233;s d'imposition de normes morales et cognitives plus ou moins contraignantes selon les classes et fractions de classes auxquelles elles s'adressent (p. 49). La psychologie positive participe &#224; la diffusion de l'id&#233;al d'un enfant autonome, coop&#233;ratif et expressif, matrice structurante des p&#233;dagogies au sein des &#233;coles maternelles, occultant cependant le fait que cette apparente pacification des rapports entre enfants euph&#233;mise la violence symbolique ainsi produite, celle de la domination du &#171; jeune enfant langagier autonome &#187; (p. 52). Ces p&#233;dagogies ne s'imposent toutefois jamais sans une assise mat&#233;rielle et symbolique, et c'est ce que rappelle le second point du chapitre. Il montre que la culture enfantine se diffuse par trois dimensions mat&#233;rielles : des espaces domestiques, publics et scolaires d&#233;di&#233;s, des jouets et jeux et des livres pour enfants (p. 54). En guise de conclusion de la premi&#232;re partie de l'ouvrage, le dernier point du chapitre montre l'importance prise, depuis les ann&#233;es 1970, par l'id&#233;e selon laquelle les enfants sont porteurs d'un &#171; potentiel &#187; et d'une singularit&#233; qu'il s'agit de pr&#233;server et de d&#233;velopper. La notion de plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale, qui se diffuse &#224; partir des ann&#233;es 1980, l&#233;gitime l'id&#233;e selon laquelle chaque enfant est &#171; &#224; la fois vuln&#233;rable et d&#233;tenteur d'un potentiel &#224; r&#233;v&#233;ler &#187; (p. 67). Deux visions se confrontent alors : celle, port&#233;e par la psychanalyse, d'un &#171; enfant expressif &#187; qui se d&#233;veloppe par l'acc&#232;s au langage r&#233;flexif et celle, port&#233;e par les neurosciences, d'un &#171; enfant acteur &#187; qu'il faut entra&#238;ner par le biais d'exercices r&#233;p&#233;t&#233;s et calibr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour retracer l'histoire de la scolarisation de la petite enfance, Fabienne Montmasson-Michel s'appuie sur un important corpus documentaire : des archives photographiques, des ouvrages sur le langage des jeunes enfants, des programmes scolaires mais aussi des articles du &lt;i&gt;Caf&#233; p&#233;dagogique&lt;/i&gt;. L'objectif de la seconde partie est de reconstituer l'histoire sociale et institutionnelle de la scolarisation de la petite enfance et, ce faisant, de la construction des cadres sociaux et cognitifs de l'apprentissage scolaire du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire sociale et institutionnelle prend ses racines dans la cr&#233;ation des premi&#232;res salles d'asiles par Jean Denys Marie Cochin &#224; partir des ann&#233;es 1830. Elles sont pens&#233;es comme des lieux dans lesquels la mise en forme scolaire de la petite enfance prend progressivement forme, dans un premier temps dans un souci d'&#171; ordonnancement des corps &#187; (p. 82). Ce quatri&#232;me chapitre montre avec force d&#233;tails comment, &#224; grands renforts de chants, d'ordres qui s'apparentent &#224; des ordres militaires (&#171; &#171; Au temps ! &#187;, &#171; Marquez le pas ! &#187;, &#171; Halte ! &#187;, &#171; Front ! &#187;, etc. &#187; (p. 82), la m&#233;thode de ces salles d'asiles est &#171; suppos&#233;e faire apprendre &#224; ob&#233;ir dans la joie et pr&#233;parer [les enfants] en douceur aux quelques ann&#233;es d'&#233;cole primaire qui pr&#233;c&#233;deront leur mise au travail productif &#187; (p. 84). Pour les femmes, des inspectrices et directrices, souvent issues de la bourgeoisies et proches du courant maternaliste, aux femmes de service, issues de classes populaires, la diffusion des salles d'asiles constitue une rare opportunit&#233; d'acqu&#233;rir une autonomie financi&#232;re, professionnelle et parfois symbolique (p. 87). Certaines d'entre elles, &#224; l'image de Marie-Pape Carpentier, mettent &#224; profit leur exp&#233;rience p&#233;dagogique pour d&#233;velopper des pratiques proches des m&#233;thodes actives simultan&#233;ment d&#233;velopp&#233;es &#224; l'&#233;cole primaire et commencent &#224; organiser l'apprentissage du langage &#171; afin de pr&#233;ciser leur pens&#233;e, stabiliser leur m&#233;moire et saisir les notions abstraites &#187; (p. 93) et ce en s'appuyant sur l'observation des pratiques langagi&#232;res des enfants massivement issus des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation des &#233;coles maternelles et leur int&#233;gration au sein de l'ordre primaire en 1881 participe pleinement, comme le montre le cinqui&#232;me chapitre, au projet r&#233;publicain de scolarisation o&#249; &#171; les enfants comprennent ce qu'ils apprennent et adh&#232;rent par la raison &#224; la morale r&#233;publicaine &#187; (p. 96). Le maternalisme continue &#224; exercer une forte influence dans l'&#233;laboration des programmes et m&#233;thodes p&#233;dagogiques &#171; dans des perspectives d'&#233;ducations bourgeoises &#187; (p. 97) cherchant &#224; rompre avec la &#171; tonalit&#233; disciplinaire et religieuse &#187; (p. 99) des salles d'asiles. Pauline Kergomard exerce &#224; ce titre une influence majeure et durable aupr&#232;s du minist&#232;re de l'instruction publique au moment d&#233;terminant de la constitution l&#233;gislative des &#233;coles maternelles (1881-1887 notamment). Le r&#244;le jou&#233; par cette inspectrice g&#233;n&#233;rale, r&#233;publicaine et appartenant au p&#244;le culturel de la bourgeoisie (l'ouvrage comporte une biographie tr&#232;s &#233;clairante, p. 101), est d&#233;terminant dans la mani&#232;re dont l'&#233;cole maternelle s'organise concr&#232;tement dans les salles de classes, dans le d&#233;coupage du temps en activit&#233;s ludiques visant &#224; d&#233;velopper l'individualit&#233;, contre les pratiques h&#233;rit&#233;es des salles d'asiles. Mais ces lib&#233;ralit&#233;s assum&#233;es s'accompagnent &#233;galement de pratiques p&#233;dagogiques d'apprentissage du langage socialement situ&#233;es mais aussi inscrites dans une &#171; temporalit&#233; inspir&#233;e des pratiques des familles bourgeoises o&#249; l'apprentissage commen&#231;ait d&#232;s quatre ou cinq ans &#187; (p. 110). Pour Fabienne Montmasson-Michel, &#171; ces vis&#233;es lectorales et cette p&#233;dagogie de l'oral pr&#233;supposent un enfant &#224; l'image de celui de son milieu, la bourgeoisie cultiv&#233;e &#187; et &#171; pr&#233;figure les socialisations langagi&#232;res des groupes sociaux dominants du monde occidental et familiers de la culture scolaire, d&#233;crits &#224; partir des ann&#233;es 1970 &#187; (p. 111).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse sociohistorique des pratiques p&#233;dagogiques, inscrite dans les rapports sociaux de classe et de genre, constitue un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant dans le raisonnement men&#233; par la sociologue. Elle montre que la diffusion de pratiques p&#233;dagogiques visant &#224; s'extraire des logiques de contr&#244;le et d'ob&#233;issance des corps, ici h&#233;rit&#233;es des salles d'asiles, la valorisation de la dimension expressive et ludique des apprentissages, s'inscrivent dans des histoires militantes progressistes, soucieuses la plupart du temps de faire entrer les enfants de classes populaires dans les apprentissages. N&#233;anmoins ces p&#233;dagogies sont structur&#233;es &#224; l'image des attendus de ces enseignant&#183;es et militant&#183;es form&#233;&#183;es et socialis&#233;&#183;es dans les fractions dominantes de l'espace social (alors m&#234;me que les institutrices de maternelle, d&#233;but XX&#176; si&#232;cle, &#171; proviennent majoritairement des classes populaires [&#8230;] et des petites classes moyennes &#187; (p. 121)). Les processus de domination qui en d&#233;coulent sont d'autant plus efficaces qu'ils sont invisibilis&#233;s par l'apparent bon sens de ces pratiques : d&#233;velopper l'individualit&#233; et l'expressivit&#233; est &#233;videmment jug&#233; pr&#233;f&#233;rable au fait de contr&#244;ler et contraindre les corps et les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre se conclut en montrant comment, au d&#233;but du XX&#176; si&#232;cle, en particulier au tournant de 1921 (d&#233;cret alignant les statuts des institutrices d'&#233;coles maternelles sur les personnels du primaire, cr&#233;ation de l'AGIEM (Association g&#233;n&#233;rale des institutrices des &#233;coles maternelles et des classes enfantines publiques)), ce corps professionnel f&#233;minin se structure progressivement, en qu&#234;te de l&#233;gitimit&#233; entre l'h&#233;ritage des salles d'asiles et les &#233;coles primaires bien plus masculines, mais aussi dans un contexte structurel de manque de moyens mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc en ayant bien en t&#234;te la sociogen&#232;se l'&#233;cole maternelle depuis la cr&#233;ation des salles d'asiles au XIX&#176; si&#232;cle que l'on aborde le sixi&#232;me et dernier chapitre et les enjeux contemporains de l'institution, l'&#233;volution de ses finalit&#233;s dans le contexte d'une &#233;cole massifi&#233;e. Fabienne Montmasson-Michel distingue tout d'abord deux &#171; &#226;ges &#187; de l'&#233;cole maternelle : jusqu'aux ann&#233;es 1970, l'institution acquiert une forme d'autonomie symbolique au sein de l'&#233;cole massifi&#233;e, &#224; la fois en termes de finalit&#233;s et en termes de mod&#232;le p&#233;dagogique fond&#233; sur l'expressivit&#233; et sur le langage et l'&#233;ducation culturelle pr&#233;coce (p. 131). Durant cet &#171; &#226;ge d'or &#187;, ce sont surtout les savoirs psychanalytiques et l'expression artistique qui se diffusent dans les programmes et les pratiques &#224; l'&#233;cole maternelle et c'est par ce biais que les apprentissages sont orient&#233;s vers le mod&#232;le expressif centr&#233; sur le langage (p. 144). L&#224; encore, le d&#233;tour par la description de quelques personnalit&#233;s influentes, comme ici l'inspectrice et chercheuse Germaine Tortel (p. 145) permet de mieux comprendre la sociogen&#232;se des savoirs et des pratiques p&#233;dagogiques et de comprendre comment, &#224; travers cette valorisation de l'expression artistique et langagi&#232;re, se reproduit une forme d'id&#233;ologie du don et &#171; impose un arbitraire culturel g&#233;n&#233;rateur de violence symbolique &#187; (p. 147).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais progressivement l'&#233;cole maternelle voit sa sp&#233;cificit&#233; remise en cause et &#224; partir des ann&#233;es 1970. L'autrice parle alors d'un &#171; &#226;ge de l'int&#233;gration scolaire &#187; : l'&#233;cole maternelle est pens&#233;e comme un &#171; rouage du premier degr&#233; &#187; visant &#224; lutter contre l'&#233;chec scolaire en pr&#233;parant l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite. Une figure influente de ce virage est Laurence Lentin. Cette linguiste et ma&#238;tresse de conf&#233;rences &#224; l'IUFM de Versailles a particip&#233;, dans les ann&#233;es 1990, &#224; la transformation du rapport au langage et &#224; l'&#233;crit &#224; l'&#233;cole maternelle en &#171; d&#233;finissant un langage scolaire d'embl&#233;e r&#233;flexif, structur&#233; par ses dimensions &#171; m&#233;ta &#187; : m&#233;talangagi&#232;re, m&#233;talinguistique, m&#233;tadiscursive et m&#233;tacognitive &#187; (p. 155), ent&#233;rinant ainsi une approche de l'entr&#233;e dans l'&#233;crit favorisant les enfants des familles les plus proches de la culture scolaire. A partir des ann&#233;es 2000, cette &#171; mont&#233;e des attentes scolaires dans un contexte n&#233;olib&#233;ral &#187; produit une situation paradoxale o&#249; les familles de classes populaires adoptent massivement les codes de l'&#233;cole maternelle alors m&#234;me que les exigences cognitives de l'institution accroissent les in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; embourgeoisement &#187; du recrutement social des enseignant&#183;es (p. 132), la r&#233;duction des effectifs par classe et la hausse des moyens rendant possible la r&#233;organisation des espaces scolaires, l'achat de mat&#233;riel et de mobilier p&#233;dagogique, accompagnent des normes p&#233;dagogiques mettant l'accent sur les activit&#233;s dites &#171; libres &#187;, sur les approches th&#233;matiques des activit&#233;s, sur les exercices individualis&#233;s et auto-prescrits. Cette &#171; norme tacite du &#8220;bon comportement&#8221; (silence et immobilit&#233; relatifs, absence de violence physique, participation volontaire aux activit&#233;s) se traduit par la sanction des contrevenants moins ajust&#233;s &#224; ces normes, plus souvent issus des classes populaires &#187; (p. 139). Le chapitre rev&#234;t ainsi un int&#233;r&#234;t sociologique majeur : celui de faire le lien entre le recrutement social des enseignant&#183;es de maternelles, l'analyse de leurs trajectoires et de leur influence au sein de l'institution d'une part, et d'autre part les transformations curriculaires visant &#224; promouvoir une organisation des activit&#233;s d'apprentissages par th&#233;matiques, par ateliers, le tout en montrant comment cette organisation des apprentissages valorise les dispositions des enfants de classes moyennes et sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour clore cette analyse sociologique des &#233;coles maternelles, Fabienne Montmasson-Michel montre comment, des ann&#233;es 1970 aux ann&#233;es 1980, la fragmentation des r&#244;les &#233;ducatifs au sein des &#233;coles maternelles mod&#232;le les savoirs et leurs modalit&#233;s de transmission avec l'int&#233;gration progressive des &#171; employ&#233;es communales &#187;, qui deviennent des agents territoriaux sp&#233;cialis&#233;s des &#233;coles maternelles (ATSEM) en 1989, au sein du travail &#233;ducatif. La sociologue montre comment le travail invisible men&#233; au quotidien par ces femmes majoritairement issues des classes populaires joue &#171; un r&#244;le indispensable dans l'acculturation scolaire des enfants, ceux des classes populaires et tous les autres, [par] un guidage ajust&#233; &#224; l'autonomie des enfants, une attention explicite aux aspects formels de l'oral scolaire et une entr&#233;e dans l'&#233;crit par sa mat&#233;rialit&#233; graphique, alphab&#233;tique et lectorale &#187; (p. 162).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tude sociologique de l'&#233;cole maternelle se conclut par une mise en perspective de deux programmes politiquement oppos&#233;s, celui de 2008, port&#233; par le ministre de l'Education Xavier Darcos, et celui de 2015, port&#233; par Vincent Peillon. La mani&#232;re dont Fabienne Montmasson-Michel lit les controverses entre ces deux programmes donne &#224; voir les tensions et contradictions politiques plus globales qui traversent les politiques &#233;ducatives dans les soci&#233;t&#233;s fortement scolaris&#233;es. Elle montre que le &#171; programme 2008 &#187; est critiqu&#233; pour sa &#171; primarisation &#187;, l'&#233;cole maternelle &#233;tant alors appr&#233;hend&#233;e comme une pr&#233;paration aux apprentissages de la lecture et de l'&#233;criture. Le programme de 2015 s'inscrit, en apparence, &#224; rebours de cet usage de l'&#233;cole maternelle comme une prop&#233;deutique &#224; l'enseignement long : au contraire, la dimension expressive et ludique est mise en avant, rappelant les traits de l'&#171; &#226;ge d'or &#187; des &#233;coles maternelles des ann&#233;es 1970. Mais cette autonomie p&#233;dagogique n'est qu'apparente : pour la sociologue, ce recours au ludique et &#224; l'expressif traduit en r&#233;alit&#233; des attendus vis-&#224;-vis de la part des &#233;l&#232;ves et des familles concernant l'acquisition de dispositions &#224; la secondarisation, l'entr&#233;e dans un rapport abstrait, conceptuel et surtout trop implicite &#224; la culture &#233;crite. Cette approche se trouve &#234;tre d&#233;favorable aux &#233;l&#232;ves issus de classes populaires et, ce faisant, accro&#238;t les in&#233;galit&#233;s sociales face aux apprentissages alors m&#234;me qu'une part toujours croissante des familles de classes adh&#232;rent &#224; &#171; l'id&#233;e que les enfants apprennent en jouant [et] les socialisent dans une culture du divertissement [&#8230;] et de la petite enfance scolaire &#187; (p. 164).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;Petite histoire de la maternelle&lt;/i&gt; est ainsi &#224; la fois bien plus qu'une petite histoire, dans le sens o&#249; elle ancre l'histoire de cette institution dans le temps long de la scolarisation de masse des soci&#233;t&#233;s contemporaines et surtout elle le fait en ancrant syst&#233;matiquement les faits historiques dans une analyse en termes de rapports sociaux de classe et de genre. Mais elle est aussi bien plus qu'une histoire de la maternelle : &#224; travers la sociohistoire de cette institution scolaire, ce sont en r&#233;alit&#233; les enjeux sociocognitifs de l'&#233;cole contemporaine qui sont abord&#233;s : transformations curriculaires, malentendus sociocognitifs et effets de la litt&#233;racie &#233;tendue sur les in&#233;galit&#233;s sociales mais aussi rapports au travail au sein de l'&#233;cole constituent la matrice de cette analyse sociohistorique qui s'adresse aux enseignant&#183;es, aux chercheur&#183;euses et aux &#233;tudiant&#183;es en sociologie, en sciences de l'&#233;ducation mais aussi, il faut le pr&#233;ciser puisque les apports critiques y sont pr&#233;cieux, en psychologie de l'&#233;ducation puisque de nombreuses incises permettent de situer la place de la psychologie et des neurosciences dans la l&#233;gitimation du discours et des pratiques au sein de cette institution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fabienne Montmasson-Michel, &lt;i&gt;Petite histoire de la maternelle&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'Enjeu scolaire, Paris, 2025, 16 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Apprendre. Les &#171; aptitudes &#187;, vie et mort, et Dehaene</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article361</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article361</guid>
		<dc:date>2025-04-17T11:04:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabienne Andr&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Au sein de chaque g&#233;n&#233;ration les apprentissages de la culture &#233;crite, ceux que l'on r&#233;alise au cours de la scolarit&#233;, sont, comme l'on sait, tr&#232;s in&#233;galement r&#233;ussis. Au long des deux premiers tiers du 20&#232;me si&#232;cle ces in&#233;galit&#233;s sont attribu&#233;es de fa&#231;on fataliste, &#224; gauche autant qu'&#224; droite, &#224; des diff&#233;rences d'aptitudes fond&#233;es en nature : bornant ainsi, puisque tous les jeunes ne peuvent r&#233;ussir des &#233;tudes longues, l'ambition des vis&#233;es d&#233;mocratiques pour l'&#233;cole. Lorsque ce fatalisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH132/arton361-a4eca.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='132' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au sein de chaque g&#233;n&#233;ration les apprentissages de la culture &#233;crite, ceux que l'on r&#233;alise au cours de la scolarit&#233;, sont, comme l'on sait, tr&#232;s in&#233;galement r&#233;ussis. Au long des deux premiers tiers du 20&#232;me si&#232;cle ces in&#233;galit&#233;s sont attribu&#233;es de fa&#231;on fataliste, &#224; gauche autant qu'&#224; droite, &#224; des diff&#233;rences d'aptitudes fond&#233;es en nature : bornant ainsi, puisque tous les jeunes ne peuvent r&#233;ussir des &#233;tudes longues, l'ambition des vis&#233;es d&#233;mocratiques pour l'&#233;cole. Lorsque ce fatalisme biologique sera mis en cause, &#224; partir des ann&#233;es 1960, ce sera pour c&#233;der progressivement la place, dans la culture du monde scolaire, au fatalisme sociologique du handicap socioculturel. Pour ce dernier les parcours scolaires doivent l'essentiel &#224; l'impact de la socialisation familiale, au cours de laquelle se transmet une culture de classe, ses ressources et ses manques. Cette repr&#233;sentation reste aujourd'hui tr&#232;s pr&#233;gnante, m&#234;me dans le milieu des chercheurs. Au point qu'elle ne laisse gu&#232;re de place &#224; l'investigation de ce que la r&#233;ussite ou l'&#233;chec doivent &#224; la conduite des apprentissages scolaires eux-m&#234;mes. On voit d&#232;s lors qu'il est indispensable, si l'on souhaite interroger les conditions de p&#233;dagogies plus efficientes, de contester le principe m&#234;me du fatalisme scolaire, qu'il tienne &#224; la biologie ou aux in&#233;galit&#233;s culturelles de classe. Cette contestation est devenue un enjeu de connaissance essentiel. Voil&#224; donc la question cruciale d&#233;sormais pos&#233;e &#224; tout effort de compr&#233;hension de notre syst&#232;me &#233;ducatif : peut-on valider, par-del&#224; tout fatalisme, la th&#232;se de l'&#233;ducabilit&#233; universelle ? D'un c&#244;t&#233; les ressources des sciences humaines ont &#233;t&#233; mobilis&#233;es afin d'interroger sa pertinence, et le GRDS a pris toute sa part &#224; l'entreprise. Du c&#244;t&#233; de la biologie elle-m&#234;me l'avanc&#233;e des connaissances a &#233;t&#233; particuli&#232;rement marqu&#233;e par les travaux de Stanislas Dehaene, qui proclame avec vigueur dans sa derni&#232;re parution, destin&#233;e &#224; un large public, &#171; Une id&#233;e dans la t&#234;te &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, Une id&#233;e dans la t&#234;te, Odile Jacob, 2025, 17 &#8364;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; S'il y a bien un message que je voudrais marteler, c'est que tous les cerveaux sont capables d'apprendre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vie et mort des aptitudes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1903&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfred Binet d&#233;signe par la notion d'&#171; aptitude &#187; les dispositions individuelles permettant d'envisager telle ou telle carri&#232;re scolaire et professionnelle. Les aptitudes sont d'ordre essentiellement naturel, ancr&#233;es dans le biologique (on parlera plut&#244;t de &#171; comp&#233;tences &#187; en cas de connaissances et de savoir-faire acquis par la formation, l'&#233;ducation)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred Binet, L'&#233;tude exp&#233;rimentale de l'intelligence, Schleicher Fr&#232;res et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit d'un &#171; donn&#233; &#187; originaire, dont le concept est flou, mais appel&#233; &#224; jouer le r&#244;le d'un op&#233;rateur id&#233;ologique majeur. Pourquoi contesterait-on l'in&#233;galit&#233; des destin&#233;es scolaires, d&#232;s lors qu'elle refl&#232;te la diversit&#233; des &#171; aptitudes &#187; ? Mieux, m&#234;me : il est vivement pr&#233;f&#233;rable que les parcours soient accord&#233;s &#224; la r&#233;alit&#233; des aptitudes, sauf &#224; augmenter &#171; le nombre des d&#233;class&#233;s, des m&#233;contents &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred Binet, Les id&#233;es modernes sur les enfants, Flammarion, Paris, 1911.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que l'&#233;ducation maintienne chacun &#224; sa place n'est pas une recommandation nouvelle : une longue lign&#233;e d'hommes politiques, de Richelieu &#224; Jules Ferry, avaient d&#233;j&#224; soulign&#233; combien un tel objectif s'imposait. Mais la &#171; th&#233;orie &#187; des aptitudes qui, sous l'impulsion de Binet, les pr&#233;tend en ce d&#233;but de 20&#232;me si&#232;cle suffisamment assur&#233;es et consistantes pour &#234;tre mesurables, donne une force de conviction renouvel&#233;e &#224; la relation aptitudes/destin scolaire. Et cette force n'aura pas fini de peser dans les d&#233;bats ult&#233;rieurs sur le syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1919&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la premi&#232;re guerre mondiale, les &#171; Compagnons de l'Universit&#233; nouvelle &#187; commencent &#224; rendre audible un questionnement auparavant tr&#232;s minoritaire. Pourquoi n'y aurait-il pas, dans les classes populaires cantonn&#233;es jusque-l&#224; &#224; l'enseignement primaire, des jeunes dot&#233;s d'&#171; aptitudes &#187; susceptibles de leur permettre des &#233;tudes prolong&#233;es ? Seule une &#233;cole &#171; unique &#187;, o&#249; le secondaire serait ouvert aux meilleurs &#233;l&#232;ves du primaire, permettrait &#224; ces jeunes de rejoindre l'&#233;lite sociale. Ce serait l&#224; une r&#233;forme servant &#224; la fois l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et la justice sociale. Le &#171; premier devoir &#187; des ma&#238;tres, dans cette &#233;cole, serait, autant ou plus que d'enseigner, de &#171; discerner les vocations &#187; (lesquelles manifestent la pr&#233;sence d'aptitudes n&#233;cessaires aux &#233;tudes prolong&#233;es)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Compagnons, L'Universit&#233; nouvelle, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1937&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre de l'instruction publique du Front Populaire, Jean Zay, lance une exp&#233;rimentation de plusieurs centaines de &#171; classes d'orientation &#187; afin de tester les modalit&#233;s d'une s&#233;lection efficace des &#233;l&#232;ves en fonction de leurs &#171; aptitudes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1946/47&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan Langevin-Wallon est con&#231;u dans une perspective d'&#233;mancipation des jeunes g&#233;n&#233;rations. Il reprend &#224; son compte en ce sens le principe de l'&#233;cole unique, qui doit assurer une scolarit&#233; longue pour tous (18 ans minimum). Son ambition n'en demeure pas moins born&#233;e par la th&#233;matique des &#171; aptitudes &#187;. Ce que peut une &#233;cole d&#233;mocratique, nous dit-il, c'est donner &#224; chacun la possibilit&#233; de faire la preuve de son talent jusqu'au maximum de ses aptitudes. Ce sera donc in&#233;vitablement, sachant la disparit&#233; de ces derni&#232;res, une &#233;cole in&#233;gale r&#233;partissant ses &#233;l&#232;ves entre trois fili&#232;res : &#171; &#233;tudes th&#233;oriques &#187;, pour former les futurs responsables ; &#171; &#233;tudes professionnelles &#187; &#171; destin&#233;es &#224; fournir les cadres moyens de la production &#187; ; &#171; &#233;tudes pratiques (apprentissage) &#187;, pour former les ex&#233;cutants. Roger Gal, secr&#233;taire adjoint de la Commission du Plan et proche de Langevin, note &#224; cet &#233;gard dans un article de 1946 : &#171; C'est un fait que la nature de la plupart des individus les pr&#233;dispose &#224; des activit&#233;s pratiques et professionnelles bien plus qu'&#224; des activit&#233;s th&#233;oriques et intellectuelles abstraites &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;ducation nationale, n&#176;5, janvier 1946. Voir sur cet historique et ce qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La grande question qui a pr&#233;occup&#233; la Commission pr&#233;paratoire, et qui sera laiss&#233;e sans r&#233;ponse bien tranch&#233;e par le Plan, concerne la fa&#231;on dont seront appr&#233;ci&#233;es les aptitudes des &#233;l&#232;ves et dont leur orientation sera d&#233;cid&#233;e en cons&#233;quence. Une chose est s&#251;re : le progressisme scolaire de Jean Zay et de Langevin-Wallon retient le principe d'un syst&#232;me &#233;ducatif unifi&#233;, qui accueille tous les &#233;l&#232;ves et donne sa chance &#224; chacun ; mais parce qu'il reste soumis &#224; l'id&#233;ologie des aptitudes, il ne voit pas d'autre horizon possible que la d&#233;mocratie s&#233;lective et in&#233;galitaire de l'&#233;cole m&#233;ritocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1959 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place effective de l'&#233;cole unique sera le fait de la droite, et le d&#233;cret du ministre gaulliste Berthoin en donne le signal. Le report &#224; 16 ans de l'obligation scolaire, la suppression des classes &#233;l&#233;mentaires des petits lyc&#233;es et celle de l'examen d'entr&#233;e en 6&#232;me annoncent la fin de la s&#233;paration du primaire et du secondaire et la g&#233;n&#233;ralisation de l'entr&#233;e au coll&#232;ge. L'&#233;cole unique version 5&#232;me R&#233;publique propose les m&#234;mes programmes et les m&#234;mes parcours &#224; tous ; elle est cens&#233;e r&#233;aliser l'&#233;galit&#233; des chances. Dans les quatre pages d'attendus qui accompagnent son d&#233;cret, le ministre le souligne : ce ne sera plus d&#233;sormais l'origine sociale, mais le m&#233;rite et les aptitudes qui ouvriront l'acc&#232;s aux fili&#232;res scolaires les plus valoris&#233;es. Et particuli&#232;rement les &#171; aptitudes &#187; : le terme revient 23 fois dans ces quatre pages. C'est bien ici encore au nom des aptitudes que la s&#233;lection scolaire, dont on sait combien elle s'av&#232;rera, dans la pratique, s&#233;lection sociale, doit s'op&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan Langevin-Wallon &#233;tait une version de gauche de l'&#233;cole unique, projetant une d&#233;mocratisation maximale du syst&#232;me &#233;ducatif. L'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique en est une version de droite, &#233;troitement s&#233;lective, visant &#224; r&#233;pondre aux exigences patronales en &#233;levant le niveau g&#233;n&#233;ral de formation initiale des jeunes g&#233;n&#233;rations, mais s&#251;rement pas &#224; favoriser l'acc&#232;s du plus grand nombre aux savoirs &#233;labor&#233;s en remettant en cause les hi&#233;rarchies sociales. Ces deux versions partagent n&#233;anmoins un principe essentiel, celui du recrutement au m&#233;rite et de l'&#233;galit&#233; des chances. Elles sont h&#233;riti&#232;res d'une m&#234;me inspiration, l'&#233;thique m&#233;ritocratique r&#233;publicaine, qui entend faire place &#224; la promotion