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	<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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	<description>Le GRDS (Groupe de recherche sur la d&#233;mocratisation scolaire) est une association loi 1901 regroupant des chercheuses et chercheurs professionnels, des enseignantes et des enseignants. Ind&#233;pendant de toute institution et de toute organisation politique et syndicale, le GRDS vise &#224; contribuer par ses travaux, textes, publications et interventions &#224; l'objectif de la d&#233;mocratisation scolaire. Consid&#233;rant l'&#233;cole comme un grand enjeu politique, il entend s'emparer des questions touchant &#224; sa transformation d&#233;mocratique avec toute l'audace intellectuelle et la libert&#233; d'esprit requises.
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		<title>D&#233;mocratisation scolaire</title>
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		<title>Un enseignement musical ambitieux pour tous</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Pascale P&#233;rillon</dc:creator>



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&lt;p&gt;Professeure agr&#233;g&#233;e d'&#233;ducation musicale depuis une quinzaine d'ann&#233;es, j'en ai pass&#233; onze en REP, avant d'enseigner depuis quatre ans dans un &#233;tablissement plut&#244;t favoris&#233; dont les classes pr&#233;sentent toutes une tr&#232;s forte h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de niveau. Ce parcours m'a offert un panorama assez large des enjeux de l'enseignement de la musique en coll&#232;ge. &lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sentations d'un cours d'&#233;ducation musicale aujourd'hui sont pleines de pr&#233;suppos&#233;s, d'images d'Epinal. Les gens l'associent &#224; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L141xH150/arton342-fddf9.png?1790692667' class='spip_logo spip_logo_right' width='141' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Professeure agr&#233;g&#233;e d'&#233;ducation musicale depuis une quinzaine d'ann&#233;es, j'en ai pass&#233; onze en REP, avant d'enseigner depuis quatre ans dans un &#233;tablissement plut&#244;t favoris&#233; dont les classes pr&#233;sentent toutes une tr&#232;s forte h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de niveau. Ce parcours m'a offert un panorama assez large des enjeux de l'enseignement de la musique en coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les repr&#233;sentations d'un cours d'&#233;ducation musicale aujourd'hui sont pleines de pr&#233;suppos&#233;s, d'images d'Epinal. Les gens l'associent &#224; des notions comme &#171; fl&#251;te &#224; bec &#187;, &#171; bruits &#187;, &#171; amusement &#187;, &#171; stress intense &#224; l'id&#233;e de passer devant sa classe &#187;, &#171; mati&#232;re secondaire &#187;&#8230; C'est une mati&#232;re un peu d&#233;consid&#233;r&#233;e d'autant plus qu'elle ne repr&#233;sente qu'une heure par semaine dans l'emploi du temps. Elle n'est pas scolairement rentable, aux dires des &#233;l&#232;ves, car &#171; elle ne permet pas de trouver un m&#233;tier &#187;. Enfin elle n'est pas enseign&#233;e au lyc&#233;e (sauf pour les &#233;l&#232;ves qui choisissent cette option) et s'arr&#234;te donc en fin de 3&#232;me. Cependant, inscrite dans l'emploi du temps obligatoire des &#233;l&#232;ves, avec des programmes nationaux, il s'agit d'une mati&#232;re &#224; part enti&#232;re, et on ne peut pas l'enseigner en acceptant de se conformer &#224; cette image convenue : un cours o&#249; on peut s'amuser, se d&#233;tendre, avoir facilement de bonnes notes, et surtout un cours qui ne p&#232;sera pas vraiment dans l'obtention d'une orientation &#224; la fin de la 3&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il faut donc avoir des exigences pour les &#233;l&#232;ves et r&#233;ussir &#224; les int&#233;resser &#224; la ma&#238;trise de connaissances et de comp&#233;tences qui a priori ne les int&#233;resseraient pas forc&#233;ment. Comme face &#224; tout d&#233;fi intellectuel bien pos&#233;, je constate que les &#233;l&#232;ves sont contents de pouvoir ma&#238;triser cette culture musicale, de r&#233;ussir l'interpr&#233;tation d'un chant et d'appr&#233;cier une &#339;uvre une fois qu'elle a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e. Le cours de musique est un cours o&#249; se d&#233;roule la transmission de comp&#233;tences (chanter seul, en groupe, aborder la cr&#233;ation musicale), et d'une culture que seule l'&#233;cole peut apporter. En effet peu d'&#233;l&#232;ves pratiquent la musique, que ce soit en conservatoire, MJC, cours priv&#233;s ou en autodidacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Si une heure de cours de musique au coll&#232;ge par semaine, c'est peu, quatre ann&#233;es de musique sont une dur&#233;e qui devrait permettre de se frotter &#224; une culture musicale d'une grande richesse qui n'est pas limit&#233;e &#224; la musique classique occidentale. Que doivent retirer les &#233;l&#232;ves des cours d'&#233;ducation musicale ? Les programmes d&#233;finissent des comp&#233;tences &#224; acqu&#233;rir tout au long du coll&#232;ge mais elles demeurent assez vagues : interpr&#233;ter, cr&#233;er, comparer&#8230; Un document d'accompagnement d&#233;cline ces comp&#233;tences en fonction des domaines musicaux (timbres, espaces, dur&#233;e&#8230;). Mais comment concr&#232;tement le professeur peut-il transmettre cette culture et ces comp&#233;tences ? Que se passe-t-il dans un cours de musique ? Comment les apprentissages fondamentaux prennent-ils toute leur place dans ce cours ? Quelle est la sp&#233;cificit&#233; de ce cours ? Comment mettre les &#233;l&#232;ves en r&#233;ussite ? Je vais essayer ici de d&#233;crire la mani&#232;re dont je travaille pour tenter de r&#233;pondre &#224; ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Poser une probl&#233;matique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Comme pour tout enseignant, il est indispensable de partir du principe que les &#233;l&#232;ves ne seront pas aid&#233;s par leurs parents dans l'apprentissage de ce cours et pour la compr&#233;hension des notions abord&#233;es. Peu de parents ont fait suffisamment de musique pour aider leur enfant. En outre ce cours est souvent consid&#233;r&#233; comme secondaire, ludique, et permettant de rel&#226;cher la pression par rapport aux autres cours. Si l'on veut tout de m&#234;me que les &#233;l&#232;ves s'impliquent s&#233;rieusement dans cet enseignement, il faut leur donner de mani&#232;re efficace les cl&#233;s et un cadre clair pour entrer dans cette culture dont ils sont &#233;loign&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une s&#233;quence en &#233;ducation musicale se d&#233;roule en cinq &#224; six s&#233;ances, &#233;valuation comprise. Chaque s&#233;quence doit &#234;tre construite &#224; partir d'une probl&#233;matique, chaque s&#233;ance devant r&#233;pondre &#224; un aspect de celle-ci. Le choix des th&#233;matiques est large, il s'agit de sujets qui croisent les &#233;poques et les lieux (ce qui est demand&#233; par l'institution). Parfois je choisis n&#233;anmoins des sujets qui approfondissent une &#233;poque ou une &#339;uvre en particulier. De plus la pratique musicale r&#233;alis&#233;e en cours est cens&#233;e r&#233;pondre &#233;galement &#224; la probl&#233;matique de la s&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le probl&#232;me de trop croiser les connaissances est que cela n&#233;cessite de la part des &#233;l&#232;ves une forte connaissance de l'histoire de la musique, de l'encha&#238;nement des &#233;poques. Or il me semble que la repr&#233;sentation que se font les &#233;l&#232;ves de la culture musicale se divise en trois parties : la musique &#233;cout&#233;e &#224; la maison, la musique dite &#171; classique &#187; et les musiques du monde. La musique leur appara&#238;t comme quelque chose de stable qui n'&#233;volue pas, qui n'a pas d'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Parfois il est pertinent de pouvoir passer du temps sur une seule &#339;uvre embl&#233;matique ou sur une &#233;poque pour travailler finement son analyse et la compr&#233;hension de certains m&#233;canismes qui permettent un meilleur ancrage des connaissances. On peut se poser la question de ce qu'il doit &#171; rester &#187; des cours d'&#233;ducation musicale une fois le coll&#232;ge termin&#233; : des notions d'histoire de l'art ? Le souvenir d'une exp&#233;rience culturelle et artistique ? Des r&#233;f&#233;rences culturelles communes ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;couter et parler de la musique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Dans un cours, l'heure se partage en plusieurs activit&#233;s : d'un c&#244;t&#233; la pratique, et de l'autre l'&#233;coute et la culture musicale. L'objectif demand&#233; par les programmes est que ces deux parties soient &#233;troitement imbriqu&#233;es, que les pratiques nourrissent l'&#233;coute et vice-versa. Ce n'est pas si simple &#224; mettre en place. L'acquisition des notions et celle d'un certain niveau de pratique n&#233;cessitent diverses strat&#233;gies. De plus ces deux types d'activit&#233; demandent une implication diff&#233;rente des &#233;l&#232;ves : l'activit&#233; d'&#233;coute ressemblerait plus &#224; une activit&#233; de cours &#171; classique &#187;, l'&#233;l&#232;ve est assis et en situation d'&#233;coute, de r&#233;flexion, d'&#233;change ou de production &#233;crite. La pratique, elle, n&#233;cessite que l'&#233;l&#232;ve soit enti&#232;rement mobilis&#233; : le corps, la voix et l'esprit sont actifs. L'aspect collectif joue un grand r&#244;le. J'explique aux &#233;l&#232;ves ce que ces deux activit&#233;s impliquent en termes de discipline et d'attitude : &#234;tre tonique et dynamique tout en &#233;tant s&#233;rieux et concentr&#233;, oser faire les exercices demand&#233;s devant les autres, ce qui est difficile&#8230; mais pas impossible. On est finalement loin d'un cours purement r&#233;cr&#233;atif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En cours d'&#233;ducation musicale, l'&#233;coute d'une &#339;uvre ne se limite pas &#224; une simple &#233;coute passive, &#224; vis&#233;e divertissante ou relaxante : l'objectif est de comprendre que l'&#339;uvre est un objet d'&#233;tude et qu'on doit d&#233;passer le &#171; j'aime bien &#187;, &#171; j'aime pas &#187;. Parler d'une musique est difficile. Comment entrer dans l'&#233;coute d'une &#339;uvre la plupart du temps inconnue et &#233;loign&#233;e des habitudes d'&#233;coute des &#233;l&#232;ves ? Chaque personne n'entend pas la musique de la m&#234;me fa&#231;on, certaines vont entendre quelque chose de global, certaines vont entendre des d&#233;tails. A titre d'exemple, il arrive fr&#233;quemment qu'un &#233;l&#232;ve qui entend une symphonie pour la premi&#232;re fois dise : &#171; j'entends un violon &#187;, ou ne soit pas capable de pr&#233;ciser qu'il entend une voix en plus des instruments. A cela s'ajoute la dimension temporelle. La musique se d&#233;roule dans le temps et comporte des phrases musicales, des th&#232;mes, des reprises, des ruptures&#8230; Il y a donc une forme et une &#171; syntaxe &#187; &#224; comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comment un &#233;l&#232;ve entend-il la musique ? Un professeur a l'oreille exerc&#233;e : un timbre instrumental, un th&#232;me, un plan sonore sont directement entendus sans se poser plus de question. L'enjeu pour le professeur est d'amener ses &#233;l&#232;ves &#224; prendre conscience de tous ces &#233;l&#233;ments. Il faut arriver &#224; ce qu'ils acqui&#232;rent le bon vocabulaire et la bonne m&#233;thode pour pouvoir parler de musique (et la pratiquer). Les strat&#233;gies mises en &#339;uvre doivent &#234;tre l&#224; aussi nombreuses.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_314 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH538/capture_d_e_cran_2022-05-17_a_10.56.35-59a50.png?1790689110' width='500' height='538' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	Pour mettre en place un rituel d'&#233;coute constructif et pour que chaque &#233;l&#232;ve arrive &#224; exprimer et expliquer ce qu'il entend au premier abord dans une &#339;uvre musicale, j'ai r&#233;alis&#233; des affiches avec le vocabulaire attendu : caract&#232;re, formation, tempo, nuance, ce qui correspond aux premi&#232;res questions qu'il faut se poser tout en &#233;coutant. Ainsi sur les murs de la salle, chaque &#233;l&#232;ve a acc&#232;s au vocabulaire n&#233;cessaire pour pr&#233;senter rapidement et pr&#233;cis&#233;ment une &#339;uvre. La mise &#224; disposition de ce vocabulaire permet &#224; tous les &#233;l&#232;ves de mettre rapidement en place des grilles de lectures &#233;l&#233;mentaires pour d&#233;velopper et pr&#233;ciser leurs analyses. Par exemple, je souhaite petit &#224; petit qu'un &#233;l&#232;ve ne dise plus &#171; le caract&#232;re est rapide &#187; ou &#171; le rythme est crescendo &#187; mais &#171; le caract&#232;re est &#233;nergique &#187; et &#171; le tempo acc&#233;l&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_315 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH665/capture_d_e_cran_2022-05-17_a_10.57.07-56657.png?1790689110' width='500' height='665' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	On aborde le plus souvent une &#339;uvre sous son aspect sensible via les &#233;motions qu'elle fait na&#238;tre chez les &#233;l&#232;ves. Chacun poss&#232;de sa propre personnalit&#233; et sensibilit&#233;, mais beaucoup d'&#233;l&#232;ves ont des difficult&#233;s &#224; mettre des mots sur leurs &#233;motions. La liste de mots sur l'affiche caract&#232;re les aide une fois que chaque mot (m&#233;lancolique, dramatique, fun&#232;bre, agile, volubile&#8230;) a &#233;t&#233; expliqu&#233;. Au fur et &#224; mesure de la scolarit&#233; je demande aux &#233;l&#232;ves de justifier, d'expliquer pourquoi ils attribuent tel caract&#232;re &#224; telle musique. Progressivement ils se rendent compte que la nuance, le tempo ou le type de formation jouent un r&#244;le. Finalement, insensiblement, on aborde ainsi les aspects techniques de la discipline musicale au lieu de rester &#224; sa surface.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH310/capture_d_e_cran_2022-05-17_a_10.57.50-10974.png?1790689110' width='500' height='310' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	Bien s&#251;r, on ne saurait r&#233;duire l'activit&#233; d'&#233;coute &#224; l'expression des &#233;motions provoqu&#233;es par la musique, il reste en effet &#224; comprendre comment celle-ci est compos&#233;e, ses caract&#233;ristiques stylistiques, le contexte de cr&#233;ation, ce qui est l'objectif du cours. Il faut imaginer que, lorsqu'on &#233;coute une &#339;uvre, on est une sorte d'enqu&#234;teur &#224; la recherche d'indices. Ce sont ces indices qui permettent de r&#233;pondre &#224; la probl&#233;matique du cours. Tout au long des quatre ann&#233;es de coll&#232;ge, je souhaite que les &#233;l&#232;ves arrivent &#224; faire le lien entre une &#339;uvre ou un extrait d'&#339;uvre et ce questionnement. Cela aboutit, &#224; partir de la quatri&#232;me, en fin de s&#233;quence, &#224; un commentaire d'&#233;coute o&#249; il s'agit d'&#233;couter une &#339;uvre inconnue puis de retrouver les &#233;l&#233;ments musicaux qui r&#233;pondent &#224; ou mettent en valeur la probl&#233;matique travaill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_317 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH196/capture_d_e_cran_2022-05-17_a_10.58.24-fd605.png?1790689110' width='500' height='196' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	A partir de la quatri&#232;me, une partie des &#233;valuations consiste en un d&#233;veloppement construit o&#249; il s'agit pour l'&#233;l&#232;ve de montrer sa capacit&#233; &#224; r&#233;pondre &#224; une probl&#233;matique. Comme en histoire-g&#233;ographie ou en fran&#231;ais, le d&#233;veloppement construit consiste &#224; r&#233;pondre &#224; une question complexe de mani&#232;re argument&#233;e. J'essaye, dans la mesure du possible, d'utiliser le m&#234;me vocabulaire que mes coll&#232;gues et le m&#234;me type de grille d'&#233;valuation. Ainsi les &#233;l&#232;ves ont conscience que le niveau d'exigence en &#233;ducation musicale est le m&#234;me que dans les autres mati&#232;res et qu'il faut avoir la m&#234;me qualit&#233; de r&#233;daction dans toutes les disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Avec le temps j'ai constat&#233; que la ritualisation est tr&#232;s importante dans l'acquisition du vocabulaire, de la m&#233;thode et finalement des codes scolaires &#224; int&#233;grer. Cela s&#233;curise les &#233;l&#232;ves. J'essaye d'&#234;tre la plus exigeante possible sur le vocabulaire employ&#233; en classe par les &#233;l&#232;ves et sur la qualit&#233; de leurs r&#233;ponses orales. M&#234;me &#224; l'oral, j'attends des &#233;l&#232;ves qu'ils fassent des phrases bien construites et ne se contentent pas de lancer les r&#233;ponses sous forme de simples mots.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pratiquer collectivement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Ce que j'appelle la pratique en cours d'&#233;ducation musicale consiste en des activit&#233;s rythmiques et vocales. Il est compliqu&#233; de faire chanter une classe qui n'en a pas forc&#233;ment envie, qui manque d'&#233;nergie ou, au contraire, qui d&#233;borde d'&#233;nergie. Je commence par faire un &#233;chauffement physique et vocal en fonction de l'&#233;tat de la classe, quitte parfois &#224; aller chercher des postures ou des sons qui sortent de la zone de confort. De cette mani&#232;re je cherche &#224; mobiliser leur attention et mettre leur corps en mouvement pour bien chanter. Pour cela, faire des exercices rythmiques (variables &#224; l'infini) m&#234;lant percussions corporelles et voix est int&#233;ressant. C'est aussi une pratique collective, les &#233;l&#232;ves comprennent qu'on doit r&#233;p&#233;ter jusqu'&#224; ce que tout le monde y arrive. Pour que le r&#233;sultat final soit une r&#233;ussite, il faut que ce soit bien fait par chacun. Chaque &#233;l&#232;ve se met au service du collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour que l'&#233;l&#232;ve ait la place de bouger, la disposition de la salle est particuli&#232;re : les chaises sont en U avec les tables plac&#233;es derri&#232;re les chaises (les tables sont utilis&#233;es uniquement lors des phases &#233;crites du cours). Cela laisse l'espace central disponible (pour l'&#233;chauffement vocal, le travail sur la percussion corporelle...etc.) et permet une meilleure circulation et mise en place des &#233;l&#232;ves quand il faut se disposer par &#171; voix &#187;, c'est-&#224;-dire quand les &#233;l&#232;ves doivent se regrouper (chaque groupe chantant une m&#233;lodie ou faisant un rythme diff&#233;rent). Cela facilite enfin la prise en main des percussions (djemb&#233;). L'espace de la salle de classe est donc flexible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En chant, il est int&#233;ressant d'acc&#233;der rapidement &#224; la pratique polyphonique, car celle-ci offre la possibilit&#233; de chanter &#224; plusieurs voix, permettant d'acc&#233;der au plaisir unique qui na&#238;t de l'interaction des diff&#233;rentes voix musicales. La polyphonie est reconnue comme &#233;tant une pratique difficile par les &#233;l&#232;ves, mais en contrepartie le fait d'arriver &#224; jouer une &#339;uvre polyphonique s'av&#232;re extr&#234;mement valorisant et gratifiant. En troisi&#232;me, sur certains chants, les &#233;l&#232;ves sont capables de chanter &#224; trois voix diff&#233;rentes. La prise en compte des tessitures (voix grave ou aigu&#235;) des &#233;l&#232;ves permet d'accorder une attention &#224; chacun via l'attention accord&#233;e &#224; sa voix et cela s'av&#232;re tr&#232;s positif pour g&#233;n&#233;rer une dynamique collective du ch&#339;ur-classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'apprentissage du chant se d&#233;roule pendant plusieurs s&#233;ances mais la premi&#232;re est la plus importante. L'apprentissage se d&#233;roule en assimilant des fragments de plus en plus longs de la phrase musicale, en suivant une alternance professeur/mod&#232;le, ch&#339;ur-classe. A ce moment du cours, je ne parle plus, tout est donn&#233; &#224; travers le chant, le parl&#233;-rythm&#233; et l'exemple... Un bon apprentissage est un apprentissage qui se d&#233;roule de mani&#232;re continue sans aucun arr&#234;t, jusqu'&#224; ce que la classe soit capable de chanter par c&#339;ur le couplet ou le refrain. Cela peut durer jusqu'&#224; quinze minutes et demande beaucoup d'attention de la part des &#233;l&#232;ves car je peux modifier la nuance, l'expression ou le tempo. Pour le professeur, cette m&#233;thode n&#233;cessite de conna&#238;tre le chant, le texte, l'accompagnement clavier par c&#339;ur, tout en veillant &#224; ce que que la posture des &#233;l&#232;ves reste dynamique. La gestuelle et le regard sont cruciaux : je peux leur demander de se lever, de se redresser, de rel&#226;cher les &#233;paules d'un geste ou d'un regard sans interrompre la musique. Pour certains chants, il m'arrive de demander aux &#233;l&#232;ves de faire des gestes ou m&#234;me des pas chor&#233;graphi&#233;s pour les aider dans l'apprentissage et la m&#233;morisation du texte. Ce qui a en outre la vertu de maintenir une posture dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En classe, dans certaines s&#233;quences nous travaillons avec des djemb&#233;s ou d'autres percussions. Rappelons que le rythme est un &#233;l&#233;ment fondamental de tous les langages musicaux. La pratique est ici un moyen privil&#233;gi&#233; de transmission. Comment faire pour que tous les &#233;l&#232;ves r&#233;ussissent ? Les difficult&#233;s sont nombreuses : certains &#233;l&#232;ves sont arythmiques, d'autres ont des probl&#232;mes de coordination et de motricit&#233;. L'apprentissage doit donc r&#233;pondre &#224; chacune de ces difficult&#233;s et je varie les approches : imitation des gestes, explication orale, explicitation par &#233;crit des formules rythmiques (certains &#233;l&#232;ves ont besoin de passer par une phase &#171; th&#233;orique &#187;). J'indique que je suis en miroir avec les &#233;l&#232;ves. Cette m&#234;me posture en miroir est utilis&#233;e dans les exercices d'&#233;chauffement et de percussions corporelles. Je commence par utiliser les m&#233;thodes traditionnelles de transmission orale utilis&#233;es dans l'apprentissage des rythmes : des onomatop&#233;es sp&#233;cifiques indiquent o&#249; taper sur la percussion (doum, ta, ka dans la musique arabe par exemple). Puis j'&#233;cris le rythme au tableau (&#224; la fois en utilisant les symboles musicaux appropri&#233;s et l'&#233;criture des noms des rythmes), je donne l'endroit de la percussion o&#249; il faut frapper (bord &#8211; centre) et j'indique le nombre de frappes pour chaque endroit. Je laisse alors un temps aux &#233;l&#232;ves pour qu'ils s'entra&#238;nent seuls, quelques minutes, avec la consigne &#171; je fais &#224; ma vitesse mais pas trop fort &#187;, puis il s'entra&#238;ne par bin&#244;mes puis par groupes de quatre. Je ne rencontre pas de r&#233;ticence. Les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; me sollicitent &#224; ce moment-l&#224; (il en reste peu, un ou deux par classe). Je les aide alors &#224; faire le geste et le rythme. Ensuite la classe enti&#232;re ex&#233;cute l'exercice sans que je les dirige, mais je leur demande de se regarder les uns les autres pour v&#233;rifier qu'ils sont bien ensemble. Une classe qui r&#233;ussit bien est une classe qui sait se regarder et s'&#233;couter. Cette d&#233;composition pr&#233;cise des &#233;tapes pour r&#233;aliser le travail demand&#233; doit &#234;tre centrale pour l'enseignant afin de viser la r&#233;ussite de tous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	En &#233;tant professeur d'&#233;ducation musicale, on a souvent les &#233;l&#232;ves trois ann&#233;es sur les quatre qu'ils passent au coll&#232;ge, ce qui est moins fr&#233;quent dans les autres disciplines. J'essaye de cr&#233;er t&#244;t des rituels et des m&#233;thodes de fonctionnement pour que la mise au travail soit rapide tout le reste de la scolarit&#233; au coll&#232;ge. Je peux m'appuyer ce qui a &#233;t&#233; vu dans les ann&#233;es ant&#233;rieures (vocabulaire technique, capacit&#233; d'&#233;coute, de concentration, capacit&#233;s vocales). L'acquisition d'une culture musicale, qui comprend et les connaissances th&#233;oriques et la pratique, se construit dans le temps ; c'est cela qu'en retiendront les &#233;l&#232;ves. Ils en retiendront aussi une m&#233;thode rigoureuse. Pour l'enseignant, cela n&#233;cessite d'accepter de se remettre en cause, tout en ne sacrifiant ni son exigence ni son ambition pour la r&#233;ussite de tous ses &#233;l&#232;ves, et ce, qu'il soit face &#224; des coll&#233;giens de REP ou face &#224; un public favoris&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Enseigner la philosophie en milieu populaire (I)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Durieux</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le professeur de philosophie est souvent confront&#233; aux interrogations r&#233;currentes des &#233;l&#232;ves sur &#171; ce qu'il faut faire &#187; en philosophie : comment travailler son cours de mani&#232;re efficace ? Quels sont les crit&#232;res d'&#233;valuation des devoirs ? Faut-il dire ce qu'on pense dans une dissertation ? etc. &lt;br class='autobr' /&gt; Quelque peu d&#233;sar&#231;onn&#233; par ces questions, il lui arrive de constater que ses r&#233;ponses ne satisfont pas tout &#224; fait les &#233;l&#232;ves. Il dira qu'il ne faut pas &#171; r&#233;citer le cours &#187; mais se le &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L139xH150/arton335-682f6.png?1790692667' class='spip_logo spip_logo_right' width='139' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le professeur de philosophie est souvent confront&#233; aux interrogations r&#233;currentes des &#233;l&#232;ves sur &#171; ce qu'il faut faire &#187; en philosophie : comment travailler son cours de mani&#232;re efficace ? Quels sont les crit&#232;res d'&#233;valuation des devoirs ? Faut-il dire ce qu'on pense dans une dissertation ? etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte est la reprise d'un chapitre, tr&#232;s l&#233;g&#232;rement modifi&#233;, paru dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quelque peu d&#233;sar&#231;onn&#233; par ces questions, il lui arrive de constater que ses r&#233;ponses ne satisfont pas tout &#224; fait les &#233;l&#232;ves. Il dira qu'il ne faut pas &#171; r&#233;citer le cours &#187; mais se le &#171; r&#233;approprier &#187;, mais le sens exact qu'il faut donner &#224; l'expression &#171; se r&#233;approprier son cours &#187; semblera &#233;nigmatique &#224; de nombreux &#233;l&#232;ves. De m&#234;me, s'il insiste sur le fait que la notation tient compte de crit&#232;res objectifs, la suspicion d'arbitraire demeure et peut entra&#238;ner un d&#233;sinvestissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les causes de ces difficult&#233;s sont nombreuses et il serait na&#239;f d'esp&#233;rer pouvoir les supprimer compl&#232;tement au moyen de &#171; trucs &#187; p&#233;dagogiques. Il vaut cependant la peine de s'arr&#234;ter sur l'une d'entre elles : le caract&#232;re souvent implicite des attentes du professeur et, plus largement, de la philosophie consid&#233;r&#233;e comme discipline scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cet implicite appara&#238;t d&#232;s que l'on r&#233;fl&#233;chit aux diff&#233;rents aspects qui retiennent notre attention quand nous &#233;valuons une copie. Certes, on indiquera dans la marge que la probl&#233;matisation est insuffisante, que tel passage est confus, que l'argument n'est pas concluant, etc. Mais qu'est-ce qui explique que cette copie-ci &#171; vaut &#187; 8 quand cette copie-l&#224; &#171; vaut &#187; 14 ? Il semble toujours y avoir un &#171; saut &#187; entre elles &#8211; et les crit&#232;res plus ou moins cach&#233;s sur lesquels ces remarques reposent &#8211; et la note finale attribu&#233;e &#224; la copie. Il n'est d&#232;s lors pas surprenant que, du point de vue des &#233;l&#232;ves, le professeur de philosophie semble noter, au mieux, au doigt mouill&#233;, au pire, &#224; la t&#234;te du client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il ne s'agit pas de dire que la notation en philosophie est n&#233;cessairement arbitraire. Mais elle peut difficilement ne pas para&#238;tre telle aux yeux des &#233;l&#232;ves tant que les crit&#232;res sur lesquels elle repose ne sont pas explicit&#233;s. En effet, tant qu'ils restent implicites, il est impossible pour les &#233;l&#232;ves de comprendre ce que peut vouloir dire &#171; r&#233;ussir &#187; l'exercice et donc de mesurer ce qui s&#233;pare leurs productions des exigences auxquelles elles devraient satisfaire et d'apr&#232;s lesquelles elles sont &#233;valu&#233;es. Les &#233;l&#232;ves peuvent r&#233;agir &#224; cette incertitude de deux mani&#232;res oppos&#233;es : la tentation de la r&#233;citation pour prouver le s&#233;rieux de leur travail et de leur apprentissage ; l'abandon des efforts jug&#233;s &#171; non payants &#187; au profit d'une tentative pour dire simplement &#171; ce qu'on pense &#187; ou le refuge dans une prudente dialectique normande : &#171; peut-&#234;tre bien que oui, peut-&#234;tre bien que non &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Importance de l'explicitation des attentes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	La difficult&#233; &#224; expliciter les crit&#232;res de notation n'est que la face visible de l'iceberg. On peut certes envisager des dispositifs qui permettent d'objectiver certaines attentes, par exemple en mettant en place des bar&#232;mes p&#233;dagogiques et des contrats de progression (indiquer sur une copie un point pr&#233;cis sur lequel l'&#233;l&#232;ve doit travailler prioritairement &#8211; orthographe, exemples, r&#233;f&#233;rences, argumentation, etc. &#8211;, l'&#233;l&#232;ve pouvant b&#233;n&#233;ficier d'un bonus sur son prochain devoir s'il atteint l'objectif qui a &#233;t&#233; fix&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais, plus fondamentalement, la difficult&#233; est d'expliciter les proc&#233;dures cognitives que nous mettons &#171; spontan&#233;ment &#187; en &#339;uvre quand nous faisons cours et qui sont celles que les &#233;l&#232;ves sont cens&#233;s eux aussi mettre en &#339;uvre dans les diff&#233;rents exercices scolaires et plus g&#233;n&#233;ralement dans leur mani&#232;re de penser et de s'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'enseignement de la philosophie n'est &#233;videmment pas le seul &#224; rencontrer cette difficult&#233;. On sait que la m&#233;tacognition, c'est-&#224;-dire l'attention r&#233;flexive aux proc&#233;dures, m&#233;thodes et heuristiques mobilis&#233;es dans une activit&#233; donn&#233;e, contribue essentiellement &#224; la r&#233;ussite des apprentissages. L'activit&#233; m&#233;tacognitive produit des connaissances sur la mani&#232;re dont nous produisons et pouvons produire des connaissances. La prise de conscience des proc&#233;dures est ce qui permet le contr&#244;le et la r&#233;gulation de ces activit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Elisabeth Bautier et Patrick Rayou, Les in&#233;galit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour vraiment ma&#238;triser la technique de la soustraction pos&#233;e, il ne suffit pas d'apprendre par c&#339;ur un ensemble de r&#232;gles de manipulation des signes math&#233;matiques, il faut aussi comprendre &#224; quelles proc&#233;dures cognitives correspondent ces r&#232;gles de manipulation, par exemple &#224; quoi correspondent les retenues qu'on ajoute pour permettre la r&#233;solution, c'est-&#224;-dire comprendre ce qu'on fait pendant qu'on le fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il n'en va pas autrement pour la philosophie. La r&#233;ussite des exercices de dissertation et d'explication de texte et, plus largement, de toute expression philosophique structur&#233;e requiert la compr&#233;hension des diff&#233;rentes proc&#233;dures cognitives dont ces formes de discours supposent la mise en &#339;uvre simultan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cela &#233;tant, l'enseignement de la philosophie rencontre aussi des difficult&#233;s sp&#233;cifiques &#224; cet &#233;gard. Il est probablement plus difficile d'expliciter les proc&#233;dures mises en &#339;uvre pour mener un raisonnement philosophique rigoureux que celles qui permettent de poser et r&#233;soudre une soustraction. En effet, le raisonnement philosophique suppose la mobilisation simultan&#233;e de plusieurs op&#233;rations intellectuelles complexes qu'il est difficile d'isoler compl&#232;tement. Ainsi l'&#233;criture d'un paragraphe argument&#233; pourra-t-elle supposer de formuler une d&#233;finition abstraite d'un concept permettant son application &#224; des contextes diff&#233;rents, de distinguer strictement le sens de deux concepts dont les fronti&#232;res sont floues dans le langage courant ou, &#224; l'inverse, de subsumer deux termes diff&#233;rents sous un m&#234;me concept, d'avancer un argument formellement valide en s'assurant que la conclusion suive des pr&#233;misses, d'exposer de mani&#232;re synth&#233;tique une r&#233;f&#233;rence philosophique abord&#233;e en cours en ajustant cette pr&#233;sentation au probl&#232;me sp&#233;cifique trait&#233;, de d&#233;velopper un exemple qui ne soit pas qu'une pure illustration mais enrichisse r&#233;ellement le travail de conceptualisation, de formuler une exp&#233;rience de pens&#233;e bizarre mais permettant de tester nos intuitions, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il est d'autant plus difficile d'expliciter clairement ces proc&#233;dures que nous, professeurs de philosophie, les mettons nous-m&#234;mes en &#339;uvre assez naturellement et, pour ainsi dire, sans y penser. Nous ne serions pas devenus professeurs &#224; moins d'une longue fr&#233;quentation des &#339;uvres philosophiques et d'une multiplication des exercices canoniques au cours de plusieurs ann&#233;es qui a fini par rendre ceux-ci naturels ou du moins largement plus faciles pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On dira peut-&#234;tre que l'on n'attend pas des &#233;l&#232;ves ce que l'on attendrait d'un coll&#232;gue ou m&#234;me d'un &#233;tudiant de philosophie. C'est juste mais ce n'est pas vraiment le probl&#232;me. Le probl&#232;me tient plut&#244;t &#224; ce que, &#224; moins de faire un effort pour expliciter clairement les attentes auxquelles nous soumettons les &#233;l&#232;ves, nous risquons dans notre &#233;valuation et dans notre attitude d'avantager ceux de nos &#233;l&#232;ves dont la ma&#238;trise linguistique et sp&#233;cifiquement des techniques litt&#233;raciennes, c'est-&#224;-dire les techniques d'exploitation de l'&#233;crit pour fixer, objectiver et r&#233;fl&#233;chir les savoirs, sont d&#233;j&#224; les plus d&#233;velopp&#233;es du fait de leur scolarit&#233; ant&#233;rieure et de leur origine sociale. Ce serait en fait s'adosser tacitement (sans doute inconsciemment) aux in&#233;galit&#233;s scolaires h&#233;rit&#233;es et, par l&#224;-m&#234;me, courir le risque de les renforcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les sociologues de l'&#233;ducation s'accordent pour reconna&#238;tre un effet significatif des choix p&#233;dagogiques des professeurs sur la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves et sur le renforcement ou, au contraire, l'att&#233;nuation des in&#233;galit&#233;s scolaires h&#233;rit&#233;es. Contrairement &#224; un mythe tenace, l'origine sociale des &#233;l&#232;ves ne d&#233;cide pas tout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une courte vue d'ensemble critique de l'&#233;tat de l'art sur la question, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En particulier, on sait qu'une pratique p&#233;dagogique qui s'efforce d'expliciter les strat&#233;gies cognitives qui doivent &#234;tre mises en &#339;uvre ainsi que les crit&#232;res &#224; satisfaire pour accomplir une t&#226;che donn&#233;e permet une meilleure r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment expliciter les attentes en philosophie ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Si on prend au s&#233;rieux la question des in&#233;galit&#233;s scolaires, si on est attach&#233; &#224; la d&#233;mocratisation de l'enseignement, quelles implications pouvons-nous tirer de ce qui pr&#233;c&#232;de ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour r&#233;pondre, il faut sans doute pr&#233;ciser un peu plus ce que peut vouloir dire &#171; expliciter les attentes &#187; dans le contexte du cours de philosophie. Expliciter les attentes pourra d'abord consister &#224; &#233;laborer une liste des comp&#233;tences dont on attend plus ou moins que les &#233;l&#232;ves les mettent en &#339;uvre. Nicolas Laurens propose par exemple une liste de quatre comp&#233;tences centrales : argumenter, conceptualiser, mobiliser des connaissances et probl&#233;matiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'explicitation des attentes pourra commencer par un travail sur ces op&#233;rations. Pour aider les &#233;l&#232;ves, on pourra leur distribuer cette liste en d&#233;but d'ann&#233;e et l'agrafer sur chaque devoir rendu sous forme d'un tableau &#224; quatre entr&#233;es signalant pour chaque comp&#233;tence si elle est acquise (A), presque acquise (PA), en cours d'acquisition (ECA) ou non acquise (NA). On ajoutera un commentaire ciblant cette comp&#233;tence sp&#233;cifique indiquant des pistes de progression pour que les &#233;l&#232;ves sachent sur quoi porter leurs efforts pour mieux r&#233;pondre aux attentes de l'exercice. Plut&#244;t qu'un tableau centr&#233; sur ces quatre comp&#233;tences de base, on pourra aussi fournir un tableau indiquant des crit&#232;res de r&#233;ussite plus sp&#233;cifique, correspondant &#224; la sp&#233;cificit&#233; de l'exercice, permettant d'indiquer aux &#233;l&#232;ves des points &#224; travailler sp&#233;cifiquement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un cas, comme dans l'autre, l'enjeu est d'indiquer clairement aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#233;videmment, il ne suffit pas de dresser une liste de comp&#233;tences. Il faut aussi et surtout travailler ces comp&#233;tences avec les &#233;l&#232;ves. On peut le faire par des exercices d&#233;di&#233;s. Acqu&#233;rir une comp&#233;tence, c'est en effet devenir capable de performances pertinentes dans des contextes appropri&#233;s. &#192; cet &#233;gard, il faut pr&#234;ter une attention particuli&#232;re &#224; la passation de la consigne, annoncer explicitement la comp&#233;tence travaill&#233;e, l'objectif sp&#233;cifique de l'activit&#233;, la mani&#232;re dont celle-ci est cens&#233;e contribuer &#224; l'acquisition de celle-l&#224;, exhiber les crit&#232;res de r&#233;ussite, etc. Trop souvent, en effet, les &#233;l&#232;ves &#233;chouent &#224; mettre en rapport les activit&#233;s que l'enseignant leur propose avec les savoirs qu'ils sont cens&#233;s ma&#238;triser et les attentes de la discipline. Ce n'est pas parce que l'objectif p&#233;dagogique est clair pour le professeur qu'il l'est aussi pour les &#233;l&#232;ves et s'il ne l'est pas pour eux, ils risquent de ne pas bien identifier le type d'investissement cognitif qui est attendu d'eux, ce qui ne peut qu'entra&#238;ner des malentendus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La notion de malentendu socio-cognitif dans les recherches sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversification de ces exercices tout au long de l'ann&#233;e s'inscrit dans la logique d'une r&#233;elle progressivit&#233; en philosophie. Proposer des exercices d&#233;di&#233;s permet de segmenter les difficult&#233;s. Si les objectifs sont explicit&#233;s et portent sur des proc&#233;dures identifiables, les &#233;l&#232;ves peuvent progresser dans l'&#233;laboration de strat&#233;gies de r&#233;solution et de r&#233;daction efficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La segmentation des difficult&#233;s par la sp&#233;cialisation des exercices est en fait une r&#233;ponse &#224; une difficult&#233; inh&#233;rente &#224; tout apprentissage. Les &#234;tres humains ont une capacit&#233; d'attention limit&#233;e. Lors d'une t&#226;che complexe qui n'est pas encore ma&#238;tris&#233;e, il est difficile de pr&#234;ter attention &#224; chacune des dimensions de celle-ci &#224; la fois. Travailler s&#233;par&#233;ment sur l'argumentation, la probl&#233;matisation, la d&#233;finition, etc., permet d'identifier et de d'automatiser ces op&#233;rations. Par la suite, elles requerront moins d'attention pour &#234;tre effectu&#233;es et pourront &#234;tre mieux int&#233;gr&#233;es dans un unique discours complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, cela permet de multiplier les &#233;valuations diagnostiques &#8211; permettant au professeur de prendre connaissance des performances r&#233;elles des &#233;l&#232;ves et de mettre en place des dispositifs de rem&#233;diation ajust&#233;s &#8211; et formatives &#8211; permettant aux &#233;l&#232;ves de progresser dans la r&#233;alisation d'une t&#226;che sp&#233;cifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On distingue traditionnellement entre &#233;valuations diagnostique, formative et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vaut la peine, d'ailleurs, d'indiquer explicitement aux &#233;l&#232;ves qu'il existe diff&#233;rentes sortes d'&#233;valuation r&#233;pondant &#224; des objectifs diff&#233;rents et de pr&#233;ciser, pour chaque exercice, sa finalit&#233; et son mode d'&#233;valuation, c'est-&#224;-dire ce qui le justifie d'un point de vue p&#233;dagogique. Cela leur permet de comprendre que les pratiques d'&#233;valuation ne visent pas n&#233;cessairement &#224; les noter, &#224; les sanctionner et &#224; les classer mais visent surtout &#224; leur permettre de progresser dans leurs apprentissages. Les &#233;l&#232;ves sont souvent heureusement surpris de d&#233;couvrir que les pratiques d'&#233;valuation sont r&#233;fl&#233;chies et visent des objectifs dans lesquels ils sont susceptibles de se reconna&#238;tre. Ils sont alors plus dispos&#233;s &#224; se pr&#234;ter aux exercices qui leur sont demand&#233;s dans la mesure o&#249; ils comprennent qu'il ne s'agit pas de les prendre au pi&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	De plus, en proposant une vari&#233;t&#233; d'exercices cibl&#233;s, on peut esp&#233;rer surmonter quelques &#233;cueils inh&#233;rents &#224; l'enseignement &#171; traditionnel &#187; de la philosophie. Ainsi, la grande familiarit&#233; du professeur avec le r&#233;gime du discours philosophique et les exercices canoniques le rend souvent insensible au caract&#232;re implicite de ses propres attentes, si &#233;videntes &#224; ses yeux qu'il peine &#224; comprendre les difficult&#233;s que les &#233;l&#232;ves rencontrent et &#224; trouver le moyen de les aider. Par ailleurs, l'immensit&#233; du programme de philosophie &#8211; du fait de son ind&#233;termination, rien n'est en rigueur hors programme &#8211; pousse le professeur &#224; transmettre en urgence un contenu aussi synoptique et exhaustif que possible, qui ne laisse quasiment aucune place &#224; l'apprentissage patient des modes de pens&#233;e et d'&#233;criture en philosophie, occultant la n&#233;cessit&#233; d'un travail sp&#233;cifique sur les comp&#233;tences sans lesquelles les &#233;l&#232;ves restent pourtant incapables d'utiliser ces connaissances de mani&#232;re pertinente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A titre d'exemple, on pourra faire travailler les &#233;l&#232;ves sur la formalisation des arguments, par exemple au moyen de sch&#233;mas en arbre. On pourra &#224; un autre moment demander aux &#233;l&#232;ves de justifier l'attitude qu'ils pensent devoir adopter face &#224; des exp&#233;riences de pens&#233;e comme le dilemme du tramway, mais sans exiger d'eux, dans un premier temps au moins, qu'ils se r&#233;f&#232;rent &#224; des th&#233;ories philosophiques vues en cours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera dans cet ouvrage, sur le site de l'ACIREPh ou du GFEN de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ou bien encore, demander aux &#233;l&#232;ves, apr&#232;s lecture silencieuse d'un texte, de r&#233;pondre &#224; un QCM permettant de tester la compr&#233;hension fine du texte. Dans la mesure o&#249; la qualit&#233; de l'&#233;criture est souvent positivement corr&#233;l&#233;e au fait que l'&#233;crit est destin&#233; &#224; un lecteur bien identifi&#233;, on pourra demander aux &#233;l&#232;ves d'&#233;crire, sur une question donn&#233;e, une r&#233;ponse argument&#233;e &#224; destination d'un autre &#233;l&#232;ve de la classe &#8211; et non du professeur &#8211; qui aura &#224; charge de r&#233;pondre, &#224; son tour, de mani&#232;re argumentative. On pourra enfin exercer les &#233;l&#232;ves &#224; rep&#233;rer les diverses modalit&#233;s de l'&#233;nonciation dans un texte philosophique pour comprendre comment s'organise l'exposition de la pens&#233;e, la r&#233;partition de la parole et des divers points de vue dans des textes souvent complexes car dialogiques (les diverses fonctions du &#171; je &#187;, du &#171; on &#187;, du &#171; nous &#187;, etc., et le sens du passage de l'un &#224; l'autre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bien s&#251;r, un cours de philosophie ne peut s'en tenir &#224; cela. Les exercices canoniques supposent la mise en &#339;uvre simultan&#233;e de nombreuses comp&#233;tences et de nombreux savoirs. Des exercices ciblant s&#233;par&#233;ment telle ou telle comp&#233;tence ne sauraient donc suffire &#224; l'entra&#238;nement &#224; la dissertation et &#224; l'explication de texte. Il faut aussi montrer comment ces diff&#233;rentes comp&#233;tences s'int&#232;grent dans un propos unique. Il faut &#233;videmment se garder de l'exc&#232;s qui consisterait &#224; d&#233;sarticuler le propos philosophique en une sommation informe d'op&#233;rations discr&#232;tes et h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Il suffit de penser &#224; ces introductions qui encha&#238;nent m&#233;caniquement les &#233;tapes &#8211; accroche, d&#233;finitions des termes du sujet, probl&#232;me-question, plan &#8211; sans que cet ordre paraisse avoir la moindre signification pour l'&#233;l&#232;ve. Ici encore, il est essentiel d'expliciter les proc&#233;dures cognitives sous-jacentes &#224; ces op&#233;rations ainsi que la finalit&#233; que vise leur mise en &#339;uvre, qui constituent l'objet r&#233;el de l'attention du correcteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;vitons, pour finir, les malentendus : il ne s'agit &#233;videmment pas de dire qu'un cours de philosophie pourrait se passer d'un contenu philosophique substantiel. Il y a des connaissances proprement philosophiques qu'un cours de philosophie doit transmettre. Il s'agit simplement d'insister sur le fait que la philosophie n'est pas &#171; &#224; elle-m&#234;me sa propre p&#233;dagogie &#187; : la simple exposition au discours philosophant du professeur ne suffit pas &#224; rendre les &#233;l&#232;ves comp&#233;tents pour produire un tel discours. Et s'il est juste de n'&#233;valuer les &#233;l&#232;ves que ce sur quoi ils ont &#233;t&#233; effectivement pr&#233;par&#233;s en classe, il est alors impossible de faire l'&#233;conomie d'une r&#233;flexion sur nos attentes lorsque nous les &#233;valuons et sur la mani&#232;re dont nous pouvons les rendre &#224; m&#234;me de les satisfaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte est la reprise d'un chapitre, tr&#232;s l&#233;g&#232;rement modifi&#233;, paru dans &lt;i&gt;Enseigner la philosophie. Le guide pratique&lt;/i&gt;, guide d'entr&#233;e dans le m&#233;tier de professeur de philosophie &#233;dit&#233; par l'&lt;i&gt;Association pour la cr&#233;ation d'instituts de recherche sur l'enseignement de la philosophie &lt;/i&gt; (ACIREPh) en 2021. Ce livre est disponible en format num&#233;rique sur le site de l'ACIREPh : &lt;a href=&#034;https://acireph.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://acireph.org/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Elisabeth Bautier et Patrick Rayou, &lt;i&gt;Les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage. Programmes, pratiques et malentendus scolaires&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2009 et Anne-Sophie Romainville, &lt;i&gt;Les faces cach&#233;es de la langue scolaire. Transmission de la culture &#233;crite et in&#233;galit&#233;s sociales&lt;/i&gt;, Paris, La Dispute, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une courte vue d'ensemble critique de l'&#233;tat de l'art sur la question, on pourra se reporter &#224; Patrick Rayou (dir.), &lt;i&gt;L'origine sociale des &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt;, Retz, Paris, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux populaires&lt;/i&gt;. Coordination et pr&#233;sentation Jean-Pierre Terrail. La Dispute, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un cas, comme dans l'autre, l'enjeu est d'indiquer clairement aux &#233;l&#232;ves les points sur lesquels concentrer leurs efforts pour progresser.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La notion de malentendu socio-cognitif dans les recherches sur les difficult&#233;s scolaires cherche &#224; rompre avec les approches d&#233;ficitaristes. Elle permet l'analyse de la co-construction de ces difficult&#233;s en mettant en &#233;vidence un ph&#233;nom&#232;ne de double illusion : de l'&#233;l&#232;ve qui croit avoir compris ce qu'on attend de lui et de l'enseignant qui croit avoir &#233;t&#233; suffisamment clair et explicite. Voir &#224; ce propos Elisabeth Bautier et Patrick Rayou, &lt;i&gt;Les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage,&lt;/i&gt; op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On distingue traditionnellement entre &#233;valuations diagnostique, formative et sommative. L'&#233;valuation diagnostique vise &#224; conna&#238;tre le niveau de comp&#233;tences des &#233;l&#232;ves en d&#233;but d'ann&#233;e ou de s&#233;quence. L'&#233;valuation formative est un processus continue qui vise &#224; faire progresser l'&#233;l&#232;ve dans ses apprentissages. L'&#233;valuation sommative vise &#224; v&#233;rifier et &#224; attester les acquis des &#233;l&#232;ves au terme de leur apprentissage. La r&#233;ussite aux &#233;valuations sommatives (la dissertation et l'explication de texte en fin de chapitre) est facilit&#233;e par la multiplication d'&#233;valuations diagnostiques et surtout formatives en amont qui permettent d'accompagner les &#233;l&#232;ves dans l'acquisition des connaissances et des comp&#233;tences que l'accomplissement des exercices canoniques requiert. Pour une synth&#232;se sur ces questions, voir Pierre Merle, &lt;i&gt;Les pratiques d'&#233;valuation scolaire&lt;/i&gt;, PUF, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouvera dans cet ouvrage, sur le site de l'ACIREPh ou du GFEN de nombreuses propositions d'exercices p&#233;dagogiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Enseigner la philosophie en milieu populaire (II)</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article336</link>
