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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>Trois curricula lyc&#233;ens europ&#233;ens, et la perspective d'un lyc&#233;e unique</title>
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		<dc:date>2026-04-02T08:42:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabienne Andr&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Dans son ouvrage &#171; Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France &#187;, Luisa Lombardi donne &#224; voir l'organisation curriculaire (tr&#232;s contrast&#233;e) de l'enseignement secondaire sup&#233;rieur g&#233;n&#233;ral dans ces trois nations europ&#233;ennes. L'&#233;vocation ci-dessous de son travail est l'occasion de rappeler de fa&#231;on succincte, dans une seconde partie du texte, la perspective d&#233;mocratique de lyc&#233;e unique avanc&#233;e par le GRDS.] &lt;br class='autobr' /&gt; I - Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Traits communs et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH106/arton375-ea878.png?1790688752' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Dans son ouvrage &#171; Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France &#187;, Luisa Lombardi donne &#224; voir l'organisation curriculaire (tr&#232;s contrast&#233;e) de l'enseignement secondaire sup&#233;rieur g&#233;n&#233;ral dans ces trois nations europ&#233;ennes. L'&#233;vocation ci-dessous de son travail est l'occasion de rappeler de fa&#231;on succincte, dans une seconde partie du texte, la perspective d&#233;mocratique de lyc&#233;e unique avanc&#233;e par le GRDS.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luisa Lombardi, Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France, PU du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Traits communs et diff&#233;rences&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le segment du cursus scolaire situ&#233; entre l'&#233;cole des savoirs fondamentaux (&#233;cole primaire et coll&#232;ge) et l'enseignement sup&#233;rieur qui int&#233;resse l'auteure ; et c'est la configuration d'ensemble de ce segment (&#226;ge modal et modalit&#233;s d'acc&#232;s, dur&#233;e du cursus, organisation des enseignements obligatoires et optionnels, modalit&#233;s des &#233;valuations) qu'elle s'attache &#224; appr&#233;hender dans sa coh&#233;rence interne. D'embl&#233;e, l'organisation de ce segment (l'enseignement secondaire sup&#233;rieur, ESS) pr&#233;sente des variations cons&#233;quentes d'une nation &#224; l'autre. En Angleterre, o&#249; l'obligation scolaire est &#224; dix-huit ans, il dure deux ans, succ&#233;dant &#224; un cursus coll&#233;gien de cinq ans : ce sont les deux ann&#233;es de &#171; sixth forms &#187; qui pr&#233;parent aux examens dits de &#171; A Levels &#187;. En Italie (scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans comme en France), sa dur&#233;e est de cinq ann&#233;es, et de trois en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois configurations r&#233;sultent d'une &#233;volution historique marqu&#233;e par des traits communs d'une nation &#224; l'autre : transmission de savoirs abstraits compartiment&#233;s en disciplines scolaires ; utilisation du latin pour la s&#233;lection sociale des publics ; &#233;mergence de nouvelles fili&#232;res au fil de la massification de l'ESS. Ce dont on peut induire les trois missions communes persistantes de l'ESS :&lt;br class='autobr' /&gt;
* former l'esprit via la transmission de savoirs sans finalit&#233; pragmatique ; &lt;br class='autobr' /&gt;
* s&#233;lectionner par la mise en place de barrages aux nouveaux publics (depuis l'unification du cursus du premier cycle du secondaire, via la r&#233;ussite &#224; ce dernier, et via la cr&#233;ation de fili&#232;res hi&#233;rarchis&#233;es dans l'ESS) ; &lt;br class='autobr' /&gt;
* orienter, via la cr&#233;ation de nouvelles fili&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de l'offre d'enseignement est tr&#232;s contrast&#233;e. En Angleterre, sur soixante-dix mati&#232;res possibles, chaque &#233;tablissement en propose une vingtaine, chaque &#233;l&#232;ve devant en choisir librement trois ou quatre, les universit&#233;s demandant que trois d'entre elles aient &#233;t&#233; valid&#233;es. En Italie, les cinq ann&#233;es du cursus peuvent &#234;tre accomplies selon six parcours possibles propos&#233;s dans les lyc&#233;es sp&#233;cialis&#233;s correspondant : chaque parcours comprend quinze enseignements, et se voit valid&#233; par la r&#233;ussite &#224; quatre &#233;preuves. En France, jusqu'&#224; la r&#233;forme Blanquer, les trois ann&#233;es du lyc&#233;e d'enseignement g&#233;n&#233;ral et technologique &#233;taient dot&#233;es de deux voies (G et T), et couronn&#233;es par un examen &#224; multiples &#233;preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les pratiques d'&#233;valuation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Angleterre&lt;/i&gt; : Treize &#233;preuves de validation pour quatre disciplines, uniquement &#224; la fin de la seconde ann&#233;e : pour &#233;viter le bachotage on s'assure que chaque discipline a &#233;t&#233; comprise dans plusieurs de ses aspects ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Italie &lt;/i&gt; : Contr&#244;le continu d&#233;terminant le passage d'ann&#233;e en ann&#233;e ; puis quatre &#233;preuves pour dix disciplines, portant sur le programme de la derni&#232;re ann&#233;e : on s'assure de la pr&#233;paration de l'&#233;l&#232;ve sur un large spectre de disciplines ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;France&lt;/i&gt; : Contr&#244;le continu comme en Italie, d&#233;terminant ici &#224; la fois la progression et l'orientation, puis l'examen terminal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de la litt&#233;rature illustre bien les attentes nationales respectives port&#233;es par ces dispositifs d'&#233;valuation. En Angleterre il s'agit de former des experts en litt&#233;rature anglophone ; en Italie d'attester la ma&#238;trise de la langue, requise dans toutes les fili&#232;res ; en France &#233;galement, avec toutefois un recours plus manifeste aux connaissances litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre la formation est con&#231;ue comme un entra&#238;nement &#224; la r&#233;ussite des &#233;preuves finales ; &#224; l'oppos&#233;, en Italie : &#171; La formation re&#231;ue assume une fin en soi ; elle est ensuite valid&#233;e par l'examen terminal. &#187;. Si en Angleterre la s&#233;lection se base essentiellement sur la performance scolaire stricto sensu (dont les crit&#232;res sont raccords avec la demande des universit&#233;s), en France elle rel&#232;ve davantage du classement, qui exige que le lyc&#233;en conjugue bonne performance scolaire et strat&#233;gie efficiente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La posture de l'&#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une nation &#224; l'autre, l'&#233;l&#232;ve est ainsi plac&#233; dans une posture tr&#232;s diff&#233;rente. En Angleterre il est confront&#233; &#224; une offre tr&#232;s vari&#233;e non compartiment&#233;e en fili&#232;res ; totalement libres, ses choix pr&#233;figurent ses futures sp&#233;cialit&#233;s universitaires. Son parcours lui est personnel, il en est le seul responsable. En Italie, il est invit&#233; &#224; choisir entre six parcours de cinq ans pr&#233;construits par l'&#201;tat, sans pression d'une admission universitaire trop lointaine, et sans passerelles de r&#233;orientation en cours de route ni panachage possible. Mais les six programmes partagent un large tronc commun assurant une formation g&#233;n&#233;raliste ; le groupe-classe est stable du d&#233;but &#224; la fin, les enseignants sont reconduits dans chaque mati&#232;re. Aux antipodes de l'exp&#233;rience anglaise, l'&#233;l&#232;ve est ainsi amen&#233; &#224; s'identifier &#224; une communaut&#233; de savoir, de camarades, d'enseignants : toute la distance entre l'individualisme protestant anglo-saxon, et l'&#233;thique communautaire eccl&#233;siale du catholicisme romain. En France, l'&#233;l&#232;ve a le choix entre des parcours au contenu pr&#233;&#233;tabli, un choix contraint par les perspectives d'un acc&#232;s conditionnel &#224; l'enseignement sup&#233;rieur &#8211; contrainte que la mise en place de Parcoursup n'a fait qu'accentuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total : un seul moment de choix partout, &#224; l'entr&#233;e dans l'ESS ; seul le syst&#232;me fran&#231;ais admet des bifurcations de parcours. Les m&#233;canismes de s&#233;lection/orientation se ressemblent, l'autocensure y jouant pleinement son r&#244;le : ce sont les bons &#233;l&#232;ves qui s'inscrivent au liceo classico ou scientifico en Italie, comme aux A Levels &#224; sujet g&#233;n&#233;ral en Angleterre. En France l'orientation est plus souvent impos&#233;e, d'autant que le choix des options (des modules depuis la r&#233;forme Blanquer) doit tenir compte des contraintes d'admission dans l'enseignement sup&#233;rieur. Entre l'Anglais tenu d'assumer ses choix et l'Italien beaucoup moins responsabilis&#233;, le lyc&#233;en fran&#231;ais se voit exiger une r&#233;flexion continue quant aux cons&#233;quences que les choix op&#233;r&#233;s en cours de formation auront sur la suite de son parcours d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le sens global des trois curricula &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun des trois syst&#232;mes privil&#233;gie l'une des trois missions de l'ESS : le curriculum anglais valorise l'orientation ; l'italien la formation : le fran&#231;ais la s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;L'expert anglais&lt;/i&gt; Le curriculum est structur&#233; autour de la d&#233;cision d'orientation du lyc&#233;en. Aucun enseignement obligatoire : on s'embarrasse peu ici de culture commune. Pas d'orientation institutionnalis&#233;e non plus : ce sont d&#232;s lors les r&#232;gles d'admission &#224; l'universit&#233; qui disposent d'un pouvoir prescriptif. Le lyc&#233;en doit se montrer doublement expert : par les connaissances qu'il a choisi d'approfondir ; par sa capacit&#233; &#224; g&#233;rer librement ses choix et son temps d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;L'Italien &#171; cultiv&#233; &#187;&lt;/i&gt; Le &#171; liceo &#187;, lui, entend former &#224; une culture g&#233;n&#233;raliste et partag&#233;e. Les six parcours possibles (classique, scientifique, artistique, linguistique, musical, de sciences humaines) partagent un large tronc commun d'enseignements, r&#233;duisant ainsi l'impact du choix de l'un d'entre eux &#224; l'entr&#233;e de l'ESS ; et tous les enseignements qui composent un parcours donn&#233; sont obligatoires. L'acc&#232;s anticip&#233; &#224; l'universit&#233; p&#232;se peu cinq ans avant : l'enjeu est plut&#244;t d'achever le cursus, en validant ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e l'ensemble des disciplines &#233;tudi&#233;es. Les notes des trois derni&#232;res ann&#233;es sont prises en compte pour la note globale du dipl&#244;me final, la &#171; Maturit&#224; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * &lt;i&gt;Le Fran&#231;ais &#171; strat&#232;ge &#187;&lt;/i&gt; Le lyc&#233;e fran&#231;ais est centr&#233; sur la diff&#233;renciation des &#233;l&#232;ves dans des parcours hi&#233;rarchis&#233;s. La formation commune est relativement large, mais combin&#233;e au choix des voies, des s&#233;ries et/ou modules, des options, des enseignements de sp&#233;cialit&#233;. Les options sont hi&#233;rarchis&#233;es, en raison notamment des crit&#232;res d'admission dans les CPGE, qui instaurent la voie scientifique en &#171; bon chemin &#187;. Du coup l'acc&#232;s aux s&#233;ries est r&#233;gul&#233; par les enseignants, les &#233;l&#232;ves ne disposant que des options pour influencer la d&#233;cision du conseil de classe, lesquelles ne sont plus d&#232;s lors une occasion pour une formation d&#233;sir&#233;e mais l'instrument d'une strat&#233;gie de parcours. Et la compensation des notes entre disciplines pour le bac sugg&#232;re qu'il s'agit moins de valider les connaissances acquises dans chacune d'entre elles que d'&#233;tablir un classement hi&#233;rarchique de fin de parcours entre les &#233;l&#232;ves. Ici donc la s&#233;lection appara&#238;t comme le principe recteur de l'organisation du curriculum et de l'exp&#233;rience des lyc&#233;ens : les savoirs deviennent &#171; irresponsables &#187; car instrumentalis&#233;s (on choisit de travailler telle mati&#232;re non pour elle-m&#234;me mais parce qu'elle a un gros coefficient).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II &#8211; La perspective d'un lyc&#233;e unique pour la France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La comparaison des cas anglais, italien et fran&#231;ais a le grand avantage de mettre en &#233;vidence la large amplitude des modes possibles d'organisation de l'enseignement secondaire sup&#233;rieur dans des pays hautement d&#233;velopp&#233;s, dont la confrontation &#224; la litt&#233;ratie est particuli&#232;rement ancienne. Elle invite ainsi &#224; relativiser, &#224; &#171; d&#233;naturaliser &#187; la configuration fran&#231;aise, segment d'un syst&#232;me scolaire dont on sait, gr&#226;ce aux enqu&#234;tes PISA, qu'il est le plus in&#233;galitaire des pays de l'OCDE : accentuant les in&#233;galit&#233;s socioculturelles qui clivent la population, plut&#244;t que de les corriger ou simplement les att&#233;nuer. Et elle donne du m&#234;me coup un nouveau relief &#224; la proposition d'&#233;cole commune avanc&#233;e par le GRDS, laquelle vise pr&#233;cis&#233;ment &#224; assurer une profonde d&#233;mocratisation de notre syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne reviendra pas ici sur les traits g&#233;n&#233;raux du projet d'&#233;cole commune, ni sur l'argumentation soutenant sa cr&#233;dibilit&#233;, largement expos&#233;s par ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, La crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;cole commune ayant pour colonne vert&#233;brale un tronc commun d'enseignements de 2 &#224; 18 ans, le segment du secondaire sup&#233;rieur est assur&#233; par un lyc&#233;e unique, qui a vocation &#224; accueillir l'ensemble des membres des jeunes g&#233;n&#233;rations dans un m&#234;me cursus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des trois missions attribu&#233;es &#224; l'ESS, former l'esprit, s&#233;lectionner, orienter, l'&#233;cole commune ne retient que la premi&#232;re. Elle ne s&#233;lectionne pas : le curriculum est obligatoire pour tout un chacun. Elle n'oriente pas : le curriculum est con&#231;u en sorte de permettre tous les choix d'enseignement sup&#233;rieur. De leur c&#244;t&#233; les formations d'enseignement sup&#233;rieur doivent concevoir leur offre &#224; l'aune du bagage de culture commune assur&#233; par l'ESS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un programme commun d'enseignements&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport aux trois lyc&#233;es &#233;tudi&#233;s par Luisa Lombardi, la d&#233;marche port&#233;e par l'&#233;cole commune est aux antipodes de l'individualisme anglais. Elle est proche par contre du curriculum italien, par sa fa&#231;on d'organiser une communaut&#233; scolaire stable et rassurante, et d'assurer &#224; ses membres une culture largement partag&#233;e. En Italie, certes, les lyc&#233;ens doivent choisir entre six parcours possibles pour les cinq ann&#233;es de l'ESS ; et c'est dans ce choix que se joue la s&#233;lection, puisque les meilleurs sortants de l'enseignement secondaire inf&#233;rieur, et vraisemblablement les h&#233;ritiers, mieux inform&#233;s et visant plus loin, choisissent le liceo scientifico ou le liceo classico, qui pr&#233;parent le mieux &#224; l'enseignement sup&#233;rieur ; alors que les autres &#233;l&#232;ves s'autocensurent. Les effets de cette s&#233;lection sont limit&#233;s toutefois par le fait que les six parcours partagent un large tronc commun d'enseignements. L'&#233;cole commune radicalise cette logique en s'opposant &#224; toute s&#233;lection, s'en tenant &#224; un seul parcours d'enseignements communs obligatoires. Il ne s'agit l&#224;, apr&#232;s tout, que de prolonger jusqu'&#224; la fin du secondaire le principe de la diffusion d'une culture commune qui est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans le primaire et au coll&#232;ge. D'autant que ce principe ne contredit en rien la diversit&#233; des go&#251;ts et des choix de vie qui commencent &#224; se dessiner, voire &#224; s'affirmer, aux &#226;ges du lyc&#233;e fran&#231;ais (16/18 ans). Le programme d'enseignements communs peut tout &#224; fait se voir suppl&#233;ment&#233; par des formations librement choisies, approfondissant les mati&#232;res d&#233;j&#224; trait&#233;es dans le cursus commun ou abordant d'autres domaines intellectuels, culturels, artistiques ou sportifs. L'&#233;ducation nationale peut elle-m&#234;me faciliter ces compl&#233;ments de formation en incitant les &#233;tablissements &#224; s'instaurer en foyers locaux de rayonnement culturel, gr&#226;ce auxquels les lyc&#233;ens peuvent d&#233;velopper leurs capacit&#233;s dans les domaines de leur choix et tester leurs affinit&#233;s &#233;ventuelles pour telle ou telle orientation possible dans l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#233;valuations&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole commune ne note ni ne classe, mais elle &#233;value. Les notes et les classements mettent les &#233;l&#232;ves en concurrence ; les apprentissages peuvent tr&#232;s bien s'en passer, alors qu'ils ont toujours besoin d'&#233;valuations. Les notes et les classements transforment les enseignants en juges. Les &#233;valuations aussi ; mais le juge peut rester l'indispensable &#171; alli&#233; dans la place &#187; en adoptant une proc&#233;dure d'&#233;valuation qui, sans rien sacrifier de sa rigueur, contribue prioritairement &#224; la formation des &#233;l&#232;ves et se pr&#233;occupe au premier chef de donner &#224; chacun toute chance de r&#233;ussite. C'est ce type de proc&#233;dure qui convient au lyc&#233;e unique propos&#233; par le GRDS (on en trouvera une illustration tr&#232;s convaincante dans le r&#233;cent ouvrage de Nicolas Kaczmarek&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicolas Kaczmarek, Manuel contre la mise en &#233;chec scolaire, La Dispute, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Les &#233;valuations de contr&#244;le continu permettront de s'assurer que l'essentiel du programme r&#233;alis&#233; est assimil&#233; et que la progression de l'&#233;l&#232;ve au long des trois ann&#233;es peut se poursuivre. Le dipl&#244;me final (&#171; Bac de culture commune &#187;) prend acte de l'effectuation du parcours des trois ann&#233;es et a valeur de certificat d'admission dans l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation curriculaire du lyc&#233;e italien montre le chemin d'une scolarisation centr&#233;e sur la transmission des savoirs, dans laquelle la formation re&#231;ue et largement partag&#233;e &#171; assume une fin en soi &#187; (Lombardi), pr&#233;serv&#233;e des empi&#232;tements des contraintes de s&#233;lection et d'orientation. Il reste, pour parvenir &#224; un syst&#232;me scolaire v&#233;ritablement d&#233;mocratique, d'une part &#224; faire entrer la totalit&#233; des jeunes dans le secondaire sup&#233;rieur g&#233;n&#233;ral ; et d'autre part &#224; unifier ce dernier car, en Italie comme en France, le maintien de fili&#232;res diff&#233;renci&#233;es est le cheval de Troie qui rend possible l'in&#233;vitable hi&#233;rarchisation des cursus et la persistance des in&#233;galit&#233;s sociales. C'est ce que propose le GRDS.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luisa Lombardi, &lt;i&gt;Le lyc&#233;e en Angleterre, en Italie et en France&lt;/i&gt;, PU du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;La crise de l'&#233;cole et les moyens d'en sortir&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2024, ainsi que les contributions &#224; ce site, notamment dans les rubriques &lt;i&gt;&#201;cole commune &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Culture commune&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicolas Kaczmarek, &lt;i&gt;Manuel contre la mise en &#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, La Dispute, coll. L'enjeu scolaire, Paris, 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Visages du progressisme scolaire en France (1880-2021) : m&#233;ritocratie ou d&#233;mocratie ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article338</link>
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		<dc:date>2021-12-20T15:21:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Introduction &lt;br class='autobr' /&gt; Les ann&#233;es 1990 ont marqu&#233; un net infl&#233;chissement des objectifs affich&#233;s par les politiques scolaires. Celles-ci mettaient en avant jusque-l&#224; la recherche de l'&#233;galit&#233; des chances ; elles se pr&#233;occupent ensuite prioritairement, avec les politiques dites du socle commun, des conditions de sortie sur le march&#233; du travail des &#233;l&#232;ves en &#233;chec, dont le taux ne s'est pas r&#233;duit malgr&#233; les mesures de discrimination positive cens&#233;es am&#233;liorer la situation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les minist&#232;res de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH133/arton338-68296.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='133' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1990 ont marqu&#233; un net infl&#233;chissement des objectifs affich&#233;s par les politiques scolaires. Celles-ci mettaient en avant jusque-l&#224; la recherche de l'&#233;galit&#233; des chances ; elles se pr&#233;occupent ensuite prioritairement, avec les politiques dites du socle commun, des conditions de sortie sur le march&#233; du travail des &#233;l&#232;ves en &#233;chec, dont le taux ne s'est pas r&#233;duit malgr&#233; les mesures de discrimination positive cens&#233;es am&#233;liorer la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les minist&#232;res de la pr&#233;sidence Hollande se sont av&#233;r&#233;s particuli&#232;rement d&#233;cevants. Celui de Vincent Peillon a pr&#233;par&#233; une version sociale-d&#233;mocrate du socle, dite de &#171; refondation &#187;, mais dont les diff&#233;rences avec le socle Fillon se sont av&#233;r&#233;es finalement assez modestes ; et promulgu&#233; une r&#233;forme des rythmes scolaires dont on cherche toujours l'apport positif &#224; une &#233;cole d&#233;mocratique. Celui de Najat Vallaud Belkacem s'est signal&#233; par une r&#233;forme des enseignements du coll&#232;ge inspir&#233;e de pr&#233;ceptes p&#233;dagogiques qui ont fait la preuve de leur impuissance depuis les ann&#233;es 1960, r&#233;forme impos&#233;e malgr&#233; l'hostilit&#233; majoritaire des enseignants concern&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, Les enjeux cach&#233;s de &#171; l'interdisciplinarit&#233; &#187; au coll&#232;ge, 2015, .&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le minist&#232;re Blanquer s'est lanc&#233; pour sa part dans une offensive ouvertement lib&#233;rale et anti-d&#233;mocratique, visant &#224; transformer les &#233;tablissements scolaires en entreprises concurrentielles dot&#233;es d'autonomie et d'un directeur statutaire en position de choisir ses enseignants ; &#224; intensifier par l'instauration des lyc&#233;es modulaires une concurrence entre les &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es qui ne peut que favoriser les &#171; h&#233;ritiers &#187; ; &#224; rendre plus difficile aux autres l'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur par la transformation du bac et la mise en oeuvre de Parcoursup ; &#224; soumettre &#233;troitement les formations courtes au patronat en promouvant l'apprentissage pr&#233;coce et en limitant les enseignements g&#233;n&#233;raux dans les fili&#232;res professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;tier enseignant est fortement affect&#233;. Le travail intellectuel et culturel des professeurs est d&#233;valoris&#233; par la politique p&#233;dagogique des &#171; comp&#233;tences &#187;, par la r&#233;duction du temps r&#233;el d'enseignement en classe, par la charge chronophage des proc&#233;dures bureaucratiques impos&#233;es, par le bac &#171; &#224; la carte &#187; qui autorise toutes les d&#233;magogies &#233;valuatives locales, par la baisse des salaires : le sens du m&#233;tier est remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indispensable, la r&#233;sistance syndicale &#224; cette offensive est rendue particuli&#232;rement difficile par le contexte politique : affaiblissement de la gauche, puissance concentr&#233;e des m&#233;dias dominants, recours des responsables gouvernementaux aux diversions les plus d&#233;brid&#233;es (imputations d'islamogauchisme et autres wokismes), etc. Dans une telle situation une posture purement d&#233;fensive a toutes chances d'&#234;tre entendue comme une intention de retour &#224; l'ordre scolaire ant&#233;rieur : perspective &#224; vrai dire peu susceptible de d&#233;clencher de grands enthousiasmes. Notre syst&#232;me &#233;ducatif n'est pas en bonne sant&#233; tant les in&#233;galit&#233;s scolaires qui l'affectent sont importantes, persistantes, et impactent le travail d'enseignants qui se sentent en difficult&#233; face &#224; l'&#233;chec des uns et aux m&#233;diocres performances des autres. Et les choses ne sont pas all&#233;es s'am&#233;liorant au fil des d&#233;cennies. En apparence tout va bien : les &#233;l&#232;ves vont de plus en plus loin dans le cursus, la courbe du nombre de bacheliers grimpe comme jamais, le nombre des mentions obtenues explose. En r&#233;alit&#233; la courbe des acquisitions cognitives effectives suit une pente sym&#233;triquement inverse : depuis 1985 le niveau de ces acquisitions, &#233;valu&#233;es par la DEPP-MEN &#224; l'entr&#233;e et &#224; la sortie du coll&#232;ge en fran&#231;ais et en maths, ne cesse de baisser dans des proportions impressionnantes ; et si cette baisse est plus forte pour les &#233;l&#232;ves des milieux populaires, elle touche aussi les enfants de cadres et d'intellectuels. Seul un essor (malheureux) de la tol&#233;rance &#224; l'ignorance au sein m&#234;me de l'institution vou&#233;e &#224; la combattre peut expliquer la coexistence de ces deux courbes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire, 2020, .&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps d&#232;s lors, pour les partisans de la d&#233;mocratisation scolaire, et plus largement pour les d&#233;fenseurs du service public d'&#233;ducation, non seulement de stopper l'h&#233;morragie, mais de se tourner r&#233;solument vers l'avenir, un autre avenir que celui qu'on nous pr&#233;pare aujourd'hui, d'en mettre &#224; plat les modalit&#233;s possibles et de les soumettre au d&#233;bat le plus large. Les observations qui suivent s'int&#233;ressent en ce sens aux traits marquants de l'histoire du progressisme scolaire en France. Savoir d'o&#249; l'on vient pour mieux penser o&#249; l'on peut aller.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La vis&#233;e d'une &#233;cole unique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Troisi&#232;me R&#233;publique h&#233;rite d'un double syst&#232;me de scolarisation : celui des lyc&#233;es napol&#233;oniens, qui prennent eux-m&#234;mes la suite des coll&#232;ges d'Ancien R&#233;gime ; et celui de l'enseignement primaire d&#233;fini par la loi Guizot de 1833, qui prolonge le r&#233;seau des petites &#233;coles, paroissiales et communales, lesquelles commencent &#224; essaimer en France d&#232;s le 16&#232;me si&#232;cle. La structuration et l'&#233;volution de ces deux r&#233;seaux ne remettront pas en cause leur s&#233;paration. Chacun a son administration propre, ses r&#232;gles de fonctionnement, ses b&#226;timents, son corps enseignant... et ses publics, qui ne se croisent pas : les enfants de l'&#233;lite fr&#233;quentent le secondaire, qui commence en 11&#232;me (CP) au petit lyc&#233;e, et donne acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur ; les enfants du peuple entrent &#224; l'&#233;cole primaire, gratuite, qui ne pr&#233;pare pas &#224; l'examen d'entr&#233;e en 6&#232;me mais au Certificat d'&#233;tudes, les meilleurs d'entre eux pouvant postuler &#224; l'enseignement primaire sup&#233;rieur et pr&#233;parer &#233;ventuellement l'&#233;cole normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cloisonnement revient &#224; vouer chaque milieu social &#224; un destin scolaire pr&#233;d&#233;fini &#8211; de fait, la proportion d'enfants des classes populaires entrant dans le secondaire s'av&#232;re statistiquement infime. Des ann&#233;es 1880 &#224; la guerre, l'id&#233;e que les meilleurs &#233;l&#232;ves du primaire seraient aptes &#224; suivre un cursus secondaire, et le principe conjoint d'un acc&#232;s pour eux libre et gratuit aux &#233;tudes lyc&#233;ennes, se frayent un chemin difficile et tr&#232;s minoritaire, port&#233;es par quelques intellectuels et responsables politiques, tel Ferdinand Buisson, comme par les instituteurs syndicalistes. L'objectif d'une &#233;cole assurant &#171; l'&#233;galit&#233; des enfants devant l'instruction &#187; et permettant &#171; la s&#233;lection des v&#233;ritables capacit&#233;s &#187; est n&#233;anmoins clairement formul&#233; &#224; la Chambre d&#232;s 1901 par un groupe de d&#233;put&#233;s socialistes et radicaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie ici &#224; l'excellent travail, inform&#233; et rigoureux, de Jean-Michel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette revendication prendra une nouvelle ampleur au sortir de la guerre, particuli&#232;rement port&#233;e par un groupe de jeunes professeurs du secondaire et du sup&#233;rieur, qui adoptent comme pseudonyme collectif &#171; Les Compagnons de l'universit&#233; nouvelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers ouvrent en grand le d&#233;bat moderne autour du principe m&#233;ritocratique d'une &#233;cole juste. Ils plaident en 1919 pour &#171; un enseignement d&#233;mocratique &#187;, au service d'une soci&#233;t&#233; &#171; o&#249; la seule hi&#233;rarchie est celle du m&#233;rite ou de l'utilit&#233; &#187;. La revendication m&#233;ritocratique a un grand avantage. Elle peut &#234;tre l&#233;gitim&#233;e &#224; la fois par des arguments d'ordre &#233;thique (assurer une v&#233;ritable d&#233;mocratie) et d'ordre socio&#233;conomique (garantir au pays le concours des meilleurs quelle que soit leur origine sociale). Elle peut &#234;tre soutenue en ce sens de gauche comme de droite. C'est bien le cas des Compagnons dont les membres se r&#233;clament les uns de la premi&#232;re, les autres de la seconde. Et de fait leur plaidoyer r&#233;f&#232;re tant&#244;t &#224; un principe de justice (&#034;Un peuple qui s'est uni dans la guerre ne peut &#234;tre divis&#233; dans la paix (...) Les p&#232;res ont veill&#233; dans les m&#234;mes tranch&#233;es, partout o&#249; cela est r&#233;alisable, les fils peuvent s'asseoir sur les m&#234;mes bancs.&#034;), tant&#244;t &#224; des raisons de pure efficacit&#233; pratique : au sortir de la guerre, la France a besoin de reconstituer ses &#233;lites dirigeantes, qu'il s'agit de recruter dans l'ensemble des classes sociales, et pas seulement dans le vivier trop &#233;troit du seul enseignement secondaire (qui n'accueille alors qu'environ 3% des jeunes g&#233;n&#233;rations). Ils se prononcent pour une &#171; &#233;cole unique &#187; gratuite &#224; tous les niveaux, l'unification du primaire qui deviendrait pour tous la prop&#233;deutique du secondaire, et... l'int&#233;riorisation d'une s&#233;lection qu'assurait jusque-l&#224; le cloisonnement des r&#233;seaux de scolarisation primaire et primaire sup&#233;rieur vs secondaire : &#171; L'enseignement d&#233;mocratique sera en m&#234;me temps un proc&#233;d&#233; de s&#233;lection. Le ma&#238;tre a pour premier devoir de discerner les vocations, d'en encourager l'&#233;closion (...) Tout enfant peut avoir acc&#232;s &#224; l'universit&#233;. &#171; Place au talent ! Place aux meilleurs !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Compagnons, L'universit&#233; nouvelle, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Compagnons esquissent ainsi les traits g&#233;n&#233;raux de &#171; l'&#233;cole unique &#187;. R&#233;cusant par principe toute entrave administrative &#224; l'acc&#232;s des bons &#233;l&#232;ves, quelle que soit leur origine sociale, aux meilleurs cursus, accueillant tous les enfants en leur donnant des chances de r&#233;ussite identiques, elle a quatre cons&#233;quences. L'int&#233;riorisation d'abord des fili&#232;res, qui vont remplacer les r&#233;seaux de scolarisation, car l'&#233;cole unique ne supprime pas la diff&#233;renciation des cursus. L'int&#233;riorisation ensuite de la s&#233;lection : ce qui comptait jusque-l&#224; &#233;tait de savoir dans quelle &#233;cole on entrait ; l'&#233;cole unique, elle, accueille sans distinction, le tout est d&#233;sormais de savoir comment on en sort. Puis la mise en concurrence, par l&#224;-m&#234;me, des &#233;l&#232;ves : qui seront les exclus, et qui seront les heureux &#233;lus des cursus les plus valoris&#233;s ? Et enfin une forte transformation de la professionnalit&#233; enseignante : le ma&#238;tre n'a plus pour &#171; premier devoir &#187; d'enseigner mais, selon les Compagnons, de &#171; discerner les vocations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Plan Langevin-Wallon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole unique ne conna&#238;tra un d&#233;but de r&#233;alisation qu'avec le d&#233;cret Berthoin de 1959, quatre d&#233;cennies plus tard. Le cloisonnement du primaire et du secondaire avait entretemps perdu de sa rigueur, du fait notamment de l'&#233;tablissement de la gratuit&#233; des lyc&#233;es en 1930&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gratuit&#233; qui devait leur permettre de faire face aux d&#233;ficits de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parall&#232;lement le projet de leur unification avait beaucoup chemin&#233;, port&#233; par la gauche syndicale et intellectuelle, face &#224; ceux qui d&#233;fendent l'autonomie et de l'enseignement technique, et de l'enseignement secondaire classique. Le physicien Paul Langevin, membre du PCF et partisan de l'&#233;ducation nouvelle, est port&#233; en 1929 &#224; la pr&#233;sidence de l'association des Compagnons, qui a repris les orientations et l'intitul&#233; du groupe des Compagnons de 1919. L'&#233;quipe de Jean Zay qui acc&#232;de au minist&#232;re en 1936 et porte l'obligation scolaire &#224; 14 ans est critique du caract&#232;re &#233;litiste et trop classique de l'enseignement secondaire ; et pr&#233;pare un programme de r&#233;organisation d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif. Inquiets cependant du risque qu'un libre acc&#232;s aux &#233;tudes longues d&#233;bouche sur une surproduction d'intellectuels qui ne trouveraient pas d'emplois, ils se pr&#233;occupent au premier chef de ce qui peut le pr&#233;venir : la mise en place d'un processus efficace de s&#233;lection des &#233;l&#232;ves en fonction de leurs &#171; aptitudes &#187;, et lancent &#224; la rentr&#233;e de 1937 d&#233;part une exp&#233;rimentation de quelques centaines de &#171; classes d'orientation &#187; pratiquant les m&#233;thodes actives, qui dispara&#238;tront &#224; la rentr&#233;e 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte d'espoir et d'audace de la Lib&#233;ration permet aux intellectuels progressistes qui s'y &#233;taient investis avant-guerre, Paul Langevin, Henri Wallon, Gustave Monod notamment, de reprendre le projet d'&#233;cole unique. Le Rapport remis par la Commission constitu&#233;e en 1944 et pr&#233;sid&#233;e par Langevin se r&#233;f&#232;re non pas d'abord &#224; une exigence &#233;conomique, mais &#224; un &#171; principe de justice &#187;, celui de la possibilit&#233; donn&#233;e &#224; chacun de faire la preuve de son talent jusqu'au maximum de ses &#171; aptitudes &#187;, gr&#226;ce au caract&#232;re d&#233;mocratique de la scolarisation. Pr&#233;conisant en outre le report &#224; 18 ans de l'obligation scolaire (qui avait &#233;t&#233; port&#233;e &#224; 14 ans par le Front Populaire, dix ann&#233;es plus t&#244;t seulement), il conf&#232;re &#224; ses propositions une tonalit&#233; g&#233;n&#233;rale &#171; &#233;mancipatoire &#187; : des &#233;tudes longues pour tous, au sein d'une &#233;cole unique qui rassemble les enfants du peuple et ceux de l'&#233;lite. Le Plan devient ainsi, pour longtemps, l'horizon du progressisme scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, le Plan pr&#233;voit que tous les &#233;l&#232;ves suivent &#224; l'identique les deux premiers cycles du cursus : 3 &#224; 11 ans et 11 &#224; 15 ans. Le second doit permettre de former le citoyen et le travailleur, et en m&#234;me temps de d&#233;terminer l'orientation des &#233;l&#232;ves. Ceux-ci seraient ensuite en effet ventil&#233;s entre les fili&#232;res constitutives du troisi&#232;me cycle : &#171; &#233;tudes th&#233;oriques &#187;, pour former les futurs responsables ; &#171; &#233;tudes professionnelles &#187; &#171; destin&#233;es &#224; fournir les cadres moyens de la production &#187; ; &#171; &#233;tudes pratiques (apprentissage) &#187;, pour former les ex&#233;cutants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les membres de la Commission du Plan, deux contraintes justifient l'introduction du processus de s&#233;lection/orientation dans le second cycle. La n&#233;cessit&#233;, d'abord, de r&#233;pondre aux besoins diff&#233;renci&#233;s du march&#233; du travail. La recherche de l'ad&#233;quation entre la formation et l'emploi a marqu&#233; les d&#233;bats au sein de la Commission, sans r&#233;sultats tr&#232;s clairs semble-t-il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le d&#233;pouillement des proc&#232;s-verbaux des r&#233;unions de la Commission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celle-ci faisant ainsi l'exp&#233;rience du caract&#232;re &#171; introuvable &#187; de la relation formation/emploi, qui ne sera reconnu que bien plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucie Tanguy (dir.), L'introuvable relation formation-emploi, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre contrainte tient &#224; la capacit&#233; des &#233;l&#232;ves &#224; suivre un cursus long et ambitieux. Les membres de la Commission s'inqui&#232;tent de ce que des &#233;tudes prolong&#233;es soient inaccessibles &#224; une proportion importante d'&#233;l&#232;ves. C'est bien s&#251;r la fili&#232;re lyc&#233;enne des &#171; &#233;tudes th&#233;oriques &#187; qui suscite le plus d'interrogations. Roger Gal, secr&#233;taire adjoint de la Commission et proche de Langevin, note &#224; cet &#233;gard dans un article de 1946 : &#171; C'est un fait que la nature de la plupart des individus les pr&#233;dispose &#224; des activit&#233;s pratiques et professionnelles bien plus qu'&#224; des activit&#233;s th&#233;oriques et intellectuelles abstraites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;ducation nationale, n&#176;5, janvier 1946, art. cit&#233; par J-M Chapoulie.