scolaire des meilleurs. L'une et l'autre orientent et s&#233;lectionnent d&#232;s l'adolescence, m&#234;me si c'est pour le Plan Langevin-Wallon &#224; son corps d&#233;fendant, et s'il s'agit pour les r&#233;formes scolaires de la 5&#232;me R&#233;publique d'une d&#233;marche d&#233;lib&#233;r&#233;ment malthusienne. Car, pour l'un comme pour l'autre, les aptitudes aux &#233;tudes longues sont in&#233;galement distribu&#233;es, et le syst&#232;me &#233;ducatif se doit d'en tenir compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1964&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e des premi&#232;res mises en cause des &#171; aptitudes &#187;. Par la philosophie : l'article de Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, aura un grand retentissement dans les milieux p&#233;dagogiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, Dou&#233;, non dou&#233;, &#201;ditions sociales, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par la sociologie : l'ouvrage de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, &lt;i&gt;Les H&#233;ritiers&lt;/i&gt;, marque lui aussi un tournant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, Les H&#233;ritiers, &#201;ditions de Minuit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et m&#234;me certains biologistes commencent &#224; avancer en cette d&#233;cennie l'id&#233;e que notre cerveau n'est &#224; la naissance qu'un ensemble de potentialit&#233;s, lesquelles se r&#233;aliseront en capacit&#233;s intellectuelles sous l'effet seulement de leur mise en &#339;uvre effective &#8211; c'est en pensant qu'on apprend &#224; penser, via l'acquisition et l'usage du langage. Dans les milieux de la recherche, la th&#232;se &#233;merge ainsi, qui va largement gagner en audience au long des d&#233;cennies suivantes : ce qui d&#233;termine les in&#233;galit&#233;s scolaires n'est pas d'ordre biologique. Il faut regarder ailleurs, du c&#244;t&#233; de la socialisation familiale et de la socialisation scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des ann&#233;es 1960 aux ann&#233;es 1990&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent pas imaginer que l'&#233;cole soit par elle-m&#234;me productrice d'in&#233;galit&#233;s, il ne reste qu'&#224; se retourner vers la responsabilit&#233; de la famille. Ce qui ne va pas tarder &#224; se r&#233;aliser. L'&#233;chec scolaire sera de moins en moins souvent imput&#233; &#224; l'insuffisance des aptitudes, au b&#233;n&#233;fice d'un nouveau d&#233;terminant, le &#171; handicap socio-culturel &#187;. Au fatalisme biologique succ&#232;de ainsi un fatalisme sociologique, qui retient de la d&#233;marche bourdieusienne le concept d'h&#233;ritage culturel familial&#8230; mais oublie (ou occulte) son compl&#233;ment, i.e. la th&#232;se selon laquelle les difficult&#233;s rencontr&#233;es par les enfants du peuple tiennent &#224; ce que l'&#233;cole ne leur donne pas les moyens de r&#233;pondre &#224; ses propres exigences, moyens que les &#171; h&#233;ritiers &#187; trouvent, eux, dans leur famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fatalisme pour un autre, rien n'aurait donc chang&#233; ? Pas si simple. Le fatalisme biologique invite &#224; penser que tout est jou&#233; &#224; la naissance. &#192; l'encontre de ce pr&#233;suppos&#233; d'inn&#233;it&#233;, le fatalisme sociologique admet que &#171; l'intelligence &#187; se construit au cours de l'histoire familiale des enfants. Un pas absolument d&#233;cisif a ainsi &#233;t&#233; franchi : les &#171; aptitudes &#187;, si l'on veut reprendre ce terme, ne sont plus consid&#233;r&#233;es comme un donn&#233;, mais comme le produit d'une histoire. Et cette histoire n'est pas seulement celle de la socialisation familiale : elle est aussi celle de la socialisation scolaire. Ne faudrait-il d&#232;s lors pas interroger de plus pr&#232;s ce qui se passe au cours de cette derni&#232;re ? Les non h&#233;ritiers ne pourraient-ils pas eux aussi conna&#238;tre le succ&#232;s scolaire si l'&#233;cole les accueillait autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, de fait, n'a pas manqu&#233; d'&#234;tre pos&#233;e. N'&#233;tait-ce pas c'&#233;tait in&#233;vitable dans un contexte o&#249; les r&#233;formes de la 5&#232;me R&#233;publique permettait &#224; l'&#233;cole fran&#231;aise de jouer un r&#244;le d'ascenseur social in&#233;dit pour elle &#224; cette &#233;chelle ? Si une minorit&#233; de non h&#233;ritiers ont pu mener leur parcours &#224; bon port jusqu'&#224; devenir des &#171; transfuges de classe &#187;, la chose n'est-elle pas possible pour les autres ? Et &#224; quelles conditions ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la question a bien &#233;t&#233; pos&#233;e, c'est de fa&#231;on toutefois relativement confidentielle, tant le constat de l'&#233;chec persistant de la grande majorit&#233; des enfants d'ouvriers et d'employ&#233;s donnait de cr&#233;dibilit&#233; &#224; la th&#232;se du handicap socioculturel. Pour que la n&#233;cessit&#233; d'interroger les modalit&#233;s de la socialisation scolaire des classes populaires conqui&#232;re une &#233;vidence de masse, il restait du chemin &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les ann&#233;es 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment convaincre, autrement dit, que les choses pourraient &#234;tre diff&#233;rentes de ce qu'elles sont, que les in&#233;galit&#233;s scolaires qui tiennent &#224; l'origine sociale pourraient &#234;tre massivement r&#233;duites ? Comment entamer l'incr&#233;dulit&#233; massive qui r&#232;gne en ce domaine, alors que la reproduction des in&#233;galit&#233;s sociales demeure intangible d'ann&#233;e en ann&#233;e, et se trouve si opportun&#233;ment expliqu&#233;e par le poids des in&#233;galit&#233;s culturelles qui clivent le corps social ? Face au fatalisme biologique qui reste tapi dans l'ombre, face au fatalisme sociologique qui ne voit que du manque dans les transmissions familiales populaires, seule la preuve que tous les enfants, quel que soit leur milieu d'origine, disposent de ressources que l'&#233;cole peut mobiliser pour les faire entrer correctement dans la culture &#233;crite, seule une telle preuve est susceptible de bousculer les convictions &#233;tablies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, au plan de la recherche, les ann&#233;es 2000 sont marqu&#233;es par deux approches novatrices, aboutissant par des voies tr&#232;s diff&#233;rentes au m&#234;me constat : tous les enfants poss&#232;dent les moyens n&#233;cessaires pour &#233;viter l'&#233;chec et accomplir normalement des &#233;tudes longues. L'une de ces approches s'inscrit dans le champ des sciences humaines. En s'appuyant sur les connaissances accumul&#233;es par l'anthropologie cognitive, et concernant les performances intellectuelles observ&#233;es dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;pourvues du support puissant de l'&#233;criture, elle souligne combien la seule disposition du langage oral suffit &#224; autoriser l'acc&#232;s aux capacit&#233;s d'abstraction, de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie et de raisonnement logique ; et combien d&#232;s lors tous les humains normalement entr&#233;s dans le langage sont dot&#233;s de ce m&#234;me potentiel. Or l'institution scolaire n'a besoin de rien d'autre pour assurer &#224; ses publics une appropriation normale de la culture &#233;crite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment Jean-Pierre Terrail, De l'in&#233;galit&#233; scolaire (2002), De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &#224; partir de cette conviction que le GRDS a &#233;labor&#233; et diffus&#233; un projet d'&#233;cole commune visant &#224; assurer la g&#233;n&#233;ralisation des &#233;tudes longues et une r&#233;elle d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux savoirs &#233;labor&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le projet d'&#233;cole commune, voir sur le site du GRDS : .&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche donc proc&#232;de par l'examen des comportements intelligents dont l'humanit&#233; s'est montr&#233;e capable m&#234;me sans l'aide d'un syst&#232;me d'&#233;criture. La seconde approche, elle, observe ce qui se passe &#224; la source : dans le cerveau des int&#233;ress&#233;s. Dans un monde, autrement dit, auxquels les immenses progr&#232;s de l'imagerie c&#233;r&#233;brale commencent &#224; nous permettre d'acc&#233;der. Et l&#224; aussi les constats sont sans appel : tous les jeunes humains sont dot&#233;s de capacit&#233;s d'apprentissages intellectuels largement suffisantes pour faire face aux exigences scolaires. L'un des pionniers majeurs de leur exploration, Stanislas Dehaene et son &#233;quipe fran&#231;aise, le notait d&#232;s 2007 : les enfants sont de formidables petites machines &#224; apprendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, Les neurones de la lecture, Odile Jacob, 2007.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y revient aujourd'hui dans un ouvrage qui fait le point des connaissances acquises sur la question, un ouvrage que sa pr&#233;sentation rend accessible &#224; un large public : &lt;i&gt;Une id&#233;e dans la t&#234;te&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, Une id&#233;e dans la t&#234;te, Odile Jacob, 2025.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son insistance est sans ambigu&#239;t&#233;, et signe l'acte de d&#233;c&#232;s d&#233;finitif des &#171; aptitudes &#187;, qu'elles soient &#224; tonalit&#233; biologique ou sociologique : &#171; Tous les cerveaux sont capables d'apprendre &#187;. Voici maintenant quelques notes prises au fil de la lecture de cet ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Une id&#233;e dans la t&#234;te &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apprendre est le plus grand talent de l'esp&#232;ce humaine &#187; (page 13) : quelles sont les sp&#233;cificit&#233;s de notre cerveau qui nous ont permis de d&#233;velopper ce talent, et que se passe-t-il dans cet organe quand nous nous approprions connaissances et savoir-faire ? L'ouvrage est issu des chroniques de Stanislas Dehaene sur France Inter en 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capacit&#233; d'apprendre est universelle dans le monde animal : m&#234;me dans les esp&#232;ces les plus simples la marge d'apprentissage est &#233;norme, l'activit&#233; donc est loin de n'&#234;tre mue que par l'instinct. Et tout apprentissage remod&#232;le le cerveau, c'est ce que d&#233;signe l'expression &#171; plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale &#187;, maximale dans l'enfance (au point que l'ablation d'un h&#233;misph&#232;re &#224; ce moment-l&#224; n'emp&#234;che pas les apprentissages ult&#233;rieurs), forte chez l'homme jusqu'&#224; 20-25 ans. Chez un b&#233;b&#233;, chaque seconde, 2 &#224; 3 millions de synapses se font et se d&#233;font ; puis les circuits neuronaux se stabilisent progressivement, limitant les capacit&#233;s d'apprentissage [ce qui est particuli&#232;rement perceptible concernant l'apprentissage des langues, mais &#233;claire aussi les raisons de l'impact si d&#233;cisif de la scolarit&#233; &#233;l&#233;mentaire sur toute la suite du parcours].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre &#224; parler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence dans l'ut&#233;rus &#8211; reconnaissance de la prosodie, de certaines syllabes. Tous les cerveaux humains poss&#232;dent alors la capacit&#233; de distinguer les sons de toute langue possible, et l'apprentissage de l'une d'entre elles est en r&#233;alit&#233; un d&#233;sapprentissage de la capacit&#233; &#224; percevoir les sons non utilis&#233;s dans leur environnement (p. 50). Nous comprenons 50 mots &#224; un an, 200 &#224; deux ans, 1000 &#224; trois, 2500 &#224; quatre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que m&#233;connaissent bien des enseignant.e.s pour qui les enfants du peuple (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; donc le cerveau humain est pr&#233;-organis&#233;, comprenant des r&#233;gions pour le langage, la musique, les visages, les objets ; de l'autre seul l'apprentissage constitue les circuits neuronaux efficaces&#8230; &#171; Dans le d&#233;bat sur l'inn&#233; et l'acquis, on a sous-estim&#233; les deux &#187; (60). A la naissance le cerveau &#171; est pr&#233;par&#233; mais pas enti&#232;rement pr&#233;c&#226;bl&#233; &#187; (63) D&#232;s avant la naissance les sons du langage sont dirig&#233;s vers l'aire de Broca&#8230; dont les pr&#233;dispositions se fanent si le b&#233;b&#233; ne re&#231;oit pas sa dose de langage. A 5 ans cette derni&#232;re s'active d'autant plus qu'elle a b&#233;n&#233;fici&#233; de nombreux dialogues avec les adultes (65).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'apprentissage de la lecture, la pr&#233;cision de la vision est augment&#233;e (73) ; et l'audition du langage est modifi&#233;e par l'acc&#232;s &#224; la conscience phon&#233;mique. Il s'agit donc d'un &#171; recyclage neuronal &#187;, &#224; l'origine de la constitution d'une r&#233;gion du cerveau sp&#233;cialis&#233;e pour la vision des lettres, et plus largement des mots &#233;crits pour d'autres &#233;critures, cette r&#233;gion relevant d'une sp&#233;cialisation d'une partie de l'aire d&#233;di&#233;e &#224; la vision (80-81) : &#171; la lecture r&#233;organise le cerveau &#187;, qui se diff&#233;rencie davantage (82). Chez la quasi-totalit&#233; des individus, &#171; l'h&#233;misph&#232;re gauche abrite un seul circuit qui relie la vision au langage &#187; quel que soit le syst&#232;me d'&#233;criture et qu'on lise de droite &#224; gauche ou vice versa (88).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le myst&#232;re des dyslexies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en parle quand toutes les conditions favorables sont r&#233;unies et que pourtant l'enfant n'apprend pas. Et de fait on constate &#224; l'examen que la r&#233;gion du cerveau &#171; bo&#238;te aux lettres &#187; est anormalement sous-activ&#233;e. Sans que cela ait &#224; voir avec un d&#233;chiffrage &#171; en miroir &#187;, lequel est tout &#224; fait naturel (cf. la confusion du b et du d) et que tous les jeunes lecteurs doivent &#171; d&#233;sapprendre &#187; (97-98) ; ni, la plupart du temps, avec un d&#233;faut de l'&#339;il. Il semble en fait que soit en jeu un probl&#232;me de conscience phon&#233;mique handicap&#233;e, qui peut se transmettre g&#233;n&#233;tiquement (100-102).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Variantes : la dyslexie attentionnelle, par incapacit&#233; &#224; fixer l'attention sur un seul mot de la cha&#238;ne textuelle, que le cerveau ne parvient pas &#224; isoler ; et celle qui intervertit l'ordre des lettres dans les mots (110).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre &#224; compter&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous poss&#233;dons une intuition inn&#233;e du nombre, une arithm&#233;tique approximative partag&#233;e avec nombre d'esp&#232;ces animales, et perceptible d&#232;s la naissance : c'est une comp&#233;tence ancr&#233;e dans l'&#233;volution, que le langage seul nous permettra de d&#233;velopper. Chez l'homme et d&#233;j&#224; chez les animaux, ce sens du nombre est associ&#233; au sens de l'espace : pour le cerveau, petit nombre = gauche, grand nombre = droite, le long d'une ligne orient&#233;e donc de la gauche vers la droite, y compris l&#224; o&#249; on &#233;crit dans l'autre sens. Sans syst&#232;me symbolique de num&#233;ration cependant aucun calcul pr&#233;cis n'est possible : au-del&#224; des petites quantit&#233;s, plus les nombres augmentent plus il devient impossible de les distinguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cerveau des grands math&#233;maticiens est un cerveau ordinaire, dans lequel le circuit qui permet l'appr&#233;hension intuitive des nombres a connu une extension particuli&#232;re &#224; force d'un travail acharn&#233;. Chez un math&#233;maticien aveugle, la r&#233;gion du cerveau d&#233;di&#233;e &#224; la vision a &#233;t&#233; recycl&#233;e pour les maths.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens inn&#233; du nombre est identique &#224; la naissance entre gar&#231;ons et filles ; et &#224; l'entr&#233;e au CP on n'observe aucune diff&#233;rence. &#192; la fin du CP, d'apr&#232;s les &#233;valuations, l'avantage des gar&#231;ons est d'environ 30% d'un &#233;cart-type. (153)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dyscalculie touche 3 &#224; 6% des enfants d'&#226;ge scolaire. Elle est souvent l'effet d'anomalies cong&#233;nitales affectant le circuit neuronal responsable de notre sens inn&#233; du nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mieux dormir pour mieux apprendre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dormir, c'est aussi apprendre &#187; (167). Le sommeil &#171; r&#233;active nos souvenirs, r&#233;analyse nos journ&#233;es pass&#233;es, et consolide la m&#233;moire de ce que nous venons d'apprendre &#187; (170), en rejouant les &#233;pisodes de la veille, plus vite, et plusieurs fois. De plus le sommeil a un pouvoir cr&#233;atif, on peut se r&#233;veiller avec la solution du probl&#232;me de la veille parce que &#171; pendant le sommeil, le cerveau r&#233;organise ses connaissances &#187; (179).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre &#224; mieux apprendre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le pilier le plus important de l'apprentissage, c'est probablement la mobilisation de l'attention &#187; (194), sachant que &#171; l'architecture de notre cerveau nous emp&#234;che de faire attention &#224; deux choses en m&#234;me temps &#187; (195), contrairement &#224; la conviction de beaucoup. &#171; Le plus grand talent d'en enseignant r&#233;side dans sa capacit&#233; de focaliser l'attention de ses &#233;l&#232;ves &#187; (196), car &#171; un surcro&#238;t d'attention augmente massivement l'apprentissage &#187; (197). &#171; Les enfants apprennent mieux lorsqu'on leur fournit un enseignement explicite, pas &#224; pas, les yeux dans les yeux. Un bon enseignant explique pr&#233;cis&#233;ment le but de l'apprentissage et, tout au long du cours, pr&#234;te une attention constante &#224; l'attention de l'autre (200). Il adopte &#171; des pratiques qui maximisent l'engagement actif de l'&#233;l&#232;ve &#224; travers des questions, des exercices, des discussions, des travaux de groupe&#8230; &#187; (202) &#171; Engagement actif et retour sur erreur sont des piliers de la science de l'apprentissage (&#8230;) L'erreur est indispensable &#224; l'apprentissage. &#187; (204-205)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; S'il y a bien un message que je voudrais marteler, c'est que tous les cerveaux sont capables d'apprendre &#187; (210), mais &#171; Personne n'apprend sans effort, au contraire, c'est en faisant plus d'efforts qu'on apprend mieux &#187; (212).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, &lt;i&gt;Une id&#233;e dans la t&#234;te&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2025, 17 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alfred Binet, &lt;i&gt;L'&#233;tude exp&#233;rimentale de l'intelligence&lt;/i&gt;, Schleicher Fr&#232;res et Cie, Paris, 1903.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alfred Binet, &lt;i&gt;Les id&#233;es modernes sur les enfants&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 1911.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Compagnons, &lt;i&gt;L'Universit&#233; nouvelle&lt;/i&gt;, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#201;ducation nationale&lt;/i&gt;, n&#176;5, janvier 1946. Voir sur cet historique et ce qui suit Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Visages du progressisme scolaire en France (1880-2021)&lt;/i&gt;, GRDS, 2021, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, Dou&#233;, non dou&#233;, &#201;ditions sociales, Paris, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, &lt;i&gt;Les H&#233;ritiers&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Minuit, Paris, 1964.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;De l'in&#233;galit&#233; scolaire&lt;/i&gt; (2002), &lt;i&gt;De l'oralit&#233;. Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/i&gt; (2009), &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt; (2013), chez La Dispute &#233;diteur, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le projet d'&#233;cole commune, voir sur le site du GRDS : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, &lt;i&gt;Les neurones de la lecture&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, &lt;i&gt;Une id&#233;e dans la t&#234;te&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que m&#233;connaissent bien des enseignant.e.s pour qui les enfants du peuple ont &#224; 6 ans un lexique r&#233;duit, et encore, &#224; quelques centaines de mots. Peut-&#234;tre parce qu'ils en mobilisent beaucoup moins qu'ils n'en comprennent, d'une part parce que comme pour tout un chacun le lexique actif est plus restreint, d'autre part pour des raisons d'intimidation sociale (note de F. A.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un panorama historique des p&#233;dagogies alternatives</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article359</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article359</guid>
		<dc:date>2025-01-13T17:45:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No&#233;mie Simonin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ghislain Leroy, Sociologie des p&#233;dagogies alternatives, Rep&#232;res, La D&#233;couverte, 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les ouvrages de la collection Rep&#232;res se proposent de faire le point sur un domaine donn&#233;, en mettant &#224; disposition d'un public large les faits, les id&#233;es et les r&#233;f&#233;rences livresques qui s'y rapportent. Consacr&#233; aux d&#233;bats et doctrines p&#233;dagogiques qui ont marqu&#233; le paysage depuis le d&#233;but du 20&#232;me si&#232;cle, celui de Ghislain Leroy ne d&#233;roge pas &#224; cette ambition. Les p&#233;dagogies alternatives sont pr&#233;sent&#233;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L80xH150/arton359-c8fcf.png?1790692560' class='spip_logo spip_logo_right' width='80' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ghislain Leroy, &lt;i&gt;Sociologie des p&#233;dagogies alternatives&lt;/i&gt;, Rep&#232;res, La D&#233;couverte, 2022&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les ouvrages de la collection &lt;i&gt;Rep&#232;res&lt;/i&gt; se proposent de faire le point sur un domaine donn&#233;, en mettant &#224; disposition d'un public large les faits, les id&#233;es et les r&#233;f&#233;rences livresques qui s'y rapportent. Consacr&#233; aux d&#233;bats et doctrines p&#233;dagogiques qui ont marqu&#233; le paysage depuis le d&#233;but du 20&#232;me si&#232;cle, celui de Ghislain Leroy ne d&#233;roge pas &#224; cette ambition. Les p&#233;dagogies alternatives sont pr&#233;sent&#233;es sur un mode chronologique qui en permet une certaine contextualisation historique&#8230; et notamment de soulever deux questions souvent d&#233;laiss&#233;es dans la litt&#233;rature sp&#233;cialis&#233;e, qui concernent l'impact pratique de ces p&#233;dagogies. Quelle a &#233;t&#233;, d'abord, leur influence sur les fa&#231;ons effectives d'enseigner : quels rapports notamment entretiennent-elles avec les r&#233;formes introduites dans la p&#233;dagogie officielle de l'&#233;ducation nationale &#224; partir des ann&#233;es 1960, puis dans les derni&#232;res d&#233;cennies avec les mesures et pr&#233;conisations d'inspiration n&#233;o-lib&#233;rales ? Et, seconde question, que peut-on dire de leur efficience r&#233;elle en mati&#232;re de transmission des savoirs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur prend soin de distinguer p&#233;dagogies &lt;i&gt;alternatives&lt;/i&gt; et p&#233;dagogies &lt;i&gt;nouvelles&lt;/i&gt;. Il d&#233;signe sous cette derni&#232;re appellation, qui fait toujours r&#233;f&#233;rence, les courants doctrinaires qui apparaissent au tournant du 20&#232;me si&#232;cle, qu'ils aient &#233;t&#233; fond&#233;s par Decroly, Montessori ou Freinet, et qui inspirent encore un certain nombre d'&#233;coles et d'&#233;ducateurs contemporains. Leurs d&#233;marches et leurs objectifs sont divers, leur opposition &#224; l'&#233;ducation &#171; traditionnelle &#187; &#233;tant ce qu'ils ont de plus commun&#8230; G. Leroy rappelle au passage tout ce que cette r&#233;f&#233;rence &#224; la tradition a de flou, s'agissant d'un h&#233;ritage historique lui-m&#234;me particuli&#232;rement disparate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir identifi&#233; contours et diff&#233;rences des p&#233;dagogies nouvelles, il retrace le processus de leur l&#233;gitimation progressive au long de la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle, les emprunts qu'y feront les pr&#233;conisations minist&#233;rielles dans les d&#233;cennies 1950/70, jusqu'&#224; banaliser certaines de leurs th&#233;matiques&#8230; dans lesquelles pour autant les tenants du legs des fondateurs ne se reconna&#238;tront pas n&#233;cessairement. Ainsi &#224; quoi faut-il attribuer l'&#233;mergence dans les ann&#233;es 1980 des p&#233;dagogies &#171; socioconstructivistes &#187;, pour lesquelles le savoir ne doit plus &#234;tre &#171; transmis &#187; frontalement (puis enregistr&#233; passivement et retenu par l'&#233;l&#232;ve), mais red&#233;couvert en quelque sorte par ses destinataires (gr&#226;ce &#224; l'introduction de t&#226;ches pr&#233;alables les amenant &#224; comprendre r&#233;ellement les connaissances vis&#233;es) : h&#233;ritage de l'esprit des p&#233;dagogies nouvelles, effet de la vogue anti-autoritaire qui caract&#233;rise la p&#233;riode historique, souci compassionnel de mieux baliser le cheminement intellectuel des enfants des classes populaires confront&#233;s &#224; la difficult&#233; intellectuelle ? Le recours &#224; l'&#233;laboration de projets collectifs dans les classes ordinaires est-il quant &#224; lui un emprunt aux p&#233;dagogies nouvelles ou plut&#244;t un moment dans le mise en oeuvre d'une d&#233;marche socio-constructiviste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#233;dagogies alternatives, elles, incluent pour l'auteur toutes les p&#233;dagogies &#233;mergentes en rupture avec les formes d'enseignement &#233;tablies : leur champ s'&#233;tend donc bien au-del&#224; des p&#233;dagogies nouvelles. La p&#233;dagogie institutionnelle, les p&#233;dagogies non directives qui &#233;mergent dans le contexte anti-autoritaire de 1968 en font partie. C'est aussi le cas des vis&#233;es scolaires d'esprit n&#233;olib&#233;ral qui se font jour &#224; partir des ann&#233;es 1980. L&#224; aussi les affinit&#233;s &#8211; sont-elles apparentes ou r&#233;elles ? &#8211; entre progressisme p&#233;dagogique, voire p&#233;dagogie libertaire, et pr&#233;occupations patronales, ont &#233;t&#233; d&#233;battues, dans un contexte historique o&#249; s'affirme le besoin dans l'entreprise de salari&#233;s capables d'autonomie et d'initiatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les emprunts de l'&#233;cole ordinaire &#224; l'esprit et aux d&#233;marches des p&#233;dagogies nouvelles vont-elles viser uniform&#233;ment tous les publics d'&#233;l&#232;ves ? G. Leroy rappelle que la critique de la p&#233;dagogie traditionnelle et le recours aux p&#233;dagogies nouvelles a concern&#233; au d&#233;part les deux extr&#233;mit&#233;s de l'&#233;chelle sociale : la formation des &#233;lites d'un c&#244;t&#233;, en Angleterre et en France, s'agissant de les pr&#233;parer &#224; l'exercice de leurs responsabilit&#233;s ; et de l'autre celle des enfants des classes populaires &#8211; ceux-l&#224; m&#234;mes auxquels s'adressaient les pratiques novatrices de Decroly, Montessori ou Freinet. Dans les r&#233;centes d&#233;cennies, si certains legs des p&#233;dagogies nouvelles sont devenus d'usage diffus dans le syst&#232;me &#233;ducatif, d'autres &#8211; les p&#233;dagogies du jeu, du projet, du d&#233;tour constructiviste &#8211; sont apparus particuli&#232;rement adapt&#233;s aux &#233;l&#232;ves d'origine populaire dont il convenait, de la maternelle au secondaire, d'am&#233;nager les cheminements intellectuels&#8230; alors que l'approche &#171; frontale &#187; des savoirs reste privil&#233;gi&#233;e dans les parcours qui visent l'excellence intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier chapitre de l'ouvrage est consacr&#233; aux pratiques et aux modes alternatives les plus actuelles : retour en gr&#226;ce de la p&#233;dagogie Montessori, &#233;coles Steiner, &#233;cole &#224; la maison, sans oublier les p&#233;dagogies &#171; critiques &#187;, se r&#233;clamant apr&#232;s Paolo Freire d'une &#233;cole &#233;mancipatrice, qu'elle soit f&#233;ministe, d&#233;coloniale, queer, antiraciste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'effor&#231;ant de rendre compte tr&#232;s honn&#234;tement de l'&#233;tat des lieux, et soucieux de ne pas se contenter d'une description de doctrines p&#233;dagogiques juxtapos&#233;es, ce petit livre est une r&#233;f&#233;rence utile. Ses limites sont celles des connaissances actuelles sur le domaine. S'attachant &#224; &#233;voquer l'influence des p&#233;dagogies nouvelles sur la conduite des apprentissages dans l'&#233;cole ordinaire, il se heurte &#224; la m&#233;diocre information dont nous disposons sur la r&#233;alit&#233; des pratiques enseignantes courantes. S'il a par ailleurs le m&#233;rite de poser la question de l'efficience r&#233;elle des p&#233;dagogies alternatives face &#224; la difficult&#233; scolaire, il nous en apprend peu parce qu'on en sait peu &#8211; &#224; de rares exceptions pr&#232;s, telle l'enqu&#234;te de suivi d'une exp&#233;rimentation de la p&#233;dagogie Freinet dans une &#233;cole de la banlieue de Lille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Yves Reuter (dir.), Une &#233;cole Freinet. Fonctionnements et effets d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche sociologique empirique des pratiques enseignantes ordinaires, de celles aussi qui sont r&#233;ellement &#224; l'&#339;uvre aujourd'hui dans les &#233;coles d'&#233;ducation nouvelle ; le suivi biographique des anciens &#233;l&#232;ves de ces &#233;coles ; la mesure de l'efficacit&#233; de ces &#233;tablissements en mati&#232;re de transmission des savoirs ou de formation morale et citoyenne : voil&#224; quelques champs dont le travail de G. Leroy a aussi l'avantage de souligner en creux tout l'int&#233;r&#234;t pour les recherches &#224; venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Yves Reuter (dir.), &lt;i&gt;Une &#233;cole Freinet. Fonctionnements et effets d'une p&#233;dagogie alternative en milieu populaire&lt;/i&gt;, L'Harmattan, Paris, 2008 ; et sur ce site le compte-rendu de cette recherche : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article21&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article21&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;mocratiser l'universit&#233;, oui mais comment ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article347</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article347</guid>