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		<dc:date>2021-12-12T17:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lisa Tierny</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le hasard des affectations m'a souvent amen&#233;e &#224; enseigner en milieu populaire ; &#231;a m'allait tr&#232;s bien puisque c'est coh&#233;rent avec mes principes p&#233;dagogiques et politiques. Toutes et tous m&#233;ritent de recevoir un enseignement de qualit&#233; et &#224; plus forte raison celles et ceux qui seraient priv&#233;s d'une culture acad&#233;mique au sein de leur famille. Pleine d'ambitions et de convictions, j'ai tent&#233; d'&#339;uvrer &#224; la d&#233;mocratisation de l'enseignement de la philosophie. Face &#224; des &#233;l&#232;ves a priori &#233;loign&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L126xH150/arton336-55bd9.png?1790692667' class='spip_logo spip_logo_right' width='126' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le hasard des affectations m'a souvent amen&#233;e &#224; enseigner en milieu populaire ; &#231;a m'allait tr&#232;s bien puisque c'est coh&#233;rent avec mes principes p&#233;dagogiques et politiques. Toutes et tous m&#233;ritent de recevoir un enseignement de qualit&#233; et &#224; plus forte raison celles et ceux qui seraient priv&#233;s d'une culture acad&#233;mique au sein de leur famille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte est la reprise d'un chapitre, tr&#232;s l&#233;g&#232;rement modifi&#233;, paru dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pleine d'ambitions et de convictions, j'ai tent&#233; d'&#339;uvrer &#224; la d&#233;mocratisation de l'enseignement de la philosophie. Face &#224; des &#233;l&#232;ves a priori &#233;loign&#233;s de la culture scolaire, j'ai &#224; c&#339;ur de rendre la philosophie accessible et encapacitante ; je veux qu'ils se sentent l&#233;gitimes &#224; pratiquer l'activit&#233; philosophique et qu'ils y prennent du plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s six ann&#233;es d'enseignement, force est de constater que j'ai adopt&#233; une posture et une pratique p&#233;dagogiques qui m'ont emp&#234;ch&#233;e d'atteindre mes objectifs et dont j'ai r&#233;alis&#233; que les fondements d&#233;favorisaient en r&#233;alit&#233; mes &#233;l&#232;ves, d&#233;j&#224; d&#233;favoris&#233;s. Retour d'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enseigner en milieu populaire : le pr&#233;jug&#233; &#171; d&#233;ficitariste &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face aux &#233;l&#232;ves des milieux populaires : la bienveillance au d&#233;triment de l'exigence&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai t&#244;t fait de constater la faiblesse du capital linguistique et culturel de mes &#233;l&#232;ves : j'ai &#233;t&#233; d&#233;concert&#233;e par les tr&#232;s nombreuses questions de vocabulaire lorsque nous travaillions un texte, alors que je pensais pourtant ces termes connus de toutes et tous ; mes tentatives de clarification par des exemples historiques, politiques, culturels ou d'actualit&#233; trouvaient rarement un &#233;cho chez mes &#233;l&#232;ves. Ces premi&#232;res d&#233;convenues ont forg&#233; chez moi la conviction qu'en raison de ce que je percevais comme un &#171; handicap &#187; socio-culturel, ils seraient n&#233;cessairement mis en &#233;chec si je n'adaptais pas mon enseignement de mani&#232;re &#224; le leur rendre accessible. J'ai ainsi adopt&#233; une d&#233;marche tr&#232;s bienveillante, qui se caract&#233;rise par une tendance &#224; all&#233;ger, voire simplifier les comp&#233;tences et les attendus. Cela se manifeste notamment par ma notation indulgente et favorable (les fautes de langues ne sont pas p&#233;nalis&#233;es ; les devoirs et exercices ne sont pas coefficient&#233;s) ou ma &#171; traduction &#187; des textes. Globalement, je contournais les difficult&#233;s d&#232;s que je les pressentais et me r&#233;jouissais de l'effet qu'une telle pratique provoquait chez mes &#233;l&#232;ves. Ils se sentaient en confiance et s'imaginaient m&#234;me &#234;tre des &#171; boss &#187; ou des &#171; g&#233;nies &#187;de la philo, quand ils parvenaient enfin &#224; trouver la r&#233;ponse &#224; une question pourtant simple. Leur illusion de r&#233;ussite fonctionnait comme le moteur de leur d&#233;sir et de leur investissement. J'ai donc adopt&#233; une d&#233;marche bienveillante, voire complaisante, au d&#233;triment d'une pratique exigeante qui imposerait aux &#233;l&#232;ves de se confronter &#224; leurs difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fondement th&#233;orique de ma posture : le &#171; paradigme d&#233;ficitariste &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la probl&#233;matique p&#233;dagogique &#224; laquelle je me suis retrouv&#233;e confront&#233;e est loin d'&#234;tre originale. Elle s'inscrit dans la continuit&#233; des interrogations qui ont accompagn&#233; le mouvement de massification scolaire. C'est notamment la d&#233;couverte des travaux du sociologue Jean-Pierre Terrail qui m'a permis de comprendre l'ancrage de ma posture et de ma pratique. Afin de mettre fin &#224; une logique de s&#233;lection des &#233;lites et d'&#339;uvrer &#224; la d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s &#224; l'&#233;cole, l'institution scolaire a progressivement adopt&#233; depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ce que Terrail qualifie de &#171; paradigme d&#233;ficitariste &#187; : la volont&#233; d'augmenter les effectifs et celle de promouvoir &#171; l'&#233;galit&#233; des chances &#187; repose en effet sur le pr&#233;suppos&#233; qu'il existe un &#171; d&#233;ficit socio-culturel &#187; chez les enfants issus des classes populaires. Ce pr&#233;jug&#233; d&#233;ficitariste repose sur &#171; la conviction (...) qu'une confrontation trop brutale aux savoirs abstraits et &#034;cultiv&#233;s&#034; condamnerait [les jeunes issus des classes populaires] &#224; l'&#233;chec &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J-P. Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle, La Dispute, 2016, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce nouveau paradigme a ainsi conduit &#224; baisser les exigences intellectuelles, &#224; plus forte raison aupr&#232;s des enfants consid&#233;r&#233;s a priori comme priv&#233;s de capital culturel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &#171; d&#233;ficitarisme bienveillant &#187; renforce en r&#233;alit&#233; les in&#233;galit&#233;s socio- culturelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; pr&#233;jug&#233; d&#233;ficitariste &#187; s'oppose &#224; l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai progressivement pris conscience que mon pari n'est qu'&#224; moiti&#233; r&#233;ussi : mes &#233;l&#232;ves se sentent effectivement en confiance, l&#233;gitimes, et je crois pouvoir dire qu'ils appr&#233;cient en effet cette discipline dans laquelle ils rencontrent finalement peu d'obstacles. Mais leur r&#233;ussite n'est en r&#233;alit&#233; qu'apparente et illusoire. Ils ne d&#233;passent finalement pas toujours leurs difficult&#233;s, que j'ai contourn&#233;es, voire masqu&#233;es. En &#171; re-traduisant &#187; par exemple certains textes, je ne leur permets pas d'acc&#233;der &#224; un vocabulaire pr&#233;cis et soutenu et &#233;choue &#224; augmenter leur capital culturel. Ainsi, je ne parviens pas &#224; combler le d&#233;ficit &#224; partir duquel j'ai pourtant construit ma pratique p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; mon erreur : ma posture &#171; d&#233;ficitariste &#187; s'appuie non pas sur ce dont ils sont capables, mais sur ce dont ils manquent. Ne pas dispenser le m&#234;me enseignement &#224; toutes et tous les &#233;l&#232;ves, c'est postuler que seuls ceux qui poss&#232;dent des capitaux linguistique et culturel plus cons&#233;quents peuvent davantage et sont capables de se confronter &#224; des savoirs et des comp&#233;tences exigeants ; c'est transformer un capital acquis en une capacit&#233; inn&#233;e ; c'est naturaliser et essentialiser une disposition acquise. En construisant mon enseignement &#224; partir du &#171; d&#233;ficit &#187; de mes &#233;l&#232;ves, je n'ai pas distingu&#233; leur capacit&#233; &#224; mener des op&#233;rations intellectuelles du mat&#233;riau par lequel ils peuvent actualiser cette capacit&#233;. En droit, pourtant, tous sont capables &#224; condition de leur permettre d'exercer leur intelligence. Je crois &#224; l'&#233;galit&#233; des intelligences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant, dans &lt;i&gt;Le Ma&#238;tre ignorant&lt;/i&gt;, le r&#233;cit de l'exp&#233;rience p&#233;dagogique de Joseph Jacotot, Ranci&#232;re affirme que l'enseignant doit croire en l'&#233;gale intelligence de ses &#233;l&#232;ves afin de leur permettre de prendre confiance en leur propre capacit&#233; intellectuelle. Son r&#244;le consiste &#224; mettre l'&#233;l&#232;ve en situation de d&#233;ployer et actualiser son intelligence. Mais en construisant mon enseignement &#224; partir du d&#233;ficit de mes &#233;l&#232;ves, je n'ai finalement pas mis en pratique ce principe auquel je suis pourtant attach&#233;e. En voulant faire preuve de bienveillance pour encapaciter mes &#233;l&#232;ves, j'ai donc finalement renonc&#233; &#224; les rendre v&#233;ritablement capables, &#224; actualiser et augmenter leur puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une pratique qui emp&#234;che la d&#233;mocratisation de l'enseignement de la philosophie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;dagogie &#171; diff&#233;renci&#233;e &#187; pose un autre probl&#232;me : en ne leur dispensant pas le m&#234;me enseignement qu'aux &#233;l&#232;ves des bons lyc&#233;es de centre-ville, je ne traite pas tous les &#233;l&#232;ves de mani&#232;re &#233;gale. En adaptant les exigences de mon enseignement &#224; mon public, j'accentue et reproduis au contraire les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage et socio-culturelles, quand l'&#201;cole pr&#233;tend justement les r&#233;duire. Le &#171; d&#233;ficitarisme bienveillant &#187; s'av&#232;re &#234;tre une pratique in&#233;galitaire. Il r&#233;serve l'enseignement exigeant aux &#233;l&#232;ves les mieux dot&#233;s culturellement. C'est un aveu d'&#233;chec : une telle pratique p&#233;dagogique emp&#234;che une v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'enseignement de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;passer l'opposition entre exigence et bienveillanc&lt;/strong&gt;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble donc que l'opposition &#233;tablie entre la bienveillance et l'exigence s'av&#232;re inop&#233;rante, puisqu'elle &#233;choue &#224; encapaciter les &#233;l&#232;ves. En r&#233;alit&#233;, je n'avais pas saisi l'encapacitement dans son double sens : encapaciter, ce n'est pas seulement cr&#233;er la confiance propice &#224; la r&#233;ussite ; c'est aussi, et peut-&#234;tre surtout, permettre le d&#233;ploiement r&#233;el de la puissance. En envisageant donc l'encapacitement dans sa double signification, il est alors possible de d&#233;passer l'opposition entre l'exigence et la bienveillance et de les faire coexister dans une m&#234;me d&#233;marche. L'une et l'autre ne doivent pas &#234;tre &#224; elles-m&#234;mes leur propre fin, mais doivent &#234;tre envisag&#233;es comme des moyens au service de l'actualisation et l'augmentation de la puissance des &#233;l&#232;ves. Il ne faut donc pas renoncer &#224; l'exigence intellectuelle si l'on veut permettre aux &#233;l&#232;ves de d&#233;ployer leur intelligence ; et il est n&#233;cessaire de la maintenir afin de ne pas creuser davantage les in&#233;galit&#233;s socio-culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sortir de l'implicite et de l'invisible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La culture scolaire implicite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re inattendue, alors que je rendais &#224; mes &#233;l&#232;ves leur premi&#232;re dissertation (largement rat&#233;e), j'ai commenc&#233; &#224; entrevoir le ressort d&#233;fectueux de ma pratique. S&#233;rieux et pleins de bonne volont&#233;, la plupart ne comprenaient pas leur note malgr&#233; mes nombreuses annotations. Apr&#232;s quelques &#233;changes, ils m'ont expliqu&#233;, tr&#232;s sinc&#232;rement et sans reproche, qu'ils n'avaient pas v&#233;ritablement compris ce qu'il fallait faire et ce malgr&#233; plusieurs s&#233;ances consacr&#233;es &#224; la m&#233;thodologie de la dissertation et un plan d&#233;taill&#233; r&#233;alis&#233; en classe. Ce retour critique m'a permis de me confronter aux limites de mon enseignement. J'ai compris que les obstacles &#224; une v&#233;ritable progression des &#233;l&#232;ves ne rel&#232;vent pas tant d'un &#171; handicap &#187; ou d'un d&#233;ficit socio-culturel que d'un malentendu p&#233;dagogique entre ma formulation des consignes et leur compr&#233;hension par les &#233;l&#232;ves. J'ai toujours eu un grand souci de la r&#233;ception et de l'accessibilit&#233; des contenus de mon enseignement ; mais j'avais sous-estim&#233; le poids de l'implicite dans les consignes et les attendus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article de Guillaume Durieux sur l'explicitation des attentes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;trise de la culture scolaire permet d'appr&#233;hender et de s'approprier l'ensemble des codes (dits ou non-dits) et fonctionnements propres &#224; l'&#233;cole. Or cette culture est bien souvent acquise au sein de la famille. C'est en dehors de l'institution que l'on apprend comment y r&#233;ussir. Il incombe donc &#224; l'enseignant de &#171; lever le voile &#187; sur ce monde opaque des r&#232;gles scolaires. Mais il doit pour cela prendre conscience de l'&#233;cart culturel qui le s&#233;pare de ses &#233;l&#232;ves. Souvent, le professeur est un pur produit de l'institution acad&#233;mique, rarement sorti du milieu scolaire ou universitaire, et qui a peu &#233;prouv&#233; l'opacit&#233; du syst&#232;me &#233;ducatif. Face &#224; d'autres publics, cette transparence n'appara&#238;t pas n&#233;cessaire dans la mesure o&#249; l'on a davantage affaire &#224; des &#171; &#233;l&#232;ves connivents &#187;. Il est plus facile de partager une connivence scolaire et culturelle avec de bons &#233;l&#232;ves dont l'exp&#233;rience et le parcours r&#233;sonnent davantage avec ce qu'il a lui-m&#234;me connu. L'enseignant doit donc se d&#233;centrer de son v&#233;cu subjectif, de son exp&#233;rience, et ainsi sortir de ce que Bourdieu qualifie d' &#171; ethnocentrisme de classe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les p&#233;dagogies invisibles renforcent les in&#233;galit&#233;s d'apprentissage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand mes &#233;l&#232;ves ont exprim&#233; leur incompr&#233;hension face aux consignes de la dissertation, j'ai pris la mesure de la dimension implicite et invisible de ma pratique. En leur masquant leurs difficult&#233;s, les obstacles et l'&#233;cart qui les s&#233;pare de la culture acad&#233;mique et l&#233;gitime, j'ai malgr&#233; moi entretenu une &#171; p&#233;dagogie invisible &#187; selon la distinction &#233;tablie par Bernstein. Il distingue, d'une part, les p&#233;dagogies qui explicitent aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves les objectifs &#224; atteindre et les moyens &#224; mettre en &#339;uvre pour y parvenir qu'il qualifie de &#171; visibles &#187; dans la mesure o&#249; elles sont perceptibles par les &#233;l&#232;ves et, d'autre part, les pratiques p&#233;dagogiques qui laissent dans l'ombre ces objectifs et m&#233;thodes, les rendant implicites. En pratiquant une p&#233;dagogie invisible, j'ai inscrit ma d&#233;marche dans ce que Bernstein qualifie de &#171; populisme p&#233;dagogique &#187;. Les p&#233;dagogies invisibles proc&#232;dent &#224; une faible classification des savoirs, ne distinguant pas les savoirs d'exp&#233;rience des savoirs acad&#233;miques. Les &#233;l&#232;ves, en mobilisant leurs v&#233;cus et opinions se sentent valoris&#233;s et en confiance mais ne per&#231;oivent pas le processus d'&#233;laboration d'une connaissance. De m&#234;me qu'elles recourent &#224; un langage mixte, davantage spontan&#233; qu'institutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Bernstein soulignait d&#233;j&#224; la dimension in&#233;galitaire d'une telle d&#233;marche. Les diff&#233;rents travaux en sociologie de l'&#233;ducation s'accordent &#224; faire le m&#234;me bilan : les in&#233;galit&#233;s sociales d'apprentissage sont accrues par de tels mod&#232;les p&#233;dagogiques ; le niveau, en particulier celui des &#233;l&#232;ves faibles, baisse ; et la France est le pays de l'OCDE dans lequel l'origine sociale d&#233;termine le plus la r&#233;ussite scolaire des &#233;l&#232;ves. Roger Establet affirme que la p&#233;dagogie invisible favorise les classes sup&#233;rieures et les classes moyennes cultiv&#233;es (qui acqui&#232;rent donc la culture scolaire implicite en dehors de l'institution scolaire), mais nuit au contraire aux &#233;l&#232;ves des classes populaires. En revanche, les p&#233;dagogies explicites et visibles sont qualitativement plus efficaces : &#171; Tous les r&#233;sultats sont convergents. Ce sont les p&#233;dagogies qui d&#233;finissent le plus explicitement les savoirs pertinents (classification) et qui font conna&#238;tre le plus explicitement les performances attendues de l'&#233;l&#232;ve (cadrage) qui permettent aux enfants des classes d&#233;favoris&#233;es de r&#233;ussir. &#187;R. Establet, &#171; La pr&#233;sence tr&#232;s actuelle de Basil Bernstein dans la sociologie fran&#231;aise de l'&#233;ducation &#187; in D. Frandji et P. Vitale, &lt;i&gt;Actualit&#233; de Basil Bernstein. Savoir, p&#233;dagogie et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de Rennes, Coll. Le sens social, 2008, p.48..&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quels changements cette prise de conscience doit-elle entra&#238;ner ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ayant ainsi constat&#233; que ma d&#233;marche p&#233;dagogique ne me permet pas d'atteindre mes objectifs, il m'a sembl&#233; n&#233;cessaire d'adapter ma pratique afin de pouvoir, effectivement, encapaciter mes &#233;l&#232;ves. J'ai commenc&#233; &#224; mettre en place certains outils et j'explore encore de nombreuses pistes afin de mettre en &#339;uvre une p&#233;dagogie visible et explicite, &#224; m&#234;me de permettre &#224; toutes et tous de r&#233;ussir. Il ne s'agit plus d'abaisser les exigences ou masquer les d&#233;ficits et les difficult&#233;s, mais au contraire d'augmenter les moyens qui leur permettent de &#171; se hisser &#187; au niveau qui est attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; Expliciter les consignes, les crit&#232;res d'&#233;valuation, les attendus, les fins et les moyens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai par exemple produit des grilles d'auto&#233;valuation qui explicitent et pr&#233;cisent, en fonction de la nature du devoir, les crit&#232;res que je prends en compte lors de mon &#233;valuation. Les &#233;l&#232;ves remplissant dans un premier temps eux-m&#234;mes cette grille, ils sont attentifs &#224; ce qui est attendu d'eux. De m&#234;me, pour chaque exercice (lecture d'un texte, r&#233;daction d'un paragraphe de dissertation...), je leur indique quels en sont les fins et les moyens. Ils sont en r&#233;alit&#233; bien plus efficaces quand ils savent et comprennent ce qui est attendu d'eux et comment ils peuvent y parvenir. Ils sont d'autant plus satisfaits quand ils constatent qu'ils progressent et acqui&#232;rent la comp&#233;tence vis&#233;e. Afin qu'ils prennent la mesure de cette progression, j'ai &#233;galement distribu&#233; &#224; chacun une fiche de suivi des devoirs, sur laquelle ils doivent indiquer, apr&#232;s avoir lu mes annotations et la grille d'&#233;valuation que j'ai remplie, quels sont les d&#233;fauts de leurs travaux, et quels sont les points positifs. Pour chaque nouveau devoir, ils doivent indiquer s'ils ont reproduit ou non ces &#233;l&#233;ments. Ainsi, ils ont une visibilit&#233; sur leur progression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; Expliciter les op&#233;rations logiques n&#233;cessaires &#224; la pratique de la philosophie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais l'habitude de commencer l'ann&#233;e par une premi&#232;re s&#233;ance d'introduction &#224; la philosophie puis de passer tr&#232;s vite &#224; mon premier chapitre. J'ai maintenant conscience qu'il manque une &#233;tape : je leur pr&#233;sente les fins de mon enseignement sans en indiquer les moyens et sans donner les outils pour y parvenir. J'ai modifi&#233; cet ordre en introduisant, avant de commencer ma progression annuelle, des s&#233;ances consacr&#233;es &#224; la logique. Il me para&#238;t n&#233;cessaire d'expliciter et clarifier la nature des op&#233;rations intellectuelles qui sont attendues des &#233;l&#232;ves dans l'&#233;laboration d'un plan d&#233;taill&#233;, de la r&#233;daction d'un paragraphe argument&#233; ou d'une transition, la construction d'un raisonnement, d'une d&#233;monstration, d'une opposition, etc. Il faut aussi leur pr&#233;senter les diff&#233;rents types d'arguments et leur apprendre &#224; distinguer les raisonnements valides et fallacieux. Il s'agit d'expliquer ce qui est logiquement n&#233;cessaire dans le d&#233;ploiement de leur r&#233;flexion et donc de n&#233;cessiter les exigences. Il est aussi n&#233;cessaire d'expliciter le sens des mots et des moyens qui sont au c&#339;ur de la pratique philosophique : lire, expliquer, d&#233;montrer, opposer, etc. sont des termes qu'ils connaissent et utilisent mais qui ne font en r&#233;alit&#233; pas toujours sens pour eux. Je leur distribue maintenant en d&#233;but d'ann&#233;e un &#171; lexique &#187; des op&#233;rations philosophiques et des comp&#233;tences qui seront mobilis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; Encapaciter pour &#233;manciper :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble important d'expliciter et clarifier aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves les enjeux politiques de l'enseignement et &#224; plus forte raison celui de la philosophie qui sollicite davantage la culture &#233;crite. Ils doivent savoir qu'il existe des in&#233;galit&#233;s territoriales et socio-&#233;conomiques qui interf&#232;rent dans leur scolarit&#233; ; qu'au moment du traitement des v&#339;ux par &lt;i&gt;Parcoursup&lt;/i&gt;, ils seront en concurrence avec des &#233;l&#232;ves issus des classes dominantes et favoris&#233;es, mieux dot&#233;s qu'eux d'un point de vue culturel et scolaire. Il importe qu'ils aient conscience et mesurent l'&#233;cart qui les s&#233;pare de ces autres pr&#233;tendants &#224; l'enseignement sup&#233;rieur. Ainsi, ils peuvent comprendre la n&#233;cessit&#233; politique d'acqu&#233;rir les comp&#233;tences scolaires attendues, principal levier d'&#233;mancipation. &lt;i&gt;Encapaciter&lt;/i&gt; les &#233;l&#232;ves, c'est leur donner les moyens de s'&#233;manciper et de s'extraire de leur condition. Il faut leur tenir un discours honn&#234;te sur le syst&#232;me &#233;ducatif, ses enjeux et sur la place qu'ils y tiennent. Ainsi, je les incite &#224; s'investir dans leur travail et dans l'acquisition des savoir-faire attendus afin qu'ils puissent &#233;chapper aux rapports de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la d&#233;mocratisation de l'enseignement de la philosophie a eu lieu d'un point de vue quantitatif, elle ne sera pas qualitativement effective tant que nous adopterons une approche &#171; d&#233;ficitariste &#187; &#224; l'&#233;gard de nos &#233;l&#232;ves issus des classes populaires. Tous sont capables, &#224; condition que le professeur ne joue pas le jeu de la reproduction et de la s&#233;lection sociales en entretenant une p&#233;dagogie implicite et invisible. Rendre accessible, ce n'est pas contourner ou simplifier ; c'est r&#233;v&#233;ler les enjeux, les moyens et les fins et permettre aux &#233;l&#232;ves de se saisir de la culture scolaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte est la reprise d'un chapitre, tr&#232;s l&#233;g&#232;rement modifi&#233;, paru dans Enseigner la philosophie. Le guide pratique, guide d'entr&#233;e dans le m&#233;tier de professeur de philosophie &#233;dit&#233; par l'Association pour la cr&#233;ation d'instituts de recherche sur l'enseignement de la philosophie (ACIREPh) en 2021. Ce livre est disponible en format num&#233;rique sur le site de l'ACIREPh : &lt;a href=&#034;https://acireph.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://acireph.org/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J-P. Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt;, La Dispute, 2016, p.15&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'article de Guillaume Durieux sur l'explicitation des attentes en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Enseigner la philosophie en milieu populaire (III)</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article337</link>
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		<dc:date>2021-12-11T17:24:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicole Grataloup</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Initialement publi&#233; dans l'ouvrage collectif &#034;P&#233;dagogies de l'exigence&#034; (La Dispute, Paris, 2020), ce texte s'appuie sur mon exp&#233;rience d'enseignement au lyc&#233;e Jean-Jaur&#232;s de Montreuil, dans des classes de L, ES, STMG et ST2S, o&#249; j'ai &#233;labor&#233; et pratiqu&#233; ce type de travail aupr&#232;s d'&#233;l&#232;ves le plus souvent issus de milieux populaires, surtout dans les classes technologiques. Je reste convaincue que devant les difficult&#233;s de ces &#233;l&#232;ves face &#224; l'&#233;crit, la meilleure r&#233;ponse n'est pas d'abaisser (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L126xH150/arton337-70d5a.png?1790692667' class='spip_logo spip_logo_right' width='126' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Initialement publi&#233; dans l'ouvrage collectif &#034;P&#233;dagogies de l'exigence&#034; (La Dispute, Paris, 2020), ce texte s'appuie sur mon exp&#233;rience d'enseignement au lyc&#233;e Jean-Jaur&#232;s de Montreuil, dans des classes de L, ES, STMG et ST2S, o&#249; j'ai &#233;labor&#233; et pratiqu&#233; ce type de travail aupr&#232;s d'&#233;l&#232;ves le plus souvent issus de milieux populaires, surtout dans les classes technologiques. Je reste convaincue que devant les difficult&#233;s de ces &#233;l&#232;ves face &#224; l'&#233;crit, la meilleure r&#233;ponse n'est pas d'abaisser les exigences, mais au contraire de les maintenir fermement, en cherchant les dispositifs p&#233;dagogiques susceptibles d'&#233;tayer du mieux possible l'effort et les apprentissages des &#233;l&#232;ves.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les professeurs de philosophie s'accordent sur le constat de la difficult&#233; qu'ont la plupart des &#233;l&#232;ves de Terminale, et m&#234;me beaucoup d'&#233;tudiants des premi&#232;res ann&#233;es d'Universit&#233;, &#224; r&#233;ussir correctement l'exercice canonique de la dissertation. Cependant on se m&#233;prend sur la nature de cette difficult&#233; si on l'attribue seulement, comme c'est souvent le cas, &#224; la &#171; mauvaise ma&#238;trise de la langue &#187; et &#224; &#171; l'absence de m&#233;thode &#187; dont souffriraient les &#233;l&#232;ves, ce qui revient &#224; en rejeter la faute sur l'enseignement du fran&#231;ais dans les classes ant&#233;rieures, et/ou sur l'environnement familial, social ou m&#233;diatique. Une telle approche, outre qu'elle ne s'interroge gu&#232;re sur ce qu'est la &#171; ma&#238;trise de la langue &#187;, ni sur la r&#233;alit&#233; de ce suppos&#233; handicap socio-culturel g&#233;n&#233;ralis&#233;, est doublement erron&#233;e. D'une part, elle m&#233;conna&#238;t les capacit&#233;s potentielles et effectives des &#233;l&#232;ves &#224; manier la langue (dans toutes sortes de productions langagi&#232;res hors l'&#233;cole), et se prive donc des ressources que constituent ces potentialit&#233;s ; d'autre part, elle fait l'impasse sur la question de l'apprentissage de l'&#233;criture philosophique, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle ne pose pas le probl&#232;me en termes d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe en effet comme si l'&#233;criture d'un texte ou d'un ouvrage philosophique n'&#233;tait pas un travail d'&#233;criture, mais exclusivement un travail de pens&#233;e, un travail du concept, ou m&#234;me le concept au travail de lui-m&#234;me, sans sujet &#233;crivant, sans processus d'&#233;criture, comme si la langue n'&#233;tait pour rien dans ce travail du concept. Ce d&#233;ni repose sans doute sur le m&#233;pris de la rh&#233;torique qui est un des lieux communs de la philosophie depuis Platon, la rh&#233;torique &#233;tant rel&#233;gu&#233;e au rang des jeux de langage et des artifices de persuasion sans souci de la v&#233;rit&#233;, au lieu d'&#234;tre envisag&#233;e comme outil de la pens&#233;e, comme th&#233;orie de l'argumentation, comme le soutient Perelman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cha&#239;m Perelman, L'Empire rh&#233;torique, Vrin, 1997.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan p&#233;dagogique, on retrouve le m&#234;me d&#233;ni de l'&#233;criture et de son apprentissage. P&#233;riodiquement la &#171; guerre de la dissertation &#187;, oppose ceux qui la d&#233;fendent comme &#233;tant le seul exercice philosophique possible, &#171; la forme naturelle de la pens&#233;e &#187;, et ceux qui la vouent aux g&#233;monies comme &#233;tant un pur exercice de distinction, au sens de Bourdieu. Mais ces deux th&#232;ses, qui constituent de v&#233;ritables positionnements chez les professeurs de philosophie, se rejoignent - et du coup leur antagonisme appara&#238;t plus factice que r&#233;el - en ce qu'elles font toutes deux l'impasse sur l'apprentissage et sur la recherche didactique. En effet, si la dissertation est la forme naturelle de la pens&#233;e, il n'est nul besoin de l'apprendre, sinon sur le mode initiatique d'une r&#233;v&#233;lation &#224; l'&#233;l&#232;ve de ce qu'il aurait d&#233;j&#224; toujours su sans le savoir. Et si ce n'est qu'un exercice de distinction, pourquoi vouloir l'enseigner, si ce n'est dans un cynique jeu de faux-semblant o&#249; les perdants seront de toutes fa&#231;ons toujours les m&#234;mes ? Dans les deux cas, la dissertation n'est pas pens&#233;e comme un travail d'&#233;criture : ainsi, &#224; titre d'indice, on peut constater que dans les divers ouvrages et sites parascolaires de conseils pour la dissertation, m&#234;me les plus s&#233;rieux, on trouve toutes sortes de conseils pour &#171; trouver des id&#233;es &#187;, faire un plan, mais que tous se terminent par &#171; il ne reste plus qu'&#224; r&#233;diger &#187;, ou &#171; il suffit de r&#233;diger &#187; : le travail d'&#233;criture (il est symptomatique justement que l'on dise &#171; r&#233;diger &#187;, et non pas &#171; &#233;crire &#187;) est tenu pour nul et non avenu, plus exactement, il est suppos&#233; transparent, inexistant comme travail. Or c'est peut-&#234;tre cela, justement, qui fait l'&#233;chec de cette perspective : l'&#233;l&#232;ve &#171; conna&#238;t la m&#233;thode &#187; et pourtant n'arrive pas &#224; &#233;crire des dissertations, le professeur &#171; donne des conseils de m&#233;thode &#187; et n'en voit pas trace dans les copies qu'il corrige. Quelque chose est manqu&#233;, une sorte de dialogue de sourds s'instaure, qui nourrit le ressentiment r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au contraire pour ouvrir des possibilit&#233;s de travail didactique que nous proposons le renversement de cette perspective : envisager la dissertation comme travail d'&#233;criture. Comme travail, d'abord, c'est-&#224;-dire comme une activit&#233; qui requiert des outils, des fa&#231;ons de faire, l'engagement d'un sujet dans une transformation de soi et de son rapport au monde, &#224; sa propre pens&#233;e, et &#224; celle des autres, comme une activit&#233; qui s'apprend, donc ; d'&#233;criture, ensuite, pour ancrer ce travail dans une mat&#233;rialit&#233;, celle de la langue, de la langue &#233;crite singuli&#232;rement, celle des formes et des normes du discours philosophique telles qu'elles se sont historiquement constitu&#233;es. &#201;crire une dissertation est un travail d'&#233;criture au sens o&#249; c'est la confrontation d'un sujet singulier, avec ses propres normes de pens&#233;e et de vie, &#224; un mat&#233;riau, un objet lui-m&#234;me norm&#233;. En faire l'apprentissage, pour chaque &#233;l&#232;ve, c'est engager le d&#233;bat entre ces normes, construire une normativit&#233; sans laquelle cette activit&#233; ne peut avoir de sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'emprunte ces concepts &#224; Georges Canguilhem qui en a fait le pivot de sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Instituer dans la classe, pour et avec les &#233;l&#232;ves, les conditions de ce travail me semble &#234;tre la t&#226;che du professeur de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut aussi revenir sur ce qu'on entend par &#171; difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves &#187;. J'ai dit plus haut que les penser en termes de mauvaise ma&#238;trise de la langue me semblait insuffisant et erron&#233;. Reste qu'elles sont bien r&#233;elles, et qu'on ne peut pas proposer de perspectives d'apprentissage sans avoir des hypoth&#232;ses d'analyse et d'interpr&#233;tation de ces difficult&#233;s, c'est-&#224;-dire des hypoth&#232;ses sur les besoins des &#233;l&#232;ves en termes de formation &#224; l'&#233;criture philosophique. C'est donc de l&#224; que je partirai, &#224; chaque &#233;tape de ce qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Faire bouger le rapport &#224; la langue
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma premi&#232;re hypoth&#232;se consiste &#224; penser ces difficult&#233;s en termes de rapport &#224; la langue plut&#244;t qu'en termes de ma&#238;trise de la langue. Beaucoup d'&#233;l&#232;ves sont dans un rapport &#224; la langue qui les emp&#234;che &#8211; ou du moins leur rend difficile - d'entrer dans le registre de discours qui est celui de la philosophie. Cela vient d'abord de la distance entre la &#171; langue scolaire &#187; et la &#171; langue de la vie &#187;, dont les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires ou de l'immigration per&#231;oivent, parfois confus&#233;ment, parfois clairement, &#224; quel point elle est une distance de classe. Leur rapport &#224; l'&#233;cole et &#224; sa langue est marqu&#233; des contradictions entre le d&#233;sir de r&#233;ussir et la crainte de trahir leur milieu d'origine, que ce soit en d&#233;passant le niveau scolaire de leurs parents, ou en se pliant &#224; des r&#232;gles du jeu qui ne sont pas celles du &#171; quartier &#187; ou des copains (&#171; intello &#187; est - encore - une injure !). On ne peut pas ignorer ce sentiment d'une incommensurabilit&#233; entre ces deux mondes, ces deux identit&#233;s, que la distance langagi&#232;re cristallise, si l'on veut pouvoir faire un travail avec ces &#233;l&#232;ves qui leur permette de r&#233;ussir sans se renier. Tel est l'enjeu, au fond politique, d'un travail sur la langue et l'&#233;criture : restaurer de la commensurabilit&#233;, comprendre qu'il ne s'agit pas de deux langues, mais de deux usages cognitifs et sociaux de la m&#234;me langue, pouvoir penser le passage de l'une &#224; l'autre comme une conqu&#234;te et non comme un reniement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette difficult&#233; se manifeste de deux fa&#231;ons : d'abord, par une relation que j'appellerais &#171; adh&#233;rente &#187; &#224; la langue qu'ont souvent, dans le cadre scolaire, ces &#233;l&#232;ves des milieux populaires. Face &#224; la difficult&#233; que repr&#233;sente cette distance, beaucoup d'entre eux (du moins ceux qui cherchent &#224; &#171; bien faire &#187; et ne sont pas dans une attitude de rejet massif) adoptent en effet un registre moyen, une sorte de compromis, qui instaure un rapport litt&#233;ralement &#171; t&#233;tanis&#233; &#187; &#224; la langue, d'o&#249; le moindre &#171; jeu &#187; (au double sens du terme), la moindre polys&#233;mie sont bannis : ce sont des &#233;l&#232;ves qui ne peuvent pas prendre de notes mais vous demandent de dicter mot &#224; mot ce que vous venez de dire ou le r&#233;sultat d'une discussion, qui ne comprennent plus de quoi on parle d&#232;s qu'un seul mot est chang&#233;... Un rapport fig&#233;, gel&#233; &#224; la langue, qui fige, immobilise leur pens&#233;e - pourtant si vive lorsqu'ils n'ont pas &#224; &#233;crire ! Le travail sur l'&#233;criture a alors pour fonction de &#171; rompre la glace &#187;, d'introduire du &#171; jeu &#187; dans la langue et donc de lib&#233;rer de l'espace pour que puissent s'y d&#233;ployer les multiples possibles de la pens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, par l'id&#233;e que la langue n'est que le v&#233;hicule passif et transparent d'une pens&#233;e qui serait d&#233;j&#224; l&#224;, toute pr&#234;te &#224; &#234;tre &#233;nonc&#233;e, que la langue n'a qu'une fonction de communication, bref, par une conception utilitariste de la langue, qui emp&#234;che tout travail r&#233;flexif sur la langue, sans lequel on ne peut pas philosopher. En effet, philosopher commence par le go&#251;t de prendre la langue au s&#233;rieux, pour pouvoir s'interroger sur le sens des mots, comprendre que leur polys&#233;mie n'est pas un d&#233;faut, mais pr&#233;cis&#233;ment ce qui donne &#224; penser, ce qui oblige &#224; probl&#233;matiser et &#224; conceptualiser ; comprendre qu'il y a, par exemple, plusieurs fa&#231;ons de dire Je (j'ai pris l'autobus hier soir / je pense donc je suis) qui engagent diff&#233;rents registres de pens&#233;e, dont l'un est philosophique et l'autre pas, etc. Il s'agit donc de rompre avec cette conception utilitariste de la langue, pour en faire au contraire un instrument d'&#233;laboration de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, on partira de l'hypoth&#232;se que, en philosophie comme en po&#233;sie, &#171; on pense &#224; partir de ce qu'on &#233;crit, et pas le contraire &#187;, comme le dit Aragon/Louis Aragon, Je n'ai jamais appris &#224; &#233;crire ou les incipit, Champs Flammarion, 1981./. Pour avoir des id&#233;es, il faut avoir des mots, quand on n'a pas d'id&#233;es (ce qui est souvent la premi&#232;re r&#233;action des &#233;l&#232;ves devant un sujet de dissertation), il faut se donner des mots. Cela peut &#234;tre l'objet d'un premier travail : partir des mots, se donner collectivement un stock de mots. Pour commencer &#224; travailler sur une notion, ou sur un sujet, on prendra un mot et on demandera aux &#233;l&#232;ves de rechercher des synonymes, des contraires et des m&#233;taphores pouvant &#234;tre associ&#233;s au mot de d&#233;part. On note tous ces mots au tableau, et on observe : d'abord la grande richesse de sens qui se trouve l&#224; sous les yeux de tous, et qui commence &#224; &#171; donner des id&#233;es &#187;. Ensuite, il arrive souvent que le m&#234;me mot se trouve &#224; la fois dans les synonymes et dans les contraires, et ce constat fait imm&#233;diatement comprendre qu'il y a l&#224; des probl&#232;mes &#224; poser et &#224; r&#233;soudre : l'exploration s&#233;mantique a d&#233;j&#224;, par elle-m&#234;me, une fonction probl&#233;matisante. Par exemple, dans un travail de ce type sur &#171; &#202;tre soi-m&#234;me &#187;, les mots &#171; identit&#233;, autrui, changement, devenir &#187; se sont trouv&#233;s &#224; la fois dans les synonymes et dans les contraires. Ce qui a permis de formuler des probl&#232;mes comme : &#171; peut-on &#234;tre soi-m&#234;me sans autrui ? Est-on soi-m&#234;me ou le devient-on ? &#202;tre soi-m&#234;me est-ce rester le m&#234;me tout au long de sa vie ? &#187; Enfin, la consigne de trouver des m&#233;taphores est aussi utile car chaque m&#233;taphore constitue &#224; la fois une &#233;nigme et un r&#233;servoir de sens que le travail ult&#233;rieur devra &#233;lucider par la conceptualisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Ricoeur &#233;crit dans La m&#233;taphore vive (Seuil, 1975, p.384) : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier type de travail fait prendre conscience que les mots m&#234;me de la langue posent probl&#232;me, que la langue n'est pas transparente, mais polys&#233;mique et complexe, et que le travail sur les mots est n&#233;cessaire pour mettre &#224; jour l'univers de sens et de pens&#233;e qu'ils rec&#232;lent : faire des distinctions conceptuelles n'est plus alors per&#231;u comme une simple consigne arbitraire pos&#233;e par le professeur, mais comme une n&#233;cessit&#233; pour penser mieux et plus clairement ce que l'on pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra ensuite faire &#171; fructifier &#187; imm&#233;diatement ces mots, par la consigne d'&#233;crire une maxime, un aphorisme, d'&#233;noncer une th&#232;se, de formuler une question ou d'inventer une citation, bref de jouer avec ces mots en toute libert&#233;. Si on &#034;n'avait pas d'id&#233;es&#034; au d&#233;part, on en a maintenant un certain nombre, en gestation, en &#233;laboration, et aussit&#244;t bouscul&#233;es par celles des autres. En effet, c'est pr&#233;cis&#233;ment en raison de leur caract&#232;re inachev&#233;, incoh&#233;rent, contradictoire, que ces &#171; phrases &#187; appellent un retravail, une &#233;laboration ult&#233;rieure qui fera advenir le sens qui n'est l&#224; encore qu'&#224; l'&#233;tat naissant, pourrait-on dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre approche consiste &#224; utiliser les ressources de l'&#233;criture narrative, fictionnelle ou non, pour &#171; enclencher &#187; un processus de r&#233;flexion : par exemple, plut&#244;t que de demander une d&#233;finition de la libert&#233; ou du bonheur (ce qui donne souvent des r&#233;sultats d&#233;cevants), faire &#233;crire une l&#233;gende (ou un mythe, ou une all&#233;gorie) qui commence par &#171; en ce temps-l&#224;, les hommes &#233;taient libres (ou heureux)&#8230; &#187;. Ou bien, sur le langage, &#171; en ce temps-l&#224;, les hommes ne parlaient pas&#8230; &#187; Dans ce type d'&#233;criture, m&#234;me si au d&#233;part la consigne les surprend, les &#233;l&#232;ves jouent le jeu, surtout si on leur demande de laisser libre cours &#224; leur imagination, de ne pas se censurer, et &#233;crivent souvent des textes assez longs, souvent dr&#244;les et d'autant plus riches de sens. La suite du travail, apr&#232;s lecture de ces textes, consiste &#224; examiner, par groupes, les diff&#233;rentes conceptions du bonheur, de la libert&#233;, du langage qui s'y trouvent repr&#233;sent&#233;es sous forme imag&#233;e, m&#233;taphorique ou all&#233;gorique, et &#224; formuler les probl&#232;mes que pose cette diversit&#233; de conceptions. Par exemple, sur la notion de libert&#233;, on obtient deux corps de concepts oppos&#233;s : &#171; libert&#233; &#8211; connaissance - ordre humain &#8211; autrui &#8211; soci&#233;t&#233; &#8211; loi &#187; vs &#171; libert&#233;-ignorance/innocence-ordre animal-isolement-nature-absence de loi &#187; qui permettent de poser toutes les questions relatives &#224; la distinction entre libert&#233; naturelle et libert&#233; civile. On &#233;prouve alors ce que Ric&#339;ur appelle &#171; la force heuristique de la fiction &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important, dans tous ces types de travaux d'&#233;criture &#171; initiale &#187;, est que d'une part, les &#233;l&#232;ves s'aper&#231;oivent que ce qu'ils &#233;crivent a du sens, que les mots qu'ils ont trouv&#233;s, les phrases ou les r&#233;cits qu'ils ont fabriqu&#233;s sont source de pens&#233;e, que la langue qu'ils se sont mis &#224; travailler est bien la leur ; d'autre part, que tout cela est repris, et pris au s&#233;rieux, parce que c'est &#224; partir de cela qu'on &#233;labore ensemble la r&#233;flexion philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apprendre &#224; &#233;crire &#224; plusieurs voix, entrer en d&#233;bat avec les auteurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me difficult&#233; que rencontrent beaucoup d'&#233;l&#232;ves concerne le fait de ne pas r&#233;ussir &#224; donner du sens &#224; l'id&#233;e que dans une dissertation il faut d&#233;battre d'un probl&#232;me, et donc confronter plusieurs th&#232;ses, mener une &#171; argumentation en d&#233;bat &#187; : on a alors des copies qui d&#233;roulent la m&#234;me id&#233;e du d&#233;but &#224; la fin, ou une suite d'exemples autour de cette m&#234;me id&#233;e. Si on leur conseille d'utiliser les textes &#233;tudi&#233;s en classe, ceux qui ont un minimum de bonne volont&#233; vont &#233;mailler leur dissertation de quelques citations &#171; d&#233;coratives &#187; ou bien se r&#233;fugier dans un &#171; catalogue &#187; de th&#232;ses d'auteurs divers dont ils ne vont penser ni le rapport entre elles ni le rapport &#224; leur propre pens&#233;e. Cela tient &#224; mon avis, non &#224; un d&#233;faut de m&#233;thode, et encore moins &#224; une mauvaise ma&#238;trise de la langue, mais &#224; une conception du texte qui r&#233;duit celui-ci &#224; n'&#234;tre que l'expression de la pens&#233;e de son auteur ; autrement dit, ce dont les &#233;l&#232;ves le plus souvent n'ont pas conscience, c'est du fait qu'un texte, et plus que tout autre, un texte philosophique, met en sc&#232;ne plusieurs &#233;nonciateurs. L'auteur &#171; fait parler &#187; dans son texte d'autres &#233;nonciateurs que lui-m&#234;me : les auteurs ant&#233;rieurs sur lesquels il s'appuie ou au contraire qu'il r&#233;fute, l'opinion commune, le lecteur auquel il s'adresse en lui pr&#234;tant telle ou telle opinion etc&#8230;, et il construit son texte en organisant la confrontation de ces &#171; voix &#187;. C'est d'ailleurs aussi parce qu'ils n'ont pas conscience de cette polyphonie que les &#233;l&#232;ves, comme lecteurs, font souvent des contre sens sur les textes (en attribuant, par exemple, &#224; l'auteur la th&#232;se que pr&#233;cis&#233;ment il r&#233;fute, ou en affirmant que l'auteur se contredit quand ils trouvent deux phrases contradictoires dans le texte).&lt;br class='autobr' /&gt;
Faire un travail sur l'&#233;nonciation est donc essentiel, aussi bien pour l'apprentissage de la dissertation que pour celui de la lecture et l'explication de textes, et une des fa&#231;ons les plus vivantes et efficaces est d'instaurer dans la classe la pratique de l'intertextualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e est pour moi un rep&#232;re th&#233;orique essentiel, que l'on peut r&#233;f&#233;rer &#224; Barthes &#171; tout texte est un intertexte &#187;, mais aussi &#224; Bakhtine : &#171; un &#233;nonc&#233; est rempli des &#233;chos et des rappels d'autres &#233;nonc&#233;s, auxquels il est reli&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une sph&#232;re commune de l'&#233;change verbal. Un &#233;nonc&#233; doit &#234;tre consid&#233;r&#233;, avant tout, comme une r&#233;ponse &#224; des &#233;nonc&#233;s ant&#233;rieurs &#224; l'int&#233;rieur d'une sph&#232;re donn&#233;e&#8230; : il les r&#233;fute, les confirme, les compl&#232;te, prend appui sur eux, les suppose connus, et d'une fa&#231;on ou d'une autre, il compte avec eux. (&#8230;) Les harmoniques dialogiques remplissent un &#233;nonc&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Bakhtine, &#171; Les genres du discours &#187;, in Esth&#233;tique de la cr&#233;ation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'intertextualit&#233; est donc une dimension essentielle du processus de production d'un texte, et &#224; ce titre une dimension essentielle de l'apprentissage de l'&#233;criture philosophique, dans la mesure o&#249; elle va permettre &#224; l'&#233;l&#232;ve de construire sa propre r&#233;flexion dans un dialogue vivant avec les auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut se faire par des activit&#233;s d'&#233;criture tr&#232;s diverses : un texte personnel &#233;crit sur une question donn&#233;e, puis r&#233;&#233;crit en le &#171; tissant &#187; avec le texte d'un philosophe choisi, dans un corpus propos&#233; par l'enseignant, soit pour sa proximit&#233;, soit pour sa divergence avec le sien propre ; le dialogue avec un philosophe, ou le dialogue entre deux philosophes, &#224; partir de leurs textes lus ou &#233;tudi&#233;s en classe ; la lettre &#224; un auteur, la lettre d'un auteur &#224; un autre, en forme de r&#233;ponse, de questionnement, de discussion d'une de ces th&#232;ses, toujours &#224; partir de la lecture de leurs textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la forme choisie, l'intertextualit&#233; manifeste que penser par soi-m&#234;me n'est pas penser seul, mais au contraire penser &#224; partir de, dans et contre ce que d'autres ont pens&#233; avant nous. Entrer dans un processus d'intertextualit&#233;, c'est d'abord confronter &#233;criture &#224; &#233;criture, pens&#233;e &#224; pens&#233;e, dans une &#233;galit&#233; postul&#233;e par le processus m&#234;me ; et c'est l'effort pour se tenir &#224; la hauteur de cette postulation qui est formateur. Ensuite, &#233;crire &#224; partir d'un autre texte, c'est s'en approprier la structure et le r&#233;gime argumentatif : s'il s'agit de r&#233;pondre &#224; un auteur, par exemple, il faut que l'argumentation qu'on produit, sur le plan conceptuel et sur le plan du raisonnement, soit d'une part pertinente par rapport &#224; ce qui est en d&#233;bat, et d'autre part suffisamment coh&#233;rente pour &#171; tenir &#187; face au texte de l'auteur. Cela oblige l'&#233;l&#232;ve &#224; travailler sa propre opinion de mani&#232;re critique, et &#171; tire vers le haut &#187; son &#233;criture. Enfin, cela permet d'apprendre &#224; g&#233;rer une multiplicit&#233; d'instances d'&#233;nonciation. En effet, si j'&#233;cris le dialogue de deux auteurs, ou la lettre d'un auteur &#224; un autre, j'ai &#224; faire parler deux &#233;nonciateurs, ou un &#233;nonciateur et son destinataire, alors que je ne suis ni l'un ni l'autre : cela oblige &#224; un mouvement de d&#233;centration, mais en m&#234;me temps le rend possible, parce que les deux &#233;nonciateurs sont clairement assign&#233;s et que je peux alors me mettre &#224; distance des th&#232;ses &#233;nonc&#233;es : je suis lib&#233;r&#233; de la charge d'avoir &#224; les assumer en mon nom propre, et cela me permet d'en organiser la confrontation. Mais en m&#234;me temps, c'est bien moi qui &#233;cris, c'est bien ma &#171; r&#233;flexion personnelle &#187; qui imagine et met en place les personnages et leurs, et d&#232;s lors, je ne peux plus &#234;tre dans le strict registre de l'opinion ou de &#171; l'avis &#187;, ou pire, de l' &#171; expression de soi &#187;, mais dans la dimension dialogique de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est peut-&#234;tre pas trop pr&#233;somptueux de dire que ce qui se joue l&#224; n'est autre qu'un processus de subjectivation, par lequel chacun se construit comme sujet &#224; la fois singulier et capable d'entrer en dialogue avec la culture de son temps et des si&#232;cles pass&#233;s, comme sujet singulier parce que capable de cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, ces pratiques d'intertextualit&#233; ont l'avantage &#8211; non n&#233;gligeable si l'on veut bien admettre qu'une des finalit&#233;s de notre enseignement est de leur faire s'approprier une culture philosophique &#8211; de faire de la lecture des textes non une t&#226;che p&#233;nible mais malheureusement obligatoire, mais une ressource pour l'&#233;criture, puisqu'il s'agit l&#224; de leur emprunter en toute irr&#233;v&#233;rence (ce qui n'est sans doute que la forme sup&#233;rieure du respect qu'on leur doit !) non seulement leurs id&#233;es mais jusqu'aux &#233;tranget&#233;s de leur &#233;criture, et de s'en servir pour &#233;crire ses propres textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, je crois, dans le cadre de ce travail d'intertextualit&#233; qu'il est important de prendre conscience du fait que l'histoire de la philosophie est pleine de textes qui ne sont pas des dissertations : dialogues, lettres, trait&#233;s, &#034;manuels&#034; (au sens d'Epict&#232;te), m&#233;ditations, essais, aphorismes, et m&#234;me contes et po&#232;mes philosophiques. Sur le plan p&#233;dagogique, c'est loin d'&#234;tre anecdotique : il faut s'int&#233;resser &#224; cette diversit&#233;, pour tenter d'y rep&#233;rer des processus assez g&#233;n&#233;raux et assez invariants pour pouvoir faire l'objet d'un travail avec des &#233;l&#232;ves, et pour exploiter les ressources de cette diversit&#233; des modes d'&#233;criture philosophique dans un apprentissage. Travailler en effet &#224; la fois la diversit&#233; et les invariants peut permettre &#224; chaque &#233;l&#232;ve de trouver dans tel ou tel type de texte les formes qui lui permettront le mieux de s'approprier telle ou telle caract&#233;ristique du texte philosophique : on vient de voir comment la lettre ou le dialogue peuvent aider &#224; comprendre le probl&#232;me de l'&#233;nonciation ; l'aphorisme peut donner le go&#251;t de la formule exacte, du mot juste qui condense une id&#233;e ; la m&#233;ditation peut faire entrer dans l'&#233;criture des &#233;l&#232;ves que rebute trop, dans un premier temps, la n&#233;cessit&#233; de structurer sa r&#233;flexion, etc. On pourra ensuite transf&#233;rer ces comp&#233;tences acquises sur la dissertation ou le commentaire de texte en vue de l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apprendre &#224; entrer dans le registre m&#233;tadiscursif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi utiliser les auteurs pour travailler sur une autre dimension du texte philosophique : son caract&#232;re m&#233;tadiscursif. J'entends par l&#224; qu'un texte philosophique se caract&#233;rise par le fait qu'il donne &#224; voir, en les explicitant, ses processus de pens&#233;e. Autrement dit, un philosophe, quand il &#233;crit, dit ce qu'il fait en m&#234;me temps qu'il le fait : s'il &#233;nonce un argument, une objection, une r&#233;ponse, il dit, par une modalisation sp&#233;cifique, qu'il s'agit d'un argument, d'une objection, d'une r&#233;ponse. S'il fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'opinion commune ou &#224; la th&#232;se d'un autre philosophe, il explicite ce rapport d'interlocution ou de dialogicit&#233;. Il y a donc une forte pr&#233;sence, dans les textes philosophiques, de marqueurs d'&#233;nonciation, d'indications sur le statut logique et &#233;nonciatif des &#233;nonc&#233;s. Or les &#233;l&#232;ves, le plus souvent, ignorent ou ma&#238;trisent mal cette dimension du texte philosophique, ce qui donne des copies que l'on juge d&#233;sordonn&#233;es, mal articul&#233;es, voire incoh&#233;rentes. Par exemple, l'&#233;l&#232;ve &#233;nonce une objection, mais ne lui donne pas la forme discursive de l'objection, ou bien il juxtapose des th&#232;ses contradictoires sans expliciter qu'il y a l&#224; une contradiction, et le correcteur ne voit l&#224; que des incoh&#233;rences de raisonnement. Ou encore, il juxtapose des phrases sans aucun lien, et l'on y verra une absence de raisonnement. Ou encore (et c'est, je trouve, de plus en plus fr&#233;quent), on a affaire &#224; des &#233;l&#232;ves qui tentent de tout dire en m&#234;me temps, qui font donc des phrases tr&#232;s longues qui perdent peu &#224; peu tout sens, parce qu'ils n'ont l'id&#233;e qu'on puisse mener un raisonnement avec des &#233;tapes et des articulations entre ces &#233;tapes. Pourtant ces &#233;l&#232;ves ne sont pas &#171; incapables de raisonner &#187; : quand on les interroge un peu longuement sur leur copie, ils sont tout &#224; fait capables de restituer la logique de ce qu'ils ont voulu ou cru &#233;crire. Ce qui leur manque, alors, et c'est ma troisi&#232;me hypoth&#232;se, ce sont les moyens de l'explicitation de la coh&#233;rence discursive et argumentative, c'est-&#224;-dire les moyens d'une prise de distance critique et r&#233;flexive sur leur argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore, donc, un probl&#232;me d'&#233;criture, puisque ces moyens sont d'abord langagiers, plus exactement discursifs, ce sont des formes discursives que l'on trouve en abondance dans les textes philosophiques. On peut donc en pr&#233;lever un certain nombre dans ces textes, les classer et les fournir aux &#233;l&#232;ves sous la forme d'une &#171; bo&#238;te &#224; outils d'&#233;criture philosophique &#187; En voici quelques exemples :&lt;br class='autobr' /&gt;