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ces inqui&#233;tudes peuvent se comprendre : l'enseignement secondaire n'est alors fr&#233;quent&#233; que par une toute petite minorit&#233; d'&#233;l&#232;ves (en 1946, seuls 5% de la cohorte ont d&#233;croch&#233; un bac) ; et dans l'enseignement primaire, seul un &#233;l&#232;ve sur deux obtient le CEP. Pas loin au total d'un jeune Fran&#231;ais sur deux sort de l'&#233;cole sans aucun dipl&#244;me. Difficile, dans ces conditions, d'imaginer le bac pour tous &#224; 18 ans...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne dispose pas alors de statistiques pr&#233;cises et fiables concernant les in&#233;galit&#233;s scolaires, l'on sait bien que les difficult&#233;s d'apprentissage se concentrent sur les enfants d'origine populaire, au-del&#224; m&#234;me dit-on de la proportion parmi eux de &#171; retard&#233;s &#187; ou d'&#171; anormaux &#187;. Quelques ann&#233;es plus tard, Roger Gal &#233;crira : &#171; Chacun admet que le malheur d'&#234;tre n&#233; dans un milieu in&#233;duqu&#233; se remarque au plan du langage par toutes sortes d'inf&#233;riorit&#233;s, mais l'on sait moins que la m&#233;moire est, d'apr&#232;s certaines &#233;tudes, handicap&#233;e en moyenne dans la proportion de 30% par ces m&#234;mes conditions. Et (...) l'&#233;chelle verbale des &#233;l&#232;ves des centres d'apprentissage est tr&#232;s inf&#233;rieures &#224; celle des lyc&#233;ens du m&#234;me &#226;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roger Gal, &#171; &#201;ducation et d&#233;mocratie &#187;, Esprit, n&#176; 215, 1954, cit&#233; par J-M (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cole unique, &#233;galit&#233; des chances, report &#224; 18 ans de l'obligation scolaire : les r&#233;formes structurelles propos&#233;es par la Commission (je n'&#233;voque pas ici les pr&#233;conisations du Plan en mati&#232;re de contenus et de pratiques d'enseignement, favorables aux p&#233;dagogies actives et &#224; l'&#233;ducation nouvelle) sont de nature &#224; ouvrir les &#233;tudes longues et l'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur aux meilleurs &#233;l&#232;ves des classes populaires ; et &#224; permettre aux autres d'&#233;chapper &#224; l'exploitation pr&#233;coce du travail, tout en formant et certifiant leur qualification professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s loin d'&#234;tre n&#233;gligeable... sans pour autant repr&#233;senter, dans le contexte de la Lib&#233;ration, une avanc&#233;e aussi radicale et r&#233;volutionnaire que celle de l'institution de la S&#233;curit&#233; sociale g&#233;r&#233;e par les travailleurs. Le Plan Langevin-Wallon est une version de gauche de l'&#233;cole de l'&#233;galit&#233; des chances, comme la r&#233;forme engag&#233;e par la 5&#232;me R&#233;publique en sera, douze ans plus tard, une version de droite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Plan Langevin-Wallon et l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est avec la 5&#232;me R&#233;publique qu'advient enfin l'instauration effective d'une &#233;cole unique, quelque quatre-vingt ans apr&#232;s que l'id&#233;e ait commenc&#233; d'en germer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait remonter plus loin et &#233;voquer le projet d'&#233;cole commune de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;cret sign&#233; par le ministre Berthoin en 1959 pose les bases d'une recomposition d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif qui s'ach&#232;vera, au choix, en 1975 avec l'instauration du coll&#232;ge unique par le ministre Haby, ou bien en 1985 sous le minist&#232;re Chev&#232;nement avec la cr&#233;ation du bac pro, lequel assure &#224; l'enseignement professionnel un parcours continu&#233; jusqu'au terme du secondaire, &#224; l'instar de l'enseignement technologique et de l'enseignement g&#233;n&#233;ral. L'obligation scolaire est port&#233;e &#224; 16 ans ; les petites classes des lyc&#233;es sont supprim&#233;es ; leurs classes moyennes seront int&#233;gr&#233;es dans l'ordre des coll&#232;ges, comme ce qui restait de l'enseignement primaire sup&#233;rieur ; l'examen d'entr&#233;e en 6&#232;me est supprim&#233;. &#192; partir de 1973, &#224; l'issue de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, tout le monde entre au coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;cole est dot&#233;e des traits essentiels que lui pr&#234;taient les Compagnons. Accueillant tous les enfants, elle a pris en charge leur s&#233;lection et leur ventilation entre les trois fili&#232;res. Exigeant une &#233;valuation et un classement pr&#233;coces et syst&#233;matiques des &#233;l&#232;ves, la responsabilit&#233; de l'orientation est assur&#233;e par les professeurs et les conseils de classe. L'impact de l'exigence de tri va se faire sentir &#224; tous les niveaux des pratiques enseignantes, comme le montre une diversit&#233; d'observations empiriques. Et il se traduira du m&#234;me coup par une pression nouvelle sur les &#233;l&#232;ves ainsi mis en concurrence, pression qui ira croissant au fil de la massification des &#233;tages sup&#233;rieurs du cursus. Au point que l'adolescence de ceux qui souhaitent r&#233;ussir leurs &#233;tudes est &#171; devenue un champ de bataille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael J. Sandel, La Tyrannie du m&#233;rite, Albin Michel, Paris, 2021, p. 95.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les gagnants ont bien du m&#233;rite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;cole avait d&#232;s le d&#233;part une vis&#233;e &#233;troitement s&#233;lective. Il s'agissait de r&#233;pondre aux exigences patronales en &#233;levant le niveau g&#233;n&#233;ral de formation initiale des jeunes g&#233;n&#233;rations, mais s&#251;rement pas de favoriser l'acc&#232;s du plus grand nombre aux savoirs &#233;labor&#233;s en remettant en cause les hi&#233;rarchies sociales. La r&#233;forme n'a pas vocation, &#233;crit le ministre Berthoin, de permettre &#224; des milliers de jeunes qui n'ont rien &#224; y faire d'envahir le lyc&#233;e. De Gaulle lui-m&#234;me pr&#244;nait l'entr&#233;e pour tous au coll&#232;ge, mais souhaitait une barri&#232;re infranchissable &#224; l'entr&#233;e des lyc&#233;es. On sait combien, une fois les vannes ouvertes, la pression des familles pour que leurs enfants b&#233;n&#233;ficient d'&#233;tudes longues a &#233;t&#233; forte. La mani&#232;re des ministres de la 5&#232;me R&#233;publique d'y faire face rel&#232;ve du judo plus que de la boxe. L'&#233;lan des enfants des milieux populaires et des petites classes moyennes fut canalis&#233; vers les voies de d&#233;rivation de l'enseignement technologique et de l'enseignement professionnel. La chronologie des modifications du dispositif est instructive : &#224; chaque fois qu'un seuil nouveau du cursus devient accessible aux nouveaux publics du secondaire, une nouvelle fili&#232;re est ouverte pour les accueillir. C'est le cas de la cr&#233;ation de la fili&#232;re technique dans le contexte de la premi&#232;re explosion scolaire des ann&#233;es 1960 ; puis de la r&#233;organisation de la fili&#232;re professionnelle dans le contexte de la seconde explosion scolaire initi&#233;e par le minist&#232;re Chev&#232;nement (1985-1995). Et l'on voit aujourd'hui le ministre Blanquer s'efforcer d'une main d'am&#233;liorer l'efficience de la formation &#233;l&#233;mentaire, et s'attacher de l'autre &#224; en pr&#233;venir les effets potentiels en r&#233;formant les &#233;tudes lyc&#233;ennes et le bac dans le sens le plus s&#233;lectif qui soit : lui non plus ne souhaite pas &#171; l'invasion &#187; des meilleurs parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette version malthusienne de l'&#233;cole unique n'en a pas moins eu des effets d&#233;mocratiques peu contestables puisqu'aujourd'hui de tr&#232;s nombreux enfants d'ouvriers, de petits agriculteurs ou d'employ&#233;s peuvent acc&#233;der &#224; l'enseignement sup&#233;rieur. Les in&#233;galit&#233;s scolaires se sont pour autant maintenues &#224; un niveau tr&#232;s &#233;lev&#233; : la s&#233;lection h&#233;ritocratique n'a gu&#232;re &#233;t&#233; mise en cause&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;62% des enfants d'ouvriers non qualifi&#233;s obtiennent aujourd'hui un bac... (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On est simplement pass&#233;, de la 3&#232;me &#224; la 5&#232;me R&#233;publique, d'une s&#233;lection sociale assez radicalement m&#233;canique &#224; une s&#233;lection plus souple des &#233;l&#232;ves en fonction de leurs &#171; chances &#187;, mais tout aussi marqu&#233;e socialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait identifier cette modalit&#233; d'&#233;cole unique &#224; une sorte de r&#233;alisation du Plan Langevin-Wallon. Aux vis&#233;es prioritairement utilitaristes et professionnalisantes de la premi&#232;re, ce dernier oppose l'ambition que soit transmise &#224; tous &#171; une large et solide culture (qui) lib&#232;re l'homme des &#233;troites limites du technicien &#187;. Ce qui passe par la diffusion par les m&#233;thodes actives de contenus d'enseignement rompant avec le formalisme de l'enseignement classiquement propos&#233; &#224; l'&#233;lite, ouverts sur les sciences et techniques ainsi que sur la vie sociale et le monde, contribuant par l'instruction civique &#224; former des citoyens, maintenant une dose significative de culture g&#233;n&#233;rale dans les cursus professionnalisants. Pour aider les familles &#224; maintenir leurs enfants &#224; l'&#233;cole jusqu'&#224; 18 ans, le Plan pr&#233;conise la distribution de bourses au coll&#232;ge, l'affectation d'un pr&#233;-salaire au lyc&#233;e, et en milieu rural la construction de coll&#232;ges et l'organisation du ramassage scolaire. Il pr&#233;voit &#233;galement une mesure susceptible de limiter drastiquement la concurrence entre les &#233;l&#232;ves : la suppression pure et simple des classements et des examens ! La ventilation des &#233;l&#232;ves entre les fili&#232;res ne s'op&#232;rera plus d&#232;s lors par la notation des performances, mais par l'identification de leurs &#171; aptitudes &#187;. L'orientation est ainsi confi&#233;e, dans les classes d'observation et d'orientation du coll&#232;ge, &#224; des ma&#238;tres &#171; instruits de la connaissance de la psychologie des jeunes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un horizon en commun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc deux versions d'&#233;cole unique aux vis&#233;es sociopolitiques incontestablement divergentes, oppos&#233;es sur bien des points. Il leur reste n&#233;anmoins d'&#234;tre deux versions, deux &#233;laborations issues d'un m&#234;me principe, celui d'une &#233;cole de l'&#233;galit&#233; des chances, et h&#233;riti&#232;res d'une m&#234;me inspiration, l'&#233;thique m&#233;ritocratique r&#233;publicaine, qui entend faire place &#224; la promotion scolaire des meilleurs. Trois &#233;l&#233;ments les rapprochent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;occupation d'abord de la promotion des meilleurs, qui conduit &#224; organiser l'ensemble du dispositif de scolarisation autour des proc&#233;dures d'identification des capacit&#233;s intellectuelles des &#233;l&#232;ves. L'importance accord&#233;e &#224; cet objectif proc&#232;de d'une conviction forte : ces capacit&#233;s sont in&#233;galement distribu&#233;es ; et leur distribution n'est pas r&#233;ductible &#224; l'appartenance sociale car, en derni&#232;re instance, elles sont donn&#233;es en nature. C'est ce qu'indique le recours omnipr&#233;sent &#224; la notion d'&#171; aptitude &#187;, cit&#233;e 23 fois dans les quatre pages des attendus du d&#233;cret Berthoin de 1959, et d'un usage r&#233;current dans le Plan Langevin-Wallon. Certes ce dernier se soucie de limiter autant que faire se peut l'impact du donn&#233; naturel, en soulignant que l'&#233;cole doit permettre &#171; la mise en valeurs des aptitudes &#187;, le d&#233;veloppement de chacun jusqu'au maximum de ses aptitudes. Il reste que ces derni&#232;res apparaissent toujours comme un pr&#233;alable : jamais, que ce soit chez Berthoin ou dans le Plan Langevin-Wallon, elles ne sont pens&#233;es comme le produit d'une histoire, et notamment d'une histoire scolaire. L'&#233;cole subit les aptitudes, elle ne les forme pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second &#233;l&#233;ment commun, l'organisation de fili&#232;res diff&#233;renci&#233;es dans le secondaire, afin d'offrir un cursus ad&#233;quat &#224; chaque type d'aptitudes (ou de &#171; pr&#233;dispositions &#187;, pour reprendre la formule de Roger Gal cit&#233;e ci-dessus). L'organisation propos&#233;e par le Plan Langevin-Wallon (&#233;tudes th&#233;oriques/professionnelles/pratiques) est calqu&#233;e sur les fili&#232;res alors existantes. Chacune d'entre elles voit son cursus &#233;tendu jusqu'&#224; 18 ans et se voit dot&#233;e d'un enseignement de culture g&#233;n&#233;rale : quelle que soit la voie choisie, chaque &#233;l&#232;ve a droit &#224; &#171; d'&#233;gales possibilit&#233;s de d&#233;veloppement &#187;, sachant que toutes les t&#226;ches sociales rel&#232;vent d'&#171; une &#233;gale dignit&#233; &#187; et qu'il convient de reconna&#238;tre &#171; la haute valeur mat&#233;rielle et morale des activit&#233;s manuelles, de l'intelligence pratique, de la valeur technique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#233;l&#233;ment commun, la mise en place des proc&#233;dures d'&#233;valuation/observation et d'orientation qui vont permettre de ventiler les &#233;l&#232;ves entre les trois fili&#232;res. Ces sont les enseignants de l'&#233;cole moyenne (du second cycle pour le Plan Langevin-Wallon, du coll&#232;ge pour l'&#233;cole de la 5&#232;me R&#233;publique) &#224; qui revient la charge des d&#233;cisions d'orientation. La l&#233;gitimit&#233; de ces d&#233;cisions appara&#238;t dans les deux cas comme un point crucial. Pour le Plan Langevin-Wallon il s'agit &#224; cette fin de doter les enseignants d'une &#171; p&#233;dagogie de l'orientation &#187; et de r&#233;elles connaissances psychologiques. C'est bien pour d&#233;gager les lin&#233;aments de cette p&#233;dagogie de l'orientation &#171; que nous n'avons pas &#187; qu'est lanc&#233;e la fameuse exp&#233;rimentation des &#171; classes nouvelles &#187; (1945/1951) qui, au niveau du coll&#232;ge, ont pr&#233;cis&#233;ment en charge l'orientation des &#233;l&#232;ves, comme c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas des classes exp&#233;rimentales &#171; d'observation &#187; instaur&#233;es par Jean Zay quelques ann&#233;es auparavant (1937-1939). Du c&#244;t&#233; de l'&#233;cole unique 5&#232;me R&#233;publique, la conception de la proc&#233;dure d'&#233;valuation/orientation est plus quantitative que qualitative, s'appuyant sur les notes et le classement des &#233;l&#232;ves ; mais l'on retrouve le m&#234;me souci de la l&#233;gitimer par des mesures susceptibles de mieux garantir l'&#233;galit&#233; des chances en soutenant les &#233;l&#232;ves les plus m&#233;ritants : mise en place du coll&#232;ge unique (1975)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Haby, pr&#233;sentant la loi unifiant le coll&#232;ge, le souligne : &#171; Faire en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, promotion de p&#233;dagogies diff&#233;renci&#233;es et cens&#233;es adapt&#233;es aux milieux populaires, attribution de bourses, adoption de la discrimination positive avec la cr&#233;ation des ZEP (1981). Dans l'enseignement sup&#233;rieur, les IPES (1956-1978) ont favoris&#233; l'acc&#232;s au professorat du secondaire de toute une g&#233;n&#233;ration de &#171; m&#233;ritants &#187; : l'ouverture du recrutement de Sciences Po aux meilleurs lyc&#233;ens des ZEP (2001) s'inscrit dans la lign&#233;e de cette politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les limites de l'&#233;cole m&#233;ritocratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique a eu le temps de produire tous ses effets. Ses promoteurs annon&#231;aient deux objectifs et une r&#233;serve. Les objectifs : assurer l'essor des formations initiales afin de soutenir le d&#233;veloppement &#233;conomique ; et ouvrir &#224; cette fin la possibilit&#233; d'&#233;tudes longues &#224; des cat&#233;gories sociales qui en &#233;taient exclues jusque-l&#224;, en recrutant au m&#233;rite et non plus en fonction de l'appartenance &#224; l'&#233;lite. La r&#233;serve : la r&#233;alisation de ces objectifs ne doit pas conduire &#224; encombrer les &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me &#233;ducatif par un trop grand nombre de nouveaux arrivants. Six d&#233;cennies plus tard, le programme est assez bien r&#233;alis&#233;. L'essor des scolarit&#233;s est vertigineux, et il tient essentiellement aux prolongations d'&#233;tudes dans les classes moyennes et populaires. Pour autant les meilleurs parcours, ceux qui d&#233;bouchent sur les positions de pouvoir, ont &#233;t&#233; farouchement pr&#233;serv&#233;s et accueillent toujours les enfants de l'&#233;lite : la m&#233;ritocratie n'a gu&#232;re port&#233; atteinte &#224; ce qu'il faut bien qualifier d'h&#233;ritocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Paul Pasquali, H&#233;ritocratie. Les &#233;lites, les grandes &#233;coles et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et du m&#234;me coup, le projet mis en avant par le ministre Berthoin, consistant &#224; substituer les aptitudes &#224; l'appartenance de classe au principe du recrutement des parcours d'excellence, s'est av&#233;r&#233; largement illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en oeuvre du Plan Langevin-Wallon aurait-elle conduit &#224; un r&#233;sultat tr&#232;s diff&#233;rent ? Pour le moins, elle se serait heurt&#233;e &#224; deux difficult&#233;s. La premi&#232;re concerne l'orientation, qui a d'ailleurs constitu&#233; l'&#233;cueil essentiel sur lequel a achopp&#233; l'exp&#233;rience des classes nouvelles. Les membres de la Commission du Plan ont conscience de ne pas disposer ne serait-ce que d'une amorce de ce que pourrait &#234;tre une p&#233;dagogie de l'orientation susceptible d'identifier les aptitudes des &#233;l&#232;ves. &#171; La recherche des aptitudes est encore embryonnaire &#187;, &#233;crit une inspectrice g&#233;n&#233;rale impliqu&#233;e dans la mise en oeuvre des classes nouvelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233;e par J-M Chapoulie, op. cit&#233;.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Non sans raison : on sait mieux aujourd'hui qu'autant poursuivre une chim&#232;re. Il &#233;tait certes possible de chercher &#224; s'appuyer sur la tradition des tests psychom&#233;triques initi&#233;e par Binet et Simon d&#232;s 1905. Autant cependant que d'&#233;valuations quantifi&#233;es de l'intelligence, l'orientation scolaire a besoin d'indicateurs plus qualitatifs. La notion d'aptitude est d'ailleurs cens&#233;e subsumer &#224; la fois un niveau et une forme d'intelligence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons-nous &#224; ce sujet la remarque de Roger Gal cit&#233;e ci-dessus : &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Faut-il rappeler &#224; cet &#233;gard qu'Alfred Binet lui-m&#234;me s'int&#233;ressait &#224; toutes les dimensions de la personnalit&#233;, esp&#233;rant pouvoir &#233;laborer des &#171; types psychologiques &#187;, et appelant de ses voeux une psychologie susceptible d'appr&#233;hender les formes les plus qualitatives des aptitudes enfantines... mais qu'il a fini par renoncer &#224; pr&#233;dire l'orientation professionnelle la plus souhaitable pour ses propres filles ? Le probl&#232;me d'une &#171; orientation par les aptitudes &#187; n'est toujours pas r&#233;solu quatre d&#233;cennies plus tard : il fut &#224; la fois au coeur des pr&#233;occupations des classes d'orientation de Jean Zay comme des classes nouvelles de Gustave Monod, et la limite essentielle de leur exp&#233;rimentation. Il n'aurait certainement pas trouv&#233; davantage de solution dans le cadre d'une mise en oeuvre du Plan &#224; l'&#233;chelle nationale. &#192; d&#233;faut il aurait bien fallu r&#233;introduire notes et examens pour conf&#233;rer quelque l&#233;gitimit&#233; aux d&#233;cisions d'orientation... lesquelles d&#232;s lors auraient essentiellement traduit, comme dans l'&#233;cole de la 5&#232;me R&#233;publique, le poids des in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde difficult&#233; tient &#224; la volont&#233; affirm&#233;e par le Plan de conf&#233;rer une &#171; &#233;gale dignit&#233; &#187; aux sections (th&#233;orique/professionnelle/pratique) propos&#233;es &#224; l'orientation des &#233;l&#232;ves. La Commission en est bien consciente : il faut pour y parvenir &#233;tablir &#171; l'&#233;gale dignit&#233; de toutes les t&#226;ches sociales &#187; elles-m&#234;mes. Par le recours &#224; cette formule les r&#233;dacteurs du Plan manifestent une double pr&#233;occupation. D'une part ils entendent rompre avec la survalorisation traditionnelle dans le syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais de l'enseignement litt&#233;raire classique au b&#233;n&#233;fice d'une consid&#233;ration nouvelle &#224; porter aux &#233;tudes scientifiques et techniques (pr&#233;occupation particuli&#232;rement port&#233;e par le physicien Paul Langevin), ainsi qu'&#224; une culture g&#233;n&#233;rale ouverte sur le monde (valoris&#233;e par Gustave Monod). Mais il s'agit aussi pour eux, d'autre part, de faire reconna&#238;tre &#171; la haute valeur mat&#233;rielle et morale des activit&#233;s manuelles &#187;. Or il y a l&#224; d'&#233;vidence deux probl&#232;mes bien diff&#233;rents. Le premier objectif est tout &#224; fait r&#233;alisable, et sera d'ailleurs pour partie r&#233;alis&#233; par l'&#233;cole de la 5&#232;me R&#233;publique, qui fera des maths et des &#233;coles d'ing&#233;nieurs des enjeux d'excellence. Le deuxi&#232;me objectif n'a pas grand chose &#224; voir avec celui-ci. Dans un contexte historique o&#249; &#171; les activit&#233;s manuelles &#187; rel&#232;vent pour l'essentiel non pas des activit&#233;s ind&#233;pendantes de l'artisanat, mais de l'industrie et des services capitalistes, ce deuxi&#232;me objectif revient &#224; pr&#244;ner l'&#233;tablissement d'un signe d'&#233;galit&#233;, et d'&#233;gale d&#233;sirabilit&#233;, entre des activit&#233;s d'ex&#233;cution sous commandement, et des activit&#233;s de conception et de commandement. L'id&#233;e est &#233;videmment pour le moins peu r&#233;aliste. Elle a pourtant persist&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui, sans conna&#238;tre jamais la moindre traduction pratique : toutes les recherches concernant l'orientation dans notre actuelle &#233;cole unique ont montr&#233; que le choix des fili&#232;res professionnalisantes courtes se faisait sous contrainte institutionnelle, int&#233;rioris&#233;e ou subie, ou alors avec la perspective d'un emploi de type artisanal. On voit mal, l&#224; aussi, ce que la mise en oeuvre du Plan aurait pu changer &#224; cette r&#233;alit&#233;, sauf &#224; &#234;tre accompagn&#233;e d'une transformation profonde de la soci&#233;t&#233; et de l'organisation du travail. &#192; d&#233;faut, le plaidoyer pour l'intelligence de la main n'aurait &#233;t&#233; que consolation des perdants, comme il l'est dans notre &#233;cole unique d'aujourd'hui. Les fili&#232;res professionnalisantes auraient connu la m&#234;me d&#233;valorisation. Et les enseignants, aux diff&#233;rents niveaux du cursus, auraient adopt&#233; le comportement classique de la m&#233;ritocratie r&#233;publicaine, tel que le d&#233;crit J. Krop &#224; partir de sa recherche sur les instituteurs de la Seine entre 1880 et 1930, lesquels consacraient &#171; une grande &#233;nergie &#187; &#224; pr&#233;parer leurs meilleurs &#233;l&#233;ments au Certificat d'&#233;tudes, tout en &#171; laissant de c&#244;t&#233; ceux qui peinent dans leurs apprentissages &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Krop, La m&#233;ritocratie r&#233;publicaine : &#233;litisme et scolarisation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ceux-l&#224; m&#234;me qui se retrouveront quelques d&#233;cennies plus tard dans l'enseignement professionnel de l'&#233;cole unique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Coups de tonnerre dans un ciel serein&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;cole unique mettant tous les &#233;l&#232;ves en concurrence et permettant &#224; chacun, en assurant l'&#233;galit&#233; des chances, de faire valoir son talent et ses m&#233;rites ; instauration au niveau du secondaire de trois fili&#232;res in&#233;galement valoris&#233;es ; orientation des &#233;l&#232;ves vers l'une ou l'autre de ces fili&#232;res en fonction de l'&#233;valuation de leurs aptitudes individuelles ; enseignants charg&#233;s de former tout en s&#233;lectionnant, ou vice-versa. Tels sont les traits structurants de la matrice m&#233;ritocratique qui reste l'horizon ind&#233;passable du progressisme scolaire... jusqu'aux ann&#233;es 1960/70. Les auteurs du Plan Langevin-Wallon en ont propos&#233; une version qui, malgr&#233; des intentions vigoureusement progressistes, n'avait gu&#232;re de chances en l'&#233;tat d'apporter des solutions de fond aux insuffisances d&#233;mocratiques dont a souffert, et continue de souffrir, l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conviction que les parcours scolaires sont g&#233;r&#233;s en derni&#232;re instance par les &#171; aptitudes &#187; individuelles des &#233;l&#232;ves constitue la pierre angulaire de tout l'&#233;difice m&#233;ritocratique. &#201;galit&#233; des chances qui garantit &#224; chacun la possibilit&#233; de manifester son potentiel, assurance que ce potentiel est fonci&#232;rement variable d'un &#233;l&#232;ve &#224; l'autre, au point qu'une majorit&#233; d'entre eux soit dans l'incapacit&#233; d'emprunter les meilleurs parcours, organisation de l'orientation des &#233;l&#232;ves vers les parcours les plus ad&#233;quats aux possibilit&#233;s de chacun, tout ram&#232;ne &#224; l'id&#233;e d'aptitudes naturellement &#8211; et donc irr&#233;ductiblement &#8211; in&#233;gales. Les Compagnons de l'universit&#233; nouvelle parlaient de &#171; talent &#187; ou de &#171; vocation &#187; (une vocation toujours pr&#233;existante, qu'il s'agit de &#171; discerner &#187; et non pas de susciter). Jean Zay, les auteurs du Plan Langevin-Wallon, le ministre Berthoin, tous se r&#233;f&#232;rent avec constance aux &#171; aptitudes &#187;. La distribution de ces aptitudes est relativement ind&#233;pendante de l'appartenance sociale, et rel&#232;ve d'un ordre naturel qui reste cependant toujours quelque peu &#233;nigmatique, mais que la science devrait finir par &#233;lucider. Enlevez cette pierre angulaire qu'est la croyance en l'existence d'&#171; aptitudes &#187; naturelles, et donc inn&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le caract&#232;re inn&#233; des aptitudes est &#233;videmment essentiel. Dire qu'&#224; tel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et tout l'&#233;difice s'&#233;croule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de l'inn&#233;it&#233; des facult&#233;s intelligentes, aujourd'hui encore, n'a pas vraiment disparu du sens commun. Mais les lignes ont boug&#233;. Du c&#244;t&#233; des chercheurs, des personnalit&#233;s aussi reconnues qu'Alfred Sauvy et Alain Girard, responsables de l'Institut national d'&#233;tudes d&#233;mographiques (INED), pouvaient encore &#233;crire en 1974, pour rendre compte des in&#233;galit&#233;s scolaires, que &#171; les enfants n'ont pas tous la m&#234;me &#8216;facilit&#233; pour apprendre'. L'intelligence, quelle que soit la d&#233;finition qu'on en donne, ne se trouve pas, si l'on ose dire, en &#233;gale quantit&#233; chez tous. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Girard etAlfred Sauvy , L'enseignement pour tous, PUF, Paris, 1974.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La modeste r&#233;serve qui est ici &#233;mise (&#171; si l'on ose dire &#187;) doit sans doute beaucoup &#224; l'irruption dans les ann&#233;es 1960 de critiques port&#233;es &#224; la th&#232;se de l'inn&#233;it&#233; de l'intelligence, qui conna&#238;tront un assez large retentissement. Ces critiques sont venues d'horizons divers : la philosophie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, Dou&#233;, non dou&#233;, &#201;ditions sociales, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la sociologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, Les H&#233;ritiers, &#201;ditions de Minuit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et la biologie elle-m&#234;me, dont divers chercheurs soulignent en cette d&#233;cennie combien notre cerveau est &#224; la naissance un ensemble de potentialit&#233;s qui se r&#233;aliseront en capacit&#233;s intellectuelles sous l'effet seulement de leur mise en oeuvre effective &#8211; c'est en pensant qu'on apprend &#224; penser, via l'acquisition et l'usage du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les milieux instruits, puis aupr&#232;s d'un plus large public, la foi en une intelligence inn&#233;e va par la suite perdre peu &#224; peu de son impact... pour &#234;tre le plus souvent remplac&#233;e par un autre fatalisme, celui du d&#233;terminisme de l'origine sociale. Antoine L&#233;on en fait la remarque d&#232;s 1980, dans son Introduction &#224; l'histoire des faits &#233;ducatifs (PUF) : &#171; Si l'on voulait r&#233;sumer l'&#233;volution de l'image de l'aptitude depuis le d&#233;but du si&#232;cle, on pourrait dire qu'on est pass&#233; d'une sorte de fatalisme de l'h&#233;r&#233;dit&#233;, sous-tendu par la notion de disposition naturelle, &#224; une sorte de fatalisme du milieu, li&#233; &#224; l'id&#233;e de diff&#233;rences culturelles irr&#233;versibles. &#187; (p. 168). Ce &#171; fatalisme du milieu &#187; &#233;tait promis au plus bel avenir. Connu sous le nom de &#171; th&#232;se du handicap socioculturel &#187;, s'autorisant d'une r&#233;f&#233;rence tronqu&#233;e aux travaux de Pierre Bourdieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#232;se du handicap socioculturel s'appuie sur la notion de &#171; transmission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce d&#233;terminisme sociologique succ&#233;dant au d&#233;terminisme biologique a depuis massivement conquis les esprits, nouvelle version du pr&#233;jug&#233; d&#233;ficitariste &#224; l'&#233;gard des enfants des classes populaires qui cimente depuis longtemps la culture professionnelle enseignante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toutefois une diff&#233;rence de taille entre les deux d&#233;terminismes. Le fatalisme biologique invite &#224; penser que tout est jou&#233; &#224; la naissance. &#192; l'encontre de ce pr&#233;suppos&#233; d'inn&#233;it&#233;, le fatalisme sociologique admet que &#171; l'intelligence &#187; se construit au cours de l'histoire familiale des enfants. Un pas absolument d&#233;cisif a ainsi &#233;t&#233; franchi : les &#171; aptitudes &#187;, si l'on veut reprendre ce terme, ne sont plus consid&#233;r&#233;es comme un donn&#233;, mais comme le produit d'une histoire, celle de la socialisation familiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui soul&#232;ve une nouvelle question, et ouvre un nouveau champ d'investigation : quels sont les facteurs qui contribuent &#224; la socialisation cognitive des jeunes g&#233;n&#233;rations au cours de l'histoire de leurs membres ? On ne saurait certes minorer l'impact du milieu familial. Mais celui-ci n'a pas l'exclusivit&#233; de la socialisation des jeunes. Et en mati&#232;re de socialisation cognitive, comment oublier ce qui est acquis (ou non) &#224; l'&#233;cole, &#224; partir de trois ans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra dire, bien s&#251;r, que ce qui est acquis &#224; l'&#233;cole d&#233;pend des ressources d'intellection form&#233;es dans le milieu familial. C'est bien la posture adopt&#233;e par une grande partie de la sociologie de l'&#233;ducation contemporaine, pour laquelle tout ce qui se passe &#224; l'&#233;cole &#224; un moment donn&#233; fait &#233;cho &#224; tel ou tel trait de la socialisation familiale, sans que soit jamais interrog&#233; l'impact de la socialisation scolaire ant&#233;rieure. Autrement dit : une majorit&#233; de chercheurs aujourd'hui participe du &#171; fatalisme du milieu &#187; qui impr&#232;gne massivement, parall&#232;lement, le monde &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fatalisme du milieu et m&#233;connaissance du r&#244;le des apprentissages &#233;l&#233;mentaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le passage du d&#233;terminisme biologique au d&#233;terminisme sociologique &#233;tait porteur d'une possibilit&#233; d'&#233;chapper au fatalisme en r&#233;introduisant de l'historicit&#233; dans la construction des capacit&#233;s intellectuelles individuelles. En un demi-si&#232;cle, il faut bien constater que cette possibilit&#233; n'a gu&#232;re &#233;t&#233; mise &#224; profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport &#224; l'enseignement primaire illustre bien cette emprise perp&#233;tu&#233;e du fatalisme scolaire. La tradition m&#233;ritocratique n'interroge jamais le poids de ce qui se joue dans les premi&#232;res ann&#233;es de scolarisation, l'enseignement primaire &#233;tant ainsi implicitement consid&#233;r&#233; comme une simple chambre d'enregistrement du donn&#233; des aptitudes. Des Compagnons de l'universit&#233; nouvelle au Plan Langevin-Wallon, en passant par le minist&#232;re de Jean Zay, l'attention se focalise exclusivement sur l'&#233;cole moyenne, charg&#233;e des missions d'observation et d'orientation ; et les classes exp&#233;rimentales de 1937 et de 1947 ne seront jamais des classes du primaire, mais toujours des d&#233;buts du secondaire. La substitution progressive du sociologisme au biologisme, &#224; partir des ann&#233;es 1970, ne va pas changer grand chose &#224; cet &#233;gard : d'hier &#224; aujourd'hui, le progressisme scolaire ne posera qu'exceptionnellement de fa&#231;on explicite le probl&#232;me de l'efficience de l'enseignement primaire. Au contraire, il n'aura souvent de cesse de tourner en d&#233;rision le souci de l'acquisition des &#171; fondamentaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nous savons aujourd'hui trois choses d&#233;cisives concernant l'efficience de la conduite des apprentissages &#233;l&#233;mentaires et leur impact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part les &#233;carts de performances intellectuelles entre enfants de cadres et enfants d'ouvriers sont tout simplement multipli&#233;s par deux entre l'entr&#233;e au CP et la sortie du CM2. Ce creusement des &#233;carts, dans lequel l'efficacit&#233; diff&#233;renci&#233;e des aides familiales joue un r&#244;le majeur, confirme combien les capacit&#233;s scolaires se construisent tout au long de l'histoire individuelle, et combien l'&#233;cole contribue activement &#224; la production des in&#233;galit&#233;s, en d&#233;l&#233;guant aux familles une part importante des apprentissages cognitifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf . Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait d'autre part que l'action de l'&#233;cole a une efficience tr&#232;s variable d'un ma&#238;tre &#224; l'autre, et d'une fa&#231;on de conduire les apprentissages &#224; l'autre. C'est l&#224; par exemple le r&#233;sultat le plus spectaculaire (et le moins comment&#233; !) de l'enqu&#234;te coordonn&#233;e par Roland Goigoux sur l'enseignement de la lecture au CP, moment &#244; combien crucial de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite. Les ma&#238;tres des 131 classes enqu&#234;t&#233;es ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s pour leur anciennet&#233; et leur confiance dans la qualit&#233; de leurs gestes professionnels. Or il s'av&#232;re que l'amplitude des &#233;carts entre les acquisitions r&#233;alis&#233;es au long de l'ann&#233;e de CP (les performances en fin d'ann&#233;e ayant &#233;t&#233; contr&#244;l&#233;es par les performances en d&#233;but d'ann&#233;e), qu'il s'agisse de capacit&#233;s de d&#233;chiffrage ou de compr&#233;hension, sont spectaculaires d'une classe &#224; l'autre ; tout particuli&#232;rement concernant les &#233;l&#232;ves des milieux populaires (ce qui n'est pas tr&#232;s &#233;tonnant puisque les autres apprennent beaucoup dans leur famille)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Goigoux (dir.), Lire et &#233;crire, rapport de recherche IF&#201;, Lyon, 2016.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dispose enfin, gr&#226;ce aux enqu&#234;tes de suivi de cohortes scolaires men&#233;es par la DEPP-MEN, de donn&#233;es tr&#232;s fiables d&#233;montrant combien est d&#233;cisif, &#224; milieu sociofamilial comparable, le d&#233;roulement de la scolarit&#233; primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, selon l'enqu&#234;te de la DEPP-MEN concernant les &#233;l&#232;ves entr&#233;s en 6&#232;me en 1995, et suivis jusque dans l'enseignement sup&#233;rieur, on constate que, dans chaque milieu social, la qualit&#233; des &#233;tudes au coll&#232;ge est &#233;troitement d&#233;pendante des performances en fran&#231;ais et en maths &#224; la sortie du primaire (tableau 1).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH186/capture_d_e_cran_2021-12-19_a_19.04.52-94f2b.png?1790689110' width='500' height='186' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet impact des apprentissages &#233;l&#233;mentaires sur la suite du cursus se fait sentir jusqu'&#224; la fin du cursus universitaire. Dans chaque milieu social, l&#224; aussi, la relation est av&#233;r&#233;e entre les performances &#224; la sortie du primaire et les chances de d&#233;crocher une licence (bac+3) (tableau 2). Mieux : on observe que si les enfants d'ouvriers sont beaucoup moins nombreux que les enfants de cadres &#224; sortir du primaire dans le quart des meilleurs, lorsque c'est le cas leur parcours ult&#233;rieur s'approche fortement de celui de leurs homologues issus de parents cadres (tableaux 1 et 2). Si l'on pr&#233;f&#232;re : plus le rendement p&#233;dagogique du primaire est faible, plus les &#233;carts sociaux sont sensibles (voir notamment tableau 2). Par contre une primaire r&#233;ussie par tous r&#233;duirait tr&#232;s significativement l'impact de l'origine sociale sur le parcours scolaire (il suffirait pour cela que les pratiques d'enseignement aujourd'hui les plus efficaces soient adopt&#233;es dans toutes les classes).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH193/capture_d_e_cran_2021-12-19_a_18.35.47-ebf72.png?1790689110' width='500' height='193' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La premi&#232;re &#233;chapp&#233;e de la matrice m&#233;ritocratique