		<dc:date>2022-09-23T09:47:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Sign&#233; par C&#233;dric Hugr&#233;e et Tristan Poullaouec, L'universit&#233; qui vient. Un nouveau r&#233;gime de s&#233;lection sociale (Raisons d'agir &#233;ditions, 2022), propose une analyse solidement d&#233;monstrative des logiques traversant l'universit&#233; aujourd'hui, et les confronte aux ambitions d&#233;mocratiques d'une transformation du syst&#232;me scolaire et universitaire plus que jamais n&#233;cessaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Universit&#233; et in&#233;galit&#233;s scolaires &lt;br class='autobr' /&gt;
Face aux difficult&#233;s d'acc&#232;s &#224; l'universit&#233; g&#233;n&#233;r&#233;es par Parcoursup, une premi&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L99xH150/arton347-fe469.png?1790692560' class='spip_logo spip_logo_right' width='99' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sign&#233; par C&#233;dric Hugr&#233;e et Tristan Poullaouec, &lt;i&gt;L'universit&#233; qui vient. Un nouveau r&#233;gime de s&#233;lection sociale&lt;/i&gt; (Raisons d'agir &#233;ditions, 2022), propose une analyse solidement d&#233;monstrative des logiques traversant l'universit&#233; aujourd'hui, et les confronte aux ambitions d&#233;mocratiques d'une transformation du syst&#232;me scolaire et universitaire plus que jamais n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Universit&#233; et in&#233;galit&#233;s scolaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face aux difficult&#233;s d'acc&#232;s &#224; l'universit&#233; g&#233;n&#233;r&#233;es par Parcoursup, une premi&#232;re r&#233;action consiste &#224; r&#233;affirmer le libre choix des &#233;tudes pour tous les bacheliers. Or, et c'est l&#224; la force de l'analyse des auteurs, une telle r&#233;affirmation est loin de suffire. Ils pr&#233;f&#232;rent &#233;crire : &#171; En repla&#231;ant la question de l'in&#233;gale transmission des savoirs scolaires au centre de la question &#233;tudiante, ce livre vise &#224; rouvrir le d&#233;bat sur le droit &#224; la r&#233;ussite. &#187; Ce droit &#224; la r&#233;ussite tr&#232;s in&#233;galement partag&#233; aujourd'hui par les &#233;tudiants, trouve son origine dans un parcours scolaire tr&#232;s in&#233;galement r&#233;ussi. Cette mise en regard des performances universitaires et des conditions dans lesquelles elles se pr&#233;parent en amont fait l'int&#233;r&#234;t particulier de cet ouvrage, qui montre la coh&#233;rence entre les diff&#233;rents aspects d'une m&#234;me politique scolaire et universitaire antid&#233;mocratique. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de reprendre la r&#233;flexion sur les obstacles qui emp&#234;chent des &#233;tudiants de r&#233;ussir correctement et la fa&#231;on de les surmonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un paradoxe m&#233;rite des explications : &#171; Jamais la France et son syst&#232;me scolaire n'ont autant dipl&#244;m&#233;, et pourtant jamais la France et son syst&#232;me scolaire n'ont transmis aussi in&#233;galement les savoirs. &#187; Le taux de bacheliers d&#233;passe aujourd'hui les 80% d'une g&#233;n&#233;ration et les effectifs &#233;tudiants ont bondi de 26% entre 2012 et 2018. En 2015, l'objectif &#233;tait d'atteindre 60% d'une g&#233;n&#233;ration dipl&#244;m&#233;e de l'enseignement sup&#233;rieur, dont 50% en licence entre 2008 et 2021 : et pourtant le budget de l'enseignement sup&#233;rieur par &#233;tudiant a chut&#233; de 12%. Cette contradiction entre la hausse de la d&#233;mographie &#233;tudiante et l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire renforc&#233;e conduit les institutions d'enseignement sup&#233;rieur &#224; s&#233;lectionner leur public par le biais notamment de Parcoursup. Ne faut-il pas arr&#234;ter &#171; de faire croire &#224; tout le monde que l'universit&#233; est la solution pour tout le monde &#187; comme le proclame le pr&#233;sident Macron ? Si les d&#233;penses par &#233;tudiant ont augment&#233; en STS (pr&#233;parant au BTS) et en CPGE (classes pr&#233;paratoires aux grandes &#233;coles), les formations universitaires qui touchent particuli&#232;rement les jeunes d'origine populaire voient leurs d&#233;penses par &#233;tudiant fortement diminu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que du c&#244;t&#233; des familles populaires on assiste &#224; une v&#233;ritable r&#233;volution culturelle quant aux aspirations qu'elles nourrissent vis-&#224;-vis du bac et de la poursuite des &#233;tudes sup&#233;rieures pour leurs enfants, &#171; le premier obstacle &#224; la d&#233;mocratisation de l'enseignement sup&#233;rieur fran&#231;ais demeure l'in&#233;gal acc&#232;s au bac selon l'origine sociale. &#187; Ainsi, &#171; parmi les &#233;l&#232;ves entr&#233;s en sixi&#232;me en 2007, 71 % des enfants d'employ&#233;s et 65% des enfants d'ouvriers sont bacheliers huit ans plus tard, contre 92 % des enfants de cadres ou d'enseignants. &#187; Ces chiffres en rencontrent d'autres qui affinent le sens de cette in&#233;galit&#233;. Ce sont les baccalaur&#233;ats technologiques et professionnels qui ont largement contribu&#233; &#224; la forte progression de l'acc&#232;s au bac ; or 54 % des &#233;l&#232;ves dans la voie technologique et 69 % dans la voie professionnelle, sont enfants d'ouvriers ou d'employ&#233;s, alors que ces derniers ne sont que 37 % des &#233;l&#232;ves dans la voie g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que ces bacs technologiques et professionnels pr&#233;parent mal &#224; l'universit&#233;. Seul le bac g&#233;n&#233;ral y pr&#233;pare bien en garantissant l'obtention de la licence pour la plupart des &#233;tudiants quelle que soit la profession des parents. C'est un des nombreux points forts de l'ouvrage, qui examine pr&#233;cis&#233;ment cette dimension du rapport entre le bac g&#233;n&#233;ral et l'obtention de la licence, conditionn&#233;e par la conduite sans accrocs de la fili&#232;re g&#233;n&#233;rale au lyc&#233;e, pr&#233;par&#233;e en amont par la r&#233;ussite des apprentissages au coll&#232;ge, elle-m&#234;me conditionn&#233;e par celle des apprentissages en primaire. Les donn&#233;es dont nous disposons pour appr&#233;hender l'ampleur de ces embo&#238;tements de r&#233;ussites corr&#233;l&#233;es &#224; l'origine socioculturelle des &#233;l&#232;ves, sont bien document&#233;es par les auteurs. Leur insistance sur cette dimension des d&#233;terminations en amont de chaque niveau du parcours scolaire a le m&#233;rite, particuli&#232;rement digne d'attention, d'offrir des &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion sur la voie par laquelle il est possible de parvenir &#224; construire une &#233;cole en pleine capacit&#233; d'assurer une r&#233;elle d&#233;mocratisation de l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des ruptures &#224; interroger&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'importance de la fili&#232;re g&#233;n&#233;rale pour esp&#233;rer obtenir une licence sans emb&#251;ches, il est tr&#232;s important de d&#233;noncer un m&#233;susage des statistiques de l'enseignement sup&#233;rieur destin&#233; &#224; justifier les r&#233;formes lib&#233;rales de l'universit&#233; ; et cela au nom d'un pr&#233;tendu &#233;chec massif en premier cycle, qui devrait conduire &#224; orienter les &#233;tudiants vers des fili&#232;res plus &#171; conformes &#187; &#224; leur condition sociale et &#224; leur parcours scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transformer radicalement les conditions d'entr&#233;e &#224; l'universit&#233;, tel est l'objectif de Parcoursup qui demande &#224; chaque fili&#232;re universitaire de classer par ordre de priorit&#233; les &#233;tudiants qui candidatent aux futures formations, en comparant le profil de leur dossier &#224; ce que les fili&#232;res s&#233;lectionn&#233;es demandent. Avec APB (admission post bac), les &#233;tudiants gardaient le dernier mot ; &#171; dans Parcoursup, ce sont les formations, m&#234;me celles dites &#171; non s&#233;lectives &#187;, qui d&#233;cident de classer et d'admettre les &#233;tudiants en fonction de leurs capacit&#233;s d'accueil. &#187; Des capacit&#233;s d'accueil qui sont loin des exigences de formation auxquelles les universit&#233;s devraient pouvoir faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiants d'origine populaire qui parviennent &#224; la licence n'obtiennent pas ce dipl&#244;me dans les m&#234;mes disciplines ni dans les m&#234;mes conditions que les &#233;tudiants originaires des couches sociales favoris&#233;es. Bien r&#233;elle pour eux, la n&#233;cessit&#233; de travailler pr&#233;judiciable aux &#233;tudes n'explique pas tout. Les auteurs nous rappellent qu'en deux ans un &#233;tudiant de classe pr&#233;paratoire re&#231;oit plus de 2 100 heures de cours, alors qu'un &#233;tudiant d'universit&#233; ne re&#231;oit en moyenne que 1 500 heures en trois ans. Que dans de telles conditions une in&#233;galit&#233; de r&#233;ussite se fasse cruellement sentir n'a rien d'&#233;tonnant. Toutefois, &#224; l'encontre des annonces du pouvoir politique qui insiste sur l'&#233;chec majoritaire en licence afin de justifier les mesures de s&#233;lection drastiques, et mieux r&#233;pondre aux demandes d'ajustement aux postes et aux projets des entreprises, une &#233;tude montre que 61 % de ceux qui sont entr&#233;s dans l'enseignement sup&#233;rieur au d&#233;but des ann&#233;es 2 000 ont obtenu une licence, m&#234;me s'il leur a fallu s'accrocher, voire se r&#233;orienter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en demeure pas moins que les ruptures existent et qu'elles concernent au premier chef les &#233;tudiants issus des classes populaires qui sont 37 % d'enfants d'ouvriers &#224; sortir non dipl&#244;m&#233;s de l'enseignement sup&#233;rieur, quand c'est le cas pour 26 % d'enfants d'employ&#233;s et 14 % pour les enfants de cadres. Sans souscrire aux annonces politiques qui se veulent catastrophistes pour justifier la s&#233;lection destin&#233;e &#224; s'accorder avec l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire &#224; laquelle sont soumises les universit&#233;s, il n'en reste pas moins qu'&#171; en premier cycle universitaire, l'obtention de la licence d&#233;pend surtout de la qualit&#233; des apprentissages r&#233;alis&#233;s au lyc&#233;e, au coll&#232;ge et &#224; l'&#233;cole. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dipl&#244;mes et emplois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233;e l'&#233;valuation, d'esprit capitaliste, de la &#171; rentabilit&#233; &#233;conomique &#187; de la formation universitaire sur le march&#233; du travail, la production d'indicateurs tels que les taux d'insertion des dipl&#244;mes devient un crit&#232;re de pilotage des universit&#233;s et de hi&#233;rarchisation de ceux-ci. Ainsi, les &#171; nouveaux discours [gouvernementaux] valorisent l'employabilit&#233; et un mode manag&#233;rial d'acc&#232;s &#224; l'emploi, qui contribuent en retour &#224; d&#233;pr&#233;cier le mode scolaire d'acc&#232;s &#224; l'emploi. &#187; Que des universitaires propagent l'id&#233;e de d&#233;classements massifs sur le march&#233; de l'emploi attribu&#233;s &#224; la suppos&#233;e surproduction de dipl&#244;mes ne manque pas de sel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'encontre de ce type de discours, les auteurs soulignent que malgr&#233; la conjoncture &#233;conomique d&#233;favorable, le r&#244;le protecteur des dipl&#244;mes universitaires &#171; est plus que jamais av&#233;r&#233; &#187;. Par ailleurs la d&#233;gradation des embauches dans le secteur public depuis trente ans explique l'essentiel des difficult&#233;s d'insertion des licenci&#233;s. La dramatisation des probl&#232;mes d'insertion qui stigmatise des dipl&#244;mes, des fili&#232;res et des &#233;tablissements, a pour objectif de contester l'autonomie relative toujours pr&#233;sente des formations par rapport au march&#233; de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Perspectives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu des &#233;tudes sup&#233;rieures continue d'&#234;tre d&#233;cisif au moment o&#249; les dipl&#244;mes de l'universit&#233; sont &#171; de plus en plus n&#233;cessaires pour exercer des m&#233;tiers requ&#233;rant &#224; la fois des connaissances et une capacit&#233; g&#233;n&#233;rale &#224; acqu&#233;rir des capacit&#233;s particuli&#232;res. &#187; Comme nous l'avons vu, ces connaissances et cette capacit&#233; g&#233;n&#233;rale s'acqui&#232;rent &#224; l'universit&#233; &#224; partir d'exigences s'appuyant sur des pr&#233;requis qui se construisent tout au long de la trajectoire scolaire. Insister l&#233;gitimement, comme le fait cet ouvrage, sur la relation profonde qui existe entre celle-ci et la r&#233;ussite universitaire, quel que soit le milieu social, implique de s'interroger sur les conditions didactiques et p&#233;dagogiques des enseignements d&#232;s le d&#233;but de la scolarit&#233;. Si l'objectif est de permettre &#224; tous de s'approprier les pr&#233;requis exig&#233;s par l'universit&#233;, il devient incontournable de pr&#233;parer les bases de la disparition des fili&#232;res. On ne peut pas d&#233;fendre &#224; la fois le droit d'acc&#232;s de tous les bacheliers &#224; l'universit&#233; et vouloir maintenir les trois fili&#232;res d'acc&#232;s au bac. La seule perspective authentiquement d&#233;mocratique correspondant aux exigences universitaires suppose l'institution d'&#171; un bac unifi&#233; de &#171; haut niveau de culture commune &#187; pour tous, &#224; la fois litt&#233;raire, scientifique et technologique dans un lyc&#233;e unique indispensable pour rompre avec l'&#233;cole de classe &#224; la fran&#231;aise et pour garantir le libre choix des &#233;tudes sup&#233;rieures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rompre avec l'&#233;cole de classe &#224; la fran&#231;aise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;f&#233;rence explicite aux travaux du GRDS souligne l'ambition du propos des auteurs, tendu par la question &#171; d&#233;mocratiser&#8230; mais comment ? &#187;. Question &#224; laquelle ils apportent une r&#233;ponse solidement fond&#233;e, &#224; partir d'une d&#233;monstration &#233;loquente de la logique de l'existant et de celle des transformations qui s'imposent. Nous vivons aujourd'hui une rencontre objective entre la dimension consid&#233;rable des enjeux sociaux, &#233;conomiques, intellectuels, culturels des savoirs &#233;labor&#233;s et transmis &#224; l'universit&#233;, et le tournant historique des aspirations populaires aux &#233;tudes longues. D&#233;montrer comment cette rencontre peut se transformer en une construction authentiquement d&#233;mocratique par le biais d'une &#233;cole commune acquise au principe de l'&#233;ducabilit&#233; universelle, fait de cet ouvrage une r&#233;f&#233;rence en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A propos des transclasses et de la non reproduction sociale</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article346</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article346</guid>
		<dc:date>2022-09-23T08:56:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Bouffartigue</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[La trajectoire des transfuges de classe b&#233;n&#233;ficie depuis quelques ann&#233;es d'un int&#233;r&#234;t renouvel&#233;. L'analyse des conditions de la r&#233;ussite scolaire qui l'a rendue possible n'est pas toujours au c&#339;ur des t&#233;moignages et des commentaires du ph&#233;nom&#232;ne, lesquels peuvent privil&#233;gier les modalit&#233;s de la confrontation des cultures de classe. La r&#233;ussite des apprentissages scolaires n'en reste pas moins un moment essentiel (et trop peu explor&#233;) de ces promotions sociales minoritaires, comme Janine (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH104/arton346-3dcd0.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;La trajectoire des transfuges de classe b&#233;n&#233;ficie depuis quelques ann&#233;es d'un int&#233;r&#234;t renouvel&#233;. L'analyse des conditions de la r&#233;ussite scolaire qui l'a rendue possible n'est pas toujours au c&#339;ur des t&#233;moignages et des commentaires du ph&#233;nom&#232;ne, lesquels peuvent privil&#233;gier les modalit&#233;s de la confrontation des cultures de classe. La r&#233;ussite des apprentissages scolaires n'en reste pas moins un moment essentiel (et trop peu explor&#233;) de ces promotions sociales minoritaires, comme Janine Reichstadt le rappelait r&#233;cemment sur notre site&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Janine Reichstadt, Les transfuges de classe : des exceptions consolantes ?, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Nous accompagnons aujourd'hui son &#233;tude par trois comptes rendus r&#233;flexifs d'ouvrages qui ont marqu&#233; le paysage ces derni&#232;res ann&#233;es. Merci &#224; leur auteur, le sociologue Paul Bouffartigue, de nous les avoir confi&#233;s&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces trois comptes rendus ont &#233;t&#233; pr&#233;alablement publi&#233;s dans La Nouvelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du &lt;i&gt;Retour &#224; Reims &lt;/i&gt; au retour des classes sociales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2009, Didier Eribon publie &lt;i&gt;Retour &#224; Reims&lt;/i&gt;, magnifique mise en perspective sociologique du r&#233;cit de sa propre exp&#233;rience biographique. Cette &#339;uvre prend place aux c&#244;t&#233;s d'autres, qui, telle celle d'Annie Ernaux, &#233;galement tr&#232;s marqu&#233;e par l'influence de P. Bourdieu, sont consacr&#233;es &#224; rendre compte de l'exp&#233;rience subjective et sociale d'un(e) intellectuel(e) &#171; transfuge de classe &#187;, venu(e) du monde ouvrier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Place, Une femme, La Honte, Paris, Gallimard, 1983, 1987, 1997.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;/. Transfuge &#171; dont le souci, plus ou moins permanent et plus ou moins conscient, aura &#233;t&#233; de mettre &#224; distance sa classe d'origine &#187; (p. 25). Apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; ce livre, et la mani&#232;re dont il est &#233;troitement inspir&#233; par l'approche des classes qui est celle de Pierre Bourdieu, je pr&#233;cise comment je pense possible de poser aujourd'hui la question des classes, de leurs fronti&#232;res et de la mobilit&#233; entre classes ; et je discute enfin des limites contenues dans l'interpr&#233;tation trop exclusivement inspir&#233;e par Bourdieu d'un parcours social comme celui de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la honte sexuelle &#224; la honte sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la mort de son p&#232;re qui provoque ce &#171; retour &#224; Reims &#187;, ville dont Didier Eribon est originaire. &#171; Retour &#187; au sens strict impossible, tant la distance s'est creus&#233;e depuis longtemps entre l'auteur et son milieu d'origine. Mais retour r&#233;flexif magistral, en tant que travail d'&#233;criture visant &#171; &#224; se r&#233;concilier avec soi-m&#234;me et avec le monde que l'on a quitt&#233; &#187; (p. 247). Travail visant &#224; canaliser la charge &#233;motive associ&#233;e &#224; la rem&#233;moration douloureuse et m&#233;lancolique du pass&#233; et &#224; la mise au jour de l'&#171; habitus cliv&#233; &#187; entre deux mondes sociaux qu'elle suscite. Ce p&#232;re d&#233;test&#233; avait constitu&#233; &#171; une sorte de mod&#232;le social n&#233;gatif, un contre rep&#232;re dans le travail que j'avais accompli, pour le cr&#233;er moi-m&#234;me &#187;. D'o&#249; l'imp&#233;ratif vital de chercher &#224; le comprendre pour comprendre soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre commence par cette interrogation : pourquoi fut-il plus facile &#224; l'auteur d'&#233;crire sur la honte sexuelle que sur la honte sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Didier Eribon, R&#233;flexion sur la question gay, Paris, Fayard, 1999.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &#192; cette question comme &#224; bien d'autres dans ce livre, Didier Eribon apporte une double r&#233;ponse, personnelle et sociologique. Personnelle, au d&#233;but du livre : pour lui, mettre en avant son homosexualit&#233; comme premier motif de rupture avec sa famille lui &#233;vitait de penser qu'il s'agissait tout autant d'une rupture de classe. Sociologique, dans l'&#233;pilogue de l'ouvrage : il voit dans le recul du marxisme au cours des ann&#233;es 1980-1990 le contexte intellectuel ayant permis de lever le refoul&#233; exerc&#233; sur l'importance d'autres dominations que la domination de classe, notamment la domination de sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le r&#233;cit qui suit, Eribon nous d&#233;crit d'o&#249; venaient et qui &#233;taient ses parents et grand parents, dans quelles conditions il a lui-m&#234;me grandi, toujours en m&#234;lant les dimensions individuelles et collectives. Si bien qu'au travers de l'histoire des personnes qui lui ont &#233;t&#233; les plus proches c'est une grande partie de l'histoire sociale des classes populaires des cinquante derni&#232;res ann&#233;es qui est restitu&#233;e. Histoire qui est celle d'une am&#233;lioration consid&#233;rable des conditions d'existence suivie par une p&#233;riode de crise et de d&#233;stabilisation dont nous ne sommes pas sortis. Le p&#232;re, ouvrier, se hisse au niveau contrema&#238;tre. La m&#232;re, d'abord femme de m&#233;nage, entrera &#233;galement &#224; l'usine, sans jamais cacher &#224; son fils sa frustration de ne pas avoir prolong&#233; ses &#233;tudes pour devenir institutrice. La famille ira du HLM au lotissement pavillonnaire p&#233;riurbain, et passera du vote communiste au vote FN ou de droite. Alcoolisme et violence conjugale font &#233;galement le quotidien du foyer, &#224; une &#233;poque o&#249; nombre de femmes envisagent le divorce sans pouvoir passer &#224; l'acte. Des pages particuli&#232;rement fortes d&#233;crivent, &#224; partir de la mani&#232;re dont elle s'incarne dans des personnes singuli&#232;res, l'&#233;volution du paysage urbain et politique d'une partie du monde ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur s'attarde en particulier sur les m&#233;tamorphoses des comportements politiques dans son milieu familial, cherchant &#224; percer le myst&#232;re du basculement d'une culture communiste vers le FN. Il rappelle que le racisme populaire ordinaire n'avait jamais disparu ; insiste sur l'abandon des classes populaires par la gauche de gouvernement ; et rel&#232;ve que l'extr&#234;me droite offre elle aussi une possibilit&#233; d'affirmation des classes populaires, m&#234;me si c'est une affirmation n&#233;gative, tr&#232;s diff&#233;rente de l'affirmation positive qu'offrait le parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centrales dans tout parcours de &#171; transfuge de classe &#187;, les &#233;preuves associ&#233;es &#224; l'exp&#233;rience scolaire d'un &#171; excellent &#233;l&#232;ve, mais toujours au bord d'un refus total de la situation scolaire &#187; (p. 163) sont les pages du livre dans lesquelles Didier Eribon tout &#224; la fois s'inspire de Pierre Bourdieu &#8211; notamment de son &lt;i&gt;Esquisse pour une autoanalyse&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, Esquisse pour une autoanalyse, Raisons d'agir, 2004.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et lui reproche de &#171; ne pas aller assez loin &#187; : car Bourdieu ne fournirait pas les &#233;l&#233;ments permettant d'expliquer comment &#8211; quelles lectures, quelles rencontres ? &#8211; la volont&#233; d'apprendre et de r&#233;ussir l'a emport&#233; sur l'inaptitude sociale li&#233;e &#224; son appartenance populaire. Il pointe une homophobie latente dans certaines analyses de Bourdieu, et met en revanche en avant le r&#244;le de l'homosexualit&#233; dans son propre parcours, puisque cette derni&#232;re lui a permis de se d&#233;tacher plus t&#244;t et plus radicalement des valeurs populaires viriles qui soutiennent chez d'autres le refus de la culture scolaire. Eribon ajoute l'importance d'une amiti&#233; avec un &#233;l&#232;ve qui, lui, est un &#171; h&#233;ritier &#187;, dans le d&#233;veloppement de son go&#251;t pour la culture scolaire. Mais l'auteur ne revient gu&#232;re plus sur l'origine des ressources qui lui ont permis de surmonter les difficult&#233;s de l'apprentissage de la culture scolaire, cette &#171; r&#233;&#233;ducation qui passait par le d&#233;sapprentissage de ce que j'&#233;tais &#187; (p. 171).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il nous en livre certaines clefs sur lesquelles il ne s'&#233;tend gu&#232;re. On y revient plus bas. Son p&#232;re est initialement tr&#232;s inscrit dans une culture de classe protestataire, et ne se r&#233;signe pas &#224; sa condition ouvri&#232;re ; sa m&#232;re l'encourage dans sa scolarit&#233;. Bref, si la grille de lecture de P. Bourdieu excelle &#224; nous aider &#224; identifier et &#224; interpr&#233;ter les obstacles et les &#233;preuves qui se dressent sur le chemin de la r&#233;ussite scolaire de cet enfant d'ouvrier, et si elle est f&#233;conde pour &#233;clairer la force de rappel des origines qui joue dans les choix d'orientation scolaire qui &#233;cartent t&#244;t ou tard des fili&#232;res de l'excellence &#8211; le jeune Didier renonce au grec et au latin, suit une fili&#232;re litt&#233;raire, ignore tout de l'existence des classes pr&#233;paratoires, se retrouve dans une universit&#233; provinciale et &#233;chouera aux concours de l'enseignement secondaire &#8211;, cette grille de lecture ne parvient pas &#224; nous &#233;clairer sur la gen&#232;se des ressources qui lui ont permis de contredire les lois de la reproduction sociale. Sans doute parce que le paradigme des classes sociales que Didier Eribon mobilise, et celui de la domination qui le sous-tend, exigent d'&#234;tre renouvel&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lutte des classes sans classes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente &#171; mis&#233;rabiliste &#187; de la pens&#233;e de P. Bourdieu concernant les classes et cultures populaires a bien &#233;t&#233; critiqu&#233;e par C. Grignon et J.