* &lt;i&gt;Marqueur d'&#233;nonciation&lt;/i&gt;, exprimant la pol&#233;mique : &#171; L'opinion la plus courante qu'on se fait de... est... Mais on peut remarquer tout de suite que... &#187; (Hegel).&lt;br class='autobr' /&gt;
* &lt;i&gt;Marqueur de conceptualisation&lt;/i&gt;, exprimant une distinction conceptuelle : &#171; Entre la moquerie et le rire, je fais une grande diff&#233;rence &#187; (Spinoza).&lt;br class='autobr' /&gt;
* &lt;i&gt;Marqueur de probl&#233;matisation&lt;/i&gt;, exprimant un paradoxe : &#171; C'est en un sens &#224; force d'&#233;tudier l'homme que nous nous sommes mis hors d'&#233;tat de le conna&#238;tre &#187; (Rousseau).&lt;br class='autobr' /&gt;
* &lt;i&gt;Marqueur d'argumentation&lt;/i&gt;, exprimant une s&#233;quence objection/r&#233;ponse : &#171; Que d'embarrassantes discussions dont il serait ais&#233; de se tirer en se disant.... Mais c'est l&#224; trancher la question sans la r&#233;soudre &#187; (Rousseau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut faire plusieurs usages de cette bo&#238;te &#224; outils : soit simplement la donner aux &#233;l&#232;ves, avec la consigne de s'en servir pour leurs dissertations, soit l'utiliser lors de la lecture de textes, afin de voir comment ces formes discursives dont &#224; l'&#339;uvre dans les textes, quels r&#244;les elles y jouent ; soit l'int&#233;grer dans une d&#233;marche d'atelier d'&#233;criture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera cette &#171; bo&#238;te &#224; outils &#187; avec une analyse de son usage en classe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce cas, on partira de l'exploration s&#233;mantique et de l'&#233;criture d'aphorismes, de maximes ou des questions dont j'ai parl&#233; dans la premi&#232;re partie de ce texte, et on demandera aux &#233;l&#232;ves d'&#233;crire des fragments de textes en utilisant ce mat&#233;riau et les matrices formelles de la bo&#238;te &#224; outils. On constate alors que ces formes discursives, simplement donn&#233;es comme telles, ne sont pas seulement des &#171; chevilles &#187; permettant de relier des fragments pr&#233;existants, mais peuvent aussi induire de nouveaux contenus de pens&#233;e, faire surgir de nouvelles id&#233;es : la contrainte formelle est elle-m&#234;me cr&#233;atrice. Ces fragments seront ensuite lus &#224; tous, et pourront &#234;tre la base de l'&#233;criture d'un texte collectif par groupes, puis de nouveaux textes individuels plus longs. En effet, les fragments ainsi produits ne sont d&#233;j&#224; plus de simples &#233;nonc&#233;s, puisqu'ils comportent une marque d'&#233;nonciation (ils sont d&#233;sign&#233;s explicitement comme assertion, comme argument, comme objection ou r&#233;ponse &#224; une objection etc..), et donc par l&#224;, ils appellent en quelque sorte la concat&#233;nation avec d'autres, ils sont pr&#234;ts pour la mise en texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de travail permet donc aux &#233;l&#232;ves de prendre une distance r&#233;flexive sur ce qu'ils &#233;crivent, puisqu'il induit une r&#233;flexion sur le statut logique et &#233;nonciatif des &#233;nonc&#233;s qu'ils produisent, et par l&#224; aide &#224; la construction d'un raisonnement qui soit explicit&#233; comme tel, parce que les moyens langagiers de le faire sont mis &#224; leur disposition, qu'ils se les approprient peu &#224; peu, en cr&#233;ent d'autres, en tout cas deviennent attentifs &#224; cette dimension du texte philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra cependant se demander : pourquoi recourir &#224; des formes parfois &#233;tranges puis&#233;es chez les philosophes, pourquoi ne pas donner simplement une liste raisonn&#233;e des connecteurs logiques ? N'y a-t-il pas l&#224; un artifice rh&#233;torique inutile ? Il me semble que c'est justement par leur &#233;tranget&#233; m&#234;me que ces formes peuvent avoir l'effet de distanciation d&#233;crit ci-dessus. Parce qu'elles appartiennent au registre du discours et non &#224; celui de la langue (ce qui serait le cas d'une liste de connecteurs), parce qu'elles sont emprunt&#233;es &#224; des discours d&#233;j&#224; existants, sont &#171; incarn&#233;es &#187; en quelque sorte et imputables &#224; des sujets nomm&#233;s : les philosophes auteurs de ces phrases. D&#232;s lors, on n'est plus dans la position de se plier &#224; des normes seulement per&#231;ues comme arbitraires, mais de travailler &#224; s'approprier des normes propres au discours philosophique tel qu'il a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; au fil des si&#232;cles par les philosophes ; d'entreprendre de situer son propre discours dans la filiation des philosophes, condition pour entrer en dialogue avec eux. Bakhtine &#233;crivait : &#171; l'exp&#233;rience verbale individuelle de l'homme prend forme et &#233;volue sous l'effet de l'interaction continue et permanente des &#233;nonc&#233;s individuels d'autrui. C'est une exp&#233;rience qu'on peut, dans une certaine mesure, d&#233;finir comme un processus d'assimilation, plus ou moins cr&#233;atif, des mots d'autrui (et non des mots de la langue).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Bakhtine, op. cit., p. 296.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Que des &#233;l&#232;ves, apprentis-philosophes, s'approprient les mots des philosophes (leurs concepts, bien s&#251;r, mais aussi leurs fa&#231;ons de les &#233;noncer, de les relier, de les &#171; mettre en sc&#232;ne &#187;), afin d'&#233;laborer leur propre pens&#233;e, n'est-ce pas l&#224; ce que nous devons viser ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;crire ensemble, se lire, analyser ce travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re id&#233;e qui me para&#238;t importante &#8211; et ce d'autant plus que ces derni&#232;res ann&#233;es, l'individualisation de l'enseignement est devenue un v&#233;ritable dogme - est le caract&#232;re collectif du travail sur l'&#233;criture dans une classe. Certes, il faut parfois lutter pour l'imposer, car les &#233;l&#232;ves r&#233;sistent &#224; cette id&#233;e en arguant que lors de l'&#233;preuve du Bac, ils seront seuls pour &#233;crire leur copie. Il faut donc les persuader que ce qu'ils apprennent dans ce travail collectif leur est utile pour d&#233;velopper leurs capacit&#233;s individuelles &#224; &#233;crire ; et pour cela, deux choses sont essentielles. D'une part, les temps de lecture collective des textes produits, et d'autre part, l'instauration de phases de travail r&#233;flexif sur l'&#233;criture &#171; ensemble &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de la lecture collective : qu'il s'agisse de petits fragments, de textes plus &#233;labor&#233;s, mais encore provisoires, ou encore de premi&#232;res &#233;bauches de dissertation, le fait de les donner &#224; lire - de les adresser - aux autres, de les soumettre &#224; la critique de ses pairs, de recevoir d'eux des consignes de r&#233;&#233;criture, tout cela transforme le rapport &#224; l'&#233;criture elle-m&#234;me. Cela induit en effet l'id&#233;e qu'&#233;crire est un travail, avec ce que cela implique &#224; la fois d'investissement du sujet dans une &#233;laboration de pens&#233;e, et de n&#233;cessaire mise &#224; distance de soi de ce qu'on &#233;crit : il faut en effet se d&#233;prendre de ce qu'on a &#233;crit, rompre l'identification - qu'elle soit satisfaite ou non, qu'on se trouve &#171; nul &#187; ou &#171; g&#233;nial &#187;, peu importe - avec son texte, pour pouvoir avancer, r&#233;&#233;crire autrement ou &#233;crire autre chose. Op&#233;ration souvent douloureuse, mais indispensable pour pouvoir passer de l'investissement narcissique du moi dans une expression - ce qui maintient et enferme dans le registre de l'imaginaire - &#224; l'engagement du sujet dans un travail d'&#233;criture, &#224; la construction de la position de sujet &#8211; dans le registre du symbolique - ; et donc par l&#224;, condition de possibilit&#233; d'un apprentissage et d'un progr&#232;s. D'autant plus indispensable pour des &#233;l&#232;ves qui pensent en g&#233;n&#233;ral l'&#233;criture comme ce que vous dicte l'inspiration (je suis toujours &#233;tonn&#233;e par l'insistance avec laquelle cette id&#233;e revient dans leur discours), qui attribuent leur r&#233;ussite ou leur &#233;chec &#224; la pr&#233;sence ou &#224; l'absence de cette inspiration, ce qui les rend aveugles au travail qu'ils ont fourni ou pas fourni. D'autant plus indispensable encore pour des &#233;l&#232;ves qui, de plus en plus fr&#233;quemment disent qu'ils ne supportent pas de se relire (ils rendent leurs devoirs comme pour s'en d&#233;barrasser, sans les avoir relus) et refusent de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture collective a donc pour fonction, de ce point de vue, de r&#233;v&#233;ler et de faire &#233;prouver que l'&#233;criture est un travail, et que, comme tout travail, elle est indissociablement rapport &#224; un objet, rapport &#224; soi et rapport &#224; l'activit&#233; d'autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les phases d'analyse r&#233;flexive : elles consistent en ce que chacun, et tous ensemble, tentent de d&#233;crire ce qui s'est pass&#233; pour eux dans le temps de l'&#233;criture : comment on a r&#233;agi aux consignes, comment on les a interpr&#233;t&#233;es, ce qui permet d'analyser le n&#233;cessaire d&#233;calage entre travail prescrit et travail r&#233;el ; quelles difficult&#233;s on a rencontr&#233;es, comment on les a - ou non - surmont&#233;es. Temps essentiel de l'apprentissage, donc, puisque c'est l&#224; le moment de la &#171; m&#233;thodologie &#187; au sens propre du terme, qui consiste non pas &#224; appliquer une m&#233;thode venue de l'ext&#233;rieur, mais &#224; r&#233;fl&#233;chir, en les confrontant &#224; ceux des autres, ses propres processus de pens&#233;e, les prescriptions qu'on se donne, les strat&#233;gies qu'on met en &#339;uvre, &#224; &#233;valuer leur efficience et leur validit&#233; par rapport &#224; ce qu'on attend du &#171; produit fini &#187;. Temps du &#171; d&#233;bat &#187; entre ses propres normes subjectives et celles, objectiv&#233;es, de la discipline, qui permet l'acc&#232;s &#224; une normativit&#233; autonome du sujet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai tent&#233; de d&#233;crire un travail r&#233;flexif de ce type men&#233; sur toute une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur son propre travail. Temps essentiel aussi pour l'enseignant, car c'est l&#224; qu'il peut &#224; la fois mesurer la validit&#233; des consignes qu'il donne, et donner &#224; voir son propre travail de &#034;prescripteur&#034;, donc mettre en partage les probl&#232;mes p&#233;dagogiques et didactiques dans une commune dynamique de recherche. Ce temps d'analyse r&#233;flexive permet aussi de r&#233;fl&#233;chir aux finalit&#233;s m&#234;mes de l'acte d'&#233;crire : en classe, on n'&#233;crit pas pour &#234;tre publi&#233;, ni pour bouleverser la pens&#233;e contemporaine sur tel ou tel sujet, on &#233;crit parce qu'un professeur vous a donn&#233; un sujet &#224; traiter et parce qu'on veut avoir le Bac. Mais travailler ainsi l'&#233;criture philosophique dans toutes ses dimensions fait d&#233;couvrir qu'&#233;crire peut &#171; servir &#187; &#224; mieux comprendre le monde, les autres, soi, le rapport de soi au monde et aux autres, qu'&#233;crire peut &#171; servir &#187; &#224; penser plus et autrement, et que c'est l&#224; ce qui peut donner sens &#224; une &#233;criture en situation scolaire. Certains &#233;l&#232;ves le savent d&#233;j&#224;, et le manifestent d&#232;s le premier devoir, mais pour la plupart de nos &#233;l&#232;ves, ce sens est &#224; construire, et toujours &#224; r&#233;activer. Que nous, enseignants, le sachions aussi, me para&#238;t essentiel lorsque le doute nous saisit, parfois, sur le sens de ce que nous faisons et de ce que nous demandons &#224; nos &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cha&#239;m Perelman, &lt;i&gt;L'Empire rh&#233;torique&lt;/i&gt;, Vrin, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'emprunte ces concepts &#224; Georges Canguilhem qui en a fait le pivot de sa philosophie du vivant : &#171; L'homme normal, c'est l'homme normatif, l'&#234;tre capable d'instituer de nouvelles normes.. &#187; (Le normal et le pathologique, PUF Quadrige, 1991, p. 87). L'exportation de ces concepts du domaine biologique vers l'analyse du travail me semble l&#233;gitim&#233;e par l'usage que Canguilhem en a fait lui-m&#234;me dans un article de 1947, &#034;Milieux et normes de l'homme au travail&#034;, en hommage &#224; Georges Friedmann (&lt;i&gt;Cahiers internationaux de sociologie&lt;/i&gt;, vol. III).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Ricoeur &#233;crit dans &lt;i&gt;La m&#233;taphore vive&lt;/i&gt; (Seuil, 1975, p.384) : l'imagination &#171; contraint la pens&#233;e conceptuelle &#224; penser plus. L'imagination cr&#233;atrice n'est pas autre chose que cette demande adress&#233;e &#224; la pens&#233;e conceptuelle&#8230; la m&#233;taphore est vive en ce qu'elle inscrit l'&#233;lan de l'imagination dans un &#171; penser plus &#187; au niveau du concept &#187;. Les exemples sont tir&#233;s d'un atelier d'&#233;criture d&#233;crit dans le n&#176; 6 (1998) de &lt;i&gt;Pratiques de la Philosophie&lt;/i&gt;, la revue du GFEN-Philo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Bakhtine, &#171; Les genres du discours &#187;, in &lt;i&gt;Esth&#233;tique de la cr&#233;ation verbale&lt;/i&gt;, Gallimard, 1984, p. 298 et 300.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouvera cette &#171; bo&#238;te &#224; outils &#187; avec une analyse de son usage en classe dans le livre du secteur philo du GFEN, &lt;i&gt;Philosopher, tous capables&lt;/i&gt;, Chronique Sociale, 2005, pp. 180-188.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Bakhtine, op. cit., p. 296.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai tent&#233; de d&#233;crire un travail r&#233;flexif de ce type men&#233; sur toute une ann&#233;e scolaire, dans &#034;Les aventures de la pens&#233;e dans l'&#233;criture&#034;, que l'on trouvera dans &lt;i&gt;Philosopher, tous capables&lt;/i&gt;, op. cit. pp. 239-255.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Assurer les apprentissages des coll&#233;giens de REP en d&#233;veloppant leurs comp&#233;tences m&#233;talangagi&#232;res</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article330</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article330</guid>
		<dc:date>2021-08-21T10:15:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Kaczmarek</dc:creator>


		<dc:subject>conduite des apprentissages</dc:subject>
		<dc:subject>Coll&#233;giens</dc:subject>
		<dc:subject>Exigences</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous savons que les &#233;l&#232;ves de milieux populaires ont une r&#233;ussite scolaire plus faible que la moyenne. Les explications avanc&#233;es sont vari&#233;es et il n'est pas utile de les exposer ici. Mon exp&#233;rience de professeur d'histoire-g&#233;ographie dans un coll&#232;ge REP de banlieue parisienne depuis pr&#232;s de quinze ans me permet de balayer certaines explications qui &#224; mon sens ne permettent pas de comprendre les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves : le manque de motivation ou d'implication, le manque de travail &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;conduite des apprentissages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;Coll&#233;giens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot77" rel="tag"&gt;Exigences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L129xH150/arton330-28e46.png?1790692606' class='spip_logo spip_logo_right' width='129' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous savons que les &#233;l&#232;ves de milieux populaires ont une r&#233;ussite scolaire plus faible que la moyenne. Les explications avanc&#233;es sont vari&#233;es et il n'est pas utile de les exposer ici. Mon exp&#233;rience de professeur d'histoire-g&#233;ographie dans un coll&#232;ge REP de banlieue parisienne depuis pr&#232;s de quinze ans me permet de balayer certaines explications qui &#224; mon sens ne permettent pas de comprendre les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves : le manque de motivation ou d'implication, le manque de travail &#224; la maison, des probl&#232;mes de m&#233;morisation&#8230; En r&#233;alit&#233;, quand les demandes et les exigences de l'&#201;cole sont explicites et claires les &#233;l&#232;ves de milieux populaires ont une capacit&#233; de travail tr&#232;s importante, et on peut m&#234;me s'&#233;tonner de leur grande capacit&#233; de m&#233;morisation d'une quantit&#233; importante de d&#233;finitions, exemples, explications&#8230; Leur difficult&#233; r&#233;side plut&#244;t dans la capacit&#233; &#224; utiliser &#224; bon escient toutes ces informations. Tous les enseignant&#183;es ont pu constater qu'une &#233;valuation consistant en une simple restitution de connaissances peut donner d'excellents r&#233;sultats mais qu'avec les m&#234;mes &#233;l&#232;ves une &#233;valuation consistant en un r&#233;investissement des connaissances pour mener un raisonnement peut s'av&#233;rer tr&#232;s souvent d&#233;cevante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Face aux obstacles, trouver les pistes d'une p&#233;dagogie de l'exigence
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En histoire-g&#233;ographie, ce constat appara&#238;t notamment lorsque les &#233;l&#232;ves doivent r&#233;pondre &#224; des questions portant sur un document historique ou g&#233;ographique. Ces questions visent &#224; v&#233;rifier la capacit&#233; &#224; pr&#233;lever des informations dans un texte, un graphique, une carte&#8230;, &#224; saisir les sous-entendus du document, &#224; mettre en lien ces informations avec un contexte afin de faire la preuve de la compr&#233;hension d&#233;taill&#233;e du document. On constate souvent lors de cet exercice que des &#233;l&#232;ves, ayant pourtant fait la preuve au pr&#233;alable de l'acquisition de solides connaissances, se contentent de r&#233;diger des r&#233;ponses superficielles, peu d&#233;velopp&#233;es et peu argument&#233;es, passant &#224; c&#244;t&#233; du sens primordial du document. Le plus troublant est que m&#234;me mes tr&#232;s bons &#233;l&#232;ves semblent incapables de r&#233;ussir v&#233;ritablement cet exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat peut probablement &#234;tre &#233;tendu au-del&#224; de l'histoire-g&#233;ographie. Il est peu douteux qu'en fran&#231;ais ou en sciences les &#233;l&#232;ves sont confront&#233;&#183;es aux m&#234;mes difficult&#233;s. &#201;tablir un diagnostic de ces difficult&#233;s s'av&#232;re donc essentiel pour qui souhaite mener un enseignement plus efficient vis-&#224;-vis de ses &#233;l&#232;ves. Le livre d'Anne-Sophie Romainville, &lt;i&gt;Les faces cach&#233;es de la langue scolaire&lt;/i&gt; est un outil utile pour prendre conscience de ce qui se joue dans la classe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne-Sophie Romainville, Les faces cach&#233;es de la langue scolaire. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La cl&#233; semble &#234;tre du c&#244;t&#233; du rapport au langage des &#233;l&#232;ves (rapport &#224; la langue mais surtout rapport &#224; la forme du discours &lt;i&gt;scolaire&lt;/i&gt;). La recherche men&#233;e par l'autrice &#233;claire les m&#233;canismes existant dans la classe qui emp&#234;chent les &#233;l&#232;ves de milieux populaires de ma&#238;triser la posture &#171; scriptural-scolaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Lahire, Culture &#233;crite et in&#233;galit&#233;s scolaires. Sociologie de &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; attendue d'eux dans leur production &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_292 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L148xH234/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.07.11-0773c.png?1790689110' width='148' height='234' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu pour chaque enseignant est d&#232;s lors de discerner ce qui fait obstacle chez les &#233;l&#232;ves dans leur compr&#233;hension de ce qui est attendu &#224; l'&#233;cole au moment de la confrontation avec un document formul&#233; dans un langage particulier (langage administratif, litt&#233;raire, cartographique&#8230;). Mon exp&#233;rience me permet d'abonder dans le sens de l'autrice quant &#224; l'importance de la ma&#238;trise de comp&#233;tences m&#233;talangagi&#232;res par les &#233;l&#232;ves c'est-&#224;-dire la capacit&#233; &#224; analyser le langage de l'&#201;cole mais aussi ce qu'on &#233;crit soi-m&#234;me, en adoptant la distance n&#233;cessaire &#224; toute r&#233;daction. C'est peut-&#234;tre le manque d'attention &#224; enseigner ces comp&#233;tences qui explique la difficult&#233; de beaucoup d'&#233;l&#232;ves &#224; &#233;pouser les exigences des enseignant&#183;es. Face &#224; la menace de baisser les bras et d'en rabattre sur nos exigences avec les &#233;l&#232;ves, il est donc de notre responsabilit&#233; de trouver les pistes d'une p&#233;dagogie de l'exigence intellectuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, condition d'une vraie d&#233;mocratisation scolaire que nous devons aux &#233;l&#232;ves, contraint&#183;es de se frotter plus de 20 heures par semaine pendant des ann&#233;es &#224; l'institution scolaire. Quelques pistes seront expos&#233;es ici &#224; partir de pratiques quotidiennes avec mes classes (cet article compl&#232;te un r&#233;cit de pratique plus long paru dans &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux populaires&lt;/i&gt;, La Dispute, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_294 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L149xH247/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.06.18-e3050.png?1790689110' width='149' height='247' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Diagnostic&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Afin de saisir ce qui se passe chez les &#233;l&#232;ves au moment de leur travail en classe, je me propose d'exposer des r&#233;ponses produites par mes &#233;l&#232;ves, avant que je mette en place un certain nombre de pratiques pour tenter de rem&#233;dier &#224; la situation. C'est par l'analyse des erreurs des &#233;l&#232;ves et par une volont&#233; de rechercher des solutions du c&#244;t&#233; de l'enseignant qu'il doit &#234;tre possible de r&#233;duire l'&#233;chec constat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des activit&#233;s pr&#233;sent&#233;es ci-dessous, les &#233;l&#232;ves travaillent de mani&#232;re individuelle &#224; l'&#233;crit avec leur manuel et leur cahier et je circule aupr&#232;s d'eux pour &#233;changer, corriger...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 5e, voici l'une des questions pos&#233;es dans le manuel aux &#233;l&#232;ves pour analyser la carte ci-dessous :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quels sont les am&#233;nagements r&#233;alis&#233;s pour transporter ces hydrocarbures ? &#187; (je pr&#233;cise que la signification des mots &#171; am&#233;nagements &#187; et &#171; hydrocarbures &#187; est connue de tous les &#233;l&#232;ves au moment de cet exercice.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_295 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH375/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.08.33-e9518.png?1790689110' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je reproduis ici la r&#233;ponse formul&#233;e par la majorit&#233; des &#233;l&#232;ves de la classe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les am&#233;nagements r&#233;alis&#233;s pour transporter ces hydrocarbures sont les principaux ol&#233;oducs, les principaux gazoducs, les routes maritimes et le terminal p&#233;trolier.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ont fait ces &#233;l&#232;ves ? Dans la question, ils et elles ont rep&#233;r&#233; le mot &#171; transporter &#187;, puis dans la l&#233;gende, ont rep&#233;r&#233; &#171; 2. Les infrastructures de transport &#187;. Ils et elles ont d&#232;s lors arr&#234;t&#233; toute r&#233;flexion pour recopier toutes les informations contenues dans cette partie de la l&#233;gende. Nous avons ici une tendance habituelle chez les &#233;l&#232;ves : rep&#233;rer un &#171; mot-signal &#187; et s'en contenter. Ici cela aboutit &#224; une r&#233;ponse qui n'est pas acceptable : les mots &#171; principaux &#187; ne sont pas utiles, &#171; routes maritimes &#187; n'est pas un am&#233;nagement, on attendrait la mention de &#171; terminaux p&#233;troliers &#187; car il y en a plusieurs sur la carte&#8230; Cela montre que les &#233;l&#232;ves n'ont aucune ma&#238;trise de la r&#233;ponse qu'ils et elles viennent de formuler et que tr&#232;s probablement ils et elles ne connaissent pas la signification des mots recopi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la r&#233;ponse propos&#233;e par les meilleur&#183;es &#233;l&#232;ves de la classe : &#171; Les am&#233;nagements r&#233;alis&#233;s pour transporter ces hydrocarbures sont les ol&#233;oducs, les gazoducs et les terminaux p&#233;troliers &#187;. A priori, il s'agit d'une tr&#232;s bonne r&#233;ponse car toutes les erreurs relev&#233;es ci-dessus sont absentes. N&#233;anmoins quand je circule pendant leur travail et viens voir ces &#233;l&#232;ves individuellement pour leur demander : &#171; c'est quoi un ol&#233;oduc, un gazoduc, un terminal p&#233;trolier ? &#187;, tous les &#233;l&#232;ves me r&#233;pondent ne pas savoir et n' y avoir m&#234;me pas r&#233;fl&#233;chi. Cela ne semble leur poser aucun probl&#232;me. &#192; chaque fois, je barre la r&#233;ponse et demande &#224; l'&#233;l&#232;ve de recommencer. Il ou elle est syst&#233;matiquement outr&#233;&#183;e car convaincu d'avoir parfaitement rempli sa mission. En effet, pour mes &#233;l&#232;ves, l'&#233;cole est l'endroit o&#249; il faut trouver les mots qui vont convenir au professeur m&#234;me si on ne sait pas du tout ce qu'ils veulent dire. Des ann&#233;es &#224; formuler des r&#233;ponses d&#233;nu&#233;es de sens mais syst&#233;matiquement compt&#233;es justes par les enseignant&#183;es leur ont donn&#233; de mauvaises habitudes qu'il s'agit pour moi de gommer. Pour cela, j'expliquerai plus loin comment j'essaie d'amener les &#233;l&#232;ves &#224; faire la preuve de leur compr&#233;hension de tous les mots utilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait consid&#233;rer que les &#233;l&#232;ves de 5e sont encore jeunes et que cela s'arrangera tout seul avec le temps. Pourtant, je constate que plus les &#233;l&#232;ves sont &#226;g&#233;&#183;es, plus les mauvaises habitudes sont ancr&#233;es et plus il est difficile de les contrer. La production de mes &#233;l&#232;ves de 3e illustre l'incrustation profonde de mauvaises habitudes si on ne lutte pas t&#244;t contre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ci-dessous une question du manuel parmi d'autres portant sur cette photographie et les informations qui l'accompagnent :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_297 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L300xH124/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.30.19-0241b.png?1790689110' width='300' height='124' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Expliquez pourquoi la ville de Stalingrad a une valeur importante lors de la guerre entre l'Allemagne et l'URSS ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la r&#233;ponse presque unanime &#233;crite par mes &#233;l&#232;ves : &#171; Stalingrad a une valeur importante car c'est un des principaux centres industriels de l'URSS et elle a une valeur symbolique importante &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans l'exemple pr&#233;c&#233;dent, mes &#233;l&#232;ves ont recopi&#233; un passage de la l&#233;gende de l'image. Je viens les voir chacun leur tour et leur demande : &#171; c'est quoi un centre industriel ? &#187;. A chaque fois, je constate que je viens de poser une question que l'&#233;l&#232;ve ne s'&#233;tait pas pos&#233;e. J'engage un dialogue avec lui ou elle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - Et &#231;a veut dire quoi qu'elle a une valeur symbolique importante ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#8230; Bah, c'est un symbole cette ville.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est-&#224;-dire ? Pourquoi tu dis &#231;a ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Elle s'appelle Stalingrad, &#231;a veut dire la ville de Staline.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et alors ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour une question d'image, &#231;a devait &#234;tre important pour Hitler de conqu&#233;rir la ville qui porte le nom du chef de l'URSS.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ok, pourquoi tu n'as pas mis &#231;a dans ta r&#233;ponse ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'&#233;tait pas demand&#233; alors j'ai pas cherch&#233; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveau, cet &#233;change montre que pour tous mes &#233;l&#232;ves, &#224; l'&#201;cole, on n'est pas l&#224; pour comprendre v&#233;ritablement ce que le document expose et pour pr&#233;senter ce qu'on a compris, on est l&#224; pour donner les mots voulus par les professeurs, convaincus que cela suffit (de fait cela suffit souvent car cette r&#233;ponse sera d'ordinaire syst&#233;matiquement compt&#233;e juste comme par exemple lors de l'&#233;preuve terminale d'histoire-g&#233;ographie du Dipl&#244;me National du Brevet). Le fait que je compte faux ce genre de r&#233;ponse en &#233;valuation provoque pas mal d'&#233;moi au d&#233;part chez mes &#233;l&#232;ves, avant qu'ils et elles prennent l'habitude de d&#233;finir et expliquer tous les mots utilis&#233;s. Pour que cette explication soit possible, il faut que la d&#233;marche d'interrogation soit syst&#233;matique chez eux. J'exposerai comment je tente qu'elle le soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours en 3e, voici un document et deux questions pos&#233;es en &#233;valuation qui illustrent la tendance des &#233;l&#232;ves &#224; rep&#233;rer des &#171; mots-signaux &#187; et &#224; arr&#234;ter d&#232;s lors toute r&#233;flexion :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_298 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH347/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.30.58-10ae2.png?1790689110' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Questions :&lt;br class='autobr' /&gt;
1. D'apr&#232;s vos connaissances, comment s'appelle l'accord &#233;voqu&#233; sur ce document et &#224; quelle date a-t-il &#233;t&#233; sign&#233; ? (1 pt)&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Relevez sur ce document les droits et avantages gagn&#233;s par les travailleurs. (1,5 pt)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la r&#233;ponse trouv&#233;e dans la majorit&#233; des copies :&lt;br class='autobr' /&gt;
1. &#171; L'accord &#233;voqu&#233; sur ce document est l'accord Matignon. Il a &#233;t&#233; sign&#233; le 8 juin 1936. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;l&#232;ves ici ont rep&#233;r&#233; dans la question qu'une date &#233;tait demand&#233;e et ont recopi&#233; par automatisme la date du 8 juin 1936 trouv&#233;e sur le journal. Le d&#233;but de la question &#171; d'apr&#232;s vos connaissances &#187; avait pourtant pour but de lutter contre le r&#233;flexe de recopier la date sur le document. Avant de rendre les copies corrig&#233;es, je leur demande la date des accords Matignon, tous me r&#233;pondent comme une &#233;vidence : &#171; le 7 juin 1936 &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux variantes, &#233;galement fautives, ont &#233;t&#233; formul&#233;es pour r&#233;pondre &#224; la question 2 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#171; Les droits et avantages gagn&#233;s par les travailleurs sont la reconnaissance du droit syndical et des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'atelier, l'augmentation des salaires de 7 &#224; 15 % sans diminution des avantages sup&#233;rieurs d&#233;j&#224; acquis, le ravitaillement en essence et en huiles lourdes redevient normal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette r&#233;ponse, les &#233;l&#232;ves ont relev&#233; dans le document tout ce qui paraissait positif pour r&#233;pondre aux mots-signaux &#171; droits et avantages &#187;, recopiant donc &#233;galement le retour de l'essence &#224; la pompe suite &#224; la reprise du travail. En r&#233;fl&#233;chissant, les &#233;l&#232;ves auraient facilement &#233;vit&#233; cette confusion ne serait-ce qu'en constatant que cette information n'avait jamais &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e dans le cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Variante :&lt;br class='autobr' /&gt;
2. &#171; Les droits et avantages gagn&#233;s par les travailleurs sont la reconnaissance du droit syndical, les d&#233;l&#233;gu&#233;s du personnel, l'augmentation des salaires, les cong&#233;s pay&#233;s et la semaine de travail limit&#233;e &#224; 40 heures &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, au contraire, les &#233;l&#232;ves ont r&#233;pondu aux mots-signaux &#171; droits et avantages &#187; en listant tous les droits et avantages acquis &#224; l'&#233;poque du Front populaire y compris les cong&#233;s pay&#233;s et la semaine de 40 heures qui seront vot&#233;es par le Parlement apr&#232;s le 8 juin 1936. Ne faisant pas attention aux mots &#171; Relevez sur ce document &#187; qui devait restreindre la r&#233;ponse, les &#233;l&#232;ves ont r&#233;cit&#233; leurs cours sans pr&#234;ter attention suffisamment &#224; la consigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;p&#232;te que ce n'est pas le manque de travail ou un d&#233;faut de connaissances qui ont fait &#233;chouer les &#233;l&#232;ves &#224; ces deux questions. Beaucoup ont eu plus de 15/20 &#224; cette &#233;valuation sur l'entre-deux guerres. Les &#233;l&#232;ves ont montr&#233; une tr&#232;s bonne connaissance du cours &#224; travers leurs r&#233;ponses &#224; des questions de restitution de connaissances mais ont presque tous eu 0 point &#224; ces deux questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci n'est pas anodin et r&#233;v&#232;le de vraies difficult&#233;s qu'il est urgent de surmonter pour tous les &#233;l&#232;ves y compris pour les &#233;l&#232;ves ayant de tr&#232;s bonnes notes car ces difficult&#233;s finissent toujours par se r&#233;v&#233;ler au grand jour dans la suite de la scolarit&#233; et fragilisent les r&#233;sultats de beaucoup d'&#233;l&#232;ves au lyc&#233;e, les plongeant dans un grand d&#233;sarroi puisque l'institution les avait convaincu&#183;es jusque-l&#224; qu'ils ou elles &#233;taient de tr&#232;s bon&#183;nes &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, toujours en 3e, il convient d'insister sur la tendance des &#233;l&#232;ves &#224; rester &#224; la surface du document et &#224; ne pas relier ce qu'il contient aux connaissances du contexte afin de l'&#233;clairer. Ce qu'on appelle commun&#233;ment &#171; la paraphrase &#187; et qui consiste pour les &#233;l&#232;ves &#224; simplement recopier ou reformuler plus ou moins correctement des passages du document sans apport de connaissances qui pourraient r&#233;v&#233;ler les sous-entendus de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus frappant est l'analyse de cette couverture de brochure du Front populaire o&#249; les &#233;l&#232;ves doivent, apr&#232;s une pr&#233;sentation et une description factuelle de l'image, proc&#233;der &#224; une analyse autonome :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_299 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L239xH342/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.32.11-1641d.png?1790689110' width='239' height='342' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Unanimement, mes &#233;l&#232;ves formulent dans leur cahier une r&#233;ponse de ce genre :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le Front populaire est contre la mis&#232;re et pour le pain c'est-&#224;-dire qu'il veut que tout le monde ait &#224; manger. Il est contre la guerre et pour la paix pour &#233;viter des morts et il est contre le fascisme et pour la libert&#233; car il est contre la dictature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici aucune r&#233;f&#233;rence au contexte de l'&#233;poque que les &#233;l&#232;ves connaissent pourtant. Il &#233;tait cependant autoris&#233; et m&#234;me conseill&#233; de consulter les pages pr&#233;c&#233;dentes de leur cahier afin de retrouver des informations sur la crise de 1929, le r&#233;armement de l'Allemagne ou sur le 6 f&#233;vrier 1934 vu la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente. J'insiste sur le fait que les &#233;l&#232;ves proposant cette r&#233;ponse semblaient satisfait&#183;es de leur travail, sinc&#232;rement convaincu&#183;es d'avoir rempli leur mission, alors que leur r&#233;ponse pourrait avoir &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e par un&#183;e &#233;l&#232;ve qui n'a jamais entendu parler de l'entre-deux guerres. Il est donc n&#233;cessaire de questionner ce que nous n'avons pas r&#233;ussi dans la transmission explicite aux &#233;l&#232;ves de nos attentes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enjeux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ces constats, j'ai mis en place progressivement quelques pratiques s'imposant de la 6e &#224; la 3e avec l'ambition de lutter contre l'enracinement de mauvaises habitudes et de r&#233;soudre ces difficult&#233;s. L'objectif est de d&#233;velopper chez les &#233;l&#232;ves la capacit&#233; d'adopter &#224; bon escient un &#171; langage scriptural-scolaire &#187; gr&#226;ce &#224; la capacit&#233; d'analyse du langage et discours de l'&#201;cole mais aussi de leur propre production. Se fondant sur ses propres observations, Anne-Sophie Romainville conclut que les principales lacunes des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; rel&#232;vent d'un d&#233;ficit de &lt;i&gt;comp&#233;tence m&#233;talangagi&#232;re&lt;/i&gt;, comp&#233;tence qu'elle d&#233;cline en deux sous-comp&#233;tences :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;la sous-comp&#233;tence m&#233;talinguistique&lt;/i&gt; qui permet d'adopter une attitude syst&#233;matiquement r&#233;flexive &#224; l'&#233;gard du langage : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; elle implique le d&#233;passement de la pratique langagi&#232;re intuitive pour pouvoir :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; manipuler le langage
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le consid&#233;rer comme objet autonome
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'appr&#233;hender comme syst&#232;me formel ayant ses propres r&#232;gles intrins&#232;ques et bas&#233; sur une structure logique mais arbitraire
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; adopter une posture r&#233;flexive et analytique &#224; son &#233;gard &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;la sous-comp&#233;tence m&#233;tadiscursive&lt;/i&gt; qui &#171; consiste en une capacit&#233; &#224; prendre de la distance par rapport &#224; toute situation de communication afin de :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; manipuler, comparer et analyser les &#233;l&#233;ments li&#233;s au discours [&#8230;] ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; consid&#233;rer le discours comme pratique de communication qui a ses propres r&#232;gles [&#8230;] et qui ne fait pas que transmettre un message ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; adopter une posture r&#233;flexive et analytique &#224; l'&#233;gard de cette pratique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne-Sophie Romainville, op. cit., p. 168-169.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;sente donc ci-dessous quelques pratiques mises au point au fil des ans, chaque ann&#233;e modifi&#233;es et r&#233;ajust&#233;es en fonction de leur r&#233;ussite avec les &#233;l&#232;ves, ayant pour objectif de d&#233;velopper chez eux ces comp&#233;tences. Elles forment un ensemble progressif et cumulatif de la 6e &#224; la 3e et constituent des pistes pouvant, je l'esp&#232;re, inspirer d'autres pratiques y compris dans d'autres mati&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pratiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 6e, je me concentre sur deux objectifs :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1- les amener &#224; syst&#233;matiquement analyser les mots&lt;/i&gt; qui introduisent la question afin de percevoir ce qui est v&#233;ritablement demand&#233;. Par exemple, lors d'un travail sur des documents portant sur la pollution dans les m&#233;tropoles, les &#233;l&#232;ves doivent r&#233;pondre &#224; 4 questions inscrites ainsi au tableau :&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Doc. 2 : Citez la plus forte cause d'&#233;mission d'oxydes d'azote ?&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Doc. 1 : D&#233;crivez la photographie. Rep&#233;rez sur cette image quelle mesure est mise en place pour essayer de limiter le pollution ?&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Doc.2 : Listez les polluants dangereux pour la sant&#233;. Relevez les organes du corps affect&#233;s par la pollution.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. En utilisant ce que nous avons dit pr&#233;c&#233;demment, d&#233;duisez pourquoi il y a beaucoup de pollution dans les m&#233;tropoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves ne commencent pas ce travail avant que nous ayons pass&#233; un certain temps &#224; d&#233;finir et expliciter les mots soulign&#233;s qui introduisent chaque question car ils offrent un &#233;clairage essentiel sur le travail demand&#233;. Trop d'&#233;l&#232;ves ne pr&#234;tent pas une attention particuli&#232;re sur le sens de verbes comme &#171; relever &#187;, &#171; montrer &#187;, ce qui occasionne si souvent des erreurs &#233;vitables. Une fois l'habitude ancr&#233;e de passer par cette analyse, les &#233;l&#232;ves r&#233;alisent seul&#183;es ce travail en s'appuyant sur l'affichage en classe qui redonne l'explication de tous les mots pouvant d&#233;marrer une question. Ainsi tr&#232;s t&#244;t, l'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; d'une phase d'analyse de la question s'installe chez les &#233;l&#232;ves ce qui leur permet de ma&#238;triser leur tendance &#224; la r&#233;ponse spontan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_300 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L300xH211/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.33.02-7f17c.png?1790689110' width='300' height='211' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2- expliciter ce qu'est le langage &#233;crit &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt; : pour leur montrer l'&#233;cart entre le langage conversationnel et le langage scriptural, j'utilise les moments de cours dialogu&#233;s comme entra&#238;nement &#224; l'expression &#233;crite en leur demandant lorsqu'ils ou elles r&#233;pondent &#224; une question portant sur un document &#224; l'oral d'adopter le langage de l'&#233;crit avec formulation compl&#232;te des n&#233;gations, utilisation avec parcimonie des pronoms personnels,&#8230;. C'est la forte contrainte que constitue l'expression &#224; l'oral de phrases de type &#233;crit qui fait prendre conscience aux &#233;l&#232;ves &#224; partir de la 6e que v&#233;ritablement on n'&#233;crit pas comme on parle, m&#234;me quand on parle bien. L'exigence sur le fond et la forme des interventions des &#233;l&#232;ves dans ces moments de cours dialogu&#233;s s'av&#232;re primordiale, et semble faire d&#233;faut souvent de la part des enseignant&#183;es confront&#233;&#183;es &#224; des &#233;l&#232;ves de milieux populaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne-Sophie Romainville, Les faces cach&#233;es de la langue scolaire, op. cit., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 5e, de nouvelles pratiques &lt;/strong&gt; s'ajoutent aux pr&#233;c&#233;dentes dans le but de s'assurer que les &#233;l&#232;ves ma&#238;trisent v&#233;ritablement les informations qu'ils et elles mobilisent &#224; l'&#233;crit. Je souhaite donc les amener &#224; expliquer syst&#233;matiquement les mots employ&#233;s dans leur r&#233;ponse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1- la m&#233;thode du &#171; c'est-&#224;-dire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#232;gle est que tout mot employ&#233; dans une r&#233;ponse qui ne rel&#232;ve pas du langage courant (&#171; des mots que vous n'utilisez pas au quotidien &#187;) doit &#234;tre expliqu&#233; et donc suivi de &#171; c'est-&#224;-dire... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre l'exemple expos&#233; pr&#233;c&#233;demment, voil&#224; comment je montre aux &#233;l&#232;ves le d&#233;calage entre une r&#233;ponse qu'ils et elles pensent juste et ce que j'attends v&#233;ritablement. Lors de la correction, le tableau de la classe est s&#233;par&#233; en deux colonnes pour pouvoir comparer les deux r&#233;ponses et se rendre compte visuellement de ma demande :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_301 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH107/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.43.11-183e1.png?1790689110' width='500' height='107' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, mes &#233;l&#232;ves pars&#232;ment leurs r&#233;ponses de &#171; c'est-&#224;-dire &#187; qui rendent parfois les formulations un peu lourdes, mais qui ont le m&#233;rite de faire &#233;merger clairement &#224; leurs yeux qu'une r&#233;ponse &#224; l'&#201;cole r&#233;pond &#224; des normes, des contraintes qui sont en d&#233;calage avec la r&#233;ponse spontan&#233;e qui leur vient habituellement. Je constate que leur posture lors de ces activit&#233;s change. Les &#233;l&#232;ves ne se contentent plus de chercher les mots qui conviennent au professeur pour passer rapidement &#224; la question suivante, leur r&#233;flexion sur les mots est permanente pour pouvoir comprendre et &#234;tre capable d'expliquer chaque terme du document. Cela implique qu'ils et elles doivent pouvoir trouver seul&#183;es ce que veulent dire ces mots. Tous mes &#233;l&#232;ves minimisent leur capacit&#233; intellectuelle et ont pour habitude de solliciter le professeur face &#224; chaque mot inconnu se pensant incapables de d&#233;duire son sens. Les &#233;l&#232;ves les plus &#171; scolaires &#187; ont le r&#233;flexe de demander un dictionnaire, convaincu&#183;es que c'est l'attitude que le professeur attend. En classe, lors de ces activit&#233;s, je refuse de leur expliquer les mots du document inconnus pour eux et de leur donner un dictionnaire. A la place, est placard&#233;e dans la classe une affiche qui rappelle les fa&#231;ons de d&#233;duire de mani&#232;re autonome le sens d'un mot inconnu. Je les renvoie syst&#233;matiquement vers cette gymnastique intellectuelle lorsqu'il leur est n&#233;cessaire de conna&#238;tre le sens d'un mot :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; je cherche tous les mots de la m&#234;me famille, je d&#233;compose le mot pour trouver le radical&lt;br class='autobr' /&gt;
exemple ici : &#171; gazoducs &#187; commence par &#171; gaz &#187;, &#231;a doit avoir un rapport avec le gaz