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au long du demi-si&#232;cle &#233;coul&#233; depuis les &#233;branlements des ann&#233;es 1960, le &#171; fatalisme du milieu &#187; va peser sur le monde &#233;ducatif, sur celui de la recherche, comme sur les &#233;laborations du progressisme scolaire. Celui-ci restera enferm&#233; dans les limites de la matrice m&#233;ritocratique associant le dispositif des fili&#232;res du secondaire, les proc&#233;dures de s&#233;lection/orientation par les notes, et l'ignorance de l'enseignement primaire. Deux projets de d&#233;mocratisation scolaire &#233;mergent toutefois dans cette p&#233;riode et font exception. Fait marquant, con&#231;us de fa&#231;on totalement ind&#233;pendante &#224; plus de trois d&#233;cennies de distance, l'un et l'autre conjuguent l'objectif d'un lyc&#233;e unique, la disparition donc des fili&#232;res, et l'attention port&#233;e en amont aux gains d'efficacit&#233; p&#233;dagogique potentiels de l'enseignement primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier d'entre eux, le projet d'&#171; &#233;cole progressive &#187;, est &#233;labor&#233; au sein du SNES (Syndicat national de l'enseignement secondaire), et sera port&#233; par le syndicat dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1970, puis abandonn&#233; dans la d&#233;cennie suivante. Le contexte de son adoption est marqu&#233; par la n&#233;cessit&#233; pour le SNES de s'opposer au projet d'&#233;cole &#171; fondamentale &#187; promu en 1973 par le SNI (Syndicat national des instituteurs, alors majoritaire au sein de la F&#233;d&#233;ration de l'&#233;ducation nationale-FEN), qui maintient l'obligation scolaire &#224; 16 ans et propose une continuit&#233; primaire/coll&#232;ge (ce qui impliquerait l'int&#233;gration des enseignants du coll&#232;ge dans le champ de syndicalisation du SNI). Les ann&#233;es 1970 sont aussi celles d'une progression rapide des effectifs scolaris&#233;s &#224; tous les niveaux du secondaire, qui passe ainsi du statut d'enseignement r&#233;serv&#233; &#224; l'&#233;lite &#224; celui d'enseignement de masse, dont les modalit&#233;s apparaissent largement &#224; repenser. Enfin cette d&#233;cennie est celle de la mont&#233;e en puissance de la gauche du programme commun, et de la pr&#233;paration de r&#233;formes de fond en vue de son accession au gouvernement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se reportera, pour une analyse plus d&#233;taill&#233;e de cet &#233;pisode, &#224; l'&#233;tude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'&#233;cole progressive se r&#233;f&#232;re au Plan Langevin-Wallon : mais il en subvertit largement la logique. L'objectif n'est plus de conduire chacun au maximum de ses aptitudes, mais au &#171; niveau le plus &#233;lev&#233; dans l'acquisition des connaissances &#187;, en formant &#171; l'intelligence et le sens critique &#187;. Le terme d'&#171; aptitudes &#187; a d'ailleurs purement et simplement disparu du vocabulaire employ&#233;. Les difficult&#233;s scolaires ne tiennent plus ici &#224; des &#171; diff&#233;rences individuelles inn&#233;es &#187;, mais &#224; &#171; la situation sociale des int&#233;ress&#233;s &#187;. Et l'impact de l'origine sociale peut et doit &#234;tre combattu, sans en rabattre &#224; aucun moment sur les exigences intellectuelles, en sorte que tous re&#231;oivent &#171; une formation de m&#234;me qualit&#233; &#187;. Porter l'obligation scolaire &#224; dix-huit ans s'impose &#224; cette fin, donnant du temps pour r&#233;ins&#233;rer les jeunes en difficult&#233;, permettant d'&#233;viter les p&#233;dagogies &#171; h&#226;tives et autoritaires &#187;, assurant &#224; tous un niveau d'&#233;ducation suffisant pour former &#171; l'homme, le travailleur, le citoyen &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re condition pour parvenir &#224; ces objectifs est l'unification du lyc&#233;e. L&#224; o&#249; le Plan Langevin-Wallon laissait subsister trois sections nettement autonomes, le projet d'&#233;cole progressive appara&#238;t tout entier tendu vers l'effacement de leurs diff&#233;rences. Le lyc&#233;e comporterait une seconde commune d'orientation, les trois voies (enseignement g&#233;n&#233;ral, technologique, professionnel) propos&#233;es en premi&#232;re et terminale &#233;tant &#171; progressivement sp&#233;cialis&#233;es, mais de nombreuses passerelles seraient &#233;tablies afin que les orientations ne soient pas irr&#233;versibles &#187;. M&#234;me la terminale ne serait pas compl&#232;tement optionnelle du fait d'un fonds commun d'enseignements disciplinaires obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le lyc&#233;e lui-m&#234;me ne peut &#234;tre unifi&#233;, seconde condition, sans un r&#233;am&#233;nagement d'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif en partant de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, qui le rende plus efficient et permette d'instaurer un tronc commun jusqu'&#224; la seconde incluse ; la marche vers l'unification de deux derniers niveaux de classe proc&#233;dant par un d&#233;cloisonnement progressif des trois lyc&#233;es (g&#233;n&#233;ral, technique, et d'enseignement professionnel).&lt;br class='autobr' /&gt;
En mati&#232;re d'enseignements, le projet ne met pas au centre l'enfant, mais les apprentissages : &#171; l'&#233;cole progressive n'est pas centr&#233;e sur l'enfant ou l'adolescent (&#8230;) mais sur la vie et le travail du jeune en relation pour cela avec des adultes &#187;. Il insiste par ailleurs sur la n&#233;cessit&#233; d'en finir avec la hi&#233;rarchie des disciplines. La manifestation la plus spectaculaire, eu &#233;gard &#224; la tradition &#233;litiste de l'enseignement secondaire fran&#231;ais, de ce souci d'&#233;gale consid&#233;ration envers les disciplines est certainement la proposition d'introduire un enseignement technologique d&#232;s l'enseignement &#233;l&#233;mentaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re p&#233;dagogique, conform&#233;ment au refus proclam&#233; de tout d&#233;nivel&#233; d'exigence au d&#233;triment des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires, les pr&#233;occupations p&#233;dagogiques du projet du SNES portent essentiellement sur la fa&#231;on d'aider ces derniers &#224; surmonter leurs difficult&#233;s intellectuelles. Le r&#233;examen des fonctionnements de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire doit y contribuer ; pour le reste, il s'agit de mobiliser une batterie de moyens propres &#224; r&#233;cup&#233;rer et r&#233;ins&#233;rer dans le flux commun les plus vuln&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce projet d'&#233;cole progressive, deux possibilit&#233;s s'offraient au SNES. Soit consid&#233;rer que l'essentiel &#233;tait de parvenir &#224; assurer &#224; tous les jeunes &#224; 18 ans un bagage de culture commune, et donc interroger plus avant la nature de la transformation &#171; en profondeur &#187; dont l'&#233;cole fran&#231;aise avait besoin afin de mettre tous ses publics en mesure de s'approprier effectivement un tel bagage. Soit renoncer &#224; tout objectif d'unification des cursus secondaires, s'en tenir au dispositif existant des fili&#232;res et des s&#233;ries, r&#233;clamer &#224; leur endroit une &#233;gale consid&#233;ration, en leur assignant pour objectif de mener tous leurs &#233;l&#232;ves &#224; l'obtention d'un dipl&#244;me qualifiant. La seconde option a pr&#233;valu jusqu'&#224; aujourd'hui, et bien des &#233;l&#233;ments dans la conjoncture des ann&#233;es 1980 peuvent &#233;clairer une telle issue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet l'&#233;tude cit&#233;e publi&#233;e sur ce site,&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le projet d'&#171; &#233;cole commune &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'&#233;cole commune, autour duquel s'est constitu&#233; le GRDS, commence &#224; &#234;tre &#233;labor&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000, et fera l'objet d'un ouvrage collectif publi&#233; en 2012&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GRDS, L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sa conception s'est &#233;labor&#233;e hors de toute r&#233;f&#233;rence au projet d'&#233;cole progressive du SNES : non seulement cependant il en partage les objectifs et nombre de propositions, mais d'une certaine fa&#231;on on peut dire qu'il va jusqu'au bout de sa logique en s'effor&#231;ant d'approfondir l'analyse des conditions de sa mise en oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus radical de toute naturalisation des capacit&#233;s intellectuelles individuelles est au principe de ce projet, et peut s'appuyer aujourd'hui sur des connaissances plus assur&#233;es, qu'elles soient issues de recherches d'ordre biologique ou d'ordre anthropologique, qui convergent significativement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; partir de travaux s'appuyant sur l'imagerie c&#233;r&#233;brale, Stanislas Dehaene (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous les enfants, sauf handicap lourd, sont en mesure de s'approprier un bagage de culture commune au long d'une scolarit&#233; commune de 2 &#224; 18 ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce site Le projet d'&#233;cole commune du GRDS, 2012, .&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e dans le langage est constitutive chez tous les &#234;tres parlants de capacit&#233;s d'abstraction, de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie et de raisonnement logique. Cette disposition de ressources d'intelligence &#233;galement donn&#233;e &#224; tous ne supprime pas les in&#233;galit&#233;s &#224; l'&#226;ge de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite (au CP), les enfants ayant fait au pr&#233;alable, notamment dans leur milieu familial, un usage tr&#232;s diff&#233;rent de ces ressources. La question reste donc enti&#232;re de savoir comment l'institution scolaire peut se mettre en mesure de compenser les diff&#233;rences, au lieu de contribuer &#224; les creuser. Le probl&#232;me se pose toutefois tr&#232;s diff&#233;remment selon qu'il s'agit de d&#233;plorer un handicap socioculturel et de proposer des moyens et des objectifs d'apprentissage suppos&#233;s adapt&#233;s au manque, ou de trouver les fa&#231;ons efficaces de mobiliser les ressources existantes. Plut&#244;t que de chercher l'impossible contournement de la difficult&#233; intellectuelle, il convient de partir de la conviction que la difficult&#233; intellectuelle ne se contourne pas mais qu'elle s'affronte, et que tous les &#233;l&#232;ves disposent pour cela des ressources d'intelligence n&#233;cessaires, &#224; condition qu'on leur permette de les mettre en oeuvre. &#192; l'&#233;gard de tous ses publics l'&#233;cole commune doit faire preuve d'une forte exigence intellectuelle : c'est particuli&#232;rement le cas vis &#224; vis des publics populaires pour lesquels, en lieu et place de l'ordinaire compassion, cette exigence est la seule attitude susceptible de leur apporter ce que les h&#233;ritiers puisent dans leur environnement familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles seraient donc les traits essentiels d'une institution scolaire d&#233;termin&#233;e &#224; mettre en oeuvre une telle posture p&#233;dagogique &#224; vis&#233;e &#233;galitaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier imp&#233;ratif : que les enseignants investissent sa logique, de fa&#231;on active et massive. Ce qui suppose une mutation significative des dominantes de leur culture professionnelle. L'&#233;cole unique a charg&#233; les professeurs d'une mission d'&#233;valuation, d'identification des meilleurs et d'orientation des plus vuln&#233;rables, qui p&#232;se lourdement, une diversit&#233; d'enqu&#234;tes de terrain l'ont montr&#233;, sur les attentes &#224; l'&#233;gard des &#233;l&#232;ves et sur les gestes du m&#233;tier. La seule fa&#231;on de les restituer pleinement &#224; leur mission d'enseignement, l'indispensable &#233;valuation des apprentissages &#233;tant r&#233;duite &#224; sa dimension p&#233;dagogique, &#224; l'exclusion de tout usage mettant les &#233;l&#232;ves en concurrence par la notation et le classement, c'est de rendre notes et classements inutiles parce qu'on n'a plus besoin d'orienter les &#233;l&#232;ves, du fait de la suppression des classes de niveau, sections sp&#233;cialis&#233;es et fili&#232;res hi&#233;rarchis&#233;es. C'est sans doute un aspect original et tr&#232;s important du projet d'&#233;cole commune que de mettre ainsi en avant le lien incontournable entre la n&#233;cessaire mutation de la culture enseignante et l'instauration d'un tronc commun jusqu'&#224; 18 ans, lyc&#233;e unique compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une majorit&#233; d'enseignants s'attendent aujourd'hui &#224; ce que, malgr&#233; leurs efforts p&#233;dagogiques, et &#171; fatalisme du milieu &#187; aidant, une partie de leurs &#233;l&#232;ves soient en &#233;chec en fin d'ann&#233;e. Estimant ne pas &#234;tre en mesure de leur consacrer davantage de temps et d'effort, ils se r&#233;solvent, comme les instituteurs parisiens du d&#233;but du si&#232;cle dernier, &#224; laisser &#171; de c&#244;t&#233; ceux qui peinent dans leurs apprentissages &#187;. Autrement dit ils finissent de guerre lasse &#224; traiter la difficult&#233; intellectuelle par les recours d'ordre administratif que leur offre l'institution : la mauvaise note, le redoublement, l'affectation &#224; des classes de faible niveau, puis pr&#233;professionnelles, puis l'orientation vers les voies courtes d&#233;valoris&#233;es, recours dont l'exp&#233;rience a montr&#233; &#224; l'envi qu'ils ne faisaient qu'aggraver le probl&#232;me pos&#233; ; alors que, dans une institution qui vise &#224; former et non &#224; trier, le seul rem&#232;de &#224; la difficult&#233; intellectuelle ne peut &#234;tre que d'ordre... intellectuel. Ce qui souligne l&#224; encore l'importance d&#233;cisive du tronc commun et de l'&#233;radication des fili&#232;res dans le projet d'&#233;cole commune. Donnant aux ma&#238;tres la seule mission de conduire tous leurs &#233;l&#232;ves juqu'&#224; un bac de culture commune, excluant toute possibilit&#233; d'exclusion du tronc commun, ce dispositif les invite &#224; consid&#233;rer la r&#233;ussite de tous leurs &#233;l&#232;ves comme normale, &#224; la fois d&#233;sirable et in&#233;luctable ; et &#224; s'investir aux c&#244;t&#233;s de ceux &#171; qui peinent dans leurs apprentissages &#187; autant qu'&#224; choyer les meilleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'&#233;cole commune retrouve ainsi une pr&#233;occupation du Plan Langevin-Wallon, qui refusait la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves par la notation et les examens ; tout en rompant radicalement pour sa part, par la suppression des fili&#232;res, avec toute logique m&#233;ritocratique. &#192; l'instar du projet d'&#233;cole progressive du SNES, il pr&#244;ne un r&#233;examen d'ensemble des contenus d'enseignement, incluant notamment l'introduction d&#232;s l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire d'un enseignement scientifique et technologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, sur ces propositions de contenus d'enseignement du projet d'&#233;cole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme le projet d'&#233;cole progressive, celui du GRDS insiste sur le caract&#232;re d&#233;cisif d'un r&#233;examen en profondeur de l'enseignement primaire, celui qui transmet les &#171; fondamentaux &#187;, tant il est vrai qu'on ne construit pas sur du sable. Une suggestion forte du GRDS &#224; cet &#233;gard concerne la formation des enseignants de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, l'abandon de leur polyvalence, leur recrutement au sortir des fili&#232;res universitaires assurant une solide formation math&#233;matique d'un c&#244;t&#233;, litt&#233;raire de l'autre, et une s&#233;rieuse pr&#233;paration didactique &#224; une conduite d'apprentissages beaucoup plus complexes qu'on ne le laisse souvent entendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, La Formation des enseignants de l'&#233;cole commune, 2012,&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les temps sont-ils &#224; la radicalit&#233; incontournable de projets porteurs d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation scolaire, alors que le monde enseignant et ses organisations syndicales et professionnelles peinent &#224; s'opposer &#224; des r&#233;formes qui d&#233;gradent les conditions de travail, accentuent la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves, menacent le service public ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut penser, &#224; l'encontre du pessimisme ambiant, que les luttes ont besoin d'un horizon de conqu&#234;te, alors que, faute d'une id&#233;e forte, elles s'&#233;puisent dans une r&#233;sistance pied &#224; pied mais trop souvent impuissante. De ce point de vue, comment ne pas voir que tout ce qui va dans le sens de la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole et de la r&#233;ussite de tous les publics va aussi dans le sens des aspirations de l'immense majorit&#233; des enseignants &#224; un bonheur professionnel in&#233;dit, et rec&#232;le ainsi un potentiel d'attractivit&#233; consid&#233;rable ? Il est notable &#224; cet &#233;gard que d'ores et d&#233;j&#224; bien des enseignants s'investissent, sans attendre des jours meilleurs, dans la recherche de p&#233;dagogies exigeantes et fructueuses pour les &#233;l&#232;ves d'origine populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment en ce sens l'ouvrage collectif P&#233;dagogies de l'exigence, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour &#224; un stade ant&#233;rieur de l'&#233;cole unique de la 5&#232;me R&#233;publique, &#224; l'&#233;poque d'avant l'actuelle entreprise de destruction n&#233;o-lib&#233;rale, alors que l'&#233;cole &#233;tait d&#233;j&#224; affect&#233;e par de fortes in&#233;galit&#233;s sociales et un taux d'&#233;chec &#233;lev&#233;, n'appara&#238;t gu&#232;re d&#233;sirable. En m&#234;me temps les r&#233;formes actuelles invitent &#224; de nouvelles &#233;laborations. La quasi liquidation de l'enseignement professionnel, au d&#233;triment de ce qu'il tentait de transmettre de culture g&#233;n&#233;rale, et au profit d'une promotion de l'apprentissage qui ne b&#233;n&#233;ficie en r&#233;alit&#233; qu'aux dipl&#244;m&#233;s de l'enseignement sup&#233;rieur, la liquidation des fili&#232;res d'enseignement g&#233;n&#233;ral et du bac lui-m&#234;me, la suppression du libre droit d'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur : que reste-t-il &#224; d&#233;fendre dans ce champ de ruines, si ce n'est la perspective d'une &#233;cole profond&#233;ment et d&#233;mocratiquement renouvel&#233;e ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;Les enjeux cach&#233;s de &#171; l'interdisciplinarit&#233; &#187; au coll&#232;ge&lt;/i&gt;, 2015, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article213&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, 2020, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article317&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie ici &#224; l'excellent travail, inform&#233; et rigoureux, de Jean-Michel Chapoulie, &lt;i&gt;L'&#201;cole d'&#201;tat conquiert la France. Deux si&#232;cles de politique scolaire&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Compagnons, &lt;i&gt;L'universit&#233; nouvelle&lt;/i&gt;, tome 1, Fischbacher, Paris, 1919.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gratuit&#233; qui devait leur permettre de faire face aux d&#233;ficits de candidatures r&#233;sultant de la forte mortalit&#233; des jeunes hommes, futurs g&#233;niteurs potentiels, pendant les ann&#233;es de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon le d&#233;pouillement des proc&#232;s-verbaux des r&#233;unions de la Commission auquel a proc&#233;d&#233; Jean-Michel Chapoulie, &lt;i&gt;L'&#201;cole d'&#201;tat conquiert la France. Deux si&#232;cles de politique scolaire&lt;/i&gt;, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucie Tanguy (dir.), &lt;i&gt;L'introuvable relation formation-emploi&lt;/i&gt;, La Documentation fran&#231;aise, Paris, 1988 : ouvrage &#233;crit alors m&#234;me que les besoins du march&#233; du travail sont bien mieux connus en 1988 qu'en 1947.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#201;ducation nationale&lt;/i&gt;, n&#176;5, janvier 1946, art. cit&#233; par J-M Chapoulie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roger Gal, &#171; &#201;ducation et d&#233;mocratie &#187;, &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, n&#176; 215, 1954, cit&#233; par J-M Chapoulie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait remonter plus loin et &#233;voquer le projet d'&#233;cole commune de Peletier de Saint Fargeau en 1792. Je m'en tiens ici aux d&#233;buts, dans les ann&#233;es 1880, de la mise en cause de la s&#233;paration entre deux r&#233;seaux de scolarisation relevant l'un et l'autre de l'&#201;cole d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael J. Sandel, &lt;i&gt;La Tyrannie du m&#233;rite&lt;/i&gt;, Albin Michel, Paris, 2021, p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;62% des enfants d'ouvriers non qualifi&#233;s obtiennent aujourd'hui un bac... mais il ne s'agit d'un bac S que pour 9% d'entre eux (contre 43 % pour les enfants de cadres), d'un bac d'enseignement g&#233;n&#233;ral pour 19% (contre 72% pour les enfants de cadres). Or on sait qu'obtiendront un dipl&#244;me Bac +5 : un bachelier g&#233;n&#233;ral sur deux ; un bachelier technologique sur dix ; trois bacheliers professionnels sur cent. Cf. &lt;i&gt;Note d'information du SEIS&lt;/i&gt;, n&#176; 18.06, 2018. Et dans l'enseignement sup&#233;rieur, la protection bourgeoise des meilleurs parcours, ceux des classes pr&#233;pas et des plus grandes &#233;coles qui d&#233;bouchent sur des positions de pouvoir, a &#233;t&#233; assur&#233;e avec constance et succ&#232;s, voir Paul Pasquali, &lt;i&gt;H&#233;ritocratie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Haby, pr&#233;sentant la loi unifiant le coll&#232;ge, le souligne : &#171; Faire en sorte que toutes les cat&#233;gories sociales aient acc&#232;s, dans des conditions de chances &#233;gales, &#224; ces formations est devenu ainsi un objectif essentiel du syst&#232;me &#233;ducatif &#187; (soulign&#233; par l'auteur).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Paul Pasquali, &lt;i&gt;H&#233;ritocratie. Les &#233;lites, les grandes &#233;coles et les m&#233;saventures du m&#233;rite (1870-2020)&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233;e par J-M Chapoulie, op. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons-nous &#224; ce sujet la remarque de Roger Gal cit&#233;e ci-dessus : &#171; La nature de la plupart des individus les pr&#233;dispose &#224; des activit&#233;s pratiques et professionnelles bien plus qu'&#224; des activit&#233;s th&#233;oriques et intellectuelles abstraites &#187; ; ou encore la r&#233;f&#233;rence du Plan lui-m&#234;me &#224; l'existence d'une &#171; intelligence pratique &#187; qui destinerait &#224; et se manifesterait dans l'exercice des professions manuelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Krop, &lt;i&gt;La m&#233;ritocratie r&#233;publicaine : &#233;litisme et scolarisation de masse sous la III&#232;me R&#233;publique&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le caract&#232;re inn&#233; des aptitudes est &#233;videmment essentiel. Dire qu'&#224; tel moment telle personne est en mesure de, est en capacit&#233; de, ou est &#171; apte &#187; &#224; faire ceci ou cela, est une chose . Ce qui fonde tout l'&#233;difice m&#233;ritocratique en est une autre, c'est l'id&#233;e que par nature (ind&#233;passable) les individus sont aptes ou non &#224; suivre des &#233;tudes th&#233;oriques, peuvent ou non acc&#233;der &#224; la pens&#233;e abstraite, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Girard etAlfred Sauvy , &lt;i&gt;L'enseignement pour tous&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien S&#232;ve, &#171; Les dons n'existent pas &#187;, &lt;i&gt;Dou&#233;, non dou&#233;&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, Paris, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, &lt;i&gt;Les H&#233;ritiers&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Minuit, Paris, 1964&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La th&#232;se du handicap socioculturel s'appuie sur la notion de &#171; transmission familiale du capital culturel &#187;... mais omet soigneusement ce qui la compl&#232;te chez Bourdieu, et permet de la mobiliser dans une approche non d&#233;terministe des processus de scolarisation, &#224; savoir l'id&#233;e d'une &#171; complicit&#233; &#187; objective de l'&#233;cole et des classes instruites, la conduite des apprentissages dans l'institution scolaire n'enseignant pas tout ce qu'exige leur r&#233;ussite, et d&#233;l&#233;guant ainsi aux familles le soin de le faire (ce que seules les familles instruites sont en mesure de r&#233;aliser).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf . Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#187;, &lt;i&gt;France, portrait social&lt;/i&gt;, Ins&#233;e, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Goigoux (dir.), &lt;i&gt;Lire et &#233;crire&lt;/i&gt;, rapport de recherche IF&#201;, Lyon, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se reportera, pour une analyse plus d&#233;taill&#233;e de cet &#233;pisode, &#224; l'&#233;tude publi&#233;e sur le site du GRDS, &lt;i&gt;Les trois voies du lyc&#233;e : rep&#232;res socio-historiques&lt;/i&gt;, 2017, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263#nh7&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263#nh7&lt;/a&gt;. La plupart des citations donn&#233;es ci-dessous sont emprunt&#233;es au texte du projet d'&#233;cole progressive pr&#233;sent&#233; dans l'&lt;i&gt;US&lt;/i&gt; (publication du SNES) du 22 octobre 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet l'&#233;tude cit&#233;e publi&#233;e sur ce site, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GRDS, &lt;i&gt;L'&#233;cole commune. Propositions pour une refondation du syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; partir de travaux s'appuyant sur l'imagerie c&#233;r&#233;brale, Stanislas Dehaene montre que tous les enfants sont de &#171; formidables petites machines &#224; apprendre &#187;, cf. &lt;i&gt;Les Neurones de la lecture&lt;/i&gt;, Odile Jacob, Paris, 2012. C&#244;t&#233; anthropologie, voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce site Le projet d'&#233;cole commune du GRDS, 2012, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, sur ces propositions de contenus d'enseignement du projet d'&#233;cole commune : &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique40&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;La Formation des enseignants de l'&#233;cole commune&lt;/i&gt;, 2012, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment en ce sens l'ouvrage collectif &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tous &#224; l'&#233;cole &#224; 18 ans !</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article333</link>
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		<dc:date>2021-10-16T09:03:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[La France a rendu l'&#233;cole obligatoire jusqu'&#224; 16 ans pour les nouveaux entrants de 1959. Depuis, ce seuil n'a pas chang&#233;. Certaines organisations syndicales et politiques appellent &#224; reprendre la marche en avant des scolarit&#233;s. Un tel projet implique n&#233;anmoins une vaste r&#233;forme de l'enseignement pour r&#233;aliser toutes ses promesses d'&#233;mancipation. Le Monde Diplomatique a publi&#233; dans son num&#233;ro de septembre une version proche du texte qu'on lira ici.] &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1947, le plan Langevin-Wallon (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;La France a rendu l'&#233;cole obligatoire jusqu'&#224; 16 ans pour les nouveaux entrants de 1959. Depuis, ce seuil n'a pas chang&#233;. Certaines organisations syndicales et politiques appellent &#224; reprendre la marche en avant des scolarit&#233;s. Un tel projet implique n&#233;anmoins une vaste r&#233;forme de l'enseignement pour r&#233;aliser toutes ses promesses d'&#233;mancipation. &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt; a publi&#233; dans son num&#233;ro de septembre une version proche du texte qu'on lira ici.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1947, le plan Langevin-Wallon proposait de rendre l'&#233;cole obligatoire jusqu'&#224; 18 ans. La mesure resta lettre morte, comme le reste de ce grand programme de r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais qu'avait &#233;labor&#233; la commission minist&#233;rielle pr&#233;sid&#233;e par le physicien Paul Langevin puis, apr&#232;s sa mort, le psychologue Henri Wallon (tous deux membres du parti communiste fran&#231;ais). Soixante-quinze ans plus tard, le temps n'est-il pas venu d'ent&#233;riner ce report de l'obligation scolaire ? Ambitieux en 1947, celui-ci semble aujourd'hui &#224; port&#233;e de main. Neuf jeunes sur dix poursuivent d&#233;j&#224; leurs &#233;tudes jusqu'&#224; leur majorit&#233; au moins. Et les besoins toujours plus marqu&#233;s en comp&#233;tences scientifiques et techniques plaident en ce sens. L'aspiration aux &#233;tudes longues n'a jamais &#233;t&#233; aussi g&#233;n&#233;rale. Interrog&#233;s au moment de l'entr&#233;e en sixi&#232;me de leurs enfants, les parents esp&#232;rent dans 8 &#224; 9 cas sur 10 voir leur prog&#233;niture sur les bancs de l'&#233;cole jusqu'&#224; 20 ans au moins quel que soit les milieux d'origine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristan Poullaouec, &#171; Regrets d'&#233;cole. Le report des aspirations scolaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant la majorit&#233; des organisations politiques et syndicales se refusent &#224; un tel report&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;cente mesure gouvernementale concernant l'obligation de formation de 16 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule la gauche de transformation (Parti communiste fran&#231;ais, La France insoumise, Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail, F&#233;d&#233;ration syndicale unitaire, Sud) affiche clairement cet objectif, sans n&#233;cessairement pr&#233;ciser la fa&#231;on de l'atteindre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La question sera abord&#233;e dans un colloque co-organis&#233; par le SNES-FSU, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fix&#233;e &#224; 13 ans par les lois Ferry des ann&#233;es 1880, l'obligation scolaire est prolong&#233;e d'une ann&#233;e en 1936, par le Front populaire. En 1959, un d&#233;cret du ministre Berthoin la porte de 14 &#224; 16 ans, dans le cadre du tournant imprim&#233; par le r&#233;gime gaulliste &#224; la politique scolaire : il s'agit alors de favoriser la poursuite de l'expansion &#233;conomique, gr&#226;ce &#224; l'am&#233;lioration de la formation initiale des jeunes g&#233;n&#233;rations. Tournant d'importance historique, puisqu'il aboutit &#224; unifier les deux r&#233;seaux de scolarisation coexistant sous la Troisi&#232;me R&#233;publique, primaire pour les classes populaires et secondaire pour les milieux ais&#233;s. Au milieu des ann&#233;es 1970 l'entr&#233;e dans le secondaire est acquise pour la plupart des &#233;l&#232;ves, et l'allongement des scolarit&#233;s se poursuivra jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'opposition au report de l'obligation scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contribuant aux actions de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme, une partie du patronat s'av&#232;re soucieuse d'une meilleure alphab&#233;tisation des jeunes, mais ne tient visiblement pas &#224; peupler davantage les &#233;tages sup&#233;rieurs du syst&#232;me scolaire. C'est que &#171; tout le monde ne fera pas partie de la nouvelle &#233;conomie (...) Les petits boulots ont encore de l'avenir &#187; soulignent en 2001 les ministres de l'&#233;ducation de l'OCDE. Selon l'expertise de cette organisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;OCDE, &#171; What future for our schools&#8221;, Education Policy Analysis, Paris, 2001 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et celle de l'Union europ&#233;enne (Sommet de Lisbonne), horizon des ministres fran&#231;ais successifs, l'&#233;cole doit &#224; la fois resserrer ses enseignements autour de l'utilit&#233; professionnelle, am&#233;liorer la formation des &#233;lites et, pour les autres, viser la formation de comp&#233;tences &#233;l&#233;mentaires les rendant employables. Conserver un volant de scolarit&#233;s courtes, c'est pr&#233;server une arm&#233;e de r&#233;serve &#233;loign&#233;e de la vie politique, qui tire les salaires vers le bas et alimente la tendance &#224; la d&#233;qualification des postes de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des partis et syndicats de centre-gauche p&#232;se l'h&#233;ritage de la F&#233;d&#233;ration de l'&#201;ducation nationale (FEN)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La F&#233;d&#233;ration de l'&#201;ducation nationale, domin&#233;e par le Parti socialiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Celle-ci a toujours r&#233;cus&#233; le report &#224; 18 ans de la scolarit&#233; obligatoire, privil&#233;giant sous le nom d'&#171; &#233;cole fondamentale &#187; un continuum &#233;cole-coll&#232;ge jusqu'&#224; 16 ans. Estimant qu'une partie des jeunes ne sont pas en mesure de prolonger leurs &#233;tudes au-del&#224; de cette limite, et que de toutes fa&#231;ons il faut bien pourvoir les emplois peu qualifi&#233;s, ces organisations se sont ralli&#233;es aux politiques du &#171; socle commun de connaissances &#187;. Celles-ci d&#233;finissent le bagage minimum que doivent avoir acquis tous les &#233;l&#232;ves en fin de coll&#232;ge, et s'adressent donc essentiellement &#224; ceux qui ne poursuivront pas leurs &#233;tudes jusqu'au bac. La droite en inscrit le principe dans la loi Fillon de 2005 ; il sera repris en 2012, sous le quinquennat de Fran&#231;ois Hollande, par le ministre Vincent Peillon qui insiste cependant sur la possibilit&#233; de poursuivre ses &#233;tudes apr&#232;s l'obtention du socle commun. Les diff&#233;rences entre les deux socles resteront toutefois assez modestes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De quelques critiques des effets de la prolongation des scolarit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon un argument souvent oppos&#233; (par des gens eux-m&#234;mes tr&#232;s instruits) &#224; tout allongement des scolarit&#233;s, une telle perspective alimenterait la course aux dipl&#244;mes, leur multiplication, et au bout du compte leur d&#233;valorisation, des dipl&#244;m&#233;s en venant &#224; occuper des emplois peu qualifi&#233;s. Que dire de cette objection ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ph&#233;nom&#232;nes de concurrence entre demandeurs d'emploi sur le march&#233; du travail sont &#233;videmment peu contestables... et les entreprises en profitent pour &#233;viter de reconna&#238;tre la qualification r&#233;elle des emplois. Les emplois r&#233;put&#233;s peu qualifi&#233;s occup&#233;s par des dipl&#244;m&#233;s le sont parfois vraiment, mais ne sont-ils pas en r&#233;alit&#233; le plus souvent beaucoup plus exigeants que le patronat ne veut bien l'admettre ? En particulier lorsque celui-ci intensifie au maximum la pression au rendement sur les salari&#233;s qui les occupent, et qui ne peuvent satisfaire aux r&#233;quisits manag&#233;riaux qu'en mobilisant au mieux les comp&#233;tences form&#233;es par l'&#233;cole et reconnues par leur dipl&#244;me ? Le fait m&#234;me que les entreprises privil&#233;gient toujours le recrutement des salari&#233;s les mieux scolaris&#233;s en t&#233;moignent : elles reconnaissent ce faisant qu'elles ont besoin de comp&#233;tences fortes, et que l'&#233;cole joue un r&#244;le crucial dans leur formation. Si ce n'&#233;tait pas le cas elles recruteraient pour ces postes r&#233;put&#233;s peu qualifi&#233;s... des salari&#233;s peu dipl&#244;m&#233;s, qui leur reviendraient toujours moins cher que ceux qu'elles embauchent effectivement. Plut&#244;t que de s'obnubiler sur la concurrence pour l'emploi et &#171; l'inflation-d&#233;valorisation des dipl&#244;mes &#187;, il serait donc bien plus pertinent d'interroger, au-del&#224; des m&#233;canismes du march&#233; du travail, la relation entre les capacit&#233;s form&#233;es par l'&#233;cole et leur usage dans le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre question. La dur&#233;e croissante des &#233;tudes se ferait-elle n&#233;cessairement au b&#233;n&#233;fice d'une meilleure formation des jeunes g&#233;n&#233;rations ? Voil&#224; qui n'a rien d'&#233;vident. Depuis trois d&#233;cennies en effet, on enregistre une d&#233;gradation continue des apprentissages scolaires. Le temps n'est plus o&#249; l'on pouvait, avec les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet, opposer &#224; juste titre, aux discours alarm&#233;s sur le niveau qui baisse, les performances des jeunes g&#233;n&#233;rations sup&#233;rieures &#224; celles de leurs a&#238;n&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Baudelot et Roger Establet, Le Niveau monte, Le Seuil, 1989.