-C. Passeron, lesquels insistent sur la n&#233;cessit&#233; de combiner et d'alterner l'interpr&#233;tation populiste &#8211; saisir ces classes et leurs cultures dans leur autonomie culturelle &#8211; et interpr&#233;tation mis&#233;rabiliste &#8211; les saisir dans les effets de la domination culturelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le savant et le populaire. Mis&#233;rabilisme et populisme en sociologie et en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autres ont critiqu&#233; sa vision trop homog&#233;n&#233;isante des classes et des habitus de classe, quand s'observe une pluralit&#233; croissante des d&#233;terminations sociales. Enfin, les progr&#232;s des approches en termes d'articulation &#8211; mieux, de comp&#233;n&#233;tration ou de consubstantialit&#233; &#8211; des grands rapports sociaux &#8211; de classe, de sexe, de race&#8230; &#8211; aident &#224; penser de mani&#232;re plus dynamique les formes de domination et de r&#233;sistance &#224; la domination, dont les parcours dans l'espace social sont l'une des modalit&#233;s importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#171; retour &#187; dans le d&#233;bat public, d&#251; au renouveau de la conflictualit&#233; sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des classes d'aujourd'hui, on peut dire que, paradoxalement, elles existent &#224; la fois de plus en plus et de moins en moins. Des classes dont le devenir est tributaire avant tout du devenir de luttes sociales et politiques, qui s'aiguisent et vont sans doute s'aiguiser dans la p&#233;riode &#224; venir. Des classes dont les dynamiques mettent de plus en plus &#224; l'ordre du jour, sur le plan des ph&#233;nom&#232;nes de mobilit&#233; sociale, l'enjeu du d&#233;classement social, du &#171; descenseur social &#187;, alors que dans les ann&#233;es 1960-1970 la promotion sociale, et en particulier &#171; l'ascenseur social &#187; des classes populaires vers les classes moyennes, &#233;tait l'enjeu dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;bat public comme en sociologie, le mot &#171; classes sociales &#187; &#233;tait tr&#232;s utilis&#233; jusque dans les ann&#233;es 1970. Il a &#233;t&#233; disqualifi&#233; dans les ann&#233;es 1980. C'&#233;tait devenu un gros mot. La &#171; r&#233;volution conservatrice &#187; dont parle Didier Eribon, &#224; laquelle avait adh&#233;r&#233; un pan entier de la gauche officielle, &#233;tait pass&#233;e par l&#224;. En particulier toute r&#233;f&#233;rence &#224; Marx &#233;tait quasiment &#171; criminalis&#233;e &#187;. Il a fallu attendre le grand mouvement social de 1995, mouvement d'opposition &#224; la premi&#232;re contre-r&#233;forme majeure de la protection sociale, pour qu'il soit de nouveau possible d'utiliser ce mot. Ne serait-ce que sous forme de questions : quelles sont les cat&#233;gories sociales en lutte ? Quel est le sujet social ou politique mobilis&#233; ? A-t-il un rapport avec la notion de classes sociales ? Avec les nouvelles r&#233;alit&#233;s de classes ? Avant d'&#234;tre une question de th&#233;orie ou de sociologie, la question des classes est une question politique : quand les classes populaires sont d&#233;mobilis&#233;es elles apparaissent largement invisibles en tant que telles. N'apparaissent en effet au premier plan que les multiples clivages qui les balkanisent, les atomisent. Ainsi en est-il des logiques racialisantes ou ethnicisantes. Comme l'&#233;crit Didier Eribon : &#171; C'est donc tr&#232;s largement l'absence de mobilisation ou de perception de soi comme appartenant &#224; un groupe social mobilis&#233; ou solidaire parce que potentiellement mobilisable et donc toujours mentalement mobilis&#233; qui permet &#224; la division raciste de supplanter la division de classe &#187; (p. 152). On remarque effectivement &#224; quel point le Front national devient brusquement silencieux ou inaudible quand surgit une grande mobilisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, avec d'autres, j'ai parl&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000, de &#171; retour des classes sociales &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Bouffartigue (dir.), Le retour des classes sociales. In&#233;galit&#233;s, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Il s'agit d'un retour dans le d&#233;bat politique, et, ensuite seulement, dans les pr&#233;occupations d'une partie des intellectuels dont le m&#233;tier est d'&#233;tudier la soci&#233;t&#233;. Mais ce n'est pas et ce ne sera pas un &#171; retour &#187; au paysage des classes des ann&#233;es 1930 &#224; 1960. Et ce, pour deux s&#233;ries de raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De mani&#232;re pragmatique&lt;/i&gt;. Si on accepte qu'une classe puisse se d&#233;finir par trois &#171; &#233;tages &#187;, dont la copr&#233;sence la constitue au sens le plus fort &#8211;une communaut&#233; objective de condition sociale et de destin social, un sentiment de partager cette communaut&#233;, et enfin un sentiment de jouer un r&#244;le social, culturel, voire soci&#233;tal ou historique &#8211; on voit bien que seule la bourgeoisie pr&#233;sente aujourd'hui toutes ces caract&#233;ristiques. En ce sens, c'est bien la &#171; derni&#232;re classe &#187; comme le disent Monique et Michel Pin&#231;on&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Pin&#231;on et Monique, Pin&#231;on-Charlot, Sociologie de la bourgeoisie, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas que les communaut&#233;s objectives de condition et de destin aient disparu, m&#234;me si elles sont sans doute moins nettes, moins visibles que par le pass&#233;. Mais surtout parce les dimensions subjectives de l'appartenance de classe font largement d&#233;faut : surtout dans les classes populaires, mais aussi dans les classes moyennes (m&#234;me si, dans ces derni&#232;res, le sentiment d'appartenance &#224; un ensemble &#171; moyen &#187; est &#233;lev&#233;). Les enqu&#234;tes montrent que la propension &#224; refuser de se situer dans une classe a progress&#233; &#8211; c'est le cas de la moiti&#233; des hommes &#171; actifs &#187; professionnellement en 2003, contre un tiers seulement en 1966, cette &#233;volution &#233;tant plus nette dans les classes populaires. C'est dans les classes moyennes que le sentiment d'appartenir &#224; une classe reste le plus r&#233;pandu aujourd'hui. Et une partie importante des classes populaires se reconna&#238;t davantage dans la notion de classe moyenne que dans celles de classes populaires ou de classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De mani&#232;re plus th&#233;orique&lt;/i&gt;. Si l'on adopte, comme Marx ou Bourdieu, une d&#233;finition non pas substantielle, mais relationnelle des classes et des groupes sociaux, il faut partir de ces relations &#8211; en particulier des formes des conflits et des luttes qui les opposent et les unissent &#8211; afin de les appr&#233;hender. Parmi ces luttes il y en a une qui reste centrale : la &#171; lutte des classes &#187;. Et se poser alors la question en ces termes : quelles sont les classes qui r&#233;sultent &#8212; ou ne r&#233;sultent pas ou plus &#8212; des formes contemporaines que prend cette lutte des classes ? De mani&#232;re provocatrice on peut alors parler de &#171; lutte des classes sans classes &#187;. Ce qui veut dire que la traduction, dans le paysage concret des groupes et classes sociales, des formes actuelles de la lutte des classes, c'est la tendance &#224; l'effacement de ces grands groupes sociaux qui &#233;taient hier plus nettement s&#233;par&#233;s, plus visibles, plus identifiables, et par ailleurs davantage conscients de leurs appartenances. Bref de ce que l'on d&#233;signait hier comme &#171; classes sociales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi un signe de grande force de la bourgeoisie dans la lutte des classes quelle m&#232;ne serait que les classes exploit&#233;es et domin&#233;es ne se vivent plus comme telles. Ce qui ne signifierait pas la fin de cette lutte, mais le fait qu'elle prendrait des visages tr&#232;s diff&#233;rents. Par exemple, l'affirmation de la puissance distinctive li&#233;e au statut au sein du salariat, opposant le &#171; public &#187; au &#171; priv&#233; &#187;. Ou encore l'int&#233;riorisation de la conflictualit&#233; sociale sous forme de souffrance personnelle, de culpabilit&#233;, la tendance &#224; la &#171; lutte de tous contre tous &#187;, &#224; la racialisation des tensions sociales. D'ailleurs, depuis la Seconde Guerre mondiale on peut consid&#233;rer que se sont succ&#233;d&#233; deux p&#233;riodes historiques qui, selon des modalit&#233;s bien distinctes, se sont traduites par un recul des identit&#233;s de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La conjoncture historique des ann&#233;es 1950-1970&lt;/i&gt;. C'est une conjoncture de force relative de la classe ouvri&#232;re, du mouvement ouvrier, qui a conquis nombre de droits, dans un contexte de promotion sociale massive, de &#171; d&#233;-particularisation &#187; du monde ouvrier. En ont r&#233;sult&#233; le recul de l'ins&#233;curit&#233; salariale, l'int&#233;gration dans l'univers de la consommation de masse, l'apparition d'une s&#233;quence de &#171; jeunesse &#187; avant l'entr&#233;e dans le syst&#232;me productif, la mont&#233;e de l'individualisation. Ainsi, la dissolution partielle du monde ouvrier a, pour une part, r&#233;sult&#233; de sa force dans le rapport des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La conjoncture qui s'est install&#233;e depuis les ann&#233;es 1980 &lt;/i&gt; est, &#224; l'inverse, celle d'un retournement de ce rapport de forces des classes. Il a, entre autres effets, le ch&#244;mage de masse, la pr&#233;carisation et l'&#233;clatement des formes de travail et d'emploi, le recul des droits sociaux, lesquels contribuent aussi &#224; l'affaiblissement des formes de conscience et de solidarit&#233; dans les classes populaires. D'o&#249; l'invitation &#224; r&#233;fl&#233;chir en termes de paradoxe : &#171; des classes qui existent de plus en plus et de moins en moins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De plus en plus&lt;/i&gt;. L'existence d'une classe exploiteuse et mobilis&#233;e est de plus en plus difficile &#224; nier. L'existence d'in&#233;galit&#233;s sociales accrues, au plan national et mondial est attest&#233;e &#8211; ne serait-ce qu'en France 5 % des m&#233;nages d&#233;tiennent la moiti&#233; du patrimoine, tandis que 50 % des m&#233;nages se partagent&#8230; 9 % de ce patrimoine. Or, ce creusement des in&#233;galit&#233;s est en relation &#233;troite avec un partage de la valeur ajout&#233;e nettement plus favorable au capital qu'au travail depuis une trentaine d'ann&#233;es. L'id&#233;e que nous serions dans une soci&#233;t&#233; moyennis&#233;e et pacifi&#233;e socialement n'est plus tenable. Les classes populaires &#8211; ouvriers et employ&#233;s &#8211; demeurent majoritaires et de larges fractions des classes moyennes sont confront&#233;es aux durcissements et &#224; la pr&#233;carisation de la condition salariale. La conflictualit&#233; sociale ne se d&#233;ment plus depuis une quinzaine d'ann&#233;es, marqu&#233;e par la mont&#233;e de la revendication de partage des richesses, et m&#234;me par le sentiment de participer, y compris en tant que sujet individuel, &#224; la lutte des classes : l'autocollant &#171; Je lutte des classes &#187; est celui qui a eu le plus de succ&#232;s dans les grandes manifestations de l'automne 2011 pour la d&#233;fense des retraites. Et les comportements politiques continuent d'entretenir un rapport avec les appartenances sociales, comme l'ont montr&#233; en 2005 les r&#233;sultats du r&#233;f&#233;rendum sur le trait&#233; constitutionnel europ&#233;en, avec un vote &#171; non &#187; d'autant plus fr&#233;quent que l'on descend dans l'&#233;chelle sociale ou que l'on se rapproche du monde de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De moins en moins&lt;/i&gt;. Les fronti&#232;res se sont brouill&#233;es et &#233;largies, notamment entre classes populaires et classes moyennes. Olivier Schwartz a montr&#233; combien les transformations du travail &#8211; pouss&#233;e des activit&#233;s de service comprenant une relation directe avec un public socialement diversifi&#233; &#8211; et de la scolarit&#233; &#8211; g&#233;n&#233;ralisation de la scolarisation des enfants des classes populaires dans le secondaire, et, partiellement, dans le sup&#233;rieur &#8211; ont brouill&#233; ces fronti&#232;res chez les jeunes g&#233;n&#233;rations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Schwartz, La notion de &#034;classes populaires&#034;, Habilitation &#224; Diriger (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les formes de conscience de classe ont beaucoup recul&#233;. Toute une s&#233;rie de rapports sociaux et d'identit&#233;s sociales qui ne d&#233;rivent pas des rapports et identit&#233;s de classe sont bien plus visibles que par le pass&#233; &#8211; qu'elles soient li&#233;es au genre, aux origines ethniques, aux g&#233;n&#233;rations ; de multiples luttes mobilisent ces identit&#233;s. Et m&#234;me dans les grandes mobilisations sociales, ce n'est pas n&#233;cessairement la notion de classe qui fonctionne comme op&#233;rateur de la mise en mouvement. Et, m&#234;me si on peut rattacher des enjeux comme l'enjeu &#233;cologique &#224; des enjeux de classe &#8211; dans la mesure o&#249; c'est bien un capitalisme d&#233;brid&#233; et m&#251; par une logique purement financi&#232;re qui met en cause le devenir de la plan&#232;te &#8211; la plupart de ceux qui se mobilisent pour l'environnement ne le vivent pas comme tel. Ces transformations peuvent s'interpr&#233;ter comme une &#171; universalisation de l'antagonisme de classe &#187; : ce dernier est en quelque sorte &#171; mont&#233; d'un &#233;tage &#187; et ne se pr&#233;sente plus comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une lecture non bourdivine de la mobilit&#233; sociale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1950-1970 ont &#233;t&#233; une p&#233;riode assez exceptionnelle de promotion sociale, notamment des classes populaires vers les classes moyennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant longtemps, l'accent a &#233;t&#233; mis sur la positivit&#233;, la naturalit&#233; de cette mobilit&#233; sociale ascendante. Mais l'&#339;uvre d'Annie Ernaux avait d&#233;j&#224; montr&#233; remarquablement les tensions dans lesquelles un tel parcours de &#171; transfuge &#187; s'accomplissait. Il s'agit toujours peu ou prou d'un d&#233;chirement culturel entre deux mondes sociaux, dont on porte &#224; vie les traces sociales et subjectives. On ne sort pas indemne de sa classe d'origine. On l'a dit, la grille d'interpr&#233;tation de ces deux auteurs est celle de la sociologie de Pierre Bourdieu. &#192; la suite de Luc Boltanski, le d&#233;bat peut porter sur l'appr&#233;ciation ou non de l'existence de &#171; comp&#233;tences critiques &#187; chez les acteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la critique. Pr&#233;cis de sociologie de l'&#233;mancipation, Gallimard, 2009.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comp&#233;tences dont le sociologue critique n'a pas le monopole et sur lesquelles il peut et doit s'appuyer dans son travail de critique scientifique et sociale. Il porte ainsi sur les contradictions de la domination, et sur l'articulation des modes de domination et de r&#233;sistance &#224; la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologie de P. Bourdieu insiste sur l'alt&#233;rit&#233; culturelle entre les mondes sociaux, et sur l'importance de la force de rappel des lois de la reproduction, des d&#233;terminismes sociaux. Mais elle ne met pas assez en valeur tout ce qui a rendu possibles ces parcours improbables. Elle met bien en lumi&#232;re les obstacles qui se dressent tout au long de ces parcours minoritaires, mais sous-estime les ressources sur lesquelles ils s'appuient. Or, il faut &#224; mon sens toujours se poser la question : en dehors du contexte macrosocial d'ouverture objective des possibilit&#233;s de promotion par la multiplication des emplois de cadres et de professions interm&#233;diaires, quelles sont les ressources sociales et subjectives que ces personnes ont trouv&#233;es, y compris dans leur milieu socio-familial d'origine, pour r&#233;ussir une bonne scolarit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, je m'appuie sur les recherches de Jean-Pierre Terrail, qui avait identifi&#233; trois profils de &#171; transfuges &#187; d'origine populaire, correspondant &#224; trois logiques de mobilisation familiale ayant permis la r&#233;ussite scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Destins ouvriers. La fin d'une classe ? PUF, 1990.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;/. Il s'agit bien entendu de types id&#233;aux au sens de Max Weber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier &#233;tait celui des familles ouvri&#232;res militantes, notamment communistes. Le ressort de leur mobilisation pour la r&#233;ussite scolaire de leurs enfants est la fiert&#233; de l'appartenance ouvri&#232;re &#8211; le message parental est &#171; parce que tu es enfant d'ouvrier, tu peux r&#233;ussir aussi bien que les autres &#187; ; ses ressources concr&#232;tes sont, entre autres, la familiarit&#233; avec la lecture dans l'espace domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second &#233;tait celui des familles ouvri&#232;res conservatrices, catholiques. Le ressort de leur mobilisation est la d&#233;valorisation de leur condition ouvri&#232;re, le refus de s'identifier &#224; cette condition et &#224; la culture qu'elle peut porter &#8211; le message parental est alors de sortir d'une condition ouvri&#232;re indigne : &#171; bien qu'enfant d'ouvrier, tu peux r&#233;ussir aussi bien que les autres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me &#233;tait celui de familles ouvri&#232;res d&#233;racin&#233;es ayant connu un processus migratoire associ&#233; &#224; une ouverture des horizons sociaux. Ce type de parcours peut amener &#224; remettre en question la n&#233;cessit&#233; de la reproduction du destin social. Le ressort de la mobilisation est alors moins souvent pr&#233;sent explicitement chez les parents, la mobilisation du jeune en tant que sujet, &#233;ventuellement contre les messages parentaux, y est sans doute plus manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de Jean-Pierre Terrail est que ce qui soutient cette mobilisation des familles ouvri&#232;res pour la r&#233;ussite scolaire de leurs enfants c'est un rapport &#224; la condition sociale ouvri&#232;re qui est toujours aussi, peu ou prou, actif : fait aussi de r&#233;sistance &#224; la domination, et pas seulement de soumission ou de consentement &#224; cette derni&#232;re, y compris quand cette r&#233;sistance prend un visage &#171; individualiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, je me demande si dans son livre Didier Eribon reconna&#238;t suffisamment sa dette, tant &#224; l'&#233;gard de ses parents qu'&#224; l'&#233;gard de l'avanc&#233;e politique et culturelle de la classe dont il provient au cours de la conjoncture qui le voit s'en d&#233;tacher, via la r&#233;ussite scolaire. Il donne pourtant au lecteur bien des &#233;l&#233;ments pour identifier cette dette. Directement : ils se sont acharn&#233;s au travail pour lui payer des &#233;tudes et accepter de fait qu'il se s&#233;pare socialement d'eux par la promotion scolaire et sociale. Et indirectement : sa m&#232;re lui transmet quelque chose de son d&#233;sir frustr&#233; de faire des &#233;tudes ; ce n'est pas le cas de son p&#232;re &#8211; qui, en ce sens, ne correspond strictement &#224; aucun des trois mod&#232;les mis &#224; jour par J.-P. Terrail &#8211;, mais il ne se r&#233;signe pas &#224; son sort de man&#339;uvre, deviendra agent de ma&#238;trise et lui transmet une tr&#232;s forte conscience de classe, prenant parfois la forme d'une haine de la classe adverse, nourrissant sans doute chez le fils un d&#233;sir de revanche sociale dont la r&#233;ussite scolaire a pu fournir le terrain. D'ailleurs l'engagement politique du jeune Didier dans un mouvement trotskiste &#8211; dont il nous explique l'importance comme vecteur de son go&#251;t pour la philosophie &#8211; n'est pas sans lien avec les valeurs politiques initiales, communistes, de son milieu familial. De m&#234;me que son app&#233;tit scolaire et culturel n'est pas sans lien avec le contexte d'effervescence intellectuel et politique du tournant des ann&#233;es 1960-1970, elle-m&#234;me indissociable de la force du mouvement ouvrier et du rayonnement du marxisme &#224; cette &#233;poque. De m&#234;me enfin que son orientation sexuelle minoritaire a sans doute rencontr&#233; un contexte culturel global plus permissif que d'autres, ce qui a pu lui faire jouer un r&#244;le positif dans sa dynamique de mobilisation scolaire et d'&#233;mancipation subjective et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les trajectoires minoritaires qui &#233;chappent &#224; la loi de la reproduction sociale, si elles ne r&#233;futent pas &#171; la v&#233;rit&#233; sociologique &#187; de cette loi (p. 120), am&#232;nent &#224; la nuancer, en y ajoutant une seconde v&#233;rit&#233; sociologique : il n'y a jamais purement et simplement r&#233;signation &#224; la condition d'exploit&#233;, pour soi-m&#234;me et pour ses enfants. Des millions d'enfants d'ouvriers ont ainsi pu &#233;chapper &#224; la condition ouvri&#232;re parce que les parents leur ont transmis leur propre r&#233;sistance &#224; la condition ouvri&#232;re. Si on accepte l'id&#233;e selon laquelle les enfants se voient toujours confier par leurs parents une mission de r&#233;paration, cette derni&#232;re peut prendre la forme de la r&#233;ussite scolaire et sociale : derri&#232;re la &#171; trahison &#187; des origines, il y a aurait aussi une fid&#233;lit&#233; &#224; ces origines. Ainsi, il n'y a pas que rupture, honte et trahison, il y a de la continuit&#233;, et parfois de la fiert&#233;. Continuit&#233; d'un combat qui, certes, change de terrains et de formes pour en adopter de nouvelles, que tout semble s&#233;parer de celles qui ont &#233;t&#233; celles des parents. Fiert&#233; parfois, du sujet qui a effectu&#233; un parcours d'exception sans renier ses origines, et du milieu familial lui-m&#234;me quand il a soutenu pleinement ce parcours. Si le parcours de Didier Eribon est marqu&#233; par cette honte, voire ce m&#233;pris de ses origines ouvri&#232;res en ce qu'elles sont porteuses de n&#233;gativit&#233; &#8211; violence conjugale, homophobie, racisme, et plus r&#233;cemment basculement vers le vote Front national &#8211; dont tout le livre est une sorte de travail pour la d&#233;passer en &#233;lucidant les d&#233;terminismes sociaux qui pesaient sur elle, je ne suis pas s&#251;r qu'il soit enti&#232;rement parvenu au terme de ce parcours &#224; la reconnaissance d'une dette &#171; positive &#187;. Et je suis certain que bien d'autres parcours de &#171; transfuges &#187; d'origine ouvri&#232;re sont marqu&#233;s par davantage d'ambivalences assum&#233;es entre les ressources et les contraintes dont ils ont b&#233;n&#233;fici&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;sister &#187; prend ainsi des formes multiples et parfois contraires : &#171; r&#233;sister &#187; &#224; l'imposition de l'habitus scolaire et se retrouver exclu de l'&#233;cole et renvoy&#233; &#224; son destin de classe : se &#171; soumettre &#187; pour r&#233;ussir &#224; l'&#233;cole et &#233;chapper au destin de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes aujourd'hui dans une toute autre conjoncture : la probl&#233;matique de la promotion tend &#224; &#234;tre compl&#233;t&#233;e, voire remplac&#233;e, par celle du d&#233;classement. Des travaux, comme ceux de Camille Peugny, commencent &#224; en &#233;tudier les modalit&#233;s, y compris subjectives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camille Peugny, Le d&#233;classement, Grasset, 2009.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet auteur montre que ce n'est pas la m&#234;me chose d'&#234;tre d&#233;class&#233; quand on est issu d'une famille d'h&#233;ritiers install&#233;s depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations dans le monde des cadres ou des classes moyennes dipl&#244;m&#233;es, ou quand on est issu d'une premi&#232;re g&#233;n&#233;ration de cadres d'extraction populaire. Les premiers vont avoir tendance &#224; se vivre comme individuellement responsables de leur &#233;chec et &#224; se replier sur eux-m&#234;mes, les seconds vont adopter une attitude de r&#233;bellion face &#224; une injustice collective &#8211; ils sont plus dipl&#244;m&#233;s que leurs parents et d&#233;butent bien plus difficilement dans la vie &#8211;, de mobilisation d'une identit&#233; g&#233;n&#233;rationnelle sur le mode de la d&#233;nonciation de la &#171; g&#233;n&#233;ration sacrifi&#233;e &#187;. Ce dernier type de trajectoire sociale pourrait expliquer le r&#244;le jou&#233; par la jeunesse dipl&#244;m&#233;e des &#171; classes moyennes &#187; dans certaines grandes mobilisations collectives contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc bien des mani&#232;res diff&#233;rentes de vivre subjectivement les d&#233;placements dans l'espace social. Ces mani&#232;res n'ont pas seulement &#224; voir avec des questions de psychologie personnelle. Mais aussi avec des parcours sociaux sur plusieurs g&#233;n&#233;rations, avec des lign&#233;es maternelles et paternelles qui sont rarement strictement homog&#232;nes, et des filtres symboliques et politiques qui donnent des sens bien diff&#233;rents &#224; des trajets objectivement semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas un hasard si la th&#233;matique de l'identit&#233; a acquis une telle importance dans les sciences sociales. Les univers sociaux se sont d&#233;cloisonn&#233;s, que ce soit au plan objectif, au plan imaginaire et symbolique. Les d&#233;placements et les multi-appartenances provoquent un travail identitaire souvent douloureux, d&#233;bouchent parfois sur le repli identitaire, le refuge dans des identit&#233;s mythifi&#233;es, r&#233;invent&#233;es. Mais heureusement aussi sur de grandes &#339;uvres. Le livre de Didier Eribon est l'une d'elles, &#224; la fois par ses qualit&#233;s litt&#233;raires et sociologiques. Sans doute fallait-il &#234;tre ce sociologue transfuge du monde ouvrier pour parvenir ainsi &#224; &#171; tricoter &#187; la mise en mots d'une exp&#233;rience intime et subjective avec le r&#233;cit social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avoir connu d'autres parcours sociaux permet-il de mettre &#224; jour plus ais&#233;ment les processus sociaux qui ont pu soutenir les ressources subjectives mobilis&#233;es pour surmonter les obstacles rencontr&#233;s sur le chemin de ces parcours hors-norme, &#224; distance des lois de la reproduction sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chantal Jaquet, &lt;i&gt;Les transclasses ou la non reproduction &lt;/i&gt; (PUF, 2014)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel sociologue, y compris parmi les plus convaincus de la pertinence des travaux de Pierre Bourdieu, ne s'est pas interrog&#233; sur cet angle mort de la th&#233;orie de la reproduction sociale : sans doute juste &#171; &#224; 90% &#187;, ne laisse-t-elle pas dans l'ombre ces exceptions, nombreuses bien qu'improbables, les parcours de vie qui semblent &#233;chapper &#224; cette loi sociologique ? Faut-il donc se r&#233;signer, en laissant intact le syst&#232;me th&#233;orique de la reproduction, &#224; d&#233;l&#233;guer l'examen de ces exceptions aux soins de nos coll&#232;gues psychanalystes ou psychologues, puisque la sociologie, comme toute discipline scientifique, ne saurait pr&#233;tendre &#224; un savoir total et absolu sur les faits sociaux et humains ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'aide de sa connaissance pouss&#233;e de l'&#339;uvre de Spinoza, la philosophe Chantal Jaquet apporte dans ce petit livre tr&#232;s accessible une r&#233;ponse n&#233;gative et lumineuse. Elle nous aide &#224; rendre intelligibles les trajectoires improbables sans contester la force des conditionnements sociaux : &#171; La non-reproduction (&#8230;) n'est pas une autocr&#233;ation du moi, mais co-production sociale du milieu d'origine et du milieu d'&#233;volution, en tant qu'elle advient avec ou contre eux &#187; (p. 219). Sa pens&#233;e est celle de &#171; la complexion qui ressaisit l'ensemble des d&#233;terminations communes et singuli&#232;res qui se nouent dans un individu, &#224; travers son existence v&#233;cue, ses rencontres, &#224; la crois&#233;e de son histoire intime et de l'histoire collective &#187; p 219-220) ; une pens&#233;e de &#171; l'interconnexion des causes et du lien constitutif qui d&#233;finit l'&#234;tre avec autrui &#187; (p.220). L'analyse de la complexion ne r&#233;cuse pas les habitus sociaux, elle les inclut dans une combinatoire plus vaste et plus complexe o&#249; l'enfance, l'histoire familiale, la place dans la fratrie, l'orientation sexuelle, la vie affective, les relations amicales et amoureuses sont int&#233;gr&#233;es dans l'examen de la trajectoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;monstration, l'auteure la r&#233;ussit en s'appuyant au-del&#224; de sa connaissance des &#339;uvres de Spinoza et de Bourdieu &#8211; avec ce paradoxe que ce th&#233;oricien majeur de la reproduction s'est quant &#224; lui arrach&#233; &#224; sa classe d'origine -, sur un solide corpus sociologique et litt&#233;raire : aux c&#244;t&#233;s des sociologues comme P. Bourdieu, D. Eribon et R. Hoggart - et de leurs r&#233;cits auto-socio-biographiques, on trouve notamment des &#339;uvres de Stendhal, de Jack London, d'Annie Ernaux, et des auteurs afro-am&#233;ricains comme John Howard Griffin, John Edgar Wideman ou Richard Wright.