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; je trouve des indices gr&#226;ce au contexte de la phrase ou du document,&lt;br class='autobr' /&gt;
ex : &#171; ol&#233;oducs &#187; se trouve dans la partie de la l&#233;gende consacr&#233;e aux infrastructures de transport, ce mot doit avoir un lien avec la fa&#231;on de transporter des hydrocarbures
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; je trouve des indices gr&#226;ce au th&#232;me de l'activit&#233;, aux autres documents, aux aides fournies,&lt;br class='autobr' /&gt;
ex : dans la page d'&#224; c&#244;t&#233;, une photographie repr&#233;sente des gros tuyaux connect&#233;s &#224; une raffinerie. Surtout, au bas de la page, le manuel fournit des d&#233;finitions :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_302 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L421xH89/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.43.52-c5f68.png?1790689110' width='421' height='89' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'insiste sur le fait que dans la configuration initiale d&#233;crite au d&#233;but de l'article o&#249; les &#233;l&#232;ves ont l'habitude de r&#233;pondre sans chercher le sens de leur r&#233;ponse, aucun&#183;e &#233;l&#232;ve n'avait vu que le manuel fournissait la d&#233;finition d'&#171; ol&#233;oduc &#187; car &#224; leurs yeux conna&#238;tre le sens de ce mot n'&#233;tait d'aucun int&#233;r&#234;t &#224; partir du moment o&#249; il suffisait juste d'&#233;crire dans leur r&#233;ponse le mot qui devait convenir au professeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2- la m&#233;thode des &#171; mots interdits &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lutter contre la tendance des &#233;l&#232;ves &#224; r&#233;pondre en recopiant simplement des passages du document&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tendance malheureusement parfaitement en phase avec les demandes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je leur indique pour certaines questions une liste de mots qu'ils et elles n'ont pas le droit d'utiliser dans leur r&#233;ponse comme dans l'exemple ci-dessous :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour r&#233;pondre &#224; la question 2, vous n'avez pas le droit d'utiliser dans votre r&#233;ponse les mots suivants : usage, agricole ou agriculture, industriel ou industrie, minier, domestique et urbain &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; la question, les &#233;l&#232;ves ont tous l'obligation de se questionner sur le sens de chacun des mots inscrits sur le graphique (document 2) puis de trouver des synonymes et des p&#233;riphrases pour r&#233;pondre. Ainsi, j'emp&#234;che la r&#233;daction d'une r&#233;ponse &#233;labor&#233;e en quelques secondes, sans aucun int&#233;r&#234;t autre que de prouver que l'&#233;l&#232;ve sait lire : &#171; En Californie, il y a l'usage agricole, l'usage industriel et minier, l'usage domestique et urbain &#187; (r&#233;ponse fournie par l'int&#233;gralit&#233; des &#233;l&#232;ves sans la contrainte des &#171; mots interdits &#187;), pour une r&#233;ponse plus pertinente ayant demand&#233; &#224; chaque &#233;l&#232;ve quelques minutes de vraie r&#233;flexion : &#171; En Californie, on utilise l'eau pour irriguer les champs, dans les usines et dans les mines, dans les maisons pour la vaisselle et la toilette et dans les villes pour nettoyer ou arroser &#187;. (r&#233;ponse fournie d&#233;sormais par presque tous les &#233;l&#232;ves).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce changement de posture est fondamental pour la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves, car d&#233;sormais toute activit&#233; est l'occasion d'une r&#233;flexion syst&#233;matique qui change tout dans leur appr&#233;hension de l'exercice scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 4e, je souhaite amener les &#233;l&#232;ves &#224; monter d'un cran&lt;/strong&gt; dans leur capacit&#233; &#224; analyser le discours scolaire en en d&#233;cortiquant le processus d'&#233;laboration. C'est au moment de l'&#233;valuation que l'efficacit&#233; de la relation p&#233;dagogique entre enseignant&#183;e et &#233;l&#232;ves est test&#233;e. C'est donc &#224; ce moment qu'il faut lever tout malentendu. Je m'attache dans mes &#233;valuations &#224; ce que pour chaque question portant sur un document l'objectif d'&#233;valuation soit clair pour moi-m&#234;me, et &#224; ce que la formulation corresponde explicitement &#224; cet objectif afin que tout cela puisse &#234;tre transparent pour les &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#202;tre parfaitement au clair soi-m&#234;me sur son objectif d'&#233;valuation n'a rien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je leur annonce que je vais leur r&#233;v&#233;ler les intentions de l'&#233;valuateur lorsqu'il &#233;labore une s&#233;rie de questions visant &#224; mesurer la ma&#238;trise de comp&#233;tences par ses &#233;l&#232;ves. Je leur explique que &#171; dans toutes les mati&#232;res, il existe en v&#233;rit&#233; 4 types de questions sur un document que les professeurs peuvent vous poser suivant 4 objectifs d'&#233;valuation. Les rep&#233;rer et y rattacher la forme de r&#233;ponse attendue est la condition de votre r&#233;ussite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;sente ces 4 types de questions &#224; travers cette activit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_304 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH589/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.45.27-fd7f6.png?1790689110' width='500' height='589' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela doit leur permettre d&#232;s lors de :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; conna&#238;tre les 4 objectifs possibles de chaque question
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; rep&#233;rer cet objectif par exemple gr&#226;ce au mot qui introduit la question
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; savoir quelle est la forme de r&#233;ponse attendue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors des premiers temps, je leur demande syst&#233;matiquement de r&#233;pondre en utilisant le code couleur afin de les contraindre et les habituer &#224; respecter la forme de chaque r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la suite de l'ann&#233;e scolaire, lors de chaque &#233;valuation comportant des questions sur document, chaque &#233;l&#232;ve a des points bonus s'il ou elle trouve le type de chaque question (en indiquant dans la marge &#224; c&#244;t&#233; de la r&#233;ponse A, B, C ou D, l'affichage en classe leur rappelant constamment les 4 types). Je constate d&#232;s lors un changement de posture : confront&#233;&#183;es &#224; une question en cours ou en &#233;valuation, les &#233;l&#232;ves passent syst&#233;matiquement un certain temps &#224; se questionner sur l'intention du professeur, ce qui rend leur analyse des consignes plus fine et leurs r&#233;ponses plus satisfaisantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_305 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L376xH501/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.57.01-9cd00.png?1790689110' width='376' height='501' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 3e, si tout va bien, il ne devrait plus s'agir&lt;/strong&gt; que d'une application syst&#233;matique des pr&#233;ceptes enseign&#233;s en 6e, 5e et 4e. Il est en fait constamment n&#233;cessaire de les rappeler et les affichages en classe servent &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus dur en 3e reste d'en finir avec ce qu'on appelle la paraphrase c'est-&#224;-dire cette tendance chez les &#233;l&#232;ves &#224; reformuler (quand ce n'est pas recopier) des passages du document sans apport de connaissances du cours et sans r&#233;f&#233;rence au contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques id&#233;es que j'applique pour tenter d'y rem&#233;dier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; autoriser les &#233;l&#232;ves &#224; r&#233;pondre &#224; des questions sur document avec leur cours. On &#233;limine la possibilit&#233; qu'ils ou elles soient incapables de sortir de la paraphrase par manque de connaissance du cours. Cela permet de se focaliser avec eux sur la r&#233;alisation formelle d'une vraie analyse ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; demander aux &#233;l&#232;ves de surligner dans leurs r&#233;ponses les passages relevant de connaissances du cours. Il s'agit de faire appara&#238;tre visuellement l'apport de connaissances ext&#233;rieures au document. L'absence de surlignage indique &#224; l'&#233;l&#232;ve qu'il n'a pas mobilis&#233; de connaissances personnelles ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour l'analyse d'un document iconographique, la r&#233;ponse est exig&#233;e sous forme d'un tableau afin que l'&#233;l&#232;ve dissocie les &#233;l&#233;ments qui sont sur l'image des connaissances du contexte qui &#233;clairent ces &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH64/capture_d_e_cran_2021-08-20_a_18.58.38-16339.png?1790689110' width='500' height='64' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sont esquiss&#233;es ci-dessus quelques pratiques tr&#232;s concr&#232;tes &#233;labor&#233;es empiriquement au fil des ann&#233;es de pratique enseignante en REP afin que des habitudes de travail s'ancrent v&#233;ritablement chez les &#233;l&#232;ves. Elles pourraient inspirer d'autres enseignant&#183;es qui y verront quelques applications possibles dans leur classe. Pour une v&#233;ritable efficacit&#233; de ces pratiques, il est n&#233;cessaire qu'elles soient test&#233;es, &#233;toff&#233;es, compl&#233;t&#233;es, r&#233;orient&#233;es puis &#233;tendues en dehors de mes classes ou de ma mati&#232;re. C'est ce travail que nous tentons de mener dans notre &#233;tablissement gr&#226;ce &#224; la mise en place d'&#233;changes r&#233;guliers entre coll&#232;gues dans le cadre d'ateliers p&#233;dagogiques men&#233;s entre pairs au sein du coll&#232;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quinze ann&#233;es de pratique en REP m'ont convaincu du potentiel de r&#233;ussite de tous mes &#233;l&#232;ves pourtant non familiaris&#233;&#183;es au d&#233;part avec l'&#201;cole et sa culture. Cela &#224; quelques conditions : croire en ce potentiel, chercher dans la relation p&#233;dagogique et les pratiques didactiques ce qui fait obstacle &#224; la r&#233;ussite, mobiliser les marges de man&#339;uvre nombreuses des enseignant&#183;es pour atteindre la r&#233;ussite de tous. La recherche men&#233;e par Anne-Sophie Romainville prouve que le d&#233;veloppement de comp&#233;tences m&#233;talangagi&#232;res doit faire l'objet d'un soin attentif au travers de pratiques p&#233;dagogiques rendant possible l'exigence intellectuelle pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que face &#224; des &#233;l&#232;ves de milieux populaires, il semble courant d'en rabattre sur les exigences, il para&#238;t primordial de fournir au contraire &#224; celles et ceux qui ont moins au d&#233;part toutes les armes n&#233;cessaires pour r&#233;ussir leur parcours scolaire dans l'optique d'une vraie d&#233;mocratisation scolaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anne-Sophie Romainville,&lt;i&gt; Les faces cach&#233;es de la langue scolaire. Transmission de la culture &#233;crite et in&#233;galit&#233;s sociales&lt;/i&gt;, La Dispute, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Lahire, &lt;i&gt;Culture &#233;crite et in&#233;galit&#233;s scolaires. Sociologie de &#171; l'&#233;chec scolaire &#187; &#224; l'&#233;cole primaire&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Lyon, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anne-Sophie Romainville, op. cit., p. 168-169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anne-Sophie Romainville, &lt;i&gt;Les faces cach&#233;es de la langue scolaire&lt;/i&gt;, op. cit., p. 123.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tendance malheureusement parfaitement en phase avec les demandes de l'institution scolaire pour qui recopier des mots issus d'un texte semble d&#233;sormais la principale comp&#233;tence exig&#233;e des &#233;l&#232;ves &#224; la fin de la scolarit&#233; obligatoire comme l'atteste chaque ann&#233;e le sujet d'histoire-g&#233;ographie du Dipl&#244;me National du Brevet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#202;tre parfaitement au clair soi-m&#234;me sur son objectif d'&#233;valuation n'a rien d'&#233;vident au d&#233;marrage de sa pratique d'enseignant. Cela m'appara&#238;t clairement quand je pense r&#233;trospectivement aux &#233;nonc&#233;s d'&#233;valuations donn&#233;es &#224; mes &#233;l&#232;ves au d&#233;but de ma carri&#232;re. J'ai une pens&#233;e pour tous ces &#233;l&#232;ves qui ont un peu essuy&#233; les pl&#226;tres...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article139&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article139&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Entrer dans l'exigence intellectuelle : tous capables</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article318</link>
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		<dc:date>2020-05-27T17:08:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



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&lt;p&gt;Nina Charlier, Serge Cosp&#233;rec, J&#233;r&#244;me Deauvieau, C&#233;line Dumoulin, Jean-Pierre Gerbal, Nicole Grataloup, Nicolas Kaczmarek, Richard Krawiec, Evelyne Lagaune Tabikh, V&#233;ronique Marchais, Florian Nicolas, Margaux Osenda, GuillaumeTremblay, P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux populaires. Coordination et pr&#233;sentation Jean-Pierre Terrail. La Dispute, 2020. &lt;br class='autobr' /&gt; Le titre de cette note de lecture emprunte ses mots &#224; ceux de deux ouvrages d&#233;j&#224; publi&#233;s &#224; La Dispute. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L91xH150/arton318-03578.png?1790692667' class='spip_logo spip_logo_right' width='91' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nina Charlier, Serge Cosp&#233;rec, J&#233;r&#244;me Deauvieau, C&#233;line Dumoulin, Jean-Pierre Gerbal, Nicole Grataloup, Nicolas Kaczmarek, Richard Krawiec, Evelyne Lagaune Tabikh, V&#233;ronique Marchais, Florian Nicolas, Margaux Osenda, GuillaumeTremblay, &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence. R&#233;cits de pratiques enseignantes en milieux populaires&lt;/i&gt;. Coordination et pr&#233;sentation Jean-Pierre Terrail. La Dispute, 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le titre de cette note de lecture emprunte ses mots &#224; ceux de deux ouvrages d&#233;j&#224; publi&#233;s &#224; La Dispute. Le premier examine les raisons pour lesquelles tous les enfants, en tant qu'&#234;tres de langage, ont les capacit&#233;s objectives d'entrer dans l'&#233;crit et de s'engager ainsi dans une histoire scolaire en r&#233;ussite ; le second montre que la construction d'une &#233;cole authentiquement d&#233;mocratique a n&#233;cessairement la t&#226;che de s'appuyer sur un changement de paradigme en faisant de l'exigence intellectuelle pour tous, le fondement de ses pratiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ? La Dispute, 2013 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A la suite des deux autres, ce troisi&#232;me ouvrage peut &#234;tre lu comme une ouverture sur la mise en &#339;uvre p&#233;dagogique effective d'un changement de paradigme aupr&#232;s d'&#233;l&#232;ves de milieux populaires, qui parviennent ainsi &#224; entrer dans des apprentissages organis&#233;s &#224; partir de l'exigence intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A contre-courant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A contre- courant, cet ouvrage refuse toute compassion devant les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires, trop souvent trait&#233;es par des pratiques d'adaptation qui se veulent bienveillantes, douces, ludiques, mais qui ne peuvent que maintenir et m&#234;me amplifier ces difficult&#233;s au fil des ann&#233;es. Ce refus ne se contente pas d'un &#171; tous capables &#187; g&#233;n&#233;reux mais inefficace lorsqu'il ne va pas au-del&#224; de son affirmation. &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt; produit les raisons pratiques en mesure d'emporter la conviction de tout un chacun sur la valeur du principe de l'&#233;ducabilit&#233; universelle qui s'impose dans tout projet de d&#233;mocratisation de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions d'exercice du m&#233;tier d'enseignant se sont tr&#232;s sensiblement d&#233;grad&#233;es, tant au niveau du pouvoir d'achat des salaires que des conditions institutionnelles et mat&#233;rielles dans leur ensemble. Mais cette d&#233;gradation touche &#233;galement de fa&#231;on tr&#232;s sensible le sentiment d'impuissance devant une forte demande sociale populaire de r&#233;ussite scolaire, et les difficult&#233;s rencontr&#233;es pour parvenir &#224; la satisfaire, des difficult&#233;s qui finissent par interroger le sens m&#234;me du m&#233;tier. Confront&#233;s &#224; cette contradiction, la r&#233;flexion p&#233;dagogique qui a cherch&#233; des solutions du c&#244;t&#233; de pratiques qui se veulent motivantes au plus pr&#232;s des int&#233;r&#234;ts suppos&#233;s des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; n'a pu qu'&#233;chouer, car elles en ont rabattu sur des exigences intellectuelles d&#233;terminantes dans le d&#233;roulement positif d'une scolarit&#233;. Apprendre &#224; apprendre, mettre en activit&#233; de recherche, de cr&#233;ation, sans un solide viatique du c&#244;t&#233; des savoirs qui rendent possible ces activit&#233;s &#233;loigne inexorablement de la r&#233;ussite scolaire, ce qui ne manque pas de conforter la conviction d'une impossibilit&#233; de faire avec les enfants du peuple ce que l'on fait normalement avec les &#171; h&#233;ritiers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des classes n'est pas pass&#233;e sous silence dans l'ouvrage. Elle fait l'objet d'une r&#233;flexion qui montre combien les classes ou groupes de niveau constituent autant d'impasses de la diff&#233;renciation p&#233;dagogique, alors que le principe des classes m&#233;lang&#233;es font progresser les &#233;l&#232;ves les plus en difficult&#233;, &#224; condition bien s&#251;r qu'une r&#233;flexion soutenue des exigences &#224; maintenir pour eux aussi, anime les pratiques enseignantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'est pas pensable d'en rabattre sur les contenus intellectuels des disciplines et si les &#233;l&#232;ves originaires des classes populaires ont bien les ressources langagi&#232;res n&#233;cessaires &#224; l'entr&#233;e dans les apprentissages scolaires, on ne peut que s'orienter vers la r&#233;flexion de tout ce qu'il est n&#233;cessaire de rendre clairement intelligible au sein m&#234;me des diff&#233;rents parcours disciplinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; une r&#233;flexion de cette nature que &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt; s'attache. Les contributeurs ne cachent pas les difficult&#233;s et les interrogations n&#233;es de l'exercice du m&#233;tier en milieux populaires. Ils ne se pr&#233;sentent pas avec l'assurance d'un discours p&#233;dagogique achev&#233;. Leurs r&#233;cits se veulent propositions de pistes &#233;prouv&#233;es, soumises &#224; la r&#233;flexion de leurs coll&#232;gues, dans le but d'ouvrir la voie de la r&#233;ussite &#224; tous les &#233;l&#232;ves et de reconqu&#233;rir le sens du m&#233;tier qui peut finir par faire d&#233;faut. Appuy&#233;s sur la dimension fondatrice de leur d&#233;marche, ils ne se d&#233;tournent pas de la n&#233;cessit&#233; de confronter les &#233;l&#232;ves aux difficult&#233;s propres aux concepts et travaux relatifs aux disciplines qu'ils enseignent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;S'approprier les exigences intellectuelles &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les &#171; h&#233;ritiers &#187; se pr&#233;sentent &#224; l'&#233;cole, ils ont d&#233;j&#224; pu s'approprier des savoirs scolairement utiles rencontr&#233;s dans leur milieu familial. Or sans une conscience toujours claire, l'&#233;cole prend souvent appui sur ces acquis, ce qui ne peut que mettre en difficult&#233; tous ceux qui n'ont pas d&#233;j&#224; le bagage pr&#233;suppos&#233;. S'installe alors un sentiment d'&#233;vidence sur des comp&#233;tences cens&#233;ment acquises qui ne le sont pas : des op&#233;rations intellectuelles faussement transparentes se donnent comme allant-de-soi, alors que la compr&#233;hension des &#233;l&#232;ves passe par leur visibilit&#233; pr&#233;cis&#233;ment enseign&#233;e. &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt; travaille cette dimension &#233;pist&#233;mique de l'enseignement qui en toute circonstance ne peut faire l'&#233;conomie de l'explicitation des passages oblig&#233;s dans et par lesquels les diff&#233;rents contenus disciplinaires trouvent leur intelligibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse comme dans cet ouvrage, de l'enseignement de la lecture, des math&#233;matiques, de l'histoire, du fran&#231;ais, de la litt&#233;rature, de l'EPS, de la philosophie au lyc&#233;e et en primaire, de la sociologie, le travail se fait &#224; partir d'une mise &#224; plat de ce qu'exige l'appropriation des comp&#233;tences intellectuelles attendues. Les pr&#233;requis sont syst&#233;matiquement repris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fran&#231;ais, l'ossature de la langue qu'est la grammaire est retravaill&#233;e, afin que les &#233;l&#232;ves puissent se confronter aux grands textes de la litt&#233;rature &#233;tudi&#233;s pour la puissance particuli&#232;re qui est la leur. Les concepts cl&#233;s des disciplines sont rigoureusement &#233;tudi&#233;s sans les approximations ni les concr&#233;tisations, manipulations, cens&#233;es faciliter la compr&#233;hension. En math&#233;matiques les &#233;l&#232;ves apprennent la distinction qu'il faut faire entre les &#171; nombres-de &#187; et les nombres, le num&#233;ral et le num&#233;rique. La notion abstraite de groupement d&#233;cimal est abord&#233;e sans allumettes ni b&#251;chettes, les dizaines et les centaines sans billes, boites et valises. En &#233;conomie, les concepts de monnaie, de march&#233; ou de ch&#244;mage sont pr&#233;cis&#233;ment appr&#233;hend&#233;s dans leur valeur conceptuelle propre, par la production explicite et rigoureuse des raisons pour lesquelles les mots du langage courant sont inappropri&#233;s, car il est d&#233;cisif de faire en sorte que les &#233;l&#232;ves comprennent les enjeux cognitifs de la n&#233;cessit&#233; d'utiliser le langage scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature des savoirs vis&#233;s en EPS est explicit&#233;e, leur construction examin&#233;e pour que les &#233;l&#232;ves comprennent le sens de leur activit&#233; dans la discipline. L'histoire des disciplines sportives prend ici aussi la place qui lui revient pour que l'on puisse saisir efficacement les probl&#233;matiques en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quantification en sociologie passe par tout un travail qui affronte les concepts fondateurs de la discipline permettant aux &#233;tudiants de pouvoir traduire une question sociologique dans une perspective quantitative, d'&#233;laborer un questionnaire, d'&#233;crire un compte rendu de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; r&#233;flexive n'est pas en soi philosophique, on la rencontre dans toutes les disciplines. Mais d&#232;s l'&#233;cole primaire o&#249; elle connait un certain succ&#232;s, la philosophie doit avoir pour ambition de s'appuyer sur des principes qui lui sont propres et qui doivent irriguer le travail avec les jeunes &#233;l&#232;ves, sans repr&#233;sentation confuse de la discussion et du d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consignes peuvent contenir bien des pi&#232;ges. Les contributeurs de &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt; insistent sur la n&#233;cessit&#233; de s'assurer de la bonne compr&#233;hension de ce qu'elles demandent de faire &#224; chaque fois &#224; partir de mots tels que : &#171; relevez &#187;, &#171; justifier &#187;, &#171; d&#233;signez &#187;, &#171; d&#233;crivez &#187;, &#171; expliquez &#187;, &#171; &#233;voquez &#187;, qui sont autant de verbes n&#233;cessitant des explications. &#202;tre explicite sur les attentes, exposer sans zones d'ombre les crit&#232;res de la r&#233;ussite qui doivent &#234;tre connus, appartient aux fondamentaux p&#233;dagogiques des enseignants qui interviennent dans cet ouvrage. Guider les &#233;l&#232;ves au plus pr&#232;s des diff&#233;rentes &#233;tapes des apprentissages et s'assurer d'une bonne assimilation des attentes, leur permet d'affronter les sauts cognitifs demand&#233;s par l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des expressions d'intitul&#233;s de sujets tels que &#171; Dans quelle mesure &#187;, &#171; Montrez que &#187;, &#171; Comment expliquer que &#187;, &#171; Pourquoi &#187;, &#171; En quoi &#187;, &#171; Peut-on &#187;, ne se laissent pas appr&#233;hender sans une analyse de ce qu'ils signifient dans leur sp&#233;cificit&#233; et leurs diff&#233;rences. Une explication du cadre intellectuel auquel ils se r&#233;f&#232;rent s'impose pour que puisse s'engager sans contre-sens, l'examen des sujets introduits de la sorte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mettre au point des &#171; bo&#238;tes &#224; outils &#187; participe pleinement de cette volont&#233; de d&#233;composer les t&#226;ches pour une explicitation syst&#233;matique des finalit&#233;s scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entrer dans le registre m&#233;tadiscursif en philosophie s'apprend. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de fournir aux &#233;l&#232;ves les outils intellectuels qu'ils ne peuvent pas inventer, mais qui leur permettront de construire une r&#233;flexion sur le statut logique des &#233;nonc&#233;s, d'expliciter l'&#233;laboration d'un raisonnement, de se familiariser avec les normes philosophiques, afin qu'ils puissent les utiliser lors de la lecture des textes et de leurs propres &#233;critures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Etre explicite sur les attentes n&#233;cessite d'exposer clairement les crit&#232;res de r&#233;ussite pour chaque activit&#233; propos&#233;e car ce n'est pas la hauteur des exigences qui met les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; et les d&#233;courage. C'est l'insuffisance de guidages, de techniques intellectuelles pr&#233;cis&#233;ment explicit&#233;es dans leurs rapports au type de travail conceptuel demand&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un autre rapport &#224; la langue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble des contributeurs soulignent l'importance cruciale d'un travail suivi sur le langage car chez les &#233;l&#232;ves originaires des milieux populaires l'&#233;cart entre la langue orale et la langue &#233;crite peut &#234;tre important. Mais lorsqu'ils sont sollicit&#233;s avec des ambitions &#233;lev&#233;es pour construire des comp&#233;tences en la mati&#232;re, ils parviennent &#224; s'approprier avec efficacit&#233; les codes de la langue &#233;crite, ce que montre abondamment &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt;. Lorsque l'enseignement de la lecture, moment d&#233;cisif de l'entr&#233;e dans l'&#233;crit prend en charge rigoureusement la m&#233;thodologie efficace, l'apprentissage du lire -&#233;crire s'accomplit sans emb&#251;ches. Les &#233;l&#232;ves parviennent &#224; automatiser un d&#233;chiffrage pr&#233;cis qui leur ouvre l'intelligence des textes, et dans le m&#234;me mouvement ils commencent &#224; accomplir leurs premiers travaux d'&#233;criture. Cette entr&#233;e dans le lire-&#233;crire transforme profond&#233;ment leur rapport au langage qui commence &#224; se faire scriptural, ce qui situe l'enjeu de ce nouvel apprentissage. La recherche d'Anne-Sophie Romainville montre de fa&#231;on particuli&#232;rement instructive combien l'acquisition des normes intellectuelles de la culture &#233;crite gouverne la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves tout au long de leur parcours scolaire, ce qui confirme l'importance singuli&#232;re des premiers apprentissages de ces normes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne-Sophie Romainville, Les faces cach&#233;es de la langue scolaire. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme toutes les disciplines, la philosophie en terminale est confront&#233;e &#224; la n&#233;cessit&#233; de ne pas introduire d'incommensurabilit&#233; entre la &#171; langue de la vie &#187; et la &#171; langue scolaire &#187;, car il s'agit de deux usages cognitifs et sociaux de la m&#234;me langue. Comprendre cela signifie pour les &#233;l&#232;ves pouvoir penser le passage de l'une &#224; l'autre comme une conqu&#234;te et non comme un reniement, afin de pouvoir accepter de s'approprier les moyens de la lecture et de l'&#233;criture philosophiques. Pour ce faire, tout un travail ambitieux d' &#171; outillage &#187; intellectuel est n&#233;cessaire. C'est la condition pour qu'ils parviennent &#224; &#233;laborer leur r&#233;flexion dans un dialogue vivant avec les auteurs, et &#224; se convaincre que travailler l'&#233;criture philosophique peut &#171; servir &#187; &#224; penser plus et autrement, &#224; donner sens &#224; l'&#233;criture scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie &#224; l'&#233;cole primaire suppose un travail r&#233;flexif &#224; la hauteur des enjeux de l'introduction de la discipline &#224; ce niveau, en mesure de s'appuyer sur les principes propres &#224; l'enqu&#234;te philosophique. Cela demande donc une formation qui puisse offrir aux &#233;l&#232;ves de travailler philosophiquement des mots trait&#233;s en fonction de cat&#233;gories de la pens&#233;e philosophique que des textes sources de questionnements exigeants peuvent faire &#233;merger. Ainsi, en philosophie en primaire comme dans l'ensemble des autres disciplines &#224; tous les niveaux de la scolarit&#233;, le travail sur les mots participe de la construction d'une posture r&#233;flexive, distanci&#233;e vis-&#224;-vis du langage propre &#224; modifier en profondeur le rapport &#224; la langue des &#233;l&#232;ves, et &#224; leur permettre de s'approprier les exigences intellectuelles, conceptuelles que l'&#233;cole a pour mission d'enseigner.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers la d&#233;mocratisation de l'&#233;cole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les crit&#232;res de r&#233;ussite &#233;tant explicit&#233;s et compris, les &#233;l&#232;ves se sentent capables de se confronter &#224; des d&#233;fis intellectuels exigeants et de les relever, ce qui pour eux est une source de gratification efficace entretenant leur d&#233;sir de s'impliquer. La joie de comprendre, le plaisir de r&#233;aliser l'activit&#233; pour elle-m&#234;me aiguise leur curiosit&#233; intellectuelle et les motive. Le plaisir est d'autant plus fort que l'erreur n'est plus trait&#233;e comme quelque chose qu'il faudrait ne pas avoir commise afin d'&#233;viter la sanction de la note, mais comme un moment incontournable de la confrontation aux savoirs, et donc comme un travail intelligent d&#233;tach&#233; de la pr&#233;occupation des cons&#233;quences habituelles de la notation, que sont la s&#233;lection et l'orientation qui ne touchent pas souvent de fa&#231;on enviable les &#233;l&#232;ves des milieux populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au politique, &#224; l'Etat de d&#233;cider d'une tout autre d&#233;finition des missions de service public que celles de l'&#233;cole aujourd'hui. Mais ce sont les enseignants qui de toute fa&#231;on seront les acteurs incontournables de leur mise en &#339;uvre. Leur formation initiale et continue se devra d'&#234;tre &#224; la hauteur de ces missions, mais d'ors et d&#233;j&#224; le d&#233;passement critique des pratiques qui en rabattent sur les exigences intellectuelles des contenus disciplinaires, dessine les contours d'une autre &#233;cole. La p&#233;dagogie de l'exigence intellectuelle en acte telle que la d&#233;crit et l'analyse &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt; ne rel&#232;ve pas d'une simple utopie, d'un id&#233;al sur lequel la r&#233;alit&#233; devrait finir par se r&#233;gler. Elle apparait comme un mouvement r&#233;el au sein de la profession qui, tout en n'&#233;tant pas dans le d&#233;ni des difficult&#233;s, des interrogations, s'inscrit dans la critique efficace de la conviction que la mise en avant d'insuffisances langagi&#232;res et culturelles ne sauraient que conduire &#224; des pratiques de contournement de la difficult&#233; et donc &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la recherche nous permet de nous convaincre des ressources c&#233;r&#233;brales et langagi&#232;res de tous les enfants candidats &#224; l'entr&#233;e dans l'&#233;crit, matrice des enjeux majeurs des parcours scolaires, extr&#234;mement sensibles au plan individuel et familial ainsi que collectif. D'o&#249; les questions que la pr&#233;sentation de &lt;i&gt;P&#233;dagogies de l'exigence&lt;/i&gt; ne manque pas de poser afin de situer le sens culturel, social et politique des ambitions expos&#233;es dans cet ouvrage. &#171; Comment ne pas reconna&#238;tre que la volont&#233; des classes populaires d'&#233;chapper &#224; l'exclusion scolaire rejoint l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ? Nos soci&#233;t&#233;s n'ont pas d'avenir sans changements profonds dans nos fa&#231;ons de produire, de cr&#233;er, de consommer, de vivre et de d&#233;cider ensemble, et ces changements appellent une &#233;l&#233;vation massive et g&#233;n&#233;rale de nos ressources intellectuelles. L'aptitude de chacun, et non plus seulement d'un cercle d'experts, &#224; repenser le monde et &#224; innover devient d&#233;cisive. Et qui, sinon l'&#233;cole, pourrait engager pour tous la formation d'une telle aptitude ? &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt; La Dispute, 2013 &amp; &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;. La Dispute, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anne-Sophie Romainville, &lt;i&gt;Les faces cach&#233;es de la langue scolaire. Transmission de la culture &#233;crite et in&#233;galit&#233;s scolaires&lt;/i&gt;, La Dispute, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exigence intellectuelle en pratique</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article256</link>
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		<dc:date>2017-04-20T11:13:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Kaczmarek</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[En 2006, apr&#232;s l'obtention du CAPES d'histoire-g&#233;ographie, j'ai r&#233;alis&#233; mon ann&#233;e de stage dans un coll&#232;ge &#224; recrutement social mixte. L'ann&#233;e suivante, j'ai pass&#233; une ann&#233;e en lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral et technologique et parall&#232;lement, pour une classe, en lyc&#233;e professionnel dans la m&#234;me ville. En 2008, j'ai &#233;t&#233; nomm&#233; dans un coll&#232;ge en &#233;ducation prioritaire. Cet interm&#232;de au lyc&#233;e m'a permis d'appr&#233;hender les exigences du lyc&#233;e et a orient&#233; ma fa&#231;on de concevoir mon r&#244;le d'enseignant au coll&#232;ge par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH74/arton256-8d557.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='74' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[En 2006, apr&#232;s l'obtention du CAPES d'histoire-g&#233;ographie, j'ai r&#233;alis&#233; mon ann&#233;e de stage dans un coll&#232;ge &#224; recrutement social mixte. L'ann&#233;e suivante, j'ai pass&#233; une ann&#233;e en lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral et technologique et parall&#232;lement, pour une classe, en lyc&#233;e professionnel dans la m&#234;me ville. En 2008, j'ai &#233;t&#233; nomm&#233; dans un coll&#232;ge en &#233;ducation prioritaire. Cet interm&#232;de au lyc&#233;e m'a permis d'appr&#233;hender les exigences du lyc&#233;e et a orient&#233; ma fa&#231;on de concevoir mon r&#244;le d'enseignant au coll&#232;ge par la suite. Il m'est apparu indispensable de maintenir un fort niveau d'exigence intellectuelle, surtout face &#224; un public d'&#233;l&#232;ves dont les habitudes sont &#233;loign&#233;es des codes scolaires du lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai constat&#233;, dans mon premier coll&#232;ge, que l'&#233;chec scolaire &#233;tait le fait d'une petite poign&#233;e d'&#233;l&#232;ves dans chaque classe et qu'il &#233;tait donc naturel pour toute la communaut&#233; &#233;ducative de les renvoyer &#224; leur responsabilit&#233; individuelle. La pratique enseignante n'y &#233;tait questionn&#233;e que si un enseignant &#171; ne tenait pas ses classes &#187; et non si demeurait un petit groupe d'&#233;l&#232;ves en &#233;chec. Mais en arrivant en &#233;ducation prioritaire avec les m&#234;mes pratiques p&#233;dagogiques, je fus confront&#233; au d&#233;part &#224; un &#233;chec massif. Face &#224; celui-ci, renvoyer les &#233;l&#232;ves et les familles &#224; leur responsabilit&#233; aurait signifi&#233; renoncer &#224; faire r&#233;ellement progresser mes &#233;l&#232;ves. Rabaisser mes exigences et leur offrir des notes de consolation n'aurait pu provoquer chez moi que de l'insatisfaction professionnelle. Et la suite logique de mon parcours aurait &#233;t&#233; de serrer les dents en esp&#233;rant une mutation rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma posture a finalement &#233;t&#233; de trouver les ressources pour am&#233;liorer ma pratique en acceptant l'id&#233;e que le chemin serait long et impliquait une installation durable dans le coll&#232;ge. La conviction s'est forg&#233;e chez moi que pour la masse des &#233;l&#232;ves, les obstacles &#224; une v&#233;ritable progression n'&#233;taient pas de l'ordre du handicap socio-culturel, de troubles cognitifs ou affectifs mais relevaient bien des malentendus p&#233;dagogiques entre ma fa&#231;on d'enseigner l'histoire-g&#233;ographie et sa r&#233;ception par les coll&#233;giens issus des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque dix ans plus tard, je crois avoir fait du chemin et je propose ici de dresser un panorama de l'&#233;volution de ma pratique et des enseignements que j'ai tir&#233;s sur les ressorts de la r&#233;ussite scolaire des &#233;l&#232;ves. Surtout pour des &#233;l&#232;ves dont l'&#201;cole est la seule ressource pour r&#233;ussir &#224; l'&#201;cole.]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;sir de savoir comme moteur de l'apprentissage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma perception de ce qui oriente le rapport des &#233;l&#232;ves &#224; ce qui leur est enseign&#233; vient notamment de discussions entre &#233;l&#232;ves, organis&#233;es dans le cadre de l' &#171; heure de vie de classe &#187;, sur ce qui permet de r&#233;ussir &#224; l'&#201;cole. Se d&#233;voilent &#224; cette occasion leurs repr&#233;sentations. Les &#171; &#233;l&#232;ves en difficult&#233; &#187; sont syst&#233;matiquement convaincus que les &#171; bons &#233;l&#232;ves &#187; le sont parce qu'ils ont la chance d'aimer toutes les mati&#232;res et donc de s'investir par cons&#233;quent dans le travail. Ils partagent ainsi la repr&#233;sentation commune des professionnels de l'&#201;ducation nationale pour qui l'enjeu est de lutter contre l'ennui en suscitant le go&#251;t des &#233;l&#232;ves pour ce qui est enseign&#233;. D'o&#249; l'id&#233;e r&#233;pandue aujourd'hui de projets concrets, de partir du go&#251;t des &#233;l&#232;ves&#8230;etc. La meilleure r&#233;ponse qui tord le cou &#224; cette id&#233;e est syst&#233;matiquement apport&#233;e par un &#171; bon &#233;l&#232;ve &#187; qui r&#233;pond qu'en r&#233;alit&#233; : &#171; il y a plein de choses qui ne m'int&#233;ressent pas mais m&#234;me si &#231;a ne m'int&#233;resse pas, j'ai envie de savoir ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle souvent de l'enjeu de la &#171; motivation de l'&#233;l&#232;ve &#187;. C'est pour moi un terme &#224; manier avec pr&#233;caution tant il est utilis&#233; en toute circonstance sans toujours &#234;tre certain qu'il implique la v&#233;ritable mobilisation intellectuelle qui est attendue d'un &#233;l&#232;ve. J'ai constat&#233; que cette motivation n&#233;cessaire pour obtenir de l'&#233;l&#232;ve un &#171; engagement dans la t&#226;che &#187; peut avoir plusieurs formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il existe une motivation extrins&#232;que suscit&#233;e par l'espoir de gratifications en dehors de l'activit&#233; scolaire elle-m&#234;me. Elles peuvent &#234;tre satisfaire un professeur, &#234;tre r&#233;compens&#233; par les parents, obtenir l'orientation voulue ou un bon m&#233;tier plus tard&#8230;etc. Il existe aussi une motivation intrins&#232;que s'exprimant dans le plaisir de r&#233;aliser l'activit&#233; elle-m&#234;me. Cette derni&#232;re est reconnue comme la motivation la plus efficace, celle qui am&#232;ne &#224; une ma&#238;trise plus en profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette motivation intrins&#232;que peut avoir plusieurs ressorts. Celui auquel l'&#201;ducation nationale fait syst&#233;matiquement r&#233;f&#233;rence est celui du &#171; sens &#187; vu comme le &#171; go&#251;t des &#233;l&#232;ves pour les sujets enseign&#233;s &#187; ou le &#171; go&#251;t pour la mati&#232;re &#187; qui permettrait de lutter contre &#171; l'ennui des &#233;l&#232;ves &#187;. Les enseignants sont d&#232;s lors convaincus que leur objectif doit &#234;tre d'int&#233;resser les &#233;l&#232;ves &#224; leur discipline et d&#233;plorent leur &#233;chec face &#224; celui qui n'aime pas la g&#233;ographie, les maths, les arts plastiques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, l'id&#233;e que la motivation de l'&#233;l&#232;ve viendrait d'un int&#233;r&#234;t pour la discipline enseign&#233;e par un enseignant doit &#234;tre abandonn&#233;e. Celui-ci doit faire le deuil de son d&#233;sir qui est bien souvent que l'&#233;l&#232;ve partage la m&#234;me passion joyeuse que lui pour sa discipline. Mais ceci ne veut pas dire qu'il faut renoncer &#224; susciter l'int&#233;r&#234;t pour le savoir, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que le plus puissant ressort pour susciter cette motivation intrins&#232;que, et donc celui sur lequel les enseignants doivent d'abord se concentrer, c'est la joie de comprendre. Cette joie &#233;prouv&#233;e par les &#233;l&#232;ves quand on les confronte &#224; un d&#233;fi intellectuel et qu'ils r&#233;ussissent &#224; le relever. Cet aspect gratifiant d'&#234;tre confront&#233; &#224; des savoirs exigeants pr&#233;sent&#233;s comme tels par l'enseignant est le plus puissant levier &#224; actionner pour susciter l'implication des &#233;l&#232;ves. &#192; condition que ceux-ci soient rendus accessibles par une pratique p&#233;dagogique adapt&#233;e et efficace. Plus ce d&#233;fi est exigeant et plus la satisfaction des &#233;l&#232;ves est grande. Il faut donc lutter contre la tendance naturelle &#224; rabaisser ses exigences face &#224; un public consid&#233;r&#233; a priori comme &#233;loign&#233; de l'&#201;cole. C'est respecter les &#233;l&#232;ves que ne pas renoncer &#224; cette haute exigence intellectuelle. Leur respect en retour est toujours &#224; la hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pr&#233;tends pas avoir toujours r&#233;ussi avec tous les &#233;l&#232;ves &#224; stimuler leur motivation par ce d&#233;sir de savoir mais j'ai acquis la conviction qu'il &#233;tait le plus puissant facteur d'implication des &#233;l&#232;ves dans leur scolarit&#233;, celui qui entretient la flamme m&#234;me quand l'&#233;l&#232;ve traverse une p&#233;riode transitoire o&#249; sa scolarit&#233; n'est pas la priorit&#233;. En effet, nous savons que l'entr&#233;e dans l'adolescence au coll&#232;ge peut interf&#233;rer provisoirement dans la scolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;v&#233;ler les enjeux pour susciter l'envie de savoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Donc, me d&#233;tournant de l'objectif que mes cours fassent &#171; sens &#187; pour les &#233;l&#232;ves, j'ai bien vite abandonn&#233; l'id&#233;e qu'il faille partir de sujets concrets qui touchent les &#233;l&#232;ves ou qui partiraient de leurs pr&#233;occupations ou de leurs centres d'int&#233;r&#234;ts. L'enjeu de mon cours est devenu celui de le pr&#233;senter comme le lieu o&#249; se pose un d&#233;fi intellectuel, v&#233;ritable porteur de sens de l'enseignement. Ceci passe par une probl&#233;matisation constante de chaque activit&#233;, s&#233;ance ou s&#233;quence qui permet d'engager la classe &#224; r&#233;soudre une question qui n'&#233;tait pas a priori la sienne et de susciter l'envie de savoir. C'est cette probl&#233;matisation qui doit &#234;tre la trame du cours donnant sens au savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matisation constante permet d'exposer explicitement aux &#233;l&#232;ves les enjeux du savoir, enjeux avant tout intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ainsi, &#233;tudier les mythes grecs et romains prend tout son sens si on ram&#232;ne les &#233;l&#232;ves &#224; la question : quelle est la fonction d'un mythe au sein d'une soci&#233;t&#233; ? &#201;tudier la f&#233;odalit&#233; c'est constamment poser la question du mode d'organisation de la soci&#233;t&#233; m&#233;di&#233;vale quand l'autorit&#233; royale et &#233;tatique est affaiblie. &#201;tudier l'histoire politique du XIX&#232;me si&#232;cle en France, c'est constamment se questionner sur le difficile &#233;quilibre recherch&#233; au fil du si&#232;cle entre une France de l'autorit&#233; et une France de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233;. &#201;tudier la m&#233;tropolisation du territoire en g&#233;ographie c'est constamment se demander quelles sont les cons&#233;quences spatiales de la comp&#233;tition mondiale entre les territoires entretenue par la mondialisation.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attachement des enseignants &#224; leur(s) discipline(s) est primordial car &#234;tre sp&#233;cialiste rend plus &#224; m&#234;me de poser les d&#233;fis intellectuels pertinents en exposant clairement l'apport disciplinaire. Comme l'a bien expos&#233; J-P Astolfi, l'enseignant doit montrer aux &#233;l&#232;ves que la discipline enseign&#233;e apporte un regard particulier sur le r&#233;el, un regard extra-ordinaire sur son objet d'&#233;tude qui permet de sortir des &#233;vidences, de renoncer aux facilit&#233;s du sens commun, pour permettre l'entr&#233;e dans un monde de concepts qui prend les certitudes &#224; &#171; rebrousse-poil &#187;. Elle permet de &#171; discipliner &#187; son esprit pour acc&#233;der &#224; &lt;i&gt;la saveur des savoirs&lt;/i&gt;. D'o&#249; l'importance de ne rien abandonner des exigences de la discipline et donc de confronter tous les &#233;l&#232;ves &#224; des concepts ardus : &lt;i&gt;en histoire-g&#233;ographie, l'&#233;mergence de l'&#201;tat en M&#233;sopotamie, la transition d&#233;mographique, la s&#233;gr&#233;gation socio-spatiale dans les villes, la R&#233;publique oligarchique &#224; Rome, l'anthropoc&#232;ne, la mondialisation, le capitalisme, le communisme, le fascisme, la d&#233;centralisation, la d&#233;sindustrialisation, la m&#233;tropolisation...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'objectif doit &#234;tre de susciter l'envie de savoir. Mais un savoir gratuit qui n'est pas un moyen (de partager la passion du prof, d'avoir un travail, de r&#233;ussir une recette de g&#226;teau) mais une fin en soi. Le savoir pour le savoir car il est un &#233;metteur de plaisir et donc de motivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut esp&#233;rer que ce savoir a priori gratuit, s'il est d&#233;sir&#233; et enfin ma&#238;tris&#233; am&#232;nera l'&#233;l&#232;ve &#224; r&#233;investir ses savoirs en dehors de l'&#233;cole, que ce soit &#224; travers le d&#233;veloppement de go&#251;ts, l'envie d'aller plus loin de mani&#232;re personnelle... ; et &lt;i&gt;in fine &lt;/i&gt; que ce savoir acquis aura une utilit&#233; scolaire ou sociale &#233;vidente : la reconnaissance des professeurs et des parents, la poursuite de scolarit&#233; souhait&#233;e, l'obtention des dipl&#244;mes qui donnent acc&#232;s au m&#233;tier voulu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re mission de l'enseignant est donc de construire le rapport au savoir de ses &#233;l&#232;ves. Avec l'imp&#233;rieuse obligation de ne pas casser les ressorts du d&#233;sir de savoir par la cr&#233;ation de malentendus p&#233;dagogiques qui sont &#224; l'origine d'obstacles cognitifs qui rendent le chemin vers le savoir trop co&#251;teux. Ces malentendus qui peuvent na&#238;tre dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire sont souvent entretenus par les pratiques p&#233;dagogiques enseignantes majoritaires au coll&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants doivent donc &#233;viter les emb&#251;ches qui vont &#233;mousser le d&#233;sir de savoir : un questionnement trop flou qui emp&#234;che de saisir l'enjeu de la t&#226;che, un vocabulaire pr&#233;-requis chez l'&#233;l&#232;ve mais non enseign&#233;, la non-explicitation des attentes, des enjeux, des objectifs et des techniques pour acc&#233;der &#224; la ma&#238;trise d'un savoir&#8230; nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lever le voile sur un monde opaque