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon le service statistique du minist&#232;re, &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me, la plupart des &#233;l&#232;ves de 2017 obtenaient en calcul des r&#233;sultats inf&#233;rieurs au score moyen des &#233;l&#232;ves de 1987. En fran&#231;ais, la perte d'orthographe grammaticale est consid&#233;rable, marquant une d&#233;gradation sensible du rapport &#224; la langue &#233;crite, et s'accompagnant d'un affaiblissement net des performances en lecture et en compr&#233;hension. Et dans les deux cas, m&#234;me si elle est plus marqu&#233;e pour les milieux populaires, la baisse concerne tous les &#233;l&#232;ves. Le ph&#233;nom&#232;ne est compl&#233;tement masqu&#233; par la multiplication des dipl&#244;mes et des mentions obtenues : il n'en est pas moins tout &#224; fait saisissant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire, GRDS, 2020.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enjeu et contraintes du report de l'obligation scolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; condition donc que l'allongement des &#233;tudes stoppe cette h&#233;morragie au lieu de l'accentuer encore, et am&#233;liore r&#233;ellement la formation des jeunes g&#233;n&#233;rations, reporter la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans s'av&#232;re aussi n&#233;cessaire que souhaitable. La mesure d&#233;coule naturellement de la production acc&#233;l&#233;r&#233;e de connaissances scientifiques. Elle s'impose m&#234;me &#224; l'heure o&#249; la survie de l'humanit&#233; exige une modification profonde de nos fa&#231;ons de produire et de consommer. La prolongation de l'obligation scolaire aurait en outre l'avantage de saper les fondements du pouvoir des experts, gr&#226;ce au d&#233;veloppement en chaque individu d'une capacit&#233; &#224; penser le monde, &#224; d&#233;battre de son avenir. Et face &#224; une r&#233;volution informatique mise au service de l'ub&#233;risation du travail, elle favoriserait un recentrage de l'intervention humaine sur la ma&#238;trise des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la prolongation de l'obligation scolaire jusqu'&#224; 16 ans a constitu&#233; un progr&#232;s, son report &#224; 18 ans implique des changements bien plus radicaux. Il place l'ensemble des jeunes en position d'acc&#233;der aux savoirs les plus &#233;labor&#233;s, une possibilit&#233; qui ne concerne aujourd'hui qu'une partie des jeunes g&#233;n&#233;rations : pour l'essentiel celle qui d&#233;croche un bac d'enseignement g&#233;n&#233;ral et se trouve en position d'atteindre un dipl&#244;me de niveau bac + 5&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Obtiendront un dipl&#244;me Bac +5 : un bachelier g&#233;n&#233;ral sur deux ; un bachelier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La massification des &#233;tudes sup&#233;rieures qui d&#233;coulerait d'un report &#224; 18 ans limiterait l'exploitation &#233;conomique du travail peu qualifi&#233;, en d&#233;gonflant les effectifs de l'arm&#233;e de r&#233;serve de non dipl&#244;m&#233;s. Elle compromettrait &#233;galement la tendance &#224; polariser et opposer salari&#233;s qui pensent et encadrent (conception) et salari&#233;s qui ob&#233;issent (ex&#233;cution), tendance inh&#233;rente &#224; l'accumulation du capital dans les &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'un tel programme se heurte cependant &#224; une objection : comment maintenir &#224; l'&#233;cole des jeunes en &#233;chec, parfois depuis le CP et &#224; qui, parvenus au coll&#232;ge, le cadre scolaire d&#233;pourvu de sens devient insupportable ? Il suffit de poser la question pour en deviner la r&#233;ponse : porter l'obligation scolaire &#224; 18 ans est irr&#233;aliste sans une r&#233;forme de notre syst&#232;me &#233;ducatif susceptible de limiter drastiquement l'&#233;chec et les in&#233;galit&#233;s scolaires, sans un r&#233;examen d'ensemble de l'institution, dans ses structures, ses contenus d'enseignement, les modalit&#233;s des transmissions cognitives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les observations qui suivent prennent notamment appui sur les travaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;limination de la concurrence dans une &#233;cole commune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuel syst&#232;me scolaire accueille tous les jeunes et leur impose, par le biais du triptyque &#233;valuation-classement-orientation, une mise en concurrence pour les meilleures notes, les meilleures classes, les meilleures fili&#232;res. L'issue de cette lutte des places est jou&#233;e d'avance, d'autant qu'aux atouts dont ils disposent &#224; l'entr&#233;e les &#171; h&#233;ritiers &#187; pourront ajouter en cours de route les b&#233;n&#233;fices inh&#233;rents &#224; leur position sociale : &#233;tablissements mieux cot&#233;s et mieux dot&#233;s, enseignants plus exp&#233;riment&#233;s, enseignements plus ambitieux, aides parentales et parascolaires, etc. Comment s'&#233;tonner dans ces conditions de l'ampleur d'in&#233;galit&#233;s sociales maintenues des ann&#233;es 1960 aux ann&#233;es 1990, et encore accrues depuis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;limination de la concurrence n'est pas en elle-m&#234;me le rem&#232;de magique &#224; l'&#233;chec scolaire, mais c'en est une condition premi&#232;re. Or, supprimer la concurrence, c'est supprimer ce qui l'organise : &#224; savoir les notes (dont le seul int&#233;r&#234;t est de classer, car on peut tr&#232;s bien &#233;valuer sans noter et sans classer) et les parcours diff&#233;renci&#233;s, notamment au lyc&#233;e o&#249; les fili&#232;res professionnelles demeurent des zones de rel&#233;gation scolaire. Il s'agit donc de remplacer l'actuelle &#233;cole unique par une &#233;cole &#171; commune &#187;, dont le principe serait de conduire tous les &#233;l&#232;ves au terme de l'appropriation d'un bagage culturel commun &#224; 18 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nouveaux contenus &#224; transmettre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition de ce bagage appelle une vaste d&#233;lib&#233;ration : que voulons-nous transmettre aux jeunes g&#233;n&#233;rations ? Avan&#231;ons quelques pistes. Son contenu devrait ouvrir, &#224; 18 ans, le champ des possibles, permettant de choisir aussi bien une formation courte dans une &#233;cole professionnelle sup&#233;rieure que des &#233;tudes prolong&#233;es, prenant appui sur de solides acquis de base, litt&#233;raires et math&#233;matiques. Il serait indispensable, dans une telle perspective, d'int&#233;grer d&#232;s le primaire une introduction aux savoirs techniques et technologiques, dont une trop grande partie des jeunes sont aujourd'hui priv&#233;s. Un second principe pourrait &#234;tre le suivant : la scolarisation vise indissociablement la transmission des savoirs et la formation de citoyens libres et responsables. Sa mission essentielle en ce sens est de permettre &#224; chacun de constituer des ressources pour penser par lui-m&#234;me. L'&#233;cole doit enseigner, si l'on pr&#233;f&#232;re, comment penser plut&#244;t que ce qu'il faut penser. Toutes les disciplines sont ici concern&#233;es, mais certaines plus que d'autres. Ainsi de la philosophie, dont un enseignement adapt&#233; pourrait commencer t&#244;t dans le cursus ; ou des sciences humaines et sociales auxquelles les &#233;l&#232;ves du primaire pourraient &#234;tre initi&#233;s d&#232;s le primaire. En mati&#232;re de formation du citoyen, une familiarisation avec la posture de recherche vaut sans doute toutes les le&#231;ons de morale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une p&#233;dagogie de l'exigence intellectuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me champ &#224; interroger concerne la mani&#232;re d'enseigner. Le nouvel esprit p&#233;dagogique qui s'instaure dans les ann&#233;es 1970 et 1980 se caract&#233;rise par un souci obsessif de renforcer la motivation suppos&#233;e chancelante des &#233;l&#232;ves. L'approche frontale des savoirs est bannie, au profit d'itin&#233;raires de d&#233;couverte qui partent des connaissances suppos&#233;ment famili&#232;res de l'enfant pour le mener en douceur vers une &#171; auto-construction &#187; des savoirs. Cette p&#233;dagogie ludique et compassionnelle irrigue encore la r&#233;forme du coll&#232;ge de 2015. Au vu de ses r&#233;sultats peu convaincants, cette doxa m&#233;rite r&#233;examen. Deux constats s'imposent : la difficult&#233; intellectuelle ne se contourne pas, elle s'affronte ; tous les humains &#8211; m&#234;me issus des classes populaires &#8211; sont dot&#233;s en tant qu'&#234;tres de langage d'une capacit&#233; d'abstraction, de pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie, de raisonnement logique. Le probl&#232;me devient d&#232;s lors le suivant : s'attacher &#224; mobiliser ces ressources plut&#244;t que d&#233;plorer les &#171; handicaps socioculturels &#187;, afin que tous surmontent les difficult&#233;s d'apprentissage. Pour ce faire, il n'existe d'autre voie que la mise en &#339;uvre, par des enseignants qui se veulent des &#171; alli&#233;s dans la place &#187; plut&#244;t que des juges, de p&#233;dagogies exigeantes attentives &#224; assurer aux &#233;l&#232;ves les moyens de r&#233;pondre &#224; leurs r&#233;quisits. C'est le seul moyen pour l'&#233;cole de leur apporter ce qu'ils ne trouvent pas dans leur famille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'ouvrage collectif P&#233;dagogies de l'exigence, La Dispute, 2020.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ins&#233;parable d'une refonte d'ensemble de notre syst&#232;me &#233;ducatif, le report &#224; 18 ans de l'obligation scolaire n'est donc pas un mince objectif. Vouloir l'appliquer &#224; moindres frais ne ferait qu'aggraver la tendance &#224; l'&#339;uvre depuis la fin des ann&#233;es 1980, qui conjugue l'allongement des scolarit&#233;s et la d&#233;gradation des acquisitions cognitives. Et chercher &#224; en faire l'&#233;conomie ne ferait que retarder la solution de bien des probl&#232;mes aujourd'hui pos&#233;s &#224; notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tristan Poullaouec, &#171; Regrets d'&#233;cole. Le report des aspirations scolaires dans les milieux populaires &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, 2019/2, n&#176;114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;cente mesure gouvernementale concernant l'obligation de formation de 16 &#224; 18 ans ne vise pas &#224; &#233;radiquer les scolarit&#233;s &#233;court&#233;es des &#233;l&#232;ves en grande difficult&#233; mais propose un &#171; accompagnement sur mesure &#187; vers le march&#233; du travail pour les jeunes concern&#233;s, en d&#233;sh&#233;rence apr&#232;s leur rupture avec l'institution scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La question sera abord&#233;e dans un colloque co-organis&#233; par le SNES-FSU, &#201;duc'action CGT, et le GRDS. Intitul&#233;e &#171; Porter l'obligation scolaire &#224; 18 ans. Pourquoi, comment ? &#187;, cette rencontre se tiendra &#224; Paris les 14 et 15 janvier prochain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;OCDE, &#171; What future for our schools&#8221;, &lt;i&gt;Education Policy Analysis&lt;/i&gt;, Paris, 2001 ; et &#8220;Investing in Competencies for all&#8221;, Communiqu&#233; de la r&#233;union des ministres de l'&#201;ducation, avril 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La F&#233;d&#233;ration de l'&#201;ducation nationale, domin&#233;e par le Parti socialiste depuis 1947, devient Unsa-&#201;ducation en 2000, apr&#232;s la cr&#233;ation de la FSU.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Baudelot et Roger Establet, &lt;i&gt;Le Niveau monte&lt;/i&gt;, Le Seuil, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;La tol&#233;rance &#224; l'ignorance dans l'institution scolaire&lt;/i&gt;, GRDS, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Obtiendront un dipl&#244;me Bac +5 : un bachelier g&#233;n&#233;ral sur deux ; un bachelier technologique sur dix ; trois bacheliers professionnels sur cent. Cf. &lt;i&gt;Note d'information du SEIS&lt;/i&gt;, n&#176; 18.06, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les observations qui suivent prennent notamment appui sur les travaux accumul&#233;s depuis 2008 par le GRDS (Groupe de recherches sur la d&#233;mocratisation scolaire).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'ouvrage collectif &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;, La Dispute, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sans transmission des savoirs, pas d'esprit critique !</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article326</link>
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		<dc:date>2021-02-15T09:33:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nico Hirtt</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Selon le site &#201;duscol , g&#233;r&#233; par le Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, &#171; le d&#233;veloppement de l'esprit critique est au centre de la mission assign&#233;e au syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais &#187;. Mais qu'est-ce donc que l'esprit critique ? Pour l'auteur de l'article cit&#233;, il serait &#224; la fois &#171; un &#233;tat d'esprit &#187; et &#171; une mani&#232;re de proc&#233;der &#187;. L'&#233;tat d'esprit en question comporterait six attitudes : l'&#233;coute (s'int&#233;resser &#224; ce que pensent les autres, accepter le d&#233;bat), la curiosit&#233;, l'autonomie (chercher (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L121xH150/arton326-3b8cb.png?1790692076' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Selon le site &#201;duscol , g&#233;r&#233; par le Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, &#171; le d&#233;veloppement de l'esprit critique est au centre de la mission assign&#233;e au syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233;e avec l'accord de l'auteur, cette contribution est initialement parue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais qu'est-ce donc que l'esprit critique ? Pour l'auteur de l'article cit&#233;, il serait &#224; la fois &#171; un &#233;tat d'esprit &#187; et &#171; une mani&#232;re de proc&#233;der &#187;. L'&#233;tat d'esprit en question comporterait six attitudes : l'&#233;coute (s'int&#233;resser &#224; ce que pensent les autres, accepter le d&#233;bat), la curiosit&#233;, l'autonomie (chercher &#224; penser par soi-m&#234;me), la lucidit&#233; (savoir ce que l'on sait et ce que l'on ignore) et la modestie (accepter de s'&#234;tre tromp&#233;). Ces attitudes seraient &#224; leur tour nourries par six pratiques : s'informer, &#233;valuer l'information, distinguer dans cette information les faits et les interpr&#233;tations, confronter les interpr&#233;tations (pour prendre acte des d&#233;bats) et enfin &#233;valuer les interpr&#233;tations (afin de distinguer les opinions des hypoth&#232;ses et des faits valid&#233;s par l'exp&#233;rience).&lt;br class='autobr' /&gt;
La mission de l'&#201;cole, en mati&#232;re de formation &#224; l'esprit critique, consisterait d&#232;s lors &#224; exercer ces six pratiques afin d'encourager les six attitudes susmentionn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien dans tout cela, qui soit &#224; rejeter. La question qui me taraude est plut&#244;t : est-ce que cela suffit ? La capacit&#233; de formuler un jugement autonome et critique ne se nourrit-elle que de bonnes attitudes et de bonnes pratiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons le cas d'&#233;cole qui nous est fourni aujourd'hui par la Covid 19 et les mesures sanitaires qu'elle entra&#238;ne. Un esprit critique ne devrait certes pas accepter d'embl&#233;e, comme des v&#233;rit&#233;s incontestables, toute analyse ou information provenant des autorit&#233;s et des m&#233;dias qui leur sont fid&#232;les. Mais il ne devrait pas non plus se laisser entra&#238;ner par le flot de th&#232;ses d&#233;lirantes que l'on trouve parfois sur les r&#233;seaux sociaux. Il faut donc effectivement &#171; s'informer &#187;, &#171; distinguer les faits des interpr&#233;tations &#187;, identifier &#171; opinions, hypoth&#232;ses et faits valid&#233;s par l'exp&#233;rience &#187;, etc. Mais &#231;a n'est pas, me semble-t-il, qu'une question d'attitude ou de pratique. Il y a en effet une condition imp&#233;rative pour que ces attitudes et pratiques soient efficaces, condition que passe &#233;trangement sous silence le texte d'&#201;duscol : le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se forger une opinion sur les vaccins, sans comprendre ce qu'est un virus, ce que sont l'ADN et l'ARN, ce qu'est un anticorps ? Comment &#233;valuer la cr&#233;dibilit&#233; d'affirmations appuy&#233;es sur des donn&#233;es chiffr&#233;es, relatives &#224; l'efficience ou &#224; l'inefficience du confinement, si l'on n'a pas appris &#224; lire et &#224; interpr&#233;ter une statistique ? Comment comprendre les d&#233;bats virulents sur la dangerosit&#233; de certaines dispositions comme le port du masque si l'on n'a jamais d&#233;couvert ce qu'est une probabilit&#233; ? Comment r&#233;sister aux comparaisons faciles entre la France et la Su&#232;de si l'on n'a pas d'id&#233;e des diff&#233;rences g&#233;ographiques, d&#233;mographiques ou culturelles entre ces pays ? Comment peut-on comprendre que des personnes pourtant saines d'esprit se laissent aller &#224; des th&#232;ses dites &#171; conspirationnistes &#187;, si l'on n'a pas appris, notamment par l'&#233;tude de l'histoire contemporaine, &#224; quels mensonges les &#201;tats sont parfois pr&#234;ts lorsqu'il s'agit de prot&#233;ger leur pouvoir ou leurs int&#233;r&#234;ts ? Et &#224; quel point ils parviennent alors &#224; embrigader les principaux m&#233;dias. Enfin, comment esp&#233;rer une attitude et une pratique respectueuses d'une d&#233;marche scientifique, si l'on n'a jamais &#8212; ou pas souvent &#8212; eu l'occasion de participer &#224; la (d&#233;-)(re-)construction d'un savoir th&#233;orique en s'appuyant sur une telle d&#233;marche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que le savoir n'a pas bonne presse aujourd'hui dans le discours dominant sur l'&#233;ducation. Beaucoup affirment qu'&#224; l'&#232;re de l'internet, alors que chacun peut acc&#233;der en un clin d'oeil au contenu de biblioth&#232;ques et de m&#233;diath&#232;ques colossales, le r&#244;le de l'&#233;cole ne serait plus de transmettre du savoir, mais d'apprendre &#224; rechercher et &#224; mobiliser des connaissances nouvelles en fonction de besoins changeants et impr&#233;visibles. Telle est en tout cas la d&#233;finition &#171; moderne &#187; de la comp&#233;tence, que r&#233;clament les pouvoirs &#233;conomiques lorsqu'ils se penchent sur les syst&#232;mes &#233;ducatifs. Mais pour celui qui pense l'&#201;cole comme une instance &#233;mancipatrice, cette vision-l&#224; ne peut satisfaire. Le savoir ne se r&#233;duit en effet pas &#224; une masse d'informations. Dans sa forme la plus &#233;lev&#233;e, celle qu'implique une citoyennet&#233; critique, le savoir suppose un processus complexe d'abstraction et de conceptualisation que seule l'&#233;cole peut apporter &#224; tous. En c&#233;dant &#224; la mode consistant &#224; privil&#233;gier la comp&#233;tence flexible sur le savoir solidement construit, ce n'est pas l'esprit critique que l'on promeut mais au contraire la capacit&#233; de s'adapter au changement sans vell&#233;it&#233; de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_291 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L446xH328/capture_d_e_cran_2021-02-15_a_10.23.01-fd157.png?1790689109' width='446' height='328' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Promouvoir l'esprit critique &#224; l'&#233;cole, forger des citoyens capables de penser le monde avec leur propre t&#234;te et de participer &#224; sa transformation, cela ne peut se r&#233;duire &#224; l'inculcation de valeurs ou de comportements. Le v&#233;ritable esprit critique, celui qui permet de s'affranchir des dogmes de la pens&#233;e dominante, ne se nourrit pas de valeurs mais de savoirs. C'est par l'&#233;tude des sciences que l'on acquiert le mode de pens&#233;e qui lib&#232;re des pr&#233;jug&#233;s. C'est par la connaissance de notre environnement g&#233;ographique, technologique et socio-&#233;conomique que l'on peut saisir les potentialit&#233;s qui s'offrent &#224; l'homme et prendre toute la mesure du g&#226;chis actuel. C'est par l'histoire que l'on apprend comment se font et se d&#233;font les soci&#233;t&#233;s, que l'on per&#231;oit la force et les conditions de l'action politique et sociale. C'est par la litt&#233;rature, la philosophie et les arts que l'on apprend &#224; pr&#233;ciser, &#224; exprimer, &#224; nuancer et &#224; d&#233;fendre sa pens&#233;e. Au contraire, l'absence de rigueur, les savoirs mal structur&#233;s, les comp&#233;tences pratiques sans assise th&#233;orique, l'adaptabilit&#233; sans r&#233;flexion, ne conduisent l'homme qu'&#224; renoncer &#224; comprendre, &#224; accepter tout sans s'interroger sur rien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Publi&#233;e avec l'accord de l'auteur, cette contribution est initialement parue dans la revue du SnesSup, &lt;i&gt;Former des enseignants&lt;/i&gt;, n&#176; 692, f&#233;vrier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Blanquer + Vidal = &#233;cole de caste</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article298</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article298</guid>
		<dc:date>2019-02-22T16:23:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Tripier</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les r&#233;formes r&#233;centes des ministres Vidal et Blanquer, pr&#233;sent&#233;es par eux comme des r&#233;ponses techniques aux probl&#232;mes de l'affectation des &#233;l&#232;ves dans l'enseignement sup&#233;rieur (ou de leur pr&#233;paration intellectuelle &#224; ses divisions disciplinaires), ont ou auront comme r&#233;sultat d'accro&#238;tre encore davantage le poids des familles, donc, vraisemblablement, de faire encore reculer la France dans les enqu&#234;tes PISA. Comment ces r&#233;formes r&#233;ussissent et r&#233;ussiront ce tour de force ? En privil&#233;giant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH58/arton298-01b38.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='58' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les r&#233;formes r&#233;centes des ministres Vidal et Blanquer, pr&#233;sent&#233;es par eux comme des r&#233;ponses techniques aux probl&#232;mes de l'affectation des &#233;l&#232;ves dans l'enseignement sup&#233;rieur (ou de leur pr&#233;paration intellectuelle &#224; ses divisions disciplinaires), ont ou auront comme r&#233;sultat d'accro&#238;tre encore davantage le poids des familles, donc, vraisemblablement, de faire encore reculer la France dans les enqu&#234;tes PISA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ces r&#233;formes r&#233;ussissent et r&#233;ussiront ce tour de force ? En privil&#233;giant encore plus l'origine des lyc&#233;es dont les &#233;l&#232;ves proviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quels m&#233;canismes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part en se soumettant &#224; l'obsession obsidionale des enseignants des classes pr&#233;paratoires &#224; avoir un public homog&#232;ne en traitant les diff&#233;rents lyc&#233;es de fa&#231;on in&#233;galitaire et en estimant que les &#233;l&#233;ments moyens des bons lyc&#233;es avaient la priorit&#233; sur les excellents &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es consid&#233;r&#233;s moins bons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'un bon lyc&#233;e ? C'est un lyc&#233;e dans lequel plusieurs &#233;l&#232;ves ont eu leur baccalaur&#233;at avec la mention tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les &#233;l&#232;ves obtiennent-ils ce r&#233;sultat ? Sans conteste en travaillant avec constance et t&#233;nacit&#233;, en ayant une excellente m&#233;moire et des synapses leur permettant de r&#233;soudre rapidement les probl&#232;mes scolaires qui leur sont pos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, &#224; un &#226;ge o&#249; les sollicitations extra-scolaires sont multiples et engageantes r&#233;ussit-on &#224; travailler avec constance et t&#233;nacit&#233; ? En moyenne en ayant des parents qui, &#233;tant pass&#233;s par les m&#234;mes &#233;preuves aux m&#234;mes &#226;ges, savent manier la carotte et le b&#226;ton pour que les performances scolaires de leurs rejetons soient bonnes. Et comme, en moyenne, ces parents ont ou ont eu des postes de cadres sup&#233;rieurs suffisamment bien pay&#233;s pour habiter des quartiers o&#249; les prix au m&#232;tre carr&#233; sont &#233;lev&#233;s, ces lyc&#233;es dits bons sont les lyc&#233;es des quartiers &#171; bourgeois &#187; de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment &lt;i&gt;Parcours-sup&lt;/i&gt; r&#233;ussit-il &#224; privil&#233;gier les &#171; bons lyc&#233;es &#187; ? En incluant, dans l'algorithme permettant la s&#233;lection, des &#233;l&#233;ments essentiels de celui utilis&#233; pour l'entr&#233;e en classe pr&#233;paratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi peut-on anticiper que la r&#233;forme Blanquer du baccalaur&#233;at renforcera la hi&#233;rarchie des lyc&#233;es ? Parce qu'en privil&#233;giant le contr&#244;le continu, ce qui comptera pour d&#233;partager les &#233;l&#232;ves sera le seul &#233;l&#233;ment suppos&#233; stable : l'ordre des lyc&#233;es et rien n'est pr&#233;vu pour le corriger. Mais aussi parce que la multiplication des options au baccalaur&#233;at avantage les &#233;coles ayant la meilleure r&#233;putation, comme une enqu&#234;te r&#233;cente sur l'&#233;cole en Grande Bretagne, rapport&#233;e par le SNES, le d&#233;montre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SNES-FSU, Le Lyc&#233;e modulaire, une alternative aux s&#233;ries du lyc&#233;e fran&#231;ais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat &#224; pr&#233;voir de cet ensemble de mesures est celui de retrouver les m&#234;mes familles dans les m&#234;mes places, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, donc de glisser vers une soci&#233;t&#233; qui ne renouvellera pas ses &#233;lites, une soci&#233;t&#233; de caste, une soci&#233;t&#233; fig&#233;e, le retour &#224; l'Ancien R&#233;gime. Tout le contraire de ce que nous promettait le discours de notre Pr&#233;sident de la R&#233;publique lorsqu'il lan&#231;a le Grand D&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te PISA 2015 place la France dans la position peu enviable de 27&#232;me place sur 69. Or, comme le rappelle J. P. Terrail : &#171; Cette enqu&#234;te mesure pr&#233;cis&#233;ment les ressources des familles des &#233;l&#232;ves qu'elle &#233;value, ressources &#233;conomiques mais aussi culturelles tels les dipl&#244;mes des parents, l'importance de la biblioth&#232;que familiale, etc. Elle permet ainsi de rapporter la r&#233;ussite de l'enfant aux ressources de son environnement familial, et d'appr&#233;cier leur &#233;cart. Les pays les plus performants sont ceux dans lesquels les performances des &#233;l&#232;ves sont les plus ind&#233;pendantes des ressources de leurs familles, ceux donc dans lesquels l'&#233;cole r&#233;ussit le mieux &#224; assurer par elle-m&#234;me la transmission des savoirs (m&#234;me si cette r&#233;ussite n'est jamais totale : aucun pays n'&#233;chappe &#224; l'influence de l'origine sociale sur la r&#233;ussite scolaire). Les pays les plus performants sont ceux dans lesquels l'efficacit&#233; de l'&#233;cole en mati&#232;re de progression cognitive des &#233;l&#232;ves les moins dot&#233;s au d&#233;part est la plus &#233;lev&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir PISA, Commentaires et enseignements d'une comparaison internationale,GRDS,&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gageons donc que ce retour &#224; l'Ancien R&#233;gime marquera une chute encore plus importante dans ce classement de l'OCDE. Esp&#233;rons que cette chute dans les hi&#233;rarchies mondiales conduira un futur gouvernement &#224; mettre &#224; plat le syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais afin de le rendre intellectuellement et socialement performant pour d'autres que les 1%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Observation compl&#233;mentaire &lt;/i&gt; (enregistr&#233;e le 24 mars 2019)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article du 19 F&#233;vrier 2018, de la revue en ligne AOC , Fran&#231;ois Dubet a cette pr&#233;diction retentissante sur la r&#233;forme du baccalaur&#233;at de M. Blanquer : &#171; Un 9 (au baccalaur&#233;at) du 5&#176; arrondissement parisien vaudra mieux qu'un 15 dans un lyc&#233;e de Seine-Saint Denis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de Dubet est seulement centr&#233; sur le baccalaur&#233;at, mais si l'on y ajoute parcours-sup et que l'on fait confiance &#224; cet excellent connaisseur de la scolarit&#233;, ces deux r&#233;formes aboutissent &#224; classer des &#233;tablissements, pas des &#233;l&#232;ves. Mais il y a plus : la strat&#233;gie des parents angoiss&#233;s par l'avenir de leurs enfants les conduira &#224; bien des sacrifices, dont celui de r&#233;duire leurs m&#232;tres carr&#233;s d'habitation pour habiter un quartier proche d'un &#171; bon lyc&#233;e &#187;, afin que l'affectation de leur rejeton dans celui-ci soit certaine. Il en r&#233;sultera une hausse du prix des logements autour de ces lyc&#233;es qui renforcera l'&#233;loignement des familles modestes. Cela accro&#238;tra encore la diff&#233;rence entre les &#233;tablissements. Celle-ci affectera les classes de quatri&#232;me et troisi&#232;me qu'&#233;tudie l'enqu&#234;te PISA, et la France se retrouvera dans les profondeurs du classement. Mais ces ph&#233;nom&#232;nes prennent du temps &#224; produire leurs effets, suffisamment pour que les noms des promoteurs de cette ang&#233;lique r&#233;forme visant le retour &#224; l'ancien r&#233;gime, o&#249; les m&#234;mes familles occupent les m&#234;mes places, soient tomb&#233;s dans l'oubli.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SNES-FSU, &lt;i&gt;Le Lyc&#233;e modulaire, une alternative aux s&#233;ries du lyc&#233;e fran&#231;ais ?&lt;/i&gt;, GRDS, 2018, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article285&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article285&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;PISA, Commentaires et enseignements d'une comparaison internationale&lt;/i&gt;,GRDS, 2016, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article41&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article41&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des dispositifs de rem&#233;diation en licence pour faire r&#233;ussir les &#233;tudiants : vraiment ? </title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article288</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article288</guid>
		<dc:date>2018-05-07T07:49:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mary David et Nathalie Lebrun</dc:creator>


		<dc:subject>Difficult&#233; scolaire</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>Coll&#233;giens</dc:subject>
		<dc:subject>Lyc&#233;ens</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le but affich&#233; d'accro&#238;tre les chances de r&#233;ussite des &#233;tudiants en licence, la loi &#171; relative &#224; l'orientation et &#224; la r&#233;ussite des &#233;tudiants &#187; (ORE) pr&#233;voit la mise en place de &#171; dispositifs d'accompagnement p&#233;dagogique et des parcours de formation personnalis&#233;s tenant compte de la diversit&#233; et des sp&#233;cificit&#233;s des publics &#233;tudiants accueillis &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque les &#233;l&#232;ves de terminale qui s'inscrivent sur la plateforme Parcoursup formulent des v&#339;ux d'entr&#233;e en licence universitaire, ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot17" rel="tag"&gt;Difficult&#233; scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot32" rel="tag"&gt;&#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;Coll&#233;giens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Lyc&#233;ens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH56/arton288-cd903.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='56' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le but affich&#233; d'accro&#238;tre les chances de r&#233;ussite des &#233;tudiants en licence, la loi &#171; relative &#224; l'orientation et &#224; la r&#233;ussite des &#233;tudiants &#187; (ORE) pr&#233;voit la mise en place de &#171; dispositifs d'accompagnement p&#233;dagogique et des parcours de formation personnalis&#233;s tenant compte de la diversit&#233; et des sp&#233;cificit&#233;s des publics &#233;tudiants accueillis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les &#233;l&#232;ves de terminale qui s'inscrivent sur la plateforme &lt;i&gt;Parcoursup&lt;/i&gt; formulent des v&#339;ux d'entr&#233;e en licence universitaire, ils peuvent &#234;tre jug&#233;s comme inadapt&#233;s &#224; suivre ces &#233;tudes. Ce verdict, &#233;nonc&#233; par les &#233;quipes universitaires de la fili&#232;re vis&#233;e, correspond &#224; des r&#233;sultats consid&#233;r&#233;s comme trop faibles, &#224; une fili&#232;re ou s&#233;rie du lyc&#233;e suppos&#233;e mal adapt&#233;e, ou &#224; d'autres indices laissant penser que l'&#233;l&#232;ve ne peut pas r&#233;ussir dans de bonnes conditions. Ces &#233;l&#232;ves seraient alors contraints de suivre des dispositifs ou parcours sp&#233;cifiques propos&#233;s par l'universit&#233; vis&#233;e : c'est la r&#233;ponse &#171; oui si &#187; qui peut &#234;tre propos&#233;e par les responsables de licence. D'ores et d&#233;j&#224;, les personnels des universit&#233;s constatent qu'ils sont dans l'incapacit&#233; mat&#233;rielle d'examiner les dossiers de chaque candidat &#224; l'inscription, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; de proposer des parcours de rem&#233;diation, qui ne seront pas financ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la capacit&#233; des r&#233;sultats scolaires, de la fili&#232;re de lyc&#233;e, ou d'autres indices qui pourraient &#234;tre pris en compte comme l'&#233;tablissement de provenance, &#224; pr&#233;dire la r&#233;ussite des &#233;tudiants dans des parcours post-bac dans lesquels ils ne sont pas encore entr&#233;s est tr&#232;s discutable.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bodin, R. &amp; Orange, S., L'universit&#233; n'est pas en crise. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais laissons de c&#244;t&#233; temporairement cet obstacle, et imaginons que les moyens mat&#233;riels et humains sont r&#233;unis pour mettre en place des dispositifs de rem&#233;diation pour les bacheliers &#171; fragiles &#187; : de tels dispositifs &#171; d'accompagnement p&#233;dagogique et des parcours de formation personnalis&#233;s &#187; permettraient-ils de mieux faire &#171; r&#233;ussir &#187; les &#233;tudiants ? Seraient-ils de nature &#224; limiter le fameux &#171; 60 % d'&#233;chec en licence &#187;, slogan justifiant la r&#233;forme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce que recouvre en r&#233;alit&#233; ce chiffre, lire en particulier : Bodin, R. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des dispositifs d'accompagnement et de rem&#233;diation, plac&#233;s en tout d&#233;but ou pendant le cursus, existent depuis longtemps dans l'enseignement sup&#233;rieur, et plus largement dans le syst&#232;me &#233;ducatif. Que nous apprennent les recherches en &#233;ducation sur leur efficacit&#233; ? L'enseignement principal de ces recherches est que, &lt;i&gt;quel que soit le niveau dans le syst&#232;me &#233;ducatif, ces dispositifs sont d'autant plus efficaces qu'ils sont ancr&#233;s dans les cursus concern&#233;s et dans les savoirs qui y sont enseign&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;	&#201;mergence des dispositifs &#224; l'&#233;cole (premier et second degr&#233;s) &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cole, la tentation, depuis les ann&#233;es 1990, a &#233;t&#233; de multiplier ces dispositifs en dehors du temps scolaire, en proposant aux &#233;l&#232;ves rep&#233;r&#233;s comme &#233;tant en difficult&#233; des aides m&#233;thodologiques et du soutien. Cela s'inscrit dans le projet d'&#171; individualisation de l'enseignement &#187; pr&#233;vu par la loi d'orientation de 1989&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tandis que les scolarit&#233;s se prolongent, et que de nouvelles cat&#233;gories d'&#233;l&#232;ves entrent au coll&#232;ge puis au lyc&#233;e, sous l'effet de la demande de scolarisation et des r&#233;formes institutionnelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Poullaouec, T. &amp; Lem&#234;tre, C., &#171; Retours sur la seconde explosion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la cat&#233;gorie d'&#171; &#233;chec scolaire &#187; appara&#238;t &#224; partir des ann&#233;es 1950-60 et s'impose progressivement comme un probl&#232;me devant &#234;tre pris en charge par l'&#233;cole. C'est pour lutter contre ce probl&#232;me de l'&#233;chec qu'&#233;mergent les dispositifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera dans l'article d'A. Barr&#232;re un d&#233;veloppement sur ce point et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : les difficult&#233;s d'apprentissage de certains &#233;l&#232;ves sont vues comme des difficult&#233;s individuelles, et leur r&#233;solution li&#233;e &#224; des solutions individuelles (concernant un &#233;l&#232;ve en particulier). Des dispositifs se multiplient : aide personnalis&#233;e, modules (au lyc&#233;e), soutien, tutorat, aide individualis&#233;e, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi d'orientation de 2005&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, instituant un &#171; socle commun de connaissances et de comp&#233;tences &#187;, a renforc&#233; cette tendance et suscit&#233; l'apparition de nouveaux dispositifs d'aide, dans le premier puis le second degr&#233; (notamment les programmes personnalis&#233;s de r&#233;ussite &#233;ducative, &#224; l'&#233;cole et au coll&#232;ge, pour les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;). La r&#233;forme du lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral et technologique &#224; partir de 2010 a &#233;galement multipli&#233; les dispositifs : soutien pendant les vacances scolaires, &#171; stages passerelle &#187; (pour pr&#233;parer un changement de fili&#232;re), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les r&#233;sultats de ces dispositifs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le bilan de ces multiples formes d'aides est mince, comme le souligne le dossier de veille de l'IF&#233; qui leur est consacr&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. les nombreuses r&#233;f&#233;rences bibliographiques dans Reverdy, C., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pire, les aides peuvent produire l'inverse de ce qu'elles sont suppos&#233;es faire : renforcer la difficult&#233; scolaire au lieu de la r&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus souvent, le soutien ou les aides sont &#171; externalis&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils s'effectuent en dehors du temps collectif de l'enseignement en classe. Les &#233;l&#232;ves, &#233;coliers, coll&#233;giens ou lyc&#233;ens, sont accompagn&#233;s sur des temps sp&#233;cifiques qui s'ajoutent au temps scolaire collectif, ou parfois s'y substituent (l'&#233;l&#232;ve &#171; sort &#187; de la classe quelques heures par semaine). L'aide procur&#233;e &#224; certains &#233;l&#232;ves ne compense pas les effets d&#233;l&#233;t&#232;res de ces dispositifs. Le premier est l'effet de stigmatisation de ceux qui sont &#171; sortis &#187; des classes ou tenus de rester en dehors du temps collectif ce qui les d&#233;l&#233;gitime d'autant (le mod&#232;le d'enseignement &#233;tant l'enseignement en classe, le reste est souvent jug&#233; comme accessoire). Regrouper ainsi les &#233;l&#232;ves jug&#233;s faibles, les d&#233;signe aux yeux de tous et les conforte dans l'id&#233;e qu'ils sont &#171; mauvais &#187;, et donc jug&#233;s incapables de r&#233;ussir dans le syst&#232;me &#233;ducatif ordinaire. Dans un syst&#232;me scolaire qui reste fortement s&#233;gr&#233;g&#233;, notamment, au lyc&#233;e, entre voie professionnelle, voie technologique et g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;forme annonc&#233;e du lyc&#233;e n'est pas de nature &#224; remettre en cause cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s&#233;lectionner des &#233;l&#232;ves comme devant b&#233;n&#233;ficier de tels dispositifs participe d'une proph&#233;tie autor&#233;alisatrice : les plus faibles ont besoin d'aides, parce qu'ils ne peuvent pas r&#233;ussir sans, et parce qu'ils ont peu de chances de suivre un parcours scolaire valoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, ces dispositifs proposent g&#233;n&#233;ralement une aide avant tout m&#233;thodologique, souvent d&#233;connect&#233;e des disciplines enseign&#233;es : apprendre la prise de notes, l'organisation du cahier de textes, etc., induit chez ces &#233;l&#232;ves une perte de sens du travail scolaire et une transposition difficile en classe des savoir-faire travaill&#233;s en dehors. Les dispositifs s'attachent davantage aux comp&#233;tences proc&#233;durales qu'aux notions indispensables pour apprendre en classe. En outre, c'est souvent aux &#233;l&#232;ves seuls qu'il revient de transposer eux-m&#234;mes les choses apprises dans les modules d'aide dans les exercices r&#233;alis&#233;s en classe et de s'en servir pour r&#233;pondre aux attentes de leurs professeurs. Le rapport des inspections g&#233;n&#233;rales sur les dispositifs d'aide et d'accompagnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;IGEN et IGAENR, &#171; Observation et &#233;valuation de l'ensemble des dispositifs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fait les m&#234;mes constats, et y ajoute le fait que les dispositifs d&#233;douanent les enseignants de la prise en charge de la difficult&#233; dans la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, les recherches soulignent que les dispositifs les plus efficaces sont ceux qui favorisent l'apprentissage collectif et simultan&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Reverdy, C., op. cit.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils sont internalis&#233;s, c'est-&#224;-dire qu'ils se d&#233;roulent en classe, avec tous les &#233;l&#232;ves, en groupe h&#233;t&#233;rog&#232;ne, et articulent rem&#233;diation m&#233;thodologique et savoirs disciplinaires. Ils sont d'autant plus b&#233;n&#233;fiques qu'ils sont r&#233;alis&#233;s au fur et &#224; mesure du cursus de formation, et non en amont ou dans les interstices du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;	Les dispositifs dans l'enseignement sup&#233;rieur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'apparus dans l'enseignement universitaire un peu apr&#232;s leur d&#233;veloppement dans le syst&#232;me &#233;ducatif pr&#233;bac, les dispositifs d'aide et d'accompagnement aux &#233;tudiants ne sont pas une invention r&#233;cente : leur institutionnalisation date de 1996, mais d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1990, de nombreux essais de tutorat et d'aides diverses avaient &#233;t&#233; mis en place dans les universit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annoot, E., &#171; De l'accompagnement &#224; la p&#233;dagogie universitaire : quels (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la vari&#233;t&#233; des dispositifs, quelques constantes peuvent &#234;tre relev&#233;es : les mesures reposent principalement sur de l'accompagnement m&#233;thodologique, en-dehors des temps d'enseignement collectif (cours, Travaux Pratiques, Travaux Dirig&#233;s, projets). Ils sont rarement assur&#233;s par des enseignants-chercheurs, mais plut&#244;t par des &#233;tudiants. Ils sont plus souvent &#171; non cibl&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils s'adressent &#224; des &#233;tudiants volontaires qui font eux-m&#234;mes la d&#233;marche de s'inscrire (et non &#224; un public d&#233;sign&#233;). Enfin, ils sont tr&#232;s d&#233;pendants des possibilit&#233;s de financement, et font partie des enseignements tr&#232;s soumis aux al&#233;as financiers des universit&#233;s. Le plan licence en 2008&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a temporairement abond&#233; les financements de ces dispositifs et incit&#233; les enseignants-chercheurs &#224; y participer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233;anmoins, ce type d'enseignement n'&#233;chappe pas &#224; la division symbolique du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sans en transformer la philosophie g&#233;n&#233;rale : ils proposent des &#224;-c&#244;t&#233; p&#233;dagogiques pour tenter de compenser en partie des lacunes &#233;tudiantes, et tenter d'am&#233;liorer la &#171; r&#233;ussite &#233;tudiante &#187;, &#171; mesur&#233;e en r&#233;f&#233;rence &#224; un parcours standardis&#233; effectu&#233; dans un temps norm&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique leur d&#233;finition officielle soit encore tr&#232;s l&#226;che, les nouveaux &#171; dispositifs d'accompagnement p&#233;dagogique &#187; pr&#233;vus par la loi ORE ne constituent pas une rupture avec l'existant. Comme le rel&#232;ve E. Annoot &#224; propos des dispositifs pr&#233;c&#233;dents, &#171; leur existence s'appuie sur l'id&#233;e d'une d&#233;faillance de l'universit&#233; qu'il faudrait compenser &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le principal changement r&#233;side dans le ciblage syst&#233;matique : les dispositifs deviennent obligatoires, pour des &#233;tudiants rep&#233;r&#233;s comme susceptibles d'&#233;chouer avant m&#234;me leur inscription &#224; l'universit&#233;. Les difficult&#233;s plus grandes que connaissent les &#233;tudiants issus de fili&#232;res technologiques ou professionnelles, par exemple, vont servir de moyen de pr&#233;diction d'un &#233;chec probable. Mais ce sera aussi le cas pour les &#233;l&#232;ves aux r&#233;sultats moyens et faibles issus des fili&#232;res g&#233;n&#233;rales. La r&#233;ponse &#171; oui si &#187; que peuvent donner les commissions de recrutement des L1 (premi&#232;re ann&#233;e de licence) signifie : &#171; nous vous autorisons &#224; vous inscrire, si et seulement si vous acceptez de suivre le parcours sp&#233;cifique et les mesures d'accompagnement dont nous avons d&#233;cid&#233; que vous en aviez imp&#233;rativement besoin pour r&#233;ussir &#187;. Les contenus qui seront enseign&#233;s, les intervenants, les modalit&#233;s de financement sont renvoy&#233;s &#224; chaque universit&#233;. Il est donc tr&#232;s probable que celles-ci vont se contenter de proposer des dispositifs qui existent d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les r&#233;sultats de ces dispositifs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rents dispositifs d'accompagnement dans le sup&#233;rieur, qui se sont multipli&#233;s depuis la fin des ann&#233;es 1990, ont &#233;t&#233; &#233;galement analys&#233;s par les recherches en &#233;ducation. Ces recherches&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#233;req (&#201;d.), &#171; Le tutorat &#224; l'universit&#233; : peut-on forcer les &#233;tudiants &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont port&#233; sur les diff&#233;rentes formes de tutorat et d'accompagnement, dont on remarque qu'il est le plus souvent d'ordre m&#233;thodologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats, issus des travaux cit&#233;s en note (7), montrent qu'une des limites fortes des dispositifs dans le sup&#233;rieur est qu'ils n'atteignent pas leur &#171; cible &#187; : quand ils s'adressent &#224; tout &#233;tudiant volontaire, ils attirent tr&#232;s peu les &#233;tudiants en difficult&#233;, mais plut&#244;t les &#233;l&#232;ves aux r&#233;sultats moyens, voire bons, qui veulent progresser. Ces derniers jugent assez positivement les mesures, du point de vue des effets sur leurs notes. Par contre, il n'y a pas d'effet significatif sur les fa&#231;ons de travailler, en particulier sur l'autonomie, dont les enseignants affirment g&#233;n&#233;ralement qu'elle est indispensable &#224; la r&#233;ussite &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, des dispositifs d'accompagnement par les pairs (type &#171; cord&#233;es de la r&#233;ussite &#187;), dans le cadre de la transition lyc&#233;e-universit&#233;, se sont d&#233;velopp&#233;s sur le mod&#232;le de certaines exp&#233;rimentations dans le pr&#233;bac&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Baudrit, A., Le tutorat : Richesses d'une m&#233;thode p&#233;dagogique, Bruxelles, De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'accompagnant (ou formateur) est alors dans &#171; une posture d'aide &#224; la construction des savoirs complexes o&#249; le formateur est impliqu&#233; dans une dimension relationnelle singuli&#232;re comportant des fonctions de guidance m&#233;thodologique et de t&#233;moin de progression &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul, M. , &#171; L'accompagnement dans le champ professionnel &#187; (note de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le tutorat par les pairs est alors consid&#233;r&#233; comme &#171; une situation p&#233;dagogique d'accompagnement individualis&#233; au sein de laquelle chacun [tuteur (&#233;tudiant avanc&#233;) et tutor&#233;] apprend, notamment sur la base d'un m&#233;canisme d'identification alors qu'aucun des acteurs n'est a priori un professionnel de l'enseignement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lepage, P. &amp; Romainville, M., 2009, cit&#233; dans Devillers, M. et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien que ce dispositif (par groupe de trois &#224; cinq &#233;tudiants) soit largement centr&#233; sur les difficult&#233;s disciplinaires, sans exclure le d&#233;veloppement de comp&#233;tences transversales, la progression dans l'acquisition disciplinaire et l'am&#233;lioration de la r&#233;ussite n'est pas significative et sa contribution &#224; la lutte contre l'&#233;chec reste &#224; d&#233;montrer (difficult&#233;s d'organisation, diversit&#233; dans la pr&#233;paration des s&#233;ances, forte h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des activit&#233;s &#224; contenus disciplinaire versus comp&#233;tences transversales)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Berzin, C., &#171; Tutorat de pairs et Plan r&#233;ussite en licence : Quelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, le tuteur comme le tutor&#233; ayant le m&#234;me statut, celui d'&#233;tudiant, ce sont des conseils, des m&#233;thodes et des explications de cours qui pr&#233;dominent au d&#233;triment des obstacles &#233;pist&#233;mologiques &#224; surmonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait penser que la loi ORE, en obligeant certains &#233;tudiants jug&#233;s faibles &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; &#224; s'inscrire dans ces dispositifs, am&#233;liorera la situation en &#171; ciblant &#187; les b&#233;n&#233;ficiaires. Mais dans les dispositifs cibl&#233;s, le probl&#232;me n'est pas radicalement diff&#233;rent : les &#233;tudiants les plus en difficult&#233; et les plus pr&#233;caires d&#233;crochent souvent, d&#232;s le d&#233;but. Ces d&#233;crochages peuvent &#234;tre d'ordre disciplinaire, m&#233;thodologique ou avoir une autre origine (job &#233;tudiant, situation familiale difficile, etc.). Nous pourrions penser que les tests de positionnement, souvent plac&#233;s d&#232;s la rentr&#233;e universitaire, pourraient permettre &#224; ces &#233;tudiants de prendre conscience de leurs difficult&#233;s disciplinaires et d'&#233;viter l'abandon pr&#233;coce du cursus licence. Mais ces tests ont souvent comme seul objectif la restitution de connaissances en dehors de toute mise en situation rencontr&#233;e dans les enseignements de L1. Par cons&#233;quent, les &#233;tudiants ayant eu un faible score &#224; ces tests ne se jugent pas forc&#233;ment en difficult&#233; pour suivre les enseignements universitaires. Notons au passage qu'il est possible qu'un &#233;tudiant ayant eu un score convenable &#224; ces tests rencontre quand m&#234;me des difficult&#233;s de compr&#233;hension disciplinaire par la suite. Par cons&#233;quent, les &#233;tudiants les plus fragiles jugent que les dispositifs ne sont pas adapt&#233;s &#224; leurs besoins, surtout quand ceux-ci sont propos&#233;s t&#244;t dans l'ann&#233;e et ne r&#233;solvent en rien les conditions externes faisant obstacle &#224; la poursuite d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans l'enseignement pr&#233;bac, l'accompagnement pr&#233;coce des &#233;tudiants en difficult&#233; est jug&#233; peu efficace, contrairement aux dispositifs propos&#233;s au bout de quelques mois, puis tout au long du cursus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport du jury de la conf&#233;rence de consensus &#171; R&#233;ussite et &#233;chec dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui ont laiss&#233; le temps aux enseignants de conna&#238;tre les r&#233;elles difficult&#233;s de leurs &#233;tudiants et aux &#233;tudiants de prendre conscience de leurs lacunes disciplinaires et m&#233;thodologiques, et parfois d'avoir r&#233;solu les obstacles externes &#224; l'apprentissage (meilleure gestion du temps d'&#233;tude avec celui consacr&#233; &#224; un job, am&#233;lioration des conditions familiales gr&#226;ce &#224; une assistance sociale et/ou psychologique, etc). Si on ne tient pas compte de ce temps d'adaptation, ce sont l&#224; encore les &#233;tudiants aux meilleures notes (au d&#233;part) qui restent davantage dans les dispositifs et en tirent le plus de profit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les dispositifs d'accompagnement que nous avons &#233;valu&#233;s n'ont b&#233;n&#233;fici&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si des effets positifs sont constat&#233;s sur certains &#233;tudiants, c'est plut&#244;t du c&#244;t&#233; de leur motivation. Mais l'effet mesur&#233; sur les r&#233;sultats n'est pas significatif, ni sur l'assiduit&#233;, corr&#233;l&#233;e positivement &#224; la pr&#233;sence et la r&#233;ussite aux examens. C'est une des raisons pour lesquelles S. Morlaix et C. Perret affirment que le bilan du plan licence est d&#233;cevant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morlaix, S. &amp; Perret, C., Essai de mesure des effets du Plan R&#233;ussite en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les dispositifs sont peu efficaces, c'est surtout parce qu'ils sont ax&#233;s sur la m&#233;thodologie, la d&#233;couverte de l'environnement universitaire, le renforcement, et sont le plus souvent d&#233;connect&#233;s des autres enseignements universitaires. Le gage de la r&#233;ussite d'un enseignement m&#233;thodologique est au contraire &#171; l'ancrage des th&#232;mes abord&#233;s dans le travail disciplinaire et quotidien des &#233;tudiants qui donne du sens &#224; l'activit&#233; pour les &#233;tudiants &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cosnefroy, L., Hoffmann, C. &amp; Douady, J., &#171; L'accompagnement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme &#224; l'&#233;cole, regrouper des &#233;tudiants jug&#233;s faibles ou fragiles pour leur proposer des contenus sp&#233;cifiques sur un temps d&#233;di&#233; les stigmatise et peut les entretenir dans une image d&#233;grad&#233;e d'eux-m&#234;mes, ce qui est plut&#244;t d&#233;favorable &#224; la r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;	Conclusion : la logique politique de la loi ORE)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne peut que regretter et s'&#233;tonner que le projet de loi ne tienne pas compte de ces travaux, pourtant repris dans les conf&#233;rences de consensus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une conf&#233;rence de consensus regroupe des scientifiques et des acteurs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;ussite et &#233;chec dans l'enseignement sup&#233;rieur. Quels &#233;clairages de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et largement diffus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif du projet de loi ne serait-il donc pas d'amener au plus haut niveau de qualification tous les &#233;tudiants, quelle que soit leur origine scolaire et sociale ? Ne viserait-il pas au contraire d'enfermer chacun dans un &#171; tube &#187; excluant chez l'&#233;tudiant toute possibilit&#233; de construire son parcours de formation par essai-erreur, en renfor&#231;ant ainsi la hi&#233;rarchie sociale ? De plus, afficher des exigences en termes de niveau et de cursus pr&#233;alable n'aura-t-il pas pour effet d'&#233;carter les &#233;tudiants qui se jugeront eux-m&#234;mes trop faibles ? Ne serait-ce pas un moyen de faire des &#233;conomies sur le dos des jeunes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'objectif r&#233;el du gouvernement &#233;tait d'am&#233;liorer la r&#233;ussite et d'accentuer la d&#233;mocratisation du sup&#233;rieur, l'&#201;tat favoriserait, notamment par le financement et la formation des enseignants, la prise en compte des r&#233;sultats des recherches en &#233;ducation. Cela suppose des changements drastiques dans l'enseignement scolaire et universitaire, et notamment des transformations des pratiques p&#233;dagogiques, dont l'effet sur les apprentissages des &#233;l&#232;ves est significatif (toutes les pratiques ne se valent pas). Il est notamment souhaitable de d&#233;velopper la diff&#233;renciation p&#233;dagogique simultan&#233;e et internalis&#233;e (en classe) favorisant l'apprentissage par les pairs, les &#233;tudiants faibles &#233;tant aid&#233;s par les &#233;tudiants plus dot&#233;s scolairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#233;galement abonder largement les moyens des universit&#233;s favorisant des groupes de taille raisonnable. Comme le pointe E. Annoot, les dispositifs existants sont avant tout des mesures politiques, moins co&#251;teuses &#224; mettre en place que le recrutement massif d'enseignants-chercheurs pour diminuer les effectifs dans les groupes de licence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annoot, E., &#171; Le tutorat ou &#034;le temps suspendu&#034; &#187;, Revue des sciences de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Pour cela, il faut remettre en cause la hi&#233;rarchie de prestige et de moyens in&#233;galement distribu&#233;s entre les fili&#232;res de l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du pr&#233;-&#233;l&#233;mentaire &#224; l'universit&#233;, l'enjeu est celui de la conciliation entre deux objectifs tout aussi importants l'un que l'autre : la poursuite de la massification et l'acc&#232;s, pour toutes et tous les &#233;l&#232;ves, &#224; un enseignement de qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mary David&lt;/strong&gt;, Universit&#233; de Nantes, Centre Nantais de sociologie (CENS)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Nathalie Lebrun&lt;/strong&gt;, Universit&#233; de Lille, Laboratoire de Didactique Andr&#233; Revuz (Universit&#233;s Paris Diderot, Cergy-Pontoise, Rouen, Artois et Paris-Est Cr&#233;teil), &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.ldar.website&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ldar.website&lt;/a&gt;. Secr&#233;taire Nationale du SNESUP-FSU, &lt;a href=&#034;http://www.snesup.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.snesup.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bodin, R. &amp; Orange, S., &lt;i&gt;L'universit&#233; n'est pas en crise. Les transformations de l'enseignement sup&#233;rieur : enjeux et id&#233;es re&#231;ues&lt;/i&gt;, Bellecombes-en-Bauges, &#233;ditions du Croquant, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce que recouvre en r&#233;alit&#233; ce chiffre, lire en particulier : Bodin, R. &amp; Millet, M., &#171; L'universit&#233;, un espace de r&#233;gulation. L'&#171; abandon &#187; dans les 1ers cycles &#224; l'aune de la socialisation universitaire &#187;, &lt;i&gt;Sociologie&lt;/i&gt;, 2011/3 (Vol. 2), p. 225-242 ; Monfort, V., &#171; Repenser l'&#233;chec &#224; l'universit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Les Temps Modernes&lt;/i&gt;, 2006/3 (n&#176; 637-638-639), p. 703-715 ; ou encore cette analyse sur le site du Snesup-FSU : &lt;a href=&#034;http://www.snesup.fr/article/prerequis-selection-en-licence-des-fausses-evidences-aux-vrais-chiffres&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.snesup.fr/article/prerequis-selection-en-licence-des-fausses-evidences-aux-vrais-chiffres&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000509314&amp;categorieLien=id&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000509314&amp;categorieLien=id&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Poullaouec, T. &amp; Lem&#234;tre, C., &#171; Retours sur la seconde explosion scolaire &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, 2009 (167), p.5-11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouvera dans l'article d'A. Barr&#232;re un d&#233;veloppement sur ce point et la d&#233;monstration de la transformation profonde que conna&#238;t l'&#233;cole avec la &#171; mont&#233;e des dispositifs &#187;. Barr&#232;re, A., &#171; La mont&#233;e des dispositifs : un nouvel &#226;ge de l'organisation scolaire &#187;, &lt;i&gt;Carrefours de l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, 2013/2 (n&#176; 36), p. 95-116.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/bo/2005/18/MENX0400282L.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/bo/2005/18/MENX0400282L.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. les nombreuses r&#233;f&#233;rences bibliographiques dans Reverdy, C., L'accompagnement &#224; l'&#233;cole : dispositifs et r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves. Dossier de veille IF&#201;, ENS de Lyon n&#176; 119, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;forme annonc&#233;e du lyc&#233;e n'est pas de nature &#224; remettre en cause cette s&#233;gr&#233;gation. Le baccalaur&#233;at professionnel en est exclu. Pour les enseignements g&#233;n&#233;raux et technologiques, le choix de sp&#233;cialit&#233;s risque de favoriser le regroupement social des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;IGEN et IGAENR, &#171; Observation et &#233;valuation de l'ensemble des dispositifs d'aide individualis&#233;e et d'accompagnement &#224; l'&#233;cole, au coll&#232;ge et au lyc&#233;e &#187;, rapport n&#176;2010-114, octobre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Reverdy, C., op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annoot, E., &#171; De l'accompagnement &#224; la p&#233;dagogie universitaire : quels enjeux pour la formation des enseignants-chercheurs ? &#187;, &lt;i&gt;Recherche et formation&lt;/i&gt;, 77 | 2014, p. 17-28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233;anmoins, ce type d'enseignement n'&#233;chappe pas &#224; la division symbolique du travail qui existe entre les enseignants &#224; l'universit&#233;. Tr&#232;s peu prestigieuse, cette t&#226;che &#233;choit g&#233;n&#233;ralement aux moins qualifi&#233;s et &#224; ceux dont le statut est le plus pr&#233;caire. Cf David, M., &#171; La division du travail enseignant et ses effets sur les savoirs enseign&#233;s &#187;, &lt;i&gt;Recherches en &#233;ducation&lt;/i&gt;, n&#176;30, 2017, p. 50-62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annoot, E., 2014, article cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C&#233;req (&#201;d.), &#171; Le tutorat &#224; l'universit&#233; : peut-on forcer les &#233;tudiants &#224; la r&#233;ussite ? &#187;, &lt;i&gt;Bref &lt;/i&gt; n&#176; 290 ; Annoot, E., &lt;i&gt;La r&#233;ussite &#224; l'universit&#233;. Du tutorat au plan licence&lt;/i&gt;, Bruxelles, De Boeck, 2011 ; Cosnefroy, L. &amp; Annoot, E. (dir.), &#171; La posture d'accompagnement dans l'enseignement sup&#233;rieur &#187;, &lt;i&gt;Recherche et formation&lt;/i&gt;, 2014, n&#176; 77 ; Albero, B. &amp; Poteaux, N. (dir.), &lt;i&gt;Enjeux et dilemmes de l'autonomie. Une exp&#233;rience d'autoformation &#224; l'universit&#233;. &#201;tude de cas &lt;/i&gt; , Paris, &#201;ditions de la Maison des sciences de l'homme, 2010 ; Raucent, B., Verzat, C. &amp; Villeneuve, L., &lt;i&gt;Accompagner des &#233;tudiants. Quels r&#244;les pour l'enseignant ? Quels dispositifs ? Quelles mises en &#339;uvre ?&lt;/i&gt;, De Boeck Sup&#233;rieur, 2010 ; Guillon St&#233;phane, &#171; La coop&#233;ration &#233;tudiante en cours d'&#233;tudes : tutorat et entraide, facteurs de r&#233;ussite ? &#187;, &lt;i&gt;Biennale internationale de l'&#233;ducation, de la formation et des pratiques professionnelles&lt;/i&gt;, Paris, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Baudrit, A., &lt;i&gt;Le tutorat : Richesses d'une m&#233;thode p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, Bruxelles, De Boeck, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul, M. , &#171; L'accompagnement dans le champ professionnel &#187; (note de synth&#232;se), &lt;i&gt;Savoirs&lt;/i&gt;, 2009, n&#176; 20, p.11-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lepage, P. &amp; Romainville, M., 2009, cit&#233; dans Devillers, M. et Romainville, M. (2013). , &#171; Le tutorat de transition. Un soutien social adapt&#233; pour un enrichissement mutuel des acteurs &#187;, in Papi, C. (coord.), &lt;i&gt;Le tutorat de pairs dans l'enseignement sup&#233;rieur. Enjeux institutionnels, technop&#233;dagogiques, psychosociaux et communicationnels&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2013, p.23-36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Berzin, C., &#171; Tutorat de pairs et Plan r&#233;ussite en licence : Quelle perception par les &#233;tudiants du r&#244;le de tuteur ? &#187;, in Papi, C. (coord.), &lt;i&gt;Le tutorat de pairs dans l'enseignement sup&#233;rieur&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2013, p.37-56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport du jury de la conf&#233;rence de consensus &#171; R&#233;ussite et &#233;chec dans l'enseignement sup&#233;rieur. Quels &#233;clairages de la recherche ? &#187;, Conf&#233;rences de consensus : transformation p&#233;dagogique de l'enseignement sup&#233;rieur, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les dispositifs d'accompagnement que nous avons &#233;valu&#233;s n'ont b&#233;n&#233;fici&#233; qu'aux &#233;tudiants d&#233;j&#224; actifs dans leur parcours et volontaires pour &#234;tre accompagn&#233;s &#187;. Annoot, E., &#171; De l'accompagnement &#224; la p&#233;dagogie universitaire : quels enjeux pour la formation des enseignants-chercheurs ? &#187;, &lt;i&gt;Recherche et formation&lt;/i&gt;, 2014, 77, p.17-28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morlaix, S. &amp; Perret, C., &lt;i&gt;Essai de mesure des effets du Plan R&#233;ussite en Licence&lt;/i&gt;, Dijon, IREDU, coll. Les document de travail de l'IREDU, CIPE/IREDU-CNRS, 2012, p.20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cosnefroy, L., Hoffmann, C. &amp; Douady, J., &#171; L'accompagnement m&#233;thodologique &#187;, &lt;i&gt;Recherche et formation&lt;/i&gt;, 2014, 77, p.29-44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une conf&#233;rence de consensus regroupe des scientifiques et des acteurs de terrain. Elle favorise les &#233;changes sur les travaux de recherche et a pour objectif de d&#233;gager des conclusions fond&#233;es scientifiquement. Le consensus donne lieu &#224; des constats et recommandations r&#233;dig&#233;s par les acteurs de terrain apr&#232;s l'audition de chercheurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; R&#233;ussite et &#233;chec dans l'enseignement sup&#233;rieur. Quels &#233;clairages de la recherche ? &#187;, &lt;i&gt;Conf&#233;rences de consensus : transformation p&#233;dagogique de l'enseignement sup&#233;rieur&lt;/i&gt; (2015) ; CNESCO, &#171; Diff&#233;renciation p&#233;dagogique : comment adapter l'enseignement &#224; la r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves ? &#187;, &lt;i&gt;Dossier de synth&#232;se&lt;/i&gt;, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annoot, E., &#171; Le tutorat ou &#034;le temps suspendu&#034; &#187;, &lt;i&gt;Revue des sciences de l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, 2001, 27(2), p.383&#8211;402.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le lyc&#233;e modulaire : une alternative aux &#171; s&#233;ries &#187; du lyc&#233;e fran&#231;ais ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article285</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article285</guid>
		<dc:date>2018-01-20T17:22:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Le secteur Lyc&#233;es du SNES-FSU</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[&#192; l'heure o&#249; le d&#233;bat sur l'unification du syst&#232;me &#233;ducatif reprend de la vigueur dans la gauche politique et syndicale qui se prononce en faveur de la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans, la perspective minist&#233;rielle d'un lyc&#233;e modulaire ne devrait-elle pas &#234;tre appr&#233;ci&#233;e comme un pas vers une &#233;cole plus d&#233;mocratique, qui ne diviserait plus les &#233;l&#232;ves et ne s&#233;parerait plus les classes sociales ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le lyc&#233;e modulaire n'a en fait que les apparences d'une &#171; &#233;cole commune &#187;. Conjuguant proximit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH74/arton285-c1169.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='74' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[&#192; l'heure o&#249; le d&#233;bat sur l'unification du syst&#232;me &#233;ducatif reprend de la vigueur dans la gauche politique et syndicale qui se prononce en faveur de la scolarit&#233; obligatoire &#224; 18 ans, la perspective minist&#233;rielle d'un lyc&#233;e modulaire ne devrait-elle pas &#234;tre appr&#233;ci&#233;e comme un pas vers une &#233;cole plus d&#233;mocratique, qui ne diviserait plus les &#233;l&#232;ves et ne s&#233;parerait plus les classes sociales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lyc&#233;e modulaire n'a en fait que les apparences d'une &#171; &#233;cole commune &#187;. Conjuguant proximit&#233; spatiale et distance sociale, c'est une solution &#171; new management &#187;, intelligente et retorse, qui confie au libre jeu des choix individuels le soin d'assurer la s&#233;lection scolaire. Qui mieux qu'elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le minist&#232;re Blanquer d&#233;clare viser 100% de r&#233;ussite dans les apprentissages du lire-&#233;crire au CP. Qu'il associe cette entreprise &#224; une r&#233;forme du lyc&#233;e nous rappelle que, depuis les ann&#233;es 1960, tout progr&#232;s dans la scolarisation de masse s'est toujours accompagn&#233; de la mise en place dans les &#233;tages sup&#233;rieurs du cursus de voies de d&#233;rivation. C'est qu'il s'agit, comme le soulignaient alors de Gaulle et son ministre Berthoin, d'&#233;viter que les fili&#232;res nobles soient &#034;envahies&#034;. L'&#233;cole de masse doit rester une &#233;cole de classe, ce que lui garantit le lyc&#233;e modulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et merci au SNES-FSU qui nous permet de mettre &#224; disposition de nos lecteurs l'&#233;tude qui suit, concernant l'exp&#233;rience (probante) du lyc&#233;e modulaire anglais.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les s&#233;ries du lyc&#233;e fran&#231;ais sont r&#233;guli&#232;rement accus&#233;es &#171; d'enfermer &#187; les &#233;l&#232;ves dans une &#171; sp&#233;cialisation pr&#233;coce &#187; qui ne correspond pas forc&#233;ment &#224; leurs go&#251;ts (en termes de contenus disciplinaires), mais dont ils ne peuvent pas changer une fois qu'ils entament le cycle terminal. Les s&#233;ries sont &#233;galement accus&#233;es d'&#234;tre hi&#233;rarchis&#233;es, et ainsi d'enfermer les &#233;l&#232;ves dans des parcours in&#233;gaux, certains plus &#171; prestigieux &#187; que d'autres, &#171; ouvrant plus de portes &#187; que d'autres, etc. Bref, le lyc&#233;e organis&#233; en s&#233;ries serait &#224; la fois cloisonn&#233; et hi&#233;rarchis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, le &#171; lyc&#233;e modulaire &#187; ou &#171; lyc&#233;e &#224; la carte &#187; permettrait aux &#233;l&#232;ves de construire eux-m&#234;mes leur parcours de formation, de fa&#231;on plus souple et plus libre, en faisant des choix de formation plus divers. Les &#233;l&#232;ves ne seraient ainsi plus soumis aux &#171; hi&#233;rarchies &#187; des s&#233;ries et des disciplines, ne seraient plus enferm&#233;s dans des parcours plus ou moins prestigieux, puisqu'il n'y a plus de &#171; parcours oblig&#233;s &#187;. Ce &#171; libre choix &#187; du contenu de la formation par les &#233;l&#232;ves r&#233;soudrait donc le cloisonnement et la hi&#233;rarchisation des parcours que les s&#233;ries &#171; &#224; la fran&#231;aise &#187; provoqueraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans du lyc&#233;e modulaire proposent diverses variantes de ce type d'organisation, plus ou moins encadr&#233;es par des r&#232;gles, par des &#171; passages oblig&#233;s &#187;, des enseignements communs &#224; tous, etc. Ils ne pr&#244;nent pas tous le &#171; libre choix pur &#187;, certains proposant des modes d'organisation qui se rapprochent plus ou moins des s&#233;ries, en introduisant une dose plus ou moins forte de &#171; modularit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble int&#233;ressant de regarder ce qui se passe dans le cadre du &#171; lyc&#233;e &#187; britannique, car c'est un mod&#232;le presque &#171; pur &#187; de lyc&#233;e modulaire. Apr&#232;s l'examen du GCSE (&#224; 16 ans), les &#233;l&#232;ves peuvent continuer dans les &#233;tudes &#171; post-compulsory &#187;, dans diff&#233;rents types d'&#233;coles secondaires qu'on appellera &#171; lyc&#233;e &#187; (Grammar schools, Comprehensive schools, Independent schools, etc.). Ils doivent alors choisir librement les disciplines qu'ils vont &#233;tudier pendant un an ou deux : d'abord 4 ou 5 disciplines pour le &#171; AS level &#187;, puis 3 disciplines (ou plus) pour le &#171; A2 level &#187;, qui aboutissent &#224; un &#171; GCE A level &#187; complet. On est donc dans le cadre d'un &#171; lyc&#233;e &#187; tr&#232;s fortement &#171; modulaire &#187;, sans r&#233;elle contrainte autre que les disciplines disponibles dans l'&#233;tablissement fr&#233;quent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'organisation est donc cens&#233; permettre de d&#233;passer les probl&#232;mes de cloisonnement et de hi&#233;rarchisation des s&#233;ries &#224; la fran&#231;aise. En r&#233;alit&#233;, on peut montrer que c'est tout sauf le cas : s'il n'est pas possible de dire que le lyc&#233;e &#171; &#224; la carte &#187; serait davantage cloisonn&#233; et hi&#233;rarchis&#233; que le lyc&#233;e &#171; en s&#233;ries &#187;, en revanche, ce qui semble tr&#232;s net, c'est qu'il ne l'est pas moins !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un lyc&#233;e &#171; &#224; la carte &#187;... tr&#232;s rigide !