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On connaissait la notion de &#171; transfuge &#187; (de classe). Chantal Jaquet lui pr&#233;f&#232;re celle de &#171; transclasses &#187;. Elle &#233;vite la connotation n&#233;gative, celle de tra&#238;trise. Elle permet aussi de penser tout changement de classe sociale, vers le &#171; haut &#187; comme vers le &#171; bas &#187; de la hi&#233;rarchie sociale. Et elle permet m&#234;me de comprendre les changements de genre, de sexualit&#233; ou de race, voire tout changement identitaire auquel nous appelle notre voyage au travers les &#226;ges de la vie. En effet &#171; trans &#187; indique la transition et signifie &#171; de l'autre c&#244;t&#233; &#187; en latin. Reste que le livre est principalement centr&#233; sur le passage du monde domin&#233; au monde dominant, car &#171; les causes du d&#233;classement se con&#231;oivent plus facilement &#187; (p.21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu et Passeron, dans &#171; Les h&#233;ritiers &#187;, rappelle l'auteure, envisagent deux types d'exception illustrant que la reproduction n'est pas un d&#233;terminisme m&#233;canique : une dilapidation d'h&#233;ritage comme c'est le cas des &#171; dilettantes &#187; &#224; l'&#233;cole ou, plus tard, des &#171; flambeurs &#187; ; une r&#233;ussite scolaire li&#233;e &#224; une meilleure adaptation &#224; l'enseignement ou &#224; un environnement familial plus favorable. Mais, pour penser au-del&#224; de la notion d'exception, &#171; l'enjeu qui se profile (&#8230;) est celui de la nature de la puissance humaine et de la sph&#232;re d'extension de la libert&#233;. La non reproduction met en jeu la possibilit&#233; de l'invention d'une existence nouvelle au sein d'un ordre &#233;tabli sans qu'un bouleversement social ou une r&#233;volution se soient produits &#187; (p.7). Un sociologue comme Didier Eribon admet que &#171; contrevenir &#224; une loi n'est pas la contredire &#187; (p. 8). Un autre, comme Bernard Lahire en travaillant sur la non reproduction scolaire &#224; l'&#233;cole primaire ouvre la voie &#224; une sociologie diff&#233;rentielle, soucieuse de prendre en consid&#233;ration la diversit&#233; des contextes et l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des exp&#233;riences. Un troisi&#232;me, comme Norbert Elias, qui, dans &lt;i&gt;Mozart, sociologie d'un g&#233;nie&lt;/i&gt;, montre qu'on peut penser la singularit&#233; en lui donnant une port&#233;e universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re partie du livre &lt;/strong&gt; traite des &#171; causes de la non reproduction &#187; et d&#233;bouche sur le concept de &#171; complexion &#187;, alternatif &#224; celui d' &#171; habitus &#187;, lequel fait l'objet de la seconde partie, appliqu&#233; au cas des transclasses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re raison g&#233;n&#233;ralement avanc&#233;e &#224; ce type de parcours est l'ambition. Il est vrai que des individus issus de classes d&#233;favoris&#233;es voient parfois dans leur handicap un d&#233;fi &#224; relever. Mais l'ambition ne signifie pas syst&#233;matiquement arrivisme ou carri&#233;risme. En elle-m&#234;me, elle exprime un d&#233;sir de vivre et d'affirmer sa puissance d'agir, elle n'est en soi ni bonne ni mauvaise, tout d&#233;pend de ses fins et de ses moyens. Reste qu'elle n'est pas un principe explicatif satisfaisant : pourquoi n'est-elle pas pr&#233;sente chez tous ? La reproduction est-elle due &#224; un manque d'ambition ? L'ambition ne peut donc &#234;tre con&#231;ue comme cause premi&#232;re des parcours de forte promotion sociale. Ce n'est qu'une des modalit&#233;s que peut prendre la puissance d'agir, laquelle renvoie &#224; d'autres causes. Elle est plus constitu&#233;e que constituante : toute ambition est ambition de quelque chose, elle pr&#233;suppose un mod&#232;le, un id&#233;al, un objectif. &#171; Dans le cas de la non reproduction elle implique la repr&#233;sentation d'un mod&#232;le autre que le mod&#232;le dominant et d'un d&#233;sir de le r&#233;aliser (&#8230;) elle est l'effet d'un processus qui combine une d&#233;termination cognitive, l'id&#233;e d'un mod&#232;le, fut-elle confuse, et une d&#233;termination affective, le d&#233;sir de l'accomplir &#187; (p.31)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc ne pas confondre l'effet et la cause, et s'interroger sur les ressorts d'un mim&#233;tisme qui peut se produire par rapport &#224; un mod&#232;le non pr&#233;sent dans le milieu familial : espoirs fond&#233;s sur l'ignorance des obstacles &#224; surmonter ; conscience &#224; la fois qu'existe un autre monde que celui dans lequel on se sent enferm&#233; et, plus encore, conscience que celui-ci est d&#233;sirable. Or, cela ne va pas du tout de soi. Annie Ernaux, au d&#233;part, n'imagine ni ne d&#233;sire poursuivre des &#233;tudes longues : il a fallu qu'elle s'y sente autoris&#233;e par sa m&#232;re et encourag&#233;e par son institutrice. Creuser les processus qui rendent un mod&#232;le alternatif d&#233;sirable n&#233;cessite donc de mettre au jour &#171; le n&#339;ud des d&#233;terminations qui se contrarient et se composent pour produire une puissance d'agir capable de l'accomplir &#187; (&#8230;) de &#171; comprendre la logique des affects &#224; l'&#339;uvre &#187; (p. 63).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que sont donc ces affects ? Ce sont &#171; l'ensemble des modifications physiques et mentales qui ont un impact sur le d&#233;sir de chacun en augmentant ou en diminuant sa capacit&#233; d'agir &#187; (p. 64) Ou encore, &#171; tout ce qui nous touche, nous meut et nous &#233;meut &#187; (p. 64). &#171; Quel que soit leur sentiment de solitude, les individus ne sont pas des substances existant par elles-m&#234;mes ou des monades sans porte ni fen&#234;tre, mais des &#234;tres de relation perp&#233;tuellement affect&#233;s par des causes ext&#233;rieures qui les modifient et qu'ils modifient au gr&#233; des rencontres &#187; (p. 65). Or &#171; un affect ne peut &#234;tre contrari&#233; ni supprim&#233; que par un affect contraire et plus fort &#187; (p.64). &#171; Avant de prendre la forme d'un choix conscient et assum&#233;, le surgissement d'un d&#233;sir souverain est le r&#233;sultat d'un travail souterrain &#187; (p. 65). Ce surgissement peut &#234;tre provoqu&#233; par une &#171; rencontre amicale ou amoureuse entre deux &#234;tres de classes diff&#233;rentes, qui s'accompagne d'une refonte de l'identit&#233; par une ouverture &#224; une alt&#233;rit&#233; que l'on d&#233;sire faire sienne et int&#233;grer &#187; (p. 66). Au-del&#224; &#171; c'est toute une &#233;conomie des forces qu'il s'agit de penser &#224; travers chaque parcours singulier &#187; (p. 69). Le ressentiment, la haine et la rage contre l'humiliation, une souffrance sociale et familiale peuvent jouer ce r&#244;le : &#171; la souffrance na&#238;t d'une distance et d'une interrogation critique qui emp&#234;chent l'adh&#233;sion au milieu ambiant et le remettent en cause &#187; (p. 72). &#171; Celui qui se sent parfaitement heureux et adapt&#233; &#224; son milieu ne d&#233;sire pas forc&#233;ment le quitter et il est plus difficilement ouvert aux rencontres amicales ou amoureuses qui pourraient bouleverser son existence &#187; (p. 73).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malaise peut &#234;tre dans l'appartenance &#224; la classe mais aussi dans la race, le sexe, le genre, la famille et la non reproduction peut, certes, &#234;tre mise au compte de l'individu qui s'&#233;loigne de son milieu, mais &#233;galement au compte du milieu qui &#233;loigne l'individu. Il faut donc penser ce mouvement comme double, comme &#171; importation d'un mod&#232;le alternatif dans le milieu ambiant et comme exportation dans un milieu &#233;tranger d'un individu qui n'a pas sa place dans le milieu d'origine &#187; (p. 77). La question de la place dans la famille est donc centrale. &#171; Quiconque n'a pas sa place est condamn&#233; &#224; &#234;tre d&#233;plac&#233; &#187; (p.79).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un individu souffre, c'est aussi tout le corps social et familial qui est malade et qui cherche une issue de secours &#224; travers lui. La non-reproduction n'est donc jamais une simple aventure individuelle, elle est une expulsion ou une propulsion par le milieu, et elle est donc &#224; comprendre &#224; partir des parcours et des frustrations des parents : &#171; Plus ou moins &#224; son insu l'enfant est la voix(e) des d&#233;sirs frustr&#233;s de ses parents &#187; (p. 84) &#171; Comprendre la non-reproduction ce n'est donc pas penser une trajectoire solitaire mais solidaire d'un milieu familial ou social qui d'une certaine mani&#232;re la provoque ou l'autorise &#187; (p. 87) :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; La non-reproduction n'est donc pas un ph&#233;nom&#232;ne individuel mais trans-individuel ; elle ne peut &#234;tre comprise si l'on con&#231;oit s&#233;par&#233;ment les d&#233;terminations &#233;conomiques, sociologiques, familiales et affectives &#224; l'&#339;uvre dans l'histoire de chacun (&#8230;) La non-reproduction mobilise une pens&#233;e combinatoire, une pens&#233;e du concours et de la connexion, et requiert l'analyse d'un r&#233;seau ou d'un faisceau causal &#187; (p. 96). Le mot &#171; complexion &#187; d&#233;signe un &#171; assemblage complexe et singulier de d&#233;terminations physiques et mentale li&#233;es entre elles &#187;, de &#171; cha&#238;nes de d&#233;terminations qui se nouent pour former la trame d'une vie singuli&#232;re &#187; (p. 102)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La seconde partie du livre &lt;/strong&gt; est consacr&#233;e &#224; l'analyse de la &#171; complexion des transclasses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La complexion comprend l'ensemble des donn&#233;es qui rel&#232;vent de l'esprit seul, du corps seul, et &#233;galement de celles qui mettent en jeu leur union (&#8230;) elle permet de ressaisir sous l'unit&#233; d'une seule et m&#234;me nature l'assemblage des d&#233;terminations physiques, mentales et psychophysiques &#187; (p. 104) Cette unit&#233; n'allant pas de soi, que devient la pertinence de la notion d'identit&#233; du moi ? On ne sera pas surpris que C. Jaquet propose de sortir d'une conception classique de l'identit&#233; comme noyau immuable r&#233;sistant au changement, puisque les transclassess &#171; se caract&#233;risent plut&#244;t par un processus de d&#233;sidentification, de d&#233;prise, qui les arrache &#224; leur famille et &#224; leur classe &#187; (p. 107). D'o&#249;, d'ailleurs, les limites d'un concept comme celui, fort en vogue, de &#171; reconnaissance &#187;, puisqu'il pr&#233;suppose l'existence d'une identit&#233; ni&#233;e qu'il s'agit de faire triompher et qui risque d'enfermer dans des d&#233;terminations fixes et abstraites, qui seraient, par d&#233;finition, &#171; reconnaissables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le transclasses radicalise l'exp&#233;rience commune, celle de l'inconsistance du moi et de l'inconstance de ses qualit&#233;s. Simplement, s'il a plus &#171; l'air emprunt&#233; &#187; que d'autres, c'est qu'il endosse davantage que d'autres des qualit&#233;s d'emprunt. Le concept de complexion permet de penser le tressage des d&#233;terminations en lien avec les milieux de d&#233;part et d'arriv&#233;e. Ce qui diff&#233;rencie le transclasses de ses cong&#233;n&#232;res ce n'est pas tant l'absence d'un moi substantiel ou d'une identit&#233; v&#233;ritable, que l'exp&#233;rience d'un changement radical d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le lien natif ne peut jamais &#234;tre totalement rompu, comme on le voit quand la mort des parents r&#233;veille des traces qui &#233;taient en sommeil. Le transfuge est souvent cliv&#233;, mais le clivage n'est pas la seule forme de partage, &#171; la bigarrure peut s'afficher comme posture, le brouillage comme image, la mixit&#233; comme qualit&#233;. Le processus n'est pas la succession lin&#233;aire de phases, elles se recouvrent, se d&#233;veloppent corr&#233;lativement et s'entretiennent mutuellement &#187; (p. 139).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objectivement, et qu'elle qu'en soit la forme subjective, le transclasses fait l'&#233;preuve de la double distance, par rapport au milieu d'origine et &#224; celui d'arriv&#233;e, il &#171; appara&#238;t comme un immigr&#233; de l'int&#233;rieur &#187; (p.140). Il se retrouve dans une posture incommode de non co&#239;ncidence avec son r&#244;le social ; mais c'est une posture qui offre de pr&#233;cieuses possibilit&#233;s de recul et de distance critique, comme le montrent l'acuit&#233; des t&#233;moignages ou des recherches qu'ils peuvent produire sur le monde social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subjectivement le transclasses fait l'exp&#233;rience de la lutte des classes en lui, il est pour ainsi dire son propre ennemi. L'intellectuel d'origine populaire parle souvent au nom et &#224; la place d'un peuple dont il pense &#234;tre rest&#233; proche. Il oscille entre affects contradictoires, faits de honte et de fiert&#233; par rapport &#224; ses origines. La s&#233;paration totale d'avec ses origines est illusoire : le lien subsiste ne serait-ce que sous forme du sentiment de culpabilit&#233;, car il doit souvent sa r&#233;ussite sociale au moins en partie au sacrifice de sa famille. La m&#234;me ambivalence qu'&#224; l'endroit de son milieu d'origine se retrouve &#224; l'endroit du milieu d'arriv&#233;e. Bref, si le recensement de toutes les formes de contrari&#233;t&#233; inh&#233;rentes &#224; la complexion des transclasses est une t&#226;che vaine, il y a des facteurs communs de tension n&#233;s de l'entre-deux, notamment ceux qui nourrissent le sentiment de honte sociale. Comme le montre l'exp&#233;rience de Camus d&#233;couvrant que sa m&#232;re doit &#234;tre d&#233;clar&#233;e &#171; domestique &#187; dans un questionnaire qu'il doit remplir, il s'agit de &#171; honte et de honte d'avoir honte &#187; (p. 164), car il se m&#233;prise d'ent&#233;riner ce jugement social. Cette honte peut conduire &#224; la dissimulation et &#224; la simulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La posture de l'entre-deux peut &#234;tre si douloureuse qu'elle peut faire regretter le passage vers la nouvelle identit&#233;, elle peut conduire &#224; se sentir si &#233;tranger &#224; soi-m&#234;me que l'on plonge dans la d&#233;pression, voire que l'on d&#233;sire en mourir. Chantal Jaquet s'appuie sur le cas de Jules Michelet pour montrer la n&#233;cessit&#233;, pour le transclasses, de forger des mythologies afin de tisser une nouvelle complexion qui permette de vaincre la honte de soi-m&#234;me, d'&#234;tre fier de soi pour oser relever la t&#234;te : un affect ne pouvant &#234;tre vaincu que par un autre plus puissant, une grande honte ne peut &#234;tre chass&#233;e que par une grande fiert&#233;. On rencontre ici l'effort pour inverser le stigmate, avec par exemple la &#171; fiert&#233; homosexuelle &#187; ou la &#171; fiert&#233; noire &#187;. Il s'agit pour le transclasses de se r&#233;approprier le pass&#233;, d'accepter ses origines, de les reconfigurer afin qu'elles apparaissent non plus comme des marques d'infamie, mais comme moment historique de constitution de soi, de revendiquer son origine comme un titre de gloire. Mais la fiert&#233; de la r&#233;ussite peut aussi se transformer en qu&#234;te effr&#233;n&#233;e de reconnaissance, en d&#233;sir illimit&#233; de gagner ou de prouver sa l&#233;gitimit&#233; par l'accumulation de richesses, de culture, de pouvoir ou d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour pouvoir &#234;tre lui-m&#234;me &#224; travers l'autre le transclasses n'a d'autre alternative que de transformer ce qui l'&#233;crase en levier, de prendre appui sur les tensions en rongeant le frein de la culpabilit&#233; pour qu'il devienne moteur &#187; (p. 206). C'est, par exemple, le r&#244;le de l'&#233;criture chez Annie Ernaux, laquelle admet que la culpabilit&#233; est &#171; d&#233;finitive &#187; mais qu'elle est en m&#234;me temps &#224; la base de son &#233;criture, et que l'&#233;criture est ce qui l'en lib&#232;re le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme du livre, l'auteure voit dans les transclasses &#171; la preuve en acte de l'existence d'une mobilit&#233; et d'une plasticit&#233; des &#234;tres, y compris dans les conditions les plus d&#233;favorables, qui contredit les visions essentialiste comme existentialiste de l'homme &#187; (p. 219). Cette &#171; pens&#233;e de la complexion ressaisit l'ensemble des d&#233;terminations communes et singuli&#232;res qui se nouent dans un individu, &#224; travers son existence v&#233;cue, ses rencontres, &#224; la crois&#233;e de son histoire intime et de l'histoire collective &#187; (p.219-220). Elle ne r&#233;cuse pas les &#171; habitus sociaux, elle les inclut dans une combinatoire plus vaste et plus complexe ou l'enfance, l'histoire familiale, la place dans la fratrie, l'orientation sexuelle, la vie affective, les relations amicales et amoureuses, sont int&#233;gr&#233;es dans l'examen de la trajectoire &#187; (p. 220). L'affect y joue un r&#244;le d&#233;cisif, cependant il n'est pas vu comme le contraire du social, mais &#171; le social par exemple &#187; selon la formule de Spinoza, et il s'ins&#232;re dans un d&#233;terminisme du lien interactif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En analysant des cas singuliers, on r&#233;alise que ce qui est contrainte dans certaines conditions peut devenir ressource dans d'autres. Etre une fille de milieu populaire n'est pas n&#233;cessairement un handicap, car les gar&#231;ons sont souvent pi&#233;g&#233;s dans leur rapport &#224; l'&#233;cole par la norme de virilit&#233;. Ce qui est aussi un plaidoyer pour la pluralit&#233;, l'irr&#233;ductibilit&#233; et la non hi&#233;rarchie des luttes contre les diff&#233;rentes formes de domination, l'objectif n'&#233;tant pas de franchir solitairement les barri&#232;res de classe mais de les abolir pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage de Chantal Jaquet est donc tr&#232;s stimulant. Il passionnera tous les sociologues qui, travaillant sur des r&#233;cits et/ou parcours de vie, en particulier sur les parcours qui s'&#233;cartent du probable ou du normal, s'efforcent d'en rendre raison avec les outils des sciences sociales. Au-del&#224;, il int&#233;ressera tous ceux qui pensent que ceux qui ont chang&#233; de monde peuvent nous aider &#224; penser comment changer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On invitera simplement &#224; construire des ponts entre la belle contribution de cette philosophe et celles des sociologues qui se sont aventur&#233;s le plus loin sur le m&#234;me chemin. On pense aux travaux de Bernard Lahire, qui sont cit&#233;s. Mais aussi &#224; bien d'autres, parmi lesquels il faut rappeler ceux de Jean-Pierre Terrail, qui a montr&#233; la f&#233;condit&#233; de la d&#233;marche id&#233;ale-typique &#224; propos de la r&#233;ussite scolaire des enfants d'ouvriers. Il en a en effet mis au jour des modalit&#233;s diff&#233;renci&#233;es et typiques, elles-m&#234;mes adoss&#233;es &#224; des formes typiques de mobilisations parentales : mobilisation &#171; individualiste &#187; pour sortir de la classe marqu&#233;e par l'&#233;thique chr&#233;tienne ; mobilisation au nom de valeurs &#233;thiques et politiques critiques soutenue par la frustration scolaire d'au moins un des parents ; mobilisations selon des logiques plus h&#233;t&#233;rog&#232;nes mais passant toujours par une tr&#232;s forte autod&#233;termination de l'enfant. Ce qui se joue en termes de dynamiques des affects au sein d'une histoire singuli&#232;re inscrite elle-m&#234;me dans une constellation socio-familiale singuli&#232;re est sans doute rarement accessible &#224; l'aide des entretiens biographiques inscrits dans une enqu&#234;te sociologique classique &#8211; d'o&#249; le caract&#232;re irrempla&#231;able des sources litt&#233;raires et des r&#233;cits auto-socio-biographiques, ou encore des monographies ethnographiques approfondies de groupes familiaux. Reste qu'il y a sans doute encore beaucoup &#224; faire pour d&#233;couvrir des processus sociaux typiques qui &#233;largissent le champ des possibles offerts aux sujets sociaux au-del&#224; du champ des probables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi les r&#233;f&#233;rences litt&#233;raires mobilis&#233;es par l'auteure : Ernaux Annie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rose-Marie Lagrave, &lt;i&gt;Se ressaisir. Enqu&#234;te autobiographique d'une transfuge de classe f&#233;ministe&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Coll. &#171; L'envers des faits &#187;, 2021.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un grand livre de sociologie. Inscrit dans la lign&#233;e d'autres r&#233;cits biographiques de &#171; transfuges &#187; de classe &#8211; ou &#171; transclasses &#187; &#8211;, tels ceux des sociologues Richard Hoggart ou Didier &#201;ribon, et ceux d'&#233;crivains, tels Annie Ernaux ou Edouard Louis &#8211; il rel&#232;ve le d&#233;fi d'une vis&#233;e sans &#233;quivalent d'articulation des versants objectifs et subjectifs de tels parcours. Car c'est bien d'enqu&#234;te qu'il s'agit. Rose-Marie Lagrave s'est fix&#233; pour but d'aller le plus loin possible dans l'objectivation de son propre parcours de vie. Elle a utilis&#233; des archives familiales ou publiques, et des entretiens r&#233;alis&#233;s aupr&#232;s des membres vivants de sa famille &#8211; s&#339;urs et fr&#232;res, enfants &#8211;, ainsi que de nombreux autres t&#233;moins et acteurs de sa trajectoire. Par exemple, pour comprendre quels &#233;taient les modes d'engagement dans le travail p&#233;dagogique des institutrices et instituteurs qui, au d&#233;but des ann&#233;es 1950, l'ont aid&#233;e &#224; franchir un premier seuil, celui du Certificat d'&#201;tudes Primaires (CEP) et de la r&#233;ussite au concours d'entr&#233;e au lyc&#233;e, elle n'a h&#233;sit&#233; ni &#224; fouiller les archives du rectorat, ni &#224; interviewer les enfants de ces instituteurs pour approcher le rapport que leurs parents entretenaient avec leur m&#233;tier. Le croisement de ces multiples sources permet de v&#233;rifier la validit&#233; des faits rapport&#233;s, et la vaste culture historique et sociologique de l'auteure alimente une contextualisation tr&#232;s fine de la dynamique des univers sociaux travers&#233;s. Au travers du son histoire propre &#8211; elle est n&#233;e en 1944 - c'est toute une s&#233;quence historique de la France contemporaine qui est restitu&#233;e et interpr&#233;t&#233;e de mani&#232;re tr&#232;s vivante. Rarement l'intrication du social-collectif et du social-singulier aura &#233;t&#233; mise au jour avec autant de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche exigeante accompagne deux contributions originales. La premi&#232;re est la dimension genr&#233;e de ce parcours singulier : ce nouvel &#233;clairage de la dimension sexu&#233;e de toute trajectoire de transclasses montre, du m&#234;me coup, comment elle est occult&#233;e dans les r&#233;cits &#233;crits au masculin. La seconde est le r&#244;le jou&#233; par la rencontre de l'auteure avec le mouvement f&#233;ministe de l'apr&#232;s 68. Cette rencontre est d'autant plus marquante qu'elle int&#233;resse une jeune femme au profil social tr&#232;s &#233;loign&#233; des animatrices du MLF. Issue d'un milieu tr&#232;s modeste, elle est alors d&#233;j&#224; mari&#233;e et m&#232;re de deux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi d'autres apports &#224; la litt&#233;rature sur les transfuges de classe, on trouve la capacit&#233; &#224; mettre &#224; distance la &#171; honte sociale &#187;, ainsi que la revendication d'un &#171; habitus &#187; non cliv&#233;. Or ces deux traits saillants se diff&#233;rencient de ce qui est au c&#339;ur de l'exp&#233;rience v&#233;cue par d'autres transclasses. Ajoutons l'&#233;clairage port&#233; sur l'empreinte de la religion sur le cours d'une vie, ou encore sur les rapports de domination qui font la vie quotidienne d'une institution &#233;litiste comme l'&#201;cole des Hautes &#201;tudes en Sciences Sociales. Rose-Marie Lagrave l'a en effet rejointe dans les ann&#233;es 1970, mais en y entrant par la porte minuscule d'un emploi de &#171; vacataire &#187;, puis en tant que &#171; cheffe de travaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Servi par une grande qualit&#233; d'&#233;criture, le texte, &#233;crit &#224; la premi&#232;re personne, est empreint d'une grande modestie de ton, d'autant plus remarquable que le parcours de l'auteure est objectivement et statistiquement exceptionnel. Il d&#233;livre un message th&#233;orique et politique central, qui se veut d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; contre-courant de l'air du temps : le m&#233;rite personnel n'existe pas (&#171; je me d&#233;clare non m&#233;ritante &#187;) ; la &#171; volont&#233; de s'en sortir &#187; est toujours construite socialement au travers de ressources h&#233;rit&#233;es ; et une telle volont&#233; doit encore rencontrer une s&#233;rie d'opportunit&#233;s pour &#234;tre entretenue et se traduire en &#171; r&#233;ussite sociale &#187; Pour son cas, Rose-Marie Lagrave insiste sur le processus de d&#233;mocratisation de l'&#233;cole et de l'universit&#233;, sur le r&#244;le jou&#233; par &#171; l'&#201;tat-providence &#187; au travers des bourses et autres aides sociales &#8211; elle d&#233;fend avec v&#233;h&#233;mence ce qui est souvent d&#233;nonc&#233; aujourd'hui comme de l'&#171; assistanat &#187; &#8211; bref, par des dites &#171; Trente Glorieuses &#187;. Si la pens&#233;e de Pierre Bourdieu inspire l'auteure, c'est dans une proximit&#233; critique qui s'&#233;carte du fatalisme de la reproduction sociale. Cette derni&#232;re n'est pas in&#233;luctable, &#171; aucun sort n'est jet&#233; &#224; l'avance &#187;. Pour autant, &#171; il faut lutter collectivement pour abolir la domination masculine et de classes, de sorte qu'on n'aurait pas &#224; passer d'une classe &#224; l'autre &#187; (p. 390).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une maladie du p&#232;re qui brise l'ascension sociale de la &#171; famille nombreuse &#187; (chapitre un) dont l'auteure est issue, provoquant un d&#233;classement &#233;conomique et une rel&#233;gation territoriale. L'employ&#233; &#224; la carri&#232;re prometteuse perd son travail, ne touche plus que l'allocation d&#233;di&#233;e aux adultes handicap&#233;s, et la famille d&#233;m&#233;nage de la r&#233;gion parisienne vers une petite commune rurale normande. Avec onze enfants, dont un handicap&#233;, une m&#232;re non dipl&#244;m&#233;e et accapar&#233;e par les enfants, ce sont les aides sociales qui sont les seules entr&#233;es financi&#232;res r&#233;guli&#232;res, six fois inf&#233;rieures au salaire moyen de l'&#233;poque. Cette grande pauvret&#233; est en partie contenue par le recours &#224; l'autoconsommation permise par un potager, un poulailler, un cochon et deux ou trois vaches laiti&#232;res. Si la plupart des villageois&#8211; petits agriculteurs, ouvriers travaillants dans les fermes ou dans la fromagerie locale - sont &#233;galement pauvres, R.-M. Lagrave pr&#233;cise : &#171; je ne me suis jamais sentie pauvre durant le temps de l'&#233;cole primaire &#187; (p. 55). Plus important encore, ce d&#233;classement social est masqu&#233; aux yeux de la population locale, par le fait que la famille poss&#232;de une &#171; propri&#233;t&#233; &#187; et par le capital culturel d'un p&#232;re ayant b&#233;n&#233;fici&#233; d'un passage par le petit s&#233;minaire : l'&#233;ducation est donc ce qui permet de se distinguer des autres familles. Les livres et la lecture sont omnipr&#233;sents. L'&#233;ducation est tr&#232;s stricte, les enfants sont &#171; &#233;lev&#233;s &#224; la dure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#171; catholicisme panoptique &#187; (chapitre deux) r&#233;git en effet la vie familiale. La parent&#232;le est domin&#233;e par la figure tut&#233;laire d'un oncle paternel, pr&#234;tre. Il sera un pr&#233;cieux atout en aidant la famille lors des passes &#233;conomiques difficiles. La m&#232;re est une &#171; enfant de Marie &#187;, &#171; soumise aux dictats de son &#233;poux &#187;. C'est un catholicisme conservateur qui sert de &#171; boussole morale et &#233;ducative &#187; aux parents. Pour Rose-Marie, il se m&#233;tamorphosera un peu plus tard en &#171; catholicisme de gauche &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'&#233;cole ne sera pas un camp de redressement, c'est d&#233;j&#224; fait &#187;. Mais elle offrira une vraie &#171; clef des champs &#187; (chapitre trois). Il s'agit du &#171; premier marchepied d'o&#249; l'on pouvait entrevoir, encore flout&#233;, un possible acc&#232;s &#224; d'autres mondes sociaux &#187; (p. 109). La socialisation familiale se transpose dans l'espace scolaire par une &#171; facilit&#233; d&#233;concertante &#187; des apprentissages, un plaisir d'acqu&#233;rir des connaissances comme &#171; d&#233;rivatif vis-&#224;-vis de l'atmosph&#232;re plomb&#233;e de la maison. L'ordonnancement et l'&#233;ventail des savoirs scolaires venaient compl&#233;ter et r&#233;-ouvrir la culture familiale et en fin de compte lui donner sens (p. 118-119) &#187;. Il s'op&#232;re alors une adh&#233;sion non critique au savoir dont, avec le recul, l'auteure mesure &#224; quel point il &#233;tait marqu&#233; par le sexisme, le racisme et le colonialisme. Enqu&#234;tant sur qui &#233;taient ses &#171; premiers passeurs &#187;, en mobilisant par exemple les rapports des inspecteurs au sujet de ses instituteurs et institutrices, l'auteure d&#233;construit le mythe des &#171; hussards noirs de la r&#233;publique &#187;. Leur &#171; vocation &#187; ne pr&#233;c&#233;dait pas, mais r&#233;sultait de leur exp&#233;rience professionnelle. Elle restitue, de mani&#232;re vivante et &#233;loquente, les r&#233;alit&#233;s de l'&#233;cole primaire des ann&#233;es 1950, comme la mixit&#233; de la classe, qui n'att&#233;nuait aucunement la sexuation des activit&#233;s et des apprentissages &#8211; pour les filles, les exercices de couture, la fabrication de petits objets pour les gar&#231;ons &#8211;, ou encore l'ampleur des abandons avant le CEP. La plupart des &#233;l&#232;ves quittent l'&#233;cole pour le travail d&#232;s l'&#226;ge de douze ans. Rares sont donc ceux pr&#233;sent&#233;s au CEP. Plus rares encore ceux sont accompagn&#233;s vers le concours d'entr&#233;e au Lyc&#233;e. Ce sera pourtant le cas, outre de Rose-Marie, de six de ses s&#339;urs et fr&#232;res. &#171; Ne pas d&#233;cevoir &#187; son instituteur, qui investit en elle au point de l'accompagner en automobile au concours et de lui offrir le restaurant, telle est l'une des motivations qui permet &#224; l'auteure de franchir ce premier seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Passer le gu&#233; &#187; du cycle secondaire (chapitre quatre) sera une toute autre affaire. Car, avec le lyc&#233;e et l'internat f&#233;minins, Rose-Marie d&#233;couvre la honte sociale associ&#233;e &#224; la &#171; vision fulgurante et durable des in&#233;galit&#233;s mat&#233;rielles que je ne savais pas encore expliquer par le concept de classes sociales &#187; (p. 159). Les apprentissages deviennent difficiles. Pourtant, elle est en classe terminale et r&#233;ussira le baccalaur&#233;at, comme plusieurs autres membres de sa fratrie. Elle voit quatre explications &#224; cette r&#233;ussite : &#234;tre dans &#171; un lyc&#233;e d'une tenue et d'un niveau p&#233;dagogique remarquables &#187; et &#171; dont la r&#233;putation devait alors beaucoup &#224; l'intelligence et &#224; la rigueur de sa directrice, qui tenait son lyc&#233;e d'une main de cheffe d'orchestre &#187; (p. 153) ; la pr&#233;sence d'une poign&#233;e d'enseignants qui seront des &#171; alli&#233;s d'ascension &#187; ; le statut de boursi&#232;re ; et, &#171; contre toute pr&#233;diction &#187;, le r&#244;le favorable du nombre d'enfants de la famille, puisque les s&#339;urs a&#238;n&#233;es ouvrent la voie, r&#233;assurent et conseillent. En tant que fille, Rose-Marie ne d&#233;tient pas l'arme de la r&#233;bellion contre l'ordre scolaire, privil&#232;ge masculin. Au contraire, la docilit&#233; issue de son &#233;ducation familiale et religieuse est renforc&#233;e par l'anxi&#233;t&#233; de ne pas r&#233;ussir. Sa r&#233;sistance prend alors la forme d'une &#171; carapace de romantique d&#233;sesp&#233;r&#233;e au-dessus des tracas mat&#233;riels &#187; (p. 163), d'une pratique intensive de la lecture, des amiti&#233;s privil&#233;gi&#233;es avec &#171; des filles proches ou diam&#233;tralement oppos&#233;es &#224; ma condition sociale &#187; (p. 164). Si l'auteure n'avance pas cette interpr&#233;tation, on peut se demander si une certaine &#171; sororit&#233; &#187; de fait, pr&#233;c&#233;dant son engagement f&#233;ministe ult&#233;rieur, n'a pas jou&#233; un r&#244;le de soutien dans sa dynamique d'&#233;mancipation par les &#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me fronti&#232;re franchie sera celle qui va &#171; De la Sorbonne aux Hautes &#201;tudes &#187; (chapitre quatre), restitu&#233;e comme une course d'obstacles, dont rien ne pr&#233;d&#233;terminait le &#171; succ&#232;s &#187; final : l'auteure ach&#232;vera sa carri&#232;re universitaire comme Directrice d'&#233;tudes &#224; l'EHESS. Avec comme seul revenu une bourse vers&#233;e tardivement dans l'ann&#233;e universitaire, il lui faut d'abord travailler tout en &#233;tudiant. Venue d'un lyc&#233;e de province, elle ignorait l'existence de l'IPES (Institut de pr&#233;paration aux enseignements de second degr&#233;), ce dispositif r&#233;mun&#233;rant des &#233;tudiants qui pr&#233;parent le concours du professorat. C'est alors &#171; une vie de chien &#187;, avec le &#171; grand &#233;cart &#187; quotidien entre le monde ouvrier d'une petite fabrique de bijoux &#8211; dans laquelle elle vit l'ambivalence entre la chaleur humaine populaire et l'exploitation &#8211; et le monde universitaire auquel il lui est difficile de s'acclimater. &#171; La fiert&#233; d'avoir int&#233;gr&#233; cette institution &#233;tait troubl&#233;e par la morgue des normaliens et anciens Kh&#226;gneux et par le m&#233;pris avec lequel les besogneux ip&#233;siens &#233;taient consid&#233;r&#233;s &#187; (p. 216). Mais cette s&#233;quence biographique est aussi celle d'une &#171; formation autodidacte au go&#251;t &#187;, avec la d&#233;couverte enchant&#233;e des lieux de culture. Apr&#232;s l'ann&#233;e de &#171; prop&#233;deutique &#187;, c'est sans surprise qu'elle s'oriente vers la sociologie et non la philosophie : ce sont les propos tenus par R. Aron lors d'une conf&#233;rence qui &#171; ont mis en lumi&#232;re la dissonance que j'&#233;prouvais entre l'apesanteur sociale de la philosophie et ma condition de salari&#233;e clou&#233;e &#224; l'&#233;tabli &#187; (p. 214). Elle rend alors hommage au &#171; G&#233;sup &#187;, ce groupement syndical affili&#233; &#224; l'UNEF, &#224; la fois corporatif et tr&#232;s politis&#233;, qui aide les &#233;tudiants en sociologie qui sont salari&#233;s : acc&#232;s aux cours ron&#233;ot&#233;s, action pour un versement plus pr&#233;coce des bourses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Jean-Claude Passeron qui la fait acc&#233;der &#224; &#171; la compr&#233;hension lumineuse de la puissance explicative de la sociologie &#187; (p. 220). Au prix d'un bachotage intense et sous la menace de la suppression de la bourse en cas d'&#233;chec, elle r&#233;ussit les cinq certificats composant la licence. C'est la premi&#232;re fois que son p&#232;re lui exprime sa fiert&#233;, lui qui a longtemps d&#233;pr&#233;ci&#233; les succ&#232;s scolaires de ses enfants, jugeant qu' &#171; au pays des aveugles, les sourds sont rois &#187;. &#192; la suite d'une &#171; ma&#238;trise si peu ma&#238;tris&#233;e &#187;, portant sur la &#171; condition des femmes alg&#233;riennes &#187;, dirig&#233;e par G. Balandier, l'inscription en doctorat se fait presque en &#171; continuit&#233; quasi-m&#233;canique de la r&#233;ussite aux examens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Rose-Marie Lagrave est d&#233;j&#224; mari&#233;e et m&#232;re de deux enfants. Son projet de recherche sur les femmes alg&#233;riennes est jug&#233; peu r&#233;aliste. Elle est donc orient&#233;e vers un sp&#233;cialiste de sociologie rurale, Paul Rambaud, directeur du Centre de Sociologie Rurale de l'EHESS. Or c'est un pr&#234;tre et fils de petit paysan &#8211; ce qu'elle ignorait totalement &#224; l'&#233;poque &#8211; et la ressemblance entre leurs parcours et habitus de classe est plus manifeste avec le recul de l'auto-analyse. Peu de temps apr&#232;s, un &#171; accident biographique &#187; intervient : Rose-Marie se s&#233;pare de son mari. Cela aurait pu la conduire &#224; interrompre son doctorat, voire provoquer son d&#233;classement social. Paradoxalement, ce fut son &#171; salut &#187; : m&#233;connaissant les codes de cooptation du monde acad&#233;mique, elle demande &#171; avec aplomb &#187; &#171; un travail &#187; au directeur du centre&#8230; qui lui proposera un emploi de vacataire. C'est donc la &#171; transgression des r&#232;gles de biens&#233;ance acad&#233;mique &#187; qui lui ouvrira une &#171; fen&#234;tre d'opportunit&#233;s inesp&#233;r&#233;es. &#187; (p. 233). Restait &#224; mener &#224; bien le doctorat : &#171; je ne sais m&#234;me pas comment je suis parvenue &#224; soutenir mon doctorat. Avec un travail &#224; temps plein et deux enfants, toutes mes heures creuses &#233;taient consacr&#233;es &#224; la th&#232;se, de sorte que j'ai mis 9 ans &#224; la boucler &#187; (p. 232).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de cette entr&#233;e par la &#171; porte d&#233;rob&#233;e &#187;, le &#171; journal d'une oblate &#187; (chapitre 6) relate un cheminement de lente acclimatation aux codes de l'institution et de r&#233;orientation des objets de recherche qui conduira finalement Rose-Marie, et &#171; contre toute attente &#187;, au poste de Directrice d'&#201;tudes. Empruntant cette notion d'&#171; oblate &#187; &#224; Pierre Bourdieu &#8211; elle d&#233;signe le profil de celles et ceux qui, &#224; l'image des pr&#234;tres, doivent tout &#224; l'institution qui les forme et les promeut et qui, en retour, se d&#233;vouent corps et &#226;me &#224; l'institution - l'auteure met l'accent sur &#171; les bifurcations, les soutiens collectifs, les engagements institutionnels, les sollicitations impromptues &#187; de ce cheminement. &#171; Travailleuse acharn&#233;e &#187;, mais jamais &#171; brillante &#187; compte tenu de son handicap social, elle se rapproche de Pierre Bourdieu et du Centre de Sociologie Europ&#233;enne. Reconnaissant sa dette &#224; son endroit, se &#171; r&#233;clamant de sa filiation sans y &#234;tre totalement affili&#233;e &#187; (p. 248), elle pr&#233;cise : &#171; la puissance lib&#233;ratrice de l'&#339;uvre de Bourdieu n'a pas cess&#233; d'&#234;tre ma boussole pour m'orienter dans le monde acad&#233;mique et le monde social. Je n'ai pas int&#233;gr&#233; son centre, mais j'ai pers&#233;v&#233;r&#233; dans mon &#234;tre en empruntant son chemin &#187; (p. 249). Sa proximit&#233; critique sera aliment&#233;e plus tard par son engagement f&#233;ministe, en t&#233;moigne sa discussion sans concession de &#171; la domination masculine &#187;. C'est &#224; la suite de sa cooptation au service des relations internationales de l'&#233;tablissement, et au travers de son engagement dans la promotion de l'institution dans les pays anciennement communistes d'Europe, qu'elle sera promue Directrice d'&#201;tudes. Renon&#231;ant &#224; se &#171; vouloir l&#233;gitime, non sans d&#233;chirement mais au moins sans honte &#187; (p. 268), elle adopte cette &#171; voie alternative &#187; de carri&#232;re acad&#233;mique. &#171; Je suis une oblate, mais une oblate critique &#187; (p. 269).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'un &#171; f&#233;minisme d'exp&#233;rience &#187; (chapitre sept) qu'elle se revendique. &#192; l'inverse du chemin suivi par Didier Eribon, chez qui l'exp&#233;rience de la discrimination li&#233;e &#224; son homosexualit&#233; pr&#233;c&#232;de celle de la domination de classe, Rose-Marie Lagrave reste longtemps dans le d&#233;ni de la domination de sexe. C'est la conjonction entre exp&#233;riences intimes et d&#233;couverte d'une injustice collective et politique qui provoque son engagement f&#233;ministe, lequel l'a aid&#233;e &#224; se d&#233;tacher de la honte de soi et de la honte sociale. Mal &#224; l'aise avec le discours dominant au MLF, d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'exp&#233;rience des femmes mari&#233;es et m&#232;res de famille, elle participe &#224; la mise en place d'un groupe de paroles sp&#233;cifique et montre les implications durables de ce f&#233;minisme &#171; peu ordinaire &#187; dans sa &#171; reconversion f&#233;ministe dans la recherche &#187;, sa lutte contre le conservatisme de l'EHESS et pour la mise en place d'un Master &#171; genre, sexualit&#233; et politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re partie de l'ouvrage pr&#233;sente une r&#233;flexion stimulante sur le passage &#224; la retraite et sur le vieillissement. Elle y mobilise les enseignements du miroir tendu par l'institution et par les proches au terme de son parcours. Elle y prend la mesure de la mani&#232;re dont elle a &#171; incarn&#233; une figure homologue &#224; celle de mes instituteurs &#187; (p. 345). Reprenant les mots de Simone de Beauvoir, elle souhaite lever &#171; le secret honteux de la vieillesse &#187; (p. 349). Elle s'interroge sur les raisons du silence des f&#233;ministes sur la vieillesse, et propose la mise en place de groupes de paroles f&#233;ministes sur la mort. Elle sugg&#232;re aussi de prolonger la revendication &#171; mon corps m'appartient &#187; vers &#171; ma mort m'appartient &#187;, en partageant le combat pour &#171; le droit de mourir dans la dignit&#233; &#187;. Elle propose de d&#233;finir la vieillesse comme &#171; incapacit&#233; &#224; exercer sa libert&#233; et son autonomie &#187;. De ce point de vue, certains sont &#171; vieux &#187; avant la vieillesse. Et il faudrait avoir le droit d'&#234;tre &#171; vieux &#187; &#8211; au sens de vuln&#233;rable, fragile, d&#233;pendant &#8211; &#224; tout moment de sa vie. En finir avec le &#171; traitement social de la vieillesse &#187; serait donc lui substituer un &#171; traitement social de la duret&#233; des rapports sociaux tout au long de la vie &#187; (p. 366). Face &#224; la mort, elle sugg&#232;re enfin que, quand, comme elle-m&#234;me, &#171; on a appris &#224; passer et passer encore on est peut-&#234;tre plus habitu&#233; que d'autres &#224; migrer une fois pour toutes &#187; (p. 372).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le superbe travail de Rose-Marie Lagrave incite &#224; des prolongements. Une confrontation plus syst&#233;matique &#224; d'autres parcours de transfuge de classe serait bienvenue. Elle permettrait de creuser les sources de leur diff&#233;renciation : d'un c&#244;t&#233;, celles qui sont marqu&#233;es par la honte sociale et le clivage entre habitus ; d'un autre c&#244;t&#233;, celles qui ne le sont pas, ou peu. Dans sa conclusion, l'auteure conteste le point de vue de l'historien Michelet, pour qui ce changement de milieu social se traduit par une perte. On peut se demander si la mani&#232;re dont l'individu per&#231;oit, plus n&#233;gativement ou plus positivement, la nature de son attachement/d&#233;tachement par rapport &#224; la culture et aux valeurs de son milieu familial de socialisation, ne joue pas sur ces diff&#233;rences. En tant qu'issue d'une famille catholique conservatrice et d&#233;class&#233;e, pour Rose-Marie Lagrave cette perception semble plus n&#233;gative, plus marqu&#233;e par le manque que d'autres. Ce qui nous ram&#232;ne au d&#233;bat sur le mis&#233;rabilisme et le populisme dans l'approche des classes et cultures populaires/subalternes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me une confrontation plus pouss&#233;e avec l'approche de Chantal Jacquet, &#224; mon sens trop peu cit&#233;e et trop peu mobilis&#233;e, serait passionnante. On sait que cette derni&#232;re a introduit un regard spinoziste sur la question des transclasses, valorisant davantage la dynamique des affects, et proposant de substituer au concept d'habitus celui de &#171; complexion &#187;, d&#233;fini comme ce &#171; qui ressaisit l'ensemble des d&#233;terminations communes et singuli&#232;res qui se nouent dans un individu, &#224; travers son existence v&#233;cue, ses rencontres, &#224; la crois&#233;e de son histoire intime et de l'histoire collective &#187; (p. 219-220). Pourtant, Rose-Marie Lagrave &#233;voque souvent les &#233;motions mobilis&#233;es par son travail autobiographique &#224; l'occasion de certains souvenirs. Resterait peut-&#234;tre &#224; mieux &#233;lucider ce qu'elles indiquent en termes de d&#233;veloppement des capacit&#233;s et des projets au fil de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son livre t&#233;moigne en tous cas, une nouvelle fois, des capacit&#233;s sp&#233;cifiques des transclasses en mati&#232;re de vision critique du social et de r&#233;flexivit&#233; sociologique. Comme le souligne Chantal Jacquet, &#171; objectivement, et qu'elle qu'en soit la forme subjective, les transclasses font l'&#233;preuve de la double distance, par rapport au milieu d'origine et &#224; celui d'arriv&#233;e &#187; et sont un peu des &#171; immigr&#233;s de l'int&#233;rieur &#187;. Le transclasses se retrouve dans une posture incommode de non-co&#239;ncidence avec son r&#244;le social, mais c'est une posture qui offre les pr&#233;cieuses possibilit&#233;s du recul et de la distance critique, comme le montre l'acuit&#233; des t&#233;moignages ou des recherches qu'ils peuvent produire sur le monde social.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Janine Reichstadt, &lt;i&gt;Les transfuges de classe : des exceptions consolantes ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2022, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article340&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article340&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces trois comptes rendus ont &#233;t&#233; pr&#233;alablement publi&#233;s dans La Nouvelle Revue du Travail : &lt;br class='autobr' /&gt;
Paul Bouffartigue, &#171; Du Retour &#224; Reims au Retour des classes sociales &#187;, La nouvelle revue du travail [En ligne], 3 | 2013, mis en ligne le 30 octobre 2013, consult&#233; le 07 ao&#251;t 2021. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/nrt/1231&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/nrt/1231&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/nrt.1231&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/nrt.1231&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul Bouffartigue, &#171; Chantal Jaquet, Les Transclasses ou la non-reproduction, Paris, PUF, 2014, 238 p. &#187;, La nouvelle revue du travail [En ligne], 7 | 2015, mis en ligne le 03 novembre 2015, consult&#233; le 22 septembre 2022. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/nrt/2508&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/nrt/2508&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/nrt.25&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/nrt.25&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul Bouffartigue, &#171; Rose-Marie Lagrave, Se ressaisir. Enqu&#234;te autobiographie d'une transfuge de classe f&#233;ministe &#187;, La nouvelle revue du travail [En ligne], 20 | 2022, mis en ligne le 01 septembre 2022, consult&#233; le 22 septembre 2022. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/nrt/11708&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/nrt/11708&lt;/a&gt; ; DOI : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/nrt.11708&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/nrt.11708&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Place, Une femme, La Honte&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1983, 1987, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Didier Eribon, &lt;i&gt;R&#233;flexion sur la question gay&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Esquisse pour une autoanalyse&lt;/i&gt;, Raisons d'agir, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le savant et le populaire. Mis&#233;rabilisme et populisme en sociologie et en litt&#233;rature&lt;/i&gt;, Seuil,1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Bouffartigue (dir.), &lt;i&gt;Le retour des classes sociales. In&#233;galit&#233;s, dominations, conflits&lt;/i&gt;,La Dispute, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Pin&#231;on et Monique, Pin&#231;on-Charlot, &lt;i&gt;Sociologie de la bourgeoisie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte,2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Schwartz,&lt;i&gt; La notion de &#034;classes populaires&#034;&lt;/i&gt;, Habilitation &#224; Diriger des Recherches en sociologie, Universit&#233; de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De la critique. Pr&#233;cis de sociologie de l'&#233;mancipation&lt;/i&gt;, Gallimard, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Destins ouvriers. La fin d'une classe ?&lt;/i&gt; PUF, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Camille Peugny, &lt;i&gt;Le d&#233;classement&lt;/i&gt;, Grasset, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi les r&#233;f&#233;rences litt&#233;raires mobilis&#233;es par l'auteure :&lt;br class='autobr' /&gt;
Ernaux Annie (1983), &lt;i&gt;La place,&lt;/i&gt; Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ernaux Annie (1987), &lt;i&gt;La honte&lt;/i&gt;, Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Griffin John Howard (1961), &lt;i&gt;Dans la peau d'un noir&lt;/i&gt;, Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
London Jack (2001 ), &lt;i&gt;Martin Eden,&lt;/i&gt; Ph&#233;bus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Stendhal (1999) &lt;i&gt;Le rouge et le noir&lt;/i&gt;, Gallimard,&lt;br class='autobr' /&gt;
Wideman John Edgar (1984) , &lt;i&gt;Suis-je le gardien de mon fr&#232;re&lt;/i&gt;, Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt; Wright Richard (1947), &lt;i&gt;Black boy&lt;/i&gt;, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Enseigner explicitement la lecture et l'&#233;criture</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article339</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article339</guid>
		<dc:date>2021-12-26T10:48:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brice Schobel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'ouvrage de Janine Reichstadt, Enseigner explicitement la lecture et l'&#233;criture, est &#233;dit&#233; par La librairie des &#233;coles, Collection Impact p&#233;dagogique, Paris, 2021, 144 P. (19,90 euros). Cet ouvrage pr&#233;sente une m&#233;thode efficace d'apprentissage de la lecture en classe de CP, &#233;clair&#233;e par les r&#233;cents apports de la recherche. Il s'adresse express&#233;ment aux professeurs des &#233;coles, aux formateurs d'enseignants et aux cadres de l'&#201;ducation Nationale. Comme le pr&#233;cise l'auteure, l'objectif est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/arton339-5db70.png?1790692560' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'ouvrage de Janine Reichstadt, &lt;i&gt;Enseigner explicitement la lecture et l'&#233;criture&lt;/i&gt;, est &#233;dit&#233; par La librairie des &#233;coles, Collection Impact p&#233;dagogique, Paris, 2021, 144 P. (19,90 euros). Cet ouvrage pr&#233;sente une m&#233;thode efficace d'apprentissage de la lecture en classe de CP, &#233;clair&#233;e par les r&#233;cents apports de la recherche. Il s'adresse express&#233;ment aux professeurs des &#233;coles, aux formateurs d'enseignants et aux cadres de l'&#201;ducation Nationale. Comme le pr&#233;cise l'auteure, l'objectif est d'outiller les enseignants pour mener un &#171; enseignement sp&#233;cifique de la lecture, m&#233;thodiquement construit et conduit de fa&#231;on suivie. &#187;( p 8). L'ouvrage constitue une r&#233;f&#233;rence p&#233;dagogique, dans la mesure o&#249; il s'int&#233;resse &#224; l'un des apprentissages les plus exigeants de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et qu'il vient illustrer les principes de mise en &#339;uvre p&#233;dagogique de la m&#233;thode syllabique. Il a une finalit&#233; r&#233;solument pratique et se pr&#233;sente comme une &#171; source d'inspiration pour les professeurs lors de l'&#233;laboration de leurs le&#231;ons au CP &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son organisation est originale puisque les chapitres sont organis&#233;s selon les phases du d&#233;roulement type d'une le&#231;on de lecture : 1. Pr&#233;sentation des graph&#232;mes ; 2. &#201;tude des syllabes ; 3. &#201;tude des mots ; 4. &#201;tude des phrases et des textes. Les apprentissages de la lecture et de l'&#233;criture sont pr&#233;sent&#233;s en &#233;troite corr&#233;lation. Chaque chapitre de l'ouvrage pr&#233;sente en deux temps, les enjeux didactiques sous-jacents (sur quoi se fonder ?) et les pistes de mise en &#339;uvre p&#233;dagogique (que faire en classe ?) d'une phase de la le&#231;on type, pr&#233;sent&#233;es en plusieurs &#233;tapes selon un guidage structur&#233; et progressif. En fin d'ouvrage, plusieurs questions p&#233;dagogiques transversales, appliqu&#233;es &#224; l'apprentissage de la lecture, viennent compl&#233;ter l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 1 intitul&#233; &#171; les premi&#232;res voyelles &#187; examine, dans sa premi&#232;re partie, les enjeux du d&#233;codage et la n&#233;cessit&#233; de partir des graph&#232;mes (transcription &#233;crite de phon&#232;mes) pour construire les le&#231;ons de lecture. Il pose les principes qui fondent une m&#233;thode efficace. En parall&#232;le, ce chapitre pr&#233;sente les enjeux de l'&#233;criture manuscrite selon deux aspects majeurs : l'automatisation du trac&#233; des lettres cursives pour lib&#233;rer la planification de l'&#233;crit et la ma&#238;trise de l'&#233;criture pour mieux apprendre &#224; lire (p.26). La seconde partie de ce chapitre est appliqu&#233;e &#224; la classe. En une dizaine de pages, elle pr&#233;sente un guide de conduite d'une s&#233;ance de lecture-&#233;criture en 10 &#233;tapes, &#224; partir de la d&#233;couverte du graph&#232;me. Des conseils tr&#232;s pr&#233;cis sont apport&#233;s sur l'&#233;criture, de la bonne tenue de l'outil jusqu'aux activit&#233;s de copie et de dict&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 2 s'int&#233;resse aux syllabes. Il consacre sa premi&#232;re partie &#224; l'affirmation de la syllabe dans l'apprentissage de la lecture et d&#233;finit les fondamentaux de la m&#233;thode syllabique (p. 42, 43). En soulignant fortement l'importance de ne travailler qu'un seul graph&#232;me vocalique &#224; la fois, dans une progression en combinatoire. La partie th&#233;orique s'ach&#232;ve sur la notion de cl&#233; universelle que repr&#233;sente la lecture de la syllabe (p. 48). La partie p&#233;dagogique du chapitre d&#233;taille les phases d'une s&#233;ance type de lecture de la syllabe, puis explicite les activit&#233;s d'&#233;criture et d'encodage qui y sont li&#233;es (p.54-62).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me chapitre, le plus dense, introduit les apprentissages linguistiques morphologiques et grammaticaux mis en &#339;uvre dans la lecture et l'&#233;criture des mots. Et pr&#233;sente l'enjeu du d&#233;chiffrage int&#233;gral o&#249; 100% des graph&#232;mes propos&#233;s &#224; la lecture des &#233;l&#232;ves doivent &#234;tre int&#233;gralement d&#233;chiffrables (p. 66). L'auteure passe en revue les &#233;cueils pos&#233;s aux &#233;l&#232;ves par plusieurs m&#233;thodes de lecture et montre l'importance que doit avoir l'enfant lecteur &#224; ne se concentrer que sur une seule strat&#233;gie d'identification des mots (p 68). Tout en instant sur l'importance de proposer un lexique ambitieux aux &#233;l&#232;ves (p 78). La partie p&#233;dagogique illustre ces pr&#233;ceptes. Elle s'ins&#232;re dans la structure de la le&#231;on type au CP et montre comment le travail sur les mots s'engage &#224; la suite de l'&#233;tude des syllabes. En huit &#233;tapes, cette partie d&#233;crit comment apprendre &#224; lire puis &#233;crire des mots, travailler sur leur d&#233;finition et leur morphologie et introduire les premiers &#233;l&#233;ments grammaticaux que sont le d&#233;terminant, le genre et le nombre (p 82-90).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 4 aborde l'introduction et la lecture des textes sur lesquels les &#233;l&#232;ves vont pouvoir exercer leurs comp&#233;tences de compr&#233;hension. Ce qui va tout d'abord n&#233;cessiter un travail structur&#233; sur l'automatisation du d&#233;chiffrage : fluence et ponctuation (p.94-97). Janine Reichstadt montre toute l'efficacit&#233; qu'il y a &#224; passer de la compr&#233;hension de textes entendus &#224; la compr&#233;hension de textes en mains, lus en autonomie par l'&#233;l&#232;ve (p.100). La seconde partie du chapitre vise un travail p&#233;dagogique sur le vocabulaire et la grammaire pour favoriser la compr&#233;hension et l'interpr&#233;tation des textes. Tout en renfor&#231;ant les activit&#233;s de lecture &#224; voix haute et l'&#233;tude de la langue cibl&#233;e sur les accords au sein du groupe nominal. Des activit&#233;s de copie et de dict&#233;e viennent consolider le lien tr&#232;s &#233;troit entre la lecture et l'&#233;criture (p.104-114).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure l'ouvrage, l'auteure aborde plusieurs questions transversales : l'histoire de l'enseignement de la lecture, les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves et les r&#233;ponses p&#233;dagogiques &#224; y apporter, l'&#233;valuation...(p.115-131) Janine Reichstadt, apr&#232;s avoir analys&#233; les p&#233;dagogies pour l'apprentissage de la lecture, a fait un choix d&#233;lib&#233;r&#233; : celui de retenir la m&#233;thode syllabique comme l'outil d'apprentissage de la lecture le plus efficace pour tous les &#233;l&#232;ves, en particulier les plus fragiles. Ce choix s'inscrit dans la droite ligne trac&#233;e par les chercheurs en neurosciences et les travaux du Conseil scientifique de l'&#233;ducation nationale (CSEN). Son ouvrage est un &#171; livre du ma&#238;tre &#187; qui vient compl&#233;ter le guide minist&#233;riel &lt;i&gt;Pour enseigner la lecture et l'&#233;criture au CP&lt;/i&gt; - le fameux guide orange &#8211; par des activit&#233;s concr&#232;tes, appliqu&#233;es &#224; la classe de CP. Un ouvrage bien argument&#233;, qui fera r&#233;f&#233;rence dans la p&#233;dagogie de la lecture . Peut-&#234;tre aurait-il &#233;t&#233; utile d'y trouver une planification annuelle - semaine apr&#232;s semaine - de l'apprentissage des graph&#232;mes pour faciliter la mise en actes, en temps contraint, de tous les conseils propos&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Maltraitances enfantines &#224; l'&#233;cole. Fallait-il en parler ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article332</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article332</guid>