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants par d&#233;finition ma&#238;trisent la culture scolaire c'est-&#224;-dire le fonctionnement, les codes, les non-dits de l'&#201;cole. Ils sont souvent issus d'un milieu social o&#249; cette culture est inculqu&#233;e dans la famille d&#232;s le plus jeune &#226;ge. Se retrouver face &#224; des &#233;l&#232;ves du m&#234;me milieu cr&#233;e un ph&#233;nom&#232;ne de connivence qu'on ne retrouve pas face &#224; des &#233;l&#232;ves issus des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces derniers, l'&#201;cole est un monde opaque o&#249; de nombreuses r&#232;gles ou attentes de l'institution sont implicites. Ceci est source de nombreux malentendus entre enseignants et &#233;l&#232;ves ou parents. La difficult&#233; est de r&#233;ussir &#224; prendre conscience de l'&#233;cart entre ce qui nous para&#238;t &#233;vident mais ne l'est absolument pas pour les &#233;l&#232;ves. C'est pourtant une condition indispensable pour rendre plus efficace la relation p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prescriptions actuelles &#224; l'&#233;gard des enseignants incitent &#224; rendre invisible cet &#233;cart culturel. Elles incitent &#224; la &#171; ludification &#187; ou &#171; gamification &#187; des activit&#233;s en les mettant en sc&#232;ne dans un enrobage qui doit faire travailler sous couvert de divertissement. Cette pratique rel&#232;ve de p&#233;dagogies invisibles o&#249; l'&#233;l&#232;ve travaille et apprend sans vraiment s'en rendre compte et sans mesurer le chemin qu'il a parcouru et qu'il reste &#224; parcourir pour ma&#238;triser les codes de l'&#201;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, mon exp&#233;rience m'am&#232;ne aujourd'hui &#224; refuser les p&#233;dagogies invisibles au profit de la r&#233;v&#233;lation syst&#233;matique des enjeux intellectuels et des enjeux d'appropriation des normes scolaires des activit&#233;s propos&#233;es. Il faut dire aux &#233;l&#232;ves que l'&#233;cole est un lieu d'effort o&#249; l'enseignant est celui qui donne acc&#232;s &#224; un monde opaque, avec ses codes et ses normes. L'enseignant est le meilleur guide (&#171; l'alli&#233; dans la place &#187;) pour permettre aux &#233;l&#232;ves les plus &#233;loign&#233;s de la culture scolaire d'acqu&#233;rir les codes scolaires en leur faisant comprendre qu'il s'agit de codes qui n'ont rien de naturel et qui sont utiles dans un contexte donn&#233; mais pas forc&#233;ment dans un autre. En clair, dire la v&#233;rit&#233; aux &#233;l&#232;ves en assumant et en explicitant la valeur normative de l'&#201;cole : &#224; l'&#233;cole on n'apprend pas la bonne fa&#231;on d'&#233;crire, on apprend la fa&#231;on scolaire d'&#233;crire. A l'&#233;cole, on n'apprend pas la bonne fa&#231;on de raisonner, on apprend la fa&#231;on scolaire ou disciplinaire (la fa&#231;on historienne, g&#233;ographique) de raisonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignant doit permettre l'acquisition par les &#233;l&#232;ves d'une nouvelle culture sans vouloir qu'ils abandonnent la leur car la culture scolaire ne doit pas &#234;tre pr&#233;sent&#233;e comme venant remplacer une mauvaise culture mais comme une deuxi&#232;me culture &#224; mobiliser &#224; bon escient. &lt;i&gt;Par exemple, on insistera sur les techniques de forme de la r&#233;daction d'une argumentation qui vont traduire une ma&#238;trise par l'&#233;l&#232;ve de l'exercice scolaire. Jusqu'&#224; exiger qu'il place &#224; bon escient en d&#233;but de chaque paragraphe un connecteur logique pour renforcer l'impression de coh&#233;rence de l'argumentation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lever le voile c'est aussi r&#233;v&#233;ler l'importance des techniques pour accomplir une activit&#233; scolaire. Je n'attends pas que ces techniques et habitudes &#233;mergent seules dans la t&#234;te de mes &#233;l&#232;ves car elles ne le peuvent qu'au prix de nombreux &#233;checs et incompr&#233;hensions qui &#233;moussent en r&#233;alit&#233; le d&#233;sir. Je n'h&#233;site pas &#224; leur montrer explicitement ce qu'on attend, sous quelle forme, avec quelle technique et quel doit &#234;tre le processus intellectuel pertinent. Aborder un nouveau savoir-faire (une nouvelle comp&#233;tence diront certains) passe chez moi au d&#233;part par faire avec eux, de mani&#232;re collective pour expliciter et d&#233;composer l'activit&#233; intellectuelle pertinente (&#171; ce que votre cerveau devra &#234;tre capable de faire seul et rapidement &#187;). C'est ainsi r&#233;v&#233;ler le cheminement cognitif de l' &#171; expert &#187; (le professeur) pour le rendre accessible &#224; tous les &#233;l&#232;ves afin qu'ils acc&#232;dent tous &#224; la ma&#238;trise de connaissances exigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par exemple, l'exercice d'analyse d'un document iconographique demande une gymnastique intellectuelle particuli&#232;re. Il est n&#233;cessaire de dompter la volont&#233; des &#233;l&#232;ves de r&#233;v&#233;ler imm&#233;diatement le message sans pr&#234;ter l'attention n&#233;cessaire &#224; l'image. Proposer une technique aux &#233;l&#232;ves c'est d&#233;composer le cheminement du regard puis de la r&#233;flexion. Car ce n'est qu'une fois avoir totalement explor&#233; la composition, les couleurs, les signes repr&#233;sent&#233;s que l'&#233;l&#232;ve est apte &#224; percevoir les intentions de l'auteur et son message. Il peut alors replacer l'&#339;uvre dans son contexte historique. Cette gymnastique risque de ne pas jamais &#234;tre acquise si on attend qu'&#224; force de confrontation avec des tableaux, affiches, photographies, les &#233;l&#232;ves &#233;laborent par eux-m&#234;mes une m&#233;thode efficace d'analyse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Autre exemple : faire de la correction de questions portant sur un document historique ou g&#233;ographique, un moment de r&#233;v&#233;lation. Apr&#232;s avoir laiss&#233; les &#233;l&#232;ves r&#233;pondre &#224; des questions portant sur des documents, nous proc&#233;dons &#224; une correction. Pour cela, le tableau est divis&#233; en deux. A gauche, un &#233;l&#232;ve inscrit ses r&#233;ponses, &#224; droite j'inscris mes r&#233;ponses. Ensuite, on proc&#232;de &#224; une analyse collective comparative (il n'y a pas de risque de stigmatisation de l'&#233;l&#232;ve ayant propos&#233; sa r&#233;ponse car celle-ci est souvent semblable &#224; la majorit&#233; de celle des &#233;l&#232;ves) : avec tous les &#233;l&#232;ves on d&#233;termine ce qui explique les formulations, la structure, les informations choisies de part et d'autre. Cela permet de montrer explicitement ce qui est de la paraphrase et ce qui n'en est pas, de montrer l'importance d'enrichir la r&#233;ponse avec des connaissances personnelles, d'appuyer sa r&#233;ponse avec des chiffres, des exemples, des citations. Ceci est plus efficace qu'une correction o&#249; un &#233;l&#232;ve donne ou &#233;labore la bonne r&#233;ponse et o&#249; les autres &#233;l&#232;ves la recopient sans analyser leurs propres r&#233;ponses et leurs erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En analysant les insuffisances de la r&#233;ponse de l'&#233;l&#232;ve qui est en train d'apprendre par rapport &#224; celle de l'enseignant qui lui ma&#238;trise les codes scolaires, on peut montrer concr&#232;tement aux &#233;l&#232;ves ce qu'est la mise &#224; distance de l'&#233;crit. On peut leur montrer qu'&#224; l'&#233;crit on doit &#234;tre plus rigoureux qu'&#224; l'oral car on ne peut pas avoir recours aux intonations et aux gestes pour se faire comprendre. &#201;crire c'est se mettre dans la position o&#249; &#171; on &#233;crit pour quelqu'un qu'on ne conna&#238;t pas et qui ne conna&#238;t rien au sujet &#233;tudi&#233; &#187;. Il est difficile pour les &#233;l&#232;ves de ma&#238;triser cela et l'analyse comparative me para&#238;t &#234;tre une pratique efficace en la mati&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ussir &#224; faire prendre conscience aux &#233;l&#232;ves de ce qui se joue &#224; l'&#201;cole permet de d&#233;velopper chez eux une posture d'interrogation sur les t&#226;ches, sur les &#171; r&#232;gles du jeu &#187; et sur les attentes scolaires afin qu'ils comprennent que les activit&#233;s propos&#233;es ne sont que des moyens vers l'apprentissage et pas une fin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Expliciter les attentes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour accompagner cette interrogation sur les vraies attentes de l'&#201;cole, il est n&#233;cessaire que chaque enseignant, au-del&#224; des prescriptions &#233;volutives et parfois contradictoires de la hi&#233;rarchie, soit au clair sur les enjeux de son enseignement et sur ses attentes. Il pourra ainsi les pr&#233;senter clairement &#224; ses &#233;l&#232;ves. &#202;tre exigeant avec les &#233;l&#232;ves n'est pas tout, il faut leur donner les moyens de satisfaire aux exigences. Pour cela, j'ai pris pour habitude d'expliciter clairement les r&#232;gles et les attentes de la discipline sans attendre que par impr&#233;gnation, elles soient appropri&#233;es naturellement par les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par exemple, il est constamment affich&#233; dans ma classe une liste des principaux mots de la langue fran&#231;aise introduisant syst&#233;matiquement les questions d'histoire ou g&#233;ographie avec leur reformulation et ce qu'on attend comme type de r&#233;ponse. Cette liste est d&#233;sign&#233;e &#224; chaque activit&#233; propos&#233;e d&#232;s la classe de 6&#232;me pour que les &#233;l&#232;ves adoptent des r&#233;flexes de r&#233;daction.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; partir de la classe de 4&#232;me, l'effort d'explicitation des attendus d'un questionnement en histoire-g&#233;ographie est encore plus important avec une s&#233;rie d'autres affiches qui explicitent les quatre types de questions pos&#233;es sur un document en histoire ou g&#233;ographie, donnent les moyens pour les reconna&#238;tre et d&#233;taillent la forme pr&#233;cise de r&#233;ponse attendue. On r&#233;v&#232;le ainsi aux &#233;l&#232;ves les intentions des enseignants quand ils formulent une question et qu'en r&#233;alit&#233; une forme et un contenu pr&#233;cis sont attendus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_257 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L440xH203/image_25-5-ee8bb.png?1790689107' width='440' height='203' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette acculturation des &#233;l&#232;ves &#224; des r&#233;flexes de r&#233;daction passe par l'utilisation de couleurs correspondant &#224; chaque morceau de r&#233;ponse devant &#234;tre obligatoirement utilis&#233;es dans les premiers temps pour s'obliger &#224; se conformer &#224; la forme attendue comme dans l'exercice ci-dessous :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_258 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L319xH442/image_30-2_bis-0426e.png?1790689107' width='319' height='442' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#202;tre explicite sur ses attentes, c'est aussi exposer aux &#233;l&#232;ves les crit&#232;res de r&#233;ussite pour chaque activit&#233; propos&#233;e. Les crit&#232;res doivent &#234;tre clairs pour l'&#233;l&#232;ve. Par exemple, ce genre de tableau est distribu&#233; aux &#233;l&#232;ves de 5&#232;me devant r&#233;aliser le r&#233;cit de la vie d'un artisan au Moyen-&#226;ge (l'&#233;l&#232;ve coche quand il pense avoir respect&#233; le crit&#232;re, l'enseignant valide ou non en passant dans les rangs et &#233;change avec l'&#233;l&#232;ve pour expliquer pourquoi le crit&#232;re n'est pas respect&#233;) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_259 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L237xH316/image_37-7_bis-9ed15.png?1790689107' width='237' height='316' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et celui-l&#224; aux &#233;l&#232;ves de 3&#232;me devant r&#233;aliser un d&#233;veloppement construit (une longue r&#233;ponse organis&#233;e &#224; une question large) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L311xH296/image_38_bis-d5a13.png?1790689107' width='311' height='296' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#233;l&#232;ves re&#231;oivent la m&#234;me fiche de crit&#232;res. Nulle diff&#233;renciation p&#233;dagogique ici. L'injonction &#224; la diff&#233;renciation p&#233;dagogique, sous pr&#233;texte que les cheminements intellectuels peuvent &#234;tre divers, n'aboutit bien souvent pas &#224; une &#233;laboration de chemins diff&#233;rents pour arriver au m&#234;me but mais &#224; une diff&#233;renciation des buts pour que tous arrivent quelque part. Elle entra&#238;ne dans le quotidien des classes, et en d&#233;pit des d&#233;n&#233;gations, &#224; demander moins &#224; ceux qui sont jug&#233;s capables de moins : &#224; certains trois crit&#232;res &#224; respecter et &#224; d'autres dix. J'ai toujours pr&#233;f&#233;r&#233; avoir le m&#234;me niveau d'exigence pour tous afin que tous mesurent leurs r&#233;ussites mais aussi le chemin restant &#224; parcourir pour &#234;tre au niveau demand&#233;. Rabaisser ses exigences avec certains, en plus de perdre leur respect et d'affecter leur estime, a des effets d&#233;vastateurs quand m&#234;me un niveau d'exigence faible n'est pas atteint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai constat&#233; que ce n'est pas la hauteur des exigences qui d&#233;courage les &#233;l&#232;ves mais c'est le sentiment de ne pas avoir tous les outils pour y arriver. Ce n'est souvent pas la marche qui est trop haute, c'est l'&#233;tayage pour y arriver qui est trop faible. D'o&#249; l'importance de guider les &#233;l&#232;ves dans leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Guider les &#233;l&#232;ves pour affronter le saut cognitif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage dirig&#233; par St&#233;phane Bonnery, &lt;i&gt;Supports p&#233;dagogiques et in&#233;galit&#233;s scolaires&lt;/i&gt;, propose une analyse &#233;clairante de l'effort cognitif exig&#233; des &#233;l&#232;ves aujourd'hui. L'ouvrage montre bien que les activit&#233;s propos&#233;es dans les manuels actuels sollicitent davantage qu'avant la r&#233;flexion des &#233;l&#232;ves. C'est &#224; l'&#233;l&#232;ve &#224; travers la r&#233;alisation de l'activit&#233; de produire le savoir par inf&#233;rence. Mais il r&#233;v&#232;le bien les risques de ce &#171; saut cognitif &#187; si les &#233;l&#232;ves ne sont pas assez guid&#233;s dans cette d&#233;marche ou si l'effort de r&#233;flexion exig&#233; repose sur des pr&#233;-requis non transmis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les manuels d'histoire-g&#233;ographie sur lesquels s'appuient les enseignants, on demande aux &#233;l&#232;ves d'extraire les informations pertinentes des documents. C'est souvent &#224; l'&#233;l&#232;ve seul de d&#233;terminer quelles informations sont reli&#233;es &#224; la probl&#233;matique d'ensemble et ces liens ne sont souvent pas explicites. Si bien que les &#233;l&#232;ves ont besoin de mobiliser des dispositions qui, si elle ne sont pas fournies par le manuel ou le professeur, deviennent en r&#233;alit&#233; des pr&#233;-dispositions acquises hors de l'&#233;cole. Ces activit&#233;s deviennent alors uniquement accessibles aux &#171; initi&#233;s &#187; c'est-&#224;-dire aux &#233;l&#232;ves ayant l'habitude de d&#233;celer des exigences cach&#233;es ou de se questionner sur des processus et pas uniquement sur des faits, de percevoir seuls les sous-entendus et qui ne tombent pas dans les pi&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de l'activit&#233; de d&#233;couverte d'une nouvelle notion ou d'un nouveau chapitre appel&#233;e &#171; &#233;tude de cas &#187; en histoire-g&#233;ographie. Devant l'&#233;chec de nombre de mes &#233;l&#232;ves face &#224; ces activit&#233;s de d&#233;couverte des savoirs ou de construction autonome des savoirs, j'ai vite adopt&#233; l'habitude d'expliciter les enjeux cognitifs de la t&#226;che propos&#233;e et de transmettre, s'il le faut, les pr&#233;-requis sous une forme magistrale avant de d&#233;marrer l'activit&#233; pour guider le travail cognitif de l'&#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de cas ne doit constituer qu'une amorce de r&#233;flexion de ph&#233;nom&#232;ne avant de globaliser la r&#233;flexion. Le risque est grand de passer beaucoup de temps sur cette phase de d&#233;couverte et de sacrifier la phase de formalisation des concepts, de r&#233;flexion plus globale et de r&#233;investissement. Les &#233;l&#232;ves prenant alors cette &#233;tude de cas comme le c&#339;ur du chapitre, ils ont du mal &#224; sortir de cet exemple quand ils doivent appr&#233;hender un ph&#233;nom&#232;ne historique ou g&#233;ographique dans sa globalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de cas n&#233;cessite donc une grande lucidit&#233; du professeur sur ses intentions p&#233;dagogiques. Le risque est grand de surcharger cognitivement l'activit&#233; pour les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans mes cours, l'&#233;tude de cas prend deux formes qui r&#233;v&#232;lent deux objectifs distincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier objectif possible : entra&#238;ner les &#233;l&#232;ves &#224; extraire les informations pertinentes d'un ou plusieurs documents. Cette &#233;tude de cas sera alors men&#233;e sous la forme d'un cours dialogu&#233; o&#249; j'interroge &#224; la suite plusieurs &#233;l&#232;ves afin de guider par mes questions la lecture et l'extraction des informations pertinentes. Pour cela, je ram&#232;ne syst&#233;matiquement chaque &#233;l&#232;ve interrog&#233; &#224; la probl&#233;matique en lui demandant de toujours s'assurer que sa r&#233;ponse r&#233;pond &#224; l'enjeu intellectuel pos&#233; au d&#233;part. J'exerce une pression douce sur sa r&#233;flexion pour qu'il &#171; discipline &#187; sa r&#233;flexion et sa r&#233;ponse, qui deviendra la trace &#233;crite adopt&#233;e par tous. Et dans ces moments, il est primordial d'interroger les &#233;l&#232;ves reconnus les plus en difficult&#233;. Ce sont ces &#233;l&#232;ves qui ont le plus besoin d'&#234;tre confront&#233; &#224; la difficult&#233; cognitive et d'&#234;tre guid&#233; dans leur cheminement intellectuel. Ce sont les interactions avec ces &#233;l&#232;ves qui &#233;clairent les enseignants sur les blocages cognitifs et les moyens de les lever. Elles permettent d'acqu&#233;rir cette lucidit&#233; &#233;voqu&#233;e pr&#233;c&#233;demment. A condition bien entendu que ce cours dialogu&#233; ne se d&#233;tourne jamais de l'objectif d'apprentissage et ne d&#233;rive pas en un bavardage inefficace (tension bien &#233;clair&#233;e dans l'ouvrage de J&#233;r&#244;me Deauvieau, &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me objectif pour l'&#233;tude de cas : mettre en forme par &#233;crit de mani&#232;re autonome sa r&#233;flexion sur un ensemble de documents historiques ou g&#233;ographiques. Cette fois, les &#233;l&#232;ves seront amen&#233;s &#224; travailler seuls avec leur manuel et leur cahier pour formuler des r&#233;ponses. N&#233;anmoins, pour que tous puissent mener &#224; bien cette t&#226;che, il n'est pas possible de les lancer directement sans un travail collectif pr&#233;alable. Car certains &#233;l&#232;ves vont certes tr&#232;s bien r&#233;ussir &#224; saisir tous les enjeux, &#224; lever les incertitudes de vocabulaire&#8230; mais certains autres (la majorit&#233; dans mes classes) risquent vite d'&#234;tre bloqu&#233;s puis noy&#233;s par les multiples emb&#251;ches et sous-entendus pr&#233;sentes dans l'activit&#233;. Ainsi, un travail est men&#233; collectivement &#224; l'oral au pr&#233;alable pour lever toutes les difficult&#233;s des documents et des questions : lecture collective pour &#233;clairer le vocabulaire et rappeler les notions &#224; ma&#238;triser, analyse des intentions des questions, classification des documents qui se contredisent ou se renforcent&#8230;. Ce moment permet d'&#233;liminer le probl&#232;me de compr&#233;hension des questions et des documents pour tous les &#233;l&#232;ves surtout les plus en difficult&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Puis les &#233;l&#232;ves peuvent d&#233;marrer leur travail autonome &#224; l'&#233;crit. L'&#233;l&#232;ve peut concentrer ses efforts sur la mise en forme correcte de sa r&#233;ponse plus ou moins &#233;labor&#233;e pr&#233;alablement de mani&#232;re collective &#224; l'oral. On a ainsi d&#233;charg&#233; cognitivement l'activit&#233; pour exiger de l'&#233;l&#232;ve un effort particulier dans la formulation &#233;crite qui est le vrai objectif d'apprentissage de l'activit&#233;. Je circule aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves et travaille avec chacun la mise en forme dans une langue correcte. J'entreprends alors avec chacun d'eux &#224; partir de leurs premi&#232;res formulations une r&#233;flexion sur l'&#233;crit comme forme de discours diff&#233;rent de l'oral qui implique une mise &#224; distance.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, j'op&#232;re un encadrement pr&#233;cis du travail personnel des &#233;l&#232;ves qui est r&#233;alis&#233; sous l'&#233;gide de techniques et consignes explicites. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, cet &#233;tayage du travail des &#233;l&#232;ves est permanent dans ma classe : les murs de ma salle sont recouverts d'affiches de m&#233;thode, de rappel de notions&#8230; comme c'est courant dans le premier degr&#233; mais tr&#232;s rare dans le second : la m&#233;thode d'analyse d'un paysage, d'un document iconographique, les crit&#232;res de r&#233;daction d'un d&#233;veloppement construit, jusqu'&#224; un rappel de la rose des vents et des chiffres romains : tous les outils qui lorsqu'ils sont absents emp&#234;chent les &#233;l&#232;ves de s'investir dans la t&#226;che. L'encadrement de cet apprentissage &#224; l'autonomie va jusqu'&#224; enseigner aux &#233;l&#232;ves &#224; faire un brouillon avant de r&#233;diger une r&#233;ponse. Car faire un brouillon est une comp&#233;tence qui ne s'acquiert par naturellement. Je montre et apprend aux &#233;l&#232;ves comment pr&#233;senter et r&#233;aliser son brouillon pour lister, trier puis classer des id&#233;es, ... En 3&#232;me, je ramasse leur brouillon non pour le noter mais mieux &#233;valuer le travail et la ma&#238;trise des &#233;l&#232;ves. Je peux ainsi mieux analyser le cheminement de l'&#233;l&#232;ve et &#234;tre plus pertinent dans l'analyse de ses difficult&#233;s qu'avec simplement le d&#233;veloppement construit finalement r&#233;dig&#233; sur la copie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_261 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L294xH212/image_39-2_bis-62f13.png?1790689107' width='294' height='212' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'autonomie de l'&#233;l&#232;ve est une autonomie guid&#233;e. Ce paradoxe n'est qu'apparent car comme le montre bien H&#233;lo&#239;se Durler dans son ouvrage &lt;i&gt;L'autonomie obligatoire&lt;/i&gt;, le risque est grand de creuser les in&#233;galit&#233;s en pr&#244;nant l'autonomie des &#233;l&#232;ves si on ne les aide pas tous &#224; d&#233;velopper les habilet&#233;s n&#233;cessaires, renvoyant sinon l'apprentissage de ces habilet&#233;s &#224; la sph&#232;re familiale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#233;valuation transparente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est autour des &#233;valuations que se cristallisent tous les malentendus p&#233;dagogiques. C'est le moment r&#233;v&#233;lateur de l'efficacit&#233; p&#233;dagogique de l'enseignement et c'est l&#224; que se manifeste le plus l'&#233;cart entre ce qu'on pense enseigner et ce qui est vraiment ma&#238;tris&#233; par les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Inform&#233; par un coll&#232;gue peu de temps apr&#232;s mon arriv&#233;e au coll&#232;ge des travaux d'Andr&#233; Antibi sur la constante macabre et l'&#233;valuation par contrat de confiance, j'ai rapidement &#233;volu&#233; dans ma fa&#231;on de consid&#233;rer le moment de l'&#233;valuation sommative de fin de chapitre. Cette &#233;valuation se compose traditionnellement d'une partie &#171; questions de cours &#187; portant sur les connaissances centrales du chapitre et d'une partie &#171; questions sur un ou deux documents historiques ou g&#233;ographiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'&#233;laboration commune des &#233;valuations avec les &#233;l&#232;ves est peut-&#234;tre la pratique la plus satisfaisante que j'ai pu mettre en &#339;uvre. Dans l'objectif de rendre les attendus de l'&#233;valuation les plus explicites pour les &#233;l&#232;ves, j'&#233;labore avec eux sur une heure de cours l'&#233;valuation &#224; laquelle ils auront &#224; se soumettre sept jours plus tard. Sur cette heure de cours, j'am&#232;ne les &#233;l&#232;ves &#224; se placer dans la position de celui qui doit construire les modalit&#233;s de l'&#233;valuation. Le d&#233;roulement de la s&#233;ance : d'abord, j'&#233;cris au tableau la probl&#233;matique et le plan du chapitre que nous venons de terminer afin d'appr&#233;hender la structure et la coh&#233;rence globales du cheminement intellectuel op&#233;r&#233; au fil des diff&#233;rentes parties et sous-parties. Puis, nous refaisons ensemble ce cheminement &#224; partir de ce qui a &#233;t&#233; not&#233; ou r&#233;alis&#233; dans leur cahier. Pour chaque activit&#233; ou trace &#233;crite, je leur demande quel &#233;tait l'enjeu de connaissances ou de savoir-faire. Puis je demande qu'on me propose pour chaque partie du cours une formulation de question pour l'&#233;valuation tout en rappelant l'objectif d'obtenir des &#233;l&#232;ves une restitution de ces connaissances ou savoir-faire le jour J.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail est r&#233;alis&#233; pour toutes les parties et sous-parties du chapitre et permet aux &#233;l&#232;ves de se questionner sur les notions cl&#233;s dont la ma&#238;trise m&#233;rite d'&#234;tre &#233;valu&#233;e. A la fin, nous avons &#233;labor&#233; ensemble entre sept et dix questions et nous nous sommes entendus sur leur formulation. Ceci qui permet de lever beaucoup de probl&#232;mes de compr&#233;hension d'&#233;nonc&#233; et me permet notamment de me rendre compte des formules ou vocabulaire sources de malentendu. Par exemple, la formule &#171; Pourquoi peut-on dire que... &#187; est d&#233;sormais bannie de mes questions de contr&#244;le &#224; la demande des &#233;l&#232;ves qui trouvent cette formule alambiqu&#233;e. Les &#233;l&#232;ves savent que je conserverai entre cinq et sept questions qui leur seront soumises dans la formulation exacte &#233;labor&#233;e ensemble pour constituer la premi&#232;re partie de l'&#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des premi&#232;res fois, les questions propos&#233;es par les &#233;l&#232;ves sont toujours des questions amenant des r&#233;ponses tr&#232;s succinctes relevant de simples connaissances factuelles (une date, un pays, un personnage). Je leur explique alors que ces questions manquent d'ambition pour une &#233;valuation de fin de chapitre et petit &#224; petit, ils prennent conscience que la majorit&#233; des questions en histoire-g&#233;ographie doivent porter sur des ph&#233;nom&#232;nes de processus et que les connaissances factuelles servent &#224; &#233;tablir ces processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;laboration de la liste des questions, nous revoyons ensemble tous les documents du manuel &#233;tudi&#233;s pendant le chapitre afin de d&#233;terminer celui ou ceux qui feront l'objet de la deuxi&#232;me partie de l'&#233;valuation (&#171; Questions sur document &#187;). Je donne comme consigne aux &#233;l&#232;ves de s&#233;lectionner parmi la liste &#171; les documents les plus riches &#187;. Ce qui suppose que j'explicite aupr&#232;s d'eux ce qu'un professeur consid&#232;re &#234;tre un document riche : un document qui fait appel &#224; plusieurs notions-cl&#233; du cours, qui fait le lien avec un chapitre pr&#233;c&#233;dent, dont les questions qu'ils suscitent sont nombreuses...etc. On voit alors les &#233;l&#232;ves tout &#224; fait capables de distinguer un document dont la fonction a &#233;t&#233; illustrative dans le cours d'un document qui constitue une source indispensable de compr&#233;hension d'un fait ou processus historique ou g&#233;ographique. Parmi les quelques documents s&#233;lectionn&#233;s, l'un fera l'objet d'un questionnement lors de l'&#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour poursuivre cet accompagnement du travail des &#233;l&#232;ves, je leur demande de r&#233;aliser chez eux durant la semaine qui suit et avant l'&#233;valuation une &#171; pr&#233;paration d'&#233;valuation &#187; c'est-&#224;-dire de r&#233;pondre &#224; toutes les questions gr&#226;ce &#224; leur cahier sur une copie qu'ils devront me rendre le jour de l'&#233;valuation. R&#233;cup&#233;rer ces pr&#233;parations me permet une plus grande lucidit&#233; sur le travail de chacun d'entre eux : quantit&#233; de temps consacr&#233;e &#224; la r&#233;vision, partie du cours non-ma&#238;tris&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, j'exige au moment de l'&#233;valuation un effort particulier de chaque &#233;l&#232;ve sur la pr&#233;sentation, la propret&#233; de sa copie tout comme une grande rigueur dans la r&#233;daction. Pour cette derni&#232;re, chaque &#233;l&#232;ve dispose d'un outil institu&#233; dans le coll&#232;ge de rappel des principales erreurs commises par les &#233;l&#232;ves avec la m&#233;thode pour se corriger. De plus, chaque &#233;l&#232;ve ayant termin&#233; son &#233;valuation est invit&#233; &#224; mon bureau pour que nous relevions ensemble les erreurs d'expression &#233;crite et les corrigions. Ainsi le travail sur la langue n'est pas confi&#233; uniquement au professeur de fran&#231;ais ou externalis&#233;, d&#233;contextualis&#233; dans des groupes de besoin, de soutien, d'accompagnement personnalis&#233;&#8230; comme c'est la tendance aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l&#8216;impression avec la pr&#233;paration commune des &#233;valuations de r&#233;v&#233;ler aux &#233;l&#232;ves la bo&#238;te noire de l'enseignant en leur montrant que l'&#233;nonc&#233; de l'&#233;valuation suit des intentions pr&#233;cises qui d'ordinaire ne sont jamais r&#233;v&#233;l&#233;es. On voit tant d'&#233;l&#232;ves de bonne volont&#233; passer des heures &#224; r&#233;viser leur contr&#244;le en se concentrant sur l'apprentissage par c&#339;ur de connaissances factuelles et &#233;chouer au contr&#244;le par manque de compr&#233;hension de ce qui est vraiment attendu en &#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette organisation, l'&#233;valuation n'est plus vue comme un pi&#232;ge. S'&#233;tablit un lien de confiance. La transparence, qui consiste en la connaissance des questions de l'&#233;valuation &#224; l'avance, permet aux &#233;l&#232;ves d'entreprendre un travail autonome et efficace parce que tr&#232;s guid&#233;. D&#232;s lors, travailler et r&#233;viser porte ses fruits automatiquement. On se rend compte alors des grandes capacit&#233;s de travail de nos &#233;l&#232;ves ce qui contredit les lamentations habituelles sur les &#233;l&#232;ves qui ne travaillent pas, parce que les parents ne suivent pas&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ceux qui me reprochent de m&#226;cher le travail aux &#233;l&#232;ves, la meilleure r&#233;ponse est la qualit&#233; des copies d'&#233;valuation r&#233;alis&#233;es par les &#233;l&#232;ves y compris de la part d'&#233;l&#232;ves jug&#233;s en difficult&#233; par le reste des enseignants. Les notes sont d&#233;sormais bien meilleures qu'au d&#233;but de mon parcours au coll&#232;ge sans avoir l'impression d'avoir renonc&#233; &#224; aucune de mes exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cette m&#233;thode, on peut viser la r&#233;ussite de tous et d&#233;tecter les &#233;l&#232;ves r&#233;ellement en difficult&#233; comme ceux porteurs de vrais troubles cognitifs qui constituent comme partout une petite partie de chaque classe et pas la moiti&#233; comme certains r&#233;sultats pourraient le laisser penser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour conclure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'impression aujourd'hui de pratiquer une p&#233;dagogie plus &#233;galitaire visant la r&#233;ussite de tous, condition indispensable &#224; une vraie d&#233;mocratisation scolaire. Chez moi, pas de pi&#232;ge, pas de sous-entendus. Les objectifs sont les m&#234;mes pour tous les &#233;l&#232;ves et j'ai l'impression d'avoir des ambitions &#233;lev&#233;es pour eux tous et toutes. Avec les quelques pratiques que je propose les &#233;l&#232;ves les plus &#224; l'aise, qui n'auraient pas besoin de tout cet &#233;tayage, s'expriment en classe moins qu'&#224; l'ordinaire. Pourtant, je n'ai jamais per&#231;u aucun signe de frustration. Ils ont tout le reste du temps hors de la classe pour d&#233;velopper le plus loin possible leurs capacit&#233;s et ils ne s'en privent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut la r&#233;ussite de tous, il faut accepter de questionner les pratiques p&#233;dagogiques qui, en se calquant sur les aptitudes des &#171; &#233;l&#232;ves connivents &#187;, dont souvent les parents dipl&#244;m&#233;s pratiquent une p&#233;dagogisation intense de leur temps de loisirs, ont pour cons&#233;quence de trier les &#233;l&#232;ves afin qu'une minorit&#233; acc&#232;de aux grandes &#233;coles. Pour la masse des &#233;l&#232;ves et notamment ceux issus des classes populaires les moins dipl&#244;m&#233;es, l'&#201;cole a le devoir de l'efficacit&#233; p&#233;dagogique. Chaque heure de cours doit &#234;tre un moment intense de travail o&#249; rien n'est masqu&#233; ou rendu invisible pour que ces &#233;l&#232;ves acc&#232;dent au savoir, principale source d'&#233;mancipation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie succincte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Andr&#233; Antibi, &lt;i&gt;Pour en finir avec la constante macabre&lt;/i&gt;,Nathan, Paris, 2003.&lt;br class='autobr' /&gt;
* Jean-Pierre Astolfi, &lt;i&gt;La saveur des savoirs&lt;/i&gt;, ESF, Issy-les-Moulineaux, 2008.&lt;br class='autobr' /&gt;
* St&#233;phane Bonnery (dir.), &lt;i&gt;Supports p&#233;dagogiques et in&#233;galit&#233;s scolaires&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
* J&#233;r&#244;me Deauvieau, &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
* H&#233;lo&#239;se Durler, &lt;i&gt;L'autonomie obligatoire&lt;/i&gt;, PUR, Rennes, 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
* Les conf&#233;rences gesticul&#233;es de Franck Lepage (Incultures 1 et 2).&lt;br class='autobr' /&gt;
* Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;valuation sans notes dans un lyc&#233;e exp&#233;rimental</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article197</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article197</guid>
		<dc:date>2014-09-18T16:27:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Cornu, Fran&#231;ois Decaudin, Pierre Doignon, Vincent Levrault</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[R&#233;dig&#233; par les enseignants d'un lyc&#233;e exp&#233;rimental, le texte qui suit s'int&#233;resse aux modalit&#233;s de l'&#233;valuation sans notes et sans classement qui est pratiqu&#233;e dans cet &#233;tablissement, et en &#233;voque les avantages et les limites. Il a donc tout &#224; fait sa place dans notre rubrique &#171; Exp&#233;rimentations &#187;, et nous remercions les auteurs de nous l'avoir propos&#233;. Le lecteur notera que ce qui est ici d&#233;sign&#233; sous le terme de &#171; comp&#233;tences transversales &#187; renvoie &#224; des op&#233;rations mentales dont le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L94xH150/arton197-fd6a8.png?1790692667' class='spip_logo spip_logo_right' width='94' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[R&#233;dig&#233; par les enseignants d'un lyc&#233;e exp&#233;rimental, le texte qui suit s'int&#233;resse aux modalit&#233;s de l'&#233;valuation sans notes et sans classement qui est pratiqu&#233;e dans cet &#233;tablissement, et en &#233;voque les avantages et les limites. Il a donc tout &#224; fait sa place dans notre rubrique &#171; Exp&#233;rimentations &#187;, et nous remercions les auteurs de nous l'avoir propos&#233;. Le lecteur notera que ce qui est ici d&#233;sign&#233; sous le terme de &#171; comp&#233;tences transversales &#187; renvoie &#224; des op&#233;rations mentales dont le contenu n'est pas en r&#233;alit&#233; d&#233;connect&#233; des disciplines, mais d&#233;fini et appr&#233;ci&#233; au sein de chaque univers disciplinaire.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'histoire du CEPMO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centre Exp&#233;rimental P&#233;dagogique et Maritime en Ol&#233;ron&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#232;s l'origine du projet exp&#233;rimental, il y a l'id&#233;e d'en finir avec l'&#233;valuation par notes pour laisser place &#224; une forme d'&#233;valuation qui incorpore, de fa&#231;on imbriqu&#233;e, formatif et sommatif. Il ne s'agit pas simplement de faire rupture avec la culture traditionnelle de la note mais d'aborder l'&#233;valuation sous un autre angle que celui de la valeur qui hi&#233;rarchise les individus entre eux plus qu'elle ne renseigne l'&#233;l&#232;ve sur l'&#233;tat de ses acquisitions. Ainsi, durant les trente derni&#232;res ann&#233;es, de nombreuses &#233;tudes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Merle, &#192; quoi servent les notes ? (2006)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont montr&#233; combien cette utilisation de la note &#224; l'apparence math&#233;matique &#233;tait variable et subjective, jusqu'&#224; la th&#233;orisation discut&#233;e d'Andr&#233; Antibi de la constante macabre. Bien s&#251;r derri&#232;re ces choix, il y a des enjeux id&#233;ologiques sous-jacents qui d&#233;passent le simple cadre de l'&#233;valuation car l'institution se trouve non seulement dans la n&#233;cessit&#233; de faire r&#233;ussir le plus grand nombre avec des outils adapt&#233;s, mais aussi de hi&#233;rarchiser les individus pour s&#233;lectionner ses &#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves du CEPMO sont la plupart du temps le produit de cette histoire de la note avec laquelle ils entretiennent une histoire vari&#233;e mais principalement conflictuelle. L'abandon de la note a donc eu pour objectif, d&#232;s le d&#233;part, de reconstruire le rapport de l'&#233;l&#232;ve avec l'&#233;valuation afin de renouer positivement avec le lieu &#171; &#233;cole &#187;. Mais outre l'impact bienveillant sur l'&#233;l&#232;ve d'un syst&#232;me qui met en avant ses r&#233;ussites plus que ses &#233;checs, les &#233;quipes successives d'enseignants ont eu &#224; c&#339;ur de faire de l'outil &#233;valuation un outil qui aide &#224; la fois &#224; l'apprentissage et &#224; l'&#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agira pas dans cet article de faire un &#233;tat de toutes les exp&#233;rimentations qui ont eu lieu au sein du CEPMO (des unit&#233;s de valeurs &#224; valider &#224; l'&#233;valuation par comp&#233;tences transversales), mais de mettre en perspective le syst&#232;me d'&#233;valuation utilis&#233; actuellement avec des questions r&#233;currentes pour les enseignants d&#233;passant le cadre d'un &#233;tablissement exp&#233;rimental : comment &#233;valuer sans d&#233;motiver, comment construire une comp&#233;tence, quelle place pour l'auto&#233;valuation, quel vocabulaire utiliser accessible aux &#233;l&#232;ves tout en restant pr&#233;cis, comment permettre aux &#233;l&#232;ves de s'approprier les modalit&#233;s d'&#233;valuation, comment passer du constat &#224; la rem&#233;diation, comment harmoniser l'&#233;valuation entre les disciplines pour rendre lisibles les gestes et attitudes qui rel&#232;vent de la transversalit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Grilles d'&#233;valuation communes : une &#233;valuation formative
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, sont utilis&#233;es quatre grilles de comp&#233;tences ayant pour vis&#233;e commune d'objectiver les &#233;valuations des productions des &#233;l&#232;ves :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	une grille commune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir document Annexe 1 : exemple d'une grille d'&#233;valuation&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aux arts plastiques ; aux sciences (SVT et physique) et aux sciences humaines (fran&#231;ais, philosophie, histoire-g&#233;ographie, SES) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	une pour les langues vivantes (afin de s'adapter &#224; la classification europ&#233;enne) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	une pour les math&#233;matiques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	une pour l'EPS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grilles d'&#233;valuation tiennent compte du caract&#232;re progressif et cumulatif des apprentissages. Dans chaque champ de comp&#233;tence &#233;valu&#233;e, l'&#233;valuation s'appuie sur des &#233;tapes faisant r&#233;f&#233;rence explicitement &#224; des t&#226;ches de plus en plus complexes &#224; r&#233;aliser selon les classes, permettant ainsi &#224; l'&#233;l&#232;ve de comprendre les crit&#232;res de r&#233;ussite scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grille commune retient ainsi les champs de comp&#233;tences transversaux suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	(1) mobiliser des connaissances&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	(2) analyser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	(3) argumenter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	(4) structurer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	(5) communiquer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de faire progresser l'&#233;l&#232;ve dans les diff&#233;rents champs de comp&#233;tences &#233;valu&#233;s. Les comp&#233;tences sont d&#233;clin&#233;es en diff&#233;rentes &#233;tapes, permettant &#224; l'&#233;l&#232;ve de se projeter dans le travail &#224; accomplir. Pour l'&#233;l&#232;ve, cela signifie que plus il a des &#171; &#233;tapes &#187; &#233;lev&#233;es dans la comp&#233;tence &#233;valu&#233;e, plus il ma&#238;trise celle-ci. Ces diff&#233;rentes &#233;tapes serviront de base aux avis de passage formul&#233;s par les enseignants dans les diff&#233;rentes disciplines en fin d'ann&#233;e. Pour obtenir un avis positif, les &#233;l&#232;ves doivent atteindre un maximum d'&#233;tapes 3 en Seconde, d'&#233;tapes 4 en Premi&#232;re et tendre en Terminale dans l'optique du baccalaur&#233;at vers les &#233;tapes 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces grilles d'&#233;valuation deviennent particuli&#232;rement utiles d&#232;s lors que les &#233;l&#232;ves s'approprient les diff&#233;rentes composantes de la grille, et alimentent divers dispositifs permettant le suivi et la progression des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question de l'appropriation du sens de la grille par les &#233;l&#232;ves
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cet enjeu se pose tout au long de l'ann&#233;e scolaire, a fortiori au commencement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	En d&#233;but d'ann&#233;e sont propos&#233;s aux &#233;l&#232;ves des exercices types ou des t&#226;ches simples qui permettent de mettre en &#339;uvre &#224; chaque fois un nombre tr&#232;s restreint de comp&#233;tences afin d'observer ce qui se &#171; cache &#187; derri&#232;re la comp&#233;tence mobilis&#233;e et donc de faire sens. Par exemple, cela peut prendre la forme d'un d&#233;bat en classe pour identifier la comp&#233;tence et l'&#233;tape travaill&#233;es lors d'un exercice. De m&#234;me l'enseignant peut proposer aux &#233;l&#232;ves des s&#233;quences d'auto-correction permettant une meilleure appropriation de la grille obligeant les &#233;l&#232;ves &#224; se questionner sur les diff&#233;rentes &#233;tapes et comp&#233;tences &#233;valu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	Ce travail ayant lieu au d&#233;but de l'ann&#233;e dans chaque mati&#232;re, il permet par la suite pour les &#233;l&#232;ves de constater que s'&#233;tablit un bar&#232;me commun de comp&#233;tences interdisciplinaires qui a pour vis&#233;e de les aider &#224; d&#233;passer la vision cloisonn&#233;e des disciplines. Ainsi, cette forme d'&#233;valuation les aide &#224; effectuer des transferts d'outils intellectuels - les savoir-faire - entre les diff&#233;rentes disciplines (comme par exemple le paragraphe argument&#233; en seconde), sans pour autant n&#233;gliger les contenus disciplinaires sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	Durant l'ann&#233;e, l'&#233;quipe p&#233;dagogique s'applique &#224; amener progressivement les &#233;l&#232;ves &#224; r&#233;soudre des t&#226;ches complexes, c'est-&#224;-dire des t&#226;ches qui obligent ceux-ci &#224; mobiliser des ressources internes (connaissances, capacit&#233;s, m&#233;thodes, attitudes) et externes (documents, groupes), appropri&#233;es pour dominer une situation nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226; Du c&#244;t&#233; des professeurs, ces modalit&#233;s p&#233;dagogiques tendent &#224; harmoniser les pratiques, par exemple en explicitant tr&#232;s clairement les crit&#232;res de r&#233;ussite ou bien les comp&#233;tences mises en &#339;uvre pour r&#233;ussir la t&#226;che. Plus globalement, cela favorise le travail interdisciplinaire en apportant un regard n&#233;cessairement plus ouvert sur les exigences des autres mati&#232;res et les programmes qui les composent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	Enfin, pour rendre plus efficiente l'appropriation du sens de la grille, les &#233;l&#232;ves sont fr&#233;quemment invit&#233;s &#224; pratiquer une &#233;valuation r&#233;flexive de leurs productions (auto&#233;valuation lors d'une &#233;valuation et &#224; la fin de chaque p&#233;riode). Pour ce faire, ils doivent manipuler cet outil d'une part et mettre &#224; distance leur travail afin de l'objectiver et de le d&#233;dramatiser d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La grille alimente divers dispositifs articulant des &#233;chelles de temps vari&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'outil permet une &#233;valuation rapide et pr&#233;cise permettant la mise en place de rem&#233;diations sous diff&#233;rentes formes. Ainsi, des dispositifs tels que le soutien ou l'aide aux devoirs s'adaptent aux constats communs du professeur et de l'&#233;l&#232;ve. Cela permet donc une communication plus fluide et sereine car le vocabulaire et les attendus sont clairs et communs. Au final, on constate bien souvent une rem&#233;diation plus efficiente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un plus long terme, la pratique de l'auto&#233;valuation en fin de p&#233;riode permet &#224; l'&#233;l&#232;ve de porter un diagnostic lucide qui permet d'affirmer, d'affiner ou encore d'infirmer des axes de travail de rem&#233;diation durant une p&#233;riode, des strat&#233;gies &#224; mettre en &#339;uvre tout au long de l'ann&#233;e et une progression globale de la Seconde &#224; la Terminale. L'&#233;l&#232;ve devient alors le propre acteur de sa progression et de sa scolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour accompagner ce travail d'auto&#233;valuation, &#233;l&#232;ve et professeur se rencontrent lors d'un tutorat institutionnalis&#233; dont un des objectifs est d'effectuer une lecture transversale afin de poser un diagnostic et permettre d'engager une discussion sur les objectifs, les rem&#233;diations possibles et l'orientation envisageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le bilan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir document annexe 2 : feuille de bilan. Au CEPMO, il n'y a pas de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de fin de p&#233;riode permettant la communication avec les familles s'appuie sur les grilles de comp&#233;tences afin de valoriser les comp&#233;tences acquises par l'&#233;l&#232;ve, d'objectiver celles qui restent &#224; renforcer et donc permettre une discussion constructive &#224; propos des perspectives possibles en termes de scolarit&#233; et d'orientation professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des effets positifs sur les apprentissages
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fenseurs de la note mettent en avant des effets pro-comp&#233;titifs de l'&#233;valuation notale sur les apprentissages des &#233;l&#232;ves. D&#232;s lors, en supprimant la note, les &#233;l&#232;ves perdraient une source de motivation pour apprendre. La comp&#233;tition et la mise en concurrence des &#233;l&#232;ves via les notes ne semble pas &#234;tre une condition suffisante ni n&#233;cessaire aux apprentissages. En revanche, structurer les apprentissages, rendre visible les attentes invisibles de la r&#233;ussite scolaire semble une condition n&#233;cessaire &#224; la r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves au CEPMO sont, pour une partie, des &#233;l&#232;ves qui &#233;taient en difficult&#233; dans le syst&#232;me scolaire traditionnel. Ainsi, pour ce public, un des pr&#233;alables aux apprentissages est notamment de retrouver la confiance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M-A. Hugon ; D. Toubert-Duffort, &#034;Adolescence et d&#233;crochage : pr&#233;venir et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce mode d'&#233;valuation inscrit donc l'&#233;l&#232;ve dans une dynamique positive d'apprentissage, en insistant en premier lieu sur les &#034;gestes&#034; scolaires qu'il arrive &#224; effectuer, les savoirs qu'il ma&#238;trise et en mettant en perspective les &#233;tapes suivantes qu'il lui reste &#224; franchir pour progresser. Malgr&#233; l'absence de note, nous constatons avec ce mode d'&#233;valuation des effets positifs sur les apprentissages des &#233;l&#232;ves, notamment au regard du public sp&#233;cifique accueilli au CEPMO. D'apr&#232;s les donn&#233;es recueillies sur les &#233;l&#232;ves de cet &#233;tablissement entre 2006 et 2013, on apprend que seuls 23% des &#233;l&#232;ves arrivent au lyc&#233;e en sortant du coll&#232;ge (et ont donc suivi un cursus que l'on peut qualifier de &#171; classique &#187;), les 77% restant ont eu un parcours &#171; atypique &#187; et viennent soit d'un autre lyc&#233;e, d'une formation professionnelle, du CNED, ou &#233;taient d&#233;scolaris&#233;s. Les effets r&#233;els sur les apprentissages restent difficiles &#224; mesurer, &#224; notre niveau, cependant, nous observons qu'un certain nombre d'&#233;l&#232;ves en difficult&#233; scolaire, en situation d'&#233;chec dans des &#233;tablissements scolaires o&#249; l'&#233;valuation notale prime, r&#233;ussissent dans notre &#233;tablissement en obtenant notamment un baccalaur&#233;at g&#233;n&#233;ral (pour environ 75% des &#233;l&#232;ves de terminale), qu'ils n'auraient probablement pas d&#233;croch&#233; dans une autre structure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lien entre l'&#233;valuation sans note et r&#233;ussite au baccalaur&#233;at, ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Points critiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L' &#233;valuation sans note s'accompagne &#233;galement d'un certains nombres de limites voire de freins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	L'appropriation de la grille par l'&#233;l&#232;ve demande du temps et une adh&#233;sion au dispositif. En effet, l'&#233;l&#232;ve qui ne s'approprie pas la grille ne re&#231;oit pas le message, il ne peut s'auto-&#233;valuer, il ne comprend pas le contenu des diff&#233;rentes &#233;tapes, le lien entre l'enseignant et l'enseign&#233; se rompt partiellement et rend compliqu&#233;es les potentielles rem&#233;diations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	L'utilisation des chiffres pour graduer la progression par &#233;tape (&#233;tapes 1, 2 3, &#8230;) induit parfois, par erreur chez l'&#233;l&#232;ve, une transposition malheureuse avec le syst&#232;me d'&#233;valuation notale. Par exemple, l'&#233;l&#232;ve qui atteint l'&#233;tape 2 dans un champ de comp&#233;tence, alors que l'objectif &#233;tait d'atteindre l'&#233;tape 4, en d&#233;duit qu'il a 2/4, et donc la moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	L'&#233;valuation sans note n'&#233;vite pas la comparaison des &#233;l&#232;ves entre eux, &#224; la fois par les &#233;l&#232;ves et les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	La n&#233;cessit&#233; de rendre explicite l'implicite oblige &#224; &#234;tre tr&#232;s pr&#233;cis dans la description des attendus obligeant parfois l'utilisation d'un vocabulaire sp&#233;cifique &#224; la p&#233;dagogie et paradoxalement peu accessible &#224; des &#233;l&#232;ves en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une r&#233;elle alternative aux notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience men&#233;e au CEPMO est un &#233;l&#233;ment central de la culture d'&#233;tablissement. Ainsi, l'&#233;valuation par des grilles de comp&#233;tences communes para&#238;t &#234;tre une bonne alternative &#224; l'&#233;valuation notale d&#232;s lors que plusieurs conditions sont r&#233;unies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	La participation des enseignants &#224; l'&#233;laboration des grilles favorisant ainsi leur adh&#233;sion &#224; cette forme d'&#233;valuation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	L'appropriation par les &#233;l&#232;ves des grilles et de leur contenu ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	Le dispositif doit &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233; (pas cantonner &#224; une discipline isol&#233;e) et faire syst&#232;me. Si ce n'est pas le cas, la discipline qui l'utiliserait risque d'&#234;tre d&#233;valoris&#233;e vis-&#224;-vis des autres disciplines pratiquant l'&#233;valuation notale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#8226;	Des dispositifs annexes favorisant la communication entre l'&#233;valuateur et l'&#233;l&#232;ve afin d'expliciter les attentes, et les rem&#233;diations potentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune forme d'&#233;valuation ne peut-&#234;tre compl&#232;tement satisfaisante mais reste n&#233;cessaire. Nous d&#233;fendons l'id&#233;e que les outils d'&#233;valuation doivent d'abord servir la formation de l'&#233;l&#232;ve avant de l'&#233;valuer sommativement. L'&#233;valuation sans note sert de lien entre l'enseignant et l'enseign&#233; afin de rendre possible les apprentissages dans une relation pacifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 30 ans d'exp&#233;rience, nous pouvons affirmer que ce mode d'&#233;valuation sert le climat scolaire, aide parfois certains &#233;l&#232;ves &#224; reconstruire une image positive d'eux-m&#234;mes et favorise un apprentissage progressif de t&#226;ches complexes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://cepmo.pagesperso-orange.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Centre Exp&#233;rimental P&#233;dagogique et Maritime en Ol&#233;ron&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Merle, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.scienceshumaines.com/a-quoi-servent-les-notes_fr_14909.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; quoi servent les notes&lt;/a&gt; ?&lt;/i&gt; (2006)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir document Annexe 1 : exemple d'une grille d'&#233;valuation&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir document annexe 2 : feuille de bilan. Au CEPMO, il n'y a pas de conseils de classe &#171; traditionnels &#187;, mais des bilans, c'est-&#224;-dire une rencontre entre tous les enseignants de la classe, les parents et les &#233;l&#232;ves avant chaque vacances. Les &#233;l&#232;ves, apr&#232;s avoir rencontr&#233; individuellement tous leurs enseignants lors des &#171; auto-&#233;valuations &#187; vont rendre compte d'une synth&#232;se de leur p&#233;riode (6 semaines de cours), dans laquelle ils vont &#233;voquer leurs progressions, leurs difficult&#233;s, leur investissement personnel dans le travail mais aussi leur place dans la vie de l'&#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M-A. Hugon ; D. Toubert-Duffort, &#034;&lt;a href=&#034;http://www.fespi.fr/IMG/pdf/Adolescence_et_decrochage.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Adolescence et d&#233;crochage : pr&#233;venir et r&#233;pondre&lt;/a&gt;&#034;,&lt;i&gt; La nouvelle revue de l'adaptation et de la scolarisation&lt;/i&gt;, n&#176; 56, 4e trimestre 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le lien entre l'&#233;valuation sans note et r&#233;ussite au baccalaur&#233;at, ne constitue pas en soi une preuve de l'impact de ce mode sp&#233;cifique d'&#233;valuation sur les apprentissages mais illustre en revanche qu'il n'emp&#234;che pas de r&#233;ussir des examens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Lyc&#233;e : la mobilisation d'une discipline sur le m&#233;tier</title>