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'une organisation du lyc&#233;e puisse &#233;viter &#171; d'enfermer &#187; les &#233;l&#232;ves dans une &#171; sp&#233;cialisation pr&#233;coce &#187;, une voie de formation &#171; cloisonn&#233;e &#187;, il faudrait que l'&#233;l&#232;ve puisse changer de champs disciplinaires &#233;tudi&#233;s d'une ann&#233;e sur l'autre. Or ce n'est absolument pas possible en Grande-Bretagne : si l'&#233;l&#232;ve a le choix des disciplines &#233;tudi&#233;es en AS level (year 12), les disciplines qu'il &#233;tudiera l'ann&#233;e suivante (pour le A2 level) ne peuvent &#234;tre choisies que parmi celles qu'il a &#233;tudi&#233;es pour le AS level ! Il est strictement impossible, par exemple, de choisir &#171; histoire &#187; ou &#171; math&#233;matiques &#187; pour le A2 level (year 13) si on n'a pas &#233;tudi&#233; ces disciplines pour le AS level (year 12). D'ailleurs, les programmes des disciplines sont souvent pens&#233;s en continuit&#233; : le contenu disciplinaire des cours pour le A2 level suppose les acquis du AS level... un peu comme les programmes de terminale supposent d'avoir suivi les cours de 1&#232;re, en France...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en r&#233;alit&#233;, la &#171; voie de formation &#187; de chaque lyc&#233;en est certes construite par le lyc&#233;en... mais une fois les disciplines choisies pour le AS level, il n'est plus possible de modifier sa formation ult&#233;rieurement (autrement qu'en abandonnant une des disciplines &#233;tudi&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lyc&#233;e modulaire, tel qu'il se pratique en Grande Bretagne, est donc en r&#233;alit&#233; tr&#232;s cloisonnant, sans doute davantage qu'en France (&#233;tant donn&#233; le faible nombre de disciplines &#233;tudi&#233;es par chaque &#233;l&#232;ve). Il enferme tr&#232;s t&#244;t les &#233;l&#232;ves dans une sp&#233;cialisation disciplinaire pr&#233;coce. Et d'ailleurs, peut-il en &#234;tre autrement ? Peut-on imaginer de &#171; reprendre les maths ou l'histoire &#187; (ou autre) pour le bac en terminale, si on a arr&#234;t&#233; les maths ou l'histoire (ou autre) en 1&#232;re ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;galement noter, sur ce point, que si formellement le nombre de disciplines &#171; au choix &#187;, et donc le nombre de combinaisons de disciplines possibles, sont tr&#232;s &#233;lev&#233;s, en r&#233;alit&#233; les choix techniquement possibles sont d&#233;finis, tout simplement, par l'offre de chaque lyc&#233;e. Et &#233;videmment, tous les lyc&#233;es n'offrent pas toutes les disciplines !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Des choix vraiment &#171; libres &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Formellement, donc, chaque &#233;l&#232;ve est &#171; libre &#187; de &#171; choisir &#187; ses disciplines pour composer son cursus de formation au lyc&#233;e &#171; &#224; la carte &#187; - dans les limites rappel&#233;es ci-dessus. Mais de mani&#232;re tr&#232;s peu surprenante, on constate que les choix de disciplines sont en r&#233;alit&#233; tr&#232;s nettement influenc&#233;s par un certain nombre de &#171; variables &#187; sociales tout &#224; fait classique : le sexe, le niveau scolaire, le type d'&#233;tablissement, la classe sociale... Autrement dit, laisser les &#233;l&#232;ves &#171; libres &#187; de choisir leurs disciplines, c'est en grande partie laisser des d&#233;terminismes sociaux et scolaires jouer librement sur les choix individuels.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note : tous les tableaux et toutes les donn&#233;es sont issues de divers dossiers r&#233;alis&#233;s par Cambridge Assessment, organisme priv&#233; britannique, sur la base du National Pupil DataBase, en 2014/2015. Voir en particulier le dossier &#171; uptake of GCE A level subjects 2014 &#187;, Statistics report series n&#176;82, avril 2015, sur le site &lt;a href=&#034;http://www.cambridgeassessment.org.uk/our-research/all-published-resources/statistical-reports/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cambridgeassessment.org.uk/our-research/all-published-resources/statistical-reports/&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;On retrouve, comme en France, des diff&#233;rences tr&#232;s nettes entre filles et gar&#231;ons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des parcours est plus forte pour les filles que pour les gar&#231;ons, puisque les 10 combinaisons de disciplines1 les plus fr&#233;quentes repr&#233;sentent 22% des choix des gar&#231;ons, et 14,2% des choix des filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les 10 combinaisons de disciplines les plus fr&#233;quentes chez les gar&#231;ons, 10 contiennent au moins 2 disciplines scientifiques (et 7 ne contiennent que des disciplines scientifiques) ; aucune ne contient de discipline litt&#233;raire. Sur les 10 combinaisons les plus fr&#233;quentes chez les filles, seules 6 contiennent au moins une discipline scientifique ; 8 contiennent au moins une discipline litt&#233;raire ou une discipline de sciences sociales ; 4 ne contiennent aucune discipline scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re plus fine, on retrouve, comme en France, un &#171; clivage de genre &#187; tr&#232;s classique dans le &#171; choix &#187; d'un certain nombre de disciplines :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_266 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH192/capture_d_e_cran_2018-01-20_a_13.13.31-3c38e.png?1790689107' width='500' height='192' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lecture : 20,1% des filles choisissent les math&#233;matiques pour le A2 level, contre 37,9% des gar&#231;ons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;Les choix de disciplines sont &#233;galement influenc&#233;s par le type d'&#233;tablissement fr&#233;quent&#233; par les lyc&#233;ens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut opposer, pour simplifier, les &#171; grammar schools &#187;, qui sont s&#233;lectives et cherchent &#224; accueillir de &#171; bons &#233;l&#232;ves &#187; pour leur offrir des formations ambitieuses, et les &#171; comprehensive schools &#187;, qui ont une moins bonne r&#233;putation, accueillent les &#233;l&#232;ves sans s&#233;lection, et sont souvent per&#231;ues comme moins &#171; ambitieuses &#187;. Les &#233;l&#232;ves des &#171; grammar schools &#187; choisissent plus souvent math&#233;matiques, biologie, chimie, physique, &#233;conomie... Les &#233;l&#232;ves de &#171; comprehensive schools &#187; choisissent plus souvent des disciplines artistiques (photographie, design), des disciplines de sciences sociales (sociologie, psychologie), des disciplines culturelles (media / film studies).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_267 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH243/capture_d_e_cran_2018-01-20_a_13.19.26-792c7.png?1790689108' width='500' height='243' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lecture : 25,1% des &#233;l&#232;ves des comprehensive schools choisissent les math&#233;matiques, contre 44,1% des &#233;l&#232;ves des grammar school.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit au passage que visiblement, les scolarit&#233;s dans les comprehensive schools semblent plus &#171; diverses &#187; et plus &#171; &#233;clat&#233;es &#187; que dans les grammar schools : mais est-ce une plus grande &#171; richesse &#187; de l'offre de disciplines, ou plut&#244;t le signe que les grammar schools (ou en tout cas les &#233;l&#232;ves de grammar schools) se concentrent sur les disciplines les plus &#171; prestigieuses &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On note &#233;galement que, si formellement, les lyc&#233;ens doivent choisir trois disciplines pour leur derni&#232;re ann&#233;e d'&#233;tude, ils peuvent en choisir plus ou moins. Mais l&#224; encore, le type d'&#233;tablissement fait des diff&#233;rences : si 31,6% des lyc&#233;ens des comprehensive schools ne prennent qu'une ou deux disciplines, ce n'est le cas que de 5,9% des lyc&#233;ens des grammar schools (soit 6 fois moins). A l'inverse, seuls 11% des lyc&#233;ens de comprehensive schools suivent 4 disciplines ou plus, contre 31,8% des &#233;l&#232;ves de grammar schools (soit trois fois plus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;Le niveau scolaire des &#233;l&#232;ves influence fortement les choix de disciplines...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir les choix des &#233;l&#232;ves en fonction de leur niveau aux examens du GCSE : &#233;l&#232;ves &#171; faibles &#187;, &#171; moyens &#187; ou &#171; bons &#187;. De mani&#232;re tr&#232;s pr&#233;visible, ces cat&#233;gories d'&#233;l&#232;ves ne font pas les m&#234;mes choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, plus leur niveau de d&#233;part est &#233;lev&#233;, plus ils suivent un nombre important de cours : seuls 4,9% des lyc&#233;ens de bon niveau ne suivent que un ou deux cours, contre 53,1% des &#233;l&#232;ves de niveau faible (soit 10 fois plus !). A l'inverse, 27,2% des &#233;l&#232;ves de bon niveau suivent 4 cours ou davantage, contre seulement 4,6% des &#233;l&#232;ves faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les disciplines choisies ne sont pas les m&#234;mes. Par exemple, sur 100 &#233;l&#232;ves &#171; bons &#187;, seulement 15 choisissent au moins une discipline artistique, alors que 73 choisissent au moins une discipline scientifique ; &#224; l'inverse, 43% des &#233;l&#232;ves &#171; faibles &#187; choisissent au moins une discipline artistique, et seulement 26% choisissent au moins une discipline scientifique. Les rapports sont donc de 1 &#224; 3 pour les deux choix... Autrement dit, les &#233;l&#232;ves d'un bon niveau choisissent massivement des disciplines scientifiques, alors que les &#233;l&#232;ves faibles s'en d&#233;tournent : est-ce si diff&#233;rent du syst&#232;me des s&#233;ries fran&#231;ais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut voir les choses de mani&#232;re plus fine en voyant les choix sp&#233;cifiques de disciplines en fonction du niveau des &#233;l&#232;ves, et les choses sont claires et confirment tout simplement l'existence de hi&#233;rarchies symboliques entre disciplines en Grande Bretagne : certaines disciplines sont davantage choisies par les bons &#233;l&#232;ves, d'autres par les &#233;l&#232;ves faibles... comme en France.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_268 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L498xH202/capture_d_e_cran_2018-01-20_a_17.22.05-97e1c.png?1790689108' width='498' height='202' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lecture : 7,7% des &#233;l&#232;ves faibles choisissent les math&#233;matiques, contre 23,8% des &#233;l&#232;ves moyens, et 50,8% des &#233;l&#232;ves bons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; Enfin, &lt;strong&gt;la classe sociale d'origine des &#233;l&#232;ves a une influence sur leur choix de disciplines&lt;/strong&gt; : le syst&#232;me modulaire ne fait pas dispara&#238;tre l'effet des in&#233;galit&#233;s sociales sur les parcours scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re peu surprenante, les enfants issus des cat&#233;gories sup&#233;rieures (higher managerial et higher professional) choisissent plus souvent des disciplines scientifiques (et exclusivement ces disciplines), ou encore l'histoire, que les &#233;l&#232;ves issus des cat&#233;gories populaires ou de classes moyennes. M&#234;me si les diff&#233;renciations sont plus subtiles, on retrouve donc l'influence de la classe sociale sur les choix de parcours...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conna&#238;tre son orientation post-bac d&#232;s la fin du coll&#232;ge ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les choix individuels de disciplines sont donc, on vient de le voir, fortement d&#233;termin&#233;s par des variables sociales et scolaires : la &#171; libert&#233; de choix &#187; est en r&#233;alit&#233; la porte ouverte &#224; l'action des d&#233;terminismes sociaux, et si on reproche aux s&#233;ries d'entretenir les in&#233;galit&#233;s sociales de parcours scolaires, alors clairement le lyc&#233;e modulaire est tout sauf une solution &#224; ce probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;Se renseigner sur les &#171; pr&#233;requis / attendus &#187; des universit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lyc&#233;e modulaire demande aussi aux &#233;l&#232;ves qui sortent de &#171; coll&#232;ge &#187; (qui ont donc 16 ans) d'avoir une id&#233;e d&#233;j&#224; tr&#232;s claire de ce que sera leur orientation &#171; post-bac &#187; (apr&#232;s le A-level). En effet, les universit&#233;s proposent des formations en pr&#233;cisant les &#171; pr&#233;requis &#187; (&#171; qualification requirements &#187;) en termes de disciplines choisies comme A-level (et en termes de niveau atteint dans ces disciplines). Elles s&#233;lectionnent ensuite les &#233;l&#232;ves en fonction du cursus suivi et du cursus demand&#233;. Chaque lyc&#233;en doit donc se renseigner, avant de choisir quelles disciplines il &#233;tudiera en AS et A2, sur les attentes des universit&#233;s qu'il vise, pour les cours universitaires qu'il vise. Faire les &#171; mauvais &#187; choix, c'est se fermer les portes de l'universit&#233; deux ans plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait pas compl&#232;tement : si au moment de candidater, le lyc&#233;en se rend (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attend donc des lyc&#233;ens, d&#232;s leur entr&#233;e au lyc&#233;e, qu'ils aient une id&#233;e d&#233;j&#224; tr&#232;s claire de l'emploi qu'ils veulent exercer, pour savoir quelle formation universitaire demander, et ainsi d&#233;cider des disciplines qu'il faudra &#233;tudier pendant les deux ann&#233;es de AS et A2. S'agit-il l&#224; vraiment des meilleures conditions pour permettre une sp&#233;cialisation progressive, une construction des choix d'orientation apais&#233;e, qui prenne le temps n&#233;cessaire &#224; la maturation des projets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; pr&#233;requis &#187; sont tr&#232;s diff&#233;rents d'une universit&#233; &#224; l'autre. Par exemple, un lyc&#233;en qui envisage d'&#233;tudier la biologie &#224; l'universit&#233; se retrouvera face &#224; une offre de formations aux &#171; attendus &#187; tr&#232;s diff&#233;rents (on n'a pris que 3 exemples, tir&#233;s du site UCAS, &#233;quivalent d'APB&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;; on trouve sur ce site la description de chaque formation (lieu, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) :&lt;br class='autobr' /&gt;
Biological Sciences University of Birmingham&lt;br class='autobr' /&gt;
Qualification requirements&lt;br class='autobr' /&gt;
A level&lt;br class='autobr' /&gt;
AAB &lt;br class='autobr' /&gt;
A level Biology/Human Biology and a second science&#176;. Minimum of five GCSEs to include Mathematics, English and double award science at grade C. &#176;Subjects accepted as 'second science' : Chemistry, Mathematics (or Further Mathematics or Statistics), Physics, Geography, Geology, Psychology. Specified subjects excluded for entry : General Studies, Critical Thinking, Citizenship Studies, Applied Science, Communication and Culture, Critical Studies, Global Perspectives, Science in Society, Use of Maths and World Development.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Biological Sciences University of Essex&lt;br class='autobr' /&gt;
Qualification requirements&lt;br class='autobr' /&gt;
A level&lt;br class='autobr' /&gt;
BCC &lt;br class='autobr' /&gt;
Including Biology grade B. Pass required in science practical element of A-level Biology.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Biological Sciences University of Edinburgh&lt;br class='autobr' /&gt;
Qualification requirements&lt;br class='autobr' /&gt;
A level&lt;br class='autobr' /&gt;
AAA - ABB &lt;br class='autobr' /&gt;
Minimum entry requirement : ABB in one sitting, to include Biology and Chemistry ; Grade A is required in one of Biology, Chemistry, Mathematics or Physics. GCSEs : English at Grade B or 6. Mathematics or Physics at Grade B or 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit d&#233;j&#224; que certaines universit&#233;s ont des exigences fortes (Birmingham, Edinburgh) : notes &#233;lev&#233;es au A level, notes du GCSE (Brevet), disciplines exig&#233;es, disciplines interdites... gare aux erreurs de parcours que l'on d&#233;couvre trop tard... D'autres ont des exigences plus faibles pour la m&#234;me formation (Essex : notes &#171; BCC &#187;). Sans doute un effet ou une preuve de la hi&#233;rarchie entre universit&#233;s, certaines pouvant se payer le luxe de s&#233;lectionner leurs &#233;tudiants, d'autres moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;Que faire si on ne sait pas quoi faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs de l'orientation et de l'&#233;ducation ont bien conscience, cela dit, que demander aux jeunes lyc&#233;ens de savoir exactement ce qu'ils voudront &#233;tudier plus tard peut poser probl&#232;me. Un groupement d'universit&#233;s qui se pr&#233;sente comme &#171; leading universities &#187; (dont Cambridge et Oxford), le groupe &#171; Russell Universities &#187;, &#233;dite donc un guide pour faire des &#171; informed choices &#187;, dans lequel cette situation est &#233;voqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-il conseill&#233; aux lyc&#233;ens qui ne savent pas ce qu'ils voudront faire plus tard ? Tout simplement de choisir d'&#233;tudier des &#171; facilitating subjects &#187; pour leur A-level. Ces disciplines sont celles qui sont le plus souvent requises par les universit&#233;s, et donc il est conseill&#233; aux lyc&#233;ens &#171; dans le doute &#187; de construire leur parcours &#224; partir de ces disciplines, ce qui leur garantit les meilleures chances ult&#233;rieures d'orientation r&#233;ussie. Et quelles sont ces disciplines &#171; facilitantes &#187;, ces disciplines &#171; qui ouvrent toutes les portes &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt; -math&#233;matiques&lt;br class='autobr' /&gt; -litt&#233;rature anglaise&lt;br class='autobr' /&gt; -physique&lt;br class='autobr' /&gt; -chimie&lt;br class='autobr' /&gt; -biologie&lt;br class='autobr' /&gt; -langues vivantes&lt;br class='autobr' /&gt; -g&#233;ographie&lt;br class='autobr' /&gt; -histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#171; surprenant &#187; de constater que ce lyc&#233;e modulaire qui, sur le papier, autorise tous les choix et toutes les combinaisons, en r&#233;alit&#233;, favorise un petit nombre de disciplines... Dont la combinaison compl&#232;te ressemble &#224; s'y m&#233;prendre au contenu de la s&#233;rie S, en France ! S&#233;rie souvent vue par les &#233;l&#232;ves et les parents comme &#171; ouvrant toutes les portes &#187;... Et le lyc&#233;e modulaire ferait tomber les hi&#233;rarchies entre s&#233;ries ?... Et donnerait toute libert&#233; de choix aux &#233;l&#232;ves ?... Il suffit d'ailleurs de lire le guide du Russell Group de mani&#232;re plus d&#233;taill&#233;e pour voir que ces universit&#233;s donnent des &#171; combinaisons &#187; de discipline &#224; suivre, plus sp&#233;cifiquement, pour chaque voie universitaire envisag&#233;e. Et on &#233;voque une plus grande libert&#233; de choix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce titre, on peut revenir aux donn&#233;es statistiques concernant les choix de disciplines, et les combinaisons entre ces disciplines. Certes, la multiplicit&#233; des combinaisons fait qu'on ne trouve pas l'&#233;quivalent d'une &#171; s&#233;rie S &#187; hyper-dominante, car la combinaison de disciplines la plus fr&#233;quente ne repr&#233;sente que 5,8% des &#233;l&#232;ves, et ensemble, les 10 combinaisons les plus fr&#233;quentes ne repr&#233;sentent que 16,6% des &#233;l&#232;ves. En ce sens, il semble bien y avoir une diversit&#233; de parcours plus grande, et des parcours plus individualis&#233;s, que dans le cadre des s&#233;ries fran&#231;aises. Mais s'en tenir l&#224; est trompeur :&lt;br class='autobr' /&gt; -sur les 10 combinaisons les plus fr&#233;quentes, 7 contiennent uniquement des disciplines scientifiques (math&#233;matiques, chimie, physique, biologie, math&#233;matiques renforc&#233;es) ;&lt;br class='autobr' /&gt; -sur les 10 combinaisons les plus fr&#233;quentes, une seule ne contient aucune discipline scientifique (english literature ; history ; psychology), combinaison qui n'est prise que par 0,7% des lyc&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, les disciplines scientifiques sont tr&#232;s clairement dominantes en termes num&#233;riques par rapport aux champs litt&#233;raires, artistiques, des sciences sociales ou de la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679; &lt;strong&gt;Parcours d'initi&#233;s et &#171; libert&#233; de choix &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNES a souvent point&#233; le risque que, dans un lyc&#233;e modulaire, des &#171; parcours d'initi&#233;s &#187; plus ou moins implicites se forment, ce qui ne changerait rien &#224; la hi&#233;rarchie des disciplines et s&#233;ries que l'on peut reprocher au syst&#232;me fran&#231;ais, mais la rendrait plus insidieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe &#171; Russell Universities &#187; explique aux &#233;l&#232;ves que non seulement les universit&#233;s peuvent exiger d'avoir suivi telle ou telle discipline, et d'avoir obtenu telle ou telle note, mais qu'elles peuvent aussi, parfois, refuser de prendre en compte les dossiers qui incluent le suivi de telle ou telle discipline. Dans les exemples ci-dessus, l'universit&#233; de Birmingham est dans ce cas : certains &#171; A level &#187; sont consid&#233;r&#233;s comme &#171; non-acceptables &#187;, et donc un &#233;l&#232;ve qui postulerait en ayant suivi un de ces cours verrait son dossier refus&#233; par principe. Ainsi, par exemple, un &#233;l&#232;ve ayant fait biologie, chimie, et &#171; general studies &#187; se verrait refuser l'admission, car &#171; general studies &#187;, bien que donnant lieu &#224; un &#171; A level &#187;, n'est pas consid&#233;r&#233; comme un &#171; A level &#187; de niveau acceptable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des parcours d'initi&#233;s, et des parcours pour ceux qui ne savaient pas, qui n'avaient pas eu la bonne information. Mais la responsabilit&#233; leur en incombe, puisqu'ils n'ont pas fait les d&#233;marches n&#233;cessaires pour se renseigner sur les &#171; attendus &#187; de chaque universit&#233; ! Au passage, on voit &#224; quel point ce type de pratique va &#224; l'encontre de l'id&#233;e m&#234;me de libert&#233; de choix, et de lyc&#233;e &#171; &#224; la carte &#187; : malheur &#224; celui ou celle qui a voulu &#171; diversifier &#187; ses disciplines sans savoir qu'ainsi, il se fermait des portes ! On pourrait tout &#224; fait dire que les s&#233;ries fran&#231;aises, parce qu'elles sont plus larges, parce qu'elles incluent davantage de disciplines, permettent en r&#233;alit&#233; un choix bien plus large et bien moins risqu&#233; pour les &#233;l&#232;ves ! Elles leur permettent de poursuivre une formation disciplinaire large, sans risque de voir leur poursuite d'&#233;tudes bloqu&#233;e par un &#171; mauvais choix &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;En fin de compte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, un lyc&#233;e &#171; purement &#187; modulaire o&#249; les &#233;l&#232;ves choisissent leurs formations ne fait en rien dispara&#238;tre les hi&#233;rarchies de &#171; prestige &#187; entre les disciplines (au b&#233;n&#233;fice des disciplines scientifiques), ni les in&#233;galit&#233;s de choix d'orientation entre les &#233;l&#232;ves, en fonction du genre, de la classe sociale, du niveau scolaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;senter le lyc&#233;e modulaire comme une solution aux in&#233;galit&#233;s et aux hi&#233;rarchies qui seraient intimement li&#233;es &#224; l'organisation du lyc&#233;e en &#171; s&#233;ries &#187; est donc au mieux fallacieux, au pire mensonger. L'orientation selon la voie ou la s&#233;rie, en France, fait appara&#238;tre des hi&#233;rarchies entre s&#233;ries et disciplines, et des in&#233;galit&#233;s entre &#233;l&#232;ves, c'est un fait connu. Mais on retrouve les m&#234;mes in&#233;galit&#233;s dans un lyc&#233;e modulaire. Peut-&#234;tre de mani&#232;re plus &#171; dilu&#233;e &#187;, moins visible (et donc plus pernicieuse), mais jusqu'&#224; preuve du contraire, pas de mani&#232;re moins forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera pour finir que, si le lyc&#233;e modulaire &#171; pur &#187;, le plus &#233;loign&#233; dans son esprit des &#171; s&#233;ries &#187;, ne r&#232;gle pas les probl&#232;mes qu'on reproche &#224; ces s&#233;ries, alors on ne voit pas comment un lyc&#233;e modulaire plus &#171; cadr&#233; &#187;, moins &#233;loign&#233; du syst&#232;me des s&#233;ries, pourrait le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en tout cas en finir avec l'id&#233;e selon laquelle le lyc&#233;e modulaire serait un gage de libert&#233; de choix pour les &#233;l&#232;ves : c'est en r&#233;alit&#233; tout le contraire !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait pas compl&#232;tement : si au moment de candidater, le lyc&#233;en se rend compte, soit qu'il n'a pas suivi les bonnes disciplines, soit qu'il n'a pas les notes suffisantes, il pourra parfois &#234;tre accueilli en &#171; foundation year &#187;, c'est-&#224;-dire admis sous condition : il devra suivre une ann&#233;e de remise &#224; niveau...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ucas.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ucas.com&lt;/a&gt; ; on trouve sur ce site la description de chaque formation (lieu, organisation, co&#251;t, pr&#233;requis, etc.), et les &#233;l&#232;ves passent par cette plateforme pour candidater.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un bac de culture commune pour l'Universit&#233;</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article262</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article262</guid>
		<dc:date>2017-10-06T15:04:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Hugr&#233;e, Jos&#233; Tovar, Tristan Poullaouec</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>Universit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quels que soient les milieux sociaux, une large majorit&#233; des parents souhaite que leurs enfants poursuivent des &#233;tudes sup&#233;rieures. Plus de la moiti&#233; des bacheliers vise un bac +5. Et voici qu'arrivent dans l'enseignement sup&#233;rieur les g&#233;n&#233;rations nombreuses du d&#233;but des ann&#233;es 2000 : si rien ne change, ce sont 350 000 &#233;tudiants suppl&#233;mentaires qui se profilent &#224; l'horizon 2025. &#192; l'&#233;vidence, les capacit&#233;s d'accueil actuelles ne permettraient pas d'y faire face, m&#234;me en retoilettant le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Gestion des parcours scolaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot32" rel="tag"&gt;&#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot33" rel="tag"&gt;Universit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH113/arton262-58464.jpg?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff262.jpg?1790685250&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quels que soient les milieux sociaux, une large majorit&#233; des parents souhaite que leurs enfants poursuivent des &#233;tudes sup&#233;rieures. Plus de la moiti&#233; des bacheliers vise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Juliette Ponceau, Eric Chan-Pang-Fong, &#034;Apr&#232;s le bac ? Choix d'orientation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; un bac +5. Et voici qu'arrivent dans l'enseignement sup&#233;rieur les g&#233;n&#233;rations nombreuses du d&#233;but des ann&#233;es 2000 : si rien ne change, ce sont 350 000 &#233;tudiants suppl&#233;mentaires qui se profilent &#224; l'horizon 2025. &#192; l'&#233;vidence, les capacit&#233;s d'accueil actuelles ne permettraient pas d'y faire face, m&#234;me en retoilettant le syst&#232;me d'Admission Post Bac ou en supprimant le tirage au sort dans les fili&#232;res o&#249; la demande exc&#232;de l'offre de places.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il alors &#171; arr&#234;ter de faire croire &#224; tout le monde que l'universit&#233; est la solution pour tout le monde &#187; ? La formule d'Emmanuel Macron n'a rien de courageux, ni de nouveau : il n'est ni le premier, ni le dernier &#224; vouloir d&#233;tourner la jeunesse populaire des &#233;tudes longues. Pour les lib&#233;raux, l'occasion est trop belle d'instaurer enfin la s&#233;lection &#224; l'universit&#233;, sous une forme ou une autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;vu pour y accueillir convenablement ces nouveaux &#233;tudiants. Tout au contraire, 10 ans de loi P&#233;cresse n'ont conduit qu'&#224; r&#233;duire l'offre de formation, diminuer le nombre d'enseignants-chercheurs et &#233;tendre la pr&#233;carit&#233; parmi les personnels, sans am&#233;liorer la r&#233;ussite en licence. Et le gouvernement d'annuler cet &#233;t&#233; 331 millions d'euros de cr&#233;dits pour l'enseignement sup&#233;rieur et la recherche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les universit&#233;s n'ont pas trop d'&#233;tudiants : elles manquent cruellement de moyens. Veut-on vraiment am&#233;liorer l'accueil et la r&#233;ussite des &#233;tudiants en premier cycle ? Aujourd'hui, moins d'un tiers des enfants des classes populaires obtient un dipl&#244;me d'enseignement sup&#233;rieur, contre les deux tiers des enfants de cadres et de professions interm&#233;diaires. Qu'on le veuille ou non, c'est &#224; l'universit&#233; que se retrouve la grande majorit&#233; des bacheliers d'origine populaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tristan Poullaouec, C&#233;dric Hugr&#233;e, &#171; Qui sont les &#233;tudiants d'origine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les in&#233;galit&#233;s ne peuvent pas &#234;tre gliss&#233;es sous le tapis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore faut-il en prendre la mesure, dans les parcours et les niveaux d'acquisition des &#233;tudiants, de fait tr&#232;s contrast&#233;s. Trop de bacheliers, en effet, ne disposent pas des connaissances et des techniques de travail suffisantes pour r&#233;ussir sans encombres leurs &#233;tudes universitaires. Certains enseignants-chercheurs estiment pouvoir restaurer leurs conditions de travail en les &#233;cartant des premiers cycles universitaires, parfois m&#234;me au nom de leur attachement au service public. Nous pensons au contraire qu'il est urgent et possible de pr&#233;venir ces difficult&#233;s d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://publication.enseignementsup-recherche.gouv.fr/eesr/10/illustration-EESR10_ES_21-2-diplomes_de_l_enseignement_superieur_des_jeunes_ages_de_25_a_29_ans_en_fonction_du_milieu_social_en_2003_2005_et_2013_2015.php&#034; width=&#034;500px&#034; height=&#034;700px&#034; frameborder=&#034;0&#034; id=&#034;EESR10_ES_21-2&#034; scrolling=&#034;auto&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, se focaliser, comme Olivier Beaud et Fran&#231;ois Vatin (&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/09/11/arretons-de-penser-que-l-universite-est-la-solution-pour-tout-le-monde_5183825_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde, 11.09.2017&lt;/a&gt;), sur les difficult&#233;s r&#233;elles des bacheliers professionnels est trompeur, car ils s'inscrivent rarement &#224; l'universit&#233;. Deuxi&#232;mement, dans un enseignement sup&#233;rieur de plus en plus hi&#233;rarchis&#233;, les orientations &#171; par d&#233;faut &#187; ne sont pas plus fr&#233;quentes en Licence qu'en IUT ou en BTS. Troisi&#232;mement, les &#233;tudiants d'origine populaire qui d&#233;crochent une licence sont le plus souvent des bacheliers g&#233;n&#233;raux. Issus des classes populaires ou pas, ce dont ont besoin les &#233;tudiants pour s'approprier les savoirs universitaires sont des connaissances et des m&#233;thodes in&#233;galement transmises dans l'enseignement primaire et secondaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
En conditionnant l'acc&#232;s &#224; certaines fili&#232;res au suivi de certains enseignements au lyc&#233;e et aux notes obtenues au bac ou en terminale, l'instauration de &#171; pr&#233;requis &#187; n'a que l'apparence du bon sens. Laisserait-on chaque universit&#233; d&#233;finir ses pr&#233;requis en fonction des cursus propos&#233;s ? Rien de tel pour renforcer la concurrence entre &#233;tablissements, entre fili&#232;res. De plus, ce n'est pas vraiment en vertu de la sp&#233;cialit&#233; de leur bac que les bacheliers g&#233;n&#233;raux r&#233;ussissent le mieux, quelle que soit la fili&#232;re : c'est d'abord parce qu'ils ont b&#233;n&#233;fici&#233; des meilleurs apprentissages de l'&#233;cole primaire jusqu'au lyc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc concevoir ensemble la transformation des premiers cycles universitaires, la lutte contre la s&#233;gr&#233;gation dans l'enseignement sup&#233;rieur et la refonte du baccalaur&#233;at. Le gouvernement veut prolonger la s&#233;gr&#233;gation actuelle entre les fili&#232;res du bac par une s&#233;gr&#233;gation renforc&#233;e entre les fili&#232;res du sup&#233;rieur : davantage de bacheliers professionnels en BTS, davantage de bacheliers technologiques en IUT, en esp&#233;rant davantage de bacheliers g&#233;n&#233;raux &#224; l'universit&#233;&#8230; mais sans toucher aux moyens accord&#233;s aux classes pr&#233;paratoires, qui permettent aux plus favoris&#233;s d'esquiver les premiers cycles universitaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne sortira pas de l'impasse actuelle sans un vaste plan d'investissement public pour les universit&#233;s. En ramenant le montant du tr&#232;s d&#233;cri&#233; Cr&#233;dit d'Imp&#244;t Recherche offert aux entreprises &#224; son niveau de 2007, avant sa refonte par Val&#233;rie P&#233;cresse et Nicolas Sarkozy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration, septembre 2013 ; L'Humanit&#233;, avril 2015 ; Le Monde, septembre 2016&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on disposerait d'une premi&#232;re enveloppe de 4 milliards d'euros, qui permettrait &#224; la fois de relancer les financements p&#233;rennes de la recherche publique et de rouvrir le chantier d'une formation intellectuelle exigeante pour tous les &#233;tudiants. Mais on ne combattra pas non plus efficacement l'&#233;chec en premier cycle sans conduire tous les lyc&#233;ens vers un haut niveau de culture commune, &#224; la fois litt&#233;raire, scientifique et technologique. C'est pourquoi il faut mettre en d&#233;bat la proposition d'un bac de culture commune comme issue normale d'un &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article94' class=&#034;spip_in&#034;&gt;lyc&#233;e unifi&#233;&lt;/a&gt;, permettant aux futurs bacheliers de faire de vrais choix d'orientation dans l'enseignement sup&#233;rieur sans remettre en cause leur droit &#224; la poursuite d'&#233;tude. Cet objectif fait partie du &lt;a href='https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article131' class=&#034;spip_in&#034;&gt;projet d'&#233;cole commune&lt;/a&gt; &#233;labor&#233; par le GRDS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://twitter.com/share&#034; class=&#034;twitter-share-button&#034; data-url=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article262&#034; data-via=&#034;G_R_D_S&#034; data-size=&#034;large&#034;&gt;Tweet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;script&gt;!function(d,s,id){var js,fjs=d.getElementsByTagName(s)[0],p=/^http:/.test(d.location)?'http':'https';if(!d.getElementById(id)){js=d.createElement(s);js.id=id;js.src=p+'://platform.twitter.com/widgets.js';fjs.parentNode.insertBefore(js,fjs);}}(document, 'script', 'twitter-wjs');&lt;/script&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2017/03/4/NI_17.01_-_Apres_le_bac_(panel_bacheliers_2014)_697034.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Juliette Ponceau, Eric Chan-Pang-Fong, &#034;Apr&#232;s le bac ? Choix d'orientation et entr&#233;e dans l'enseignement sup&#233;rieur des bacheliers 2014&#034;, Note d'information, n&#176;17.01, MENSR, 2017&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tristan Poullaouec, C&#233;dric Hugr&#233;e, &#171; Qui sont les &#233;tudiants d'origine populaire ? &#187;, in Coulangeon P., Galland O. et Vourch R., &lt;i&gt;Mondes &#233;tudiants&lt;/i&gt;, La Documentation fran&#231;aise, 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://sciences.blogs.liberation.fr/2013/09/18/credit-dimpot-recherche-la-gabegie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lib&#233;ration, septembre 2013&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/les-milliards-envoles-du-credit-impot-recherche-571624&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Humanit&#233;, avril 2015&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/06/qui-profite-du-credit-d-impot-recherche_4993109_4355770.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde, septembre 2016&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les programmes et l'enseignement des SES</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article257</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article257</guid>