		<dc:date>2021-10-01T12:03:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les maltraitances enfantines &#224; l'&#233;cole : un sujet dont on n'entend jamais parler. &#171; Un sujet sale &#187;, selon &#201;ric Debarbieux, chercheur sp&#233;cialis&#233; dans le domaine de la discipline scolaire, qui rel&#232;ve, &#233;voquant un &#171; vrai tabou &#187; : &#171; On se retrouve avec des kilom&#232;tres de statistiques et d'&#233;tudes sur le harc&#232;lement et les violences entre &#233;l&#232;ves, mais jamais &#224; propos des m&#234;mes faits venant des adultes &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, si on cherche, on trouve. Un livre, Les violences scolaires, publi&#233; en 2000 par (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH116/arton332-9cd6b.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les maltraitances enfantines &#224; l'&#233;cole : un sujet dont on n'entend jamais parler. &#171; Un sujet sale &#187;, selon &#201;ric Debarbieux, chercheur sp&#233;cialis&#233; dans le domaine de la discipline scolaire, qui rel&#232;ve, &#233;voquant un &#171; vrai tabou &#187; : &#171; On se retrouve avec des kilom&#232;tres de statistiques et d'&#233;tudes sur le harc&#232;lement et les violences entre &#233;l&#232;ves, mais jamais &#224; propos des m&#234;mes faits venant des adultes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si on cherche, on trouve. Un livre, &lt;i&gt;Les violences scolaires&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2000 par Defrance et Vivet, vite oubli&#233;. Un rapport de Claire Brisset, alors d&#233;fenseure des enfants, en 2003. Un rapport d'&#201;ric Debarbieux lui-m&#234;me, pour l'Unicef, en 2011, s'appuyant sur une enqu&#234;te men&#233;e aupr&#232;s d'un fort &#233;chantillon d'&#233;l&#232;ves de 7 &#224; 11 ans : 13% des enqu&#234;t&#233;s indiquent avoir &#233;t&#233; rejet&#233;s par leur enseignant, dont 4% ont &#233;t&#233; insult&#233;s et 5,5% frapp&#233;s. &#199;a fait du monde !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Bernard Defrance et Pascal Vivet, Violences scolaires. Les enfants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte o&#249; toute une partie des agents de l'&#233;cole publique se sentent vivement agress&#233;s par leur ministre de tutelle, et o&#249; la profession enseignante perd de son attractivit&#233;, fallait-il remettre le ph&#233;nom&#232;ne sur la table ? Sous un titre d&#233;lib&#233;r&#233;ment provocateur, &#171; La rentr&#233;e des claques &#187; (&lt;i&gt;Fakir&lt;/i&gt; n&#176; 100, sept/nov. 2021), le journaliste d'investigation Pierre Souchon n'h&#233;site pourtant pas &#224; en proposer une vigoureuse r&#233;actualisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cartons d'embl&#233;e l'hypoth&#232;se d'une malveillance possiblement fakenewsante ou complotiste : l'auteur travaille pour la presse de gauche, il se pr&#233;sente comme un d&#233;fenseur engag&#233; du service public d'&#233;ducation nationale, et il a l'habitude professionnelle de peser ses sources. Ce n'est d'ailleurs pas lui qui a d&#233;cid&#233; d'enqu&#234;ter sur les maltraitances scolaires : elles sont venues &#224; lui. Responsable de la FCPE dans l'&#233;cole maternelle de ses filles, en banlieue parisienne, il est alert&#233; par les parents d'une &#233;l&#232;ve primo-arrivante en butte aux brimades de son institutrice. Celle-ci est aussi la directrice de l'&#233;cole... ainsi qu'une camarade politique, syndiqu&#233;e et militante, aux c&#244;t&#233;s de laquelle il participe r&#233;guli&#232;rement aux manifestations pour la d&#233;fense de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;roulement des &#233;v&#233;nements qui s'en sont suivis est relat&#233; dans le papier de Pierre Souchon. La r&#233;alit&#233; des faits incrimin&#233;s est d'autant moins contestable qu'ils sont assum&#233;s par l'enseignante concern&#233;e. Plusieurs aspects de l'affaire retiennent l'attention. La d&#233;solidarisation imm&#233;diate, unanime et d&#233;termin&#233;e des autres enseignantes de l'&#233;cole. L'afflux de t&#233;moignages d'autres parents dont les enfants ont eux aussi subi des pr&#233;judices de la part de la m&#234;me ma&#238;tresse, d&#232;s que la premi&#232;re plainte est connue. Et l'obstination farouche de l'institution scolaire &#224; enterrer le dossier, soumis sans effet &#224; l'inspectrice de circonscription.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Cette enqu&#234;te/t&#233;moignage invite &#224; r&#233;fl&#233;chir sur le fond de l'affaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux rares enqu&#234;tes statistiques r&#233;alis&#233;es, on sait que les &#233;v&#233;nements d&#233;crits par Pierre Souchon ne constituent pas un cas isol&#233;. Le ph&#233;nom&#232;ne est certes minoritaire, mais suffisamment fr&#233;quent pour que beaucoup de familles l'aient rencontr&#233; ou en aient eu connaissance par ou&#239;-dire. Les faits de maltraitance sont r&#233;currents, plus nombreux qu'on aimerait l'imaginer, et arrivent rarement sur la place publique. Ils ne sauraient faire oublier le d&#233;vouement et le respect manifest&#233; aux enfants par l'immense majorit&#233; des enseignants : et Pierre Souchon en t&#233;moigne, lorsqu'il souligne les r&#233;actions unanimement indign&#233;es des coll&#232;gues de l'enseignante incrimin&#233;e. Mais ces faits portent pr&#233;judice &#224; l'&#233;cole publique, a fortiori &#224; la d&#233;mocratisation scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien s&#251;r &#224; leurs conditions structurelles qu'il faut s'int&#233;resser : qu'est-ce qui les suscite, qu'est-ce qui les rend possibles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation p&#233;dagogique est in&#233;vitablement une relation de domination, entre partenaires triplement in&#233;gaux : par l'&#226;ge, par le savoir, et dans nombre de cas par la position de classe. C'est une relation tr&#232;s exigeante, tant pour les ma&#238;tres dont elle requiert des efforts intenses et qu'elle tire sur une sc&#232;ne o&#249; se joue leur identit&#233; personnelle, que pour les &#233;l&#232;ves, appel&#233;s &#224; gravir les chemins escarp&#233;s de la connaissance. Comment de telles conditions pourraient-elles ne pas provoquer de d&#233;rapages ? L'institution est l&#224; pour garantir le bon d&#233;roulement du processus, en tout cas pour limiter les d&#233;g&#226;ts. Mais elle le fait plus ou moins bien. Ce n'est pas un hasard si le r&#233;sultat le plus remarquable de l'&#233;ducation nouvelle est la pacification des rapports adultes/&#233;l&#232;ves, particuli&#232;rement notable dans les quartiers populaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le ph&#233;nom&#232;ne est syst&#233;matiquement signal&#233; par les observateurs. Voir par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En creux, c'est clair : dans l'ordinaire de ces quartiers les choses ne se passent pas forc&#233;ment si bien, et s'y jouent des rapports d'autorit&#233; et de contrainte mal support&#233;s. Ayant pour ma part observ&#233; des petites classes dans le public et dans une &#233;cole Montessori, je peux t&#233;moigner que le contraste entre les fa&#231;ons respectives de g&#233;rer la relation adultes-enfants a des c&#244;t&#233;s saisissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La faiblesse dans l'enseignement public de la codification des rapports adultes-enfants ouvre le champ de la diversit&#233; des comportements enseignants, et laisse un espace de jeu chez ces derniers aux pulsions aussi bien sadiques que masochistes. Qui n'en a pas connu telles ou telles manifestations chez ses enseignants au long de sa propre scolarit&#233; ? P&#233;nibilit&#233; du m&#233;tier plus rapport de domination : une &#233;quation fatale. R&#233;solue dans les &#233;coles sum&#233;riennes par l'institution du &#171; ma&#238;tre du fouet &#187;. &#201;chapper &#224; ce type d'issue suppose une bonne dose de conscience professionnelle et de ma&#238;trise de soi, sans parler des comp&#233;tences savantes et de la capacit&#233; &#224; capter et maintenir l'int&#233;r&#234;t de son public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conna&#238;t-on d'ailleurs des rapports de domination qui ne s'accompagnent pas de formes d'exacerbation violente ? Le viol et le f&#233;minicide sont-ils autre chose que la pointe avanc&#233;e de la domination masculine ? L'inceste n'est-il pas la pointe avanc&#233;e de la domination parentale et particuli&#232;rement patriarcale ? Et comment ce qui se passe ainsi dans les espaces clos de l'intimit&#233; pourrait-il ne pas advenir dans l'espace clos des classes d'&#233;cole ? La menace doit &#234;tre pr&#233;venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord en luttant contre la maltraitance p&#233;dagogique, en assurant des formes de conduite des apprentissages susceptibles d'apaiser les tensions, leur efficacit&#233; justifiant aux yeux des &#233;l&#232;ves la discipline qu'on exige d'eux. Et, au plan disciplinaire, par la mise en place de proc&#233;dures garde-fous propres &#224; &#233;viter les d&#233;rapages. Sur ce dernier point, il y a d'&#233;vidence pour l'&#233;cole publique des le&#231;ons &#224; tirer de l'exp&#233;rience historique de l'&#233;ducation nouvelle en mati&#232;re de codification des relations entre les adultes et les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question du silence entourant les d&#233;rapages qui ont lieu. L&#224; aussi le t&#233;moignage de Pierre Souchon nous invite au parall&#232;le avec d'autres formes de violence. Comme pour Metoo, il a suffi que le voile soit lev&#233; sur un comportement litigieux pour que les t&#233;moignages affluent, dans l'&#233;cole de ses enfants comme lors de ses investigations ult&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne a &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; par le sociologue interactionniste Howard Becker. Les r&#232;gles formelles et informelles de la vie collective ne sont jamais pleinement respect&#233;es dans quelque soci&#233;t&#233; que ce soit. Les &#233;carts peuvent rester discrets ; ils peuvent aussi &#234;tre per&#231;us sans pour autant se voir d&#233;nonc&#233;s, et cela pendant tout un temps. Mais il suffit qu'un &#171; entrepreneur de morale &#187;, selon la formule du chercheur, porte l'affaire dans l'espace public au su de tous, en sorte qu'elle ne puisse plus &#234;tre cens&#233;e ignor&#233;e, pour que le tol&#233;r&#233; apparaisse soudainement intol&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re scolaire, les motifs du silence sur les d&#233;rives de l'autorit&#233; enseignante peuvent &#234;tre divers. L'institution a toutes les raisons de d&#233;fendre une cr&#233;dibilit&#233; indispensable &#224; son existence : comment, en cas de doute, les parents accepteraient-ils de lui confier ce qu'ils ont de plus cher au monde ? Dans ce contexte, les abus d&#233;nonc&#233;s par tel ou tel parent risquent peu de faire l'objet d'une publicit&#233; exag&#233;r&#233;e, et seront r&#233;gl&#233;s dans la plus grande discr&#233;tion possible, au cas par cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parents des classes moyennes, a fortiori des classes sup&#233;rieures, se contenteront le plus souvent de voir r&#233;gl&#233; leur probl&#232;me propre (surtout lorsqu'ils parviennent, pour les plus puissants d'entre eux, &#224; plier l'&#233;cole publique &#224; tous leurs desiderata : on se souvient &#224; cet &#233;gard de l'in&#233;narrable chapitre consacr&#233; par Michel et Monique Pin&#231;on, &lt;i&gt;Dans les beaux quartiers&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seuil, 1989.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au fonctionnement d'une &#233;cole primaire de Neuilly) ; et il est rare que l'affaire soit port&#233;e en place publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va autrement des parents des classes populaires, dont on sait qu'ils s'impliquent tr&#232;s peu dans la marche des &#233;tablissements et sont particuli&#232;rement absents des associations de parents. Une fraction d'entre eux aujourd'hui s'efforcent de prendre eux-m&#234;mes en main certains apprentissages sans n&#233;cessairement respecter les consignes des ma&#238;tres. Mais intervenir aupr&#232;s de la direction de l'&#233;tablissement si l'enfant se plaint de ses enseignants reste une tout autre affaire. M&#234;me si la confiance dans sa prog&#233;niture l'emporte sur celle que l'on porte &#171; naturellement &#187; au corps enseignant, on mesure les risques &#224; prendre. Le revirement des victimes identifi&#233;es par Pierre Souchon, dont certains finissent par retirer leur t&#233;moignage, illustre bien l'ampleur de ces r&#233;ticences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les enfants du peuple sont doublement vuln&#233;rables : de par l'&#226;ge, et de par leur milieu social. La distance de classe porte leurs enseignants &#224; consid&#233;rer leurs difficult&#233;s d'apprentissage comme regrettables mais in&#233;luctables. Favoris&#233;s par la faible probabilit&#233; d'intervention des parents, les abus d'autorit&#233; qui surviennent ici ou l&#224; sont-ils autre chose que la pointe avanc&#233;e d'une domination de classe qui s'habille plus ordinairement des oripeaux de la compassion paternaliste ? Cette compassion qu'on t&#233;moigne &#224; ces enfants lorsqu'on trouve normales les performances actuelles de notre syst&#232;me &#233;ducatif, marqu&#233;es par leur &#233;chec massif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite des apprentissages suppose en dose bien combin&#233;e une ferme exigence intellectuelle et une atmosph&#232;re bienveillante et encourageante. On ne bannira pas la compassion paternaliste et son pendant, l'autoritarisme et ses abus, sans un s&#233;rieux r&#233;examen de la formation des enseignants, de leurs conditions de travail, et du codage des relations adultes/enfants dans l'institution scolaire. Le refus rendu public aujourd'hui des abus d'autorit&#233;, loin de porter atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; et au d&#233;vouement de la grande masse des enseignants, para&#238;t une modalit&#233; indispensable de la lutte pour ces objectifs. C'est d'ailleurs bien ce qu'incline &#224; penser Guislaine David, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale du SNUIPP-FSU, syndicat enseignant majoritaire dans l'enseignement primaire, interrog&#233;e par Pierre Souchon : &#171; Syndicalement, on ne peut pas cautionner de tels actes &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Bernard Defrance et Pascal Vivet, &lt;i&gt;Violences scolaires. Les enfants victimes de violence &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Syros, 2000 ; Claire Brisset, &lt;i&gt;L'&#233;cole, outil de la libert&#233;, Rapport au pr&#233;sident de la R&#233;publique et au Parlement&lt;/i&gt;, 2003 ; &#201;ric Debarbieux,&lt;i&gt; &#192; l'&#233;cole des enfants heureux... Enfin presque&lt;/i&gt;, Rapport pour l'Unicef, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne est syst&#233;matiquement signal&#233; par les observateurs. Voir par exemple, pour une &#233;cole Freinet de Lille, notre compte-rendu d'un ouvrage de Yves Reuter, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article21&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article21&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Seuil, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les chemins escarp&#233;s de la r&#233;ussite scolaire en milieu populaire</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article327</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article327</guid>
		<dc:date>2021-02-27T09:48:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans son ouvrage Ill&#233;gitimes (Fayard, 2021), Nesrine SLAOUI &#233;voque son parcours scolaire et social. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devenue journaliste, elle dit avec ces mots le sens et la force du mouvement qui fut le sien, dans ce livre o&#249; elle raconte et analyse avec lucidit&#233; et sensibilit&#233; tout ce qu'a signifi&#233; pour elle &#171; sortir &#187; du milieu social et culturel dans lequel elle a grandi, frapp&#233; d'ill&#233;gitimit&#233; : &#171; J'avais une revanche &#224; prendre, celle d'une femme issue de l'immigration maghr&#233;bine qui subissait au (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans son ouvrage &lt;i&gt;Ill&#233;gitimes&lt;/i&gt; (Fayard, 2021), Nesrine SLAOUI &#233;voque son parcours scolaire et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenue journaliste, elle dit avec ces mots le sens et la force du mouvement qui fut le sien, dans ce livre o&#249; elle raconte et analyse avec lucidit&#233; et sensibilit&#233; tout ce qu'a signifi&#233; pour elle &#171; sortir &#187; du milieu social et culturel dans lequel elle a grandi, frapp&#233; d'ill&#233;gitimit&#233; : &#171; J'avais une revanche &#224; prendre, celle d'une femme issue de l'immigration maghr&#233;bine qui subissait au quotidien la violence de classe, le racisme et le sexisme. Celle d'une banlieusarde de campagne &#224; qui certains professeurs de lyc&#233;e avaient dit qu'elle n'aurait jamais le niveau. Celle d'une &#233;tudiante humili&#233;e par ses camarades qui lui imposaient leur cadre d'analyse &#233;triqu&#233;. Je voulais balancer ma r&#233;ussite au visage de ceux qui n'avaient jamais cru en moi, je voulais qu'elle cingle comme une claque. &#187; La claque est l&#224; et bien l&#224;, la revanche aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le niveau, elle l'a obtenu. Excellente &#233;l&#232;ve, elle a r&#233;ussi &#224; int&#233;grer Sciences Po et &#224; satisfaire ses exigences universitaires. Ses &#233;tudes ont &#233;t&#233; pour elle une stimulation intellectuelle majeure, essentielle, un formidable enrichissement de questionnements, de connaissances, dont elle mesure l'importance d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a pu comprendre ce que recouvre le &#171; cadre d'analyse &#233;triqu&#233; du monde &#187; de Sciences Po. Comme ceux qui lui ressemblent, ce monde est fier de la &#171; sup&#233;riorit&#233; &#187; dont la soci&#233;t&#233; dans laquelle il &#233;volue le gratifie. Elle a pu &#233;prouver ce qui se joue pour celui ou celle qui entre dans ce milieu sans les codes qui r&#233;gissent l'entre-soi doubl&#233; d'une conscience de classe puissante, sources d'humiliation pour ceux qui ne les maitrisent pas. Elle a connu la morsure de l'in&#233;galit&#233; culturelle de classe, mais aussi la condition d'une femme issue de l'immigration maghr&#233;bine, jug&#233;e d'avance ill&#233;gitime dans ses ambitions de grande &#233;cole qui &#171; normalement &#187; ne lui reviennent pas. Il faut lire par quels traits s'immisce cette violence dans les mots, les gestes, les attitudes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Miracul&#233;e de la reproduction sociale &#187;, &#171; accident &#187;, &#171; erreur sociologique &#187;, elle ne veut pas &#234;tre per&#231;ue comme une transclasse, car tout en appartenant dor&#233;navant &#224; un autre monde que celui qui l'a fait naitre, l'a nourrie, l'a &#233;duqu&#233;e, elle ne se sent pas devenue &#233;trang&#232;re &#224; ce monde-l&#224;. Elle lui consacre de nombreuses pages dans lesquelles elle montre la richesse humaine et culturelle des siens, malmen&#233;s par la colonisation et le statut d'ouvriers &#171; issus de l'immigration maghr&#233;bine &#187; que la violence multiple r&#233;serv&#233;e &#224; ceux que l'on assigne &#224; cette origine, n'a pas &#233;pargn&#233;s. Les diff&#233;rences sociales et culturelles qui se sont install&#233;es entre elle et eux, n'ont pas r&#233;ussi &#224; lui voler son respect et son attachement affectueux toujours vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en &#233;tant consciente de l'usage dangereux qui peut &#234;tre fait de son parcours : &#171; la preuve que c'est possible ! &#187;, Nesrine Slaoui pense que &#231;a vaut le coup de raconter des parcours d&#233;viants comme le sien, car ils peuvent permettre &#224; d'autres de nourrir des espoirs et de prendre de la force pour s'engager sur le chemin escarp&#233; de la r&#233;ussite scolaire de haut niveau, m&#234;me si seule une &#233;cole exigeante r&#233;ellement d&#233;mocratique peut assurer une telle r&#233;ussite pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage de Nesrine Slaoui s'inscrit dans une litt&#233;rature qui, au travers d'une histoire singuli&#232;re, se hisse au niveau d'un riche d&#233;voilement sociologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Publi&#233; dans &lt;i&gt;l'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du jeudi 25 f&#233;vrier 2021]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Existe-t-il une sociologie de la d&#233;mocratisation scolaire ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article322</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article322</guid>
		<dc:date>2020-10-12T10:01:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Deauvieau</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans cet article initialement publi&#233; sur le site de The Conversation France, J&#233;r&#244;me Deauvieau interroge l'existence d'une sociologie de la d&#233;mocratisation scolaire &#224; partir de la lecture de deux ouvrages r&#233;cents : celui de Jal Mehta et Sara Fine intitul&#233; &#034;In Search of Deeper Learning&#034; portant sur l'enseignement secondaire aux Etats-Unis et l'ouvrage collectif dirig&#233; par Jean-Pierre Terrail intitul&#233; &#034;P&#233;dagogies de l'exigence&#034; d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; sur notre site. &lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;bat : Existe-t-il une sociologie (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH96/arton322-ccb51.jpg?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans cet article initialement publi&#233; sur le site de The Conversation France, J&#233;r&#244;me Deauvieau interroge l'existence d'une sociologie de la d&#233;mocratisation scolaire &#224; partir de la lecture de deux ouvrages r&#233;cents : celui de Jal Mehta et Sara Fine intitul&#233; &#034;In Search of Deeper Learning&#034; portant sur l'enseignement secondaire aux Etats-Unis et l'ouvrage collectif dirig&#233; par Jean-Pierre Terrail intitul&#233; &#034;P&#233;dagogies de l'exigence&#034; d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; sur notre site.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h1 class=&#034;legacy&#034;&gt;D&#233;bat : Existe-t-il une sociologie de la d&#233;mocratisation scolaire ?&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;&lt;a href=&#034;https://theconversation.com/profiles/jerome-deauvieau-738085&#034;&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;&lt;a href=&#034;https://theconversation.com/institutions/ecole-normale-superieure-ens-psl-2180&#034;&gt;&#201;cole normale sup&#233;rieure (ENS) &#8211; PSL&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre en quoi le fonctionnement de l'&#233;cole produit une si grande in&#233;galit&#233; scolaire est &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/debat-ce-que-dit-la-sociologie-sur-les-origines-des-inegalites-scolaires-117132&#034;&gt;l'un des d&#233;fis majeurs&lt;/a&gt; pos&#233;s &#224; la sociologie de l'&#233;ducation. Ces derni&#232;res ann&#233;es ont vu le &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article266&#034;&gt;d&#233;veloppement de travaux&lt;/a&gt; qui ont cherch&#233; &#224; mieux comprendre la fa&#231;on dont les in&#233;galit&#233;s d'acquisitions scolaires se construisent au c&#339;ur m&#234;me des dispositifs p&#233;dagogiques.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt; &lt;em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; lire aussi :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/lecole-francaise-championne-des-inegalites-sociales-47605&#034;&gt;L'&#233;cole fran&#231;aise, championne des in&#233;galit&#233;s sociales ?&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;La sociologie de l'&#233;ducation est-elle &#233;galement en mesure de nous &#233;clairer sur des processus qui, &#224; l'inverse, produiraient de l'&#233;galit&#233; scolaire ? Peut-elle mettre &#224; jour des pratiques d'enseignement et des formes d'organisations scolaires qui auraient des effets proprement d&#233;mocratisants ? Existe-t-il, en d'autres termes, une sociologie de la d&#233;mocratisation scolaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux livres r&#233;cents, l'un publi&#233; aux &#201;tats-Unis et l'autre en France, apportent quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse &#224; ce sujet. Le premier relate une enqu&#234;te au long cours men&#233;e aupr&#232;s d'&#233;tablissements d'enseignement secondaire r&#233;put&#233;s &#171; innovants &#187;. Ses auteurs, &lt;a href=&#034;https://www.hup.harvard.edu/catalog.php?isbn=9780674988392&#034;&gt;Jal Mehta et Sarah Fine&lt;/a&gt;, sont partis en qu&#234;te de ce qu'on appelle aux &#201;tats-Unis le &#171; Deeper Learning &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce terme en vogue outre-Atlantique renvoie &#224; une volont&#233; de mettre en place un enseignement profond&#233;ment renouvel&#233; amenant les &#233;l&#232;ves &#224; une ma&#238;trise approfondie des savoirs leur permettant de r&#233;soudre des probl&#232;mes complexes. Les objectifs du &#171; Deeper Learning &#187;, selon Mehta et Fine, renvoient &#224; trois dimensions :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;la ma&#238;trise, qui exprime la capacit&#233; des &#233;l&#232;ves &#224; comprendre la logique interne des savoirs enseign&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;l'identit&#233;, qui signifie que les &#233;l&#232;ves trouvent un int&#233;r&#234;t intrins&#232;que aux savoirs enseign&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;la cr&#233;ativit&#233;, qui rend compte de leur capacit&#233; &#224; passer de la compr&#233;hension d'un ph&#233;nom&#232;ne &#224; une production dans le domaine consid&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Bien que tr&#232;s diff&#233;rent dans sa forme, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article320&#034;&gt;l'ouvrage collectif&lt;/a&gt; &lt;em&gt;P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieu populaire&lt;/em&gt;, dirig&#233; par Jean&#8209;Pierre Terrail, cherche &#233;galement les traces dans l'&#233;cole d'aujourd'hui de pratiques d'enseignement d&#233;mocratisantes. Le moteur de cette entreprise collective s'alimente des nombreux travaux du directeur de l'ouvrage r&#233;alis&#233;s depuis les ann&#233;es 1990 sur la question de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude en sociologue des formes contemporaines de l'in&#233;galit&#233; scolaire a en effet conduit Jean&#8209;Pierre Terrail &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article220&#034;&gt;&#224; d&#233;gager une conclusion forte&lt;/a&gt; : une moindre exigence dans les objectifs fix&#233;s aux &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires serait l'obstacle majeur &#224; une v&#233;ritable d&#233;mocratisation scolaire. Ce constat l'a amen&#233; &#224; proposer &#224; une douzaine d'enseignants de diverses disciplines et exer&#231;ant de la maternelle &#224; l'universit&#233; de d&#233;crire la fa&#231;on dont ils proc&#232;dent pour mettre en place un enseignement exigeant envers des publics populaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Ma&#238;triser sa discipline&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le premier r&#233;sultat de l'enqu&#234;te des sociologues am&#233;ricains peut para&#238;tre pour le moins d&#233;courageant. La mise en place effective d'un enseignement novateur et exigeant est clairement l'exception et non la r&#232;gle parmi la trentaine d'&#233;tablissements enqu&#234;t&#233;s qui pourtant s'en r&#233;clament d'une mani&#232;re ou d'une autre. La force et l'int&#233;r&#234;t de cet ouvrage sont de ne pas s'arr&#234;ter &#224; ce constat et de chercher &#224; comprendre les m&#233;canismes qui permettent, dans une minorit&#233; d'&#233;tablissements et de classes estim&#233;es &#224; 20 % du corpus, la mise en place effective de ce fameux &#171; Deeper learning &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;figure class=&#034;align-left &#034;&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L237xH358/file-20201007-16-d28b718d-23b03.jpg?1790698371' srcset=&#034;https://images.theconversation.com/files/362209/original/file-20201007-16-1wdevlf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=907&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/362209/original/file-20201007-16-1wdevlf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=907&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/362209/original/file-20201007-16-1wdevlf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=907&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/362209/original/file-20201007-16-1wdevlf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1139&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/362209/original/file-20201007-16-1wdevlf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1139&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/362209/original/file-20201007-16-1wdevlf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1139&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w&#034; sizes=&#034;(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px&#034; width='237' height='358' /&gt; &lt;figcaption&gt; &lt;span class=&#034;caption&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;On y apprend d'abord que ces &#233;tablissements r&#233;ellement innovants ont des formes d'organisation p&#233;dagogique parfois tr&#232;s &#233;loign&#233;es les unes des autres &#8211; allant d'&#233;tablissements exp&#233;rimentaux inspir&#233;s des principes p&#233;dagogiques de John Dewey jusqu'&#224; des &#233;coles pr&#244;nant un style &#233;ducatif &#171; strict &#187; pour un public d'&#233;l&#232;ves des milieux populaires. Tout l'int&#233;r&#234;t de l'ouvrage consiste &#224; montrer finement sous quelles conditions institutionnelles certains &#233;tablissements parviennent, par-del&#224; leur diversit&#233; r&#233;elle, &#224; remplir les objectifs ambitieux qu'ils se sont fix&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'apprend-on du c&#244;t&#233; des pratiques d'enseignement elles-m&#234;mes &#8211; ce domaine qui reste bien trop souvent dans l'ombre des d&#233;bats sur l'&#233;cole ? Les deux ouvrages convergent fortement en ce qui concerne un point essentiel : le rapport que les enseignants entretiennent &#224; leur discipline d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mehta et Fine rel&#232;vent que les professeurs du secondaire qui parviennent &#224; mettre en place un enseignement v&#233;ritablement approfondi ont tous une grande ma&#238;trise disciplinaire. Chaque enseignant efficace d&#233;veloppe une vision de sa discipline d'enseignement comme un champ ouvert, proche du rapport que les chercheurs entretiennent avec leur discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette caract&#233;ristique, tr&#232;s visible &#233;galement dans les r&#233;cits de pratiques des enseignants fran&#231;ais, tranche nettement avec l'id&#233;e encore tr&#232;s r&#233;pandue selon laquelle il existerait une fronti&#232;re &#233;tanche entre de suppos&#233;es comp&#233;tences p&#233;dagogiques d'une part &#8211; sous-entendu d'ordre g&#233;n&#233;ral &#8211; et la ma&#238;trise proprement disciplinaire des savoirs enseign&#233;s d'autre part. Cette dichotomie conduit bien souvent &#224; opposer des enseignants pr&#233;tendument &#171; p&#233;dagogues &#187; int&#233;ress&#233;s par leurs &#233;l&#232;ves et d'autres qui, se vivant d'abord comme des sp&#233;cialistes de leurs disciplines, se d&#233;sint&#233;resseraient des r&#233;sultats de leur enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses de Mehta et Fine tout comme les r&#233;cits de pratiques enseignantes dans l'ouvrage dirig&#233; par Jean&#8209;Pierre Terrail conduisent &#224; une conclusion fort diff&#233;rente : seule une ma&#238;trise approfondie des enjeux de connaissances et des obstacles &#233;pist&#233;mologiques propres &#224; un univers de savoir permet aux enseignants de concevoir des s&#233;quences p&#233;dagogiques pertinentes et exigeantes pour tous les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; un point d'appui important pour r&#233;fl&#233;chir aux modalit&#233;s d'une formation professionnelle efficace, tout particuli&#232;rement dans l'enseignement primaire o&#249; la dimension proprement disciplinaire de l'apprentissage du m&#233;tier reste aujourd'hui encore tr&#232;s peu d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;La langue scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'apport essentiel de l'ouvrage collectif fran&#231;ais est de permettre aux lecteurs d'entrer plus avant dans l'intimit&#233; de pratiques d'enseignements. Comment faire penser et &#233;crire en philosophe des &#233;l&#232;ves de lyc&#233;e technologique ? Comment former de mani&#232;re approfondie de futurs professeurs des &#233;coles ? Faire vivre dans la mixit&#233; des pratiques sportives en classe d'&#233;ducation physique et sportive (EPS) ? Au-del&#224; des sp&#233;cificit&#233;s proprement disciplinaires, Jean&#8209;Pierre Terrail rep&#232;re dans ces r&#233;cits une caract&#233;ristique transversale essentielle : la question de la langue scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;figure class=&#034;align-left &#034;&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L237xH392/file-20201007-22-09b02dd5-49660.jpg?1790698371' srcset=&#034;https://images.theconversation.com/files/362215/original/file-20201007-22-mq8a7w.