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		<dc:date>2013-04-01T10:29:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>G&#233;rard Grosse</dc:creator>


		<dc:subject>conduite des apprentissages</dc:subject>
		<dc:subject>Contenus d'enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Sciences &#233;conomiques et sociales</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction La mise en oeuvre du &#171; nouveau management public &#187; conduit &#224; dessaisir les professionnels de leur &#171; capacit&#233; d'agir &#187; : normes de travail de plus en plus ext&#233;rieures aux mani&#232;res de faire du m&#233;tier, pr&#233;carisation r&#233;elle ou subjective des agents, individualisation des carri&#232;res et mise en concurrence des &#233;quipes, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'&#233;ducation ce dessaisissement s'est op&#233;r&#233; de diff&#233;rentes fa&#231;ons : multiplication des exigences et des r&#233;formes, tentatives de normalisation des pratiques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;conduite des apprentissages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Contenus d'enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot63" rel="tag"&gt;Sciences &#233;conomiques et sociales&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH66/arton166-b07f4.png?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='66' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mise en oeuvre du &#171; nouveau management public &#187; conduit &#224; dessaisir les professionnels de leur &#171; capacit&#233; d'agir &#187; : normes de travail de plus en plus ext&#233;rieures aux mani&#232;res de faire du m&#233;tier, pr&#233;carisation r&#233;elle ou subjective des agents, individualisation des carri&#232;res et mise en concurrence des &#233;quipes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;ducation ce dessaisissement s'est op&#233;r&#233; de diff&#233;rentes fa&#231;ons : multiplication des exigences et des r&#233;formes, tentatives de normalisation des pratiques &#224; travers la mise en oeuvre d'une &#233;valuation par comp&#233;tences, r&#233;formes des programmes, etc. Les proc&#233;dures ont parfois &#233;t&#233; extr&#234;mement brutales (comme dans les s&#233;ries technologiques ou en langues vivantes), parfois (un peu) plus subtiles. On s'int&#233;ressera ici &#224; une discipline d'enseignement g&#233;n&#233;ral au lyc&#233;e, les sciences &#233;conomiques et sociales (SES), aux r&#233;formes, de structures et de programmes, qui l'ont affect&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 2010, et &#224; la (r&#233;)action des professeurs de la discipline, impuls&#233;e en particulier par leur association professionnelle, l'association des professeurs de sciences &#233;conomiques et sociales (APSES).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme du lyc&#233;e a affect&#233; de trois fa&#231;ons le travail des enseignants, par le biais des &#171; structures &#187;, du statut de la discipline (enseignement d'exploration) et par celui des programmes &#224; quoi, s'agissant des SES, est venue s'ajouter une modification du mode d'&#233;valuation terminale. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'effet des r&#233;formes de structures est souvent tr&#232;s manifeste : un horaire disciplinaire r&#233;duit c'est plus de classes et plus d'&#233;l&#232;ves &#224; prendre en charge, la suppression d'un d&#233;doublement ce sont des conditions de travail plus difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet en retour des programmes d'enseignement sur le travail de ceux qui sont charg&#233;s de leur mise en oeuvre est moins souvent &#233;voqu&#233;. C'est le choix qui est fait ici : s'int&#233;resser aux programmes de sciences &#233;conomiques et sociales non pour faire une lecture (critique) de leurs contenus &#8211; largement document&#233;e par les publications de l'APSES et des syndicats &#8211; mais en ce que ces contenus sont porteurs de modification en amont sur les pratiques professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche a montr&#233; depuis longtemps l'&#233;cart irr&#233;ductible entre travail prescrit et travail r&#233;el. Les enseignants, pas plus que les autres travailleurs, ne font jamais exactement ce que l'on leur dit de faire. Cet &#171; &#233;cart aux normes &#187; est m&#234;me souvent la condition de r&#233;alisation d'un &#171; bon travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233;s &#224; des r&#233;formes de programmes qui heurtaient la culture de la profession, les enseignants ont donc r&#233;agi, par la plainte certes, mais aussi la protestation, la contre-proposition, l'&#233;laboration de solution collective. Bref, une volont&#233; de &#171; reprendre en mains &#187; leur travail. Apr&#232;s avoir bri&#232;vement d&#233;crit la discipline, je pr&#233;senterai le cheminement qui a conduit &#224; ces nouveaux programmes (2010-2011) et les grandes caract&#233;ristiques de leur contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tudierai ensuite les r&#233;actions des enseignants concern&#233;s, d'abord &#224; partir de t&#233;moignages individuels, puis en analysant les r&#233;actions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les sciences &#233;conomiques et sociales : une mise en perspective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une pr&#233;sentation plus compl&#232;te, voir :&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les sciences &#233;conomiques et sociales sont une mati&#232;re composite de par ses champs scientifiques de r&#233;f&#233;rence. Ceux-ci sont respectivement l'&#233;conomie, la sociologie, la science politique, plus accessoirement l'histoire &#233;conomique et sociale, la d&#233;mographie, l'ethnologie ou le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;e avec la r&#233;forme Fouchet de 1966, cette discipline est inscrite dans une nouvelle voie d'enseignement, la &#171; B &#187;, qui deviendra &#171; E.S. &#187; (&#233;conomique et sociale) en 1993. Voie d'enseignement g&#233;n&#233;ral, il ne s'agissait pas de pr&#233;parer directement &#224; une profession, ni de pr&#233;-sp&#233;cialiser les &#233;l&#232;ves dans une discipline particuli&#232;re de l'Universit&#233; ; on la voulait, selon l'expression d'Antoine Prost, inspir&#233;e d'un humanisme moderne, c'est &#224; dire visant une compr&#233;hension critique du monde contemporain dans ses dimensions &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation de cette discipline (et de la s&#233;rie correspondante) a &#233;t&#233; un des rares exemples d'innovation au lyc&#233;e (en dehors des s&#233;ries technologiques). Elle a correspondu aussi au souci de d&#233;mocratiser le lyc&#233;e en cr&#233;ant une voie g&#233;n&#233;rale diff&#233;rente des voies traditionnelles (litt&#233;raire et scientifique) qui ont marqu&#233; l'histoire du lyc&#233;e depuis la fin du 19e si&#232;cle. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t pour des m&#233;thodes dites actives prenant en compte ce que sont les &#233;l&#232;ves &#224; une &#233;poque o&#249; le lyc&#233;e ouvre ses portes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce statut d'innovation a conf&#233;r&#233; &#224; la discipline deux caract&#233;ristiques majeures : une fragilit&#233; structurelle de la discipline et de la s&#233;rie puisque d&#233;rangeant les &#233;quilibres existants sans pouvoir s'adosser &#224; des positions institutionnelles ; une entreprise collective car il fallait cr&#233;er un enseignement neuf qui n'&#233;tait pas directement issu des hi&#233;rarchies universitaires, avec un personnel enseignant jeune et nouvellement recrut&#233; (cr&#233;ation du CAPES en 1969). Cette situation a cr&#233;&#233; un espace ouvert dans lequel les enseignants, appuy&#233;s par l'inspection elle aussi nouvellement recrut&#233;e, ont acquis un pouvoir collectif sur les enseignements et les m&#233;thodes p&#233;dagogiques. L'identit&#233; disciplinaire des professeurs de sciences &#233;conomiques et sociales est forte. Elle a &#233;t&#233; p&#233;riodiquement r&#233;activ&#233;e au travers ce qui a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme des &#171; attaques &#187; contre l'existence de la discipline ou son &#171; identit&#233; &#187; (le &#171; nous nous battrons pour un adjectif &#187; de 1980).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sentiment identitaire s'enracine dans la volont&#233; de ne pas seulement transmettre des connaissances, mais, ce faisant, de fournir des outils de compr&#233;hension du monde et de construction d'un esprit critique. L'engagement dans la discipline s'accompagne souvent d'un engagement associatif &#224; l'APSES (un professeur sur quatre environ) et syndical (un professeur de SES sur trois, et m&#234;me probablement un sur deux dans le public).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de son existence, la discipline rencontre des difficult&#233;s institutionnelles et fait l'objet de remises en cause r&#233;currentes. Partage des territoires disciplinaires avec l'&#233;conomie-gestion et l'histoire-g&#233;ographie dans les ann&#233;es 70-80, m&#233;fiance des &#233;conomistes du sup&#233;rieur &#224; partir des ann&#233;es 80, qu'on retrouve dans le rapport de la commission Guesnerie en 2008 (voir ci-dessous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers programmes de sciences &#233;conomiques et sociales portent la marque de leurs auteurs, historiens et g&#233;ographes inspir&#233;s de l'&#233;cole des Annales et de l'esprit de l'&#201;cole pratique des hautes &#233;tudes (aujourd'hui EHESS). Les nouveaux programmes des ann&#233;es 80 sont sous-tendus par une logique &#233;conomique, d'inspiration macro&#233;conomique keyn&#233;sienne. Elle laisse place &#224; la description des ph&#233;nom&#232;nes sociaux et ne perd pas de vue la dimension critique, m&#234;me si la finalit&#233; culturelle domine moins nettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau tournant intervient avec les programmes de 1993-95 avec une tentative de r&#233;&#233;quilibrage de la discipline d'enseignement vers les autres sciences sociales : les sciences politiques, la sociologie. L'&#233;criture des programmes est plus pr&#233;cise et fait place &#224; plus de d&#233;veloppements th&#233;oriques. Si la vis&#233;e scientifique se pr&#233;cise, la vis&#233;e &#171; culturelle &#187; s'exprime dans les textes compl&#233;mentaires qui affirment que l'interdisciplinarit&#233; doit pouvoir s'exercer dans chacune des parties du programme. Elle se donne aussi &#224; voir dans la tentative de r&#233;daction &#171; probl&#233;matis&#233;e &#187; du programme de terminale et dans la question &#171; du changement social &#187; qui y court de part en part avec ses aspects conjointement descriptifs, explicatifs et normatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000, la conjoncture politique est diff&#233;rente. Le pouvoir politique au Minist&#232;re est &#224; l'&#233;coute des critiques de l'enseignement des SES qui &#233;manent d'une partie du monde patronal. Des &#233;conomistes universitaires se sentent en phase avec cette &#233;volution, d&#232;s lors qu'elle conduit &#224; rapprocher l'enseignement scolaire de ce qui se fait &#224; l'universit&#233;. Ceci permet de comprendre le tournant des programmes de 2010 : d'une part, il est appuy&#233; par quelques enseignants de SES, soucieux d'asseoir l'enseignement de SES sur des bases qu'ils estiment &#234;tre plus scientifiques, au risque de l'acad&#233;misme a-critique, comme en t&#233;moigne l'avant-propos du programme de premi&#232;re (voir plus loin). Il est, d'autre part, port&#233; par un courant d'id&#233;es bien relay&#233; au minist&#232;re, &#224; l'Inspection et &#224; l'universit&#233;, en particulier au sein de l'Association fran&#231;aise de sciences &#233;conomiques, de sorte que cette conception de l'enseignement scolaire (cloisonnement disciplinaire et d&#233;tour oblig&#233; par les &#171; fondamentaux &#187;, entr&#233;e par les outils et concepts pour eux-m&#234;mes, raffinements universitaires) l'emporte, contre le point de vue de la majorit&#233; des enseignants de SES du secondaire, celui d'une discipline scolaire mobilisant diff&#233;rentes sciences sociales autour d'objets d'&#233;tudes probl&#232;matis&#233;s qui ne renvoient pas seulement &#224; des probl&#233;matiques scientifiques mais aussi de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'est produite ainsi une convergence inattendue entre, d'une part, une partie du patronat qui souhaite un enseignement de l'&#233;conomie utilitariste afin de favoriser l'esprit d'entreprise et les valeurs de l'&#233;conomie de march&#233; et, d'autre part, certains professeurs de SES qui souhaitent aligner l'enseignement des SES sur les modalit&#233;s de l'enseignement de l'&#233;conomie dans le sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans un contexte politique hostile aux sciences sociales que, dans le cadre de la r&#233;forme du lyc&#233;e men&#233;e par le gouvernement Sarkozy, la r&#233;&#233;criture des programmes de SES, a &#233;t&#233; effectu&#233;e par un &#171; groupe d'experts &#187; &#224; effectif restreint o&#249; les &#171; professeurs de terrain &#187; sont peu nombreux, en s'appuyant sur les conclusions du rapport Guesnerie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la commission Guesnerie aux nouveaux programmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la suite d'attaques r&#233;currentes &#233;manant de certains milieux patronaux contre le contenu de l'enseignement de SES, le ministre de l'&#233;ducation Darcos installe en 2008 une commission pr&#233;sid&#233;e par l'&#233;conomiste Roger Guesnerie, professeur au Coll&#232;ge de France, dont la mission initiale est d'&#233;tudier les manuels de la discipline, mais dont le rapport final (&lt;a href=&#034;http://www.idies.org/index.php?post/Rapport-de-la-commission-Guesnerie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.idies.org/index.php?post/Rapport-de-la-commission-Guesnerie&lt;/a&gt; ) d&#233;borde tr&#232;s largement ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; noter que si, au sein de cette commission, les professeurs de la discipline sont peu nombreux, le principal critique patronal des SES, le banquier Michel P&#233;bereau, &#224; l'&#233;poque &#233;galement pr&#233;sident de l'Institut de l'entreprise, think tank patronal, en est membre en tant que repr&#233;sentant du Haut Conseil de l'&#201;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conclusions du rapport ont fait l'objet de lectures et d'appr&#233;ciations diverses, parfois aliment&#233;es par le caract&#232;re contradictoire de son contenu et, encore plus par l'ambigu&#239;t&#233; des d&#233;clarations de son pr&#233;sident. Par exemple, la position de l'APSES (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/le-rapport-guesnerie-lu-par-l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/le-rapport-guesnerie-lu-par-l&lt;/a&gt; ), quoique critique, est plus nuanc&#233;e que celle du SNES (&lt;a href=&#034;http://www.snes.edu/Rapport-Guesnerie-analyse-du-SNES.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.snes.edu/Rapport-Guesnerie-analyse-du-SNES.html&lt;/a&gt; ) ou de certains acteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple Christian Laval :&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est s&#251;r et va inspirer les programmes de 2010-2011 c'est que le rapport pr&#233;conise d'inverser la d&#233;marche de conception des programmes. L'objectif des programmes doit &#234;tre l'acquisition de &#171; fondamentaux &#187;, connaissances et comp&#233;tences dont la d&#233;termination pr&#233;cise est renvoy&#233;e &#224; un futur groupe de conception des programmes. Les th&#232;mes, moins nombreux qu'aujourd'hui, viennent en second et pour autant qu'ils servent &#224; l'apprentissage des fondamentaux. Comme ces fondamentaux sont disciplinaires, le rapport penche donc vers une d&#233;marche d'initiation &#224; l'&#233;conomie (surtout) et &#224; la sociologie. Cette d&#233;marche est donc oppos&#233;e &#224; celle qui pr&#233;vaut g&#233;n&#233;ralement chez les professeurs de SES et qui est r&#233;sum&#233;e dans un texte de l'APSES de 2008 : &#171; Pour rendre intelligible un probl&#232;me complexe, les programmes de SES d&#233;limitent des objets-probl&#232;mes et convoquent les diff&#233;rentes sciences sociales (principalement l'&#233;conomie, la sociologie et la sociologie politique) afin d'&#233;clairer au mieux la complexit&#233; inh&#233;rente &#224; tout objet socio-&#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conclusions de ce rapport vont irriguer la construction des nouveaux programmes, &#233;labor&#233;s par des groupes d'experts restreints, o&#249; les professeurs de SES sont minoritaires, travaillant dans l'urgence et sous la pression parfois directe du cabinet du ministre Chatel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le t&#233;moignage de Sylvain David, &#224; l'&#233;poque pr&#233;sident de l'Apses : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;] : objectif prioritaire de transmission des &#171; fondamentaux &#187; induisant une &#171; p&#233;dagogie des pr&#233;alables &#187;, cloisonnement entre &#233;conomie et sociologie &#8211; celle-ci r&#233;duite &#224; la portion congrue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un premier groupe d'experts a r&#233;dig&#233; le programme de seconde, en &#233;taient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus frappant dans cette d&#233;marche est qu'elle ignore compl&#232;tement l'exp&#233;rience professionnelle des enseignants, et encore plus l'exp&#233;rience des &#233;l&#232;ves confront&#233;s aux apprentissages. Aucun bilan des pratiques r&#233;elles dans les classes, aucune r&#233;flexion p&#233;dagogique prenant en compte les travaux de recherche dans leur diversit&#233; et l'exp&#233;rience des enseignants. Une vulgate simpliste (le complexe s'appr&#233;hende par l'addition d'&#233;l&#233;ments simplifi&#233;s), pourtant contest&#233;e par de nombreux travaux, sert de substitut &#224; la r&#233;flexion p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; des apprentissages pour les &#233;l&#232;ves d'aujourd'hui n'a gu&#232;re &#233;t&#233; prise en compte par la r&#233;forme. Cet &#233;cart entre la r&#233;alit&#233; et des projets con&#231;us au m&#233;pris de celle-ci est &#224; l'origine du mal-&#234;tre, voire de la souffrance des enseignants confront&#233;s &#224; des injonctions intenables et contraires &#224; leurs valeurs d'&#233;coute des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du sens de ce que l'&#233;l&#232;ve apprend est occult&#233;e au profit d'une fausse &#171; bonne r&#233;ponse &#187; : apprendre pour &#234;tre un bon &#233;conomiste (ou un bon sociologue), ce qui n'est pas la d&#233;marche de la plupart des &#233;l&#232;ves dans le secondaire. En effet, &#224; la question que posent tr&#232;s souvent les enseignants au vu de ces nouveaux programmes (on s'arr&#234;te o&#249; ?), la seule v&#233;ritable r&#233;ponse est : &#224; bac +5 (au moins) puisque cet enseignement ne prend sens que par rapport &#224; cette finalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit des vives r&#233;actions de la profession, soutenue par la plupart des syndicats enseignants et par les organisations de chercheurs et universitaires (voir ci-dessous) les programmes vont &#234;tre &#233;labor&#233;s par des groupes d'experts4 dont d&#233;missionneront successivement le sociologue Fran&#231;ois Dubet puis le pr&#233;sident de l'APSES afin de protester contre les conditions de fonctionnement de ces groupes. Ils seront impos&#233;s ensuite contre l'avis majoritaire des enseignants et, s'agissant des programmes de seconde et terminale, contre l'avis du Conseil sup&#233;rieur de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces programmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Enseignement d'exploration en classe de seconde : Enseignement sp&#233;cifique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et tout particuli&#232;rement celui de premi&#232;re &#8211; manifestent une rupture entre la finalit&#233; de formation par les sciences sociales au pluriel, qui &#233;tait celle de cette discipline scolaire jusqu'alors, et la vis&#233;e prioritairement &#171; scientifique &#187; de ces nouveaux programmes qui est de &#171; d&#233;velopper l'apprentissage rigoureux de savoirs disciplinaires &#187;. Il s'agit de former &#224; et non par la science &#233;conomique, la sociologie, la science politique. Si l'inspection de la discipline et certains professeurs (enseignant souvent en classe pr&#233;paratoire) se f&#233;licitent de cette &#171; refondation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir .&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'autres, organisations repr&#233;sentatives du personnel ou associations de chercheurs, s'en inqui&#232;tent. A la fois pour des raisons p&#233;dagogiques (la lourdeur des programmes, l'abstraction des savoirs acad&#233;miques &#224; transmettre) et scientifiques (conception r&#233;ifi&#233;e de &#171; la &#187; science, cloisonnement entre les sciences sociales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre rupture, l'orientation scientifique sous-jacente : le programme de premi&#232;re privil&#233;gie, tant en &#233;conomie qu'en sociologie, les raisonnements en termes de choix issus de l'individualisme m&#233;thodologique. Cette orientation m&#233;thodologique est tout &#224; fait diff&#233;rente du privil&#232;ge donn&#233; &#224; la macro&#233;conomie et aux conceptualisations &#171; holistes &#187; dans les programmes ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le choc du programme de terminale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est sans aucun doute le programme de premi&#232;re qui manifeste la rupture la plus nette avec la conception fondatrice des SES et le SNES parle &#224; ce sujet de d&#233;construction de l'identit&#233; des SES : &lt;a href=&#034;http://www.snes.edu/Programme-de-1ere-ES-une.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.snes.edu/Programme-de-1ere-ES-une.html&lt;/a&gt;. C'est en cons&#233;quence ce programme qui a donn&#233; lieu aux r&#233;actions les plus vives. On peut citer, par exemple, celle d'Arnaud Parienty sur son blog : &lt;a href=&#034;http://alternatives-economiques.fr/blogs/parienty/2010/06/02/pour-abattre-les-ses-demandez-le-programme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alternatives-economiques.fr/blogs/parienty/2010/06/02/pour-abattre-les-ses-demandez-le-programme/&lt;/a&gt; ou encore celle de Jacques Guin, universitaire, ancien pr&#233;sident de groupe d'experts de SES et d'ECJS et ancien pr&#233;sident du jury de Capes de SES : &lt;a href=&#034;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/entretien-avec-jacques-guin-le&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/entretien-avec-jacques-guin-le&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;actions collectives contre ce programme seront nombreuses, fortes et parfois innovantes (voir ci-dessous). Mais le &#171; choc &#187; pour les enseignants va intervenir au cours de l'&#233;t&#233; 2012 quand ils vont commencer &#224; pr&#233;parer leurs cours de terminale pour la rentr&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouveaux programmes de la classe de terminale entrent en effet en application &#224; la rentr&#233;e de septembre 2012. L'enjeu qu'ils repr&#233;sentent est d&#233;cisif puisqu'au bout il y a le baccalaur&#233;at. Le contournement n'est plus possible, leur application est obligatoire sous peine de p&#233;naliser les &#233;l&#232;ves. Encore faut-il, pour les enseignants, s'approprier ces programmes. Et saisir le sens de nouvelles &#233;preuves (&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57470&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57470&lt;/a&gt; )- une nouvelle &#171; &#233;preuve compos&#233;e &#187; en particulier - qui vont s'appliquer en juin 2013. &#201;preuves d&#233;cid&#233;es seule par l'inspection g&#233;n&#233;rale et dont les attentes sont tr&#232;s floues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critiqu&#233;s par l'association et les syndicats (le SNES en particulier : &lt;a href=&#034;http://www.snes.edu/Programmes-de-SES-de-terminale-ES.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.snes.edu/Programmes-de-SES-de-terminale-ES.html&lt;/a&gt; ), ces programmes sont largement repouss&#233;s par le Conseil sup&#233;rieur de l'&#233;ducation le 9 juin 2011, et n&#233;anmoins publi&#233;s au B.O., en m&#234;me temps que la &#171; note de service &#187; sur les nouvelles &#233;preuves, pour une application d&#232;s 2012-2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions de l'association pour modifier/am&#233;liorer les nouvelles &#233;preuves ne sont pas plus entendues. Pr&#233;cisons pour ne plus y revenir que les modalit&#233;s impos&#233;es pour le baccalaur&#233;at poussent, selon l'analyse qu'en font tant l'APSES que le SNES, &#224; la restitution/r&#233;citation de savoirs au d&#233;triment de la r&#233;flexion et de la mise en d&#233;bat. Ce faisant, elles induisent des pratiques p&#233;dagogiques transmissives &#233;loign&#233;es des p&#233;dagogies actives &#224; l'honneur dans la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques de l'association (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/une-analyse-detaillee-du-projet-de&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/debats-enjeux/analyses-reflexions/article/une-analyse-detaillee-du-projet-de&lt;/a&gt; ) s'appuient sur une enqu&#234;te conduite aupr&#232;s des professeurs de la discipline et des analyses de diff&#233;rents chapitres effectu&#233;es par des chercheurs sp&#233;cialistes des th&#232;mes abord&#233;s. Elles pr&#233;figurent les constats que, tr&#232;s t&#244;t, d&#232;s septembre, les enseignants en charge de classe(s) terminale(s) font, soit sur la liste de diffusion des adh&#233;rents de l'APSES, soit lors de stages r&#233;gionaux de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Des cours transform&#233;s en &#171; course contre la montre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un sentiment partag&#233;, d&#232;s le mois de septembre, au bout de quelques semaines de cours. En t&#233;moignent les messages post&#233;s sur la liste de diffusion des adh&#233;rents de l'APSES dont voici des extraits. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230; au bout de trois semaines j'ai donc une semaine de retard &#187; ou bien &#171; A ce train-l&#224; il me faudra 2 ans pour traiter le programme. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230; J'ai l'impression d'aller trop vite, &#034;allez allez on ne perd pas de temps&#034; devient ma phrase leitmotiv, d&#232;s qu'on place une anecdote cens&#233;e aider les &#233;l&#232;ves &#224; mieux comprendre ou qu'ils posent plein de questions ou qu'on se permet une digression, l'alarme se d&#233;clenche dans ma t&#234;te : &#034;tu perds du temps&#034;. Tout ce qui donne du sens &#224; notre m&#233;tier, tout ce que nous aimons, dispara&#238;t donc... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Stress par l'horloge &#187; comme l'&#233;crit une professeure, qui est redoubl&#233; par les incertitudes r&#233;gnant &#224; propos des nouvelles &#233;preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; face au changement des &#233;preuves, il y a une incertitude qui conduit chacun d'entre nous &#224; vouloir baliser les choses et donc &#224; en faire trop sur les d&#233;finitions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq mois plus tard, en f&#233;vrier 2013, la situation n'est pas meilleure et c'est le sentiment d'un &#233;puisement professionnel qui s'exprime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je finis par &#234;tre &#233;puis&#233;e par tout ce travail toujours et tout le temps !!!! Pas un moment de libre.... Je suis au chapitre 8 du programme de tronc commun de terminale. Je trime comme une folle : &#034;bon si je fais &#231;a demain, et &#231;a jeudi... j'en serai peut-&#234;tre l&#224;..... je commence le chapitre 9 lundi.... je le finis pour les vacances de f&#233;vrier....&#034; Et puis &#224; un moment, cet apr&#232;s-midi, je fais le point...... Comme je suis dans l'acad&#233;mie de Grenoble : - il me reste donc 2 semaines jusqu'au vacances de f&#233;vrier, (je compte pas celles-ci ! !! ) - 6 semaines jusqu'aux vacances de P&#226;ques - 4 semaines apr&#232;s le retour des &#233;l&#232;ves et leur d&#233;part pour le bac... Donc si je compte bien, j'ai 12 semaines pour faire... 7 chapitres.... Non mais c'est quoi ce programme !!! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une coll&#232;gue confirme : &#171; &#8230; alors oui moi aussi j'ai un calendrier dans mon bureau ; jour par jour je coche : l&#224; je dois &#234;tre arriv&#233;e l&#224;, le soir &#034;OK c'est bon...ou oh merde j'y suis pas arriv&#233;e&#034;. Demain &#231;a &#231;a et &#231;a... j'en ai marre ! (&#8230;) je vous laisse : je dois d&#233;caler mon calendrier : une fois de plus ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'exclut pas l'humour (grin&#231;ant) : &#171; Perso, je suis assez serein, j'aurai fini le programme mi-ao&#251;t, d&#233;but septembre au plus tard. (Je parle du programme de tronc commun : la sp&#233;, j'ai pas le temps, je terminerai l'an prochain, si on se disperse on fait mal les trucs) &#187;. Ou bien &#171; Je demande pardon par avance &#224; tous les arbres qui vont &#234;tre abattus pour les photocopies de cours-tout-faits dont je vais abreuver mes &#233;l&#232;ves, &#224; vue de nez au moins trois chapitres, et encore, pas s&#251;r que &#231;a suffise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Un contenu du travail profond&#233;ment modifi&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Question : pourquoi donc nous emp&#234;chent-ils de faire notre m&#233;tier ? Pourquoi donc emp&#234;chent-ils les &#233;l&#232;ves d'apprendre ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sentiment partag&#233; d'avoir chang&#233; de m&#233;tier, d'&#234;tre devenu &#171; prof de dictionnaire &#187; comme l'&#233;crit une professeure &#224; force de devoir accumuler les d&#233;finitions (un autre enseignant se d&#233;signe comme &#171; prof chez Chronopost (mais un chronopost qui tient pas ses d&#233;lais) &#187;, au d&#233;triment du temps de r&#233;flexion, d'assimilation, bref du temps d'apprentissage des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; je commence &#224; stresser : il me para&#238;t impossible d'arriver &#224; le terminer [le programme], sauf &#224; distribuer force polys ! Y'a le CNED pour &#231;a ! C'est pas &#231;a mon m&#233;tier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; : &#171; Il aurait donc fallu les prendre en t&#234;te &#224; t&#234;te et discuter &#224; partir de ce qu'ils ont fait ou pas. Learning by doing. Mais justement pas le temps du doing &#187;. &#171; Les &#233;l&#232;ves les plus &#224; l'aise se rendent bien compte qu'on passe plus de temps &#224; d&#233;finir qu'&#224; r&#233;fl&#233;chir, et qu'on n'a pas le temps de d&#233;battre ou d'aller au fond des choses. Et que les d&#233;finitions elles-m&#234;mes sont parfois discutables (&#8230;) 35 paires d'yeux plein d'espoir, qui vous demandent si &#034; on fera un film comme les terminales de l'ann&#233;e derni&#232;re Madame ? Et on ira &#224; Paris nous aussi ?&#034;) Non, mais on va apprendre par coeur plein de chouettes d&#233;finitions, c'est bien aussi, non .... Pfffff ! &#187; Un coll&#232;gue &#233;tonn&#233; par la difficult&#233; et l'avalanche de notions d'un chapitre s'exclame : &#171; le financement de l'&#233;conomie internationale ? C'est l'Everest ! Je l'ai fait ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les moments de solitude et de phrases tournant en boucle dans ma t&#234;te (du type,&#034; mais &#224; quoi je sers l&#224; ? Elle est o&#249; la mati&#232;re que j'aimais tant ?&#034;) quand je me suis retrouv&#233;e (par exemple) &#224; la pr&#233;sentation de la fonction de production..........le regard de certains &#233;l&#232;ves ne peut se retranscrire (m&#233;lange de d&#233;sarroi, de sourire ironique, de stress, de gros doute sur leurs chances d'avoir le s&#233;same et &#231;a le 15 septembre je ne l'avais encore jamais vu dans les yeux de mes &#233;l&#232;ves) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; je n'ai jamais fait un cours avec aussi peu de docs : je ne leur donne plus aucun texte, que des docs stats pour faire d'une pierre 2 coups (illustration, argumentation du cours et entra&#238;nement au bac !) et je ne compte plus le nombre de fois o&#249; je dis : &#034;bon l&#224; vous me croyez sur parole&#034; ou encore &#034;bon alors si on vous demande &#231;a au bac il faut r&#233;pondre -1- blabla fait par moi, -2- etc...&#034; je dois les gaver les pauvres !!!!!!!!!!je suis tr&#232;s mal &#224; l'aise : ce n'est pas ma mati&#232;re ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On perd le plaisir d'enseigner et les &#233;l&#232;ves perdent le plaisir d'apprendre &#8230; on leur fait violence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'objectif de la discipline qui est &#171; d&#233;natur&#233; &#187; : &#171; Franchement, faut-il vraiment que les &#233;l&#232;ves de TES puissent comprendre une note d'analyse de Natixis ? C'est cela notre ambition ? &#187; et, comme l'&#233;crit ironiquement un autre professeur s'adressant &#224; un coll&#232;gue d&#233;bord&#233; : &#171; manifestement tu es un incomp&#233;tent&#8230; &#192;h non, pardon, tu es prof de sciences &#233;conomiques et sociales&#8230; D&#233;sol&#233;, ton habitus est&#8230; d&#233;pass&#233;, obsol&#232;te, ascientifique, voire nuisible. Tu dois te reconvertir en professeur d'&#233;conomiesociologieregardscrois&#233;s7. Tes &#233;l&#232;ves ? Quels &#233;l&#232;ves ? O&#249;, des &#233;l&#232;ves ? &#187;, nouveau programme et nouvelles &#233;preuves contraignent &#224; changer de m&#233;tier. &lt;br class='autobr' /&gt;
7 Les programmes de SES sont maintenant partitionn&#233;s entre une partie (principale) d'&#233;conomie, une autre de sociologie et enfin une qui autorise des &#171; regards crois&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Une professionnalit&#233; d&#233;stabilis&#233;e&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; en 20 ans d'enseignement, &#231;a fait un changement [de programme de terminale] tous les 4 ans. C'est la premi&#232;re fois que j'ai vraiment l'impression que je ne vais pas y arriver... &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230; cette situation est navrante. (&#8230;) Notre seule pr&#233;occupation est de faire vite. &lt;br class='autobr' /&gt;
La semaine derni&#232;re, j'&#233;tais &#224; deux doigts d'envoyer un mail &#224; mon inspecteur en lui rendant toutes mes responsabilit&#233;s... en terme de formation... vu que je ne suis m&#234;me pas fichue de monter en classe un cours dans lequel je me pr&#233;occupe de l'apprentissage de mes &#233;l&#232;ves &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une r&#233;union r&#233;gionale de professeurs de SES tenue en d&#233;cembre 2012 il ressort ce bilan :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; Nombre de profs ressentent une grande ins&#233;curit&#233; face aux &#233;l&#232;ves : o&#249; s'arr&#234;ter ? Telle est la question qui est revenue souvent lors de la discussion. Puisque le programme est ainsi construit, puisque les &#233;preuves nous laissent dans le flou absolu, cette question est lancinante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; L'ins&#233;curit&#233; se r&#233;v&#232;le d'autant plus forte par cette &#233;trange exp&#233;rience : m&#234;me les profs qui ont enseign&#233; certaines notions de certains chapitres arrivent &#224; oublier ce qu'ils ont enseign&#233; : combien de capitaux forment le bien-&#234;tre ? combien de capitaux forment le DD ? S'il en ainsi pour les profs, qui eux ont eu le temps de r&#233;fl&#233;chir &#224; la confection du programme, en l'exposant (alors qu'on sait que c'est exposant que l'on apprend&#8230;.) qu'en est-il des &#233;l&#232;ves ? Qu'en sera-t-il au mois de juin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; Cette ins&#233;curit&#233; fait que pour certains profs ils ressentent comme une d&#233;valorisation de leur m&#233;tier, de leur pratique et certains ont m&#234;me affirm&#233; d'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; Cette ins&#233;curit&#233; se double &#224; cause de la lourdeur du programme : dans la mesure o&#249; celle-ci invite &#224; une p&#233;dagogie &#171; frontale &#187; ou &#171; du polycopi&#233; &#187; les relations avec les &#233;l&#232;ves se sont d&#233;grad&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61623; Cette ins&#233;curit&#233; se &#171; triple &#187; &#224; cause de la structure du programme : pour reprendre l'id&#233;e vue plus haut, puisque les experts ont &#233;vacu&#233; le r&#233;el, les discussions en classe se sont appauvries : plus de r&#233;f&#233;rence aux &#171; questions vives &#187; et soci&#233;tales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Loyalty, voice, &#8230; et propositions&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inspection qui a contribu&#233; &#224; la r&#233;daction des nouveaux programmes et qui s'en fait un d&#233;fenseur z&#233;l&#233;e nie les probl&#232;mes. &#171; &#8230; lors d'un stage, l'IPR a d&#233;clar&#233; qu'il n'avait pas constat&#233; trop de retard lors des inspections et il n'inspecte cette ann&#233;e qu'en Terminale... soit il n'a inspect&#233; que les plus performants pour se rassurer soit les profs de ses acad&#233;mies sont exceptionnels !! &#187; &#171; Les IPR ont bien appris leur le&#231;on : la n&#244;tre nous a sorti la m&#234;me sauce : &#034;j'ai inspect&#233;, il n'y a pas de retard !&#034; ... bizarre, statistiquement miraculeux ou tout simplement mensonger... &#187; Et pourtant une professeure conclut son message par &#171; C'est quand le stage syndical sur la souffrance au travail ? (...) Ah nan je peux pas j'ai les terminales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs, sur le terrain, proc&#232;dent de fa&#231;on individuelle ou collective &#224; des &#171; arrangements &#187;. Une position, minoritaire parmi celles qui s'affirment, consiste &#224; &#171; faire avec &#187; : &#171; je n'ai pas envie de d&#233;fendre ce nouveau programme, mais de dire : il est l&#224;, construisons pour le mieux... au lieu de se d&#233;moraliser collectivement &#187;. En d&#233;pit du retard pris, une professeure &#171; s'acharne &#224; faire des digressions pour rendre [le cours] digne d'int&#233;r&#234;t &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sans oublier ces Indications Compl&#233;mentaires idiotes dont les &#233;l&#232;ves ne retiendront rien quand ils auront le bac en poche...sur la liste [de diffusion] on a beaucoup d&#233;battu sur le capital par exemple, j'ai r&#233;solu le probl&#232;me : je n'ai pas trait&#233; la moiti&#233; des IC qui le concerne ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pl&#233;thore de notions conduit un professeur &#224; sugg&#233;rer : &#171; Personnellement, je pr&#233;vois de faire un notionnel des notions que je ne traiterai pas, parce qu'elles sont ajout&#233;es dans les IC. Je propose qu'on fasse cracher &#224; l'IG et &#224; nos IPR qu'aucune notion en dehors des deux premi&#232;res colonnes (celles ajout&#233;es par les IC, donc) ne soit simplement esp&#233;r&#233;e dans une copie de bac. S'il y a quelque chose &#224; obtenir du minist&#232;re, c'est &#231;a. Et c'est un minimum. Sinon, on tient le choc en harmonisation sur cette position l&#224;, claire, facile, facilement durable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres y vont de leur programme &#171; id&#233;al &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourquoi on ne pourrait pas faire un programme qui partirait de &#034;grands enjeux&#034; (&#8230;) qu'on traduirait ensuite, dans une deuxi&#232;me colonne, par une courte liste des sujets qui peuvent tomber (&#8230;), et en terminant par quelques notions incontournables (les savoirs de r&#233;f&#233;rence que les &#233;l&#232;ves doivent maitriser pour r&#233;pondre). Le programme des r&#233;jouissances serait explicite : les sujets sont dans la 2&#232;me colonne et nulle part ailleurs (et &#231;a ne me choque pas que les &#233;l&#232;ves sachent &#224; l'avance exactement sur quoi ils peuvent tomber) ; les savoirs seraient probl&#233;matis&#233;s ; et on pourrait m&#234;me allier formation du citoyen et diffusion des connaissances... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien ce &#171; r&#234;ve &#187; d'une responsable de l'association qui dessine conjointement philosophie des programmes et m&#233;thodes p&#233;dagogiques : &#171; un bon programme serait un programme aux probl&#233;matiques ambitieuses, &#224; cheval sur les questions scientifiques et les questions de soci&#233;t&#233; (&#8230;) disons 8 chapitres max, sur lesquels on a le temps (1 mois) de construire le plan du chapitre avec les &#233;l&#232;ves, de les envoyer en groupe faire des recherches pour construire des expos&#233;s pour leurs camarades sur les diff&#233;rentes parties du chapitre (avec revue de presse, sch&#233;mas, notions, petites vid&#233;os internet etc.), o&#249; on n'arr&#234;te pas de faire &#233;crire les &#233;l&#232;ves non pour prendre des notes mais pour construire des argumentations, des analyses de doc, des intro, des plans d&#233;taill&#233;s etc. o&#249; les &#233;l&#232;ves ne cessent de travailler en groupe, de se corriger les &#233;crits des uns/des autres en &#233;laborant collectivement les crit&#232;res d'&#233;valuation, un programme o&#249; on a m&#234;me le temps de faire monter un projet de voyage scolaire &#224; sa classe ou de multiples sorties pour explorer le programme hors les murs, apprendre &#224; observer, &#224; faire un enqu&#234;te, &#224; se poser des questions, &#224; formuler des hypoth&#232;ses qu'on cherche ensuite &#224; valider, &#224; lire des livres de sciences sociales... Donc une ann&#233;e de terminale o&#249; l'&#233;valuation finale ne peut pas &#234;tre uniquement un travail individuel sur table pendant 4h... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, on est loin d'un refus pass&#233;iste des changements, fa&#231;on dont les promoteurs des r&#233;formes manag&#233;riales tentent de discr&#233;diter les r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La riposte organis&#233;e de la profession : bataille institutionnelle et reprise en main collective&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si l'on s'int&#233;resse particuli&#232;rement ici &#224; la question des programmes et de ses effets induits sur les formes p&#233;dagogiques et le travail des enseignants, la r&#233;forme du lyc&#233;e a aussi affect&#233; les professeurs de sciences &#233;conomiques par le biais des changements de structure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour m&#233;moire : en classe de seconde, les SES deviennent un &#171; enseignement d'exploration &#187;, suivi par plus de quatre cinqui&#232;me des &#233;l&#232;ves de seconde g&#233;n&#233;rale et technologique, mais au prix d'une r&#233;duction de l'horaire &#224; une heure et demie hebdomadaire, ce qui conduit &#224; la multiplication des classes dans les services, et suppression, dans la majorit&#233; des cas, des d&#233;doublements. &lt;br class='autobr' /&gt;
