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Appel de 50 chercheurs aux partis de gauche

Pour une grande réforme démocratique de l’école

mardi 19 octobre 2010

De nombreux citoyens sont aujourd’hui convaincus que le changement politique fort auquel ils aspirent n’aura lieu que si la victoire électorale éventuelle de l’opposition se joue sur des perspectives économiques et sociales explicites, cohérentes, novatrices et ambitieuses. L’heure est aux élaborations programmatiques.

Nous souhaitons que l’école y tienne la place qu’elle mérite, celle d’une question politique de premier plan, qui vient régulièrement en tête des préoccupations des Français, sondage après sondage. Or il ne nous semble pas que jusqu’à présent les partis de gauche aient avancé en la matière des propositions à la hauteur de la situation.

Chercheurs intéressés aux questions scolaires, nous sommes confrontés par nos investigations dans ce domaine à l’anxiété, au mal-vivre, à la souffrance des élèves, des parents et des enseignants. Nous mesurons le coût social et humain de l’échec scolaire de masse et des inégalités devant l’école.

La scolarisation des jeunes générations a connu de très grands progrès depuis un demi-siècle. Mais malgré le dévouement et l’investissement professionnel considérables de ses enseignants et personnels, notre école peine toujours à corriger les inégalités culturelles et à satisfaire aux attentes d’aujourd’hui. L’ampleur des inégalités scolaires n’a pas varié depuis les années 1960. Pire, les écarts culturels et cognitifs sont multipliés par deux entre le CP et le CM2, au détriment des élèves d’origine populaire. Une proportion importante d’élèves entrant en 6ème n’ont pas les acquis nécessaires pour tirer normalement profit de leur scolarité secondaire. Et du collège à l’université les inégalités se maintiennent, voire se creusent.

De la réforme Berthoin de 1959 qui en jette les fondements à la politique actuelle du « socle commun » et des 50% à la licence, les promoteurs de notre actuelle « école unique » ont toujours admis le principe de parcours tôt différenciés et d’une progression des scolarités qui maintienne les écarts sociaux, assurant une employabilité minimale à un pôle, et une qualification compétitive à l’autre.

C’est cette logique ségrégative qui craque de toutes parts aujourd’hui. Aucune visée démocratique ne saurait de toutes façons s’en satisfaire, le monde de demain, sauf à précipiter sa perte, ayant besoin d’un très grand nombre de citoyens instruits, et de salariés dotés d’une qualification élevée leur permettant de concevoir et d’assurer de nouveaux modes de développement économique et de maîtriser les technologies les plus prometteuses, mais aussi les plus dangereuses.

La gauche devra hisser le financement de l’école au niveau nécessaire, s’appuyer sur la contrainte de la carte scolaire, mais il lui faudra sortir des bricolages passés et présents (diversification des voies, revalorisation de l’enseignement professionnel, mesures d’accompagnement, par exemple). Car l’urgence est radicalement autre : elle est à la conception et à la mise en chantier d’une grande réforme scolaire, retrouvant l’ambition du plan Langevin-Wallon de 1947, en franche rupture avec la logique ségrégative qui domine aujourd’hui notre système éducatif.

Une telle rupture suppose à notre sens trois conditions :

  • La mise en cause de la structuration concurrentielle du système éducatif, où la compétition entre établissements amplifie la compétition, sévère et précoce, entre élèves et catégories sociales, et où l’évaluation est moins formative que classificatoire.
  • Le réexamen des dispositifs pédagogiques hérités de la modernisation des années 1970/80, qui semblent aujourd’hui avoir épuisé leur force propulsive ; et l’ouverture d’un grand chantier associant enseignants et chercheurs et visant à déterminer les moyens d’une amélioration massive des apprentissages, de l’école élémentaire à l’enseignement supérieur.
  • La participation motrice à ce réexamen d’enseignants qui, mieux formés et dotés d’une capacité d’expérimentation autonome, pourraient collectivement reprendre la main sur leur métier.

Premiers signataires :