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=992&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/362215/original/file-20201007-22-mq8a7w.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=992&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/362215/original/file-20201007-22-mq8a7w.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=992&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/362215/original/file-20201007-22-mq8a7w.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1247&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/362215/original/file-20201007-22-mq8a7w.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1247&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/362215/original/file-20201007-22-mq8a7w.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1247&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w&#034; sizes=&#034;(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px&#034; width='237' height='392' /&gt; &lt;figcaption&gt; &lt;span class=&#034;caption&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;L'attention &#224; cette langue scolaire s'entend de prime abord comme une volont&#233; de travailler la ma&#238;trise de la langue &#233;crite, pr&#233;alable indispensable &#224; un travail exigeant dans toutes les disciplines scolaires. Mais au-del&#224;, les auteurs de l'ouvrage insistent tous sur la n&#233;cessit&#233; d'explorer avec les &#233;l&#232;ves deux univers lexicaux sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui d'abord qui concerne la formulation des attentes des enseignants. &#171; D&#233;crivez &#187;, &#171; Expliquez &#187;, &#171; Analysez &#187; : ces mots si fr&#233;quents dans le quotidien de l'&#233;cole font ici l'objet d'une attention particuli&#232;re et d'explicitation du sens qu'ils rev&#234;tent dans chacune des disciplines. Cette pr&#233;caution permet ainsi de lever les nombreux implicites auxquels sont si souvent confront&#233;s les &#233;l&#232;ves et de s'assurer qu'ils entrent bien dans l'activit&#233; voulue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second univers lexical renvoie lui &#224; ce qu'on pourrait appeler la langue disciplinaire. Il est ainsi crucial de bien faire comprendre aux &#233;l&#232;ves que le nombre en math&#233;matique ne correspond pas au &#171; nombre de&#8230; &#187; du langage courant ou que le concept de monnaie en &#233;conomie n'est pas synonyme de la notion d'argent dans la vie de tous les jours. C'est par cette attention au langage proprement disciplinaire que les enseignants parviennent &#224; faire bouger le rapport &#224; la langue des &#233;l&#232;ves, condition sine qua non d'une entr&#233;e r&#233;ussie dans des activit&#233;s cognitives de haut niveau.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt; &lt;em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; lire aussi :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/inegalites-scolaires-des-risques-du-confinement-sur-les-plus-vulnerables-135115&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s scolaires : des risques du confinement sur les plus vuln&#233;rables&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;On referme ces deux ouvrages passionnants dot&#233;s d'une solide conviction : loin du fatalisme qu'on lui reproche parfois, la sociologie, arm&#233;e de ses propres outils d'observation du r&#233;el, a beaucoup &#224; dire sur les chemins possibles vers une r&#233;elle d&#233;mocratisation scolaire. La crise sanitaire que nous vivons rappelle l'importance &#8211; s'il en &#233;tait besoin &#8211; du r&#244;le essentiel de l'&#233;cole dans la vie sociale et de l'absolue n&#233;cessit&#233; de former des citoyens toujours plus instruits. Ces deux ouvrages donnent des outils de r&#233;flexion essentiels pour relever ce d&#233;fi fondamental pour l'avenir de nos soci&#233;t&#233;s.&lt;span class='ressource'&gt;&lt; !&#8212;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L1xH1/countgifdistribu-7146195c-bd598.gif?1790698371' alt=&#034;The Conversation&#034; width='1' height='1' style='border: none !important; box-shadow: none !important; margin: 0 !important; max-height: 1px !important; max-width: 1px !important; min-height: 1px !important; min-width: 1px !important; opacity: 0 !important; outline: none !important; padding: 0 !important; text-shadow: none !important' /&gt;&lt;!&#8212; Fin du code. Si vous ne voyez aucun code ci-dessus, veuillez obtenir un nouveau code dans l'onglet &#171; Avanc&#233; &#187; apr&#232;s avoir cliqu&#233; sur le bouton &#171; Republier &#187;. Le compteur de pages ne collecte aucune donn&#233;e personnelle. Plus d'informations : &lt;a href=&#034;http://theconversation.com/republishing-guidelines&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://theconversation.com/republishing-guidelines&lt;/a&gt; &#8212;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;&lt;a href=&#034;https://theconversation.com/profiles/jerome-deauvieau-738085&#034;&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau&lt;/a&gt;, Professeur de sociologie, &lt;em&gt;&lt;a href=&#034;https://theconversation.com/institutions/ecole-normale-superieure-ens-psl-2180&#034;&gt;&#201;cole normale sup&#233;rieure (ENS) &#8211; PSL&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est republi&#233; &#224; partir de &lt;a href=&#034;https://theconversation.com&#034;&gt;The Conversation&lt;/a&gt; sous licence Creative Commons. Lire l'&lt;a href=&#034;https://theconversation.com/debat-existe-t-il-une-sociologie-de-la-democratisation-scolaire-145106&#034;&gt;article original&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>SOS &#201;cole Universit&#233; - Pour un syst&#232;me &#233;ducatif d&#233;mocratique</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article321</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article321</guid>
		<dc:date>2020-09-26T09:38:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jos&#233; Tovar</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Les &#233;ditions du Croquant viennent de publier, avec le soutien de l'Institut de recherches de la FSU, un ouvrage coordonn&#233; par Martine Boudet. On lira ci-dessous l'analyse, entreprise &#224; l'initiative de la revue Contretemps, qu'en propose Jos&#233; Tovar.] &lt;br class='autobr' /&gt;
Quel syst&#232;me &#233;ducatif voulons-nous ? Pour quelle soci&#233;t&#233; ? Autant de questions qui se posent &#224; nouveaux frais depuis l'&#233;preuve subie par les &#233;l&#232;ves, les parents et les enseignants durant la p&#233;riode de confinement due &#224; l'&#233;pid&#233;mie du Covid 19 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Notes de lecture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH81/arton321-24fc4.png?1790689097' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Les &#233;ditions du Croquant viennent de publier, avec le soutien de l'Institut de recherches de la FSU, un ouvrage coordonn&#233; par Martine Boudet. On lira ci-dessous l'analyse, entreprise &#224; l'initiative de la revue Contretemps, qu'en propose Jos&#233; Tovar.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel syst&#232;me &#233;ducatif voulons-nous ? Pour quelle soci&#233;t&#233; ? Autant de questions qui se posent &#224; nouveaux frais depuis l'&#233;preuve subie par les &#233;l&#232;ves, les parents et les enseignants durant la p&#233;riode de confinement due &#224; l'&#233;pid&#233;mie du Covid 19 et du fait notamment de la gestion d&#233;sastreuse de la mal nomm&#233;e &#171; continuit&#233; p&#233;dagogique &#187;, avec la volont&#233; du gouvernement Macron d'acc&#233;l&#233;rer les transformations du syst&#232;me &#233;ducatif sous la houlette du ministre Blanquer, sans surprise maintenu &#224; son poste pour la deuxi&#232;me partie du quinquennat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que l'ouvrage coordonn&#233; par Martine Boudet invite &#224; r&#233;sister &#224; la politique mise en &#339;uvre depuis plusieurs ann&#233;es par les gouvernements successifs, de Sarkozy &#224; Macron en passant par Hollande pour envisager la possibilit&#233; de refonder l'&#233;cole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martine Boudet (coord.), SOS &#201;cole Universit&#233; - Pour un syst&#232;me &#233;ducatif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;br class='autobr' /&gt; L'organisation m&#234;me de la succession des contributions est significative du projet : il se compose de trois parties regroupant chacune trois types d'analyse de la situation existante, regroupant au total quatorze articles qui sont avant tout un appel &#224; la lucidit&#233; face aux mauvais coups qui s'accumulent. L'ensemble constitue un t&#233;moignage du fait que la r&#233;sistance est possible face &#224; la &#171; culture de la violence institu&#233;e &#187; instaur&#233;e par l'avalanche de r&#233;formes qui, &#171; &#224; d&#233;faut de l&#233;gitimit&#233;, sont le plus souvent impos&#233;es par la force &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'entr&#233;e de jeu, M. Boudet pointe l'enjeu, dans son article introductif &#171; une d&#233;cennie de d&#233;rive autoritaire de l'&#233;cole et &#224; l'universit&#233; &#187;. Constatant que &#171; si des analyses critiques de la situation abondent, l'&#233;laboration d'alternatives au syst&#232;me fait d&#233;faut &#187;, elle estime qu'&#171; il est de la responsabilit&#233; du monde enseignant de contribuer &#224; la reconstitution d'un intellectuel collectif &#224; la hauteur des d&#233;fis de la p&#233;riode [&#8230;] face &#224; l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique [&#8230;] pour faire valoir d'autres mod&#232;les &#233;ducatifs &#187;. Le public de lecteurs potentiels est clairement cibl&#233;. Mais quid des autres composantes de la soci&#233;t&#233; et notamment du monde du travail ? Qui, en d&#233;finitive, est habilit&#233; &#224; d&#233;cider des formes et contenus du syst&#232;me &#233;ducatif ? Seulement les enseignants ? Qu'en est-il des autres cat&#233;gories de personnels, des parents et des &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes ? Leur inclusion &#224; ce d&#233;bat m&#232;nerait-il &#224; une configuration plus ou moins autogestionnaire ? Plus largement, faut-il y associer &#8211; sous quelles formes et dans quelles limites &#8211; les repr&#233;sentants du monde du travail (salari&#233;s, patronat&#8230;) ? Et donc quelle place accorder aux politiques (&#233;lus) ? Ces questions auraient au moins m&#233;rit&#233; d'&#234;tre pos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que pour r&#233;pondre &#224; cette injonction, encore faut&#8211;il comprendre &#224; qui (&#224; quoi ?) on a affaire, bien mesurer l'ampleur de la difficult&#233; pour construire la/les r&#233;ponse(s) pertinentes. C'est la fonction d&#233;volue &#224; la premi&#232;re partie de l'ouvrage, avec trois articles qui se compl&#232;tent pour analyser les transformations de l'&#233;conomie et du monde du travail sous le sceau du &#171; n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire &#187; et du &#171; capitalisme cognitif &#187; qui caract&#233;risent cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier article qui ouvre cette s&#233;quence, &#171; Organiser le pessimisme &#187;, les membres du &#171; groupe Jean-Pierre Vernant &#187; analysent le &#171; n&#233;olib&#233;ralisme identitaire &#187; import&#233; des &#201;tats-Unis comme &#171; un syst&#232;me remettant syst&#233;matiquement en cause l'ensemble des syst&#232;mes de solidarit&#233; qui assuraient des formes de s&#233;curit&#233; aux classes moyennes et populaires (&#233;cole, sant&#233;, ch&#244;mage, retraite &#187;. Cette d&#233;finition sera d&#233;velopp&#233;e ensuite dans un autre article du m&#234;me auteur (chapitre 3) qui note : &#171; ce syst&#232;me postule que la mise en concurrence est le seul processus collectif qui puisse faire &#233;merger de la V&#233;rit&#233; &#8230; et qui garantit donc une efficience productive optimis&#233;e &#187;. C'est dans ce contexte que l'article suivant, sign&#233; par Emmanuel Brassat, &#171; Transformations n&#233;olib&#233;rales du syst&#232;me d'&#233;ducation en France &#187;, d&#233;crit dans le d&#233;tail un changement de paradigme dans l'&#233;ducation : en effet, dans le nouveau syst&#232;me &#233;ducatif en cours de (re)construction sous la houlette autoritaire du ministre Blanquer, &#171; il ne s'agit plus tant d'enseigner des savoirs disciplinaires ou culturels en tant que tels, que des capacit&#233;s &#224; mettre en &#339;uvre, qu'elles soient sociales, affectives, intellectuelles, morales, techniques ou culturelles &#187; signale l'auteur. D'o&#249; les transformations n&#233;olib&#233;rales des institutions scolaires et leurs cons&#233;quences. L'avalanche de r&#233;formes impos&#233;es depuis quelques ann&#233;es &#224; l'&#233;cole comme &#224; l'universit&#233; (autonomie des &#233;tablissements, d&#233;finition des dipl&#244;mes et des formations, recrutement et formation des personnels &#233;ducatifs, crit&#232;res de gouvernance, privatisation de pans entiers du syst&#232;me&#8230;) dont les finalit&#233;s sont pour l'essentiel demeur&#233;es largement opaques aux yeux des personnels d'&#233;ducation, prend alors tout son sens. Ainsi, par exemple, &#171; le nouveau syst&#232;me d'&#233;valuation qui se met en place &#224; marche forc&#233;e tend &#224; mesurer qualitativement des attitudes, des capacit&#233;s de conduites, plut&#244;t que de sanctionner un niveau de r&#233;sultats en fonction d'une assimilation abstraite de connaissances, ce qu'&#233;tait l'ancienne notation &#187;. D'o&#249; le d&#233;calage de plus en plus spectaculaire et mal support&#233; par un grand nombre d'enseignants qui restent attach&#233;s &#224; la valeur culturelle et d&#233;sint&#233;ress&#233;e de leur enseignement face &#224; ce qui leur est pr&#233;sent&#233; comme &#171; la mise en &#339;uvre modernisatrice de p&#233;dagogies nouvelles &#187; soumises de fait aux normes de l'&#233;conomie comp&#233;titive de march&#233;. Ainsi, &#171; les dipl&#244;mes, dans leur valeur et sens, ont &#233;t&#233; modifi&#233;s, la culture g&#233;n&#233;rale devenant moins pris&#233;e et accessible, c'est une d&#233;finition bien plus professionnelle de leur finalit&#233; qui a d&#233;termin&#233; leur &#233;volution&#8230; &#187;. Mais l'auteur ajoute, de mani&#232;re incidente : &#171; (&#8230;) hormis pour les fili&#232;res d'&#233;lite s&#233;lectives dont l'aspect de formation g&#233;n&#233;rale pointue a continu&#233; de pr&#233;valoir sur l'utilit&#233; fonctionnelle &#187;. Cette remarque aurait m&#233;rit&#233; de plus amples d&#233;veloppements : elle est en effet r&#233;v&#233;latrice d'une grande prudence de la part des concepteurs du nouveau syst&#232;me &#233;ducatif, qui continuent apparemment de se soucier du haut niveau de formation g&#233;n&#233;rale n&#233;cessaire pour les futures &#233;lites dirigeantes de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; et pose (involontairement ?) la question de la fonction de la culture g&#233;n&#233;rale dans les cursus des &#233;l&#232;ves. Tout ceci est rendu possible car, note l'auteur, &#171; l'entreprise, les organisations en g&#233;n&#233;ral, sont devenues des lieux de production de savoir, par l'articulation de leurs activit&#233;s et de l'informatisation&#8230; &#187;. C'est ici que l'expression de &#171; capitalisme cognitif &#187; introduite par les auteurs de l'article prend tout son sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cet aspect du probl&#232;me est ensuite d&#233;velopp&#233; dans un second article du groupe Jean-Pierre Vernant : &#171; L'Universit&#233; n&#233;olib&#233;rale et la th&#233;orie du capital humain &#187;, celui-ci &#233;tant d&#233;fini comme &#171; le portefeuille de comp&#233;tences dont un individu (un agent &#233;conomique) fait l'acquisition au cours de sa formation, de sorte &#224; en tirer ult&#233;rieurement un revenu &#187;, devenant du coup outil de formation d'un &#171; nouveau type de travailleur anthropologiquement subjectif : l'entrepreneur de soi-m&#234;me &#187;, dont le mod&#232;le le plus abouti aujourd'hui est celui rattach&#233; &#224; un &#171; capitalisme de plateforme &#187; : l'ub&#233;risation. Cette nouvelle organisation du travail demande un syst&#232;me de formation organisant une &#171; diff&#233;renciation des parcours et des dipl&#244;mes, ainsi que la mise en concurrence des individus et des &#233;tablissements, cr&#233;ant ainsi &#171; les outils de promotion d'un march&#233; &#233;ducatif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne peut s'emp&#234;cher, ici, de faire un rapprochement avec l'analyse de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lecteurs d&#233;j&#224; familiers des travaux de Christian Laval&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On fait r&#233;f&#233;rence ici &#224; la contribution de C. Laval intitul&#233;e &#171; La r&#233;forme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne seront pas surpris de ces analyses qui en constituent une actualisation fort utile, formant sans doute la partie la plus int&#233;ressante de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le titre g&#233;n&#233;rique &#171; Autoritarisme &#233;tatico-administratif et programmes revendicatifs &#187;, la deuxi&#232;me partie comporte ensuite plusieurs articles sign&#233;s principalement par des syndicalistes qui analysent les r&#233;formes du syst&#232;me &#233;ducatif concr&#232;tement &#224; l'&#339;uvre aujourd'hui, &#224; commencer globalement par celles de &#171; La fonction publique &#224; l'&#233;preuve du macronisme &#187; sous la plume d'Axel Trani. On y lira comment &#171; Macron est en partie le continuateur des r&#233;formes engag&#233;es sous les pr&#233;c&#233;dents gouvernements &#187;, mais avec la brutalit&#233; et l'autoritarisme qui le caract&#233;risent (que Naomi Klein d&#233;signe sous le vocable de &#171; strat&#233;gie du choc &#187;), tout en pr&#233;parant de nouvelles r&#233;formes dont l'essentiel est de &#171; d&#233;construire les garanties professionnelles des fonctionnaires &#187; (fin des CAP, des CHS-CT, de la garantie de l'emploi, de la r&#233;mun&#233;ration de carri&#232;re au profit du &#171; m&#233;rite &#187;, etc.). Les enseignants tout particuli&#232;rement se reconna&#238;tront dans les chapitres suivants, par exemple celui sign&#233; par P. Blanchet, qui montre comment a &#233;t&#233; mise en &#339;uvre la politique d'asservissement de l'Universit&#233; et de la Recherche Scientifique aux int&#233;r&#234;ts &#224; courts termes des entreprises priv&#233;es depuis l'an 2000, ainsi que les v&#233;ritables raisons de la mise en &#339;uvre de &#171; Parcoursup : un outil id&#233;ologique de s&#233;lection &#187;. Le collectif FDE du Snesup-FSU apporte des &#233;claircissements instructifs concernant les p&#233;rip&#233;ties des r&#233;formes successives de la formation des enseignants, tandis que Paul Devin montre bien comment la strat&#233;gie d'&#233;valuation mise en &#339;uvre par Blanquer en direction des personnels et des &#233;l&#232;ves rel&#232;ve d'un v&#233;ritable d&#233;tournement des principes statutaires envahis par la culture manag&#233;riale du secteur priv&#233;. Dans la m&#234;me veine, Val&#233;rie Sipahimalani d&#233;cortique &#171; l'avalanche de r&#233;formes lib&#233;rales opportunistes en cours dans les coll&#232;ges et les lyc&#233;es qui montre avant tout une absence de r&#233;flexion syst&#233;mique sur fond id&#233;ologique lib&#233;ral &#187; et le double langage qui accompagne syst&#233;matiquement chacune d'elles, cens&#233;es &#171; donner de la libert&#233; aux acteurs de l'&#201;ducation Nationale &#187;. On peut s'interroger sur l'appr&#233;ciation port&#233;e par la syndicaliste &#224; propos de cette politique : &#171; des sujets peu ou mal trait&#233;s par des technocrates &#233;loign&#233;s des r&#233;alit&#233;s du terrain et sans vision d'ensemble &#187;. Cette appr&#233;ciation nous semble en effet en totale contradiction avec les analyses de la premi&#232;re partie du livre. Rappelons en outre que Blanquer est un fervent adepte de l'Institut Montaigne (qui revendique clairement son parti pris lib&#233;ral), ayant produit ces derni&#232;res ann&#233;es plusieurs &#233;tudes tr&#232;s coh&#233;rentes et document&#233;es sur les n&#233;cessaires transformations du syst&#232;me &#233;ducatif susceptibles de contribuer &#224; la transformation de la soci&#233;t&#233; conform&#233;ment &#224; l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale qui les anime&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Michel Blanquer lui-m&#234;me est par ailleurs l'auteur de deux ouvrages de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la troisi&#232;me partie comporte six articles visiblement destin&#233;s &#224; redonner des perspectives aux luttes et &#224; impulser les mobilisations n&#233;cessaires face au d&#233;sastre en cours&#8230; &#192; l'&#233;vidence, il s'agit de montrer &#8211; exemples concrets &#224; l'appui &#8211; que la r&#233;sistance &#224; ces politiques peut &#234;tre efficace pour peu que chaque bataille concr&#232;te soit porteuse &#171; d'alternatives institutionnelles et programmatiques &#187; qui les rendent cr&#233;dibles. Ainsi, la s&#233;rie s'ouvre par le r&#233;cit d&#233;taill&#233; de la lutte men&#233;e&#8230; en 2008 (pr&#233;sidence Sarkozy, ministre de l'&#233;ducation Xavier Darcos !) par les professeurs des &#233;coles contre les nouveaux programmes &#233;dict&#233;s par le ministre. Le r&#233;cit de cette bataille, fait par son principal animateur de l'&#233;poque, A. Refalo, est int&#233;ressant &#224; plus d'un titre. D'une part, concernant le mode d'action adopt&#233;, situ&#233; exclusivement sur le terrain de la d&#233;sob&#233;issance p&#233;dagogique aux nouvelles instructions minist&#233;rielles, jug&#233;s par les instituteurs ayant men&#233; cette bataille difficile comme des pr&#233;textes &#224; un &#171; renforcement du caract&#232;re &#233;litiste et s&#233;gr&#233;gatif de cette &#233;cole &#187;. Ce n'&#233;tait, sur le plan r&#233;glementaire et statutaire, ni une gr&#232;ve, ni un service non fait, puisque ces enseignants continuaient &#224; assurer leur service, mais en appliquant les programmes ant&#233;rieurs, plus ouverts et moins contraignants car, selon eux, plus ax&#233;s sur l'&#233;veil de l'enfant. D'autre part, par la dur&#233;e de l'action : plusieurs mois, impliquant des centaines d'enseignants &#224; travers le pays. Enfin, parce que cette bataille fut victorieuse, assure A. Refalo, qui note en conclusion que &#171; la plupart des dispositifs contre lesquels elle &#233;tait men&#233;e ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s en 2012 &#187;. On ne discutera pas ici des acquis &#224; plus long terme de cette lutte manifestement donn&#233;e comme exemplaire par l'auteur. Mais force est de constater que c'est la seule lutte &#171; gagnante &#187; d&#233;crite dans cet ouvrage, les autres articles de cette 3&#232;me partie &#233;tant essentiellement d'ordre revendicatif (voire programmatique), n'h&#233;sitant pas &#224; mettre en avant les aspects corporatifs pouvant servir de d&#233;tonateur et destin&#233;s &#224; nourrir et s&#233;curiser les vell&#233;it&#233;s de lutte esp&#233;r&#233;es dans le monde &#233;ducatif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un ouvrage r&#233;cent (&#224; lire absolument), introduit et coordonn&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Vient ensuite une longue &#233;num&#233;ration des projets produits par divers collectifs militants : de ceux issus des collectifs &#171; Sauvons la Recherche &#187; ou &#171; Sauvons l'Universit&#233; &#187;, &#224; celui de constituer une &#171; Universit&#233; Volante &#187; (dont on peine &#224; saisir la faisabilit&#233;), en passant par une analyse sommaire et injuste de l'&#233;ph&#233;m&#232;re Universit&#233; Autonome de Vincennes ( qui aurait m&#233;rit&#233; une analyse plus approfondie), jusqu'&#224; l'exigence d'une &#171; Universit&#233; Inclusive &#187; (ent&#233;rinant au passage l'&#233;chec dramatique de la loi d'orientation de 2012, dite Loi Peillon &#187;). Il ressort de cette &#233;num&#233;ration - qui se voulait sans doute une preuve de la vitalit&#233; des contestataires de l'ordre &#233;tabli - une sensation de fragmentation et d'impuissance. On en apprendra du coup beaucoup plus sur les aspects contemporains de la perte de sens du m&#233;tier des enseignants, des souffrances qu'elle entra&#238;ne, et des difficult&#233;s du monde universitaire &#224; concevoir un v&#233;ritable projet alternatif coh&#233;rent et mobilisateur dans la p&#233;riode actuelle. Finalement, les lecteurs b&#233;n&#233;ficieront avec cet ouvrage d'une sorte d'aggiornamento de la situation de l'&#233;cole aujourd'hui, telle que l'envisage la gauche de transformation sociale, ce qui n'est pas rien !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martine Boudet (coord.), &lt;i&gt;SOS &#201;cole Universit&#233; - Pour un syst&#232;me &#233;ducatif d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Croquant (avec le soutien de l'Institut de Recherches de la FSU), 2020, 296 pages, 18 Euros.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On ne peut s'emp&#234;cher, ici, de faire un rapprochement avec l'analyse de Rodrigo Arenas, co-pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration des conseils de parents d'&#233;l&#232;ves (FCPE), dans une tribune libre publi&#233;e le 26 ao&#251;t 2020 par le journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, qui parle d'une &#171; acc&#233;l&#233;ration de la vente &#224; la d&#233;coupe de l'&#233;cole publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On fait r&#233;f&#233;rence ici &#224; la contribution de C. Laval intitul&#233;e &#171; La r&#233;forme manag&#233;riale et s&#233;curitaire de l'&#233;cole &#187; dans l'ouvrage collectif &lt;i&gt;L'appel des appels&lt;/i&gt; publi&#233; en 2009 aux Mille et Une Nuits sous la direction de R. Gori, B. Cassin et C. Laval, analyse novatrice &#224; l'&#233;poque dans le contexte &#233;ditorial fran&#231;ais, d&#233;velopp&#233;e ensuite dans un ouvrage de r&#233;f&#233;rence : &lt;i&gt;La nouvelle &#233;cole capitaliste&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Michel Blanquer lui-m&#234;me est par ailleurs l'auteur de deux ouvrages de r&#233;f&#233;rence : &lt;i&gt;L'&#201;cole de demain&lt;/i&gt; (Odile Jacob 2016) et &lt;i&gt;L'&#201;cole de la confiance&lt;/i&gt; (Odile Jacob 2018) o&#249; la coh&#233;rence du projet est explicite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un ouvrage r&#233;cent (&#224; lire absolument), introduit et coordonn&#233; par Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux populaires&lt;/i&gt; (La Dispute), se fixe un objectif politique proche de celui men&#233;e &#224; l'&#233;poque par A. Refalo en se situant lui aussi sur le terrain des luttes motiv&#233;es par une &#233;thique professionnelle. Il s'agit de montrer des pratiques p&#233;dagogiques intellectuellement exigeantes pouvant conduire &#224; la r&#233;ussite scolaire d'&#233;l&#232;ves issus de milieux d&#233;favoris&#233;s plut&#244;t que d'accepter de mettre en &#339;uvre des conduites de contournement de la difficult&#233; intellectuelle favoris&#233;es par l'id&#233;ologie dominante et l'institution, qui m&#232;nent le plus souvent &#224; l'&#233;chec. Certes, les auteurs ne cherchent pas &#224; cr&#233;er des illusions : ils savent bien que c'est au politique, &#224; l'&#201;tat de d&#233;cider d'une tout autre d&#233;finition des missions de service public telles que celles de l'&#233;cole aujourd'hui. Mais ce sont les enseignants &#8211; ceux que JP Terrail d&#233;signe comme &#233;tant &#171; l'alli&#233; dans la place &#187; &#8211; qui, &#171; ne se contentant pas de r&#233;sister au n&#233;olib&#233;ralisme, explorent les voies d'une &#233;cole d&#233;mocratique &#187; car, de toute fa&#231;on ils sont et seront les acteurs incontournables de leur mise en &#339;uvre. Et de fait, d'ores et d&#233;j&#224;, le d&#233;passement critique des pratiques de la doxa qu'ils mettent en pratique dessine les contours d'un d&#233;j&#224;-l&#224; d'une autre &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