En classe de premi&#232;re, les options disparaissent, en particulier l'option &#171; science politique &#187;. En terminale, l'horaire est r&#233;duit et les enseignements de sp&#233;cialit&#233; offerts changent : suppression de la &#171; langue vivante renforc&#233;e &#187; et &#233;clatement de la sp&#233;cialit&#233; SES entre &#171; &#233;conomie approfondie &#187; d'une part et &#171; science sociale et politique &#187; de l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, les d&#233;doublements nationaux &#233;tant supprim&#233;s, de nombreux lyc&#233;es n'en offrent plus en SES, notamment en seconde. Cette r&#233;duction du temps d'apprentissage &#224; effectif r&#233;duit hypoth&#232;que les possibilit&#233;s de former les &#233;l&#232;ves aux m&#233;thodes des sciences sociales, &#224; l'usage des technologies de l'information, aux m&#233;thodes de l'argumentation, de la dissertation, au travail sur documents, bref toute cette dimension de formation par les sciences sociales qui, pour la plupart des professeurs de SES, constitue une composante essentielle de leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Les analyses des organisations repr&#233;sentatives : des r&#233;formes qui s'attaquent au m&#233;tier&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de s'int&#233;resser aux critiques et aux actions entreprises, il faut pr&#233;ciser que, si l'opposition &#224; ces nouveaux programmes a &#233;t&#233; sans conteste majoritaire chez les enseignants de SES, elle n'a pas &#233;t&#233; unanime. Deux professeurs, membres du groupe d'experts, ont contribu&#233; &#224; leur r&#233;daction et une minorit&#233; de professeurs de la discipline a trouv&#233; dans ces programmes l'assurance d'une meilleure formation &#224; l'&#233;conomie et &#224; la sociologie qu'ils appellent de leurs voeux, dans une proximit&#233; plus grande avec les savoirs universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses critiques de l'APSES, du SNES et des autres syndicats ont port&#233; sur le contenu des programmes, le cloisonnement disciplinaire qu'il induit, la minoration de la sociologie et des autres sciences sociales au profit de l'&#233;conomie et, s'agissant de cette derni&#232;re, la vision n&#233;oclassique qui pr&#233;vaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour beaucoup, ces analyses ont d&#233;nonc&#233; les effets des r&#233;formes sur le travail enseignant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;t&#233;rioration des conditions de travail, par exemple avec la multiplication du nombre de classes de seconde et donc du nombre d'&#233;l&#232;ves&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; modification de la nature du travail, induite par exemple par l'orientation tr&#232;s prescriptive des &#171; indications compl&#233;mentaires &#187; o&#249; il s'agit le plus souvent de &#171; montrer &#187;, &#171; pr&#233;senter &#187;, etc. et bien rarement de &#171; discuter &#187;. Le professeur y est pens&#233; non comme le concepteur de son enseignement, mais le simple &#171; applicateur &#187; des consignes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; modification du sens du travail et des valeurs qui le sous-tendent. La dimension formation &#224; l'&#233;conomie (et accessoirement aux autres sciences sociales) prend le pas sur la dimension formation par les sciences sociales. La port&#233;e de formation citoyenne &#224; l'esprit critique est minor&#233;e. Dans les prescriptions, la dimension culture g&#233;n&#233;rale est mise au second plan, il s'agit d&#233;sormais de commencer &#224; former des &#233;conomistes et des sociologues plut&#244;t que des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La riposte de organisations repr&#233;sentatives de la profession (syndicats mais surtout association) face aux changements de programme est organis&#233;e, d'une part, &#224; &#171; l'externe &#187;, avec ou contre d'autres institutions : minist&#232;re, inspection, associations de chercheurs, etc. et en menant la bataille de la m&#233;diatisation, en particulier au moyen de p&#233;titions et de manifestations. Et, d'autre part, &#224; l'interne, par une coop&#233;ration renforc&#233;e au sein de la profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;La mobilisation &#171; externe &#187; : la bataille institutionnelle&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre mobilisations &#171; externe &#187; et &#171; interne &#187; est faite par commodit&#233;, mais se doit d'&#234;tre relativis&#233;e. Une p&#233;tition sign&#233;e par les professeurs de la discipline ou une manifestation qui les r&#233;unit a un objectif externe de popularisation, de m&#233;diatisation, mais elle contribue aussi &#224; resserrer les rangs et &#224; forger une identit&#233; commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut identifier deux dimensions principales de cette mobilisation tourn&#233;e vers l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Confrontations &#8211; partenariats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action de l'association, seule ou en partenariat ou avec le soutien d'organisations syndicales, le SNES en particulier, mais aussi, parfois, Sud-&#233;ducation, le SGEN, l'UNL, la Fidl, etc. a consist&#233; d'abord &#224; rencontrer et discuter avec les repr&#233;sentants de l'autorit&#233; minist&#233;rielle, cabinet du ministre et inspection g&#233;n&#233;rale de la discipline. Jusqu'au changement de majorit&#233; politique du printemps 2012, ces rencontres ont &#233;t&#233; le plus souvent des dialogues de sourds se soldant par des fins de non-recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'APSES a entretenu des relations r&#233;guli&#232;res avec les syndicats d'enseignants et d'&#233;l&#232;ves et nou&#233; des contacts avec les partis politiques. Comme les syndicats, l'association a contribu&#233; &#224; la consultation sur la &#171; refondation de l'&#233;cole &#187;, lanc&#233;e par le gouvernement issu des &#233;lections du printemps 2012. Les partenariats nou&#233;s avec les universitaires et les chercheurs en sciences &#233;conomiques et en sciences sociales ont conduit &#224; un soutien sans faille (communiqu&#233;s, tribunes dans la presse, participation &#224; des colloques) d'organisations professionnelles ou de personnalit&#233;s marquantes du champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, en particulier citer pour le seul mois de f&#233;vrier 2011, un &#171; colloque d'urgence &#187; (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/debats-enjeux/ses-et-serie-es-dans-les-media/article/un-colloque-d-universitaires-en&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/debats-enjeux/ses-et-serie-es-dans-les-media/article/un-colloque-d-universitaires-en&lt;/a&gt; ) organis&#233; &#224; l'EHESS et des Etats-g&#233;n&#233;raux des SES (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/initiatives-actions/archives-des-evenements-passes/actions-de-l-annee-2010-2011/actes-des-etats-generaux-des-ses/article/l-apses-organise-les-etats&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/initiatives-actions/archives-des-evenements-passes/actions-de-l-annee-2010-2011/actes-des-etats-generaux-des-ses/article/l-apses-organise-les-etats&lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partenariat avec d'autres associations disciplinaires et avec les syndicats, l'APSES a aussi contribu&#233; &#224; la r&#233;flexion sur les conditions d'une &#233;laboration plus d&#233;mocratique des programmes (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/initiatives-actions/communiques-et-courriers/article/appel-pour-une-autre-methode-de&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/initiatives-actions/communiques-et-courriers/article/appel-pour-une-autre-methode-de&lt;/a&gt; ), d&#233;bouchant notamment sur un colloque organis&#233; dans le cadre du Salon de l'&#233;ducation de novembre 2012 : &lt;a href=&#034;http://www.apses.org/initiatives-actions/actions-2012-2013/article/quel-role-pour-les-programmes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/initiatives-actions/actions-2012-2013/article/quel-role-pour-les-programmes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* M&#233;diatisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association a aussi &#233;t&#233; &#224; l'origine de plusieurs p&#233;titions, parfois sign&#233;es par des universitaires, parfois destin&#233;es aux seuls professeurs de SES, comme celle qui, &#224; partir de juin 2010 demandait un moratoire de l'application des r&#233;formes de programme (&lt;a href=&#034;http://www.apses.org/initiatives-actions/archives-des-evenements-passes/actions-de-l-annee-2009-2010/article/2500-signataires-de-la-petition-le&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/initiatives-actions/archives-des-evenements-passes/actions-de-l-annee-2009-2010/article/2500-signataires-de-la-petition-le&lt;/a&gt; ), sign&#233;e par un professeur de la discipline sur deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;marche plus rare dans le r&#233;pertoire d'action des mobilisations en milieu enseignant, l'APSES a organis&#233; deux manifestations des professeurs de la discipline, l'une le 31 mars 2010, l'autre le 28 novembre 2012 et les a appel&#233;s &#224; la gr&#232;ve le 6 septembre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'APSES a aussi publi&#233; tout au long de cette p&#233;riode de tr&#232;s nombreux communiqu&#233;s de presse. Ceux-ci et les manifestations des professeurs ont permis aux repr&#233;sentants de l'association d'obtenir une &#171; couverture m&#233;diatique &#187; de leurs revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple frappant, l'interpellation de Vincent Peillon lors d'un d&#233;bat organis&#233; par M&#233;diapart le 19 octobre 2012 qui a contribu&#233; aux engagements du ministre : mise en place d'un groupe de travail afin d'all&#233;ger les programmes de premi&#232;re et terminale d&#232;s la rentr&#233;e 2013, puis leur r&#233;&#233;criture ult&#233;rieure dans le cadre du Conseil sup&#233;rieur des programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Mobilisation &#171; interne &#187; par la coop&#233;ration&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mobilisation s'est appuy&#233;e sur plusieurs enqu&#234;tes conduites aupr&#232;s des professeurs de la discipline : sur la fa&#231;on dont le programme de seconde puis de premi&#232;re avait &#233;t&#233; trait&#233; au cours de leur premi&#232;re ann&#233;e d'application, sur les all&#232;gements souhait&#233;s dans le programme de terminale ou sur l'&#233;tat de la progression de ce programme dans les classes &#224; la fin du premier trimestre, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La riposte s'est aussi organis&#233;e &#171; &#224; l'interne &#187; par la mobilisation des professeurs afin qu'ils &#171; reprennent la main &#187; sur leur travail pour offrir des outils s'appuyant sur une autre conception du m&#233;tier que celle qui sous-tend les r&#233;formes. Selon cette posture de reprise en main, il ne s'agit pas d'appliquer des consignes codifi&#233;es dans le programme et ses &#171; indications compl&#233;mentaires &#187;, mais de proposer de fa&#231;on collective des interpr&#233;tations, voire des contournements, des programmes. De la discussion surgissent des ressources nouvelles : s&#233;quences de cours et de travaux dirig&#233;s, fiches-m&#233;thodes, exercices d'entra&#238;nement et devoirs de contr&#244;le, qui s'inscrivent dans une perspective de mise en activit&#233; des &#233;l&#232;ves plus conforme aux valeurs port&#233;es majoritairement par la profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Programme &#171; de contournement &#187; et manuel alternatif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier exemple est fourni par le manuel alternatif &#171; SES&#226;me &#187; (&lt;a href=&#034;http://sesame.apses.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://sesame.apses.org/&lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau programme de premi&#232;re ES avait suscit&#233; de nombreuses critiques, tant de la part de l'association professionnelle des professeurs de SES que des associations de &#171; sp&#233;cialistes &#187;, universitaires et chercheurs : cloisonnement entre les sciences sociales, empilement de connaissances, abstraction exag&#233;r&#233;e, acad&#233;misme et au final un programme peu favorable &#224; l'apprentissage m&#233;thodique des sciences sociales et &#224; la r&#233;flexion critique des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'APSES avait d'abord &#233;labor&#233; son propre programme face &#224; celui du minist&#232;re. Devant le passage en force du minist&#232;re pour imposer le programme du groupe d'experts et la ferme opposition de la majorit&#233; des professeurs de la discipline (une p&#233;tition demandant un moratoire avait recueilli l'adh&#233;sion d'un professeur de SES sur deux !) il &#233;tait tentant de refuser son application, d'appeler au boycott. L'association apr&#232;s consultation a choisi de tenir compte du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position &#171; h&#233;ro&#239;que &#187; qui renvoie chacun &#224; une position individuelle et/ou d&#233;fend un statu quo (on continue d'appliquer le programme ancien qui pourtant &#233;tait critiqu&#233;), risquait d'isoler ceux qui la suivraient et de nuire &#224; l'association si elle en lan&#231;ait le mot d'ordre. Aussi a-t-elle fait le choix d'une strat&#233;gie collective de &#171; contournement &#187; : r&#233;daction d'un &#171; programme de contournement &#187;, reprenant tous les items du programme officiel mais &#233;lagu&#233;s, r&#233;organis&#233;s, regroup&#233;s et probl&#233;matis&#233;s. Puis &#233;laboration et mise &#224; disposition du public d'un manuel de contournement conforme au programme tel que r&#233;interpr&#233;t&#233; par les enseignants dans le cadre de l'APSES. Appel&#233; symboliquement SES&#226;me, anim&#233; du souci de respecter ce que l'association estime &#234;tre l'esprit &#8211; pour ne pas dire l'&#226;me &#8211; de la discipline, et d'offrir un programme ouvert sur les croisements et les d&#233;bats, parents pauvres du programme officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manuel qui a &#233;t&#233; progressivement mis en ligne au cours de l'ann&#233;e 2011-2012, a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; par une &#233;quipe d'une trentaine de professeurs volontaires, b&#233;n&#233;voles et anonymes. Les contenus sont valid&#233;s par des universitaires/chercheurs sp&#233;cialistes du th&#232;me qui restent eux aussi anonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est mis gratuitement &#224; disposition des professeurs et des &#233;l&#232;ves qui souhaitent l'utiliser, en tout ou partie. Le &#171; livre du professeur &#187;, seul, n'est accessible qu'aux adh&#233;rents de l'APSES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'entend pas se substituer aux manuels du commerce, mais offre aux enseignants des &#171; activit&#233;s &#187; alternatives. Celles-ci insistent sur la dimension p&#233;dagogique : vari&#233;t&#233; des supports, statistiques bien s&#251;r, mais aussi documents iconographiques, vid&#233;os, etc. Et diversit&#233; des activit&#233;s propos&#233;es : &#233;tudes de documents, travaux dirig&#233;s, jeux de r&#244;les, etc. SES&#226;me se veut ouvert &#224; la recherche et &#224; la discussion : entretiens &#8211; parfois contradictoires &#8211; avec des chercheurs, revue de presse, biblio et filmographies, etc. Enfin, l'APSES a souhait&#233; que ce manuel soit &#233;volutif, en fonction de l'actualit&#233; et aussi des remarques et contributions &#233;ventuelles. Ainsi, plusieurs chapitres qui avaient fait l'objet de critiques de la part des professeurs utilisateurs, ou, plus rarement de la part du &#171; referee &#187; universitaire, ont &#233;t&#233; refaits pour la deuxi&#232;me ann&#233;e d'utilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche a re&#231;u l'approbation de syndicats, SNES et Sud-&#233;ducation notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un communiqu&#233; du 1er septembre 2011, l'association positionne clairement la d&#233;marche de SES&#226;me dans sa dimension collective de reprise en main sur le travail : &#171; [l'APSES] rappelle que l'acte p&#233;dagogique est une construction collective permanente, qui doit toujours &#234;tre soumise &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233; des classes et &#224; des allers-retours entre enseignants et chercheurs, pour en tirer r&#233;guli&#232;rement des bilans provisoires et en proposer des adaptations ou am&#233;liorations. En bref, tout le contraire de la d&#233;marche du minist&#232;re dans la r&#233;novation des programmes ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi &#224; noter que, plus g&#233;n&#233;ralement, l'APSES a oppos&#233; &#224; chacun des programmes issus du groupe d'experts un &#171; contre-programme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, pour la seconde, voir :&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;labor&#233; par des groupes d'enseignants cherchant &#224; respecter les principes suivants : partir de &#171; questions-probl&#232;mes &#187;, induire ainsi &#8211; et proposer &#8211; des d&#233;marches p&#233;dagogiques &#171; actives &#187;, favoriser quand c'est possible la mobilisation de diff&#233;rentes sciences sociales, insister sur la dimension &#171; formation aux m&#233;thodes &#187; des sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Mutualisation et partage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e en application du nouveau programme de terminale a provoqu&#233;, de fa&#231;on assez largement spontan&#233;e, une mont&#233;e du partage, de la mutualisation, entre professeurs. Il existe sur le site de l'association, un espace de mutualisation qui, c'est un des avantages de l'adh&#233;sion, n'est accessible qu'aux adh&#233;rents. Cet espace est aliment&#233; par les contributions si ce n'est de tous, du moins d'un grand nombre d'adh&#233;rents. Avant d'&#234;tre enregistr&#233;es sur le site, ces contributions font g&#233;n&#233;ralement l'objet d'un envoi sur la liste de diffusion de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#232;gle veut que, quand il s'agit d'un tel partage, le terme de mutualisation apparaisse dans l'intitul&#233; du message. Il donc assez ais&#233; en &#233;tudiant les archives de la liste de mesurer la fr&#233;quence de ces &#171; mutualisations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_163 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH254/Image_22-2-4c06e.png?1790692667' width='500' height='254' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres mesurent imparfaitement l'importance de la mise en commun car n'ont donc &#233;t&#233; retenus que les messages portant explicitement la mention &#171; mutualisation &#187;. Or de nombreux autres messages proposent des ressources p&#233;dagogiques (articles, films, visites &#8230;). D'autres comportent des interrogations ou des demandes d'explication &#8230; et des r&#233;ponses concernant les points obscurs des nouveaux programmes et tout particuli&#232;rement de celui de terminale et sont aussi des formes de collaboration entre enseignants de la discipline. Ainsi des questions n&#233;es des indications compl&#233;mentaires sur les diff&#233;rentes sortes de capitaux, la notion de bien commun ou la distinction entre mobilit&#233; nette et fluidit&#233; sociale ont parfois fait l'objet de dizaines de messages permettant le plus souvent d'aboutir &#224; des conventions d'interpr&#233;tation et de traitement des sujets en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir aux mutualisations mesur&#233;es dans le tableau ci-dessus, elles ob&#233;issent &#224; une certaine p&#233;riodicit&#233; avec une pointe au cours du premier trimestre de l'ann&#233;e scolaire, mais la r&#233;action induite par l'entr&#233;e en application du programme de terminale et le d&#233;sarroi qui en a r&#233;sult&#233; pour les enseignants charg&#233;s de sa mise en oeuvre est tr&#232;s nette : elle intervient d&#232;s le mois d'ao&#251;t 2013 (ce mois est g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s &#171; calme &#187;) et se pr&#233;cise ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude plus pr&#233;cise du mois de janvier 2013 montre que, si ces &#171; mutualisations &#187; ne concernent pas que la classe de terminale (12 concernent la premi&#232;re, 6 la seconde et 8 les activit&#233;s r&#233;alisables en &#171; aide personnalis&#233;e &#187;), ce niveau mobilise le plus. En effet, 40 messages concernaient des cours ou TD de terminale, 12 des devoirs et 5 des contr&#244;les pour ce m&#234;me niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, en septembre 2011, mois de forte mutualisation et date de l'entr&#233;e en application du programme de premi&#232;re, les contributions sont &#233;galement distribu&#233;es entre les trois niveaux : seconde 16, premi&#232;re 18 et terminale 15, le reste ind&#233;termin&#233; ou pouvant concerner plusieurs niveaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;stabilisation induite par l'entr&#233;e en application du nouveau programme de terminale a donc bien provoqu&#233; un &#171; sursaut collaboratif &#187; chez les professeurs de SES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collaboration, le partage de savoirs et d'exp&#233;riences et, in fine, l'&#233;laboration d'une vision collective des programmes et de mani&#232;res collectives de faire sont donc aussi une des fa&#231;ons dont les professeurs de sciences &#233;conomiques et sociales ont t&#226;ch&#233; de se r&#233;approprier un r&#244;le d'acteur et en interpr&#233;tant ou contournant les prescriptions et ainsi de &#171; renormaliser &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ergologue Yves Schwartz d&#233;signe ainsi le processus d'interpr&#233;tation et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des disciplines scolaires qui y sont enseign&#233;es, les sciences &#233;conomiques et sociales ont &#233;t&#233; concern&#233;es par la r&#233;forme du lyc&#233;e, conduite principalement par le ministre Luc Chatel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les enseignants, les r&#233;formes de structure ont principalement affect&#233;, en les d&#233;t&#233;riorant, leurs conditions de travail, celles des programmes &#8211; et de l'&#233;valuation &#8211; touchant plut&#244;t le contenu et le sens du travail. Les r&#233;actions syndicales et corporatives ont, de fait, surtout port&#233; sur les programmes, probablement parce que, dans une situation budg&#233;taire contrainte, les revendications &#224; ce sujet pouvaient avoir l'avantage de ne rien co&#251;ter. Il est aussi possible qu'une bataille sur le contenu et le sens du travail entre plus en r&#233;sonance avec les valeurs port&#233;es par la profession. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut interpr&#233;ter l'offensive r&#233;cente comme une tentative de dessaisir les enseignants de leur pouvoir d'agir sur l'enseignement de leur discipline en confiant ce pouvoir &#224; des &#171; experts &#187; qui, avec leur propre rationalit&#233; ignorant l'expertise des professionnels, ont cherch&#233; &#224; conduire une r&#233;forme &#171; top/down &#187; si caract&#233;ristique du &#171; nouveau management public &#187; en oeuvre dans de nombreuses administrations et entreprises publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probablement trop t&#244;t pour faire un bilan des mobilisations des enseignants de SES. D'autant que le changement de majorit&#233; politique a modifi&#233; au moins les mani&#232;res de faire du pouvoir. Syndicats et associations sont au moins &#233;cout&#233;s et le nouveau minist&#232;re a promis qu'il se rangerait aux avis du Conseil sup&#233;rieur de l'&#233;ducation (CSE), au contraire du pr&#233;c&#233;dent, comme en t&#233;moigne par exemple l'abandon du projet d'un enseignement &#171; mixte &#187; SES-&#233;conomie-gestion en seconde d&#233;nomm&#233; &#171; connaissance du mode &#233;conomique &#187; suite &#224; son rejet par le CSE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;chons n&#233;anmoins de dresser un bilan provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passif, un &#233;chec probablement pr&#233;visible vu la d&#233;termination du gouvernement pr&#233;c&#233;dent : les nouveaux programmes sont pass&#233;s &#224; peu pr&#232;s tels que le voulait le groupe d'expert et, derri&#232;re lui le cabinet et l'inspection. Et leurs effets d&#233;l&#233;t&#232;res sur les pratiques p&#233;dagogiques et plus g&#233;n&#233;ralement le travail des enseignants se font sentir. En juin 2013 ce sont les nouvelles &#233;preuves voulues par l'inspection qui vont &#234;tre pass&#233;es par les candidats et &#233;valu&#233;es par les professeurs qui bon gr&#233;, mal gr&#233; - y auront pr&#233;par&#233; leurs &#233;l&#232;ves tout au long de l'ann&#233;e scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'actif, les succ&#232;s tangibles sont r&#233;els, m&#234;me s'ils peuvent sembler modestes en regard des efforts militants d&#233;ploy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'elle r&#233;sulte plut&#244;t de l'attractivit&#233; de la discipline et des choix rationnels des familles, il faut signaler la situation de &#171; quasi tronc commun &#187; des SES en classe de seconde puisque cet &#171; enseignement d'exploration &#187; est choisi par 85% des &#233;l&#232;ves de seconde g&#233;n&#233;rale et technologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir encadr&#233; en fin de texte.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me si l'horaire r&#233;duit et les conditions d'enseignement sont un facteur important de p&#233;nibilit&#233; du travail pour les professeurs de SES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union en janvier-f&#233;vrier 2013 d'un groupe de travail &#8211; o&#249; les enseignants &#171; de terrain &#187; &#233;taient plus repr&#233;sent&#233;s que dans le groupe d'expert pr&#233;c&#233;dent (cinq enseignants, un universitaire et trois inspecteurs) &#8211; afin d'&#233;valuer les all&#232;gements souhaitables et possibles, pour la rentr&#233;e 2013 en premi&#232;re et en terminale, est un succ&#232;s, d'autant que les all&#232;gements pr&#233;vus, sans &#234;tre forc&#233;ment &#224; la hauteur des attentes, sont significatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'engagement du ministre Vincent Peillon de remettre en chantier ult&#233;rieurement l'ensemble des programmes va dans le bon sens pour les professeurs de SES qui, majoritairement, contestent ces programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Porteuse d'effets &#224; plus long terme, cette longue &#171; bataille &#187; qui est loin d'&#234;tre finie a contribu&#233; &#224; fortifier l'association &#224; l'interne : accroissement du nombre d'adh&#233;sions, succ&#232;s des p&#233;titions et des manifestations, comme &#224; l'ext&#233;rieur : resserrement des liens avec les associations du sup&#233;rieur et soutien constant de &#171; grands noms &#187; des sciences sociales, visibilit&#233; m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gitimit&#233; de l'association s'enracine dans une pr&#233;occupation constante : que les professeurs restent les concepteurs de leur enseignement. Elle s'est d&#233;velopp&#233;e en alliant, dans une strat&#233;gie flexible, le double souci de l'action politique et de l'attention port&#233;e aux questions p&#233;dagogiques dont il faut r&#233;p&#233;ter qu'elles constituent le point aveugle de cette r&#233;forme des programmes et de son &#233;valuation au bac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;forme s'est interdit la r&#233;flexion sur les probl&#232;mes r&#233;els que rencontrent les &#233;l&#232;ves. La difficult&#233; aujourd'hui pour les enseignants et leurs repr&#233;sentants sera de sortir des n&#233;cessaires combats d&#233;fensifs pour conduire de fa&#231;on concr&#232;te une r&#233;flexion sur ce que sont les &#233;l&#232;ves aujourd'hui, leurs atouts et leurs faiblesses dans le rapport au savoir, et ce dans une perspective de r&#233;elle d&#233;mocratisation. De nombreuses questions sont devant nous, notamment au regard de la diversification des sources du savoir li&#233;es &#224; l'usage de nouvelles technologie, ainsi qu'&#224; propos de la formation &#224; l'esprit critique dans une soci&#233;t&#233; qui valorise souvent le pr&#234;t &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan plus th&#233;orique ce r&#233;cit confirme les r&#233;sultats de l'ergonomie d'une part et de la sociologie curriculaire, d'autre part. Le travail r&#233;el ne saurait &#234;tre compl&#232;tement d&#233;crit et contraint par des prescriptions. Et, comme l'ont montr&#233; les travaux de Barry Cooper&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barry Cooper , (1983), &#8220;Comment expliquer les transformations des mati&#232;res (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et &#201;lisabeth Chatel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;lisabeth Chatel, &#171; La contribution des enseignants aux changements des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; les enseignants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ne sont pas passifs devant les &#233;volutions curriculaires. Ils y contribuent ou ils les contestent, en particulier au nom des &#171; valeurs &#187; de la profession et de l'expertise didactique qui est la leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le souci r&#233;guli&#232;rement r&#233;affirm&#233; d'un enseignement dont l'objectif principal est la formation du citoyen, par le partage des savoirs et le travail collaboratif conduit en particulier avec le manuel SES&#226;me et les &#233;changes de la liste de diffusion de l'APSES, les enseignants de SES et leur association professionnelle entretiennent et d&#233;veloppent une &#171; culture &#187; professionnelle caract&#233;ristique des &#171; professions &#224; pratique prudentielle &#187; comme les d&#233;nomme Florent Champy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Florent Champy , La sociologie des professions, PUF, Paris, 2009.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible, enfin, de tirer quelques enseignements syndicaux de l'exemple des sciences &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme Chatel du lyc&#233;e a percut&#233; le sens et le contenu du travail des enseignants charg&#233;s de sa mise en oeuvre. Qu'il s'agisse des modes d'&#233;laboration des programmes d'enseignement, de leur contenu, des modes d'&#233;valuation et des pratiques p&#233;dagogiques induites par les uns et les autres, les syndicats de la FSU se sont positionn&#233;s pour une &#171; reprise en main &#187; par les enseignants de leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des SES est de ce point de vue int&#233;ressant. Le syndicat, ici le SNES, et l'association ont tir&#233; mutuellement avantage &#224; leur collaboration r&#233;guli&#232;re : confrontation des analyses, appui r&#233;ciproque et division du travail entre les deux organisations. Au premier la mise en perspective des revendications disciplinaires avec celles, plus g&#233;n&#233;rale, concernant la r&#233;forme du lyc&#233;e et l'intervention dans les instances consultatives. &#192; la seconde les enqu&#234;tes aupr&#232;s des enseignants, l'entretien r&#233;gulier d'un &#171; bruit &#187; m&#233;diatique et la mobilisation permanente de la profession. L'association a pu appuyer ses actions sur le soutien syndical. Le syndicat a pu conforter ses revendications sur l'engagement des professeurs de SES derri&#232;re une association repr&#233;sentative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas et en particulier l&#224; o&#249; cette collaboration n'est pas possible ou plus d&#233;licate (orientation, faible repr&#233;sentativit&#233; ou manque de dynamisme de l'association professionnelle), le syndicat a tout &#224; gagner &#224; s'int&#233;resser au plus pr&#232;s au travail des enseignants, notamment par le truchement disciplinaire : &#171; &#233;couter &#187; ce qu'ils disent de leur travail et de l'effet des r&#233;formes, favoriser la r&#233;flexion et l'&#233;laboration collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Remerciements&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce texte est sign&#233; d'un seul nom, il doit beaucoup aux corrections et aux suggestions de Maryl&#232;ne Cahouet, Elisabeth Chatel, Marjorie Galy, Erwan Le Nader, Daniel et Dominique Rallet. Les erreurs ou impr&#233;cisions &#233;ventuelles ainsi que les interpr&#233;tations restent bien s&#251;r miennes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Encadr&#233; : les SES, enseignement d'exploration en seconde&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; choisi dans cet article, de centrer le propos sur les programmes. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, dans un autre domaine au moins, les professeurs de sciences &#233;conomiques et sociales, soit au niveau de leur &#233;tablissement, soit plus globalement via l'association ou via le SNES, ont agi de fa&#231;on &#224; d&#233;tourner une r&#232;gle et en imposer, de fait, une autre : le statut d'enseignement d'exploration en classe de seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignements d'exploration, s'ils comportent bien un programme (&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/cid52692/les-enseignements-nouvelle-seconde.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/cid52692/les-enseignements-nouvelle-seconde.html&lt;/a&gt;), ont surtout pour objectif une familiarisation avec de nouvelles disciplines, questions, m&#233;thodes. Les promoteurs de la r&#233;forme entendent, avec ces enseignements d'exploration, valoriser plus les activit&#233;s que les contenus de savoirs. Si leur &#233;valuation (chiffr&#233;e) n'est pas interdite, elle n'est pas non plus n&#233;cessaire, voire parfois d&#233;courag&#233;e (coefficient z&#233;ro dans les bulletins ou m&#234;me absence de rubrique). &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour plusieurs d'entre eux, &#171; litt&#233;rature et soci&#233;t&#233; &#187; ou &#171; m&#233;thodes et pratiques scientifiques &#187; notamment, ils ont une vis&#233;e pluridisciplinaire et s'appuient sur des mati&#232;res enseign&#233;es par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des SES, et des Principes fondamentaux de l'&#233;conomie et de la gestion (PFEG) est particuli&#232;re. Mati&#232;res nouvelles pour les &#233;l&#232;ves, enseign&#233;es seulement en lyc&#233;e, elles ne peuvent pas strictement s'appuyer sur d'autres disciplines. Par ailleurs, si leur statut est mineur en seconde, ce sont des disciplines centrales pour les futurs &#233;l&#232;ves des s&#233;ries ES ou STMG (Sciences et techniques du management et de la gestion).Cette situation a &#233;t&#233; en partie reconnue en rendant l'une de ces deux mati&#232;res obligatoire parmi les deux enseignements d'exploration &#224; suivre par chaque &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces deux domaines, contenu et &#233;valuation, les enseignants de SES ont contourn&#233; la prescription.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le premier rapport de l'Inspection G&#233;n&#233;rale sur la mise en oeuvre de la r&#233;forme en classe de seconde (mars 2011), la particularit&#233; des SES (et des PFEG) &#233;tait point&#233;e : &#171; les enseignements de SES et de PFEG sont v&#233;cus comme nettement diff&#233;rents du reste des enseignements d'exploration &#8230;tous ces caract&#232;res rapprochent ces enseignements d'exploration d'un enseignement obligatoire du tronc commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, ce n'en est pas un, ce qui pose des probl&#232;mes dont il est difficile de sortir. En effet, comment enseigner des connaissances et des savoir faire, tout en explorant (i.e. illustrer ou approfondir) et cela dans un cadre horaire restreint ? Ce dilemme ne se pose qu'aux enseignements qui ne peuvent pas s'appuyer sur des disciplines enseign&#233;es par ailleurs, le plus souvent depuis le coll&#232;ge. Il en r&#233;sulte une sorte de sous-statut peu propice &#224; l'investissement des &#233;l&#232;ves dans cette fausse exploration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si les choix des enseignants, notamment d'une plus ou moins grande proximit&#233; avec le programme, sont divers, ils manifestent tous le souci que cet &#171; enseignement d'exploration &#187; soit bien une premi&#232;re formation aux sciences &#233;conomiques et aux sciences sociales, aux questions qui les traversent et aux savoirs qui les constituent. Mais ils sont plac&#233;s devant des contraintes diff&#233;rentes selon les &#233;tablissements : taille des groupes, d&#233;doublement ou non (le plus fr&#233;quent), plage horaire dans la semaine et surtout nombre de classes &#224; g&#233;rer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ont-ils &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; aborder le programme de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente (approche lin&#233;aire ou par petits bouts ou faire autre chose, comme aborder la presse, l'actualit&#233;...). Et plus ils essaient d'avoir une approche tr&#232;s active, plus ils s'&#233;cartent du programme, et sont contraints, dans le cadre horaire r&#233;duit &#224; faire des choix, donc &#224; r&#233;interpr&#233;ter les instructions. 18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que, dans notre syst&#232;me d'enseignement, l'&#233;valuation chiffr&#233;e est une forme de reconnaissance des disciplines, les professeurs de SES ont aussi insist&#233; localement et nationalement (voir par exemple : &lt;a href=&#034;http://www.apses.org/initiatives-actions/communiques-et-courriers/article/lettre-aux-collegues-sur-l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.apses.org/initiatives-actions/communiques-et-courriers/article/lettre-aux-collegues-sur-l&lt;/a&gt; ) pour que les SES fassent l'objet d'une telle &#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contenu de l'enseignement de SES en seconde et modalit&#233; de son &#233;valuation, l&#224; aussi les enseignants de SES ont infl&#233;chi les normes minist&#233;rielles&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une pr&#233;sentation plus compl&#232;te, voir : &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article153&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article153&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple Christian Laval : &lt;a href=&#034;http://www.idies.org/index.php?post/Le-rapport-Guesnerie-et-la-liquidation-des-SES&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.idies.org/index.php?post/Le-rapport-Guesnerie-et-la-liquidation-des-SES&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le t&#233;moignage de Sylvain David, &#224; l'&#233;poque pr&#233;sident de l'Apses : Sylvain David, &#171; Les programmes et les manuels de SES : retour sur la remise en cause d'un enseignement &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s. Revue de Sciences humaines&lt;/i&gt; [En ligne&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un premier groupe d'experts a r&#233;dig&#233; le programme de seconde, en &#233;taient membre les universitaires F. Dubet, C. De Boissieu et P. Martin ; un second, compos&#233; du c&#244;t&#233; des universitaires par Y. Deloye, J. Le Cacheux, D. Marteau et J. Valade, a r&#233;dig&#233; les programmes de premi&#232;re et de terminale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Enseignement d'exploration en classe de seconde : &lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/cid51332/mene1007270a.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/cid51332/mene1007270a.html&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Enseignement sp&#233;cifique en classe de premi&#232;re ES : &lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/cid53321/mene1019767a.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/cid53321/mene1019767a.html&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Et en classe de terminale : &lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57523&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57523&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.idies.org/index.php?post/Sciences-economiques-et-sociales-:-il-y-a-des-professeurs-satisfaits-des-nouveaux-programmes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.idies.org/index.php?post/Sciences-economiques-et-sociales-:-il-y-a-des-professeurs-satisfaits-des-nouveaux-programmes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, pour la seconde, voir : &lt;a href=&#034;http://www.idies.org/index.php?post/SES-en-classe-de-seconde-%3A-programme-contre-programme&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.idies.org/index.php?post/SES-en-classe-de-seconde-%3A-programme-contre-programme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ergologue Yves Schwartz d&#233;signe ainsi le processus d'interpr&#233;tation et de transformation des normes impos&#233;es, effectu&#233; par les travailleurs au cours de leur activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir encadr&#233; en fin de texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barry Cooper , (1983), &#8220;Comment expliquer les transformations des mati&#232;res scolaires ?&#8221;, in J.C. Forquin, &lt;i&gt;Les sociologues de l'&#233;ducation am&#233;ricains et britanniques&lt;/i&gt;, De Boeck-INRP, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;lisabeth Chatel, &#171; La contribution des enseignants aux changements des contenus de leur discipline : le cas des sciences &#233;conomiques et sociales entre 1990 et 2010 &#187;, contribution au colloque &lt;i&gt;R&#233;former les disciplines scolaires XIX-XX&#232;me si&#232;cles&lt;/i&gt;, Universit&#233; de Caen, septembre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Florent Champy , La sociologie des professions, PUF, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Coll&#232;ge : traiter les dysorthographies ?</title>
		<link>https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article141</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article141</guid>
		<dc:date>2012-05-20T17:34:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc-Olivier Sephiha</dc:creator>


		<dc:subject>Coll&#232;ge</dc:subject>
		<dc:subject>syst&#232;mes d'apprentissage</dc:subject>
		<dc:subject>Exp&#233;rimentation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Professeur de fran&#231;ais affect&#233; en coll&#232;ge ZEP, Marc-Olivier Sephiha a constat&#233;, comme bien d'autres, la quasi impossibilit&#233; d'un exercice minimum de son m&#233;tier s'il n'affrontait pas les lacunes les plus fondamentales de ses &#233;l&#232;ves en mati&#232;re de langue &#233;crite. On trouvera ci-dessous l'analyse qu'il a men&#233;e de ces lacunes, ainsi que la description des &#171; ateliers de remise &#224; niveau &#187; qu'il a con&#231;us en cons&#233;quence et de leurs r&#233;sultats. Le texte que nous proposons ici est extrait d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Enseignement secondaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;Coll&#232;ge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;syst&#232;mes d'apprentissage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Exp&#233;rimentation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L100xH100/arton141-a2ca2.jpg?1790689096' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Professeur de fran&#231;ais affect&#233; en coll&#232;ge ZEP, Marc-Olivier Sephiha a constat&#233;, comme bien d'autres, la quasi impossibilit&#233; d'un exercice minimum de son m&#233;tier s'il n'affrontait pas les lacunes les plus fondamentales de ses &#233;l&#232;ves en mati&#232;re de langue &#233;crite. On trouvera ci-dessous l'analyse qu'il a men&#233;e de ces lacunes, ainsi que la description des &#171; ateliers de remise &#224; niveau &#187; qu'il a con&#231;us en cons&#233;quence et de leurs r&#233;sultats. Le texte que nous proposons ici est extrait d'une contribution plus d&#233;velopp&#233;e, &lt;a href=&#034;http://skhole.fr/dysorthographies-au-coll%C3%A8ge-par-marc-olivier-sephiha&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les dysorthographies au coll&#232;ge&lt;/a&gt;, que l'auteur a donn&#233;e au site &lt;a href=&#034;http://skhole.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Skhol&#233;&lt;/a&gt;, et qui comporte notamment une r&#233;flexion argument&#233;e sur les modalit&#233;s d'apprentissage de la langue &#233;crite. Les enseignants int&#233;ress&#233;s par les formes pr&#233;cises de la conduite des ateliers de remise &#224; niveau peuvent prendre contact avec l'auteur par &lt;a href=&#034;mailto:mo.sephiha@yahoo.fr&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;courriel&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque j'ai d&#233;but&#233; en tant que professeur de fran&#231;ais au coll&#232;ge, il y a quatre ans, et comme je n'avais pas &#233;t&#233; pr&#233;alablement form&#233; sur ce sujet, j'imaginais que j'aurais &#224; lutter avant tout contre l'&#233;criture phon&#233;tique des &#233;l&#232;ves (le mode &lt;i&gt;texto&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;SMS&lt;/i&gt;) ; donc me pr&#233;occuper essentiellement d'orthographe et du sens - ou de l'absence du sens - grammatical et lexical, r&#233;v&#233;l&#233; par cette &#233;criture. Mais, devant la r&#233;currence d'erreurs ne relevant pas de ces cat&#233;gories, j'ai d&#233;couvert peu &#224; peu d'autres difficult&#233;s, plus &#233;l&#233;mentaires encore, sous la partie &#233;merg&#233;e de l'iceberg orthographique. Je fus alors tent&#233; de m'exclamer : &#171; si au moins mes &#233;l&#232;ves &#233;crivaient &lt;i&gt;phon&#233;tiquement&lt;/i&gt; ! Je n'aurais plus qu'&#224; leur apprendre la grammaire, la conjugaison, l'orthographe, la litt&#233;rature&#8230; &#187; Car j'ai fait le m&#234;me constat &#8211; et dans les m&#234;mes proportions - dans les deux coll&#232;ges des Hauts-de-Seine tous deux class&#233;s ZEP et inclus dans le dispositif de &#171; pr&#233;vention violence &#187; o&#249; j'ai enseign&#233; : &lt;strong&gt;pr&#232;s de 95% des &#233;l&#232;ves font des erreurs sur le son des lettres&lt;/strong&gt;. Je parle bien de &lt;i&gt;sons&lt;/i&gt;, et non d'erreurs d'orthographe grammaticale ou lexicale ! En novembre 2010, j'ai corrig&#233; un test comprenant la plupart des graph&#232;mes du fran&#231;ais : sur quatre classes, soit 95 &#233;l&#232;ves au total, seuls 5 d'entre eux n'ont fait aucune erreur sur les sons du fran&#231;ais (je reviendrai plus loin sur les raisons qui expliquent, selon moi, la r&#233;ussite de ces 5 &#233;l&#232;ves). C'est dire, si certains &#233;l&#232;ves s'en sortent mieux que d'autres, combien ce constat reste &lt;i&gt;relatif&lt;/i&gt; : presque tous en fait sont touch&#233;s et ma&#238;trisent imparfaitement les savoirs graphophonologiques &#233;l&#233;mentaires (d'un niveau de fin de cycle 2, c'est-&#224;-dire de CE1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces &#233;l&#232;ves &#8211; si l'on ne tient pas compte des difficult&#233;s les plus courantes li&#233;es &#224; l'ambigu&#239;t&#233; de certains graph&#232;mes comme c, g, s, etc. - &lt;strong&gt;30% au bas mot&lt;/strong&gt; rencontrent des difficult&#233;s graves relevant de la &#171; dysorthographie &#187;, &lt;strong&gt;n'&#233;crivent pas correctement les sons complexes et m&#234;me certains sons simples du fran&#231;ais&lt;/strong&gt;. Ignorant quelle lettre ou quel groupe de lettres fait quel son, ces &#233;l&#232;ves sont au sens propre &lt;i&gt;illettr&#233;s&lt;/i&gt;&#8230; Ils ne connaissent pas le son de tous les graph&#232;mes (lettres ou groupes de lettres) et/ou sont incapables, en entendant certains mots, de les transcrire ne serait-ce que phon&#233;tiquement. Par exemple, certains de ces &#233;l&#232;ves connaissent les lettres C et H, mais h&#233;sitent quant au son que fait le graph&#232;me CH (ex : &#171; &lt;strong&gt;il nachait dans l'eux&lt;/strong&gt; &#187;, pour &#171; il nageait dans l'eau &#187;) ou ignorent la valeur des voyelles nasales (ex : &#171; &lt;strong&gt;tu mele a rien&lt;/strong&gt; &#187; pour &#171; tu m&#234;lais en riant &#187;), etc. Ph&#233;nom&#232;ne analogue au fait de conna&#238;tre le nom des notes de musique sans pouvoir les chanter ni les entendre int&#233;rieurement, encore moins retranscrire une m&#233;lodie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &#224; ma connaissance, rien n'existe dans le secondaire, pour pallier ces dysorthographies, rien d'&#233;quivalent aux anciens R&#233;seaux d'aide et de soutien aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233; (RASED) pour le CP et le CE1 : le plus judicieux me semble, dans le cadre des directives minist&#233;rielles actuelles sur le soutien personnalis&#233; aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, de mettre en place des petits groupes de remise &#224; niveau au sein m&#234;me du coll&#232;ge (et du lyc&#233;e). Nous ne pouvons nous contenter d'envoyer nos &#233;l&#232;ves chez des orthophonistes submerg&#233;s de demandes, qui les recevront dans le meilleur des cas au bout de plusieurs mois - pour ceux des &#233;l&#232;ves et des parents qui entameront cette d&#233;marche, difficile &#224; envisager et contraignante &#224; suivre (et pas toujours adapt&#233;e...). Ainsi, nous les aiderions individuellement et r&#233;glerions maints probl&#232;mes de &lt;i&gt;gestion de classe&lt;/i&gt; qui se pr&#233;sentent n&#233;cessairement lorsqu'on est contraint, dans des classes si h&#233;t&#233;rog&#232;nes, d'enseigner &#224; la fois les sons de base du fran&#231;ais et&#8230; la subordonn&#233;e relative (ou, aussi bien, l'&#233;pop&#233;e napol&#233;onienne, la d&#233;monstration du th&#233;or&#232;me de Pythagore, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du c&#244;t&#233; du constat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A quoi ressemblent les copies de ces &#233;l&#232;ves ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dactylographi&#233; ces copies afin d'en rendre la lecture plus &#233;vidente, non entrav&#233;e par des difficult&#233;s li&#233;es au graphisme &#8211; difficult&#233;s r&#233;v&#233;latrices, il est vrai, et susceptibles de faire l'objet d'une &#233;tude particuli&#232;re, mais dissimulant partiellement la r&#233;alit&#233; des erreurs : on risque, constatant que l'&#233;l&#232;ve &#233;crit mal, de ne pas regarder de pr&#232;s ce qu'il &#233;crit v&#233;ritablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Copies d'&#233;l&#232;ves : premier constat&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de r&#233;ponses &#224; un test de d&#233;but d'ann&#233;e, comprenant une dict&#233;e, des questions grammaticales et des questions de vocabulaire, de compr&#233;hension ainsi qu'une r&#233;daction, con&#231;u pour &#233;valuer le niveau des &#233;l&#232;ves.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de la dict&#233;e : &lt;br class='manualbr' /&gt;certains &#233;l&#232;ves ont &#233;chou&#233; &#224; noter certaines phrases ou certains mots ;&lt;br class='manualbr' /&gt;certains ont &#233;crit d'autres mots ou d'autres expressions que le texte dict&#233; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;beaucoup ont retranscrit faussement plusieurs sons (phon&#232;mes).&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de la r&#233;daction, bien qu'ils aient la possibilit&#233; de choisir &#224; leur gr&#233; les termes et la syntaxe employ&#233;s, les dysorthographies de certains &#233;l&#232;ves demeurent patentes.&lt;br class='autobr' /&gt;