		<dc:date>2017-04-28T17:02:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Beitone</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[&#192; la suite de la publication sur ce site d'une contribution du sociologue Pierre Merle (voir ici) explicitant son point de vue sur la r&#233;forme de l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e, Alain Beitone nous a propos&#233; les r&#233;flexions qui suivent] &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut d'abord saluer la d&#233;cision de Pierre Merle de publier un texte tir&#233; de son audition par la commission minist&#233;rielle charg&#233;e d'&#233;laborer un avis sur l'enseignement des SES. Pierre Merle a de plus d&#233;cid&#233; de confier son texte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH106/arton257-12134.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;&#192; la suite de la publication sur ce site d'une contribution du sociologue Pierre Merle (&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article254&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir ici&lt;/a&gt;) explicitant son point de vue sur la r&#233;forme de l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e, Alain Beitone nous a propos&#233; les r&#233;flexions qui suivent&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord saluer la d&#233;cision de Pierre Merle de publier un texte tir&#233; de son audition par la commission minist&#233;rielle charg&#233;e d'&#233;laborer un avis sur l'enseignement des SES. Pierre Merle a de plus d&#233;cid&#233; de confier son texte au site du GRDS (&lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article254&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article254&lt;/a&gt;), ce qui souligne la contribution &#233;minente de ce site dans le d&#233;bat sur l'&#233;cole en g&#233;n&#233;ral et sur les SES en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Merle a &#233;t&#233; professeur de SES. Devenu professeur des universit&#233;s en sociologie, il a continu&#233; &#224; s'int&#233;resser aux SES dans ses recherches et &#224; s'impliquer dans la vie de la discipline (notamment &#224; travers la participation aux concours de recrutement). Je pr&#233;cise que Pierre et moi entretenons des rapports amicaux et que l'on ne pourra mettre notre dialogue sur le compte de la querelle personnelle. L'objectif de ma contribution est de souligner les points d'accord entre nous, de dissiper les malentendus, de circonscrire les d&#233;saccords et, si possible, de les d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des points d'accords importants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pierre Merle souligne fortement les fondements scientifiques de l'enseignement des SES : &#171; Un enseignement de sciences &#233;conomiques et sociales a pour objet de transmettre des connaissances scientifiques qui, par construction, se diff&#233;rencient d'une opinion &#187; (toutes les citations de P. Merle sont tir&#233;es de son texte paru sur le site du GRDS). Cette posture est parfaitement conforme &#224; celle qui est exprim&#233;e dans le pr&#233;ambule du programme du cycle terminal actuellement en vigueur. Il pr&#233;cise son point de vue en distinguant l'Enseignement moral et civique et les SES : &#171; L'EMC rel&#232;ve principalement du registre de l'&#233;ducation, de la norme ; l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales du registre de l'instruction, de la science. &#201;duquer et instruire sont les deux missions traditionnelles de l'&#233;cole. Elles ne sont pas r&#233;ductibles l'une &#224; l'autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; un accord important car l'id&#233;e selon laquelle l'enseignement des SES est d'abord une &#233;ducation &#224; la citoyennet&#233; est tr&#232;s pr&#233;sente dans le d&#233;bat sur cette discipline scolaire. De m&#234;me, le scepticisme &#224; l'&#233;gard de l'emploi du terme &#171; science &#187; &#224; propos des sciences de la soci&#233;t&#233; reste fort chez certains des protagonistes du d&#233;bat sur les SES (Lawruszenko, Martinache et Mas, 2015, pp. 56-86).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Merle aborde aussi une question essentielle lorsqu'il &#233;crit : &#171; L'histoire des sciences impose un enseignement des SES pr&#233;sentant la pluralit&#233; des paradigmes et courants th&#233;oriques &#187;. C'est un point sur lequel j'ai pour ma part insist&#233; d&#232;s le d&#233;but de mes travaux en didactique des SES en soulignant le caract&#232;re pluri-paradigmatique des SES, ce qui m'a conduit &#224; d&#233;fendre l'importance du d&#233;bat scientifique dans la classe pour montrer aux &#233;l&#232;ves que les controverses scientifiques ont permis de faire progresser la connaissance du monde social. R&#233;pondant &#224; l'ASMP qui propose de r&#233;duire l'enseignement de l'&#233;conomie &#224; la micro&#233;conomie, Pierre Merle &#233;crit qu'une d&#233;marche d'initiation scientifique &#171; ne peut s'&#233;laborer en supprimant des pans entiers de l'analyse &#233;conomique contemporaine &#187;. Ce &#224; quoi, bien s&#251;r, on ne peut que souscrire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre point d'accord, la critique formul&#233;e par Pierre Merle &#224; l'&#233;gard du rapport r&#233;cent de l'Acad&#233;mie des sciences morales et politiques. Pierre Merle ironise &#224; juste titre sur les interrogations fond&#233;es sur l'exp&#233;rience courante qui devraient, selon l'ASMP, structurer l'enseignement des SES. Il conteste aussi l'id&#233;e selon laquelle l'enseignement des SES devrait donner une image positive de l'entreprise. Il pr&#233;cise : &#171; autant en &#233;conomie qu'en sociologie, l'activit&#233; scientifique n'a pas une finalit&#233; normative qui aurait pour objet de montrer que l'entreprise devrait &#234;tre aim&#233;e ou d&#233;test&#233;e, serait globalement une source de &#171; bien &#187; ou &#171; mal &#187;. Il souligne ainsi la n&#233;cessit&#233; de distinguer les connaissances positives et les jugements normatifs (Beitone et Martin-Baillon, 2016) et ses propos convergent avec ceux de J&#233;r&#244;me Deauvieau qui, dans un s&#233;minaire du GRDS consacr&#233; aux SES, rappelait que l'&#233;cole a pour finalit&#233; d'apprendre aux &#233;l&#232;ves &#171; comment penser &#187; et non pas &#171; ce qu'il faut penser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point d'accord enfin &#224; propos de la place des SES en seconde. Pierre Merle se prononce pour un enseignement obligatoire de SES (dans le tronc commun donc) et pour un horaire plus cons&#233;quent. On ne voit pas en effet pourquoi les sciences du monde social devraient occuper une place r&#233;duite &#224; l'entr&#233;e du lyc&#233;e. Au passage, Pierre Merle insiste aussi sur le fait que les enseignants charg&#233;s d'une discipline scolaire d&#233;termin&#233;e doivent ma&#238;triser les savoirs scientifiques de r&#233;f&#233;rence. C'est un point de vue d'autant plus important que cette position ne fait plus consensus dans les d&#233;bats sur l'&#233;cole et que les d&#233;fenseurs du &#171; ma&#238;tre ignorant &#187; sont aujourd'hui nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les points d'accord sont donc nombreux et importants. Mais des d&#233;saccords que je vais essayer de pr&#233;ciser subsistent. Ils sont &#224; la fois d'ordre &#233;pist&#233;mologique et d'ordre didactique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des d&#233;saccords &#233;pist&#233;mologiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le premier d&#233;saccord &lt;/i&gt; porte sur l'usage par Pierre Merle du concept de v&#233;rit&#233;. Il distingue en effet les connaissances scientifiques, les opinions, les normes et &#171; la v&#233;rit&#233; qui rel&#232;ve du sacr&#233; &#187;. Or, s'il existe (aux yeux de certains) des v&#233;rit&#233;s r&#233;v&#233;l&#233;es qui rel&#232;vent du sacr&#233;, cela ne suffit pas &#224; justifier que l'on jette l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; par-dessus bord en lui d&#233;niant toute pertinence scientifique. Telle n'est pas, par exemple, la conception de J&#252;rgen Habermas (peu suspect de positivisme) qui d&#233;fend avec vigueur l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; (Habermas 2001 et 2003). Des auteurs aussi divers que Pascal Engel (1989), Jean-Michel Berthelot (2008) ont insist&#233; sur l'importance du concept de v&#233;rit&#233;. Il faut rappeler aussi que Pierre Bourdieu souligne le lien tr&#232;s fort entre activit&#233; scientifique et v&#233;rit&#233; : &#171; &#171; C'est parce que le champ scientifique est, par certains c&#244;t&#233;s, un champ comme les autres mais qui ob&#233;it &#224; une logique sp&#233;cifique, que l'on peut comprendre, sans faire appel &#224; une forme quelconque de transcendance, qu'il est un lieu historique o&#249; se produisent des v&#233;rit&#233;s transhistoriques &#187; (Bourdieu, 2001, p. 136). On peut citer aussi Bernard Lahire : &#171; &#192; la question : &#171; &#192; quoi servent les sciences sociales ? &#187;, le chercheur r&#233;pond alors sereinement : &#171; &#192; rien d'autre qu'&#224; produire des v&#233;rit&#233;s scientifiques sur le monde social &#187;. Le chercheur n'est au service de personne, il est uniquement au service de la v&#233;rit&#233; ch&#232;rement conquise &#187; (Lahire, 2012, p. 8). Jacques Bouveresse insiste aussi sur le concept de v&#233;rit&#233; et sur la distinction n&#233;cessaire entre &#171; vrai &#187; et &#171; tenu pour vrai &#187;. Un de ses proches, Jean-Jacques Rosat (2009, p. 175), donne cet exemple &#233;clairant : m&#234;me si dans le d&#233;bat sur l'affaire Dreyfus les dreyfusards avaient perdu la bataille, si la culpabilit&#233; du capitaine avait &#233;t&#233; tenue pour vraie et s'il &#233;tait mort au bagne, il n'en demeure pas moins, que l'&#233;nonc&#233; &#171; Dreyfus est innocent &#187; aurait &#233;t&#233; un &#233;nonc&#233; vrai. Si, &#224; la mani&#232;re des relativistes, on est en d&#233;saccord avec cet exemple, si on consid&#232;re que l'innocence ou la culpabilit&#233; de Dreyfus est d&#233;termin&#233;e par un rapport de force et non par des faits objectifs, alors tous les &#233;nonc&#233;s se valent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il faut prendre garde aux d&#233;rapages scientistes qui transforment la v&#233;rit&#233; en dogme, mais on ne doit pas renoncer &#224; l'horizon r&#233;gulateur de la production d'&#233;nonc&#233;s vrais. C'est pourquoi, un enseignement qui se situe dans le prolongement du rationalisme des Lumi&#232;res, repose sur la construction dans la classe d'une norme &#233;pist&#233;mologique (version scolaire du champ scientifique de Bourdieu) qui permet d'&#233;valuer les &#233;nonc&#233;s formul&#233;s par les &#233;l&#232;ves. Si l'un de ces derniers affirme que le ch&#244;mage est li&#233; au nombre trop &#233;lev&#233; d'immigr&#233;s, la r&#233;ponse n'est pas que cette opinion est immorale, mais qu'elle est fausse car il est possible d'&#233;tablir rationnellement que le niveau de ch&#244;mage ne fluctue pas en fonction des flux migratoires. Cette question est importante, car l'&#233;cole en g&#233;n&#233;ral et les SES en particulier sont expos&#233;es &#224; l'influence d'une forte pression relativiste. Les futurs programmes de SES devront donc choisir entre rationalisme et relativisme et ce choix a des enjeux didactiques et politiques consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un second point de divergence &#233;pist&#233;mologique &lt;/i&gt; porte sur la fa&#231;on de traiter de la pluralit&#233; des paradigmes. Il faut ici naviguer entre deux &#233;cueils :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un &#233;cueil scientiste qui consiste &#224; affirmer qu'il n'existe qu'un seul discours l&#233;gitime dans chaque science sociale. C'est la position de Pierre Cahuc et Andr&#233; Zylberberg (2016) dans leur livre tr&#232;s contest&#233; sur le &#171; n&#233;gationnisme &#233;conomique &#187;. Dans leur perspective, les approches post-keyn&#233;siennes, r&#233;gulationnistes, marxistes, conventionnalistes, etc. sont exclues du champ scientifique et donc de l'enseignement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un &#233;cueil relativiste qui consid&#232;re que les sciences sociales sont constitu&#233;es d'un catalogue de th&#233;ories juxtapos&#233;es entre lesquelles il faudrait faire un choix &#171; citoyen &#187;. L'enseignement dans ce cas consiste &#224; faire d&#233;battre les &#233;l&#232;ves sur des alternatives : &#171; lib&#233;ral ou keyn&#233;sien &#187;, &#171; durkheimien ou w&#233;b&#233;rien &#187;, &#171; marxiste ou ricardien &#187;, etc. Dans cette conception, tous les discours se valent et le choix entre les paradigmes rel&#232;ve de la &#171; guerre des dieux &#187; c'est-&#224;-dire d'un choix en fin de compte non rationnel. Par exemple, il n'y a pas lieu d'opposer de fa&#231;on caricaturale le &#171; ch&#244;mage classique &#187; et le &#171; ch&#244;mage keyn&#233;sien &#187;, dans la mesure o&#249; les deux approches mettent en &#233;vidence des m&#233;canismes qui sont susceptibles de contribuer &#224; expliquer le niveau et l'&#233;volution du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je plaide pour ma part pour une posture qui articule trois exigences :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Permettre aux &#233;l&#232;ves de comprendre l'existence d'une pluralit&#233; de paradigmes et la f&#233;condit&#233; des d&#233;bats scientifiques entre ces paradigmes. Par exemple Marx s'appuie explicitement sur l'approche en termes de circuit des physiocrates et sur la th&#233;orie de la valeur-travail de Ricardo ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ne pas caricaturer les oppositions entre les paradigmes. Par exemple Durkheim et Weber d&#233;fendent tous les deux la neutralit&#233; axiologique, ils articulent tous les deux, explication et compr&#233;hension, etc.) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a cumulativit&#233; dans les sciences sociales. Par exemple, la mise en &#233;vidence des d&#233;faillances de march&#233; et des d&#233;fauts de coordination qui est au c&#339;ur de l'analyse &#233;conomique aujourd'hui s'appuie &#224; la fois sur Marx, sur Keynes, sur Pigou, sur Sraffa, sur Schumpeter, etc. De m&#234;me les r&#233;gulationnistes s'appuient sur Marx, Keynes, Schumpeter, les institutionnalistes am&#233;ricains, etc. Enfin, tous les &#233;conomistes aujourd'hui prennent en compte les asym&#233;tries d'information, le comportement strat&#233;gique du march&#233;, les d&#233;faillances du march&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cerner la divergence avec Pierre Merle repartons de l'un de ses exemples : &#171; Dans la sociologie fran&#231;aise, les explications des in&#233;galit&#233;s sociales des cursus scolaires par la sociologie d&#233;terministe bourdieusienne d'une part, individualiste boudonnienne d'autre part, s'opposent nettement. Il importe de distinguer clairement les approches holiste et individualiste &#187;. Pr&#233;sent&#233;e sous cette forme, l'opposition &#171; holisme &#187;/ &#171; individualisme &#187; apparait comme un clivage insurmontable. Or, Pierre Bourdieu lui-m&#234;me a mainte fois rappel&#233; qu'il &#233;tait oppos&#233; &#224; une telle pr&#233;sentation. Il la d&#233;nonce m&#234;me comme un travers professoral. Il d&#233;fend pour sa part un &#171; relationnisme m&#233;thodologique &#187; qui transcende l'opposition individualisme/holisme. Philippe Corcuff d&#233;veloppe cette posture de &#171; relationnalisme m&#233;thodologique &#187; et y voit m&#234;me une tendance lourde de la sociologie contemporaine. On ne peut penser le monde social ni &#224; travers un d&#233;terminisme simpliste niant l'autonomie des acteurs, ni &#224; travers une n&#233;gation de la contrainte sociale qui conduirait &#224; penser que l'acteur agit dans un vide social (Corcuff, 2011). Cette volont&#233; de rendre compte en m&#234;me temps de la singularit&#233; des acteurs, de leur subjectivit&#233; et des d&#233;terminismes sociaux se retrouve chez des auteurs, tr&#232;s diff&#233;rents par ailleurs, tels que : Bernard Lahire (1998, 2004, 2005, 2013), Fran&#231;ois de Singly (2000, 2003), sans oublier (pour remonter aux grands anciens) Norbert Elias (1991).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on prend l'exemple de la sociologie des in&#233;galit&#233;s scolaires, on observe aussi que de nombreux auteurs, par exemple lorsqu'ils analysent les ph&#233;nom&#232;nes de s&#233;gr&#233;gation, articulent les strat&#233;gies des acteurs et le contexte institutionnel (Agn&#232;s Van Zanten, Marco Oberti, Georges Felouzis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La troisi&#232;me divergence &#233;pist&#233;mologique&lt;/i&gt; porte sur la question des disciplines. Je me suis d&#233;j&#224; longuement exprim&#233; sur ce point et je serai donc bref (Beitone, 2015). Pierre Merle fait observer que les &#233;conomistes aussi bien que les sociologues &#233;tudient les in&#233;galit&#233;s scolaires ou encore l'entreprise. Il voit l&#224;, si je l'ai bien compris, une raison de relativiser l'importance des disciplines savantes. Il &#233;crit notamment : &#171; ces fronti&#232;res disciplinaires n'ont pas de fondements &#233;pist&#233;mologiques indiscutables &#187;. Il faut rappeler que les disciplines ne se d&#233;finissent pas par leur objet, mais par le point de vue qu'elles adoptent sur la r&#233;alit&#233; empirique. Par ce regard, elles construisent leur objet. Le fait est &#171; construit, conquis, constat&#233; &#187; comme l'&#233;crivait Pierre Bourdieu. Et naturellement l'entreprise n'est pas le m&#234;me &#171; fait &#187; pour l'&#233;conomiste et pour le sociologue. Il faut revenir &#224; ce qu'&#233;crivait en 1963 Peter L. Berger. Il soulignait avec humour que le fait pour un botaniste de s'int&#233;resser aux jonquilles n'emp&#234;che pas au po&#232;te de s'y int&#233;resser aussi. S'agissant de la sociologie, il &#233;crit : &#171; Dans ses voyages dans le monde des humains, le sociologue rencontrera fatalement d'autres voyeurs professionnels. Ces derniers en auront parfois un peu d'humeur, trouvant qu'il braconne sur leurs chasses gard&#233;es. Il rencontrera ici l'&#233;conomiste, l&#224; le politologue, ailleurs le psychologue ou l'ethnologue. Mais les questions qui l'avaient amen&#233; au m&#234;me endroit sont probablement diff&#233;rentes de celles qui poussent ces autres maraudeurs. Les questions du sociologue sont presque toujours les m&#234;mes : &#171; Que font ces gens les uns avec les autres ? &#187;, &#171; Quelle relations entretiennent-ils ? &#187;, &#171; Comment ces relations s'organisent-elles en institutions ? &#187;, &#171; Quelles sont les id&#233;es collectives qui font bouger les gens et les institutions ? &#187;. En cherchant r&#233;ponse &#224; ces questions dans des cas particuliers, le sociologue sera amen&#233;, bien s&#251;r, &#224; traiter de questions &#233;conomiques ou politiques, mais il le fera de mani&#232;re assez diff&#233;rente de celles de l'&#233;conomiste ou du politologue. C'est la m&#234;me sc&#232;ne humaine qu'il contemple et que ces autres scientifiques consid&#232;rent. Mais le sociologue a un angle de vision diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela compris, on voit qu'il n'y a gu&#232;re de sens &#224; essayer de d&#233;limiter pour le sociologue un territoire particulier &#224; l'int&#233;rieur duquel il serait chez lui pour mener son travail &#187; (Berger, 1963/2006, p. 53). Ce qui d&#233;finit le sociologue, ce n'est pas l'objet qu'il &#233;tudie (l'&#233;cole, l'entreprise, la famille, etc.), mais &#171; l'angle de vision &#187; qu'il adopte. Ailleurs, Berger compare les disciplines &#224; des lunettes : selon les lunettes disciplinaires que l'on adopte, on ne voit pas le monde de la m&#234;me fa&#231;on. Ce point de vue est aussi d&#233;fendu, d'une autre fa&#231;on, par l'anthropologue Alain Testart : &#171; Ce n'est pas la nature diff&#233;rente des choses, la qualit&#233; diff&#233;rente des &#233;v&#232;nements qui suscite des sciences distinctes, c'est l'&#233;clairage diff&#233;rent que chaque science porte sur les m&#234;mes choses et les m&#234;mes &#233;v&#233;nements du monde. C'est la dimension d'&#233;tude que chacune privil&#233;gie, la probl&#233;matique qu'elle d&#233;veloppe &#187; (Testart, 1991, p. 95). Et Testart pr&#233;cise qu'en droit, toute discipline peut s'emparer de n'importe quel objet. L'existence d'une sociologie de la sant&#233; et de la maladie, ne remet pas en cause la sp&#233;cificit&#233; de la m&#233;decine, ni la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;conomie de la sant&#233;. On ne peut donc rien d&#233;duire, quant &#224; l'importance et &#224; la f&#233;condit&#233; des disciplines, &#224; partir du constat qu'elles peuvent &#233;tudier les m&#234;mes objets. Il est par cons&#233;quent n&#233;cessaire de former les &#233;l&#232;ves &#224; la sp&#233;cificit&#233; du regard de chaque discipline. Ce qui constitue d'ailleurs une condition n&#233;cessaire si l'on se propose, par ailleurs, de leur montrer la f&#233;condit&#233; du croisement des regards disciplinaires. C'est la condition pour que des regards disciplinaires crois&#233;s soient possibles sur certains objets d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des d&#233;saccords p&#233;dagogiques et didactiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'agissant des questions p&#233;dagogiques et didactiques, je m'en tiendrai &#224; un seul point, &#224; mes yeux d&#233;cisif. Il existe &#224; propos des SES un d&#233;bat ancien qui oppose les partisans d'une approche &#171; par les objets &#187; et les partisans d'une approche par les disciplines. Remarquons, sans nous y attarder, mais en lien avec le point pr&#233;c&#233;dent, que ce d&#233;bat n'a de sens que si les &#171; objets &#187; existent naturellement et ind&#233;pendamment du regard disciplinaire qui le construit. Or, il n'en est rien. L'argent des sociologues a peu &#224; voir avec la monnaie des &#233;conomistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de ce d&#233;bat, Pierre Merle &#233;crit : &#171; Les enseignements de SES sont sans doute plus faciles &#224; construire et &#224; r&#233;aliser par les enseignants avec une approche disciplinaire de type acad&#233;mique, pr&#233;sente dans les manuels universitaires. Par contre, l'int&#233;r&#234;t des &#233;l&#232;ves est sans doute plus facile &#224; susciter avec l'approche par objets d'&#233;tude &#187; et il ajoute &#171; La r&#233;flexion p&#233;dagogique valide plut&#244;t une approche par objet &#187;. Ces affirmations semblent tr&#232;s discutables. En particulier, la r&#233;flexion p&#233;dagogique (ou au moins une partie d'entre elle) ne valide pas du tout le primat de l'approche par les objets. Cette derni&#232;re a, en effet, l'inconv&#233;nient majeur de favoriser une classification faible des savoirs. Sous pr&#233;texte de motiver les &#233;l&#232;ves, on part de leur exp&#233;rience v&#233;cue et on favorise leur expression. Le risque est alors grand, comme l'a montr&#233; J&#233;r&#244;me Deauvieau (2007, 2009), de succomber &#224; &#171; l'activisme langagier &#187;. En effet, face &#224; un objet d'&#233;tude &#171; chaud &#187; et &#224; l'int&#233;r&#234;t spontan&#233; qu'il suscite, les &#233;l&#232;ves, invit&#233;s &#224; s'exprimer, vont mobiliser leurs connaissances personnelles et leurs opinions et ils vont souvent mobiliser aussi des discours politiques (on condamne les banquiers, la sp&#233;culation, la pauvret&#233; et les in&#233;galit&#233;s, ou alors les pauvres, les immigr&#233;s et les assist&#233;s qui se gobergent gr&#226;ce &#224; l'&#201;tat providence, etc.). Mais &#224; partir de ce discours, il est tr&#232;s difficile de passer aux savoirs scolaires et &#224; leur l&#233;gitimit&#233; savante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut facilement illustrer cela &#224; travers la question du langage utilis&#233;. Soucieux de ne pas faire obstacle &#224; la participation des &#233;l&#232;ves, l'enseignant va souvent r&#233;viser en baisse son exigence en mati&#232;re de pr&#233;cision conceptuelle. On acceptera que les &#233;l&#232;ves disent : &#171; les riches ont trop d'argent &#187;, plut&#244;t que &#171; il existe une in&#233;galit&#233; de revenu importante entre les 1% de la population qui per&#231;oivent les revenus les plus &#233;lev&#233;s et les 10% de la population qui per&#231;oivent les revenus les plus faibles &#187;. Cette faible classification du langage utilis&#233; (langage commun contre langage relevant des savoirs scolaires), conduit aussi &#224; une moindre classification des savoirs sociaux ou politiques par rapport &#224; ces m&#234;mes savoirs scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans bien des cas, l'irruption du d&#233;bat social et la mobilisation par les &#233;l&#232;ves de leur exp&#233;rience personnelle du monde social constituent un obstacle important &#224; la r&#233;alisation des objectifs cognitifs qui sont vis&#233;s. On cr&#233;e donc un malentendu : les &#233;l&#232;ves pensent qu'ils ont r&#233;alis&#233; les t&#226;ches demand&#233;es puisqu'ils participent et donnent leur opinion. Mais ils ne r&#233;alisent pas l'appropriation des savoirs m&#233;thodologiques et conceptuels qui est en r&#233;alit&#233; attendue. Des r&#233;flexions p&#233;dagogiques, fond&#233;es sur de nombreuses observations empiriques du d&#233;roulement des interactions en classe, confirment que cette classification faible des savoirs, ce cadrage faible des activit&#233;s des &#233;l&#232;ves (puisque l'on veut favoriser l'expression spontan&#233;e des &#233;l&#232;ves) est un puissant facteur de cr&#233;ation d'in&#233;galit&#233;s d'apprentissage. En effet, les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; sont souvent ceux qui ne font pas de distinction nette entre, d'une part, leur exp&#233;rience quotidienne et les opinions li&#233;es &#224; cette exp&#233;rience et, d'autre part, avec les exigences sp&#233;cifique d'acquisition des savoirs scolaires. C'est ce que souligne aussi Elisabeth Bautier : &#171; Les contenus de savoir sont aujourd'hui devenus flous, ou du moins, sont des enchev&#234;trements de contenus disciplinaires, ponctuels le plus souvent, d'usages du langage, de raisonnements et de mode de faire proc&#233;duraux dans les activit&#233;s &#187; (Bautier, 2011, p. 162).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu cognitif passe au second rang par rapport &#224; la r&#233;alisation de t&#226;ches suppos&#233;es motivantes (&#233;crire un article pour le journal du lyc&#233;e, monter une exposition, participer &#224; un d&#233;bat, visiter un quartier ou une entreprise, etc.).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;videmment, il ne s'agit pas de s'opposer &#224; l'&#233;tude de questions (et non d'objets) qui font d&#233;bat dans la soci&#233;t&#233; (les in&#233;galit&#233;s de revenus, la reproduction sociale, la lutte contre l'effet de serre, les transformations de la relation salariale, etc.) (Beitone, 2004). Mais ces questions doivent &#234;tre trait&#233;es de telle fa&#231;on que les &#233;l&#232;ves font l'exp&#233;rience de la n&#233;cessit&#233; de rompre avec le sens commun et, en m&#234;me temps, l'exp&#233;rience de la f&#233;condit&#233; intellectuelle des savoirs scolaires et du recours &#224; un vocabulaire exigeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e par les disciplines a le m&#233;rite d'attirer l'attention des &#233;l&#232;ves sur le fait qu'il s'agit de s'approprier des connaissances qui sont produites par des communaut&#233;s savantes, qu'il s'agit par cons&#233;quent d'utiliser un langage pr&#233;cis, de conduire des raisonnements rigoureux. Le cadre disciplinaire a aussi le m&#233;rite de mettre en relation les savoirs et les probl&#233;matiques. On sait que l'acquisition par les &#233;l&#232;ves d'une &#171; conscience disciplinaire &#187; est de nature &#224; favoriser les apprentissages. Bref, l'entr&#233;e par les disciplines s'inscrit dans le paradigme de l'exigence intellectuelle (Terrail, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand m&#233;rite du texte de Pierre Merle c'est d'&#234;tre orient&#233; vers l'entente. Sur l'&#233;laboration des programmes, leur contenu, la formation des &#233;l&#232;ves et leur &#233;valuation, il formule des propositions. Le d&#233;bat peut donc et doit donc se poursuivre afin de rendre justice &#224; l'effort de d&#233;passement des conflits qu'il a entam&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Bautier E. (2011), &#034;Quand le discours p&#233;dagogique entrave la construction des usages litt&#233;raci&#233;s du langage&#034;, in J.Y. Rochex et J. Crinon (dirs), &lt;i&gt;La construction des in&#233;galit&#233;s scolaires. Au c&#339;ur des pratiques et des dispositifs d'enseignement&lt;/i&gt;, PUR, Coll. Paid&#233;ia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Beitone A. (2004), &lt;i&gt;Enseigner les questions socialement vives. Notes sur quelques confusions&lt;/i&gt;. Communication &#224; la 7&#232;me biennale de l'&#233;ducation et de la formation, Lyon, 15 avril 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Beitone A. (2015), &lt;i&gt;Disciplines savantes et disciplines scolaires&lt;/i&gt;, En ligne sur le site du GRDS, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article209&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article209&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; * Beitone A. et Martin-Baillon A. (2016), &#034;La neutralit&#233; axiologique dans les sciences sociales&#034;, &lt;i&gt;Journal du Mauss&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.journaldumauss.net/?La-neutralite-axiologique-dans-les-1340&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.journaldumauss.net/?La-neutralite-axiologique-dans-les-1340&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Berger P. L. (1963/2006), &lt;i&gt;Invitation &#224; la sociologie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Coll. Grands Rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Berthelot J.-M. (2008), &lt;i&gt;L'emprise du vrai. Connaissance scientifique et modernit&#233;&lt;/i&gt;, PUF, Coll. Sociologie d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Cahuc P. et Zyberberg A. (2016), &lt;i&gt;Le n&#233;gationnisme &#233;conomique et comment s'en d&#233;barrasser&lt;/i&gt;, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Corcuff Ph. (2011), &lt;i&gt;Les nouvelles sociologies&lt;/i&gt;, Armand Colin, Coll. 128, 3&#232;me &#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Deauvieau J. (2007), &#034;Observer et comprendre les pratiques enseignantes&#034;, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, n&#176; 49, Elsevier, pp. 100-118).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Deauvieau J. (2009), &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire. Les nouveaux professeurs face aux difficult&#233;s du m&#233;tier&lt;/i&gt;, La Dispute, Coll. L'enjeu scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Elias N. (1991), &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; des individus&lt;/i&gt;, Fayard (r&#233;&#233;dition, Pocket-Agora, 1998).&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;* Habermas J. (2001), &lt;i&gt;V&#233;rit&#233; et justification&lt;/i&gt;, Gallimard, Coll. NRF Essais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Habermas J. (2003),&lt;i&gt; L'&#233;thique de la discussion et la question de la v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, Grasset, Coll. Nouveau coll&#232;ge de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lahire B. (1998), &lt;i&gt;L'homme pluriel&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lahire B. (2004), &lt;i&gt;La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lahire B. (2005), &lt;i&gt;Portraits sociologiques. Dispositions et variations individuelles&lt;/i&gt;, Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lahire B. (2012), &lt;i&gt;Le savant et les politiques. A quoi servent les sciences sociales ?&lt;/i&gt;, texte de conf&#233;rence r&#233;dig&#233; pour la Journ&#233;e de remise du Prix lyc&#233;en 2012 du livre de Sciences Economiques et Sociales &#224; l'ENS de Lyon le 21 novembre 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://ses.ens-lyon.fr/ses/fichiers/lahire-le-savant-et-les-politiques_1359641104077.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ses.ens-lyon.fr/ses/fichiers/lahire-le-savant-et-les-politiques_1359641104077.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lahire B. (2013), &lt;i&gt;Dans les plis singuliers du social&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Lawruszenko J., Martinache I., Mas J.-Y. (2015), &#034;1967-2011 : la d&#233;marche des SES en question&#034;, in Galy M., Le Nader E., Combemale P. (2015),&lt;i&gt; Les sciences &#233;conomiques et sociales&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Coll. Grands Rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Rosat J.-J. (2009), Annexe III : &#034;Sur Foucault et la v&#233;rit&#233;&#034;, in Paul Boghossian (2006/2009), &lt;i&gt;La peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance&lt;/i&gt;, Agone (p. 175)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Singly F. de (2000), &lt;i&gt;Libres ensemble. L'individualisme dans la vie commune&lt;/i&gt;, Nathan (r&#233;&#233;dition, Armand Colin, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Singly F. de (2003), &lt;i&gt;Les uns avec les autres. Quand l'individualisme cr&#233;e du lien&lt;/i&gt;, Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Terrail J.-P. (2016), &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Coll. L'enjeu scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Testart A. (1991), &lt;i&gt;Essai d'&#233;pist&#233;mologie&lt;/i&gt;, Bourgois, 1991.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelle r&#233;forme des programmes de sciences &#233;conomiques et sociales ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article254</link>