- Catherine Agulhon, MC, Paris V
- Sylvain Aquatias, MC, Limoges
- Christian Baudelot, PR, ENS Paris
- Élisabeth Bautier, PR, Paris VIII
- Stéphane Beaud, PR, ENS Paris
- Choukri Ben Ayed, PR, Limoges
- Romuald Bodin, MC, Poitiers
- Stéphane Bonnéry, MC, Paris VIII
- Yaël Brinbaum, MC, université de Bourgogne
- Sylvain Broccolichi, MC, université d’Artois
- Alain Caillé, PR, Paris X
- Bernard Charlot, PR, Paris VIII
- Élisabeth Chatel, MC, ENS Cachan
- Bernard Convert, DR CNRS, Lille
- Philippe Coulangeon, DR, OSC/Science Po
- Jérôme Deauvieau, MC, UVSQ
- Étienne Douat, MC, Poitiers
- Muriel Darmon, CR, CNRS, Lyon II
- Henri Eckert, PR, Poitiers
- Roger Establet, PR, université de Provence
- Sandrine Garcia, MC, Paris Dauphine
- Rachel Gasparini, MC, Lyon II
- Bertrand Geay, PR, Amiens
- Dominique Glasman, PR, Chambéry
- Isabelle Harlé, MC, IUFM Nantes
- Gaële Henri-Panabière, MC, Paris V
- Viviane Isambert-Jamati, DR, CNRS
- Samuel Johsua, PR, université de Provence
- Bernard Lahire, PR, ENS Lyon
- Christian Laval, Paris X et Institut de recherches FSU
- Alain Léger, PR, Caen
- Fabienne Maillard, PR, Amiens
- Mathias Millet, MC, Poitiers
- Benjamin Moignard, MC, Créteil
- Gilles Moreau, PR, Poitiers
- Frédéric Neyrat, MC, Limoges
- Françoise Œuvrard, sociologue, Paris
- Agnès Pélage, MC, Créteil
- Roland Pfefferkorn, PR, Strasbourg
- Tristan Poullaouec, MC, Nantes
- Laurence Proteau, MC, Amiens
- Patrick Rayou, PR, Paris VIII
- Fanny Renard, MC, Poitiers
- André Robert, PR, Lyon II
- Jean-Yves Rochex, PR, Paris VIII
- Françoise Ropé, PR, Amiens
- Rémi Sinthon, ENS EHESS
- Lucie Tanguy, DR, Crespa, CNRS
- Jean-Pierre Terrail, PR, UVSQ/GRDS
- Daniel Thin, MC, Lyon II
- Agnès Van Zanten, DR, OSC/Science Po
- Michel Verret, sociologue

Pour tout contact concernant l’appel, écrire à Jean-Pierre Terrail à l’adresse suivante : GR-DS@orange.fr

Messages

  • Je soutiens comme militant (ex) responsable de la Commission Education des Verts et comme sociologue. Le programme éducatif et scolaire ne peut provenir (même de) la meilleure commission d’un parti ;l’initiative doit venir aussi des chercheurs.
    J’attends un projet co-écrit !!

  • Quelle place accorder aux personnels d’education dans les collèges et lycées (Conseillers Principaux d’Education, Assistants d’Education)
    L’ambition démocratique doit répondre à cette question, et éviter de ne voir confiée notre jeunesse aux seuls enseignants.
    L’évolution des services de vie scolaires constitue un bon indicateur de la dégradation dans les faits de l’ambition éducative de notre système éducatif : Au grè de l’évolution des 20 dernières années, les vie scolaires des établissement sont maintenues dans des tâches de surveillance et de contrôle des absences, privant ainsi les élèves des compétences éducatives des personnels d’éducation.
    La recherche d’une plus grande efficacité de notre système éducatif passe par une reflexion sur les services de vie scolaire.

  • Je suis fille d’enseignants (du privé), ex-parent d’élève, ex-salariée précaire, de l’Education Nationale. J’aimerais comprendre en quoi signer cette pétition rendra l’Ecole plus démocratique et ce qu’auront à y gagner – en terme d’égalité et de solidarité – les parents, les écoliers, les collégiens, les lycéens ?

    Nous sommes dans une société qui use et abuse de ce genre de requêtes et mettre ma griffe sur celle-là, en l’état, reviendrait, pour moi, à signer un chèque en blanc à des personnes que je ne connais pas et que j’investirais d’un « pouvoir »... mais à quel titre ?

    Les critiques formulées sur la pétition - très intéressantes, au demeurant - concernant le système scolaire actuel qui serait à réformer, sont-elles de nature à rendre au peuple ce qui lui a été « volé » depuis des décennies : L’Education Populaire !

    Sa mise en place est-elle prévue – et comment, si elle l’est – afin que les parents, comme les élèves, n’aient plus seulement le sentiment d’avoir à répondre aux exigences d’une machine à formater qui se contente de rappeler les « devoirs » qu’ont les uns et les autres en matière d’obligation scolaire ?

    Des réunions, des conférences, des colloques, etc... permettant à tous ceux qui s’y intéressent de comprendre les tenants et les aboutissants de cette réforme - sont-ils prévus par les initiateurs de cette pétition dont le but, si j’ai bien compris, est de déterminer les moyens d’une amélioration massive des apprentissages, de l’école élémentaire à l’enseignement supérieur.

    Mes questions sont volontairement provocatrices, dans un but que je souhaiterais pédagogique :

    Les parents d’élèves ainsi que ces derniers et ceux qui manifestent un intérêt pour l’Instruction, l’Education et le Savoir, auront-ils la possibilité d’intégrer ce « … grand chantier associant enseignants et chercheurs » auquel fait référence la pétition ?

    Ou, devront-ils se contenter de dire « Oui, à une démocratisation scolaire » en restant confiné à l’extérieur de ces lieux où leurs enfants passent plus de temps qu’à la maison, en regardant – à travers des grilles – se dessiner leur avenir ?

    Je vous l’ai dit, mes remarques sont « pure provocation » !

    Permettront-elles une prise de conscience en profondeur sur l’état dans lequel se trouve aujourd’hui l’Education Nationale qui n’a plus rien de Populaire ? Je l’espère sincèrement et reste dans l’attente de votre/vos réponses !

  • L’évolution des services de vie scolaires constitue un bon indicateur de la dégradation dans les faits de l’ambition éducative de notre système éducatif : Au grè de l’évolution des 20 dernières années, les vie scolaires des établissement sont maintenues dans des tâches de surveillance et de contrôle des absences, privant ainsi les élèves des compétences éducatives des personnels d’éducation.

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