NB : Dans le cadre restreint de cet article, je ne pr&#233;sente que les copies des &#233;l&#232;ves les plus en difficult&#233; (les textes des &#233;l&#232;ves sont en gras).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte de la dict&#233;e des 6e : &#171; Nous sommes descendus tous les trois et Marie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Voici des extraits de copies des &#233;l&#232;ves de 6e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous sommet d&#233;sendu dou les trois est marie sai imediatement d&#233;santu. Masson est moi, Nous savont d&#233;ssendu le sable est a comment sait a chauf&#233; les pies. J'ai comment sait a dir a Masson : on niva. lui t&#233;tentr&#233; dans l'eau. Il naj&#233;r a la brasse est asai male. de sorte de que rejoidre Marine. L'eau &#233;t&#233;s froide est j&#233;t&#233; commanten de naj&#233; pour rejoidre Marine dans no jese est Notre commtemtentmen. (A.D, 6e B)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes tous les trois est Marie cet imediatement. Masson et moi, nous avons attendu impe. Le sable commence a chaufe sou le pied. Je fini de pardir a masson &#171; on ni va ? &#187; lui est entre dans l'eau dousement : il nage a la brace et ace mal, de sorte que je le laise pour rejoindre marie. L'eau &#233;t&#233; froid est j&#233;t&#233; contant de nage avec marie nous nous sommes eloinier nous nous santion d'accord dans no geste et dans no contantement. (F.N., 6e C) Extrait de la r&#233;daction : &#171; j'ete impe trouble (&#8230;) Je finit a lui parle pendant le vacance cette ven 18:30 que Je suis arrive &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sable commen&#231;ais &#224; jauffer sous les pied. J'ai fini par dire &#224; Masson : &#171; on y va ? &#187; J'ai plonger. Lui entre doucemen : il nag&#233;r &#224; la brase et assez mal. Desorte je l'ai laisser pour rejoidre Masson. L'eau &#233;t&#233; froide et jet&#233; conten de nager. Avec Marie, nous nous somme eloiner et nous nous &#233;tion daccerre dans nosjeste et notre contenteme. (D.Z., 6e B).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Sable commentcais &#224; chaufer sur les pied. J'ai finis par dit &#224; Mason : &#171; on ivas ! &#187; j'ai plonger. Lui t'entr&#233;e doucement il nag&#233; &#224; la brasse et assaie mal, de sorte que je l'ai laissai pour rejoindre. L'eau &#233;tais foird. (&#8230;) . nou nous sentiont d'accords dans nos jessete (&#8230;) (S.B., 6eC)&lt;/strong&gt;&#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voici des extraits de copies d'&#233;l&#232;ves de 3e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apainne entr&#233;, je donne de tourres de cl&#233; (&#8230;) puis je me chouche et jatent comme on atendrai le bouro (&#8230;) et tous mon corp tr&#233;saille. (M. P-F, 3eB). Un extrait de la r&#233;daction du m&#234;me &#233;l&#232;ve : &#171; dirier la toile il a une manivel je la tourne un trape souve et une lumier salune (&#8230;) ma tente et prise de panic a cosse des tous ce vacarme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apeint entre, (&#8230;) je pousse les verroux (&#8230;) j'attend le sommeille comme on n'attender&#233; le douraut je l'attend avec l'epouvante de sa venut et mon coeur bas, et tout corps tresalle (M.G., 3eB). Extrait de la r&#233;daction du m&#234;me &#233;l&#232;ve : &#171; Maman ma dit que j'alle reste tous seuls se soir je lui et dit non &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt; Extraits de la r&#233;daction de Z.M. (3e B) : &#171; &lt;strong&gt; je mapproche pat &#224; pat mais puis je fait un pas verse la cuisuine puis mon pr&#233;sentiment se fait savoir (&#8230;) mon amis me trahi et point une carabine sur ma t&#234;te, je trouver sa bizzard que j'avais de mots de t&#234;te&lt;/strong&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces textes n&#233;cessitent un &#233;norme effort de d&#233;chiffrage tant ils sont difficilement compr&#233;hensibles si l'on ignore le texte original.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;l&#232;ves ont &#224; l'&#233;vidence une ma&#238;trise insuffisante du code graphophonologique (correspondance des lettres et des sons).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la lecture : beaucoup parmi ces &#233;l&#232;ves refusent d'abord de lire, sans doute en raison de l'effort prodigieux que cela leur demande et de la g&#234;ne provoqu&#233;e par le fait de montrer ces difficult&#233;s devant leurs camarades. Lorsqu'ils acceptent de lire &#224; voix haute, leur lecture est lente, laborieuse ; parfois ils &#171; devinent &#187; les mots, rempla&#231;ant le mot &#224; lire par un mot de sens voisin ou par un mot commen&#231;ant par la m&#234;me lettre ou la m&#234;me syllabe... J'y reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deuxi&#232;me test : approfondissement de l'&#233;valuation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pr&#233;ciser ce premier constat, j'ai r&#233;dig&#233; un deuxi&#232;me test plus pr&#233;cis et exhaustif avec un triple objectif :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;tecter les &#233;l&#232;ves n&#233;cessitant une remise &#224; niveau ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;terminer le type d'erreurs commises pour pouvoir se concentrer sur celles-ci durant la remise &#224; niveau ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; servir d'&#233;valuation initiale pour mesurer ensuite les progr&#232;s accomplis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce test est donc con&#231;u de mani&#232;re &#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; faire le tour des principales confusions graphophonologiques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; utiliser au moins deux occurrences de chaque sorte de graph&#232;me pour une &#233;valuation moins al&#233;atoire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; confronter les &#233;l&#232;ves simultan&#233;ment au son des mots et au sens du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A v&#233;lo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Consignes aux adultes : Premi&#232;re lecture (durant laquelle on demande (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur son v&#233;lo, / Paul fon&#231;ait en direction du bois, / admirant le paysage de campagne / au cr&#233;puscule. / Dans la for&#234;t de ch&#234;nes, / il aper&#231;ut un &#233;cureuil / sautillant au milieu des violettes, / ainsi que plusieurs oiseaux / &#224; travers le feuillage / : une grive, / un rossignol... / Le cycliste, / ravi de s'aventurer dans une terre inconnue, /s'&#233;gara, / sans avoir emport&#233; de carte...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, / entre un tronc d'arbre et un rocher, / il freina brusquement / devant une vip&#232;re / qui se frotta contre sa roue / puis, craintive, / glissa rapidement sur le tapis de feuilles./ Le serpent disparut : / le visage de Paul / suait sous son casque, / ses mains restaient crisp&#233;es sur les poign&#233;es du guidon, / son coeur cognait contre sa poitrine&#8230;Il se d&#233;gagea /de son appareil photographique / afin d'attraper sa gourde&#8230; / qui &#233;tait vide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; une pancarte / indiquant la direction du ch&#226;teau, / Paul retrouva le chemin du g&#238;te, / o&#249; l'attendait son &#233;pouse inqui&#232;te, / qui lui servit un bol de soupe chaude. (5, 4e et 3e seulement) Paul raconta son aventure / en se r&#233;chauffant devant les b&#251;ches / qui cr&#233;pitaient dans le foyer de la chemin&#233;e. (4e et 3e seulement) Quelle heure est-il ? / demanda Paul &#224; haute voix. / C'est la cloche de l'&#233;glise qui lui r&#233;pondit / en sonnant les douze coups de minuit. / (3e seulement) Epuis&#233; par toutes les &#233;motions du week-end, / Paul b&#226;illa : / il avait h&#226;te / de se faufiler dans ses draps...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits des copies de la classe de 6eB&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les copies des 6e A ressemblent fort &#224; celles de mes &#233;l&#232;ves - je n'en ai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur sons v&#233;lo Paul fonsais en dir&#233;stions du bois, admirent le pays zage de campagne au craipuscul dans le faurai de chaine, il apairsu un n&#233;curelle au desu d'une viol&#233;te un si que plusier oisau une ne grive, un rosiniol&#8230; le siquliste ravi savanturai dans une terre inconu mais il saigara, sans avoir enportai de carte&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudins, entre untrondarbre et un rochai il il fraina brusquement devans une vip&#233;r qui se frota contre sa rou pui, crintive, glisa rapidement sou le tapi de veulle, le serppent diseparu, tandi qui le visage de Paul sui&#233; sou son casque, que ses mai reste grispai sur les pounie sur le poin&#233; gidon&#8230;&lt;/strong&gt; (ADN, 21-X-2010, 6eB, 0/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur son v&#233;lo, Paul fonsait en direction du bois, admiren le payages de campagne au crepuscule. (&#8230;) il apperssu une &#233;cureurile sotillon au millieu des violettes, anssi que plusieur oisseau a traver le ffelicage : une grife, un rocignole&#8230; le ciqlicte sinventurer dans une terre inconu....&lt;/strong&gt; (DZ, 21-X-2010, 6eB, 0/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le serpent d'isparue, tandi que le visage de Paul s'u&#233; sou sont casque, que ses mains rest&#233; crisp&#233; sur les poingnets du gidon&#8230;&lt;/strong&gt;(KF, 21-X-2010, 6eB, 0/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;tendi que le visage de Paul sue sur son casette, que ces main rest&#233; crisp&#233; sur les poign&#233; du gidon, que son c&#339;ur coni&#233; sur sa poirtine&#8230; (&#8230;) Paul se r&#233;chauffent devant les bouche qui cr&#233;put&#233; dans le foyer de la cheminer.&lt;/strong&gt; (SL, 21-X-2010, 6eB, 07/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la for&#234;t de cha&#238;ne, Il appersut un &#233;cuereil sotillan atravair le feuillage : une grive, un rocignol&#8230; le cicliste ravie saventurait dans une terre inconnut&#8230;&lt;/strong&gt; (GR, 21-X-2010, 6eB, 09/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;il aper&#231;ut un &#233;cureil sautilliant au millieu des violette, aussi que plusieurs oiseau &#224; travers : une grive, un rosignole&lt;/strong&gt; (MG, 21-X-2010, 6eB, 06/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits des copies de la classe de 6eC :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;paul fons&#233;e en direction du bois, admirant le paysage de campan&#233;e au crepiscul, dans la for&#232;t de chenne, il a percie un equirreille sotiant au millieu de, unsi que plusieurs oieau attraver le feuillage. le cycliste &#233;t&#232; ravie de s'aventure dans une t&#232;rre inconnie, mais segarra&#8230; (&#8230;) il frena brisquement devant une vipeur qui se frauta sur sa rou puis, crentuve glisa rappidement sur le tappie feuille le serpent disparut le visage de paul soue sur son casque se main reste crispp&#233; sur le poinye du guydon...&lt;/strong&gt; (F.N. 6eC, 3-XI-2010, 0/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paule foncer en direction du bois, admirent le paisage de camgne au cr&#233;pustule. Dans la for&#234;t de cha&#238;ne, il aper&#231;u un &#233;cureille sotillent au millieu des voillette, ainci que plusieur oiseau&#8230;&lt;/strong&gt; (NG, 6eC, 3-XI-2010, 0/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la for&#234;t de cheine, il aper&#231;u un &#233;cureille sotillant omilieu des violet, inssi que plusieur oiseaux atraver le feuillage (&#8230;) le cyclyse &#233;tait ravi de savantur&#233;e dans une terre inconu mais s&#233;gara sans apporter de carte&#8230;&lt;/strong&gt; (MT, 6eC, 3&#8211;XI-2010, 0/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul fonssait en direction du boi, admirent le paysage de cempagne en cr&#233;puscule. Dans la for&#234;t de cha&#238;ne, il aper&#231;ut un &#233;cureuille sotillan au millieu des violettes ainssi que plusieurs oiseau a trav&#232;r le feuillage : une grive, un rosignol&#8230; Le sicliste (&#8230;) frena brusquement devant une vipaire qui se frota contre sa rout puis craintife, gli&#231;a rapidement&lt;/strong&gt; (&#8230;) (DN, 6C, 3-XI-2010, 03/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il aper&#231;ut un &#233;ccureuille sotien au millieu des voilettes, inssie que plusieur oiseaux a trav&#233;re le feuillages&lt;/strong&gt; (AK, 6eC, 3-XI-2010, 03/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la for&#234;t de ch&#234;ne, il apper&#231;ut un &#232;cureille sotillant au milieux des viol&#233;tte, ainci que plusieurs oiseaux a traver le feuillage : un grive, un ro&#231;ignole&#8230;&lt;/strong&gt; (IBY, 6eC, 3-XI-2010, 11/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits des copies de la classe de 3eB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il aper&#231;u un ecureill sotillons au milieu des Viol&#233;te, ainssi que plusieurs oiseau a traver le feuillage : Une grive, un srignol&#8230; (&#8230;) entre un tronc d'abre et un roch&#233;s, il frenna brusquemen devans une vip&#233;rre qui se frota contre sa roue puis, craintive, glissa rapidement (&#8230;) le visage de Paul su&#233;e sous son caske, c'est main rester crisper sur les poign&#233; du gidon, son c&#339;ur cognai contre sa poitrine&#8230; Il se d&#233;gaga de son apareill photographique en bendouiller afin d'atraper sa gourde&#8230;&lt;/strong&gt; (MPF,21-X-2010, 3eB, 0/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le serpent dipsaru, le visage de Paule su&#233;e sur son casque, ses mains rester crissper sur les poigner du gidon (&#8230;) il se d&#233;gaga de son apparaille photographique en bandouiller&#8230;&lt;/strong&gt; (ZM, 21-X-2010, 3eB, 0/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grace &#224; un pencarte indiquant la direction du chateau Paul retrouva le chemin du jite, ou l'attende son epouse inquiete qui lui servit un boule de soupe chaude. (&#8230;) quel heure et-t-til ? C'est la cloche de l'&#233;gise qui lui repondi en sonen le 12 coup de minuit&#8230;&lt;/strong&gt; (MG, 21-X-2010, 3eB, 0/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;le visage de Paul suillait sur son casque, ses main restait crips&#233; sur le poign&#233;s du gidon&lt;/strong&gt; (J-LF, 21-X-2010, 3eB, 11/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la for&#234;t de cha&#238;ne, il aper&#231;ut un ecureille sauti au millieu des violette, ainci que plusieurs oiseaux a travet le feuillage : un ressignol&#8230;&lt;/strong&gt; (KM, 21-X-2010, 3eB, 22/60)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bar&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le test &#233;tait not&#233; sur 60 points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 20 points pour la bonne transcription des sons ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 20 points pour l'orthographe grammaticale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 20 points pour l'orthographe lexicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats vont de 0/60 &#224; 58/60. Dans les trois domaines, la transcription des sons, l'orthographe grammaticale et l'orthographe lexicale, les notes s'&#233;chelonnent de 0 &#224; 20. Le test semble donc bien &#233;talonn&#233; et discriminant, ce qui &#233;tait n&#233;cessaire pour d&#233;terminer les participants aux ateliers de remise &#224; niveau. Mais si l'&#233;chelle de notation avait &#233;t&#233; ouverte aux notes n&#233;gatives, plusieurs copies (une douzaine sur 91) s'en seraient vu attribuer, et ce, m&#234;me sur un total de 60 ; c'est-&#224;-dire que certains &#233;l&#232;ves ont commis simultan&#233;ment plus de 20 fautes de sons, plus de 20 fautes d'orthographe lexicale et plus de 20 fautes d'orthographe grammaticale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls 38 &#233;l&#232;ves sur 93, c'est-&#224;-dire 40,86 % obtiennent la moyenne (30 /60) ou plus.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On r&#233;torquera sans doute que ce test &#233;tait difficile : cependant 1/3 de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au code graphophonologique : sur l'ensemble des quatre classes, en prenant en compte &#233;galement la classe de 6eA, seuls 5 &#233;l&#232;ves sur 93 ne commettent aucune erreur sur les sons. C'est-&#224;-dire que 94,6 % des &#233;l&#232;ves commettent encore des fautes de sons au coll&#232;ge. Seuls 5,4 % des &#233;l&#232;ves n'en commettent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles sont les erreurs pr&#233;cises de ces &#233;l&#232;ves ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Erreurs fr&#233;quentes &#224; l'entr&#233;e en 6e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces difficult&#233;s concernent la grande majorit&#233; des &#233;l&#232;ves et devrait faire l'objet d'une remise &#224; niveau en classe enti&#232;re, tant elles sont communes, et relevant, pour les trois premiers cas, d'une ambigu&#239;t&#233; propre &#224; la transcription de certains phon&#232;mes fran&#231;ais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;double valeur du s, ex : &#171; &lt;strong&gt;la brase&lt;/strong&gt; &#187; (pour &#171; la brasse &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;double valeur du g, ex : &#171; &lt;strong&gt;il nagai&lt;/strong&gt; &#187; (pour &#171; il nageait &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;double valeur du c, ex : &#171; &lt;strong&gt;acais&lt;/strong&gt; &#187; (pour &#171; assez &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;distinction des sons &lt;i&gt;e&lt;/i&gt;,[&#233;] et [&#232;] ; ex :&#171; &lt;strong&gt;jetait&lt;/strong&gt; &#187;, &#171; &lt;strong&gt;j'etes&lt;/strong&gt; &#187; pour &#171; jet&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e devant deux consonnes, ex : &#171; &lt;strong&gt;jett&#233;e&lt;/strong&gt; &#187; pour &#171; jet&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ill qui fait le son &lt;i&gt;y&lt;/i&gt; , ex : &#171; &lt;strong&gt;feulle&lt;/strong&gt; &#187; pour (&#171; feuille &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque : La question du lien entre les erreurs graphophonologiques et les erreurs grammaticales m&#233;riterait un d&#233;veloppement particulier. Par exemple, l'absence de discrimination entre [&#233;] et [&#232;] entra&#238;ne souvent des confusions lourdes de sens, comme entre les terminaisons du participe pass&#233; et de l'imparfait (&#171; j'ai &#233;tais &#187; / &#171; j'&#233;t&#233; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Erreurs relevant du cycle 2 de l'&#233;cole primaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;segmentation, ex :&#171; &lt;strong&gt;An na rivan a la telier&lt;/strong&gt; &#187; (&#171; en arrivant &#224; l'atelier &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;oubli de phrases, de mots ou de syllabes, ex : &#171; &lt;strong&gt; i rante doume&lt;/strong&gt; &#187; (&#171; Lui est entr&#233; dans l'eau doucement &#187;), &lt;strong&gt;contement&lt;/strong&gt; (&#171; contentement &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;remplacement d'un mot par un autre, ex : &#171; &lt;strong&gt;avec marin nous etion s&#233;par&#233;&lt;/strong&gt; &#187; (&#171; Avec Marie, nous nous sommes &#233;loign&#233;s &#187; !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lettres muettes, ex &#171; &lt;strong&gt; l'eau froid&lt;/strong&gt; &#187; (&#171; froide &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lettres finales, ex : &#171; &lt;strong&gt;sollei&lt;/strong&gt; &#187; (&#171; soleil &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;voyelles simples, ex : &#171; &lt;strong&gt;luvre&lt;/strong&gt; &#187; (&#171; livre &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e devant 2 consonnes, ex : &#171; &lt;strong&gt;sp&#233;ctacul&#233;r&lt;/strong&gt; &#187; (&#171; spectaculaire &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;diphtongues, ex : &#171; &lt;strong&gt;&#233;mosillon&lt;/strong&gt; &#187; (&#171; &#233;motions &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;groupes vocaliques, ex : &#171; &lt;strong&gt;tu mele a rien&lt;/strong&gt; &#187; (&#171; tu m&#234;lais en riant &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;consonnes, ex : &#171; &lt;strong&gt;je me chouche et jatent&lt;/strong&gt; &#187; (&#171; je me couche et j'attends &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;groupes consonantiques, ex : &#171; &lt;strong&gt;de sotre que&lt;/strong&gt; &#187; (&#171; de sorte que &#187;). &lt;br class='manualbr' /&gt;etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles sont les autres difficult&#233;s rencontr&#233;es par ces &#233;l&#232;ves ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Difficult&#233;s d'apprentissage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que la retranscription des sons n'est pas automatis&#233;e, il est tr&#232;s difficile pour ces &#233;l&#232;ves d'acqu&#233;rir des notions grammaticales, orthographiques, lexicales, litt&#233;raires, un tant soit peu complexes (sans parler de toutes les mati&#232;res qui font appel &#224; la lecture ou &#224; l'&#233;criture), car &lt;strong&gt;leur attention est obnubil&#233;e par des t&#226;ches simples qui auraient d&#251; &#234;tre devenues r&#233;flexes&lt;/strong&gt;. Il est difficile &#233;galement pour ces &#233;l&#232;ves de copier un texte sans erreurs, encore plus de suivre un cours non &#233;crit, de prendre des notes, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je n'oublie pas le fait que les difficult&#233;s de ces &#233;l&#232;ves dysorthographiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Difficult&#233;s comportementales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;l&#232;ves pr&#233;sentent, souvent, des probl&#232;mes de comportement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le rapport &#224; soi-m&#234;me&lt;/strong&gt; : chez ces &#233;l&#232;ves, on d&#233;couvre souvent une perte de l'estime de soi, une vision globalement n&#233;gative de la vie. Tandis que les &#233;l&#232;ves qui n'ont pas ces difficult&#233;s ont tendance &#224; parler de leurs moments de joie, de gaiet&#233;, de leur attitude g&#233;n&#233;ralement positive face &#224; la vie&#8230; Dans les autoportraits r&#233;dig&#233;s par les premiers, on lit fr&#233;quemment des d&#233;clarations comme &#171; &lt;strong&gt;la vie ses nulle, et ses vrai !&lt;/strong&gt; &#187; ou (in extenso ; les mots ratur&#233;s le sont sur la copie) : &#171; &lt;strong&gt;Je suis une fille je sui petite d taille et je suis une fill qui esme rire et parler. Et je sui surtout pas inteligent mais une ratca rackaein rakaieu racaille.&lt;/strong&gt; &#187;. Le cas de cette jeune fille est tr&#232;s r&#233;v&#233;lateur (m&#234;me si, bien s&#251;r, chaque destin est singulier), car il est &#233;tonnant de constater qu'&#224; travers sa dysorthographie (en la lisant, on comprend qu'elle &#171; esme rire et parler &#187; plut&#244;t qu'&#233;crire), elle trouve le chemin jusqu'au mot &#171; racaille &#187;. Tout dans son comportement montrait en effet que pour camoufler un manque d'estime de soi bien compr&#233;hensible, elle se donnait, devant ses camarades avant tout, une allure agressive et violente de &#171; racaille &#187; et faisait preuve, en revanche, en classe d'une inertie presque totale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le rapport aux autres&lt;/strong&gt;, deux possibilit&#233;s s'offrent donc &#224; ces &#233;l&#232;ves : ils &#171; implosent &#187; ou &#171; explosent &#187; (ou les deux alternativement). Soit ils se &#171; renferment &#187;, se mettent dans un &#233;tat d'&#171; absent&#233;isme int&#233;rieur &#187;, se font le plus discret possible afin d'&#234;tre le moins interrog&#233;s ; soit ils cherchent un exutoire pour regagner sur un autre plan une estime de soi bien entam&#233;e et d&#233;fouler une &#233;nergie trop longtemps contenue ; c'est alors souvent le choix de la perturbation, voire de la provocation, de l'agressivit&#233;, verbale et/ou physique. Le seul &#233;l&#232;ve ayant fait preuve de violence physique devant et envers moi (renversant tables et chaises dans un acc&#232;s de rage, avant de s'enfuir en courant, parce que je gardais son carnet de correspondance pour r&#233;diger un mot) &#233;tait un &#233;l&#232;ve gravement dysorthographique, que j'avais essay&#233;, en vain, d'orienter vers un d&#233;pistage de dyslexie et une UPI (unit&#233; p&#233;dagogique d'int&#233;gration, appel&#233;e d&#233;sormais Unit&#233; localis&#233; pour l'inclusion scolaire - ULIS). &lt;strong&gt;Les deux ann&#233;es pass&#233;es, la majorit&#233; des &#233;l&#232;ves rep&#233;r&#233;s en d&#233;but d'ann&#233;e comme &#171; dysorthographiques &#187; ont &#233;t&#233; vus ensuite par les CPE du coll&#232;ge Georges Pompidou, pour des probl&#232;mes comportementaux&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plupart des professeurs s'exasp&#232;rent souvent &#8211; c'est compr&#233;hensible - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On voit nettement comment s'imbriquent les plans comportemental et p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ateliers de remise &#224; niveau&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un espoir et un pari&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion &#224; tirer de ce travail de rep&#233;rage paraissait claire. Ou bien l'on abandonnait ces &#233;l&#232;ves en leur &#233;tat actuel de ma&#238;trise du fran&#231;ais &#233;crit, en perdant pour eux tout espoir de formation intellectuelle et de qualification professionnelle. Ou bien, afin de conserver &#224; notre m&#233;tier un minimum de sens, il ne restait qu'&#224; reprendre avec eux les apprentissages du code graphophonologique qu'ils n'avaient pas eu la possibilit&#233; de r&#233;aliser &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel serait l'objet, puisque c'est la seconde voie que nous avons choisie, des ateliers de remise &#224; niveau &#224; mettre en place. Une difficult&#233; majeure de l'entreprise r&#233;side dans le fait que, apr&#232;s de nombreuses ann&#233;es d'&#233;tudes &#8211; cinq ans de scolarit&#233; pour les 6e, huit ans pour les 3e -, certains &lt;i&gt;plis&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; pris qu'il va falloir &lt;i&gt;d&#233;plier&lt;/i&gt; avant de pouvoir reconstruire. Il s'agit non d'enseigner mais de r&#233;-enseigner - sans sous-estimer l'aspect psychologique du d&#233;couragement apr&#232;s des &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s ou la m&#233;fiance a-priori envers les professeurs. Nous gageons cependant que les &#233;l&#232;ves pourront se mobiliser &#224; nouveau quand ils verront qu'ils surmontent enfin, gr&#226;ce &#224; ce travail, des difficult&#233;s qui les handicapent depuis longtemps...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'ai &#233;voqu&#233; ce projet de travail sur le code, un inspecteur de l'Education nationale m'a r&#233;torqu&#233; que cela avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fait et en vain &#224; l'&#233;cole primaire (je crains qu'il ne s'agisse d'une confusion entre l'apprentissage du d&#233;codage dans le cadre d'une m&#233;thode mixte et le travail structur&#233;, syst&#233;matique et progressif de la d&#233;marche alphab&#233;tique), qu'il ne fallait pas confronter &#224; nouveau ces &#233;l&#232;ves &#224; leurs difficult&#233;s &#224; l'&#233;crit, sous peine de les &lt;i&gt;braquer&lt;/i&gt;, de les &lt;i&gt;d&#233;motiver&lt;/i&gt;, mais qu'il fallait leur proposer un autre enseignement, par exemple les accrocher en leur lisant des histoires, les faisant parler de ces histoires, en repoussant la confrontation &#224; l'&#233;crit &#224; plus tard, &#224; dose hom&#233;opathique&#8230; Cela revient, me semble-t-il, &#224; aller encore plus loin dans ce qui n'a pas fonctionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois, &#224; l'inverse, que la meilleure fa&#231;on d'&lt;i&gt;accrocher&lt;/i&gt; un &#233;l&#232;ve est de l'aider &#224; surmonter sa difficult&#233;, non de l'encourager &#224; la contourner. La joie dans la travail, la &lt;i&gt;motivation&lt;/i&gt; viennent, je le crois et je le constate r&#233;guli&#232;rement, de la difficult&#233; surmont&#233;e - c'est-&#224;-dire du danger de se tromper &#8211; et cette joie est alors sans commune mesure avec le plaisir facile de la difficult&#233; contourn&#233;e, f&#251;t-ce de fa&#231;on ludique&#8230; Quel bonheur d'entendre un &#233;l&#232;ve qui bloquait depuis longtemps sur la transcription d'un son ou sur une r&#232;gle de grammaire, s'exclamer, les yeux brillants : &#171; mais c'est facile, alors ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Organisation concr&#232;te des ateliers&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Quelle m&#233;thode choisir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du support &#233;tait d&#233;cisive, car pour combler les lacunes de nos &#233;l&#232;ves, il faut utiliser une m&#233;thode dont la progression soit particuli&#232;rement rigoureuse. J'ai souhait&#233; dans un premier temps m'appuyer sur des m&#233;thodes du type &lt;i&gt;Boscher&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Montessori&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Delile&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lire avec L&#233;o et L&#233;a&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;J'apprends &#224; lire avec Sami et Julie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Bien lire et aimer lire&lt;/i&gt; de Borel-Maisonny, ou d'autres m&#233;thodes qui privil&#233;gient un travail explicite sur le code graphophonologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais deux probl&#232;mes se sont pos&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait n&#233;cessaire de suivre la progression d'une m&#233;thode et d'une seule, car chaque m&#233;thode a une &lt;i&gt;progression&lt;/i&gt; sp&#233;cifique : l'alternance de plusieurs risquerait de conduire &#224; faire lire aux &#233;l&#232;ves des mots dont ils n'auraient pas revu les graph&#232;mes, et d'entretenir ainsi des confusions de sons ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il n'&#233;tait pas envisageable de travailler directement sur ces m&#233;thodes car leur caract&#232;re enfantin risquait de provoquer chez les &#233;l&#232;ves un sentiment d'humiliation pr&#233;judiciable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc cr&#233;&#233; mes propres fiches en m'appuyant sur la progression de la m&#233;thode &lt;i&gt;Fransya&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Bien lire, bien &#233;crire&lt;/i&gt;) du docteur Ghislaine Weinstein-Badour qui a le double avantage d'avoir &#233;t&#233; con&#231;ue pour la r&#233;&#233;ducation et de tenir compte des derni&#232;res recherches en neurobiologie, confirmant ainsi, en conscience, le bien-fond&#233; des m&#233;thodes traditionnelles, notamment la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;pellation. J'enrichis cette m&#233;thode en prenant des mots, des phrases, des textes dans d'autres m&#233;thodes alphab&#233;tiques, afin de diversifier les exercices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Le temps des ateliers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail qui a commenc&#233; en d&#233;cembre 2010 a &#233;t&#233; conduit, pour cette premi&#232;re ann&#233;e, avec 3 groupes de 4 &#224; 12 &#233;l&#232;ves, deux groupes d'&#233;l&#232;ves de 6e et un groupe d'&#233;l&#232;ves de 3e, &#224; raison d'une heure hebdomadaire. Ces heures d'atelier n'&#233;tant pas pr&#233;vues au d&#233;part dans l'emploi du temps, plusieurs s&#233;ances ont d&#251; &#234;tre annul&#233;es en raison de r&#233;unions, conseils de classe, etc. Au total, les &#233;l&#232;ves ont suivi entre 20 et 25 heures de cours, ce qui est peu, au vu de l'ampleur du travail &#224; accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Progression et d&#233;roulement des s&#233;ances&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Progression sur l'ann&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ces quelques mois, nous avons men&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) un travail sur les correspondances graphophonologiques (rapports des lettres et des sons) suivantes :&lt;br class='manualbr' /&gt;eu / e / &#233; / &#232; / &#234; / e devant 2 consonnes, &lt;br class='manualbr' /&gt;S qui fait [s], s qui fait [z] entre voyelles, ss qui font [s] entre voyelles&lt;br class='manualbr' /&gt;C qui fait [k] devant consonnes et devant a, o, u / C qui fait [s] devant e, i, y &lt;br class='manualbr' /&gt;G qui fait [G] devant a, o, u / G qui fait [J] devant e, i, y,&lt;br class='manualbr' /&gt;ill qui fait [IY], ail(le), eil(le), ouil(le), euil(le)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) un travail en parall&#232;le sur des notions de base de grammaire : le f&#233;minin, le pluriel, les natures et fonctions les plus simples, l'analyse du verbe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) un travail sur le vocabulaire : sens des mots, homophones, synonymes, &#233;tymologie, construction de certains mots (pr&#233;fixe radical, suffixe)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail sur le vocabulaire difficile s'est d'ailleurs av&#233;r&#233; essentiel, car les mots inconnus emp&#234;chent les &#233;l&#232;ves de &#171; deviner &#187; pour v&#233;ritablement d&#233;chiffrer. C'est le cas du vocabulaire - souvent critiqu&#233; comme &#171; d&#233;suet &#187; - de la m&#233;thode Boscher ou du vocabulaire volontairement choisi comme &#171; exigeant &#187; dans la m&#233;thode moderne Je lis, j'&#233;cris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* D&#233;roulement d'une s&#233;ance type&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Principes organisateurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On part d'un 1er graph&#232;me seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Discrimination auditive et prononciation&lt;/strong&gt; : Avant d'apprendre &#224; lire et &#224; &#233;crire un graph&#232;me, il faut d&#233;j&#224; savoir l'entendre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;liste de mots avec le graph&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;liste de mots &#224; distinguer avec pi&#232;ges&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;criture&lt;/strong&gt; : lignes de calligraphie (cursive, majuscule) du graph&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture&lt;/strong&gt; des graph&#232;mes, des syllabes, des mots, des phrases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;criture&lt;/strong&gt; : dict&#233;e de syllabes, de mots, de phrases (les &#233;l&#232;ves les r&#233;p&#232;tent, voire &#233;p&#232;lent, en cas de difficult&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ 2e graph&#232;me seul : m&#234;me travail que pour le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ m&#234;ler et lire les deux ou trois graph&#232;mes : m&#234;mes exercices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Exemple de s&#233;ance : le G qui fait &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; (comme dans &#171; gare &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappel de l'atelier pr&#233;c&#233;dent (en gras : les r&#233;ponses des &#233;l&#232;ves) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans quel cas la consonne C fait-elle le son &lt;i&gt;k&lt;/i&gt; ? &lt;strong&gt;devant toutes les consonnes (sauf h) et devant les voyelles a, o, u&lt;/strong&gt;. Exemples ? &lt;strong&gt;cloche, craie, canard, corne, cuisine&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans quel cas la consonne C fait-elle le son &lt;i&gt;s&lt;/i&gt; ? devant &lt;strong&gt;e, i, y&lt;/strong&gt;. Exemples ? &lt;strong&gt;cerise, citron, cycle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans quel cas faut-il un &#231; pour faire le son &lt;i&gt;s&lt;/i&gt; ? &lt;strong&gt;devant a, o, u&lt;/strong&gt;. Exemples ? &lt;strong&gt;aga&#231;ant, gar&#231;on, re&#231;u&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;couverte de la le&#231;on du jour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les deux sons que peut faire la lettre G ? &lt;strong&gt; &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; / &lt;i&gt;J&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quel cas la consonne G fait-elle le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; ? &lt;strong&gt;devant consonne et devant a, o, u&lt;/strong&gt; (NB : m&#234;me voyelles que le C qui fait &lt;i&gt;k&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quel cas la consonne G fait-elle le son &lt;i&gt;J&lt;/i&gt; ? &lt;strong&gt;devant les voyelles e, i, y&lt;/strong&gt; (NB : m&#234;mes voyelles que le C qui fait &lt;i&gt;s&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distribution du dessin de la &#171; bouche &#187; cf &lt;i&gt;Sami et Julie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention : &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; tr&#232;s proche du son &lt;i&gt;k&lt;/i&gt; : quelle est la diff&#233;rence ? G : fait vibrer le larynx (main sur la gorge pour sentir), plus doux que &lt;i&gt;k&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gles :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consonne G fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant une autre consonne (sauf n, champignon). Ex : une gravure, une glace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consonne G fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant les voyelles a, o, u. Ex : une gare, un gorille, un l&#233;gume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que G fasse le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant les e, i, y, il faut ajouter un u. Ex : une gu&#234;pe, Guillaume, Guy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ENTENDRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On entend le G qui fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; dans les mots suivants (dites pourquoi en faisant une phrase compl&#232;te) :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ex : une gomme. Dans le mot &#171; gomme &#187;, le G fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; car il est devant la voyelle O : un gar&#231;on, un kangourou, la glace, une guitare, le garage, une grue, un guetteur, un gamin, un figure, un gaucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fermez les yeux et levez le doigt quand vous entendez le G qui fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; dans les mots suivants (et dites pourquoi : attention c &lt;i&gt;k&lt;/i&gt; &#8800; g &lt;i&gt;g&lt;/i&gt; : vibrations larynx : sentir avec la main sur la gorge. Son dur / doux, bruit / son)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ex : glisser. Dans &#171; glisser &#187;, la consonne G fait le son &lt;i&gt;GU&lt;/i&gt; car il est suivi d'une consonne : Une galipette, Un l&#233;gume, de l'&#233;cume, un cartable, une cigale, une goutte, combien &#231;a co&#251;te ?,glacer, classer, une grotte, une crotte, une grue, une crue, une vague, un casque, un gu&#233;pard, se cogner, Guillaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LIRE : Lettres &#224; combiner au tableau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G + l, r,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G + a, an, am, ann, amm, ai, ait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G + o, on, om, onn omm,ou, oi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G + u, un, um, une, ume&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G + ue, ui, uy, u&#233;, u&#232;, u&#234;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8800; G+ e, &#233;, &#232;, &#234;, i, y&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mots difficiles (d&#233;chiffrez et donnez la d&#233;finition) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une agonie : grande souffrance physique et morale souvent avant la mort &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; gr.agon : le combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'orgueil (n.m.) : amour excessif de soi-m&#234;me, fait de se sentir sup&#233;rieur aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le galbe : contour harmonieux du corps humain. Ex : galbe d'une hanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un galimatias : langage confus, incompr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La galanterie : mani&#232;res courtoises des hommes envers les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un galopin : (&lt;galoper) gamin qui court les rues &gt; espi&#232;gle, effront&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un galion : grand vaisseau espagnol du XVIe-XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ga&#239;a : d&#233;esse grecque de la Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la Gorgone : monstre avec des serpents &#224; la place des cheveux qui p&#233;trifie celui qui la regarde (cf M&#233;duse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;CRIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire la lettre g : une boucle (comme un a), puis on descend verticalement et une boucle qui remonte et croise la ligne descendante sur la &#171; ligne de terre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrire une ligne de g &#171; parfaits &#187; en disant &#224; voix haute ce que vous faites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis &#233;crivez, sans aucune erreur sur la taille des lettres, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Regardez cette grande gare ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syllabes dict&#233;es (et prononcez les syllabes en les &#233;crivant).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ga, ca, go, gu,gue, gui, gu&#233;, gu&#232;, gu&#234;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mots (r&#233;p&#233;tez et parlez en &#233;crivant, au rythme de l'&#233;criture, en syllabant, au besoin en &#233;pelant, puis justifiez ce que vous &#233;crivez).&lt;/strong&gt; Ex : Une cigogne &gt; dans &#171; cigogne &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle O.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une virgule : dans &#171; virgule &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle O&lt;br class='autobr' /&gt;
Une vague : dans &#171; vague &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle U + E&lt;br class='autobr' /&gt;
Une cigale : dans &#171; cigale &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle A&lt;br class='autobr' /&gt;
Un guide : dans &#171; guide &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle U + I&lt;br class='autobr' /&gt;
une marguerite : dans &#171; marguerite &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle U + E&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gu&#233;pard : dans &#171; gu&#233;pard &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle U + E&lt;br class='autobr' /&gt;
Une cigale : dans &#171; cigale &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle A&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;galit&#233; : dans &#171; &#233;galit&#233; &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle A&lt;br class='autobr' /&gt;
Une bague : dans &#171; bague &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle U + E&lt;br class='autobr' /&gt;
Il galope : dans &#171; galope &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle A&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est ligot&#233;e : dans &#171; ligot&#233;e &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle O&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils vont gu&#233;rir : dans &#171; gu&#233;rir &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant la voyelle U + E&lt;br class='autobr' /&gt;
Le chien a grogn&#233; : dans &#171; grogn&#233; &#187; g fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt; devant une consonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phrases :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guy a cuisin&#233; un g&#226;teau aux figues : quel r&#233;gal !&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les hangars des grandes gares dorment des wagons et quelques vagabonds. &lt;br class='autobr' /&gt;
Regardez la figure r&#233;jouie du gamin g&#226;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les vagues grimpent sur la grande digue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analyse grammaticale de la derni&#232;re phrase (s'il reste du temps !) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les : ad, f, p, d&#233;termine le nom &#171; vagues &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vagues : nc, f, p, sujet du verbe &#171; montent &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Grimpent : v monter (1er gr) 3e p du p&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur : pr&#233;position&lt;br class='autobr' /&gt;
la : ad, f, s, d&#233;termine le nom &#171; digue &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
grande : aq, f, s, &#233;pith&#232;te du nom &#171; digue &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
digue : &#171; digue &#187;, f, s, CCL du verbe &#171; grimpent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devoirs : chercher des mots avec G qui fait le son &lt;i&gt;G&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bilan des premiers mois d'atelier&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Comportement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s&#233;ances d'atelier de cette courte ann&#233;e furent des s&#233;ances tr&#232;s agr&#233;ables, malgr&#233; l'horaire tardif (15h30 ou 16h30). Les &#233;l&#232;ves, la plupart du temps, &#233;taient si joyeux qu'on avait peine &#224; les reconna&#238;tre, tant leur comportement en atelier pouvait diff&#233;rer de leur comportement en classe. La plupart se montraient concentr&#233;s, d&#233;sireux de r&#233;pondre, et capables de le faire. Ceux qui &#233;taient &#233;teints, ferm&#233;s, en classe semblaient, dans l'atelier, s'ouvrir &#224; nouveau, montrer m&#234;me de l'enthousiasme dans le travail, mis &#224; part 1 &#233;l&#232;ve sur 25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'&#233;vidence un grand soulagement pour ceux qui vivent en situation d'&#233;chec de voir que l'on peut sortir de la fatalit&#233; de l'&#233;chec en reprenant les difficult&#233;s une &#224; une. &lt;i&gt;L'exp&#233;rience montre une fois encore que la motivation ne pr&#233;c&#232;de pas le travail, mais d&#233;coule de la joie devant la difficult&#233; surmont&#233;e et donc devant le danger de se tromper conjur&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Confirmation des lacunes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En commen&#231;ant &#224; mettre en place les ateliers, c'est peu de dire que les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves ont &#233;t&#233; confirm&#233;es, j'ai m&#234;me eu la confirmation que ces difficult&#233;s reposaient en effet sur des lacunes tr&#232;s anciennes, puisque le principe m&#234;me de l'alphabet organis&#233; en voyelles et consonnes n'est pas toujours acquis : lors des premi&#232;res s&#233;ances d'ateliers, par exemple, un &#233;l&#232;ve de 6e a d&#233;couvert (&#224; 11 ans), tandis que j'expliquais l'&#233;tymologie des mots voyelle et consonne, s'est exclam&#233; : &#171; mais alors... j'en ai plein dans mon pr&#233;nom &#187; ! Une autre &#233;l&#232;ve de 6e, saisie d'un grand doute, m'a demand&#233; avec le plus grand s&#233;rieux : &#171; monsieur, U, c'est un consonne ? &#187; (sic). Un &#233;l&#232;ve de 3e, quant &#224; lui, n'a pas su me r&#233;citer correctement l'alphabet ! Je le lui ai fait r&#233;citer trois fois, n'en croyant pas mes oreilles, et trois fois, il l'a r&#233;cit&#233; en oubliant 4 lettres (n, r, u, v). Il a fallu qu'on le r&#233;&#233;crive enti&#232;rement ensemble au tableau pour qu'il le &#171; retrouve &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* R&#233;sultats chiffr&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet atelier n&#233;cessitait au moins deux temps d'&#233;valuation formalis&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;une &#233;valuation initiale&lt;/strong&gt; (cf premi&#232;re partie de ce document) : pour mettre &#224; jour le plus exhaustivement possible les difficult&#233;s r&#233;elles de chaque &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;une &#233;valuation finale&lt;/strong&gt; : De m&#234;me, en fin d'ann&#233;e, il a fallu &#233;valuer les &#233;l&#232;ves concern&#233;s afin d'&#233;valuer les progr&#232;s accomplis et am&#233;liorer notre travail lors de la deuxi&#232;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois de juin, 19 &#233;l&#232;ves sur 25 ont pass&#233; ce test de fin d'ann&#233;e. Il s'agissait du m&#234;me test qu'en octobre, &#224; huit mois d'intervalle, avec les m&#234;mes r&#232;gles de notation (les &#233;l&#232;ves savaient qu'ils passeraient un test mais n'&#233;taient pas pr&#233;venus qu'il s'agirait du m&#234;me test).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici les r&#233;sultats, avec ceux d'octobre comme point de comparaison :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_143 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH138/Image_30-0af0c.png?1790689102' width='500' height='138' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_144 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.democratisation-scolaire.fr/local/cache-vignettes/L338xH176/Image_31-d0806.png?1790689102' width='338' height='176' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats sont &#224; la fois positifs, car tous les &#233;l&#232;ves ont progress&#233;, et significatifs, car ces progr&#232;s sont importants. La moyenne des 3 notes en octobre est de 3 / 20 pour l'ensemble des &#233;l&#232;ves, tandis qu'elle est de 10,8 / 20 en juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les sons, la moyenne &#224; la fin de l'ann&#233;e est de plus de 11 / 20 en sons : c'est &#224; la fois en progr&#232;s et encore insuffisant. Le but est &#233;videmment qu'il n'y ait plus aucune erreur sur les sons. Il faudra donc envisager l'ann&#233;e une deuxi&#232;me atelier pour les 6e qui passent en 5e et qui font encore un trop grand nombre d'erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Am&#233;liorations &#224; envisager&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour am&#233;liorer le dispositif, il faudrait tenter de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mener en classe enti&#232;re le travail conduit cette ann&#233;e en atelier, car la grande majorit&#233; des &#233;l&#232;ves en a besoin et ainsi r&#233;server les ateliers &#224; ceux qui sont en tr&#232;s grande difficult&#233;, pour pouvoir les aider de mani&#232;re plus cibl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;aborder en ateliers d'autres graph&#232;mes, comme les voyelles nasales, les lettres muettes, les groupes consonantiques, etc. et approfondir les difficult&#233;s persistantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://skhole.fr/dysorthographies-au-coll%C3%A8ge-par-marc-olivier-sephiha" class="spip_out"&gt;Contribution int&#233;grale sur le site Skol&#233;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte de la dict&#233;e des 6e : &#171; Nous sommes descendus tous les trois et Marie s'est imm&#233;diatement jet&#233;e &#224; l'eau. Masson et moi, nous avons attendu un peu. (&#8230;) Le sable commen&#231;ait &#224; chauffer sous les pieds. J'ai fini par dire &#224; Masson : &#171; On y va ? &#187; J'ai plong&#233;. Lui est entr&#233; dans l'eau doucement et s'est jet&#233; quand il a perdu pied. Il nageait &#224; la brasse et assez mal, de sorte que je l'ai laiss&#233; pour rejoindre Marie. L'eau &#233;tait froide et j'&#233;tais content de nager. Avec Marie, nous nous sommes &#233;loign&#233;s et nous nous sentions d'accord dans nos gestes et dans notre contentement. &#187; Extrait de L'Etranger d'Albert Camus. (Le nom propre &#171; Masson &#187; &#233;tait &#233;crit au tableau.)&lt;br class='autobr' /&gt; Texte de la dict&#233;e des 3e : &#171; Vers deux heures, je monte dans ma chambre. A peine entr&#233;, je donne deux tours de clef et je pousse les verrous ; j'ai peur&#8230; de quoi ?&#8230; Je ne redoutais rien jusqu'ici&#8230; j'ouvre mes armoires, je regarde sous mon lit ; j'&#233;coute&#8230; quoi ? (&#8230;) Puis, je me couche et j'attends le sommeil comme on attendrait le bourreau. Je l'attends avec l'&#233;pouvante de sa venue, et mon c&#339;ur bat ; et tout mon corps tressaille. &#187; (extrait du Horla de Guy de Maupassant.)&lt;br class='autobr' /&gt; Novembre 2010 : A la lecture de ce dossier, certains responsables de l'Education nationale ont affirm&#233; que ces dict&#233;es &#233;taient trop difficiles, que j'avais oubli&#233; que nous &#233;tions en R&#233;seau de r&#233;ussite scolaire (RRS). J'avoue ma perplexit&#233; : d'abord, la langue d'Albert Camus n'est pas une langue difficile (mis &#224; part, en l'occurrence, quelques participes pass&#233;s d&#233;licats). Ensuite, le fait d'&#234;tre &#233;l&#232;ve de RRS ne suppose pas de se voir dispens&#233; un enseignement au rabais. Mais, surtout, ce dossier porte sur la question des sons : y aurait-il des sons et des graph&#232;mes trop &#171; difficiles &#187; pour des &#233;l&#232;ves de 3e ou m&#234;me de 6e ? Jusqu'o&#249; devrons-nous repousser les limites de l'&#233;cole primaire, appel&#233;e aussi &#233;l&#233;mentaire, elle &#224; qui incombe d'enseigner, comme son nom l'indique, les &#171; &#233;l&#233;ments &#187; premiers ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Consignes aux adultes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Premi&#232;re lecture (durant laquelle on demande simplement aux &#233;l&#232;ves d'imaginer la sc&#232;ne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lire une deuxi&#232;me fois, tr&#232;s lentement, le texte pour la dict&#233;e proprement dite (les / ou barres de s&#233;paration indiquent des arr&#234;ts possibles dans la dict&#233;e), en indiquant la ponctuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lire une troisi&#232;me fois en prenant bien garde au fait que les &#233;l&#232;ves ont retranscrit tous les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consigne aux &#233;l&#232;ves : L'objectif de ce test est de conna&#238;tre pr&#233;cis&#233;ment vos difficult&#233;s, pour mieux vous aider ensuite. Donc, &#233;crivez tous les mots, m&#234;me si vous n'&#234;tes pas s&#251;r de l'orthographe de certains d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Test pr&#233;vu en 50 minutes&lt;br class='manualbr' /&gt;5 minutes pour la pr&#233;paration des copies.&lt;br class='manualbr' /&gt;25 minutes de dict&#233;e lente.&lt;br class='manualbr' /&gt;10 minutes de relecture par l'adulte en v&#233;rifier qu'aucun mot n'a &#233;t&#233; oubli&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;10 minutes de relecture personnelle des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les copies des 6e A ressemblent fort &#224; celles de mes &#233;l&#232;ves - je n'en ai fait que le relev&#233; statistique : elles ont &#233;t&#233; corrig&#233;es par une coll&#232;gue de Lettres du m&#234;me coll&#232;ge qui tient &#224; rester anonyme, mais que je n'en remercie pas moins chaleureusement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On r&#233;torquera sans doute que ce test &#233;tait difficile : cependant 1/3 de la note (20 points sur 60) d&#233;pendait de la bonne retranscription des sons qui est normalement acquise en primaire (&#224; la fin du cycle 2, c'est-&#224;-dire en CE1).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je n'oublie pas le fait que les difficult&#233;s de ces &#233;l&#232;ves dysorthographiques sont un facteur de ralentissement pour l'ensemble de la classe. Car les &#233;l&#232;ves qui ma&#238;trisent l'essentiel des bases sont contraints de patienter et ne sont pas nourris tel qu'ils pourraient l&#233;gitimement l'attendre&#8230; Malgr&#233; les principes d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; et de diff&#233;renciation tant vant&#233;s par nombre de p&#233;dagogistes, les classes &#224; ce point h&#233;t&#233;rog&#232;nes conduisent in&#233;luctablement &#224; un nivellement par le bas, le travail &#233;tant ralenti, consciemment ou non, par des &#233;l&#232;ves qui ne sont pas en mesure de suivre le cours. On a donc actuellement des &#233;l&#232;ves avec un r&#233;el d&#233;ficit sur le code graphophonologique ; or, non seulement on ne traite pas ce d&#233;ficit, mais on demande aux autres de s'aligner sur cet illettrisme&#8230; Est-ce cela que l'on appelle &#171; l'&#233;galit&#233; des chances &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La plupart des professeurs s'exasp&#232;rent souvent &#8211; c'est compr&#233;hensible - devant ces &#233;l&#232;ves qui paraissent manquer de volont&#233; ou manifester des d&#233;ficiences profondes, vite catalogu&#233;s &#171; fain&#233;ants &#187; ou &#171; d&#233;biles &#187;. Ils ne sont souvent ni l'un ni l'autre : dans la majorit&#233; des cas, il s'agit d'une immense fatigabilit&#233; et d'un d&#233;couragement profond devant la masse insurmontable d'efforts que leur co&#251;te le moindre travail de lecture ou d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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