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		<dc:date>2017-03-30T09:37:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Merle</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La ministre de l'&#233;ducation nationale a confi&#233; au Conseil national &#233;ducation-&#233;conomie (CNEE) et au Conseil sup&#233;rieur des programmes (CSP) une mission sur l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales (SES) et souhaite un avis sur les contenus qui doivent &#234;tre dispens&#233;s dans le cadre de cet enseignement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite &#224; mon audition par le comit&#233; restreint CNEE-CSP, j'ai r&#233;dig&#233; le rapport ci-dessous. J'ai organis&#233; ma r&#233;flexion sur une &#233;ventuelle r&#233;forme des programmes de sciences &#233;conomiques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Contenus d'enseignement &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH47/arton254-d8655.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='47' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La ministre de l'&#233;ducation nationale a confi&#233; au Conseil national &#233;ducation-&#233;conomie (CNEE) et au Conseil sup&#233;rieur des programmes (CSP) une mission sur l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales (SES) et souhaite un avis sur les contenus qui doivent &#234;tre dispens&#233;s dans le cadre de cet enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; mon audition par le comit&#233; restreint CNEE-CSP, j'ai r&#233;dig&#233; le rapport ci-dessous. J'ai organis&#233; ma r&#233;flexion sur une &#233;ventuelle r&#233;forme des programmes de sciences &#233;conomiques et sociales &#224; partir des huit th&#233;matiques suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; Connaissances scientifiques, opinion, v&#233;rit&#233; et normes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un enseignement de sciences &#233;conomiques et sociales a pour objet de transmettre des connaissances scientifiques qui, par construction, se diff&#233;rencient d'une opinion, de la connaissance non scientifique, &#233;tablie notamment par l'exp&#233;rience personnelle ; de la v&#233;rit&#233;, qui rel&#232;ve du sacr&#233; ; de la norme, au fondement des pratiques et du fonctionnement des organisations et institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison, l'enseignement des SES n'a pas pour objet intrins&#232;que de participer &#224; la formation du citoyen. L'enseignement moral et civique (EMC), dispens&#233; par les professeurs d'histoire g&#233;ographie, a des exigences propres. L'EMC rel&#232;ve principalement du registre de l'&#233;ducation, de la norme ; l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales du registre de l'instruction, de la science. &#201;duquer et instruire sont les deux missions traditionnelles de l'&#233;cole. Elles ne sont pas r&#233;ductibles l'une &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fronti&#232;re entre ces deux registres n'est pas &#233;tanche puisque l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales participe activement &#224; la formation du citoyen mais ces deux registres doivent &#234;tre conceptuellement distingu&#233;s. La confusion entre ceux-ci pr&#233;sente le risque de limiter le projet scientifique poursuivi par les SES au profit de consid&#233;rations normatives telles que donner une &#171; image positive de l'entreprise &#187;, la minoration des conflits sociaux, etc. La question de l'&#233;quilibre entre les diff&#233;rentes parties du programme des SES, forc&#233;ment difficile, est abord&#233;e ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Pluralit&#233; des paradigmes et des courants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un des apports de la recherche &#233;pist&#233;mologique a &#233;t&#233; de montrer que l'&#233;laboration de la connaissance scientifique est intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la construction de paradigmes successifs ou/et concurrents pr&#233;sents dans toutes les disciplines, particuli&#232;rement en &#233;conomie, sociologie et science politique o&#249; la coexistence des paradigmes semblent plus forte que dans d'autres sciences (en astronomie, l'h&#233;liocentrisme de Copernic et Galil&#233;e n'est pas conciliable avec le g&#233;ocentrisme de Ptol&#233;m&#233;e). L'histoire des sciences impose un enseignement des SES pr&#233;sentant la pluralit&#233; des paradigmes et courants th&#233;oriques. En ce sens, l'enseignement des SES ne peut avoir pour objet de pr&#233;senter les d&#233;marches &#171; de l'&#233;conomiste &#187;, &#171; du sociologue &#187; et &#171; du politiste &#187; (cf. pr&#233;ambule des programmes). Le recours au singulier est probl&#233;matique &#224; double titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, il existe une diversit&#233; certaine des d&#233;marches &#224; l'int&#233;rieur de chaque champ disciplinaire, autant en &#233;conomie qu'en sociologie. Si les constructions th&#233;oriques sont parfois compl&#233;mentaires, elles sont souvent antagonistes. Certaines pr&#233;sentations du programme de SES semblent m&#233;conna&#238;tre ces paradigmes concurrents. Il en est ainsi lorsque le projet de l'enseignement de sociologie pr&#233;cise &#171; On initiera les &#233;l&#232;ves au raisonnement sociologique en montrant qu'il prend en compte &#224; la fois le poids des d&#233;terminismes sociaux et le jeu des acteurs &#187;. Dans la sociologie fran&#231;aise, les explications des in&#233;galit&#233;s sociales des cursus scolaires par la sociologie d&#233;terministe bourdieusienne d'une part, individualiste boudonnienne d'autre part, s'opposent nettement. Il importe de distinguer clairement les approches holiste et individualiste. Le raisonnement sociologique ne prend pas en compte &#171; &#224; la fois &#187; ces deux approches, elles existent de fa&#231;on concurrente, chacune se pr&#233;sentant comme la seule pertinente. Les th&#233;ories de la d&#233;viance sont une autre illustration de la force des paradigmes : les analyses de Parsons, Merton et Becker sont concurrentes. Il n'existe nullement une d&#233;marche unitaire en sociologie. Il en est de m&#234;me en &#233;conomie. Les approches n&#233;oclassique et keyn&#233;sienne rel&#232;vent de paradigmes diff&#233;rents. La notion de &#171; ch&#244;mage keyn&#233;sien &#187; se diff&#233;rencie de celle de &#171; ch&#244;mage classique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, bien qu'elles aient leurs sp&#233;cificit&#233;s, les disciplines des SES ne sont pas totalement ind&#233;pendantes les unes des autres, ni par leurs m&#233;thodes ni par leurs objets. Les fronti&#232;res disciplinaires sont des constructions sociales temporellement instables et scientifiquement discutables. L'entreprise est un objet traditionnel de recherche des &#233;conomistes, mais la sociologie de l'entreprise constitue un objet de recherches sociologiques d&#233;j&#224; ancien et bien identifi&#233;. De m&#234;me, il existe, parall&#232;lement &#224; la sociologie de l'&#233;ducation, dont les premiers travaux datent de Durkheim &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, une &#233;conomie de l'&#233;ducation, en fort d&#233;veloppement en France, notamment par l'apport des &#233;conomistes de l'&#201;cole d'Economie de Paris (des objets de recherche tels que la s&#233;gr&#233;gation sociale des &#233;tablissements scolaires sont autant &#233;tudi&#233;s par les &#233;conomistes que les sociologues). De fa&#231;on identique, si l'analyse du vote est fortement investie par les politistes, les &#233;conomistes du Public Choice ont &#233;galement &#233;tudi&#233; celui-ci, ainsi que la d&#233;viance, objet classique de la sociologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une manifestation de l'incertitude des fronti&#232;res entre les disciplines tient &#224; ce qu'elles sont d&#233;finies parfois diff&#233;remment selon les instances repr&#233;sentatives consid&#233;r&#233;es. Les sections du Conseil national des Universit&#233;s sont diff&#233;rentes des sections du CNRS. Ce qui montre que ces fronti&#232;res disciplinaires n'ont pas de fondements &#233;pist&#233;mologiques indiscutables. Un enseignement des SES qui ferait l'impasse sur cette pluralit&#233; des paradigmes et courants serait contraire aux principes de la connaissance scientifique tels qu'ils sont &#233;tablis par l'analyse &#233;pist&#233;mologique et les pratiques de la recherche contemporaine. Sur les objets communs, la confrontation entre les analyses des &#233;conomistes et des sociologues est sans aucun doute une des modalit&#233;s de la construction de connaissances scientifiques nouvelles. De plus en plus, les appels d'offres et contrats de recherche sont pr&#233;sent&#233;s par plusieurs laboratoires de disciplines diff&#233;rentes en associant de fa&#231;on fructueuse les &#233;conomistes, les g&#233;ographes et les sociologues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avis de l'acad&#233;mie des sciences morales et politiques qui souhaite centrer l'enseignement des SES sur le &#171; champ de la micro&#233;conomie, domaine o&#249; le savoir est le mieux fond&#233; et o&#249; un large consensus est plus facile &#224; r&#233;aliser qu'en macro&#233;conomie &#187; (rapport du 20 mars) est contraire &#224; une d&#233;marche d'initiation scientifique qui ne peut s'&#233;laborer en supprimant des pans entiers de l'analyse &#233;conomique contemporaine. Pr&#233;senter un seul courant de l'analyse &#233;conomique reviendrait &#224; supprimer le questionnement inh&#233;rent &#224; la construction scientifique et &#224; substituer un discours de v&#233;rit&#233; &#224; la pluralit&#233; des analyses. Le pluralisme de la pens&#233;e n'est pas seulement une n&#233;cessit&#233; scientifique, elle est aussi une exigence d&#233;mocratique. Les deux piliers d'une &#233;cole de la r&#233;publique - &#233;ducation &#224; la citoyennet&#233; et instruction - sont intrins&#232;quement compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Approche des SES par les objets ou par les disciplines acad&#233;miques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les programmes ant&#233;rieurs &#224; 2010 ont privil&#233;gi&#233; des programmes construits sur des objets communs ; les actuels programmes sont de type disciplinaire. Il existe des entr&#233;es &#233;conomiques &#171; La production dans l'entreprise &#187;, &#171; Comment un march&#233; concurrentiel fonctionne-t-il ? &#187;, et des entr&#233;es sociologiques &#171; Groupes et r&#233;seaux sociaux &#187;, &#171; contr&#244;le social et d&#233;viance &#187;. Il existe aussi des &#171; Regards crois&#233;s &#187; qui ont pour objet de croiser ces deux entr&#233;es disciplinaires &#171; Entreprise, institution, organisation &#187;, &#171; Comment un ph&#233;nom&#232;ne social devient-il un probl&#232;me public ? &#187;&#8230; Ces regards crois&#233;s ont pour objet de favoriser des apprentissages par objets plut&#244;t que par discipline pour ne pas s&#233;parer totalement l'&#233;conomie et la sociologie. Pour avancer dans la r&#233;flexion, plusieurs arguments peuvent &#234;tre pr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Il s'agit d'une question difficile &#224; poser et &#224; r&#233;soudre de fa&#231;on abstraite dans le cadre d'un d&#233;bat d'experts universitaires qui, d'une part, n'ont pas de connaissances des &#233;l&#232;ves concrets, de ce qu'ils peuvent apprendre et, d'autre part, disposent de comp&#233;tences acad&#233;miques approfondies essentiellement dans leur discipline au d&#233;triment des autres champs disciplinaires. Leurs possibilit&#233;s de concevoir et de promouvoir les analyses par objets communs &#224; l'&#233;conomie et &#224; la sociologie sont r&#233;duites pour cette raison. Les positions d&#233;fendues sont souvent biais&#233;es, en rapport avec la position disciplinaire et statutaire des experts sollicit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Les enseignements de SES sont sans doute plus faciles &#224; construire et &#224; r&#233;aliser par les enseignants avec une approche disciplinaire de type acad&#233;mique, pr&#233;sente dans les manuels universitaires. Par contre, l'int&#233;r&#234;t des &#233;l&#232;ves est sans doute plus facile &#224; susciter avec l'approche par objets d'&#233;tude. La th&#233;orie de la zone proximale de d&#233;veloppement est fond&#233;e sur l'id&#233;e que les &#233;l&#232;ves ne peuvent pas rentrer dans des apprentissages si les questions et probl&#232;mes soulev&#233;s ne recouvrent pour eux aucune signification. La r&#233;flexion p&#233;dagogique valide plut&#244;t une approche par objet. Dans une telle approche par objet, l'&#233;tude de &#171; l'entreprise &#187; serait r&#233;alis&#233;e dans ces dimensions &#233;conomiques et sociales et non pas limit&#233;e &#224; l'analyse &#233;conomique &#224; laquelle s'ajoute ult&#233;rieurement un &#171; regard crois&#233; &#187; &#224; dominante sociologique, en grande partie d&#233;connect&#233; de la premi&#232;re d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Pr&#233;sentes parmi les professeurs de SES, les pol&#233;miques soulev&#233;es par l'alternative entre des apprentissages par les objets versus par les disciplines d&#233;montrent la difficult&#233; du probl&#232;me. L'exp&#233;rience professionnelle de l'enseignant, son niveau de ma&#238;trise des diff&#233;rents champs disciplinaires ainsi que le niveau acad&#233;mique des &#233;l&#232;ves sont des variables susceptibles d'expliquer, selon les situations, une pertinence plus grande d'une approche par objets ou d'une approche disciplinaire. Les approches par objets ou par discipline sont probablement plus ou moins pertinentes selon la formation des professeurs et les contextes d'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) Les deux approches ont leur pertinence. Si certains objets se pr&#234;tent &#224; des approches crois&#233;es (ex. l'entreprise) ; d'autres sont plus logiquement abord&#233;es dans des approches disciplinaires car certains objets ont &#233;t&#233; davantage &#233;tudi&#233;s en sociologie et sciences politiques qu'en &#233;conomie et inversement. &#192; titre d'exemple, le th&#232;me de la stratification sociale est central dans les analyses sociologiques, important en science politique, secondaire et parfois inexistant dans les analyses &#233;conomiques o&#249; les agents sont cens&#233;s agir selon une rationalit&#233; commune de type co&#251;ts-b&#233;n&#233;fices. Pour ces raisons, il est possible de faire une distinction entre des &#171; objets disciplinaires &#187;, ceux qui n'ont pas ou peu fait l'objet d'investigation dans les autres disciplines (par exemple la monnaie en &#233;conomie, la stratification sociale en sociologie), et les &#171; objets interdisciplinaires &#187; ou &#171; objets crois&#233;s &#187;, par exemple l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment conclure ? Le programme actuel repose sur trois approches : &#233;conomique, sociologique (y compris la science politique) et les &#171; regards crois&#233;s &#187;. Il serait possible de construire le programme sur une autre logique. Elle reposerait sur la distinction entre ce qui est quasiment propre &#224; chaque discipline, des objets ou approches disciplinaires (par exemple, la monnaie en &#233;conomie ; les classes sociales en sociologie) et les objets ou approches communs ou interdisciplinaires (par exemple l'entreprise). Cette distinction &#233;viterait que les &#171; regards crois&#233;s &#187; ne reprennent dans le cadre d'une analyse sociologique des th&#233;matiques telles que l'entreprise abord&#233;e initialement en &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle fa&#231;on de penser le programme de SES permettrait de concilier l'approche disciplinaire, de type universitaire, et la dimension interdisciplinaire. &#192; titre d'exemple, l'entreprise est un objet traditionnel des analyses &#233;conomiques mais la question de l'organisation rationnelle est abord&#233;e par Weber en d&#233;but du XXe si&#232;cle, &#233;tudi&#233;e dans les ann&#233;es 1930 par les sociologues dans le cadre de l'&#201;cole des Relations Humaines. La distinction centrale entre organisations formelle et informelle contribue &#224; l'explication des malfa&#231;ons, du coulage, du freinage ouvrier, du turn-over et, in fine, d'une production de qualit&#233; moindre. Une approche de l'entreprise limit&#233;e &#224; la micro&#233;conomie ferait l'impasse sur des variables d&#233;terminantes de la productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Les programmes : th&#232;mes, notions, indications compl&#233;mentaires
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'organisation des programmes en trois niveaux - th&#232;mes, notions, indications compl&#233;mentaires - pr&#233;sente l'avantage de la pr&#233;cision mais l'inconv&#233;nient d'&#234;tre trop prescriptif. Un professeur de SES qui suivrait &#224; la lettre les notions et les indications compl&#233;mentaires risquerait de s'enfermer dans une approche p&#233;dagogique descendante, centr&#233;e sur les notions &#224; ma&#238;triser, au d&#233;triment d'une approche susceptible de s'appuyer sur la participation des &#233;l&#232;ves, leur capacit&#233; &#224; d&#233;couvrir et &#224; poser des questions. Il existe une certaine contradiction entre la p&#233;dagogie active des SES et un programme construit sur des notions d&#233;finies de fa&#231;on globalement acad&#233;mique. Cette contradiction est sans doute in&#233;vitable. Elle pourrait &#234;tre minor&#233;e. De surcro&#238;t, si les indications compl&#233;mentaires sont utiles, elles sont aussi une source de probl&#232;mes particuliers pour l'&#233;valuation au baccalaur&#233;at (cf. ci-dessous).&lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines th&#233;matiques sont aussi formul&#233;es de fa&#231;on discutable. Par exemple, la question : &#171; Comment les individus s'associent-ils pour constituer des groupes sociaux ? &#187; laisse supposer que les groupes sociaux sont seconds par rapport aux individus et que ces groupes sociaux r&#233;sulteraient d'une activit&#233; d'individus rationnels. Cette formulation incite &#224; penser que les individus pourraient exister en dehors d'une identit&#233; sociale, d'un genre, d'une cat&#233;gorie d'&#226;ge, de groupes d'appartenance et de r&#233;f&#233;rence, d'une place objective ou/et subjective dans les diff&#233;rents stratifications sociales. Ce postulat inh&#233;rent &#224; la question pos&#233;e est pour le moins contestable. &lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me, dans le programme de l'option de terminale &#171; Sciences sociales du politique &#187;, le th&#232;me &#171; Quels sont les r&#233;pertoires de l'action politique aujourd'hui ? &#187; est probl&#233;matique. L'expression r&#233;pertoires de l'action politique n'est, &#224; notre connaissance, rattach&#233;e &#224; aucune th&#233;orie connue. Charles Tilly introduit la notion de r&#233;pertoire d'action collective et non d'action politique. Dans l'analyse de Tilly, il existe un r&#233;pertoire dominant par p&#233;riode historique (un r&#233;pertoire agr&#233;geant plusieurs modalit&#233;s d'action). Si le programme fait indirectement r&#233;f&#233;rence &#224; Charles Tilly, le pluriel est de trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines indications compl&#233;mentaires manquent parfois de clart&#233; ou sont absentes alors qu'elles sont indissociables &#224; la compr&#233;hension de certains th&#232;mes. Ainsi, l'explication des tables de mobilit&#233; sociale, qu'il s'agisse de la compr&#233;hension des taux de mobilit&#233; ou de la fluidit&#233; sociale, n&#233;cessite d'introduire la notion de mobilit&#233; structurelle qui n'est pas pr&#233;sente dans les indications compl&#233;mentaires. La pr&#233;cision du programme est int&#233;ressante mais elle est potentiellement une source d'incoh&#233;rence ou de probl&#232;me d'interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coupage horaire entre les diff&#233;rents th&#232;mes et, via ceux-ci, les diff&#233;rentes disciplines des SES est sensiblement d&#233;favorable &#224; la sociologie g&#233;n&#233;rale et &#224; la sociologie politique pour les classes de premi&#232;re et terminale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En premi&#232;re : &#233;conomie (90 heures), sociologie g&#233;n&#233;rale et sociologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'existe pas de raisons scientifiques &#224; un tel d&#233;s&#233;quilibre qui renvoie probablement &#224; une hi&#233;rarchie implicite et/ou explicite des savoirs acad&#233;miques, &#224; des repr&#233;sentations du monde marqu&#233;es par le primat des analystes &#233;conomiques sur les analyses sociologiques. La place de l'&#233;conomie dans les diff&#233;rentes fili&#232;res universitaires, plus pr&#233;sente que la sociologie et la science politique, ne constitue pas un argument satisfaisant d'explication de dotations horaires in&#233;gales associ&#233;es &#224; chaque discipline des SES. Autant dans les Instituts d'&#201;tudes Politiques que dans les &#233;coles de commerce, une connaissance plus approfondie de la sociologie des organisations, de la nomenclature des PCS, des m&#233;thodes d'enqu&#234;te, des modalit&#233;s de construction des sondages, etc., serait n&#233;cessaire et, peut-&#234;tre, professionnellement plus utile que certaines mod&#233;lisations propres aux analyses &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, de la seconde &#224; la terminale, le programme est difficile &#224; r&#233;aliser en raison du niveau des &#233;l&#232;ves. &#192; titre d'exemple, le programme de premi&#232;re contient 30 questions et 110 notions. Le risque encouru est une approche trop rapide de certaines notions ou un bachotage au d&#233;triment de la r&#233;flexion et de la compr&#233;hension. A ce programme difficile &#224; r&#233;aliser avec certains &#233;l&#232;ves en raison du volume hebdomadaire d'enseignement et de 36 semaines de cours souvent r&#233;duites &#224; 30 semaines effectives, il faut ajouter des comp&#233;tences statistiques, absolument indispensables (indice, taux de croissance, coefficient multiplicateur, &#233;lasticit&#233;&#8230;), et pour lesquelles le professeur doit consacrer souvent un temps important d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5 - La place de l'enseignement des SES en classe de seconde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement des SES en classe de seconde est sp&#233;cifique. Il s'agit d'un enseignement exploratoire, limit&#233; &#224; 1h30 par semaine. La dur&#233;e hebdomadaire de cet enseignement justifiait une r&#233;vision &#224; la baisse des programmes de 2010 et la r&#233;duction du nombre de th&#232;mes obligatoires de huit &#224; six. Cet enseignement en classe de seconde pose toutefois plusieurs probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Compte tenu de l'importance de la fili&#232;re &#201;conomique et Sociale dans les fili&#232;res g&#233;n&#233;rales et de la place de l'enseignement exploratoire de SES en seconde, choisie par plus de 80 % des &#233;l&#232;ves de seconde, cet enseignement devrait &#234;tre obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) L'&#233;valuation par comp&#233;tences pr&#233;conis&#233;e dans l'enseignement exploratoire revient &#224; supprimer les notes. A ce niveau de scolarit&#233;, cette consigne est pour le moins surprenante. La notation constitue pour les &#233;l&#232;ves et les parents une indication utile pour choisir l'orientation la plus pertinente &#224; la fin de la classe de seconde. L'absence d'&#233;valuation chiffr&#233;e serait compr&#233;hensive si les autres disciplines au fondement des orientations en fin de seconde (math&#233;matiques, fran&#231;ais et langues) &#233;taient dans la m&#234;me situation. Actuellement, cette &#233;valuation par comp&#233;tence r&#233;duit la l&#233;gitimit&#233; de la discipline et limite l'implication des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Alors m&#234;me que le volume horaire hebdomadaire demeure limit&#233; par rapport aux th&#232;mes &#224; ma&#238;triser par les &#233;l&#232;ves, certains enseignants de SES sont dans l'obligation d'aborder &#233;galement des th&#232;mes de gestion, sans disposer de la formation n&#233;cessaire. Ou bien, des professeurs non cap&#233;tiens en SES sont amen&#233;s &#224; assurer un enseignement de SES, sans toujours disposer des comp&#233;tences acad&#233;miques dans les diff&#233;rentes mati&#232;res enseign&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois difficult&#233;s sp&#233;cifiques &#224; l'enseignement des SES dans les classes de seconde m&#233;ritent d'&#234;tre signal&#233;es car une partie des critiques relatives &#224; l'enseignement des SES en seconde tiennent &#224; ces mauvaises conditions d'enseignement. Pour permettre de mieux r&#233;aliser le programme de SES et permettre un choix &#233;clair&#233; de la fili&#232;re ES, la dur&#233;e hebdomadaire devrait &#234;tre port&#233;e &#224; deux heures et le statut d'enseignement obligatoire retenu. Cette position est d&#233;fendue par l'Acad&#233;mie des Sciences Morales et Politiques dans son avis de mars 2017 (&#171; les outils n&#233;cessaires &#224; cette compr&#233;hension [les grands enjeux &#233;conomiques] devraient &#234;tre offerts &#224; l'ensemble des &#233;l&#232;ves &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6 - Les &#233;preuves de sciences &#233;conomiques et sociales au baccalaur&#233;at&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve de dissertation au baccalaur&#233;at de sciences &#233;conomiques et sociales a la particularit&#233; d'&#234;tre accompagn&#233;e de &#171; trois ou quatre documents de nature strictement factuelle &#187;. Si les sujets de dissertation tels que j'ai eu &#224; les conna&#238;tre r&#233;cemment en tant que co-pr&#233;sident, de 2013 &#224; 2015, de La commission charg&#233;e de l'&#233;tude des sujets de Sciences &#201;conomiques et Sociales du baccalaur&#233;at, correspondent au programme et &#224; l'esprit de l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales, et si les documents d'accompagnement sont bienvenus, il est difficile de comprendre pourquoi ceux-ci doivent r&#233;glementairement &#234;tre seulement factuels. Il serait possible qu'une partie de ces documents, par exemple la moiti&#233;, pr&#233;sente des analyses &#233;conomiques ou sociologiques qui permettraient de tester les qualit&#233;s de lecture et d'interpr&#233;tation des candidats au baccalaur&#233;at. Il est difficile de comprendre pourquoi les documents d'accompagnement devraient permettre seulement d'&#233;valuer les comp&#233;tences techniques de lecture d'un graphique, tableau ou sch&#233;ma, et s'interdire d'appr&#233;cier des comp&#233;tences analytiques &#233;galement parties prenantes de l'enseignement des SES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sujets de dissertation peuvent aussi &#234;tre accompagn&#233;s d'un document texte si celui-ci est aussi strictement factuel (chronologie, monographie, extrait d'entretien, etc.). Cette exigence r&#233;glementaire a impos&#233; aux membres de la commission dont j'ai &#233;t&#233; membre de proc&#233;der &#224; des d&#233;coupages dans certains documents d'accompagnement de type texte au risque de r&#233;duire la qualit&#233; argumentaire de ceux-ci. Certains de ces textes, soumis &#224; des d&#233;coupages pr&#233;alables lors de la confection des sujets, n'&#233;taient d&#233;j&#224; pas totalement coh&#233;rents pour cette raison. L'obligation de textes strictement factuels est difficile &#224; respecter. Cette obligation est par ailleurs discutable p&#233;dagogiquement (cf. ci-dessus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve compos&#233;e, que j'ai pu d&#233;couvrir de fa&#231;on d&#233;taill&#233;e lors de ma participation &#224; la commission pr&#233;cit&#233;e, est int&#233;ressante mais parfois probl&#233;matique. Int&#233;ressante car il s'agit de pr&#233;senter &#224; des &#233;l&#232;ves a priori plus faibles une alternative &#224; l'&#233;preuve classique de la dissertation qui n&#233;cessite des qualit&#233;s de construction et d'analyse insuffisamment ma&#238;tris&#233;es par certains &#233;l&#232;ves de terminale. Cette &#233;preuve compos&#233;e est aussi probl&#233;matique pour les raisons suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie consacr&#233;e &#224; la &#171; Mobilisation des connaissances &#187; est compos&#233;e de deux questions, not&#233;es chacune sur trois points. Elles portent sur des notions diff&#233;rentes du programme (science &#233;conomique, sociologie, science politique, regards crois&#233;s). De fa&#231;on logique, ces questions ne sont valid&#233;es par la commission pr&#233;cit&#233;e que si elles rel&#232;vent strictement du programme sous la forme des indications compl&#233;mentaires. Le probl&#232;me pos&#233; par cette forme d'&#233;valuation des &#233;l&#232;ves est un risque de bachotage au cours de l'ann&#233;e de terminale. Il s'agit pour les &#233;l&#232;ves de pr&#233;parer des fiches et de les apprendre par c&#339;ur. Cet objectif est susceptible de se substituer au d&#233;veloppement des capacit&#233;s d'analyse et d'interpr&#233;tation des &#233;l&#232;ves. &#192; titre d'exemple, une question sur la d&#233;finition des groupes de statut de Weber (session 2016 du bac) est tr&#232;s pointue et rel&#232;ve du bachotage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie 2 de l'&#233;preuve compos&#233;e repose sur l'&#233;tude d'un document statistique (4 points). Cette seconde partie est int&#233;ressante. Les &#233;l&#232;ves doivent r&#233;pondre &#224; une question et s&#233;lectionner les informations pertinentes par rapport &#224; celle-ci. Elle pr&#233;sente l'inconv&#233;nient de construire l'interpr&#233;tation d'un document en dehors de toute analyse plus globale. Mutatis mutandis, cette &#233;preuve est comparable &#224; une &#233;preuve qui aurait pour but de demander &#224; un &#233;l&#232;ve de CP de lire convenablement des mots alors que le but poursuivi par l'enseignant en CP est que l'&#233;l&#232;ve comprenne une phrase. Toutefois, la lecture du mot est partie prenante de la lecture de la phrase. &#201;valuer les &#233;l&#232;ves faibles sur ce type de comp&#233;tence est pertinent pour cette raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la partie 3 de l'&#233;preuve compos&#233;e a pour objet de pr&#233;senter un &#171; raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire &#187; (10 points) comportant deux ou trois documents factuels ou non. Cette troisi&#232;me partie ne doit sugg&#233;rer &#171; ni plan-type ni r&#233;ponse sous forme de d&#233;bat ou d'opposition &#187;. La sp&#233;cificit&#233; de cette troisi&#232;me partie est en partie contraire &#224; l'enseignement des SES dont l'objet est justement de favoriser l'&#233;laboration de d&#233;bats argument&#233;s et les oppositions th&#233;oriques ou/et factuelles. Cette &#233;preuve gagnerait en pertinence si, justement, les &#233;l&#232;ves avaient &#224; construire de fa&#231;on structur&#233;e leurs r&#233;ponses sous la forme d'une mini dissertation simplifi&#233;e. Si la troisi&#232;me partie de l'&#233;preuve compos&#233;e &#233;tait ainsi repens&#233;e, elle serait une modalit&#233; d'entra&#238;nement et d'initiation &#224; l'exercice sp&#233;cifique et difficile de la dissertation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces raisons, l'&#233;preuve compos&#233;e est int&#233;ressante mais pourrait faire l'objet de modifications, relativement limit&#233;es d'ailleurs, pour qu'elle soit plus adapt&#233;e aux principes et projets de l'enseignement des SES tout en restant abordables aux &#233;l&#232;ves travailleurs qui ne disposent pas des qualit&#233;s d'analyse suffisantes pour ma&#238;triser l'exercice de la dissertation. L'&#233;preuve compos&#233;e pourrait avoir non trois parties mais seulement deux. La premi&#232;re serait constitu&#233;e de deux sous-parties. La premi&#232;re sous-partie serait constitu&#233;e de l'&#233;tude d'un document statistique (5 points) ; la seconde de l'analyse d'un texte (5 points). Dans les deux cas, il s'agirait de r&#233;pondre &#224; une question simple sur le sch&#233;ma de l'actuelle partie 2 de l'&#233;preuve compos&#233;e. La seconde partie (10 points) aurait pour objet de construire &#171; un raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire &#187; mais pourrait faire l'objet d'une &#171; r&#233;ponse sous forme de d&#233;bat ou d'opposition &#187;. Les deux parties de cette nouvelle &#233;preuve compos&#233;e pourraient &#234;tre en partie interd&#233;pendantes. La premi&#232;re partie (&#233;tude d'un texte et d'un document statistique) de l'&#233;preuve pourrait apporter des &#233;l&#233;ments utiles &#224; la seconde. Si cette possibilit&#233; peut exister, il ne faut pas la transformer en une obligation r&#233;glementaire pour ne pas augmenter les contraintes d&#233;j&#224; importantes qui p&#232;sent sur l'&#233;laboration des sujets de bac. Il ne faudrait pas aussi que des &#233;l&#232;ves &#233;chouant &#224; la premi&#232;re partie soient p&#233;nalis&#233;s pour aborder la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7 &#8211; L'&#233;valuation des programmes de l'enseignement des SES
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de SES font r&#233;guli&#232;rement l'objet de d&#233;bats et de critiques. Dans notre soci&#233;t&#233;, ces d&#233;bats participent au fonctionnement ordinaire de la d&#233;mocratie. Le minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale et les professeurs de SES n'ont pas le monopole de la parole l&#233;gitime sur les programmes d'enseignement. Pour autant, pour &#234;tre fond&#233;es, pour ne pas &#234;tre r&#233;duites &#224; des jugements de valeur, voire &#224; des activit&#233;s de lobbying, les critiques doivent &#234;tre &#233;labor&#233;es &#224; partir de proc&#233;dures d'analyse qui en assurent la pertinence. Dans les d&#233;bats actuels, cette d&#233;marche rigoureuse de construction critique n'est pas forc&#233;ment ou toujours assur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; titre d'exemple, les remarques formul&#233;es par l'Acad&#233;mie des Sciences Morales et Politiques (ASMP) reposent sur les avis d'un panel d'&#233;conomistes bas&#233;s hors de France qui ont analys&#233; les programmes et les manuels. La d&#233;marche est &#224; plusieurs titres biais&#233;e. Pourquoi ne retenir que des &#233;conomistes alors qu'une partie importante des programmes ne rel&#232;ve pas de l'&#233;conomie ? Pourquoi analyser les manuels qui ne sont que des interpr&#233;tations des programmes ? Pourquoi ne pas &#233;tudier les mises en &#339;uvre effectives du programme de SES par les professeurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions de l'ASMP pr&#233;sent&#233;es le 20 mars sont contradictoires. D'une part, elle souhaite un enseignement centr&#233; sur l'&#233;conomie afin de permettre une &#171; compr&#233;hension r&#233;elle des grands enjeux &#233;conomiques &#187;. D'autre part, elle pr&#233;conise de resserrer l'enseignement sur les bases de l'&#233;conomie, sp&#233;cifiquement la micro&#233;conomie, plut&#244;t que la macro&#233;conomie. L'ASMP sugg&#232;re notamment de partir d'interrogations fond&#233;es sur &#171; l'exp&#233;rience courante &#187; : &#171; Comment assurer l'&#233;quilibre du budget de la famille ? &#187;, &#171; Est-il possible &#8211; et comment &#8211; d'envisager d'acheter un logement ? &#187; ; &#171; Quels sont les avantages et les inconv&#233;nients d'&#234;tre propri&#233;taire ou locataire ? &#187; ; &#171; Pourquoi &#233;pargner et comment placer les revenus &#233;pargn&#233;s ? &#187;. Ces questions cens&#233;es &#234;tre fond&#233;es sur &#171; l'exp&#233;rience courante &#187; sont bien &#233;tranges. D'une part, elles ne concernent pas les deux premiers d&#233;ciles des m&#233;nages dont le patrimoine est inf&#233;rieur &#224; 8000 &#8364; en 2015 et pour lesquels &#171; placer les revenus &#233;pargn&#233;s &#187; et &#171; &#234;tre propri&#233;taire de son logement &#187; ne constituent pas des pr&#233;occupations pertinentes. D'autre part, ces questions sont bien &#233;loign&#233;es de l'objectif initial de permettre &#171; une compr&#233;hension r&#233;elle des grands enjeux &#233;conomiques &#187;. Par ailleurs, les modes de validation des savoirs propos&#233;s par l'acad&#233;mie, davantage centr&#233;s sur la ma&#238;trise des savoirs fondamentaux, se feraient au d&#233;triment d'une r&#233;flexion plus large en rapport avec la compr&#233;hension souhait&#233;e des grands enjeux &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde source de critiques des programmes de SES porte sur la place et la pr&#233;sentation de l'entreprise. La place accord&#233;e &#224; celle-ci serait insuffisante et donnerait une &#171; image n&#233;gative &#187; de l'entreprise. Aucune de ces deux critiques n'est fond&#233;e. Cette critique des programmes de SES est biais&#233;e id&#233;ologiquement. D'une part, l'&#233;tude de l'entreprise est tr&#232;s pr&#233;sente dans les programmes de SES (sp&#233;cifiquement en premi&#232;re ES) au d&#233;triment parfois d'autres dimensions telles que la mondialisation ou l'&#233;conomie durable qui permettent d'ailleurs de mieux situer l'entreprise dans les contextes socio-&#233;conomiques mouvants de son activit&#233; et non pas de fa&#231;on parfois d&#233;sincarn&#233;e, hors d'un contexte socio-historique. D'autre part, autant en &#233;conomie qu'en sociologie, l'activit&#233; scientifique n'a pas une finalit&#233; normative qui aurait pour objet de montrer que l'entreprise devrait &#234;tre aim&#233;e ou d&#233;test&#233;e, serait globalement une source de &#171; bien &#187; ou &#171; mal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, si des critiques peuvent &#234;tre formul&#233;es &#224; l'encontre des programmes, la r&#233;flexion sur ceux-ci n&#233;cessite de prendre en compte la fa&#231;on dont les programmes sont mis en &#339;uvre, concr&#232;tement, dans la r&#233;alit&#233; des classes et des &#233;tablissements. Sans aucun doute, cette mise en &#339;uvre est diverse. L'analyse de la diversit&#233; des pratiques d'enseignement des SES, ins&#233;parable de la diversit&#233; du corps des professeurs de SES et de leurs conditions d'exercice, serait un pr&#233;alable &#224; toute modification des programmes afin d'&#233;viter, dans ce domaine comme dans d'autres, que des modifications formelles des programmes n'ait qu'une incidence r&#233;duite ou contre-productive sur leur mise en &#339;uvre effective.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8 - Les modalit&#233;s d'&#233;laboration d'un programme pertinent d'enseignement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;flexion sur les programmes de SES et une &#233;ventuelle r&#233;forme de ceux-ci pose la question des modalit&#233;s d'&#233;laboration d'un programme pertinent. La question pos&#233;e est celle du statut de l'expert et des limites de celui-ci. Certes les enseignants-chercheurs en &#233;conomie, sociologie et science politique ont des comp&#233;tences d'experts. Mais cette comp&#233;tence est doublement &#224; relativiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, en dehors de leur discipline sp&#233;cifique, leurs comp&#233;tences sont souvent limit&#233;es, ce qui les emp&#234;chent, en partie, de penser l'enseignement de leur discipline de fa&#231;on conjointe ou compl&#233;mentaire avec les autres. D'autre part, et cette seconde remarque est encore plus importante que la premi&#232;re, ces experts ont une connaissance r&#233;duite voire inexistante des &#233;l&#232;ves concrets, de leurs capacit&#233;s d'apprentissage, du temps souvent consid&#233;rable n&#233;cessaire &#224; l'acquisition de comp&#233;tences techniques qui peuvent para&#238;tre pourtant &#233;videntes. Ces remarques indiquent qu'une r&#233;flexion sur les programmes impose une interaction entre cinq cat&#233;gories d'acteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des professeurs de l'enseignement secondaire non membres des associations repr&#233;sentatives. Ceux-ci pourraient &#234;tre tir&#233;s au sort ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les associations repr&#233;sentatives des professeurs de SES ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des enseignants chercheurs dans les diff&#233;rentes disciplines enseign&#233;es avec une repr&#233;sentation significative d'anciens agr&#233;g&#233;s de sciences &#233;conomiques et sociales qui ont eu l'exp&#233;rience de l'enseignement des trois disciplines dans le secondaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'inspection g&#233;n&#233;rale de SES ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile et/ou des acad&#233;mies des sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recueillir les avis de ces cinq cat&#233;gories d'acteurs est un pr&#233;alable essentiel &#224; une r&#233;flexion sur de nouveaux programmes de SES. Toutefois, la logique pr&#233;conis&#233;e de l'interaction entre ces cinq cat&#233;gories d'acteurs est diff&#233;rente de la logique de leur audition. Le probl&#232;me essentiel n'est pas de recueillir des avis, qui ne peuvent &#234;tre consensuels en raison des positions statutaires diverses occup&#233;es par ces cinq cat&#233;gories d'acteurs. L'enjeu est d'&#233;tablir une synth&#232;se qui rel&#232;verait d'une sorte d'optimum et qui impose &#224; la fois un processus d'&#233;laboration des changements et un processus d&#233;cisionnel ad&#233;quat. L'un et l'autre ne peuvent se construire que dans l'interaction et l'&#233;change contradictoire. Par exemple, dans l'&#233;laboration des programmes, il serait possible, plut&#244;t que de pr&#233;senter des notions, d'introduire &#171; la ma&#238;trise de m&#233;canismes &#187;. L'id&#233;e est &#233;ventuellement pertinente en &#233;conomie et non pertinente en sociologie. La mise en &#339;uvre d'une id&#233;e est un premier test de sa validit&#233;, permettant de retenir celle-ci ou de l'&#233;carter. Le processus d&#233;cisionnel devrait rassembler une majorit&#233; relative des cinq cat&#233;gories des acteurs concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de d&#233;cision est &#233;videmment co&#251;teux en temps. Il est susceptible d'&#233;viter que les changements &#233;ventuels soul&#232;vent des oppositions fortes ou/et ne soient pas mis pleinement en &#339;uvre dans la quotidien des classes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En premi&#232;re : &#233;conomie (90 heures), sociologie g&#233;n&#233;rale et sociologie politique (60 heures), regards crois&#233;s (20 heures). En classe terminale, &#233;conomie (80 heures), sociologie (50 heures), Regards crois&#233;s (40 heures). Pour les premi&#232;re et terminale, le total de l'horaire d'&#233;conomie est de 170 heures, 110 heures pour la sociologie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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